Alpha Oumar Baldé

Attention, l’erreur est humaine !

Le pular : Vernaculaire ou Véhiculaire ?

 

J’aime les critiques, les critiques objectives surtout. Elles sont la preuve palpable pour un auteur, un blogueur comme moi que mes lecteurs s’intéressent de près à ce que j’écris. Par celles-ci (les critiques), je sais que je suis surveillé de près et que je n’ai pas droit à l’erreur : je dois rester professionnel.

Hier, j’ai reçu ce tweet dans lequel un blogueur en Pular et chercheur en langues et cultures africaines mentionne mon nom dans son article :

Dans son article, il nous livre son opinion qui est une belle critique de mon billet intitulé : « Le français, cette langue qui influence le pular« . Si dans l’ensemble nous sommes d’accord sur le fait que le français influence le pular, il attire notre attention sur le fait que le pular n’est pas une langue vernaculaire mais plutôt véhiculaire. Aussi il nous renseigne que le français s’enrichit du pular 😉 !

Dans son article, très pertinent je l’avoue, il nous livre quelques détails croustillants concernant le pular afin d’éviter que cette langue soit traitée de vernaculaire.

Parfois, dans le feu de l’action, quand des idées illuminent l’esprit du petit blogueur, celui-ci, sans trop réfléchir ou mener des recherches approfondies, publie des articles sans prêter attention aux choix des termes qu’il emploie. Il en résulte alors des erreurs, des « lapsus orthotypo-grammaticales » qui sont, je le rappelle, propres à l’être humain. Ces petites erreurs se voient non pas par l’auteur (qui a pourtant relu son article) mais par les lecteurs. Ainsi, il peut sans le remarquer doubler les les mots ou encore les lettrres ou tout simplement oublier de mettre un ‘’s’’ à la fin du pluriel de certains mot(s), c’est aussi valable pour les ‘’e’’, etc. Bien, ces genres d’erreurs sont anodines et s’expliquent par la fatigue ou l’inattention de celui qui les commet.

« Mieux vaut les critiques d’un seul que l’assentiment de mille. » Proverbe chinois

Il y a certaines erreurs qui sont impardonnables et qui doivent être signalées. Parmi lesquelles figurent le fait de confondre le pular à une langue vernaculaire. Mais ce genre d’erreur se comprend et se corrige car, je vous le rappelle, « l’erreur est humaine ». L’ignorance n’est pas à blâmer. Est blâmable celui qui signe et persiste dans son ignorance !

« Avant de critiquer il faut savoir se mettre à la place de celui ou de ceux que l’on critique. » Gilbert Louvain

Voilà un beau proverbe qui doit être longuement médité !

Merci.


Chers Guinéens, aimons-nous pour sortir du sous-développement

Drapeau Guinéen

Chers guinéens,

1958 – 2016, voici maintenant 58 ans que la Guinée a accédé à la souveraineté nationale.

Certes, nous sommes libres et tenons les rênes de notre destinée. Mais nous arrivons difficilement à joindre les deux bouts !

Certes, nous sommes Guinéens, « souverains ». Mais nous continuons encore à tendre la main vers les puissances occidentales et les organismes internationaux dans l’attente d’un don.

Mais, chers Guinéens, pourquoi ?

Mais, chers compatriotes, qu’est-ce qui nous empêche donc de sortir du « sous développement » ? D’autres nations ont réussies. Pourquoi pas nous?

Nous avons de la bauxite (1ère réserve mondiale) ; de l’or ; du diamant ; du fer …

Nous sommes le château d’eau de l’Afrique Occidentale, de l’eau nous en avons en abondance !

Nous avons des forêts diverses et variées, du bois nous en avons !

Nos terres sont fertiles et nous avons des bestiaux !

Scandale géologique, terres cultivables et eau qui coule toute l’année, telle est le cadeau que mère nature nous a gratifié.

Mais, chers guinéens, pourquoi ?

Qu’est-ce qui nous empêche de sortir du « sous développement » ?

Certes, nous étions parmi les premiers à accéder à l’indépendance. Nous avions choisi « la liberté dans la pauvreté […]. » Mais nous aurions bien pu continuer dans « […] l’opulence dans l’esclavage ».

Certes, nous sommes devenu mature au fil des années que nous avons passé sans les maîtres d’entant. Mais notre mentalité, elle, n’a pas évoluée d’un pouce ! Elle est restée figée, stagne depuis des lustres, telle notre marre de Baro. Alors reconnaissons-le : nous ne nous aimons pas entre nous ! Nous privilégions nos intérêts personnels au détriment de celui de la nation. Nous sommes donc égoïstes et c’est là la source de tous nos malheurs.

Vous vous rappelez de mon article sur « le calvaire des usagers des routes guinéennes« ? Vous souvenez-vous « comment ce voyage me révéla toute la vérité » sur les coupeurs de routes ici en Guinée ; Quoi d’autre ? « Conakry, quand des policiers corrompus foisonnent nos carrefours » ou encore mon aventure « Dans un taxi de Conakry (2) » ? Une bonne partie de mes articles traite de la malhonnêteté dont ont fait preuve certains de nos concitoyens. J’ai l’impression que cela ne changera jamais. Ce que je vois n’est qu’une infime partie, le sommet de l’iceberg. Nous devons maintenant accepter de voire la vérité en face et de l’admettre. Et cette vérité c’est que : nous devons changer de mentalité, tous, autant que nous sommes. Nous devons laisser de côté l’ethnocentrisme. Nous devons nous aimez entre nous.

« Tu perds ton temps, ce n’est que peine perdue » me diront certains ; « courage » me lanceront d’autres avec un sourire ironique, un pincement de lèvre qui reflète avec exactitude le genre d’attitudes que je voudrais combattre. Quitte à être considéré comme un dégénéré ou pire. Car ici nous avons la fâcheuse habitude de critiquer les bonnes idées. Les esprits mal-intentionnés ont tendance à étouffer tous ceux qui prônent la bonne voie, l’amour. Mais moi je vous dit que le fou c’est celui qui suit et se cramponne derrière les mauvaises habitudes, qu’elles nous soient léguées par les générations antérieurs ou non. Je ne dis pas par la que tout ce que nos aînés nous ont laissé est mauvais, non, loin de là. Il y a des bonnes manières qui sont mélangées à de mauvaises. Telle la graine d’arachide pourrie qui fait que l’on recrache les bonnes, la mauvaise habitude en fait autant sur les bonnes.

1958 – 2016 , que d’années parcourues ensemble!

Chers compatriotes ! Nous devons nous séparer de toutes nos mauvaises graines : corruption – détournement de bien publics – gabegie financière – ethnocentrisme … ; la liste est longue, je préfère m’arrêter là. Encore une fois : changeons de mentalité !

Je suis fou-hein ? Mais moi je t’aime et toi non plus!


Conakry, quand des policiers corrompus foisonnent nos carrefours

Balance, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org
Balance, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

Combien de fois ai-je aperçu des policiers de ma capitale accepter des sous ? Tiens, ce matin même, j’en ai encore vu. Décidément c’est la coutume. J’ai aperçu une policière accepter des miettes, des pots de vin. Pots de vin serait trop honorable pour celle-ci car cette somme-là c’est rien du tout, c’est de la miette au sens propre du terme ! Ce matin j’ai aperçu cette dame en uniforme, belle comme elle est. Dans sa main, même le détective le plus rusé ne pourrait deviner qu’il s’y cache un papier, un franc-glissant, ou encore un vilain billet de mille franc guinéens ! Avec son air autoritaire, je l’avoue (et dur!) Madame la policière a pris le billet. Elle l’a fermement enrobé et glissé ; où ? dans sa poche ! Mille francs guinéens, mille franc-glissants …

Dites-moi, quand vous voyez la loi marcher sur elle-même, qu’est-ce que vous êtes censés faire ? Si les hommes qui sont chargés de faire respecter la loi se comportent de la sorte alors que diriez-vous des malfrats, que diriez-vous de vous-même ? Franchement c’est du laissez-aller. C’est pour cette raison que je me dois d’interpeller cette policière, qui comme certains de ses collègues hommes et femmes, se livre à de telles pratiques :

Madame la policière,

Je viens très respectueusement et « légalement » vous annoncer que ce vilain billet de mille francs guinéens que vous avez accepté ce matin de la part de votre généreux taximan en compensation des « torts » qu’il a commis en stationnant sur un espace interdit m’a profondément ému.

Que vous êtes belle dans votre uniforme ! Mais quelle tâche de boue vous avez mis sur lui en acceptant ce billet ! La vie est dure, je l’admets. Mais ce n’est pas en acceptant mille francs que vous joindriez les deux bouts. Tenez, votre coiffure coûte vingt fois plus chère. J’espère qu’elle n’a pas été subventionnée par vos généreux donateurs ! Vous avez un salaire, maigre diriez-vous. Et vous acceptez des pots de vins. Puisque vous avez osé, j’oserai aussi. Vos nuits devraient êtres hantées par cet acte ignoble mais, au lieu de cela, vous vous en réjouissez. Sachez que vous êtes la risée des usagers des routes guinéennes.

Que vous êtes belle dans votre uniforme ! Vous croisant une heure plutôt, vous m’inspireriez tout le respect du monde mais il y a eu bien ça, ce geste, votre geste.

Madame, aussi vrai que je croyais les femmes plus honnêtes que les hommes, vous m’avez prouvé que j’avais tort, vous m’avez prouvé qu’ici en Guinée, il règne une grande équité. Vive l’égalité entre homme-femme donc. Personnellement, j’admirais les femmes aux métiers d’hommes jusqu’à aujourd’hui, quand je vous ai aperçu, serrant la paume de ce « bon » taximan qui vous glissa le magot, tel des dealers de came qui eux ne s’exposeraient pas comme vous l’avez fait ainsi sous les yeux du monde et en plein jour ! Quel manque de pudeur ! Méditez donc sur votre acte. En tout cas, pour vous, moi j’ai honte… imaginez si c’était un touriste qui était à ma place : que dirait-il ? Quel souvenir emporterait-il en rentrent chez lui ? « Conakry est doux, mais… ». Qui sait, peut-être avez-vous tendu la main à l’un d’entre eux par hasard ? Tels les mendiants sur le pont du grand marché de Madina, vous quémandez les chauffeurs quand vous les arrêtez.

Je n’ai qu’une envie, celle de la bonne foi, que les lois que vous avez tant piétinées soient votre raison d’existence. Comprenez donc ce billet qui n’est autre que le cri de mon âme. Tant que vous oserez, j’oserai aussi !

Veillez agréer, Madame la Policière, l’expression de mon cœur meurtri par vos actes.


Au menu du jour : nid de poule !

Le calvaire des usagers des routes guinéennes

Il faut bien l’avouer, concernant les routes guinéennes, nos dirigeants nous disent parfois des bêtises : « les routes que nous construisons sont de qualité, dans les normes internationales. » Ils ont tout faux. Les routes guinéennes ne respectent aucunes normes ; dans leur écrasante majorité. Ils disent aussi : « Construire une route de qualité demande beaucoup de moyens financiers. » Certainement. Mais ils ont la fâcheuse habitude de penser que la qualité est forcément chère. Sachez qu’une route de « qualité » ne se transforme pas en quelques années d’utilisation en ceci :

route délabrée, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org
route délabrée, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

La vie du guinéen est devenue pathétique. Chaque jour, depuis des années, le même menu : nid de poule et caniveaux bouchés. Chaque soir à la télé, les mêmes promesses des hommes politiques. Chaque soir, à 18 heures, les bouchons sur les grands axes de la capitale. Chaque année, un budget en milliards de francs guinéens voté à l’assemblée nationale : riz, route, eau, électricité, etc. Qui sauvera le malheureux peuple de Guinée de cette gangrène interne ?  « J’ai besoin de secours, dit-il à ses dirigeants. J’aimerais avancer et sortir du sous développement, manger à ma faim. » Mais ses « Messieurs » dont-elle crie au-secours sont trop occupés dans leurs besognes qu’est celui d’amasser des fortunes. A peine arrivés sur leurs postes de responsabilités ils s’empressent de dénigrer leurs prédécesseurs ainsi que leurs concurrents. Mais nous le savons tous : ils s’en iront sans rien changer !


Comment cracker une clé internet ?

Des Clés internet, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org
Des Clés internet, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

Pas besoin d’être un Geek ou du MIT (Massachusetts Intitute of Technology). Pas besoin d’être un diplômé d’une Université de technologie ni même de Boudlard (comme Harry Potter). Vous aimeriez cracker une clé internet, rien de plus facile ; faites comme moi 😉 .

Il y a un an de cela j’ai acheté une clé internet chez un grand opérateur mobile de la place dont je ne ferais pas de pubs gratos ici. Mais au fil du temps je voyais des promos superbes du côté de ses concurrentes alors j’ai voulu essayé. Mais seulement voila : je n’avais plus de sou pour me payer d’autres clés internet pour pouvoir profiter des autres offres. Alors j’ai voulu savoir si c’était possible de – je ne sais pas comment le dire – Pirater ou Hacker ma clé pour qu’elle puisse fonctionner avec n’importe quel opérateur, sans aucune restriction. Waou, imaginez bien cela : une clé internet UNIVERSELLE ! Hummm, doudou, c’est pas ton rêve ça ? Bien-sure que si voyons, alors je me suis renseigné et j’ai trouvé la solution et comme je ne suis pas égoïste j’ai décidé, aujourd’hui, de la partager avec tout le monde.

Oui, grâce à un ami, j’ai trouvé les codes et les gestes à appliquer avec tact et en toute vigueur pour que, comme moi, vous vous débarrassiez de toutes les clés codées. Qu’elles soient anciennes ou neuves. Quoique les neuves vous feraient plus d’effet car je sais que vous n’avez pas oublier la somme d’argent que vous avez déboursée pour elles. Dans tous les cas je vous garanti que vous serez vraiment étonnés du résultat. « spectaculaire » diriez-vous, oui j’en suis convaincu !

Mais quant à moi, je ne pourrais plus me regarder dans la glace, je ne dormirais plus, une fois que j’aurai divulgué ce secret. Oui c’est bel et bien un secret. Tous les grands hackers le garde jalousement et si moi je vous le livre maintenant je serai maudit par toute une communauté. Eux, ils ont bossé dur pour y arriver ; quant à moi, rien. J’ai juste lu quelques mots dans ma boîte au lettre qu’un pote à moi m’a envoyé ce matin, m’expliquant comment résoudre ce problème. Le pauvre, il s’est cassé la tête à apprendre des codes bizarres de programmation : « C/C++, JAVA, Python » me disait-il, quand je pense que je suis sur le point de le trahir… bon ça suffit maintenant. Trêve de bavardage. Je vous livre le secret, et je vous le rappelle, c’est gratuit et ça marche à 100 %.

Pour cracker une clé internet, il faut procéder avec tact, comme suit :

– retirer la clé de son pc (si elle est neuve : du carton ou de l’emballage) ;

– la poser doucement sur un support solide et rigide, de préférence en métal ;

– et enfin……. CRACK !!! A l’aide d’un pilon ou d’un marteau, administrer un ou deux bons coups de massue sur votre clé internet selon votre habileté et le tour est joué ! La clé est crackée…

Si après cette manœuvre votre clé n’est toujours pas crackée alors venez me voire, j’accepte de vous aidez 😉

 


Quand il pleut à Conakry

Une rue inondée à Conakry, par Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

Ce matin encore, des nuages commencent à s’accumuler progressivement dans le ciel ; ils annoncent l’arrivée de la pluie. Le ciel s’est obscurcit et ce, pour la 3è journée consécutive. Malgré que le soleil s’était levé avec une lueur d’espoir qui nous annonçait un moment de répit. Maintenant il se trouve compromis, encerclé par d’immenses nuages noirs qui le prennent en otage. Mais le soleil ne s’en ira pas comme ça, il a son dernier mot à dire ! […]

Comme c’est aujourd’hui mon premier jour de vacance alors je me suis installé près de ma fenêtre, le regard tourné vers l’extérieur, la rue. D’ici je contemple ce petit coin de rue. J’observe, impuissant, cette lutte entre les différents éléments de dame nature. Un grondement de tonnerre et quelques éclairs montrent clairement que le soleil perd peu à peu son combat et maintenant un souffle de vent signe sa reddition. Le soleil nous abandonne. Il a abdiqué et a rendu le pouvoir à la pluie qui n’a pas attendue longtemps pour se saisir de son dû et pour marquer son nouveau territoire, elle commence déjà à gicler quelques gouttes sur le sol. C’est le début d’une longue et ennuyeuse journée de pluie.

Je vois les gens se précipiter dans tous les sens pour regagner leurs domiciles ou un petit abri qui les protégera de la pluie. Très lentement, la pluie se déchaîne en créant de petits lacs d’eau qui ont fini par communiquer entre eux et finalement ils forment les premières eaux de ruissellement qui se jetteront très certainement dans les caniveaux déjà remplies par la pluie de la veille…

Petit à petit l’eau monte. Elle atteint maintenant les chevilles des piétons qui ont plié leurs pantalons ou soulever leurs pagnes par crainte de les mouiller. Quant aux malheureuses personnes qui ont portés des paires de chaussures de sport, des souliers ou les dames avec leurs talons, eh bien ; elles sont obligées de patauger dans cette inondation. Franchement, Mesdames et Messieurs, pourquoi porter de telles chaussures en ce temps pareil ? Dans une eau de ruissellement qui prend peu à peu la teinte brune de la terre que des véhicules ramènent en surface par leur passage sur cette ruelle non bitumée.

Cela fait maintenant une heure que je suis assis près de la fenêtre en train d’observer ce petit coin de rue. Une heure pendant laquelle dame pluie n’a pas baissée en intensité ; une bonne heure pendant laquelle elle déverse des tonnes d’eau sur cette terre. L’eau monte, elle monte toujours et vite ; maintenant elle dépasse largement le niveau des chevilles.

Il faut pourtant regagner son domicile ; il faut cuisiner. Alors Les dames en provenance du marché du quartier font du mieux qu’elles peuvent. Elles pataugent, ça et là, avec un panier remplie de condiments et parfois sans parapluie. Un bonnet en plastique pour ne pas se mouiller les cheveux. Je les regarde regagner leurs domiciles.

Je me rappelle encore des images de cette inondation qui ont été diffusée à la chaîne nationale. De l’eau de ruissellement avait pénétré dans des maisons la nuit alors que les occupants dormaient. L’eau mouilla une bonne partie de leurs biens et causa la destruction de certains d’entre eux. Ce jour-là, il avait plu sans interruption. Les caniveaux bouchés par les ordures n’auraient pas rempli leurs rôle et l’eau auraient débordé vers les habitations. Espérons que ce genre d’incident n’arrivera pas aujourd’hui car je vois que l’eau monte, toujours.

Je m’ennuie, je voudrais que cette pluie cesse enfin pour que je puisse sortir et me promener. Mais sachant que cela m’est impossible pour l’instant alors j’opte pour une autre solution, un plan B : la lecture ! Rapidement je sors mon nouveau livre que j’avais rangé le mois dernier par manque de temps et je me plonge dans ses pages avec appétit. Peu à peu j’oublie la pluie au fur et à mesure que je feuillette les pages de mon livre car en ce moment mon livre est mon monde, le monde est le livre. Alors qu’il pleuve !


Dans un taxi de Conakry (2)

Un taxi de Conakry, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org
Un taxi de Conakry, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

Tous les chemins mènent à Rome

Il est 7h30 et je suis encore au bord de cette ruelle étroite de Conakry. Les taxis sont très prisés et chaque véhicule qui passe est déjà très chargé en passagers. A cette heure de pointe, c’est surtout les fonctionnaires, les élèves, étudiants et aussi les commerçants qui occupent les abords des routes.

« Il faut que je gagne un taxi » : cette voix, tenace, provient de mon subconscient qui ne cesse de me marteler l’esprit. Je dois faire vite car j’ai une importante évaluation à passer. Alors je fais de mon mieux avec mon bras levé et le doigt qui indique quel axe je voudrais emprunter – comme il est de coutume ici dans la capitale guinéenne… Finalement, j’obtiens mon taxi sans trop de bousculade.

Je me suis installé – à vrai dire « coincé » – à la banquette arrière, là, à côté d’autres passagers. Impossible de se faire entendre, impossible donc pour moi de saluer à cause de cette musique assourdissante. Mais apparemment cela plaisait bien à certains. Je les voyais remuer légèrement la tête mais aussi les pouces !

« J’ai pas de monnaie » cria le chauffeur. Là aussi, je ne dis mot car de toutes les façons il n’entendrait pas et je n’avais pas l’intention de crier à mon tour. Mais par contre je vérifiais mon calepin et heureusement tout était en ordre pour mon arrivée à destination : j’avais de la monnaie.

Débordant d’énergie, casquette à l’envers, ce jeune taximan se fiche pas mal du code vestimentaire et pas que : serviette salle autour du cou ; sa chemise – verte – était déchirée par endroits et il portait une culotte bleue qui laissait entrevoir ses genoux minces (ou maigres je n’en suis pas sure). Quant à ses pieds, ils étaient très actifs dans ses ‘’Pouff’’ de couleurs roses. Ce jeune taximan conduisait comme dans une compétition. Il démarra au quart de tour et déjà il doubla quelques voitures qui nous avaient dépassées durant ce laps de temps d’arrêt qui m’a permis de monter à bord. Et Maintenant nous roulons tantôt au beau milieu de la route, tantôt sur le trottoir : « Tous les chemins mènent à Rome » !

‘’Nous’’ 

Peut-être que oui, je devrais dire « nous » puisque je n’ai pas protesté et eux non plus d’ailleurs (les passagers). Donc « nous » étions les propriétaires de cette route, les seuls usagers qui ont droit à tout.

Alors, nous progressions malgré l’embouteillage sur notre seconde ligne que nous avions créée en incitant d’autres véhicules qui suivaient peu à peu notre bel exemple. Comme si cela ne suffisait pas, parfois, nous faisions quelques détours du côté de chez nos amis ‘’les piétons’’ qui nous insultaient de tous les mots.

Je le dis bien : je ne tenais pas le volant et les passagers non plus mais « nous » progressions malgré l’embouteillage. Donc toutes les infractions commises jusque-là, c’est ‘’lui’’ (le taximan) qui les a commises :

-excès de vitesse ;

-conduite dangereuse ;

– non-respect du code de la route ;

– circulation en sens interdit et même sur l’espace piéton

– comme les panneaux de signalisation ne marchent plus, sinon, j’ajouterais aussi : « il a grillé un feu ! »

Attention aux bonnets noirs

Nous arrivons à un carrefour et les  bonnets noirs des policiers se profilent à l’horizon. Notre taximan s’active dans ses ‘’Pouff’’ roses pour retourner sur la ligne. Les voitures qui nous talonnaient en font autant : la seconde ligne se dissipa comme par enchantement. Notre cortège s’était rompu, chacun regagnant la position légale…

Une main posée sur le boîtier de vitesse et l’autre sur le volant, la serviette qui aspirait la sueur qui perlait de son cou ; le chauffeur se réveilla aussitôt que nous dépassions les hommes en uniformes et recommença sa course effrénée.

Le signal du départ était quand le policier gonfla ses joues d’air et souffla énergiquement dans son sifflet. Il tendit ensuite son bras vers la voie libre ; il nous disait clairement par ce geste majestueux : vous pouvez y aller.

Égoïsme, vitesse et précipitation

Le départ est autorisé. Les moteurs qui ronronnaient jusque-là sont enfin libérés et chacun se précipite pour passer le premier. Moi d’abord, « moi premier ». Personne ne veut céder le passage à son prochain.

Notre chauffeur de taxi était parmi les premiers à se lancer. Il bloqua le passage à ses adversaire et se faufila entre deux voitures personnelles dont l’une d’entre elles lui jeta quelque mots à l’oreille : « fou-le-camp ! ». Et à ces mots il répondit : « In cognaï » (on cogne)… Il passa tout près du véhicule de ce homme en cravate noire qui venait de lui lancer ces mots puis se rapprocha très près de lui ; si près qu’il effleura le rétroviseur de celui-ci pour enfin continuer sa route-oups, notre route […]

 

Tels sont les événements qui se sont passés dans ce taxi qui m’a conduit à la fac lors de ma dernière évaluation. Mon cœur ratait un battement à chaque manœuvre risquée de notre chauffeur de taxi. Je ne disais mot ; je ne protestais pas. Moi qui avais l’habitude de faire des reproches aux chauffeurs de taxi quand ceux-ci font de l’extravagance sur la route. Ce matin-là je ne l’avais pas fait, ce matin-là j’étais complice. Complice de celui qui m’a évité de venir en retard pour mon évaluation. Heureusement pour lui que j’étais en retards sinon il aurait eu affaire avec moi….


Orange Guinée : trop c’est trop !

Clé internet Orange Guinée, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org
Clé internet Orange Guinée, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

Trop c’est trop ! Voici la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Ce matin, mon cœur a frémit en voyant ma page d’accueil où j’ai l’habitude d’acheter les pass de connexion. Après de longues années de misère et de galère provoquées, moi,  petit internaute guinéen se demande où allons-nous ? Oui, où allons-nous réellement en Guinée…

Après toutes ses années d’utilisation d’un pseudo 3G+, je constate avec amertume que les choses ne vont qu’en s’aggravant et que les débits de connexions des différents opérateurs mobiles sont toujours très médiocres. Et comme si cela ne suffisait pas, il y a eu les taxes sur les communications. Ces fameuses 1GNF/s que l’Etat guinéen prélève à ses citoyens sur chaque communication. Et maintenant pour couronner le tout les opérateurs mobiles jouent avec le tarif de leurs pass internet comme si c’était des tours de « pass-pass », de magie, tout ça pour mieux soutirer de l’argent à leurs pauvres abonnés.

Elle ne l’a même pas annoncé et durant tout ce temps mon portable était allumé et plein de réseau. Elle qui sait pourtant faire des sms de promos de ses différents produits, elle ne l’a pas fait. Oui, elle a changé ses tarifs internet sans me l’annoncer. Elle, c’est la société de téléphonie Orange Guinée. Ses nouvelles tarifications ne sont pas du tout adaptées aux besoins des utilisateurs, la preuve est que j’ai acheté leur pass de 30 MB/jour et tenez-vous bien : le pass s’est épuisé au bout de deux minutes de connexions. Milles francs guinéens de jetés pour quoi au juste : deux minutes ?

Pour qui elle se prend, cette société ? Comment peut-elle modifier ses tarifs sans communiquer à ses abonnés. Mais où est donc cette agence de régulation des télécommunications et où sont passées toutes ces institutions chargées de veiller au grain, les blogueurs ? Franchement je suis déçu. Pas parce qu’ils se comportent de la sorte, non, mais plutôt que personne ne réagisse.

Et c’est comme ça, chacun s’en fiche et les sociétés privées font la fête. Et maintenant elles ont le droit de réclamer l’argent de leurs beurres périmés – oups, j’allais dire connexions périmées.

Merci à Orange Guinée pour ce magnifique cadeau de ‘’salimafo’’. J’espère que ABLOGUI saura lui remercier comme il se doit.


Le cercle

Le cercle, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org
Le cercle, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

J’ai fait une découverte ou plutôt une redécouverte fabuleuse qui m’a rendu très nostalgique. Il s’agit là d’une de ces choses qui vous transporte littéralement dans les belles années de votre enfance et qui réveille en vous des souvenirs enfouis au plus profond de votre être, malheureusement oubliés et perdus dans un petit coins de votre mémoire.

Ce soir-là, tandis que je marchais dans la rue, j’aperçu un petit groupe de personnes formant un cercle avec des objets à l’intérieurs. Le genre de cercle qui attire toujours les petits curieux comme moi. Eh oui, la curiosité n’est PAS un vilain défaut, alors je m’en rapproche un peu plus près pour découvrir ce que c’était : il y avait de jeunes enfants, des garçons qui tenaient de petits cerceaux en métal, des jeunes filles toutes souriantes et qui poussaient de petits cris d’excitation quand elles loupent une belle occasion et enfin, il y avait le reste, c’est-à-dire les accompagnateurs et les curieux dont je venais de rejoindre à l’instant et ensemble nous formions la foule, nous étions le cercle.

« waï grand, a misaï »

Sans me rendre compte, le gérant du jeu avait détecté ma présence. Il se rapprocha de moi et m’adressa la parole « waï grand, a misaï » ce qui signifie littéralement : « oui grand, tu veux miser ? ». Qui, moi ? Décidément ce jeune homme sait tout ce qui ce passe dans son cercle car c’est bien lui le propriétaire des objets à l’intérieur. Des objets bien prisés d’ailleurs puisque à cause d’eux les joueurs tentent leurs chances. Ils misent de l’argent –une petite fortune quand on fait la sommation- et cela sans s’en rendre compte. Mais qu’obtiennent-ils en retour ?

Et bien si ils sont chanceux ou habiles, parfois ils peuvent obtenir l’un des fameux objets placés à l’intérieur du cercle. Une lancée et hop-là, ils gagnent !!!

Une bouteille de jus de fruits ou une cannette de soda, parfois quelques biscuits ou encore des jouets de toutes sortes ; voici les fameux objets qu’ils espéraient avoir.

-« Non » répondis-je. Mais le gérant ne fut point déçu par cette réponse, et maintenant il comptait près de moi sa petite fortune qu’il avait amassée durant la journée. La pêche a été bonne aujourd’hui vu la liasse de billets qu’il tenait dans ses mains couvertes de terre à force de ramasser les cerceaux que les joueurs lançaient par terre… Il portait une petite culotte munie de grandes poches où il glissait ses liasses de billets après chaque décompte. Mais quand il ne ramassait pas les cerceaux, il se fondait dans la masse parmi ses parieurs. Et maintenant que je l’avais découvert, je constate aussi qu’il redresse la tête pour guetter les alentours et cela me faisait sourire intérieurement. Mais que cherche-t-il au juste, de nouveaux clients ? Certainement pas… ah oui, j’ai trouvé, je me souviens !

Course Poursuite

A l’époque c’est-à-dire à mon enfance, ce genre de jeux finissait toujours très mal pour celui qui l’organisait et c’était à cause de la police ! Il débarquent et c’est la course poursuite qui s’engageait entre eux et le gérant. Si par malheur celui-ci tombait entre les mains de la police, il était conduit manu-militari dans un véhicule d’intervention et direction la maison centrale pour les pourparlers habituels car ici tout se négocie à l’amiable ou –si tu n’as rien- à la cravache. Et je comprends mieux cette attitude de notre petit « hors-la-loi » quand il guettait l’arrivée de la police : il craignait pour son petit business. Et moi alors,  qu’est-ce que je fais encore parmi tous ces gens ? Suis-je en train de cautionner ce délit, n’ai-je pas mieux à faire ailleurs ? Ne suis-je pas en train de crouler sous les documents non lus et les devoirs inachevés?

Bien-sûre que j’ai mieux à faire, bon il faut que je bouge d’ici, ma curiosité est satisfaite.


Le français, cette langue qui influence le pular

 

francophonie, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org
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Le français est une langue qui ne cesse d’influencer les autres langues. Il s’agit de mots et d’expressions que ses semblables lui empruntent pour s’enrichir, des expressions dont la beauté ne se remarque que si elles sont écrites ou prononcées en français. C’est pour cette raison que l’on retrouve les mots et expressions d’origine française dans plusieurs langues dont l’anglais. Des exemples dans cet articles du Wikipédia : influence du français sur l’anglais.

Si le français influence les autres langues dites internationales, pourtant très riches, alors qu’en est-il des langues vernaculaires présentes en Afrique ? C’est pour répondre à cette question que j’ai décidé de faire une interview avec notre invité, Mr Baldé, qui n’est autre que moi-même 😉 . Aujourd’hui il accepte de nous livrer son opinion concernant l’influence du français sur sa langue maternelle : le pular.

(Doudou) – Bonjour Mr Baldé ! Merci de nous avoir accordé un peu de votre temps pour répondre à mes questions.

(Mr Baldé) – Bonjour. Tout le plaisir est pour moi.

(Doudou) – Alors, qu’en dites-vous, Mr Baldé ? Le français influence-t-il votre langue ?

(Mr Baldé) – Oui, je le confirme. Le français est présent dans mes conversations. Que ce soit en famille où j’ai l’habitude d’employer quelques expressions en français pour me faire comprendre par mon entourage. Ou bien tout simplement à cause de ma familiarisation avec cette langue, je me surprends à répondre par ‘’oui’’ et à saluer par ‘’bonjour’’. Entre amis, nos conversations mêlent le français et le pular : des phrases entières en français puis en pular et vice-versa.

(Doudou) – Bien, Mr Baldé, qu’en est-il de vos pensées ?

(Mr Baldé) – Bon là c’est 50-50, comme le dirait les Anglo-Saxons c’est ‘’fifty-fifty’’. Mes idées et mes réflexions dans le domaine scientifique se font en français. Dans ma tête il y a constamment un monologue qui est engagé : c’est le pular quand je m’autocritique. J’adopte le français dans mes rêves. Oui je rêve beaucoup. Je plane dans les airs dans un méli-mélo de français et de pular…

(Doudou) – Le français est souvent décrit comme une langue qui ne cesse d’influencer les autres langues. Avez-vous peur de perdre le pular ?

(Mr Baldé) – Oui, j’ai bien peur que cela se produise. C’est pourquoi je vous dirais ceci :

« Pular, je sais que tu es encré en moi. J’ai tété à ton sein et tu m’as aidé  à effectuer mes 1er pas. Donc aucun doute la dessus : je ne t’oublierai jamais. Ce qui me préoccupe par contre c’est l’idée de perdre tes plus beaux mots : ‘’Toundadjë’’ ; ‘’Sala’’ ; ‘’ko töly’’ etc. Avec eux, je suis poli ; aucun équivalent en français ! »

(Doudou) – Si le français continue à influencer le pular, est-ce une évolution vers le créole ?

(Mr Baldé) – En tout cas je ne sais pas. Mais je suis sûr d’une chose : le phénomène ne se limite pas à moi seul. Certains de mes amis en font autant que moi ou pire. Il y en a même qui ne parle que français que ce soit à la maison ou en société.

Ce qui est frappant c’est que le phénomène se rencontre aussi dans les autres langues de mon pays : le Soussou, le Malinké et j’en suis sûr que les autres langues n’échappent pas à la règle.

(Doudou) – Qu’en dites-vous de vos enfants ou des générations futures, quelle(s) langue(s) parleront-t-ils ?

(Mr Baldé) – En ce qui me concerne, je parle mal Poular mais j’en suis conscient du danger. Je m’efforce de corriger mes erreurs de langage. Je comble mes lacunes en capturant tous les mots absents de mon vocabulaire. Je n’hésite pas à demander leurs significations et en français si possible.

En ce qui concerne nos enfants qui grandissent le plus souvent dans un environnement où le français est la langue la plus parlée (ce qui s’observe dans les grandes villes et les familles aisées). J’ai bien peur que ceux-ci ne puissent parler convenablement le pular. Nous ne ressentirons cela que dans plusieurs générations. D’abord les premières parleront très mal le pular, ensuite très peu le pular et enfin les mots se substitueront progressivement et laisseront place à du français. Qui sait, peut-être nous finirons par parler 100% français un jour ! Ou bien du Créole, à défaut.

(Doudou) – Oui, qui sait, l’avenir nous réserve des surprises. C’est sur ces mots que je vous dis merci, Mr Baldé, pour votre aimable impression et à la prochaine.

(Mr Baldé) – Merci et au revoir.


Rentre chez toi en Afrique

Rentre chez toi en Afrique

Rien n’est comparable à ta souffrance en Europe
Et pourtant tu te débrouillais bien en Afrique
Ne te rappelle-tu pas ?
Tu as tout quitté, tu es parti
Rien ne pouvait te faire changer d’avis
En tout cas ta décision était prise
Caché dans ce bateau de clandestins
Humain, tu ne l’étais pas vraiment
Et tu es parvenu à entrer en Europe
Zone d’espoir et de bonne fortune
Toi qui es maintenant couché dans cet abri de fortune
Oublies-tu que tu avais ta propre maison chez toi en Afrique ?
Interroge ta conscience
Et pourtant tu te débrouillais bien en Afrique
Ne te rappelles-tu pas ?
Amis et famille se demandent qu’est-ce que tu deviens en Europe
Femme ne cesse de penser à toi, son mari
Rentre chez toi
Immigrant malheureux
Que deviens-tu en Europe ?
Un SDF, un « sans-papiers »
Enfant du pays, ta patrie sèchera tes larmes


Le symbole

Un symbole, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org
Un symbole, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

La récréation terminée, Mr Camara entre dans sa classe de 4ème année (CM1) muni d’un nouvel objet tout à fait particulier : c’est une corne de vache. Mais l’ayant un petit peu relooké et rafistolé à l’aide d’une corde, cette vieille corne ressemble maintenant à un collier. Les enfants ne sont pas dupes, ils savent que ça se porte autour du cou !

Mr Camara s’adressa à ses élèves pour leur présenter le nouvel objet – ou si vous préférez – outil de classe :

  • « Bonjour les enfants ! voici ‘’le symbole’’. Désormais, quiconque s’exprime en langue vernaculaire sera obligé de le porter jusqu’à la fin de l’heure. Mais si l’un de vous s’exprime à son tour en langue vernaculaire, alors ce dernier le remplacera. Bien, commençons notre leçon, mais avant déposer d’abord vos ‘’Devoirs de maisons’’ ».

Moussa avait oublié de traiter son ‘’Devoir’’. Pris de panique, il articula une série de mots en langue vernaculaire. Des mots assez audibles qui parvinrent à l’oreille de son maître de classe. Celui-ci réagit immédiatement :

  • «  Voilà ! Nous avons notre 1er puni ; viens ici pour que je t’offre mon collier. Que cela serve de leçon à tout le monde : pas de langue vernaculaire en classe ».

Honteux, le petit Moussa accepta son cadeau en fermant les yeux puis retourna à sa place. Le cours débuta…

Tandis que le maître de classe recopiait la leçon du jour au tableau, un bout de papier atterrissait sur le table-banc de Moussa. Son camarade l’avertit : « ne l’ouvre pas ». Mais il ignora son conseil et l’ouvrit quand-même. Il y était mentionné : ‘’M’bouuu !’’ (Cri de la vache).

Des éclats de rire secouèrent la petite classe. Des moqueries s’en suivirent qui mirent Moussa en rage. Il grogna plus qu’il ne parla quand il opta pour des menaces comme seul moyen de défense. Mais toutes les menaces qu’il proférait ne faisaient que galvaniser ses camarades de classe. Grimaces et cris d’animaux redoublèrent d’intensité. Finalement, Moussa se résigna et se tut.

Dans cette jungle de classe, Mamadou – un de ses camarades – laissa échapper un autre mot en langue vernaculaire. Oups ! Moussa est sauvé. Il ôta rapidement son collier et le tendit à son ami de classe : « tu as parlé » !

La classe riait de nouveau mais cette fois-ci aucun d’entre eux ne disait mot, par crainte de laisser échapper un autre mot en langue vernaculaire.

Le maître de classe intervenait pour calmer les enfants : « silence, silence ! Mamadou, c’est à ton tour de le porter ». Puis le silence s’installa progressivement.

Précaire au début, le silence est maintenant de cimetière. Il est si bien observé par les élèves qu’il était possible d’entendre au loin les classes de maternelles – pourtant très distantes – chanter.

Le maître de classe fut surpris du fait que, pour la première fois, son ordre de garder le silence était respecté à la lettre par ses élèves. Il en était ravi et secouait – par réflexe – ses longues jambes sous son bureau.

Les enfants ne craignaient pas leur maître ; loin de là. Ce qu’il redoutait c’était ce gros ‘’gri-gri’’ qui circulait d’un cou à l’autre. Ils ne parlaient plus mais chuchotaient, n’hésitant pas à se pencher à l’oreille de leur interlocuteur pour se faire entendre par celui-ci.

Et maintenant que la classe était silencieuse, nul besoin de distribuer des fessées aux ‘’bavards’’. Les listes des bavards, moyen de garder une classe calme, n’ont plus d’utilité. Le maître de classe avait, sans s’en rendre compte, emmené le remède miracle.

‘’Le symbole’’ faisait d’une pierre deux coup : la classe était silencieuse et, en prime, il n’y avait plus de langues vernaculaires. C’était magique !


Ce voyage me révéla toute la vérité

 

Calendrier, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org
Calendrier, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

Nous roulions dans cette broussaille et ces bois perdus au milieu de nulle part. Puis le silence s’installa brutalement en un claquement de doigt, lourd et mystérieux comme dans un cimetière. Seuls les bruits du moteur et le fracas des pierres sur les pneus me rappelaient que nous étions dans cette voiture de transport. Alors je me suis demandé : « Pourquoi ? »
Pourquoi ce brusque revirement de la situation qui était jusque-là ambiance et joie ? Eux le savaient bien, d’où leur attitude. Je réfléchissais alors à la meilleure façon de poser ma question au chauffeur puisque c’est un habitué des lieux. Je me ménageais dans ma tête afin de sortir la phrase idéale, les mots qui toucheraient du doigt ce silence si pesant et si soudain. Nous arrivions à un virage serré et entouré d’herbes hautes. Le chauffeur, comme lisant dans mes pensées, annonça : « C’est ici ». Mais pourquoi cette affirmation et que signifie « c’est ici » ?

Je voulu lui demander mais aussitôt une autre voix enchaîna : « Oui, la dernière attaque ». Alors je compris ce que signifiait ce silence si brusque et si lourd. Bon sang, mon cœur changea de rythme et mon sang commença à se glacer. Visiblement marqué par les évènements de cette dernière attaque, le chauffeur murmura : « Il y avait au moins cinq véhicules de transport ce jour-là et les gens étaient couchés par terre et les jeunes hommes étaient ligotés ». « Des loubards armés qui nous dépouillaient de nos biens. Dieu soit loué, ils n’avaient pris que l’argent et pas nos vies ». Le silence ainsi rompu, tout s’enchaîna comme dans un feuilleton de série télévisé. Chacun raconta son histoire avec plus ou moins d’exactitude en se donnant parfois des mérites et des exploits surhumains tout en omettant quelques sombres passages de stricte vérité. Les coupeurs de route sont devenus un fléau dans mon pays, la Guinée. Ils opèrent dans les routes isolées et coupées de tout réseau. Les routes sont de véritables sentiers de terre battues, parsemées de milliers de nids de poules et de lits de marigots pleins de boue. L’insuffisance de la couverture du réseau téléphonique fait que les pauvres routiers ne peuvent pas appeler des secours en cas d’accidents ou d’attaques par ces loubards. Souvent, ils sont obligés de parcourir des kilomètres afin d’obtenir de l’assistance.

La gendarmerie nationale, dont le rôle est de protéger les citoyens, ne s’acquitte pas correctement de sa tâche. Selon plusieurs témoignages, elle mentionnerait des pénuries de carburant qui lui empêcherait de s’acquitter de son devoir vis-à-vis des citoyens et des routiers en particulier. Mais ne lui jetons pas tous les torts car en effet, elle ne dispose pas assez d’équipements pour y arriver. C’est la faute au gouvernement – disent-ils – qui ne leur accorderait pas assez de budget pour les soutenir. Les médias nationaux préfèrent parler de politique et de faits divers, en se consacrant presque entièrement à la capitale au détriment du reste du pays. C’est toujours le citoyen lambda qui en souffre. Que ce soit le commerçant qui vit de ses négoces dans les marchés hebdomadaires où il vend ses marchandises et gagne de quoi nourrir sa famille ; ou bien le transporteur routier qui fait la navette depuis les grandes villes vers les villages ; ou encore le simple voyageur qui souhaiterait se rendre dans son village natal ou dans une ville quelconque. Il suffit que vous tombiez sur l’un de ces barrages érigés sur une piste par ces hors-la-loi, pour vous voir complètement dépouillé et terrorisé par la menace de mort qu’ils induisent.

Tout le monde est concerné et c’est étonnant de constater que les médias nationaux n’en parlent qu’à la suite d’un grand coup de filet de la gendarmerie nationale qui réussit quand même à arrêter quelques coupeurs de route. Ils saisissent alors l’occasion pour faire des articles et des reportages à fin de faire croire à la communauté internationale que les routes guinéennes sont les plus sûres du monde, espérant ainsi pouvoir noyer le poisson. Et le gouvernement berce le peuple par des discours de circonstance au lieu d’agir sur le vrai fléau en cause.

Tous ces ingrédients réunis font que les foyers des coupeurs de route prospèrent sur nos routes préfectorales et certaines pistes rurales. Les voyageurs se frottent les mains en espérant que les choses s’améliorent et que les autorités prennent conscience de l’isolement de certaines villes du pays.


Les billets de 100 francs guinéens

100 GNF, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org
100 GNF, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

Les billets de 100 francs guinéens sont actuellement la plus petite coupure de monnaie de la Guinée. Les pièces de 50 et de 25 GNF ont totalement disparu de la circulation. Et pour cause le franc guinéen a perdu sa valeur au fil des années malgré les « efforts » des gouvernements qui se sont succédé. C’est l’inflation. La Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) tente tant bien que mal à redorer le blason de son « franc glissant », appelé ainsi par la population à cause de sa valeur qui est très faible.

Les pièces de monnaie ayant donc disparu de la circulation, la BCRG essaie de sauver la plus petite coupure encore en vie. Pour cela, elle a dû injecter des tonnes de papiers blancs imprimés –les billets de 100GNF- dans la circulation.

Hein, « Gouv », pourquoi tant d’effort pour une coupure de billet qui n’a aucune valeur ? Ne nous voilons pas la face : les 100GNF sont détestés par la population. Pourquoi ?

  • A cause de sa valeur :

D’abord il  est pratiquement impossible de trouver un produit dont la valeur est en dessous de 500 GNF sur le marché. Les condiments dans les marchés, de même que l’eau de boisson (conditionnée), tous les produits courants n’affichent que des prix supérieurs à 500 GNF. Les vendeuses du marché étalent leurs produits en des tas de 500 GNF chacun et refusent de vendre une unité à 100 franc.

Ensuite, tenir une somme de 1000 GNF représente déjà une liasse

2000 GNF, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org
2000 GNF, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

de billet alors qu’en est-il d’une somme de 100.000 GNF qui équivaut à 10€ environs ? Il est évident que l’on ne peut pas faire du chopping avec des billets de 100 GNF dans les grandes boutiques de Conakry. Et aussi, imaginer tout le travail que cela représente pour le gérant qui doit « se taper de compter tout ce fric en papiers blancs ».

  • Des prix fantaisistes :

Pour éviter les petites monnaies de 100 franc, les produits ne sont plus étiquetés à des valeurs telles que : 200GNF, 900GNF ou encore 3600GNF par exemple. On ne rencontre que des multiples de 500 c’est-à-dire  500-1000-1500-2000-2500 ainsi de suite…

  • A cause de la politique :

Les billets de 100 GNF représentent les billets de « alpha », faisant allusion à notre actuel président Alpha Condé, notre « körö » (grand-frère) qui a soutenu la réinjection de ces billets dans la circulation. Certains citoyens critiquent la politique d’Alpha Condé en se servant de ses billets de 100. Pratique quand on veut avoir la totale liberté d’expression…

  • Même le transport routier n’est pas épargné :

Oui, quand des chauffeurs de taxi acceptent les billets de 100 en fermant les yeux. Ou quand certains passagers rechignent ou préfèrent laisser leurs monnaies avec le chauffeur si celui-ci leur tend des billets blancs.

Voilà entre autres les raisons qui font que les billets de cent francs guinéen sont  en déclin en Guinée. Je vous préviens, étrangers qui passez par Conakry, n’offrez pas un billet de 100 à un enfant ou à un mendiant sinon vous serez surpris !


Un matin pas comme les autres

logo Médecine, Tieum CC Wikipedia Commons

Mon téléphone sonne : 6h30, il est l’heure de se réveiller.

Je fais ma toilette, je m’habille et je déjeune.

J’ai un peu de trac, mais bon c’est normal puisque cette situation m’émoustille beaucoup.

Car aujourd’hui je change de peau, je change d’air.

Je le sens ce petit fourmillement que j’ai dans les doigts, ces mêmes sensations qui m’ont toujours accompagnées au cours des plus beaux instants de ma vie et qui en ce matin se manifestent une fois de plus en moi.

C’est un matin pas comme les autres. J’ai changé, je change…

Puisque je dis  « Adieu » à cet uniforme de tous les matins de jours ouvrables qui était devenu ma seconde peau.

Puisque je suis enfin libre de porter la tenue qui me convient.

De la plus correcte à la plus décontractée…

Puisque je dis « Adieu » à ce bâtiment qui m’a vu grandir, à cet espace où j’ai passé une bonne partie de mon existence, assis sur ce table-banc, à apprendre les bases de toutes les connaissances.

Et quand j’ai aperçu mon nom sur cette fiche d’admission du baccalauréat…

J’ai aussitôt compris que j’avais franchi une nouvelle porte.

Une porte qui me conduirait à de nouveaux horizons, tout ce à quoi j’aspirai dans cette vie.

Ce fut un matin pas comme les autres…

J’ai signé cette fiche d’orientation qui allait décider de mon sort et me conduire dans un nouveau monde, tout à fait nouveau et inconnu pour moi.

Faculté de médecine, c’était mon choix et aujourd’hui il se concrétise ; mon rêve devient réalité.

C’est un matin pas comme les autres…

 Encore ces fourmillements dans mes doigts.

Je saisis mon stylo et je mentionne la date.

Aujourd’hui : j’ai suivi mon premier cours en faculté de médecine.

Aucun mot, aucune expression ne saurait décrire avec exactitude l’intensité du bonheur que je ressens.

C’est un jour que je n’oublierai jamais, un matin pas comme les autres.

Nouveau cycle, nouvelle peau, nouvelles opportunités.

Un matin d’espoir.


Dans un taxi de Conakry (1)

Un taxi de Conakry
Un taxi de Conakry, Alpha Oumar Baldé CC doudoufine.mondoblog.org

Mon Vieux-Papi :

Il est 18h, nous voici une fois de plus au bord de la route en train de chercher un véhicule. Nous étions sortis de cours, après de longues heures d’études tout le monde avait hâte de rentrer chez soi. Prendre un bon bain pour calmer ses nerfs mis à vif par une rude journée de stress et de chaleur… Ici à Conakry, dans ces circonstances de fin de journée, tous les moyens de transport sont validés quels qu’ils soient : taxi, bus ou même véhicule personnel reconverti à l’occasion en taxi (autrement appelé ‘’clando’’).

En ce soir de jour ouvrable, la foule est immense et les véhicules évoluent en file indienne. Chaque voiture qui accoste est immédiatement prise d’assaut par les gens, « pourvu que je m’arrache d’ici avant la tombée de la nuit », se disent-ils sans doute. Pour cela, ils sont prêts à se bousculer afin d’obtenir une place. C’est comme ça que ça se passe : c’est la loi de la jungle qui prédomine.

Je levais la main, le doigt indiquant quel axe je voulais prendre comme le font chacune des personnes à mes côtés. C’est alors qu’un taxi surgissant de nulle part s’arrête pile sous mes yeux déjà désespérés (et surtout très fatigués à force de scruter des écritures ou les diapos de ce cours d’anatomie…). Tout de go, le chauffeur – un vieillard septuagénaire – annonça la destination qu’il comptait prendre. Dieu soit loué, c’est là que je souhaitais me rendre également. Je fis un bon en avant et je saisissais le poignet de la portière de la voiture pour empêcher que quelqu’un d’autre ne me la pique sous mon nez. En tout cas si cela était arrivé je ne me le serait pas pardonné. Il me fallait à tout prix prendre place dans ce « clando » !

Aussitôt saisie, j’ouvris la portière précipitamment et je me glissais à l’intérieur en poussant un grand soupir de soulagement puis, reprenant mes esprits, je saluais le conducteur.

Le chauffeur me répondit calmement avec une voix douce et tremblante. Une voix qui ressemblait drôlement à celle de mon grand-père : mon Grand-Papi qui me racontait des histoires afin de me faire rire. Je me tournais alors vers ce vieux chauffeur dont la voix me rappelait tant celle de Grand- Papi :

Il était bel et bien septuagénaire (voire plus), aucun doute là dessus. Il portait des lunettes qui ressemblaient plutôt à des loupes et qui agrandissaient ses petits yeux noirs. Il avait une barbe blanche et une moustache mal rasée. Son nez était droit et sa bouche était pulpeuses, des lèvres pulpeuses que la vieillesse n’avait pas réussi à défaire et qui ornait un visage rond et ridé par les années… Un long cou soutenait sa grosse tête qui était ornée d’un bonnet, l’ensemble était posé sur de larges épaules.

Ce vieillard avait sans doute été très fort dans sa jeunesse, cela se remarquait facilement car il tenait très fermement le volant. Il évitait vigoureusement les très nombreux trous de la route. Malgré l’agitation dans les rues étroites et mal bitumées de Conakry, sa respiration était calme et régulière.

Je regardais ses vêtements : un petit boubou assorti à une paire de chaussures traditionnelles. Très simple comme habit remarquais-je.

Ce vieux papi inspirait le respect car son attitude au volant était irréprochable. Il prenait soin de rouler à une vitesse constante et réglementaire, s’arrêtant parfois pour laisser passer des piétons malgré les klaxons des véhicules, impatients et égoïstes, qui nous suivaient de près. Aussi, il respectait les passagers en s’adressant à eux convenablement et gentiment lors de leur arrivée à destination.

Je détournais mon regard et je fixais maintenant la route devant moi, me rappelant qu’il est impoli de fixer un supérieur et de le dévisager surtout si c’est un vieillard. J’arrangeais ma position puis je sortais mes écouteurs de mon sac. Pendant que les chansons de ‘’The Weeknd’’ me berçaient, j’imaginais déjà les vacances, tout en méditant sur le lieu où j’aimerais aller cette année. Quelques chansons s’écoulèrent ainsi et je m’apercevais que j’arrivais à ma destination. Le taxi s’arrêta pour me déposer.

Je payais les frais de transport et je saisissais la poignée de la portière pour l’ouvrir. C’est alors que par la même voix douce et moins tremblante cette fois ci, le vieux chauffeur m’annonça : « C’est par derrière ». Je compris que la poignée était cassée et qu’il fallait donc l’ouvrir de l’extérieur. Ce que je fis sans tarder car il était presque 19h. Je descendis de la voiture et relevais la tête ; c’est alors que je m’aperçus de son état : ses phares étaient très faibles, presque éteins, l’un d’eux était même cassé – sans doute dû à ces nombreuses petites collisions que la voiture avait dû subir durant son existence. La carrosserie était très ancienne. C’était un de ces anciens modèles que ce vieux papi avait dû acheter dans sa jeunesse. Cette voiture ressemblait plutôt à une boîte de sardine rouillée qu’à un taxi mais son moteur tournait bien malgré son ancienneté. Et, parce que la conduite était parfaite, je n’avais pas ressenti la vétusté de ce véhicule.

Une chose est sûre ce vieux conducteur n’en était pas à ses débuts. Ce vieux papi est même un as du volant !

Il faudrait le voir pour le croire, je n’arrivais pas à réaliser que cette vieille carcasse m’avait conduit à bon port et cela sans aucun incident. En tout cas, nous devrions revoir la définition de ce qu’est la vieillesse qui, selon moi, représente la maturité d’esprit et le talent. Vieux papi me l’a prouvé ce jour-là. Et oui, je l’appelle Vieux Papi désormais, tellement il avait assuré.

Si tous les taximen de Conakry se comportaient ne serait-ce que comme la moitié de ce qu’est Vieux papi, alors les rues de cette ville deviendraient les plus sûres du monde.