Ecclésiaste Deudjui

Et si je vous disais que Dieu est un Camerounais ?

N’ayez pas peur hein, je ne suis pas là pour vous parler des doctrines agnostiques. Nôôô ! Je ne suis pas là pour revenir sur le concile de Nicée (en l’an 325), lors duquel la déité de Jésus avait été votée comme si on élisait un nouveau maire… Non moi.

Je ne suis pas là pour vous parler de Vishnu ou de Krishna, d’ailleurs je n’y connais pas grand-chose. Je sais juste que dans toutes les religions, quelles que soient les époques et quelles que soient les traditions, les dieux ont toujours eu les mêmes caractéristiques : Omniprésence, Omnipotence, Omniscience, Capacité à faire des miracles, Intemporalité, Religiosité.

Et je sais que nous avons un homme ici au Cameroun qui réunit toutes ces caractéristiques…

 

satan contre jésus

 

OMNIPRÉSENCE

Le type que je vous dis-là, il est vraiment omniprésent dans notre pays. Ou du moins dans nos esprits. Tu ne peux pas entendre deux Camerounais causer pendant trente minutes, sans que son nom ne revienne. Tu as des problèmes oooh, c’est de sa faute ! Tu n’en as pas oooh, c’est toujours de sa faute ! Je me demande même ce que les gens vont encore dire quand le type d’autrui ne sera plus là.

 

OMNIPOTENCE

L’omnipotence alors c’est sa chose ! Il sait tout faire. N’est-ce pas il est en même temps sportif numéro un, juriste numéro un, pacifiste numéro un ? N’est-ce pas c’est lui l’homme le plus dynamique du pays ? Et le Camerounais le plus jeune ? N’est-ce pas en même temps il a tous les pouvoirs ? C’est lui qui nomme au Sénat, à la Cour Suprême, à la Chambre d’organisation des élections ?

Qu’est-ce qui peut même le dépasser ? Quand il y a moindre problème à la Fécafoot ou à la Socam, on l’appelle sauf que pour le secours… Vous n’avez pas vu quand les Lions boudaient en pré-mondial pour les primes ? Qui leur a trouvé des milliards sur place-sur place ? Et un jour non ouvrable, s’il vous plaît !

 

OMNISCIENCE

Si c’est pour ça alors, le type-là est l’homme le plus intelligent du monde ! Vous n’écoutez pas souvent nos administrateurs à la télé ? Que ce soient nos députés, nos ministres, nos ambassadeurs, tout ce qu’ils entreprennent a été inspiré par le type que je vous dis là. Et ils sont toujours en train de le remercier.

C’est pour cela que je pense que ce gars-là a toujours eu de brillantes idées. Il maîtrise à la fois l’économie, la culture, le sport, les hydrocarbures, la physique nucléaire, et même les nouvelles sciences qui sont très pointues et qu’on appelle les nanotechnologies…

 

CAPACITÉ À FAIRE DES MIRACLES

Voilà alors son vrai point fort ! De même que Moïse avait divisé les eaux du Jourdain comme par enchantement, de même mon type que je dis-là peut faire disparaître tous les véhicules de la circulation. Quand il veut se déplacer, c’est comme si on avait lancé l’opération « rien ne bouge ». Et puis quand il doit prendre un avion, les aéroports passent en mode « personne ne décolle, personne n’atterrit ».

Vous-même dites-moi si ça ce ne sont pas des miracles de niveau ecclésiastique…

 

INTEMPORALITÉ

Je vais encore vous expliquer quoi sur ce point ? Vous-mêmes vous ne le voyez pas à la télé ? Est-ce que vous avez même l’impression que ça fait déjà longtemps que vous le connaissez ? Est-ce que vous avez même l’impression que vous allez vous séparer de lui un jour ?

Je dis hein, le type-là maîtrise le temps comme nous on maîtrise les boissons qui moussent. Il peut te laisser dehors pendant trente ans, et un beau jour il te barricade comme si vous vous étiez vus hier ! Pour ça au moins je lui donne le café. Il n’est pas comme nos papys du village qui n’ont soixante ou soixante-deux ans, mais qui sont déjà finis comme les funérailles…

 

RELIGIOSITÉ

Tout ce que j’ai dit en haut-là ne sert à rien, si après tout ça tu n’as pas des gens qui croient en toi comme un Dieu. Et ainsi il y a des gens qui croient en mon type, qui pourraient même donner leur vie pour mon gars-là. Il y a des gens qui lui souhaitent longue vie (vie éternelle), qui le trouvent irremplaçable, et qui le nominent même chaque année pour l’attribution du Nobel de la paix.

Il manque seulement qu’on lui dédie une cathédrale dans nos capitales politique et économique…

 

affiche de campagne de biya lors des élections présidentielles de 2011
affiche de campagne de biya lors des élections présidentielles de 2011

 

Et donc, pour toutes ces raisons, je me demande souvent si Dieu n’est pas un Camerounais par hasard. Pour toutes ces raisons, je veux savoir si c’est mon type-là qui fait comme Dieu, ou alors si c’est Dieu lui-même qui essaie d’imiter mon type-là.

Parce que le gars est beau, il est fort, il est propre, il est intelligent, il est imprévisible, il est miséricordieux.

Mais le test ultime, c’est que les vrais dieux sont censés régner pendant des siècles et même des millénaires…

Ecclésiaste DEUDJUI

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Si Biya veut l’émergence, il doit organiser une grande fiesta

L’autre jour, j’ai assisté à un mariage. Et pendant que les mariés s’échangeaient leurs microbes, moi j’étais tranquillement en train de penser à Paul Biya. Le type-là nous avait dit en 1982 qu’il y aurait la rigueur et la moralisation. En 1990, il nous a plutôt parlé du bout du tunnel. Et puis, à l’orée 2004, il a enchaîné avec les géantes ambitions et les gigantesques réalisations…

Moi je dis hein, c’est très facile de développer le Cameroun. Quand je regarde comment le mariage-là s’est déroulé l’autre jour, je me dis que Paul Biya devrait organiser une fiesta comme ça. Parce que dans les cérémonies camerounaises, il y a tous les ingrédients de l’émergence : concentration, ponctualité, rigueur, générosité, compte rendu, calendrier, travail, objectif communautaire, fierté, bilan, etc.

Voici donc ce que notre président devrait nous dire :

 

paul biya lors d'une manifestaton dans une chefferie camerounaise
Paul Biya lors d’une manifestation dans une chefferie camerounaise

 

1-      Le port en eaux profondes de Kribi, c’est pour faire venir les cadavres !

Mais bien sûr ! On aurait dû y penser plus tôt. Vous êtes là vous dites aux ouvriers que ce port, ça devrait servir à l’économie. Ils font quoi avec l’économie ? Vous leur dites que ça va servir pour les transits internationaux, et que ça va beaucoup délester le port de Douala. Résultat : les travaux avancent lentement ! (ils avancent ?)

Il faut leur dire que ce port, c’est pour faire venir les cadavres ! Et que comme ça, ça ne va plus retarder les deuils de nos gars qui sont morts en Occident. Les Camerounais sont très concentrés sur les histoires de deuil, de morgue et de transfert de macchabées. Si tu leur dis que le port de Kribi va accélérer les procédures et que les corps arriveront en express, mofmidé ! Ils vont te livrer le chantier-là en moins de quelques jours…

2-      Les mines de diamant de l’Est, c’est pour le « bijoutage » de nos filles !

Vous croyez qu’on aurait facilement abandonné nos minéraux comme ça, aux Sud-Coréens, si on nous avait dit que ces minéraux pouvaient servir à maquiller nos filles d’honneur ?

Les Camerounais(es) aiment le bijoutage, c’est-à-dire le parement de bijoux. Tu vois un gars qui n’est pas fiancé, mais il a déjà quatorze bagues sur ses phalanges ! N’en parlons même pas de ses bracelets ni de ses colliers… Et dans « mon » mariage c’est ce que j’ai constaté, tous les officiels et tous les invités étaient ornementés jusqu’ààààààà…

Si Paul Biya veut vraiment qu’on exploite notre sous-sol, il doit nous mentir que c’est pour maquiller les garçons d’honneur lors de nos anniversaires…

3-       L’aménagement des routes, c’est pour la circulation des limousines !

Vrai-vrai hein, je ne blague pas. On n’a pas de routes dans ce pays, mais on a des limousines à chaque mariage. Et elles sont de plus en plus longues, ces limousines qu’on loue et sous-loue à coups de centaines de milliers.

Il faut dire à nos gens des Travaux publics (ministères et autres délégations urbaines) de construire les routes et les axes lourds, parce que ça va faciliter la circulation des limousines ; et que dans ces limousines on pourra ainsi mettre les mariés, et aussi les filles qui reçoivent leur première communion.

Pourquoi pas les cercueils lors de nos enterrements ?…

4-     Le 2e pont sur le Wouri, c’est pour avoir une belle vue sur le Nngondo !

Je vous dis. Depuis que la zone industrielle s’est étendue là-bas à la base Elf, le Ngondo a subi un vrai contrecoup ; parce que les gens qui y viennent ne savent même plus où se tenir. Il faut que Paul Biya nous mente, qu’il nous dise que le nouveau pont sur le Wouri, ce sera un peu comme une mezzanine sur les festivités du Ngondo.

Et alors là tu vas voir les ouvriers s’empresser, tu vas voir comment ils vont tout faire pour que le chantier-là soit livré quatorze mois à l’avance ! C’est-à-dire avant la fin décembre, juste avant la prochaine manifestation culturelle de nos peuples sawas…

 

cérémonie de remise des voeux à la première dame chantal biya
Cérémonie de remise des voeux à la première dame Chantal Biya

 

Il faut que Paul Biya organise une grande fiesta !

Et donc c’est comme ça ici, nous sommes dans le folklore permanent. Nous sommes dans l’esbroufe et dans les futilités. Nous sommes concentrés quand il s’agit d’un mariage, quand il s’agit des funérailles, quand il s’agit d’une remise de médailles, quand il s’agit d’une inauguration, quand il s’agit d’une fête nationale. Nous sommes toujours prêts à travailler les jours fériés…

Nous sommes mobilisés pour réussir le gâteau d’anniversaire, pour aménager le couvert du service traiteur ; et pour ne pas se tromper sur le nombre des invités…

Nous sommes focalisés pour trouver le bon DJ, pour sous-louer la bonne salle, avec les bons artistes, avec les bons humoristes, avec le bon présentateur. Nous sommes tous beaux, nous sommes tous fiers, nous sommes tous déterminés.

Et quand la cérémonie commence, nous nous entraidons. Nous sommes généreux envers les inconnus, on leur offre à boire et à manger. On jette de l’argent sur les longs discoureurs et sur les danseurs. On félicite les concernés et on leur donne des cadeaux, car pour la première fois de notre vie nous ne sommes vraiment pas jaloux.

À la fin, on rentre chez nous tout heureux et tout souriants, en attendant la prochaine soutenance ou bien le prochain anniversaire…

Tsuip ! Si Paul Biya veut vraiment que le Cameroun se développe, il doit dire aux Camerounais que le futur pape se rendra chez nous en 2035. Qu’on ne connaît pas encore la date exacte ni même la ville, mais qu’on sait seulement que ce sera au mois de janvier.

Et vous verrez alors comment tous les Camerounais vont se mettre au travail.

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Faits divers: tous les Camerounais sont des sanguinaires !

On rit comme ça hein, mais les Camerounais sont des vampires !

Je suis parfois frappé que nos journaux télévisés commencent par des accidents de circulation. Je suis souvent interloqué quand dans la presse nationale, ce sont les histoires de sorcellerie qui occupent la page de couverture. Je suis toujours très déconcerté quand dans nos films, sur les réseaux sociaux et dans nos radios, ce sont les affaires de meurtres, de mœurs, de trafics d’organes et de mysticisme, qui ont la cote ici dehors…

 

La société camerounaise est pervertie ; pas à cause de la pornographie, mais à cause de la sauvagerie.

Il n’y a qu’à voir dans nos vidéos-clubs (il n’y a plus de salles de cinéma) : nos adolescents adorent les scènes d’éventration, ils adorent les scènes d’édentation. Ils sont même capables de manger leur pain chargé pendant un film d’horreur…

 

Nous sommes tous des sanguinaires, et c’est déplorable. C’est pourquoi les histoires comme celles de Vanessa Tchatchoua ont eu un succès médiatique. Qui avait volé son bébé ? Hein ? Nous aimons les histoires morbides, et c’est pourquoi nous regardons les émissions comme Regard Social qui nous exhibent les sujets tabous, les faits divers, et qui nous exposent des malformations physiques de certains Camerounais.

Nous aimons entendre qu’il y a des crimes rituels à Mimboman, que là-bas on enlève les parties des filles et qu’on part les revendre à l’étranger. Nous aimons les choses mystiques, nous aimons le monde irrationnel. C’est pour cela que le livre de Charles Ateba Eyéné (La dictature des loges…) a été un best-seller.

 

Comme Petit-Pays avait dit, c’est dans le sang. Et donc, chaque fois que je suis dans un bus camerounais, je regarde vers le sol et je me secoue la tête. Qu’est-ce que nous cherchons même au juste ? Il suffit que le chauffeur ralentisse un peu, pour que tous les passagers se lèvent de leur siège, en espérant qu’il y a eu un accident au-dehors. Et puis c’est des mains sur la tête, c’est des « j’avais bien dit que la voiture-là roulait à vive allure », c’est des bavardages à n’en plus finir, sans aucune compassion, mais avec une espèce d’assouvissement, de soif étanchée, de ce sentiment bizarre que Florian Zeller a appelé La fascination du pire…

 

Des Camerounais se réjouissant d'un accident de camion brassicole
Des Camerounais se réjouissant d’un accident de camion brassicole

 

Je ne veux pas être de ce monde-là, je suis une âme sensible. Je suis encore de ceux qui refusent de participer aux justices populaires. Tu sais, la justice où on déchiquette un être humain en pleine rue, et où tout le monde lui lance des pierres à la figure. Moi je refuse ça, je suis contre. Je ne suis pas un sanguinaire. Je suis de ceux qui ne fantasment pas sur les conteneurs qui ont écrasé les bendskineurs, ou sur les cargos qui ont jeté leurs passagers dans une rivière à PK8.

Je suis de ceux qui pensent que le camion qui avait éradiqué les usagers à Ndokoti, eh bien ce n’était pas du tout un truc à voir !

 

Mais nous sommes rares, malheureusement, dans ce pays qui a le goût du sang. Nous sommes rares à revendiquer une éthique plus juste, et à réclamer que nos enfants soient épargnés par de telles images. Nous sommes une minorité à demander que les journaux télévisés commencent par un vrai journal, et que les histoires macabres soient diffusées dans une tribune qui s’appellerait alors « Faits Divers ». Je parle des maisons qui s’effondrent, des élèves qui entrent en transe, des fillettes qui avortent, des villageois qui étêtent leur propre frère, des trains qui déraillent, des inondations, des éboulements… et des pères qui (ac)couchent avec leurs propres filles…

 

Tous les Camerounais sont des sanguinaires, je t’ai dit ! Tous les Camerounais peuvent regarder un accidenté grave en buvant tranquillement leur bière. Tous les Camerounais vont te dire en rigolant que leur voisine est décédée, en accouchant. Tous les Camerounais vont te dire que les morguiers de nos hôpitaux couchent avec tous leurs cadavres. Tous les Camerounais vont t’avouer que tel ministre, tel député, tel président de la république, avant d’être là où il est là, a d’abord versé le sang de trois de ses cousines.

 

Et le pire dans tout ça, c’est que toutes ces histoires lugubres vont faire bien rire les autres…

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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4 novembre 1982 : et si Ahidjo n’avait pas démissionné…

Le mois dernier j’ai fait un papier sur les Camerounais de ma génération, c’est-à-dire ceux qui ont presque trente ans (Cf. Le Renouveau des trentenaires). C’était parce que je sentais poindre ce fameux 6 Novembre, qui marque à la fois les 32 ans de gouvernance de l’Homme-Lion, les 29 ans de folklores RDPCistes, mais surtout, surtout, le départ du tout premier président du Cameroun…

 

Je n’étais pas né hein, pardon, on m’a seulement raconté. Mais il paraît que la nouvelle de sa démission avait sonné comme un choc sur les ondes du Poste National, quand le président Ahmadou Ahidjo avait annoncé qu’il se retirait du pouvoir.

Je n’étais pas né hein, attention ! Mais on rapporte que malgré sa dureté, malgré sa sévérité, les gens avaient beaucoup pleuré quand il avait dit à la radio : « Je me retire définitivement de la Présidence de la République, mais soyez rassurés, parce que je vous la laisse entre de bonnes mains… »

 

Moi je n’ai pas connu le président Ahidjo. Tout juste, je peux me prononcer sur son choix d’avoir choisi son premier ministre pour lui succéder. Mais quand même, quand je pense à ce qui se passe au Burkina Faso, quand je me rappelle ce qui s’est passé pendant les révolutions maghrébines, je me dis que nous, ici, nous aurions peut-être connu pire si Ahidjo n’avait pas démissionné…

 

32 ANS DE POUVOIR ALLAIENT ÊTRE 52 ANS DE POUVOIR…

Notre premier président a pris le pouvoir en 1960. S’il n’avait pas démissionné, on serait aujourd’hui en train de fêter ses 52 ans de pouvoir ! Et donc il aurait battu le record de Kadhafi et de Omar Bongo de plus de 10 ans…

 

LE SDF ET LES PARTIS D’OPPOSITION N’ALLAIENT PAS EXISTER !

C’est bien vrai que les pays africains ont senti souffler la démocratie au début des années 1990, mais ce n’était pas forcément du goût de leurs dirigeants. Si Ahidjo était resté au pouvoir, qui sait si l’UNC (le seul parti à la l’époque) n’aurait pas été érigé en parti-Etat ? Avec comme corollaire les interdictions de manifester, la censure dans les médias, et une répression violente des mouvements d’humeur. Rappelons que de son temps, il y a eu les maquis Bamilékés et Bassa’a, qui ont causé beaucoup-beaucoup de morts…

 

LA CAPITALE ALLAIT ÊTRE GAROUA

Dis-donc ! On peut dire tout ce qu’on veut sur notre Régime, il y a quand même les bons côtés. Et quoi de plus sexy que de boire sa bière quand on veut, où on veut ? Mais surtout à Douala et à Yaoundé ? La force de notre Renouveau est qu’il nous permet de vivre comme nous le voulons. Si la capitale était Garoua, qui sait si des mouvements extérieurs n’auraient pas tenté de convertir le Grand-Sud ? de force ? Au lieu de ça on peut se divertir le samedi soir, et même les six autres soirs, on peut avoir un pasteur qui en réalité n’est que le voisin, et on peut rêver aussi de partir découvrir le reste du monde…

 

investiture de Paul Biya le 06 Novembre 1982, après la démission de Ahidjo.
investiture de Paul Biya le 06 Novembre 1982, après la démission de Ahidjo.

 

Oui, en un mot comme en mille, personne ne sait ! Si Ahidjo n’avait pas pris son micro ce 4 novembre 1982, on ne serait pas là en train de fêter le 6 novembre avec le RDPC. On ne serait pas là au carrefour en train de boire nos bières et de bloquer la circulation. Si le 4 novembre la radio n’avait pas annoncé que notre président se retirait, peut-être que nos Lions Indomptables n’auraient jamais été champions d’Afrique. En 1984, en 1988, en 2000, puis en 2002. Si Ahmadou Ahidjo n’avait pas confié son poste à ce jeune fonctionnaire aux dents longues, Paul Biya, peut-être que notre pays aurait basculé dans le chaos, dans la gabegie, et dans une successivité de coups-d’états…

On ne sait pas.

 

Et au lieu de ça nous sommes toujours en train de nous plaindre, de nous plaindre. Pourtant nous avons la paix, pourtant nous avons la nourriture, pourtant nous avons les jolies femmes. Pourtant nous avons la liberté d’orientation religieuse, et même la liberté de penser. Pourtant nous avons la liberté de critiquer…

 

En tous cas je vous ai déjà dit hein, moi je suis dehors en train de boire ma bière !

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Non, le cinéma camerounais n’est pas mort !

On dit comme ça hein, les Camerounais-là bavardent beaucoup. Ils disent qu’il n’y a pas de salle de cinéma dans ce pays, mais ils sont toujours en train d’acheter les billets pour aller voir les films camerounais à Douala Bercy…

L’autre jour c’était Le Blanc d’Eyenga 2 qui devait y passer. Ce qui est sûr, c’est que c’est un film de Noir ! Le réalisateur est en même temps réalisateur, acteur, promoteur, cadreur, metteur en scène. Le réalisateur a promis qu’il va produire (il est aussi producteur) des films au prix d’une bière, mais on a payé plus de 10 bières sans pour autant avoir une seule image…

 

Et là moi je dis stop ! stop ! stop ! Les Camerounais n’ont pas besoin d’aller perdre leur temps (ni leur argent) dans les salles de cinéma (qui n’existent pas), parce que NOUS AVONS DEJÀ LE VRAI CINÉMA TOUS LES JOURS AUTOUR DE NOUS. Je m’explique.

 

LE DÉCOR

Si tu as déjà habité à Doualawood ou à Yaoundéwood, tu dois savoir que nos décors ici sont très changeants. Tu peux sortir le matin avec un parapluie, et puis tu l’oublies dans un bar parce que la tornade a laissé la place à un soleil ardent. Tout ça dans la même journée. Et c’est très pratique pour réaliser n’importe quel type de scène.

 

LES COSTUMES

Ce sont les habillements que tu veux voir ? On trouve tous types de costumes dans nos ruelles. Les filles qui s’habillent sexy, qui mettent des dos-nus, des matelots et des minijupes. Des pseudo-intellectuels, qui portent des lunettes pour se montrer plus intelligents. Et puis, question coiffure, la palme d’or revient à nos magistrats qui sont noirs comme le charbon, mais qui portent des perruques blanches comme la neige…

 

LES ACTEURS

Le vrai cinéma camerounais, il est partout autour de nous. Les acteurs sont les vendeuses de nourriture, les bendskineurs, les call-boxeuses. Tous ces gens-là sont doués comme pas possible, lorsqu’il s’agit de jouer leur rôle. Tu entres dans un taxi et une femme t’insulte pour rien comme ça ! Tu te promènes dans un marché et un commerçant essaye de t’entourlouper. Tu te rends dans une entreprise, ou un service public, et on te fait clairement savoir que tu n’es pas le bienvenu !

 

LE SCÉNARIO

Nos scénarios (les gens aiment dire scénarii pour se rendre plus intéressants) sont imprévisibles. Tu pouvais savoir, toi, qu’on peut se chamailler avec son propre professeur ? Tu pouvais imaginer qu’on puisse tromper sa femme avec sa propre sœur ? Et puis celle-ci avec une autre cousine ?

Quand tu vis au Cameroun, chaque seconde est inattendue. Tu peux subitement devenir ministre sans t’y attendre, tout comme tu peux te retrouver prolétaire ou non grata en moins de 48 heures. Regarde Samuel Eto’o, regarde Marafa Hamidou, regarde nos anciens ministres. Regarde un ancien opposant farouche qui est devenu porte-parole du gouvernement qu’il combattait…

 

LES BRUITAGES

Les fonds sonores de toutes nos scènes, ce sont les bavardages. Le matin, à midi, le soir, la nuit, c’est le kongossa. Que tu dormes ou que tu te réveilles, tu vas entendre les gens chuchoter autour de toi. Les acteurs camerounais sont toujours en train de malparler d’autres acteurs. Et puis quand ils se retrouvent, ils sont incohérents. Les dialogues dégénèrent rapidement en esclandres. « Tu me connais même ? » « Tu es né quand ? » « on t’a dit que c’est ta sale maman qui m’a accouché ? »…

 

NON, LE CINÉMA CAMEROUNAIS N’EST PAS MORT !

Moi je pense que nous n’avons pas besoin de salles de cinéma dans ce pays ! Et je pense que nous avons même le meilleur cinéma du monde, parce que ce que nous vivons ici est exceptionnel !

Le Cameroun est une salle de cinéma géante, où les spectateurs sont eux-mêmes des acteurs. Où le scénario n’est jamais connu à l’avance. Où tu peux voir les actions en 4D. Où il y a des catastrophes permanentes, des accidents de circulation, des homicides « un » volontaire…

Le Cameroun est un film qui tourne presque au ralenti, et qui n’a pas d’acteur principal. Tout le monde rêve paradoxalement d’être le méchant. On veut prendre la place des autres, on veut être les califes à la place des califes qui sont déjà là.

Et ça fait déjà plus de cinquante ans que ça perdure…

 

The End.

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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Comment fabrique-t-on les intellectuels au Cameroun ?

L’autre jour j’étais moi tranquillement en train de regarder mes émissions du dimanche. N’est-ce pas ce sont les débats ? Vous ignorez quoi ? Le dimanche si tu captes une chaîne camerounaise, tu vas sauf que voir les gens en costume-cravate. Surtout aux environs de midi. Tu vas tomber sur des gens qui portent des lunettes bien nettoyées, sur des gens qui ont des chemises bien carrelées.

Le dimanche, ce qui me plaît dans nos télévisions, c’est que tous les panélistes sont très intelligents. Ils vont te démontrer qu’ils ont fréquenté jusqu’à-jusqu’à, et qu’ils ont tous les diplômes du monde (Bac+40 en général). Ils peuvent même te prouver par B+A que l’Etat a ajouté le nom « Professeur » dans leur acte de naissance…

 

À L’ECOLE PRIMAIRE

Pour comprendre pourquoi nos intellectuels (j’ai du mal à l’écrire sans guillemets et sans guillotine) sont si incohérents dans leurs raisonnements, il faut remonter à leur prime enfance : c’étaient des bagarreurs dans la cour de récréation, c’étaient des gens qui regardaient par la fenêtre quand le maître expliquait la leçon.

Nos intellectuels, c’étaient des adolescents qui visaient les goyaviers pendant les grandes vacances. Ils avaient un jeu favori qui consistait à lancer les cailloux sur les câbles de la SONEL, et ils pouvaient jouer à ce jeu jusqu’à la tombée de la nuit.

 

AU SECONDAIRE

Au lycée ou au collège, nos intellectuels étaient surtout des grévistes. Au lieu de choisir entre la C ou bien la D, ils ont passé leur adolescence à militer pour la suppression du Probatoire. Ils n’avaient jamais ouvert un livre, sauf si celui-ci était inscrit au programme. Et c’est en Terminale, avec la Philosophie, qu’ils se sont dits un jour en se réveillant : « Je connais Descartes, donc je suis intelligent »

 

À L’UNIVERSITÉ

À la Fac, hormis la bourse dont ils ont bénéficiée, nos manitous d’aujourd’hui étaient surtout des flagorneurs et des répétiteurs. Ils ont validé leurs UV en pensant que leurs professeurs étaient des gourous spirituels. Megde ! En plus, le fait de draguer les filles du collège (donc de l’étage inférieur) leur faisait penser qu’ils étaient vraiment brillantissimes.

Qu’est-ce qu’ils étaient naïfs !

 

CONCLUSION

En fait, tout ça c’est pour dire une seule chose, c’est que nos intellectuels du Cameroun ne sont pas des intellectuels ! Ce sont des « intellect-tueurs », c’est-à-dire des gens qui nous tuent l’intellect. Ce sont des gens qui n’inventent rien, qui ne proposent rien, qui n’imaginent rien. Ce sont des gens qui font de long discours pour ne rien dire de bon.

Ce sont des gens qui sont comme des marchandises, parce qu’ils viennent à la télévision pour montrer combien ils ont de cravates. Ou de séminaires. Ou de séjours en Hexagone.

 

QU’EST-CE QUE C’EST QU’UN INTELLECTUEL ?

Un intellectuel c’est quelqu’un qui réfléchit, qui propose, qui invente. Qui cherche à laisser quelque chose à la postérité. Qui ne critique pas pour critiquer.

Un intellectuel, c’est quelqu’un qui concourt pour être prix Nobel de l’Economie, ou de la Physique, ou de la Mathématique, par ses Travaux.

Un intellectuel, ce n’est pas quelqu’un qui s’agrippe à ses postes de fonctionnaire ou bien de salarié, mais plutôt quelqu’un qui est capable de démissionner si ses idées ne sont pas prises en compte.

Un intellectuel, c’est quelqu’un qui est capable de monter lui-même ses propres projets.

Un intellectuel, ce n’est pas forcément quelqu’un qui est riche ou bien habillé. C’est quelqu’un de modeste, qui vit dans le partage, et qui n’est jamais vraiment satisfait de ses connaissances.

 

Et pourtant tu vas les voir dehors, nos pseudos-penseurs d’ici, créer des partis politiques, alors qu’ils cherchent juste la Mangeoire.

Après tu vas les voir dans les bibliothèques, écrire des livres de 450 pages qui ne disent rien à l’intérieur.

Après tu vas les voir à la FECAFOOT, incapables d’établir un simple calendrier du championnat. Ou bien un simple échéancier des primes de matches.

Après tu vas les voir dans nos ministères, se mettre à genoux dès que les petits Blancs arrivent.

Après tu vas les voir dans les carrefours, essayer d’épater les bendskineurs, avec leur long français de la Sorbonne qu’ils ne comprennent pas bien eux-mêmes.

Après tu vas les retrouver au Brésil pendant 30 jours de Coupe du monde, alors qu’ils sont censés avoir du travail ici au Cameroun.

Après tu vas les voir à l’Assemblée Nationale, voter des lois bidons, puis se rebiffer eux-mêmes en moins de quatorze jours.

Après tu vas les tamponner dans les grandes entreprises, en train de pianoter sur internet à la recherche de sites pornographiques.

Et pourtant ce sont des directeurs, et pourtant ce sont des administrateurs.

 

Tsuip ! Les intellectuels Camerounais sont simplement des diplômés illettrés…

 

Ecclésiaste DEUDJUI


Paul Biya 1982-2014 : le renouveau des trentenaires

Aujourd’hui j’ai trente ans. Enfin, disons un peu plus. En tous cas je suis trentenaire. Bientôt j’aurais l’âge où mon âge me complexe. Je suis de ceux qu’on appelle « les enfants de Paul Biya ».

Nous sommes nés quand le RDPC et la CRTV n’existaient pas encore, mais à vrai dire, qu’est-ce qui existait même vraiment dans ce pays ?

 

On a grandi en entendant le nom « Ahidjo, Ahidjo ». Il paraît qu’à l’époque du 1er président, on n’avait même pas le droit de prononcer son nom en public. Mais le pays était plus développé que la Chine, les Camerounais étaient plus intelligents que les Indiens, et nos footballeurs étaient tous plus forts que Lionel Messi… Foutaises !

 

Nous on a grandi quand le Franc Français valait encore 50 francs CFA. Avant la 1ère puis la 2ème dévaluation…

Nous on a grandi quand toutes les sociétés d’Etat n’étaient pas encore privatisées.

Nous on a grandi quand le Nigeria et le Cameroun se déchiraient pour s’accaparer Bakassi.

Nous on a grandi quand le meilleur footballeur du monde s’appelait Diego Armando Maradona.

Nous on a grandi quand nos parents avaient encore des bourses universitaires dans ce pays !

Nous on a grandi quand les Lions Indomptables savaient encore gagner des compétitions, d’abord entre 1982 et 1990, ensuite entre 1999 et 2003.

 

A notre époque, il n’y avait pas encore de Canal+. On n’avait pas le câble. On regardait les films en espagnol sur une chaîne de télé équato-guinéenne, en montant sur la toiture et en traficotant l’antenne extérieure…

On était de vrais lecteurs : on lisait Blek le Roc et San Antonio, et parfois même les romans photos dans le magazine Amina…

La télévision nationale commençait à 18h30, avec une espèce de ballon multicolore qui occupait l’écran, et qui produisait un bruit assourdissant. C’est par ce canal que nous avions appris la chute du mur de Berlin, la catastrophe de Nsam-Efoulan, le décès de Kotto Bass, l’avènement du multipartisme dans les pays africains…

 

Au début des années 1990, il y a eu les villes mortes et la « défaite » du SDF à la présidentielle de 1992. Nous étions encore des adolescents, nous ne comprenions pas (bien) ce qui se passait, mais on ne voulait pas que les « ça gâte, ça gâte » et les « on va voir qui est qui » nous mette ce pays à feu et à sang…

 

La Corruption, nous l’avons découverte lors de l’opération COUP DE CŒUR, lorsque le peuple s’était cotisé pour envoyer nos Lions à la World Cup 1994 aux États-Unis. Jusqu’aujourd’hui, on sait que le fameux pactole se retrouve entre Paris et New-York, mais personne ne peut vraiment nous dire de quel côté de l’Océan.

 

A l’époque, on faisait ce qu’on appelait le plein-temps. C’est-à-dire qu’on allait en classe le matin, on rentrait chez nous à midi, et puis on retournait aux cours vers 14h30. Aujourd’hui ce n’est plus le cas.

 

Moi je suis un enfant de Paul Biya. Un beau jour j’ai obtenu mon baccalauréat à l’âge de 19 ans, et quand j’ai décidé d’arroser ça, je me suis réveillé quand j’avais 30 ans. Mon âge commence désormais par un 3, comme le Renouveau de Paul Biya, et jamais plus il ne recommencera par un 2. Encore moins par un 1…

 

Tous ceux qui ont mon âge ont obtenu leur premier téléphone portable à l’université. Ou bien après. Avant cela, il fallait tourner sur un rotor qui servait de téléphone fixe, et attendre qu’il revienne au point de départ pour le re-tourner sur un autre chiffre.

Tous ceux qui ont mon âge ont découvert l’ordinateur portable en même temps qu’ils découvraient les cybercafés et l’internet.

Tous ceux qui ont mon âge ont joué aux « amis invisibles » au collège. On attendait le facteur comme un messie, et quand on expédiait un courrier on escomptait la réponse au bout de trois ou quatre semaines ! C’était encore l’époque où La Poste n’avait pas été supplantée par les mails, les blogs, les SMS et les avatars.

 

A la télévision, nous aimions les choses simples. Clémentine, Tortues Ninja, Melrose Place, Beverly Hills. Il y avait les films de Jackie Chan et de Kunta Kinté, les matches de basket de Michael Jordan, les combats de boxe de Mike Tyson, les chansons de zombies de Michael Jackson (qui était encore Noir à l’époque)

On aimait beaucoup regarder Ciné-Files à 19h30, parce que, à l’époque, nous avions encore des salles de cinéma dans ce foutu Triangle…

 

Et donc chaque soir on voyait notre président faire du vélocyclisme au journal de 20h, quand il ne s’amusait pas à jouer les Tiger Woods sur un green. On avait droit à des scènes de famille présidentielle à l’américaine, une bise par-ci à la 1ère dame, une blague par-là au 1er ministre. Ceux qui sont nés avant le RDPC (1985) savent bien de quoi je parle […]

 

Aujourd’hui j’ai trente ans. Nous les enfants de Paul Biya, on a connu un président qui n’était pas encore manipulateur ni calculateur. Quand on l’a connu, il ne parlait pas encore des (grandes) Ambitions ni des Réalisations. Il parlait beaucoup de la jeunesse, il parlait beaucoup à la jeunesse. Il nous disait qu’il était le sportif numéro 1, l’agriculteur numéro 1, le soldat numéro 1, le Camerounais numéro 1. Et naturellement nous le croyions !

Il n’y avait pas encore cet oiseau anthropophage qui s’appelait Épervier, ni un autre qui s’appelait Albatros, et qui faisaient peur à tous les administrateurs de notre gouvernement.

 

La première chose que nous avons connue avec Paul Biya, c’est le Renouveau. Un Renouveau qui se renouvelle, un peu comme nous, qui refusons parfois de porter notre âge, et qui attendons toujours que le gouvernement fasse quelque chose pour nous, au lieu de voir ce que nous pouvons faire pour notre gouvernement.

 

Oui, nous les trentenaires du Cameroun, nous sommes le vrai Renouveau de Paul Biya. Nous sommes la clé de voûte de notre développement. Mais je nous trouve très bridés, très faussés, très complexés, très désabusés. Je nous trouve pas assez inventifs, voire même parfois pleurnichards.

Je trouve que nous aimons trop critiquer pour critiquer, et que parfois nous sommes même plus vieux (dans l’esprit) que les vieillards que nous critiquons dans notre administration.

 

Nous voici donc à l’aube du 6 Novembre 2014, après 32 ans du seul pouvoir que nous ayons connu. Qu’en avons-nous fait ? Qu’en allons-nous faire ? Est-ce que nous allons gâcher notre existence à renâcler les vieux conflits de nos prédécesseurs, ou à ressasser les vieilles rancœurs de notre décolonisation, au lieu de travailler de notre côté pour aider notre président à avancer ? Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux, plutôt, de faire la Différence pour montrer que nous, les trentenaires, nous pouvons améliorer ce pays de l’intérieur ?

 

Voilà le vrai Renouveau que je vous (re)commande…

 

Ecclésiaste DEUDJUI

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L’amour dure trois ans

Au commencement était le verbage, c’est-à-dire la drague. C’est-à-dire que tu rencontres une demoiselle, tu lui racontes comment elle te plaît, et elle te dit qu’elle accepte de te revoir. Ensuite, le temps aidant, vous tombez amoureux l’un de l’autre. Vous vivez une passion qui vous paraît, à ce moment-là, éternelle. Vous faites l’amour chaque fois que vous le pouvez. N’importe où. Vous vous dites des « Je t’aime, moi non plus » à longueur de journée, comme dans les films. Tout ça parce que vous ne savez pas encore une chose, c’est que l’amour ne dure que trois ans…

 

Je le redis et je l’assume, L’AMOUR DURE TROIS ANS. Il y a d’abord une année de Passion, ensuite une année de Tendresse, et enfin une année d’Ennui. Parce que dans une histoire d’amour, il y en a toujours un qui s’ennuie et un autre qui est triste.

La première année vous voulez acheter des meubles ensemble (« si tu me quittes, je me suicide »). La deuxième année vous voulez déménager avec ces meubles (« si tu me quittes, je souffrirais mais je m’en remettrais »). La troisième année vous voulez vous partager ces meubles devant un juge (« si tu me quittes, eh bien bon débarras ! »).

 

L’amour dure trois ans. Parfois un peu moins, mais jamais beaucoup plus. Je sais que les femmes n’aiment pas (trop) entendre ça, mais les humains sont génétiquement programmés pour se lasser de leur partenaire.

L’amour est une poussée de noradrénaline, de prolactine et de lulibérine. Le coup de foudre, par exemple, c’est une saturation des neurones du système limbique. Le bien-être qu’on ressent quand on est en couple, c’est tout simplement dû aux endorphines… Sans oublier la dopamine, l’hormone du plaisir, l’ocytocine, l’hormone de l’attirance physique et sexuelle, et puis la phényléthylamine, l’hormone qui déclenche les sensations d’allégresse et d’exaltation.

Et toutes ces hormones cessent d’agir au bout de trois années…

 

L’AMOUR C’EST DE LA PARFUMERIE ! En général quand on aime une personne, c’est d’abord parce qu’on apprécie son odeur. Corporelle. L’amour est une question de phéromones, comme chez les animaux. C’est pourquoi nous avons inventé les parfums : POUR NOUS RENDRE PLUS ATTIRANTS !

 

L’amour dure trois ans même dans les couples qui ont déjà cinquante ans. Demandez à vos papys et mamys comment est-ce qu’ils font, pour tenir depuis tout ce temps. Les compromissions, les désaveux, les mensonges tacites, les infidélités, les faux-semblants. Demandez-leur pourquoi ils se sont fait une raison, d’accepter de se réveiller chaque matin à côté d’une personne qu’ils n’aiment plus, en tous cas plus comme avant ?

Demandez-leur si c’est à cause des enfants, ou alors si c’est à cause de la société qui voit mal les personnes qui se séparent… Hein, papy et mamy ?

 

On aime une femme un jour, on dit qu’on l’aimera toujours, et puis un jour on ne l’aime plus. Tout simplement. L’amour dure trois ans. L’amour est le problème des gens qui n’ont pas de problème. Au début vous riez à toutes vos blagues. On appelle cette période la cristallisation. Vous êtes fidèles naturellement, on n’a pas besoin de vous forcer. Vous n’en revenez pas d’avoir un partenaire aussi extraordinaire. Vous avez beaucoup de chance, vous vous dites, vous avez extrêmement de la chance !

 

Et puis un jour vous faites deux semaines sans vous voir, puis trois, puis quatre. Et puis un jour vous ne vous appelez pas. Puis deux jours, puis trois jours. Et puis un jour vous n’avez plus envie de faire l’amour avec la (même) personne, vous lui dites que vous êtes fatigué. Et puis un jour vous vous engueulez pour de vrai. Pour rien comme ça. Vous comparez déjà « l’autre » aux autres… Vous le menacez déjà de le quitter… Et puis un jour vous vous séparez pour de bon, parce que vous aimez déjà quelqu’un d’autre…

 

Après l’amour, c’est la résignation. C’est la déception intrinsèque. On se sent trahi et délaissé. Comment est-ce que quelqu’un qui vous aimait si fort, si éternellement, si sincèrement, ne vous aime plus ? Comment est-ce que quelqu’un qui jurait de ne jamais vous abandonner, finit-il par vous abandonner en fin de compte ? Hein ? Et que faire de tous ces pactes qu’on s’était faits, de toutes ces promesses qu’on s’était dites ? Quel regard porter désormais sur la sincérité ? Sur la confiance en autrui ? Sur la notion de temps ? Sur l’amour lui-même ?…

 

Je vous le dis en vérité, l’amour dure trois ans. C’est pourquoi la majorité des divorces ont lieu au bout de la quatrième année, c’est-à-dire après un an de procédure…

L’amour est un mensonge de la société. Les séries télévisées ont dit aux jeunes filles qu’il faut se marier, mais on leur a caché qu’il faut continuer d’aimer son mari même quand on ne l’aimera plus trois ans plus tard.

L’amour est une hypocrisie : le seul moyen d’aimer vraiment sa partenaire, c’est de la tromper. Parce que les qualités qu’on recherche chez un amoureux, c’est tellement nombreux et tellement versatile qu’on ne peut pas les retrouver dans une seule personne.

L’amour est une compensation : parce que dans la vie on n’a qu’un seul Grand Amour. Tous ceux qui viennent avant sont des amours de rodage, et tous ceux qui viennent après sont des amours de rattrapage…

L’amour est une escroquerie administrative : les gouvernements font tout pour que les peuples se mettent en couple, parce qu’un individu marié est un individu rangé. Il est moins délinquant, et il sera moins contestataire…

L’amour est un conformisme : à défaut d’être au-dessus des autres, on se marie pour être comme les autres, par peur d’être en-dessous des autres…

 

Je pourrais tellement épiloguer sur ces métaphores, mais c’est parce que j’ai aimé aussi. Vraiment. J’avais d’abord commencé par dire à une fille que je l’aime, puis à une autre fille, puis à une autre encore. Et puis à chaque fois, on avait fini par se quitter d’un commun désaccord.

 

L’amour est un cadeau, ça je n’en doute pas une seule seconde. Mais il est d’abord beau parce qu’il fait souffrir, et parce qu’il est éphémère. Et il fait souffrir parce qu’on est possessif et jaloux.

Pourquoi est-ce que la société nous permet d’avoir dix mille amis, mais qu’elle nous interdit d’avoir (seulement) deux amoureux ?

Pourquoi est-ce que quand notre partenaire parle à quelqu’un d’autre, on est prêt à s’arracher les cheveux ? Pourquoi est-ce qu’on part fouiller dans son passé, dans ses e-mails, dans son téléphone ? Pourquoi est-ce qu’on lui demande pourquoi est-ce qu’elle est rentrée si tard ? Ou si tôt ?…

 

Il faudrait qu’on soit capable d’aimer une femme, et de ne pas la désirer.

Il faudrait qu’on soit capable de souhaiter le bonheur de notre compagne, même si ce bonheur se trouve avec quelqu’un d’autre.

Il faudrait qu’on sache que quand on aime une femme, on doit aussi aimer les gens qu’elle aime.

Et surtout, surtout, il faudrait qu’avant qu’on détruise le cœur d’une femme, on vérifie bien qu’on n’est pas à l’intérieur…

 

L’amour dure trois ans. Les seules amours qui sont vraiment éternelles, ce sont les amours interdites, les amours inavouées, et les amours à plusieurs.

L’amour dure 1095 jours. Les seules amours qui sont presque parfaites, ce sont les amitiés.

L’amour dure 156 semaines : il n’y a qu’un homme très amoureux qui peut se permettre de ne pas croire en l’amour.

L’amour dure presque 36 mois : la plupart des gens ne tomberaient pas amoureux, s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour.

 

Et puis tsuip, au fond. Peut-être bien que je dis du mal de l’amour pour me venger de n’en rien savoir !

 

Ecclésiaste DEUDJUI, inspiré par Frédéric Beigbeder


Mon histoire d’amour avec David Beckham

Lorsque David Beckham avait annoncé sa retraite sportive, à l’âge de 38 ans, il tournait ainsi la page d’une des plus brillantes carrières du football international…

 

Ça y est, ça fait longtemps, mais David Beckham a mis un terme à sa carrière internationale. J’avais suivi le déferlement médiatique qu’il y avait eu autour : éditions spéciales sur les chaînes d’infos, préparations des Unes de magazines pour les parutions quotidiennes, interviews en boucle à la radio… J’avais eu envie de penser que j’en avais marre de cette déferlante, qu’on en faisait quand même un peu trop, mais je me suis gardé de le dire car sinon ça aurait fait sacrilège voire iconoclasme…

Et puis, David Beckham en ce moment c’était le chouchou du Parc des Princes et de la Ligue 1 depuis son arrivée en France. C’était aussi le chouchou des midinettes, car depuis qu’il était au PSG, beaucoup de filles avaient subitement décidé de commencer à voir les matches de football. En live.

C’était également une égérie pour les grandes marques et les grands émirats ; d’ailleurs il l’est toujours. Il est l’ambassadeur du Qatar, d’Adidas, des slips H&M, et même de Pepsi Cola. Y a vraiment pas moyen de s’attaquer à un mec comme ça que la planète entière adore, avec sa belle gueule et avec son comportement exemplaire. Et pourtant !

En réalité, j’ai cessé d’aduler David Beckham le jour où la planète entière s’en est emparé, c’est-à-dire en 2003 lorsqu’il signait pour le Real Madrid. C’est à cette époque qu’on a arrêté de le considérer comme un véritable footballeur, pour ne le regarder désormais que comme une image. Et c’était logique, Florentino Perez (le président madrilène) avait décidé d’en faire la quatrième étoile de son armada de Galactiques. Et puis il y avait son épouse, Victoria, qui commençait déjà à achever la métamorphose de son bonhomme, à réviser son look, à revisiter ses manières, ses interventions publiques, ses choix sportifs, sa fashionmania, son carnet d’adresses people…

On oublie trop souvent de dire que David Beckham, ça a d’abord et avant tout été un superbe footballeur, capitaine de sa sélection à plusieurs reprises, et portant le maillot national à 115 occasions. On omet de dire que c’est le seul Britannique à avoir remporté le championnat national dans quatre pays différents (Angleterre, Espagne, Etas-Unis, France). On a la mémoire courte, parce qu’on ignore qu’il s’est inscrit dans la lignée des N°7 mythiques de Manchester United, juste après Cantona et juste avant Ronaldo. Et que, pendant cette période mancunienne, il cumulait des saisons à plus de 414 centres réussis, il marquait des buts à la ligne médiane, il délivrait des passes décisives à qui mieux-mieux, il inscrivait des coup-francs avec une précision de chirurgien-réparateur…

J’ai vraiment beaucoup aimé ce David Beckham-là. Je l’ai même adulé et adoré, à vrai dire. Depuis 1999 et la campagne rocambolesque de Ligue des Champions, je suis devenu fou de David Robert Joseph Beckham. D’accord, ce n’était pas le joueur le plus brillant de sa génération, ce n’était pas un joueur spécialement doué dans les un-contre-un, ce n’était pas un féru du jeu de tête ni du repositionnement défensif, mais qu’est-ce qu’il était décisif ! C’était un joueur capable de trouver toutes les zones du terrain grâce à sa capacité de passe courte ou longue, de centre ou de tir. Et surtout, il aimait le jeu. Il aimait le football de tout son coeur, il ne faisait pas semblant. Lui.

Je me revois encore pendant ces années d’adolescence-là quand j’écrivais son nom et son dossard sur chaque coin de mur, sur chaque vitre, sur chaque tableau, sur chaque feuille. Je me rappelle quand ma mère m’avait offert un maillot floqué du numéro 7, avec au dessus : David Beckham ! J’étais ivre de bonheur ! J’étais l’homme le plus heureux du monde ! Et puis, quand je suis allé à l’université, c’était sa photo qu’il y avait sur mes classeurs. Et quand j’allais chez le coiffeur, je faisais toujours la même raie que lui, qui commençait sur le front et qui finissait loin derrière la nuque…

Oui, David Beckham était un monsieur. Professionnel dans tous les clubs où il est passé. Et je suis persuadé qu’au fond de lui il n’est pas ce que les gens pensent, c’est-à-dire une pop-star. C’est un garçon qui a grandi dans une banlieue pauvre du sud-est de Londres, donc les paillettes et les strass, ce n’est pas ce qui le motive.

Enfin bref, ce que j’aimerais qu’on retienne, c’est que c’était d’abord et avant tout un extraordinaire footballeur.

 

Ecclésiaste DEUDJUI


Steve Jobs : un visionnaire

Steven Jobs nous a quittés le 06 octobre 2011 de suite du cancer qui le rongeait depuis plus de dix ans. Et si tous reconnaissent en lui un artiste, un révolutionnaire et un homme d’affaires brillants, il faudrait d’abord saluer l’extraordinaire visionnaire qui a changé les usages de millions de personnes à travers le monde. N’est-ce pas nous sommes déjà à l’i-Phone 6 ?

 

Le côté noir, c’est que Steven (Steve pour les intimes) Jobs était loin d’être une personnalité exemplaire. Pour le prouver, il n’y a qu’à rappeler son éjection de la firme Apple au milieu des années 80, société qu’il avait pourtant créée avec son compère de toujours, l’électronicien Stephen Wozniack. Et pour cause, les employés et les actionnaires lui reprochaient son comportement désinvolte, presque dilettante. Bien que millionnaire en dollars, il lui arrivait d’entrer au bureau les pieds nus, une culotte jean sur les fesses, un tee-shirt froissé sur les épaules. Il rabaissait ses programmeurs en les faisant se sentir inférieurs, il les asphyxiait de travail. Par ailleurs, il était également connu pour ses humiliations lors des entretiens d’embauche, lorsque des demandeurs d’emploi venaient lui solliciter un poste et qu’il disait à ceux-là qu’ils n’avaient rien à faire dans son entreprise Apple.

Et puis, l’autre côté noir de Steve Jobs, c’est qu’il n’était pas non plus un père exemplaire dans sa jeunesse. Il a mis une dizaine d’années à reconnaître sa première fille, Lisa. Il avait abandonné la mère, la méconnaissant, l’humiliant, ne lui accordant que de maigres pensions alors qu’il était déjà très riche à l’époque…

Mais outre ces maladresses impardonnables, c’est un informaticien de génie, un homme d’affaires de talent, un révolutionnaire avisé, bref, un visionnaire, que le monde entier a perdu en cette soirée du 06 octobre 2011. D’abord parce que, en 1976, alors qu’il est encore étudiant, il persuade son copain Wozniack (surnommé le magicien Woz) de monter une société de vente de cartes d’ordinateurs ; ce sera Apple. Jobs est un artiste et un hippie. Derrière ce dessein mercantiliste qu’incarne Apple, se cache une vision révolutionnaire de la société de consommation et du monde en général. Il veut changer les mentalités, il veut changer les habitudes, il veut changer les humains. Et pour cela, son instrument sera l’outil informatique.

C’est grâce à lui si nous utilisons aujourd’hui la souris de façon usuelle, car à l’époque une telle idée rebutait les constructeurs d’ordinateurs. C’est grâce à lui si nous avons un mode graphique aisé, car Jobs pensait que la simplification de l’informatique allait simplifier le travail des humains. C’est grâce à lui si nous utilisons des écrans tactiles, des iPod, des iPad, des téléphones intelligents, etc…

En 1997, Steve Jobs est de retour dans la société qu’il avait fondée 20 ans plus tôt. Il initie plusieurs projets d’envergure qui rehaussent la marque, revalorisent le Macintosh face au PC de Microsoft, introduisent l’entreprise dans le monde de la téléphonie mobile, de l’internet, des baladeurs…

Mais malheureusement, et tout le monde le sait, il est atteint d’un cancer qui l’oblige à faire plusieurs retraits de la scène publique. Ce qui ne l’empêche pas de présenter les grandes innovations, pour finalement se retirer définitivement en 2010, après une vie mouvementée entièrement consacrée à l’art et à l’avancée des technologies informatiques.

Steve Jobs s’est donc finalement éteint le 06 octobre 2011, de suite de ce cancer qui le rongeait tant, à l’âge de 55 ans. Il sera difficile d’oublier sa personnalité excentrique mais affirmée, personnalité qui créait sans cesse, personnalité qui inspirait, personnalité qui osait. Dans les bureaux de Apple, il y avait des pianos, des sculptures, des tableaux. Les ordinateurs qu’il fabriquait avait tous une identité : le Macintosh, le Lisa, l’Apple I, l’Apple II…

Enfin, on n’oubliera jamais deux phrases clés du génial visionnaire. La première, c’est quand il recruta un ancien directeur commercial de Pepsi en lui demandant s’il voulait continuer à vendre l’eau sucrée toute sa vie, ou alors s’il voulait contribuer à changer le monde…

La deuxième, c’est lorsqu’il reprit l’idée du mode graphique des laboratoires Xerox pour la faire installer sur ses propres machines. A l’époque, il s’était justifié en disant que les grands esprits imitent, et que les génies s’approprient.

Il venait alors de s’approprier le monde…

 

Ecclésiaste DEUDJUI


Avatar : beaucoup de bruit pour rien

A force de les lire, on a fini par les croire ! Les statistiques, bien entendu. Les records. James Cameron a battu James Cameron. Le record d’entrée en salles de Titanic battu en brèche ! On a fini par les croire, et c’est comme ça que tout le monde (enfin, presque) a voulu voir Avatar parce que si tout le monde l’a vu, c’est qu’il est forcément génial. Et pourtant…

 

S’il faut lui attribuer un mérite, le long-métrage de Cameron est avant tout un chef-d’œuvre sur le plan technologique. Et principalement sur la 3D, car avec des lunettes adaptables c’est le premier film qu’on peut visionner en ayant l’impression de faire partie de la mise en scène. C’est également une réussite sur le plan cinématographique. Parce qu’il ne faut pas oublier que le cinéma, c’est d’abord de la cinématographie. Et sur ce coup, chapeau bas à l’équipe du film : couleur parfaite, photographie impeccable, déguisements réussis, effets spéciaux à la hauteur, cadrage, plans et mouvements de caméra irrésistibles… on ne parle pas du jeu des acteurs car aucun d’entre eux n’est à reprocher, même si personne ne se dégage spécialement !

 

Ceci dit, Avatar n’est pas le film spectaculaire que les journaux et les critiques nous ont tant vanté. Outre les mérites techniques attribués ci-haut, ça reste un long-métrage à l’intrigue plate. Ça reste une pâle copie de Matrix. Ça reste une guerre du Viêtnam revisitée. Et s’il fallait qu’il y ait des habitants sur une autre planète, pourquoi fallait-il qu’ils soient humanoïdes ? Pourquoi fallait-il qu’ils soient des êtres primaires ? Comme si ce sont toujours les terriens (pour ne pas dire les Américains) qui doivent apporter la lumière aux autres et jamais l’inverse ?

 

On a vu plein de films plus élaborés « scénaristiquement » que Avatar. On a vu beaucoup de films moyens avec des personnages plus développés, plus complexes, plus épais, plus humains que dans Avatar. On a déjà eu des effets spéciaux plus impressionnants que des tyrannosaures Rex remodelés. Avatar est un « movie » hollywoodien comme on en produit une quinzaine par année. C’est un bon film, mais c’est tout. Sa réussite fulgurante vient du nom de son réalisateur, et surtout du fait qu’il soit le détenteur des précédents records en salles.

Sa réussite vient aussi de sa stratégie commerciale. Et sur ce point le titre du film l’y a bien aidé, car « avatar » se dit « avatar » dans la plupart des langues du monde, y compris en Scandinavie et au Danemark.

 

Enfin, le succès de « avatar » vient aussi de la révolution sociale internet dans laquelle nous vivons, avec les smileys sur Messenger, les avatars dans Second Life, les profils sur Facebook, les miniblogs sur Twitter, les vidéos sur Dailymotion etc… C’est fascinant pour nous de voir nos représentants numériques prendre des risques à notre place, mais si on y réfléchit… on avait déjà vu tout cela dans Matrix !

 

James Cameron aurait mieux fait de rendre son film un peu moins long : 1h45 tout au plus, au lieu de ces 2h30 d’impatience et d’ennui total. Il aurait été malin de ne pas utiliser une musique qui ressemble à celle que l’on retrouve dans Titanic. Il aurait dû épurer les longues scènes inutiles qui peuplent le scénario et qui n’apportent rien à l’épaisseur de son œuvre. Il aurait dû rendre la civilisation Na’vi plus crédible, en l’éloignant au maximum des civilisations humaines. Il aurait dû s’écarter de l’idée de révolution, et faire comme il l’a si bien réussi en 1997 avec Titanic : raconter une histoire simple avec des personnages crédibles !

 

Les histoires de fin de civilisation saupoudrées d’une pinte d’amour et d’héroïsme qui finissent par une ravageante révolution guerrière ? Non merci.

 

Ecclésiaste DEUDJUI


Comment est mort Ben Laden ?

A l’heure où la lutte contre le terrorisme connaît un net regain d’intensité, nous avons bien voulu revenir sur la plus grande traque de l’histoire. Laquelle traque a abouti à l’une des opérations les élaborées de toute l’histoire de l’armée américaine : l’assassinat de Ben Laden en 2011…


ça s’appelle un executive order, lorsque les forces spéciales américaines déploient une opération dans laquelle il leur est demandé de tuer physiquement un individu.Depuis la loi Reagan dans les années 80’, qui interdit aux soldats américains de tuer des ressortissants étrangers lors d’une opération commando, il n’y a que le président américain qui a le droit de donner cet ordre-là. Et c’est ce que Barack Obama a fait sans hésiter, le vendredi 29 avril, lorsque les services secrets l’ont assuré de la présence de Ben Laden dans une villa de la petite ville pakistanaise d’Abbotabad.

Tout commence en 2003 à la prison de Guantanamo, lorsque des détenus de Al Qaïda dénoncent un des messagers personnels de Ben Laden, et dont ils ne connaissent que le nom de guerre. Après plusieurs années de filature, la CIA finira par retrouver l’identité officielle de ce messager, pour finalement localiser sa résidence en août 2010 dans la ville militaire d’Abbotabad. Très vite, ce qui était au départ un espionnage transitoire s’avère rapidement être une trouvaille bien étrange. D’abord, la résidence du messager occupe une surface huit fois plus grande que les autres résidences du quartier. Ensuite, les barrières font 5 mètres de haut et sont équipées de barbelés. Puis, le ‘fort’ ne possède que deux entrées qui sont ultra-sécurisés. Sans oublier que le bâtiment a trois étages, et que pourtant aucune des fenêtres ne donne sur l’extérieur. Enfin, la résidence ne possède ni téléphone, ni internet, ses habitants sont très discrets, ils brûlent eux-mêmes leurs ordures au lieu de les confier aux éboueurs…

La suite on la connaît, plusieurs mois de traques nocturnes, de survols de drones, de planification de l’attaque, et surtout de silence. Car s’il faut bien avouer une chose, c’est que Barack Obama a rehaussé son image de commandant des armées sur ce coup-là. Lui que les américains jugeaient trop timide, voire timoré, pas assez courageux, a fait montre d’une patience sans borne, et d’une discrétion de tous les instants. Jusqu’au vendredi soir où, avec la certitude la présence de Ben Laden, il a donné l’ordre de mettre sur pied l’assaut. Et de capturer l’ennemi juré des États-Unis Mort ou Vif. Surtout mort !

Justement. S’il n’est pas clairement établi que le Pentagone voulait absolument abattre le leader d’Al-Qaïda, il est également avéré que la mort de ce dernier ne les embarrasse pas plus que ça. Un Ben Laden vivant aurait eu droit à des procès qui auraient perturbé les élections américaines de 2012, suscité des prises d’otages avec revendication de sa libération, provoqué des attentats suicides et des manifestations de foule exigeant qu’il soit rapidement libéré… Sans oublier que Guantanamo est en train d’être fermé, et que les américains n’aiment pas trop incarcérer les terroristes sur leur territoire.

Donc, Barack Obama en sort grandi, et ce 10 ans après les attentas du 11 septembre. Surtout, l’opération tombe à point nommé, à un moment où les mouvements de contestation sont légion dans le monde arabe. De quoi faire passer la pilule plus facilement. Surtout que dans le fond, ce que les populations de ces régions aimaient chez le fondamentaliste Ben Laden, ce n’était ni le terroriste ni l’intégriste, mais l’anti-américain qui osait défier l’arrogance des gouvernements successifs d’Outre-Atlantique.

Enfin, il reste des questions. Il reste à savoir pourquoi la télé pakistanaise s’est amusée à diffuser un photomontage d’un Ben Laden abattu de déflagrations en plein visage, avant de le retirer quelques heures après. Il reste à savoir pourquoi les américains s’amusent à ne montrer aucune photo d’un Ben Laden mort, silence qui risque d’attiser une nouvelle fois les théoriciens du complot, qui pensent déjà que cet assassinat n’est pas réel et qu’il s’agit là encore d’une autre fumisterie yankee.

Il reste à se demander pourquoi les États-Unis annoncent avoir immergé le corps sous mer, expliquant vouloir être en règle avec les rites religieux musulmans, que l’ennemi ce n’est pas l’islam mais le terrorisme, ratiocinant qu’il fallait éviter un mausolée ou un lieu de rassemblement à ce terroriste impardonnable, etc, mais des doutes subsistent quand même. Parce que dans la religion musulmane, on ne jette pas le corps à la mer, mais on le renvoie à la terre nourricière c’est-à dire qu’on l’enterre. Ensuite, parce qu’un ennemi public numéro un de cette envergure, on ne se débarrasse pas de son cadavre comme ça. On peut donc légitimement penser que les soldats américains ramèneront la dépouille mortuaire sur leur territoire, pour le garder dans un endroit quasiment inaccessible.

Et le terrorisme, continuera-t-il ? Bien sûr que oui. Ses organisations seront certainement affaiblies, voire légèrement démobilisées, mais il faut rappeler que Ben Laden avait cessé d’être le financier, le commandant de guerre, et l’idéologue depuis longtemps. La nébuleuse Al-Qaïda est une pieuvre sans queue ni tête, à tel point que ses différentes branches sont totalement indépendantes. En plus, on peut craindre une résurgence du sentiment anti-américain ou anti-occidental, conduisant à des actions criminelles de masse. Pas obligatoirement immédiatement, même dans les mois ou les années à venir…

Il reste des tas d’autres questions, mais on n’aura jamais réponse à tout. C’est à peine si on sait ce qui s’est exactement passé dans cette villa d’Abbotabad, où on nous dit que les tirs ont duré près de 40 minutes. C’est à peine. Et pourtant, 40 minutes ou pas, Ben Laden est finalement mort comme il l’avait toujours souhaité, en martyr. Mais avouons qu’on l’y a un peu forcé quand même !

 

Ecclésiaste DEUDJUI


Alain Mabanckou: apologie de son crack

Je ne suis pas Platon et Mabanckou n’est pas Socrate. Mais je voulais quand même vous dire (en deux mots) ce que je pense de ce génie littéraire…

 

L’autre jour j’ai fini de (re)lire Verre Cassé pour la 7ème fois, et, au vu du plaisir que je ressens à chaque fois, je me suis dit qu’il fallait absolument que je partage le talent de son auteur, Alain Mabanckou.

 

Avant de revenir sur le fameux Verre Cassé, je rappelle que Mabanckou est l’auteur de plusieurs autres livres à succès, à savoir « Demain j’aurai vingt ans », « Black Bazar », « African Psycho », « Mémoires de Porc-épic », « Le sanglot de l’homme Noir ». Avec un point commun au travers de toutes ces œuvres, le non-respect du conformisme et des règles grammaticales…

 

Pour donner une idée, Mémoires de porc-épic a remporté le Prix Renaudot en 2006 alors que le texte est écrit uniquement avec la virgule, que les paragraphes sont interminables, et que les premières lettres de chaque phrase sont tout le temps en minuscule…

 

Ce procédé avait déjà fait recette dans Verre Cassé en 2005, best-seller, livre qui relate les mésaventures d’un bar, Le Crédit a Voyagé, au travers du personnage ubuesque de Verre Cassé, soûlard invétéré, irresponsable matrimonial et mauvais enseignant, auprès de qui les clients du bar racontent leurs galères quotidiennes ainsi que leurs caractères lubriques et excentriques.

 

Dans Black Bazar, c’est la négritude parisienne que Mabanckou passe au peigne fin, décrivant au passage la vie artificielle des Africains de l’Hexagone.

 

Tout le contraire de African Psycho et Demain j’aurai vingt ans, deux romans qui se passent en Afrique villageoise et dans lequel le personnage central affiche une fausse naïveté qui fait merveille. Dans le 1er il s’agit dune parodie de American psycho (Bret Easton Ellis) version bantou-isée, et dans le second l’auteur nous offre une plongée au cœur de son enfance intime, sa mère qui l’a élevée toute seule, son père adoptif qui le considérait comme son propre fils…

 

Nul doute que ce Mabanckou-là est un génie. Sinon comment expliquer les centaines de références qu’il évoque à chacun de ses romans, et qui dévoilent sa culture générale intarissable ? Comment expliquer que son personnage principal puisse être un porc-épic, et que malgré tout on y croit quand il nous plonge dans les méandres du totémisme des traditions subsahariennes ? Comment comprendre qu’il écrive tout un livre, Verre Cassé, avec seulement la virgule comme signe de ponctuation ? Et que, dedans ce cafouillis de verbiage, on y retrouve la vie, le désordre, l’Afrique, l’amour, la joie, le bonheur, avec l’intertextualité pour nous saupoudrer tout ça ?

 

Et puis aussi, tous ses livres sont dédicacés à sa propre mère, Pauline Kengué, disparue depuis 1995. Ma maman aussi se prénomme Pauline. Mais ce n’est pas (seulement) pour ça que je trouve cet écrivain vraiment (très) exceptionnel…

 

Ecclésiaste DEUDJUI


Bienvenue sur la planète Cameroun…

La planète Cameroun me fait beaucoup rire hein, mais c’est le chez moi.

Je vais commencer par quoi et laisser quoi ? Dire que c’est le Cameroun dans tout son ensemble qui me fait rire ? Ou alors pleurer ? Dire que je le déteste tout autant que je l’adore ? Que, tous ici, nous rêvons parfois d’y partir dans le seul but de pouvoir s’offrir le luxe de « revenir » ?

 

Bon beh je vais quand même le dire, la planète Cameroun c’est le chez moi. C’est le chez nous. Ce qui se passe dans notre triangle national-ci est in-racontable. C’est à peine si c’est vivable. Voilà, j’ai trouvé, c’est « survivable ».

 

Quand j’étais petit, j’entendais les gens dire que le Cameroun c’est le Cameroun. Et jusqu’aujourd’hui, je me demande toujours pourquoi est-ce que cette lapalissade n’est vraie que pour mon cher pays. Hein ? Pourquoi est-ce que les gens ne disent jamais que le Gabon c’est le Gabon ? Ou les Seychelles les Seychelles ? Ou la France la France ? Ou la Papouasie Nouvelle-Guinée la Papouasie Nouvelle-Guinée ? Je m’interroge.

 

En plus c’est clair que nous ici nous nous comprenons sans mot dire, dans cette jungle urbaine, parce que notre vie c’est notre vie, notre parler c’est notre parler ; nos coutumes ce sont nos coutumes, etc… Je n’invente rien, n’importe quelle tautologie dans mon pays devient une formule philosophique très universelle […]

 

D’abord, pour te raconter le chez moi et les « Camerounautes », je vais préciser deux choses : de un, le langage qui est utilisé ici est le meilleur ingrédient pour essayer de capter nos atypiques modes de vie. Chez nous le français il est élastique, chez nous quand tu multiplies un adjectif ou un adverbe dans une phrase, tu lui donnes plus-plus de force ; chez nous on mélange all the languages dans un mismo paragrafo. Chez nous quand tu utilises un verbe, en réalité c’est que tu vas accomplir l’action contraire. « Je ne te dis pas ».

Laisse tomber, chez moi c’est… très-très-très compliqué.

 

De deux (je ne m’égare pas ; tu me connais même ?), le Cameroun est un pays très difficile à comprendre. Les Camerounais alors c’est grave. C’est pourquoi moi je ne passe pas par derrière, je pense que si quelqu’un doit changer cette planète extraordinaire, ça doit d’abord être les Camerounautes eux-mêmes…

 

En tous cas moi je dis hein, chez moi il y a la pauvreté, la famine, le banditisme, la sous-scolarité, le chômage, la corruption, la saleté, l’incivisme… Ouf ! Ça c’est ce que les Blancs ils connaissent. Même les petits Asiatiques, on leur dit en classe que l’Afrique noire c’est le bordel, c’est le foutoir. D’accord.

Mais chez moi c’est aussi la vie, le vivre, la joie de vivre, la joie, le bonheur, l’espérance, la simplicité, la complicité, l’aspiration à l’émergence en 2035 (on sera là ?).

 

Chez moi il y a un président de la république qui est presque comme un dieu. Pardon, c’est Dieu qui est presque comme notre président de la rue publique. Chez moi il y a les Lions Indomptables qui ne savaient même plus miauler, avant que Njié Clinton n’arrive. Chez moi il y a des mouvements révolutionnaires tacites, des sociétés civiles non civiques, parce que les Camerounais aiment trop leur vie pour la risquer sous les coups ou sous les balles. Pourquoi je tremble même pour dire ça : LES CAMEROUNAIS SONT DES LÂCHES !

 

Chez moi il y a parfois la misère et la pauvreté, pendant que d’autres détournent l’argent du contribuable pour s’enrichir et devenir multimilliardaires en euros et en dollars. Tu me parles de quoi ?

 

J’ai vu les gens souffrir ici, j’ai vu des femmes qui cherchent le mariage avec la torche, j’ai vu des pères qui bastonnent leurs fils, et des fils qui étranglent leur propre père… J’ai vu les vendeuses de nourriture souffrir, et souffrir encore. Ce n’est pas une vie la vie qu’elles vivent. Ce n’est pas une vie la vie que les prostituées vivent. Ce n’est pas une vie la vie que les débrouillards vivent, des gens qui sont docteurs en biochimie alimentaire mais qui croupissent sous l’effet du chômage incessant.

 

Ce n’est pas une vie que celle de nos pauvres bendskineurs, ces types qui conduisent des motos taxis et à qui on donne cent francs seulement pour une (très) longue distance. Tu ignores quoi ? Ce n’est pas une vie la vie des call-boxeuses, ces filles qui s’asseyent sous le soleil du matin jusqu’au soir, avec leurs téléphones-là qui sont volumineux comme les parpaings de quatorze, et avec lesquels on passe nos coups de fil(ature). Ce n’est pas une vie, ce n’est pas une vie.

 

Les intellectuels on les emprisonne, les journalistes on les embrigade, les écrivains on les embastille et on les étouffe. Les adversaires politiques on les admoneste. Si je te parle de tout ce qui se passe dans le petit pays-ci hein (pas le chanteur de Makèpè), hum, tu vas sauf que t’étonner. Tu vas te demander comment est-ce que nous faisons pour faire semblant de nous en sortir, pour poster nos photos de bonheur sur Facebook ou sur Twitter, avec tous les sous-problèmes que nous avons ici. Nous sommes 22 millions de personnes, mais on a plus de 22 milliards de problèmes…

 

Et puis si tu veux tu me crois, si tu veux tu ne me crois pas. Je t’ai déjà dit que chez nous ici c’est très compliqué. Mais tu vas voir, si tu t’abonnes sur mon blog (https://achouka.mondoblog.org), tu vas voir comment je vais te « dé-compliquer » tout ça…

 

Ecclésiaste DEUDJUI


Mais que vaut la vie camerounaise ?

Je suis encore sous le choc du décès de notre compatriote en Algérie, le footballeur Albert Ebossè. Aux dernières nouvelles, la FIFA serait très émue de ce drame qu’a subi le football international. La CAF aurait d’ailleurs décidé de frapper fort, et de condamner sévèrement toute forme de vandalisme dans les stades. En sus, la fédération algérienne de football aurait décidé d’accorder une indemnité de 100.000 dollars (environ 50 millions de FCFA) à la famille du défunt, en plus de faire percevoir à celle-ci l’intégralité du salaire du joueur tout au long de la durée restante de son contrat…
Mais ce n’est pas tout ça qui m’intéresse.

Qu’ont dit les autorités camerounaises de ce drame ? Qu’a fait le ministère (clandestin) des sports ? Où sont passées les SYNAFOC (syndicat national des footballeurs camerounais) et autres associations de protection des droits des joueurs ? Que va faire le comité provisoire de (a)normalisation ?
Les uns passent le temps à se positionner pour la présidence de la FECAFOOD (fédération camerounaise de nourriture), les autres à proroger leur mandat à la tête de certaines commissions, et au final personne ne s’intéresse au sort du pauvre footballeur décédé sur la pelouse de Tizi Ozou

Nous qui aimons trop prendre les exemples chez les étrangers, pourquoi on ne prend jamais l’exemple de leur communautarisme, de leur nationalisme, de leur chauvinisme, de leur altruisme ? Pourquoi on ne remarque jamais leur sollicitude lorsqu’un Américain est pris en otage, ou lorsqu’un journaliste Français est retenu prisonnier au Mali, en Syrie, en Afghanistan ? Ou décapité en Algérie ? Pourquoi on n’imite pas les Espagnols et les Russes qui demandent des enquêtes claires et nettes, chaque fois qu’un quelconque de leurs ressortissants est concerné par un crash d’avion ? Pourquoi on ne fait pas comme les Anglais, qui conseillent à leurs compatriotes de ne pas voyager vers les pays atteints d’une épidémie ? Ou comme les Allemands, qui regroupent tous les Germaniques pour les évacuer d’un pays en train d’entrer en situation de crise ? Pourquoi on ne fait pas comme Tsahal, l’armée israélienne, qui a pour devise : « Israël ne laisse jamais personne derrière » ?

Chez nous c’est le silence, chez nous c’est le je-m’en-foutisme, chez nous on continue comme si de rien n’était. Chez nous le Président de la République n’a rien à dire sur la vie d’un Camerounais. Ça ne l’émeut en aucune manière. Chez nous, même si tu es Charles Ateba Eyéné, on rafistole ton enterrement et on passe à autre chose.

POURQUOI NOTRE VIE EST-ELLE SI NÉGLIGEABLE ?
Pourquoi est-ce que nos autorités nous font ça, hein ? Pourquoi est-ce qu’on nous donne l’impression que nous sommes des étrangers sur notre propre territoire ? Que tout ce que nous abattons ici sur terre, ça ne sert à rien ? Que la nationalité que nous avons, ça ne nous apporte que des tracasseries et de l’indifférence ? Pourquoi est-ce qu’on nous donne l’impression que nous sommes des orphelins de notre Nation ? Qu’un Sénégalais peut te mettre en prison dans ton propre pays, quand bien même c’est toi qui aurais raison ?
A quoi nous servent nos ambassades à l’étranger ? Pourquoi est-ce qu’elles ne disent rien, quand on expulse les Camerounais de la Guinée Equatoriale, manu militari ?

Il y a trois mois on a appris qu’un compatriote avait été assassiné en pleine rue, en Chine. Rien. Après cela il y a eu le décès tragique de notre jeune humoriste, Koulibaly System. Encore rien. Et puis, on a vu comment Abega Théophile est parti dans l’indifférence, de même que Louis-Paul Mfédé. On a vu comment Jean-Miché Kankan n’est pas honoré dans son propre territoire. On voit comment nos jeunes frères se meurent dans le désert du Sahara, lorsqu’ils partent dans ce qu’ils appellent « l’Aventure »…

Albert Ebossè, moi je te dis R.I.P (rest in peace, repose en paix). Je te dis de ne pas regarder notre gouvernement, on est habitués à son apathie. Tu es parti te battre en Algérie parce que le pays-ci est dur. Ici on ne te proposait rien, comme on ne propose jamais rien à personne. Même à nos soldats on ne propose rien, pourtant ce sont eux qui nous protègent contre Boko Haram ou contre la crise centrafricaine.

Je comprends maintenant pourquoi beaucoup de « frères » changent de nationalité, lorsqu’ils réussissent à sortir de ce foutu Triangle. Mais je n’ai toujours pas la réponse à ma question : « Que vaut au juste la vie camerounaise ?… »

 

Ecclésiaste DEUDJUI


À quoi sert l’argent des Camerounaises ?

Bon ! Laissons un peu nos Lions-là comme ça dis-donc. Nous aussi on exagère. Tchaï ! Que celui qui n’a jamais fait une erreur dans son boulot leur lance le premier caillou. Que celui qui n’a jamais commis une faute professionnelle les agresse à l’avenue Kennedy, comme on a fait à Stéphane Mbia l’autre jour. Partout où on passe, on entend : « remboursez les 56 millions ! » « remboursez les 56 millions ! ».  « Remboursez les 56 millions qu’on vous a donnés pendant le Mondial… »

Vous-mêmes là, depuis que vous donnez l’argent à vos femmes du dehors, est-ce que vous leur avez déjà demandé de rembourser ça un jour ? Hein ? Et est-ce que vous avez même d’abord vu ce qu’elles ont fait avec ?

L’ARGENT DU TRANSPORT
On est là on ne fait que dire « les Lions, les Lions, les Lions ». Ooh ! Ils ont bloqué un avion pour réclamer leurs primes. Ooh ! Ça a causé un surplus de 200 millions au contribuable. Ooh ! Leur transport coûte très-très cher. ET ÇA FAIT QUOI ?
N’est-ce pas souvent ta voisine que tu dragues vient te voir, et tu lui donnes l’argent du taxi ? Alors qu’elle habite à zéro mètre ? N’est-ce pas souvent tu vas voir une autre dans son propre quartier, mais que c’est toi qui paye son taxi alors que c’est toi qui t’est déplacé ? Tu a payes ton taxi pour aller payer son taxi ? N’est-ce pas souvent tu dépenses ton argent de contribuable pour la faire venir de Mbalmayo à Bafoussam ? Alors que c’est elle qui voulait te voir ?… Je n’arrive toujours pas à comprendre comment les femmes camerounaises n’ont jamais l’argent pour se déplacer, et pourtant on les retrouve partout à la fois !

L’ARGENT DU CRÉDIT
Les Lions au moins, eux ils nous appellent quand ils sont à l’extérieur. Une fille camerounaise t’a déjà appelé un jour ? Que ça a commencé comment ? Pour qu’elle fasse sonner ton cellulaire, il faut qu’elle ait besoin de ton aide. Il faut que tu lui aies promis quelque chose, ou pire, que tu sois un numéro inconnu… Ce sont elles qui font justifier l’invention du CallMeBack. Ce sont elles qui peuvent causer avec toi pendant des heures et des heures au téléphone, à condition que ce soit toi qui appelles. Ce sont elles qui te demandent le crédit à longueur de journée, et puis quand tu envoies on ne prend même pas la peine de te saluer avec : « Tu vas m’excuser hein, je n’ai même pas su que c’était toi qui avait envoyé ça. »
Donc tu avais aussi demandé à quelqu’un(s) d’autre(s) ?

L’ARGENT DES BEIGNETS
Entre nous, depuis que les femmes prennent l’argent des beignets-là, est-ce que tu as déjà vu une femme manger les beignets avec ? Il y a entourloupe. Nos camerounaises sont les premières à dire qu’elles ont faim, qu’elles ont envie manger. Si c’est toi qui veux payer, on va te demander d’acheter quatre chawarmas avec cinq cuisses de porc. Lorsque tu leur donnes l’argent pour acheter, elles n’ont plus trop faim tout à coup. Elles achètent alors juste une ou deux brochettes pour te voiler les yeux, et le reste d’argent va au fond de la caisse (si, si, elles ont une caisse dans leurs poches !). Nos Lions au moins quand ils mangent l’argent du contribuable, on voit où ça part : vins mousseux, champagnes, caviars, moutons et méchouis entiers, poulets rôtis, farotages à gauche à droite. Avec l’argent de la femme, nièttttt !

L’ARGENT DES COURS
Il y a beaucoup de filles qui prennent l’argent des répétitions et qui ne répètent jamais rien. Yeuch ! Comment tu peux demander l’argent des cours, alors que tu ne fréquentes même pas ? Alors que toute ta pension est déjà payée ? Quand nos Lions vont dans les stages bloqués pour apprendre à faire une bonne passe, eux au moins ils apprennent vraiment. Tout le monde vient aux entraînements à l’heure, et personne n’a même le droit de sortir. Ça c’est un investissement dont on voit où ça part. Même si après ça ils vont nous ramener un zéro point(é) à la coupe du monde…

L’ARGENT DES HABITS
Tu as déjà marché avec une fille qui n’a pas cinq francs sur elle, et qui subitement s’achète deux paires de chaussures ? Là là là ? Les Camerounaises ne s’amusent même pas un peu avec l’argent du nyanga. Elle te dit qu’elle a besoin du crédit de 250, mais elle va au salon se coiffer pour quatorze mille. Elle te dit que depuis le matin elle n’a pas mangé, mais quand elle va au marché elle rentre avec deux survêtements Kim Kardashian. Elle te dit qu’on risque la mettre dehors à l’école, à cause des frais d’inscription, mais ce sont les talons compensées que tu veux voir dans sa penderie ? Ce sont les penderies que tu veux voir ?
Sur ce point au moins je dois être honnête, et reconnaitre que nos filles ne sont pas différentes des Lions Indomptables. De même que Puma habille nos chats-tigres sans demander un centime à la Fecafoot, de même une camerounaise te demande l’argent des mèches juste pour la forme. Que tu le lui donnes ou pas, tu la verras avec la greffe brésilienne le lendemain !

L’ARGENT DE POCHE
Il s’agit d’une poche de kaba. Le genre de poche qui arrive jusqu’aux genoux d’une fille de un mètre quatre-vingt seize. Parce que l’argent de poche d’une camerounaise, ce n’est pas pour sa poche ! C’est pour le nyanga, c’est pour la nourriture, c’est pour ses balades, c’est pour les voyages, c’est pour ses enfants et sa propre famille. Mais détrompes-toi, tu n’es pas compté là-dedans ! Alors que quand nos gars de la Tanière touchent leurs primes du Mondial, ils te signent quand même des petits autographes de temps en temps. Tu ignores quoi ?

Après vous allez accuser nos Lionceaux, en disant qu’ils sont trop gourmands et qu’ils demandent beaucoup trop. Si quelqu’un doit rembourser, ce sont d’abord nos Cameruineuses. Elles n’ont jamais l’argent, mais elles vivent mille fois mieux que nous. Elles sont comme les employés de la Fecafoot. On leur donne l’argent tous les jours et on ne voit même pas ce qu’elles font avec.
N’est-ce pas voilà Samuel Eto’o qui était en train de pourchasser Nathalie Nkoah, pour qu’elle lui rembourse tout sont argent ? Ça ce n’est que le commencement d’une révolution qui va bientôt s’étaler sur tout notre territoire…

 

Ecclésiaste DEUDJUI


Les prostituées ne sont pas des destituées

Je ne sais pas ce qui m’amène à vous parler de ce sujet, mais c’est parce que j’entends beaucoup de choses qui me font parfois mal aux oreilles. C’est comme quand tu vois un journaliste ventru qui n’a jamais pratiqué aucun sport, et qu’il se permet de dire que Samuel Eto’o est un mouilleur… Tsuip !

Moi j’entends des choses qui me dérangent. J’entends des bien-penseurs camerounais se permettre de juger nos compatriotes. J’entends des gens défendre les droits des homosexuels, et pas celui des homosexuelles. J’entends des gens se battre corps et âme pour les droits de l’homme, et en aucun cas pour les droits de la femme. Mais ce qui me fait le plus mal, c’est quand j’entends une fille dire que le jour où elle aura raté sa vie, c’est quand elle deviendra une prostituée…

Revenons sur terre. Les filles de la rue, ce sont d’abord des filles. Et si leur métier perdure depuis des centenaires et même des millénaires, c’est parce que ce sont les hommes qui les maintiennent dans cette déchéance. Et c’est parce qu’il y a beaucoup d’hommes qui ont besoin de leur présence.

Revenons sur terre. Moi je ne suis pas là pour vous dire ce que vous voulez entendre. Il faut d’abord savoir qu’une prostituée est d’abord et avant tout une femme. Elle n’a jamais rêvé de pratiquer le métier qu’elle exerce. C’est la difficulté de la vie qui l’a amenée à vendre le seul bien que Dieu lui a donné sur terre : son corps !

Une prostituée, c’est une fille qui a aimé auparavant. Beaucoup. Arrêtez de les (aperce)voir comme des personnes sans cœur. Une prostituée c’est une fille qui a donné tout son cœur à un homme, puis à un autre, puis à un autre encore. Une prostituée c’est une fille qui a fait des enfants, en rêvant qu’elle allait vivre éternellement avec le(s) père(s) de ces enfants. Une prostituée c’est une fille déçue, une prostituée c’est une fille déchue ; une prostituée c’est une fille qui ne croit plus en l’amour ni au mariage, c’est une fille qui se moque des vertus et des valeurs. Mais la grande question est ailleurs : POURQUOI EST-CE QU’ELLES SE COMPORTENT DE CETTE FAÇON ?

Moi je dis hein, il faudrait qu’on descende un peu de notre piédestal. N’est-ce pas on a un (bon) boulot, comment est-ce qu’on ne va pas leur parler fort ? N’est-ce pas on a un petit-ami qui est (à peu près) sérieux ? N’est-ce pas on a des parents qui nous appellent de temps en temps pour savoir si tout va bien, pour nous conseiller, pour nous consoler, pour nous réconforter ? N’est-ce pas on a des amis qui sont présents ? N’est-ce pas on a des voisins conciliants, compréhensifs ? N’est-ce pas on a fréquenté, on est allés à l’école jusqu’à-jusqu’à, et qu’on rêve même de continuer ça de l’autre côté ? N’est-ce pas on nous a donnés un fonds de commerce pour vendre notre tomate au marché central, ou nos habits, ou nos chaussures ? Qui peut encore nous parler fort ?

Et si nous n’avions pas tout ça, que serions-nous devenus ?

Moi je m’insurge contre cette stigmatisation, cette incompréhension, cette destitution. LES PROSTITUEES SONT DES ETRES HUMAINS COMME LES AUTRES !…

Il faut qu’on essaye de les comprendre un peu plus, voire de les sortir de là le plus tôt possible. Et puis, si vous voulez seulement prendre ça dans ma bouche, TOUTES LES CAMEROUNAISES SONT DES PROTITUEES :

  • – Il y a la serveuse qui va aller passer une nuit avec toi parce que tu lui as offert deux ou trois bières
  • – Il y a la secrétaire qui va te faire les (mauvaises) choses dans ton bureau, parce qu’elle espère que tu vas lui faire un avancement
  • – Il y a la voisine du quartier qui sort avec toi, uniquement pour que tu lui donnes à manger chaque jour (mais toi tu ne le sais pas)
  • – Il y a ta camarade de promotion, Jeanne-l’école devant l’éternel, qui te trouve souvent irrésistible, parce que parfois tu lui permets d’avoir la moyenne lors des examens de rattrapage…

Je vais citer qui et laisser qui ? La mère de ton enfant, qui est avec toi uniquement parce que tu vas t’occuper de son rejeton(s) ? La fille du village, qui est prête à t’épouser uniquement parce qu’elle veut découvrir la ville de Douala ? Ta seconde ou ta troisième épouse, qui se fiche pas mal de ta gueule, mais qui accepte de te partager parce qu’en fait, ce sont tes biens qu’elle voudra partager après ton décès ?

Toutes les camerounaises sont des prostituées !
D’ailleurs, on les appelle les Cameruineuses. Tu drague une fille le lundi et le mardi c’est son anniversaire. Comment vous appelez ça, hein, si ce n’est pas du péripatétisme ?

Alors en un mot comme en mille, je vous demande pardon, essayez de comprendre ces pauvres filles. C’est tout un lent processus qui les amène à se positionner devant le poteau. Ou bien derrière. C’est toute une déchéance progressive, un abandon complet, une pauvreté indescriptible, qui leur font perdre toutes les valeurs.
C’est toute une déconsidération de la société qui fait en sorte que elles-mêmes, elles se déconsidèrent. Et qu’elles se rangent de l’autre côté, du côté de la drogue, du côté de la vénalité sexuelle, du côté des insultes et des bagarres, du côté sombre que chaque être humain possède tout au fond de lui…
Essayons plutôt de les aider et de les tirer de là, au lieu de les vilipender et de les destituer.

Que celui qui n’a jamais péché leur jette la première pierre !

 

Ecclésiaste DEUDJUI