René Nkowa

Les Pépites de Mondoblog : la Mondoblogosphère à Dakar

Du 30 novembre au 6 décembre 2015, une soixantaine de blogueurs se sont retrouvés à Dakar, la capitale sénégalaise, pour la formation annuelle. Des jeunes et des moins jeunes, originaires de 23 pays ont ainsi vécu en  communion. Au-delà de la formation proprement dite, les rencontres des Mondoblogueurs sont toujours des moments privilégiés d’échanges et de découverte des autres, dans leurs différences et leurs similarités. Et ils n’ont évidemment pas manqué de raconter ce séjour dakarois, chacun de son point de vue et selon sa sensibilité. Ce qui a donné un éventail de textes d’une riche diversité.

Pour avoir une idée du déroulement de la rencontre de Dakar, on pourrait très bien se limiter au texte assez complet d’Aly Coulibaly qui fait une lecture transversale de la formation, depuis le départ d’Abidjan avec les nouveaux blogueurs jusqu’à la Gazelle (une bière très prisée au Sénégal) en passant par l’équipe qui dirigeait la formation ; ou alors on pourrait se contenter de cet autre billet de l’inénarrable Ecclésiaste Deudjui qui, tout en jeux de mots, dévoile les petits et les grands secrets de la dizaine de jours passés à Dakar. Le blogueur retient en fin de compte que pendant la formation, ils ont « gagné quelque chose que l’on ne pourra jamais [leur] retirer ». Ammelfou de Blida en Algérie, le doyen des mondoblogueurs présents à Dakar, a raconté dans un billet plein d’amitié, son séjour dans la capitale sénégalaise. Il pense d’ailleurs que ces formations sont « un moment à revivre, à renouveler, afin que la flamme ne s’éteigne point ». Guy Muyembe s’est attardé sur les moments qui ont fait le buzz pendant la dizaine : la panne de l’autocar qui a obligé les blogueurs à terminer à pied le reste du trajet qui les menait à l’hôtel, le périple aérien de certains qui ont littéralement fait le tour du Continent avant d’arriver à Dakar et les soirées chez La Congolaise, un bar qui était devenu le point de chute nocturne des blogueurs.  Lucrèce Gandigbe revient sur cette curieuse formation sur les usages du web qui s’est déroulée presque sans internet. Laquelle absence aura pourtant été une aubaine puisqu’elle lui a permis de se focaliser sur l’aspect humain de la rencontre.

Ces billets dessinent les contours de la formation à Dakar, mais il serait inadéquat de ne pas regarder du côté des autres, au risque de passer à côté de beaucoup de détails intéressants.

Comme l’intervention poignante de Clément Abaifouta, l’une des victimes du régime de l’ancien dirigeant tchadien Hissène Habré (dont le procès se déroule en ce moment à Dakar), qui est venu parler de l’horreur de cette dictature. La Mauricienne Carole raconte dans les détails cette rencontre qui l’a visiblement beaucoup marquée. Didier Makal s’est de son côté focalisé sur un autre Mondoblogueur, en la personne de l’illustrateur Gabonais Jeff Ikapi, qui grâce à la caricature, a conquis les autres blogueurs.

Pendant le séjour dans la capitale sénégalaise, les blogueurs ne se sont pas cantonnés à la formation. Ils ont profité de leur temps libre pour découvrir la ville. Ils en sont revenus avec des sentiments divers. Didier Ndengue a par exemple été sidéré par les jeunes talibés qui pullulent dans cette ville et s’est interrogé sur la situation de ces enfants qui au lieu d’aller à l’école, arpentent les rues pour mendier. Tchakounté Kémayou s’est essayé à comparer Dakar et Douala, la ville où il vit au Cameroun. Entre autres remarques, il constate tristement que les deux villes font très peu de choses pour faciliter la vie des handicapés. Il en profite aussi pour brosser les conditions du séjour dans l’un des hôtels où étaient logés les blogueurs. Atman Bouba a sillonné la ville de long en large et devant chaque curiosité qu’il rencontrait, une réponse immuable lui était servie : ici, c’est Dakar ! La Tchadienne Rose Roassim est revenue de façon triviale sur la soirée d’au-revoir qui s’est déroulée dans le quartier au curieux nom de Mamelles.

Les blogueurs sont aussi partis sur l’île de Gorée et en ont été bouleversés. Les haïtiens notamment n’ont pas manqué de manifester leur émotion. Widlore Mérancourt en a tiré une grande leçon et dit à ceux qui ne font de l’Afrique qu’une terre de malheurs et qui la considèrent comme une seule et unique entité, qu’ils se trompent lourdement. De son côté, son compatriote Eliphen Jean ne s’est pas privé de faire une grande déclaration d’amour à la terre de laquelle ses ancêtres ont été arrachés il y a des siècles. Pendant qu’il était à Gorée, le Béninois Jean-Paul Lawson n’a pas pu s’empêcher d’avoir les larmes aux yeux. Benjamin Yobouet a par contre salué la dextérité et la ténacité des commerçantes de l’île, prêtes qu’elles étaient à utiliser tous les subterfuges possibles pour vendre leurs articles.

Avant d’arriver à Dakar, il fallait prendre l’avion. Pour Seydou Koné, c’était une première. Autant il était excité par cette idée, autant il appréhendait ce baptême de l’air. Un voyage qui s’est finalement bien passé. Il en a été autrement pour Moussa Magassa qui a eu la peur de sa vie lors de son retour à Bamako, l’avion dans lequel il avait pris place ayant été obligé par deux fois de retourner à Dakar pour des raisons techniques.

On terminera ce tour d’horizon par les blogueurs qui ont parlé de leur Dakar en vers et en strophes. D’abord Amalka nous envoie des rêves à humer pour prolonger le bonheur de ces dix jours sénégalais.  Dans un poème court, Guillaume Djondo évoque les bons moments à Dakar. Enfin, pour Renaud Dossavi, à Dakar, « quelque part à mi-chemin entre [les] rires et [les] pleurs, nous nous sommes trouvés».

 A bientôt !


Les pépites de Mondoblog : « Fluctuat nec mergitur »

Bonjour à toutes et à tous,

Le monde vient de vivre deux semaines particulièrement dramatiques, jalonnées d’attentats terroristes, dont le point d’orgue a été les attaques qui ont ensanglanté la ville de Paris le vendredi 13 novembre dernier. D’autres pays, d’autres villes ont été aussi frappées. Comme Beyrouth au Liban, Diffa au Niger, Yola et Kano au Nigéria, Bamako au Mali. La planète est en état d’alerte et cette actualité a été celle qui a été principalement traitée par les Mondoblogueurs.

Pourtant la quinzaine était partie sur des bases habituelles. Nous avions par exempleCunisie qui, au vu de l’attitude des hommes qui oublient très facilement femme et enfants quand ils veulent faire la cour, se demandait si elle n’était pas devenue en quelque sorte un lampadaire qui attirait ce type d’hommes en particulier. Serge Katembera de son côté attribuait les bons et les mauvais points du dernier forum de la gouvernance d’internet qui a eu lieu à Joao Pessoa au Brésil et qui malgré les rencontres intéressantes qu’il a pu permettre, a été catastrophique du point de vue organisationnel. Willy Fonkam s’est interrogé sur l’impact réel des chiffres dits de la croissance dans la vie quotidienne des citoyens. Il observe que bon nombre de pays africains ont un taux de croissance supérieur à 5%, mais que les citoyens lambda ne ressentent pas les effets de cette croissance. A Alexandrie, en Egypte, cinq Mondoblogueurs se rencontraient de façon fortuite. Une rencontre fort bien racontée par le blogueur Jean-Paul Lawson.

La terreur a ensuite pris le pas sur le tout le reste. Dans un billet court et touchant,Rima Moubayed pleure les innocents tombés à Beyrouth, puis à Paris, le même jour. Elle en profite pour demander à ces terroristes de cesser d’utiliser sa religion pour masquer leurs projets destructeurs. Isabel Beguin Correa raconte son abasourdissement quand elle a réalisé l’ampleur des événements qui se déroulaient à Paris et se dit avec un peu d’ironie que peut-être elle est désormais plus en sécurité à Bogota chez les barons de la drogue qu’à Paris. A l’aune de ces attentats, la Camerounaise Anna a un regard nouveau sur Paris, qui symbolise beaucoup de choses qui se bousculent dans son esprit. Elle se questionne sur la valeur de la vie, sur le sentiment anti-français qui se propage un peu partout en Afrique, sur la sécurité dans le monde, sur l’espoir mis entre parenthèses par ces attentats.

Une blogueuse parisienne s’est rendue au Carillon, l’un des restaurants qui a essuyé les attaques, pour y déposer une bougie. Elle y a rencontré le propriétaire qui tentait tant bien que mal de relativiser. La blogueuse est restée quelque peu hébétée face aux impacts sur les murs de l’établissement, mais aussi face aux discours va-t-en guerre qui ont suivi les attaques. Sur la même lancée, Jean Robert Chauvin fait uneanalyse introspective de la société actuelle, car il se pose la question de savoir ce qui est proposé comme alternative au fanatisme. La réponse désabusée qu’il donne lui-même étant « la consommation, la compétition, l’argent, l’individualisme protecteur de l’avoir. Et pour ceux qui sont exclus de l’élite possédante ? Le choix de survivre ».Yanik partage quelque peu cet avis en fustigeant le cynisme des restaurateurs qui, dans un appel déplacé à la consommation après seulement trois jours de deuil, ont incité les gens à aller au bistrot. Un peu comme pour dire aux citoyens : « face à l’horreur, pleurez, réagissez, consommez ».

L’Ivoirien MC Agnigni s’indigne de la sélectivité étrangement mal ordonnée de certains Africains qui restent insensibles quand les terroristes frappent dans leurs pays, mais qui s’offusquent du fait que beaucoup montrent de la compassion quand le même terrorisme atteint les pays Occidentaux. Ivo Dicarlo revient sur l’attentat qui a visé un hôtel de Bamako il y a quelques jours. Pour aller au bout de la tristesse ambiante, la blogueuse Dieretou, qui a perdu récemment son père, a rédigé un hommage d’une profonde dignité.

On terminera néanmoins avec cette note d’espoir, provenant du Camerounais Dania, qui malgré les récents événements, affirme qu’il continue à parier sur Paris. « Une manière aussi de dire aux auteurs des actes du Vendredi 13 Novembre dernier à Paris et Saint Denis justement, que la Lumière continuera de briller ».

Focus sur Djifa, du fond du coeur

Djifa-Nami

Ce blog est rédigé par la blogueuse Djifa Nami, originaire du Togo mais vivant depuis une quinzaine d’années aux États-Unis. Djifa (qui signifie « cœur de paix » en mina, une langue parlée au Togo), tient un espace assez ouvert dans lequel elle traite de sujets extrêmement variés, qui peuvent quelques fois être aux antipodes les uns des autres. Ainsi, elle parle des bonheurs et des difficultés de l’expatriation, du retour au Togo, du chocolat, des réseaux sociaux (de Facebook en particulier), de ses enfants, de politique américaine et africaine, de la situation des migrants, de la condition des femmes, des questions raciales aux USA, etc. Elle nous offre une analyse extrêmement ciselée des diverses mutations qui agitent notre monde. Elle n’en oublie pas pour autant de partager un avis très intimiste sur les petits tracas et les bonheurs du quotidien. À travers son blog, Djifa déclare son amour pour son pays d’origine, sans toutefois manquer de reconnaissance à tous les autres endroits du monde où elle a passé des bouts de vie. Djifa Nami adopte un style d’écriture sérieux, mais quelques fois drôle et enjoué, qui fera nécessairement le bonheur de ceux qui liront son blog.


Les pépites de Mondoblog : des rires et des larmes

Bonjour à toutes et à tous,

Les blogueuses et les blogueurs ont comme à leur habitude agrémenté la quinzaine qui s’achève de productions aux thématiques variées. On peut dire que sur Mondoblog, ces deux dernières semaines, nous avons eu des sourires et des larmes. Rétrospective.

On rit d’abord de bon cœur quand le Camerounais Ecclésiaste Deudjui, dans son habituel style caustique et allègrement exagéré, détaille les raisons pour lesquelles il faut esquiver les hommes en voiture. Le Toubib de Dakar raconte l’histoire hilarante d’une rencontre peu habituelle dans un stand de tir. En effet, un homme s’est présenté à lui et ses amis, en leur expliquant qu’il portait sur lui des gris-gris pare-balles. Il a ensuite demandé que l’on tire sur lui afin de tester son efficacité, ce qu’ils ont bien évidemment refusé de faire. La suite se passe de commentaires. L’une des nouvelles est que le Salaud

Lumineux est tombé amoureux. Brièvement, certes, mais c’est une information d’importance. Eteh Komla Adzimahe détaille les circonstances de ce coup de foudre, tout en ne se départissant pas de cet humour taquin et de ses habituelles formules alambiquées et souvent équivoques qui rendent ses textes bien difficiles à suivre. Le Congolais Saka essaie de comprendre ce mal de plus en plus pernicieux qui sévit sur le continent africain. Un mal qui est selon lui, autrement plus dangereux que le virus Ebola ou même le paludisme. Un mal qu’il a identifié comme étant leVMC, le virus de la modification constitutionnelle, qui s’est propagé à plusieurs pays africains déjà.

A l’opposé, Solo Niaré met la larme à l’œil du lecteur. Il raconte l’histoire tragique, poignante et révoltante d’une jeune tchadienne qui n’a pas vu d’autre moyen d’échapper à un mariage forcé que de s’immoler par le feu. Une jeune femme qui a finalement succombé de ses blessures, malgré les soins intensifs auxquels elle était soumise, sous le regard indifférent de sa famille qui l’avait abandonnée. Une vidéo postée sur internet a soulevé l’indignation en Guinée. Une vidéo dans laquelle on voit un musicien local obliger une jeune femme visiblement terrorisée à se mettre nue, la menaçant de la poignarder si elle ne s’exécute pas.

Thierno Diallo relate la levée de boucliers que ce sombre fait divers a provoquédans son pays. Minthembaré observe le monde et s’interroge sur la pertinence de l’Organisation des Nations Unies, qui semble avoir bien du mal à mener des actions qui vont dans le sens de la préservation et de la consolidation de la paix, qui sont pourtant sa raison d’être. De son côté, Mahamat Nour raconte la riche journée dans la peau d’un membre du staff des Nations Unies à Goré au Tchad, dans un camp de réfugiés centrafricains. Le blogueur Haïtien Widlore Mérancourt explique que contrairement au poncifs habituellement entendus, donner de l’argent aux pauvres ne les pousse pas à la mendicité. Car ces modes de vie ne sont pas un choix et que dans la mesure des moyens de tout un chacun, il faut être charitable. Rocio Avila nous procure une petite dose de frisson en nous plongeant dans la tradition de la célébration du jour des morts au Mexique, qui coïncide avec la Toussaint chez les catholiques ou d’Halloween pour les anglo-saxons. La mort, Diambar l’a vue de près quand il a été victime d’un accident à bord d’un car rapide dans lequel il avait pris place. Il en profite pour attirer l’attention du nombre important d’accidents dans lesquels les cars rapides de Dakar sont impliqués et des morts qu’ils causent chaque année.

Parmi les autres thématiques abordées, on mentionnera l’émergence de la twittosphère béninoise qui a pour points centraux le compte communautaire « @226People » et le mot-dièse « #Wasexo ». Atman Bouba en fait le détail. Didier Ndengue a été subjugué par une beauté double : d’abord celle de la miss Cameroun auprès de qui il a passé quelques heures ; ensuite celle, majestueuse, des chutes d’Ekom-Nkam qui sont devenues célèbres après avoir abrité le temps de quelques scènes le tournage du film Tarzan au début des années 1980. La Malgache Fa-Tiana regrette les tarifs prohibitifs appliqués aux étrangers quand ils visitent les sites touristiques de son pays, qui peuvent être jusqu’à trente-deux fois plus élevés que ceux dont doivent s’acquitter les nationaux.

Son compatriote Rijaniaina revient sur les incompréhensions des Malgaches suscitées par le classement de Forbes Afrique qui a fait la liste des africains francophones les plus riches.

Benjamin Youbouet évoque le dilemme devant lequel se trouvent les jeunes expatriés ayant terminés leurs études à l’étranger face au choix qu’ils ont de rester dans leur pays d’adoption ou de retourner dans leur pays d’origine. Un autre dilemme est celui que vivent les Africaines qui ne savent plus s’il faut être svelte ou alors ronde, tant les signaux que leur envoie la société sur l’apparence physique sont contradictoires. Fatoumata Chérif en fait un état des lieux.

On terminera avec cette critique du film « Crimson Peak » du cinéaste Guillermo Del Toro, réalisé par la Berlinoise Amalka. Un film qu’elle a trouvé « étrange, inégal, le plus souvent vide et caricatural, malgré une photographie magnifique, et des décors et costumes somptueux ».

Focus sur… La plume parlante

 

La-Plume-Parlante

Guillaume Djondo est un jeune et talentueux blogueur qui vit à Lomé, la capitale togolaise. Sur son blog « La Plume Parlante », il raconte avec un brio certain les aventures et mésaventures qui jalonnent son quotidien. Sa plume est légère, précise, extrêmement parlante et s’embarrasse très peu d’inutiles circonvolutions. Les sujets qu’il aborde sont variés, mais quand on est un habitué de son blog, on se rend compte assez rapidement que son thème de prédilection est l’amour. Un amour qu’il déclare à une mère, mais bien plus souvent à une fille rencontrée dans des circonstances troubles. Guillaume parle aussi sur son blog des défis de la jeunesse dans son pays, de la religion, du comportement des jeunes filles, de la politique, de littératureS. Son écriture n’est pas linéaire et uniforme. Le blogueur adopte une posture strictement philosophique dans certains billets et dans d’autres, il se laisse aller à un style beaucoup plus léger, humoristique même. Il bifurque même volontiers vers la poésie. « La Plume Parlante » est un blog extrêmement bien rédigé qui fera immanquablement le bonheur des amateurs de romantisme et de lecture.

A bientôt !


Les pépites de Mondoblog : entre espoirs et déceptions

 Bonjour à toutes et à tous,

Bienvenue dans cette sixième édition de la lettre qui détaille les petites merveilles dénichées parmi les billets postés par les Mondoblogueuses et les Mondoblogueurs, lors de la quinzaine écoulée. Durant cette quinzaine les blogueuses et blogueurs ont surtout navigué entre espoir et déceptions.

De nombreux blogueurs ont produit des articles à propos des élections. Les élections représentent toujours une source d’espoir pour les peuples à l’exemple du peuple ivoirien. Il faut dire que c’est un événement important pour ce pays, quand on se rappelle du psychodrame des élections présidentielles de 2010 à la suite desquelles le pays s’était enfoncé dans de graves violences. Fofana Baba Idriss, dans un article très documenté, prodigue de précieux conseils aux blogueurs et militants qui veulent couvrir ce scrutin. En Guinée, les blogueurs et les web-activistes avaient déjà pris les devants en se mobilisant autour de la récente présidentielle dans leur pays. Cette mobilisation a été couronnée de succès, selon Sally Bilaly Sow. De son côté, Daye Diallo, un autre blogueur Guinéen, expatrié au Canada, profite des élections fédérales qui ont abouti à l’avènement d’un nouveau premier ministre pour passer en revue la situation politique dans son pays d’adoption. Toujours dans le domaine de la politique, Maudou la Martiniquaise nage en plein désespoir. Elle se demande comment nous en sommes arrivés à avoir honte de parler des sujets publics, qui impactent pourtant notre quotidien et qui encadrent l’emploi, l’éducation, la santé. La Camerounaise Elsa Njiale, sous le prisme du récent coup d’État manqué au Burkina Faso, s’interroge sur les responsabilités politiques dans le ralentissement du développement des pays africains.

Djifa Nami a été amèrement déçue par une ancienne connaissance qui, elle le croyait, était restée proche d’elle. Le réseau social Facebook l’ayant induite en erreur car elle tenait pour vraie l’amitié manifestée par son « ami » via ce réseau. Elle propose d’ailleurs qu’à côté du bouton au pouce levé, apparaisse les boutons « vu », « vu et approuvé » et enfin le bouton « oui, et alors ? ». Coïncidence ou pas, Behem annonce en même temps que Facebook implémentera de nouveaux boutons. Bien loin par contre de ceux que Djifa aurait aimé voir, puisqu’il s’agirait des boutons « j’adore », « haha », « génial », « wouah », « triste » ou «en colère ».

A Madagascar, une petite lueur d’espoir montre le bout de son nez pour l’avenir de la planète. Les paysans Malgaches ont découvert la permaculture, qui d’après les descriptions de Lalah Aranaiana, prescrit l’abandon des produits chimiques pour les cultures et fait plus appel aux ressources cognitives qu’à la force physique. Mahmoud lance ce qui pourrait aussi s’apparenter à un message d’espoir pour l’avenir de notre planète, puisqu’il demande aux hommes de se battre pour l’avenir de la Terre et de l’humanité en cessant de chercher la vie ailleurs, dans les étoiles.

L’espoir de voir les droits des femmes respectés et l’égalité entre les hommes et les femmes sortir des fonds baptismaux pour devenir une réalité pourrait être encore plus vivace si les hommes étaient impliqués dans ce combat. C’est l’avis que partage Bizimana. Le fait qu’un Africain préside aux destinées de la toute puissante FIFA, malgré les circonstances rocambolesques qui ont favorisé cet état de fait, est aussi un motif d’espoir pour la jeunesse du Continent. D’ailleurs, pour Jean Hubert Bondo, un tabou a clairement été brisé. Une autre chose brisée a été l’omerta sur toutes les exactions dont ont été victimes les populations tchadiennes pendant le règne d’Hissène Habré. La blogueuse Rose Roassimsalue le courage de ces femmes jadis esclaves sexuelles, qui ont témoigné lors du procès de l’ancien dictateur.

Wébert Charles a profité de la tenue d’un colloque international sur Dany Laferrière à la Sorbonne pour brosser un portrait de cet écrivain qui a marqué l’histoire d’Haïti d’une empreinte indélébile. Issa Sangaré ne ressent aucune fierté à voir le drapeau malien flotter sur les Champs Élysées, car il est persuadé que les maliens rembourseront jusqu’au dernier centime les moyens déployés par l’« ami » français lors de ses diverses interventions dans son pays. Le Congolais Emmanuel Leu porte un regard croisé et en musique sur la prostituée en RDC, quand son compatriote Didier Makal s’interroge sur le sort qui est réservé à ceux qui osent ramer à contre-courant de la tendance actuelle à l’homophilie.

Focus sur…

Capture d’écran 2015-10-26 à 12.06.35 L’auteure de ce blog ne dévoile pas son identité. Il faut dire qu’elle pourrait difficilement faire autrement pour la simple raison qu’elle est, selon sa propre description, une femme homosexuelle qui vit en Afrique, un continent dans lequel beaucoup sont clairement hostiles à ceux et celles qui ont cette orientation sexuelle. Ce blog a cependant une véritable raison d’être, puisque tout au long des articles, le lecteur découvre l’homosexualité de l’intérieur, le quotidien des homosexuels, leurs peurs, leurs espoirs. Les codes qu’ils utilisent, les manières dont ils se protègent et assurent leur sécurité. La blogueuse, en fin de compte, veut passer un message simple : les homosexuels sont des gens comme tout le monde. Recto Verso est un blog excellemment rédigé et édifiant. Il ne plonge pas dans la propagande LGBT. Il mettra néanmoins de l’eau dans le moulin à la fois de ceux qui mettent un point d’honneur à combattre ce qu’ils considèrent comme une déviance. Tout comme il donnera du grain à moudre à ceux qui défendent les droits des personnes homosexuelles. Et enfin, il fera sourire les personnes neutres qui s’amuseront de l’humour de la blogueuse. Tout le monde y trouvera son compte.

A bientôt !


Les pépites de Mondoblog : les dix nuances de l’amour

Bonjour à tous,

L’actualité occulte bien souvent une multitude de choses qui pourtant contribue à faire de nous des êtres complets. L’une de ces magnifiques petites beautés de la vie est l’amour. Sur Mondoblog, il y a beaucoup d’amour. Nous avons eu le loisir de nous en rendre compte déjà dans les éditions précédentes de cette infolettre. Les blogueurs n’ont pas leur pareil pour exprimer l’amour. Ils rivalisent de beauté de plume pour le dessiner à travers les lettres. Ils montrent aussi que l’amour peut prendre plusieurs formes. Voyons comment.

L’amour peut pour un départ prendre la forme du quasi sacrifice d’une mère pour son enfant. A l’exemple de Rita, cette mère Sri Lankaise qu’Emmanuelle Gunaratne a rencontré. Une mère qui a laissé son fils alors âgé de seulement 10 ans entrer dans un monastère. Une mère qui, malgré la peine causée par l’absence de son fils, préfère savoir où il est car il aura ainsi plus de chances de devenir un homme accompli. Cet amour peut aussi être spirituel, comme celui dont parle Benjamin Yobouet dans ce billet où il exprime sa perplexité face à la relation délitée que les Européens entretiennent avec la religion (chrétienne) dont ils se réclament pourtant.

Cet amour peut aussi être celui du patriotisme tel que Fotso Fonkam a voulu en faire prendre conscience en magnifiant la mémoire de Ruben Um Nyobe, qui a été l’une des principales figures de la lutte pour l’indépendance de son pays, le Cameroun. Un patriotisme auquel les Burkinabés ont dû faire appel il y a quelques semaines pour mettre en échec un coup de force. Ce putsch manqué a laissé derrière lui un lexiqueassez coloré, que Judicaël Lompo explique. Il y a aussi cet amour pour son travail d’enseignant dont le Belge Eric Leeuwerck raconte la première journée avec un brin de nostalgie.

L’amour pour le genre humain a suscité les questionnements de Florian Kaptue qui s’est penché sur le sujet des vieillards qui se suicident à Douala, au Cameroun. Le Toubib de Dakar a lui aussi abordé le sujet du suicide, en tentant d’en analyser la « physiologie ». C’est sûrement son amour pour le monde et son inquiétude pour son devenir qui ont poussé Renaud Dossavi  à brosser un tableau sans complaisance de son état actuel, qui n’est malheureusement pas des plus enviables.

Le romantisme ne manque pas à l’appel. Dans un beau texte, Riadmw relate les quelques secondes, certes brèves, mais ô combien importantes et sacrées d’un jeune amoureux. Des secondes matinales pendant lesquelles il observe subrepticement une jeune femme qui sûrement ne le connaît pas, mais qu’il aimerait connaître un peu plus, lui.

Mais l’amour n’a pas été – et ce, bien malheureusement – au centre de tout cette dernière quinzaine sur Mondoblog. Quelques petits tacles ont été assénés ici et là. L’auteur de l’un d’entre eux est Djarma Attidjani qui accuse certains politiciens tchadiens d’avoir tendance à utiliser internet un peu n’importe comment. Bakary Gueye de son côté déclare sans ambages que les autorités mauritaniennes ont perdu leur guerre contre les moustiques. Dans une sorte de pied de nez fait à la situation instable dans son pays, Odilon Doundembi dévoile des photos quelque peu étonnantes de l’aéroport international de Bangui, dont la piste de décollage est, par la force des choses, devenue une rue piétonne.

Je termine avec Lucrèce Gandigbe, qui a produit son habituelle chronique sur le web avec cet excellent billet qui nous permet d’en savoir un peu plus sur l’univers de Google grâce à son Alphabet.

 

Focus sur…

Cunisie

Cunisie

 

Dans certains pays, il est dangereux d’évoquer certains sujets à visage découvert, au risque de se retrouver sous le coup d’une fatwa. C’est le cas de cette blogueuse tunisienne qui écrit à couvert. Cunisie (une fusion entre « cul » et « Tunisie ») est un blog qui parle des dessous langoureux de la vie des Tunisien(ne)s. Dans une atmosphère où prédominent une pudibonderie – bel et bien de façade – et la « bien-pensance » religieuse, l’auteure nous entraîne dans les méandres de la vie amoureuse et sexuelle des Tunisois. Cette vie amoureuse est jalonnée de terrains vagues parsemés de préservatifs usagés, de décomptes d’ovules, de gynécologues aux basses œuvres, etc. En toile de fond, l’auteure fait transparaître une certaine misère affective causée par tous les carcans d’une société hypocrite qui regarde d’un mauvais œil ses amoureux et ses amants. Lesquels, doivent user de tous les subterfuges, même les moins recommandables, pour conserver cette image virginale que la communauté attend d’eux. Cunisie c’est le blog d’une femme effrontée et extrêmement drôle, qui crûment dit ce qui se passe dans la chambre à coucher de ses concitoyens. Mais aussi ce qui se passe dans La Rue.


Les pépites de Mondoblog : un retour aux affaires courantes

Bonjour à toutes et à tous,

Après quinze jours pendant lesquels les Mondoblogueurs se sont, pour la grande majorité, focalisé sur divers drames humains, on note un retour aux activités usuelles. Ils ont, une fois de plus, abordé des sujets très divers et aussi intéressants les uns que les autres. En utilisant un angle d’attaque toujours original et quelques fois éclectique.

Le ton est donné par Fabio Santana qui nous apprend qu’il existe, tenez-vous bien, un congrès sur les poissons d’ornement, c’est-à-dire les poissons d’aquarium. Pour être plus précis, il s’agit d’une rencontre de spécialistes de l’aquariophilie qui s’est tenue du 14 au 20 septembre dernier au Brésil. Didier Kanteng explique de son côté que, pour booster la fréquentation des écoles, dans certaines zones du Katanga vers lesquelles les populations se sont déplacées à cause de la guerre, les humanitaires ont eu l’idée de leur assurer deux repas chaque jour. Une idée qui marche visiblement puisque la fréquentation scolaire y aurait atteint les 90℅. Lucrèce Gandigbe part du scandale récent suscité par le piratage du site web de rencontres extra-conjugales Ashley Madison pour fournir quelques « bonnes adresses » de sites internet qui se sont donné pour mission d’encourager l’infidélité. De façon beaucoup plus sérieuse, elle émet de solides réserves sur la confidentialité que ces sites disent offrir à leur clientèle qui, on l’imagine bien, doit vraiment en avoir besoin.

Le cinéaste américain Terrence Malick a vu son dernier film « Le chevalier des coupes » subir une critique quelque peu acerbe de la part de la Berlinoise Amalka, qui trouve qu’en voulant faire un film dénonçant la superficialité de vie occidentale, le réalisateur finit par y contribuer en produisant un film «creux, prétentieux et superficiel». Marine Fargetton nous gratifie de son coup de crayon d’un sapeur fier, d’un dandy coloré et détonant dans la grisaille parisienne. Dans un billet excellemment rédigé, Tchakounté Kemayou explique, avec l’aide d’un médecin, pourquoi il est important de rire en groupe.

Un brin fleur bleue, Widlore Mérancourt raconte joliment un coup de foudre dans un car, déclenché par une scène macabre; quand un autre blogueur nous fait brutalement revenir sur terre en évoquant dans un poème le cynisme qui se cache derrière les belles cérémonies de mariage. Aphtal Cissé enfonce quelque peu le clou en partageant une lettre que son père lui a envoyée et dans laquelle le vieux brosse la relation amoureuse telle que vécue actuellement (et qui se déroule dans des conditions pas toujours flatteuses), en la comparant à l’amour de son époque.

Le sujet des réfugiés aux portes de l’Europe n’a toutefois pas totalement disparu. Exemples à l’appui, Andriamialy détaille les raisons pour lesquelles les migrants sont une aubaine pour le Vieux continent. Le Jeune Maghrébin y est revenu de façon indirecte en fustigeant l’engagement des forces du Maroc  au Yémen, alors que le pays détourne les yeux des migrants désespérés qui prennent la mer à leurs risques et périls.

Ces derniers temps, les soldats ne se sont pas illustrés de la meilleure des manières. À l’exemple des membres de la garde présidentielle burkinabè qui ont orchestré ce que certains manifestants ont qualifié du « coup d’État le plus bête du monde ». Le blogueur Boukari Ouedraogo a eu la bonne idée de faire vivre au jour le jour l’évolution de la situation à Ouagadougou. Dania relève que l’ONG Amnesty International a déploré les bavures commises par les militaires camerounais dans la lutte, pourtant légitime, qu’ils mènent actuellement contre le terrorisme.

Focus sur…

JeffIkapi

Le blog de Jeff Ikapi. Ce jeune caricaturiste Gabonais est présent sur Mondoblog depuis la fin de l’année 2014. Chaque semaine ou presque, il illustre l’actualité de son pays et du monde. Son coup de crayon a la particularité de ne pas être uniforme. Il est lourd, ample et gras quand il représente des sujets légers ou très humoristiques. A l’inverse, son trait devient fin quand le ton se veut sérieux, grave. Il accompagne toujours son dessin du jour d’un texte explicatif, une sorte de mise en situation, afin de faire comprendre au lecteur ce qui l’a inspiré. Jeff Ikapi exerce son art avec un réel talent, en plus de proposer un regard léger, ludique et différent sur les mutations quotidiennes de notre monde. Un blog à lire.

 

A bientôt !


Les pépites de Mondoblog : les blogueurs au chevet de l’humanité

Bonjour à tous,

La quinzaine qui se termine est marquée par l’afflux de migrants, qui a fait et continue à faire la une des journaux, des magazines d’information et des sites Internet à travers le monde. Les Mondoblogueurs n’ont pas été insensibles à cette actualité. Nombre d’entre eux ont joint leur plume à la voix d’une grande partie des citoyens du monde pour crier leur indignation face à cette manifestation de la misère humaine, décidant ainsi d’interpeller les consciences afin qu’elles réagissent.

Le monde s’est soudain ému de la catastrophe humanitaire qui se déroule depuis de nombreuses années déjà en mer Méditerranée grâce à une image: celle du petit Aylan Kurdi, trois ans, dont le corps a été retrouvé sans vie et que la mer avait rejeté sur une plage turque. Sur le sol du monde, un enfant est le titre du court poème que cette image a inspiré chez un Mondoblogueur. Cette image, Jean-Robert Chauvin a évité de l’utiliser dans sa revue du monde, en expliquant pourquoi. A la place, il a choisi de montrer des images de refugiés Syriens en Jordanie, bien vivants. Djarma Attidjani a établi les responsabilités de cette tragédie et pour lui, tout le monde ou presque est fautif: les pays arabes qui passent leur temps à critiquer l’Occident mais qui ne font rien pour sauver leurs propres populations qui prennent la mer par bateaux entiers; les pays européens qui disent ne pas vouloir « accueillir toute la misère du monde » mais dont la participation aux conflits qui ont généré ces crises migratoires n’est un secret pour personne.

S’inspirant sûrement de cette actualité, David Kamdem a vêtu le temps d’un poème les oripeaux d’un immigré clandestin en quête d’humanité.

Cette image a finalement décidé quelques pays européens à ouvrir leurs frontières qu’elles tenaient résolument fermées aux migrants. Jeff Ikapi a eu l’idée d’illustrer l’une des conséquences de cette ouverture des frontières en montrant un passeur content des affaires qu’il ferait grâce à cette décision. De son côté, Serge Katembera souligne une certaine hypocrisie des Brésiliens qui s’émeuvent devant ces images d’embarcations bondées en Méditerranée alors que leur propre pays a ses problèmes migratoires qu’il n’arrive pas à régler.

Les réfugiés n’ont pas été le seul cheval de bataille des blogueurs. Ils se sont beaucoup inquiétés pour l’environnement. Dans un article fleuve, Dieretou a montré l’envers du décor (dont les principales victimes sont les populations riveraines) de l’exploitation de la bauxite à Kamsar, en Guinée-Conakry. Naly, à travers des images chocs, montre les dégâts de la pollution  – engendrée en grande partie par le capitalisme – et se sert d’un proverbe indien pour avertir du péril qui menace la planète : « quand l’homme aura coupé le dernier arbre, pollué la dernière rivière, tué le dernier animal et pêché le dernier poisson, il s’apercevra que l’argent n’est pas comestible ». L’Ivoirien Magloire Zoro s’inquiète de l’annonce faite par l’Organisation des Nations Unies déplorant le manque de financements pour l’organisation de la COP21, la conférence internationale sur les changements climatiques qui doit avoir lieu en cette fin d’année.

Il a aussi été question d’éloignement, avec Mariam Sorelle qui évoque un départ rempli de larmes; de nostalgie à l’exemple de Pierre qui se rappelle avec un certain amusement des situations que la cherté de la vie en Suisse peut provoquer, ou d’Emmanuelle Gunaratne qui se remémore les différentes nuances de saveurs qu’a pris le café au fil des ans; de désillusion amoureuse, comme celle par laquelle est passé Steaves, qui ne veut plus entendre parler d’amour.

Malgré ce marasme, le soleil a quand même réussi à faire passer deux de ses rayons à travers la grisaille. Le premier est cette séquence de drague un peu alambiquée mêlant à la fois la musique, l’inconfort d’un long voyage et le blog, racontée par le blogueur Togolais Guillaume Djondo. Le deuxième rayon de soleil est le blog faisant l’objet du focus cette semaine…

 

Focus sur…

Berlinographe

 

Le Berlinographe

La personnalité de l’auteur de ce blog, quand on le découvre, est très troublante. On se retrouve dans une certaine confusion. Le Berlinographe… Jule… Mais qui s’exprime au féminin. Une confusion de genres. Des textes si réels, qui décrivent des épisodes de vie totalement plausibles. Mais au détour d’une phrase, on ne sait plus. L’irréel. Une confusion de réalités. Tout au long de ses articles, l’auteure (après certes de longues tergiversations, on finit par deviner les traits féminins de la personne derrière les textes) nous entraîne dans un quotidien absolument romanesque et profondément romantique, fait de Berlin et d’ailleurs ; fait de doutes, de joies. Un quotidien jadis sombre, devenu clair-obscur. Ces lettres qui défilent dans sa vie. Des lettres, ces initiales qui chacune ont suscité de la félicité et provoqué du chagrin. Ces initiales qui l’ont mise quelques fois dans un avion, pour des destinations pleines de promesses, mais souvent décevantes. Ces lettres qu’elle aime d’un amour infini, qu’elle peut aligner indéfiniment, à force de tapotements sur un clavier, sur des pages et des pages. Jule, à travers des paragraphes longs et interminables, nous balade à travers son insaisissable réalité, largement saupoudrée de sensualité et d’une extrême sensibilité. Je vous invite découvrir ou à redécouvrir ce blog rempli d’humanité et dans lequel tout est vrai, mais où il faut se garder de tout prendre au pied de la lettre.

 


A bientôt !


Les pépites de Mondoblog : manières de voir le changement

Manifestation contre le changement climatique à Dhaka, au Bengladesh. Les participants ont défilé portant des masques de dirigeants du G8. (Flickr CC/Caroline Gluck/Oxfam)

Bonjour à tous,

Bienvenue dans cette deuxième mouture des Pépites de Mondoblog. Pendant les deux dernières semaines, le thème le plus récurrent sur la plateforme a été le changement. Un changement pour lequel certains ont milité et pour lequel certains autres blogueurs ont émis des réserves plus ou moins importantes. Un changement intervenant à tous les niveaux, dans tous les domaines, même les plus insolites. Petit tour d’horizon.

Visiblement réfractaire au changement et aux évolutions technologiques, Benjamin Yobouet a produit un article anxiogène dans lequel il explique la peur que les progrès de la technologie suscitent en lui. Il prend l’exemple des robots qui font presque tout (tri des CV, réponse aux courriels) et qui finiront, selon lui, par voler l’emploi des personnes de chair et de sang. Fotso Fonkam, lui, emboîte le pas en taclant les émojis qui, à son avis, mettent en danger l’alphabet, déjà ébranlé à suffisance par le langage SMS. L’autre changement, bien plus préoccupant, est climatique. Il touche tous les pays du monde et ceux du Sud sont en première ligne. L’île malgache est rudement touchée. Alain Bashizi détaille les phénomènes que l’instabilité du climat fait observer sur l’île.

La crise ivoirienne, qui s’est étalée sur toute la première décennie des années 2000, a entraîné des changements profonds et laissé de graves  séquelles dans la société de ce pays. La conséquence la plus vivace étant le phénomène des « microbes », ces adolescents qui sèment la terreur à Abidjan, organisent des razzias, des expéditions punitives, des agressions à l’arme blanche, et qui ont de larges pans de la ville sous leur contrôle. MC Agnini explique comment les microbes réussissent à faire planer une menace sur le pays des éléphants.

Mais à Abidjan, il y a des choses qui ne changent pas. Comme cette perpétuelle ambiance de fête qui démarre une fois la nuit tombée. La Camerounaise Salma Amadore y a effectué une virée avec deux autres Mondoblogeurs, Gaius Kowene et Moussa Bamba. Elle y a d’ailleurs fait la connaissance d’un piment particulièrement violent. Toujours dans le domaine de l’immuable et toujours en Côte d’Ivoire, Koné Seydou observe ces étranges transhumances politiques, à l’approche des élections présidentielles. Période pendant laquelle les politiciens excellent dans les changements de camp, les ententes de circonstance et les retournements de discours. Les discours qui, selon Barack, ne changent pas au Gabon. Il se lance alors dans le décryptage d’une saga de promesses enfumeuses dont le dernier élément en date est la promesse du président de céder au peuple gabonais l’héritage acquis de son père. Promesse qui, très probablement, comme toutes les autres, n’engagera que les crédules qui y croiront.

Comme cette promesse de se limiter à deux mandants, que beaucoup de présidents africains font, tout en étant conscients que ce n’est que de la poudre aux yeux. Le blogueur Saka du Congo a brillamment revisité le Notre Père pour le transformer en supplique anti-troisième mandat. Valéry Moïse s’est quant à lui lancé dans une saillie contre les responsables au pouvoir à Haïti, avec trois phrases assassines. Il dit tout de go que  « le prochain président d’Haïti succédera au néant. Pas parce que rien n’a été fait, mais parce que tout a été englouti. Du prestige des hautes fonctions jusqu’à l’espoir des plus humbles ».

La perception que chacun a du monde évolue et change avec le temps et les expériences. Certaines vérités toutes faites auparavant finissent par être remises en cause. Comme ces superstitions qu’Atman Bouba, du Bénin, prenait pour vraies. L’infidélité change aussi. Le rival n’est plus seulement le voisin ou le collègue de bureau de ton conjoint. L’infidélité peut dorénavant être internationale. Comme ce cocufiage élégamment raconté par Alimou Sow, qui a impliqué trois pays et dont l’élément central était le réseau social Facebook.

Ahlem B. nous entraîne dans cet après-midi pleine d’émotions qu’elle a passé avec quatre vieillards à Casablanca. Ces anciens poilus lui ont relaté leur jeunesse intrépide, jalonnée de planques et d’arrestations, regrettant malgré tout l’état dans lequel ils laissaient leur pays. Manon  Heugel ressuscite les fantômes de Tempelhof, en nous faisant voyager dans le temps, pour faire découvrir les changements que ce vieil aéroport a connus à travers le temps.

Parmi les blogueurs qui ne changent pas, je citerai Jean Robert Chauvin qui nous gratifie encore d’une excellente revue du monde. Revue dans laquelle il retourne la notion d’économie réelle dans tous les sens et dans laquelle il est question de l’origine du clitoris. L’autre blogueur qui ne bouge pas d’un iota, c’est Eteh Komlan Adzimahe, dit Le Salaud Lumineux, qui, lorsqu’il commence à parler de musique et de flashmob, nous donne, comme d’habitude, un texte échevelé. Il faut vraiment s’accrocher pour le suivre.

 

Focus sur…

Blog Kalakarrika

Kalakarrika (qui est une contraction des termes basques « Kalaka » [discuter] et « Karrika » [Rue]). Un blog dont l’auteur, Yanik, se sert pour partager avec le monde ses découvertes culturelles. Sur ce « triptyque noté AAA – Aquitaine, Art, Afrique », il est question de cinéma, de street art, de bande dessinée, de littérature, d’art contemporain, d’art classique, de danse, de photographie, de musique. Cet espace est un authentique bouillon de cultures et aucune tendance, de quelque provenance qu’elle soit, n’échappe à l’œil du blogueur. Depuis le mois de février 2015, Yanik a lancé une série qui vaut largement le détour. Une série qu’il a nommée « Vidi, Legi, Amavi » (j’ai vu, j’ai lu, j’ai aimé) et grâce à laquelle il expose une fois par semaine ses coups de cœur. Kalakarrika est un appel au voyage, à la découverte de trésors artistiques simples, la plupart du temps très peu connus, mais d’une inestimable beauté.

A bientôt !

 


Les pépites de Mondoblog: une nouvelle infolettre avec le meilleur de la communauté

Bonjour à tous,

Ceux qui parmi vous sont des inconditionnels de Mondoblog et particulièrement du blog From Douala With Love, connaissent nécessairement «Les pépites de Mondoblog». Les «pépites» ont pour but de ressortir la quintessence des blogs et des blogueurs de la plateforme pour l’année concernée. D’habitude annuelle, une petite révolution sera apportée à l’exercice. J’ai en effet le grand plaisir de vous annoncer que ce résumé du meilleur (et parfois du pire) de Mondoblog sera désormais délivré une fois par quinzaine et mis à votre disposition sous la forme d’une lettre. 

Cette première lettre, en l’occurrence, abordera la subtilité. Une subtilité parfois complètement désarmante avec laquelle les blogueurs de la plateforme expriment leurs états d’âme.  Cette subtilité avec laquelle Rima Moubayed, la blogueuse libanaise, opère des changements de perspective sans cesse répétitifs dans ce texte qui confronte brutalement la paix et le trouble, la liberté et la prison, l’espoir et les angoisses. A la fin de cette lecture, il est difficile d’avoir un avis tranché tant les sentiments exprimés sont aux antipodes les uns des autres.

Une subtilité et une complexité manifestes dans ce billet du blog Cunisie où, lorsqu’on l’aborde (et pendant les premiers paragraphes), on ne sait pas où il va nous mener. Des morceaux de texte rédigés en majuscules, comportant des chiffres et des digressions incompréhensibles se succèdent. Mais on comprend assez vite l’incompréhension de l’auteure devant le spectacle offert par la télévision, qui lui apprend qu’une blonde s’appelant Cassandra est Algérienne et qu’une rousse aux cheveux lisses est Tunisienne.

Quand les blogueurs parlent de séduction

Une subtilité qui s’arrête là, pourtant. Parce que l’Ivoirienne Babeth ne s’embarrasse pas de vaines circonvolutions quand elle raconte les deux moments quelque peu gênants de drague qu’elle a vécus lors d’un récent séjour à Dakar. L’un de ses courtisans étant allé jusqu’à lui faire sentir sa virilité de manière tout à fait éhontée ! Une subtilité que les commerçantes de Lomé au Togo semblent avoir mis au placard dans leur quête de clientèle. Roger Mawulolo explique en effet que les vendeuses n’hésitent plus à utiliser un langage très peu équivoque et lourd de sous-entendus afin de ferrer les acheteurs. Il en est arrivé à les catégoriser: il y a les séductrices, les tacticiennes et les spirituelles.

Au chapitre de la séduction, Ivo Dicarlo ne fait pas non plus dans la subtilité en dévoilant des subterfuges pour tromper sa femme sans se faire prendre. Dans un exercice qui, du premier abord, peut paraître révoltant, il donne des astuces qui seraient, à bien y réfléchir, terriblement efficaces. L’une d’elle est d’une froide justesse: il conseille aux hommes de pratiquer l’infidélité avec une femme elle-même en couple. Dans cette situation, elle serait moins encline à raconter ses escarmouches extra-conjugales à la première oreille de passage.

 

Les présidents africains «se trompent bien souvent de combat»

Au chapitre politique, Widlore Mérancourt a refusé d’être subtil en assénant un tacle appuyé à ceux qu’il appelle les «révolutionnaires iPhone dernière génération», hyper connectés mais complètement déconnectés de la réalité, qui croient à tort que la démocratie se limite à invectiver des responsables publics derrière leurs écrans, alors qu’eux mêmes ne valent pas mieux que ceux qu’ils pointent du doigt. Mohammed Sneiba remarque qu’en Mauritanie, l’opposition politique ne constitue plus un contre-pouvoir. Il prend l’exemple d’un parti politique, le FNDU, qui à la longue ne serait devenu qu’un club où on vient pour passer son temps et parler de la météo. Une opposition souvent désorganisée en Afrique, qui se retrouve en face de présidents qui se trompent bien souvent de combat. Ainsi, selon Sékou Chérif Diallo, le président Alpha Condé de la Guinée a beaucoup mieux à faire que de chercher des « déstabilisateurs » de son pouvoir chez l’État Islamique ou chez Boko Haram, qui ne représentent pas, du moins pour l’heure, de réelles menaces pour son pays.

 

Patriotisme, racisme et tribalisme

Andriamialy se demande à quoi servent les Jeux des îles de l’océan Indien. Selon lui, à pas grand chose, vu que le racisme est courant dans cette région du monde et que Madagascar, le pays principal de ces jeux, s’en fout royalement. Il s’est, en outre, offusqué de l’incident dont une de ses compatriotes a été victime lors de ces jeux. Carole, de l’Ile Maurice, raconte en effet qu’une athlète malgache s’est vue arracher le drapeau de son pays qu’elle tenait lors de la remise des médailles.

Un racisme non subtil au Brésil, où Serge raconte l’histoire d’une émission d’un humour particulièrement putride, où les Noirs – et particulièrement les Haïtiens – sont mis à l’index et sont victimes de moqueries. Le tribalisme, cette autre forme de racisme, est évoquée par Ecclésiaste Djeudji qui passe au vitriol ce mal que les Camerounais refusent de reconnaître et qui malheureusement fait bien partie de leur quotidien.

Je terminerai sur une note bien plus positive. Il s’agit de découvrir Mexico, l’une des plus belles villes du monde. Rocio Ávila, à travers des photos, nous promène dans cette cité à l’architecture tantôt traditionnelle, tantôt avant-gardiste et audacieuse. Une belle promenade en somme.

 

 

FOCUS SUR..

Blog de Lucrèce

Voici un blog que j’aime particulièrement et que je vous invite à consulter. Il s’agit de Lucrèce Online, tenu par Lucrèce Gandigbe, une Béninoise férue de nouvelles technologies et qui avoue elle-même qu’elle peut difficilement vivre sans internet. Au fil de ses publications, elle propose une analyse intéressante des innovations technologiques et n’oublie pas de donner des conseils avisés aux utilisateurs de ces outils. Elle n’en oublie pas pour autant d’être une fille victime, comme toutes les autres, de tribulations aussi diverses que variées. Quand elle n’aborde pas des sujets techniques, Lucrèce parle des autres aspects de la vie avec une certaine… Subtilité.

A bientôt !

 

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Femme africaine, qui es-tu ?

 

Tu as pendant longtemps été représentée comme une mère nourricière

Tout juste capable de gaver et de faire grandir l’avenir d’un continent perdu

Le monde t’a longtemps vue comme cette personne désarmée et éplorée

Témoin impuissant du ballet des charognards autour de ton enfant squelettique et agonisant

Le monde t’a longtemps contemplée comme cette personne inculte

Qui se contente de parcourir des kilomètres à pied pour trouver de l’eau pour sa famille

 

Tu as à la fois beaucoup changé, mais aussi pas tant que ça, Femme africaine

Aujourd’hui tu es différente de l’image qu’on a voulu donner de toi

 

Tu es engagée dans les combats, tu montes en première ligne, tu revendiques

Tu dis as dit non à l’apartheid, en utilisant plusieurs stratagèmes qui ont porté leurs fruits

Tu t’es servi de l’art pour dénoncer ce régime qui terrorisait et tuait des innocents

Tu as pris le microphone, tu as parcouru le monde pour chanter la déshumanisation d’une race

Tu t’es engagée à attaquer frontalement le spectre ennemi

Tu es descendue dans Soweto, tu as harangué les jeunes, tu les as incités à prendre leurs responsabilités

Tu as été l’une des figures marquantes de la lutte contre cette barbarie

Tu as soutenu ton mari, ton frère ou ton fils qui avait eu la chance de ne pas être tué

Mais qui croupissait dans un cachot la nuit et qui devenait un forçat dans un bagne une fois le jour levé

 

Tu es cette personne qui continue de battre le pavé pour dire ta façon de penser

Tu as renversé un régime dictatorial au Burkina Faso à l’aide d’une simple spatule

Tu as bravé la violence et les viols pour aller sur la place Tahrir exiger le départ d’un despote

Tu es celle qui a tenu cette pancarte sur laquelle était écrit « dégage » lors d’une manifestation à Tunis

Tu n’as ménagé aucun effort pour défendre tes droits, pour avoir voix au chapitre

Aujourd’hui, tu présides aux destinées du Liberia, de la République centrafricaine, de l’Ile Maurice

Tu es la directrice de la Commission africaine, tu diriges la mission de maintien de la paix en Côte d’Ivoire, tu es la procureure générale de la Cour pénale internationale

Tes sœurs et toi occupez désormais 63 % des sièges à l’Assemblée nationale du Rwanda, 44 % de ceux des Seychelles, 43 % des sièges de l’Assemblée nationale sénégalaise

Tu es la Reine de l’acier en Afrique du Sud, tu es le prix Nobel qui parlait aux arbres au Kenya, tu es celle qui a réussi à se hisser au rang de directrice générale de la Banque mondiale

Tu navigues de réussite en réussite, tu es devenue le porte-flambeau du continent

 

Mais, Femme africaine, ta situation reste toujours aussi précaire

Tu es celle qui souffre le plus des conflits, tu es violée, tes enfants assassinés, tes champs détruits

Tu demeures encore celle qui, dans beaucoup de contrées, est vendue au plus offrant, ou livrée en holocauste pour sauvegarder des intérêts innommables

Tu es celle qui est donnée en mariage alors que ta puberté n’est pas encore à l’ordre du jour

Tu es celle qui est encore excisée à tour de bras, qui est muselée par la société, qui doit se soumettre face à la brutalité de son mari

Tu es celle qui subit toutes sortes de brimades au travail, qui est sous-payée, à qui sont dévolues les tâches les plus ingrates, les plus sales, les plus abjectes

 

Malgré cela tu restes forte, car c’est sur toi que ta famille repose

Si tu ne courbais pas l’échine tous les jours, ton continent n’aurait plus que ses yeux pour pleurer

 

Mais quelques fois tu es trop forte, plus forte qu’il ne le faudrait

Car si ta fille est vendue à son futur époux, c’est très souvent avec ton assentiment

C’est toi l’exciseuse, c’est toi la tête pensante du chef de guerre

C’est toi qui repasses les seins de ta fille, c’est toi qui es complice de ton conjoint spécialisé dans le tripatouillage constitutionnel

Tu t’es professionnalisé dans les attentats-suicide, tu es l’exécutante lors des crimes rituels

C’est toi le chef de gang, c’est toi qui abandonnes tes nouveau-nés dans des poubelles

 

Femme africaine, tu es devenue multiforme, polyvalente et tu t’adaptes à toutes les situations

Tu es ambigüe, car tu réclames une place, une voix, de la considération

Mais en même temps tu crains presque de te voir octroyer tout ce que tu mérites

Tu es celle sur qui l’équilibre et l’avenir de l’Afrique reposent

Alors tu as la responsabilité de ne jamais faillir de ne jamais baisser les bras

Tu as l’honneur d’être celle vers qui les regards des générations actuelles se tournent

 

Par René Jackson

Ce billet est une participation au projet collaboratif « Renaissance du 31 juillet » qui s’est donné pour objectif de marquer d’une pierre blanche la célébration de la journée internationale de la Femme africaine, célébrée le 31 juillet de chaque année. Retrouvez l’intégralité du projet ici: www.journeefemmeafricaine.com


Ces possibles à Yaoundé impossibles à Douala

Depuis quelques semaines, je vis à Yaoundé. Pas de façon définitive, pour ceux qui s’en inquièteraient. Une telle perspective, rien que de l’imaginer, me fait à moi-même horreur. J’y suis de façon très temporaire, ce d’autant plus que c’est une ville qui m’a toujours déconcerté et quelques fois, on a peine à croire que Yaoundé et Douala sont logés dans le même pays. Tant les habitudes, les attitudes et les comportements peuvent être différents d’une ville à l’autre. C’est tout aussi profitable d’être ici, car ça me permet de changer un peu d’air et surtout de mesurer l’ampleur de l’attachement que j’ai pour cette ville où j’ai, jusqu’à il y a quelques semaines, toujours vécu.

Parcourir la ville de Yaoundé de long en large et de travers m’a permis de la découvrir encore plus profondément, de dénicher des phénomènes qui m’ont pour la plupart beaucoup amusé. Et quelques fois, j’ai vécu des situations qui seraient inimaginables, voire impossibles à Douala.

Comme être obligé de prendre le taxi quand on veut se déplacer rapidement. La ville de Yaoundé est un sanctuaire de restrictions. Et beaucoup d’entre elles frappent les malheureux conducteurs de mototaxis. Dans beaucoup d’endroits de la ville, leur circulation est interdite et leur activité cantonnée aux zones périphériques. Du coup, les taximen font la loi et quelques fois, leur attitude au volant n’est pas différente de celle de ceux qu’on considère comme étant les délinquants routiers par excellence : les moto-taximen. On se retrouve à Yaoundé obligé de prendre des taxis qui pour la plupart sont douloureusement minuscules. Une vraie torture pour ceux qui comme moi sont joliment rondouillets. A Douala, on peut sortir tous les jours pendant un mois sans jamais mettre les pieds dans un taxi. Les mototaxis sont là, symboles de liberté et de rapidité.

Mais s’il faut mettre quelque chose au crédit de la ville de Yaoundé, c’est qu’elle est beaucoup plus belle que Douala. Et puis il y a un spectacle dont je ne me lasse pas depuis que je suis ici : les sommets des collines cachées par la brume du matin. C’est si joli et totalement inenvisageable à Douala. Qui est une ville désespérément plate, sans aucun rebondi ou arrondi enjôleur. Rien ! Nada ! Les seules aspérités qu’on remarque à Douala sont d’une part ces pylônes de télécommunication dont le pullulement a fini par enlaidir la ville et d’autre part le Mont Cameroun, si éloigné (de plus de 100 kilomètres) qu’il ne compte pas. En outre, lorsqu’on gravit l’une des collines qui cerclent Yaoundé, on a une fascinante vue plongeante sur la ville. Le seul moyen d’avoir ce genre de vue sur Douala, c’est d’être assis au hublot, du bon côté de l’avion, quand il atterrit.

L’autre aspect remarquable à Yaoundé est qu’on peut marcher tranquillement sur un trottoir. Ce qui à Douala s’apparente à une véritable gageure. Car c’est une activité qui là-bas correspond la plupart du temps à éviter les trous, les étals à même le sol, les voitures stationnées là, les motos qui te foncent dessus, les vendeurs à la criée, les comptoirs de marchandises, etc. Et ça, c’est pour les endroits où il existe effectivement des trottoirs. Car la plupart du temps, il n’y en pas du tout. Marcher normalement sur un trottoir à Douala n’est possible que dans des îlots bien précis. Alors qu’à Yaoundé c’est visiblement plutôt l’inverse.

Il y a quelque temps, des connaissances ont été invitées à un mariage en plein air dans un terrain de golf, sur les hauteurs du Mont Fébé. Une perspective impossible à Douala tout simplement parce que la ville ne compte aucun terrain de golf digne de ce nom. Et même si d’aventure il en existait un, ce serait d’une profonde inconscience de se risquer à y organiser quoi que ce soit en plein air pendant le mois de juin. Celui justement où les pluies se font un malin plaisir de contrecarrer même les plans les plus élaborés. De juin à octobre à Douala, la pluie n’est clairement pas une option. Elle se paye même souvent le luxe de tomber sans arrêt pendant plusieurs jours, question de provoquer le plus d’emmerdements possible. A Yaoundé, il est possible en plein mois de juillet de ne voir tomber aucune goutte pendant trois ou quatre jours.

Mais ce n’est pas pour autant qu’il y fait froid. Même pendant les pluies, il repose perpétuellement sur la ville de Douala une chaleur écrasante. Depuis que je suis à Yaoundé, je parcours chaque aube à pied les deux kilomètres qui me séparent de mon lieu de travail sous une bise légère et très fraîche. Le résultat en est que malgré l’effort, aucune goutte de sueur ne vient gâcher mon humeur du matin. A Douala, même sous la douche, tu transpires. Commets l’erreur de porter une veste et dans ta propre sueur tu macèreras pendant toute la journée. D’aucuns disent que c’est cette chaleur qui nous rend si fous, qui déglingue notre cerveau et qui nous fait agir comme des personnes démentes. C’est cette chaleur qui serait la réelle responsable du désordre caractérisé que connaît cette ville. Et c’est enfin cette chaleur qui nous pousserait à boire autant de bière.

A cet effet, j’ai remarqué une curiosité. Dans le quartier où je vis, il n’y a plus aucun bar ouvert après vingt heures. A Douala, à cette heure-là, même la plus insignifiante des échoppes n’en est qu’au début de sa soirée. Les buveurs ne libèrent les bars qu’à vingt-trois heures ou minuit. Ce n’est qu’à cette heure que les voisins peuvent trouver un peu de répit, avant que les hostilités (c’est-à-dire la musique à tue-tympan) ne reprennent aux premières lueurs du jour.

Il existe aussi à Yaoundé cette déférence et ce respect quasiment inconnus à Douala. Il me semble par exemple impossible d’envisager que les Doualaeens, réputés comme étant des rebelles par nature et des opposants par dénomination, puissent subir placidement que la ville soit régulièrement coupée en deux, et ce pendant plusieurs heures. Fut-il pour le passage du président de la République. Ceci me rappelle d’ailleurs ma première « rencontre » avec notre président, il y a quelques jours, dans une rue de Yaoundé.

J’avais débouché sur l’axe – bouclé depuis plusieurs heures – par lequel il devait passer pour aller accueillir son homologue français qui arrivait en visite. J’ai été d’abord choqué par le silence qui régnait sur cette rue d’habitude très fréquentée. Les gens étaient debout, alignés des deux côtés de la chaussée, silencieux. Des bidasses armés jusqu’aux dents tenaient en respect d’un œil dur et inquisiteur tous ceux qui étaient là. Moi je voulais rentrer chez moi. Je me suis donc mis à marcher sur le trottoir. La minute d’après, une première voiture de police est sortie de nulle part, toutes sirènes beuglantes et à une vitesse folle. Suivie peu après par un cortège encore plus bruyant et tout aussi pressé, au milieu duquel je n’ai eu aucune peine à deviner la limousine présidentielle. Tout en continuant de marcher, j’ai jeté un coup d’œil à ce convoi quelque peu singulier. Tout à coup, une policière me fait signe de m’écarter par des grands gestes. Peu après j’arrive à sa hauteur. « Monsieur, quand on vous fait signe de quitter le trottoir, faites-le ! Vous n’avez pas vu que le président passait ? N’avez-vous pas remarqué que vous étiez le seul à marcher ? » J’aurais pu lui demander s’il était prohibé de marcher en une telle circonstance, mais je me suis tu.

Mutisme visiblement salvateur, puisque lorsque je racontai cet épisode à un ami, sa réaction a été cinglante. J’avais clairement risqué ma vie avec cette attitude irresponsable. Et de terminer : « Vous qui venez de Douala, vous êtes souvent portés à croire que vous pouvez faire tout ce que vous voulez. Mais tu es à Yaoundé et ici ça ne se passe pas comme ça ».

Par René Jackson


Ambiance Shaba

Tout finit par arriver. Après avoir toujours regardé les prestations – en dents de scie – de l’équipe nationale du Cameroun à la télévision, j’ai finalement eu l’opportunité de me déplacer pour une enceinte afin de les voir évoluer sous mes yeux. C’est ainsi que le 14 juin dernier, je me suis retrouvé au stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé pour assister à mon premier match des Lions Indomptables. Et le spectacle fut à la hauteur de mes attentes parce que j’avais choisi pour ce moment historique de regarder cette rencontre Cameroun – Mauritanie depuis le mythique « Shaba ». Avec tout ce que ça implique comme ambiance et désagréments.

Pour fixer le décor, une précision s’impose. Le terme shaba dans le langage urbain au Cameroun désigne un chef-lieu de tumulte, de turpitudes, généralement fréquenté par des âmes têtues, récalcitrantes, réfractaires au système d’ordre et de valeur en vigueur. Le shaba désigne en même temps cet endroit le plus animé et le plus joyeux de l’assistance. Le shaba c’est le bien et le mal à la fois. Le shaba c’est le ying et le yang. Ainsi, chaque salle de classe de chaque collège a son shaba. Chaque amphithéâtre aussi. En faculté de droit, nous avions utilisé un magnifique jeu de mots pour désigner membres des séants du shaba en adéquation avec notre statut de juristes en herbe: les juges du fond. Parce que le shaba est toujours localisé au fond de la classe, de l’autobus, de l’amphi…

Le Shaba du stade Ahmadou Ahidjo occupe les deux étages supérieurs de la tribune orientée ouest. A l’opposé de la tribune officielle. Les conditions y sont rustiques. Les gradins ne sont pas couverts et ceux qui s’y installent sont soumis aux éventuels changements d’humeur du climat. Il n’y a pas non plus de sièges. Les places sont délimitées et les numéros inscrits à la peinture à même le béton. L’absence de sièges n’est cependant pas une mauvaise nouvelle compte tenu de l’ambiance qui peut très vite y devenir délétère. Ces sièges étant alors susceptibles de devenir des projectiles à la force de nuisance beaucoup plus importante que les sachets pleins d’eau que j’ai vus voler pendant ce match.

Une heure avant le début de la rencontre, je m’installai dans le chef d’œuvre de vétusté qu’est ce stade, après avoir franchi une barrière où était agglutinée une grappe de policiers, puis traversé un terrain broussailleux large d’une cinquantaine de mètres afin d’atteindre les escaliers qui devaient me faire parvenir aux gradins. En face de moi de là où j’étais assis, à droite, les projecteurs étaient tombés à quelques mètres de la base du pylône au sommet duquel ils auraient normalement dû se trouver. Les projecteurs du pylône situé à gauche étaient bien à leur place, mais leur orientation prouvait qu’il y a bien longtemps qu’ils avaient cessé d’éclairer la pelouse et même le stade. Les infrastructures autour du terrain avaient un air peu ragoûtant. La piste d’athlétisme étant parsemée de grosses tâches brunes. Vus de l’endroit où je me trouvais, les bancs de touche semblaient réduits à leur plus simple expression. Ils avaient l’air particulièrement inconfortables. En plus, les joueurs et les techniciens n’auraient pas été épargnés en cas d’averse.

L’aire de jeu par contre était dans une condition irréprochable. Bien tondue et uniforme, bien loin du terrain piégeux qui rendait complètement aléatoires les trajectoires des balles il y a encore quelques années. Un diamant dans un écrin poisseux.

Le Shaba, lui était déjà chaud. Les drapeaux étaient déployés et les groupes de danse s’agitaient au rythme des tam-tams. Une population hétéroclite était présente en ces lieux, mais avec une prépondérance d’individus à l’air pas du tout rassurant. Beaucoup de jeunes flânaient avec le torse nu, dévoilant des cicatrices, stigmates d’un passé tumultueux et signes qu’ils ne rechigneraient pas à provoquer ou à participer à la baston s’ils en avaient l’occasion. Mais je n’étais pas trop inquiet. J’avais choisi le match contre la Mauritanie, qui n’est pas un foudre de guerre. L’affiche n’allait pas attirer les foules. En plus le Cameroun marcherait sur son adversaire du jour. Sauf que la rencontre ne s’est pas déroulée telle qu’on l’aurait prévue.

Pendant les soixante premières minutes de jeu, les spectateurs du Shaba ne se sont contentés que de quolibets à l’endroit des acteurs – Camerounais – sur la pelouse, de réinterprétations sexuellement explicites d’airs à la mode et de gausseries l’endroit des spectateurs assis de l’autre côté du terrain. Ceux-là avaient beau avoir payé leur billet jusqu’à vingt fois plus cher que la somme ridicule que nous avions déboursée, ils se feraient proprement griller par le soleil de l’après-midi. Mais au fur et à mesure que la fin du match approchait et que les Lions Indomptables peinaient à trouver le chemin des buts Mauritaniens, la tension montait.

Des projectiles se sont mis à fuser, principalement des sachets en plastique remplis d’eau. L’un d’entre eux, provenant du haut de la tribune explosa sur un jeune homme assis quelques mètres devant moi. Il se retrouva détrempé. Et un adolescent de réagir: « tu portes les chemises blanches cintrées pour venir au Shaba? Tu croyais que tu allais à un mariage? Ashouka*! Quand nous on s’habille en guenilles vous croyez que c’est parce que nous sommes des nanga boko*, n’est-ce pas? La prochaine fois que tu veux venir au match en chemise cintrée, va t’asseoir là-bas » dit-il en pointant du doigt la tribune officielle. Son commentaire provoqua une hilarité générale.

Les projectiles eux par contre n’ont pas cessé de s’abattre sur nous. Certains, excédés, ont commencé à les retourner aux envoyeurs. La situation aurait pu virer à la bataille rangée si quelqu’un n’avait pas entonné un « Eto’o! Eto’o! Eto’o! » bigrement salvateur, de suite repris par tout le monde. On se rappelait à notre bon souvenir ce joueur que nous étions pourtant bien contents de voir partir de l’équipe nationale il y a encore un an. Puis ce fut au tour de l’entraîneur d’avoir l’honneur des chants perfides, après avoir été copieusement conspué. Les joueurs n’ont pas été en reste. Chaque fois que l’un d’eux touchait au ballon, un tombereau de sifflets s’abattait sur lui, alors que des applaudissements nourris accompagnaient chaque bonne action mauritanienne.

A la quatre-vingt cinquième minute, certains supporters exaspérés ont commencé à quitter les gradins, désespérés par cette équipe plusieurs fois championne d’Afrique qui n’arrivait pas à mettre un but à une sélection inexistante sur la mappemonde du football.

Et au moment où on ne s’y attendait plus, un attaquant Camerounais a profité d’un heureux concours de circonstances pour marquer un but totalement chanceux. Le Shaba a explosé de joie. Ouf! Enfin! Il était plus que temps. Mais le malheureux buteur a eu la mauvaise idée de venir devant notre tribune qui avait passé le match à l’injurier pour nous demander de nous taire. Mal lui en a pris car d’autres sachets d’eau ont décollé, cette fois vers sa direction. Accompagnés par d’autres insultes et huées.

Sur ces entrefaites, l’arbitre a mis un terme à la rencontre. La majorité des occupants de notre tribune a vite fait de vider les lieux, parfois au pas de course. Il ne fallait pas s’éterniser là, de peur d’être la victime des détrousseurs qui profitent toujours de ces grands rassemblements de personnes pour effectuer leurs basses besognes. Nous avons vite fait de quitter le Shaba et ensuite le stade.

Ashouka: bien fait pour toi

Nanga Boko: enfant de la rue

Par René Jackson


Le jour où j’ai assisté à une bagarre générale

Toutes les villes du monde ont leurs quartiers difficiles. Ce type de quartier où tout peut partir en sucette à n’importe quel moment. Ces quartiers où toutes les situations, même les plus anodines, peuvent dégénérer et prendre des proportions ahurissantes. La ville de Douala n’est pas en reste, car elle aussi recèle quelques poches de tension. Dont l’une d’elles est la zone qui se trouve tout autour du commissariat du 8e arrondissement et qui comprend les quartiers Madagascar, Tergal, Nylon et Bilongué. De vraies petites poudrières.

Pour preuve, c’est très exactement à Madagascar qu’a été allumée la première mèche de ce qui allait devenir les émeutes de la faim en 2008, qui ont embrasé Douala et qui se sont propagées aux autres villes du Cameroun. À la suite d’un banal meeting d’un parti de l’opposition, les échauffourées avaient débuté. La flicaille a riposté à coup de gaz lacrymogènes, de jets d’eau et de tirs à balles réelles. Il s’ensuivit quatre jours de violences, de pillages et des morts.

C’est au quartier Madagascar justement qu’auparavant j’ai été à cette fête d’anniversaire qui avait, tout comme le meeting politique, totalement dégénéré. Une fête à laquelle je ne devais même pas être. J’avais fait toute une gymnastique pour y être invité. A l’époque, jeune, fringant et bouillant, toutes les bringues étaient bonnes à prendre. Je ne compte plus les fêtes auxquelles je me suis incrusté. Et quand il n’y avait aucune soirée à l’horizon, ce n’était pas grave. On en organisait une. J’aimais tellement la fête que j’ai gagné le surnom de « Monsieur Soirée ». Douce époque d’insouciance et de cuites. Cette fête-là, il fallait d’autant plus que j’y sois, car la jeune fille qui se refusait obstinément à moi à l’époque en serait.

La réputation du quartier où se déroulait la soirée, je la connaissais bien évidemment. Alors, en sortant de chez moi j’ai laissé le téléphone cellulaire. En outre, j’ai pris soin d’enfiler le plus élimé de mes pantalons en jeans, de porter ce t-shirt qui normalement aurait eu sa place dans une poubelle. Idem pour les chaussures. Dans les poches j’avais le montant exact pour le taxi aller et retour en plus de ma carte d’identité. Les pertes devaient être minimales si je me faisais taxer, ce qui était une éventualité pas du tout saugrenue à envisager. Pour finir, j’ai emporté la clef de chez moi. Pour le cas où je me retrouverais obligé de rentrer en plein milieu de la nuit.

Dès l’entrée, le ton était donné. Deux videurs étaient postés. Le premier, grand, musclé, le visage buriné et un rictus méchant. Rien que de très habituel pour un malabar supposé mettre de l’ordre. Le second par contre était particulier. En plus de son allure de catcheur, il portait une cagoule. Il arborait tout autour de son bras et de ses reins une lourde chaîne. Quand je suis passé devant lui, j’ai senti son regard glaçant sur moi. Ça avait à la fois un côté rassurant et un côté effrayant. Rassurant parce que nous étions protégés. Flippant parce qu’il y avait de quoi s’interroger sur la menace qui planait pour que de tels individus soient embauchés.

La fête battait son plein, dans une cour aménagée et dans laquelle les invités étaient installés. L’organisateur avait mis les petits plats dans les grands : une bonne centaine de convives, de la nourriture et de la picole à gogo. Les gourmands et les disciples de Bacchus ne seraient pas déçus. Il était deux heures du matin. Nous venions de terminer de manger et la piste de danse allait bientôt être chauffée quand nous avons remarqué qu’il y avait des bisbilles à l’entrée. Des éclats de voix si violents que même la musique que crachaient les haut-parleurs ne parvenait plus à cacher.

Le jeune homme qui tenait le micro a bien tenté de ne pas nous inquiéter en mettant en avant le fait que les vigiles étaient parés à toutes les éventualités et que même dans le cas hautement improbable où ils se trouveraient dépassés, le commissariat du huitième se trouvait à moins de cinq cents mètres de là. Mal lui en a pris, car au moment même où il achevait son propos, l’impensable se produisit.

Sous nos yeux stupéfaits, une horde de jeunes gens a envahi la cour dans laquelle nous nous trouvions. Cognant sur tout ce qui se trouvait à portée de leurs poings. D’autres jeunes ont décidé de riposter et ça a donné la plus immense foire à castagnes à laquelle il m’a été donné d’assister. Très vite, les poings n’ont plus suffi. Les tables, les chaises et même les couverts ont servi aux uns à taper sur les autres. Et quand tous ces ustensiles étaient devenus inutilisables, quelqu’un a découvert le congélateur dans lequel étaient encore stockées des dizaines de bouteilles de bière.

Ce fut le moment le plus surréaliste de tous. Les bagarreurs s’en sont servis comme des projectiles qu’ils lançaient sur les protagonistes de l’autre de bord, lesquels répondaient en jetant aussi les bouteilles vides qui traînaient autour d’eux.

Et moi, pendant ce temps? Étant trop loin de la sortie pour m’enfuir comme ceux qui avaient pu le faire, j’ai déniché dans un coin obscur de la cour, les WC. J’ai vite fait de courir m’y réfugier. Une dizaine d’invités avait eu la même idée. Nous nous y sommes agglutinés, complètement terrorisés. Les demoiselles cachées avec nous poussaient des hurlements chaque fois que quelque chose se cassait. Ce qui a totalement affolé les cafards qui menaient d’habitude une vie tranquille dans ces latrines obscures. Ils se sont mis à voleter et à atterrir sur nous. Ce qui n’a fait qu’aggraver l’hystérie des demoiselles. Quelques- unes se sont enfuies. De deux maux il faut choisir le moindre, dit-on. Pour moi, la sensation désagréable de ces bestioles trottinant sur mon dos et mes jambes était une douce caresse, en comparaison d’une bouteille pleine de bière s’écrasant sur ma tête ou d’une planche fracassant mon tibia.

Après une trentaine de minutes de pugilat, tout est redevenu calme. Quelqu’un, débouchant dont on ne savait d’où, est venu nous demander de sortir rapidement des latrines et de nous en aller. Les assaillants s’étaient éloigné mais avaient promis de revenir bien vite. Il n’aurait alors pas été dans notre intérêt qu’on soit encore là à leur retour. Le spectacle était désolant. Tout était cassé, détruit. Nos pieds se posaient sur un mélange de tessons de bouteilles, de débris de bois et de chaises en plastique, de restes de nourriture et d’assiettes émiettées.

Avec un ami qui à l’époque était un camarade, nous avons parcouru à pied, à trois heures du matin, les presque trois kilomètres qui séparaient le lieu de la fête et le carrefour Ndokoti. Complètement à la merci des détrousseurs. Je suis rentré directement à la maison. Une chance, j’avais pris ma clef. Je n’ai pas eu à me soucier de la fille qui entre autres m’avait fait y aller, car elle avait eu du nez et n’était pas venue.

Quelques jours après cette bagarre générale, j’ai appris que la fureur des jeunes de ce quartier avait été provoquée par le fait qu’ils n’avaient pas été conviés à cette soirée et qu’il était impensable d’organiser une fête dans leur quartier sans les y inviter.

Par René Jackson

En mémoire de Marie-Rose N qui n’était pas venue à cette fête et qui a quitté notre monde quelques mois après.


Les vrais dangers de l’université

L’an dernier, j’assistais une élève de la classe de terminale dans la constitution de son dossier pour un concours d’entrée dans une grande école de l’Université de Douala. J’ai dû pour cela rencontrer sa mère. Elle avait un avis tranché sur « notre Université là » et son fonctionnement, notamment sur les pratiques ésotérico-mystiques qui y seraient courantes. J’ai bien tenté de la rassurer en lui disant qu’en dix ans de fréquentation de cet environnement, je n’avais jamais été approché par quiconque, que ce soit un enseignant ou un étudiant, afin de faire partie d’une quelconque loge. Mais elle n’a pas du tout été convaincue.

L’Université de Douala est une institution qui compte environ cinquante mille étudiants inscrits. Une véritable petite ville. Et bien évidemment, dans une société aussi diversifiée, on trouve de tout. Les sectes, on en entend beaucoup parler, mais c’est une expérience que je n’ai pas personnellement vécue, donc je ne suis pas légitime pour en parler. Mais les vrais maux de notre (nos) université (s) sont bien réels et autrement plus palpables que toutes ces choses métaphysiques.

Des enseignants particulièrement distants…

Tout étudiant de faculté sait combien il est difficile d’entrer en contact avec un enseignant. Ils dressent généralement un vrai mur de Jéricho tout autour d’eux et deviennent de ce fait quasiment inaccessibles. Il m’est arrivé d’attendre un enseignant pendant des jours à la direction de ma faculté et que lorsque je le rencontre enfin, qu’il m’envoie bouler en moins d’une minute sans même m’écouter. Ceci se vérifie particulièrement pour les assistants qui dispensent les travaux dirigés. Ils sont en DESS ou en DEA pour la plupart et sont bien plus désagréables que les enseignants titulaires. Certains d’entre eux étant franchement détestés des étudiants tant ils suintent de condescendance, de suffisance et de méchanceté. De vrais terroristes. On avait du mal à croire que le fait de se retrouver devant nous leur faisait oublier les difficultés auxquelles faisaient face les étudiants qu’ils étaient encore. Les travaux dirigés étaient un vrai traumatisme pour beaucoup. Par contre, quand on avait la chance d’être tenus par des enseignants titulaires, ils se montraient bien plus attentifs et compréhensifs que leurs subalternes, malgré l’importance de leur grade (de docteur et parfois de professeur).

… et tout-puissants

Dans les premiers moments de ma vie d’étudiant, je sortais de chez moi à cinq heures trente du matin. Trente minutes plus tard, j’étais dans le gymnase réaffecté en amphithéâtre dans lequel je suivais mes cours. Il pouvait contenir à vue de nez mille cinq cents étudiants. Et nous étions près de deux mille cinq cents inscrits pour la classe. Quand tu arrivais à six heures quinze, tu n’avais déjà plus de place. Pour un cours qui était prévu pour débuter à huit heures. Et parfois, l’enseignant ne se donnait pas la peine de se présenter. Je ne compte plus ces nuits écourtées pour rien. L’absentéisme des enseignants est un vrai fléau. Quelquefois, on tournait en rond dans le campus pendant toute une journée, pour attendre des enseignants qui ne viendraient pas. Une fois, nous avons fait la remarque à un enseignant qui nous a répondu : « Ce n’est pas sur le fait de dispenser ou pas ces enseignements que je suis jugé. Ca dépend uniquement de mon bon vouloir de venir ici ou pas ».

Une administration lourde

Deux mois après mon entrée à l’université, la première liste des étudiants est publiée. Et surprise, la première lettre de mon patronyme a tout simplement été oubliée. En ont suivi de douloureux mois, six au total, pour que la situation soit régularisée. J’ai rédigé je ne sais plus combien de requêtes, fait d’interminables heures de sitting pour attendre les responsables qu’il fallait rencontrer (enseignants et administratifs), car mes notes étaient attribuées à Nkowa sans « N » qui n’était pas du tout moi. Avant de terminer ma première année, j’étais déjà essoufflé. Les noms ou les notes qui n’apparaissent pas sont monnaie courante et bien malchanceux est celui ou celle sur qui ce genre de tuile tombe. Obtenir un certificat de scolarité est un chemin de croix. Beaucoup ont loupé des stages ou des emplois à cause de ce bout de papier qui ne sortait pas après moult requêtes. Idem avec les relevés de notes et attestations de réussite. Pour les diplômes, n’en parlons pas. Ils ne sont tout bonnement plus délivrés.

Un profond déficit en infrastructures

Quelque temps après mon entrée à l’université, le pays a connu une vague de manifestations estudiantines. Des manifestations qui ont touché toutes les universités publiques, notamment l’Université de Douala et celle de Buéa (dans la région du Sud-ouest) où des étudiants avaient même été tués par les forces de l’ordre. Parmi les réclamations, figurait en bonne place « les conditions d’études descentes ». Il faut dire qu’à ce moment par exemple dans notre université, il n’y avait tout simplement pas de toilettes. Les gens se soulageaient dans les fourrés environnant les amphithéâtres et salles de cours. Il n’y avait pas d’adduction en eau. Les coupures d’électricité étaient fréquentes. Depuis, certaines choses ont évolué dans le bon sens. Mais beaucoup reste à faire. J’étais encore il y a peu dans la bibliothèque de l’Université de Douala. Les murs du rez-de-chaussée du bâtiment sont chargés d’étagères désespérément vides. Les toiles d’araignées ont pris la place laissée vacante par les livres. Quand je fréquentais encore la faculté de droit, les babillards étaient réduits à leur simple expression. Les résultats étaient collés sur des murs soumis aux intempéries. Si la pluie n’avait pas rendu totalement illisibles ces papiers, le vent les avait emportés. Ou alors ce sont des individus mal intentionnés qui les déchiraient. Si tu n’avais pas vu ta note, bonne chance pour les obtenir auprès de l’administration.

L’abus d’autorité

Il y a encore quelques semaines, je discutais avec une amie qui se retrouvait face à un dilemme. Elle n’avait pas obtenu de note de contrôle continu dans une unité de valeur. Elle a contacté son enseignant à cet effet, lequel a soumis l’attribution d’une note à un (ou plusieurs)  passage (s) dans son lit. Elle a menacé de se plaindre à l’administration et il lui a ri au nez, l’encourageant même à effectuer cette démarche. Question qu’elle-même constate qu’il ne pourrait rien lui arriver. Elle était aux abois. Ne sachant pas vraiment quoi faire : accepter en se déshonorant au passage et obtenir cette note ou alors refuser et reprendre la classe l’année prochaine. Des mésaventures similaires sont habituelles. Ces enseignants qui demandent à des étudiants des faveurs matérielles et sexuelles avant de les rétablir dans leurs droits. Certains autres agissent en amont. Ils proposent à la fille (ou de plus en plus au garçon) de devenir son partenaire sexuel en promettant à cette dernière qu’il s’assurera personnellement qu’elle obtienne de bonnes notes. On a appelé ça les NST (Notes sexuellement transmissibles).

Le tribalisme

Situation : tu te retrouves dans un bureau avec un autre camarade de classe. Vous êtes convoqués. L’autre d’emblée se met à parler en dialecte à celui dans le bureau de qui vous êtes. Lequel répond. Ils devisent ainsi pendant quelques minutes et toi tu te sens de trop. Ton camarade ressort avec le sourire aux lèvres. Toi tu commences une phrase en français. Tu te fais vertement rabrouer. Dans une autre situation, tu entres dans un bureau et les deux agents parlent leur patois. Tu dis bonjour et personne ne te répond. Ils ne se comportent même pas comme si quelqu’un était entré. Même une mouche aurait eu plus d’attention que toi.

La précarité

C’est l’un des maux principaux des étudiants de l’université. Il est de notoriété publique au Cameroun que les universités d’Etat, particulièrement celle de Douala, sont celles dans lesquelles échouent ceux qui ne disposent pas d’assez de moyens financiers. Les étudiants issus d’environnements plus nantis vont faire leurs études dans des universités privées ou à l’étranger. La conséquence en est multiple : il y a ceux qui mettent partiellement ou totalement leurs études de côté pour se lancer dans des jobs alimentaires (ce fut particulièrement mon cas) ; il y a ceux qui entament des relations prétendument amicales ou amoureuses avec leurs camarades un peu plus aisés dans le seul but de profiter du contenu de leur frigidaire ; il y a ceux qui se retrouvent dans des relations avec des personnes qui ont parfois l’âge de leurs grands-parents, tout simplement pour pouvoir avoir le droit de poursuive leurs études. Les étudiants sont ainsi la cible privilégiée de toutes sortes de rapaces qui profitent aisément de cette précarité et laissent derrière eux des grossesses indésirées et des maladies sexuellement transmissibles.

En définitive, la vie de l’étudiant dans nos universités est un parcours d’obstacles et relève parfois de la mission impossible. Beaucoup abandonnent avant d’avoir obtenu le moindre diplôme. Les conditions sont extrêmement difficiles et en sortir avec un diplôme relève du tour de force. Il faut un moral à toute épreuve, une obstination sans relâche et une forte capacité de résilience pour ne pas être broyé par cette machine froide et sans états d’âme. Il le faut pour en sortir avec quelque chose.

Pendant toutes ces années, j’ai bien entendu rencontré des responsables extrêmement bienveillants et à l’écoute, mais ils relevaient beaucoup plus de l’exception. Des exceptions confirmant une règle des plus problématiques. Et souvent dramatique.

Par René Jackson


Ces personnages de nos voyages en bus

Malgré tous tes efforts, te voilà rattrapé par tes responsabilités. Cette fois, tu ne peux pas y couper : tu dois voyager, c’est obligé. La perspective de te retrouver dans un autocar, sur l’un de nos axes lourds te terrifie. Parce qu’ils sont extrêmement accidentogènes. Parce que les voyages se passent presque toujours dans l’inconfort à cause des surcharges. Parce que les compagnies de transport interurbain sont sans pitié pour les passagers. La vie est un combat. Et il l’est encore plus quand il faut prendre la route. Tu sais tout ça, mais sur ce coup-ci, tu n’as pas le choix.

À la gare routière, tu as acheté ton ticket. On t’a assuré que vous partiriez à neuf heures trente, sans faute. Et comme tu t’y attendais, à dix heures trente, tu n’as pas bougé. Tu as rué dans les brancards et tu t’es retrouvé dans un car bringuebalant. Un rafiot antédiluvien. Tellement vieux et usé que tu te demandes comment il réussit encore à rouler. Mais par miracle, il avance. Déjà que tu avais toutes les craintes, il fallait qu’il y en ait une nouvelle : que le tacot décide de rendre l’âme quelque part en rase campagne, loin de tout. Tu as définitivement perdu le peu de tranquillité qui te restait.

Tu ne voyages pas seul. Pendant quelques heures, tu partageras le même destin avec quelques dizaines de personnes tout aussi mal à l’aise que toi, mais qui n’y peuvent rien, car c’est comme ça. On va faire comment? Et comme à chaque fois que tu voyages, tu te retrouves toujours avec ces personnages, les immanquables de tout voyage en autobus.

Le vendeur de médocs

Lui, il débarque toujours quand le moment du départ est imminent. Vous êtes tous dans le car et vous attendez que le conducteur veuille bien démarrer enfin. Il vend des liquides dans des fioles, des poudres dans des sachets ou des écorces. La particularité de ses produits est qu’ils soignent toutes les maladies. Prenons la poudre par exemple. Elle guérit à la fois le mal de dos, les saignements de gencives, la fatigue musculaire, la carie dentaire, les boutons de barbe. En la mélangeant avec le produit liquide, votre femme n’ira plus jamais voir ailleurs. Votre objet habituellement flasque et sans entrain retrouvera la vigueur de ses vingt ans. L’argument de vente est le test. « Goûtez, vous verrez la puissance du produit ». Il vous bassine les oreilles pendant quinze ou trente minutes, réussit à refourguer quelques fioles, deux ou trois sachets et s’en va.

La « téléphoneuse »

Durant le trajet, il y aura toujours une dame qui abusera d’appels téléphoniques. « Allô ? Oui… Je suis dans le bus, je vais au village. J’ai une inhumation là-bas… Que quoi ? Non! Je dois cotiser pour notre tontine du quartier cinquante mille… Tu as compris ? Bon, maintenant, chez les femmes capables, je dois bouffer cinq millions ce mois… Voilà, tu prends ça et tu me le gardes. Tu sais que j’ai mon 4×4 qui arrive dans le bateau non, je vais sortir ça du port avec l’argent-là… » Elle parle, parle, met tout le monde mal à l’aise dans le car. Elle parle de ses millions, de ses enfants qui sont en Occident. Et de sa nièce idiote qui a conçu de ce voyou fumeur de chanvre qui hante le quartier tel un esprit mauvais. A ce moment, tu maudis les opérateurs de téléphonie mobile qui sont si fiers de dire que leur couverture réseau est ininterrompue tout le long du trajet.

Le troubadour

La dame a finalement raccroché son téléphone. Tout est calme dans le bus. Le chauffeur a mis une musique qui te fait un peu oublier les conditions précaires dans lesquelles vous vous trouvez. Tout se passe bien depuis dix minutes. Puis patatras, cette chanson a débuté. Et un jeune homme a entrepris de chanter, mais alors à tue-tête! Au début, tu souris parce que tu es bien content de voir son entrain. Mais après l’avoir entendu reprendre toutes les chansons, poussant même la virtuosité jusqu’à reproduire les sons des instruments, tu en as ras-le-bol.

L’acheteuse compulsive

Au départ, elle s’est battue pour être assise près d’une fenêtre. Coup de force qu’elle a réussi après avoir harcelé le préposé au chargement. Et depuis le départ, elle achète consciencieusement tout ce qu’elle peut. L’habitacle est vite rempli de choux, de salades, d’ananas. Les oranges roulent ça et là, les pamplemousses ont du mal à se tenir correctement. Idem pour les ignames. Le car est devenu un petit verger. Comme toi, les autres passagers grommellent. Ça doit être une manie chez elle. Parce qu’avant le départ, c’était bien elle qui négociait avec un fermier le prix de cette chèvre qui bêle à en fendre l’âme sur le toit du car depuis une heure.

La froussarde

S’il ne tenait qu’à elle, on devrait lui remettre le volant. Et elle ne dépasserait pas les 20 km/h. Elle profère des menaces à l’encontre du chauffeur au moindre freinage ou coup de volant brusque. A chaque dépassement, elle pousse un « hum » hautement réprobateur. A force d’insister dans sa quasi-hystérie, elle finit par te faire flipper, tant elle a mis la pression sur le conducteur. Ce d’autant plus qu’elle a réussi à fédérer autour d’elle d’autres poltronnes qui ne font rien d’autre que de déconcentrer le pauvre monsieur qui essaie autant que faire se peut son travail. On peut néanmoins la comprendre. Depuis le début du voyage, votre parcours est jonché de carcasses d’automobiles accidentées. Lesquelles sont souvent proches de ces panneaux de signalisation lugubres qui indiquent le nombre de personnes qui ont perdu la vie à ces endroits.

Le glouton

C’est le personnage le plus surprenant. Ça fait des heures qu’il ne fait qu’engloutir des quantités mirobolantes de nourriture. Tout y passe : biscuits, bananes mûres, arachides bouillies puis grillées, plantain frit. A l’arrêt déjeuner, il se ramène avec de la viande braisée et des ignames grillées. Dans ton malheur, il est assis près de toi. Et tu récoltes sur tes vêtements une palanquée de peaux et de détritus de ses repas. Il a beau s’excuser encore et encore, mais tu n’as qu’une seule envie. Celle de lui arracher le bâton de manioc qu’il tente d’avaler et de l’assommer avec. Heureusement, il demande à descendre. Tu n’auras pas à le subir tout le long du voyage.

Le dormeur

Un homme prend la place laissée vacante par le larron précédent. Ni une, ni deux, il se met à piquer du nez. Il n’est pas assis là depuis cinq minutes qu’il dort déjà profondément. Ta stupéfaction laisse vite la place à la colère car l’air de rien, il est venu poser sa tête sur ton épaule. Tu as beau gesticuler, amplifier les mouvements du car, donner des coups d’épaule, rien n’y fait. Même les cahots qui secouent violemment le bus ne parviennent pas à le réveiller. De guerre lasse, tu le laisses choir sur ton épaule. C’est quand même bizarre. Ce n’est pas possible de dormir à ce point dans ces conditions. Tu repenses à ces histoires de gens entrés sur leurs jambes dans des autocars et ressortis les pieds devant. Il est peut-être mort, le type. Au moment où tu jettes un coup d’œil apeuré sur lui, il part dans un long ronflement. Les autres passagers vous regardent. Tu hausses l’autre épaule, celle qui ne soutient pas la tête du dormeur.

On pourrait citer des personnages pareils par dizaines. Comme le dragueur impénitent, l’incontinent ou l’amuseur public. Ces rencontres qui généralement n’ont rien de déterminant, mais qu’on oublie difficilement malgré tout.

Par René Jackson


ENEO*, merci pour ces moments

Pour qui a un tant soit peu vécu sous nos latitudes, les coupures récurrentes d’électricité ne sont pas qu’une vue de l’esprit. Au Cameroun, ces suspensions dans la fourniture d’énergie de la part de la société nationale d’électricité sont si fréquentes que nous lui avons trouvé un nom: les jeux de lumière. Parce qu’un coup c’est là et puis hop, ce n’est plus là. Le coup d’après, ô bonheur, c’est revenu. On n’a pas encore fini de jubiler que ce n’est plus là. L’expression être branché sur courant alternatif n’a jamais autant tenu son sens. Les anciens propriétaires de cette société appelaient ces coupures des « délestages ». Les nouveaux ont choisi un terme plus courtois : la modulation. Mais les résultats sont les mêmes: des CDI (coupures à durée indéterminée) distribuées en veux-tu, en voilà.

Chacun de nous a son petit chapelet de mésaventures provoquées par ENEO. Des plus graves au plus légères. J’ai moi-même vécu quelques situations difficiles causées par des coupures intempestives d’électricité.

La fête gâchée

Nous sommes au début des années deux mille. Je suis invité à soirée d’anniversaire d’une cousine. Ses parents ont mis les petits plats dans les grands. Il faut dire que ce n’est pas qu’un anniversaire, l’événement sert juste de prétexte pour célébrer un certain nombre d’autres petites choses. Déjà, l’invitation augure de ce que sera cette fête, car ses artifices lui font plutôt avoir l’air d’un faire-part de mariage que d’un carton d’invitation pour le goûter d’anniversaire d’une préadolescente.

Vingt heures. Je suis déjà sur place. La fête est prévue pour durer jusqu’au petit matin. On a battu le rappel familial. Même les cousins et les tantes les plus insoupçonnés sont là.

Vingt heures dix: coupure d’électricité. Une voix :  » Ça a commencé « .

Vingt heures trente :  » Ne vous inquiétez pas, c’est souvent comme ça dans ce quartier. Mais ça (les coupures, ndlr) ne dure pas souvent « .

Vingt et une heures quarante-cinq :  » De toutes les façons, ça ne servirait à rien de paniquer. Les mets sont encore sur le feu. Le temps que ça cuise, il y aura le courant « .

Vingt-trois heures :  » Hum, cette petite peut être poisseuse hein! « 

Vingt-trois heures trente: décidant de ne pas nous laisser abattre par la situation, nous avons pris les choses en main. Électricité ou pas, il y aurait de l’ambiance à cette soirée. Nous avons commencé à chanter. À la place de la chaîne musicale. Mais nous ne sommes pas allés bien loin, puisqu’à…

… Minuit, le repas a été servi. Après être repu, chacun a cherché un coin où s’allonger dans l’immense salle louée pour l’occasion. En espérant que l’électricité revienne. Espoirs qui furent vains. Les seuls que la situation enchanta furent les moustiques qui profitèrent de l’obscurité et de notre immobilité forcée pour faire bombance.

La queue brisée

Les étudiants ont toujours eu la fâcheuse manie de s’acquitter de leurs frais de scolarité en même temps. C’est-à-dire à quelques petites encablures de la date à laquelle leur paiement devient exigible. Après la cacophonie au guichet de la banque, il fallait sacrifier à l’étape de la validation du quitus de paiement. Et comme à l’accoutumée, nous étions ce jour-là des centaines alignés dans le hall de la direction de notre faculté. Attendant tous d’être reçus par Monsieur O., qui devait tamponner un cachet sur nos reçus de paiement et y apposer sa signature.

Après trois heures de queue, j’étais enfin à deux coreligionnaires de son bureau. Le calvaire prendrait bientôt fin, pour ainsi dire. Et malheur, l’électricité a choisi ce moment-là pour se faire la belle! Monsieur O. sortit alors de son bureau et ferma la porte derrière lui. À clef.

« Lui : il n’y a pas de courant. Je ne travaille pas.

– Un courageux : mais monsieur, votre cachet et votre signature sont appliqués par votre main. Laquelle aux dernières nouvelles ne fonctionne pas au courant électrique…

– Lui, énervé : ah bon! Puisque vous le prenez ainsi, je ne reçois plus personne aujourd’hui. Rentrez chez vous! »

Il était midi. L’électricité est revenue à treize heures. Monsieur O. est rejoint son bureau à quatorze heures, juste pour prendre son sac et s’en aller. Il ne reçut plus aucun étudiant ce jour-là.

Le coiffé contrit

J’attendais mon tour. Le coiffeur s’activait frénétiquement sur la tonsure d’un jeune homme. Sa tondeuse électrique ronronnait énergiquement chaque fois qu’elle s’enfonçait dans la chevelure fournie. L’hémisphère gauche du cuir chevelu était déjà bien dégarni quand le courant choisit de nous quitter. Le coiffeur et le coiffé ont dit « merde » en quinconce. Et moi, j’ai dit « chance ». Intérieurement. À cinq minutes près, ça me tombait dessus. L’électricité ne fut rétablie que quatre heures après. Le coiffeur me raconta quelques temps plus tard que le malheureux jeune homme avait attendu, puis avait profité de la pénombre de la nuit tombante pour s’éclipser.

*             *             *

Des mésaventures similaires, on peut en citer à profusion, tant les coupures d’électricité sont courantes. Elles le sont tellement que ça paraît étrange quand il n’y en a pas pendant un certain temps. L’une des conséquences directes étant qu’une forme de nomadisme s’est établie petit à petit. Les habitants des zones de la ville les plus touchées par les coupures trimballent constamment avec eux divers chargeurs (de téléphone, de lampes de secours, etc.) afin de pouvoir les recharger quand ils se retrouveront à un endroit pourvu d’électricité. Les coupures obligent beaucoup d’autres à déserter leur lit pris d’assaut par les moustiques. Pas de courant, donc pas de ventilateur pour éloigner ces bestioles, ni pour atténuer la chaleur parfois étouffante de nos nuits.

Les familles déplorent quotidiennement les pannes d’appareils, endommagés par ces suspensions et retours abrupts d’énergie. La résignation (ou l’ignorance de leurs droits) les pousse à remplacer elles-mêmes leurs équipements, alors qu’elles pourraient bien attaquer en justice la compagnie d’électricité afin d’obtenir un dédommagement pour les nombreux préjudices.

Quelques fois, des drames se produisent. On ne compte plus le nombre de personnes qui ont passé l’arme à gauche dans nos hôpitaux alors qu’elles étaient sur le billard ou pendant qu’elles étaient en soins intensifs, à cause d’une coupure subite d’électricité.

Le comble, comme toujours dans ces situations, est que nous sommes dans un pays qui ne manque pourtant pas de ressources. Le Cameroun figure par exemple dans le top trois des pays africains disposant du plus grand potentiel hydroélectrique. Un potentiel manifestement sous-exploité.

Par René Jackson

*ENEO désigne la société nationale de production et de distribution d’électricité du Cameroun.


Mondoblog en 2014 : les pépites

Une belle année vient de se refermer sur Mondoblog. Une année pendant laquelle la communauté s’est une nouvelle fois agrandie de quelque 150 nouveaux blogueurs. Une année pendant laquelle une partie de la communauté s’est retrouvée pour une formation dans le cadre idyllique et à la charmante désuétude de Grand-Bassam (dont Ahlem B. nous raconte si joliment les folles histoires), la cité balnéaire à une heure de route d’Abidjan. Philippe Couve, qui avec Cédric Kalondji est l’initiateur de Mondoblog, assistait pour la première fois à une formation. En 2014, la plateforme n’a certes pas accompli la passe de trois au concours des meilleurs blogs de la Deutsche Welle, mais ça a été beaucoup mieux : Florian Ngimbis, mondoblogueur émérite, fait désormais partie du jury de ce prestigieux concours. Ce fut aussi l’année de la Coupe du monde de football au Brésil. Les Mondoblogueurs ont participé à cette fête en s’associant avec les Observateurs de France24 pour partager sur MondObs leurs analyses et commentaires de cet événement.

Commençons d’ailleurs avec cette Coupe du monde, en évoquant cette soirée hors du commun pendant laquelle le Brésil s’est fait démolir par l’implacable équipe allemande. Jule de Berlin raconte d’une manière très amusante cette rencontre vécue avec trois minutes de retard. Ailleurs dans le monde, le football attise de folles passions. Comme au Chili, où Fabien Leboucq a assisté au bouillant « Superclasico » local opposant Colo-Colo à l’Universidad de Chile.

Notre monde n’a pas toujours été gai l’an dernier. L’Afrique a durement été touchée par l’épidémie d’Ebola, qui a mis à genoux certains pays. Mais Marek Lloyd explique que malgré le catastrophisme et la cacophonie qui ont prévalu pendant le pic de l’épidémie, la maladie pouvait néanmoins être évitée en adoptant des gestes simples. Ebola a aussi réussi à bousculer le plus grand événement sportif du Continent. La Coupe d’Afrique des Nations de football 2015 a été déplacée en Guinée équatoriale. Le Maroc qui devait l’accueillir s’est retiré par crainte de contamination. La suite a été cette Une aux relents racistes d’un journal marocain. Une une sous le prisme de laquelle Cheick Nnaliou de Mauritanie a procédé à l’analyse du racisme en Afrique du Nord. L’auteur d’Abidjan Times a fait le triste décompte des jeunes Noirs abattus par des policiers aux Etats-Unis ces dernières années. Chups, une Franco-Indo-Malgache se demande bien à quoi peut renvoyer la phrase « rentre chez toi » dans un monde de plus en plus métissé. Nicxon Digacin explique toute la différence qu’il y a entre un patient ordinaire dans une salle d’attente et un autre que le directeur de l’hôpital connaît personnellement à Haïti. Aymar Toula quant à lui fait le constat amer de la persistance du phénomène des enfants esclaves dans les rues de Dakar. Rose Roassim de Ndjamena demeure incrédule face aux discours des dirigeants de son pays qui disent vouloir développer les TIC quand le problème préalable de fourniture d’électricité n’est pas résolu.

La talentueuse Guinéenne Dieretou Dina se met dans la peau d’une femme battue par son conjoint, qui finit par en avoir ras-le-bol et le quitte. Par ce texte, elle condamne les violences faites aux femmes. Djifa, la Togolaise citoyenne du monde, raconte elle le long parcours semé d’embûches que représente l’obtention de la carte verte des USA et les désillusions auxquelles font face la plupart des immigrants dans ce pays.

De nombreux mondoblogueurs ne vivent pas dans leur pays d’origine ou sont en voyage. Ils en profitent alors pour partager les expériences qu’ils vivent lors de leurs pérégrinations en terres étrangères. Ainsi, Anne-Laure récemment installée à Dakar a été choquée par l’extrême dénuement dans lequel vivait Coumba, sa femme de ménage, qui l’avait invitée à visiter sa demeure. En mission humanitaire en République démocratique du Congo, la Belge Céline y découvre que l’accueil qui lui est réservé dépend si celui qu’elle a en face d’elle est un autochtone ou un étranger. Arnoult Bazire explique qu’en Inde, les autorités sont face à une situation cornélienne, car elles ne savent plus quoi faire de cette population en constant accroissement. Il leur faut même faire un choix entre les femmes, les enfants et les pandas. En voyage au Ceylan (Sri Lanka), Emmanuelle Gunaratne a reçu une vraie leçon de vie. Elle y a fait la rencontre d’un chauffeur de taxi qui offrait gratuitement à partir de 20 heures aux malades la course vers l’hôpital de la petite ville dans laquelle il vivait.

Ceux qui sont restés chez eux n’ont pas moins d’histoires intéressantes à raconter. La Libanaise Rima Moubayed dans un texte très poétique demande à Tripoli, sa ville, de se rappeler de son glorieux passé et de sortir de cette torpeur dans laquelle elle semble se plaire. Sylvain J. raconte dans de petits textes sa ville Marseille. Abdoudramane Koné explore Abidjan, où les « gbès sont mieux que Dra » et nous ressort le lexique amoureux de la Côte d’Ivoire. Carole Ricco a profité des dernières élections législatives à l’Île Maurice pour présenter les charmes de Curepipe, une ville aux antipodes des décors de carte postale dont on affuble souvent son pays. Un toubib de Dakar a pris le temps de raconter les perles de ses étudiants en médecine. Wonk, avec un plaisir quelque peu perfide, relate comment il a réussi à faire capoter les stratagèmes pourtant bien élaborés d’une mendiante dans le RER parisien. A travers les volutes formées par la fumée d’une cigarette, Cunisie a découvert que les gynécologues de certains hommes tunisiens servaient des causes très très basses. Em-A nous fait découvrir un bien curieux bar à Ndjamena, la capitale du Tchad, dans lequel on ne sert pas d’alcool. Mieux, il sert de centre de cure de désintoxication.

Eteh Komla Adzimahe, Le Salaud Lumineux, dans un texte très échevelé raconte une soirée beer-to-beer à laquelle il a assisté à Lomé. Dans son billet, il pose tour à tour des questionnements sur la diaspora togolaise, sur les relations hommes-femmes et sur le rôle de Dieu.

Le Petit Ecolier s’essaye dans une analyse sociopolitique de son pays le Cameroun. Il se pose des questions sur cette « paix » tant saluée par les gouvernants alors qu’elle ne repose sur rien de vraiment solide. De son côté, Saka du Congo se sert de la fable du Corbeau et du Renard pour fustiger tous les rapaces de son pays qui passent le plus clair de leur temps à tresser les lauriers du président de la République. Amadeus, sur son blog EcoTunisie essaie de nous faire comprendre la crise de la dette par la parabole à la fois amusante et édifiante des ânes. Yanik a quant à lui trouvé un digne successeur au très regretté Nelson Mandela en la personne de José Mujica, l’actuel président de l’Uruguay. Awa Seydou félicite Malala Yousafzai, la courageuse adolescente pakistanaise qui a été lauréate à seulement 17 ans du prix Nobel de la Paix l’an dernier.

Je ne saurais terminer sans évoquer le blog du caricaturiste Jeff Ikapi, résidant au Gabon. Il croque l’actualité avec talent et agrémente chacune de ses illustrations d’un court texte qui permet à chaque fois de bien les situer. Un autre blog qui vaut le détour est celui d’Orange Man, qui dans ses articles raconte ce que c’est d’être une jeune femme homosexuelle dans un pays d’Afrique noire où ce penchant amoureux est extrêmement mal vu.

C’est tout pour cette (déjà) cinquième mouture de mes Pépites sur Mondoblog. J’ai cette fois voulu mettre en avant des blogs et des blogueurs qui n’ont jamais figuré dans les précédentes Pépites. Les autres blogueurs sont malgré tout toujours actifs et vous pouvez les retrouver sur Mondoblog.

A (re)lire : les Pépites de Mondoblog en 2013, en 2012, en 2011 et en 2010.

Par René Jackson

Image : Marine Fargetton (son blog ici).