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Après Rabat, l’axe Nouakchott-Dakar s’embrouille

AZIZ MACKY

L’axe Rabat-Nouakchott s’est embrouillé depuis quelques années, ponctué d’échanges peu gracieux entre les autorités du Royaume Chérifien et les autorités mauritaniennes, dont le dernier acte est le refus du président Mohamed Abdel Aziz de recevoir deux émissaires du Roi Mohamed VI, si l’on en croit des sources de presse marocaine. Allié fidèle du Maroc, le Sénégal aurait-il choisi d’assombrir les nuages de ces relations avec la Mauritanie ?

 

L’expulsion de milliers de têtes de bétail mauritaniens en transhumance au Sénégal, suite à une décision unilatérale des autorités locales qui a complètement pris de court leurs homologues mauritaniens, marque le début d’un noircissement des nuages dans le ciel des relations sénégalo-mauritaniennes pourtant décrites encore récemment comme exemplaires et historiques. Réponse du berger à la bergère, les autorités mauritaniennes s’apprêtent elles aussi à rendre aux Sénégalais la pièce de leurs monnaies. En effets, le pouvoir de Mohamed Abdel Aziz préparerait sa riposte, avec le renvoi programmé de plusieurs centaines de pêcheurs sénégalais qui exerçaient jusque-là paisiblement leurs activités en Mauritanie. La décision pourrait être exécutée juste après le Sommet de la Ligue Arabe que Nouakchott abritera du 25 au 26 juillet 2016.
Last but not the least, la réintégration du Maroc et le renvoi de la République arabe sahraoui de l’Union Africaine, soutenue par Dakar et refusée par Nouakchott, marque une autre phase de rupture dans les positions diplomatiques entre les deux pays, qui ont toujours pourtant veillé à la concordance de leurs points de vue sur les questions régionales et internationales.
Aussi, les observateurs cherchent encore à comprendre-la raison d’une telle escalade de la part des autorités sénégalaise, et surtout pourquoi maintenant. Le Maroc frustré par la tenue à Nouakchott d’un Sommet arabe où il s’est auto-exclu a-t-il pensé pouvoir étrangler la Mauritanie en lui créant une tension dans ses frontières Sud ? Les autorités sénégalaises ont-elles voulu exprimer leurs soutiens au Royaume Chérifien dans son bras-de-fer avec la Mauritanie, en lui prouvant l’excellence de leurs relations privilégiées ? Ont-elles voulu répondre aux exactions commises contre leurs concitoyens résidant en situation irrégulière en Mauritanie, prenant au sérieux les informations sur des traitements indécents qui leur auraient été infligés?
Selon un haut responsable qui a préféré garder l’anonymat, «le renvoi par les autorités sénégalaises de plusieurs milliers de têtes de bétail qui étaient en transhumance régulière sur le territoire sénégalais, selon les accords entre les deux pays, est un acte de belligérance ». Selon lui, «les autorités mauritaniennes ont pourtant toujours fermé les yeux sur  les activités subversives menées sur le sol sénégalais par des groupuscules agissant contre le gouvernement de la Mauritanie, sans qu’on ait cherché à nuire aux intérêts du Sénégal ».
Beaucoup de citoyens interrogés regrettent l’escalade naissante entre la Mauritanie et le Sénégal, considérant que cette situation nuit en premier lieu aux populations des deux pays. En effet, les échanges sociaux et économiques pâtiraient de la dégradation des relations entre Nouakchott et Dakar, si l’on évalue le nombre de voyageurs et de marchandises qui transitent par le bac de Rosso et le poste-frontalier de Nouadhibou.
Le renvoi des troupeaux mauritaniens du Sénégal et celui des pêcheurs sénégalais de Mauritanie, pourrait évoluer vers des situations encore plus dramatiques, eu égard au nombre important de Mauritaniens vivant au Sénégal, y étudiant ou s’y rendant pour des soins ou des activités commerciales, sans compter les institutions financières et les entreprises créées par le privé mauritanien au Sénégal. Vice-versa, c’est la vie et la tranquillité de milliers de Sénégalais vivant en Mauritanie qui pourrait être compromise, selon les observateurs.
Quid de l’exploitation commune des réserves de gaz trouvées dans les frontières maritimes communes et que les deux pays devaient gérer d’un commun accord ?  Beaucoup s’inquiètent en effet de cette querelle politique naissante sur la gestion des ouvrages communs et le partage paisible des richesses bipartites.


Coup d’Etat : les Mauritaniens sont-ils prêts à défendre leur démocratie ?

AZIZ ERDOGAN

Dans la nuit de vendredi à samedi dernier, un groupe de soldats rebelles a tenté de s’emparer du pouvoir en Turquie. C’était sans compter avec le peuple turc, fidèle au président Erdogan mais surtout aux acquis de la démocratie dans leur pays. Ils ont pu empêcher le renversement anticonstitutionnel, contribuant grandement au rétablissement de l’ordre. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz et la démocratie mauritanienne pourront-ils bénéficier des mêmes soutiens contre une éventuelle tentative de coup d’Etat ?

La tentative de coup d’Etat en Turquie n’aura duré que l’espace d’une soirée.  De fait, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, très populaire, laissé libre de ses mouvements, a réussi à exhorter ses partisans à s’insurger contre ce coup de force, par un appel à partir de son iPhone.

S’étant assurés la plupart des forces mobiles de l’armée, les insurgés militaires turcs avaient compté sans la volonté du peuple, lequel allait sortir en masse dans les rues pour soutenir l’ordre constitutionnel démocratique et le pouvoir présidentiel. Ainsi, au lieu de gagner en force au cours de la soirée, les conjurés se sont retrouvés face à une résistance populaire de plus en plus massive, qui fera plus de 300 morts dans les rangs des civils. Une telle situation peut-elle survenir en Mauritanie ?
En fait, au lendemain de la déroute des insurgés de l’armée turque dans leur tentative de prendre le pouvoir à Ankara, les observateurs mauritaniens ont tous eu une pensée pour la Mauritanie. La question posée était de savoir si le président Mohamed Ould Abdel Aziz et les acquis démocratiques de la Mauritanie allaient bénéficier de la même solidarité populaire que celle qui a été observé en Turquie ? Il faut dire que Ould Abdel Aziz et Erdogan ont des dispositions identiques et une conception semblable de ce qui fait la République islamique. Leur construction d’un pouvoir autoritaire étant la même, ils ont démontré par le passé que si les élections sont parfaitement comprises et grandement valorisées dans leur conception de la démocratie, ils n’en font pas grand cas. Pour autant, ce qui est valable pour Erdogan , qui compte de nombreux détracteurs, ne l’est pas forcément pour Ould Abdel Aziz, lequel n’avait pas bénéficié des mêmes égards que son homologue  alors que Nouakchott vivait une situation identique à celle d’Ankara vendredi dernier.
Tout le monde se rappelle que dans la soirée du 22 décembre 2012, alors qu’il se trouvait en convalescence  en France suite à une balle perdue qu’il avait reçue, le président Ould Abdel Aziz avait été suppléé dans ses fonctions par son camarade Ould Ghazouany, Chef d’état major des forces armées. C’était du moins, la nouvelle qui avait couru dans les rues de la capitale. Klaxons, feux d’artifice, mouvements de foule avaient accompagné cette information qui s’avéra par la suite fausse.
A l’époque, la rue à Nouakchott avait salué la rumeur du coup de force. Elle avait agi comme par le passé, en apportant d’emblée son soutien à ceux qui étaient sensés représenter le pouvoir du moment. En effet, depuis 1978, l’attitude des populations mauritaniennes a toujours été la même, en cas de changement de régime, s’aligner du côté du plus fort dans un élan d’opportunisme devenu la marque déposée d’une certaine nomenklatura présente autour de tous les pouvoirs qui se sont succédé jusque-là. Ce fut le cas lors du coup d’Etat contre Ould Haïdalla en 1984, puis lors du renversement de Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya en 2005, et même lors du coup d’Etat avorté de 2003, celui des Cavaliers du changement. A chaque fois, les populations se sont d’emblée démarqués du pouvoir en place pour soutenir les insurgés, quels qu’ils soient.
Ce scénario peut-il se répéter aujourd’hui si un coup d’Etat militaire visait le pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz ? Le peuple mauritanien serait-il prêt, dans toutes ses composantes, y compris dans son opposition la plus radicale, à défendre la légalité et les institutions constitutionnelles ? Nul ne sait !
Ce qui semble être toutefois sûr, c’est que le président Mohamed Ould Abdel Aziz semble s’être forgé une popularité au sein d’une certaine frange, notamment la nouvelle classe de la bourgeoisie locale. Certains trouvent cependant que cette popularité s’est faite au détriment de la classe des anciens riches, qui continueraient à se sentir persécutés sous son régime. Ould Abdel Aziz s’est aussi attaché les services de l’armée nationale qu’il a remis sur les rails en réhabilitant le statut de ses officiers et en dotant ses unités opérationnelles d’une nouvelle force logistique.
Seulement, beaucoup pensent qu’il n’a pas fait que des heureux. S’autoproclamant président des pauvres à l’entame de son premier mandat en 2009,  il a fini par perdre la bataille sociale, celle de la lutte contre la pauvreté et les inégalités. Mal lui en prendra d’ailleurs, puisqu’il finira par creuser le fossé entre riches et pauvres, avant de rendre «tout le monde pauvre » dans un pays qui regorge de richesses incommensurables. Il a été incapable, selon l’écrasante majorité des avis, à conduire le pays vers l’opulence et à juguler la crise économique dans laquelle la Mauritanie est plongée depuis sa prise de pouvoir en 2008. Sur le plan politique, les relations ne sont pas des meilleures entre les partis de l’opposition et lui. Sur le plan social, jamais le péril communautaire n’a été autant vivace avec les persécutions des militants d’IRA et des haratines, la mise à l’index des populations du fleuve et des leaders des Flams, la stigmatisation des forgerons et des classes serviles.

Ainsi, si d’aventure il connaissait la même situation que son homologue turc, le président Ould Abdel Aziz pourrait bien voir une partie de la rue venir à son soutien. Le reste des populations devrait attendre et regarder la situation se développer, pour réagir. La question qui se posera sera alors de savoir si ceux-là qui sortiront auront la même conviction, la même verve que les soutiens d’Erdogan. Et surtout, s’ils seront assez tenaces, assez engagés et assez courageux pour poursuivre leur combat jusqu’au bout.


Arrestation des leaders d’IRA : les militants anti esclavagistes dénoncent une décennie de persécutions

IRA en IMAGE

Plus d’une dizaine de personnes, tous membres de l’association anti esclavagiste IRA, dont une bonne partie du bureau exécutif, ont été déférées, entendues puis placées à la prison centrale par le Parquet de Nouakchott-Ouest, mardi 12 juillet 2016. Rébellion armée contre une force publique, manifestation non autorisée et appartenance à une organisation non reconnue, le tout élevé au flagrant délit, constituent entre autres les charges retenues contre elles. Mais, selon les militants du mouvement IRA, le déroulé des faits rapportés par plusieurs sources de presse et la déclaration de certains avocats sont explicites. «Les arrestations des militants ainsi que leur déferrement se sont déroulés en violation flagrante des procédures judiciaires, si elles ne frisent l’affabulation qui cache mal une persécution menée depuis des années contre une organisation dont le seul tort est de s’attaquer à l’esclavage et au racisme d’Etat en Mauritanie ». Ils estiment que «la cabale menée tambour battant contre IRA ne serait que les prémisses d’une opération d’envergure destinée à décapiter et à éradiquer une ONG antiesclavagiste qui a bâti sa renommée nationale et internationale sur sa lutte pacifique et sans complaisance pour l’égalité et la justice sociale en Mauritanie».

Après plusieurs jours d’incarcération dans des conditions jugées illégales par plusieurs organisations internationales, comme Amnesty International, dans des communiqués publiés à l’occasion et qui soulignent l’absence de charges, de contact des détenus avec leur famille ou leur avocat, plusieurs cadres et militants d’IRA ont été déférés selon certaines sources aux environs de 4 heures du matin, le mardi 12 juillet 2016, au Palais de justice pour être entendu par le Procureur de la République de Nouakchott-Ouest. Un interrogatoire qui aurait duré plusieurs heures et aux termes duquel, ils ont été inculpés et incarcérés à la prison centrale. Selon Me Ebetty, l’un des avocats du mouvement, «je croyais que ce genre de procédure était dévoyé dans mon pays ». Une fois de plus, l’avocat déplore un dossier vide, mais dénonce surtout le caractère affabulateur de la flagrance évoquée par le Parquet, car «les personnes inculpées n’ont pas été prises la main dans le sac, mais arrêtées plusieurs heures voire plusieurs jours après les faits incriminés, chez eux ou dans la rue» a-t-il fait remarquer.

Le mouvement IRA est presque né avec l’arrivée de l’actuel régime au pouvoir en 2007. D’emblée, ses initiateurs ont placé leur lutte contre l’esclavage sur un modèle inédit, un tantinet provocateur, anticonformiste, voire même selon certains observateurs, un brin insolent avec une forte dose de communautarisme. Loin d’être la première organisation à défendre la cause des esclaves ou de leurs descendants, les Haratines, IRA est la première, selon ses membres, à s’attaquer frontalement au système dominant, accusé d’avoir fait main basse sur tous les leviers du pays, les fonctions politiques, administratives, militaires et économiques. Son idéologie est basée sur la refondation complète du système en place, basée sur l’émergence d’une société égalitaire caractérisée par l’équité et la citoyenneté.
Face à cette nouvelle force sociale dont la popularité allait crescendo à coups de slogans révolutionnaires, d’emprisonnements et de coups de théâtre dans la dénonciation, les militants d’IRA se sont plaints des scénarii mis en place par le pouvoir actuel pour contenir leur organisation naissante.
Ils accusent ainsi les Renseignements généraux (RG) d’avoir déployé plusieurs scénarios, dont les défections individuelles ou de masse provoquées à dessein pour débaucher les militants et les cadres d’IRA, avec forces promesses sociales ou pécuniaires. Mais ces défections provoquées n’ont pas pu entamer, selon eux, l’ascension antiesclavagiste dont les rangs s’agrandissaient de plus en plus.
Puis vint la période d’accalmie au cours de laquelle, selon les partisans d’IRA, «le pouvoir chercha à flirter avec les dirigeants du mouvement dont l’aura internationale prenait de l’ampleur ». C’est la période au cours de laquelle, les services de l’ordre et l’administration territoriale avaient coopéré selon eux avec le mouvement, dans ces campagnes de dénonciations, «même s’il n’y avait pas de condamnation pour les esclavagistes ni de réinsertion sociale pour les personnes ou les familles libérées de leur joug » estiment-ils.
C’est l’époque des tournées régionales et des meetings populaires qu’IRA initiera sur l’ensemble du territoire mauritanien. Le phénomène «Birame» s’installa avec la peur née au sein des familles par rapport aux bonnes mineures issues de la couche harratine. Les partisans d’IRA pensent que leur lutte contre l’esclavage a permis des avancées importantes sur le plan institutionnel et juridique, notamment l’adoption de la Loi de 2007 criminalisant l’esclavage en Mauritanie, la feuille de route contre l’esclavage et ses séquelles sous la supervision du Rapporteur des Nations Unies pour les droits de l’homme, sa criminalisation dans la loi fondamentale comme crime contre l’humanité, la création de l’agence Tadamoun, l’institution de tribunaux spéciaux pour le jugement des affaires liées à l’esclavage, etc.
Mais IRA et ses partisans déclarent avoir toujours regretté l’absence d’application des textes et dispositions juridiques, soulignant que «toutes les personnes traînées devant les tribunaux pour actes esclavagistes n’ont jamais été poursuivies ; les rares déferrées devant les juges jouissaient d’une liberté dès la première comparution et celles ayant séjourné en prison l’ont été pour quelques jours, avant d’être libérées et absoutes ». Ils ont également dénoncé l’indifférence des pouvoirs publics par rapport aux victimes d’esclavage, lesquels selon eux, ne disposent une fois libérées, ni d’indemnisation ni de plan de réinsertion sociale. «Pauvres, déboussolés et sans aucune expérience d’une vie de liberté, ils vont grossir les rangs des miséreux dans les taudis malfamés des villes urbaines, notamment Nouakchott » selon les cadres du mouvement IRA.
Par contre, s’indignent les antiesclavagistes, «les incarcérations, les brimades policières et les emprisonnements sont notre lot quotidien, face à un système multiséculaire nourri à la sève de la domination et de l’exploitation ».
Ainsi, la lune de miel entre le pouvoir et IRA n’aurait duré, selon certains spécialistes de la question esclavagiste en Mauritanie, « que le temps d’une prestation locale pour contenter la communauté internationale ». Très vite, selon eux, le cours naturel des relations entre le pouvoir et IRA prit son réel visage, celui d’une inimitié sans accalmie qui connut son point culminant avec le fameux autodafé des livres malékites en 2012. Pour beaucoup, cette offense religieuse était synonyme de condamnation à mort définitif pour un mouvement cloué au pilori. Accusé déjà d’accointance avec l’ennemi extérieur, de raciste, de radical, de pourfendeur de l’unité nationale et de la cohésion sociale, IRA se verra greffer le titre d’organisation apostat et condamné à mort. Curieusement, l’autodafé des livres malékites, considéré par la grande masse comme une hérésie impardonnable, ouvrit les débats sur la licité ou l’illicité du geste, ce qui permit d’atténuer son ampleur. Incarcérés à la suite de cet évènement, Birame et quelques uns de ses amis furent libérés et accueillis comme des héros. Leur geste fut salué par plusieurs prix internationaux, dont celui des Nations Unies. Au lieu d’être diminué, IRA sortit de l’épreuve encore plus populaire.
A l’élection présidentielle de 2014, face au boycott de l’opposition et l’absence de vrais challengers, le pouvoir sous la pression ou la suggestion de ses partenaires internationaux, permit à Birame Dah Abeid, président d’IRA, de briguer la magistrature suprême, question de donner un semblant de crédibilité au scrutin, avait-on soutenu. Ce test de popularité, perçu par les détracteurs du dirigeant antiesclavagiste à l’époque comme une occasion rêvée pour lui démontrer son impopularité, fut la grande surprise de cette élection. Le candidat d’IRA obtint le deuxième meilleur suffrage derrière le chef de l’Etat sortant.
Devenue une personnalité internationale de premier rang, reçue par des chefs d’Etat et des parlements partout en Europe, auréolés de  plusieurs prix internationaux, dont celui des Nations Unies pour les droits de l’homme et une place de nominé pour le Nobel de la Paix en 2015, Birame Dah Abeid et son mouvement devenaient une force sociale montante en Mauritanie. La connexion de l’élément harratine à l’élément négro-africain au sein d’IRA, déjà classé comme une organisation radicale hostile à la communauté maure, allait cependant renforcer l’inquiétude du pouvoir à Nouakchott. Son démantèlement relevait désormais de la raison d’Etat.
Les partisans d’IRA accusent ainsi les RG d’avoir infiltré leur mouvement, et d’avoir exploité les sorties intempestives d’un de ses taupes, pour construire un plan de déstabilisation pour mater le mouvement au moment où ses leaders se trouvent à l’étranger.
Selon l’analyse d’un observateur averti de la scène, les informations fournies aux RG pour décapiter IRA, ne peuvent avoir rien d’inédit, car aussi bien la composition du bureau exécutif d’IRA, l’identité de ses dirigeants et de ses militants, ainsi que ses sources de financement si elles existent, étaient déjà connus des services de l’ETAT.
Ils trouvent l’arrestation menée actuellement contre les leaders d’IRA comme ayant été mal conçue et mal ficelée, tant dans sa forme que dans son contenu.
Le déguerpissement des 429 familles de la gazra sise à l’hôpital Bouamatou, le 29 juin dernier, et la résistance des habitants qui s’était soldée par des blessures dans les rangs de la police, utilisé comme justificatif pour impliquer IRA, est en effet considéré par plusieurs observateurs comme un amalgame judiciaire que n’importe quel avocat peut déjouer sans grande peine
La grossièreté des reportages consacrés par les médias d’Etat par rapport à ces incidents, la vaste campagne de diabolisation et d’appel à la haine relayée par plusieurs sites électroniques et les réseaux sociaux, seraient assez grossiers pour ne pas nourrir les suspicions sur les charges retenues contre les détenus.
Certains sont allés jusqu’à lier la persécution menée contre les dirigeants d’IRA aux prix décernés le même jour à Birame Dah Abeid et à son mouvement à Washington, notamment le prix Heroes des combattants contre l’esclavage décerné par le Secrétaire d’Etat américain aux affaires étrangères, John Kerry. Beaucoup d’observateurs n’hésitent d’ailleurs pas à croire que cette avalanche de prix américains, si l’on cite en plus le Prix Lawson à Boston, aurait déclenché l’ire des autorités mauritaniennes et forgé leur détermination à en finir une bonne fois pour toute avec IRA. D’autres y voient un message clair adressé aux dirigeants américains. Les partisans d’IRA payent ainsi la colère de Nouakchott contre Washington


Expulsion de Tariq Ramadan : une visite jugée inappropriée Mauritanie

TARIQ RAMADAN

Le célèbre prédicateur suisse d’origine égyptienne, Tariq Ramadan, a été arrêté à l’aéroport de Nouakchott puis expulsé vers le Maroc. Il venait de débarquer d’un vol de la Royal Air Maroc le samedi 16 juillet 2016. Tariq Ramadan était invité par deux associations mauritaniennes pour animer une série de conférences qui devaient s’achever le 20 du mois courant. Aucune explication officielle n’a été donnée par rapport à son expulsion, mais la plupart des observateurs pensent que sa visite, à quelques jours d’un important Sommet de la Ligue Arabe à Nouakchott, était inappropriée eu égard à ses démêlées avec certains pays hôtes de la Mauritanie, tels que l’Egypte et l’Arabie Saoudite.

Beaucoup pensent que l’expulsion de Tariq Ramadan, le  célèbre  prédicateur suisse, était prévisible. Son arrivée en Mauritanie le samedi 16 juillet dernier en provenance du Maroc, alors que se prépare un Sommet historique de la Ligue Arabe à Nouakchott, aurait mis les autorités locales dans un véritable embarras. En effet, l’islamologue d’origine égyptienne qui est connu pour ses idées progressistes et son talent d’orateur hors pair, est un pourfendeur né des régimes arabes dictatoriaux, comme l’Egypte, et des monarchies royales du Golfe, en particulier le Royaume wahhabite d’Arabie Saoudite. Honni aussi bien par les Saoudiens que par le pouvoir au Caire, son séjour en Mauritanie aurait pu compromettre l’arrivée programmée du Roi Selman et du président Abdel Vetah Essissi, entre autres dirigeants arabes . Des risques que le pouvoir mauritanien ne tenait nullement à prendre.
Aussi, dès son débarquement, il a été arrêté à l’aéroport puis renvoyé le lendemain vers le Maroc. Le Professeur Ramadan qui dirige plusieurs chaires d’universités, notamment au Royaume Uni et aux Etats-Unis, a profité de son internement forcé à l’aéroport Oumtoumsy de Nouakchott pour poster une vidéo sur sa page facebook. Selon lui, son interdiction d’entrée en territoire mauritanien pourrait avoir été commanditée par Paris ou par Riadh et qu’il trouve incompréhensible qu’une République Islamique comme la Mauritanie puisse l’expulser alors qu’il était venu animer des conférences religieuses sur la radicalisation, sur la justice et la paix sociale. Il a appelé les Mauritaniens à poursuivre la lutte contre l’esclavage, le racisme et les discriminations. Il était l’invité de l’association Main dans la Main de l’Imam Sarr et l’association La Marmite du Partage de Khally Diallo.
Cet incident a été diversement apprécié par l’opinion publique nationale. Beaucoup ont dénoncé l’expulsion de Tariq Ramadan, estimant que ce geste était contraire aux valeurs d’hospitalité du peuple mauritanien. D’autres ont évoqué les bénéfices que les Mauritaniens auraient pu tirer des conférences de cet illustre islamologue, rendu célèbre par ses confrontations télévisées avec des célébrités françaises, comme Nicolas Sarkozy et Manuel Valls. Tariq Ramadan est surtout apprécié pour ses idées et ses capacités oratoires, qui ferait peur à certains européens qui le trouvent trop brillant pour un musulman et à certains Etats arabes qui le considèrent comme un dangereux réformateur. Ainsi, ceux que l’expulsion de Tariq Ramadan ont révolté estiment que la décision des autorités mauritaniennes est mal placée d’autant plus que la vidéo qu’il a placée sur sa page facebook a été visionnée par plus de 3.000 personnes en quelques heures, alors que son audience en Mauritanie était estimée à 2.000 auditeurs.  Ils estiment que dans un monde globalisé comme celui d’aujourd’hui, interdire l’accès des territoires à des penseurs comme Tariq Ramadan est un geste puérile, car rien ne peut arrêter mes idées de franchir les frontières.
En revanche, il y a ceux qui ont salué l’expulsion de Tariq Ramadan, voyant en lui un frère musulman proche des islamistes de Tawassoul et dont la présence en Mauritanie pourrait nuire aux intérêts du pays, notamment dans ses relations avec certains pays arabes, comme l’Arabie Saoudite et l’Egypte.
A noter que la Mauritanie est le 8ème pays arabe musulman à avoir interdit l’accès de son territoire à Tariq Ramadan.


Evènement du KSAR : «Les RG ont utilisé des malfaiteurs pour tremper IRA»

heurts ksarences

Si les autorités mauritaniennes ont vite accusé le mouvement IRA et ses membres d’être à l’origine des violences qui ont émaillé le déguerpissement des habitants du squat sis à l’hôpital Bouamatou, la cellule de communication du mouvement IRA accuse elle directement les Renseignements généraux mauritaniens (RG) d’être derrière ces graves incidents. Les observateurs trouvent que les autorités administratives de Nouakchott sont allés vite en besogne en s’immisçant dans un dossier pendant devant la justice et en désignant publiquement des coupables sensés pourtant être innocents jusqu’à ce qu’une cour régulièrement constituée ne se prononce sur leur cas, comme le stipule la Constitution mauritanienne.

De violents heurts ont opposé le 29 juin 2016 un groupe d’individus masqués à une force de police venue exécuter un ordre de déguerpissement de quelques familles qui squattaient depuis des années un terrain privé. Un car de la police a été brûlé durant l’incident et plusieurs autres véhicules appartement à des particuliers ont été également endommagés. Dans la foulée, plusieurs policiers ont été pris à parti par les manifestants armés de pierres et d’armes blanches, selon le témoignage des policiers dont certains éléments ont été grièvement blessés. Vingt-quatre heures après cet évènement, la police a procédé à l’arrestation de plusieurs dirigeants et membres du mouvement IRA (Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste).

La version des autorités
Selon la version officielle, un terrain appartement à un homme d’affaires a été squatté par des centaines de familles de la communauté harratine, il y a de cela plusieurs décennies. Ce terrain était destiné à un complexe hôtelier. Le projet n’a jamais eu lieu, et le propriétaire a finalement morcelé ce vaste espace situé en face de l’hôpital Bouamatou qu’il aurait vendu en lopins de terres. Soucieux de présenter une image moins reluisante de la Mauritanie à quelques encablures d’un Sommet arabe extraordinaire, les autorités auraient décidé de faire déguerpir les familles installées. Un deal aurait ainsi été conclu aux termes duquel les habitants seront déplacés vers une zone périphérique de Nouakchott en contrepartie de lopins de terre qui leur seront attribués plus une compensation financière symbolique. Un montant de six millions d’ouguiiyas aurait été remis à des représentants des familles. Seulement, il semble qu’une partie d’entre elles n’étaient pas au courant au deal et n’a reçu ni compensation ni lopin de terre. Une autre version soutient que toutes les familles recensées dans le squat ont bénéficié des mêmes égards.
Le 29 juin, le préfet du Ksar accompagné de techniciens et d’éléments de la police est accueilli par une foule de jeunes en colère. Une violente altercation s’en était suivie au bout duquel des policiers auraient été pourchassés, bastonnés, blessé. Un car de police fut incendié et des véhicules privé endommagés.
Le lendemain, la police arrête le 3ème vice-président d’IRA, Diop Amadou Tijane à son domicile qui sera perquisitionné et ses ordinateurs emportés. Six autres éléments du mouvement seront également appréhendés chez eux. Le 1er juillet, c’est au tour de Balla Touré, Secrétaire aux affaires extérieures d’IRA, d’être arrêté.
Dans son JT de 20h 30 ; la télévision publique accorda une grande tranche à l’évènement, fait parler les populations et le Wali de Nouakchott-Ouest. Ce dernier accuse sans ambages le mouvement IRA d’être à l’origine des évènements. Il précise que Diop Amadou Tijane  Ballé Touré et les autres responsables d’IRA avaient mené la fronde et qu’ils ont été arrêtés sur les lieux.
Le même jour, les autorités administratives procédèrent au transfert des familles au quartier Dubaï situé à l’entrée de la commune de Toujounine, sur la route de l’Espoir. Quelques 429 familles sont concernées par le déguerpissement-relogement.
Les détenus d’IRA ont été conduits dans des destinations inconnues. Ainsi, le pouvoir mauritanien se trouve de nouveau confronté au mouvement IRA un mois après la libération de ces deux leaders, Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan, respectivement président et vice-président de cette association qui œuvre dans la lutte contre l’esclavage et le racisme. Au moment des faits, les deux leaders précités étaient en tournée aux USA où le Département d’Etat venait de leur décerner le Heroes Award pour leur combat. Auparavant, le mouvement avait reçu à Boston le Prix Lawson James 2016.

Les RG ont tout manigancé
«La mise en scène est tout simplement grotesque » affirme Hamady Lahbouss, conseiller du président Birame Dah Abeid et responsable de la communication du mouvement IRA. Selon lui, ni Diop Amadou Tijane, ni Balla Touré, ni aucun des membres d’IRA arrêtés ne se trouvaient sur les lieux où s’étaient déroulés les incidents du Ksar. Ainsi, le mouvement IRA voit dans les évènements passés la main des RG pour mater l’organisation, agacé qu’elles sont par la cérémonie de remise du Prix des héros contre l’esclavage et la traite que le Secrétaire d’Etat américain aux Affaires étrangères, John Kerry a remis personnellement à Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan.
«Le mouvement IRA, et les autorités mauritaniennes le savent plus que quiconque, n’a jamais agi avec violence et les incidents qui se sont déroulés au Ksar ne portent nullement sa signature » a précisé Hamady. Selon lui, les hommes enturbannés qui étaient à l’origine des graves évènements du Ksar sont des multirécidivistes à la solde des RG. «Rappelez-vous de la manifestation des jeunes du M 25 février lorsqu’ils se sont vus en 2012 confrontés à des bandits utilisés par ces mêmes services de l’Etat » a-t-il ajouté.
Selon les responsables d’IRA, le pouvoir mauritanien a utilisé ces malfaiteurs pour s’en prendre de nouveau à IRA. La tournée de Birame Dah Abeid à Dakar et ses interventions dans les médias sénégalais, n’ont pas été au goût du régime en place. «La colère des autorités a été exacerbée par les trophées que le mouvement vient d’obtenir aux Etats-Unis à quelques jours d’intervalle. D’abord le Prix Lawson James 2016 pour le combat non-violent décerné par le Centre international sur la résolution Non-violente des conflits à Boston, et ensuite, le Prix des Héros contre l’esclavage et la traite délivré par le gouvernement américain à Birame Dah Abeid et Brahim Bilal Ramadan ».
Hamady a également relevé la contradiction flagrante contenue dans le déclaration télévisée du Wali de Nouakchott-Ouest qui a attesté que les personnes arrêtées l’ont été sur les lieux, alors que tout le monde sait qu’ils ont été cueillis un par un dans leur domicile. «Pourquoi la police n’a pas arrêté les gens qui étaient à l’origine des violences sur les lieux où elles se sont produites ? » s’est-il demandé. Selon lui, la volonté du pouvoir d’en découdre avec IRA est claire, soulignant que les évènements du Ksar n’étaient qu’un scénario mal ficelé dont les victimes sont malheureusement de pauvres policiers.
Beaucoup au sein du mouvement trouvent que le jeu des autorités est si grotesque qu’elles ont dévoilé leur intention en accusant directement IRA avant même que la moindre enquête ait été diligentée pour situer les responsabilités. «L’accusation publique du Wali de Nouakchott-Ouest contre IRA porte en elle-même les dessous de cette scabreuse affaire » a noté Ould Lehbouss. Selon  lui, il n’appartient pas à l’administration de juger qui est coupable ou non, mais à la justice, or celle-ci ne s’est pas encore prononcé sur le dossier, a-t-il fait remarquer.
Birame Dah Abeid, son épouse ainsi que Brahim Bilal Ramadan et Dado Kane doivent regagner Nouakchott d’ici le 3 juillet selon les sources du mouvement. Les observateurs s’attendent à ce qu’ils soient arrêtés dès leur arrivée à l’aéroport international Oum Tounsy.


La fédération mauritanienne de football innove par la base

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La 16ème Assemblée générale ordinaire de la FFRIM (Fédération mauritanienne de football) du vendredi 24 juin 2016 a réservé des surprises de taille. Les dirigeants du football semblent avoir opté pour le renforcement des clubs et des ligues régionales, pour booster le championnat national et établir un partenariat d’un type nouveau entre les acteurs de terrain et leurs instances supérieures. Désormais, les résultats des clubs et les dividendes qu’ils engrangeront seront jaugés à l’aune de leurs performances. Les détails du programme ambitieux de la FFRIM pour la saison 2016-2017 ont ainsi été étalés dans trois rapports, le rapport administratif et l’ambitieux projet de la fédération, présentés tous les deux par le président Ahmed Ould Yahya, et le rapport financier exposé par son vice-président, Pape Amghar Dieng.

C’est aux environs de 23 heures, ce vendredi 24 juin 2016, correspondant à la 18ème nuit du mois de Ramadan de l’an 1437 de l’Hégire, que s’est ouverte dans l’amphithéâtre de la FFRIM, la 16ème Assemblée Générale de l’instance dirigeante du football mauritanien. Le programme fourni de la soirée, exposé par le Secrétaire général de la fédération Ahmedou Ould MBeïrick annonçait déjà une très longue nuit.
Etaient présents, les membres de la FFRIM, notamment son président, Ahmed Yahya, ses vice-présidents, Moussa Khaïry, Massa Diarra et Pape Amghar Dieng, les présidents de clubs de 1ère division et les présidents de ligues régionales, ainsi que deux représentants du ministère de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Boïbeni, directeur des Sports et Bâ Aliou Gata, conseiller technique du ministre.
Côté représentants des clubs, trois absences étaient notées, la Police, la SNIM et Toujounine, alors que sur les 16 ligues régionales, seul le représentant du Hodh Gharbi était aux abonnés absents. Le quorum étant atteint, l’AG pouvait se tenir et délibérer ainsi valablement.

Rapport du président de la FFRIM
Après le discours d’ouverture prononcé par Bâ Aliou Gata dans lequel il a réitéré l’engagement du département des Sports et celui du gouvernement dans l’appui à la FFRIM, l’assistance devait suivre l’exposé d’Ahmed Ould Yahya.

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Dans son rapport, il a d’emblée annoncé deux bonnes nouvelles. La première concerne la nouvelle clé de répartition des prix pour le championnat au prorata des places obtenues par chaque club, avec 17.500.000 UM pour le premier, un montant qui décroît crescendo jusqu’aux deux clubs relégables (le 13ème et le 14ème) qui recevront tout de même 5 millions d’UM chacun. La deuxième bonne nouvelle est l’allocation d’un salaire pour les Secrétaires généraux des ligues régionales et le loyer de leur siège.
Le président a salué les performances enregistrées par les différentes équipes nationales durant leur participation aux compétitions internationales, avec l’honorable participation des Séniors à la CAN 2017 et celle des U-23 ainsi que des U-20. Selon Ahmed Yahya, l’ambition est de relever le niveau du championnat national de 1ère division, en aidant financièrement les clubs, mais surtout en les incitant à mettre en place une politique de marketing pour s’attirer des sponsors.
La FFRIM a également développé, selon Ould Yahya, plusieurs programmes de formation de haut niveau au profit des cadres administratifs de la fédération, mais surtout en direction des techniciens, notamment les entraîneurs, les arbitres et les médecins sportifs. La FFRIM a pour ambition, dira en substance Ahmed Ould Yahya, de «faire du championnat de 1ère division mauritanien, l’un des plus forts du continent et d’inscrire nos équipes nationales parmi les plus performantes au niveau mondial».
Il a par la suite félicité le triple champion de la Mauritanie, le FC Tevragh-Zeine qui a raflé la Super Coupe, le Championnat national et la Coupe du Président de la République, mais aussi l’ASAC Concorde, vice-vainqueur de la Coupe nationale et le FC Nouadhibou, vice-championne.
Passant en revue le rapport d’activité de la FFRIM depuis sa 15ème Assemblée générale ordinaire tenue le 5 juin 2015, Ahmed Ould Yahya a rappelé, sur le plan administratif et institutionnel, le renouvellement des instances qui s’est soldé par l’élection d’un nouveau bureau et la création récente de trois ligues régionales à Nouakchott suite au dernier redécoupage administratif de la capitale, mais aussi l’élaboration de manuels de procédures administratives et financières.
Sur le plan des infrastructures, il a noté la construction du stade de Zouerate, la réhabilitation du stade de Nouadhibou et celui de l’Académie ainsi que les deux pelouses qui sont prévues pour le stade Cheikha Ould Boïdiya de Nouakchott.

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Sur le plan de l’organisation des compétitions, il s’est félicité du bon déroulement des compétitions nationales, la Super Coupe, le championnat national, la Coupe nationale, le championnat de 2ème division, avec la montée en première division des équipes, Jeunesse de Riadh et Deuz.
Ahmed Yahya a également fait remarquer que le nombre de licenciés est passé de 2000 avant l’arrivée de la nouvelle équipe à environ 11.400, passant de 10.723 en 2015 à 11.342 en 2016.
Le président de la FFRIM s’est aussi félicité du développement du Futsal et du foot féminin, ce dernier étant pris en charge par le programme FIFA «Live Your Goals », mais aussi l’ancrage du FFRIM Awards, devenu une actualité de première plan avec la participation de pays frères et de stars du foot africain.
Ainsi, le début du championnat des U-17, prévu le 10 juillet prochain, ne serait à ses yeux que la concrétisation de l’obligation faite aux clubs de se doter d’équipes de la catégorie.
Autre réalisation phare de la FFRIM qui fait sa fierté, le travail abattu par le la FFRIM TV avec 120 vidéos d’archives des compétitions nationales et même internationales où les équipes mauritaniennes ont été engagées.
Parmi les réalisations dont se vante également la fédération, les partenariats qu’elle a pu tisser avec des institutions aussi prestigieuses que la Mauritel, sponsor officiel, mais aussi avec l’UNICEF et tout dernièrement avec la banque Attijara-Wafa Bank. Il se dit également honoré d’apprendre que le FC Tevragh-Zeina compte participer à la prochain Coupe Arabe. «Grâce à notre classement FIFA, FC Tevragh-Zeine jouera directement dans le 2ème tour, sautant ainsi le 1ère tour réservé aux nations les moins bien classées, comme Djibouti, Somalie, Comores… » devait ajouter Ould Yahya.
Enfin, il s’est félicité de la gestion rigoureuse des fonds de la FFRIM attestée par le bureau international KPMG qui avait épluché ses comptes pour vérifier non seulement la bonne utilisation des fonds alloués par la FIFA, mais aussi ceux en provenance de diverses sources.

Rapport financier
Le budget 2016-2017 de la FFRIM s’équilibre en dépenses et recettes à Un milliard cent vingt-huit millions huit cent cinq milles cent trente cinq ouguiyas (1.128.805.135 UM), selon Pape Amghar Dieng, vice-président et financier de la fédération.

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L’Etat mauritanien est ainsi le premier appui du football national avec 761.914.389 UM représentant sa subvention accordée aux équipes nationales (équipe A, U-20 et U-17), soit 67,5% du budget. La FIFA appui la FFRIM avec une subvention de 116.747.592 UM, plus un bonus de 52.843.995, représentant respectivement 10,34% et 4,68% du budget. Les autres recettes sont formées par les recettes du sponsor Mauritel (plus de 67 millions UM), les billetteries, les espaces publicitaires, les recettes d’Attijari-Bank (10 millions UM)…

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Les dépenses soutenues par la FFRIM sont légèrement supérieures aux recettes, car elles s’élèvent à Un milliard cent vingt-deux millions neuf cent cinquante six ouguiyas (1.122.019.956 UM).
Les équipes nationales absorbent 67,91% des dépenses (761.914.389 UM), les autres dépenses concernant le fonctionnement de la fédération (13.602.780 UM) et les compétitions nationales (55.026.565 UM).

Soutien aux clubs et aux ligues
Dans sa nouvelle politique de soutien aux clubs et aux ligues régionales, la fédération a décidé d’allouer aux clubs la somme de 114.250.000 UM et aux ligues, le montant de 25.200.000 UM, tout en relevant à 10 Millions d’UM le prix accordé au vainqueur de la Coupe nationale de football.
Ces allocations sont cependant soumises à des contrats obligations, ainsi qu’au principe de la dépense justifiée. Ainsi, tout club qui signe forfait sera financièrement sanctionné. La FFRIM a également mis fin aux payements par cash ou par chèque. Chaque club ou ligue est tenu d’ouvrir un compte sous une double signature et ne recevra plus l’aide de la fédération que par virement bancaire.

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Chaque club devra aussi se doter de deux équipes U-17 et U-15, et s’attacher les services d’un entraîneur détenteur au moins d’une licence C de la CAF pour l’équipe A, d’un entraîneur de niveau fédéral 1 et fédéral 2 pour les deux catégories inférieures. En plus, les clubs sont tenus de faire figurer au moins deux jeunes de moins de 20 ans dans leur feuille de match au cours des compétitions disputées par leur équipe A

Cheikh Aidara


Mauritel et Tasiast : Une sordide chasse aux investisseurs étrangers

 

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Pour certains observateurs, la politique d’investissement en Mauritanie est pleine de paradoxe. Au moment où des milliards d’ouguiyas sont dépensés dans des forums pour attirer les capitaux, ils trouvent que les investisseurs étrangers une fois établis en Mauritanie se trouvent confrontés à des tracasseries administratives, si ce n’est à la rupture de leur contrat, comme ce fut le cas avec Pizzorno.

 

La société Tasiast Mauritanie, filiale de Kinros Gold Corporation qui exploite depuis 2010 une mine d’or à ciel ouvert au Nord de Nouakchott semble en difficulté avec le gouvernement mauritanien, tout comme la Mauritel Mobile, société mixte mauritano-marocaine de téléphonie mobile. Ces deux sociétés ont été visées par des inspections diligentées par la Direction du Travail qui leur reproche d’employer un personnel étranger sans titre de travail ou dont les titres ont expiré.

 

Tasiast ou le spectre de la nationalisation

Implantée en Mauritanie depuis 2010 avec un capital à 100% propre, Tasiast Mauritanie, filiale du géant Kinros Gold Corporation qui fait travailler 2.600 personnes, dont 88% de Mauritaniens, est accusé par la Direction du Travail et ses inspecteurs, d’employer un personnel étranger sans titre de travail, violant ainsi la législation en vigueur en Mauritanie. Certaines sources parlent de retrait de licence de travail visant le personnel expatrié. Cette mesure qui fait suite à un arrangement récent entre la direction de Tasiast et son personnel local après une grève de plus de deux semaines, est perçue par des sources proches de la société comme une machination bien orchestrée aux desseins encore inavoués. Selon ces sources, s’il ne s’agissait que de remettre en règle les expatriés qu’elle fait travailler, le problème ne se poserait pas. Seulement, selon elles, «le gouvernement mauritanien chercherait à les remplacer par un personnel mauritanien sans qualifications équivalentes, si ce ne sont des opérateurs proches du pouvoir, dans une approche de récupération, prélude à une nationalisation inéluctable ». Ce qui violerait à leurs yeux la convention d’établissement de la société qui a déjà investi 600 millions de dollars US (900 milliards d’UM) dans l’exploitation de la mine de Tasiast. Auparavant, Kinros avait racheté la mine à Red Back Mining en août 2010 moyennant la bagatelle de 7,1 milliards de dollars U.S, avant de faire face à des procès au Canada et aux Etats-Unis, l’obligeant à débourser 12,5 milliards de dollars aux actionnaires canadiens et 33 millions de dollars aux actionnaires américains en échange de l’abandon des poursuites.
Par la suite, Kinros fera l’objet en 2014 de poursuites pour corruption suite à une enquête de la SEC. Il fut question de l’implication du pouvoir mauritanien et du président Mohamed Abdel Aziz ainsi que ses proches dans cette affaire de corruption. La société était accusée de rémunérer directement les agents des douanes et les gendarmes impliqués dans la protection du site, ainsi que plusieurs proches du président Mohamed Abdel Aziz qui occupent des postes juteux au sein de l’entreprise. Mais selon d’autres sources, ces pratiques seraient bien antérieures à l’acquisition par Kinros de la mine de Tasiast.
Toutes ces affaires scabreuses se seraient ajoutées au phénomène récent de la ruée vers l’or de l’Inchiri pris d’assaut par des milliers d’aventuriers mauritaniens.La convoitise de ces richesses incommensurables aurait aiguisé certains appétits qui viseraient directement l’appropriation pure et simple de la mine d’or.
Résultat, Tasiast a suspendu l’exploitation de l’usine, donné congé à ses travailleurs mauritaniens et rapatrié son personnel étranger, en attendant de régler son différent avec le gouvernement. Ainsi, «ce subit regain de légalité affiché par la Direction du Travail connu jusque-là pour son laxisme en matière de législation ne serait qu’un prétexte pour parer du sceau de la légalité une opération d’absorption visant à dépouiller une multinationale » selon les sources proches de Tasiast.
Pour l’Etat mauritanien, par le biais du Directeur général du Travail, Hamoud Ould TFeïl, qui s’est fait inviter sur plusieurs plateaux de télévision locale pour éclairer l’opinion, «les inspections qui ont eu lieu auprès de Tasiast, entrent dans le cadre des missions de routine dévolues au département et dont l’objectif est de contrôler la conformité des entreprises exerçant en Mauritanie avec la législation du travail en vigueur dans le pays ». Il s’est même dit étonné de l’ampleur prise par ces démarches administratives normales, alors que selon lui, «plusieurs autres sociétés ont subi ces mêmes mesures »

Mauritel ou le syndrome d’une crise diplomatique latente

Les autorités marocaines et mauritaniennes ont beau vanté la bonne entente qui règne entre les deux Etats, les incidents répétés entre les deux pays ne cessent de leur apporter un cinglant démenti, selon plusieurs observateurs. Ainsi, la récente descente des Inspecteurs de travail à la Mauritel, et le renvoi du personnel marocain, hormis le directeur général, le directeur administratif et financier ainsi que le comptable, ne serait qu’une des facettes du bras-de-fer qui oppose depuis plusieurs années Nouakchott et Rabat. A l’inverse, estiment les observateurs, exportateurs et transporteurs mauritaniens sont en bute depuis des années à des tracasseries administratives à la frontière marocaine, dont les autorités auraient même pris le malin plaisir de relever à la hausse le coût du dédouanement ainsi que les conditions d’accès à leur territoire.
Opérateur historique de la téléphonie mobile en Mauritanie, la Mauritel est née de la scission en 1999 de l’Office mauritanien des Postes et Télécommunication. Elle est filiale de Maroc Telecom et détient depuis 2001, 51% du capital avec un parc de 1,5 millions d’abonnés en Mauritanie (chiffres de 2010).L’Etat mauritanien détient 46% du capital et le personnel de l’entreprise 3%.
Par delà la chasse aux employés marocains de la boîte, le gouvernement mauritanien réclamerait la nationalisation des postes, estimant que certains d’entre eux, eu égard à leur caractère sensible, doivent être dévolus à ses nationaux pour une question de souveraineté et de sécurité nationale.
Cependant, selon certains observateurs, ni dans le cahier des charges de Mauritel pour l’établissement et l’exploitation d’un réseau de télécommunications cellulaires ouvert au public de norme GSM en Mauritanie en date du 18 juillet 2000 et ses 4 annexes, ni dans la consultation publique sur le renouvellement des licences GSM de Mauritel établi par le Conseil national de l’Autorité de Régulation couvrant la période août 2014-septembre 2015, la gestion du personnel de la société n’occupe une rubrique spécifique, ni n’est mentionnée nulle part.
Aussi, l’étonnement est-il grand face aux mesures prises par la Direction du Travail d’imposer la mauritanisation des postes, comme si derrière ces manœuvres, se cacherait une probable tentative de nationalisation, estiment plusieurs sources. Ainsi, la Direction du Travail et ses limiers ne seraient que le fer de lance d’une politique ourdie dans ce sens et qui utiliserait l’arme de la légalité pour satisfaire ses desseins. Certains n’hésitent pas à comparer ces manœuvres destinées à l’usage détournées des organes de contrôle, aux «missions spéciales de l’IGE» ou des «agents du Fisc», deux « chiens de garde » que l’Etat mauritanien lâche contre les « récalcitrants ».

Effaroucher les IDE
Les déboires actuels de Tasiast Mauritanie et de la Mauritel Mobile constitueraient un mauvais signe pour l’avenir de l’investissement direct étranger (IDE) en Mauritanie, au moment où le pays déploie des trésors de charme pour attirer le capital international, aux yeux de plusieurs observateurs. Ainsi, l’échec des forums initiés à coût de millions de dollars, que cela soit à Nouakchott, au salon de Nouadhibou, aux forums de Dubaï et de Paris, dans lesquels le président Mohamed Abdel Aziz s’est personnellement investi, serait dû au sort peu enviable qu’ont connu des investisseurs étrangers en Mauritanie.
Ainsi, le séminaire organisé en mars 2015 par le Ministère des Affaires économiques et du développement, en collaboration avec le PNUD, face à la débandade des sociétés étrangères en Mauritanie n’aurait servi à rien. Non seulement, il n’aurait pas permis de trouver preneur après le départ du géant australien Glencor et de sa succursale SFER après la chute du fer, avec l’abandon du grand projet ASKAF et la bagatelle de 1 milliard de dollars US d’investissement, mais ce séminaire n’a pas non plus permis de faire venir les IDE à Nouadhibou, malgré les avantages de sa Zone franche industrielle.
Pourtant, la Mauritanie a mis en place un cadre juridique et institutionnel incitatif à l’IDE, mais le respect des clauses de partenariat obtenu par les investisseurs qui décident de s’installer, bute souvent sur des contingences politiques imprévues. C’est ce qui aurait scellé le sort de la société française de ramassage et de traitement des ordures, Pizzorno, qui a dû arrêter ses activités en Mauritanie en 2014, après 7 ans d’exploitation. Certains titres parleront de « racket déguisé » dont la société serait victime en Mauritanie. L’entreprise française avait déploré un cumul de redevances qui avait atteint 4,8 milliards d’UM (13 millions de dollars U.S), représentant les impayés que le gouvernement mauritanien s’entêtait à ne pas lui payer.


Patronat mauritanien : L’Etat veut placer ses pions

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Le gouvernement mauritanien aurait entamé une procédure au noir pour destituer le président du Patronat mauritanien. Une manœuvre décriée par les syndicats et les partis de l’opposition qui dénoncent une immixtion illégale et antidémocratique de l’Exécutif dans le fonctionnement des associations.

Dans un communiqué publié récemment, le Forum national pour la démocratie et l’unité (FNDU) qui regroupe les partis de l’opposition dit radicale se sont insurgés contre les tentatives du pouvoir en place «de tordre le cou à la loi » en tentant par des voies illégales le limogeage du président de l’Union du Patronat Mauritanien, Ahmed Baba Ould Ezizi, élu démocratiquement à ce poste il y a un peu plus d’un an. L’opposition appelle le pouvoir à un plus grand respect de la Constitution mauritanienne qui garantit le libre exercice des syndicats, dénonçant les pressions et menaces exercées sur les organisations patronales et les présidents des fédérations pour destituer leur président.
Il serait reproché à ce dernier d’avoir refusé l’immixtion des autorités tentant à imposer aux fédérations patronales le choix de leurs propres hommes, parmi eux d’anciens officiers de l’armée à la retraite. Le discours de Ahmed Baba Ould Ezizi à la Chambre de Commerce relatif au climat des affaires et la situation difficile du secteur privé, évoquant au passage les mesures coercitives sur le privé mauritanien n’aurait pas été également au goût des autorités.
Le FNDU a aussi fustigé le clientélisme et le népotisme dans l’octroi des marchés publics, notamment les privilèges donnés à des arrivistes au détriment des véritables opérateurs économiques.
Ainsi, le ministère du Commerce aurait été particulièrement sollicité dans ce bras-de-fer. Des sources affirment que le département aurait demandé aux membres du Patronat de dénicher un prétexte juridique quelconque pour justifier la tenue d’une Assemblée générale élective destinée à dégommer avec le vernis de la légalité l’actuel président. Sur la même lancée, le ministère des Affaires étrangères aurait signifié à son homologue italien que le sieur Ahmed Baba Ould Ezizi n’est plus accrédité en Mauritanie pour les charges de consul honoraire de l’Italie. Cette mesure diplomatique ajoutée aux manœuvres du ministère du Commerce et les pressions de la Primature concourent tous à la prise de contrôle par l’Exécutif de l’Union du Patronat mauritanien.


Chasse aux ressortissants africains : Tous les corps constitués s’y mettent

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Gendarmes, policiers et agents de la Sécurité Routière ont été lâchés dans une chasse effrénée contre les ressortissants africains à Nouakchott. Un contrôle sur pièces et sur faciès pour vérifier la conformité de ces personnes aux dispositions légales en vigueur en Mauritanie qui obligent tout étranger à se soumettre à l’enrôlement biométrique et l’obtention du titre de séjour. Ces contrôles inopinés n’épargnent ni les domiciles ni les lieux de travail des ressortissants étrangers qui sont traqués jusqu’à leur denier retranchement. Tout étranger pris sans son titre de séjour est directement acheminé vers le commissariat de Bagdad, où après les formalités d’usage, il est refoulé vers son pays d’origine.
Les plaintes sont ainsi pléthoriques dans ce cadre, plusieurs étrangers pris dans les nasses de ces contrôles se plaignent d’abus. Des ressortissants mauritaniens d’origine négro-africaine, sont souvent pris également comme cibles. Ils sont obligés d’exhiber leur pièce d’identité nationale ou se le faire apporter au lieu de détention pour étrangers. Ce qui conduit souvent à des frustrations et à des altercations qui viennent s’ajouter, selon certains d’entre eux, aux nombreux abus qui accompagnent les rafles intempestives.
Beaucoup d’observateurs se plaignent ainsi de la politique de deux poids deux mesures dans l’application de la loi. Au moment où les ressortissants africains originaires des pays au Sud du Sahara sont traqués sans ménagement, ils trouvent que cette même campagne épargne les ressortissants arabes du Maghreb et de l’Orient. Ajoutés à cela, les observateurs soulignent que la traque des étrangers ouest africains aboutit souvent à des drames comme celui du jeune Mody Coulibaly qui, lors d’un contrôle dans un chantier de construction, avait trouvé la mort en sautant du haut d’un bâtiment en construction.
La situation des étrangers semble même s’être empirée. Récemment, plusieurs d’entre eux se sont plaints auprès de la Direction de l’Etat-civil qui les oblige dorénavant, en plus des redevances exorbitantes (30.000 UM) qu’elle leur exige, l’obligation d’un titre de travail auprès de l’Inspection. Et entre les deux, les étrangers se voient ballotés à longueur de temps, ce qui leur fait perdre du temps et de l’argent, l’Inspection du Travail se disant incompétente et renvoyant les demandeurs à la Direction du Travail. Si ce sont surtout les étrangers employés dans le privé qui en souffrent, les étrangers installés à leur propre compte (restaurateurs, autres métiers) n’y sont pas encore soumis.


Indépendance de la justice en Mauritanie : les magistrats haussent le ton…

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Jusqu’à présent, l’appel pour une plus grande indépendance de la justice en Mauritanie provenait du camp des opposants, alors que le pouvoir en place, quel qu’il soit à travers l’histoire politique nationale, a toujours chanté un Etat de droit, tout juste sortie de son imagination. Aujourd’hui, la réalité amère au sein de cette institution vitale pour la paix civile et le développement socio-économique est décriée de l’intérieur. Le club des magistrats vient en effet de publier un communiqué dans lequel il interpelle le président de la République pour le respect de l’indépendance de la justice en Mauritanie.

Le club des magistrats mauritaniens semble être inquiet face aux manœuvres dilatoires du ministère public, donc de l’Exécutif, tendant à intimider les juges par l’envoi délibéré et ciblé de l’Inspection générale d’Etat (IGE). C’est le cas pour les inspections diligentées auprès de la Cour pénale et de la Chambre correctionnelle après le tribunal d’Appel de Nouakchott-Ouest et ce, juste après les sentences qu’elles viennent de prononcer ;  comme ce fut aussi le cas pour la Cour d’Appel de Kiffa qui reçut l’IGE juste après son verdict réfutant la saisie d’un bus dans le cadre d’une affaire de drogue.

Les magistrats trouvent qu’au lieu d’envoyer les inspecteurs d’Etat pour intimider les juges, le ministère public, s’il se sent frustré par le rejet de ses réquisitoires et de ses preuves dans certains cas, doit contrer les décisions judiciaires émanant des cours et tribunaux en suivant les procédures légales et judiciaires prescrites par la loi, c’est à dire en faisant appel plutôt que d’utiliser l’intimidation. Un tel état de fait ne conduira selon eux qu’à travestir les jugements et pousser les magistrats, sous l’effet de la pression et de la peur, à prendre des décisions injustes et contraires à la loi. Ils ont rappelé à cet effet le serment fait par le président de la République lors de l’ouverture de l’année judiciaire 2016 dans lequel il a déclaré qu’il ne ménagera aucun effort pour garantir l’indépendance de la justice, améliorer les conditions de travail de ses agents, rapprocher la justice des justiciables par la simplification des procédures, et enfin de veiller au respect et à l’application de ses sentences. L’occasion pour les magistrats de rappeler au Ministère de la Justice le respect des engagements pris par la plus haute autorité du pays et de veiller à leur ordonnancement, en respectant le principe de séparation des pouvoirs, de l’indépendance du juge par rapport à ses arrêts dans le respect de la loi et de sa conscience professionnelle, loin de toute ingérence et de toute immixtion dans ses décisions.

Aussi, les magistrats voient-ils d’un mauvais œil l’envoi par le ministère de la Justice de ses inspecteurs pour enquêter et contrôler les décisions prises par les instances judiciaires en totale contradiction avec les principes d’un Etat de droit respectueux du pouvoir de ses juges, de leur indépendance et de leur probité.Cette critique interne des magistrats sur l’immixtion flagrante du pouvoir exécutif dans leur domaine de compétence vient ainsi corroborer les critiques que les différents bâtonniers de l’ordre des avocats ont toujours reprochées au système judiciaire mauritanien. Beaucoup lient ainsi certaines décisions prises contre tout entendement par la justice dans plusieurs affaires comme le fait du Prince.
Il en est ainsi dans des affaires où des hauts fonctionnaires ou encore des hommes d’affaires ont été mêlés et dont les péripéties semblent avoir été tissées en dehors des tribunaux  (les magistrats n’ayant été utilisés dans beaucoup de cas que comme de simples faire-valoir, chargés d’appliquer des décisions prises en «haut lieu »). Il en est de même pour des cas ayant touché des hommes politiques ou des défenseurs des droits humains. Des décisions judiciaires anachroniques prises en dehors des débats juridiques en audience. Des sentences émanant des plus hautes instances judiciaires jamais appliquées par l’Exécutif, tant bien même que les charges de la preuve lui sont défavorables.

Face au danger de la manipulation de la justice à des fins personnelles, pour la paix civile, l’alarme ne cesse d’être sonnée aussi par les milieux économiques. Ils expliquent l’absence de l’investissement direct étranger massif en Mauritanie par la déliquescence de son système judiciaire, marqué par la corruption, et par son contrôle par l’Exécutif.


L’après-Aziz enflamme déjà la lutte successorale

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Depuis que le président Mohamed Abdel Aziz a déclaré qu’il compte délaisser le pouvoir conformément à la Constitution dès la fin de son dernier mandat en 2019, les cartes se sont embrouillées au sein de sa majorité. Le départ du «protecteur et pourvoyeur des privilèges indus» sème déjà la panique au sein d’une constellation de satellites dont la chute galactique pourrait être provoquée par l’extinction quasi certaine du «Pôle» gravitationnel. La guerre fait ainsi rage au sein du cercle du pouvoir, pour la succession au trône, si ce n’est la course divinatoire vers le probable prochain maître à suivre.

Le bras-de-fer entre les Sénateurs frondeurs et le pouvoir en place revêt un caractère assez inédit pour ne pas attirer l’attention des éditorialistes. Cette situation serait tout simplement inimaginable si la fin inéluctable du pouvoir de Mohamed Abdel Aziz ne constituait pas un fortifiant assez puissant pour signer déjà les prémisses d’un désarrimage latent. Ainsi, ce ne serait pas tout simplement la déclaration de Néma sur la suppression de leurs charges qui serait directement en cause dans la fronde persistante des sénateurs de l’UPR et de toute la majorité, encore moins la sortie assez gauche de leur propre camp à leur égard. Mais bel et bien, le fait que d’ici trois ans au maximum, ils n’auront plus de compte à rendre aux cercles de ce pouvoir-là, mais probablement à leurs successeurs. Si l’opinion semble jusqu’à présent indifférente aux intrigues de palais qui se déroulent dans les coulisses, si ce n’est pas pure ignorance, les spécialistes des croche-pieds politiques ainsi que les proches des hautes sphères ne sont pas dupes. Le compte à rebours pour la prise de la «Bastille présidentielle » aurait bel et bien commencé, sans que les cartes des jeux n’échappent ni totalement ni en partie à Mohamed Abdel Aziz, ni à l’armée qui veille au grain.
Beaucoup au sein du pouvoir reste ainsi persuadé que la distribution des prochaines cartes se concoctera dans les cuisines intérieures du palais présidentiel. La fronde actuelle des sénateurs ne serait dans ce cadre que l’une des facettes de cette bataille de positionnement. Nombreux sont ceux qui sont aujourd’hui persuadés que, derrière cette fronde se cache des «tireurs de ficelles invisibles». C’est ce que certains éditorialistes Outre-mer appellent déjà la «guerre des tendances» au sein du pouvoir. Les Sénateurs viennent ainsi de déclarer dans un communiqué que leur fronde n’est pas prête de s’éteindre, «sauf si les causes qui les ont créées sont résolues ». Les exigences semblent énormes pour des parlementaires habituées jusque-là à obéir au doigt et à l’œil. D’où leur vient ce courage soudain, qui les pousse ainsi à demander à Mohamed Abdel Aziz de revenir sur sa décision de dissoudre le Sénat et de limoger les responsables du parti-Etat, dont des membres du gouvernement, qui ont osé battre campagne pour les dénigrer publiquement ? Téméraire est aussi leur refus de rencontrer le président du parti, Sidi Mohamed Maham, malgré son insistance, poussant l’audace jusqu’à boycotter pendant plusieurs jours, les lois présentées par le gouvernement, avant qu’ils ne sursoient à cette démarche, au nom selon eux «de l’intérêt supérieur du peuple mauritanien ».
Mais les observateurs sont persuadés que derrière les prétextes apparents des Sénateurs se cachent en réalité une sourde bataille des courants antinomiques qui minent la majorité dont l’unité apparente ne serait que pure façade. Une sorte de chantage fomentée par les tenants de la Chambre des «Lords mauritaniens », pour garantir leur pérennité après l’ère Aziz ou leur recasement spatio-temporel dans les arcanes du pouvoir une fois leur planque douillette rangée aux oubliettes de l’histoire.
L’idée dominante reste cependant cette frénétique bataille des héritiers qui met à nu la fragilité du système politique mauritanien relatif à la conservation et à la transmission du pouvoir. Ce système rédempteur qui explique les intrigues par lesquelles se font et se défont les partis au pouvoir en Mauritanie lesquels, sitôt leur fin annoncée, voient leurs ouailles s’éparpiller aux quatre vents à la recherche de la prochaine prairie aux opportunités. Le dilemme est assez profond entre les jeteurs de cauris qui ne savent s’il faut encore faire plus d’allégeance à Mohamed Abdel Aziz, persuadé qu’ils sont, qu’il détient les cartes de la distribution politique à venir, ou s’il faut chercher dans le cercle de l’opposition radicale, le prochain successeur, en cas de transparence forcée qui accompagnera l’élection présidentielle en 2019.
La présente bataille politique occupe si intensément le pouvoir et sa majorité, qu’elle semble avoir rejeté dans les ornières un dialogue politique national que Mohamed Abdel Aziz avait pourtant prévu d’organiser au plus tard à la fin du mois de mai début juin passé.

 

 


Solidarité islamique : doit-on continuer à coopérer avec la Chine ?

OUIGHOURS

La Chine Populaire interdit à sa population musulmane, notamment dans le Xinjiang où vivent 10 millions de musulmans ouïghours, de jeûner le Ramadan et de fréquenter les mosquées. La fraternité confessionnelle islamique étant plus sacrée que la fraternité sanguine, certains se demandent si des pays musulmans comme la Mauritanie, ont le droit de commercer avec des pays comme la Chine qui persécutent leur population musulmane et leur refusent le droit d’exercer leur culte.

Cela fait des années que les dix millions de musulmans Ouïghour de la province chinoise de Xinjiang vivent sous la persécution d’un régime communiste qui ne leur reconnait pas la liberté de culte. Le jeûne du mois de Ramadan est le pilier le plus visé par les interdits du pouvoir central. Des fonctionnaires font le tour des foyers et forcent les populations musulmanes à consommer aliments et boissons sous la coercition.
Pourtant, la Chine entretient des relations privilégiées avec le monde musulman, et ce dernier, selon quelques observateurs, semble jusqu’à présent indifférent au sort de ses frères persécutés en Chine. Mais de plus en plus, les pressions s’exercent sur Pékin par quelques pétromonarchies du Golfe dont l’influence est loin d’être négligeable. C’est ainsi que cette année, un léger fléchissement semble être observé, car l’interdit au jeûne ne semble toucher que les fonctionnaires, les étudiants et les mineurs. Interdit a été aussi lancé aux restaurateurs de la région de fermer leur échoppe pendant le jour.
Il faut dire que les tensions sont chaudes entre Pékin et le Xingjiang. Plusieurs attentats perpétrés dans la capitale sont toujours imputés aux Ouïghours qui luttent depuis des années pour l’indépendance de leur province. Plusieurs organisations des droits de l’homme ne cessent également de condamner les restrictions religieuses et culturelles exercées contre les minorités musulmanes en Chine.
Ainsi, avant même l’entame du mois de Ramadan, des circulaires administratives ont intimé l’ordre aux musulmans chinois de ne pas jeûner. Une de ces circulaires, en date du 2 juin 2016, stipule que « les membres du parti, les responsables publics, les fonctionnaires du secteur public, les étudiants et les mineurs musulmans sont interdits de jeûne de Ramadan et de toute manifestation à caractère religieux. Les restaurants ne doivent pas fermer leurs portes ». Il leur est aussi interdit pendant ce mois béni de fréquenter les mosquées pour la prière collective.


«Mohamed Ould Abdel Aziz va-t-il lâcher réellement le pouvoir ?»

Mhd Abdel Aziz

 

Malgré les dispositions claires de la Constitution mauritanienne qui verrouillent définitivement toute possibilité pour Mohamed Ould Abdel Aziz de briguer un troisième mandat et malgré ses récentes déclarations (par presse internationale interposée) dans lesquelles il affirme n’avoir pas l’intention d’aller au-delà de son deuxième mandat, l’opposition radicale reste sceptique. Elle soupçonne des subterfuges, quelques entourloupettes et des fenêtres dérobées. Pourtant, certains de ses partisans proposent de l’aider à quitter le pouvoir et à réaliser un exploit dans l’alternance pacifique, ce qui porterait son nom au panthéon de la démocratie mauritanienne.

Avant-même les incidents provoqués par quelques ministres de la République et qui avaient provoqué un tollé généralisé sur la possibilité d’un troisième mandat, le président Mohamed Abdel Aziz n’a eu de cesse, selon ses alliés, de proclamer sa ferme intention de respecter la Constitution mauritanienne et de s’en tenir à deux mandats, c’est à dire à quitter le pouvoir en 2019. Dans une interview accordée à AFRIKA 24, le président il avait déclaré sans ambages qu’il «ne briguera pas de troisième mandat » et qu’il «quittera le pouvoir à la fin de son second quinquennat».Il le répète à nouveau dans deux entretiens récents, dont l’un est à lire dans le journal français l’Opinion, il affirme que l’idée du troisième mandat n’est que le fruit de l’imagination de l’opposition et qu’il n’a jamais eu l’intention d’aller au-delà de 2019, terme de sa dernière législature.

Ses détracteurs soutiennent cependant qu’entre-temps, il y a eu la pression du mandat finissant et l’idée intenable de lâcher un pouvoir chèrement acquis, au prix de deux coups d’Etat successifs. Selon eux, il y a surtout la peur de devoir rendre des comptes. Il a exercé au cours des dix dernières années un pouvoir unilatéral et centralisé au cours duquel des abus pourraient lui être reproché. L’opposition le soupçonne d’avoir profité de ses charges pour bâtir une fortune considérée comme l’une des plus importantes du pays, elle lui reproche aussi d’avoir aidé ses proches à s’enrichir et à investir tous les segments de l’économie nationale, sans compter des dossiers énigmatiques, non encore dépoussiérés, qui pourraient bien l’être une fois qu’il serait hors du pouvoir.

Plusieurs ministres de la République ont évoqué la nécessité pour le président d’achever des chantiers à long terme, au-delà de son deuxième mandat. D’autres ministres insinuent la possibilité pour le peuple, seul détenteur de la souveraineté, de changer la Constitution pour permettre au président de faire un troisième mandat. L’opposition pense que ces paroles sont des ballons d’essai commandités directement par Mohamed Ould Abdel Aziz pour tâter la réceptivité d’une telle idée au sein de l’opinion. Constitutionnalistes chevronnés, juristes jongleurs, commentateurs et analystes se succèderont ainsi pendant des semaines sur les différents plateaux de télévisions et dans les studios de radio, remplissant des pages dans les journaux et les sites, pour décortiquer le «pourquoi et le comment d’une possible révision constitutionnelle qui pourrait permettre ou empêcher Mohamed Abdel Aziz à briguer un troisième mandat ».

Ainsi, les pronostiqueurs et autres prospecteurs politiques n’ont pas hésité à prédire que le président allait couper la poire en deux et annoncer sa décision de briguer un troisième mandat. Il n’en fut rien mais l’idée qu’il lança à propos de la dissolution du Sénat fut interprétée par l’opposition comme une alerte confirmative de son intention d’attaquer le mandat présidentiel par le plus subtile des subterfuges. Car, paroles de constitutionnalistes, cette mesure allait toucher plus d’une vingtaine d’articles de la Constitution, y compris ceux qui sont relatifs au mandat justement. En réponse à cette velléité détournée de piper les cartes, l’opposition organisa une manifestation monstre, la plus imposante dans l’histoire politique du pays, tandis que des boucliers se dressèrent aussi bien au niveau national qu’international. Et, comme pour mettre fin à toute cette polémique, Mohamed Abdel Aziz s’adressa alors à la presse internationale, pour déclarer son intention de lâcher le pouvoir à la fin de son présent mandat.

Mais des hommes politiques comme Moustapha Ould Bedredine de l’Union des Forces du Progrès (UFP) restent encore non convaincus. Dans une interview à la télévision, Ould Bedredine déclare que l’opposition est septique par rapport aux propos de Mohamed Abdel Aziz relatifs à son intention de ne pas briguer un troisième mandat. L’argumentaire avancé est qu’il est difficile de concevoir qu’un homme qui a tout sacrifié pour arracher le pouvoir en 2007 par la force, et qui a démontré une hargne sans précédent pour le conserver, puisse décider tout bonnement de tout lâcher aussi aisément. Selon Ould Bedredine cette attitude pourrait cacher des scénarios occultes par lesquels Ould Abdel Aziz tenterait de contrôler le pouvoir qui lui succédera à distance, ou de revenir par une porte politique dérobée.Il s’est toutefois déclaré soulagé d’entendre Ould Abdel Aziz affirmer qu’il ne briguerait pas de mandat supplémentaire et qu’il partirait en 2019.

Il y a surtout ceux, côté majorité présidentielle, qui pensent qu’il faudrait aider Mohamed Abdel Aziz à quitter le pouvoir. C’est l’avis de Mohamed Ould Babana, député du parti Union Pour la République (UPR parti au pouvoir), dans une interview qu’il avait accordée la semaine dernière à un périodique local, il a en effet affirmé que la priorité aurait dû être de profiter de la situation actuelle pour aider le président de la République à quitter le pouvoir. Il a évoqué ce moment crucial où il a eu le courage de donner la chance à la Mauritanie de vivre à la fin de son mandat une alternance pacifique au pouvoir qui restera sans nul doute dans les annales du pays mais aussi du monde démocratique libre.

 


Dialogue politique: périlleuse transition démocratique en Mauritanie

Aziz inaugure l'usine de lait

Certains se demandent pourquoi Mohamed Abdel Aziz tient au dialogue politique, alors qu’il se prépare dans moins de trois ans à quitter le pouvoir. Si ces mêmes voix trouvent qu’il y a anguille sous roche, d’autres par contre la trouvent nécessaire, ne serait-ce que pour assurer une transition qui ne mettrait pas en péril le processus démocratique en construction ou l’avenir du pays, eu égard aux nombreux problèmes que Mohamed Abdel Aziz risque de laisser derrière lui. D’où le caractère obligatoirement consensuel du prochain dialogue qui ne devra laisser personne en rade, surtout le RFD d’Ahmed Ould Daddah sans qui, semble-t-il, la communauté internationale n’accorderait aucun crédit  à tout dialogue politique en Mauritanie.

Le délai donné par Mohamed Ould Abdel Aziz, dans son discours de Néma du 3 mai 2016, pour entamer le dialogue politique en Mauritanie est aujourd’hui largement dépassé. «Dans trois ou quatre semaines » avait-il déclaré. Une certaine opinion soutient qu’à part quelques acteurs bien connus des jeux de rôle d’opposants dans ce genre de débat , notamment Messaoud Ould Boulkheïr et Boïdiel Ould Houmeïd assimilés désormais au pouvoir, peu de partis qui comptent sur la scène nationale ont jusque-là donné leur accord pour le dialogue convié par le pouvoir. Ni le RFD d’Ahmed Ould Daddah, encore moins le FNDU (Forum national pour la démocratie et l’unité) qui sont réellement concernés par ce énième round ne compte y participer dans son format actuel. Or, sans le pôle de l’opposition dite radicale, tout dialogue politique en Mauritanie ne serait considéré par les partenaires de la Mauritanie et par une large part de l’opinion nationale que comme un monologue sans impact sur la situation générale du pays.

Inextricable dialogue
Au niveau national, la polémique bat son plein, entre les partisans du minimum consensuel qui se débine de l’opinion internationale et les partisans du dialogue inclusif qui veulent d’un débat national, celui que les Mauritaniens attendent depuis les fameux Accords de Dakar de 2009.
Pour les tenants de la première thèse, que certains qualifient de partisans du colmatage politique, «le dialogue doit être  convoqué avec ceux qui accepteront d’y prendre par ». Mis à part les partis de la majorité, il s’agira d’un plateau adverse sans beaucoup de consistance qui ne serait qu’un faire-valoir aux yeux d’une certaine opinion. Ce serait un remake du dialogue de novembre 2011, quand le pouvoir avait en face de lui l’APP de Messaoud Ould Boulkheïr, El Wiam de Boïdiel Ould Houmeïd et Sawab d’Abdessalam Ould Horma. Des concessions ont été consenties mais la crise politique n’a jamais été résorbée. Aussi, les observateurs croient qu’un dialogue politique colmaté de la même manière aboutirait au même résultat et que la crise insidieuse qui sévit depuis les Accords de 2009 continuera à s’exacerber. Résultat, le passage de témoin en 2019 risque de se faire dans une instabilité politique et sociale préjudiciable.

L’après-2019

Conscient du danger qui plane sur cette périlleuse transition démocratique que vit actuellement la Mauritanie, beaucoup pensent que le changement de régime en 2019 doit intervenir dans une scène mauritanienne apaisée et sans danger pour le processus démocratique et l’avenir du pays. Aussi, préconise-t-on d’ores et déjà que le dialogue politique envisagé actuellement et qui pourrait être le dernier, prenne en compte les paramètres liés aux facteurs de déstabilisation créés par la situation  économique, politique et sociale catastrophique que vit la Mauritanie.
«Mohamed Abdel Aziz, puisqu’il quittera le pouvoir en 2019, doit à présent se situer au dessus de la mêlée partisane et se comporter comme le président de tous les Mauritaniens, soucieux de leur avenir et de leur stabilité, soucieux surtout de l’héritage qu’il va laisser derrière lui » a soutenu récemment au cours d’une entrevue télévisée, Mohamed Ould Maouloud, président de l’UFP.
En déclarant sans ambages qu’il respectera la Constitution, dira-t-il en substance, il a satisfait à l’une des exigences de l’opposition. «Maintenant il appartient au pouvoir de répondre par écrit aux points contenus dans la Feuille de route que l’opposition avait présentée en 2015, entre autres, la préparation du dialogue sur une base consensuelle et non unilatérale comme c’est le cas aujourd’hui » a-t-il poursuivi.
Par delà les soupçons soulevés quant à l’intention de Mohamed Abdel Aziz à négocier son départ, ou à piper les cartes pour le maintien de son «Système » dans son intégralité pour barrer le chemin de l’alternance pacifique au pouvoir à l’opposition, il y a ceux qui redoutent en effet, le scénario de 2007. Tirant les ficelles dans l’ombre, Mohamed Abdel Aziz et l’appareil militaire qui ne compte pas lâcher le pouvoir politique en Mauritanie, auraient provoqué à l’époque l’élection de Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi au détriment du leader historique de l’opposition, Ahmed Ould Daddah. Ce même scénario pourrait se reproduire en 2019, avec un Mohamed Abdel Aziz qui quitterait le pouvoir formellement sans le quitter réellement.
Il y a ainsi ceux qui pensent qu’il envisage de réviser la Constitution pour changer la nature du régime politique. Les tenants de la thèse avancent déjà qu’à travers le dialogue envisagé, Mohamed Abdel Aziz pourrait proposer le régime parlementaire, avec un Premier ministre fort issu de la majorité parlementaire avec des pouvoirs largement amoindris du Président de la République. Dans ce cas de figure, même si un ténor de l’opposition accédera à la Magistrature Suprême, il se retrouvera dans un régime où tous les pouvoirs de l’Exécutif sont en réalité détenus par le Premier ministre. Certaines voix soutiennent que Mohamed Abdel Aziz serait même prêt à négocier avec Ahmed Ould Daddah pour la présidence de la République si ce dernier le veut.
Des scénarios aussi improbables tel un choix qui portera sur Messaoud Ould Boulkheïr pour jouer au dauphin de Mohamed Abdel Aziz sont même envisagés, aux termes de négociations dont les termes ne seraient pas totalement défavorables à la nomenklatura militaire ni au système dominant.
Une telle complexité dans les analyses dénote du chaos intellectuel et politique dans lequel se dessine le mandat finissant de Mohamed Abdel Aziz. Un nid de difficultés sans la résolution desquelles l’après-Aziz risque d’être explosif.


CAN 2017 : La Mauritanie OUT

Mauritanie Cameroun

A deux doigts d’une qualification historique pour sa première Coupe d’Afrique des Nations (CAN), les Mourabitounes ont raté le coche en se faisant battre à domicile par le Cameroun, 1 à 0. Même l’espoir d’un bon deuxième qualificatif n’est plus à l’ordre du jour. Le choc contre les Lions Indomptables le 3 juin dernier sur la pelouse du Stade Olympique de Nouakchott s’est ainsi transformé en déception et en désespoir pour un public mauritanien qui avait fait le déplacement par milliers.

Malgré de bonnes dispositions et une bonne campagne de préparations, dont une victoire prestigieuse contre le Gabon à Barcelone, les Mourabitounes se sont fait surprendre à la 30ème minute par un boulet du Monégasque, Edgar Salli. La rencontre qui les opposait au Cameroun le 3 juin dernier au Stade Olympique de Nouakchott était l’avant-dernière journée qualificative pour la CAN 2017 qui aura lieu au Gabon. Pourtant, au regard de la physionomie du match, les Mourabitounes auraient pu battre une équipe du Cameroun qui est aujourd’hui loin d’être la foudre de guerre d’antan.
Avec les trois points de la rencontre, le Cameroun (11 points) se qualifie directement pour le Gabon en s’installant définitivement à la tête du groupe M, sans crainte d’être rattrapé par la Mauritanie (7 points). Il faut dire que la rencontre de Nouakchott était capitale pour les protégés d’Hugo Bross qui signe ainsi sa première victoire en sélection nationale, mais aussi pour le public sportif camerounais ainsi que leurs dirigeants. Roger Milla, le président de la Fédération camerounaise de football, l’ambassadeur camerounais en Mauritanie et toute la communauté camerounaise qui avait animé l’ambiance sur les gradins, tous avaient fait le déplacement la peur au ventre.
Les Mauritaniens ont surtout pêché en milieu de terrain. L’absence de Guidilèye s’est fait sentir, malgré le travail remarquable de Khassa Camara, alors que Takhyoullah Denne n’était que l’ombre de lui-même. Ainsi, l’attaque mauritanienne (Bessam et Baguili) n’a pas pu apporter le danger faute d’une bonne distribution de balles. Ils ont pourtant prouvé que la défense camerounaise n’était pas cette forteresse imprenable, et, n’eût été la prouesse d’Ondoa, les Mourabitounes auraient pu remporter la rencontre.
Les Mauritaniens ont cependant montré qu’ils savent jouer au ballon et qu’ils forcent désormais le respect des grandes nations du football africain, à l’instar des Camerounais, qui ont tremblé jusqu’au sifflet final de l’arbitre, alors qu’ils jouaient à onze contre dix, après la sortie malencontreuse de Diaw pour un geste antisportif contre Ekimbi à 20 mn de la fin de la rencontre.
La défaite est ainsi consommée et la Mauritanie peut dire adieu à la CAN 2017. Même en cas de victoire improbable contre l’Afrique du Sud, elle a de faibles chances d’être parmi les meilleurs deuxièmes, avec un Libéria et un Cap-Vert déjà deuxièmes de leurs groupes avec 9 points, et un Bénin qui est à 8 points, alors qu’ils stagnent à 7 points.
Le déplacement en Afrique du Sud ne sera pas une promenade de santé, car les Sud’Africains qui viennent d’étriller les Gambiens par 4 à 0, les attendent de pieds fermes pour laver l’affront d’une défaite concédée à Nouakchott par 1 contre 3.

Cheikh Aidara


La Marmite du partage dans sa 5ème édition : Une pluie de reconnaissances et un rush de donateurs

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La «Marmite du Partage » vient de lancer sa 5ème édition d’œuvres humanitaires. C’était samedi 28 mai 2016 à l’hôtel Halima de Nouakchott devant un parterre de personnalités dont le président Ahmed Hamza, l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en Mauritanie, Me Fatima MBaye, marraine de l’édition, l’international mauritanien Dominique Da Silva, plusieurs opérateurs économiques, artistes et associations sociales. Cette cérémonie s’est déroulé à quelques encablures du mois de Ramadan
Le président de l’association de bienfaisances, «la Marmite du Partage », Khaly Diallo a remercié dans son mot d’ouverture les différentes personnalités qui ont toujours accompagné ses actions sociales. Il a aussi rendu un vibrant hommage à l’équipe de jeunes volontaires qui l’accompagnent depuis des années dans son élan philanthropique en direction des pauvres et des déshérités de la Mauritanie que son association accompagne durant tout le mois de Ramadan, en offrant dans les différents quartiers marginalisés de Nouakchott, le souper du soir.
Une vidéo des activités de l’association a été par la suite projetée. Elle montre l’action que «la Marmite du Partage » mène sur le terrain de l’entraide sociale et de l’humanitaire, les différents services rendus aux populations, ses différentes brigades de volontaires, thé, bissap, cuisine, etc. Le tout dans la bonne humeur et parfois dans la souffrance caniculaire.
«Servir les plus démunis, atténuer la souffrance des pauvres » sont la devise de cette association qui compte aujourd’hui plusieurs centaines de jeunes volontaires et des dizaines de mécènes qui savent que leur argent est bien utilisé dans de nobles causes.
Dans la musique, l’humour massacrant et le bon entrain des animateurs, la cérémonie a été ponctuée par la remise de certificats de reconnaissance et de certificat d’excellence.
La vente aux enchères d’un tableau et de deux timbres fiscaux a permis à la «Marmite du Partage » de récolter plus d’un million d’ouguiyas au cours de la soirée sans compter le don t d’un million d’UM offert par Djeynaba Salla et son réseau humanitaire français, lui valant ainsi un déplacement à Nouakchott pour assister à la cérémonie.
Un certificat particulier, qui a valu un standing up, a été décerné à notre confrère, Feu Cheikh Oumar NDiaye, disparu lors d’un accident tragique en décembre 2015. L’occasion de quelques larmes dans l’assistance (Khali Diallo n’a pas pu se retenir) pour lui rendre hommage ainsi qu’aux deux autres victimes du drame, Ahmedou Ould Abdel Aziz et Ahmed Ould Taleb.


Mauritanie : question démographique et autonomisation des femmes au Sahel

DR UNFPA DAKAR


Mabingue NGom, le Directeur régional pour l’Afrique du Centre et de l’Ouest du Fonds des Nations unies pour la population (l’UNFPA), Mabingue NGom, a assisté le 28 mai à l’atelier régional de Nouakchott sur l’engagement en faveur du dividende démographique et de l’autonomisation des femmes au Sahel. Au cours de la conférence de presse qu’il a animée en marge des travaux, il a déclaré que la «rencontre de Nouakchott est importante » soulignant que «l’avenir de l’Afrique en dépend », notamment sa jeunesse et en particulier, les jeunes filles. Ces dernières seraient pénalisées, a-t-il dit, « par des pratiques sociales défavorables à leur épanouissement et à leur développement ».

« En mettant en œuvre l’autonomisation des femmes et le dividende démographique au Sahel (le SWEDD), nous pouvons changer l’Afrique » a affirmé Mabingue Ngom. Lors d’une conférence de presse qu’il a animée en marge de l’atelier régional de Nouakchott, il a insisté sur l’importance des changements de comportements, telle la lutte contre les mariages et les grossesses précoces qui empêchent les filles de pousser leurs études plus loin dans l’enseignement secondaire et supérieur. Ces pratiques sont tout simplement, selon lui, «incompatibles avec une Afrique confrontée à l’Agenda 2063 de l’Union Africaine et à l’Agenda 2030 des objectifs de développement durable (ODD) ».

Mabingue Ngom insiste sur le fait que, contrairement au passé où les programmes de développement n’étaient pas mis en œuvre dans des conditions optimales, avec un faible niveau d’exécution qui ne prenait pas en compte les réalités locales, le SWEDD compte bien renverser la tendance. Aussi, le Directeur régional de l’UNFPA estime que «l’engagement des communautés locales est un facteur de réussite », s’estimant heureux de constater que «l’atelier de Nouakchott porte sur cette communication sensible aux réalités locales ».

Il a déclaré que ce sont les bonnes politiques, celles qui sont judicieusement mises en œuvre, et non l’argent, qui font le développement. «L’Afrique, avec ses talents et ses taux de croissances parmi les plus élevés au monde, doit se bâtir autour des ressources disponibles au niveau local » a-t-il souligné. Il estime qu’avec un engagement politique plus fort, le dividende démographique est  un important aspect de l’agenda de développement international post-2015. «Il constitue un chantier pour la nouvelle Afrique de 2063 et ce sera le thème principal de la réunion des Chefs d’Etat de l’Union Africaine lors de leur prochaine réunion en 2017 à Kigali au Rwanda. « Il s’agit également, a-t-il précisé, d’une première étape qu’il faut faire suivre par des ressources de la part des Africains eux-mêmes pour susciter l’investissement international ».

Le SWEDD, une option stratégique pour la Mauritanie
En marge de l’ouverture officielle de l’atelier de Nouakchott des pays du Sahel, le 25 mai dernier, le ministre de l’Economie et des Finances, El Moctar Dyay, avait déclaré que le projet SWEDD était un «maillon important dans le pool des projets lancées ces dernières années en Mauritanie». Il a rappelé les trois axes autour desquels il est articulé : la scolarisation des filles, la lutte contre leur déperdition scolaire et la création d’activités génératrices de revenus pour leurs familles. Le projet tombe à point car il coïncide avec le lancement de la Stratégie de croissance accélérée et de la prospérité partagée (SCAPP) pour la période 2016-2030 dont le processus est en cours depuis trois mois, a-t-il précisé. «Nous estimons pouvoir le finaliser d’ici fin juillet et l’opérationnaliser à travers un premier plan d’action pour la période 2016-2020 avec un programme d’investissement public » a-t-il souligné.

Profil démographique de la Mauritanie
Selon Mohamed Mélaïnine Ould Eyih, le Coordinateur du Projet SWEDD en Mauritanie, «notre fenêtre des opportunités démographiques s’est ouverte depuis 1988 » avant les autres pays membres du SWEDD, avec un taux de croissance du ration de soutien économique qui est passé de 40% en 1984, à 45% en 2014. Selon lui, «la Mauritanie offre aujourd’hui un réel potentiel pour une croissance économique accélérée». Le profil démographique de la Mauritanie a été établi par des experts nationaux avec l’aide du Centre de recherches en économie et finances appliquées de Thiès (CREFAT). Plusieurs projections ont été réalisées et il a été montré que dans le cadre d’un scénario global intégrant l’économie, l’éducation et la santé, le PIB par tête d’habitant passera de 1283 dollars en 2014 à 17.000 dollars en 2052. Ceci implique l’accroissement des investissements publics dans les secteurs de l’éducation et de la formation des jeunes, ainsi que dans l’intensification des politiques d’espacement des naissances, le tout sous-tendu par une campagne pour un changement de comportement favorable au maintien des filles à l’école, la mise en place de politiques d’autonomisation des femmes, la réorganisation du secteur informel, l’amélioration du niveau de vie en milieu rural, la réduction des inégalités entre régions, parmi d’autres mesures à prendre…

Ainsi, les décideurs doivent anticiper le poids démographique à venir et revoir la politique de population en fonction du dividende démographique. La création de pôles régionaux de développement et l’actualisation de la politique  d’aménagement territorial se présentent comme des choix pertinents.


Dialogue politique en Mauritanie : Entre les exemples congolais et sénégalais

Aziz inaugure l'usine de lait

Si au Sénégal, le dialogue politique a permis de réunir les acteurs de la vie nationale, y compris le PDS de Me Abdoulaye Wade, après la mini-crise qui a accompagné la révision constitutionnelle sur le mandat présidentiel,  au Congo-Brazzaville, l’appel lancé à la communauté internationale par la coalition de l’opposition pour initier un dialogue politique intervient alors que l’on compte encore les morts après les émeutes qui ont suivi la réélection forcée, pour un 3ème mandat obtenu sur le cadavre de la constitution, de Denis Sassou Nguessou. Entre les deux scénarios, la Mauritanie se cherche une voie qui semble de plus en plus se radicaliser.

Le Forum national pour le développement et la démocratie (FNDU), principale coalition de l’opposition vient de lancer un appel à mobilisation pour «faire échouer le dialogue politique prévu». Dans un communiqué qu’il vient de publier, le FNDU invite ainsi «toutes les forces patriotiques, personnalités et citoyens soucieux de l’avenir du pays, à se mobiliser pour faire échec à cette mascarade qui vise à engager le pays dans une voie périlleuse qui ne peut conduire qu’à des changements non maîtrisés ». Le communiqué indique que «le dialogue n’apportera pas les réponses attendues par les Mauritaniens qui constituent les seules préoccupations du FNDU».
Tout indique en effet que le pouvoir se prépare à lancer dans quelques jours, un dialogue qui risque de laisser en rade les pontes de l’opposition démocratique. Selon des sources proches du pouvoir, le dialogue qui s’annonce regroupera un panel beaucoup plus large et divers que celui tenu en novembre 2011 où seul un pôle de trois partis de l’opposition avait pris part. Des pourparlers avancés pourraient ainsi aboutir à une participation plus large. Quelques partis membres du FNDU seraient même attendus, à l’image du parti Arc-en-ciel, mais aussi des partis sans attache à une coalition tels que l’AJD/MR, ou encore d’autres non encore reconnus comme les FPC ex-Flam. D’anciens transfuges du RFD et du parti Tawassoul, des dissidents de l’UFP, ainsi que des partis formés par d’anciens cadres de l’opposition, pourraient apporter au dialogue programmé un certain élan consensuel. Mais selon plusieurs observateurs, «un dialogue politique sans Ahmed Ould Daddah restera sans aucune importance pour une grande partie de l’opinion nationale et internationale ».
Reste que certains prônent déjà l’exemple du Sénégal qui vient d’entamer un dialogue politique inclusif où toutes les questions seront mises sur la table, le mandat présidentiel, le statut de l’opposition ou encore la création de sièges de députés pour les Sénégalais de la diaspora, entre autres. Ce qui aurait pu servir de «pré-conditions » pour l’opposition représentée par le PDS, dont la libération de Karim Wade, font ainsi partie des négociations en cours.
A la différence du Sénégal, l’opposition mauritanienne compte d’abord «avoir les résultats du dialogue avant le dialogue »selon les partisans du pouvoir qui s’étonnent de l’attitude de ceux qui cherchent «à mettre les charrues avant les bœufs ».
Pour l’opposition cependant, ces pré-conditions sont les gages de la bonne foi d’un pouvoir qui n’a jamais respecté ses engagements.
Seulement, selon d’autres observateurs, ce blocage dont le dépassement aurait pu conduire au scénario sénégalais risque d’exacerber davantage les tensions et aboutir au scénario congolais.
En s’entêtant contre la volonté de son opposition à transgresser la constitution qui ne lui permettait que deux mandats, le président Denis Sassou Nguessou qui rempile pour la troisième fois, aurait ainsi conduit son pays vers l’instabilité politique et sociale. Des émeutes auraient fait des morts et pour sortir de la crise, l’opposition congolaise regroupée au sein du Frocad-IDC (Front républicain pour le respect de l’ordre constitutionnel et l’alternance démocratique-Initiative pour la démocratie au Congo) vient ainsi de lancer un appel à la communauté internationale pour l’ouverture de pourparlers politiques.