DANIA EBONGUE

Cameroun : pour que la mort n’arrache plus les donneuses de vie

Un médecin, un sous-préfet, un Lamido et une déléguée régionale de la santé louent ensemble les résultats d’un projet qui a changé les vies des populations du district de santé de Guidiguis.

Dr Fabrice BIONGOL
Le docteur Fabrice Biongol

« Depuis le début de l’année 2015, nous n’avons aucun cas de décès maternel et infantile ».

C’est une phrase forte du jeune docteur en médecine, Biongol Fabrice, médecin-chef du centre médical d’arrondissement de Touloum, une aire de santé de 25 500 habitants, dans le département du Mayo Kani, dans l’Extrême-Nord. Jusque-là, cette localité contribuait aux mauvais indicateurs de la région parmi lesquels 3 % de taux de prévalence du VIH parmi les femmes enceintes. Pas plus de 23 % des femmes accouchaient dans un centre de santé. Pour corriger ces mauvaises habitudes, cause de 168 décès de nouveau-nés sur 1 000, les agences des Nations unies*, l’Agence suédoise pour le développement international et la Banque mondiale ont décidé de collaborer à l’accélération des progrès en santé maternelle, néonatale et infantile au Cameroun. Leur initiative SIDA/H4+, a permis la formation des ressources humaines, le renforcement du système d’information sanitaire, l’offre des soins,  etc.

 « Sans le H4+, on aurait eu du mal à améliorer nos indicateurs »,

ajoute le Docteur Biongol.  Par rapport à 2014, on observe 10 % d’augmentation de femmes qui accouchent en milieu hospitalier, seulement pour le 1er semestre de 2015. Le taux de consultations prénatales a augmenté de 15 % par rapport à l’année dernière, toujours au 1er semestre 2015. Et le docteur de poursuivre :

«  Plusieurs enfants établissaient leur acte de naissance seulement lorsqu’ils allaient en classe de 6e. L’an passé, il y’avait en tout 65 déclarations de santé dans le centre médical d’arrondissement, mais au premier semestre de l’année 2015, nous en sommes déjà à 47 déclarations de naissance ».

Avec le matériel reçu du projet Sida/H4+ (boîtes d’accouchement, matériel de réanimation des nouveau-nés, berceaux, brancards, les consommables, etc.), même la prise de décision est devenue plus facile pour les femmes. On les croise désormais dans les couloirs de la maternité de Touloum, réduisant les anciennes accoucheuses traditionnelles au chômage.

L’aire de santé de Touloum appartient au district de santé de Guidiguis, l’un des 7 districts retenus dans l’Extrême-Nord pour le projet SIDA/H4+. Et depuis le 17 mai 2013, la chefferie traditionnelle de cette localité est assurée par le Lamido Aliou Amadou. A son actif : une double casquette de technicien médico-sanitaire :

« Je savais qu’à Guidiguis dans mon canton, les clignotants étaient au rouge sur le plan sanitaire. Si le projet SIDA/H4+ n’était pas né, il allait naître pour Guidiguis ». Lamido explique comment le projet a changé des vies : «  Je vais prendre un seul exemple, parlant de la localité de Guérémé : le taux de fréquentation de la maternité était d’un seul patient par mois. Aujourd’hui, nous sommes à 52 % de taux de fréquentation ».

Lamido ALIOU AMADOU
Le lamido Aliou Amadou

Ayant mobilisé tous les chefs de 2e et de 3e degré, le Lamido a obtenu ces chiffres éloquents grâce à une sensibilisation de masse qui a réveillé les consciences des populations de son canton.  Ayant identifié toutes les femmes enceintes du canton, elles ont été toutes inscrites dans les différents centres de santé. Mieux, en sa qualité d’officier d’état civil, il s’assure que les actes de naissance sont établis et se charge de les distribuer lui-même dans chaque domicile.

A cause des indicateurs socioéconomiques faibles, la population de Guidiguis, éparpillée dans 480 km2 de superficie, est vulnérable. Pour le sous-préfet Abdou Djalilou, il était impératif d’implanter ce projet dans son unité de commandement. Avant, dit-il :

« Nous avions des pratiques culturelles néfastes dans nos familles. Aujourd’hui, nous sommes dans les pratiques familiales essentielles ».

Ss Prefet ABDOU DJALILOU
Le sous-préfetAbdou Djalilou

Nommant précisément la consultation prénatale, l’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois de la naissance, la vaccination et l’enregistrement des naissances, le sous-préfet a rappelé cette phrase choc :

« Aucune femme ne doit mourir en donnant la vie ».

Une phrase qu’il répète à souhait dans chaque réunion de plaidoyer qu’il préside devant les autorités traditionnelles et les ministres du culte. Convaincu comme il dit lui-même que :

 « C’est la répétition des messages qui transforme les vies ». 

Force est de constater que ces initiatives ont apporté une amélioration, une amélioration que la déléguée souhaite désormais voir étendre sur toute la région.

Agences des Nations unies : OMS, UNFPA, ONUSIDA, ONUFEMMES, UNICEF


Vous avez dit Lionnes Indomptables ?

Si le Cameroun a bien pris part à la Coupe du monde de football féminine, le quotidien de ses joueuses est bien différent de leurs homologues masculins…

Tu sais Dolorès, pour une fois, j’ai applaudi les journalistes de la télévision privée Canal II International. Eux au moins ne se comportent pas comme ceux de Equinoxe Télévision qui reprennent les signaux des chaînes internationales pour relayer les matchs de football dont ils n’ont aucun droit.

Passons ! A Canal II, on essaie d’être professionnel et à défaut d’avoir les droits de retransmission de la Coupe du Monde de Football Féminin, on nous immerge dans le quotidien des familles de quelques Lionnes indomptables.

Lionnes Indomptables en selfie
Lionnes Indomptables en selfie

On a donc pu voir la vie des familles d’Enganamouit, de Meffometou et de Zouga, entre autres. Voilà un vrai reportage télé qui nous fait vivre la misère de ces familles dont les filles, plongées quelque part en Amérique du Nord, défendent les couleurs d’un pays qui ne s’est pas empressé de les encadrer, qui ne leur a pas offert une préparation digne de ce nom, et qui ne leur a même pas versé leurs primes de participation.

Des lionnes, des vraies

Et pourtant, ces vaillantes lionnes ont accédé au deuxième tour de leur première Coupe du monde. Elles méritaient mieux, mais pour tous les Camerounais, leur participation est un exploit. Un exploit pour un pays dont le championnat féminin est arrêté. Un exploit pour des jeunes filles que seuls le zèle et le patriotisme ont conduit jusqu’à ce niveau. Ce sont des vraies lionnes, et Yannick Noah avait bien raison :

Tu sais Dolorès, je voudrais bien voir la tête de tous ces récupérateurs politiques. De même que Françoise Mbango a obtenu deux fois l’or aux Jeux Olympiques, de même que ces mêmes lionnes ont obtenu la médaille d’or aux Jeux Africains en 2011, de même que les volleyeuses ont été plusieurs fois au podium de l’Afrique (et récemment encore à Nairobi), les Lionnes indomptables sont de véritables Reines d’Afrique :

Ces femmes que nous méprisons

Alors je te parle des Lionnes indomptables, ces femmes que nous insultons, méprisons, battons, négligeons. Ces femmes qui, pour être représentées à 30 % du parlement camerounais ont lutté à travers plusieurs décennies de plaidoyer. Ces femmes à qui on n’attribue pas encore un poste de Premier Ministre ou de Vice-Premier Ministre, encore moins Secrétaire Générale à la Présidence ou même ailleurs. Les postes clés sont attribués aux hommes.

Et pourtant, à compétence égale, une femme peut diriger et même mieux qu’un homme. Sommes-nous donc dans un pays clairement macho ? La femme est encore marginalisée dans le positionnement social du pays. On la confine à hurler dans les meetings politiques. On la réduit à applaudir, crier, et pleurer dans les cérémonies et les deuils. On la mobilise surtout pour la cuisine et nos désirs sexuels. Oui, ayons le courage d’affirmer que nous maltraitons nos lionnes. Nous les domptons au gré de nos muscles, nos critiques acerbes, et nos moqueries permanentes. Nous les abrutissons donc véritablement, à tel point que beaucoup de filles, toujours dans le souci de nous plaire nous, mâles, se dénudent pour attirer notre attention, vendent leur corps pour attiser notre sensualité, se muent en « panthères » pour espérer le soutirage subtil de notre porte-monnaie.

Autonomisation des filles.

A qui la faute ? Leur avons-nous appris à s’autonomiser ? Avons-nous cessé de les offrir à nos gendres moyennant une forte dot qui n’est rien d’autre qu’un troc commercial en bonne et due forme ? Pourquoi la fille n’hérite t-elle pas au Cameroun ? Pourquoi la fille n’a pas droit aux terres comme ses frères ? Pourquoi l’envoyons-nous en mariage avant ses 18 ans ? Pourquoi l’écartons-nous de nos conversations « savantes » lorsqu’on est au salon ? Pourquoi lui interdisons-nous certaines viandes et certaines nourritures ? Pourquoi devons-nous la priver de plaisir en l’excisant et en lui imposant nos mutilations génitales. Pourquoi devons-nous lui repasser les seins parce qu’ils poussent trop vite à notre goût ? Pourquoi ? Parce que nous croyons qu’elles doivent grandir différemment que les garçons ? Que leur place est dans l’apprentissage de la couture, la coiffure et la cuisine, tandis que nous, nous avons vocation à gérer, contrôler, commander ? Non ! Les femmes et les hommes sont assis côte à côte, partenaires à vie. Les femmes sont toutes des reines, elles le sont dès l’enfance.

Alors accueillons, applaudissons, félicitons, encourageons les Lionnes indomptables. Elles ont montré aux hommes que le football n’a pas de sexe. Tiens Dolorès, de 1998 à 2014, les lions garçons ont participé à quatre coupes du monde. Ils ont encaissé plus de 20 buts pour en marquer seulement 7. Les filles elles, en une seule Coupe du monde, ont encaissé 4 buts pour en marquer 9. Les faits sont têtus n’est-ce pas ? Vivement 2016 avec la Coupe d’Afrique des Nations féminine que le Cameroun organise. Pour une fois, que les décideurs de mon pays fassent preuve de discernement et de sagesse. Pour une fois, considérez ces femmes, nos femmes !


Quels enfants pour l’après 2015 ?

A Yaoundé, l’Unicef s’est inquiétée de l’avenir que nous sommes en train d’offrir à nos enfants.

Ce matin au Hilton Hôtel à Yaoundé, devant plusieurs journalistes camerounais, Thierry Delvigne-Jean, le Chef Régional de la Communication de l’Unicef pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, déclarait ceci : « Dans plusieurs pays du monde, de nombreux enfants ont un téléphone portable alors qu’ils n’ont pas d’eau potable à boire ». Si cette déclaration peut arracher un sourire, elle reflète néanmoins et froidement la situation du monde actuel : les technologies évoluent alors que les services de base se raréfient. La faute à Dame Planète Terre et surtout à son locataire l’Homme qui gaspille les ressources alors que la population augmente. Que faire alors et comment agir ? La réponse est peut-être à rechercher dans le livre d’Alice A. Bailey, Les Problèmes de l’Humanité, dans lequel elle affirme que le problème des enfants dans le monde aujourd’hui est « certainement le plus important de tous ceux qui se posent aujourd’hui à l’humanité. L’avenir de la race repose entre les mains de la jeunesse. Sans elle, un nouvel ordre mondial, si vivement désiré et auquel référence est si constamment faite, n’aurait absolument aucun sens. Ce que nous ferons de la jeunesse et pour elle aura des conséquences  de la dernière importance ». Ce livre, écrit pourtant dans les années 1960 est actualisé dans les propos de Anthony Lake, Directeur Général de l’Unicef, à écouter dans le lien audio suivant :

L’alerte d’Anthony Lake fait suite à un nouveau rapport de l’Unicef, publié le 23 Juin 2015 et qui  indique que :

  • Il y aura d’ici 2030, 68 millions de plus de décès d’enfants de moins de cinq ans de causes évitables ;
  • Environ 119 millions souffriront encore de malnutrition chronique ;
  • Un demi-milliard de personnes continueront de pratiquer la défécation à l’air libre, compromettant ainsi sérieusement la santé des enfants ;
  • Il faudra presque 100 ans pour que toutes les filles des familles les plus pauvres d’Afrique subsaharienne achèvent le premier cycle de l’enseignement secondaire.

Thierry Delvigne-Jean aura donc aussi attiré l’attention des journalistes camerounais sur quatre grands moments de l’année 2015, comme cruciaux pour la survie de notre humanité :

1- Le Financement du développement :

Après le Consensus de Monterrey (2002) et  la Déclaration de Doha (2008), voilà qu’une ville africaine, Addis-Abeba, accueille du 13 au 16 Juillet 2015, la  3ème  Conférence internationale sur le financement du développement. L’enjeu de cette conférence est bien entendu, l’agenda post 2015. Les objectifs de financement dans les trois dimensions du développement durable –croissance économique, équité sociale et protection de l’environnement- seront au menu de cette conférence. En toile de fonds, quelle planète souhaitons-nous léguer à nos enfants ?

2- Les ODD :

Autre fait majeur 2015, du 15 au 28 Septembre 2015 à New York, se tiendra la 70ème session de l’Assemblée Générale de l’ONU. Au menu, les ODD (Objectifs du Développement Durable) qui en déboucheront après les OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement). Par l’initiative My World 2015, plus de deux millions de contributeurs ont voté les points qu’ils souhaitent  voir mis sous agenda de ces objectifs. Car il s’agit bien  de « 2015 : Le monde que nous voulons » , une autre manière de dire : « L’avenir que nous voulons », thème du sommet de la Terre, RIO + 20 en 2012.

3- L’équité en faveur des enfants :

Entre temps, l’Unicef insistera pour renforcer l’équité en faveur des enfants du monde entier.  «  Vers l’équité et les objectifs post 2015 relatifs à l’enfance ». Car, remarque le Directeur Général de l’Unicef, Anthony Lake : « Les OMD ont permis au monde de réaliser d’immenses progrès en faveur des enfants mais ils nous ont aussi montré combien d’enfants nous négligeons. La vie et l’avenir des enfants les plus défavorisés sont importants, pour eux-mêmes bien sûr, mais aussi pour leurs familles, leurs communautés et leurs sociétés. »

4- COP 21 ou mettre fin au gaspillage des ressources.

Il y’a enfin, du 30 Novembre au 11 Décembre 2015,  la 21ème Conférence des Parties de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 21). Cette conférence est cruciale, car devant aboutir plus que jamais à un accord juridique universel et contraignant sur le climat, afin de sauver la planète. Cet accord préservera la terre de toutes les formes de gaspillage (énergies fossiles, exploitation forestière abusive, destruction de la faune et de la flore, etc.).

L’enfant, sujet transversal des Nations Unies :

Tous ces quatre moments ont pour dénominateur commun, les enfants. Il n’y aura pas d’enfant sans survie de la planète, et il n’y aura pas de planète sans survie de l’enfant. L’enfant est le sujet transversal de toutes les agences onusiennes. L’enfant est à la fois la clé et l’objet du développement. Il est au centre de la lutte contre la famine, la lutte contre la pauvreté, et par-dessus tout, le combat pour le développement durable. Il est la victime des conflits, et dont le bénéficiaire du monde pacifié que nous allons lui construire. La question de l’enfant, qu’on le veuille ou pas, est la question centrale du monde de demain. Quoique oubliés des discours politiques, quoique négligés par les rédactions et les sujets journalistiques, quoique marginalisés dans nos différents blogs, « les enfants d’abord ».

Et après 2015 ?

 Maintenant, posons-nous les bonnes questions : Que mangerons nos enfants lorsque les lacs et les océans seront asséchés ? Quelle paix durable leur lèguerons-nous alors que de part et d’autre de la terre, il y’aura des migrants climatiques ? Quelle énergie électrique pourront-ils avoir en Afrique pour faire fonctionner les téléphones, les tablettes et autres gadgets innovants des futures générations ? Comment leur inculquer les notions de paix et d’équité si la Terre qui les accueille restera une jungle où les rares ressources seront disputées au lieu d’être partagées ? Donnons donc raison à l’Unicef qui demande que les ODD tiennent compte de nos enfants, et des enfants de nos enfants. L’avenir que nous voulons ne sera radieux que si nous opérons des changements dans nos comportements, et dans de nouveaux modes de consommation que les héritiers de la Terre adopteront. Donnons-leur après 2015, une Terre de sourire et d’Espérance. Donnons-leur 2015 raisons de croire en l’avenir, car si hier nous n’avons pas pensé à aujourd’hui, aujourd’hui, donnons une chance à demain !


Des radios transfrontalières oeuvrent à la paix

Le souvenir de « Radio  Mille Collines » est encore dans nos mémoires et on se souvient de ce que cela a engendré en 1994 comme blessures et séquelles au Rwanda. Or, depuis quelques temps, les frontières du Cameroun sont exposées aux conséquences des conflits en Centrafrique et des exactions de la secte islamiste Boko Haram. C’est dans cette situation vulnérable que l’Unicef organise à Bertoua au Cameroun, l’Atelier de renforcement des capacités des hommes et femmes des radios transfrontalières du Cameroun, de la République centrafricaine et du Tchad. Au programme : la lutte contre les maladies à potentiel épidémique, la vulgarisation des pratiques familiales essentielles et la promotion de la paix et le développement.

CARTOGRAPHIE RADIOS TRANSFRONTALIERES

Pendant 6 jours, du 22 mai au 27 mai 2015, les délégations des trois pays se mobilisent pour qu’en fin de compte, les enfants et les femmes, les populations déplacées et les zones de frontières communes connaissent la paix, le goût du vivre ensemble et l’évitement de plusieurs fléaux.

Félicité Tchibindat, Représentante Unicef au Cameroun
Félicité Tchibindat, représentante Unicef au Cameroun

Pour Félicité Tchibindat, Représentante de l’Unicef au Cameroun,

« Le rôle des radios communautaires n’est plus à démontrer ; elles participent à travers le monde au processus de diversité culturelle, d’information, d’éducation, de lutte contre la pauvreté et pour le développement, dans la construction pour le changement social au bénéfice des populations et en particulier des groupes marginalisés, et pour leur sécurité ».

C’est vrai que les 27 radios communautaires du Cameroun (essentiellement des régions de l’Est, du Nord, de l’Adamaoua et de l’Extrême-Nord), auxquelles on associe celles du Tchad (Radio Soleil de Pala, Radio Terre Nouvelle de Bongor, Radio Léré, Radio Kadai du Lac et Radion ONRTV Moundou) et celles de la RCA (Radio Siriri de Bouar, Radio Maigaro de Bouar, Radio Kuli Ndunga Nola et Radio Zokpana Berberati) sont entrées dès ce jour à l’école des droits de l’enfant, des droits des réfugiés, et surtout de la gestion de l’information en faveur de la cohésion sociale et la coexistence pacifique.

Ivaha Diboua Samuel, Gouverneur de la Région de l'Est
Ivaha Diboua Samuel, gouverneur de la région de l’Est

En ouvrant les travaux, le gouverneur de la région de l’Est, Ivaha Diboua Samuel a rappelé que dans ce contexte,

«  les médias, et singulièrement les radios communautaires, sont appelés à être appelés à être au premier plan de tous les nombreux fronts de cette bataille. Je citerai notamment le front de la santé, celui de la protection et celui de la nutrition du jeune enfant, de l’incitation à l’adoption des pratiques familiales essentielles, de la consolidation et de la promotion de la paix ».

Les radios communautaires connues comme médias de proximité, qui utilisent les langues locales dans la production et dans la diffusion de leurs programmes informent, éduquent, animent et participent à la construction du vivre ensemble, qui plus est, lorsque ces radios sont écoutées au-delà des frontières nationales. La Représentante de l’Unicef ajoutera à ce propos que :

« Dans de nombreux cas, les médias communautaires peuvent combler le vide laissé par les grands médias privés, qui sont mus par d’autres impératifs excluant les couches sociales sous-représentées ou marginalisées ».

La présence des 223 730 réfugiés centrafricains dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua du Cameroun sont un exemple de l’impératif de la culture de la paix et de la tolérance, rôle dévolu aux professionnels du micro, afin que l’onde distille à la ronde, un monde dépourvu de la parole immonde.


Lady Ponce m’a baigné dans ses sons

« Je ne pense pas que je mérite tous ces éloges, parce que je suis encore dans mes débuts. J’essaie de m’inspirer se certaines icônes comme Koffi Olomidé. Je me dois donc de plus travailler ».

C’est par cette tournure renversante que Lady Ponce m’a séduit hier soir. Ce n’est pas seulement son sourire qui est incroyable, mais aussi la facilité avec laquelle la diva du bikutsi au Cameroun me répond avec une aisance déconcertante. Elle me dira ensuite :

« Je ne suis pas en aventure dans la musique, ce métier, je l’ai choisi ».

Ayant dit cela, je regarde ce parcours exceptionnel de Lady Ponce depuis 2006 avec un son premier album « Le ventre et le bas-ventre », jusqu’à son 5e album le 6 mai dernier, « Bain de sons ». Entre-temps, il y a eu « confessions » en 2008, « Bombe atomique » en 2010 et « La loi du talion » en 2012. Autant d’albums et autant de succès qui ont permis à la diva de se hisser comme l’artiste numéro 1 au Cameroun et même en Afrique à partir de son deuxième album. Aujourd’hui, c’est une Lady Ponce fraîche et affirmée qui me révèle qu’elle est toujours fan de plusieurs artistes, parmi lesquels Grace Decca :

« C’est une femme que j’aime énormément. J’aime son côté social, son côté classe, j’aime sa capacité à éviter les conflits. Qu’est-ce qu’on n’a pas raconté sur elle ? Elle a pourtant conservé sa finesse et son étoffe de star. La preuve, son cachet n’a jamais changé. Et j’attire l’attention des Africains sur cette futilité à comparer les artistes entre eux. Allez en France et voyez comment on respecte les artistes aînés ? On ne les compare pas et ne les met pas en conflit avec ceux de la nouvelle génération ».

Lady Ponce rappelle à l’ordre cette presse mal famée du Cameroun qui a l’art de comparer les artistes entre eux et organiser des conflits qui n’existent pas. Cela, Lady Ponce l’a compris et nous baigne dans ses 18 nouveaux sons depuis le 6 mai 2015 :

«  Vous découvrirez dans cet album, de nouvelles facettes de Lady Ponce » me confie-t-elle avant d’ajouter :

« Je fais 18 titres parce que moi je ne suis pas un artiste de singles ».

Là encore, il faut lire entre les lignes. Lady Ponce est une fan du travail accompli, planifié et finalisé, rien à voir avec cette vague de singles sortis sans suite et qu’on observe au Cameroun depuis trois ans. Elle tient à rappeler ceci :

«  Etant donné que nous n’avons pas de producteur au Cameroun et plutôt des bluffeurs, j’ai décidé de me lancer dans l’autoproduction de cet album sous le label NAR ».

NAR qui représente les initiales de son vrai nom est devenue une société artistique et événementielle qui accompagne tous les projets de Lady Ponce désormais. Autour de la diva, une équipe constituée de musiciens, de danseurs, de stylistes, de managers, de communicateurs, de conseillers divers, etc. Bref, Lady Ponce se professionnalise et le fait savoir à travers le design, la communication et la production de l’album « Bain de sons ».

Lady Ponce 1

Lorsque je lui demande pourquoi le troisième titre de cet album est intitulé « mes fans », Lady Ponce a la formule qui tue :

« Je n’ai même pas de mots, parce que je ne sais pas comment remercier mes fans. C’est un miracle ! Les gens m’aiment, me soutiennent, pleurent dans mes concerts, organisent même des messes et des prières pour moi. Simplement je leur dis merci ».

Elle me révélera la confiance qu’elle accorde à Pipiyo, ce jeune réalisateur camerounais à qui elle a confié tous ses clips, parmi lesquels la chanson « O bale me » ci-dessous :

Lady Ponce n’arrête pas de me sourire et je comprends dès lors l’hystérie de ses fans pendant ses scènes si enlevées. La chanson Awou (la mort en langue béti) est présente dans cet album et Lady de me dire :

« J’étais à peine avec Madame Fogning à la présentation des vœux qu’elle meure quelques jours après… Dernièrement,  Alain Mbarga, l’un des grands promoteurs de la culture au Cameroun, s’en est allé aussi. Les deux sont morts des suites d’un accident de circulation. C’est vous dire que la vie est éphémère et vanité ».

 Encore une réplique qui vous redresse le col. Lady Ponce ne le dit pas seulement, mais le chante aussi puisque son premier titre de cet album s’intitule « Vanité ». Elle rira et dira ensuite :

« Demain ou après demain, tout le monde passera de l’autre côté. Donc, vanité des vanités… ».

Lady Ponce 3

Et lorsque j’évoque le titre Koum koum koum qu’elle chante en featuring avec le groupe X MALEYA, je lui dis que cela me rappelle la fameuse nouvelle « Trois prétendants, un mari » de Guillaume Oyono Mbia.

« C’est bizarre, tu es le premier à me faire cette remarque » dira-t-elle avant de poursuivre : « A la base, le titre c’était Koum koum, c’est-à-dire deux fois. Et comme X MALEYA est constitué de trois membres, on a décidé de frapper trois fois. Effectivement, on toque trois fois parce qu’il y’a trois prétendants ».

Le chiffre trois ne s’arrête pas là puisque trois des dix-huit chansons de cet album ont été réalisées dans les studios de X MALEYA. Le temps passe, je regarde ma montre et cela fait plus de 40 minutes que je suis avec elle. Elle a presque oublié qu’elle doit prendre un avion. Et quand je le lui rappelle, elle saute faire ses valises. La vie de star est agitée, c’est à regret que je dois la quitter, mais je me console déjà à consommer son album sans modération, car c’est vrai bain de sons.


Oui, j’ai honte de ce Cameroun-là !

Je regardais l’émission « Fou Fou Foot » cet après-midi sur la télévision nationale camerounaise. On y relatait la qualification des « lionnes indomptables » pour le tournoi de football féminin des jeux africains de Brazzaville 2015. Au-delà de la qualification, c’est cette image invraisemblable d’une joueuse éthiopienne qui se blesse en cours de rencontre que je garde en mémoire. La jeune fille est évacuée sur civière dans l’ambulance du SAMU, et paf ! l’ambulance ne démarre pas. La voiture doit être poussée pour qu’elle puisse démarrer après plusieurs minutes, sous les huées et les sifflets du public. Dans ce public-là, se trouvaient plusieurs membres du gouvernement. Personne n’a bronché. Dans ce cas-là, aucune communication officielle. Le Cameroun organise pourtant en 2016, la Coupe d’Afrique des Nations de football féminin. A un an de l’évènement, voilà un amateurisme criard qui se fait jour. Une ambulance qui n’avance pas, cela veut dire que la joueuse éthiopienne était plus en danger dans cette voiture que sur l’aire de jeu. Quelle image gardera-t-elle du pays de Paul Biya ?

N’est-ce pas la preuve d’un système chancelant, grelottant ?  N’est-ce pas la preuve que tout est improvisation dans ce pays ? N’est-ce pas la preuve que le sport est le reflet de la gouvernance moribonde de ce pays ? Oui, le Cameroun sait briller dans les faits divers. Il y a quelques semaines, de nouveau, un bébé a été volé dans une structure sanitaire et quelle structure sanitaire ? L’hôpital de l’école de police ! Grand Dieu, on vole un bébé chez les policiers et personne n’a rien vu ? Malgré l’ultimatum du patron de cette police, sommant ses équipes de retrouver cet enfant sous 48 heures, rien n’a bougé. C’est que, dans ce Cameroun, les discours succèdent aux discours. Les démentis succèdent aux démentis, les communications gouvernementales succèdent aux communications gouvernementales.

Mais pour dire quoi ? Que le Cameroun n’est pas le seul pays au monde où ce genre de choses arrive ? Pour dire quoi ? Que c’est la faute de tout le monde sauf du pouvoir et de son chef ? Pour dire quoi ? Que la communauté internationale exagère dans ses rapports sur la corruption et l’entrave aux droits de l’homme s’agissant du Cameroun ? Non, mais ! Quelle image pour mon pays ? Un pays des slogans, de la propagande et des messages creux. Non, mais ! C’est dans le détail qu’on juge l’œuvre d’un pays. On proclame l’émergence, on la décrète. Cela ne se décrète pas pourtant, elle se construit de manière concrète et palpable.

Une ambulance qui ne fonctionne pas, un hôpital de police qui n’est pas surveillé, cela suffit pour comprendre que rien de sérieux n’est à espérer de ce système. Allons plus loin ! Pour ce même football, les scandales se suivent et se ressemblent : Des joueurs qui ont passé deux nuits blanches dans un aéroport à cause des problèmes d’intendance, d’autres qui se sont retrouvés en Asie sans l’effectif complet, contraignant l’entraîneur des gardiens à s’inscrire dans la feuille de match comme remplaçant… C’est cela la fierté que je dois avoir ? Je dois être fier d’un pays dans lequel, chaque jour les ministres sont sur la défensive au lieu de nous surprendre pour une fois avec des actions concrètes qui changent positivement la vie des citoyens ? Je dois être fier des scandales à répétition des administrateurs de ce  pays ? Non ! J’ai honte de ce Cameroun-là. Changez-le ! Faites-le changer ! Nos enfants méritent mieux, et nous n’en prenons pas la voie pour le moment.


800 000 enfants fuient la violence au Nigéria.

Le nouveau rapport de l’Unicef (publié ce 13 Avril 2015) est clair:

Environ 800 000 enfants ont été obligés de fuir leurs foyers en raison du conflit dans le nord du Nigéria entre Boko Haram, les forces militaires et les groupes d’autodéfense civile

Le 17 Mars, Alia, 10, couvre son visage avec un dossier tout en se tenant devant une fresque murale d'un avion, dans un camp pour personnes déplacées à l'intérieur, à Yola, capitale de l'Adamaoua, un état dans le nord-est du Nigéria.
Le 17 Mars, Alia, 10 ans, couvre son visage avec un dossier tout en se tenant devant une fresque murale d’un avion, dans un camp pour personnes déplacées à l’intérieur, à Yola, capitale de l’Adamaoua, un état dans le nord-est du Nigéria.

Publié un an après l’enlèvement de plus de 200 écolières à Chibok ( Nigéria), le rapport Enfances perdues révèle que le nombre d’enfants qui fuient les violences à l’intérieur du Nigéria, ou qui traversent les frontières pour se réfugier au Tchad, Niger et Cameroun, a plus que doublé en à peine un an.

Le mur porte des phrases telles que "Un gars avec une mission» et «Je veux être un soldat» et les références en battant le groupe rebelle Boko Haram.
Ici, Samson 17 ans, un déplacé du Nigéria. Le mur porte des phrases telles que « Un gars avec une mission» et «Je veux être un soldat» et les références en battant le groupe rebelle Boko Haram.

Ces chiffres sont publiés alors que l’UNICEF attire l’attention de la communauté internationale sur les effets dévastateurs du conflit sur les enfants de la région en utilisant le hashtag #bringbackourchildhood (rendez-nous notre enfance).

Le rapport Enfances perdues présente le lourd tribut que le conflit fait payer aux enfants du Nigéria et de la région :

  • Des enfants sont utilisés dans les rangs de Boko Haram – comme combattants, cuisiniers, porteurs et guetteurs.
  • Des jeunes femmes et des filles sont victimes de mariage forcé, du travail forcé et de viols.
  • Des élèves et enseignants ont été délibérément pris pour cible – avec plus de 300 écoles endommagées ou détruites et au moins 196 enseignants et 314 élèves tués à la fin de 2014.

 Falmata, un enfant réfugié au Tchad fuyant le conflit qui affecte Nord-Est du Nigeria, fait ce dessin dans un  Espace Ami des Enfants dans le camp des réfugiés de Dar es-Salaam dans le domaine Bagassola dans la région du lac du Tchad.

Falmata, un enfant réfugié au Tchad fuyant le conflit qui affecte Nord-Est du Nigeria, fait ce dessin dans un Espace Ami des Enfants dans le camp des réfugiés de Dar es-Salaam dans le domaine Bagassola dans la région du lac du Tchad.

L’UNICEF a intensifié sa réponse humanitaire à la crise. Au cours des six derniers mois, l’UNICEF a fourni un soutien psychosocial  à plus de 60 000 enfants touchés par le conflit au Nigéria, Niger, Cameroun et Tchad, en vue de les aider à atténuer les souffrances que leur causent leurs souvenirs, à réduire leur stress et à surmonter leur détresse émotionnelle. Les enfants sont donc victimes de ce conflit barbare qui entoure les quatre pays. Pitié, rendez-leur leur enfance!


Un café au très respectable Cabral Libii Li Ngue

Si je te connaissais, les gens pourraient crier au complot de la savonnette. Mais toi et moi nous ne sommes jamais rencontrés. Et pourtant, depuis plus de cinq ans, je t’écoute dans les médias. J’écoute ton langage châtié et fougueux. J’y perçois de temps en temps un peu de zèle, beaucoup d’aisance cognitive, mais surtout de la bonne volonté, cette graine si rare dans le cœur et l’esprit de la majorité des jeunes Camerounais. Je t’écoutais souvent les samedis matins sur les ondes de « Radio Campus » à Yaoundé, et je dois t’avouer, je ne comprenais pas où tu voulais nous embarquer. Tu étais tantôt pour, tantôt contre le régime de Biya. Sur les plateaux de télévision, j’étais contrit de te savoir mêlé à ces diatribes de nouveaux « experts » crées par les nombreuses émissions de débat de l’espace public camerounais. Des débats qui en creux, restent toujours creux. Finalement, j’ai compris que dans la pire obscurité, une simple lueur peut nous sortir de la caverne.

Permets-moi de te dire que tu es cette lueur. Tu as le mérite d’être jeune, d’être brillant, d’être cultivé, d’être ouvert, et… de ne pas céder à l’opportunisme ambiant de la jeunesse camerounaise, défigurée par des aînés dont l’échec cuisant a conduit ce pays à la cacophonie généralisée. Cher Cabral, j’ai été admiratif lorsque tu as expliqué la pertinence de la future délivrance des doctorats professionnels à l’Université de Yaoundé II. Je me suis dit : « Enfin un académicien qui comprend la nécessité de former des professionnels et non des perroquets pour amphis ». Cela n’a rien à voir avec la « professionnalisation » tant prônée et proclamée par le fameux Ndongo. Car, si professionnaliser les enseignements d’après lui, c’est introduire un cours de création d’emploi dans la filière philosophie, alors bien entendu, il ignore de quoi il parle. Simplement parce qu’au Cameroun, on ne sait pas qu’avoir les diplômes ce n’est pas avoir un métier. Passons.

Que dire alors de tes interventions dans les plateaux de télévision. Tu ne t’en rends pas compte, mais tu es au-dessus de la mêlée. La masse est trompeuse, et tu as su t’en démarquer, même devant un charlatan de journaliste qui a osé te parler d’un mythe Béti qui avait la saveur nauséabonde d’une intimidation. Crois-moi, ce n’est qu’une question de temps, et la République de l’intimidation n’existera plus au Cameroun. Ton courage est en la preuve.

Oui, Cabral, fonce ! Je sais que tu fais face à une épineuse jalousie inévitable dans ce pays qui a perdu tout repère de méritocratie. Mais il ne s’agit pas de cela. Tu es désormais au-devant d’un sacerdoce dont tu n’as peut-être pas encore conscience, celui de montrer un autre chemin, celui de la crédibilité, de la dignité et de l’intégrité, denrées devenues rares dans notre société actuelle.

Merci, parce que toi au moins tu sors des sentiers battus. Merci, parce que dans ton langage juridique, tu connais les lois et l’esprit des lois. En bon constitutionnaliste que tu es, je ne peux que m’incliner. Merci parce que du haut de ton master II en sciences de l’information et de la communication, tu as eu l’humilité nécessaire de rappeler à tes co-panélistes (d’une émission que je ne citerai pas), que les journalistes camerounais ne peuvent pas prétendre donner des leçons de journalisme aux Français qui leur ont enseigné ce même journalisme. Je reviendrai sur ce débat-là une autre fois. Mais bravo pour ta clairvoyance au sujet de la MAFIA-FIFA et ses incidences sur l’opium-football camerounais. Bravo pour ton approche de la question juridique de l’homosexualité au Cameroun. Merci de ne pas être à la solde des corrompus de la République. Merci de ne pas être comme tous ces journalistes en veste et cravate, simple ombre d’une manette ou d’une gâchette ministérielle. Merci de ne pas briguer (illégitimement) une place dans la mangeoire politicienne nationale, car pour le moment le Cameroun ne te mérite pas. Demain sans doute.


Le football africain est complètement à l’Ouest.

Nigéria, Champion CAN U20 2015
Nigéria, Champion CAN U20 2015

08  Février 2015, Finale de la 30ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations de Football en Guinée Equatoriale, deux équipes ouest-africaines se neutralisent pour le trophée. La suite, on la connait, les ivoiriens sont champions d’Afrique, et les ghanéens encore des chats noirs.  Voilà deux pays de l’Ouest du continent qui livrent une finale, alors que l’Afrique Centrale, hôte de la compétition, se contentera de la 3ème place.

Un mois plus tard, le 1er Mars au Niger, le Mali des U17 (moins de 17 ans) est champion d’Afrique face à l’Afrique du Sud. Là encore, la suprématie ouest-africaine est visible, car sur les quatre demi-finalistes, trois viennent de cette sous-région du continent : Nigéria, Guinée et Mali seront bel et bien présents à la coupe du monde chilienne de la catégorie. Notons au passage que 5 des 8 équipes de ce tournoi étaient de l’Ouest de l’Afrique.

Quelques jours après, le 22 Mars, l’Ouest de l’Afrique frappe plus fort encore au tournoi des juniors U20 (moins de 20 ans) où les quatre pays qualifiés pour la prochaine coupe du monde de la catégorie sont les africains de l’Ouest : Nigéria, Sénégal, Ghana et Mali.  Ces quatre demi-finalistes de la CAN U20 organisée  par le Sénégal accoucheront d’une finale Nigéria-Sénégal, consacrant ainsi le 6ème titre des Flying Eagles en 19 éditions.  La preuve par dix que là bas, le football se parle en termes de relève. Par exemple, sur les 4 finales disputées par des équipes africaines en coupe du monde junior, seuls le Nigéria et le Ghana y sont parvenues. Le Ghana est d’ailleurs la seule équipe africaine à être championne du monde junior en 2009. Ces deux pays sont d’ailleurs parmi les plus titrés de la coupe du monde cadets. Le Nigéria est 4 fois vainqueur (1985, 1993, 2007 et 2013), et trois fois finalistes (1987, 2001 et 2009) de la Coupe du Monde U17. Quant au Ghana, son palmarès est tout autant élogieux : 2 finales gagnées (1991, 1995) et deux perdues (1993 et 1997).

Allez donc me dire que tout cela est un pur hasard ? Allez me dire que des générations se succèdent dans la continuité du succès parce qu’une main invisible divine toucherait ce football de l’Afrique de l’Ouest ? Non ! Cherchez la réponse dans l’organisation, la formation et la gratification des jeunes.

Dans ces pays là, les écoles de football, font justement…école ! Dans ces pays là, les centres de formation  ont même connu la signature des grands clubs européens : L’Ajax d’Amsterdam et le Feyenoord ont investi au Ghana, et l’As Monaco a investi au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Dans ce dernier pays, le centre de formation de l’Asec Mimosas est le fournisseur de 70% des joueurs qui sont alignés au sein des éléphants. Là bas, les championnat de jeunes existent et sont très courus. Là bas, le football ne souffre pas d’une certaine nostalgie gérontocrate, où les générations anciennes refusent de passer le témoin aux nouvelles. On parle de continuité sans cesse. On voit les mêmes émerger dans les U17, les U20, les U23, et même les A’ (Equipes nationales intermédiaires).  Là bas, les querelles savent se taire si rapidement quand l’honneur de la patrie est en jeu. Là bas, le football se dépersonnalise pour rester un sport collectif. Là bas, les intérêts partisans existent, mais savent se mouler et se noyer dans la splendide godasse du jeune footballeur qui marque un but exceptionnel. Là bas, le football donne du plaisir et non pas les sueurs froides de la rubrique faits divers. Ne vous étonnez plus désormais, de constater que le football africain est complètement à l’Ouest.


Les mots de la Francophonie, Chapitre 10 : J’ai mangé francophone.

Chaque année le 20 Mars, la Francophonie se lève comme un seul homme pour célébrer sa richesse commune qu’est la langue française, ainsi que les valeurs communes partagées par les nations francophones ou francophiles. Au Cameroun, la semaine nationale de la Francophonie est devenue une institution, tellement que les jeunes s’approprient toutes les connaissances et tous les savoirs sur l’univers francophone. J’ai pu le vérifier par moi-même cette semaine, lorsque la Direction de la Francophonie du Ministère des Relations Extérieures m’a offert des ouvrages, dictionnaires et lots divers à offrir aux auditeurs méritants de ma radio, lesquels sont de vrais férus de francophonie. Parmi ces lots, j’ai particulièrement apprécié le logiciel qui permet d’accéder à des cursus de 13 universités francophones dans le monde.

Gael, lauréat 2015, concours radiophonique de la Francophonie
Gael, lauréat 2015, concours radiophonique de la Francophonie

Au-delà de la gymnastique intellectuelle de la francophonie, il y’avait ma rencontre avec ces 500 élèves des lycées et collèges de Yaoundé, au Lycée Général Leclerc. Après quelques causeries éducatives sur le thème « Jeunes, Environnement et Climat », après la diffusion du premier message officiel de Michaëlle Jean, Secrétaire Générale de  l’Organisation Internationale de la Francophonie,

j’ai vu l’émulation des jeunes s’activer dans une maîtrise parfaite, des noms, des idéaux, des pays et des thèmes généraux de la Francophonie.

Elèves des clubs Francophonie de Yaoundé
Elèves des clubs Francophonie de Yaoundé

            Même ambiance ce 20 Mars 2015 au Ministère des Relations Extérieures. La diplomatie francophone présente à Yaoundé a commémoré cet évènement à travers quelques allocutions, mais surtout la très courue foire gastronomique. Je dois avouer, j’aime la bouffe, mais de là à me bousculer, ne comptez pas sur moi ! Par contre, quelques érudits en matière de bousculade ont eu le don d’ubiquité d’un stand à l’autre. C’est le Liban qui a eu la palme d’or de la fréquentation et pourtant, je ne saurais vous dire qu’est-ce qui attiraient tant les gens vers ce stand. Je voyais de loin des jus de fruits, des canapés de toutes sortes, et quelques boulettes. Dans le plat d’une diplomate, j’ai goûté un de ces canapés colorés, et…Un mélange de sucré et de salé, pas bon pour moi. Je décide néanmoins d’avancer devant le stand du Sénégal. Là-bas aussi, bousculade à souhait, et cette fois-ci ce sont les femmes qui sont en tête. Qui a dit qu’elles étaient le sexe faible ? Je vous assure que j’ai failli être renversé. Pas de chance alors, le Thieboudienne, ce ne sera pas pour cette fois.

Je décide de me rendre au stand du Mali voisin. J’ignore quel animal est ainsi exposé, mais cela ressemble à un bélier dont la chair est juteuse et onctueuse. Là aussi, bousculade, mais j’ai tout de même obtenu un petit morceau de viande.

Stand du Mali, Foire gastronomique de la Francophonie 2015
Stand du Mali, Foire gastronomique de la Francophonie 2015

Au Burkina Faso, on me sert du lait écaillé avec des graines de mil, il s’agit du fameux Dakeri. Je découvre alors que ce n’est pas seulement le Sénégal qui en est spécialiste. Je coure alors au stand français. Au menu, il y’avait du pain, du jambon, des cornichons, du fromage et du vin de France. On m’a servi du vin et des cornichons, mais plus de jambon, ceux qui m’ont précédé ont tout raflé.

Pour ne pas rentrer bredouille, tout ambassadeur du tourisme ivoirien que je suis, je ne voulais surtout pas éviter le stand des champions d’Afrique 2015 de football. Je décide à mon tour de bousculer, et bingo ! Je suis devant la serveuse et la photo du président Ouattara. On me sert un chocolat chaud avec du « cacao ivoirien » comme me précise la serveuse. Puis je demande du riz et elle me répond : « On  ne mange pas de riz en côte –d’ivoire, mais on mange Attiéké ».

Stand ivoirien,Foire gastronomique de la Francophonie 2015
Stand ivoirien,  Foire gastronomique de la Francophonie 2015

J’ai souri, car elle ignore sans doute que j’ai séjourné à Grand Bassam et à Abidjan l’année dernière. Elle finit par me servir de l’Attiéké  avec un morceau de poulet et une sauce qui avait la saveur de Grand Bassam. J’ai enfin mangé francophone, malgré la bousculade. Au fait, vous ai-je dit que ceux qui bousculaient étaient tous des diplomates ? Vive la Francophonie !


L’Education, quel cadeau aux enfants de Borgop !

L'éducation, un cadeau

Site des réfugiés de Borgop, Région de l’Adamaoua au Cameroun, précisément dans l’arrondissement de Djohong, qui se trouve à 20km. Il faut parcourir 110km depuis la ville de Meiganga pour arriver jusqu’ici. La route en terre embrasse volontairement tout usager, à pied ou en voiture, d’un nuage de poussière généreuse, avant d’échouer dans ce site de réfugiés. Ils sont en effet  15000 âmes ayant fui le conflit centrafricain pour se retrouver ici à Borgop. Partout, autour des tentes de l’UNHCR (Agence des Réfugiés des Nations Unies), le fulfulde et le sango sont les deux langues du camp. Ali Dan Juma, président du COGES (Comité de Gestion Scolaire) des ETAPEs (Espaces Temporaires d’Apprentissage) nous explique que ce sont essentiellement des populations Peulh qui ont traversé la frontière pour se retrouver dans cette partie du monde. Jusque là, seulement 112 enfants sur les 5000 que compte le site, étaient régulièrement inscrits dans une école centrafricaine. « Ils ont été reversés dans les écoles camerounaises ». Pour la majorité restée dans le camp, il fallait une réponse immédiate en faveur de ces enfants.

Un enseignant à Borgop
Un enseignant à Borgop

La réponse intégrée Education-Protection de l’Unicef s’est rapidement ébranlée : détection des besoins en soutien psycho-social, renforcement de la cohésion sociale, formation des encadreurs pédagogiques, etc. C’est ainsi que 68 ETAPEs pour l’éducation primaire formelle sont fonctionnels. Ici à Borgop, 4 sites accueillent 2100 élèves réguliers et assidus.  Sous financement de l’Union Européenne, dans le cadre du projet « Enfants de la Paix », l’Unicef se déploie pleinement sur ce site. Dans les salles, les gestes sanitaires sont obligatoires : Eau potable, Propreté, Hygiène.

De l'eau potable disponible dans les salles du site
De l’eau potable disponible dans les salles du site

L’enseignant Mboum Bruno, volontaire dans ce projet, estime que les mentalités ont évolué. Ces enfants qui au départ, ont été exposés à des atrocités et à la violence, sont arrivés ici traumatisés, violents et turbulents. Aujourd’hui, une nouvelle donne s’observe sur le site de Borgop.

Un enseignant à Borgop
Un enseignant à Borgop

Ces modules éducatifs leur enseignent désormais le vivre-ensemble, la tolérance, la politesse et la propreté. De 8h à 14h, du lundi au vendredi (sauf le mercredi où ils terminent à 12h), les enfants de la paix de Borgop chantent, récitent, apprennent à lire et à écrire, y compris les jeunes filles. Une des maîtresses de l’ETAPE, Madame Aïssatou Ousmanou, a dû délivrer une de ses élèves  d’à peine 14 ans, que son père voulait marier de force à un cousin, moyennant quelques noix de cola. Son plaidoyer est allé jusqu’au Patriarche du camp, afin que ce mariage forcé et précoce soit annulé. Elle obtiendra gain de cause, et son élève poursuit sereinement son apprentissage.

Aïssatou Ousmanou Enseignante à Borgop
Aïssatou Ousmanou Enseignante à Borgop

«  Si moi je n’étais pas allée à l’école, je n’aurais probablement pas été là ce jour à enseigner ces enfants. Aucune fille ne doit aller en mariage contre son gré et avant l’âge de sa maturité »  nous dit fermement Aïssatou, qui, bien que camerounaise, voit en ce combat de l’éducation de la jeune centrafricaine, d’abord une question de l’égalité et de l’autonomisation de la femme de demain.


Regardez-les, elles ont oublié la guerre

Le soleil brille de nouveau dans le visage des jeunes filles des sites de réfugiés de Borgop (région de l’Adamaoua au Cameroun) et Gado (région de l’Est au Cameroun). Meurtries par la guerre, les atrocités et la perte des êtres chers en Centrafrique, elles font désormais face au défi d’une nouvelle lueur d’espoir.

Regardez-les, elles s’intègrent

Lueur d'espoir pour les réfugiées de Borgop
Lueur d’espoir pour les réfugiées de Borgop

L’accueil par l’État du Cameroun, et la mobilisation des sites est le premier salut. L’UNHCR (Agence des Nations unies pour les réfugiés)  a offert aux 15 000 réfugiés de Borgop, aux 12 633 de Gado 1, et aux 6 115 de Gado 2, des abris et des tentes. Pour le cas de Gado par exemple, 2 550 abris sont disponibles ainsi que 400 tentes. Une nouvelle vie peut désormais commencer pour eux. Fuir la guerre, trouver une terre d’accueil, pouvoir se soigner gratuitement dans un centre de santé, et la vie peut reprendre son cours normal.

Regardez-les, elles s’activent

Assetou, Camp des Réfugiés de Borgop
Assetou, Camp des Réfugiés de Borgop

Hier encore, essentiellement nomades, elles goûtent maintenant au parfum d’une vie stable dans laquelle les activités agropastorales sont de mises. Cuisiner un mets de pistache pour Mimouna, ou sa voisine Shedah qui fait frire des galettes à côté, oui, il y a aussi de la vie dans un site de réfugiés. Plus loin, c’est Assetou qui s’occupe de la récolte de ses céréales. Un bon couscous passera par là.

Mimouna, Camp des Réfugiés de Gado
Mimouna, Camp des Réfugiés de Gado

Regardez-les, elles savent lire et écrire

Séance de Lecture, ETAPE Education à Borgop
Séance de Lecture, Etape Education à Borgop

Ne les confinez donc pas à la cuisine ! A Gado comme à Borgop, les jeunes filles fréquentent désormais les Etapes (Espaces temporaires d’apprentissage) financés par l’Union européenne et l’Unicef, deux organisations prix Nobel de la Paix, qui ont mis sur pied ici, le projet « Enfants de la Paix ». Grâce aux enseignants volontaires, aux agents mobilisateurs et aux instituteurs psychosociaux formés dans ce projet, nos jeunes filles apprennent à lire et à écrire. Dans certains ateliers, les activités de création sont au menu. Pour les 2 000 adolescentes de Gado, les après-midi leur permettent d’acquérir des savoirs en couture, coiffure, etc. Elles sont éduquées, elles s’autonomisent et la réticence des parents conservateurs s’effrite chaque jour un peu plus.

Regardez-les, elles ont de l’eau potable et des toilettes

Station de pompage d'eau, Site de Gado 1
Station de pompage d’eau, Site de Gado 1

Oui, boire de l’eau potable n’était pas évident dans leur univers il y’a quelques temps. Aujourd’hui, grâce à l’Unicef et un partenaire technique sur les sites, l’eau coule à volonté. Par exemple, 50 m3 d’eau coulent en quantité et en qualité (chloration, décantation et clarification de l’eau) chaque jour sur le site de Gado 1, nous confie Mbankeng Imefack Gael, ingénieur chargé du WASH ( Water Sanitation and Hygiene) dans le site. Il nous révèle que les heures de pointe c’est de 6 h à 20 h et de 15 h à 19 h. Pour ce faire, trois stations de pompages motorisés et quelques forages manuels font couler le liquide précieux en direction des cuisines, des activités agropastorales et des latrines.

Bloc de latrines UNICEF, site de Gado 1
Bloc de latrines Unicef, site de Gado 1

Oui, l’Unicef a offert sur ce site 100 blocs sanitaires. La défécation en plein air de leur ancienne vie de nomade a cessé. Nettoyage quotidien, abri confortable et sûr, et les voilà à l’abri du choléra et des autres maladies de la saleté.

ETAPE, EU Children of Peace
Etape EU Children of Peace

Elles ont désormais oublié la guerre. Pour cela, il a fallu se donner un peu de mal pour prévenir beaucoup de mal. Un espace, des aires de santé, des vaccins réguliers, de l’eau potable, des activités d’éducation, d’apprentissage et d’éveil et voilà les « enfants de la paix » de Centrafrique sont une réalité dans des sites de réfugiés au Cameroun.


Flora et Anour: « Enfants de la paix » de RCA dans un site de réfugiés.

Flora et Anour

Ils sont deux centrafricains. Flora est chrétienne et Anour est musulman. Les deux auraient pu symboliser le conflit centrafricain sous le prisme des rivalités entre les deux communautés religieuses. Ils ont tous les deux subi l’horreur et l’atrocité de la guerre en République Centrafricaine, et tous les deux ont échoué à Gado, un site de refugiés centrafricains, à l’Est du Cameroun.

Anour Mahamat : « J’ai été sauvé par un chrétien Témoin de Jéhovah ».

Il y’a 11 mois, ce jeune licencié en Sciences Economiques et de Gestion de l’Université de Bangui a vu sa maison pillée, détruite, et criblée de grenades. Il n’aura la vie sauve que grâce à un voisin Témoin de Jéhovah qui réussira à le cacher  et lui permettra d’atteindre le Kilomètre 5, quartier des musulmans de Bangui. C’est à partir de là que grâce à un avion tchadien disponible à l’aéroport de Bangui, il se retrouvera au Tchad. Deux mois plus tard, il passera par la frontière camerounaise, traverse la ville de Ngaoundéré, et se retrouve enfin à Garoua-Boulai. C’est à 22km de là que se trouve le site des refugiés centrafricains.

Annour

Anour : Faire vivre le COGES au nom de l’éducation des enfants.

11 mois plus tard, Anour est devenu le président du COGES (Comité de Gestion Scolaire) des ETAPEs (Espaces Temporaires d’Apprentissage), financés par l’Union Européenne et mis en œuvre par l’Unicef dans le site des réfugiés de Gado. Depuis le 7 Juillet 2014 en effet, il se charge de gérer les fiches des présences des enfants qui fréquentent les étapes, et leur fournit le matériel scolaire. Par ailleurs, « si les enseignants ont besoin de quelque chose en termes de matériel, ou les enfants qui viennent d’arriver et qui ont besoin de cahiers ou des ardoises, je transmets à nos donateurs et ils nous les fournissent » précise Anour. Il se donne à cette tâche avec une telle dévotion, car se rappelle t-il, les populations de ce site, essentiellement des Peulh, n’avaient pas la culture de l’éducation pour leurs enfants en arrivant ici. C’est sur ce site qu’ils ont découvert l’univers de l’apprentissage et de la scolarisation. « On a les agents sensibilisateurs sur le terrain pour emmener les parents à laisser les enfants venir à l’école » poursuit Anour. Une chose simple lui arrache le sourire dès qu’il y songe : « Aujourd’hui, quand tu trouves un enfant, il te dit  Bonjour en français ou même Good Morning en anglais » affirme t-il avec fierté. C’est vrai que ces enfants centrafricains sont venus dans ce camp avec pour seul langage, leur langue vernaculaire. Aujourd’hui, grâce au projet « Enfants de la Paix » de l’Unicef et de l’Union Européenne, ces enfants communiquent, lisent, écrivent et chantent dans les deux langues officielles du Cameroun, le français et l’anglais. «  L’éducation est fondamentale. Avec ma licence en gestion, ma première expérience est de gérer ces enfants, qui lorsqu’ils retourneront au pays, seront des leaders et des décideurs ».

Tableau bilingue

Flora : Redonner la joie de vivre aux enfants du site.

Dans un autre ETAPE, se trouve Flora Nombot. Son histoire est encore plus dramatique que celle d’Anour. Elle vivait dans sa belle-famille lorsqu’elle apprend un matin que ses deux parents sont assassinés pendant le conflit centrafricain. Contrainte de fuir Bangui, elle se retrouve dans un camion qui traverse la frontière camerounaise pour se retrouver ici à Gado. Heureusement son mari est à ses côtés, ainsi que leur unique fille de trois ans qui est inscrite dans l’ETAPE à la SIL. En quittant Bangui, elle était en Première Année de la filière Banque et Finance. Son background l’a tout de suite emmenée à se porter volontaire pour encadrer les jeunes du site dans l’ETAPE protection. L’étape protection est le volet apport psychologique et moral de ces enfants traumatisés par la guerre centrafricaine.

Flora et les enfants en créativité
Flora et les enfants en créativité

Pour ce faire, les salles appelées ETAPE servent de cadre pour encadrer les enfants de 8h à 12h du lundi au vendredi, à travers des animations, des activités d’éveil, et des activités pratiques (dessins, petites fabrications avec du bois ou de la poterie). Cette stimulation mentale est le résultat d’une collaboration de l’Unicef avec l’ONG dénommée ASSEJA qui a formé les encadreurs et les instituteurs psycho sociaux. Flora est parmi ces gens formés. Ces enfants, qui, il y’a quelques mois encore vivaient l’ambiance du nomadisme de leurs parents éleveurs, dont désormais concentrés ici à fabriquer, inventer, et s’égayer. «  Il y’a des enfants qui ont perdu leurs parents, et on leur change les idées à travers ces activités qui les épanouissent pleinement ».

Atelier de Poterie dans un ETAPE à GADO
Atelier de Poterie dans un ETAPE à GADO

Flora et Anour sont donc les symboles de ce projet « Enfants de la Paix ». Flora encadre des enfants Peulh, mais pour elle, ce sont des enfants comme la sienne. Anour n’oubliera jamais que c’est un chrétien qui l’a sauvé de la barbarie d’autres chrétiens. Chacun d’eux œuvre dans un volet (éducation et protection) et chacun d’eux est le reflet du combat contre l’analphabétisme, l’obscurantisme, la division et la violence. Sur ce site de Gado, les centrafricains ont laissé derrière eux les divisions ethniques et religieuses. Une jeune femme et un jeune homme main dans la main, symboles du respect du genre, symboles de deux individus que l’éducation a nourris, et qui transmettent les notions de paix à ces jeunes enfants en leur disant que demain sera certainement plus beau. Le nouveau matin de Centrafrique vient de naître dans le site de réfugiés de Gado.

Post Scriptum :

Si vous voulez écouter le témoignage d’ANOUR, cliquez ici :

Si vous voulez écouter le témoignage de Flora, cliquez ici :

Odilon DOUNDEMBI, un jeune centrafricain déclare ceci : « Je suis optimiste quant à l’avenir de la jeunesse africaine, milite pour la paix, la liberté et l’égalité en Afrique en général et en particulier en Centrafrique (mon pays)».

Le blogueur Centro dit ceci : « Et si nous voulons que tout cela finisse un jour…Il faut une réelle volonté de changer les choses, il faut revoir le système… ».

Baba Mahamat déclare ceci : «  Je suis issu d’une famille polygame. Mon père, le feu Mahamat Kana s’est marié avec deux femmes dont ma mère. Ma mère, la feue Marthe Miande à laquelle je dois beaucoup, était chrétienne de son vivant. Alors vous comprendriez que je suis issu des deux religions, ce qui accroit ma connaissance des deux communautés. Alors, après avoir côtoyé la religion chrétienne, j’ai décidé d’être musulman, ce qui n’a pas été contraignant pour moi. J’ai fait ce choix librement. Mais j’ai un grand respect pour les deux religions dont je suis issu ».


J’ai enfin pu trouver un hôtel à Meiganga.

Parcourir le Cameroun profond est loin d’être une sinécure. Mais, tu sais Dolorès, le journalisme humanitaire m’a conduit partout, et du coup, j’ai reniflé l’odeur assez lourde de ce qu’il est convenu d’appeler, parcours du combattant. Je me retrouve en ce moment à Meiganga. Cette ville n’évoque rien en toi ? Normal. C’est le Chef-lieu du département du Mbéré, Région de l’Adamaoua au Cameroun. En réalité, c’est la route qui mène à Ngaoundéré, Chef-lieu de cette Région. 157km séparent les deux villes. Si Ngaoundéré est plus connue parce qu’elle est une gare centrale ferroviaire, Meiganga quant à elle est une bourgade qu’on connait seulement lorsqu’il faut valider les points des questions de cours en géographie.

Plaque Meiganga
Plaque d’entrée dans la ville de Meiganga

 Je t’avoue Dolorès que venir ici n’était pas dans mes rêves les plus fous, d’autant plus que je suis parti de Yaoundé hier, j’ai fait 4 heures de route, j’ai passé la nuit à Bertoua, et ce matin, c’était reparti pour 4 heures de route, avec une escale à Garoua-Boulai , une ville devenue célèbre, parce que c’est la ville frontalière entre le Cameroun et la République Centrafricaine. C’est par elle que les milliers de réfugiés centrafricains entrent au Cameroun, et c’est par elle aussi que d’anciens miliciens ou militaires centrafricains ont échoué au Cameroun. Un tour au Soya du coin, avec une viande de mouton toujours aussi savoureuse, et me voilà parti pour Meiganga. Sur le chemin, on peut admirer un bitume non stop. Si pour toi c’est normal, il y’a deux ans encore, cette route était une vieille piste et un calvaire pour les populations, victimes en ce moment là de nombreux accidents et surtout des coupeurs de route. Les Régions de l’Est et de l’Adamaoua au Cameroun n’avaient que le train comme moyen de transport par excellence. Depuis l’avènement de ce bitume, Yaoundé-Ngaoundéré peut désormais s’effectuer en 8 heures de temps. On parle quand même de plus de 800km de distance.

Nouvelle route bitumée
Nouvelle route bitumée entre Yaoundé et Ngaoundé ( en passant par Bertoua, Garoua-Boulai et Meiganga).

Arrivé donc à Meiganga, il est plus de 16h. Je descends de ma voiture de location, ma casquette RFI sur la tête, et me voilà déjà zyeuté par des gens qui détectent tout de suite la présence d’un étranger dans la ville. « Où me loger ici » ? Voilà la première question qui me taraude l’esprit. Il faut alors faire le tour de la ville, et chercher le précieux sésame où passer la nuit. Le premier hôtel est dit-on le plus huppé de la ville. Il est donc complet. Forestiers, chercheurs d’or, membres des Nations Unies, et tous les VIP ont occupé les chambres. On m’oriente vers l’Eglise Évangélique Luthérienne du Cameroun (EELC). Ah, c’est vrai que dans l’Adamaoua, les luthériens sont nombreux, et y ont fait les plus grands investissements : paroisses, hôpitaux, radios, et…hôtels, du moins ce qui en tient lieu.

Descente de voiture
Célèbre malgré moi à Meiganga

On a vu la plaque de l’EELC, mais personne ne sait exactement où elle se trouve. Moi, ne sachant pas parler fulfulde (langue vernaculaire de tout le septentrion camerounais), c’est loin d’être une mince affaire de communiquer avec des habitants intrigués non seulement par la voiture, mais par l’individu qui leur demande une chambre d’hôtel dans une église. Laisse Dolorès, je me résigne à sortir de la ville et à emprunter l’axe qui mène à Ngaoundéré où une autre plaque hôtelière se voit au bord de la route. Là bas, il n’ya pas de parking pour la voiture. Le gérant est pourtant catégorique pour le prix de la chambre : « 15000frs la nuitée ou rien » nous répète t-il. Nous comprenons donc, le chauffeur et moi que la voiture n’a pas forcement joué un rôle favorable ici. J’ai beau négocier jusqu’à 8000frs la nuit, pour un hôtel sans parking, et d’une incroyable étroitesse, le gérant est nerveux et ne fléchit pas. Demi-tour, nous rentrons au centre-ville de Meiganga, et pas loin des services de la Préfecture, on aperçoit la plaque d’un motel. Ici, le réceptionniste est clair : « l’eau ne coule pas, pas de télévision et pas de clim ». Lorsque je lui demande comment on va pouvoir dormir sans clim, il me répond qu’il fait froid. Hum, il a oublié de mentionner que ses draps sont crasseux, que les chambres sont dignes de buanderies et que l’odeur est insupportable. Je lui demande quand même : « Vous faites combien la nuit » ? Il me répond : « 5000frs ». A ce prix là, dormir avec les moustiques et les cafards, non merci. Et pourtant, à côté de moi, un commissaire était en train de négocier une chambre. Pas sûr que c’était pour les mêmes raisons que moi. Passons ! Il est déjà plus de 18h. On ressort et on retombe sur l’entrée du fameux hôtel huppé de la ville. Mais, on ne sait plus où aller. On interpelle un mototaxi pour nous escorter vers un hôtel. Il tourne en rond avec nous et nous emmène vers un motel qui semble acceptable. Problème ici, l’accueil est exécrable et de toute façon, on est encore en train de creuser le forage. Donc, pas de chance d’avoir de l’eau pour cette nuit. La nuit tombe déjà sur Meiganga. Nous reprenons la route et décidons d’intercepter tout habitant de la ville pour trouver enfin un endroit où dormir. Vers la place du marché, nous nous garons devant un autre mototaxi. Bien entendu, je te passe le détail des regards braqués sur nous. Tout Meiganga admirait notre voiture, et en trente secondes, voilà des gens curieux qui s’agglutinent autour de notre mototaxi.  Je lui demande : «  Y’a un hôtel par ici ? », il me répond « oui » sans hésiter. Mais son indication était un vrai algorithme à déchiffrer. A côté de lui, un homme, voulant sans doute être serviable crie : « Allez à la mairie, il y’a un hôtel là bas ». Nous lui disons merci avec le sourire et nous nous réjouissons de pouvoir enfin nous abriter dans la nuit de Meiganga. Une fois devant la mairie, nous trouvons un mécanicien et on l’interpelle. Dans son sourire, j’ai tout de suite décelé le bonheur d’un garagiste qui se dit qu’enfin il a trouvé une grosse voiture en panne et cela allait sans doute lui faire sa recette du jour. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’au lieu de parler d’une panne de notre voiture, on lui demande plutôt un hôtel. « On nous a dit qu’il y’a un hôtel ici à la mairie » lui dis-je. Amusé et un peu moqueur, il me répond : «  Monsieur, vous êtes bien à l’hôtel ici, l’hôtel de ville ». Je t’avoue Dolorès que je ne me suis jamais senti aussi idiot. Le monsieur du marché nous avait orienté tout net à l’hôtel de ville. Pardi Dolorès ! L’hôtel de ville c’est la mairie. Pouf !!! Il est 19h 30, et nous n’avons toujours pas d’hôtel à Meiganga. On refait demi-tour nous croisons un autre monsieur qui nous parle d’un hôtel après la compagnie de Gendarmerie. Nous y sommes ! Et là, au moins la cour nous rassure. On va pouvoir se garer. Le gérant lui, est plus flexible, de 15000frs la nuit, on tombe d’accord pour 8000frs. Mais en faisant le tour des chambres, les carreaux sont dégueulasses, mais là il faut que je me pose, je suis fatigué. Il y’a une télé et la clim, c’est déjà ça ! Mais comme le piège n’est pas loin, la télévision n’a qu’une seule chaîne. Le réceptionniste m’explique que dans leur hôtel, il zappe depuis le hall, et toutes les chambres reçoivent la même chaîne. Pour le moment, c’est TV5MONDE qui retransmet un match du tournoi des 6 nations en rugby. Quelques secondes après, le voilà sur la RTS1, la chaîne sénégalaise qui retransmet un match de Basket entre le Sénégal et le Mali. Il vient dans ma chambre et me dit : « Je vais vous mettre Afrique Média tout à l’heure ». Intrigué, je le regarde s’éloigner et je me mets à cogiter sur cette annonce plutôt bizarre. Il ignore sans doute que depuis que Canalsat a enlevé cette chaîne de son offre, je ne la regarde plus chez moi à Yaoundé. Par contre Dolorès, j’ai constaté depuis hier à Bertoua que tout le monde ici dans la zone est câblé Afrique Média. Sur le mur de l’hôtel, une ancienne affiche de la fête de la musique. Le style de l’annonce m’éblouit, car il met en exergue l’émergence de talents musicaux locaux.

Affiche Meiganga

J’ai aussi découvert une chose exceptionnelle : Meiganga en fait veut dire « Mont du Ganga » en langue Gbaya.  En 1992 et 1994, il y’eut une sanglante guerre entre les Gbaya et les Peulh sur une question foncière et le leadership traditionnel. Du fameux Mont Nganga, des personnes inconnues sont descendues avec des lanternes durant la nuit, pour porter secours aux Gbaya qui ont finalement vaincu les Haoussas et les Peulh. Les Gbaya sont convaincus qu’il s’agit de leurs ancêtres décédés et vivant dans cette montagne sacrée. Aujourd’hui, le Lamidat (chefferie supérieure) de Meiganga est resté gouverné par les Gbaya. Son pouvoir s’étend dans tout le département du Mbéré, même si les Gbaya sont présents aussi à l’Est, étant donné que Bertoua est une ville d’origine Gbaya qui veut dire en langue locale « celui qui enroule la terre », c’est-à-dire Bartoua. Si j’ai découvert toutes ces choses, c’est grâce au réceptionniste de l’hôtel qui est devant moi en ce moment. C’est un fils Gbaya, très imprégné des choses d’ici. C’est aussi grâce à lui que j’ai pu trouver un espace dans le jardin de l’hôtel pour avoir un bon réseau pour me connecter sur Internet. Oui Dolorès, même à Meiganga, il peut y avoir un peu d’Internet. Je vais donc me coucher, dans ma chambre d’hôtel située au pied du Mont Nganga.


Lorsque l’ECHO se fait l’écho des enfants de la paix.

2012, l’Union Européenne reçoit le prix Nobel de la Paix. Chaque fois qu’une Organisation Internationale reçoit ce prestigieux prix, l’écho est plus retentissant que lorsqu’il s’agit de simples individus. Mais lorsque deux Organisations Internationales « Prix Nobel de la Paix » se rencontrent, c’est la flamme de l’espoir qui retentit dans le cœur et l’esprit des hommes. Deux organisations, L’Union Européenne et l’Unicef, connectées au Cameroun au nom de la paix. L’UNICEF a obtenu le prix Nobel de la paix en 1965 (l’un des 11 Prix Nobel obtenus par une agence ou un membre de l’ONU).

Unicef UE

La paix, ce n’est pas seulement l’absence de guerre, on le sait. La paix, c’est la culture du vivre ensemble.  Bâtir une terre de prospérité,  mais avant tout, protéger la terre en préservant sa plus prestigieuse richesse, et son meilleur investissement : Les enfants. Ce sont eux, les héritiers, les décideurs, les bâtisseurs de demain. Leur léguer une terre paisible, pacifiée, aseptisée, est notre devoir impératif. En 2004, Madame Sham Poo, parlant au nom de l’UNICEF à la réunion des Prix Nobel, déclarait ceci : « en regardant la vie de cette organisation qui intervient depuis près de 60 ans, il est clair pour nous que ce ne sont pas les actes de l’UNICEF qui ont été reconnus en 1965 par le Comité Nobel, mais l’idée de l’UNICEF. Ce ne sont pas les aspirations de l’UNICEF en tant qu’institution qui ont été honorées, mais son aspiration pour nos enfants et notre avenir. C’était notre mémoire humaine collective de l’enfance, ainsi que les rêves présents en ces mémoires, qui ont été reconnus ». Oui, l’aspiration de l’Unicef pour nos enfants et notre avenir. Voilà des mots qui ne devraient pas nous laisser insensibles. Surtout que dans le cas d’espèce, il s’agit d’enfants de la paix.

S.E. Mme Collet, Ambassadrice UE au Cameroun
S.E. Mme Collet, Ambassadrice UE au Cameroun

C’est dans le discours de Madame François COLLET, Ambassadrice et Chef de la Délégation de l’Union Européenne au Cameroun (prononcé ce lundi 23 Février 2015, au Hilton Hôtel de Yaoundé), que se dessinera ce concept d’enfants de la paix : « C’est un grand plaisir pour moi, de prendre la parole ce jour, au nom de l’Union Européenne, en ce jour de lancement officiel du projet EU CHILDREN OF PEACE ( Les Enfants de la Paix de l’Union Européenne) au Cameroun, un projet financé par le service humanitaire de l’Union Européenne, plus connu sous le nom ECHO. Ce projet a pour principaux bénéficiaires les enfants de la communauté des réfugiés centrafricains des régions de l’Est et de l’Adamaoua du Cameroun, ainsi que ceux des communautés hôtes ayant accepté d’accueillir ces populations voisines en détresse ». Car, faut-il le rappeler, le conflit en République Centrafricaine voisine a provoqué un afflux massif de réfugiés centrafricains dans les Régions Est et Adamaoua du Cameroun.

Un des Camps de Réfugiés au Cameroun
Un des Camps de Réfugiés au Cameroun

Quelques Chiffres

ECHO a donc octroyé un financement de 500 000 Euros ( 327 978 500 FCFA) à l’UNICEF, pour assurer un accès continu à l’éducation et l’intégration sociale de tous les enfants d’âge scolaire dans les sites de réfugiés centrafricains au Cameroun, ce d’autant plus que seulement 12% des enfants réfugiés arrivés au Cameroun, étaient scolarisés en RCA. Les activités d’éducation, les activités d’apprentissage ( bricolage, jardinage, cuisine, couture, coiffure, artisanat, etc.), les activités  de loisirs, y compris le sport, seront au programme de ces 36 000 enfants ciblés, filles comme garçons de 3 à 17 ans, auprès desquels les notions d’égalité de chance, de respect du genre, de la non-violence et de la promotion de la paix seront au menu. Parce que, si l’assistance humanitaire de ECHO repose sur les principes de l’humanité, de la neutralité, de l’impartialité et dépendance, son aide aux personnes, indépendamment de leur religion, de leur sexe, de leur ethnie, c’est  également le credo de l’UNICEF, c’est-à-dire aider, éduquer, soigner, nourrir et protéger l’enfant, quel qu’il soit. Les enfants centrafricains refugiés au Cameroun, sont des enfants à part entière, et, les enfants ont des droits.


Marches contre Boko Haram, ce bizness juteux !

Grande Marche

Ça y est ! Il a fallu qu’on fasse le reproche aux Africains de s’être complètement alignés sur le concept « Je suis Charlie » (alors que périssaient des victimes de la nébuleuse sectaire Boko Haram), pour que les uns et les autres se précipitent dans les rues afin de « soutenir » les soldats qui sont au front. A priori, il n’y a rien de méchant à marcher pour encourager les soldats, car ces vibrations vont certainement les galvaniser sur le terrain. Mais comme d’habitude, la mentalité camerounaise va doubler d’ingéniosité pour se servir de Boko Haram afin d’en faire un produit marketing juteux. Oui, c’est la foire aux bonnes affaires en ce moment au Cameroun. Chacun veut tirer profit de Boko Haram. Chacun y va de son soutien, de sa marche, de sa motion. Le naïf qui observe cette scénographie de loin se dit sans doute : « Ah, quel pays solidaire ! » Sans doute ! Mais, la réalité est plus profonde que cela.

Creusez un peu ! Depuis quand date cette déferlante de soutiens aux forces de défense au Cameroun ? Pas depuis longtemps en tout cas. C’est depuis que c’est devenu un phénomène médiatique au Cameroun. Rien n’est plus fait sans évoquer Boko Haram. Les jeunes de telle région, les jeunes de telle association, les membres de telle ONG qui collectent de l’argent pour dit-on en faveur des troupes, tels artistes qui chantent des chansons, d’autres qui produisent des clips thématiques, sans parler de certains ministres qui prennent des initiatives de positionnement politique sous le couvert de soutien aux forces de défense. Y’en a pas beaucoup que j’ai vu aller encourager les troupes sur place. C’est facile de brailler dans un bureau climatisé de Yaoundé pendant que les soldats reçoivent du plomb dans leur corps.

Cette semaine par exemple, un illustre inconnu jusqu’à lors au Cameroun est subitement devenu l’invité du 13 heures il y a deux jours, pour nous expliquer pourquoi son association a organisé un séminaire sur l’enrôlement des jeunes dans les bandes armées. C’est bien ! Au moins de sa bouche, on aura appris que « les enfants de la rue ont diminué à Yaoundé ». Allez-y comprendre que Boko Haram a donc recruté les enfants SDF (sans domicile fixe) pour les armer. Peut-être ! Mais, fallait-il attendre plusieurs mois après le début des attaques des frontières camerounaises pour établir ce constat ? Et si notre invité du 13 heures possède vraiment des informations et statistiques sûres, comment a-t-il remonté la filière de recrutement de Boko Haram auprès des jeunes de la rue à Yaoundé ? Passons !

En fait, Boko Haram est la nouvelle religion au Cameroun. Grâce à ce concept-religion, des vocations patriotiques naissent chaque jour, surtout dans les médias. Très présent le ministre de la Communication brandit tous les deux jours à brandir les chiffres des attaques (surtout en faveur des soldats camerounais). On notera aussi les deux derniers discours présidentiels orientés vers les conséquences de cette guerre. A côté du récent sommet de la CEAC (Communauté des Etats d’Afrique centrale) tenu à Yaoundé, Boko Haram a une saveur de récupération vers tous les ambitieux de la République. Il y a ceux qui par ces différentes marches disent soutenir les soldats, et partant le président de la République, leur chef. Il y a ceux qui sentent que derrière ces mouvements, d’éventuelles gratifications administratives et politiques sont à prévoir. Il y a ceux qui s’affichent pour être zyeutés par le pouvoir (on ne sait jamais n’est-ce pas ?) En fait au Cameroun, la sincérité est devenue une denrée rare. Il ne se passe pas un jour sans qu’un « illuminé » ne crée sa marche ou sa motion de soutien. Ce behaviourisme sent le parfum de l’opportunisme à plein nez. J’aurais aimé les voir au début, lorsque les premières têtes furent tranchées à Kolofata. J’aurais aimé les voir, il y a quelques mois, lors des premiers enlèvements, ou lors des premières attaques. J’aurais aimé les voir avant le slogan « Je suis Charlie » pour les voir créer un slogan original. J’aurais aimé voir plus de journalistes sur le terrain, prenant les risques dans les camps de réfugiés, traversant le Nord-Cameroun peur au ventre, pour donner l’information aux Camerounais. Oui, j’aurais aimé voir ces journalistes qui disent aujourd’hui soutenir ces soldats, avec moins de commentaires, et plus de faits. Plus de photos sur les familles des victimes, plus d’images sur la famine dans l’Extrême, plus d’articles sur les enfants déscolarisés du fait de ce conflit, plus de reportages sur les enfants privés de soins, de vaccins et de nourriture. Voilà la vraie lutte contre Boko Haram !

La lutte contre Boko Haram, c’est changer la face du Cameroun. C’est bâtir de l’espoir en sortant les mentalités de l’obscurantisme et de la désespérance. C’est parler le langage de la paix, en rappelant que la paix, ce n’est pas seulement l’absence de guerre. C’est parler le langage de la raison, sachant qu’une guerre idéologique (celle de Boko Haram) ne se gagne pas par la fanfaronnade et l’exhibition d’un patriotisme clamé subitement parce qu’il est un phénomène de mode. Oui, soutenir les forces armées du Cameroun, c’est donner à ce Cameroun une image meilleure de lui-même à ses enfants, décideurs de demain. C’est emmener ces enfants à plus de citoyenneté. C’est dire aux journalistes que leur rôle n’est pas de militer, mais d’informer. Boko Haram est une gangrène, un cancer, mais a-t-on jamais soigné un cancer avec des slogans, des marches, des communiqués et des discours ? Divine comédie, que cela cesse !

Le business de Boko Haram me rappelle les années glorieuses du sida, lorsque celui-ci était la maladie à la une. Toutes les ONG contre le sida furent créées en un temps record. Tous les évènements devaient être marqués du sceau « Lutte contre le sida ». Aujourd’hui, le sida a cédé la place à Boko Haram, un autre bizness de la mort, juteux pour les opportunistes.


Encore et toujours LES COPS D’ABORD.

Ceux qui avaient lu mon billet intitulé « Supprimez le mot amitié du dictionnaire » s’étaient beaucoup lamenté parce que je déclarais me mettre à l’écart du projet radiophonique « Les Cops d’Abord » pour lequel je me suis battu pendant 15 ans. Oui, je me suis mis à l’écart, un peu comme Didier Drogba face aux éléphants de Côte d’Ivoire, à la différence que la génération actuelle du projet « Les Cops d’Abord » n’a pas gagné le « trophée » après moi, loin s’en faut. Bon, je ne suis pas là pour lui faire un procès, mais juste constater qu’il eût fallu que je fusse là ces deux dernières semaines. Les événements comme la caravane inter-scolaire ou encore le tirage au sort des groupes, ce n’est pas une mince affaire. Et, je suis revenu à la charge, malgré moi, pour gérer ces deux événements majeurs. Non pas que mes jeunes frères actuels ne savaient pas que ça existe, mais ils n’ont pas encore le sens du détail, alors que c’est justement le détail qui fait la marque « Les Cops d’abord ». Pour ceux qui entrent dans mon blog, ils observent le logo suivant :

Logo Web

C’est le logo de l’émission radio pionnière de l’émancipation des jeunes au Cameroun. C’est elle qui a révélé de nombreux talents musicaux, mais c’est aussi et surtout la seule qui est restée dans le giron intellectuel. La plupart des émissions destinées aux jeunes au Cameroun donnent la part belle au ludique : battle, concours de danse, concours de beauté, musique, et divertissement de toutes sortes. L’émission LES COPS D’ABORD est restée consciencieuse avec un refrain unique : Concours de Culture Générale ! Imaginez le nombre d’élèves qui se sont relayés dans cette émission depuis le 11 Avril 1999.  Mais  là encore, ce n’est pas le débat. Il a fallu que nous envoyions plusieurs correspondances au Ministère de la Jeunesse afin qu’ils nous soutiennent. A chaque fois, lettre morte… L’année dernière, le Ministre nous demande de nous référer au Délégué Régional de la Jeunesse de la Région du Centre, celui-ci nous refusera l’assistance financière parce que le Chef de notre Station n’avait pas assisté à une réunion qu’il présidait pour le 20 Mai. Voilà donc notre pays…Quelqu’un reçoit une instruction de son ministère, mais refuse de s’exécuter pour des raisons personnelles. Passons…Mais quelle ne fut pas ma surprise quand, à l’occasion de la fête de la jeunesse 2015, le ministère a organisé l’opération « Tous Citoyens »  sous le modèle de nos propositions, une vraie copie conforme. Du copier-coller en somme, on y a greffé le nom de la Première Dame comme marraine de l’opération, et le tour était joué. Nous n’avons pas été associés au projet comme d’habitude. Au Cameroun, lorsqu’il s’agit déjà de gros sous, on nous exclut et voilà que le Ministère, étrangement en 2015, a organisé un concours de culture générale avec les 20 meilleurs élèves du Cameroun, une idée que nous leur vendons depuis trois ans. Ce n’est presque pas grave ! Les élèves qui ont participé à la campagne « Tous Citoyens » sont des camerounais comme ceux qui viennent chaque dimanche dans l’émission LES COPS D’ABORD. Du coup, je suis monté au créneau pour parler aux 17 établissements scolaires de Yaoundé, présents au tirage au sort du dimanche 15 Février à la Maison de la Radio. Les combinaisons ont donné ceci :

 Le 22 Février 2015 :

Groupe A

Le 1er Mars 2015 :

Groupe B

Le 15 Mars 2015 :

Groupe C

Le 22 Mars 2015 :

Groupe D

Le 29 Mars 2015 :

Groupe E

Ce qui donne le calendrier synthétique suivant :

Calendrier du Second Tour

C’est donc reparti pour l’unique championnat intellectuel du Cameroun, le seul aussi qui marche depuis des années sans sponsor majeur, si ce n’est la détermination et l’abnégation de jeunes qui veulent un Cameroun meilleur. Leur devise est : « Les Copains d’abord ». Et je comprends pourquoi j’y ai consacré ma vie. Car, nous ne bâtissons pas des slogans politiciens, nous créons une nouvelle jeunesse, qui fera face au monde de demain. Cette jeunesse là, qui bien outillée, sera armée pour donner un visage moins hideux au Cameroun de demain.


Le prochain Pape ne sera pas africain.

Je ne voudrais pas revenir sur une certaine polémique qui veut que l’église catholique soit à l’image de la géopolitique mondiale. Mais je dirais avec certitude que la nomination des cardinaux électeurs par le Pape François trace déjà la géo-spiritualité de l’Etat du Vatican. Vingt nouveaux cardinaux ont donc été créés le 14 Février 2015, ce qui ramène le collège cardinalice à 227 membres, dont 125 qui sont cardinaux électeurs du prochain pape.  L’Europe, bien que n’ayant plus la majorité absolue,  compte quand même 45% des cardinaux électeurs, soit 57. Les autres continents se partagent alors une semi-égalité représentative avec 18 cardinaux Nord-Américains, 18 d’Amérique latine, 15 d’Afrique, 14 d’Asie et 3 d’Océanie.

DistributionCatholics_fr

Voilà donc la géopolitique mondiale du catholicisme. On imagine aisément comment et pourquoi les conclaves se disputent en termes d’alliances, ne nous le cachons pas, territoriales, ethniques et raciales. Par exemple, on dira que le Pape actuel n’est pas européen, mais on notera qu’il est argentin avec une origine italienne bien établie. Il s’appelle quand même Jorge Bergoglio. L’élite de l’église est à l’image de la géopolitique internationale, là où les Nations se battent pour le leadership partout : football, Onu, etc. Mais l’église catholique est devenue à l’image de la majorité de ces croyants : 42% des catholiques du monde proviennent de l’Amérique latine, terre du Pape François. En 2025 et 2050, les projections confirment que les fidèles catholiques seront majoritaires en Amérique latine, tandis que l’Europe et l’Amérique du Nord verront les fidèles diminuer de plus en plus. L’Afrique quant à elle sera probablement d’espoir de l’église, puisque les fidèles partiront de 13% en 2004, à 16% en 2015, puis 22% en 2050.

Les cardinaux

Ce n’est pas sûr que cette progression suscitera l’avènement d’un Pape africain, d’abord parce que ces chiffres ne sont que des projections, ensuite, parce qu’un Pape africain n’est certainement pas à l’ordre du jour dans les priorités de Rome. «Aimez ce qui est grand sans négliger ce qui est petit», a  recommandé le pape François à ses nouveaux cardinaux. Soit !  Que faut-il entendre par « ce qui est grand » ? On attend la prochaine fumée blanche pour le savoir. Ce jour là, pas sûr que lorqu’on dira « Habemus Papam » , ce sera un visage africain qui sera le prochain évêque de Rome.