Afi Affoya



Afrique, vers une rétrotopie religieuse

Avant propos Le flou, c’est quelque chose qui normalement m’effraie. Mais, cette fois-ci, je suis rassurée. Parce qu’au fil de mes discussions, j’ai compris qu’il s’agissait d’un flou plus ou moins collectif que je me dois de questionner, pour au mieux avoir les réponses que je recherche ou au moins ouvrir à mon échelle une réflexion sur le sujet. Vous ne serez donc pas surpris du nombre relativement important de…


Alex Sef, une histoire d’androgynie au Togo

« Je suis une femme, j’ai des traits masculins, j’essaie de les mettre en avant. » Sef

J’avais l’habitude de l’appeler Alex, mais elle m’a confié récemment qu’elle préférait Sef, diminutif de Sefofo (veut dire semence ou fleur en éwé*). Sef est motarde et entrepreneure togolaise. Elle est modèle photo androgyne. C’est mon amie.

Une personne androgyne est une personne à l’apparence physique ambiguë. Il s’agit de cette personne à la vue de laquelle vous vous posez la question « C’est un homme ou une femme ? ». Le concept de l’androgynie est bien entendu distinguable de celui de la transidentité, du travestissement et de l’intersexuation. La précision me semble utile pour la suite.

“Quand tu enlèves ton casque ou tu sors de ta voiture, c’est bonjour monsieur avant de se rendre compte que c’est madame, ça n’a rien à voir avec mon habillement, c’est une morphologie masculine qui est là.” Sef

alex-sef-fluomania
FLUOMANIA
Modèle : Alex Sef
Bodypainting : Sitou Matt
Photo : El Artistry

FluoMania est une série de photos réalisée par Sef en collaboration avec deux artistes togolais de renom. Le grapheur et street artist Sitou Matt pour le bodypainting et El Artistry à la photo.

L’exercice auquel cette œuvre vous soumet est celui qui consiste à parcourir l’ensemble des photos qui vous seront présentées et à essayer d’y distinguer chacune des diverses parties du corps photographié. Entre obscurité et coloris, vous avez à deviner, image après image, le modèle. Le parallèle qui est ici posé avec le thème sur lequel Sef axe son travail depuis quelques années est celui d’une identité qui transcende les détails du concept de la binarité de genre et va trouver l’identité profonde de l’être que la société a choisi de qualifier de fille, de garçon, d’homme ou de femme selon des critères physiologiques.

« A travers une grande partie de l’histoire, il y a eu cette idée que les hommes et les femmes étaient fondamentalement différents. Cela doit remonter à la bible. Le mot sexe est biologique. Il renvoie à nos chromosomes. Deux X pour une fille, un X et un Y pour un garçon. Le genre quant à lui est une fabrication sociale. Il y a des expressions de masculinité et de féminité et les deux sont des spectres qui se chevauchent. » Dr Lise ELIOT, Neuroscientifique.

alex-sef-fluomania
FLUOMANIA
Modèle : Alex Sef
Bodypainting : Sitou Matt
Photo : El Artistry

Les personnes dites androgynes sont considérées dans certaines tribus comme étant des divinités. Cette conception peut être jugée mièvre. Soit. Mais lorsqu’on fait une analyse des raisons qui sous-tendent cette assertion, on y trouve une logique. L’androgynie est perçue dans ces contrées comme représentant de la manière la plus fidèle possible l’image du Dieu créateur. Masculin-Féminin, un Tout. On ne donne que ce que l’on a, a-t-on coutume de dire. Alors si l’on essaye dans les limites de notre esprit de concevoir ce Dieu sous forme humaine, et que l’on part du principe qu’il a créé hommes et femmes, il serait peut-être aussi logique d’accepter la possibilité qu’il possède en lui cette dualité.

J’étais assise face à Alex dans un petit restau pas loin d’une des nombreuses plages de la capitale togolaise. Nous attendions notre commande lorsque je lui demandai comment elle allait, comment allait la vie à Lomé… J’ai entendu un bon nombre d’anecdotes sur son quotidien, sur ce que l’androgynie impliquait dans un contexte togolais encore très pudique en ce qui concerne certaines questions. Heureusement qu’au-delà des préjugés et de l’attitude méfiante de certaines personnes, il y a de ces Loméens qui lui montrent régulièrement de l’admiration, surtout en ce qui concerne ses activités de motarde.

« La question qui revient souvent, c’est  : « pourquoi tu fais comme un garçon ? » On ne va pas dire que je fais comme un garçon. C’est une question que je trouve vraiment bizarre parce que je me demande qui se lèverait chaque matin pour jouer un rôle, pour faire comme… Moi mon corps parle à ma place. Je ne prétends rien. Et il y en a qui sont vraiment admiratifs, puis d’autres qui rejettent totalement ce qu’ils voient. » Sef

Il y a quelque chose dans l’expression « accepter la différence de l’autre » qui me dérange profondément. Je considère que personne n’a pas à suspendre son existence à l’approbation des autres. Même si je sais bien qu’il serait naïf de ma part de prétendre qu’un monde où chacun posséderait la liberté d’être pourrait exister. Nous semblons condamnés à être ces « animaux sociaux » dont parlait Aristote, cela implique beaucoup.

On se met à détester chez les autres ce qu’on a peur de trouver en soi. Peut-être parce qu’au fond, nous sommes conscients qu’il y a en chacun de nous une forme d’androgynie. Notre capital génétique n’est-il pas composé de celui du père (homme) et celui de la mère (femme) ? Je vais un peu plus loin, donner un exemple. En lingala*, les mains gauche et droite sont respectivement qualifiées de féminine et masculine. « Loboko ya mwasi » = « main du côté de la femme » pour désigner la main gauche, « Loboko ya mobali » = « main du côté de l’homme » pour désigner la main droite. Je ne m’amuserai pas à jouer les linguistes chevronnés, mais je rappelle que derrière chaque composante de la linguistique africaine, se cache une signification, une histoire, un sens…

alex-sef-fluomania
FLUOMANIA
Modèle : Alex Sef
Bodypainting : Sitou Matt
Photo : El Artistry

Les gens sont férocement attachés à leur vision des choses, ils ont du mal lorsqu’on semble bousculer les lignes de leur zone de confort. Cette manière de penser le monde leur est si rassurante qu’ils préfèrent ne jamais la remettre en question. Normal, il en va de leur identité, leurs repères. Que leur resterait-il si dans ce monde en pleine mutation on leur retire même la certitude de ce qu’ils pensent être, de la manière dont ils conçoivent leur monde. Si on leur disait qu’1+1 pourrait ne pas être égal à 2.

Il existe tout de même un danger derrière l’obsession que nous avons de forcément classifier les choses, de vouloir que tout ce qui existe rentre dans une case spécifique et de vouloir simplifier les choses. C’est qu’une pression monstre est mise sur les personnes qui ont du mal à rentrer dans les fameuses cases.

Parfois les choses ne sont pas soit blanches soit noires. Les nuances de gris, ça existe. Plus tôt nous le comprendront et l’accepteront, mieux se portera notre société.

« Chaque jour, lorsque tu sors de chez toi, tu sens que tu es différent. Il n’y a que ton chien qui t’aime indépendamment de qui tu es. » Sef

alex-sef-fluomania
FLUOMANIA
Modèle : Alex Sef
Bodypainting : Sitou Matt
Photo : El Artistry

On encourage l’hyper masculinité et l’hyper féminité, comme si ces choses représentaient tout. Ce que la personne est, ce qu’elle a à offrir, ce qu’elle a comme talent, ce qu’elle peut apporter au monde, à la société, à l’Afrique, on n’en a que faire.
Tant que nos filles portent plus souvent des jupes que des pantalons, et que nos garçons continuent de refouler leurs émotions par peur d’être traités de lavettes, nous sommes satisfaits. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Extrait audio d’Alex Sef; Je voudrais passer un message…

 

Ewé* : Ethnie du sud du Togo

Lingala* : Langue majoritairement parlée au Congo Kinshasa et Brazzaville


Vulnérâmes, la poésie musicale d’Antonya David-Prince

Vulnérâmes, 1er album d’Antonya David-Prince est disponible sur :

*Bandcamp* https://bit.ly/2PMwBJi
*Itunes* https://apple.co/2PFE9gV

 

Vulnérâmes, une ôde à la sensibilité

Lorsqu’il a fallu écrire sur le projet musical d’Antonya David-Prince, je ne me suis pas sentie à la hauteur.
J’ai écouté et réécouté chaque morceau, chaque portion, chaque phrase. J’ai tourné et retourné dans ma tête le sens les mots afin de comprendre ce qu’ils pouvaient couver.
Comment retranscrire autant d’émotions, comment rester entièrement fidèle à chacun des morceaux d’âme qu’Antonya a mis à nue dans ses textes. Pas facile.

Mais je ne pouvais m’abstenir de m’exprimer.
Tout simplement parce que l’infinité de sensations que j’ai eue en écoutant cet album ne me laisse pas d’autres choix que de le conter.
Parce que de « Respire » à « Sade », de « Fastlove » à « Solo » en passant par « Voleur de secondes », « Saudade » et « Acte manqué », Antonya offre plus qu’un voyage lyrique et sensoriel.

L’une des questions que je lui ai posée est « Pourquoi autant de mélancholie ? »
Elle ma répondu qu’il ne s’agissait pas de mélancholie mais de Saudade.
« La saudade c’est un morceau de Cesaria Evora et un style musical capverdien. Dans la mélancholie il ya un aspect dépressif, mais la Saudade c’est de la nostalgie, c’est se rappeler comment c’était mieux avant, c’est exprimer son envie de vouloir être ailleurs que dans le dans le présent… »

Antonya insuffle de la vie dans ces mots morts en nous, ces mots qui nous sont pour la plupart restés en travers de la gorge ou tout simplement enterrés dans le sombre de nos entrailles.

J’ai toujours pensé qu’il existe de ces êtres qui pour une raison que j’ignore sont infiniment plus sensibles que la moyenne. Sensibles à la douleur, sensibles à l’amour, sensibles au monde et aux maux qui les entourent.
Elle m’a dit être une personne réservée, elle m’a dit avoir l’habitude de discuter de longs moments avec elle même et d’avoir cultivé un monde intérieur assez vaste.
Vulnérâmes est-il donc peut-être ce côté extérieur qu’elle a décidé d’explorer? Faire découvrir à tous ce fameux monde intérieur, c’est peut-être là le but de cet album.
Elle m’a dit qu’il était pour elle cathartique, je la crois. Puisque pouvoir mettre des mots sur nos maux, est le premier signe de guérison.

Des mots pour guérir les maux

Quel courage faut-il à une femme pour s’ouvrir aussi entièrement sur un sujet qui dans nos sociétés est au mieux tabou, et au pire malmené, négligé, déclassé. Celui de la perte d’un enfant.

« Sade est très clairement une lettre à ma fille qui n’est pas encore née. Sade parle de mon désir d’enfant. C’est une envie et un besoin de parler de ce sujet qui est sensible et tabou, qu’on aborde pas beaucoup. Même en ayant écrit dessus, je suis réticente à en parler, à utiliser les mots justes, les mots crus. Mais dans ma vie de femme, j’ai eu une fausse couche et c’est vrai que c’est quelque chose qui m’a traumatisée et qui est assez banalisé. On ne donne pas assez de place à cette perte d’êtres qui ne sont pas encore tout à fait des bébés, la preuve on dit « une fausse couche », on ne dit même pas qu’on a perdu un enfant. C’est une émotion que j’ai ressentie et qui a été le déclencheur qui m’a permis d’écrire ce texte. Ensuite dans le texte, il y a des parties qui dénoncent le fait que dans nos sociétés, on questionne les gens sur la parentalité sans savoir s’ils ont envie ou pas d’être parents, s’ils sont entrain d’essayer d’être parents, s’ils ne peuvent pas être parents etc. Ce sont des questions très intimes qui ne regardent pas tout le monde. Sade c’est l’absence de ma fille qui n’est pas encore née et j’espère qu’il me sera donné un jour d’être mère sinon je ferai autre chose, parce que ce n’est pas une fin en soi…»

Quelle lucidité faut-il pour vocaliser avec justesse les dérives sentimentales auxquelles nous mène notre société qui s’entête à se diriger vers une évolution exponentielle. Tout est question de vitesse, de substitution, de recherche presque maladive d’une facilité qui ne nous offre pourtant que déliquescence et chaos. Fastlove, Mac loving…

« Personnellement, j’ai vécu dans un cocon familial où le couple a une valeur cardinale. Ma mère a connu mon père lorsqu’elle avait 16 ans et elle en aura 70 bientôt. Ils ont bien entendu connu des moments difficiles, mais je crois qu’avant, les couples restaient malgré tout ensemble pour des raisons différentes. On est actuellement dans un contexte socio-culturel différent et surtout dans les grandes capitales, tout va tellement vite. L’amour est une belle énergie qui va au-delà du concept de couple. Je crois que pour rester en couple de nos jours, il faut le décider. De nos jours on a beaucoup plus de mal avec l’engagement et donc décider de rester ensemble, se battre pour s’apporter l’un à l’autre et choisir un destin commun, ça a quelque chose de très féérique pour moi et je le considère comme un acte de foi… Je ne sais pas si c’était mieux avant mais je pense qu’au fond de nous, tout le monde a envie d’être aimé. Je ne sais plus comment j’en suis arrivée à écrire cette chanson, mais de nos jours on prend et on jette, on prend et on jette et ce n’est tellement pas ça l’amour.»

Et quelle sensibilité faut-il pour arriver à l’aide de simples mots à universaliser des expériences personnelles. A rendre commune des portions de vie pourtant si intimes. A parler d’amour, d’absence, de solitude, d’espoir et de peines sans fausse pudeur ni réserve.

L’album qui introduit une discussion

Je souhaite que Vulnérâmes puisse représenter pour nous une perche tendue, une brêche fendue en plein milieu du grand mur des non-dits de nos sociétés. Cet album est le nôtre et devrait pouvoir introduire une conversation aujourd’hui nécessaire entre femmes et hommes, parents et enfants peut-être, puisque selon elle « Si à l’école ou en famille, on nous formait plus au développement personnel,, aux techniques de méditation, à la communication non violente, à l’estime de soi, on éviterait beaucoup de catastrophes amoureuses . »

Antonya David-Prince,
Vulnerâmes,
Asraforecords,
10 Mai 2091.
We are here for this…


ASRAFOBAWU: le vêtement des fiers guerriers by Elom 20ce

Je me rappelle d’une discussion qui remonte à quelques années. J’étais avec un ami de la famille, lorsque l’un des titres d’Elom 20ce passait à la télé. C’était l’époque où je craquais exclusivement pour les âmes d’artistes (en fait ça n’a pas beaucoup changé 😉 ).
Le cerveau de l’ado que j’étais à l’époque avait une compréhension plutôt limitée des paroles du rap que je venais d’écouter, mais j’aimais, tout simplement. Juste à la fin du clip, la personne avec qui j’étais me racontait qu’il avait fait avec lui quelques années de lycée et qu’à la fin de ses études, au lieu de faire une carrière « normale », il s’était obstiné à faire du rap.
Sur le coup j’ai été intriguée par l’histoire mais je n’ai pas cherché à en savoir plus.

Quelques années plus tard, alors que je ne m’y attendais pas du tout, je recroise le chemin d’Elom. Qui soit dit en passant fait officiellement partie du top 5 des personnes avec lesquelles j’adore discuter.
Récemment, il me disait :
« Je serais passé à côté de ma VIE si je n’avais pas pris le risque de faire cette musique, tu comprends,
Je serais passé à côté de ma VIE si je ne prends pas le risque actuel de faire ASRAFOBAWU,
C’est pénible mais je le fais,
Je serais passé à côté de ma VIE si j’avais pas étudié les relations internationales,
On tend tout le temps à opposer les choses,
Moi je vois de la complémentarité,
Je suis une énigme pour ma famille !!!
Mais je sais qu’au fond ils ont juste peur que je me casse la gueule !,
Je dis tout ça facilement aujourd’hui mais crois moi ces dernières années j’ai traversé l’enfer,
car je devais me battre contre plein de prejugés »…

 

ASRAFOBAWU, More than fashion

Le petit détour linguistique ci-après vaut ce qu’il vaut, mais rappelons que chez les Ewe, au Togo, « Asrafo » est le nominatif qui désigne les Guerriers et Gardiens des Traditions. « Awu » veut dire vêtement. ASRAFOBAWU = Armure d’Amazones et de Guerriers, et par extension celle de Reines et de Rois.

Maintenant que le décor est planté, un autre rappel est de rigueur. Ne dites jamais à Elom qu’il fait de la mode, vous et lui vous entendrez alors très bien. D’ailleurs le slogan de la marque est « More than fashion » (Plus que de la mode). Vous comprendrez pourquoi.

Asrafobawu

Deux raisons justifient le fait qu’il insiste autant sur ce détail.
D’abord, il fait une distinction entre l’esprit ASRAFOBAWU et celui de l’industrie de la mode. Cette distinction vient du fait qu’il porte une marque qui va au-delà de l’estéthique, changer un certain regard négatif qui est projeté sur l’Afrique et que certain-e-s africain-e-s ont fini par faire leur.

En effet, La mode permet à celui qui s’en approprie d’exister en tant qu’individu, de s’exprimer entant que personne. En revanche, ceux qui portent ASRAFOBAWU forment consciemment ou non, une communauté qui s’exprime à travers la marque.
Pas une tenue ni un bijou ASRAFOBAWU n’est vide de sens et ceux qui les portent scellent tout simplement leur adhésion à l’idéal de la marque.
Ensuite, la musique d’Elom 20ce est intrinsèquement liée aux diverses collections de la marque. Le plus intéressant, c’est que ce lien n’a pas fait l’objet d’une réflexion consciente de la part de l’artiste. Qu’il s’agisse de mots ou de « tissus », l’engagement et la hargne panafricaniste qui l’anime nourrit naturellement ses œuvres. Les vêtements ne sont donc finalement que le prolongement logique de l’art musical d’Elom 20ce.

 

L’essence de la marque

asrafobawu

Aussi bien Asrafo Records le label d’Elom 20ce, qu’ASRAFOBAWU découlent d’un anticonformisme affirmé, une contestation du système oppresseur et anarchique établi au sein du continent. Cette fibre contestataire se ressent fortement dans le design des vêtements. Une pointe d’insolence, une bonne dose de style et un arrière goût de révolution, voilà la recette gagnante.
Pour la petite histoire, ASRAFOBAWU est née le jour où Elom a décidé de confectionner ses tenues de scènes avec des tissus africains. Des tissus fabriqués en Afrique, par des africains.

Une des raisons qui positionne la marque au delà des sphères ma foi trop robotisés de l’industrie de la mode, c’est l’aspect socio-responsable. Quand on lui pause la question de savoir de qui est constituée son équipe, Elom cite les tisserands, les convoyeurs de produits, les couturiers, les livreurs, etc. En somme, une chaine dont chaque maillon compte. Derrière les produits de la marque, il y a un voyage, une histoire.
Par exemple, Elom raconte que l’idée de la bague est née par hasard, lorsqu’au grand marché de Lomé, il a rencontré un vieux qui lui montrait des symboles africains gravés dans le bronze. Les bogolans utilisés proviennent de Bamako et Ségou au Mali. Ceux qui supervisent la production au Mali sont des personnes rencontrées lors d’un séjour improvisé au pays de Modibo Keita en début d’année.

 

Un choix envers et contre tout

Le tissu africain le plus répandu et le plus accessible reste le Wax. Il aurait été naturel pour Elom de surfer sur la popularité de ce tissu pour en faire l’élément principal d’ASRAFOBAWU. Il n’a pas choisi la facilité en optant pour des tissus moins connus mais plus authentiquement africains, bien au contraire.  Toutefois, au-delà des coûts de productions plus élevés, il est question de faire découvrir l’Afrique à travers des tissus tels le Kenté, le Bogolan, le Tchatchapassao, le Lokpo etc.

Une autre difficulté, peut-être plus subtile mais tout autant réelle, est celle du positionnement des produits de la marque par rapport au public qui pour l’heure n’est pas large. Le message qu’Elom a choisi de faire passer à travers la musique et les vêtements, n’est pas habituel en Afrique. L’acceptation de l’identité africaine, la valorisation de nos richesses, la prise de position au sein du débat panafricaniste sont autant de sujets qui ne sont pour le moment acceptables que pour une nouvelle vague de jeunes « afro-hipsters ».
Aucun détail de l’histoire du colonialisme ne leur échappe, ils s’extasient devant chaque titre de Bella Bellow, et sont de fervants followers d’AFROPUNK, mais ne représentent pour le moment qu’un nombre restreint.

asrafobawu

« DON’T AGONIZE, ORGANIZE »

Ces vêtements parlent du continent avec un language autre que victimaire. La phrase qui va suivre est peut-être clichée mais, toute personne qui a un intérêt réel pour l’Afrique se sentirait inévitablement attirée par les produits ASRAFOBAWU.
La marque est l’un des reflets les plus fidèles de l’Afrique qui s’éveille. D’une génération qui prend conscience des richesses qu’elle a et qui est déterminée à se les approprier.

 

L’expo à Africamontmartre…

affiche expo montmartre

« Je n’ai jamais rêvé faire de la mode. Ce qui m’intéressait à la base c’est notre Culture : la connaitre, la comprendre. Quand je suis tombé sur les merveilleux tissus produits sur le continent Africain, je me suis dit qu’il fallait que je les montre absolument au monde. Puis je suis retombé dans un autre monde. Celui de quelques femmes et hommes qui s’efforcent de préserver une tradition qui se meurt chaque jour. Asrafobawu est né… J’ai l’honneur de faire ma première exposition à #Paris du 13 au 16 décembre prochain dans la cadre d’ Africamontmartre édition N°4 Galactxmas.
Mais avant, j’irai foutre le feu à #Accra ce samedi 24 nov dans le cadre du YOYO TINZ Festival. Venez nous voir si vous êtes dans ces villes. Venez qu’on célèbre l’Excellence, ce dont l’Afrique a besoin. 46 jours donc, qui sonnent comme une prolongation. Moi qui pensais avoir fini avec 2081. La vie reste un long et beau voyage. Il y a ce qu’on prévoit, puis ce qui nous tombe dessus. A la base, je ne rêvais même pas faire de la musique. Je voulais juste garder mon âme d’enfant ! »
Elom 20ce le 15/11/18

asrafobawu

La mode a pour caractéristique d’être extrêmement schizophrène. Aujourd’hui nous voulons ceci et le lendemain son opposé. La vision d’Elom 20ce pour ASRAFOBAWU est quant à elle constante.
C’est avec un grand bout d’Afrique dans les valises que la marque togolaise débarque au pop-store créatif d’Africamontmartre à Paris les 13-14-15 et 16 décembre 2018.
Pour ceux qui peuvent s’y rendre, Elom 20ce vous y attendra. 😉


Trop intelligents pour être heureux en Afrique

Au garçon le plus intelligent et incompris qu’il m’a été donné de rencontrer. Celui dont la façon originale de concevoir les différentes formes de vies humaine, animale, végétale, spirituelle, cosmique… a plus que je ne pourrai jamais l’admettre déteint sur moi.

 

L’intelligence sous diverses formes

J’ai ressenti en abordant ce sujet pourtant si actuel un arrière goût afrofuturiste. Comme si je faisais part d’une ambition lointaine et fictive. Ce sentiment démontre la nécessité de trouver réponse à la question qui suit.
Sommes-nous prêts, en Afrique, à tolérer d’autres formes d’intelligences ? Des intelligences plus abstraites, moins évidentes que celles auxquelles nous sommes habitués ? Celles-là même dont la découverte nécessite une certaine perspicacité et une ouverture d’esprit ?

Dans un monde et une Afrique où chaque parent veut élever des techniciens, des gagneurs, des chevaux de course, quelle place réserve-t-on aux profils atypiques ? Quelle place pour ces enfants (et adultes) qui nécessitent un encadrement particulier pour arriver à faire éclore les potentiels aussi divers qu’extraordinaires enfouis en eux ?

Il faut de tout pour faire un monde, il nous faut également intégrer le fait que le continent a besoin de toutes les têtes capables de participer à la pensée commune de son développement. A ce niveau précis du développement de l’Afrique, la question des têtes pensantes est primordiale.

 

Surdoués, autistes, dyslexiques, dysphasiques…

zebra-bar-entrance
zebra bar/Jordan Andrews

On les appelle surdoués, personnes à haut potentiel, HPI (Hauts Potentiels Intellectuels), HPE (Hauts Potentiels Emotionnels), zèbres (1), hypersensibles etc. Le portrait que les uns et les autres dressent d’eux est semblable à celui de super-humains et le précieux don dont ils sont dotés est admiré et fantasmé. Leur cas fait l’objet de plus en plus de débats, d’études et de discussions. La recrudescence d’intérêt pour cette frange de la population fait même penser à un effet de mode, soit.
Si dans les pays occidentaux on a connaissance de leur existence et que (malgré le chemin qu’il reste à faire) des dispositifs sont mis en place pour veiller à leur épanouissement, quelle est la situation en Afrique ?

Dans un documentaire que j’ai regardé il y a quelques jours, un petit garçon malgache de 7 ans nommé Charly a été enchainé à un piquet sur les instructions d’un pasteur exorciste luthérien. Charly n’ayant jamais prononcé un mot depuis sa naissance, ils ont supposé qu’il fallait l’enchaîner afin de chasser le démon qui l’empêchait de s’exprimer et d’aller à l’école. J’ai eu beaucoup de peine parce que des personnes un tant soi peu informées sur les divers aspects du mental sauraient que ce petit garçon était peut-être dysphasique ou atteint d’un autre trouble du langage, et qu’il n’avait besoin que d’un accompagnement particulier pour s’épanouir. Il paraît même que ces personnes sont généralement très intelligentes (peut-être parce qu’elles observent plus qu’elles ne parlent).

Certains d’entre nous ont peut-être connu, durant leur cursus scolaire, un camarade qui était loin d’être brillant et pour qui le moindre exercice d’addition, de conjugaison ou de dissertation virait au cauchemar. Il n’était pas forcément plus paresseux que les autres élèves, mais on aurait dit que son cerveau n’arrivait ni à interpréter et encore moins à traiter les instructions données par les enseignants. Nous avons d’ailleurs souvent rigolé lorsqu’il était désigné pour répondre à une question.
Et si le seul malheur du camarade en question était de percevoir les choses d’une façon différente de la notre, de « la normale » ? Et si, dans sa tête, l’assemblage des lettres et/ou des chiffres étaient un casse-tête chinois et que ses réelles capacités étaient nichées ailleurs ? Il était peut-être juste dyslexique, pas idiot. Nous ne le saurons sûrement jamais puisque les humiliations des enseignants doublées des regards moqueurs des camarades que nous étions ont probablement réduit en miettes sa confiance en lui.

Voilà comment des génies sont avortés. Voilà comment nous nous érigeons en des Procuste, coupant inlassablement des têtes dont le seul « malheur » est de ne pouvoir rentrer dans les dimensions du si beau lit dressé par notre société. Originalité et stupidité tendent à être confondus et le génie créatif n’a d’autre choix que de s’incliner devant la toute-puissance d’un système scolaire pourtant vétuste.

Arrière de nous les émotifs, les sensibles, les « artistes ». Pas de « j’ai mal » encore moins de « je n’y arrive pas ». Créativité, imagination, qu’est-ce qu’on en a à faire ? Donnez à ces gamins des leviers pour qu’ils soulèvent le monde (un peu à la Archimède quoi). On en vient à oublier que l’innovation naît de la capacité de ceux qui créent à percevoir et à ressentir les choses d’une manière différente, neuve.
On en vient à oublier qu’un élève en difficulté scolaire n’est pas forcément un attardé.

 

Le fardeau de l’intelligence

« Ceux qui pensent que l’intelligence a quelque noblesse n’en ont certainement pas assez pour se rendre compte que ce n’est qu’une malédiction » Martin Page

yannis-davy-série-de-photos-2050
Issue de la série « 2050 »/ Yannis Davy Guibinga

Je ne saurais verser dans l’établissement d’interminables liens qu’il y aurait ou non entre le fait d’être doué et le quotient intellectuel (QI), ou encore les différences entre le surdoué et l’individu à haut potentiel. Les spécialistes en la matière s’en sont bien chargés. Il est tout de même clair que l’image qui vient en tête lorsqu’on évoque cette catégorie de personnes, c’est celle d’individus dotés d’une intelligence et d’une créativité débordantes. Mais la contrepartie de ce « don » tant fantasmé peut s’avérer lourde pour ces personnes et leurs entourages, surtout lorsqu’elles ne sont pas informées des contours de la chose. Ce qui est le cas en Afrique.

Les Hauts potentiels sont des personnes intellectuellement et/ou émotionnellement au-dessus de la moyenne. Leurs cerveaux, selon les spécialistes, connaissent une permanente suractivité. Ce qui engendre chez eux une sensibilité exacerbée ; on les appelle d’ailleurs des hypersensibles ou des sur stimulés. Ils ressentent les émotions avec une intensité décrite par Pearl Buck dans l’un de ses poèmes et traduite en ces mots par la psychologue Jeanne Siaud Facchin« Un effleurement est un coup, un son est un bruit intense, un revers de fortune est une tragédie, une joie c’est l’extase, un ami c’est un amoureux, un amoureux c’est dieu et un échec c’est la mort. »

Dans ce lot de « supers humains », il n’y a pas que des génies pleinement épanouis. Il arrive que certains surdoués tombent dans la partie handicapante de la chose. Ils sont parfois en échec scolaire, professionnel ou social, surtout lorsque leur fonctionnement peu commun a du mal à être accepté par leur environnement (non acceptation due à l’ignorance). Ils requièrent un accompagnement assez particulier pour éclore leur potentiel. Ce qui une fois encore ne leur est dans la plupart des cas pas réservé en Afrique.
Leur manière d’être, les petits rituels que certains d’entre eux mettent en place afin de contrôler leur fonctionnement demeurent énigmatique. L’hyper intellectualisation, le sens poussé de la justice, l’extrême lucidité, l’hyper créativité, la sensibilité aigue, l’urgence à agir et le sens critique qui les caractérisent les rendent étranges. L’Afrique n’étant pas à priori l’exemple parfait de lieu où le sens critique des enfants est le plus encouragé, on imagine le sort qui leur est réservé.

 

Enfants sorciers ou génies?

« Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de tracas, et plus on a de science, plus on a de tourment » Ecclésiaste 1 :18

recueil-jazz-gael-barboza
Profil Gael Barboza (Twitter/Instagram)

Le décalage avec le reste du monde peut être source de souffrance et d’isolement.
Et si en plus du regard critique et parfois stigmatisant porté sur eux on se met à trouver en leur particularité un aspect maléfique, on comprend la souffrance dont peuvent être victime cette partie de la population vivant en Afrique.
Que d’énormes potentiels intellectuels court circuités à cause de cette tendance à diaboliser tout fait étrange sans en chercher la cause. Que de génies qui ne se déploieront peut-être jamais dans une société africaine où les phénomènes auxquelles aucune explication rationnelle n’est trouvée sont mis sur le compte du démon.
Dans les pays d’Afrique centrale, en Angola, au Benin, au Nigéria et au Togo entre autres (beaucoup plus dans les zones rurales de ces pays), les tendances font remarquer que de plus en plus d’enfants et de jeunes adolescents sont accusés de sorcellerie sur la base de faits qualifiés d’anormaux. Cette manière de penser empêche le questionnement qui aurait éventuellement pu permettre de comprendre qu’un enfant un peu « trop curieux », replié sur lui-même et peut-être intuitif n’est pas pour autant possédé par un mauvais esprit, mais possède seulement un cerveau au fonctionnement différent, plus efficient.
Il parait que sur les iles Salomon, pour abattre un arbre, ils n’utilisent ni hache, ni coupe-coupe (eh oui ils sont écolo). Ils se rassemblent autour de l’arbre en question, l’insultent et le maudissent jusqu’à ce que quelques jours après, il ne tombe de lui-même. Si des mots peuvent abattre des arbres, pensez à ce qu’ils peuvent faire à des gosses.

Dans leur désir d’acceptation, ils se sentent obligés de s’intégrer. S’intégrer pour eux, c’est selon les mots de Wyatt, un surdoué: « faire le deuil de leurs idéaux. C’est réussir à se détacher. C’est se résigner, aller dans le sens d’un monde qui ne va pas dans le bon sens. Redoubler d’efforts pour s’enfoncer dans l’erreur. C’est un peu l’Albatros de Baudelaire : voler seul ou perdre de sa hauteur. Cacher ses grandes ailes blanches pour traîner avec les pingouins. Au risque d’accepter la solitude qui les traque, les ronge et les détruit. »

En fin de compte, les traits qui caractérisent les personnes à haut potentiel peuvent-ils être compatibles avec certaines croyances, traditions et usages répandus sur notre continent ?
Certaines personnes seraient-elles trop intelligentes pour rentrer dans le moule de notre société ?
Est-ce juste que leur atout devienne par faute d’information source de tourments ?

 

(1) Zèbre : Les personnes surdouées sont nommées « zèbres » parce que c’est le seul animal sauvage que l’homme n’a pu domestiquer.


Femme et féminité : N’éteins pas la lumière

Que verront les érudits de demain lorsqu’ils nous étudieront ? Que leur indiqueront les portraits qu’ils retrouveront de la femme actuelle ? Celle qui probablement serait leur mère, grand-mère ou aïeule ? Lorsqu’ils seront en possession des boîtes noires et archives qui renferment les diverses pratiques et modes de vie qui cadencent le rythme de notre époque, que verront-ils ? Des femmes ayant été déterminées à illuminer de leurs talents le monde ou des dames qui se sont limitées à être ce qu’elles sont censées être selon le « lien femme-société » établi par la société ?

C’est en réponse à ces questions qu’un groupe de jeunes dames de nationalités différentes ont choisi le canal du dialogue de cultures pour aborder le thème de la revalorisation de l’identité de la femme parallèlement à celle de sa plastique. Plusieurs projets, dont un espace de discussion, des shooting photo et un spectacle de danse contemporaine intitulé « N’éteins pas la lumière » seront à cet effet mis en place. Par ce titre évocateur, il est question principalement de mettre en lumière le corps de la femme.

La distinction entre femme & féminité

modèle alex sef et danseuse chris
Modèles: Alex Sef & Estelle Foli

Le statut de femme a souvent été associé à la féminité.
De manière imagée, considérons la femme comme étant un contenant et la féminité comme un contenu. La plupart des croyances populaires définissent le contenant par rapport à son contenu ou au pourcentage de son contenu. C’est à dire que l’on pense souvent qu’une femme est femme si elle renferme un pourcentage élevé de féminité. J’affirmerai dès maintenant que cette manière de voir les choses est à la base de plusieurs complexes dont est victime la femme.
L’intensité de cette conception varie néanmoins à travers les époques. Une illustration de la femme moyenâgeuse serait presque automatiquement caractérisée par des camisoles et jupons, tandis que la femme moderne aurait une représentation un peu plus éclectique. On ne dira donc pas que les choses n’ont pas bougé depuis le temps, et c’est peut-être tant mieux.

Posons les bases en ôtant la confusion qui existe entre les concepts de femme et de féminité.
Le concept de femme est lié à des critères physiques, physiologiques et morphologiques. On naît fille et on devient femme. Par conséquent, un homme qui se sent femme n’est pas pour autant une femme et un homme « contenant » une part élevée de féminité n’est pas non plus une femme.
On comprend donc aisément que les attributs qui emmènent à qualifier une personne de féminine ou de masculine n’ont pas toujours trait à l’enveloppe corporel de cette dernière.

La féminité, une notion relative

alex sef
Alex Sef

La féminité est d’abord un concept extrêmement influencé par le facteur culture. La diversité culturelle entraîne donc logiquement une variabilité du sens de la féminité.
Certes, il existe des canons de beauté et de féminité qui semblent être communs à la majorité des cultures (maquillage, bijoux etc).
Mais au finish, est-ce uniquement une question de jupe ou de pantalon ? Puisqu’en Écosse par exemple le kilt (1) n’est en rien un symbole de féminité. Aux Congos, une catégorie de sapeurs dénommés « Japonais » se vêtissent très souvent d’une tenue qui visuellement ressemble plus à une jupe qu’à un pantalon.
En somme, ce n’est pas tant le vêtement, le maquillage, la coiffure, qui rendent une femme féminine ou masculine. Certes l’accoutrement a parfois une part de responsabilité dans l’attribution de ces deux qualificatifs, mais comme dirait l’autre, l’habit ne fait pas tout. En d’autres termes, l’apparence ne représente qu’une partie du décor. C’est ce que l’agencement de l’intérieur et de l’extérieur de la femme lui permet de dégager qui la rend féminine.
Pour preuve, j’ai rencontré des femmes aux cheveux courts qui m’ont donné envie d’en faire de même, tant ce qu’elles dégageaient était magnifique. Il y a un bon nombre de femmes qui ne s’attardent pas plus que cela sur leur maquillage mais en qui tout respire la féminité.

La féminité et les canons de beautés

alex sef et chris
Alex Sef & Estelle Foli

On a souvent entendu la féminité être réduite aux attributs morphologiques de la femme. Et encore une fois, cette conception varie selon les cultures.

En Afrique par exemple, la femme « féminine » est souvent celle que l’on peut qualifier à vue d’œil de « forme coca-Cola ». Celles aux formes généreuses et aux contours ponctués de rondeurs. En gros et d’une manière brute, la féminité est équivalente à une paire de seins et de fesses suffisamment rebondies.
Dans le monde occidental par contre, la femme « féminine » sera celle à la silhouette longiligne et aux traits affinés.
Quant au monde musulman, la femme féminine est souvent celle qui se recouvre d’une catégorie de vêtements.
En résumé, dans certaines parties du globe, on considère que le fait de se couvrir d’une certaine manière fait d’une femme, une femme féminine, et dans d’autres contrées, c’est l’aptitude de la femme à se dénuder qui la rend féminine…femme.

Ce n’est pas en soi la variabilité du concept qui pose problème. C’est la confusion qui est générée en la femme qui, pensant trouver dans ces références, le point d’ancrage de sa personnalité, se lance dans une poursuite du vent et se vide progressivement de l’essentiel.
Savez-vous ce que vous implantez en vos petites filles lorsque vous réduisez leur capacité à être femme au physique, au visible, à la « coquetterie » ? Avez-vous une idée de ce qui se passe en une jeune femme lorsque son entourage réduit sa condition de femme à ses aptitudes à devenir une « Miss » selon des standards de beauté de plus en plus aberrants ?
Eh bien vous effacez littéralement ce qu’elle est, ce qu’elle est appelée à être. A moins d’être assez mature ou forte de caractère pour pouvoir balayer ces diktats du revers de la main, elle se mettra à faire l’impossible afin de se fondre dans un moule soigneusement fabriqué par une société dont la moindre action est précédée d’un arrière-plan capitaliste. Elle devrait plutôt s’atteler à développer l’essentiel, le véritable « petit truc » qui fait d’elle non seulement une FEMME, mais aussi un être de valeur : sa singularité.

Parce qu’au final, nous ne sommes pas appelées à être semblables à une bande de poupées fabriquées à la chaîne dans les sous-sols d’une usine chinoise. Nous sommes appelées à dégager un parfum unique, propre à chacune.

Femme forte, femme masculine?

alex sef et chris
Alex Sef & Estelle Foli

J’ai récemment entendu une phrase qui m’a laissée un peu perplexe. Il s’agit d’une femme qui reprochait à son amie d’être trop forte. Le contexte prêtait peut-être à une telle affirmation, mais déplacé de ce contexte, cette phrase illustre une autre idée reçue bien ancrée dans les consciences populaires. Je cite : « Laureen, tu n’as pas besoin d’un homme, tu es un homme ». Qu’est-ce que cela pouvait bien dire ? La force de caractère rend t- elle une femme moins femme ? Une femme est-elle forte, ambitieuse et battante dans le seul but de se substituer à un homme ? (Je ne devrais pas avoir à le rappeler mais je rappelle quand même que nous ne confondons pas la force de caractère à une tendance à la brutalité ou aux mauvaises manières).
Si l’on emmène même ce terme dans un contexte physique, une femme physiquement forte en est-elle moins femme ? Une vraie femme est-elle censée être une pauvre petite chose, toute faible et molle ? Si c’était le cas l’espèce humaine serait en réel danger d’extermination, puisque le seul fait de pouvoir garder en soi une vie, et puis de pouvoir la faire sortir nécessite une force physique et mentale que l’on n’imagine pas. « N’importe qui peut être une fille mais il faut avoir des couilles pour être une femme ».  Cette phrase a beau être trash, elle n’en demeure pas moins vraie.
Autre chose, si la force de caractère ou la force physique était opposable aux concepts de femme et féminité, nous éviterons dorénavant de considérer les sportives de haut niveau comme faisant partie de la gent féminine. Je n’oserai même pas parler des bodybuildeuses, je ne tiens aucunement à soulever une polémique stérile.

Ce qu’il faut retenir…

photo Desigual
Crédit photo: Desigual

En pantalon ou en jupe, maîtrisant les techniques de contouring ou plutôt adepte de simplicité, ronde ou filiforme, foncée, claire, robuste ou non, femme au foyer ou working girl, chaque femme a sa place et peut transcender les limites posées par notre société en optimisant son potentiel.

Cette citation de Coluche vaut ce qu’elle vaut, mais lorsque vous vous sentez envahies par des torrents de complexes liés à votre apparence, rappelez-vous que « La bonne taille c’est quand les pieds touchent le sol ».

Aimez ou du moins apprenez à aimer votre enveloppe corporelle et prenez en soin. L’assertion selon laquelle le monde qui vous entoure ne commence à véritablement vous aimer et vous respecter que lorsque vous êtes arrivé à vous aimer et à vous apprécier vous-même n’est pas un cliché ; c’est un fait avéré. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’amour pour soi engendre la confiance en soi et une personne confiante en elle est une personne heureuse. C’est la bulle de bonheur que la confiance construit autour de votre personne qui attire. Aussi simple que basique.

Chacune d’entre nous aspire, j’imagine, à ce degré de maturation. Cette étape où l’on peut se regarder dans un miroir et aimer l’image qui nous est renvoyée. Le processus étant progressif, pourquoi ne pas l’entamer en répertoriant ces choses que vous aimez le plus sur votre physique et en mettant une emphase sur elles ?

Pour ma part, j’ai un jour commencé par ma magnifique touffe de cheveux, puis ma peau sèche mais joliment teintée de brun, ensuite mon nez, puis mes lèvres… J’en suis même arrivée à aimer ma petite taille (n’est-ce pas que les petites choses sont les plus mignonnes ? 😊 ).

Il est donc possible que vous arriviez à apprécier les « défauts » qui autrefois vous donnaient envie d’éteindre la lumière lorsque vient le moment de dévoiler votre corps. D’ailleurs, ce sont la plupart du temps ces détails qui vous singularisent.

Revenons à l’essentiel Mesdames. Prenons aujourd’hui la décision de retirer au monde tout ce qu’il a volé à nos mères et ce qu’il a voulu nous voler à nous. Faisons taire les voix aussi bien intérieures qu’extérieures qui nous limitent, et le ciel ne sera pas assez vaste pour contenir nos accomplissements.
Vous n’avez pas besoin que le monde vous décerne une couronne pour vous sentir reines.

So ladies, feel free to be yourself. Because all of you are QUEENS…

 

1- Le kilt est un habit traditionnel porté par les hommes des Highlands, les Hautes Terres d’Écosse, comme d’autres porteraient un pantalon. Le kilt est généralement une jupe portefeuille plissée.


Dépression dans les rangs des étudiants africains à l’étranger : parlons-en !

Le texte ci-dessous a pour but de traiter un sujet qui touche en silence de plus en plus de personnes. Il s’agit de la dépression des jeunes africains partis étudier à l’étranger. Essayons d’appréhender le phénomène dans son entièreté, à travers quatre points essentiels.

Section 1: récit d’une jeune femme

« Valises faites, adieux aussi, tu es encore à mille lieues d’imaginer les crises d’angoisses nocturnes qui t’attendent lorsqu’en plein -5 degrés, tu te retrouveras seule dans ta chambre. Tellement seule que tu te lanceras dans des dialogues avec toi même. Mille et une questions, souvent pas très gaies, te traversent alors l’esprit. «Qui appeler s’il m’arrivait quelque chose là maintenant? A qui téléphoner si je fais une chute sous la douche et si je me casse la gueule? Je ne vais quand même pas appeler maman, elle risque de trop s’inquiéter... (j’avoue, c’est un peu parano, lol)». Résultat : tu prends sur toi et tu essaies de chasser tes mauvaises pensées. Mais après quelques jours, à bout de nerfs, tu craques, tu appelles une amie, et avant qu’elle ne dise un mot, rien qu’au son de sa voix, tu éclates en sanglots, tu pleures à n’en plus finir.

photo Afi Affoya et maman
crédit: Happuc Photography

Après quelques mois à l’étranger, tu as mangé plus de riz et de pâtes que tu en as mangé durant toute ta vie. A tel point que la pâte de farine de maïs que tu détestais tant te manque ! Puis un jour, par bonheur, tu tombes sur une boutique de produits vivriers africains, qui coûtent bien sûr dix fois plus cher que ceux de chez toi, mais tu prends sur toi, «ça n’arrive pas souvent», te dis-tu pour amortir le choc que va subir ton portefeuille. Tout ce qui compte, c’est que tu vas te régaler. Ta sauce gombo ne sera certainement pas aussi bonne que celle de maman, mais tu ne vas pas te plaindre pour une fois que tu peux manger autre chose que la combinaison riz-pâtes-frites surgelés.
Et tu comprends à ce moment la signification du dicton «on est mieux chez soi». Qu’on ne s’y méprenne pas, tu es partie pour un but et tu es consciente de devoir l’atteindre. Mais c’est juste trop compliqué parfois.

Tu trouves alors marrant ceux du pays qui crient haut et fort leur mépris pour la terre de leurs aïeux, mais ô combien tu les comprends. N’es-tu pas passée par là toi aussi ? Et ne dit-on pas qu’on ne connaît la valeur d’une chose que lorsqu’on la perd?
A présent le soleil te manque. Les salutations incessantes qui se transforment parfois en séances de commérages, le bruit assourdissant des taxi-motos, les visites sans rendez-vous et les cris de gamins qui jouent devant ta maison les après-midis te manquent. Bref, l’Afrique te manque…

Voici partiellement résumé le parcours d’une majeure partie de la population estudiantine africaine établie hors du continent. C’est le côté le plus sombre, celui qui est à l’opposé des paillettes et du strass fantasmés et sur lequel peu de jeunes s’expriment ouvertement pour diverses raisons.

Section 2: focus sur les étudiants africains

La dépression c’est peut-être cet état constant de vide dans lequel vous êtes plongé. Ce gouffre que vous sentez lentement mais sûrement s’installer en vous. Cet état de tristesse qui parfois sans raison précise vous colle à la peau, ce désespoir et cette impression permanente d’être minable, laid et sans valeur. Ce sont ces pensées suicidaires qui vous taraudent, et c’est votre vivacité que vous sentez peu à peu décliner.
Elle peut durer dans le temps ou être temporaire et sera, selon l’intensité des symptômes, qualifiée de légère (déprime), modérée ou majeure (dépression clinique).

photo prise par afi affoya
crédit: Afi Affoya

Cet état de santé a, bien entendu, des causes diverses. Tous ceux qui sont touchés devraient peut être essayer de comprendre les causes de cet état si difficile à vivre. Chaque situation est particulière, c’est du cas par cas. A chaque patient la cause intrinsèque de son mal être. Et parlant des étudiants africains, les causes prennent également une tournure spécifique, liée à leur condition.
La solitude, l’isolement, le manque de moyens financiers, le sentiment de ne pas être accepté, le changement drastique du mode de vie ou parfois du climat… toutes ces nouveauté sont quelques uns des agents provocateurs de cet état chez certains jeunes.

A cela, il faut ajouter à cela la pression de certaines familles, dont les attentes sont souvent énormes. « Tu es l’espoir de la famille, il faut que tu réussisses pour que tes frères et soeurs puissent te rejoindre là-bas, ne gâche pas la chance que tu as d’être parti… ». Certains de ces étudiants se sentent ainsi contraints de soutenir ceux qui sont restés au pays alors qu’ils ont eux même du mal à s’en sortir financièrement. Manque de bol, nous vivons dans une société où l’on a tendance à retirer au démuni le peu qu’il a et à offrir toujours plus au riche. Ce qui est loin d’être arrangeant pour les jeunes étudiants africains qui se retrouvent presque tous du mauvais côté du tableau.

On a aussi souvent entendu des propos du genre « On est tous passés par là » ou« C’est le passage obligé de tout étudiant étranger ». Ces affirmations ne sont pas fausses… Mais nous ne ressentons pas tous les choses de la même manière, et nul n’a le droit de quantifier la souffrance d’autrui. Banaliser le phénomène ne fait d’ailleurs que noyer davantage les personnes qui ressentent un mal être profond.

« Nous ne ressentons pas les choses de la même manière et nul n’a le droit de quantifier la souffrance d’autrui. »

Venons-en à présent à cette tendance que nous, africains, avons à négliger les aspects mentaux de la santé. Classant à tort la dépression et autres troubles mentaux dans la case des « maladies de blancs ou de riches ». Dans notre société africaine, ces troubles ne sont pris au sérieux que lorsqu’ils atteignent un point critique. Aussi sont-ils criblés de préjugés, ce qui empêche de les cerner de manière objective et claire.

Non, la dépression n’est pas une maladie de blancs, ni de faibles d’esprit. La précarité est d’ailleurs une situation qui crée de l’angoisse et donc une des causes de ce sentiment de mal être. Qu’on ne vienne donc surtout pas me dire que la depression est une maladie de riches, comme s’il s’agissait d’un hobby.

Section 3: manifestations et approche de solutions

Les impacts de la dépression chez les étudiants africains vivant à l’étranger se ressentent bien évidemment sur les résultats académiques et sur leur rapport aux études (dégringolade des notes, décrochage pour certains). Un étudiant autrefois vif et performant deviendra nonchalant et désintéressé. Autrefois sociable et ouvert, il  deviendra peut être colérique, isolé ou amer. Le recours aux stupéfiants fait aussi partie du lot des manifestations de ce trouble mental. On pense alors trouver un réconfort dans l’évasion temporaire offert par l’alcool et autres stupéfiants. Mais c’est juste une fuite, ça ne règle évidemment pas le problème.

photo prise par Afi Affoya
crédit: Afi Affoya

Heureusement, dans la plupart des pays d’accueil, il existe des systèmes mis en place pour prévenir et soigner ce mal. Ils sont souvent ignorés par cette frange de la population mais n’en sont pas moins efficaces. En France par exemple, il y a les Association France-dépressionInfo dépressionSOS AmitiéSOS DépressionLa Porte OuverteEntr’actesSuicide Ecoute SOS Suicide PhénixFil Santé Jeunes … Pour ceux des autres pays, internet saura vous aider à les trouver. Ces associations, organisations et numéros verts ont été instaurés pour une mission précise : aider les personnes à traverser les moments de troubles et de difficultés. Il n’y a donc aucune honte à se rapprocher d’eux et à leur demander de l’aide.

Pour faire face, voici quelques attitudes de base à adopter lorsque les signaux sont en alerte : essayer au maximum d’éviter l’isolement, essayer tant bien que mal de se divertir et de se défouler, en s’obligeant à exercer des activités extérieures, auxquelles on se sent encore intéressé (plus facile à dire qu’à faire, je sais).
Il y a par ailleurs dans toutes les grandes universités des associations réunissant les diverses nationalités présentes. La majorité de ces associations représentent les étudiants ressortissants de pays africains. Elles sont pour ces étudiants des lieux de repère et de fraternité et doivent de ce fait mettre en place des cellules d’écoute ou des groupes de parole où les membres en souffrance peuvent entre eux s’exprimer et se décharger. Parler de son mal, c’est le premier pas vers la guérison. Dire ce que l’on ressent, parler, c’est en effet très important.

Section 4: appel aux parents et familles

Chers parents, nous avons pleinement consience que vous envoyez vos enfants à l’étranger et particulièrement dans les pays développés dans le but d’obtenir des résultats probants. Pour la plupart d’entre vous, cet investissement représente le sacrifice d’une vie, l’ultime espoir de réussite. Mais leur santé physique et mentale compte certainement pour vous plus que tout.
Même si la mission n’est pas toujours évidente, assurez-vous de loin qu’ils se sentent bien. Encouragez-les, réconfortez-les, et surtout ne paniquez pas lorsqu’ils vous appellent en pleurs. Parce que ne voulant pas inquiéter leurs proches, beaucoup préfèrent se taire pour s »en sortir tout seuls. Mais cela les isole, d’où la recrudescence du mal. Soyez prêts à être à leur écoute, à les soutenir, à être leur force lorsqu’ils en parle.

photo prise par nathaniel tetteh sur unsplash
crédit: Nathaniel Tetteh

Et enfin, à toi qui ressens ce mal-être si profond que les mots pour le décrire semblent ne pas exister, sache que tu es tout sauf minable et inutile. D’ailleurs, au fond de toi, tu le sais. Sache aussi que tu peux t’en sortir, que tu as le droit de crier à l’aide s’il le faut. Tu as de la valeur, tu es aimé et tu comptes. Better days are coming... 😉
 

 


Alex Ganglo, le « Monsieur cuir » franco-béninois

La relation qu’entretient Alex Ganglo avec le cuir ne date pas d’hier. Dès son jeune âge, il customisait avec du cuir les bijoux qu’il recevait en cadeau parce qu’il les trouvait alors trop simples. Lorsqu’il a fallu se mettre à l’art et au design, le choix de cette matière lui est donc apparu comme l’évidence même.
La démarche artistique de cet artiste parisien porte en elle une ambivalence incarnée d’un côté par son africanité et d’un autre par l’empreinte occidental.
Ses œuvres sont faites d’un polissage raffiné, d’un savoir faire évident et d’une sobre originalité.

Des visages et des masques

Que l’on ait toujours résidé en Afrique, que l’on y ait grandi, que l’on y soit simplement né ou que l’on l’ait découverte au cours de sa vie, le lien qui vous lie à ce continent, vous le ressentez avec une intensité plus ou moins forte à un moment où un autre de votre existence. Il faut dire qu’il ressemble à un cordon bien robuste auquel peu d’afro-descendants échappent.

« J’ai connu l’Afrique tardivement, après mes 18ans », dit-il avec un pincement au cœur.
C’est peut-être pour cela qu’une fois le retour tant désiré aux sources effectué, Alex Ganglo n’a plus voulu se séparer de ses racines. Le seul moyen d’y rester attaché fût peut-être d’emporter avec lui un bout de chaque pays à travers les magnifiques masques qui font aujourd’hui partie intégrante de son parcours d’artiste.
Certains de ces masques (ceux de sa collection privée) ont pour lui une valeur spirituelle certaine; et en Afrique, les esprits font partie de ces choses que l’on ne monnaie pas. Il y a aussi des masques que l’artiste met en vente, ces derniers sont souvent exposés ou confectionnés sur commande.

« Les masques de la collection privée d’Alexandre Ganglo ne sont pas à vendre, Il ne vend pas ses esprits ».

Fang (Cameroun), Dan Bassa (Côte d’ivoire), Léga, Luba, Pendé, Fan-Iké, Songye (RDC), Ponou (Gabon), Dogon (Mali), Yoruba, Idona (Nigéria)… Il fait régulièrement le tour de ces contrées et y recueille leurs masques, leurs visages, leurs histoires. Au fil des voyages, ces gens sont devenus la famille de l’artiste à travers l’Afrique.

www.ganglo.com

Sur le site de Ganglo, il n’est pas question que de masques. L’artiste a plusieurs cordes à son arc et la base ici, c’est encore et toujours le cuir. Il s’invite à dans toutes ses créations, mais sous des formes joliment variées.
Tableaux, accessoires, blousons et vélos en sont revêtus avec une précision et une finition puristes.

Ce qui attire l’attention parmi le lot d’articles que confectionne Alex Ganglo, ce sont certainement les vélos customisés au cuir. Chacun d’eux est un modèle unique, fruit d’un travail laborieux et chronophage. Ils sont « entièrement gainés, jointés et collés à la colle extra forte vinylique puis cousues à la main » et sont tout simplement beaux.
Ils font partie de ces objets dont la mateur et la simplicité inspirent sans difficulté aucune le luxe. On a d’ailleurs autant envie de les accrocher dans son salon que de les pédaler dans la rue.

Les bombers ganglo sont des pièces phares de sa collection de blousons. Ils sont confectionnés en cuirs noirs essentiellement, mais peuvent prendre diverses couleurs selon les commandes de la clientèle. Taillés dans des modèles épurés et dotés d’une fermeture éclair aux mailles particulièrement grosses, ils lui ont valu d’importantes collaborations dont celle avec la Maison VENTCOUVERT.
Au-delà des classiques androgynes, ces modèles sont déclinés en slyles divers de telle sorte que femmes et hommes puissent séparément s’y retrouver.
Quand aux accessoires, les plus connus sont les pochettes « coup de poing » qui tiennent leur nom des 4 fentes accrochés à la partie arrière et qui permettent de les porter à la manière d’une bague.

 

Le spirituel, le style et le design laissent à présent place à l’émotivité. Ce sont les tableaux qui portent ce côté plus intime de l’artiste.
Le cuir est bien entendu encore présent. Il représente cette fois-ci un support sur lequel les états d’âmes d’ Alex Ganglo se matérialisent par le biais de la peinture. Les formes sonts parfois indéchiffrables de part leur abstraction mais parfaitement identifiables à cause des couleurs. Un doux régal pour les yeux.

 

Une expo-vente dont les dates et le lieu exacts seront communiqués via ses réseaux sociaux est prévue pour Mai 2018. Soyez donc à l’écoute si vous êtes à Paris ou dans les environs. De belles choses sont prévues pour l’occasion 😉 .


Médecine traditionnelle africaine: un secteur à ressusciter

La population africaine avant l’esclavage est estimée à plus de 800 millions, et après l’esclavage elle avoisinnait les 250 millions. Vous conviendrez avec moi que pour qu’une population atteigne 800 millions il faut qu’elle bénéficie d’une situation sanitaire assez solide.

La question est de savoir la nature du système sanitaire dont bénéficiaient nos ancêtres. On ne me dira pas qu’ils se soignaient au Paracétamol et à l’Aspirine. J’en douterai très fort. D’autant plus que des produits comme la Lomidine, administrés de force pendant la colonisation aux populations dans le prétendu but de les guérir de la « maladie du sommeil » a plus servi à les exterminer qu’autre chose.
Quoi qu’il en soit, il est clair que les recettes utilisées ont été efficaces, au point d’avoir pu maintenir en vie et en bonne santé des millions de personnes, dont des hommes et femmes plus tard jugés assez robustes pour être déportés sur des terres étrangères afin de mettre malgré eux leur robustesse au service du développement de leurs oppresseurs.

Médecine traditionnelle et savoir-faire africain

Tradipraticien (Wikimedia Commons)

Je me rappelle avoir vu tout au long de mon enfance, mon grand père paternel se soigner à l’aide de plantes qu’il ramenait avec lui lors de ses visites et avec lesquelles il concoctait ses décoctions. Je ne saurai malheureusement nommer les plantes en question, je regrette que mon jeune âge à l’époque m’ait empêché d’y accorder l’importance qu’il fallait.
Il est évident que par les plantes, les fruits, les racines et écorces, l’Afrique détient un savoir faire en matière de santé. La nécessité de se tourner vers les garants et détenteurs de ce savoir afin de le valoriser, d’en moderniser les aspects qui mériteraient de l’être et d’en tirer le plus grand bénéfice n’est plus à démontrer.
Étant tous ou presque conscients de ce fait, je me pose les questions suivantes : Pourquoi rien n’est fait dans ce sens? Pourquoi ce domaine pourtant économiquement vital est-il tant négligé? Et pourquoi le domaine de la recherche en général est aussi peu estimé chez nous?
La réponse m’a semblée évidente lorsqu’il y a quelques jours j’ai suivi une publication dans laquelle des médecins congolais se plaignaient d’avoir été empêchés par des responsables de firmes pharmaceutiques d’informer le public  sur les résultats d’une étude menée sur une tisane (Artémisia) dont les vertus antipaludéennes sont jusqu’alors inégalées. Rappelons que le paludisme encore appelé malaria est l’une des maladies les plus meurtrières en Afrique et que certains médicaments importés ont montré leurs limites et même pour certains comme le Lariam, leur caractère nuisible en la matière.
On est donc en droit de se questionner sur les raisons valables qui ont poussé les autorités sanitaires à empêcher la poursuite et la divulgation des recherches sur cette tisane en RDC, une situation d’ailleurs fréquente en matière de découverte de médicaments révolutionnaires en Afrique.Voici donc le topo : On commence par faire de l’Afrique une poubelle à médicaments contrefaits qui tuent à petit feu les populations puis on empêche ces mêmes populations de fabriquer leurs propres médicaments.
Après analyse des faits, la conclusion est celle-ci. Il s’agit d’abord de l’expression de la corruption des autorités sanitaires des différents pays africains abritants ces découvertes et ensuite de l’impitoyable politique capitaliste des institutions internationales dites dédiées à la santé mais dont le soucis premier s’avère être le gain financier généré sur le dos de pauvres patients.

Exemples en matière de valorisation de la médecine traditionnelle africaine

Plantes médicinales (Pixabay creative commons)

Ils sont rares en Afrique, ces pays qui prévoient une place pour la médecine traditionnelle. Ce manquement constitue une brèche par laquelle beaucoup d’imposteurs et de malfrats se déguisent en tradipraticiens et infiltrent le domaine puis le décrédibilisent à travers leurs diverses exactions. Ils y jettent ainsi une couche supplémentaire de suspicion et de méfiance.
Mais sonnez trompettes, battez tambours!!! Il existe bien quelques pays qui à travers leur politique ou leur culture ont accordé à cette médecine trop souvent diabolisée une place de choix. Il s’agit entre autres du Bénin et du Ghana.

En Afrique, contrairement aux sociétés occidentales, la pharmacopée tradidionnelle est presque systématiquement consultée avant la pharmacie moderne. Ce fait est peut être dû aux coûts relativement abordables des médicaments traditionnels et à leur accessibilité.
Le Bénin fait partie de ces pays où le premier réflexe qu’on a lorsqu’on sent un malaise est de se diriger vers les plantes environnantes. La population béninoise est d’ailleurs caractérisée par son profond ancrage dans la tradition (il n’y a qu’à observer le code vestimentaire béninois pour en arriver à cette conclusion). Pour cela, les découvertes locales y sont assez souvent promues et vulgarisées. Ce fut l’exemple de l’Api-Bénin du docteur Valentin AGON, spécialiste béninois en médecine verte.
Ensuite, il y a le Ghana où d’énormes progrès ont été effectués ces dernières années en matière de régularisation du statut de la médecine traditionnelle. Les autorités gouvernementales ont en effet mis en place un cadre politique permettant aux tradipraticiens d’exercer leur métier dans des limites et des conditions bien définies. Ils ont ainsi favorisé l’épanouissement et encouragé l’innovation au sein du secteur.

La médecine traditionnelle fait partie intégrante de l’identité socio-culturelle africaine. Contrairement à la Chine qui en a fait un tremplin mondialement reconnu et qui en tire d’importants bénéfices financiers, le domaine a longtemps été marginalisé sous nos cieux. Il est temps qu’il soit repensé et que l’attention qui lui est due lui soit accordée.
On ne le dira jamais assez, l’Afrique a un besoin impératif de sortir de ce schéma de pensée aliénant qui consiste à diaboliser, à sous estimer et à fouler du pied les réalisations locales car elles sont censées représenter sur l’échiquier mondial la productivité et l’authenticité qui nous caractérisent.


Les recettes culinaires africaines et leurs ramifications familiales

Entre africains vivants à l’étranger, il y a des projets qui se taisent. Certaines règles sont tacites et bien connues de tous. Malheur à qui décide de l’outrepasser, il se verrait exposé aux conséquences de sa désobéissance ! Bon j’exagère peut-être un peu 😀 .
Parmi les projets dont il est question ici, il y a celui de partir en vacances en Afrique. 
Lorsque vous commettez la grosse erreur de faire part à des amis ou connaissances de votre projet de voyage vers l’Afrique (que ce soit pour les vacances ou pour une quelconque autre raison), soyez sûr de voir débouler sur vous une avalanche de commandes et de requêtes… « Tu me ramènes du piment noir s’il te plaît? », « ma couturière m’a confectionné quelques tenues en wax, tu me les ramène s’il te plait ? » ou encore « je demanderai à ma tante de te donner quelques boules d’atiéké pour moi » et ainsi de suite.

C’est ainsi qu’il y a quelques jours, j’ai reçu la visite d’une amie qui revenait de vacances du Togo. Ah mon beau Togo! Ses belles plages ensoleillées, sa généreuse et excellente cuisine, ses marchés bruyants et noirs de monde, ses rues éclatantes de vie et de couleurs…
Malgré elle – et surtout sur mon insistance, je l’avoue – elle a due embarquer avec elle quelques kilos d’ingrédients que ma mère, en bonne maman africaine, a soigneusement sélectionné pour moi. Parmi ce savoureux lot se trouve tout ce qu’il me faut pour concocter ma sauce préférée, « Adémè », autrement nommée « Corète potagère ». 
En bonne amie (et surtout pour déculpabiliser), il a fallu que je me mette aux fourneaux pour lui faire goutter ma fameuse sauce.
Et voilà comment m’est apparue une évidence : il existe en Afrique, pour un même plat, autant de recettes que de familles.

Ingrédients sauce Adémè par Afrique.fr
Ingrédients sauce Adémè/ Crédit: Afrique.fr

Prenons l’exemple de la sauce d' »Adémè ». Pour moi  -et selon ce qui m’a été appris par ma mère- cette sauce se prépare toujours en deux étapes. La première consiste à faire bouillir les feuilles afin d’obtenir la matière gluante qui est la base de notre recette (défense de faire « berk »! C’est gluant mais c’est très bon 😀 ). Dans la seconde étape, il faut réaliser un bouillon assaisonné d’épices, de l’incontournable piment vert, d’huile rouge (huile de palme) de poissons fumés, de viandes et de fruits de mer de toutes sortes (crabes et crevettes le plus souvent). C’est seulement après ces deux étapes cuisinées séparément qu’on procède au mélange final des deux préparations, et, à partir de là, la fameuse sauce peut être servie accompagnée bien sûr d’une gigantesque et homogène pâte de farine de maïs. Vous voilà prêts à atteindre un paradis gustatif fait d’umami et de senteurs indescriptibles 😉 ).

Vu mon degré inhabituel d’application à la tâche, je ne m’attendais pas à ce que mon amie puisse soulever quelque contestation que ce soit contre ma méthode en deux étapes, qu’elle trouvait « franchement trop longue », mais ce fut le cas. Elle m’expliqua que chez elle, c’est à dire dans sa famille, cette sauce a toujours été préparée avec des feuilles de corètes préalablement découpées et bouillies avec du bicarbonate pour faciliter leur ramollissement. Ensuite, les ingrédients cités plus haut sont successivement incorporés dans la sauce et laissés au feu pendant quelques minutes supplémentaires, le temps que les senteurs et les goûts s’entremêlent. J’ai donc un peu plus tard entrepris quelques recherches sur des sites spécialisés en cuisine africaine où je découvris bien d’autres recettes de ladite sauce.

Plat de pâte de maïs et sauce Adémè/ Crédit: Africa colours

A la base de la cuisine africaine, on trouve les ethnies, ce sont elles qui sont aux racines des différentes recettes existantes. Celles-ci sont détentrices d’habitudes culinaires ancestrales et spécifiques qui se retrouvent ramifiées à travers les cellules familiales qui y ajoutent chacune leurs touches, d’où la diversité des recettes.
Ce qu’il faut donc retenir, c’est que l’art culinaire africain est incroyablement éclectique, très varié, et cela n’est guère étonnant puisqu’il est à l’image de sa population, de ses ethnies et de ses langues.

Adémè, Atiéké, Dokonu, Ndolè, Fumbu… Existe-t-il chez vous également de ces plats aux mille et une recettes? Si oui, sentez-vous libre de les partager avec nous. 🙂


Gros plan sur la « culture telenovelas » en Afrique

Il est 20h30, l’heure à laquelle les ruelles d’Agbalépédogan (1) se desertent. Seule la rue principale avec ses deux rangées de lampadaires dessinant sur le sol des silhouettes longilignes trahit quelques présences humaines. Présences sans aucun doute masculines, la majeure partie de la gente féminine s’attelant à une autre occupation. L’indifférence suscitée par les trente minutes réservées au JT de 20h (journal télévisé) et à sa charmante présentatrice laisse place à l’effervescence et l’engouement de joyeux téléspectateurs au degré d’excitation comparable à celui d’un écolier, un après-midi de vendredi. Les mets malchanceux du dîner se trouvent parfois abandonnés sur le feu, les devoirs de maison sont au pire laissés en plan et au mieux bâclés dans le feu de l’impatience ; voilà le panorama qui vous sera offert si à l’heure de diffusion des telenovelas, ou feuilletons, comme communément appelés chez moi, vous faites un tour dans un échantillon de foyers loméens, cotonois, ou même abidjanais, bref dans des foyers africains.

Telenovelas, qu’est ce que c’est?

Puisant leur source en Amérique latine ou, du moins, particulièrement ancrées dans les mœurs de ces pays, les telenovelas sont aujourd’hui produites et diffusées dans bon nombre de pays. Dans le présent cas, je m’intéresse aux telenovelas latino-américaines (plus précisément mexicaines et brésiliennes) parce qu’étant les plus populaires en Afrique. Ce sont des feuilletons diffusés en plusieurs épisodes, suivant le fil conducteur d’un scénario basé sur une histoire à l’eau de rose, très souvent inscrite dans un esprit « princesse Disney ». Pour faire plus simple, je décrirai l’ossature d’une telenovela type comme suit:

Une belle jeune femme, inconsciente de son charme, se trouve en difficulté. Pour sortir sa famille, souvent monoparentale, de la galère, elle se retrouve servante d’une riche famille composée de membres aussi espiègles et méchants les uns que les autres, sauf bien sûr un des cadets. Celui-ci rentrera un jour de l’étranger, après avoir terminé ses études, et au premier coup d’œil tombera sous le charme de la jeune belle, douce et aimable servante. De là naîtra une idylle au départ cachée puis révélée à la famille. La mère ayant, dans la plupart des cas, d’autres plans maritaux pour son gamin s’allie à ses filles et une jeune femme considérée comme la belle fille idéale au vu de son rang social. Leur seul but : détruire ladite relation. La princesse n’ayant, de mémoire jamais perdu la guerre, les deux amoureux se retrouveront après une multitude de ruptures causées par divers rebondissements au fil des épisodes. Ils se marieront et vivront heureux jusqu’à la fin des temps./.

On a presque envie de terminer sur cette belle note n’est ce pas? Mais nous allons faire mieux en regardant de près les externalités de cette « culture telenovelas ».

Effets des telenovelas sur leurs adeptes

Quel mal peut causer une innocente histoire romantique, de surcroît racontée par des acteurs pour la plupart très agréables à regarder? A priori aucun, quelques minutes de « rince l’oeil » n’ont jamais fait de mal ;). Ces feuilletons se sont d’ailleurs tellement bien intégrés au quotidien des fans africains qu’ils sont devenus des « must » du divertissement télévisuel.

Je suis tout de même de ceux qui pensent que divertissement et apprentissage peuvent ou doivent aller de paire, surtout dans le contexte de crise éducationnelle et identitaire que nous traversons depuis un moment en Afrique. Le hic, en fait, avec les telenovelas, c’est qu’au delà de leur fonction de divertissement, elles n’offrent rien d’autre au téléspectateur, ce qui est loin d’être arrangeant vu leur ampleur. En plus d’être trop « creuses » pour emmener les téléspectateurs à des réflexions constructives, comme le font certains films, elles sont calquées sur une réalité très lointaine de la réalité africaine. Cela entraîne une distorsion dans la vision que bon nombre d’entre nous avons du mode de vie « occidental », principalement du point de vue relationnel. Nous nous retrouvons ainsi à vouloir transposer dans notre puzzle à nous des pièces pourtant incompatibles. 

Mis à part ce fait, j’aurais personnellement, et avec un peu de recul, souhaité que ces telenovelas aient prévu dans leurs scénarios des répliques qui nous renseignent sur des références historiques ou culturelles des pays producteurs (Mexique, Brésil…), au moins on aurait appris quelque chose pour un tant soit peu combler ce « creux » dont je parlais plus haut. Je n’ai aucune intention de faire l’apologie du cinéma hollywoodien, qui est loin de refléter lui aussi une quelconque réalité africaine mais qui inonde nos écrans presqu’autant que les telenovelas. J’avouerai tout de même que ma balance pencherait vers une production cinématographique qui m’apprend avec subtilité, si je fais l’effort de lire entre les lignes de l’existence de personnalités telles que Maya Angelou (2) et Marcus Garvey (3), ou une production qui m’informe sur le contexte socio-politique du racisme anti-Noirs en Amérique ou encore sur l’impact qu’ont eu des films comme « Thelma et Louise »(4) sur la conception américaine du féminisme.

Le fait pour les chaînes de télévisions africaines d’opter pour la diffusion de feuilletons latino-américains et maintenant de plus en plus indiens (il fallait que cette précision soit faite) relève visiblement d’un manque de volonté d’investir dans un cinéma africain, pourtant plus représentatif de nos réalités et de notre mode de vie. Ce cinéma aurait une rentabilité pour plusieurs acteurs de la société. Il est donc assez plaisant de noter la présence de plus en plus importante de telenovelas nigérianes et angolaises sur la scène cinématographique, tant elles reflètent le plus possible les réalités africaines.

1- Agbalépédogan: Quartier de Lomé (Togo).

2- Maya Angelou: De son vrai nom Marguerite Johnson, est une poétesse, écrivaine, actrice et militante américaine. Figure importante du mouvement américain pour les droits civiques et figure emblématique de la vie artistique et politique aux Etats-Unis.

3- Marcus Mosiah Garvey: Est un militant noir, précurseur du panafricanisme. Il se fait le chantre de l’union des Noirs du monde entier à travers son journal The Negro World et le promoteur obstiné du retour des descendants des esclaves noirs vers l’Afrique.

4- Telma et Louise: Est un film américain qui raconte l’histoire de deux femmes dont l’excursion d’un week-end se transforme en cavale à travers les Etats-Unis. Il est aujourd’hui considéré comme un classique, a influencé d’autres films et œuvres artistiques, et est devenu un film culte du féminisme.


La dynastie dictatoriale, une version togolisée de la démocratie

« L’Éternel bénisse le Togo
Et de ses enfants les conducteurs.
Togolais fais monter
De partout des clameurs
A la gloire de notre cher Togo
Et célébrer sa beauté :
Forêts, monts, sites enchanteurs,
Fleuves majestueux,
Torrents prestigieux.
Le sol merveilleux
Prodigieux, répand bonheur, fécondité.
Soyez béni ! Togo soyez heureux !
Pays de nos aïeux ! »

La marche républicaine

Combien de fois n’ai-je pas, dans les lignes d’un rang, tapie dans les tissus à carreaux d’une robe aux manches un peu trop larges et dans des souliers douillets à scratch, prononcé non sans difficulté ces paroles qui depuis un moment me reviennent, non seulement avec plus de clarté orthographique, mais surtout avec plus de sens et d’émotion ? Émotion peut-être due au souvenir de mes douces années en cours primaire, ou plutôt à l’élan de patriotisme inévitablement ressenti au son de cette chanson.

J’imagine en ce moment n’être pas la seule Togolaise hantée par la mélodie de la marche républicaine qui, aujourd’hui plus que jamais, a franchi pour certains d’entre nous le stade de comptine et atteint celui d’une ode à la conscience de « Nous ». Nous en tant qu’êtres sociaux ou nous en tant qu’individus nés d’un bout de terre, le notre, et à qui nous nous sentons liés par un cordon invisible mais non moins robuste. Nous en tant que citoyens.

Qu’attend une mère, ou mieux, que doit l’enfant à celle qui l’a fait et vu naître, celle qui lui a offert l’hospitalité, l’éducation et le soin nécessaires à son développement physique, mental, spirituel ? Nos pensées se tournent naturellement et à raison vers la gratitude, le dévouement, le respect et une kyrielle de bons sentiments.

C’est ainsi qu’il y a quelques jours et pour une énième fois, des milliers de fils et filles du Togo se sont mobilisés et continuent de se mobiliser dans le but ultime de donner à la terre mère la dignité et l’agréabilité qui sont sensées la caractériser.

Ce n’est pas une tendance collective au suicide qui a poussé les Togolais hors de leurs domiciles les 6 et 7 septembre dernier.

C’est encore moins pour remédier à une carence en vitamine D qu’ils ont décidé d’affronter les rayons du chaud soleil tropical pendant ces deux jours, sans oublier les nombreux jours de manifestations précédents (19 août, avril 2013, etc).

Cette démonstration de hargne que l’on a largement qualifiée de jamais vue et dont nous avons été témoins n’est que l’expression d’un ras-le-bol n’ayant que trop longtemps été refoulé. Ras-le-bol d’une situation rigidement homéostatique dans laquelle « le grain du pauvre continue de nourrir la vache du riche »(1).

Les « con-ducteurs »

Comment bénir des « con-ducteurs » qui par eux-mêmes ou par une quelconque intervention divine (whatever (2) ) ont publiquement reconnu le parasitisme dont ils sont orchestrateurs et qui gangrène ceux qu’ils sont censés conduire ?

Ventres affamés, lèvres bâillonnées, avenir incertain, jeunesse délaissée peuvent-ils clamer avec sincérité une fierté pourtant légitime d’appartenir à une terre qui a, disons-le, tout pour plaire ?

Même si pour l’heure, le bonheur et la fécondité nous semblent encore lointains, du moins autant que les illustrations fabuleuses d’un paradis dont seuls les dessinateurs du Watchtower(3) ont le secret, motivation et détermination nous sont insufflées par la conscience que nous avons de la finalité de cette lutte : affirmer notre confiance en nous en tant que peuple, faire entendre notre voix au-delà des frontières et faire encore une fois frémir les pieds déjà chancelants d’un sofa dynastico-dictatorial établi au sommet de notre pays depuis maintenant plus d’un demi-siècle.

(1) « Le grain du pauvre continue de nourrir la vache du riche », citation de Thomas Sankara

(2) Whatever : Peu importe.

(3) Watchtower : La Tour de garde. Revue internationale créée et distribuée par les témoins de Jehovah.


Le wax, un tissu africain fabriqué de toutes pièces

Une question me turlupine depuis un moment et je me demande si la problématique qui l’a soulevée en moi interpelle de temps à autre d’autres membres de la communauté africaine. J’avouerai même qu’une vague de déception m’envahirais s’il s’avérait qu’il n’existait qu’une poignée de personnes qui s’intéresse à cette question, parce que la chose me semble trop incongrue pour rester longtemps inaperçue.
Vous avez sans doute senti passer ou même pour la plupart été touchés par le vent de « neo-négritude » (je ne sais pas quel autre mot utiliser) qui souffle depuis un bout de temps sur le continent africain, la diaspora africaine et en général la communauté noire de part le monde.
Vous avez été au fil des dernières années témoins des nombreuses « révolutions » en matière capillaire (mouvement nappy) et vestimentaire (tendance des tissus africains).
Combien d’entre nous n’avons pas pour des motivations certes diverses mais toujours dans cette lignée de valorisation de la beauté naturelle noire, sauté le cap du big shop? Combien d’entre nous jeunes n’avons pas du tout au tout changé de discours sur le pagne africain, autrefois ringardisé et considéré comme un tissu de vieux, déambulant désormais têtes hautes, torses bombés dans des modèles de pagne les plus casuals les uns que les autres. Les défilés de mode pour marques de vêtements en « tissus africains » comme des champignons dans une forêt en saison pluvieuse poussent de tous côtés, cela n’est bien entendu pas pour nous déplaire, au contraire. Les signes ostensibles d’appartenance à la communauté africaine (prénoms, tissus, cheveux, accessoires…) s’exhibent de plus en plus de manière décomplexée et représentent même pour certains un moyen de revanche sur le diktat d’une mode africaine longtemps imposée par l’occident.
Je ne vous cacherai pas pour autant qu’il existe toujours des personnes de mon entourage qui continuent de s’indigner lorsque je décide de sortir en plein milieu de semaine habillée en Bogolan ou Kenté parce que selon eux « ce sont des accoutrements occasionnels ou au mieux réservés aux dimanches »; cela dit nous ne sommes visiblement pas sur la même planète donc je ne leur en tiens pas rigueur.
Ce n’est en aucun cas la volonté de jouer les rabats joie qui m’anime en écrivant ce texte mais plutôt celle de trouver réponse à mes multiples questionnements, j’estime en avoir le droit.

Le pagne de chez nous 

Tissu Bogolan

Je vous épargnerai la longue histoire du pagne tout en rappelant qu’en Afrique nous en avons moult; et parmi les plus connus on retrouve le Lokpo au Togo, le Dan fani au Burkina, le kenté au Ghana, le Kita en Côte d’ivoire, le bogolan au Mali, le Shuka chez les Massaï au Kenya, le Ndop en pays Bamiléké et bien d’autres encore. Tous savons la place de choix qu’occupent ces tissus rassemblés sous le vocable de pagne en Afrique.
Le pagne est en effet celui qui dans les mains tendues de ceux qui nous attendent à notre naissance couvre et nettoie notre petit corps, et depuis il nous suit à travers les diverses étapes de notre vie; de l’âge de la raison à l’âge adulte en passant par l’adolescence jusqu’aux vieux jours. Les plus vieux morceaux de tissus africains ont d’ailleurs été retrouvés par des archéologues dans des tombes dogon (Mali). Tout cela pour dire que le pagne et l’Afrique c’est plus qu’une histoire d’amour, c’est une histoire d’identité écrite à travers les moments clés de notre existence: naissance, mariage, mort…
Mis à part les différents types de tissus cités plus haut, il y a le wax qui est une autre catégorie de pagne non spécifique à un pays africain mais beaucoup plus commun à tous et plus répandu sur le continent. Il est à la fois le plus populaire, le plus accessible et forcément le plus apprécié. D’ailleurs quand nous africains parlons de pagne, c’est au wax que nous faisons presque automatiquement allusion. Il va donc sans dire (même s’il est toujours mieux de le dire 😉 ) que le wax est Le tissu des africains par excellence. Quoi de plus pratique d’ailleurs pour les membres de la diaspora africaine pour mettre en avant leur africanité que de fièrement se pavaner de temps à autre en wax sous les regards mi-admiratifs mi-perplexes des autres communautés. (😎)

Le wax, un agent double?

Mère & fille en Wax / Crédit: happuc photography

Elle n’est pas aussi dénuée de sens que ça cette question puisque si le wax est censé être l’un des éléments les plus représentatifs de la culture africaine, s’il est l’un des miroirs à travers lesquels le reste du monde perçoit notre africanité, s’il fait autant notre fierté et notre renommée, pourquoi est il majoritairement, sinon exclusivement importé?
Parce que OUI le wax n’est pas pour la majorité produit chez nous. Depuis qu’il a été introduit en Afrique occidentale par les hollandais au 19ème siècle, la relation fournisseurs-clients n’a pas vraiment évolué. Il a certes fait le rayonnement mondial des nana benz du Togo qui en ont été à une époque dorée les distributrices ouest africaines attitrées, les recettes générées par sa vente ont sans doute été d’une aide précieuse pour bon nombre de familles africaines, mais est-ce tout ce que nous sommes sensés espérer d’un produit dont la seule consommation africaine représente l’alpha et l’oméga de ses producteurs étrangers?
On m’opposera peut-être l’argument de la présence en Côte d’ivoire et au Ghana des usines Uniwax, GTP et que sais-je encore. Pourra t-on pour autant me dire qu’elles ne sont pas les filiales d’une quelconque usine textile hollandaise qui en détient des parts colossales?
Parce que nous connaissons tous des filiales d’usines étrangères implantées en Afrique et qui ne profitent en quasiment rien au continent. Donc ce débat n’a pas vraiment lieu d’être.
A moins que la Néerlande, et plus récemment la Chine, le Pakistan… qui trônent sur le marché du wax soient devenus à mon insu des « pays africains d’outre-mer », je ne vois pas la logique qui soutient cette situation. Quand on y pense en fait c’est comme si on a depuis toujours collé à ce tissu l’étiquette d’une identité africaine uniquement dans le but de favoriser son intégration et sa consommation massive sur le continent, cela au détriment des véritables tissus made in Africa avec le savoir faire et l’expérience que l’on connaît aux petites mains africaines. Une fois encore, les africains ne sont ni plus ni moins que les dindons de la farce, parce que soyons clairs et sincères envers nous même; les gesticulations autour de révolutions vestimentaires ne nous servent à rien si les retombées économiques ne profitent toujours qu’aux autres. De la même manière que le retour au naturel n’a aucun sens si les produits d’entretien des cheveux crépus ne génèrent pas d’intérêt à ceux là même qui sont auteurs et acteurs de ce mouvement, c’est à dire les noirs.
Ne paraîtrait il pas absurde que le tartan (tissu écossais en laine caractérisé par des carreaux) soit fabriqué quelque part au Ghana ou en Afrique du Sud… ou mieux encore que le marché de fabrication de la marinière, symbole de la mode française soit à 99% dominé par d’autres pays?

La « Black Pride » doit profiter aux noirs

Heureusement qu’au delà de cet envahissement du marché textile africain, il existe de plus en plus de créateurs et d’entrepreneurs (à l’image de moonlook) qui au lieu de choisir un outil de travail qui ne leur assure qu’un bénéfice personnel mais n’apporte en définitive pas grande plus value à leur communauté préfèrent travailler malgré les contraintes des matières fabriquées en Afrique par des africains afin de mettre en avant et de vulgariser le travail de ces artisans longtemps ignorés.

Porter du pagne c’est bien, créer une ligne de vêtements en pagne c’est super, ériger le pagne au rang de symbole identitaire c’est top, mais s’assurer que ce symbole identitaire soit avant tout source d’enrichissement pour la communauté c’est encore mieux. Comme le dirait l’autre, gbégnédzéagni! (j’en ai fini!)

 


La petite étoile qui aimait le clair de lune

Je m’appelle Xléti*, j’ai 400 millions d’années.
Ouuuuh ne faites pas ces yeux là, je ne suis qu’à l’aube de mon existence, mon espérance de vie est d’environ 10 à 15 milliards d’années.
En fait chez moi en milieu stellaire, les plus petits en taille vivent plus longtemps que les plus grands dont la durée moyenne de vie n’est que de quelques millions d’années; et moi je fais partie des minus de ma fratrie donc vous comprenez que je ne suis encore qu’un « bébé ». 😉
Je suis née en même temps qu’une centaine d’autres étoiles (oui, nous naissons parfois par centaine) et au début nous vivions tous ensemble dans une orbite pas très loin du soleil. Là bas, j’ai vécu l’une des époques les plus intenses et les plus heureuses de mon existence. Mais au fil des années et des migrations, nous nous sommes retrouvées éparpillées à travers la galaxie, menant chacune une existence solitaire; il ne s’agit là que du cours normal des choses. C’est d’ailleurs comme cela qu’il m’est arrivé l’un des meilleurs événements que je pouvait imaginer; je me retrouvais à un moment donné de mon trajet vers l’inconnu au dessus d’un petit village.
Il faut dire que je suis l’une des rares étoiles à ne pas m’être trop éloignée du soleil lors de la grande migration, je pu ainsi pendant longtemps bénéficier de sa proximité avec la terre.
Logé quelque part entre collines et montagnes, mon petit village (enfin le village au dessus duquel j’étais située) est un petit coin de paradis respirant à l’époque l’innocence des gosses préservés de la laideur des empreintes que laissent les aléas de l’existence à leur passage.
Depuis là où je me trouvais, il ne m’était bien entendu pas possible de distinguer avec exactitude les détails de ce panorama, mais je peux attester de l’incroyable verdure de la végétation qui contraste avec le gris du sol que je pense être rocheux. Le nord du village est traversé par un long fleuve dont je pouvais voir la silhouette en zigzag irrégulier et pendant la journée, lorsque le vent et les rayons du soleil dans leur transe viennent caresser sa surface, il se forme des rayures mouvantes et étincelantes, presqu’aveuglantes.

Clair de lune

Il n’est pas non plus rare que la lune, parfois plus éclatante que d’habitude décide d’envoyer à la surface du globe un jet de lumière beaucoup plus puissant que d’habitude, offrant ainsi aux hommes la possibilité ou devrais-je dire l’illusion d’une diurnité prolongée.
Ces moments là sont de loin mes préférés parce que révélant mon petit village sous un aspect des plus poétiques. Plus l’air était léger et mieux je pouvais profiter du spectacle avec limpidité. Je n’avais alors qu’à me delecter de l’immense scène qui se dévoilait sous mes yeux.
Je pouvais voir des silhouettes déambuler dans les champs de maïs avec nonchalance, puisqu’il était je pense prévu que les travaux de récolte finissent un peu plus tard que d’habitude. Le grand arbre du centre rassemblait comme à l’accoutumée du beau monde. Mais les soirs de clair de lune, la majorité de la population s’y rendait non pas pour se mettre au parfum des dernières rumeurs mais pour participer aux kermesses organisées par le comité des dames du village. Kermesses au cours desquelles vieux et jeunes pouvaient laisser libre cours à l’expression de leurs talents qui allaient de la musique à la danse et la comédie en passant par le plus apprécié, les contes, souvent réservés aux personnes âgées qui en maitrisaient fort bien l’art.
Il y avait aussi d’autres attroupements qui se formaient ça et là sur la place publique. Les discussions allaient de bon train entre certains groupes pendant que d’autres préféraient s’adonner à l’awalé ou à l’ampé, pour sa part très apprécié par les demoiselles.
Je pouvais apercevoir un quinquagénaire aux allures révérencieux, probablement le chef du village, réunissant une poignée d’hommes, probablement ses notables pour faire le point sur le jugement public mensuel ayant eu lieu il y a quelques jours, discuter des prochains « rituels de passage à l’âge adulte » des jeunes hommes et converser sur quelques sujets passés, présents ou futurs.
Je voyais aussi de jeunes enfants patauger bruyamment dans le fleuve, laissant aux aînés sensés les chaperonner le temps de quelques amoureries et tout cela certainement sous l’interdiction des parents.
Le clair de lune donnait vraisemblablement l’occasion à quelques libertinages; un peu comme ceux auxquels vous humains, vous laissez souvent aller lors de vos diverses célébrations.
Ah oui! De temps à autre, on profitait aussi de ces nuits éclairées pour fêter le baptême des premiers nés en partageant avec les familles concernées plusieurs sortes de mets très généreux et copieux.
Il régnait à ces moments là une telle animation à cet endroit qu’un lointain spectateur comme moi croirait assister à des festivités présidées par Khonsou(Égypte), Tsukiyomi(Japon), Séléné(Grèce) ou autres divinités de la lune.

Les lampes torche

Le parfum exquis d’insouciance et de légèreté qui s’élevaient de ces instants jusqu’à moi m’étaient devenues addictives et le présent clair de lune n’était pas encore terminé que déjà je me languissais du prochain.
Ce spectacle, jamais je ne m’en serais lassée. Je suis consciente l’égoïsme de mon désir mais si cela ne tenait qu’à moi, cet endroit aurait été éternellement pareil, une oeuvre brute de la nature. Je n’avais hélas pas la possibilité de freiner le car de la « modernité » que je voyais foncer vers mon village avec son lot d’avantages je dois bien le reconnaître, mais de méfaits aussi.
Arrivé à un moment, les jours se suivaient et se ressemblaient pour mon plus grand déplaisir. Depuis que des engins roulants dont j’appris plus tard le nom, motos avaient fait leur apparition, les longues marches qui menaient souvent à des salutations interminables n’étaient presque plus d’actualité. Le fleuve était la majeure partie du temps déserté par les enfants qui désormais étaient contraints à s’adonner à une nouvelle activité, l’école qu’ils ne semblaient guère apprécier.
Le plus douloureux pour moi fut la disparition du clair de lune. Je parle de disparition parce que l’événement avait perdu de sa substance, ce qui le rendait si spécial, l’effervescence qu’il apportait. En somme, les villageois possédant maintenant ce qu’ils appellaient des lampes torche avaient perdu tout intérêt pour le clair de lune, il n’existait plus d’activités réservées aux nuits éclairées. Comme il fallait s’y attendre, les liens qui existaient entre les villageois et qui rendaient cet endroit si hors du commun se mirent peu à peu à s’effriter.
Il m’arrivait de mettre de côté mes états d’âme personnels et de me convaincre du bien fondé de tous ces changements. Je me disais que tout cela était un passage obligé, une étape transitionnelle qui ne serait peut-être pas aussi bouleversante que je le craignais, mais cela ne durait franchement pas très longtemps. Il suffisait que mon regard se pose sur un de ces énormes engins rasant des étendues immenses de verdure pour quelle raison, je ne saurai vous dire, pour que mes craintes refassent vite surface.
Rien n’aurait plus été comme avant, je l’ai su. Et avant que ces images ne viennent remplacer dans mes souvenirs les merveilleux moments vécus à cet endroit, je pris la décision de m’en aller.
Je ne suis pas vraiment du genre à croire au destin, mais il m’arrive de me dire (ne serait-ce pour me consoler) qu’il fallait peut-être qu’il arrive ce qui est arrivé pour que je puisse me résoudre à quitter, à tourner la page, à entamer un nouveau chapitre.

 

Xléti = étoile en éwé


Ces mots qui traduisent des maux

 

Parfois, il s’agit juste d’essayer quelque chose de nouveau.
Il s’agit de retourner à la case départ, à ses origines
et de s’inspirer d’une histoire autrefois racontée,
d’un marché peuplé et coloré,
des traces de pas restées figées dans le sable,
de la douce lumière d’un lampion perché là haut,
du crépitement du feu, d’une danse ou de la famille,
du regard vif d’une vielle dame assise au coin d’une case,
des poils broussailleux sortant de la trompe d’un éléphant,
du soleil jetant ses dernières lueurs avant de se retirer,
d’une grosse goutte de pluie s’abattant sur le sol, soulevant autour d’elle une couronne de poussière,
des bourdonnements d’un essaim d’abeilles s’attelant à fabriquer du miel,
ou bien d’une chute dans le profond bleu de l’océan.
Il s’agit de rêver d’une société mâture, de la reconstruction de l’être.
Il s’agit de récolter ici et là pour créer du nouveau, du frais, du craquant et du doux, ou pas.
Puis vient encore une danse, cette fois ci pour célébrer l’accomplissement,
le bonheur d’être libre d’être soi.
***
Vous l’aurez remarqué, j’ai commencé par un assemblage de mots. Mais en fait ils n’ont pas grand chose à voir avec mon sujet principal donc bzbzbzbzzzbzzzbbbzzzzz je rembobine et je recommence (je sais, je suis un peu désaxée) 😄.
Venons maintenant à nos moutons.
Voyages nocturnes
Depuis que j’ai quitté Lomé, mes rêves m’y ramènent très souvent.
Certaines nuits, je me retrouve le matin dans mon ensemble bleu/kaki devant le Collège Protestant Lomé-Agbalépédogan (mon ancien collège), attendant d’apercevoir ma copine Maléki pour notre traditionnel saut chez la vendeuse de riz avant le début des cours. D’autres fois, c’est depuis ma chambre que je me vois gueuler après mon cousin qui encore une fois ne s’est pas gêné pour engloutir les restes de mon déjeuner, sachant que je termine rarement d’un seul coup mes repas et donc que mes restes, personne n’y touche 🙁 .

 

Hier nuit, c’est au marché de Totsi que j’étais avec ma mère comme tous les samedis avant.
Le soleil était accablant et frappait mon dos à travers les mailles de mon tricot sans que les toitures en paille qui couvrent les hangars abritant les étalages des bonnes dames ne puissent y faire grand chose. Nous n’étions arrivées que depuis quelques minutes mais j’étais déjà impatiente de retourner à la maison, et fidèle à mes habitudes, je me mis à râler 😆.
Une demi heure plus tard notre cabas était presque plein, mais pas question pour maman de décamper sans passer par l’étalage de Da Massan, une dame originaire de Kpalimé, l’une des plus belles villes du Togo, située dans les montagnes et réputée pour la qualité de ses produits vivriers. C’est chez elle que ma mère s’approvisionne depuis toujours en tubercules (ignames, manioc…) et c’est donc grâce à elle que nous avons le plaisir de déguster tous les dimanches le délicieux foufou à la sauce d’arachide et viande de boeuf de maman (qui en toute modestie fait partie du Top 5 des meilleurs plats du monde 😋).
La femme du blanc
Ce qui m’a marqué chez cette dame au point qu’elle apparaisse dans mes rêves, ce n’est pas tant la qualité de ses tubercules mais l’appellation par laquelle elle me désignait lorsque ma mère et moi faisions un détour par son étalage.
Assise toute menue sur le tabouret installé derrière ses marchandises, elle s’arrachait presqu’instantanément à ses discussions toujours si mouvementées avec sa voisine et s’écriait toute souriante « yovo sron woézon » (« bienvenue la femme du blanc ») à chaque fois qu’elle nous apercevait.
En fait, cette appellation veut dire dans ce contexte « celle qui est digne d’épouser un blanc » et n’est pas une invention de la marchande. Son origine remonte certainement aux périodes coloniales et elle est répandue dans tout le pays, du moins dans la région maritime où l’éwé est majoritairement parlée.
Pour l’adolescente que j’étais et pour toutes celles nommées ainsi [je suppose], il ne pouvait exister plus beau compliment; c’était tout simplement un privilège d’être considérée comme ayant les qualités requises pour épouser un blanc. Ce n’est qu’avec le temps que je me rendis compte de l’absurdité de l’expression, de l’énorme complexe qu’elle représente pour ceux qui l’emploient et surtout de l’illusion qu’elle semait en celles cataloguées ainsi.
Je m’explique.
Il existe dans la communauté africaine une tendance malsaine à surestimer et même diviniser les relations interraciales (noir/blanc plus particulièrement).
En gros, dans la conscience collective, l’union avec un « Yovo » (blanc) serait le summum des accomplissements et dans une famille africaine, du moins pour le peu que je sais, avoir un membre qui épouse un(e) blanc(che), c’est le must.

 

Ce « yovo sron » innocemment et gentiment attribué la plupart du temps par la famille et l’entourage aux jeunes personnes se démarquant par leur physique avantageux, par leur intelligence ou par leur style de vie semble vouloir dire « désolé mais une fille d’une aussi grande finesse n’est pas faite pour un noir » et vient illustrer ce que l’écrivain Aimé Césaire considérait comme « la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme savamment inculqué aux noirs ».
Pas d’amalgame
Je tiens à souligner qu’il n’est aucunement question ici d’une quelconque forme d’insurgence contre les relations interraciales qui ne sont certainement pas moins belles que d’autres.
Ce dont il est question, c’est un état des lieux de l’étendue du complexe d’infériorité au sein de la communauté noire. C’est dans cette optique que Frantz Fanon dans sa thèse de doctorat en psychiatrie, publiée en 1952 sous le titre Peau noire, masques blancs s’était insurgé contre Mayotte Capécia, auteure martiniquaise, qui dans son ouvrage Je suis Martiniquaise a proclamé sa haine de l’homme noir auquel elle préférait « un blond avec des yeux bleus ». Selon le Dr Fanon « c’est vers la lactification que tend Mayotte. Car enfin il faut blanchir la race : cela, toutes les Martiniquaises le savent, le disent, le répètent ».
Ce qu’il faut retenir au bout du compte, c’est que l’ancrage de ce genre d’expressions dans nos habitudes est source de profonds malaises qui n’avantagent ni les uns ni les autres.
Il est à l’origine de manigances de la part de certains noirs(es) qui usent de moyens douteux pour s’unir à leur partenaire blanc(che), engendrant des relations calamiteuses, renforçant la crise de confiance déjà existante et entrainant la stagnation des mentalités ainsi que la survie des préjugés sur les noirs.
Aussi maintien t-il les noirs dans cette idéalisation du mode de vie occidental, ce qui a sans nul doute des conséquences aux niveaux psychologique (cas de Mayotte Capécia), sociologique (phénomène de blanchiment de peau) et démographique (multiplication du nombre de candidats à l’immigration clandestine dont on connaît les suites).
Enfin et surtout, il reflète une sorte d’auto-racisme ou d’ethnomasochisme qui vulnérabilise à bien des égards notre communauté.

 


Pour l’amour du gang

A Kinshasa sévit un nouveau phénomène (peut-être pas si nouveau que ça, mais moi je viens de le découvrir, du coup…). Il s’agit du port de signes ostensibles d’appartenance à des gangs. Suivez plutôt.

Le trajet des filles

Zola avait toujours été une fille sans histoires, un peu trop réservée même. Pour une raison ou une autre, ses quelques années scolaires n’ont pas été fructueuses, c’est pourquoi sur les insistances de sa grand mère chez qui elle habitait, elle avait commencé un apprentissage en coiffure à l’atelier de sa grande tante à Ndjili, quartier situé à l’Est de Kinshasa.

Au début de la formation, sa tante ne cessait de s’émerveiller face à son aptitude à modeler et sublimer les cheveux des clientes et ne ratait aucune occasion pour expliquer à ces dernières les liens de parenté qui la lient à elle.
A cause de la grande distance qui sépare Ndjili de son quartier, Zola devait traverser la ville en aller et retour pendant les six jours de la semaine où elle était de service. Ce trajet, elle le faisait accompagnée de deux de ses collègues d’atelier, Merveille et Elikya qui étaient aussi ses voisines de quartier.
Le lien entre les filles s’étroitisait au fil des trajets et des confidences ne tardèrent pas à se faire entre le trio. Confidences parmi lesquelles la relation naissante entre Zola et un surnommé Malembé, cousin lointain de Merveille qui lui avait été présenté quelques jours auparavant.
La polémique qu’engendrait cette relation n’était pas vraiment liée à sa précipitation, puisque Merveille n’était pas la mieux placée pour porter un quelconque jugement sur sa copine, elle même n’étant pas réputée être une sainte.
Le hic concernait plutôt la réputation plus qu’inquiétante du sieur Malembé, grand seigneur de Mabégang, l’un des gangs les plus connus de la ville pour sa violence.

Les cicatrices kinoises

En effet, Kinshasa a vu se développer ces dernières années un phénomène qui jusque là était principalement vécu aux États-Unis, en Amérique latine (Brésil, Mexique…) et dans bien d’autres villes d’Afrique. Il y en avait certes quelques bribes ça et là dans des recoins de la ville et puis la situation belliqueuse dans laquelle se trouve le pays depuis tant d’années n’a fait que favoriser cette situation. Depuis peu, les adhérents aux gangs se font de plus en plus nombreux et surtout de plus en plus jeunes.

Pour une certaine catégorie de jeunes, appartenir à un gang est aujourd’hui un phénomène de mode et porter les marques de cette appartenance, c’est le summum de la branchitude.
Les gangsters sont connus pour être adeptes aux modifications corporelles en général et plus particulièrement aux tatouages (loin de moi l’idée de leur attribuer l’exclusivité de cette pratique 😉 ). Triangles, larmes creuses ou pleines, toiles d’araignées, couronnes, horloges, lettres de l’alphabet sont quelques uns des symboles fréquemment tatoués et qui ont pour eux leurs significations respectives.
Les membres des gangs kinois pour leur part se distinguent par ce qu’ils appellent en argot « Dorko« , qui veut dire « cicatrices« .
Ces Dorko, ils les arborent avec beaucoup de fierté malgré l’aspect inesthétique de la chose; Malembé ne fait bien évidemment pas entorse à la règle. Front, joues, nez, menton, toute la surface de son dur visage est peuplée de balafres de toutes tailles. L’on en vient à se demander ce qui en ce visage entrecoupé doublé de cette personnalité macabre attirent la belle Zola. La question restera posée… En dehors de son visage, aucune parcelle de sa peau luisante n’est épargnée, témoignant de son implication dans les divers combats menés par le gang, chaque cicatrice étant le signe d’un coup de machette, de couteau ou de lame reçu lors d’un affrontement.

Contrairement aux prisonniers de la colonie pénitentiaire de Franz Kafka qui eux n’avaient d’autre choix que d’accepter l’inscription dans la chair de leurs crimes par la fameuse machine de mort, c’est volontiers que les jeunes gangsters kinois acceptent les entailles qui leur sont faites sur le corps lors des combats, les cicatrices étant une partie de leur butin de guerre.

L’antre de la bande

Les mauvaises compagnies corrompent les bonnes moeurs, c’est connu. Comme il fallait s’y attendre, Zola est passée de la demoiselle sans histoires au bras droit du chef du tristement célèbre Mabégang.
Plus les jours passent et plus Lala comme la surnomme toute la maisonnée devient méconnaissable, tant physiquement que comportementalement. C’est presque comme si chaque jour, une nouvelle balafre naissait sur son visage. Ce qui la rend de moins en moins agréable à regarder.
Mais elle s’en fout Lala. Chacune de ces traces sur son visage est signe non seulement de son amour passionnel et de sa loyauté sans faille pour Bébé (diminutif qu’elle seule était autorisée à employer pour nommer Malembé), mais aussi de son appartenance à cette « famille » avec qui elle passe désormais le plus clair de son temps, bien sûr au détriment de son apprentissage au futur pourtant prometteur et de son amitié à peine naissante avec Merveille et Elikya.

En effet, la seconde résidence ou plutôt devrait-on dire la résidence principale de la jeune fille se trouve désormais dans les tréfonds de Kimbangu, l’un des quartiers les plus chauds de la capitale où elle partage avec une dizaine de jeunes filles et hommes âgés de 11 à 26 ans, un espace qui était entre-temps le séjour d’une maison visiblement abandonnée depuis un bail, vu l’état de délabrement et d’insalubrité dans lequel se trouve la construction.

S’étant volontairement mis en quarantaine, ce groupe de jeunes vit principalement des recettes de ce qu’ils appellent « les opérations », c’est à dire en termes plus clairs les vols, braquages, escroqueries, recels, et autres delits imaginables qu’ils effectuent la plus part du temps au moment où la ville est endormie. Le reste du temps, ils louent leurs « services » aux tenants des nombreux règlements de comptes qui rythment le quotidien des quartiers avoisinants.

Visages extrêmement excités par les tonnes de stupéfiants quotidiennement ingérés ou au contraire assombris par la faim, rassemblés la plus grande partie de la journée en petits groupes autour de jeux de cartes ou élaborant les plans des futures « opérations » nocturnes, ces jeunes semblent perdus dans le temps. Gisant entre bien et mal, confinés dans les méandres de la violence, et n’ayant pour seul repère que le hasard.