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Assises du Journalisme – Le Prix Jeunesse de la ville de Tours

Dans le cadre des Assises du journalisme de Tours, la Bibliothèque Municipale a mis en place un Prix Jeunesse, avec deux jury : un jury enfants, composé de collégiens et d’élèves d’école primaire; et un jury adulte, dont j’avais le plaisir de faire partie.

Le jury adulte était composé  d’un représentant de la Ville (Mme Beuzelin, adjointe à la Culture, et présidente du jury), 1 journaliste presse écrite (Elisabeth Segard, La Nouvelle République), 1 média presse radio (Melissa Plet-Wyckhuyse, Radio Campus Tours), 1 spécialiste de la littérature jeunesse (Patrice Wolf), 1 représentant des Assises du journalisme de Tours (Jérôme Bouvier) et 1 représentant de la Bibliothèque (Bérangère Rouchon-Borie); le jury enfants par des élèves de CM2, 6ème et 5ème.
Les délibérations ont eu lieu à la Bibliothèque Municipale de Tours, réunissant les membres des deux jurys, et les enfants des classes concernés. Chacun a donc pu expliquer pourquoi tel livre lui a plu plus qu’un autre, et il était très intéressant d’avoir le point de vue des adultes et des enfants.

Quelques photos des délibérations – mercredi 21 février 2018

Assises du Journalisme 2018


Les livres de la sélection étaient les suivants :
La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, Jean-Marc Fiess, collection Trapèze, éditions Albin Michel
Si j’étais Ministre de la Culture, Carole Fréchette, édition Ricochet
C’est quoi l’écologie? Jacques Azam, Sophie Dussossois, éditions Milan
Les journalistes nous cachent-ils des choses? David Groison, Pierrangélique Schouler, Ronan Badel, Actes Sud Junior
Le handicap, pourquoi ça me concerne? Sylvie Baussier, éditions Fleurus


J’ai été surprise par l’importance accordée par les enfants – 9/12 ans – à l’aspect visuel des livres : couleur, taille de la police, appétence pour les illustrations, intérêt pour le graphisme. Les adultes se concentraient plus sur le contenu des ouvrages. On voit donc qu’il y a une différence entre les acheteurs potentiels (parents, grand-parents, bibliothécaires) et le public destinataire. Je me suis demandé si j’avais oublié le rapport aux livres que j’avais enfant. J’ai lu beaucoup de bandes dessinées, mais j’étais plus jeune, et je crois que ma lecture-phare à 9 ans était Vipère au poing d’Hervé Bazin.


La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, Jean-Marc Fiess, collection Trapèze, éditions Albin Michel

J’ai trouvé ce livre pop-up très beau, mais aussi très fragile, et je doute fort qu’il resiste longtemps aux petites mains d’une bibliothèque scolaire. Par ailleurs, si c’est un livre-objet très réussi, le contenu me semble léger pour des enfants de 9/12 ans. On ne saisit pas toujours le lien entre la mise en volume proposée et l’article de la Déclaration illustré…

 


 

Si j’étais Ministre de la Culture, Carole Fréchette, édition Ricochet

Le très grand format du livre permet une lecture à un groupe d’enfants auquel on montrerait les images. Sauf que le public était un peu grand à mon avis pour cette lecture mise en voix. Sauf que les images sont assez sombres; les enfants eux-mêmes les ont trouvées effrayantes. Par ailleurs, si l’idée de faire imaginer une journée sans culture est tout à fait interessante, le contenu de l’ouvrage m’a semblé un peu juste pour des élèves de CM2/5e/6e. Je crois que ce livre conviendrait plutôt à des CE1/CE2.


C’est quoi l’écologie? Jacques Azam, Sophie Dussossois, éditions Milan

Le favori des enfants, à l’unanimité, qui ont aimé la présentation en « fiches », qui permet une lecture fragmentée et thématique, ainsi que le grand nombre d’illustrations et le petites bandes dessinées. J’ai trouvé quant à moi qu’il y avait de notables imprécisions dans l’ouvrage. En effet, si on y parle de Darwin, il y a une impasse totale sur ce qui était cru et enseigné avant la Théorie de l’Evolution. Sans prendre partie, il me semble important de dire au enfants qu’avant cette découverte, on pensait que l’humain était une création de Dieu, et que certaines personnes le croient encore, notamment aux Etats-Unis; et combien ces deux conceptions du monde ont pu se heurter et faire de victimes. Si l’écologie est une science, elle se doit d’être précise. S’intéresser à la Terre, c’est aussi se souvenir de Giordano Bruno, et que l’obscurantisme tue. Mais qui parmi ces enfants sait qui il était? Je suppose une certaine frilosité sur ces questions d’obscurantisme religieux, un « politiquement correct », et j’espère me tromper.


Les journalistes nous cachent-ils des choses? David Groison, Pierrangélique Schouler, Ronan Badel, Actes Sud Junior
Voici le livre qui a remporté le plus de voix du jury adulte. Un livre drôle, précis, construit à partir de « questions impertinentes et pertinentes », selon le mot de Pierangélique Schouler, d’enfants au sujet du travail des journalistes. Les journaliste sont-ils tous de gauche? Pourquoi voit-on toujours les mêmes experts à la télé? Pourquoi les journalistes se trompent-ils? Les journalistes sont-ils objectifs?  Peut-on croire les sondages? Des réponses chiffrées, argumentées, concises et accompagnées d’illustrations très drôles. Une langue française standard, là où plusieurs autres ouvrages ont fait le choix d’une langue relâchée, ou plutôt d’écrire comme on parle.


Le handicap, pourquoi ça me concerne? Sylvie Baussier, éditions Fleurus
Un livre plein de bonnes intentions, qui détaille toutes les formes de handicap, mais oublie le handicap social. En effet, en ce qu’elle condamne au provisoire, à l’instable, à l’insécurité, parce qu’elle limite la capacité à agir et à se projeter, la précarité est un handicap réel, qui peut d’ailleurs s’ajouter à un autre handicap. Un livre qui fait tellement la promotion du handicap, que cela en est gênant, car ce discours semble culpabilisant pour les enfants qui ne seraient pas en lien avec des personnes concernées, ou qui par ignorance auraient pu se moquer. Elisabeth Segard faisait très justement remarquer que, sur ce sujet, il serait peut-être plus efficace de présenter des portraits de personnes qui ont changé le monde, et qui accessoirement étaient handicapés. Par exemple Stephen Hawking.


La remise des prix a eu lieu le 16 mars 2018, dans le cadre des Assises du Journalisme de Tours. Dans la catégorie Prix Actu Junior (décerné par des élèves de CM2, 6ème et 5ème) : « C’est quoi l’écologie ? » de Sophie Dussaussois, illustré par Jacques Azam; et dans la catégorie Prix Actu Adultes, de « Les journalistes nous cachent-ils des choses ? » de David Groison et Pierangélique Schouler, illustré par Ronan Badel


Liens

La remise des Prix jeunesse sur le site des Assises du journalisme.
L’article de Elisabeth Segard pour TMV
Les lauréats sur le site de la Ville de Tours


Radio aveugle, je t’aime !

Plusieurs vieux schnocks – dont moi – s’élèvent contre la radio filmée. Et si ce n’était déjà plus de la radio?

SPDC on air
Décembre 2017, en période de pré-fêtes, j’ai le plaisir de participer pour la deuxième année à la semaine de radio organisée par le Service Municipal de la Jeunesse (SMJ) de la municipalité de Saint-Pierre-des-Corps, Indre-et-Loire, France. Comme le rappelle cet article des Inrocks, Saint-Pierre-des-Corps a quelque chose du petit village gaulois d’Astérix.
Pendant une semaine, de 9h à 21h30, les associations locales, les écoles, les habitants, les artistes locaux, les élus, tous viennent s’exprimer sur le plateau de cette radio éphémère, qui existe tous les ans depuis déjà 12 ans. Le CSA accorde chaque année une fréquence temporaire, le 97.4 FM.
Un tel projet existerait-il ailleurs que dans cette municipalité communiste depuis près de cent ans ?
Les émissions sont animées par le SMJ, Radio Campus Tours, les étudiants de l’Ecole Publique de Journalisme de Tours (EPJT), et parfois « auto-animées », lorsqu’il s’agit de classes dont les enseignants ont eu envie d’inventer une émission avec leurs élèves, ou d’ « habitués », de personnes qui participent tous les ans, comme c’est le cas avec la Bib’ , la Bibliothèque Municipale.
Un article sur le projet en lui-même serait tout à fait imaginable.



Cependant, le sujet qui m’occupe ici, c’est la radio filmée. En effet, il faut dire que c’était la première fois de ma vie que je me retrouvais filmée parlant dans un micro, un casque sur les oreilles. Certes, nous avions été avertis : cette année, la municipalité innovait, la radio serait filmée et youtubée en direct sur le site de la mairie ! Il faut bien le dire, cette information m’était sortie de l’esprit, car, quand il est question de radio, je me soucie avant tout de son et pas d’image. De photos, à la rigueur, tant qu’il ne s’agit pas non plus d’un lourdaud qui vient faire cliquer son appareil à tout bout de champs près de mon micro (ce qui gène considérablement l’auditeur et le travail en cours).



On vous surveille


Au cours d’une émission, voilà soudain que, face à moi, s’allume un écran démesuré de télévision, façon 16/9 en plus grand. Et comble de l’horreur, je vois en gros plan disgracieux , sous une lumière désavantageuse, ma figure, surmontant un pull marin confortable mais peu élégant, une mèche de cheveux échappée du casque venant ponctuer mes phrases. Je me fais face dans un haussement de sourcils, qui provoque un blanc à l’antenne de quelques secondes. Pour l’auditeur, une seconde de réflexion entre deux questions pertinentes. Pour le voyeur, pardon, le téléspectateur, pardon, le… heu… le youtubeur, une micro-absence avec une expression de stupeur, mais sans tremblements, ce qui fait que le diagnostic de crise d’épilepsie ne tient pas. Soulagement, la caméra s’acharne à présent sur l’interviewé, qui lui n’a pas l’air troublé outre-mesure tout d’abord, puis qui s’emberlificote dans une explication et se met à digresser en se voyant ainsi observé. Tiens, on nous voit de plus loin, tous les deux dans le cadre. C’est gênant, cet écran, ça me déconcentre. Oh la la, c’est moi cette grosse avec un double menton? J’ai l’air avachie. J’espère que personne ne regarde ( 467 vues). Mes mains parlent autant que moi. Je… je vais les mettre sur mes genoux. Non, c’est comme si je supprimais la ponctuation de mon discours. Merveilleux, la Terre entière peut savoir que je me gratte le nez à cet instant précis. J’ai vraiment l’air de « ça » en vrai? Rhooo… Bon, ça commence à bien faire ! Je vais mettre mon écharpe sur cette caméra effrontée, si ça continue!


Suis-je déjà une vieille bique dépassée par les nouvelles technologies?


Suite à cette expérience éprouvante, alors que je m’étais toujours – avec une fatuité extrême – fait l’impression d’être née « trop tard, dans un monde trop vieux », voilà que j’étais « trop vieille dans un monde trop jeune ». J’eus ma minute Chateaubriand, puis m’ennuyant moi-même, et considérant que ce n’était pas si grave de ne pas avoir la télévision, puisque j’avais quand même un ordinateur et un blog, et que personne n’avait dû voir ce moment de disgrâce, je m’interrogeai sur la pertinence de la radio filmée. Après quelques recherches, je tombai sur cette vidéo de l’humoriste François Rollin, sur France Inter, où il s’insurge contre la radio filmée.



On avait dit pas le physique


Parmi les récriminations de François Rollin, le fait que l’image entraîne de fait une attention particulière sur le physique des intervenants. En effet, j’ai pu le constater moi-même. Jusqu’à présent, ma tenue vestimentaire, capillaire, mes ponctuations manuelles, mimiques, tenue corporelle, étaient le cadet de mes soucis. En effet, à la radio, on se fout de tout cela. Ce qui prime, c’est ce qui est dit et comment c’est dit. Pertinence, éloquence, choix du vocabulaire, grain de la voix. Je suis moi-même atterrée de me voir me soucier de mon double-menton alors que je parle d’art brut et de psychiatrie. Ces considérations viennent troubler la pensée, gêner le discours.

Mon inquiétude va vers les femmes. En effet, il serait bien hypocrite de nier la pression sociale qui est faite encore aujourd’hui sur les femmes, qui devraient toujours être belles, minces, soignées, élégantes, souriantes. A-t-on jamais vu en France une présentatrice télé vraiment laide ou en surpoids morbide ? Ou habillée en jean et pull marin, sans maquillage ? Si on commence à filmer la radio, les premières à se soucier de leur image, ce seront les femmes. L’image fascine. La radio est le seul média qui ne rend pas captif, que l’on peut écouter en faisant autre chose. Si la radio filmée se généralise, difficile de croire que les présentatrices n’entrant pas dans les canons de beauté majoritaires auront toujours une place de choix, indépendamment de leur talent radiophonique. Le consommateur voudra de belles images, de belles idoles. Cette injonction à la belle allure se fera aussi pour les hommes, mais dans une moindre mesure. Imaginez un peu le temps perdu à choisir une tenue, à planquer ses boutons et sa dentition disgracieuse, son strabisme, ses cheveux gras, tous ces détails dont la radio se fiche éperdument ? Encore une fois, le risque est que les femmes se doivent d’être belles avant d’être compétentes.

N’être pas qu’une apparence physique J’ai eu la chance de faire des ateliers radio avec des personnes en grandes difficultés sociales, ou psychiques. La vie à la rue, la précarité, les traitements médicamenteux, la forte consommation de tabac, d’alcool, tout cela laisse une empreinte sur les corps. Par ailleurs, quand on a peu d’argent, les dépenses vestimentaires ne sont pas les premières à faire. J’ai eu face à moi des personnes qui avaient énormément de choses intéressantes à dire, et qui souffraient parfois que « dans la rue, on ne nous regarde même pas », ou alors qui sont regardées de travers du fait de leur apparence. Ou qui, pour une raison ou une autre, ne voulaient pas être reconnues. Et pourtant, elles avaient des choses importantes à dire. La radio était un outil parfait. Très mobile, nécessitant peu de matériel, faisant fi de l’allure des gens. Ces personnes n’auraient pas accepté d’être filmées pour la plupart, et pour moi, il était évidemment impossible de le leur imposer.


Dire plutôt que paraître. Ou taper.


Nombreuses, les Cassandres qui parlent d’appauvrissement lexical dans les médias, et chez les plus jeunes, à l’exception, peut-être, des jeunes issus des milieux les plus favorisés, et qui très tôt baignent dans le beau langage. Dans un monde envahi par l’image des tablettes, smartphones, ordinateurs, où l’on peut dire en smileys ses émotions, à quoi sert encore de parler, de chercher le mot le plus précis pour dire ce que l’on ressent, puisqu’un petit bonhomme jaune y suffit ? Les SMS et les réseaux sociaux ont créé un langage réduit mais compréhensible dans le monde entier :
LOL 😀
Dans cet article de 2014, Le fossé lexical se creuse, Nabum, enseignant, partage ses inquiétudes.


Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, éberlué, l’immense décalage entre les élèves et les phrases proposées par de grands éditeurs, sans doute conseillés par une armée de spécialistes et d’inspecteurs généraux, de linguistes et d’experts de la littérature jeunesse. Là, j’avoue que je me gausse un peu tant les petites phrases proposées frisaient la médiocrité et l’obsolescence désarmante. Rien à sauver ou presque ….

Mais, le pire fut alors d’expliquer à ces élèves – issus d’une diversité qui les prive le plus souvent de racines et de repères sémantiques – des mots qui apparemment leur étaient totalement inconnus. Il faut avouer que ces enfants vivent dans des quartiers péri-urbains où le rapport à la nature est des plus lointain. Mais de là à ne rien comprendre à ce point, je n’imaginais pas que ce fût possible …


Dans ce cas, les élèves de la ville ne connaissent pas les mots du monde rural comme « jument », « poulain », « chevaucher ». Ils ne connaissent pas les mots qui renvoient à autre chose qu’à leur quotidien immédiat. Ils les lisent sans comprendre et ne s’approprient pas les mots si aucun effort n’est fait pour leur expliquer. Dans une cours d’école, quand on se tape dessus, puis plus tard dans la rue, c’est parce qu’on n’a, le plus souvent, pas réussi à DIRE ce que l’on ressentait, parce que les mots manquaient, ou parce qu’on n’a pas compris un MOT, une EXPRESSION, un second degré, et qu’on s’est senti agressé ou démuni.

Quel rapport avec la radio? Pour moi il est assez évident. J’ai la chance depuis quelques années de participer à des radios pédagogiques en milieu scolaire, école et collège.
Qui domine dans une classe, surtout une classe d’ados ? Les filles les plus belles et les plus insolentes, les garçons sportifs et musclés, les grandes gueules qui ont toujours une vanne bien grossière et bien agressive sous le coude, mais dans avec un nombre limité de mots.
Qui domine, face au micro, où on ne voit ni la jolie coiffure, ni la carrure d’athlète, sur laquelle on mise tout ? Et où pour tenir une heure d’émission avec un économiste, une association environnementale, il faut avoir autre chose en stock que des vannes ? Où il faut savoir écouter les autres pour réagir à propos, réagir à ce qui est dit, argumenter ? Où on a besoin de coopérer, avec le technicien, avec les invités ? Souvent, ce sont les plus timides, ou du moins, les plus discrets, ceux qui savent poser leur voix, dire précisément, et sans crier, et ce ne sont pas forcément les premiers de la classe.

Constats : la discussion, l’échange c’est exigeant. Il faut des mots pour que l’autre comprenne mon idée, j’en ai besoin pour expliquer. La radio, ça peut être autre chose que les animateurs des grandes radios commerciales, et ça n’est pas forcément ennuyeux. Pas besoin de crier, de jouer des coudes ou du fer à friser pour être intéressant et respecté. Et tout ça, justement parce que la radio n’est pas filmée. Et cerise sur le gâteau : oui, ça servait vraiment à quelque chose, ces exercices de grammaire, d’Histoire, de… puisque ça permet d’échanger avec un invité d’un autre âge, et d’être écouté et compris par d’autres que mes copains. Les professeurs disent, d’ailleurs, qu’une expérience de radio soude une classe, et fait évoluer positivement les relations entre les les élèves.
A titre personnel, j’estime aussi que l’on peut proposer à des jeunes des choses plus ambitieuses que ça :

Je pense donc que la radio NON FILMÉE est un outil pédagogique de premier choix. Sans dénigrer les autres supports (vidéo en direct sur les réseaux sociaux, youtube…) qui sont massivement consommés par les plus jeunes, cela montre aussi qu’un autre rapport au monde, à l’information est possible. Qu’on peut échanger autrement qu’en étant rivé à un écran.

Dans cet article de 2015, « Dans nos cités, le langage s’appauvrit : un « LOL » ne vaudra jamais le second degré »,  Abderrahim Bouzelmate, enseignant à Marseille, écrit :


Dans les cités, la jeunesse a ses propres codes et ses propres références culturelles, sportives et artistiques.

L’arrivée du rap dans ces zones au début des années 90 avait été un fait réellement libérateur. Les artistes de l’époque rivalisaient de beaux textes, de belles métaphores, et c’est ainsi que des générations d’enfants de cités purent retrouver un intérêt aux dictionnaires et aux bibliothèques pour un retour prometteur à la lecture. Je suis de ceux-là.

Puis il y a eu une fracture. Au confluent des deux millénaires, le rap français engageait la perte de son authenticité et de ses belles couleurs. On voulait absolument ressembler aux Américains, et les bras se gonflaient à mesure que les esprits maigrissaient.

Les vraies valeurs ont commencé dès lors à déserter ce style de musique. La vulgarité verbale, la promotion de la violence, les passages en prison, l’abaissement de la femme à un rôle bestial, étaient désormais la norme pour être un rappeur « hardcore ».

C’est la culture du mépris qui a jeté hors de scène la belle plume et son lot de finesses pénétrantes. Malgré tout, il demeure encore de bons rappeurs qui luttent pour les vraies causes sociales, même s’ils sont battus en brèche et bien marginalisés.


Alors, est-ce que filmer la radio n’aurait pas le même effet de « culture du mépris », « rejetant hors de la scène [les belles voix au physique ingrat] et [leur] lot de finesses pénétrantes ? » Vouloir absolument ressembler aux grosses radios, pour ne pas être « battus en brèche et bien marginalisés » ?


On nous entube (cathodique. ah ah)


Pourquoi diable les grandes radios se sont-elles mises à filmer des gens avec des casques qui parlent dans un micro ?
Voici ce qu’on lit dans Télérama, dans un appel à témoignages de 2014, dont on jugera de la neutralité :


(…) La pratique est d’abord née d’une nécessité : celle de fournir aux chaînes de télévision une vidéo des interviews politiques du matin. Elle s’est poursuivie avec l’essor de la consommation de vidéos sur Internet, et le développement de l’usage des tablettes ou smartphones. « Puisque ces appareils sont dotés d’écrans, ç’aurait été dommage de se priver d’y glisser des images », plaidait Christophe Israël, le délégué aux nouveaux médias à France Inter (…)

Alors que les utilisateurs de ces supports multimédia n’étaient que 4,2% en 2009, leur nombre s’élevait à 11,9% en 2013. La progression est encore plus nette chez les jeunes : en 2009, 11,3% des 13-24 ans écoutaient la radio sur un de ces appareils ; en 2013, la proportion était déjà montée à 26,4% (d’après une étude de Médiamétrie) ! Les radios devraient-elles tourner le dos à ces nouvelles pratiques de consommation, et refuser d’aller chercher le public où il se trouve ? (…)


Sur 20 minutes, on nous explique « Pourquoi la radio se généralise » :


(…) «Mon objectif, c’est d’avoir de l’audience supplémentaire», a expliqué à l’AFP Tristan Jurgensen, le directeur général de RTLnet. De son côté, Gilles Nay d’Europe 1 nous confiait il y a quelques mois: «Notre souhait c’est de capitaliser sur des têtes d’affiches, des gens qui sont connus à la télévision et que nos auditeurs avaient envie de voir». Radio France, qui propose de revivre des émissions en vidéo grâce aux podcasts depuis un moment, n’est pas en reste. «On travaille pour inventer notre futur. Ceux qui ne le font pas se condamnent à disparaître, nous a indiqué Joël Ronez, directeur des nouveaux médias du groupe. On a vocation à aller chercher nos auditeurs et les internautes sur leurs territoires de consommation». Comprenez par  là les smartphones et tablettes. Car l’arrivée de la 4G va décupler les possibilités vidéo de l’Internet mobile. Les radios veulent donc pouvoir proposer leur flux vidéo sur ces supports-là également. (…)
(…) La radio filmée est un enjeu important pour elles pour plusieurs raisons. Tout d’abord, c’est une question de visibilité. Les dérapages des invités de la matinale ou les petites phrases de politiques, qui sont désormais enregistrées en vidéo, sont repris dans les journaux télévisés, sur les chaînes d’information en continu et sur Internet. Plus ces images, sur lesquelles figure le logo de la radio, sont reprises, plus elle gagne en visibilité. «L’objectif au départ, c’était ces reprises à la télé», a indiqué Gilles Nay à 20 Minutes. Mais il y a aussi un enjeu de monétisation. La vidéo diffusée sur Internet constitue une source supplémentaire de revenus. «Nous avons un pré-roll [une publicité s’affiche au début d’une vidéo], mais nous réfléchissons à des formats innovants pendant le streaming, comme l’overlay [de la pub superposée au contenu]», expliquait-il. Des formats qui suscitent l’intérêt des annonceurs. (…)


Enfin dans cet article « Filmer la radio est-ce la dénaturer?« , qui ne répond d’ailleurs pas à la question posée, on peut lire :


Désormais, offrir un tel service de radio semble une nécessité pour toucher le jeune public. (…) près de 60 % de la consommation radio s’effectue en mobilité. Ils sont plus du quart à utiliser un appareil numérique pour écouter la radio. Et leur durée de connexion à la radio est inférieure à celle des autres tranches d’âge. Ces jeunes consommateurs ont donc de nouvelles habitudes et carburent aux clips viraux qui peuvent se partager sur les réseaux sociaux. Filmer la radio devient ainsi le moyen de produire à moindres frais des vidéos qui peuvent être diffusées sur les sites de partage vidéo (YouTube, Dailymotion) et, finalement, de développer un auditoire synchrone.


Donc, après nous avoir vendu ces milliards d’écrans, il semblait tout à fait normal d’y faire passer de la publicité, et puisque la radio était la dernière enclave où notre temps visuel disponible n’était pas encore capté, il fallait faire quelque chose. On va bien avoir droit à des publicités de trottoirs, après tout. Vous noterez d’ailleurs que dans les articles cités, il n’est question que de « consommateur » et de produits, et jamais d’auditeurs, d’information et de création sonore. N’y a-t-il que moi que ça étonne ?
Je pense enfin qu’il est vain de refuser les capacités incroyables que nous offre le numérique, de rejeter toute image. Cependant, je crois que la radio sans images va devenir un moyen de lutte contre l’uniformisation de la pensée et des modes de vie, des standards de beauté. J’y vois non pas l’apanage d’une élite, mais bien au contraire, un lieu où chacun peut réellement venir comme il EST. Non, la radio sans image ne va pas « devenir un moyen de lutte », elle va le redevenir, comme à peu près tous les quarante ans.



Lettre à la société de jeux Hasbro

Ah, Noël! Occasion rêvée de sortir les jeux de société, pour jouer en famille! Chez les B…-M… on sort le Taboo Junior, proposé par Hasbro. Le jeu date de 2003, ce n’est pas si vieux, mais soudain, surprise…

Suggestion de présentation et crédit photographique : Delphine M.

Sur la carte « maman », les mots interdits sont « Enfant » et « Bijoux »; sur celle de « papa », c’est « homme » et « voiture ». Enfant, sois attentif : une « maman » est pleine de bijoux et s’occupe des « enfants » (ou alors elle est un « enfant »?), un « papa » est un « homme » qui conduit une « voiture ». Voilà. Pour gagner, tu dois faire deviner « maman » ou « papa » sans citer leurs attributs principaux. Ahaha!!! C’est sacrément corsé, hein?

*** La marque Parker appartient au groupe Hasbro depuis 1991, mais le nom Parker apparait encore sur de nombreuses boîtes


Dodge – La Femme – 1955

Mail à Hasbro


Madame, monsieur,

Ouvrant une boîte de Taboo Junior (édition 2003) quelle ne fut pas la surprise et la consternation d’une de mes connaissances de voir :
– sur la carte « maman » les mots « enfant » et « bijoux »,
– et sur la carte « papa » les mots « homme » et « voiture »…
Pour que tout le monde puisse participer à son étonnement, elle a partagé une photo des cartes incriminées sur les réseaux sociaux. Un vrai buzz.
 .
Si j’ai bien compris les règles du jeu, il faut faire deviner « maman » sans dire « enfant » et « bijoux », et « papa » sans dire « homme » et « voiture ».
Croyez-vous sérieusement qu’un enfant de 2017, normalement élevé dans son époque – c’est à dire pas avant 1968 –  fasse un lien évident entre les mots « homme », « voiture » et « papa »? Pour moi qui me situe désormais dans la catégorie des trentenaires, « homme » et « voiture », ça réfère au mieux à un chauffeur-livreur masculin, à un pilote de F1 masculin, mais pas à mon père. J’ai interrogé une personne de plus de 60 ans, et pour elle « homme » et « voiture », c’est le chauffeur du président ou de quelqu’un de ce genre.
 .
Quant à faire de la voiture un attribut masculin… On hésite à rire ou à soupirer. Vous savez, de nos jours, – même en Arabie Saoudite, à partir de juin 2018 – la voiture peut être conduite par une femme… Je sais bien que les publicité de voitures à la télé regorgent d’hommes très très virils qui séduisent des idiotes belles et court vêtues avec des grosses bagnoles, mais dans la vraie vie, il y a plein d’hommes – et pas que mes amis bobos – qui se sentent tout à fait virils en n’ayant pas de voiture, et il semblerait que le vélo ne porte aucune atteinte à leurs capacités reproductives. Au contraire! Ils font du vélo avec leur progéniture.
 .
Quant à faire des bijoux et des enfants un attribut féminin et maternel… Là aussi, consternation et rire viennent à notre rencontre. Les enfants utilisent les mots « parents », « câlin », « maison », « adulte », pour faire deviner « papa » ou « maman », et ils ajoutent des choses spécifiques pour faire deviner « parent homme » ou « parent femme ». En 2017, ce n’est pas seulement « maman » qui s’occupe des « enfants »… Les seules personnes qui pourraient faire un lien entre « enfants », « bijoux » et « maman », ce sont des latinistes ou des pédants qui connaissent le « haec inquint ornamenta mea sunt ». Avouez qu’il y a peu de chance que cela soit le cas du public ciblé. Par ailleurs, toutes les mères ne portent pas de bijoux, et il existe aussi une quantité de mère parfaitement indignes qui ont le culot d’aller travailler – en voiture – et de laisser leurs enfants à leur mari au foyer. Anne Sylvestre a fait une chanson très drôle, qui s’appelle La Vaisselle, et je crois que c’est le moment de l’écouter. Ah oui, et quand une femme devient mère, il parait que génétiquement parlant, elle reste une femme.
 .

Ce jeu datait de 2003, alors, j’ose espérer que depuis, le jeu a été réédité, avec des cartes véhiculant une image moins rétrograde de ce qu’est un homme ou une femme, un père ou une mère.

Bien cordialement,

WM


Vroum!


Lettre à mon grand-père

« On ne peut pas tout comprendre, mon ami… » Nii Ayikwei Parkes

Cher grand-père,

Il y a deux ans, tu mourrais de froid, dans des circonstances restées pour moi étranges…
Période de fêtes oblige, les services de police ont mis – c’est du moins l’impression que j’en eus – un temps certain à nous rendre ton corps, et à conclure qu’il n’y avait rien à conclure, pas même une idée du nom de celui ou ceux qui t’avaient volé ton argent, ni du mystérieux rendez-vous où tu disais devoir te rendre et dont tu n’es jamais revenu. Un vieux retrouvé mort la veille de Noël, pas de quoi laisser refroidir le foie gras.
Je ne t’oublie pas.
Depuis quinze jours, ma chaudière se meure, et plus le 12/12 approche, plus les températures qu’elle offre sont à la baisse; comme les acquis sociaux dans ce pays. Si tu voyais ça… Enfin, peut-être que c’est mieux comme ça. Le thermostat se montre assez facétieux. 11.5°C à 11h05, avec un clin d’œil au 11 mai, 11/05 , les Saints de glace. 13°C à 13h. 12,5°C à 12h50. Et là, aujourd’hui… 8,5°C à 11h45. Que s’est-il passé le 8 mai 1945 à 11h? Peut-être pourrais-tu me le dire. Tu es plus calé que moi en Histoire.
Bon, c’est un peu dur à dire. Mais je me lance. Je ne t’oublie pas. Ne le prends pas mal, mais si tu veux me dire quelque chose, s’il te plait, laisse la chaudière… C’est difficile d’écouter et de travailler quand on a froid…
Il y a de quoi être fâché, cependant, c’est vrai… Ton film rouchi-marocain n’avance guère. J’ai besoin de ton aide précieuse à l’écriture; tu devais en être la voix… J’ai besoin d’argent aussi, car je ne sais pas encore me téléporter au Maroc. Peut-être que tu pourrais aller taquiner les chaudières des gens qui ne répondent pas à mes dossiers de demande d’aide à l’écriture?
Dis à ma grand-mère que son châle en laine m’est d’une grande utilité. N’était-ce la couleur, il fait vraiment madame Sarfati. Ça me fait rire, et je me réchauffe. J’irai acheter une boite de chocolats After Eight. Non pas que je les adore, mais c’était vos préférés. Je suppose même que vos excès de thé étaient un prétexte pour en manger. A chaque théière, son chocolat, n’est-ce pas?
Vous me manquez. A qui écrire des lettres, à présent? Je vais aussi aller chercher des oranges, et peut-être que je me laisserais aller à faire des pains d’amandes. C’est le moment de vous manifester. Je suis lamentable en cuisine, et je ne suis pas sûre de savoir bien régler votre four, qui coiffe cependant avantageusement mon frigo.
C’est étrange, j’ai déjà moins froid, de vous avoir écrit…


La playlist du consentement

Un spectre hante les relations amoureuses, le spectre du consentement. Qu’on l’ait ignoré ou feint de n’en avoir jamais entendu parler, voilà que depuis que ça #balancesonporc, le « consentement » s’incruste dans les conversations. Parfois, les musiciens-chanteurs-interprêtres en parlent mieux que beaucoup d’autres…


La baraque à frites


Oui, quand une femme se consume de désir sans discrétion aucune, et avec même une certaine vulgarité, il est commun dans le Nord de la France de la désigner sous le terme de « baraque à frites », on suppose en effet que la tôle qui compose ce débit de pommes frites atteint des températures record.

Les Rita Mitsuko – Andy


Le vieux satyre


Souvent, il est attiré par les jeunes sottes, et joue de leur naïveté. Autrefois, elles étaient élevées à dessein dans des couvents, pour divertir de leur niaiserie leur futur mari. Heureusement, les temps changent, et on ne livre plus si imprudemment les jeunes filles aux vieux pervers.

Serge Gainsbourg et France Gall – Pauvre Lola


Le devoir conjugal


Tout est dit dans la formulation…

Georges Brassens – Quatre-vingt-quinze pour cent


Le lourdaud insistant


Pas méchant, le mec, hein, juste… lourd. C’était non hier, et y a quinze jours, mais bon, au cas où on aurait changé d’avis…


Œillades provocantes


J’ai envie de toi… Est-ce que tu le vois? Mais voilà, si tu ne vois pas, tant pis, je n’insiste pas, et je savoure l’instant, tranquillement…

Catherine Ringer – Un bien bel homme


Le soupirant persévérant


De nos jours, ça n’existe plus guère que dans les romans. Mais pourtant, non, c’est toujours non…

Jacques Brel – Madeleine


#ThankYou

Un hashtag pour tous les hommes bienveillants, intelligents, intéressants que j’ai croisé dans ma vie ; parce qu’il y en a aussi. Tous les hommes ne traitent pas les femmes uniquement comme des objets sans cervelle. Et ils n’ont pas toujours uniquement envie de coucher avec.

Jean Imbert

Le mari de ma marraine, le seul qui eut la patience nécessaire pour nourrir l’enfant sauvage qui hurlait et refusait de manger.

Gérard Wyckhuyse
Mon grand-père, qui m’a appris à faire du vélo, aimait chanter et raconter des histoires.

Joël Javary
Le maître de CM1 qui aimait les expressions écrites de l’enfant sauvage, et lui a fait découvrir la poésie et le théâtre.

Didier Albert
Le CPE moustachu des classes préparatoires, qui m’apportait des livres, quand j’étais bien malade.

M. Wetzel
Prof de philo de Khâgne, qui se demandait en rouge dans la marge « pourquoi ne voulez-vous pas jouer le jeu – simplissime – de la dissertation? »

Camille
Le premier amoureux qu’on attendait pas.

Eric Rambeau
Le prof de fac devenu ami précieux, qui m’a fait découvrir le jazz et m’a encouragée à poursuivre mes études, et fut l’un des premiers à participer à mes émissions radio.

Guillaume Cingal
Le prof de fac devenu ami, malgré mon accent anglais giscardien, qui a cru en mon travail radiophonique et l’a partagé.

Franck Saintrapt
L’art-thérapeute qui a bien voulu prendre en stage une étudiante infirmière dans son atelier, en mentant qu’il était seulement infirmier.

Anthony Suarez
Le DJ marseillais qui m’a proposé son canapé pour échapper à un coloc frappadingue.

Hugues Anger
L’infirmier psy de nuit proche de la retraite qui m’a appris le peu que je sais dans le domaine, et m’a encouragée à continuer mon master.

David Bernagout
Le documentariste qui m’a envoyée faire une formation d’anthropologie visuelle à Rabat.

Yvan Petit
Le documentariste qui m’a appris à être auteur SCAM.

Sébastien Boisseau
Le contrebassiste qui m’a proposé un reportage sur ses Salons de musique, et a mis le son en fond sonore de son site.

Laurent Guibert
L’apiculteur toujours prêt à aider aux déménagements, quand tout le monde a piscine.

Jean-Luc Janssens
L’infirmier en psy belge, lecteur assidu de mes nouvelles et fans de mes blagues idiotes

Stéphane Berton
Le passionné de radio, qui fut l’un des premiers à me proposer de faire des ateliers radio.

David Christoffel
Le créateur sonore qui m’a proposé de participer à un de ses opéras parlés.

Sébastien Poulain
Le docteur ès sciences radiophoniques qui a accepté mon article pour les Cahiers d’Histoire de la Radio

Jean-Luc Raharimanana
L’auteur qui m’a proposé d’inventer un atelier radio autour d’un de ses ateliers d’écriture, et qui a prêté sa voix à plusieurs de mes émissions.

Sébastien Russo
Le peintre qu m’a proposé de participer à sa revue d’art brut TRAKT.

Pascal Vion
Le bibliothécaire de jour, artiste multiple de nuit, qui m’a proposé de co-animer l’émission Tante Simone avec lui sur Radio Béton.

TO BE CONTINED!


Titaÿana, une femme chez les chasseurs de tête #2

Grand reporter des années 20, Titaÿana est partie à l’aventure sur les cinq continents. Elle a été témoin de l’avancée des européens en terres lointaines. Qu’en dit-elle, en tant que femme française, dans ses reportages littéraires ?

Couverture des éditions Marchialy, 2016


II. La colonisation


Des colons ridicules


Dans la première partie de cet article, la description d’une « grosse femme verte » montrait le goût de Titaÿana pour les figures burlesques. Dans la même veine, et sans aucune complaisance, elle décrit les Hollandais venus en terre Toradja, et qui tentent de reproduire leur mode de vie ordinaire sans prendre en compte la vie qui les entoure. Ils semblent habiter un aquarium de convenances et de rythmes absurdes. Titaÿana dit les observer depuis les hauteurs, elle se place en observateur au regard descendant et condescendant. Dans cette description d’une vie rigide, bien huilée, sans aucune place pour la fantaisie, l’imprévu, où l’on a pour seul souci que celui de prouver aux voisins que l’on suit le protocole sans surtout jamais le questionner, transpire tout le mépris que l’auteur devait avoir envers ses contemporains, et l’horreur que lui causait la vie routinière et creuse qui allait de soi pour les femmes d’un certain rang.


Quatre maisons coloniales hollandaises rivalisent à celle qui aura le plus beau jardin ; derrière leurs pelouses bien taillées semées de massifs, elles sont solides, claires et confortables. Toutes quatre semblables (car les maisons des Indes néerlandaises semblent construites sur le même modèle), elles diffèrent par leurs dimensions proportionnées au rang de leur occupant. Voici celle du contrôleur, celle de l’assistant-contrôleur, du capitaine, et du commissaire. Le pasanggrahan où je loge sur une hauteur les domine. De sa terrasse, je peux suivre la vie des fonctionnaires. A 6 heures le matin s’ouvrent en même temps les fenêtres. Madame s’affaire en peignoir tandis que Monsieur traverse le jardin pour aller prendre sa douche. A 7 heures, déjeuner, puis les quatre messieurs vêtus de blanc et chaussés de noir se rendent à leurs bureaux, tandis que leurs épouses, habillées d’une robe à fleurs en toile imprimée, se rendent des visites, parlent santé, enfants, ménage et domestiques. A 14 heures ferment les bureaux et les quatre messieurs reviennent dans leurs demeures respectives où les attend un repas copieux servi sur des nappes à fleurs recouvertes de napperons brodés. Ensuite, se ferment les fenêtres pour la sieste. Que le coup de 17 heures interrompt. Monsieur surgit en pyjama, madame en robe de voile demi-longue, le thé servi par le boy depuis 16 heures les attend au chaud sous un capuchon ouaté. A 18 heures, sur les quatre vérandas, s’allument les quatre lampes recouvertes d’immenses abat-jours bariolés achetés au même marchand ; Monsieur lit son journal, Madame coud, les enfants jouent. A vingt heures, repas froid à base de tartines de pain, puis encore un petit peu de véranda, puis coucher général.
Une Femme chez les chasseurs de tête, Chez les Toradjas du Centre-Célèbes


Cette description n’est pas sans faire penser à, quelques décennies plus tard (1958), et en Europe, l’excellent film Mon Oncle, de Jacques Tati.

Départ pour le bureau

Visite entre dames

Ce que Titaÿana met en avant, c’est que la colonisation est le fait d’une certaine classe de la population européenne, et non pas de nations entières : les gens ayant pouvoir et argent, et qui voient dans ces nouvelles contrées un moyen d’étendre leur empire ; l’Europe étant déjà conquise.

 


Un mal inévitable ?


Si Titaÿana semble moquer les bourgeois, se montre critique quant aux effets de la colonisation capitaliste sur les peuples, elle est bien loin de s’insurger contre. En effet, elle considère cela comme un mal inévitable.


Pourquoi se révolter ? La colonisation est et sera de tous temps. Nous sommes Romains, et les Anglais Normands. Les Hollandais ne seraient-ils pas ici, avec leur force de travail, leur goût du nettoyage extérieur et du respect hiérarchique, que les Célèbes connaîtraient la discipline japonaise ou la dictature russe. Aucun regret n’arrêtera l’évolution du monde vers la grande uniformité et la conduite de sa transformation ne sera jamais confiée aux poètes.
Une Femme chez les chasseurs de tête, Chez les Toradjas du Centre-Célèbes


L’auteur fait un raccourci argumentatif étonnant. Elle compare la colonisation de la Rome antique et des Normands avec celle des Européens du XXe siècle. L’époque, les territoires et les populations n’ayant rien à voir, la comparaison vaut celle d’une carotte et d’une pantoufle, pour justifier que tout objet peut avoir une forme oblongue. Par ailleurs, c’est une femme qui a étudié le droit, la théologie ; il serait très curieux qu’elle ignore que la Rome antique pratiquait le syncrétisme, c’est-à-dire l’assimilation des croyances et dieux locaux. Serait-elle prise ici en flagrant délit de mauvaise foi ?
Titaÿana est une femme française, blanche, appartenant à une certaine élite sociale et intellectuelle. Finalement, on pourrait arguer que le monde tel qu’il est ne lui est pas si défavorable. Elle critique les méfaits du capitalisme introduit par les Européens sur les peuples qu’elle visite, mais plutôt que de considérer que d’autres organisations sociales sont possibles, elle affirme que le capitalisme est l’évolution inévitable, et, ultime sursaut de pensée bourgeoise, que la conduite de la transformation du monde est une chose trop sérieuse pour être confiée aux poètes.
Cependant, elle poursuit :


Admis le principe de colonisation, je ne crois pas qu’il soit possible de pousser plus loin que les Hollandais la perfection coloniale. Mais dans cet accomplissement matériel, une faille : l’idée que le premier et seul bien à donner aux indigènes est de faire d’eux des chrétiens. A ces peuples de civilisation différente, le blanc ne peut-il apporter autre chose que des casquettes, des uniformes, ou des signes de croix ?
Une Femme chez les chasseurs de tête, Chez les Toradjas du Centre-Célèbes


Elle parle des Hollandais, alors, ouf, l’honneur de son lectorat français est sauf. Il peut toujours se dire que la France agit différemment. Il est bien question d' »accomplissement matériel » : la colonisation, c’est une recherche de profit étendu, par ceux qui en font déjà. Or, dans la même phrase, « accomplissement matériel » et « chrétiens ». Il semble donc que la christianisation des peuples est une condition de réussite de l’entreprise économique. La religion est un instrument du pouvoir colonial, dont les symboles sont la casquette de l’ouvrier, les uniformes de soldats ou domestique, et les rites chrétiens. Titaÿana donnerait-elle dans la précaution oratoire ?



Conquête capitaliste et perte de sens


L’auteur montre que les peuples colonisés ne bénéficient que des effets négatifs de la colonisation, tout comme les classes les plus défavorisées de l’Europe d’alors. La notion d' »Europe », dans cette recherche du profit, devient floue :


Sur le chemin du retour, j’atteins le Long Iram, ce point extrême de la civilisation : il y a la maison d’un contrôleur, celle du Kiei, un marchand malais, une boutique chinoise. L’Europe, quoi.
Une Femme chez les chasseurs de tête, Chez les Dayaks du Centre-Bornéo


Dans cet extrait lu, l’auteur se fait Cassandre et décrit les effets à venir pour les peuples locaux, avec l’avancée de la « civilisation capitaliste » :

Comme Jean Rouch filmant la chasse au lion à l’arc en 1965, elle a conscience d’assister à la fin d’une Histoire, d’une civilisation.

La Chasse au lion à l’arc (bande-annonce), de Jean Rouch from Centenaire Jean Rouch 2017 on Vimeo.


Guerres de religions


Dans cet extrait lu, Titayana décrit avec quelle violence les peuples sont convertis par les missionnaires. Elle dit aussi que certains se déclarent musulmans en signe de protestation, de résistance, pour échapper à la conversion forcée. Et cela prend une saveur amère, à la lumière de la situation géopolitique que nous connaissons aujourd’hui.


Titaÿana, une femme chez les chasseurs de têtes #1

1920. Elisabeth Sauvy, dite Titaÿana, est l’une des rares femmes françaises qui accède au statut de grand reporter. Les éditions Marchialy rassemblent certains de ses reportages littéraires à travers le monde en un volume, Une Femme chez les chasseurs de tête, paru en 2016.
Cet article est en 2 parties.


I. Etre une femme


Une femme « paresseuse »?
Titaÿana, de son propre aveu, se montre rapidement incapable de vivre la routine d’une vie de secrétaire, et d’attendre le bus tous les matins. Elle dit être devenue journaliste « par paresse ».


Mon éducation ne m’avait pas préparée à prendre un métier : j’avais passé mes baccalauréats, mon brevet supérieur, une licence en théologie, je parlais trois langues, j’avais suivi des cours avancés en mathématiques et en droit. En somme, je connaissais l’étude et ignorais le travail.


Dans Les dessous de ma vie d’aventure, Titaÿana montre combien elle a du faire preuve de ténacité pour qu’un monde d’hommes prenne au sérieux son souhait de partir seule dans des contrées lointaines et et sa capacité à endurer la fatigue physique, la faim, le froid, la chaleur intense, à faire face à de multiples dangers, pour ramener des reportages passionnants. Vu la difficulté qui transparaît dans ses reportages – jambe cassée, maladie, privations alimentaires -, la « paresse » est toute relative. A moins de considérer que l’anti-conformisme est une paresse, ce qui, somme toute, est une pensée plutôt bourgeoise.

Une femme indépendante?


Mais je redoutais de revenir en France, dont j’avais emporté un souvenir d’angoisse. J’avais l’impression qu’il n’y avait pas de place pour une femme seule cherchant à gagner sa vie. Le souvenir de calomnie et de méchancetés faisait battre mon cœur et monter en moi des révoltes contre l’injustice des indifférents, des camarades, et des soi-disant amis.


Près d’un siècle plus tard, il faut bien se résoudre à admettre qu’il est toujours bien difficile en France pour une femme seule – c’est à dire ni « femme de », ni « fille de » – d’accéder à un poste à responsabilités, au même salaire que ses pairs masculins, à compétences égales. On encourage un homme qui se lance dans l’aventure, alors qu’on demande toujours à une femme « Tu es sûre ? Ça va aller ? Tu vas y arriver? », et qu’on s’ingénie à semer des embûches sur son parcours pour l’empêcher d’avancer. On la placardise si elle se montre trop compétente, voire on la harcèle, pour bien lui rappeler qu’avant d’avoir un cerveau, elle est une matrice. Si une femme reçoit un prix Nobel, les journaux titreront « Incroyable, c’est une femme ! », alors que ce détail n’a en soi aucune importance.

Cependant, si Titaÿana fait preuve d’une rare force de caractère, il est vrai aussi qu’elle ne vient pas de nulle part. On peut supposer que son entourage familial était tout de même assez favorable : une famille de propriétaires terriens et de vignobles du Sud de la France, où se trouvent plusieurs élus, un commandant d’armée ; et où on laisse étudier une fille plutôt que de borner ses horizons au métier de mère de famille. Aurait-elle eu cette capacité à se jeter dans l’aventure, à aller de l’avant, à s’affirmer comme journaliste, sans un contexte familial où il n’y a pas de peur du lendemain, et où il y a un intérêt pour le savoir ?

Une femme qui n’aime pas les femmes ?


D’autres femmes trouvent la Joie dans un miroir. Moi, longtemps avant d’être vieille, je recrée la mienne en fermant les yeux : la mienne d’avoir traversé ce pays de mort lente, et d’en être revenue.


Titaÿana se montre assez dure envers les femmes qui ne sont pas de sa trempe ; et celles qui apparaissent dans ses récits, qu’elles soient la femme de gouverneur hollandais, des persanes, une jeune arménienne, apparaissent surtout préoccupées de leur tenue, de leur beauté, et assez simples.


Lorsqu’un tchador s’entrouvre, robe perlée, corsage décolleté arrivent en droite ligne d’on ne sait quelle boutique d’exportation. Le voile des femmes laisse le visage à découvert, surtout lorsque le visage est jeune et frais. Je sais gré aux femmes persanes d’avoir su faire leur charme de cette prison qui leur était imposée. Leur grâce, dans leur coquetterie à se voiler et dévoiler, laisse toujours voir la partie la plus attrayante de leur visage. Celles dont la denture laisse à désirer se voilent la bouche, celles dont les yeux qui louchent feraient oublier l’ovale du menton, rabattent pudiquement le grillage sur leurs yeux. Ainsi ont-elles la politesse charmante d’offrir au passant ce qu’il désire d’artificiel et de vrai.


On lit sur plusieurs site internet que Titayana était « féministe avant l’heure ». Pourtant, considérer que d’autres femmes font preuve d’une « politesse charmante » en s’offrant au désir du passant, et que leur charme réside principalement dans des effets de voile, semble assez réducteur pour les persanes, et assez loin d’une pensée féministe… Le fait d’arme de ces femmes, c’est d’utiliser le voile pour attiser le désir masculin. Mais elle ne nous rapporte pas grand chose d’autre sur elles. D’ailleurs, ses compagnons de voyages sont surtout des hommes, voire uniquement des hommes.
Ces femmes lointaines lui renverraient-elles l’image de la femme qu’elle ne veut pas être/ne sait pas être en Europe?

Titayana a un style vif, vivant, elle arrive à donner à voir ses aventures rocambolesques, et n’oublie pas d’être drôle. On le voit par exemple dans cet extrait de La Caravane des morts, où il est question d’une « grosse femme verte », qui semble être son double inversé. Un vrai moment de cinéma burlesque :

Extrait lu


Trucs de pauvre

Ces petites habitudes dont on met du temps à se défaire quand on galère un peu moins…

  • Grelotter à son bureau et se demander si c’est bien raisonnable d’allumer le chauffage. Puis mettre finalement un autre pull.
  • Convertir mentalement les prix d’objets non indispensables (vêtements, spectacles, disques, livres…) en nombre de baguettes ou de paquets de nouilles. Puis finalement renoncer à son achat.
  • Réinfuser le thé, et y ajouter préventivement un peu de cannelle, fleur d’oranger, clou de girofle, bissap, ou ce qu’il y a dans le placard.
  • Faire les courses en additionnant mentalement au fur et à mesure les prix. Recompter sur le tapis roulant de la caisse. Arborer un sourire satisfait quand la caissière annonce tout haut le prix compté tout bas.
  • Trouver des bonnes excuses en fin de mois pour échapper aux sorties proposées par les copains, même si on en meurt d’envie.
  • Hausser un sourcil incrédule et consterné quand votre banquier vous demande émerveillé comment vous faites pour n’être jamais à découvert.
  • Vérifier son compte en banque tous les matins.
  • Etre vegan par la force des choses, et rire un peu jaune quand quelqu’un vous félicite, parce que « pour nous, c’est dur d’arrêter la viande ! »
  • Connaitre le cours de la pomme de terre sur plusieurs marchés, Biocoop, Ruche qui dit oui du territoire.
  • Envoyer des sms, taper à l’ordi avec des gants
  • Éprouver le besoin urgent de rappeler quelqu’un quand tout le monde raconte ses vacances dans des pays lointains, et que vous sentez qu’on va vous poser la question fatale « Et toi, alors, tu as fait quoi de ton été ? »
  • Ne rien répondre, mais sourire, si on vous traite de radin.
  • Culpabiliser quand le prix d’un achat dépasse 30€.
  • Dire bonjour aux agents d’entretien et de sécurité, qui sont souvent étonnés.
  • Se regarder avec inquiétude dans le miroir ou la surface vitrée la plus proche quand un interlocuteur affirme que quelqu’un d’autre a « une gueule de cas soc' ».
  • Encaisser dignement le désamour d’une conquête qui dit s’ennuyer avec quelqu’un qui ne sort jamais, ne fait rien sur un coup de tête, et pourrait faire un effort pour être plus élégante ; sans apporter aucune explication.
  • Rire intérieurement quand des personnes assez aisées parlent de lutte des classes et de prolétariat.
  • S’enrouler hermétiquement dans sa couette, façon nem, pour faire face aux nuits d’hiver, en remerciant le ciel d’avoir déjà un lit et un toit.
  • Acheter tout d’occasion, et rire qu’on vous traite de « bobo ».
  • Avoir le cœur qui s’emballe dès qu’il y a une enveloppe blanche à fenêtre dans la boite aux lettres.
  • Sourire poliment quand un ami se plaint de payer trop d’impôts pour entretenir des fainéants, mais-pas-toi-c’est-pas-pareil.
  • Manger du riz-cassonade le matin, parce qu’il en restait d’hier soir.
  • Mettre des boules Quiès, et parcourir avec soulagement, émerveillement, sa bibliothèque, loin des discours imbéciles qui accusent les pauvres de faire exprès de l’être.
  • Repérer immédiatement les gens qui font la manche dans la rue, et leur répondre poliment.
  • Se dire que les dates de péremption, c’est pour les gogos. Ou les chochottes. Ou les deux.
  • Acheter du chocolat pour faire un gâteau. Puis se rappeler qu’il n’y a pas de farine, ni d’œufs, et qu’on a pas de four. Et que le gâteau au cuit-vapeur, c’était infect. Manger le chocolat comme ça. Ou fondu dans un bol sur le radiateur avec une banane.
  • Observer une minute de silence devant la laverie, en souvenir de tous ces sacs très lourds qu’on y a apporté, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige.
  • Réprimer un fou rire quand un ami africain vous soutient que tout le monde est riche en France, alors qu’il ne comprend pas pourquoi vous ne venez pas le voir pendant ses vacances à Paris.
  • Avoir toujours des pièces dans ses poches, mais pas de porte-monnaie.
  • Etre généreux avec les artistes payés au chapeau, et déposer le plus discrètement possible son offrande.
  • Faire la queue avec le vulgum pecus, et être gêné quand on vous arrache de la file pour vous faire entrer directement, « mais il fallait entrer directement ! »
  • Se demander « comment je vais le réparer ? » quand on casse quelque chose.
  • Développer des ruses de Sioux pour garder son thé chaud le plus longtemps possible, comme enrubanner la théière dans une écharpe en laine.
  • Connaitre tous les usages cosmétiques, thérapeutiques, sanitaires de produits pas chers et efficaces comme le bicarbonate de soude, le citron, la lavande, l’huile d’olive, le gros sel, le romarin, le miel…
  • Laisser les gens supposer que vous êtes assistant social, puisque vous semblez connaitre si bien les dispositifs d’aides et leurs conditions d’accès.
  • Pleurer de joie à l’arrivée des premières fleurs de cerisier du Japon
  • Se demander pourquoi tous ces gens qui envient les pauvres ne candidatent pas pour le poste : il y en a plusieurs à pourvoir.


Parlons-nous tous la même langue?

C’est le thème choisi pour le lancement du Pôle Ecriture(s) de la coopérative d’activités culturelles, Artéfacts, dont je fais partie. Un événement mêlant écriture, création sonore et radio!

Nous sommes 4 auteurs à proposer cet événement. Un auteur sonore, et trois auteurs littéraires : Laëtitia TestardLéa Toto et Marie Remande .

A partir d’un son réalisé pour l’occasion par mes soins, les trois autres auteurs feront des propositions d’écriture aux participants aux ateliers. Restitution le soir à l’antenne. De 10h à 16h, depuis la Coopérative Artefacts, avec les 3 auteurs, les participants expérimenteront 3 styles d’écriture différents. Je prendrais sûrement du son… Puis viendra le temps de la mise en ondes collective, à 8 mains et 8 oreilles, sur Radio Campus Tours, la radio étudiante de Tours.


Ma proposition sonore



Composition


Je voulais mêler littérature, voix, et sons du monde; les choses qui me sont le plus chères, d’autant qu’il s’agit de créer quelque chose pour un collectif d’auteurs. C’est aussi une occasion de faire des clins d’oeil à mes amis et connaissances, à ceux dont j’admire le travail, et dont j’ai eu l’occasion de parler dans mes émissions. Créer quelque chose pour une naissance, après tout, c’est une belle occasion de dire au monde qu’il est beau, non?

« Parlons-nous tous la même langue? » : cette langue, c’est le Français; enfin, les Français. Qui parle quel Français, d’où, comment, pourquoi? Ici, on parle art, culture, communication, Histoire-géographie, conte, poésie, roman, slam, langue, langage, danse, niveaux de langue, sens de lecture, strates linguistiques et langagières, double sens, échos… J’ai hâte de voir comment les autres auteurs s’approprieront ou non l’histoire que je raconte ici!


Table des matières


CHAPITRE 1 – De l’art ou du cochon ?
A l’heure de la « Culture pour tous et chacun », la médiation a aussi son jargon

Prospectus sur le Chateau du Rivau
Prospectus sur Le musée Balzac, château de Saché
Articles de la revue OFFSHORE – art contemporain – Occitanie/Pyrénées/Méditerranée – juin-septembre 2017 – n°44
Articles de la revue BEAUX ARTS magazine – Lee Ufan – Pressentiment
Sons additionnels libres de droits
Captation : valiha, Jean-Luc Raharimanana


CHAPITRE 2 – Mère Patrie mer-veilleuse
Pourquoi franchissent-t-il la mer ? Slammer pour garder le cap ?

Résidents de la République – Marc Alexandre Oho Bambé, aka Captain Alexandre, On a slammé sur la Lune
Captation de la Méditerranée, Sète


CHAPITRE 3 – En gare de la Francophonie
Sais-tu à qui tu parles, voix sans corps, sais-tu de quel voyage dans le temps tu parles ?

Captations : gares SNCF, train SNCF, avion Air Madagascar, boite à musique


CHAPITRE 4 – Rêve de synthèse
Discours (pseudo?)scientifique, réalité chimiothérapique

Les rêves et les moyens de les diriger, Hervey de Saint-Denys
Voix off
Captation : musique gnawa, Rabat – Cigognes, Rabat


CHAPITRE 5 – A mots policés
L’art oratoire, discours politique et langue de bois

Charles De Gaulle – discours sur l’Europe
Valéry Giscard d’Estaing – discours post-élection in English
Titayana – Au Pays des morts qui voyagent, 1929
Captation : gouttes d’eau, M’Hamid El Ghizlane
Fragments d’interviews franco-québécoises


Ne quittez pas …

Qui n’a jamais failli devenir fou, en tentant de joindre un service administratif par téléphone?
Entre les injoignables, le service fantôme, les automates à la noix qui demandent de taper des codes dont vous ignoriez jusqu’à présent l’existence, ou de dire le nom d’un service ou d’une personne qu’ils ne reconnaissent pas, le tout arrosé d’attentes musicales insupportables, comment garder son sang froid?
Les plaisirs de l’administratif… Texte inspiré de faits réels.
à Pierre-Edouard Deldique

*Voix enregistrée* *musique de fond* Bonjour, bienvenue chez Grosmuseau! Après le bip sonore, cette communication vous sera facturée cinquante centimes d’euro la minute. *Bip! * Merci de m’indiquer le nom du correspondant ou du service que vous souhaitez joindre! C’est à vous!
Warda – Service Truc!
*Voix enregistrée* Je n’ai pas compris votre demande. A nouveau, veuillez m’indiquer le nom du service ou de la personne que vous souhaitez joindre. C’est à vous!
Warda – Truuuuc!
*Voix enregistrée* Souhaitez-vous joindre … Patrick… Grud…? Pour être mis en relation avec ce correspondant, tapez 1. Pour faire un autre choix tapez 2.
Warda – Tuuuuuut! (touche 2)
*Voix enregistrée* Veuillez m’indiquer le nom du service ou de la personne que vous souhaitez joindre. C’est à vous!
Warda – Truc!
*Voix enregistrée* Je n’ai pas compris votre demande. A nouveau, veuillez m’indiquer le nom du service ou de la personne que vous souhaitez joindre. C’est à vous!
Warda – ***dit une grossièreté*** truc, truc, truc, truc!!!!
*Attente téléphonique* …allons donner suite à votre appel… quittez pas… Allons donner suite à votre appel…
Warda – impavide – 
Voix – Allô?
Warda – Bonjour, je suis bien au service Truc?
Voix – Ah non, madame, vous êtes au standard, ici! Pour joindre le Truc, il faut faire 5457!
Warda – M… Merci!
Voix – Je vous en prie, bonne journée madame!
Warda – compose le 5457
*sonnerie*
Voix 2 – Allô?
Warda – Bonjour, le service Truc?
Voix 2- Ah non, vous êtes au service Machin!

Warda – Ah? Mince, c’est votre collègue du standard qui m’a dit d’appeler ce numéro…
Voix 2– grommelle – Bon, je vais vous les passer, ça ira plus vite!
*sonneries*
*autre sorte de sonnerie*
Voix 2 – Allô?
Warda – Heu, le service Truc?
Voix 2 – Ah? Vous êtes revenue ici?
Warda – Voui, héhéhé…
Voix 2 – grommelle – Bon, je vais vous passer quelqu’un d’autre!
*Attente téléphonique* …allons donner suite à votre appel… quittez pas… Allons donner suite à votre appel…
Voix 2 – Vous êtes toujours là?
Warda – Hélas…
Voix 2 – Ne quittez pas!
*Attente téléphonique* …allons donner suite à votre appel… quittez pas… Allons donner suite à votre appel…
Warda – chantonne la musique de l’attente téléphonique. Louche vers la machine à café.

*Attente téléphonique* …allons donner suite à votre appel… quittez pas… Allons donner suite à votre appel…
Voix 3 – Allô?
Warda – Bonjour, le… Le service Truc?
Voix 3 – Oui, que puis-je pour vous?
Warda – intérieurement « Champagne! » – Je voudrais savoir où en est mon dossier.
Voix 3 – Votre nom s’il vous plait?
Warda – Mouldawa
Voix 3 – 11 août, c’est ça?
Warda – Voui.
Voix 3 – … Vous êtes sûre?
Warda – Je sais bien que tout le monde ment, mais tout de même…
Voix 3 – M…O…U…H…L…
Warda – Non, non! M…O…U…L!
Voix 3 – M…O…U…L… ??
Warda – intérieurement « Scrabble! » – Voui.
Voix 3 – 11 août?
Warda – intérieurement « Je n’ai pas chanché! » – Oui, toujours. Enfin, vous allez finir par me mettre le doute.

Voix 3 – Eh ben, il y a une faute à votre nom… Alors là… Attendez, je demande à ma collègue!
Warda – Mais…
*Attente téléphonique* …allons donner suite à votre appel… quittez pas… Allons donner suite à votre appel...
Warda – fredonne les notes de l’attente musicale – Ré la si fa… Sol Ré, sol, laaa… Fa mi ré do… Si la, si do… 🙄🎶
Voix 3 – … Madame?
Warda – microseconde de solitude – Ouiii?
Voix 3 – Madame, vous pouvez me redonnez votre nom, s’il-vous plait?
Warda – intérieurement « Avec, ou sans faute? » 😏 – Mouldawa…
Voix 3 – … Bon, je ne peux pas modifier votre nom sur le dossier existant. Je vais devoir en créer un nouveau et supprimer le premier…
Warad, non, Warda – Et faut tout que je refais les démarches et redonne les papiers?? 😨😰

Voix 3 – Non, non! … Normalement, non… 
Warda – Comment ça, « Normalement, non »? 
Voix 3 – Avec l’informatique, hein, c’est toujours un peu compliqué… En plus, là ce sont les vacances…
Warda – Votre chef de service, c’est toujours m. Dugenou? 
Voix 3 – … Ah, ça y est! C’est bon! Voilà, je valide… C’est bon. Vous recevrez vos identifiants par mail.
Warda – Merci bien! 
Voix 3 – Mais je vous en prie! Je vous souhaite une agréable journée! 


Visitez le château d’Où

Texte tissé à partir de phrases récoltées dans des brochures touristiques et des magazines culturels, et mis en son.

à Francine Leduc


Venez à Tours!


A l’ère objective et rationnelle du tout contrôle, face aux différents phénomènes de dématérialisation, à la virtualité croissante, il s’agira de partir loin, loin…
Venez à Tours, éviter toute hérésie spectaculaire, loin des turbulences de la vie parisienne et de ses soucis financiers!


Quand hier épouse aujourd’hui…


Aussi précis qu’évanescent, cubique, corbuséen et néanmoins délétère et aérien, le château, patrimoine architectural exceptionnel, conserve meubles d’époque et objets d’art traditionnels. Le parfum de la collection de roses ajoute à la féerie, s’inscrit dans le tissu patrimonial du centre sans le violenter. Les Mille et Unes facettes du domaine surprennent pour le bonheur de tous, se déjouant tout à la fois de l’audace des uns et de la modestie des autres. Cette vague à l’échelle 1 nous submerge. Les collections dialoguent avec des œuvres d’artistes contemporains, telle une lanterne sortie de l’obscurité, oeuvr[ant] ainsi dans une dialectique constante entre le systémique et l’individuel, entre les hypothèses potentiellement infinies du calcul et des intersections qui engendrent la forme, et l’irréductible singularité du corps dans l’acte de percevoir et de se mouvoir.

 


Nature et sculpture…


Les multiples floraisons ainsi que les multiples œuvres d’art, illuminé[es] par quelques judicieux percements et retraits vous émerveillent par leur folie radicale, monochrome et abstraite. La lumière pénètre par de subtiles ouvertures dans les plafonds et dans les angles. Tous les éléments convoqués, tels le verre, le miroir, le métal, l’encre, ou l’obsidienne des volcans arméniens, participent à ce désir d’enchantement violent, minimal et tellurique. L’orthogonalité s’en retrouve perturbée. Le film d’animation, projeté sur les murs voûtes, transporte à l’époque de François Ier. Les percements dans la façade, les décrochements de l’acrotère de la toiture dessinent dans cette architecture de la rectitude des échappées qui sont autant de souffles libertaires.


Pause méridienne en écrin culturel…


Au cœur du potager, le restaurant la Table des Fées propose aux visiteurs des légumes frais cultivés dans nos jardins, des quiches, des tartes faites maisons, réunissant certaines ambivalences (…) la sensualité et la rigueur, le caché et le révélé, la blessure et la beauté, (…) la lumière et l’obscurité, le monumental et le fragile, l’austérité et le merveilleux, le minimal et le baroque. Des trames narratives surgissent alors, mettant en scène la vision d’intérieurs peuplés d’étranges bestiaires, l’évocation décalée et décadrée de moment de la vie quotidienne des paysages presque mirages.


Texte construit à partir de :
– prospectus sur le Chateau du Rivau
– prospectus sur Le musée Balzac, château de Saché
– articles de la revue OFFSHORE – art contemporain – Occitanie/Pyrénées/Méditéranée – juin-septembre 2017 – n°44
– articles de la revue BEAUX ARTS magazine – Lee Ufan – Pressentiment


Mise en son



Sampling littéraire


Il semblait juste de prévenir les auteurs initiaux de cette création sonore à partir de textes non écrits par moi. Etant auteur Scam, j’apprécierais peu que mon travail soit réutilisé sans que je le sache. J’ai donc envoyé un mail aux quatre sources nommées ici, avec le lien vers cet article. Pour le moment, en ce 21 août 2017, je n’ai de réponse que de Jean-Paul Guarino, rédacteur en chef de Offshore :


Mail du 16 août 2017
Pas de soucis, la source étant nommée.


 


Larguez les amarres !

(Se faire) larguer, oui, mais avec panache !

A Lucrèce et Fedna

Dignity Above All!


Larguer


Ce sont des choses qui arrivent. Car les histoires d’amour finissent mal, en général.

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Ne restez pas avec quelqu’un pour lui faire plaisir


Ça ne marche jamais… Vous prendrez 10 kilos cependant que vous perdrez vos cheveux. Et puis l’autre sentira bien qu’il n’est plus désiré, que vous vous forcez, ça lui fera surement plus mal.


La technique du mort


Et, hop ! Disparu(e) ! … Soyons sérieux… C’est un peu immature, non, de fuir toute discussion, toute explication ? Et pas très respectueux… Si vous ne voulez plus voir quelqu’un, dites-lui, bon sang, au lieu de croire que cette personne va vous oublier comme par magie, ou comprendre toute seule sans demander aucune explication que c’est fini. Allez, un peu de courage. En plus, ça devrait vous éviter 400 sms, appels du genre « mais où es-tu ? Pourquoi tu réponds pas ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Tu vas bien ? Rien de grave ? »


Par technologie interposée


Larguer quelqu’un par mail, par sms, par facebook, par post-it – à moins de se libérer de l’emprise d’une brute épaisse qui risquerait de se fâcher très fort et de vous casser la gueule – c’est naze.  Et n’essayez pas de faire croire que c’est pour préserver l’autre. C’est vous qui avez la trouille. L’autre aimerait surement être considéré comme une personne, et voir que, même si vous ne voulez plus le fréquenter, vous avez du respect pour lui. Ne le traitez pas comme un fournisseur ou un partenaire commercial.


La technique du démon


Se montrer odieux(se) pour forcer l’autre à vous quitter. Ça irait plus vite, en disant « Je te quitte », non ? Ahlala, vous avez de ces idées, je vous jure !


Réfléchissez-y quand même à deux fois


Oui, c’est vrai, elle cuisine mal, et depuis qu’il y a les enfants, elle a pris du bide… Alors que la petite vendeuse de sandwichs vegan… On se rend compte trop tard qu’elle seule arrivait à vous faire sourire lors de vos crises existentielles, et que c’est drôlement triste, de ne plus l’entendre chanter en préparant le café le matin…


Y a plus de désir…


Dans certains cas, ça peut se soigner.


Yahou!!! 😀


Ne vous faites pas d’illusions. La joie de la liberté retrouvée se lit parfaitement sur votre visage, celle d’avoir quitté une personne qui vous malmenait aussi, celle d’un nouvel amour aussi. Les gens qui n’ont rien d’autre à faire que de se mêler de la vie des autres en parlent déjà bien assez. À moins qu’il s’agissent de personnes de confiance, évitez de répondre aux questions du genre « Comment vas-tu ? » par « Beaucoup mieux depuis que je ne suis plus avec ce cafard radin et sans cœur. », qui est le genre de friandises tant attendu, et confirmera aux occupants des bancs publics que vous êtes une personne indigne, un monstre, et tant qu’on y est, un bourreau.


Avoir la libération modeste


Quand on arrive à s’extraire des griffes d’un(e) monstre qui faisait des scènes dans la rue, hurlait des insultes sous vos fenêtres, vous trompait avec tout ce qui bougeait (oui, même un chimpanzé ou une éléphante) à tel point qu’aucun de ses proches ne vous a jamais appelé(e) par le bon prénom, vous dénigrait auprès de vos amis en racontant des histoires totalement improbables, il est difficile de ne pas défiler avec une banderole « liberté! » Cependant, ce genre de personnage a la magie maléfique puissante : il sait anesthésier les esprits, au point que rares sont ceux qui vous ont soutenu(e), ne se sont pas moqués de vous avec lui/elle, d’autant plus si cette personne a la possibilité d’agir sur leur carrière, ce qui est souvent le cas. Inutile de vouloir raconter l’envers du décor « aux gens »: entre ceux qui ne vous croiront pas, ceux qui savent et s’en foutent, et ceux qui savent et ont la trouille, vous perdriez un temps précieux. Si le préjudice est grave, portez plainte.


Se faire larguer


Se taire


Ainsi est faite l’humaine nature : chacun préfère parler de soi et être le centre d’intérêt. Vous partez déjà avec un capital d’écoute amoindri. Par ailleurs, les gens qui se plaignent ennuient tout le monde. Oui, oui, même vous ! Osez dire que vous n’avez jamais eu piscine, la visite à l’improviste d’un parent éloigné, une chasse au papillon quand Max-la-jérémiade pensait « passer 5 minutes » ! Donc, la majorité des gens se fout complètement de vos états d’âme, et va fuir en courant si vous commencez à étaler votre vie. Souriez. Même avec des cernes jusqu’au menton.


Méfiez-vous des sympathies soudaines


Certaines personnes à la vie plutôt vide se délectent au contraire des histoires de fesses, et des peines de cœur des autres. « Toi, au moins, tu m’écoutes… » Ben voyons… Rien n’est gratuit en ce bas monde… Cette attention soudaine d’un inconnu, qui ne s’est jamais intéressé à vous plus que ça avant, sent le commérage à plein nez. Mmmh, les beaux ragots tous frais que vous êtes entrain de lui servir ! Comme ça va amuser les copines et lui donner l’air malin à l’heure du thé !


Phrases cultes


Par ailleurs, ce genre de personne aime beaucoup les phrases du genre :
« Nan, mais tu sais, la vérité, hein ! Je me suis toujours demandé ce que vous faisiez ensemble ! » ,
« Ah mais moi, je savais qu’elle/il te trompait ! »,
« Tu es beaucoup trop bien pour elle/lui ! »
« Je peux te le dire, maintenant, un soir, à une fête chez Machin, il/elle m’a fait un de ces rentre-dedans… J’ai dis non, hein, bien sûr ! »
À bien lire ces phrases, on sent poindre une jalousie et une joie malsaine à attiser votre douleur. Fuyez, vous perdez votre temps. C’est bien lâche et inutile de vous dire ces choses après une rupture. Et généralement, le chapitre suivant c’est « Moi, je suis là, si tu veux… Tu peux rester dormir… »


Ménagez vos amis


Eux, ils étaient là avant, ils sont là maintenant, mais il va falloir faire un effort pour qu’ils soient là « après »….  Ils font un effort pour vous écouter, ils ont envie de vous aider. Mais ce sont des êtres humains, leur temps et énergie disponibles ne sont pas illimités. Par ailleurs, peut-être connaissent-ils votre ancien amour, l’apprécient-ils, sont aussi ses amis ? Ne leur demandez pas de prendre parti, ne vous répandez pas en horreurs et en détails très intimes sur votre ex. Vous allez les gêner. Et une fois la colère passée, vous aurez surement un peu honte…


Laissez faire les professionnels


Si vous avez des choses très douloureuses et très graves à dire, alors allez voir des gens dont écouter ce genre de choses est le métier, et qui vous apporteront l’aide dont vous avez besoin : médecin, psy, police…


Le cul barouleur


Dans ce moment difficile, on a souvent besoin d’un peu de compagnie… Sortez couverts. Et évitez les privautés avec les collègues de travail, les voisins, la boulangère mère de quatre enfants, la jeune fille ou le jeune homme fleur bleue qui attend sont premier amour. Usine à ennuis dont il faudra vous dépêtrer en plus quand ça ira mieux…


Gueuloir secret


Bon, ça arrive à tout le monde d’envoyer un sms complètement débile à un ex à 3h du matin, très sincère au moment où on l’écrit, complètement crétin et ridicule le lendemain, à tel point que l’on prie l’esprit du téléphone de ne l’avoir pas envoyé, qu’on souhaite un bug planétaire des réseaux mobiles entre 3h21 et 3h22, qui aurait aspiré tous les sms envoyés à cette heure là… Mais ça ne marche jamais. Par contre, l’achat d’un carnet, ou d’un petit cahier peut vous sauver la vie. C’est simple, à chaque fois que vous avez une pulsion chouinarde ou coléreuse envers votre ex, hop, vous prenez le carnet, et vous lui écrivez  ici et nulle part ailleurs le genre de c****ies fréquentes en pareilles circonstances.

Comment ça, vous voyez pas du tout ? Allons… Faites un effort :

« Reviens mon amour, ma vie, sans toi je suis une épluchure de pomme de terre, la cendre du poêle à charbon éteint, « une golf GTI qui n’aurait plus qu’une vitesse » !
« Je suis si abandonné que je suis un bébé tout nu un soir de tempête ! »
« Je vais mourir de ta faute et me jeter de la fenêtre du 2e étage, et puis j’écrirai ton prénom avec mon sang, comme ça tu auras honte toute ta vie, ahahah !!!  »
« Sale morue desséchée ! J’espère que tu t’ennuies bien, avec ta grosse, là, même pas capable d’écrire trois lignes sans fautes ! »

Allez, j’arrête là. Avouez qu’il vaut mieux écrire tout ça dans un carnet secret, que vous pourrez toujours brûler quand ça ira mieux, parce que ça finit toujours, par aller mieux.


Prendre soin de soi


C’est le moment d’aller chez le coiffeur, de renouveler votre garde-robe, de faire ce petit voyage, là où votre ex ne voulait pas aller, de faire du sport, et de voir vos amis. Un bon massage, un tour au sauna, une soirée au théâtre… Dansez ! Ecoutez de la musique ! Rencontrez de nouvelles personnes !


Comment j’ai appris à lire

Pas toujours facile, quand on est un enfant, de faire comprendre aux adultes que l’on veut lire et qu’on aime les livres… Alors, on lit tout ce qui nous tombe sous la main… Pas toujours facile, quand on est un ado, et même un adulte, de faire comprendre qu’aimer les livres, ce n’est pas forcément être un raseur pédant… Jusqu’à rencontrer des personnes exceptionnelles, qui partagent votre intérêt.
à Agnès Desarthe


4 ans


je réclame un livre sur les pierres précieuses. C’est drôlement beau, de toutes les couleurs, et on dirait que ça a été sculpté… Même les cristaux de sel…


5 ans 


Tintin, j’adore Le Lotus Bleu, Tintin chez les Picaros, le Secret de la Licorne
Monsieur-madame,


Catalogue La Redoute pour les noms incroyables des couleurs des habits (tournesol, cerise, amande, céladon…),
Femme Actuelle, où les dames ont l’air de vivre entre les tubes de crème et les maillots de bain, sont toujours souriantes, minces


6 ans


Astérix
TomTom et Nana, parce que ce sont des sales gosses

Wikipédia : Tom-Tom et Nana est une bande dessinée qui paraît dans la revue mensuelle J’aime lire depuis 1977. Les auteurs initiaux de la série sont Jacqueline Cohen pour les textes et Bernadette Després pour les dessins. Elles ont ensuite été rejointes par Evelyne Reberg, auteur. C’est Catherine Viansson-Ponté qui s’occupe de la couleur.

Elle met en scène la famille Dubouchon, tenancière du restaurant À la bonne fourchette, dont la tranquillité est troublée par les fantaisies des deux plus jeunes enfants, Tom-Tom et Nana.


AutoPlus pour les tableaux comparatifs auxquels je ne comprends rien
Annuaire pages blanches pour les noms bizarres : on n’a pas idée d’avoir un nom pareil!


7 ans


Les Schtroumpfs

Boule et Bill 

Wikipédia – Boule et Bill est une série de bande dessinée humoristique belge, nommée d’après ses deux personnages principaux. Créée en 1959 par Jean Roba, elle a été reprise depuis 2003 par Laurent Verron. La série raconte les aventures familiales d’un enfant de 7 ans, Boule, petit garçon roux, et de son chien, un cocker appelé Bill. Sont aussi présents la mère et le père de Boule, Caroline la tortue, la voisine et son chat Caporal, etc. Elle se compose d’une série de gags, répartis en plusieurs albums

Infos Junior, magazine d’informations pour les enfants.
Emballages alimentaires pour les ingrédients bizarres


8 ans


Picsou, Placide et Muzo,


Vignettes du Canard Enchainé,
Livres de cuisine pour imaginer quel gout ça a, et parce qu’il y a plein de verbes amusants
Notices de médicaments pour les effets secondaires


9 ans 


une femme fort méchante m’offre La Petite Princesse de Frances H. Burnett, pensant faire un cadeau déplaisant à un enfant de cet âge, ignorant à quel point elle touchait juste.

Adaptation 1939

Version manga 1985


10 ans


les bédés de mon oncle

L’Agent 212, agent de police dodu, naïf, souvent ridicule, mis en pénitence à faire la circulation par le commissaire lorsqu’il dépasse les bornes. Série de bande dessinée belge humoristique créée en 1975 par Daniel Kox au dessin et Raoul Cauvin au scénario


Achille Talon, personnage de Greg, créé en 1963

« Achille Talon, cerveau-choc, est un homme plein de bonne volonté, et doué d’un savoir puisé dans une encyclopédie… à laquelle il manquait pas mal de pages. Achille Talon n’en a cure ; sûr de lui, il n’hésite jamais à se jeter à corps perdu dans les situations les plus difficiles, avec une remarquable inefficacité. » Goscinny


Une femme ayant un goût prononcé pour les romans à l’eau de rose de gare m’offre Premier amour, d’Ivan Tourgueniev, m’éloignant salutairement de son vice secret.

Ça peut pas faire de mal, Guillaume Gallienne, sur France Inter – Ivan Tourgueniev


COULOIR DE L’ENNUI SCOLAIRE – AMNÉSIE TRANSITOIRE


18 ans


 le CPE des classes prépa me donne Le Bruit et la fureur, William Faulkner, devant ma perplexité à démêler ce que l’on croit, ce que l’on aimerait, ce qui est vrai…

William Faulkner, 1897-1962 – Site France Culture
« un roman réputé inintelligible, Le Bruit et la fureur, dans lequel alternent quatre récits, quatre points de vue et de très nombreuses temporalités différentes. Car les voix comme les temps se compénètrent chez Faulkner, comme pour dire qu’on n’est jamais vraiment à ce qu’on fait, qu’on est toujours à côté, décalés par rapport au rythme du dehors, qui exige une régularité que l’on n’a pas à l’intérieur. »


20 ans


L’amour d’alors m’offre Gaspard de la Nuit, Aloysius Bertrand

 

— Vous aviez un fétu dans l’œil ! m’écriai-je.
— Ni fétu dans l’œil, ni coton dans l’oreille. — La figure de pierre avait ri, — ri d’un rire grimaçant, effroyable, infernal — mais sarcastique — incisif — pittoresque. »
J’eus honte pour moi d’avoir eu si longtemps affaire à un monomane. Cependant j’encourageai d’un sourire le rose-croix de l’art à poursuivre sa drôlatique histoire.

 


21 ans


Un ami m’offre Collection de sable, Italo Calvino pour mon anniversaire

 

Centre de Recherche sur la Littérature de Voyage – Université Clermont Auvergne
Collection de sable publié en 1984 est un recueil de notes prises par Calvino pendant dix années qui l’ont mené de Rome à Kyoto, ou au Moyen-Orient. « Nouvelles » ? « Récits » ? « Micro descriptions » qui reprennent des éléments de voyages en Iran, au Japon ou au Mexique, ces brefs textes posent à l’évidence la question de leur statut générique en même temps que celle de la relation entre le fictionnel et le factuel dans le récit de voyage.


22 ans


un patient laisse pour moi son livre de chevet à l’accueil : Voyage d’un parisienne à Lhassa, Alexandra David-Neel


Olivier Debré – Un voyage en Norvège

Exposition consacrée à Olivier Debré par le CCC OD de Tours, du 11 mars au 17 septembre 2017
Une toile de Loire monumentale, et une quarantaine de toiles de voyage en Norvège, peintes entre 1971 et 1990, exposées dans un écrin blanc imaginé par les frères Aires Mateus. Commissariat d’exposition : Marine Rochard


Voir


En entrant dans l’espace de cette « galerie blanche », on a la sensation de pénétrer dans un ailleurs blanc et lumineux, silencieux, et méditerranéen. L’endroit n’est pas habité, sinon par les toiles, mais la composition de l’espace – un espace central carré ceint de deux galeries, l’une sur le même plan, l’autre à laquelle on accède par des escaliers latéraux – et le sol de béton ciré peut évoquer un marché couvert, un riad. Un ailleurs qui aurait été réhabilité, et transplanté à Tours. D’ailleurs, les frères Aires Mateus donnent souvent cette impression d’étrangeté joyeuse avec leurs bâtiments blancs, qui viennent s’intercaler dans des réalités urbaines ou non, qui ne les attendaient pas. Ici on peut voir quelques-uns de leurs projets; de l’école d’architecture en Belgique, à la maison de particulier, à la maison de retraite.

Olivier Debré au CCCOD


On entend…

les portiques du rez-de-chaussée qui grincent au passage de chaque visiteur
les talons des femmes qui résonnent sur le béton ciré
en murmure, le caissier qui vend des tickets et donne des indications aux visiteurs
le murmure des visiteurs
le chouinement des semelles de caoutchouc sur le béton ciré
le froissement des vêtements amples
le système de ventilation
les pas des visiteurs dans les escaliers latéraux
la vidéo de la galerie de l’étage, au loin : « Olivier Debré, pourquoi est-ce que vous êtes si souvent en Norvège? »
le froissement de la feuille de salle, un A3 plié en 2, imprimé recto-verso
parfois, des téléphones portables


Olivier Debré au CCCOD

Accrochage – comment jouer avec cet espace? Comment y mettre en scène les œuvres?

Il y a ici une quarantaine de toiles, sorties de leur cadre, au propre comme au figuré. En effet, les toiles que l’on voit ici sont en grande majorité prêtées le temps de l’exposition par des collectionneurs privés, des galeries, des institutions. Elles sont accrochées sans cadre. On suppose que les cadres les contenant, s’il y en avait, étaient très différents, ce qui ne donnerait pas un résultat très heureux, et encombrerait l’oeil d’informations inutiles, sans lien véritable avec l’oeuvre. Par ailleurs, l’absence de cadre montre que la toile ne « borne pas ses horizons » à sa face, mais se poursuit sur les côtés.

Les toiles exposées ici ont été peintes entre 1971 et 1990, or, l’accrochage n’est pas chronologique. L’œil nous indique plutôt un accrochage par gamme chromatique, ou par thème. Sur le coté gauche de l’espace central, lorsque l’on est face à la toile de Loire monumentale – Gris bleu, taches bleues de Loire (1990, huile sur toile, 370 x 915 cm, Collection Banque européenne d’investissement, Luxembourg), on voit un ensemble de toiles bleu-noir; et à droite, un ensemble de toiles blanches et bleutées. Les cartels, enfin, indiquent que les toiles sont accrochées par zone géographique, c’est à dire en fonction de l’endroit où elles ont été peintes. Ainsi, les toiles bleu-noir ont été peintes à « Lysne », propriété familiale des Astrup dans la vallée de Lærdal; et les toiles blanches  à Oppdal en 1979 et à Sletthallen en 1988.

Olivier Debré au CCCOD

Rimes plastiques

Ces toiles de voyage ont été peintes en pleine nature, dans les paysages norvégiens. Leurs formats « raisonnables », en regard de l’immense toile de Loire, a déjà une explication pratique. Petit, moyen, grand format, rectangulaire ou carré, devaient pouvoir se transporter dans la camionnette qu’utilisait le peintre pour ses excursions picturales en plein paysage.
Les découpes carrées et rectangulaires du lieu voulues par les architectes, comme fenêtre et point de circulation font écho au format des toiles, et donnent presque, étonnement, une indication sur ce qui peut se voir sur les toiles. Cette idée de rimes plastiques induit une idée de musicalité, de rythme, que l’on retrouve dans l’accrochage linéaire, qui peut se lire comme une partition.
Par exemple, l’ensemble de toiles blanches de l’espace central peut se traduire par la séquence suivante : ♪ ♫ ♪ ♫ ♩ ♩ ♪ ♪
Je travaille actuellement sur une transcription sonore de cet espace d’exposition.

Olivier Debré au CCCOD

Synesthésie


Synesthésie : Voir la musique, voir les parfums, goûter les textures, percevoir les émotions en couleurs, voir les chiffres en couleurs, voir ses pensées abstraites, voir le temps, associer des personnalités aux lettres…


Lier peinture et musique, c’est lier le voir et l’entendre : il s’agit de synesthésie. Ce mode de perception du réel est interessant pour continuer l’exploration de la peinture de Debré. Un grand peintre, aussi musicien, et cité par Debré, qui a écrit sur ses synesthésies, c’est Kandinsky.


“Je voyais en esprit toutes mes couleurs, elles se tenaient devant moi”.
« Créer une oeuvre, c’est créer un monde. »
Wassily Kandinsky


Olivier Debré au CCCOD

Vu galerie blanche


Un visiteur, mains croisées dans le dos, s’arrête devant une toile… la considère un instant… s’approche, se penche, à la recherche de détails qu’il n’aurait pas vu d’abord… Puis se recule, fait quelques pas en arrière, considère à nouveau le tableau, penche la tête sur le côté, fait un pas à droite, regarde un autre tableau quelques instants, tourne la tête pour regarder le premier, regarde à nouveau le second, fait un pas vers la gauche, est à nouveau face au premier tableau, fait un pas vers la gauche sans en détacher son regard, fait à nouveau un pas vers la gauche, recule d’un pas, considère ce nouveau tableau, semble le comparer avec le premier, puis soudain, continue sa promenade entre les œuvres.

Olivier Debré au CCCOD


Regarder


Unité de temps, de lieu, d’action
Que représentent ces toiles, que Debré décrivait lui-même comme des membres éminents de l’abstraction fervente? Par agacement, par jeu, on aurait envie de répondre « rien ». On trouve pourtant des indices figuratifs dans les titres des oeuvre, des indicateurs de temps et de lieu : Après-midi d’automne, Brume d’automne, Lumière d’automne. Grand soir violet Svanoy. Il s’agirait donc d’espaces spacio-temporels, et même de moments précis, saisis au vol par la peinture, comme des clichés pris au Polaroïd. Par ailleurs, Debré pouvait peindre plusieurs toiles en même temps, autour du même instant. Ici, plus que peindre, l’action semble être le ressentir, circonscrit à un lieu et à un moment précis.

Synesthésie mon amour

Nous voici en plein abstraction paysagère et « fervente », donc émotive. Les toiles seraient une transcription du ressenti du peintre face au paysage, une traduction de l’impression laissée par un espace-temps particulier au peintre, un paysage mental. Ainsi, considérant que ces toiles sont des émotions colorées, on rejoint le registre de la synesthésie.


1973 : Debré fait l’expérience de dessiner sous électroencéphalogramme “pour prouver que lorsque je peignais il y avait simultanéité entre le passage de l’émotion ressentie et sa traduction …… Je voulais prouver que cette peinture dite  abstraite est le reflet exact du réel ressenti.”

« Je me défends d’être un paysagiste. Je traduis l’émotion qui est en moi devant le paysage … Ce n’est pas ma volonté qui intervient mais l’émotion qui domine. Je ne suis sincère que dans le choc, l’élan « 


Olivier Debré au CCCOD

Figuratif?
Si on est en quête d’éléments figuratifs,  on notera que, sur de nombreuses toiles exposées ici, se dessine un « V » dans le tiers supérieur gauche, le « signe montagne ». Par ailleurs, dans la galerie se trouvant sur le même plan que l’espace central, on voit une série de trois toiles présentant une forme triangulaire, pointe en haut, et figurant des stavkirke, églises traditionnelles en bois. Enfin, les vitrines au centre de l’espace central présentent des carnets de croquis, prises de notes plus figuratives, et pourtant pas préparatoires aux toiles.


“Ce sont les abstraits qui sont les réalistes et les figuratifs qui sont abstraits” O. Debré


Olivier Debré au CCCOD

Vus galerie blanche


Une famille, une mère, un père, deux filles adolescentes. Les parents avancent tout droit vers la toile monumentale, les filles suivent leur mouvement de loin en proche, papillonnant entre les toiles latérales et leurs parents. L’une d’elles tend son smartphone à sa mère, pour être prise en photo dos à l’objectif, fac à la toile monumentale, comme face à un paysage. La sœur bondit vers la mère, passe ses mains devant l’objectif. La mère tenant le smartphone à deux mains tente de la chasser comme une mouche, le mannequin tient la pose et ne bouge pas d’un cheveu. Le père s’approche, pose une main sur l’épaule de la mouche, avec une moue mi-amusée, mi-désapprobatrice, l’invite à regarder d’autres toiles. Un peu plus tard, les deux adolescentes apparaissent à la fenêtre découpée en haut de l’escalier latéral, surplombant l’espace central, regardent quelques instants, puis dégainent toutes les deux leur smartphone. Les parents prennent en photo la toile monumentale sous différents angles, avec leurs smartphones respectifs. Les deux adolescentes quittent leur observatoire, rejoignent leurs parents toujours devant la toile monumentale, qu’ils décrivent en murmures, gestes amples et lents. Ils finissent par s’éloigner, laissant les deux filles qui comparent les photos prises avec leurs smartphones.


Observer


CCCOD - galerie blanche - Olivier Debré

En bref :

des empâtements dans la partie supérieure ou inférieure de la toile, peinture sortie directement du tube
pinceau
couteau
chiffon
brosse d’affichiste
peinture à l’huile
des litres de térébenthine, pour effet d’eau, de nuée, d’espace, d’air, de volume
des débris végétaux et des moucherons en constellations, vestiges de la peinture au grand air

CCCOD - galerie blanche - Olivier Debré

L’importance des effets de matière est tel, que Debré semble faire appel à la vue, et au toucher, au « toucher avec les yeux » (haptique). La série de toiles « blanches d’hiver » offre une variété de textures, de matières intéressante. Cependant, il serait bien étrange de parler de « peinture en 3D », tant la troisième dimension semble avant tout mentale et émotionnelle pour Debré.
S’il désignait la couleur bleu comme la plus spirituelle, on remarque que le rose est présent dans toutes ses toiles, manifeste, ou en toile de fond. Enfin, même l’oeil non spécialiste remarque une évolution entre les trois toiles de 1971 proposées dans l’exposition et les plus récentes. En 1971, la matière semble plus mate, plus maçonnée, plus lourde, plus métallique, alors qu’elle semble plus liquide, plus brumeuse, aérée sur les toiles plus récentes.

CCCOD - galerie blanche - Olivier Debré

Et pour conclure cette exploration d’exposition par une visiteuse non spécialiste en art contemporain, qui utilise donc exclusivement ses yeux et ses oreilles, un extrait d’un journal télévisé à propos du ballet Signes, de Carolyne Carlson, dont Olivier Debré a réalisé décors et costumes…


Vus galerie blanche

Un jeune homme et son père. Le jeune homme a l’air émerveillé, il avance à ps lents, les mains croisées derrière le dos, vers la toile monumentale. Le père marche les bras croisés, d’un pas plus décidé, vers les vitrines contenant les carnets de croquis. Ils se rejoignent devant le grand tableau, puis disparaissent derrière, par la gauche. Ils réapparaissent par la gauche, le père en tête, tous deux bras croisés, avec les mêmes airs. Ils empruntent l’escalier latéral gauche, puis redescendent plus tard par le droit, le père les mains derrière le dos, le fils les bras croisés. Ils s’arrêtent devant une toile, murmurent, puis repartent. Ils réapparaissent derrière une cimaise, se dirigent vers la sortie, toutes leurs mains derrière le dos, s’arrêtent une dernière fois pour regarder la toile monumentale, puis le fils : « Au revoir, merci! »


Les voix du musée

Un tableau ne parle pas. Les visiteurs, si.
Bienvenue dans la vie trépidante d’un gardien de musée qui, en mission anthropologique, enregistre les comportements des visiteurs face aux œuvres. Cette collection de phrases entendues, offertes par les visiteurs, constitue un ensemble précieux et amusant. On apprend comment les visiteurs parlent des œuvres, on en sait un peu plus sur qui ils sont… Dans les espaces d’exposition, les visiteurs se racontent à voix haute, et même au téléphone.
Ces propos sont recueillis bien sûr anonymement, et avant toute action de médiation. Aucun jugement de valeur n’est porté sur ces commentaires, matériau narratif formidable, et qui montre la difficulté qu’il existe parfois à relier le regardeur et l’artiste.


« Tous les musées du monde possèdent une double identité. La première, publique, est attribuée par le plan destiné aux visiteurs extérieurs. La seconde, plus secrète et plus complexe, se construit au fil du temps et de l’évolution des bâtiments. Cette personnalité sous-jacente n’est vraiment connue que des membres du personnel du musée à des degrés divers, selon leur fonction dans l’institution.  » Pierre-Yves Desaive


Olivier Debré – Un Voyage en Norvège – CCC OD

Olivier Debré au CCCOD


« Haan… Cet espace! C’est incroyable! … C’est grand! »

« Waaaaaaaaaaahhh!!! … »

« Il a l’huile extrêmement légère! »

« Son écriture est assez tordue… »

« Vernaculaire? Ça veut dire quoi, ça, vernaculaire? »

« Son assistant disait qu’il était plus occupé par le cours du yen que par ses cours aux Beaux-Arts. »

« Y’en a aussi à la mairie, qui sont pas mal… On n’en n’a pas, nous, à Paris d’exposition Debré. Pourtant on voit bien que c’est un artiste majeur! Oh, ça viendra… »

Brume d’automne à Laerdal

« Allô? Oui, tu sais, on a beau dire que les hommes sont plus forts… Mais ils n’ont pas la résistance des femmes… Il est très sensible, ce garçon! Oui, oui, il intériorise sûrement beaucoup de choses… Ah, c’est compliqué, la vie… Bon à demain… d’accord…OK! »

« Ah, c’est trop beau! C’est trop beau! J’trouve ça trop poétique! C’est la Loire! T’allais dire quoi? »

Au médiateur : « Vous êtes étudiante aux Beaux-Arts? »

« Vernaculaire… J’ai déjà vu ce mot là quelque part… Tu as un bout de papier? On va le noter… On cherchera ce soir… Bah, oui, c’est le seul moyen, ma pauvre! Verna…cu…laire… Voilà. Tu sais, pour la rentrée, je me suis inscrite à… flûte, comment donc, déjà… Non, non, pas un atelier d’écriture… Un atelier de… C’est pour booster la mémoire! »


AU MUSÉE – Ne demandez pas au gardien pourquoi l’hermaphrodite à des tétons et des c***. Cette question n’est pas de sa compétence.
Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation, Pierre Louÿs.


Olivier Debré au CCCOD
« -On sent l’air, on sent l’eau, le vent qui circulent. Il travaille très très liquide, donc il travaille l’oeuvre à plat, couchée… Il a beaucoup travaillé en France, à l’étranger…
– C’est passionnant de t’écouter!
– Le rendu pictural me parle beaucoup, tu vois. Dans les bâtiments construits par Debré, il a fait des études d’archi, à la base, il y a une parenté évidente entre son trait architectural et son trait pictural.
– Moi, j’ai pas l’œil expert…
– Moi, j’aime pas les grands discours, en tant qu’homme et en tant qu’artiste. Là, tu vois, il dit tout. »

Lumière d’automne à Laerdal

« Ça, c’est pas mal, ça. Le bleu, c’est reposant. Ah oui, mamie, tu as fait ta petite sortie? »

« Ohlala, je travaille mieux que ça! C’est des taches d’eau… Oui, ça vaut les travaux de Cécile! C’est la ville qui a financé cet endroit? »

« On regrette de pas avoir déménagé au moment de la retraite… Comment? Ah, oui, j’ai une oreillette, mais je n’entends rien tout de même… »

« On reconnait pas forcément la Loire dans ses toiles de Loire. »

« Faut qu’ça m’parle, moi. C’est compliqué, l’art abstrait. »

Au médiateur « – Heu, vous pouvez parler? Enfin, je veux dire, on peut vous poser des questions? »

« Tu sais, si je devais refaire le sol de la maison, je ferais un truc comme ça, en béton ciré… C’est joli, hein? … La cascade, là, on dirait les Vosges. Mais si, vous étiez là, c’était dans un village médiéval, même qu’on est passé à l’usine Vache-qui-rit! »

Brume d’automne à Laerdal

« Y a toutes les nuances de bleu, là… »

Lisant le nom du médiateur sur son badge : « Vous êtes magnifique, mais vous avez un nom à coucher dehors. »

« Celle-là, trop colorée à mon goût… Celles-là, elles sont vivantes, elles ont du peps. »

« J’aime bien cet ensemble, là, en bas… Sinon, c’est trop vaporeux… »


ART
Ça mène à l’hôpital.
A quoi ça sert? Puisqu’on le remplace par des mécaniques qui font « mieux et plus vite ».
Beaux-Arts.
Anecdote du Prince-Président; commission dont Séchan était le Président.
Beaux-Arts, arts industriels.
Gustave Flaubert, Le Dictionnaire des idées reçues


« C’est reposant, ici, ça change de la galerie noire! Moi, je vois une maman baleine et son bébé… »

« Je me demande comment il a fait pour peindre tout d’un trait sur une si grande surface… »

« Ça… Un visage qui baille… Ou un fantôme. »

« C’est assez binaire, en fait. Un coup en haut, un coup en bas… »

« C’est beau l’art, mais bouffer, c’est pas mal non plus… On y va? »

Après-midi à Laerdal

Au médiateur : « Vous tournez en rond toute la journée dans votre galerie carrée?
Oui, ça me rappelle la Mecque »

« Je dois pas être assez cultivée pour comprendre… »

« Vous savez ce que je vois? Un cercueil de verre, comme dans Blanche Neige… Oui, bleu, c’est une couleur fraîche… »

« ça, gris, là… On dirait un sarrau d’écolier, comme autre fois »

« Le mec qui fait les mêmes trucs, mais qui est pas de famille connue, hein… il aurait quand même du finir par bosser…
– Fils à papa, certes, mais un certain talent, quand même!
– hmmmh…
– Mais il avait une copine en Norvège, ou quoi? »

« En fait, rien n’est uni, c’est que des dégradés… »

« C’est pas mal… Y a des choses bien… On a une jolie vue… On a l’impression qu’on va tomber, mais bon… »

« En Norvège, on dit « Heï »… Tant que c’est pas Heil… »

« Celui-là, il est bleu moelleux. »

« Eh ben, voilà! Les gens ne sont même plus tranquilles chez eux, il y a un vis-à-vis… Eh ben, il peut reprendre ses pinceaux… Y a plein de manques! … Ah, ça, c’est typiquement l’île de Noirmoutier… Là, Münchhausen et le Sacré-Cœur… »

« Y en a des moches, quand même… Mais quand même, pour loger ça chez soi… »

« La montagne verte à Laerdel… Est-ce que ça a l’air d’une montagne? Non! ça oblige à réfléchir… »

« C’est la claque, hein? Je trouve magnifique tout ce qu’il dit sur le rapport intime avec la nature… »

« Haaaan!!! Tu as vu comme il est grand? Va voir! Sans courir! Sans courir! »

Lumière du fjord bleu

« Regarde, vu de là… ça supporte bien la distance! »

A propos des colliers en graines portés par le médiateur : « Ah, on se croirait quai Branly! »

« Tu vois, ça, pour moi, c’est une vallée…Avec des poissons… Ah, non, regarde… Un crocodile… Là, la tête… Là, les yeux… Un crocodile en Norvège? Bah, on y voit bien ce qu’on veut… Grand soir Svanoix… Y z’ont du drôlement discuter avant de les mettre en place… »

« Allô? Ouais, il me reste qu’une salle…T’es garée où? … Je finis, et on se rejoint? … OK, à toute! »

Sunndalsforjen bleu le matin

« Ah, y en a d’autres, là! Ah, y en a! Y en a! Il est bien placé, celui-là, en plus! Y en a qui sont à l’ombre… Celui-là, c’est bien! … On n’a p’tet pas assez de recul pour celui-là… Peut-être que de loin, il est très beau! Là, le nez dessus, on a du mal à se rendre compte… Celui-là, non. Gris, comme ça, ça me dit rien… C’est d’un triste!  Là, je sais pas quoi en penser. Y a de beaux jaunes, en bas, mais c’est les trucs marron, là… J’aime beaucoup les jaunes, mais là, je trouve que… C’est l’association de couleurs… A quelle heure donc qu’il vient parler? 15h? 16h!!! Ah, mais j’avais compris 15 heures, moi! Je vais devoir remettre de l’argent au parking, alors! … Debré, il est mort; lui aussi, hein? Il était très simple. Très. J’aime bien les photos, là. C’est chouette. Ah, je reconnais, c’est à Vernou, ça! Je reconnais. Ses toiles, c’était tout l’un sur l’autre, tout encombré, moins que chez toi, il avait la place – petit rire – C’est un promenade architecturale, tu montes, tu tournes, tu vires… C’est une construction d’après-guerre, ça, là, en face. Tu sais, Paula, elle en a un, Debré… »

« C’est très galactique. »

« Ah, bah, ces peintres, faut les comprendre… Des hautes montagnes… Il faut de l’imagination! »

Au médiateur : « Comment faites-vous pour rester debout aussi longtemps? Ma fille, elle a fait ça, au Grand Palais. »

« Fichtre, on se croirait chez Vuitton. »


ARTISTES
Il faut rire de tout ce qu’ils disent.
Tous farceurs. Vanter leur désintéressement.
S’étonner de ce qu’ils sont habillés comme tout le monde (vieux).
La femme-artiste ne peut être qu’une catin. Bas-bleu.
Gagnent des sommes folles, mais les jettent par les fenêtres.
Ce qu’ils font ne peut pas s’appeler « travailler ».
Souvent invités à dîner en ville.
Gustave Flaubert, Le Dictionnaire des idées reçues.


Olivier Debré au CCCOD

« C’est tellement difficile de peindre en couleur… Tu imagines : la lumière du soleil sur la glace… »

« Le dragon des neiges. »

« Une avalanche avec un singe. »

« Un bonhomme dans un paysage. »

« De l’herbe qui monte sur une montagne. »

« Un bateau entrain de se faire attraper. »


Dans cet espace d’exposition, j’observe que :

– les réflexions les plus potaches ou les critiques les plus acerbes sont formulées à haute voix par les messieurs, souvent âgés de 60 à +80 ans, qui prennent à partie le médiateur. Leur femme ou leur compagne leur demandent presque systématiquement de se taire, ou ont un rire gêné.
– les réflexions désagréables, lorsqu’elles sont faites par les femmes, le sont par des femmes de c.45-65 ans, souvent indirectement, en faisant des commentaires en passant près du médiateur, mais sans s’adresser à lui directement.
– les commentaires les plus positifs sont formulés par des femmes, de tous âges, qui viennent spontanément s’adresser au médiateur pour partager leu plaisir.
– les visiteurs à partir de c.55 ans venant en couple et sans enfants demandent souvent au médiateur s’il/elle est étudiant(e) aux Beaux-Arts
– plus une femme appartient à un milieu aisé, plus elle est vexée et déplaisante quand un médiateur lui demande de ne pas laisser ses enfants courir/sauter/danser/hurler/faire la roue/manger dans les espaces d’exposition, d’autant plus si ce sont des garçons.
– les visiteurs qui possèdent un tableau d’Olivier Debré, ont connu Olivier Debré, connaissent la famille Debré le mentionnent souvent au médiateur.
– les visiteurs vus entrain de toucher une toile sont souvent de mauvaise foi
– les messieurs de c.60-65 ans férus d’art contemporain qui questionnent le médiateur n’écoutent souvent pas ses réponses, répondent eux-mêmes aux questions qu’ils posent, et sont convaincus de son inculture, mais notent sa politesse et son sourire
– les dames dans le même cas se montrent plus curieuses de l’avis du médiateur, partagent leurs connaissances plus humblement


INNLAND – jeune scène artistique norvégienne – CCC OD


« Je… J’ai cru que l’œuvre était interactive, avec ces câbles qui pendent… D’où mon geste. Voilà. »

« des obus mal empilés »
« un dirigeable tombé »

« C’est un revêtement? Ah, c’est du similicuir… C’est même pas peint… »

« Y a du mouvement, y a… On dirait du caramel… On a envie de lécher. »

« A mon avis, ils ont du récupérer un truc… Regarde, y a du carton… »

« Vu comment tu t’habilles, tu vas me faire de l’art bientôt… »

« Ces tuyaux de lavabo, là, qui ne vont nulle part… Est-ce qu’il y avait besoin de toute cette place pour mettre trois bricoles? »

« Ils ont pas fini les travaux, là? »

« C’est bizarre, de faire une galerie toute noire, quand même… »

« Tiens, c’est quoi, ces petits boudins caoutchouteux? »


Biocoop, c’est l’aventure!

Biocoop, c’est le temple des légumes qui ont du goût, des laits végétaux de tout poil, des pâtés de pois chiche, du tofu. Ayant été élevée au Bolino et au jambon sous vide avec salade verte, chaque fois que j’y entre, c’est Noël…  je suis presque émue d’aimer autant le fenouil et les épinards.
Vous découvrirez au fil de ces anecdotes que Biocoop, c’est un autre monde… que Biocoop, c’est un privilège… que Biocoop, c’est un caprice que l’on ne s’accorde qu’en début de mois…


Philosophie Magazine


Aller chez Biocoop – ou en Biocoop? Je ne sais jamais – c’est aussi apprendre à travailler son souffle, et à faire du quotidien un exercice de yoga et de relaxation ininterrompu. Imaginez seulement qu’un grand dadais ait mal rangé le petit bocal mal refermé de votre précieux cumin bio en poudre dans le placard de la cuisine, que vous ouvrez nonchalamment pour attraper quelques tomates sèches ou de l’agar agar. Évidemment, le petit bocal de poudre de cumin bio mal refermé n’attendait que ça pour se projeter dans le vide, rebondir sur votre crâne, et se déverser sur le sol. Allez-vous hurler? Allez-vous vous plaindre? Allez-vous pester? Bien sûr que non. Cela serait bassement matériel et encrasserait vos chakras. Vous allez plutôt faire l’exercice mentionné sur la boite de tisane ayurvédique, en vous massant le crâne avec un sourire forcé, et demander au grand dadais s’il peut se munir de la petite balayette, là, sous l’évier, pendant que vous faites chauffer de l’eau pour la tisane bienfaisante. Il faut voir le pot de cumin à moitié plein.


Comme les blés


Un jour, j’ai délaissé Biocoop pour le Simply Market de Saint-Pierre-dès-Corps. Quand je suis arrivée à la caisse et que la dame m’a dit le prix, je me suis dit « Respire, respire… douuuuucement… voilà, tu paies, t’allonges la thune avec le sourire, et elle va pas voir qu’elle s’est gourée… et tu sors comme une princesse, douuuuucement… pour pas réveiller le vigile… lààà… et maintenant, tu pédales VITE jusqu’à Velpeau !!!! » Et puis j’ai regardé mon frigo pendant 15min. Y avait du monde. C’était beau.


Banana Glory


Quand soudain, des touristes en sandales-chaussettes à bord du petit train promène-couillons me prennent en photo mâchant pensivement une banane bio terrasse du Tourangeau. Ma gloire est faite. Je suis le nouveau visage de cette métropole bananière cosmopolite décomplexée.


Les entremets de l’entremetteuse


Dame d’un certain âge – « Ben dites donc, vous les prenez drôlement mûres vos pêches !
Le type au boulgour – Ah… ah oui ?
Dame d un certain âge – Oh bah vous pourrez toujours en faire un clafoutis !
Le type au boulgour – un peu gêné – Ah, ah ben voui… ah mais je sais pas faire…
Dame d’un certain âge – wink, wink, nudge, nudge à Warda pesant du gingembre – Une jolie demoiselle pourrait vous aider !
Warda – impassible, appuie sur la touche 30
Dame d’un certain âge – C’est bon les clafoutis quand c’est bien fait !
Le type au boulgour – tout gêné, tousse, se ressaisit – Je… je demanderai à… à ma femme.
Warda – coule vers lui un regard reconnaissant. Tapote l’étiquette sur le paquet de gingembre.


Ayurvédique


Ma tisane Biocoop me parle, et elle me dit :
– You are unlimited
– Love is an elevated self
– Love, compassion and kindness are the anchors of life
– You will always live happy if you live with heart
– The art of happiness is to serve all

Donc, non seulement je sirote ayurvédique, mais en plus je révise mon anglais, et puis ma tasse de tisane me dit qu’elle m’aime dès 6h du mat. Et quand je vois la gueule que les gens font, et le ciel aussi, je me dis que ce n’est pas que du marketing, non, c’est de la bienveillance. Et d’ailleurs, j’ai collé tous les petits messages sur la porte des cabinets.


Déformation professionnelle


Un jour, au R.U., j’ai regardé l’étiquette d’un yaourt douteux pour voir s’il contenait des trucs dégueu de synthèse qui allaient me donner des boutons, et le type à coté de moi m’a dit, à mi-voix, en choufant que personne entende : « T’inquiète, y a pas de gélatine dedans! »


Carlo Goldoni


Un jour, sans prévenir, alors que je regarde les prix des brugnons et des abricots chez/en Biocoop, me revient une scène de Le smanie per la villegiatura. Signor padre, mi favorisca altri sei zecchini. E per che fare, figliola mia? Per pagare frutta e verdura biologica. (Poh, non si finisce mai!) Ed è necessario che sia biologica? Necessarissimo. Sarebbe una villania mangiare la frutta non biologica. Vuol essere biologica e di coltivazione locale!


Du lard ou du cochon?


Une jeune femme à l’air éthéré s’approche, une botte de persil plat à la main, d’un vendeur biocoop.

  • « Bonjour, monsieur… Heu, on s’demandait avec mon copain – se tourne vers le copain – si ça c’était du persil ou de la coriandre? On a goûté, mais… On arrive pas à dire…
  • Le vendeur – interloqué – Mais… ça n’a pourtant pas du tout le même goût…
  • La jeune femme – le regarde, botte à la main
  • Le vendeur – se dirige vers l’étal – Et vous l’avez pris où ce bouquet?
  • La jeune femme – Ben, là… Avec les autres…
  • Le vendeur – prend un bouquet de coriandre, le montre deux deux jeunes gens – Bon. Vous voyez, ça, c’est de la coriandre. Vous voyez, ça n’a pas les même feuilles. Et puis, si vous sentez… – ils sentent – voilà, ça a une odeur particulière.
  • Le jeune homme – air ravi – Ah ben voilà, voilà! C’est de ça qu’on voulait! Merci!
  • La jeune femme – Merci!


EXUO – Espace associatif d’art contemporain

Par un heureux hasard géographique – enfin, peut-être que le coût des loyers n’y était pas pour rien non plus… – un nouveau lieu d’exposition est venu s’installer quartier Velpeau, à Tours, en France, où je suis correspondant pour la Nouvelle République. En regroupant ici les articles publiés dans la NR, des photos, et d’autres choses, je voudrais donner à voir – un peu – la création artistique locale, à partir de l’Histoire de ce lieu. Cet article continuera donc à s’écrire, comme si, sans modestie aucune, j’étais biographe non officiel d’EXUO…


Au commencement


Exuo, is, ere, ui, utum tr : se débarrasser de, rejeter loin de soi, dégager, mettre à nu
Cingulo aliquem exuo, is, ere : libérer quelqu’un du service militaire
Exuo, is, ere, ui, utum vestem : se déshabiller

Depuis le 2 février, le quartier Velpeau accueille un nouveau lieu d’exposition d’art contemporain, la galerie EXUO, portée par l’association du même nom. EXUO n’est pas une galerie marchande ; l’objectif est la promotion d’artistes émergents, notamment des jeunes artistes de la Région. La vente d’œuvre se fait en direct avec l’artiste pour le moment ; et la reconnaissance d’utilité publique permettra l’appel au mécénat. Parmi les membres actifs de l’association, dotée d’un véritable comité artistique, plusieurs artistes ayant leur atelier à La Morinerie à Saint-Pierre-dès-Corps. Le « par et pour les artistes » se retrouve jusque dans le lieu d’élection de la galerie, puisqu’elle est adossée à l’atelier du photographe Jérémie Lenoir.
La programmation établie pour les 6 prochains mois met essentiellement à l’honneur des artistes de la Morinerie, elle est pluridisciplinaire : on y verra de la sculpture, de la peinture, de la photographie… A partir de septembre, la programmation devrait permettre de voir le travail d’un artiste local différent à chaque exposition, en dialogue avec le travail d’un autre artiste, de Tours ou beaucoup plus loin… Il est encore temps, jusqu’au 12 mars, de voir la première exposition du lieu, proposant les photographies aériennes de Jérémie Lenoir, les sculptures de Lionel Tonda et les toiles de Christophe Lalanne. Jérémie Bruand et Julie Verin prendront la suite du 17 mars au 30 avril 2017; Marion Franzini et Stephanie Letessier du 5 mai au 18 juin.



Lionel Tonda, Jérémie Lenoir, Christophe Lalanne – photographies EXUO


C’est quoi, les Ateliers de la Morinerie?
Vous trouverez ici, en images, en son, en vidéo, sur le site AAAR, Arts visuels en Région Centre (2014) tout ce que vous voudriez savoir sur cet endroit fabuleux qui regroupe une centaine d’artistes, et une cinquantaine d’associations. Un lieu de travail artistique et de création pluridisciplinaire. Et ça fait dix ans que ça dure!
On lira aussi à profit le n°20 de la revue LAURA (2015), qui présente des artistes du lieu. On suivra aussi Odile, et son poil de cul dans le Béton, lors d’une nuit blanche à la Morinerie (2016).


Les lisières ont disparu


Marion Franzini et Stéphanie Letessier investissent la galerie associative EXUO du 5 mai au 18 juin , dans le cadre de l’exposition « Les lisières ont disparu ». Les deux artistes se sont rencontrées à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Tours ; elles sont voisines d’atelier à la Morinerie, et suivent le travail l’une de l’autre depuis des années. Ici, leurs travaux se répondent autour des notions de paysage, de voyage entre le macroscopique et le microscopique, et celle de fragment. Et elles ont accroché leurs œuvres elles-mêmes, ensemble, à…dessein. Toutes deux jouent avec la matière « tissu». Marion Franzini peint sur toile colorée ; Stephanie Letessier imprime des photos sur soie. Toutes deux jouent avec la mise en abîme, pour « déceler une peinture dans la peinture. » Dans les toiles et les dessins de Marion Franzini, il y a des découpes et des collages. Un fragment de toile ôté sur une œuvre peut trouver sa place dans un collage ; ainsi, le « trou » devient ailleurs un ajout de matière. C’est un jeu sur la forme et la contre-forme, la composition et la décomposition, sur ce que l’on montre, et ne montre pas, comme si toute chose procédait d’une seule et même matière vivante. D’ailleurs, au mot d’ « abstrait », elle préfère, pour qualifier son travail, parler de « passage entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. » Ce jeu d’échelle se retrouve chez Stéphanie Letessier, qui imprime des photos glanées dans les archives familiales, sur internet, dans des magazines; sur de la soie, pour ensuite les détisser. Dans cette profusion d’images à portée d’œil, elle choisit celles dont les couleurs l’intéressent le plus. Car, une fois détissées, il ne reste de ces images qu’un fragment coloré, une empreinte lumineuse de ce qui a été, qu’elle offre au regard dans un écrin ou un petit cadre transparents. Impossible de prévoir la forme et l’image qui naîtra du détissage, tout comme Marion Franzini ne peut savoir quelle couleur elle obtiendra sur ses toiles, lorsqu’elle utilise des produits décolorants pour créer des motifs. Pour prolonger le travail commun mené dans le cadre de cette exposition, les deux artistes exposeront à nouveau ensemble à l’occasion des journées portes ouvertes aux Ateliers de la Morinerie (13 au 15/05), dans l’atelier de Marion Franzini.

Photos : Marion Franzini




Air d’attache


Du 30 juin au 30 juillet 2017, la galerie EXUO invite les artistes Julie Mansillon et Adrien Piard à investir ses deux salles d’exposition. Ces deux-là se sont rencontrés à l’Ecole des Beaux-Arts de Tours, dont ils ont été diplômés en 2013. D’ailleurs, l’exposition « Air d’attache » met en valeur des travaux réalisés à cette époque. Julie Mansillon y présente une vingtaine d’ « Organisme[s] », dessins à l’aquarelle et à l’encre, rehaussés de presque dorures au pyrographe. Étranges créatures, à la fois minérales et végétales – ou peut-être même des véhicules? – inspirées des tables de classification des espèces. On y voit aussi une sculpture de « pollen encré » : innombrables petites billes multicolores, réalisées une par une par l’artiste, à base de farine, d’encres, de colle, pour reproduire toutes les nuances de sa peau. Julie Mansillon dit aimer suggérer une perception tactile dans son oeuvre. Adrien Piard propose trois dessins réalisés en pleine nature au mercurochrome; trois paysages rougis. L’artiste expose aussi une quinzaine d’aquarelles, silhouettes humaines, hommes et femmes, à nu ou non, et qui mettent dans l’oeil l’estampe japonaise. On y voit aussi sa sculpture Aérobic, née de la rencontre fortuite entre un pistolet à colle et un stylo. Une exposition colorée, joyeuse et délicate.