René Nkowa

Les pépites de Mondoblog : Brexit et autres luttes personnelles

Bonjour à toutes et à tous,

La planète Mondoblog a brui de mille et une voix pour s’épancher sur autant, sinon plus, de sujets. Quelles sont les grandes tendances thématiques qui ont animé les blogueurs de la plateforme au courant des dernières semaines ? Petit concentré.

 

Coup de projecteur : lettre d’un homme à un père inconnu

Ce texte de Soucaneau Gabriel raconte l’histoire d’un jeune homme qui, parvenu à l’âge de vingt-sept ans, se rend compte qu’il a toujours manqué quelque chose dans sa vie. Il est à la fois surpris et choqué de n’avoir jusque là jamais ressenti ce manque. Il n’a en effet jamais eu de père. L’histoire tristement commune d’un irresponsable qui abandonne une femme qu’il a pourtant mise enceinte. Cette prise de conscience provoque chez le jeune homme un violent ressentiment vis-à-vis de cet inconnu, qui lui a certes permis d’être là, mais qui aurait dû agir autrement que fuir lâchement. Il écrit donc à ce père qui ne peut qu’être imaginaire pour lui dire ce qu’il a sur le cœur.

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« Brexit »

L’actualité internationale de ces derniers jours a été dominée par le vote favorable des Anglais à une sortie de l’Union Européenne. Un vote qui secoue le Vieux Continent et qui a alimenté de nombreuses chroniques des blogueurs, dont celle du Togolais Elom, dans laquelle il démonte un à un les arguments des pro-« Brexit ». Renaud Dossavi préfère de son côté insister sur le fait que ce vote doit pousser les Africains à réfléchir sur une intégration continentale que beaucoup appellent de leurs vœux. Carole la Mauricienne publie les avis de trois jeunes britanniques qui ont des opinions divergentes sur le résultat de ce référendum.

Brexit, songes et mensonges

Le Brexit vu d’ici

Le Brexit, c’est chic

Origines multiples / Agriculture / Euro 2016

Il est beaucoup question ces dernières années du recul de l’acceptation de l’autre, des différences. Les personnes métissées en souffrent tout particulièrement. A l’exemple de Richard Tende, qui relate les tracas que lui ont causé sa double-nationalité dans ses deux pays, ainsi que son accent, et la couleur de sa peau. Mohamed Sneiba fait le constat de la situation ironique dans laquelle nage les Africains qui réclament leur indépendance alimentaire mais qui n’investissent pas ce qu’il faut dans le développement de leur agriculture. Il remarque que 2/3 des terres arables sur le continent sont inexploitées, tandis que les aliments continuent à être massivement importés. Le championnat d’Europe des nations s’invite dans les débats, notamment sur Twitter. Réseau social duquel Kouadio Kouakou a extirpé quelques publications délirantes.

Eternel étranger

Agriculture: l’Afrique réclame toujours son « droit à la paresse »

L’Euro 2016 et ses tweets délirants

Origines multiples / Agriculture / Euro 2016

Il est beaucoup question ces dernières années du recul de l’acceptation de l’autre, des différences. Les personnes métissées en souffrent tout particulièrement. A l’exemple de Richard Tende, qui relate les tracas que lui ont causé sa double-nationalité dans ses deux pays, ainsi que son accent, et la couleur de sa peau. Mohamed Sneiba fait le constat de la situation ironique dans laquelle nage les Africains qui réclament leur indépendance alimentaire mais qui n’investissent pas ce qu’il faut dans le développement de leur agriculture. Il remarque que 2/3 des terres arables sur le continent sont inexploitées, tandis que les aliments continuent à être massivement importés. Le championnat d’Europe des nations s’invite dans les débats, notamment sur Twitter. Réseau social duquel Kouadio Kouakou a extirpé quelques publications délirantes.

Eternel étranger

Agriculture: l’Afrique réclame toujours son « droit à la paresse »

L’Euro 2016 et ses tweets délirants

Focus sur…

 Le Petit Ecolier

Petit ecolier

Le blog Le Petit Ecolier est tenu – de main de maître, il faut le dire – par Willy Fonkam, un blogueur Camerounais. Son métier d’enseignant l’amène naturellement à traiter sur son espace d’expression des questions liées à l’éducation, qui est un véritable défi dans son pays. Il n’a de cesse de relever les dysfonctionnements d’un système scolaire qui est selon lui sclérosé. Il s’alarme aussi des comportements et habitudes de la société qui à son avis nuisent au travail que les enseignants mènent dans les classes. Mais Willy ne s’arrête pas là. Il porte aussi un regard très critique sur sa société et fait des analyses très incisives sur tous les sujets, avec un certain intérêt pour la politique. La menace terroriste à laquelle le Cameroun est soumis et dont il est victime suscite aussi de l’intérêt chez le blogueur, qui s’amuse de temps à autres à relever les absurdités qu’elle provoque chez ses concitoyens. Le Petit Écolier est un blog à adopter d’abord parce qu’il est excellemment rédigé, puis parce qu’il aborde des thèmes variés qui permettent de saisir un pays, le Cameroun.


Les pépites de Mondoblog : du sport et des émotions

Bonjour à toutes et à tous,

Bienvenue une fois de plus sur cet habituel condensé d’articles qui ont été publiés par les Mondoblogueurs pendant la quinzaine écoulée.

Coup de projecteur : « cette fille n’aime pas son mari »

Dans de nombreuses régions du monde, le problème du mariage précoce – et très souvent forcé – se pose encore avec une sévère acuité. De très jeune filles se retrouvent ainsi dans une union maritale alors qu’elles sortent juste de l’enfance. Alors qu’elles n’ont pas conscience de l’enjeu au centre duquel elles se trouvent. C’est une situation analogue qu’Awa Seidou raconte dans cet article. L’histoire de cette gamine qui pleure. Qui ne veut pas rentrer chez son mari venu la chercher chez ses parents. Qui pleure sous le regard laconique de ces derniers, qui l’ont donnée en mariage. Qui pleure, mais qui n’aura pas d’autre choix que celui de suivre cet homme chez lui. Un homme qu’elle n’aime pas.

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Il était une fois Mohamed Ali

Une légende nous a quittés. Mohamed Ali, né Cassius Clay, a définitivement rendu ses gants de boxe et a rejoint l’éternité après une vie remplie de combats : ceux sur le ring d’abord, puis ceux pour la fierté et enfin celui contre la maladie. Ali était l’idole de Samaké Ba Samba, qui a suivi les pas de la légende en pratiquant lui aussi la boxe. Il lui rend un hommage qui est en même temps une sorte de remerciements pour celui qui a été son étoile pendant des années. Matagaly tient à souligner le fait que sous ses dehors arrogants et crâneurs, l’ex-champion de boxe faisait preuve d’une grande humilité. Elle salue aussi l’homme de conviction qu’il était. L’un des événements marquants de la vie de Mohamed Ali fut le fameux combat contre George Foreman le 30 octobre 1974 à Kinshasa, dans ce qui s’appelait encore à l’époque le Zaïre. Will Cleas revit ce combat, revoit les pas chaloupés et les coups d’Ali. Il relate comme si il y était un combat qui a eu lieu bien avant sa naissance.

Ali s’en alla – tribute to my friend

Le guerrier s’est couché

Il avait piqué comme une abeille en plein Kinshasa

Robert Mugabe / L’armée togolaise

Depuis quelques semaines, des messages contenant des propos attribués à Robert Mugabe, le président du Zimbabwe, inondent les réseaux sociaux. Certains de ces propos sont si loufoques qu’ils laissent vite deviner qu’il s’agit d’un mème. L’une des conséquences en a été que Robert Mugabe est devenu populaire en Haïti, si l’on s’en tient aux propos de Diego Gouin. Vincent Agué pousse la réflexion en expliquant pourquoi cet homme précisément est régulièrement le sujet de gausseries sur internet. Un autre chef d’Etat victime de railleries fût Gnassingbé Eyadéma, qui dirigea le Togo en se servant entres autres d’une armée aux méthodes peu amènes. Les Togolais qui en gardent encore un cuisant souvenir. Ce qui, selon David Kpelly, explique pourquoi la population de ce pays était presque satisfaite de la mort de soldats togolais qui effectuaient une mission de l’ONU au Mali.

Comment Mugabe est devenu populaire en Haïti

Mugabe va détrôner Toto sur la toile ?

Ôtez ces treillis que les Togolais ne sauraient aimer !

Afrique du Sud / Euro 2016 / Foot-business

L’Afrique du sud connaît ces dernières années de récurrents épisodes de violences xénophobes dont sont principalement victimes les personnes originaires des pays voisins. Une violence souvent incitée par les chefs traditionnels. D’ou le caractère quelque peu dissonant de la voix du roi Mthimkhulu III dans le Kwazulu Natal, lequel apporte son soutien au migrants en Afrique du sud. Ainsi relate le blogueur Béninois Babylas Serge de Souza. Non loin de là, en Île Maurice, Stéphane Huët a regardé un match de l’équipe nationale avec un ami, lequel est désabusé par le foot-business et affirme que pour cette raison, il ne regardera pas l’Euro de football qui se déroule actuellement en France. Le foot-business est aussi abordé par le Camerounais Dania Ebongue dans sa tentative de comparaison du salaire des grands champions. Il en résulte des chiffres qui donnent le tournis et révèlent aussi de surprenantes disparités.

Le roi Mthimkhulu III soutient la cause des migrants Africains

– God save my Euro

Que gagnent les vainqueurs des compétitions sportives ?

Histoire / Île aux Cocos / Soweto / Rêves

Dans la recherche de la connaissance des temps anciens, beaucoup de jeunes vont se tourner vers internet qui est un outil bien pratique. Ce n’est pas le cas d’Amina qui va aller plutôt interroger son grand-père. Ainsi débute une série de billets sur l’histoire de la Guinée initiée par le blogueur Bah Oumar. Carole nous emmène faire une petite escapade dans l’Ile aux Cocos, un sanctuaire où vivent encore de nombreuses espèces d’oiseaux rares et protégées. Retour en Afrique du sud, où Amélie Jacques raconte les sons, les odeurs et les couleurs des matins de Soweto. Le personnage raconté par Jule souffre d’un amour qui ne marchera jamais. Quant au poète David Kamdem, il jette un regard triste sur son quotidien et rêve au jour où il pourra s’arracher de cette vie morne pour partir et devenir lui-même.

Les douze clés de l’insatiable roi Koromata (première partie)

Rodrigues : l’Île aux Cocos, l’île aux oiseaux

–  Elle l’aime

Matinale

Parce que je rêve d’être moi-même

Focus sur…

 Le Messager d’Afrique depuis Ouagadougou

Capture Boukari Ouedraogo

Boukari Ouédraogo est l’un des vétérans de Mondoblog, puisqu’il fait partie des tous premiers blogueurs de la plateforme. Depuis bientôt six ans, il se sert de son blog pour relayer son travail d’activiste sur le terrain au Burkina Faso. Très engagé sur les questions sociales et politiques, il s’est très vite imposé comme étant un relais sérieux de l’information sur ces sujets. L’un de ses principaux faits d’arme fut sa couverture remarquable des événements qui ont entouré en octobre 2014 la chute de  Blaise Compaoré, l’ancien président de son pays. Il a récidivé en septembre 2015 quand les militaires ont tenté de s’emparer du pouvoir. D’une plume incisive et affutée, il dépeint le quotidien des populations de son pays en mettant toujours un point d’honneur à s’interroger sur ce qui pourrait ou devrait être fait pour améliorer leurs conditions de vie.

A bientôt!


Les pépites de Mondoblog : bienvenue aux nouveaux blogueurs

Les Mondoblogueurs de la saison 4 à Dakar, en 2015
Les Mondoblogueurs de la saison 4 à Dakar, en 2015

Depuis quelques semaines, Mondoblog enregistre dans ses rangs une nouvelle sélection de blogueurs. Après les promotions 2010, 2012, 2013 et 2014, il s’agit ainsi de la cinquième cuvée dont les membres, à l’instar de tous ceux qui les ont précédés, recevront pendant six mois une formation sur la pratique de la diffusion des contenus sur internet. Ce sont environ 120 nouveaux blogueurs qui partageront avec le monde leur quotidien, leurs opinions, leurs idées. Alors, de quoi est faite cette nouvelle vague d’auteurs qui déferle sur notre blogosphère?

 

Des jeunes – et moins jeunes – qui ont conscience du monde dans lequel ils vivent…

Les nouveaux Mondoblogueurs sont en grande majorité des jeunes, qui vivent les difficultés que connaissent cette population et qui en parlent. Mais avant tout, c’est quoi, la jeunesse ? Clara Delcroix, 16 ans, essaie d’y répondre en interrogeant les différentes générations (les baby boomers, les générations X, Y, Z, voire Alpha) afin de savoir ce qu’elles ont vécu et l’héritage qu’elles ont laissé ou laisseront aux suivantes. L’une des difficultés auxquelles les jeunes se trouvent confrontés, c’est le chômage. La Malgache Rindra leur donne un conseil : changer leur approche face au manque d’emploi en s’adaptant aux changements du monde. En Thaïlande, le taux de chômage oscillerait entre 0,5 et 1,1% selon l’origine des chiffres. A une époque où le non-emploi est endémique un peu partout dans le monde, Somwang, un blogueur qui s’y est installé, nous dévoile ce qui se cache derrière ces taux si bas. Au Togo, Anani a vu émerger une classe d’un nouveau genre : les classes wifi. En fait de classe, il s’agit de jeunes qui en pleine nuit, adossés à un mur, s’introduisent dans un réseau internet auquel ils n’ont normalement pas le droit d’accéder. Le blogueur y a fait partie et raconte les petites anecdotes de cette classe quelque peu particulière.

– Au fil des générations X, Y, Z et autres

– Penser et panser le chômage des jeunes

– Chômage: le modèle difficilement transposable de la Thaïlande

– La classe wifi « Yangzhilong »

 

… qui s’interrogent sur la place de la femme, la sexualité, l’amour, le mariage…

La jeunesse est le foyer de moult tribulations. Tribulations desquelles les plus âgés n’aident pas à sortir. Il existe encore dans beaucoup de contrées des difficultés à aborder la sexualité en famille, comme le souligne la Béninoise Julienne Ballo. Le tabou ne concerne pas seulement les jeunes, mais aussi les femmes de manière générale, qui n’abordent pas ou très rarement les questions liées à la sexualité. C’est l’avis d’Andeve, qui explique pourquoi. Des femmes auxquelles le tchadien Annadjib a d’ailleurs tenu à rendre un vibrant hommage. Il n’a pas choisi celles qui sont au centre de l’opinion, mais des femmes anonymes et non moins valeureuses qui font partie de son quotidien. Des femmes, qui selon le récit de la Béninoise Ibitola Allade, ont une infinité de choses qui se passent dans leur tête à 23 ans. Et qui dans leur vie amoureuse, d’après Samantha Tracy, seraient sujettes à « la théorie des 27 ans ». Pour aider à décrisper tout ceci, la blogueuse Lagozi présente le cure-dent Gouro, un aphrodisiaque très prisé en Côte d’Ivoire.

– Bénin: plaidoyer pour une éducation sexuelle intégrée à la jeunesse

– Parler de sexe, un défi pour les femmes

– Tchad: ces femmes qui se débrouillent

– Une rencontre inattendue

– La théorie des 27 ans et plus

– Le cure-dent Gouro: l’aphrodisiaque naturel des Ivoiriens

 

…qui passent les sociétés au scanneur

Les extrémismes font peu à peu leur nid dans les sociétés occidentales. Le politiste Sébastien Kerebels’essaie à une analyse de cet état de fait. Le tribalisme est une réalité dans beaucoup de régions du monde et représentent un frein à l’unité de certains pays d’après le Camerounais Fabrice Nouanda. Quoique fictionnel, le récit de Jean-Paul Soro montre qu’ailleurs, la société fonctionne tellement mal qu’un individu peut se retrouver en prison pour des raisons totalement gratuites. Elle peut porter en son sein une violence latente comme à Abobo, une commune de la capitale ivoirienne où des enfants – les microbes – sèment la terreur, comme le raconte Lama. Parfois ces mêmes sociétés s’agitent autour d’un sujet somme toute aussi banal que les affres de la vie amoureuse d’un couple, fut-il celui d’un président de la république. Ainsi explique Aminata Thior, qui donne sa lecture du livre Merci pour ce moment de Valérie Trierweiler.

Les sociétés savent aussi dissimuler le meilleur d’elles-mêmes. Au Burundi, par exemple, Rivardo Niyonizigiye démontre que malgré le fait que son pays défraye la chronique à cause de ses tensions politiques, les Burundais demeurent des gens d’un naturel très pacifiste.

– Les extrêmes, cette tentation occidentale

– Cameroun: le tribalisme, le seul vrai obstacle à l’unité nationale

– La prison cadeau

– Abobo, un matin pas comme les autres

– Merci pour ce moment, vu autrement

– La nature pacifiste des Burundais

 

Une jeunesse entreprenante et connectée…

Les générations actuelles veulent se saisir de leur destin et pour cela, elles prennent des initiatives. C’est le cas de la blogueuse Snag, qui se décrit elle-même comme une passionnée de l’entrepreneuriat et qui a décidé de faire sienne cette citation de l’Ivoirien Florian Youza : « chaque problème d’un Africain est une idée de création d’entreprise ». Pour son premier article sur son blog, le Béninois Grégory Thoto a présenté quelques initiatives qui font avancer l’entrepreneuriat numérique dans son pays. L’entrepreneuriat a aujourd’hui pour levier le numérique. A ce dernier propos, la gestionnaire des réseaux sociaux Christine Djafa prodigue six conseils pour être efficace dans ce métier. Ousmane du Niger se propose d’édifier sur le « putaclic », une action que beaucoup d’internautes ont exécutée au moins une fois sans forcément savoir de quoi il en retourne.

– Chaque problème d’un Africain est une idée de création d’entreprise

– Le Bénin, la prochaine Silicon Valley de l’Afrique?

– Ma routine

– Le putaclic, c’est quoi? 

… qui est heureuse de rejoindre Mondoblog

Nous terminons cette revue avec deux billets postés par deux blogueurs de cette promotion qui ont voulu évoquer la fierté qu’ils ont de rejoindre notre communauté. Il s’agit d’abord du billet d’Atome, un rappeur Camerounais, qui est revenu avec un certain humour sur les heures – assez compliquées – qui ont précédé le dépôt de sa candidature. Chantal Mourad a choisi de publier le texte qui lui a ouvert les portes de Mondoblog. Un récit dans lequel elle explique le moment où elle a tombé le masque. Une vraie leçon de pensée positive.

– 4500 caractères pour une sélection Mondoblog

– Un matin pas comme les autres

 

Retrouvez les blogueurs de cette sélection et tous les autres sur Mondoblog.org. Suivez aussi Mondoblog sur Facebook pour découvrir chaque jour un blogueur de la saison 5 à travers un portrait.

À bientôt!


Mondoblog en deuil

Bonjour à toutes et à tous,

La famille Mondoblog est endeuillée. Le 8 mai dernier, nous avons été informés du décès de Florian Kaptue, notre blogueur de nationalité camerounaise. Inscrit sur la plateforme en septembre 2014, il bloguait sur Africa Root. Il nous a quittés des suites d’un accident de la circulation. Les blogueurs qui étaient présents avec lui en décembre dernier à Dakar lors de la formation Mondoblog ont tenu à lui rendre hommage.

Papa Wemba / Prince / Blandine

Il faut dire qu’avant que cette triste nouvelle ne nous parvienne, l’ambiance n’était pas déjà des plus heureuses, car deux figures de la musique populaire mondiale venaient de tirer leur révérence : le Congolais Papa Wemba et l’Américain Prince. Ces événements étant largement repris par les blogueurs.

Papa Wemba s’est écroulé sur la scène du Femua (Festival des musiques urbaines d’Anoumabo) en Côte d’Ivoire, alors qu’il était en plein concert. Il ne s’est jamais relevé.

Stanislas Ntambwe revient sur le parcours de celui qui était considéré comme le roi de la rumba congolaise, depuis son Kasaï natal jusqu’à sa consécration internationale. Il assimile en outre cette sortie de scène à celle de Molière, qui avait tenu à monter sur les planches alors que sa santé était délétère. Chantal Faida relève que Papa Wemba était aussi considéré comme le roi de la SAPE, un style vestimentaire né dans le bassin du Congo et qui se résumait en trois commandements : l’élégance, la correction et la propreté. La disparition de l’artiste est une grosse perte pour le patrimoine du continent africain et pour le monde de la musique selon Kekelhy.

Le décès brutal de Prince, un autre musicien, a aussi provoqué un séisme d’envergure mondiale. Widlore Mérancourt donne des pistes aux musiciens haïtiens afin qu’ils puissent se servir de l’histoire et de la carrière de l’artiste pour s’inspirer. Mais derrière cela, le blogueur adresse en fait un vibrant hommage au musicien. La Réunionnaise Isabelle Kichenin participe à la morosité ambiante en racontant les sentiments bouleversés d’une femme qui assiste aux obsèques de son amie qui s’était suicidée parce qu’elle s’était mariée avec un homme que visiblement cette amie convoitait.

Papa Wemba, un géant de la musique congolaise

La SAPE en trois points

Papa Wemba pose ses valises sur la scène céleste

Comment les artistes haïtiens peuvent s’inspirer de Prince?

Blandine

 

Hommages à Florian Kaptue

La disparition de notre ami Florian Kaptue a fini d’assombrir ce tableau déjà obscur. Dans un message destiné à la communauté, la blogueuse Fanchon nous annonce sa disparition, à la stupeur est générale. L’incompréhension est amplifiée par un billet qu’il avait publié au moment de ses premiers pas sur Mondoblog dans lequel il racontait qu’il avait rêvé de sa propre mort dans des circonstances étrangement similaires à ce qui est finalement arrivé.

 

Le moins que ses camarades de Mondoblog pouvaient faire était de lui rendre un hommage en se servant de l’outil qui finalement leur avaient permis de faire sa connaissance: leur blog. Eric Leeuwerck considère que Florian était un extraterrestre. Pour le démontrer, il revient sur le texte prémonitoire de Florian et qui s’est réalisé presque dans tous ses détails. Il analyse aussi certaines petites choses qu’il avaient remarqué du disparu lors de leur séjour à Dakar. Roger Mawulolo analyse la vie de Florian à travers le mythe des Moires (de la mythologie grecque). Le caricaturiste gabonais Jeff Ikapi en guise d’hommage, a fait un croquis en souvenir d’un moment avec notre regretté ami qui l’avait marqué. Atman Bouba a de son côté rassemblé quelques réactions à ce décès sur les réseaux sociaux et relève tristement que l’un de ceux présents à Dakar manquera désormais à l’appel. Fanchon regrette que cette amitié nouvelle avec lui se soit si brutalement arrêtée, remettant ainsi en question le projet de livre sur lequel ils travaillaient tous les deux. Pour finir, plusieurs blogueurs, à l’initiative de Dieretou Diallo, ont rédigé un billet collectif en hommage à Florian Kaptue.

Florian Kaptue est un extraterrestre

Florian Kaptue et les trois fées

Pour Florian Kaptue

Les hommages des Mondoblogueurs à Florian Kaptue

Florian Kaptue, hommage au disparu

Florian Kaptue, nous ne t’oublions pas

florian kaptue jeff ikapi

 

Repose en paix, cher ami.


La dame du taxi

 

« Vite ! Vite ! On ne doit pas le louper, ce taxi ! »

J’étais passablement contrarié de devoir tirer seul deux valises et de porter en même temps un gros sac à dos.

« Je ne vois pas pourquoi tu es si pressée. On est même largement en avance et tout à coup tu te mets à t’exciter. En plus il y a beaucoup de taxis à la station. Regarde, on aura l’embarras du choix ! »

« Oui, mais tu ne comprends pas ! On doit prendre CE taxi ! »

J’avais fini par traverser le boulevard. Dans son empressement, elle avait réussi à traverser avant moi, avant que le feu ne passe au rouge. Une couleur qui m’avait retenu de l’autre côté de la chaussée. Elle s’était arrêtée et arborait un grand sourire. L’un de ces sourires qui m’interdisait de me fâcher.

« Votre carrosse est avancé, monsieur ».

Elle m’indiquait une auto. D’un regard j’avais compris pourquoi elle l’avait choisie. C’était une sorte de gros berlingot rose bonbon qui n’avait rien en commun avec les autres taxis mis à part le lumineux qui trônait au-dessus de sa carrosserie. C’était l’un de ces modèles dérivés d’un véhicule utilitaire, il était rabougri et, avec sa couleur complètement atypique, cette chose donnait plus envie de la manger que d’y voyager. Ce taxi n’avait rien à voir avec les grosses berlines sombres qui faisaient le même office dans la ville.

« Tu n’as pas fini de klaxonner, toi ? Je t’ai dit que j’allais prendre racine ici ? Calme-toi, mon vieux ! »

L’homme qui était au volant du taxi derrière notre sucrerie sur roues avait émis un autre coup de klaxon, un sourire narquois aux lèvres.

« Viens, Belle Gosse, viens ! Laisse le jeune homme se dépatouiller avec tout ça. Il m’a l’air fort et robuste. Il saura s’en sortir tout seul. »

Je maugréais. J’avais placé tous les bagages dans le coffre dont le hayon était ouvert. C’était quand même curieux, ce coffre avait plus l’air d’une petite réserve de maison que de l’arrière d’une voiture. Une jolie nappe marron assortie de broderies l’habillait. Deux napperons jetés ici et là complétaient ce décor. Pour finir, tout autour de l’encadrement de la porte arrière pendaient de longues franges de tissus. C’est à ce moment-là que j’ai compris que ce trajet en taxi sera quelque peu différent de ceux que j’avais fait auparavant.

Après avoir refermé la porte du coffre, je m’étais installé sur la banquette arrière de la voiture. Curieusement, je m’y suis retrouvé seul. La conductrice avait demandé à celle qui m’accompagnait de s’asseoir à côté d’elle. Pour cela, elle avait déménagé tout le fatras hétéroclite qui se trouvait sur le siège avant pour le déverser sur banquette arrière. Je me retrouvais ainsi en compagnie de pots et de boîtes en tous genres.

«  Ils me les brisent vraiment menus, ces types.

– Qui donc ?

– Mes collègues. Toujours à se plaindre. Contre le gouvernement, contre les impôts, contre les piétons, contre leurs collègues. Ils me barbent. Tu discutes avec eux pendant cinq minutes et tu as envie de te jeter dans la Seine. Ils se mettent à te parler de leurs problèmes avec leur femme, mais qu’est-ce que j’en ai à foutre moi, de ce qui se passe avec leur bonne femme ? Ils sont toujours à pleurnicher. On dirait des femmelettes. Tiens, l’autre jour pendant notre manif’, il y en a qui se sont carrément mis à casser des trucs et à s’en prendre à d’autres automobilistes qu’ils accusaient d’être des… Comment appelle-t-on ce truc en anglais ou en je-ne-sais-pas-quoi ?

– Des Uber ?

– Oui, exactement ! Au lieu de trouver des idées et de se retrousser les manches, ils s’attaquent à de pauvres gens. Ça devient de plus en plus pathétique. Vingt-sept années que je suis dans un taxi et je…

– Vingt sept ans ?!

J’avais aussi haussé les sourcils. Vingt sept ans, quand même ! Ceci expliquait pourquoi, à la différence de la plupart des autres voitures, il n’y avait pas de GPS sur sa planche de bord. Elle devait avoir le plan de la ville imprimé dans son cerveau, jusque dans ses moindres ruelles.

– Oui, Belle Gosse. Vingt sept ans de taxi. J’ai passé les soixante balais depuis quelques temps déjà. Je ne les fais pas, n’est-ce pas ? ajoutait-elle devant son regard surpris.

– Euh…

– Tiens, tiens ! Regarde-moi, Belle Gosse. Oh là là ! Tu as de très jolis yeux !

– Merci beaucoup madame, mais vous devriez regarder la route, répondit-elle en détournant le regard.

Je m’étais mis à sourire. Ces yeux gris à paillettes marron faisaient toujours leur effet.

– Regarde-moi encore. Quelles merveilles ! Ouh là, ne deviens pas si blême, Belle Gosse. Tu as un joli minois, mais t’inquiète, tu n’es pas du tout mon genre.

Derrière elles, j’avais pouffé. Un regard gris métallique s’était alors posé sur moi. Menaçant. Je ne cessais pas de rire pour autant.

– Dis-moi, Belle Gosse, tu es d’où ? »

Il était vraiment particulier ce taxi. Il y avait des fleurs et des sucreries partout. Le plafond était parsemé d’emballages de confiseries en tous genre. Juste en face de moi, accroché au repose-tête, trônait un tableau, une réplique très partielle sur fond rose de La création d’Adam de Michel-Ange. Un peu plus bas, un dictionnaire trônait accompagné de magazines pour touristes. Accroché au repose-tête de l’autre siège avant, un autre tableau représentait un oiseau cerné de messages multicolores, sur un fond bleu. Entre les deux sièges se trouvait une petite corbeille en osier, remplie à ras-bord de bonbons. Un attirail vraiment original.

« Et le Beau Gosse, je ne te demande pas d’où tu viens, toi. Ça se voit.

Avant que je ne puisse lui rétorquer quoi que ce soit, elle enchaîna :

– Mais, il ne cause pas beaucoup, le Beau Gosse…

– Oui c’est vrai, il n’est pas très disert.

– Tu es un artiste, Beau Gosse ?

Je la regardais, un peu surpris.

– Lis, là, juste devant toi.

Sur le Michel-Ange tronqué, il était écrit : « Parler est un besoin, écouter est un art ». Goethe.

– Puisque tu sais écouter, Beau Gosse, tu es un artiste. Mais tu sais faire autre chose ?

– J’écris. Quelques fois.

– L’écriture ! Un art parmi les arts ! Je respecte beaucoup ceux qui font des choses de leurs dix doigts. Ceux qui ne le font pas, pour moi, ce sont des gens qui se croient heureux, mais leur vie est fade en réalité. Moi je fais de la peinture. Les tableaux que vous voyez, c’est moi qui les ai faits.

– Moi aussi je fais de la peinture ! »

Elles s’étaient mises à parler de gouaches, de châssis entoilés, d’aquarelles, de pinceaux, d’huiles, de craies et autres pastels. J’avais cessé de suivre leur conversation. Je regardais la ville défiler à travers la vitre. La voiture s’arrêtait à un feu, des piétons traversaient la chaussée, la voiture repartait. Et ainsi de suite. A l’un de ces feux, un autre taxi s’était arrêté à notre hauteur. Le conducteur avait descendu sa vitre.

« Eh, Monique ! Toujours bon pied bon œil, hein ?

– Eh oui, mon blaireau ! Toujours ! Vous allez devoir me supporter encore un brin de temps !

– Je parlais de toi avec mon passager. Il trouve la couleur de ton taxi très spéciale.

– La seule et unique dans Paris. On ne peut pas me rater. »

Le feu repassa au vert.

« … Le métro par contre je déteste ! Oh là là ! C’est une horreur. Entrer dans un trou, sillonner le sol comme une taupe et hop là, ressortir à l’autre bout de la ville, comme par magie. En plus les gens là-dedans sont tous bizarres. Un peu comme s’ils avaient bu de l’anisette. Il faut circuler en plein air, j’en connais qui n’en sont pas morts. Brrr… Chaque fois que j’y pense, ça me donne des frissons.

– Mais vous savez madame, on peut faire de belles rencontres dans le métro, avait répliqué Nadia en se retournant et en plantant son regard dans le mien.

– Eh, Belle Gosse, n’y pense même pas ! Tu vas attendre d’être hors de mon taxi avant de faire de lui ce que tu veux. D’ailleurs, vous êtes arrivés. Tu as mon numéro, si l’envie te prend de venir peindre avec moi. Donnez-moi ce que vous me devez et décampez. »

J’avais raconté cette rencontre haute en couleur. Il m’avait alors été révélé que cette dame était l’une des plus connues du métier en ville.

Par René Jackson

Photo: luminaire de taxi parisien, par Bitonio via Flickr CC


Les personnages de l’underground

 

Les portes coulissantes s’étaient une nouvelle fois refermées. Comme chaque matin, nous étions serrés les uns contre les autres. Il devait bien y avoir plus de cent personnes dans cette voiture. Nous étions débout, agglutinés. Il m’était impossible de prendre appui sur l’une des parois ou de saisir l’une des rampes chromées disséminées dans le wagon. Mais pourtant, malgré les tressautements du convoi et ses tangages à gauche puis à droite, je ne perdais pas l’équilibre. C’est dire à quel point nous étions compactés. J’avais alors jeté un coup d’œil au plan de la ligne collé au dessus de l’une des portes. Trois stations avant d’arriver à Opéra. Trois interminables stations où personne ne descendra, mais où d’autres chercheront à entrer dans ce qui était devenu une boîte de sardines.

J’avais tout de même appris à faire contre mauvaise fortune bon cœur. C’était le moyen le plus rapide de rallier deux points éloignés. Emprunter les voies de surface était un vrai privilège pour une seule raison : l’absence de temps. A cette heure-là, les embouteillages dans les rues étaient rédhibitoires.

J’avais appris à identifier les différentes catégories de personnes qui se pressaient comme moi chaque matin dans ces vers de terre mécaniques. Il y en avait de toutes les catégories. L’homme aux vêtements rapiécés se serrait à un autre tiré à quatre épingles. L’écolier ne daignait pas céder la place qu’il occupait sur le strapontin à la vielle dame debout. Là, le bonhomme qui n’avait probablement pas pris de douche depuis un certain temps côtoyait le jeune frais, en tenue de sport et à la coupe de cheveux impeccablement domptée à coups de gel fixant.

Ces moments de promiscuité étaient certes inconfortables, mais ils me permettaient d’observer à loisir la faune qui habitait cette grande agglomération. Et c’était ma foi un immense melting-pot de la population mondiale qui se mouvait chaque jour dans les entrailles de la ville. On eut été en droit de n’entendre que le français être parlé, mais sous terre, cet idiome semblait quelques fois s’éteindre pour laisser la place aux autres. Et l’un de mes passe-temps favoris pendant mes voyages quotidiens étaient de deviner quelles langues étaient utilisées par certains voyageurs.

Pour cela, je me servais tout autant de mes yeux que de mes oreilles pour trouver les réponses probables. En effet, bien qu’étant tous humains, nous avons des particularités qui nous distinguent l’un uns des autres. Elles peuvent être physiques, mais dans le cadre du langage, il existe des tics qui démarquent les uns des autres. Une linguiste m’avait par exemple fait remarquer que dans le troisième âge, les Français portaient beaucoup de rides verticales autour de leurs lèvres à cause de la propension que cette population avait à parler en mettant les lèvres en bec-de-poule et à mouvoir très peu lesdites lèvres. Cette particularité leur causait d’ailleurs des problèmes à l’étranger car leur façon de parler est attribuée à un certain snobisme alors qu’en fait, ils ne savent pas faire autrement pour la plupart.

Ainsi, chaque matin, en écoutant et en observant, je parvenais à distinguer le mandarin du coréen, l’anglais américain du britannique, le wolof du bambara, le grec hellénique du grec chypriote, le bulgare du russe, le portugais du Portugal de celui du Brésil, le castillan de l’espagnol latino-américain. Il y avait aussi beaucoup de langues que je n’arrivais pas à définir ni à situer géographiquement. Quelques fois, le français se manifestait et même là, juste en écoutant les différentes musicalités, je parvenais à deviner avec une certaine précision leur origine. La musicalité parisienne était différente de la niçoise qui était elle même différente de la nancéienne. Celle de Bruxelles était tout autre, de même que celle de Bamako, de Casablanca, de Baltimore ou de Tokyo.

La musicalité n’était jamais très éloignée de la musique.  Dans ces galeries souterraines dans lesquelles nous allions et venions, elle était en effet omniprésente. Il faut dire que la plupart du temps, l’ambiance était plutôt morne dans les rames. Les gens ne se regardaient pas. On était un inconnu parmi d’autres inconnus. C’était l’endroit où on croisait le plus de gens, mais où on ne se parlaient pas. La plupart des regards y étaient baissés ou se partageaient entre les parois obscurs qui défilaient à travers les fenêtres ou la voûte noyée dans la lumière des néons.

D’autres encore regardaient droit devant eux, dans le vide. C’est dans cette ambiance que déboulaient ces sortes de troubadours modernes qui de leur guitare, de leur accordéon, de leur trompette ou de leurs castagnettes pour un concert bref, qui ne durait que le temps d’un ou de deux arrêts, donc cinq minutes à tout casser. A là fin, ils récupéraient quelques pièces données par les voyageurs généreux.

Bien plus fréquemment, d’autres personnes, des sans-abris, grimpaient dans le wagon, faisaient un discours et récupéraient les pièces le tout en deux minutes. Quand ils n’étaient pas à quêter dans les trains, on les voyait sur les quais des stations, assis et somnolant sur les bancs ou alors allongés à même le sol dans de grands sacs de couchage.

Si beaucoup avaient le regard perdu dans le vague pendant les trajets en métro ou en RER, il y en avait toutefois qui s’occupaient. Les premiers jours, j’avais été frappé par le nombre de personnes qui s’adonnaient à la lecture. J’avais fini par m’y mettre aussi. Il n’était pas évident de se tourner les pouces pendant plusieurs heures avec pour seul paysage des dizaines d’humains plongés chacun dans ses méditations, enfermés dans une boite qui grinçait incessamment sur des rails. Je me suis mis à lire. De plus en plus voracement. Ces voyages quotidiens qui les premiers jours étaient d’un ennui indescriptible avaient fini par devenir des moments que je chérissais tout particulièrement. Au point où il m’arrivait certains jours oisifs de faire deux ou trois lignes de bout en bout juste pour assouvir cette passion qui était devenue peu à peu dévorante. De cette façon, j’avais consumé des dizaines de pavés ; dont le plus emblématique avait été Voyage au centre de la terre de Jules Verne qui, à deux ou trois limites près, présentait un certain syllogisme avec cette vie d’animal souterrain qui était devenue la mienne.

Mais depuis plusieurs jours, je n’avais plus le cœur à la contemplation de cette diversité qui attendait sur les quais et qui se précipitaient ensuite dans les voitures, pour en ressortir quelques minutes après avec tout autant de précipitation. Et le lecteur compulsif que j’étais s’était vu mis entre parenthèses. J’avais toujours un livre dans le cabas qui me servait de fourre tout que j’emportais partout mais je ne l’en sortais plus aussi fréquemment.

Mon regard était de plus en plus accroché à la couleur métallique des prunelles d’une jeune femme. J’étais saisi à la fois d’étonnement et de ravissement par ces étincelles marron-clair qui se faisaient – je me demandais comment – une place dans tout ce gris. Nos regards se vissaient l’un à l’autre longuement, de plus en plus souvent. Elle finissait par esquisser un sourire qui détournait mon attention vers ses lèvres ourlées toujours recouvertes d’un baume. Et son sourire entraînait inévitablement le mien.

Et quand je me retrouvais sans elle, je rêvassais. Les traits de son visage se dessinaient devant mes yeux et ainsi, je pouvais encore la contempler même en son absence. Et le bouquin restait dans le cabas.

Ceci avait continué jusqu’à ce singulier matin. Grève. Encore plus de monde qui se bousculait, s’agglutinait. Jusque là, nous nous étions contentés du « bonjour » et du « au revoir, à demain ». Mais ainsi serrés l’un contre l’autre, je lui avais alors dit: « ce serait beaucoup plus sympathique que toi et moi on se rencontre ailleurs que dans cet environnement de stressés ». Ce à quoi elle avait répondu en extirpant de sa poche une carte de visite, qu’elle m’avait remis.

Par René Jackson


Infolettre Mondoblog: le blogueur en société

Bonjour à toutes et à tous,

Ces dernières semaines, les Mondoblogueurs se sont interrogés sur le rôle du blogueur face aux défis de sa société. De la place qu’il doit occuper dans la lutte contre le terrorisme par exemple.  Ils ont aussi tenu à se faire témoins et analystes de la vie quotidienne. C’est ainsi qu’ils ont abordé des sujets très divers : le calendrier du Népal, le bilan de grossesse, la COP21, les enfants soldats, la démocratie… Retour sur cette quinzaine qui vient de s’achever.

 

Coup de projecteur : les blogueurs ivoiriens s’engagent dans la lutte contre le terrorisme

Un groupement de blogueurs ivoiriens a mis sur pied une initiative citoyenne dont le but est de réfléchir sur la thématique du terrorisme et les actions à mener pour le combattre. Ainsi, une journée de réflexion s’est tenue à Abidjan, la capitale de ce pays d’Afrique de l’ouest touché par les attaques en mars dernier. Suy Kahofi explique que lors de cette rencontre, les questions de la sensibilisation contre la radicalisation et l’embrigadement des jeunes ou l’attitude à avoir sur les médias sociaux en cas d’attaque en considération de l’éthique, de la responsabilité et du respect de la dignité humaine ont été posées. Il en est ressorti quelques résolutions qui devraient permettre aux blogueurs de prendre une part active dans la lutte contre ce fléau qui gangrène une bonne partie de l’Afrique.

Stop terrorism

Ecoutes téléphoniques / Cyberphobie / Enfant soldat

Une crise politique secoue le Brésil depuis quelques mois et Dilma Rousseff, la présidente, est en passe de se faire destituer par le parlement. Ce qui apparaît comme étant l’épilogue d’un combat médiatico-judiciaire qui a duré de longs mois et pendant lesquels tous les coups semblaient permis. Les écoutes téléphoniques en ont été un exemple. Serge Katembera s’interroge sur cette pratique de plus en plus utilisée et se pose la question de l’opportunité de la transparence dans la vie publique et dans les affaires privées des responsables publics. Il finit par prendre position, en se basant sur des exemples précis pour expliquer le danger que représente une clarté totale dans les affaires publiques. Didier Makal relève de son côté une nouvelle pratique vérifiée au cours des dernières semaines : les lignes téléphoniques et internet coupés lors des élections présidentielles dans trois pays d’Afrique centrale : au Congo, en république démocratique du Congo et au Tchad. Le blogueur de Lubumbashi craint une généralisation ce phénomène. Emmanuel Leu raconte l’enchaînement d’évènementsqui a conduit un garçon d’un village du Kivu à devenir un enfant-soldat.

– Fuites d’écoutes téléphoniques: quelle utilité pour la démocratie?

– Elections cybernéphobes en Afrique

– Le début de mon malheur

 

Paris

La ville de Paris a aussi inspiré quelques blogueurs, à l’exemple de Dieretou Dina et d’Andriamialy. La première, qui vit depuis quelques mois dans la capitale française, a bien observé ses habitants et détaille en dix points leurs petites habitudes. Pour le second, certaines choses ont bien changé dans l’attitude des malgaches et la perceptionqu’ils ont de la perspective du voyage de l’un des leurs dans la ville de la tour Eiffel et des rues commerçantes de Barbès.

– Le Parisien: décryptage en 10 points

– Aller à Paris: années 1980 vs années 2010

 

Calendrier népalais / COP21

Selon le calendrier népalais, nous sommes en 2073. Celui-ci a  donc 57 années d’avance sur le calendrier grégorien qui est le plus utilisé. Cette curiosité a poussé le blogueur Mauricien Stéphane Huet à revenir (avec une certaine ironie) sur les décalages entre le Népal, pays dans lequel il a vécu et le monde tel qu’il l’a toujours connu. Le changement climatique est devenu une réalité et ses effets sont désormais palpables. Les Etats en prennent plus ou moins conscience, ce qui les a amenés à un accord lors de la COP21 en décembre 2015. Isidore Kwandja s’essaie à deviner ce qu’aurait pensé de cet accord le philosophe allemand Hans Jonas, qui avait l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme sur la mise en danger de l’environnement par l’activité humaine.

– Le Népal, 57 ans d’avance

– Qu’aurait dit Hans Jonas de l’accord de Paris sur le changement climatique

 

Blida / Bilan de grossesse / Jazz

Petite plongée dans les goûts, les saveurs, les sonorités et les couleurs de la ville algérienne de Blida. Un endroit qui recèle de nombreuses richesses culturelles que les occupants français, puis le pouvoir d’Alger ont malheureusement caché, déconsidéré.Abdelkrim Melkfouldji espère, attend un printemps blidéen qui d’après lui est imminent, afin que les trésors de cette partie du monde éclatent au grand jour. Le Toubib de Dakar prodigue de nouveaux conseils. Cette fois, il est question du bilan de grossesse, ce passage pas toujours obligé mais indispensable, afin d’anticiper les éventuels problèmes liés à la gestation et au développement de l’enfant. On terminera sur une note romantique avec Jule qui relate les premiers émois amoureux empreints de timidité, de musique et d’alcool entre une pianiste de jazz et un vendeur de disques.

– Le printemps blidéen

– Petit lexique du bilan de grossesse

– Parce qu’il avait trop bu

Focus sur…

 Le Blog du Salaud Lumineux

Salaud lumineux

S’il y a un blog sur Mondoblog bien difficile à cerner, c’est bien celui-ci. S’il y a un Mondoblogueur dont la dialectique est compliquée à suivre, c’est bien Eteh Komla Adzimahe. En effet, son blog est une suite de longs, de très longs articles qui la plupart débutent d’une manière fort sympathique pour ensuite emprunter des bifurcations complètement insoupçonnées. Quand on parcourt les billets du Salaud Lumineux, il arrive systématiquement ce moment où on se demande comment on en est arrivé là, à ce point d’une histoire qui n’a plus grand chose à voir avec le début. Ce désordre apparent et cette narration échevelée permettent pourtant à l’auteur de se lancer dans une violente diatribe contre les phénomènes quasi-mégalithiques qu’il observe dans notre monde. Ils lui permettent une satire presqu’infinie, qui lui donne la possibilité de rire de n’importe quoi et surtout de s’en foutre de tout. Si vous voulez savoir jusqu’où les digressions peuvent mener et avoir une idée des extrémités les plus lumineuses qu’un salaud peut atteindre, n’hésitez pas à lire ce blog.

A bientôt


Les amoureux sur le trottoir

Mon regard s’était posé sur eux. Deux jeunes. Une fille et un garçon. Ils devaient avoir quoi ? Dix-huit, vingt ans ? Je ne saurais le dire avec exactitude. Mais ce dont j’étais certain, c’est qu’ils étaient à la fin de l’adolescence, au seuil de l’âge adulte. J’étais déjà en train de regarder la rue quand ils sont entrés dans mon champ de vision. Ils riaient en chœur. Ils portaient tous les deux d’épaisses doudounes, un pantalon en jeans et des chaussures de sport. Ils avaient pénétré mon champ de vision, ils riaient de bon cœur et se sont arrêtés devant la porte de l’immeuble d’en face. Puis ils sont sortis de mon champ de vision. L’écran luminescent de l’ordinateur devant lequel je passais une grande partie de mon temps les avait remplacés. Il fallait que je me concentre à nouveau sur ce que j’avais à faire.

De l’endroit où je m’asseyais, il me suffisait de lever les yeux pour voir la rue. L’immense baie vitrée qui nous séparait du tumulte extérieur était comme un écran de cinéma qui me permettait d’observer la vie au dehors et parfois de laisser échapper mes pensées. A vrai dire, le tumulte, cette rue ne le connaissait pas vraiment. En dehors de quelques voitures qui passaient, sûrement à la recherche d’une place pour se garer, cette rue n’était pas très animée. Ah, oui ! Il y avait aussi des piétons qui passaient, notamment les étudiants de l’université toute proche, ainsi que les allées et venues dans l’immeuble d’en face.

La vaste salle qui nous servait de bureau était située de plain pied. Une immense baie vitrée sérigraphiée faisait rempart entre la chaleur douillette de l’intérieur et le froid extérieur. Cette baie vitrée avait une particularité qui nous offrait de bons moments de rires. Elle était presque opaque et, de l’extérieur, les passants avaient l’impression d’être face à un grand miroir. Les gens s’arrêtaient devant pour s’y mirer ; pour réajuster leur cravate, pour ébouriffer leur chevelure afin de la discipliner, certaines femmes en profitaient pour se remettre une couche de rouge à lèvres ou pour lisser leur jupe de leurs mains. Une fois même, une dame a profité de ce reflet pour scruter les interstices entre ses dents…

Il n’y avait pas que ceux qui auraient bien pu s’appeler Narcisse qui empruntaient le trottoir sur lequel donnait notre baie vitrée. Il y avait aussi des gens qui passaient là et qui ne remarquaient même pas sa présence. Comme ce groupe d’étudiants américains. J’avais décidé de les appeler ainsi, « le groupe d’étudiants américains ». Parce qu’ils parlaient cet anglais chantant si caractéristique des Yankees. Ils auraient tout aussi bien pu être des Canadiens ou encore des Australiens. Mais j’avais décidé que c’étaient des Américains. Parce-qu’il n’y a qu’eux pour se déplacer en meute bruyante, en braillant aussi fort. D’ailleurs, je me souviens qu’un jour j’avais déjeuné dans le même restaurant que cette bande. J’avais eu un petit sourire en observant la propriétaire du restaurant se démener comme un beau diable, dans un anglais un peu escamoté, saupoudré d’automatismes bien francophones, pour essayer de se faire comprendre d’eux. Beaux joueurs, ils ne s’étaient pas moqués d’elle, mais ils l’avaient corrigée gentiment.

Mis à part le groupe d’Américains, il y avait aussi ce vieux qui passait quelques fois. Il me fascinait. Sûrement nonagénaire, il était tout en rides et en petits pas rapides. Ce n’était même pas des pas. Il se contentait simplement de frotter ses souliers sur la dalle du trottoir et, dès que le talon du premier pied arrivait au niveau de la pointe du second, ce dernier prenait alors prestement le relais mais sans se décoller du sol. Et ainsi de suite… Une personne alerte pouvait traverser notre baie en six secondes. En revanche, il fallait à ce petit corps voûté, en appui sur sa canne, une bonne demi minute pour parcourir la largeur de notre écran de cinéma. Il repassait parfois, une ou deux heures après, avec le même rythme empressé. A chaque fois je me demandais où il allait et d’où il revenait. Où pouvait-il bien se rendre, plutôt que de rester chez lui ?

Mes yeux avaient encore quitté mon écran d’ordinateur, ils avaient atterri sur la rue. Ils étaient encore là. Cela devait faire une bonne dizaine de minutes qu’ils folâtraient devant la porte de l’immeuble. Les regards intenses échangés, les gloussements – je les imaginais plus que je ne les entendais -, leurs visages qui se rapprochaient et la main droite de la fille qui se frottait sur le manteau du garçon me fixèrent sur la nature de leur relation. Un échange de baiser, léger et aérien, me conforta dans le constat évident que je venais de dresser.

C’était à cette période de l’année où le climat est particulièrement rude. Cette semaine-là, on avait frôlé les dix degrés en dessous du zéro centigrade. C’était le genre de jours, où, avec le froid, on se met à courir dans la rue sans pouvoir se rappeler du moment où on a décidé de le faire. On trottine par réflexe, pour se réchauffer. Dans notre espace de travail, l’air conditionné affichait sur son écran la valeur maximale et, malgré cela, on se retrouvait parfois à frémir. Mais dans la rue ces deux-là faisaient fi de tout cela. Ce qu’ils ressentaient, de l’autre côté de la rue, à une vingtaine de mètres de moi, était plus fort que le froid. Peut-être pas totalement… j’avais remarqué qu’ils se dandinaient régulièrement sur place et qu’il se frottaient simultanément les mains, histoire de se réchauffer.

Le garçon se pencha et fit un autre baiser, cette fois-ci dans le cou de la demoiselle. Un monsieur, coiffé d’un béret et tenant un journal plié dans sa main, passa devant eux en les regardant à peine. Les amoureux étaient juste au niveau de la porte de l’immeuble, ils gloussaient toujours… quand une personne sortait de l’immeuble, elle trébuchait presque sur eux, systématiquement. Certains leur jetaient un regard contrarié, mais ils n’y prêtaient pas attention. Ils étaient sur ce trottoir. Mais ils étaient seuls. Plus rien autour d’eux ne comptait. J’étais admiratif. Je souriais. Cette scène me ramenait dans un passé bien lointain, un passé empli de regards brûlants, de cœurs battant follement, de chair de poule quand nous nous frôlions et de sourires complices. Nous nous souriions tout le temps…

Toutes les belles choses ont une fin. Tant mes souvenirs de regards brûlants et de sourires entendus que les dandinements des deux amoureux qui se bécotaient sur le trottoir d’en face. Mais cette fin-là fut particulièrement longue. Je les observais depuis une bonne quinzaine de minutes. Ils s’étaient pris dans les bras l’un de l’autre, ils se chuchotaient des choses à l’oreille, ils s’embrassaient passionnément, ils riaient à gorge déployée, puis ils s’embrassaient plus légèrement, ils avaient même ri timidement . Ils s’étaient à nouveau dévorés du regard dans de longs silences, avaient à nouveau pouffé de rire, s’étaient encore embrassé et s’étaient encore pris dans les bras. Toutes les bonnes choses ont une fin, mais cette fin-là semblait ne pas vouloir finir. Le garçon avait déjà tapé le code de la porte de l’immeuble deux fois, il était parvenu à  pousser l’un des lourds battants une fois avant de le laisser se refermer pour mieux prendre sa douce dans les bras, avant de la couvrir de baisers.

Mais cette étreinte était bel et bien la dernière. Je le sentais. Je me rendais compte que j’avais tout abandonné pour fixer toute mon attention sur ce moment magnifique, ça ne pouvait pas finir ainsi. Pour la troisième fois, le jeune homme avait tapé le code de la porte, en avait poussé l’un des battants et le maintenait entrouvert. La demoiselle s’était éloignée de quelques pas. Il y avait désormais un immense mètre entre eux. J’étais seul dans la vaste pièce qui nous servait d’espace de travail. Et j’avais commencé à entonner pour moi-même : « un dernier, un dernier, un dernier ». Leurs au-revoir duraient encore. La fille s’éloignait peu à peu et la porte du garçon s’ouvrait de plus en plus. J’étais désespéré. Un dernier, s’il vous plaît ! Finissez d’embellir cette grise journée !

J’avais tout d’un coup bondi de mon siège, jubilant et applaudissant. J’exultais ! Je criais des « Yes ! Yes ! Yes !» en serrant le poing, tel un athlète qui avait remporté un trophée. J’étais hystérique ! La fille avait brusquement refait la distance qui les séparait, s’était hissée sur la pointe de ses pieds et avait déposé un baiser délicat sur les lèvres de son amoureux. Elle s’était ensuite retournée, était partie et le garçon avait refermé le lourd battant derrière lui.

Par René Jackson


Et si on parlait d’autre chose ?

Bonjour à toutes et à tous,

L’actualité des ces dernières semaines, comme celle des derniers mois, est plutôt mortifère. Avec de nouveaux attentats terroristes enregistrés (Bruxelles, Lahore, etc.), les migrants ballotés ici et là en Europe, les discours racistes, xénophobes et homophobes qui gagnent du terrain, la guerre et les incompréhensions se banalisent. Et si on se coupait de toute cette tristesse, le temps d’un billet ? Les Mondoblogueurs se sont certes fait l’écho des vicissitudes que traverse notre monde, mais ils ont tout aussi parlé d’autres sujets.

Coup de projecteur : trouver l’amour à la radio, c’est possible

La radio est un média qui a encore de beaux jours devant lui. L’expansion d’internet a fait croire que les autres modes de diffusion de l’information, notamment celui-là, étaient voués à disparaître. Pourtant il reste l’un des moyens par lesquels les habitants de la capitale du Burkina Faso cherchent – et trouvent – l’amour. La preuve avec ce billet du blogueur Burkinabè Judicael Lompo. Une émission quotidienne sur une chaîne FM émettant à Ouagadougou qui donne la possibilité aux auditeurs d’appeler et de passer leur désir de rencontre amicale et amoureuse rencontre un franc succès et révèle quelque chose de la société ouagalaise. Un article d’investigation qui ressort les tenants et les aboutissants de l’affaire.

Radio transistor

 

La religion remise en question

Le blogueur Camerounais William Bayiha lors d’un trajet en bus, a été témoin d’une vive empoignade verbale entre un pourfendeur de l’église, un homme résolument opposé à la religion d’une part et certains passagers d’autre part qui, par contre les défendaient mordicus. Le blogueur, après cette discussion, s’est demandé si on doit prier quand on est en Afrique. Les questions que Eteh Komla Adzimahe alias Le Salaud Lumineux ne se pose pas. Dans une violente diatribe, profite de la pâque chrétienne pour s’attaquer à la religion, principalement au christianisme, cette croyance qui veut que Jésus ait sauvé tout le monde, même ceux qui ne le connaissent pas. Chacun y a alors droit: Jésus lui-même (dont il rappelle justement qu’il était tout, sauf chrétien), les apôtres qui n’ont rien fait d’autre que de pleurer quand on crucifiait leur maître, Judas l’Iscariote qui a été d’une stupidité profonde, les croyants qui, de l’avis du blogueur, le sont encore plus. Il ne loupe personne et comme à son habitude, il finit par se perdre délicieusement dans ses multiples digressions qui sont autant de scénarios improbables, quoique!

Doit-on prier quand on vit en Afrique?

Saloperies d’après-pâques et autres énormités dans le genre

Ode à l’alternance politique

L’Organisation Internationale de la Francophonie a lancé le 10 mars 2016 l’initiative « Libres Ensemble » qui se veut être un espace d’échanges entre les peuples afin de promouvoir les valeurs d’humanité et de diversité. Pour Roger Mawulolo, l’un des éléments pouvant consolider le libre et le vivre ensemble est l’élection, pour peu qu’elle soit le reflet même de la volonté du peuple. Il en profite donc pour attribuer les mauvais (Congo, Niger) et les bons points (Bénin, Cap Vert). D’autres pays peuvent se voir doter de bons points. La république Centrafricaine par exemple, qui a réussi l’alternance politique après des années de crise. Le nouveau président Faustin Archange Touadéra ayant effectivement pris ses fonctions après les élections qu’il a remporté, Baba Mahamat dresse le bilan des trois années de transition menées par Catherine Samba Panza. Le Bénin jouit depuis longtemps du statut de modèle d’alternance en Afrique. Un statut qu’il a une nouvelle fois honoré lors des dernières élections présidentielles en voyant porté à sa tête un nouveau président, en la personne de Patrice Talon. Cypriano Lawson liste les défis qui ne manqueront pas de se dresser sur le chemin de ce « faiseur de rois lui-même devenu roi ».

Pas de #LibresEnsemble sans de bonnes élections

Que retenir de la transition de Catherine Samba Panza en Centrafrique?

Patrice Talon: le faiseur de roi devenu roi

Trump vs Sanders / Légion d’honneur

Toujours en politique, mais cette fois en Amérique, la blogueuse New-yorkaise Agnès Kerr s’essaie au jeu des neuf différences entre Donald Trump et Bernie Sanders, deux candidats à la Maison Blanche. Un jeu des différences qui s’avère dans les faits être celui des similarités entre les deux hommes, dont la première était leur statut d’outsider au départ de la course à l’investiture dans leur parti respectif qui a réussi à se muer en celle de clients sérieux pour ces élections. En France, c’est l’affaire de la légion d’honneur remise en catimini au prince héritier saoudien Mohamed Ben Nayef – dont le pays a quelques soucis avec le respect des droits de l’Homme – qui a fait les choux gras de la presse. Marine Fargetton résume la situation dans une caricature accompagnée d’un petit texte explicatif.

Primaires américaines: Trump vs Sanders, le jeu des 9 erreurs

Le prince d’Arabie Saoudite décoré de la Légion d’honneur

Dérangements auditifs et visuels

Au Niger, Assoumane Habibou en a marre. Marre de ces individus qui font sonner le téléphone des autres sans aucune raison. Ou alors, quand ils en ont une, elle est complètement farfelue. Il est fatigué de ce gens qui appellent à des heures impromptues. Mais les pires sont selon lui les « bipeurs », ceux qui font sonner le téléphone et ne lui laissent pas le temps de décrocher, juste parce qu’ils veulent que ce soit lui qui épuise son forfait pour les rappeler. Les yeux souffrent aussi, surtout ceux qui passent du temps à déchiffrer ce qui est publié sur internet. Pour Widlore Mérancourt, le déversoir que sont devenus les réseaux sociaux est une véritable torture. Cependant, il juge cette souffrance utile car elle provoque immanquablement une remise en question personnelle face à ces vérités, quoique stupides, postées à longueur de journée sur ces murs des lamentations modernes.

Contre les appels encombrants

Nettoyer sa liste d’amis Facebook est une erreur! Voilà pourquoi

Focus sur…

Plan B

Plan B

Beaucoup de choses se déroulent dans le Sahara, entre le nord du Niger et le sud de l’Algérie, en passant par le Mali et la Mauritanie. Une partie de la richesse culturelle de l’humanité s’y cache, évolue, s’adapte à la chaleur, au sable, aux rudesses de la nature, aux groupuscules terroristes. Une richesse qui est de la même nature que les hommes et femmes qui la portent: nomade. Fanchon, qui tient ce blog de main de maître, dévoile un pan du trésor culturel que recèle le désert le plus vaste du monde. Un trésor qui se retrouve dans la musique, l’architecture, la littérature, la tradition, les modes de vies. Fanchon, par une écriture claire et très précise, tente de relater la beauté de ce lieu et des gens qui y vont et viennent. Parcourir Plan B provoque immanquablement l’évasion de l’esprit vers les steppes et ces terres arides et réputées inhospitalières, vers les températures extrêmes, les journées caniculaires et les nuits froides. Un milieu à priori hostile qui pourtant regorge de vies, de culture, de créativité et d’imagination.


La fille du métro

Comme tous les matins, je venais de parcourir au pas de course les cent mètres qui me séparaient du quai du métro alors je descendais du bus. Je courais sur le trottoir devant lequel le bus stationnait à son terminus, je m’enfonçais dans la bouche de métro, je passais par les bornes sur lesquelles les titres de transport doivent être validés puis par les escaliers qu’il fallait dévaler pour enfin aboutir au quai. J’étais un peu dépité car j’étais arrivé sur le quai au moment même où les portes de la rame se refermaient. Je regardais d’un œil contrarié le train démarrer, prendre de la vitesse, puis s’enfoncer dans le tunnel qui le conduirait vers la prochaine station. Je n’étais pas spécialement en retard, j’avais encore une marge confortable de six à sept minutes.

Ce n’était pas seulement que le comportement des gens de cette ville avait déteint sur moi. J’avais en effet constaté avec une pointe de fierté – mélangée cependant à une certaine frayeur – que je courais désormais plus que je ne marchais. Mon quotidien était dorénavant jalonné de trottinements. Pour partir au boulot le matin, pour aller déjeuner au restaurant, même le soir pour retourner chez moi, il fallait marcher vite. C’était surtout parce que les trains du métro parisien avaient tendance à rouler au ralenti, quand ils ne s’arrêtaient pas tout bonnement entre deux stations, la ligne étant saturée. Du moins, c’est ce que disait la voix du cheminot qui sortait quelques fois des haut-parleurs.

Ces événements impromptus pouvaient considérablement allonger le temps du trajet, de plusieurs minutes à une demi-heure, ou plus ! La crainte ultime de ceux qui, comme moi, ne voulaient pas être en retard et qui ne voulaient pas voir un train partir sous leurs yeux, donc sans eux, était ce qui était gentiment appelé un «accident grave de voyageur ». Manière politiquement correcte de dire que la rame du train avait écrasé quelqu’un qui se trouvait – par accident ou, plus souvent, volontairement – sur la voie.  Un ami m’avait raconté que lorsque cela se produisait, la circulation pouvait être interrompue sur la ligne pendant vraiment longtemps, le temps de dégager ce qui restait de la personne sur la voie, de noter des éléments pour l’enquête et de tout nettoyer. Il ajoutait même que les passagers du train impliqué restaient bloqués dans les voitures pendant tout ce temps.

Il n’était donc pas question pour moi de voir un train partir alors que j’arrivais sur le quai. Si on traînassait, le prochain train et ses occupants pouvaient être ceux sur lesquels le malheur pouvait de s’abattre. Surtout que de plus en plus de gens avaient le mal de vivre et beaucoup d’entre eux décidaient de faire un dernier doigt d’honneur à la vie en abrégeant la leur sur des rails, perturbant de ce fait celle des autres.

Un petit coup d’œil sur le panneau d’affichage me renseigna : le prochain train arrive dans deux minutes. J’avais remonté le zip de ma parka jusqu’au menton et j’avais redressé le col qui faisait office de coupe-vent. Des courants d’air glacés balayaient le quai, on avait beau se trouver à dix ou vingt mètres sous terre, les courants d’air étaient violents. J’avais fourré mes mains gantées dans les poches de ma parka, et, malgré cela je ne sentais pas mes doigts ! Il se disait partout que cet hiver-là était plus doux que celui des années précédentes, mais qu’est-ce qu’il faisait froid ! Il suffisait que je laisse mes mains à l’air libre pendant quelques secondes dehors pour que mes doigts commencent à s’endolorir.

Les écouteurs enfoncés dans mes oreilles diffusaient Welcome To The Jungle du groupe de rock américain Guns N Roses. J’aimais beaucoup écouter cette chanson à ce moment de la journée, car certains matins le métro était vraiment une jungle, quoique tranquille, mais fourmillant de personnages assez hétéroclites et tous pressés. Je commençais à percevoir l’habituel petit séisme que provoque la rame qui se rapproche, quand tout à coup, mon cœur se mit à battre. Vite.

Elle était là.

Je n’avais pas eu besoin de la voir. J’avais appris à sentir sa présence.

Comme à mon habitude, j’étais allé me poster le dos contre la porte opposée à celle par laquelle nous entrions dans le wagon. Comme à son habitude, elle se tenait à mi-chemin entre les deux portes, le dos tourné vers moi. Et comme à mon habitude, je l’imprimais dans ma rétine. Elle portait la même veste noire que la veille. Je l’avais facilement reconnue par le tissu de l’épaulette qui était beaucoup moins sombre que le reste du vêtement. Sous sa veste émergeait une jupe – ou peut-être une robe – bleu nuit. A partir de la mi-cuisse, la robe – ou peut-être la jupe – s’arrêtait et des collants noirs prenaient le relais pour dévaler le reste de ses cuisses, puis ses mollets, pour s’enfoncer dans des chaussures à talons noires.

Ses cheveux, longs et noirs, étaient soigneusement peignés et assemblés par un élastique. Involontairement rehaussés par l’écharpe en laine épaisse qu’elle avait enroulée autour de son cou pour se protéger du froid, ils tombaient en une masse étroite et compacte jusqu’au milieu de son dos. De la position que j’avais, je pouvais voir qu’elle avait une boucle dorée à chacune de ses oreilles et que, comme moi, elle portait des écouteurs.

Je ma demandais où est-ce qu’elle pouvait aller ainsi, chaque matin. Au travail, comme la majorité des gens qui se bousculent dans le métro à cette heure. Et je me demandais alors quel était son travail, elle s’y rendait toujours habillée de cette manière alliant le correct et le sexy. Peut-être qu’elle était employée de banque… Ce matin-là, elle portait à l’épaule un sac aux dimensions peu communes. Il était haut et large, par contre, il était aussi épais qu’un stylo à bille. Ce qu’il pouvait contenir m’intriguait un peu.

Comme presque tous les matins, je détaillais donc ses épaules droites et volontaires, sa taille ample, ses mains qui n’étaient presque jamais recouvertes de gants malgré le froid, ses jambes fuselées et imperceptiblement arquées. Le train s’était déjà arrêté à deux stations et avec les passagers supplémentaires embarqués, sa nuque s’était un peu rapprochée de mon visage. Elle portait un parfum léger. Ou alors c’était l’odeur de son liquide de bain. Une odeur acide.

Elle aurait tout aussi pu être la fille du bus. J’avais remarqué que celui que je prenais le matin pour la station de métro était quelques fois aussi le sien, et nous échouions systématiquement elle et moi dans le wagon de queue de la rame de métro.

J’en étais à scruter l’arrière de son corps quand le train a freiné plus brutalement qu’à l’accoutumée à l’arrivée dans une station. Déséquilibrée, elle n’avait pas eu d’autre choix que celui de venir s’écraser contre ma poitrine. Une fois le train arrêté elle avait repris équilibre et s’est retournée vers moi.

« Je suis désolée. Excusez-moi… »

Je lui avais répondu par un léger sourire. Mes yeux se sont fixés dans les siens pendant à peu près deux secondes. Elle avait de beaux yeux en amande, des pupilles sombres qui contrastaient avec des iris gris dans lesquels nageaient des éclats marron clair. Pendant deux autres secondes, mes yeux firent le tour de son visage. Son nez était retroussé, mettant encore plus en avant des lèvres plutôt fines, recouvertes d’un baume transparent. Ses joues étaient pleines et son menton était petit.

Son regard gêné s’était entre-temps détourné. Les portes du métro se sont ouvertes. Elle s’est retournée, puis est descendue. Je l’ai regardé s’éloigner. Disparaître. D’autres passagers sont montés. Les portes se sont refermées et le train s’est remis en branle.

Un autre matin, nous nous sommes à nouveau retrouvés sur le même quai, au même endroit.

Bonjour, lui avais-je alors dit.

Bonjour, m’avait-elle répondu, sans me jeter un regard.  Avant d’embrayer : je ne vous vois plus depuis quelques temps.

Elle avait raison. J’avais travaillé en dehors de Paris pendant les quinze jours qui s’étaient écoulés entre le petit accident et ce matin-là.

« Au fait, je m’appelle Nadia. »

Par René Jackson, inspiré par des faits réels et imaginaires. Morceau de texte qui s’insérera – en tout cas, c’est le but espéré – dans une œuvre plus importante.


Les pépites de Mondoblog : un week-end noir

Bonjour à toutes et à tous,

La menace terroriste ne faiblit décidément pas, au contraire. Les djihadistes sévissent en Afrique de l’ouest et aucun pays de la région ne semble pouvoir y échapper. La Côte d’Ivoire, par les attaques que la ville balnéaire de Grand Bassam a connues le dimanche 13 mars dernier, s’est ajoutée à la liste. Les Mondoblogueurs ont abondamment réagi à cette actualité. Tout comme ils se sont émus du décès d’une jeune camerounaise devant un hôpital à Douala au Cameroun, survenu la veille de l’attentat de Grand Bassam. Un week-end noir en somme.

Coup de projecteur : Une femme as du volant

Jeannette Haba est une Guinéenne qui a choisi une profession assez atypique pour les latitudes sous lesquelles elle vit. Jeannette est en effet un chauffeur professionnel. Dans un billet très complet, Alimou Sow, l’un des blogueurs de Conakry, dresse le portrait d’une femme à l’expérience sur les routes qui n’a rien à envier à celle des chauffeurs les plus chevronnés. Une femme qui a un leitmotiv des plus simples : tout ce qu’un homme est capable de faire, une femme le peut aussi si elle le désire. La fierté de Jeannette, c’est celle de n’avoir jamais eu d’accident en vingt années de carrière derrière un volant. De quoi battre en brèche le préjugé qui veut que les femmes soient des dangers ambulants une fois qu’elles décident de conduire un engin à moteur.

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Un dimanche noir à Grand Bassam

Les terroristes ont attaqué la Côte d’Ivoire. Et ils ont choisi de frapper un lieu symbolique : la cité balnéaire de Grand Bassam, une ville touristique située à une heure de route de la capitale Abidjan. Ya Manda raconte à quoi ressemble un dimanche ordinaire dans cette ville, avant que les djihadistes ne décident d’y semer la mort. Un attentat qui a provoqué la colère du blogueur Ivoirien Kahofi Suy, qui reproche aux autorités publiques de son pays de n’avoir pas pris suffisamment de mesures alors que la Côte d’Ivoire faisait partie depuis deux ans déjà  des pays clairement ciblés par les terroristes. Toutefois, comme beaucoup d’Ivoiriens, le collectif Des Mots et des Images, par la plume d’Hampath, tient à prévenir les terroristes : ils ne feront jamais plier leur pays. Pour Benjamin Yobouet, les djihadistes peuvent faire ce qu’ils veulent, les Ivoiriens n’auront pas peur.

Horreur à Douala

La veille de l’attentat à Grand Bassam, la ville de Douala, au Cameroun, a été secouée par une scène des plus morbides. Une femme décédée s’est fait éventrer par une autre qui voulait sauver les enfants que la défunte portait devant un hôpital. Ce drame, aux relents d’énième négligence médicale, a provoqué la colère des populations. Didier Ndengue s’est servi de ce malheur pour rappeler que l’hôpital en question est un véritable mouroir. Son compatriote Tchakounté Kemayou, tout en expliquant que les hôpitaux camerounais sont le siège de la méfiance, du rançonnement et de l’impunité, cherche à comprendre les causes de cette tragédie et à en établir les responsabilités.

Reconversion / Chaudes retrouvailles

Ailleurs en Afrique, en Libye plus précisément, Karim Nabata s’interroge sur son avenir. Il observe la progression de l’État Islamique dans son pays et se demande s’il ne devrait pas commencer à envisager une reconversion dans le système djihadiste. Dans un billet plein d’humour, il passe en revue les différents métiers qu’il pourrait y exercer. Le Togolais Aphtal Cissé préfère relater les retrouvailles de deux ex-petits amis, qui ont joyeusement franchi la ligne rouge avant de se rappeler que chacun, de son côté, s’était entre-temps construit une autre vie.

Big Brother / Crise au Brésil

La Malgache Sophie s’inquiète des desseins réels que la firme américaine Facebook nourrit avec son projet « internet.org ». Une initiative par laquelle le réseau social dit vouloir connecter à internet les régions du monde qui ne le sont pas encore; un projet qui cacherait en fait un puissant outil de surveillance mondiale. En Amérique du sud, une sévère crise politique secoue le Brésil. Serge Katembera se demande ce qu’on risque à en parler, notamment si on est un étranger au Brésil. Il plonge alors le nez dans divers textes de lois brésiliens qui en définitive se contredisent sur ce sujet. Alors peut-on? Peut-on pas? C’est à chacun d’en juger, à ses risque et péril.

Focus sur…

 Chups Raconte!

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Si vous voulez savoir ce qui se trame dans la tête d’une jeune femme qui entre dans l’âge adulte, ce blog est fait pour vous. Au fil des articles, Arva Fajele Abasse traduit en mots toutes les tribulations qui activent ses méninges. Elle parle du temps qui passe et qu’elle aimerait arrêter, de la grande inconnue qu’est l’âge adulte, celui de la responsabilité. Elle partage ainsi ses états d’âme, traversée qu’elle est de part en part de questions existentielles des plus sérieuses au plus loufoques. Et ses idées gambadent allègrement. Chez Arva, un billet innocent sur le délice des crêpes peut par exemple aboutir sur des questions quasi-politiques, d’égalité des genres et de féminisme. Elle cultive aussi un goût certain pour la nostalgie des belles choses qui se faisaient avant, comme envoyer une lettre d’amour ou tout simplement prendre le temps de s’arrêter, de faire une pause. Il en ressort un soupçon d’amertume et on se dit presque que cette jeune femme aimerait pouvoir inventer la machine à remonter le temps.

Chups Raconte ! est un joli blog, élégamment rédigé et qui interpelle sur la temporalité des choses, de notre monde. Et par conséquent, invite à profiter de l’instant présent autant que faire se peut.


Ces hôpitaux qui nous tuent

 

Je me souviens très bien de la première fois que je vis un macchabée. Je devais avoir dix ans à tout casser. C’était à l’hôpital Laquintinie, l’un des deux principaux centres hospitaliers de la ville de Douala. Le corps était déposé dans un couloir, à même le sol. Il n’était presque pas couvert et les mouches rodaient autour de sa tête ou se déposaient sur sa bouche d’où coulait un filet de bave. A cet âge, un spectacle pareil, à défaut d’être choquant, est extrêmement fascinant. J’étais fasciné en effet. Mon pas s’était ralenti, mes yeux étaient rivés sur ce corps sans vie exposé sans pudeur au vu et au su de tous. L’adulte avec qui j’étais et qui me tenait la main ressentit mon ralentissement et me tira avec véhémence pour que j’accélère mes pas. Nous apprîmes plus tard que c’était un malfaiteur qui avait été emmené là à l’article de la mort par la police. Je trouvai difficilement le sommeil pendant les semaines qui suivirent.

J’avais foulé le sol de cet hôpital ce jour-là pour subir une opération chirurgicale assez bénigne. Et j’avais été effectivement opéré. Je devais y retourner deux fois. La première pour un pansement et la seconde pour le retrait des fils de suture. Quelques semaines après le second rendez-vous, je continuais à ressentir une certaine gêne à l’endroit qui avait subi cette opération, mais je m’étais dit que c’était mon avant bras qui avait du mal à se remettre de l’intervention. Jusqu’à se matin ou je vis poindre le bout d’un fil à l’extérieur de mon bras, ayant réussi à s’extraire de mon épiderme. Je le tirai et il en sortit deux ou trois centimètres d’une ficelle qui du bleu du jour de l’intervention, était devenu presque noir. Le cas classique des corps étrangers oubliés dans l’organisme par les chirurgiens. J’avais eu de la chance, ce n’était qu’un fil. Certains se retrouvent avec des ciseaux abandonnés dans les tripes.

Quelques années après, d’autres ennuis de santé me poussèrent à m’y rendre pour des soins. J’y avais été emmené par notre voisine de l’époque qui y travaillait et en attendant que le médecin qui devait s’occuper de moi me prenne en charge, elle m’installa dans la salle d’attente du service qui l’employait. Une ambiance assez bigarrée y régnait. Une certaine agitation aussi. Je ne tardai pas à en savoir la raison : Gottlieb Monekosso, le ministre de la santé publique de l’époque, visitait l’hôpital. Les médecins et infirmiers avaient des blouses d’un blanc immaculé. Et grouillaient de partout. J’eus l‘occasion de le constater quand, pour me dégourdir les jambes, je me promenai un peu dans l’hôpital. Revenu de ma balade, le personnel trépignait.  « Il en est où ? », « Dans quel service se trouve-t-il déjà? » étaient les principales questions qu’ils se posaient les uns aux autres. J’étais aussi excité, et pour cause : ce serait la première fois que je verrais un ministre de mon pays ! Le ministre arriva, salua ceux qui étaient là, échangea des banalités avec eux pendant deux minutes, puis s’en alla. Ce qui se produisit dès qu’il eut le dos tourné fut saisissant : les infirmiers et médecins du service ôtèrent chacun leur blouse, ramassèrent leurs effets et disparurent. Dix minutes après le passage du ministre, il n’y avait plus personne.

Plus tard à l’université, je dus faire plusieurs certificats médicaux. Et le manège était chaque fois le même: passage par l’accueil de l’infirmerie de l’université, occupé par deux infirmières à qui il ne fallait pas commettre le crime de demander des renseignements, sous peine de se voir fusiller du regard puis répondre avec un parfait dédain. Le certificat était délivré par, tenez-vous bien, le comptable du centre des soins. Qui se contentait d’en encaisser les frais, puis d’écrire le nom du demandeur sur une fiche pré-signée et pré-tamponnée par un médecin. Aucune palpation, ni prise de poids ou de pression artérielle.

Une autre de nos voisines de l’époque avait eu beaucoup d’enfants, tous nés à l’hôpital Laquintinie de Douala. Elle avait alors croisé un type de sage-femme au comportement totalement exécrable. Le genre de personne qui était capable de dire à une femme subissant les affres de la douleur de l’enfantement : « pourquoi cries-tu ? Pourquoi perturbes-tu la tranquillité de cet hôpital ? Crois-tu que tu es la première femme à accoucher ? Ce n’est pas moi qui t’ai envoyée écarter tes jambes et te coucher sous l’homme.» [sic].

Ceux qui ont l’habitude de fréquenter les hôpitaux publics au Cameroun racontent des histoires qui font froid dans le dos. Des histoires impliquant la plupart du temps les comportements scandaleux du personnel soignant. Ce qui a conduit à ceci : les Camerounais ont peur de l’hôpital. Pas parce qu’on risque d’y contracter quelque maladie nosocomiale, non. Parce qu’on a peur des brimades des infirmiers et des médecins. On n’a peur de l’hôpital parce que si on a une urgence et pas d’argent, aucun médecin ne nous touchera.

Une énième affaire de négligence médicale présumée suscite l’émoi au Cameroun depuis la semaine dernière. Une jeune femme enceinte, prise de contractions et inconsciente, est transportée à l’hôpital Laquintinie de Douala.  Comme d’habitude, il n’y a que très peu d’infirmiers et de médecins. Et le peu d’entre eux qui ont  daigné être là se comporteraient comme s’ils ne sont pas concernés. Un médecin se donne quand même la peine de sortir, muni d’un simple stéthoscope, pour faire le constat du décès de la femme. Puis, il repart tranquillement, en refermant la porte derrière lui. Désespérée, la sœur de la défunte qui l’accompagnait, aussi calée en chirurgie obstétrique que moi je le suis en construction et en mise en orbite de satellites, se retrouve obligée de se servir d’une lame pour ouvrir l’abdomen qui contenait des jumeaux qui y bougeaient encore. Qui n’ont finalement pas survécu. Les photos et les vidéos du spectacle macabre se sont propagées sur internet. Depuis la colère gronde.

Je m’interroge. Et ma réflexion part de ce type qui est juste venu faire le constat du décès de cette dame. Pourquoi n’a-t-il pas essayé de sauver les jumeaux ? Pourquoi n’a-t-il pas interpellé ses collègues ? Pourquoi ce corps qui portait deux enfants qui bougeaient encore est resté sur cette véranda ?

Au moins trois choses auraient dû le pousser à agir ainsi:

– sa conscience : un truc dont il n’était manifestement pas doté ;

– la conscience professionnelle : qui avait aussi foutu le camp. Ce type de médecin, s’il ne s’occupe pas d’un cas qui vient le trouver à l’endroit où il pratique, peut-il porter assistance à quelqu’un dans a rue, dans le train, dans un avion ?

– les réprimandes : je mets sous ce vocable les sanctions et les éventuelles poursuites judiciaires. Il est clair que s’il savait pouvoir être inquiété pour ne pas avoir fait son travail, il aurait agi autrement, fut-il dénué de conscience et de conscience professionnelle.

Si elle est avérée, cette histoire n’est pas qu’une négligence médicale de plus. Chaque semaine qui passe apporte sa cohorte de personnes qui subissent des vexations des personnels hospitaliers alors qu’elles avaient pourtant réussi à atteindre les services des urgences. Cette affaire est la manifestation de la faillite de tout un système d’une incompétence abyssale qui n’est occupée qu’à préserver ses privilèges et à s’auto-protéger, n’ayant aucune considération pour la vie des populations qu’il est censé devoir protéger et soigner. Si des médecins s’arrogent le droit de choisir ceux dont ils doivent s’occuper en fonction de leur compte en banque, c’est parce qu’ils n’encourent rien à le faire. Et s’ils ont ce sentiment, c’est parce que la puissance publique admet elle-même implicitement qu’elle n’a pas appliqué des dissuasions civiles et pénales pour contraindre les médecins à faire leur travail. Et si ces contraintes n’existent pas, c’est parce que l’Etat est conscient qu’il n’a pas mis ces personnels dans les conditions qui doivent leur permettre de faire correctement leur travail et que de ce fait, il ne peut les obliger à rien. C’est le laisser-faire et le laisser-aller généralisé. Il est de notoriété publique que beaucoup de médecins de ces formations hospitalières publiques s’en servent uniquement comme lieu de rabattage de clients pour leurs propres officines. Chacun agit comme et quand il l’entend. Pendant ce temps, des milliards de francs pouvant servir au moins à la prise en charge de l’accueil des malades dans les centres de santé sont détournés sans vergogne chaque année, sous l’œil pusillanime des responsables publics qui eux-mêmes ont des choses à se reprocher et qui, lorsqu’ils sont malades, ne commettent pas l’erreur de mettre leurs pieds dans l’un de nos hôpitaux qu’ils savent avoir rendus exsangues.

Tout cela avec notre passivité complice, qui est une sorte de blanc seing qui leur est donné de distraire tranquillement nos ressources, comme un quidam qui se contentera de regarder placidement un moustique hématophage lui pomper du sang à sa guise, au lieu de l’écraser.

Quelqu’un n’avait-il pas dit qu’on n’a que les dirigeants – et donc le pays – que l’on mérite ?

Par René Jackson


Les pépites de Mondoblog: questions autour des droits de la femme

 

La journée internationale pour les droits de la femme est célébrée ce 8 mars. Les Mondoblogueurs, bien que n’ayant pas attendu l’occasion pour se pencher sur la question de la place réservée aux femmes dans notre société, l’imminence de cette journée les a tout de même incités à revenir sur ce sujet ô combien problématique dans nos sociétés. Mais avant d’y aller en profondeur, intéressons-nous à un sujet intéressant : la place des animaux dans nos assiettes.

Loveme

Coup de projecteur: dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es…

Arva, notre blogueuse malgache a pris une décision : limiter et même arrêter la consommation des aliments d’origine animale. Mais avant d’expliquer ses motivations elle prend le soin de déblayer le champ devenu un grand fouillis des régimes alimentaires exempts de viandes et assimilés. Ainsi, elle nous permet de savoir la différence entre la végétarisme, le végétalisme, le veganisme et autre frugivorisme. A la suite de cela, elle explique les avantages tant pour la santé que pour la planète de limiter notre consommation de viandes.

 

Journée internationale pour les droits de la femme: le combat continue

Revenons sur la journée internationale consacrée à la réflexion sur les droits de la femme. Quatre mondoblogueuses se sont mises ensemble pour démontrer que les inégalités dont pâtissent les femmes vis-à-vis des hommes partent aussi du cadre réglementaire. Ainsi, la Congolaise Chantal Faida, la malienne Fatouma et les Tchadiennes Rose Roassim et Em-A se sont attaquées au Code de la famille de leurs pays respectifs, Code où se situe l’une des racines du mal. A côté d’elles, Judith Gnamey, dans une correspondance à sa petite sœur, lui explique ce que signifie aujourd’hui être une femme : une combattante, une super-héroïne, une gagnante. Une combattante pour l’égalité et le respect de la femme qu’est Chimamanda Ngozi Adichie, que Josette – qui lui voue une grande admiration – est récemment partie voir et écouter lors d’un débat sur le thème : les femmes, avenir du continent africain. De son côté, le Camerounais Tchakounté Kémayou se pose beaucoup de questions au sujet de cette journée, celle-ci notamment : comment peut-on prôner l’égalité de deux éléments dont la perception de la différence reste criarde ? En Haïti, Valéry Moïse s’est permis une entorse à ses habitudes, qu’il a aussitôt regrettée : il a écouté les musiques qui ont actuellement pignon sur rue auprès de la jeunesse de son pays. Il a été atterré de constater que cette musique n’est que des « avortements de pensées » par lesquels la femme est dénigrée, salie, réduite à n’être qu’un objet de désirs et de procréation ; alors qu’en réalité, elle est le rempart qui protège la société haïtienne et le socle sur lequel elle se repose.

Codes de la famille en Afrique : la lutte est encore longue

Être femme aujourd’hui

Un rendez-vous inattendu avec Chimamanda !

– Le 8 mars et les enjeux de la problématique de l’égalité

Que devra-t-on laisser de la femme ?

Les enfants et la sexualité / partir ou rester?

Les femmes sont les premières à souffrir des conséquences de l’ignorance choses liées à la sexualité. On peut présumer que changer cet état de fait a été l’un des aspects qui ont motivé le Toubib de Dakar à prodiguer  quelques astuces sur l’attitude à adopter quand les chérubins posent la question fatidique : « comment fait-on les bébés ? ». Ayant passé l’âge des chérubins, les Haïtiens un peu plus âgés sont confrontés à la réalité et se retrouvent face à un dilemme : faut-il partir ou rester ? Pour Emma Lucien, qu’on ait choisi de rester au pays ou de s’expatrier, l’essentiel reste les actions qu’on entreprend.

Comment parler de sexe aux enfants de 5 à 10 ans

Haïti : partir ou rester ?

Réchauffement climatique / procès politique

En Afrique, le réchauffement climatique frappe durement, les températures sont en perpétuelle augmentation. Le blogueur Gabonais Charles Agbadje évoque ses conséquences dans la région tropicale. Il en profite pour déconstruire quelques idées reçues sur le Continent sur les bienfaits supposés du soleil et aussi pour prodiguer des conseils afin d’éviter les maladies qui pourraient survenir suite aux excès de chaleur. On finira sur une note politico-judiciaire avec Babeth. L’Ivoirienne publie un long réquisitoire contre la manière dont s’est déroulé le procès des accusés de l’assassinat de l’ancien président Robert Guei. Elle a assisté aux plaidoiries et débats et e été navrée de constater que le tribunal s’est basé sur des récits et témoignages bien souvent incohérents et contradictoires des témoins pour rendre sa décision dans une affaire dont les accointances politiques assez évidentes.

Réchauffement climatique : le péril de la chaleur en Afrique

Quand on t’envoie, il faut savoir t’envoyer

Focus sur…

Encrier Widlore Mérancourt

Encrier

Présent sur la plateforme Mondoblog depuis bientôt trois années, Encrier est le blog alimenté régulièrement par Widlore Mérancourt, qui est un jeune juriste et animateur de télévision haïtien. Encrier (ce nom a été inspiré à Widlore par la citation de Victor Hugo « l’encrier brisera les canons ») est un espace sur lequel toutes les thématiques en lien avec Haïti sont abordées. Avec cependant une forte prédilection pour les affaires politiques. Le blogueur, très en verve, sait user du verbe et de tournures langagières quelquefois très humoristiques pour démontrer et démonter les absurdités des comportements des politiciens de son pays. Ainsi, l’une de ses cibles privilégiées est Michel Martelly, qui jusqu’au 7 février 2016 était le président de la république d’Haïti.

Dans un style certes chatoyant, mais d’où ne transparaît aucune concession, Widlore passe au scanner la société de son pays. Dénonçant les calculs politiques et la corruption qui n’ont pour conséquence que d’accentuer la misère et la pauvreté dans lesquelles croupit le peuple haïtien. En fin de compte, le blogueur, à chacune de ses prises de position, assène de véritables coups de canon à la classe politique de son pays et à ses concitoyens.


Les pépites de Mondoblog : les femmes en danger

Bonjour à toutes et à tous,

Bienvenue dans cette nouvelle édition des Pépites de Mondoblog. Au menu cette fois : des droits de la femme toujours aussi malmenés, un débat assez étrange autour de la mélanine et aussi de l’amour. Petit tour d’horizon.

Coup de projecteur : N’oublions pas les lycéennes de Chibok

Dans la nuit du 14 au 15 avril 2014, plus de 270 lycéennes sont enlevées à Chibok au Nigéria par des combattants islamistes issus de ce qui s’appelait alors Boko Haram. Si une cinquantaine d’entre elles ont réussi à s’échapper, on reste sans nouvelles des autres. La blogueuse Elsa Njiale regrette que le sort de ces jeunes filles soit quelque peu passé aux oubliettes, que la mobilisation mondiale autour de leur libération soit si vite retombée. Dans ce billet, elle nous engage à maintenir la pression, afin qu’elles soient libérées des mains qui les retiennent encore captives.

Le Tchad secoué par une énième affaire de mœurs

L’un des faits d’actualité ayant occupé le devant de la scène ces dernières semaines est (encore et malheureusement) une énième atteinte à la dignité de la femme, d’une femme : la jeune tchadienne Zouhoura. Qui a été enlevée par six garçons, avant d’être séquestrée et de subir un viol collectif. Le tout a été filmé par les bourreaux et diffusé sur internet. Le Geek du sud félicite la jeune femme pour avoir eu le courage de parler avant de tancer les pouvoirs publics de son pays, accusés d’avoir voulu museler l’opinion. Car il s’est avéré que les auteurs de cet acte étaient des enfants des proches du régime. Son de cloche similaire chez sa compatriote Rose Roassim qui explique que cet acte a été la goutte de trop, qui a contribué à jeter des manifestants – aussitôt réprimés par les forces de l’ordre – dans la rue, pour dénoncer tous ces viols impunis. Djarma Acheikh n’y va pas par quatre chemins et qualifie cette affaire de viol d’État.

• Zouhoura, l’héroïne qu’on a voulu faire taire

• Tchad : on est fatigués de subir l’injustice et l’impunité

• Affaire Zouhoura : un viol d’Etat

Rebuffade des chefs d’État / Problématique absence de mélanine

Toujours en Afrique, un blogueur Ivoirien s’est gaussé des chefs d’État Africains qui ont décidé de mener une fronde contre la Cour pénale internationale, menaçant même de la quitter. Selon lui, ils disent vouloir le faire alors qu’eux-mêmes ne représentent pas une garantie pour la justice dans leurs pays, qu’ils dirigent souvent d’une main de fer. Au Bénin, Tokpano Koudjo s’étonne que le débat au sujet de la future élection présidentielle tourne autour de la personne de Lionel Zinsou, plus précisément autour de la couleur de sa peau.

• Fronde des chefs d’État contre la CPI : la belle escroquerie

• La couleur de la peau divise les béninois

Sans papiers / Élections américaines

Ailleurs dans le monde, précisément  dans les Caraïbes, dans une photographie d’un rêve assassiné,  Jérôme Osman a décalqué les déboires de Bello, un jeune Haïtien qui a vécu mille et une mésaventures en république Dominicaine, dans sa situation de sans-papiers. Aux États Unis, les joutes électorales afin de désigner le successeur de Barack Obama à la Maison Blanche ont débuté. Depuis Innsbruck en Autriche, Pascal Kirchmair a trouvé un favori en la personne du démocrate Bernie Sanders, qui pour lui incarne le mieux l’indépendance face aux lobbies, qui jouent traditionnellement un rôle important dans la politique aux USA.

• Photographie d’un rêve assassiné

• Feel The Bern

Incompréhensions autour de l’amour

Nous avons célébré il n’y a peu la saint Valentin. L’occasion pour la blogueuse Martiniquaise Maudou de dire toute l’horreur qu’elle a pour de cette « fête des amoureux » à laquelle on ne peut décidément pas échapper. Une célébration qui en fin de compte n’est, selon elle, rien d’autre qu’une manifestation d’un certain cynisme. Jule, de son côté, s’est confrontée à la difficulté de l’expression de la passion amoureuse dans la langue de Goethe, car il n’existe pratiquement pas de terme ou d’expression en allemand pour définir la passion – et même tout simplement l’amour –  tels que nous les entendons en français.

• La Sans Valentin

• Parce que je suis passion


Focus sur…

 Veillées nocturnes au coin du feu

devousàmoi.mondoblog.org

Ce blog est tenu par Dieretou Dina, une jeune blogueuse guinéenne qui poursuit actuellement ses études en France. Dotée d’un talent d’écriture certain, elle excelle dans l’analyse en profondeur et toute en pertinence des divers phénomènes qu’elle observe. Les sujets qu’elle aborde vont ainsi du transgendérisme à la problématique du droit des femmes, en passant par la culture, la politique, les questions de racisme et des privilèges sociaux, l’entrepreneuriat, les difficultés de la jeunesse, etc. Certaines fois, elle aborde des sujets beaucoup plus personnels, comme le deuil, avec une dignité qui force le respect. Malgré son butinage à travers des thématiques aussi différentes les unes que les autres, Conakry, la capitale de son pays, demeure son point d’ancrage. Elle évoque assez souvent cette ville dans des récits chargés de ravissement et de nostalgie. On devine à la lecture de ses articles que Dieretou est possède une personnalité détonante et d’une certaine impertinence qui fait d’elle ou fera d’elle un sérieux poil à gratter pour les autorités de son pays.


Les pépites de Mondoblog : Châtier les mœurs en riant

Bonjour à toutes et à tous,

Qu’avons-nous eu au menu de Mondoblog pendant la quinzaine qui vient de s’écouler ? Un mélange harmonieux et équilibré de différentes saveurs, aucune ne prenant vraiment l’avantage sur les autres. Vie personnelle, politique, culture, sport et droits de la femme entre autres sujets ont su se mettre en exergue.

On débutera avec ce texte fort poignant de Judith Gnamey, qui raconte la douloureuse histoire d’un homme qui, à cause de la difficile conjoncture dans son pays, vit encore  chez ses parents à quarante ans. Avec tous les désagréments que cela peut comporter.

L’actualité de ces derniers jours a été principalement marquée par l’ouverture du procès de Laurent Gbagbo l’ancien président de la Côte d’Ivoire à la Cour pénale internationale de la Haye. A ce sujet, Magtouss  demande à Fatou Bensouda, la procureure chargée d’instruire l’affaire, de rester sur ses gardes et mener le procès sans parti pris, car le monde la regarde. Le blogueur Congolais Stanislas Ntambwe fait part de l’acquisition par les forces de police de son pays de nouveaux équipements anti-émeute. Une acquisition qui pose question, surtout quand on sait que les prochaines élections présidentielles se profilent déjà à l’horizon. Toujours concernant la RDC, Didier Makal raconte comment la rencontre du Championnat d’Afrique des Nations opposant l’équipe Rwandaise de football à celle de son pays a été vécue par les supporters des deux pays. Les invectives n’ayant eu d’égal que la longue rivalité tant politique que militaire qui oppose les deux pays depuis de nombreuses années.

En Afrique du nord, Le Jeune Maghrébin tire à boulets rouges sur la supposée « exception marocaine » qui en réalité ne serait que pure affabulation, surtout depuis que le premier ministre Abdelilah Benkirane est aux affaires. Le royaume serait alors devenu le siège de la brutalité policière, de l’accroissement de la dette et de la corruption. Les conflits communautaires en République Centrafricaine connaissent une accalmie relative depuis quelques mois, au point où des forces étrangères qui y sont présentes envisagent de quitter ce terrain. Odilon Doundembi, dans un court poème, adresse comme une prière aux belligérants afin qu’ils trouvent des solutions pour rétablir la paix dans son pays.

Sur le plan de la culture, Fanchon annonce le prochain festival des nomades (touarègues) qui aura lieu comme à l’accoutumée à M’hamid el Ghizlane, aux portes du Sahara marocain. Il profite de l’occasion pour pousser la réflexion sur les défis du nomadisme et sur la liberté d’aller et de venir dans nos sociétés actuelles.

Les défis de la femme, eux, demeurent toujours aussi importants. Boubacar Sangaré observe la violence multiforme et pernicieuse dont elle est victime dans la société malienne et conclut qu’elle est la manifestation même de la régression de son pays. Les carcans traditionnels sont aussi un fardeau avec lequel elles doivent composer. C’est le cas d’Aïssatou, dont l’histoire est racontée par la Camerounais Dania. Aïssatou, qui a failli perdre son bébé parce qu’il les us de sa communauté ne voulaient pas qu’elle l’emmène à l’hôpital. Beaucoup d’entre elles, fort heureusement, parviennent à s’en sortir et réussissent même à devenir le moteur de leur communauté. C’est l’exemple de ces « amazones de l’agriculture » que Rendodjo Em-A a rencontrées sur les berges et dans la vallée du Niger.

 

Focus sur…

ecclesiaste deudjui

Ce sont les camerounaiseries que tu veux voir ?

Ecclésiaste Deudjui est un jeune blogueur qui vit à Douala, la capitale économique du Cameroun. Sur son blog, il se sert d’un humour complètement décapant, décalé et souvent très terre-à-terre pour raconter la vie quotidienne dans son pays. Un quotidien qui, au fil de la lecture des textes d’Ecclésiaste, semble être dominé par l’omnipotence de l’homme qui dirige sans partage ce pays d’Afrique centrale depuis plus de trente années, par une fréquentation assidue des débits de boisson, par les relations à la fois simples et complexes que hommes et femmes entretiennent entre eux, par la corruption, par les problèmes et cocasseries liées à la lutte contre le terrorisme. Visiblement adepte de la maxime « castigat ridendo mores » (châtier les mœurs en riant) de Molière, le blogueur ne s’embarrasse pas de gants pour taper sur ceux qu’il désigne très souvent nommément. Mais il y aura toujours au détour de l’une de ses saillies cette expression ou cette onomatopée qui fera sourire ou rire de bon cœur. Ainsi va au jour le jour le blog de ce camerounologue autoproclamé.

A bientôt !


Bandjoun

Je suis descendu de l’autobus qui m’avait emmené là vers cinq heures trente du matin. Et tout de suite, j’ai été saisi par la fraîcheur de l’atmosphère. J’étais bien malin là, avec cette chemise fine aux manches retroussées, sous ce froid. J’ai tapoté l’écran de mon téléphone. Quelques secondes après, internet aidant, il m’a affiché douze degrés centigrades. Bien loin des trente degrés que j’avais laissés à Douala, six heures auparavant. Je suis resté là, sur place, devant la place du marché, à attendre que le jour se lève. Afin de me permettre d’engager le sprint qu’allait représenter cette journée. Je venais d’arriver à Bandjoun, certes, mais je dormirais à Douala le soir même. C’était il y a quelques semaines.

 A l’est, je ciel avait commencé à prendre une teinte bleuâtre, caractéristique de l’aube dans ces montagnes. Les commerçants avaient commencé, malgré l’heure, à s’installer, emmitouflés dans des gros pull-over ou dans des vestes. De temps à autres, ils jetaient un regard curieux vers moi, cet étranger planté là, transi de froid. Je n’avais toutefois pas le choix, car j’attendais l’une de ces commerçantes pour lui transmettre quelque commission : elle devait me procurer une décoction, médecine d’une toux chronique qui habitait le corps de quelqu’un de ma maisonnée. J’étais obligé de l’attendre ainsi, mon malheur étant qu’elle n’eut pas la bonne idée ce jour-là de faire comme les autres commerçants, d’émerger tôt de chez elle.

 Puis il eut un coup de fil, j’ai transmis la recommandation, ma journée pouvait commencer.

Premier rendez-vous : celui mon père. Avec qui j’entretiens ni plus, ni moins des relations cordiales, quasi-professionnelles, empreinte d’un respect mutuel et d’une certaine tiédeur. Phénomène qui dure depuis l’enfance. Mon caractère effacé, timide, taiseux et quelque peu introverti n’ont peut-être pas aidé à décomplexifier mes relations avec ce bonhomme. A la réflexion, je me dis que le complexe œdipien développé par Freud a été exacerbé chez moi.

Deuxième rendez-vous de la journée : ma grand-mère, la mère de mon père. Elle est l’unique aïeule qui me reste. Je sais qu’elle n’a pas dormi de la nuit. Je l’ai appelée la veille pour lui dire que je me mettais en route pour venir vers elle. Deux ans qu’on ne s’est pas vus. J’arrive chez elle. Accueilli par des enfants – j’imagine que ce sont mes cousins, bien que je ne les reconnus pas. Ils s’affairent déjà aux tâches ménagères. Ils me disent qu’elle est dans sa chambre.

Je suis accueilli par des hurlements de joie. Effectivement, elle n’avait pas dormi. Elle avait passé la nuit à estimer à quel étape du trajet j’étais. Elle s’était un peu inquiétée durant les derniers quarts d’heure. Je suis là depuis deux heures déjà, en réalité, je lui dis. « Tu étais avec ton père, alors ? Vous avez discuté ? » Elle me regarde, me contemple. Mes yeux se plongent dans ceux de cette nonagénaire aussi énergique qu’une jeunette de trente ans. A travers ses pupilles, je décèle une joie débordante, quelque chose qu’elle peut difficilement exprimer avec des mots. Je le sens, je le sais, je le vois, aussi palpable que ses mains qu’elle fait parcourir sur les parties de mon corps qu’elle peut atteindre, depuis sa position assise dans son lit. Et là, je ressens une certaine culpabilité. C’est anormal que je ne vienne pas lui rendre visite plus souvent. Je n’ai pas remis les pieds ici depuis deux ans. C’est inouï et inacceptable !

 Elle hèle l’un des enfants de tout à l’heure. « Va appeler la voisine. Et dis lui de venir aussi vite que  ses pieds le lui permettraient si une personne était en danger de mort ». A moi : « il faut que tu voies celle avec qui je passe mon temps ici. On s’encanaille énormément, on se chamaille plus que de raison, mais elle est celle sans qui je ne serais plus ». Un dizaine de minutes après, une voix se fait entendre dehors

« La maîtresse de cette maison, que se passe-t-il ?

– Un miracle vient de se produire. Je ne t’en dirai pas plus tant que tu n’es pas devant le brun de mes yeux.

– Qu’y a-t-il encore ? De ma concession je t’entends crier depuis de trop longues minutes! Devrais-je m’en inquiéter ?

– Viens voir le miracle de tes propres yeux, je te dis ! »

Dix secondes après, une femme de soixante-dix ans à peu près pénétra la chambre.

« Je te présente le maître des lieux !

– Tebu ?

– Lui-même ! Celui à qui appartient le sol que tu foules de tes pieds en ce moment même !

– Celui même qui est allongé là-bas dehors? Dit-elle en montrant du doigt la direction dans laquelle se trouvait la tombe de mon grand-père, éloigné d’une dizaine de mètres de la maison.

– Puisque je te le dis!

– Bienvenu chez toi, mon cher ! Vieille bique ! Je ressentais comme de l’enthousiasme, comme de l’excitation dans tes cris et hululements depuis tout à l’heure. Donc fallait-il que je comprenne que c’est parce que ton mari était là ? (Je porte le nom de mon regretté grand-père, ce qui fait de moi le mari de ma grand-mère).

– On ne peut pas faire plus perspicace, ma chère ! »

 S’en est suivi une séance de questions de la larronne que ma grand-mère a tôt fait d’écourter.  « Puisque tu es chez toi, tu dois être impatient de visiter tes terres. Va ! Va dégourdir tes jambes. Cette femme et moi avons un problème à régler. »

 Je suis allé dans le champ qui jouxte la case d’habitation. Il était en friches. Aucune graine n’y avait été semée dans l’année. En m’enfonçant dans ces sillons abandonnés, je me suis aussi enfoncé dans mes souvenirs…

Bandjoun.

Le plus ancien souvenir que j’ai de cet endroit date de mes cinq ans. Souvenir fugace d’un sac plein d’arachides posé sur ma tête et qui ma démoli la nuque. Je rentrais d’un champ et j’avais marché avec cette charge juchée au dessus de mon crâne sur près de huit cents mètres. Le lendemain, je tombai malade.

Entre mes neuf et mes douze ans, je passai mes vacances scolaires en ce lieu. Les charges étaient plus lourdes, transportées sur de plus longues distances, mais étaient plus supportables. Préadolescence. Rires. Tout le temps. Il fallait se lever tôt, aller aux champs. Récolter le maïs, puis les arachides, les melons d’eau. Pour les longues journées aux champs, on emmenait un repas. Que notre grand-mère nous faisait manger le plus tard possible. Parce que nous cessions tout à fait de travailler une fois que nous l’avions ingurgité. A partir de ce moment-là, nous entamions une véritable razzia. Les safoutiers, les manguiers et les goyaviers ne les auraient eus que pour pleurer s’ils avaient des yeux. Les feuilles de manguier, coupées comme il faut et empalées sur des brindilles, tournaient comme des hélices dès que nous nous mettions à courir. Et pour ça on a couru, gambadant à travers champs, parfois sous la pluie, maculant nos vêtements d’une terre rouge et grasse qui ne lâcherait plus le tissu. On s’en retournait auprès des autres très tard dans l’après-midi, honteux mais heureux. Certaines fois, au retour du champ, nous étions envoyés en mission commandée par notre grand-père pour retrouver un cochon qui s’était échappé de son enclos. Aucun animal n’est aussi difficile à attraper qu’un cochon, surtout quand il est petit. Les lapins étaient moins espiègles. Les chèvres et la basse-cour ne posaient aucun problème : ils rejoignaient d’eux-mêmes l’emplacement qui leur était réservé pour la nuit.

D’autres missions étaient plus périlleuses. Comme se laver après de telles journées, avec une eau glacée (parce que les hommes ne se lavent pas avec de l’eau chaude), sous le froid et dans la nuit. Ce genre de nuit tellement noire que tu as l’impression qu’il y a des paires d’eux provenant d’outre-tombe rivés sur toi. Dans de telles circonstances, mes compères et moi n’éprouvions aucun scrupule à éviter le bain pendant deux ou trois jours d’affilée. Parfois, nous étions obligés, toujours en pleine nuit noire, d’aller transmettre quelque nouvelle à une connaissance qui habitait à plus d’une heure de marche à travers champs, tout juste éclairés par la faible lumière de la lune ou, les jours les plus heureux, de celle vacillante d’une lampe-tempête.

A la fin de l’adolescence, les données avaient changé. Officiellement, nous allions toujours au village pour aider aux champs, mais la réalité était toute autre. Mes cousins et moi avions grandi et les préoccupations avaient évolué. Tous les soirs, ou presque, nous disparaissions sur les coups de vingt et une heures, pour ne réapparaître que le lendemain matin. Nous écumions les bals, les fêtes de mariage, d’anniversaire, les veillées mortuaires, etc. La plupart du temps, nous n’étions pas invités et ne connaissions, ni de près, ni de loin les personnes concernées par ces manifestations. Le tout après avoir parcouru des kilomètres à pieds, sans lune et sans lampe-tempête. Après des nuits aussi agitées, c’est peu de dire qu’aux champs, on avait plus l’air de zombies qu’autre chose. Et les rares arbres n’abritant pas les colonies de chenilles brûlantes qui risquaient de chuter à tout moment nous servaient d’ombre pour dormir.

Périodes dorées qui se sont arrêtées avec le décès de mon grand-père. Parti tranquillement, sans crier gare, le Jour de la naissance du Christ. Depuis, mes visites se sont fait rares, sporadiques. Et quand je reviens, je suis frappé par la tranquillité des lieux. La route qui passe devant la concession de mon grand-père n’est plus aussi fréquentée que dans mon souvenir. Une impression de vide, le sentiment qu’il n’y a plus personne, que les gens sont soit morts, soit partis. Parfois, j’essaie de m’imaginer où sont ceux qui jouaient avec nous quand nous étions plus jeunes. Sûrement quelque part, ailleurs, en train de faire le paon.

Il faut dire que les personnes originaires de Bandjoun sont des gens fiers. Avec tout ce que cela peut comporter comme traits de caractère supplémentaires. Ils sont vantards à l’extrême. Courageux, travailleurs, mais vaniteux. La rivalité est un mode de vie. D’aucuns considèrent que le simple fait d’être issu de cette terre-là te prédispose à une certaine richesse matérielle. L’échec y est donc très mal perçu.

J’ai été sorti de mes rêveries par les appels de mon aïeule. J’ai émergé du champ. C’était l’heure de partir. Après les longues bénédictions dont est coutumière la vielle femme, elle m’a laissé m’en aller. Non sans mal. Une fois de plus, comme à toutes les reprises depuis que je suis tout petit, elle s’est comportée comme si c’était la dernière fois qu’on se verrait.

Puis, je suis allé voir sa sœur ainée. Celle qui m’a fait rire le jour où elle m’a demandé si j’étais toujours à « l’école des juges ». Une façon très peu compliquée de traduire en patois la faculté de droit que j’ai fréquenté un temps.

Après quelques autres péripéties, je me suis retrouvé dans un minibus qui devait me ramener à Douala. Un voyage retour épique, puisque le conducteur a fait les cent derniers kilomètres du trajet avec la main dans le moteur. Toute une autre histoire.

 Je suis reparti. Pour combien de temps encore ?


Les pépites de Mondoblog : trop d’infos tue l’info ?

Comme souvent, la politique et l’actualité ont été les thèmes de prédilection. En Côte d’Ivoire, un nouveau gouvernement était installé le 12 janvier. Profondément indigné par sa taille hypertrophique et par le passif des membres qui le composent, ce gouvernement est tout simplement synonyme pour Suy Kahofi de gabegie et de compagnonnage. De son côté, Barack Nyare s’étonne de cette sorte  de pusillanimité et de cette admiration que les Gabonais manifestent à l’égard d’un régime qui somme toute, selon lui, les oppressent depuis des décennies. Y faisant presque écho, Jeogo  lance un message universel, destiné à ces gouvernants pour lesquels le peuple n’est qu’un instrument dont ils se servent quand leurs ambitions l’exigent mais qui l’abandonnent à son triste sort quand ils n’en n’ont plus besoin. En France, le gouvernement envisage de faire entrer dans la Constitution la déchéance de nationalité pour les binationaux ayant participé à des actions terroristes. Pour Djarma Acheikh, c’est une mauvaise idée car en le faisant, ce pays tombera dans le piège qui leur est tendu par les terroristes. Pour lui, le moyen le plus rapide pour la France de combattre Daech passe par l’extinction des carburants qui alimentent ses idées dans le pays : les inégalités, les injustices et le désespoir. Toujours au sujet du terrorisme, Boukari Ouédraogo revient sur le film tragique du déroulement des attaques qui ont visé le 15 janvier dernier un restaurant, puis un hôtel en plein cœur de Ouagadougou, la capitale burkinabè. La baisse du prix du baril de pétrole bat tous les jours de nouveaux records ces dernières semaines. Bakary Gueye nous explique que la grogne monte en Mauritanie, car les populations constatent avec un certain dépit que les prix à la pompe s’obstinent à ne pas emprunter la même trajectoire que les cours sur le marché mondial.

L’autre information à la une a été ces propos très critiqués du footballeur Ivoirien Yaya Touré. En effet, ce dernier, ne s’étant pas vu attribuer pour la cinquième fois le trophée de meilleur joueur africain, s’est fendu de déclarations dans lesquelles il annonçait entre autres que l’Afrique ne devra dorénavant plus compter sur lui. Son compatriote MC Agnigni a tenté d’analyser ironiquement (bien qu’il s’en défende) les « conséquences » que cette défection du joueur aurait sur l’Afrique.

Ces informations (et bien d’autres) ont été traitées ces dernières semaines par les médias et en fin de compte, constituent un grand tout difficilement assimilable. Face à ce trop plein d’actualités provenant de partout en même temps, Nelson Deshommes propose l’institution d’une journée sans information, pour dire non à l’infobésité et à la dictature de l’info en temps réel.

Parlons donc d’autre chose. De la « profession » de mendiant  par exemple, et de ce décryptage  – effectué par Roger Mawolulo – de l’approche marketing des mendiants respectant scrupuleusement la règle des « 5P ». Parlons des dernières heures heureuses d’un homme qui s’est marié dans une robe blanche peu de temps avant de s’éteindre racontées par Riad. La mort est aussi évoquée par Renaud Dossavi, qui s’essaie à définir les différentes étapes du processus par lequel passent ceux qui ont vécu le décès d’un être aimé. Face à l’éventualité de la mort, beaucoup veulent vivre pleinement chaque instant. Lucie Akouvi fait partie de ceux-là et explique les raisons pour lesquelles elle a fait de l’expression « carpe diem » un fil directeur de son existence. Dans une narration sympathique et humoristique, Enguialle raconte la vie de serveur de restaurant en se servant de l’analogie de l’évolution de carrière du footballeur professionnel. Pour finir, dans un texte dont on décèle facilement l’aspect sensibilisateur, Solo Niaré raconte la tragédie qui est arrivée à un irréductible défenseur de la pratique de l’excision du fait d’une méprise lors d’une… excision.

Focus sur…Des Mots et Des Images (DMDI)

Des mots des images
Le blog à la une cette semaine est quelque peu atypique, puisque c’est l’un des rares, sinon le seul sur Mondoblog, à être rédigé par plusieurs paires de mains. Des paires de mains dont la principale appartient à Eugénio qui, avec ses ami(e)s, rédige et publie chaque semaine plusieurs textes. Le blog est, comme son nom l’indique, un espace où les mots sont magnifiés et dans lequel l’image tient une place importante. Les mots sont presque systématiquement présentés dans le style poétique. Ils permettent à Eugénio et à Stéphane,  Laskazas ou encore Lamine, de parler avec beaucoup d’espièglerie de l’actualité de leur pays et d’ailleurs. Souvent, ils évoquent aussi l’amour, le quotidien et s’essayent quelques fois à produire des pamphlets. Le tout, dans un langage qui a le paradoxe d’être parfaitement accessible tout en n’étant pas à la portée du premier venu. En outre, il apparaît assez vite que les images qui donnent du corps à ces mots sont soigneusement choisies et le tout mis ensemble, donne à ce blog un aspect épuré et très esthétique. Un véritable régal pour les yeux.

A bientôt !


Les pépites de Mondoblog : rétrospective de l’année 2015

Une façon intéressante d’évoquer Mondoblog pour le compte de l’année qui vient de s’achever est l’approche par les chiffres. Quelques uns sont suffisamment significatifs et méritent qu’on s’y attarde. Nous avons 3275, un nombre qui représente le nombre d’articles publiés par les blogueurs au courant de l’année, qui sont au nombre de presque 600 et répartis sur cinq continents (la carte ici). Parmi ces blogueurs, 69 (dont 54 issus de la dernière promotion) provenant de 27 pays ont participé à la formation qui a eu lieu à Dakar du 28 novembre au 06 décembre 2015. Le dernier chiffre sera 3, comme le 3ème blog Mondoblog choisi par le public comme meilleur blog francophone lors de l’édition 2015 du concours international des blogs organisé par la Deustche Welle.

L’une des nouveautés sur la plateforme a été la mise en place de cette infolettre qui distille deux fois par mois le nec-plus-ultra de la mondoblogosphère. Sa diffusion ayant débuté au mois d’août, nous nous proposons de revisiter les articles publiés plus tôt dans l’année. Une petite sélection des productions qui ont attrapé l’œil, interpellé, fait réfléchir, rire ou pleurer. Retour en arrière.

A tout seigneur, tout honneur ! On ne saurait commencer cette revue des blogs sans évoquer d’emblée le blog Recto Verso, vainqueur l’an dernier du prix du meilleur blog francophone aux BoBs de la Deutsche Welle. Un blog excellemment rédigé par une africaine homosexuelle qui, pour des raisons évidentes de sécurité, blogue incognito.  L’un de ses billets marquants de l’année fut cette liste des dix croyances africaines sur l’homosexualité qu’elle a établie.

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’année qui vient de tirer sa révérence a été beaucoup moins heureuse que certaines autres qui ont précédé, jalonnée qu’elle a été de catastrophes, naturelles ou du fait de l’homme. Le premier évènement marquant fut l’attaque contre Charlie Hebdo, actualité dont Guillaume Djondo s’est fait l’écho, en dénonçant une attaque contre la liberté d’expression. Stéphane Huet se trouvait à l’autre bout du monde et a vécu le violent séisme qui a frappé Katmandou et les régions environnantes. Il raconte dans le détail son ressenti et l’attitude empreinte de dignité des Népalais qui, deux jours après la catastrophe, reprenaient leur vie presque comme si rien ne s’était passé.  Les terroristes ont aussi fait parler d’eux. L’une de leurs œuvres macabres fut l’attentat de Sousse. Malgré la gravité de cette information, le caricaturiste gabonais Jeff Ikapi réussit à arracher un sourire en croquant un touriste bardé d’une armure et prêt à aller coûte que coûte passer ses vacances en Tunisie.

L’année 2015 a aussi été difficile pour les femmes. Quelques Mondoblogueuses ont malheureusement vécu des situations symbolisant cela. La première fut Ahlem B qui, dans un texte remarquable raconte la visite d’un prétendant pas du tout à son avantage qui venait voir sa « promise » et le désarroi de la mère de celle-ci quand la petite effrontée a marqué son refus. De son côté, l’auteure de Cunisie, qui était sortie juste pour assouvir son désir de manger du chocolat, a vécu seize minutes de terreur pendant lesquelles le comportement de certains des hommes qu’elle a croisés lui a fait penser qu’elle serait peut-être un nom de plus sur la liste des sordides faits divers dont les femmes sont victimes. Le même désir de chocolat a conduit Djifa Nami dans une histoire complètement rocambolesque dans laquelle les polices aux frontières belge et française ont été impliquées.

Dans une sorte de conclusion heureuse, Eugénio passe poétiquement en revue les faits marquants récents. Quand Rocio Avila cite les trois raisons pour lesquelles il faut conserver sa confiance en l’humanité. Sûrement en référence au drame des migrants en Méditerranée, elle cite l’exemple de ce groupe de femmes qui préparent et offrent gratuitement à manger et à boire depuis 17 ans aux clandestins sud-américains qui risquent leur vie pour entrer aux USA.

La politique a aussi été au cœur des préoccupations des blogueurs. Le Congolais Serge Katembera s’interroge sur l’influence réelle de Dilma Roussef, la présidente du Brésil, en la mettant dans la balance avec celle du boxeur philippin Manny Paquiao. Widlore Mérancourt constate qu’internet est en train de changer la politique et la participation citoyenne en Haïti. Il en veut pour exemple un scandale récent dans lequel était impliqué le président Michel Martelly. Il explique : «il faut dire depuis son investiture en 2011, le chanteur populaire dont certains déploraient déjà l’obscénité extrême à plusieurs reprises, a laissé ses délires carnavalesques reprendre le dessus » lors d’un concert à Port-au-Prince. Boukari Ouédraogo nous emmène dans l’un des vestiges du renversement de l’ancien dictateur burkinabè Blaise Compaoré. Il fait visiter la maison du frère de l’ex-dictateur, qui avait été saccagée par les manifestants. Une bâtisse ravagé qui est presque devenu un musée. Yanik jette un regard sur un pays qu’il trouve curieux : le Nigéria. Où un bien étrange triptyque existe. Une trilogie de liquides : le pétrole, le champagne et l’hémoglobine.

Dans le volet social, Aphtal Cissé s’est livré à une longue analyse de l’engagement de la jeunesse togolaise et est arrivé à la conclusion que les jeunes de son pays doivent avoir pour combats premier l’éducation et la réalisation de soi. Steaves Mahum évoque les Zungueiras, les courageuses vendeuses ambulantes qui arpentent les rue de Luanda. Le gouvernement de ce pays veut mettre un terme à leur activité, elles qui pourtant contribuent à donner ses couleurs à la capitale angolaise. Dans une narration décapante, Abdoudramane Koné explique que selon une croyance très populaire dans son pays, les acteurs principaux de la victoire de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire à la Coupe d’Afrique des Nations 2015 sont les féticheurs. Arnould  Bazire lors de son séjour en Inde a découvert qu’il y existait, à l’instar de nombreux pays africains, un véritable business du blanchiment de la peau. Et que c’en était arrivé à devenir dans le pays un caractère aussi discriminant que le système des castes. Une autre discrimination est celle induite par l’interprétation que beaucoup donnent à deux mots qui sont pourtant des synonymes. Il s’agit des termes « immigré » et « expatrié », qu’Eric Leeuwerck confronte brutalement. Le Camerounais Will Fonkam déplore la tendance que beaucoup de ses compatriotes ont de négliger ou de gommer les noms qu’ils ont hérités de leurs ancêtres au profit de ceux venant d’ailleurs.

Les tests prénuptiaux sont devenus un passage presque obligé pour les couples désirant convoler. Mais de nombreux mariages continuent à se faire en mettant de côté cette étape, malgré les efforts de sensibilisation qui sont faits. Fatoumata Chérif expliquait pourquoi.  Quand on parle de mariage, il est très souvent question d’amour. Un amour auquel les geeks ont dorénavant aussi droit. Lucrèce Gandigbe, à force d’infographies, démontre que les fanatiques de technologie ont cessé d’être une espèce qui n’intéresse pas les filles. Dans un texte très nostalgique, Rima Moubayed raconte les souvenirs d’enfance d’un jeune homme. Ce jour-là, son père lui avait parlé de sa mère pour la première fois, en revenant sur leur première rencontre. L’amour peut aussi se retrouver dans une simple amitié et être exprimé de façon très émouvante, comme dans ce joli billet de Jule. L’amour peut aussi se retrouver dans le ressenti qu’on a pour une personne que l’on connaît très peu. Wébert Charles le manifeste assez bien dans cet hommage qu’il adresse à une amatrice de littérature qu’il avait rencontré quelques années auparavant, après qu’elle ait été mortellement poignardée dans une rue de Port-au-Prince.

Le cinéma a aussi été l’un des sujets de prédilection des Mondoblogueurs au courant de l’année. Amalka, dans son habituelle critique du septième art, décortique le film « Selma » d’Ava Marie DuVernay, qu’elle décrit comme un film historique, pédagogique, sur l’un des mouvements civiques les plus fondamentaux de notre histoire, sur la lutte contre la ségrégation raciale aux USA. Le film qui a le plus fait parler de lui en début d’année dernière est sans conteste « Cinquante nuances de Grey », une film que Dieretou a regardé et à l’issue duquel elle a fait une critique à deux tons, puisqu’elle fustige les spectateurs qui ont fait les déçus car pour elle le jeu des acteurs était plus que juste et le rythme de l’évolution de l’intrigue plutôt bon, mais d’un autre côté, elle déplore le fait que le langage utilisé dans le film fut aussi lissé, loin de celui présent dans le livre duquel il est inspiré. Lalah Arinaiana, au détour du film-documentaire « Ady Gasy » (la débrouillardise malgache) a redécouvert l’ingéniosité et le courage dont ses compatriotes savent faire preuve malgré la misère et les difficultés.

On bouclera cette revue des billets par les découvertes faites par deux blogueuses dans leur pays d’adoption. D’abord, Emmanuelle Gunaratne nous fait découvrir le « beli » une plante sri-lankaise aux mille vertus, tant gastronomiques et nutritives que médicinales. Enfin, Pascaline, récemment installée à Dakar, a regardé son premier combat de lutte sénégalaise, ce sport qui est le plus populaire dans ce pays d’Afrique de l’ouest et qui est pratiqué par des gladiateurs très célèbres dans leur pays.

Pour finir, recevez tous les vœux les meilleurs pour l’année 2016.

A bientôt !