Andriamialy

Un mois de décembre de folie

C’est bien la nouvelle année mais je vais encore raconter mon 2015 en vous racontant mon mois de décembre de folie!

1er décembre 2015, je me réveille. Je suis sur le lit du haut d’un superposé dans un chambre d’une auberge quelque part dans la banlieue de Dakar, au Sénégal. Je me lève et je sors sans déranger mes colocataires pour la semaine : Issa et Yves. Grâce aux 3 heures de différence avec Antananarivo, j’arrive à me réveiller en forme beaucoup plus tôt que tout le monde. C’est mon programme quotidien pendant la semaine de formation mondoblog 2015. Je me lève, je me prépare, je vais me connecter à internet, je prend le petit déjeuner avec tout le monde et on part à la formation pour la journée avant de revenir le soir manger, se connecter à internet et dormir.

lit superposé
C’est là-haut que j’ai dormi pendant la formation mondoblog, un retour en enfance, ambiance colo

Mais, bien sûr, il y a eu autre chose que de la formation à Dakar. J’ai visité la ville. Preuves en images.

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Moi et mon petit ventre en ballades dans Dakar
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Dans une ruelle de l’île de Gorée
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Ave la perspective, je suis presque aussi grand que l’homme du monument de la Renaissance

07 décembre, je débarque de l’avion. Je me suis trompé de 3 heures et la voiture censée me prendre est déjà partie. Après la valise oubliée à l’hôtel, la veille, je me demande si je ne suis pas un peu trop fatigué par la mondoformation pour faire tant d’erreurs. Je vois ma femme et mon dernier fils à l’aéroport, un peu fatigués de m’avoir attendu des heures. Heureusement que mon petit frère travaille à l’aéroport et a sa voiture avec lui. On lui emprunte sa BMW et je conduis, doucement, car encore un peu groggy, dans les rues encombrés de Tana. Entre Dakar et Tana, les images se mêlent, se ressemblent, se contrastent. Le choc est un peu violent, je n’arrive pas à bien me situer. Pour me tenir éveillé, on se raconte les nouvelles mais, déjà, on met au point le programme, hyper chargé de la semaine. Demain après-midi, je fais enregistrer le dernier morceau de notre groupe par ma sœur. Vendredi, c’est le mariage civil du petit frère. Samedi, c’est le grand concert pour l’anniversaire du groupe évangélique Balsama dont je suis fondateur et compositeur et Dimanche, c’est le mariage religieux suivi du banquet pour mon petit frère.

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Jour de studio pour les Balsama
violon andriamialy
Là, je prends en sérieux ma petite solo de violon pendant le concert des Balsama
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Mariage à l’église de mon petit frère
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Au banquet, je m’improvise photographe

14 décembre, quelque part sur la RN2, vers Toamasina et Foulpointe, je suis en train de remplacer mon père au volant de la voiture familiale. Trop épuisé par le mariage, la veille, il n’arrive pas à tenir 50 km d’affilée, lui qui est chauffeur au long courrier depuis plus de 30 ans. Je me dis que, cette fois-ci, c’est le repos et les vraies vacances. Le hic, c’est qu’on a eu tellement à faire pendant tout le mois qu’on a juste réussi à caler 3 jours entiers pour ces vacances au bord de la mer avec ma sœur, de passage à Madagascar. Avec mes 5 enfants, on ne peut pas dire qu’on s’est totalement reposé avant de refaire une demi-journée de voyage le jeudi pour revenir. Le dimanche après-midi, après avoir fêté entre nous cette 15ème anniversaire du groupe Balsama et soufflé les bougies, nous avons, enfin, eu le sentiment d’avoir tout fait comme il se doit, grâce à Dieu.

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Séance de tannage à la station balnéaire de Foulpointe
Cérémonie de clôture des 15è années des Balsama
Cérémonie de clôture des 15è années des Balsama

21 décembre, je suis de retour au bureau. Je n’ai plus un jour de congés mais j’ai la tête pleine d’images, de super moments que j’ai passé à Dakar, à Foulpointe et à Tana. Pas le temps de me concentrer davantage, j’ai la liste du Père Noël avec moi. Avec mon temps de pose, je dois aller visiter toutes les boutiques du Père Noël (que ses ateliers chinois approvisionnent) et choisir avec intelligence les cadeaux qui satisferont à la fois la liste et mon budget. Cela fait plus de tours dans les magasins, plus de comparaison, plus de marchandage, enfin, des techniques de shopping à la malgache. Mais que c’était fatiguant!. Le 24 décembre, vers minuit, quand la surprise est préparée, on se sent quand même un peu fier et on sent, un peu, l’excitation et on reçoit une part de la magie qui va s’opérer au matin dans les yeux des enfants.

La cheminée est trop petite pour les maro anaka (famille nombreuse)
La cheminée est trop petite pour les maro anaka (famille nombreuse)

28 décembre, je suis de nouveau au bureau. Hier, c’était le mariage traditionnel de mon cousin. Il faut dire que le mois de décembre est bien le mois pour ce genre d’évènement. Maintenant, tout le monde prépare le réveillon. Nous, comme d’habitude, nous allons nous éloigner de la ville, en famille. Ainsi, le 31 décembre, on est sur la route d’Ampefy, sous une pluie torrentielle. Il y avait trop d’embouteillages à la sortie de la ville et cette pluie nous a fait perdre un temps précieux. Fatigué, fourbu, je suis allongé dans le lit de ce gîte. C’est le dernier jour du mois de décembre et j’essaie de prendre la mesure de tout ce qui s’est passé pendant ces 31 jours. Et je me dit : « il faut que je raconte tout ça dans mon blog! ».

Mopn fils me prend en photo dans la nature d'Ampefy
Mopn fils me prend en photo dans la nature d’Ampefy

Finalement, cet article n’est pas un carnet de voyage. Ce n’est pas un reportage.  Et s’il est un peu différent de tous les autres, j’avoue qu’il n’a pas forcément un message à transmettre. Il n’a pas de leçon à donner. Peut-être que mes détracteurs vont dire que je me la pète juste un peu. Qu’importe, je me dis que dans la vie, si courte vie, il arrive qu’on veuille faire beaucoup de choses et que souvent on n’arrive à faire que très peu par manque de temps, manque de moyens, manque d’occasions. Moi, je dis qu’il faut toujours continuer à rêver et quand il le faut ou quand l’occasion se présente, on doit faire ce qu’il faut pour accomplir le peu que l’on puisse faire, même quand c’est fatiguant. Un mois de folie comme décembre dernier n’est pas à répéter souvent pour moi, mais c’était génial!

 


Top 10 : Rétrospectives 2015 sur Lay Corbeille

2015, quelle année ! Je suis en train de regarder quels articles ont été les plus lus sur ce blog en 2015 et les statistiques sont plus ou moins étonnantes. Alors chères lectrices et lecteurs habitué(e)s ou de passage, voici ce que vous avez aimé dans Lay Corbeille en 2015.

10- Madagascar, le pays le plus heureux du monde

M’inspirant un article en mois de février, cette mauvaise blague du site mediamass est complètement ironique et méchant. Madagascar aurait reçu en 2015 entre autres trophées celui d’être le plus beau pays du monde. Ce qui n’est peut-être pas si faux, remarque! Lire l’article

9- Les plus belles chansons malgaches

Encore en février 2015, j’ai donné ma playlist de chansons malgaches et étrangères que j’aime. Vous avez aimé l’article qui, ma foi, est quand même une bonne introduction à la musique malgache. C’est juste une introduction puisque la Grande île, surnommée l’Île Continent est aussi, musicalement, très vaste. Lire l’article.

8- Les personnages des contes et légendes malgaches

En 2014, j’avais fait une série sur les contes et légendes malgaches. À la 8ème place de ce top, on retrouve les personnages des contes et légendes : les Trimobe, Faramalemy, Ikotobekibo, Ikotofesty, Imahakà et les autres. Lire l’article.

7- La mort d’une star des téléréalités malgaches

La mort en décembre 2014 d’une personnalité d’une émission de téléréalité malgache a suscité une vague de sympathie nationale et une mobilisation sans précédent sur les réseaux sociaux malgache. Lire l’article.

6- Plats malgaches avec des noms français

Un autre top qui vous a marqué en 2015 est celui-ci qui recense 6 plats ou aliments dont les noms sonnent français mais qui sont typiquement malgaches. Lire l’article.

5- Musiciens malgaches internationaux

Encore antérieur au N°9, cette autre introduction au monde de la musique malgache recense 10 noms connus mondialement comme Jaojoby, les Surfs, Andy Razaf par exemple. Lire l’article.

4- Discussions chaudes?

Cette imposture est un article de janvier 2014. Je voulais raconter une conversation que j’ai eu avec un robot « chatteur » se croyant excellent au test de turing (se faire passer pour un humain le plus longtemps possible). En effet, il m’a envoyé une invitation par courriel puis a commencé à m’envoyer des messages plus ou moins suggestives. Flairant l’arnaque, j’ai…bon, si vous ne connaissez pas l’histoire, lisez l’article qui, à cause de son titre « inconsciemment » accrocheur, attire les lecteurs les plus frustrés de mon blog mais, surprenant, accuse aussi le taux de rebond (lecteurs qui restent sur le site après avoir lu l’article) le plus élevé. Comme quoi la sérendipité a du bon, parfois.

3- Les monstres de Madagascar

À la première marche du podium, mais véritablement l’article le plus aimé du blog, c’est ce recensement de tous les monstres et les créatures monstrueuses, réels ou imaginaires de l’île. Depuis sa création, en moyenne, 10 personnes par jour découvrent ou relisent cet article et j’en suis fier.  A lire, relire et à partager.

2- Lay Corbeille

Ouf, la page d’accueil du site est quand même à la 2nde place de son top 10. Elle aurait eu sa place au top mais elle n’y est pas à cause de l’anomalie qui sera en N°1. C’est une preuve que des lecteurs fidèles existent. Et c’est donc là que, déjà, je tiens à vos remercier, lecteurs de ce blog. C’est vrai que je ne suis pas comme beaucoup de blogueurs. Je ne suis pas très social, très causant. Je m’adresse à vous rarement et vous voyez bien qu’on a peu de commentaires sur le site car mes articles, je pense, n’en demandent pas souvent. Et pourtant, les visiteurs sont nombreux (plus de 2 par jour). Et même si vous ne commentez pas les articles, j’apprécie les encouragements sur la page « à propos« , sur la page facebook, sur twitter et dans ma boîte mail, Merci!

1- Les malgaches sont fous

Voici donc l’article « anomalie » qui a crevé le plafond en 2015. J’avais poussé ce coup de gueule en novembre 2014 pour dénoncer quelques crimes à Madagascar qui étaient particulièrement horribles. 18 visiteurs le premier jour et un pic à 47 le lendemain avant de se tasser. Sans que je le veuille, certains activistes du web gasy ont voulu le partager à chaque fois qu’un autre crime odieux, particulièrement dégoutant, voire dérangeant était découvert et Dieu sait s’il y en a eu en 2015 (attaques de dahalo, kidnapping, meurtres, notamment, l’affaire Nambinina en février). Résultat : l’article a été lu et commenté par beaucoup de personnes, y compris celles qui ne sont pas habituées au second degré du site (ou dans la vie en général), celles qui même si on explique, ne comprendront pas, les supposés patriotes indignés, des gens qui ne m’aiment pas dans la vie pour d’autres raisons, etc. Je dirais quand même que le message est passé et beaucoup, pas tous mais beaucoup, l’ont compris. Tuer, violenter n’est pas dans la coutume malgache, il faut revenir à nos valeurs. Les malgaches ne sont pas fous! ai-je titré juste après cet article, je l’espère toujours! Lire l’article

 

Voilà, ce top 10 est basé, uniquement sur l’analyse des flux sur le site. Je n’ai pas affiché mes préféres en termes d’esthétiques ou de rédaction. Je n’ai pas fait voté des lecteurs. Sûrement, il y a eu des articles plus impressionnants mais qui ne sont qu’à la 11è, 12è ou 53è place en terme de visites. Si moi, j’avais à proposer des articles à relire, je choisirais certains comme la cocotte minute en janvier, le vodiondry en juillet ou le récent top 5 des remplaçants du sac en plastique. Je pourrais aussi proposer des classiques comme mon guide pour surfer sans risquer la prison à Madagascar, mes 3 essais sur le thème « chez moi, c’est… » ou juste mon album photo . (Oui, je suis moi-même lecteur du blog) Et pour tout découvrir, je vous fais confiance!

Bonne fin d’année 2015!!!

 

 

 


Madagascar : il faut manger les routes

Finalement, il faut se rendre à l’évidence : les routes seront la base de notre alimentation à Madagascar sinon préparons-nous déjà à mourir de faim.

Qui a dit que les routes ne se mangent pas?

On  connait tous le parti TIM de Ravalomanana et son slogan « construisons les routes à Madagascar« . Tout récemment, Ratsiraka Didier nous a fait miroiter son projet du siècle : une autoroute en forme de Y, 3 axes se rejoignant à Antananarivo pour relier le Sud, l’Est et l’Ouest de l’île; un projet plus ambitieux que celui annoncé en 2014 par son neveu Roland, alors Ministre des Travaux Publics. Peuple malgache, pourquoi ne faisons-nous pas confiance à nos politiciens et nous mettre à manger les routes pour de bon? Arrêtons de demander du riz, du zébu, demandons les routes et même cuisinons les nous-mêmes et le reste suivra.

En effet, le riz se mange avec un accompagnement (le laoka) mais avant d’arriver dans ton assiette, le tout a du prendre la route depuis la rizière et les champs jusque dans ta marmite. Sans la route, tu as intérêt à avoir ta propre rizière et ton troupeau de zébu. Avant, il y avait 80% de malgaches qui étaient des paysans. C’était plus logique de dire que les routes ne se mangent pas. Mais aujourd’hui, on est de plus en plus nombreux à s’amasser dans les villes et, logiquement, les routes deviennent un ingrédient de plus en plus incontournables.

Le problème est que la recette de la route est assez technique et très coûteuse. Le kilomètre de la variante « goudronnée » coûte des milliards d’Ariary. C’est pour cela que c’est un plat dont l’addition se partage volontiers. Et puis, on peut se rabattre sur des recettes moins chères comme le béton, les pavés, le gravier, la terre battue et pleins d’autres possibilités. Bien sûr, il y a la question de goût qui ne se discute pas mais « faute de grives on tue les merles ». Seule celle au goudron est la plus facile à manger. Je dirais que la terre battue est quand même assez abordable même pour un festin de quartier ou familial.

Je me souviens avoir vu la première fois de ma vie une recette de récupération de route abimée, un genre de pudding, dans un magazine européen. J’étais encore jeune mais je me souviens bien que cela apprenait comment on pouvait réparer soi-même un nid de poule apparu sur la route devant sa maison. Je me demandais alors si vraiment les gens de ce pays faisaient ça. C’est à dire que lorsque la route s’abimait devant chez eux, sans attendre les cuisiniers de l’administration, ils confectionnaient eux-même leur pâté de goudron ou de gravier et de ciments ou de terre battue et les appliquait le tout sur la déchirure pour la faire disparaître. A Madagascar, tout le monde râlerait seulement contre on ne sait pas qui : tous les automobilistes qui usent la route ou la météo qui accélère son pourrissement ou bien l’État qui n’arrive pas  à en fournir de nouvelle à chaque fois? Jamais personne n’irait volontairement réparer la route gratuitement. Ah oui, il y a quand même des garçons qui choisissent des trous à certains endroits, y amènent de la terre et passent la journée à quémander de l’argent pour ce bout de route qu’ils seraient en train d’entretenir. Je dis que toute peine mérite salaire mais ça, c’est une goutte d’eau dans l’océan.

Non, les petits encas de pavés, les gouters de bétons, les pauses goudrons contre les gros bols de terre boueuse, ou pire, les spaghettis de petits sentiers dans les montagnes, ça suffit! Il faut maintenant décréter que la base de l’alimentation des malgaches n’est plus le riz et le laoka mais la route « manara-penitra » (aux normes) qui apporte le riz et le laoka. Il faut apprendre aux enfants comment on fabrique la route. Il faut ouvrir plus d’école de cuisine, des ateliers, que dis-je, des usines pour en fabriquer. Il faut détaxer, privatiser, investir, inciter, encourager la consommation. Toute la nourriture qui, par dépit, pourrit dans nos campagnes reculées n’attendent que les routes pour remplacer de pied levé celle que l’on ramène par la mer et l’air et qui, en plus de coûter les yeux de la tête, souvent, nous donne des gaz, ou pire.

« I’ve been around the world* » chantait Lisa et Barry et je n’ai jamais rien vu de plus beau que Madagascar. Pourtant, « soa fianatse » (il faut apprendre des bonnes choses) disent les betsileo. Alors, je dirais que partout ailleurs, les gens ont depuis longtemps consommé, parfois même sans modération, le goudron et le béton. Nous, malgaches, sommes un peu en retard et justement, nous pouvons encore nous rattraper et faire de nos routes un moyen moderne, en harmonie avec notre nature, pour nous aider à nous développer. Ne nous en privons plus!

* j’ai parcouru le monde


5 faux amis de la musique latino dans la langue malgache

Sujet de fin d’année, parlons musique et danse. Je vais vous citer des mots communs mais de sens différents utilisés en malgache et dans la musique latino.

Ceci explique pourquoi il est facile aux auteurs compositeurs malgaches de faire des jeux de mots sur la musique latino et aussi pourquoi certains titres nous font sourire plus que prévu. Beaucoup de mots autour de ces musiques ont un sens en malgache, les voici.

1- TANGO

C’est la célèbre danse improvisée à 2. Et en malgache, on a la racine « tango » (prononcez « tangou »). D’elle, on a le verbe « mitango » qui signifie cueillir. Le rapprochement a été fait par le chanteur Gaby du groupe Jeneraly dans cette adaptation d’un tango argentin en ces termes :

Nioty voninkazo ery amoron-kady (on cueillait des fleurs près de la falaise)
Toa mpanambady andro alahady (comme des mariés du dimanche)
Nitangotango foana teny dia nandihy (on faisait des cueillettes et on dansait)
Nandihy sangodina eny amorom-parihy. (on dansait en rond près du lac)

https://www.youtube.com/watch?v=u5VmhS2oHS4

 

2- SAMBA

C’est une musique et danse brésilienne à consonance africaine. En malgache, samba est une racine qui est à l’origine de Sambatra = heureux et Sambany = première fois. En malgache, avec la répétition de racines, on obtient des nuances pour atténuer ou renforcer comme mafy =dur, mafimafy = un peu moins dur et mafimafy kokoa = un peu plus dur. Ainsi, la toute première fois, on dit « sambasamba ». Un titre tout trouvé pour le groupe Njila.

3- LOCA

Loco ou loca peut signifier folle/fou en espagnol. En malgache, on a 2 mots qui se prononcent pareil : « laoka » : poisson ou l’accompagnement du riz et « loaka » : troué. C’est pour cela que lorsqu’on entend « loca loca loca », on entend « à manger » ou « c’est plein de trous ».

4- TOCA

C’est le verbe toucher en espagnol. En malgache, c’est exactement la même prononciation que « toaka »= boisson alcoolisé. Vous imaginez donc combien il est drôle pour un malgache de danser sur une chanson festive qui ressasse « loca, loca, loca…toca, toca, toca… ». Une invitation à manger et à boire, à une véritable orgie et à la débauche…pas si loin de la véritable traduction, non?

 

5-BESO

Pour finir, même si la liste pourrait être plus longue, j’ai choisi Beso qui en espagnol signifie un baiser et en malgache une voix de basse.

 

L’espagnol et les langues latines en général sont un peu plus proches du malgache dans la prononciation comparés à l’anglais ou l’allemand, entre autres. Ce n’est pas vraiment une surprise de voir tant de faux amis entre eux. En parlant de musique, j’aurais pu ajouter par exemple que « bamba » signifie uniforme en malgache; que lambada pourrait se comprendre lamban-dahy (tissu pour homme); et que rumba est très proche de romba. C’est fascinant, ou pas. Les malgaches expliquent les homonymies avec une adage qui dit que « les noms sont une plantation de cacahuètes ».


Voici Dakar

Dakar, le quartier d’Antananarivo où j’ai grandi, n’a finalement pas grand chose à voir avec le vrai au Sénégal.

A partir de mes huit ans, j’ai habité juste en face de ce quartier que l’on surnomme Dakar. Les malgaches aiment bien donner des surnoms, aux gens, aux lieux ou aux choses. C’est pour cela que des villes ou des quartiers prennent des noms étrangers. Parfois, il y a une certaine logique, Toliary, par rapprochement de la prononciation devient Toulouse, par exemple. Behoririka est appelé Chinatown parce que c’est deveu le quartier des chinois. Mais en parlant de Dakar, Manjakaray, l’explication n’est pas toute trouvée.

Je me souviens, quand je quittais ma maison pour aller à Manjakaray, je devais suivre une route goudronnée. Alors, je passe par une cimetière des karàna (communauté de malgaches d’origine asiatique, venant de territoires aujourd’hui faisant partie de l’Inde et du Pakistan). Puis, j’arrive à mon église, l’Eglise Adventiste du 7ème jour Manjakaray, qui répète fièrement qu’elle a été la première église adventiste à Madagascar.

L'intérieur de l'église Adventiste Manjakaray
L’intérieur de l’église Adventiste Manjakaray

Mais quand ce n’est pas le sabbat, alors, je passe devant pour aller dans le petit marché quelques mètre plus loin. Là, j’aperçois l’église protestante FJKM Rasalama de Manjakaray. Rasalama, c’est le nom de la première martyr chrétienne de Madagascar. Elle s’était caché dans une grotte à Manjakaray, quelle idée! On a du mal a imaginer qu’en ce temps là, Manjakaray était à la campagne. Si on rajoute que l’église catholique de Manjakaray est celle qui est mondialement célèbre pour ses cloches, on a un quartier qui est une concentration de l’histoire de la chrétienté à Antananarivo. Cela ne peut être l’explication de la provenance du surnom Dakar.

Eglise Manjakaray
Clocher de l’église catholique de Manjakaray

A mon avis, Dakar était un surnom péjoratif pour dire que c’était l’Afrique. Historiquement, ce serait un fief des mainty (noir de peau) libres. J’explique l’expression « noir libre ».  Dans la tête de certains malgaches, racistes, donc têtes dérangées que la colonisation et les politiques d’après n’ont pas arrangés, il y a deux types de malgaches : les ambaniandro, à la peau clair et les andevo (esclaves) à la peau foncée. Pourtant, cela n’a jamais été comme ça. La société malgache était en tout temps très complexe et les classes étaient toujours poreuses. Tu pouvais naître esclave et mourir seigneur et l’inverse mais en aucun cas, la couleur de peau pouvait garantir une place privilégiée. Donc, Manjakaray serait Dakar parce que c’est un quartier à majorité de noirs. Mais ce n’est pas tout.

Maisons de Manjakaray
Maisons de Manjakaray

Manjakaray était un quartier pauvre, très pauvre. Une autre image que les rares émissions à la télé montrant l’Afrique en ce temps-là véhiculait. Il y avait, il y a encore des bidonvilles cachées derrières les maisons en premier plan, comme un peu partout à Antananarivo, malheureusement. Avec la misère, il y a l’insécurité. Manjakaray est un de ces endroits qu’on a toujours appelé « zone rouge ». Je me souviens qu’il y avait un temps où l’on se réveillait, habituellement, avec les « au secours! » et « à l’aide! » de passants et de passantes dépouillés, violentés, agressés. Ceci est presque vrai : les malfrats évitent de s’en prendre aux habitants du quartier. C’est logique, sinon, ils seraient presque obligés de « faire taire » ces témoins gênants et cela compliquerait leur tâche. On s’est fait cambrioler, une fois. Donc, on n’a pas pu voir les malfaiteurs. Pour le reste, on n’a pas eu de problème. Les visiteurs, par contre, les gens qui viennent de la campagne, à pied ou qui débarquent des taxi-brousse, étaient souvent attaqués.

Ce serait, donc, un surnom caricatural pour dire que Manjakaray serait comme le Dakar du début des années 1990 avec le conflit d’avec Nouakchott et comme l’Afrique, en général, comme le pensait la plupart des malgaches : la pauvreté, l’insalubrité et l’insécurité. En ce temps-là, comme il n’y avait que la radio pour la majorité des malgaches, juste le fait d’entendre à la radio qu’il y avait des échauffourées à Dakar aurait pu faire croire que c’était comparable à ce qui se passait à Manjakaray.

Panneau montrant Manjakaray en tant que frontière au Nord de la ville
Panneau montrant Manjakaray en tant que frontière au Nord de la ville

Aujourd’hui, j’ai quitté ce quartier qui n’est plus une banlieue pour m’éloigner encore du centre-ville. Quand je reviens à Manjakaray, c’est devenu différent. Au bord des rues, il y a de grandes maisons, modernes et belles. Il y a toujours ces petites ruelles, ces vielles maisons centenaires et ces autres en tôles et en sacs plastiques. Il y a des gens, beaucoup de gens, du matin au soir, et jusqu’à tard le soir. C’est bizarre comme la richesse et la pauvreté, la propreté et la saleté, la beauté et la laideur se sont encore plus mélangés : les grands buildings qui cachent en deuxième plan les taudis, les ruelles mal famées d’où sortent de rutilantes 4×4, les commerçants, les bacs à ordures pleines, les jolies filles, les soulards, les bandits, les jeunes désœuvrés, les écoliers, et le reste.

Et puis, comme par magie, je me retrouve à Dakar, le vrai. C’était un voyage sur Air Mondoblog et c’est comme un rêve. A vrai dire, il fallait que je ramène le sujet de ce texte à mon pays. Je m’en excuses. Mais, d’autres part, une semaine à Dakar, c’est trop insuffisant pour avoir une opinion un tant soit peu objective de cette immense ville quand une dizaine d’année à Dakar, le quartier de Manjakaray m’en fait un spécialiste.

Tout ce que j’ai vu au Sénégal m’a impressionné et cela restera dans ma tête comme toutes les villes du monde que j’ai déjà visité.

Et je proclame solennellement que Manjakaray n’a rien à voir avec le vrai Dakar. Ou presque!

Et pour le confirmer, je vous montre cet album de photos de Dakar, du beau Dakar. Bon voyage!


Nous sommes la classe moyenne de Madagascar (top 10)

Ces derniers temps, on nous ressasse notre place de pays parmi les plus pauvres du monde. Si on dit que la classe moyenne n’y existe plus, aujourd’hui, j’aimerais vous dépeindre cette partie de la population de Madagascar que, moi, j’appellerai la classe moyenne malgache.

En termes de richesse, ou de pauvreté, les indicateurs sont divers, mais celui qui fait le plus de tort à des pays comme Madagascar c’est le fameux PIB. Il place simplement Madagascar au 5e rang des pays les plus pauvres de la planète avec un taux à 392, 6 dollars. Ce qui veut dire qu’en moyenne, un Malgache vit avec un peu plus d’un dollar par jour, disons dans les 3 000 ariary. J’ai déjà expliqué combien c’était très relatif tant qu’un dollar reste beaucoup d’argent à Madagascar. Alors, les gens que je vais décrire vivent peut-être avec un dollar ou moins, mais vous jugerez s’ils sont pauvres ou si j’ai raison qu’ils ne sont pas riches mais dans la classe moyenne :

TOP 10 : NOUS SOMMES LA CLASSE MOYENNE MALGACHE

1- On vit dans une maison,

Plutôt un appartement ou parfois même une chambre, avec ou sans le confort. Soit, on loue, soit on est 4 ou 5 familles dans la maison des grands-parents. Bref, on n’est pas à la rue!

2- On a une moto,

au moins, ou une voiture des années 1970-2000, achetée d’occasion ou héritée des parents.

3- On travaille tous,

ou presque, dans la maison, à partir de 16 à 25 ans. Du travail dans les bureaux, dans les champs, dans les ateliers, à l’usine, une profession libérale ou du bizna (business) ou bien du petit commerce plus ou moins formel. Mais on travaille même s’il y a toujours un petit frère ou une petite sœur qui n’arrive pas à se décider à entrer dans la vie active et reste à la maison aider maman.

4- Sinon, on a un enfant,

un petit frère, une petite sœur, un neveu, une nièce ou autre qui est en train de faire ses études à l’étranger et qui habite, gratuitement, chez une tante, un oncle, un cousin ou une grande sœur ou un grand frère qui est établi là-bas depuis un certain temps. D’ailleurs, c’est le même bienfaiteur ou la même bienfaitrice qui envoie parfois de l’argent pour aider en cas de besoin.

5- Les jeunes enfants vont dans des écoles privées

du genre « Les anges », « Les petits diables », « Les génies », « Euclide », ou d’autres noms les plus originaux possible. Mais à la première occasion, ils doivent rejoindre les collèges ou lycées publics. Après le bac, c’est l’inverse, ils doivent réussir un concours pour les bonnes filières des universités de l’État : agronomie, médecine, polytechnique, science sociale, informatique et statistiques par exemple. Sinon, ils vont aller dans les instituts privés du genre ISSIT, IUMA, ESSEG (acronymes fictifs, à vous de chercher) en parallèle à une filière moins prestigieuse de l’université comme la gestion, l’économie, les lettres, etc., et avec une autre filière encore mais en télé-enseignement. Il faut dire que le gasy moyen est plus que les autres impliqués dans l’éducation de leur progéniture tant ils sont conscients que les diplômes peuvent être une clé pour leur avenir.

6- Justement, ces enfants sont les véritables rois

inavoués dans la maison du gasy moyen. On ne leur refuse pas grand-chose : jouets, goûter, télé, tennis, costumes de carnaval, tablettes, téléphones, consoles, etc. Par exemple, à la veille du Carnaval annuel, il faut aller dans les boutiques de costumes et déguisements pour voir les parents chercher LE costume Barbie, fée, Batman, Spiderman, Zorro à 50 000 ou 80 000 ariary (entre 45 et 80 euros) qui ne servira, théoriquement qu’une seule fois. On emmène aussi les enfants pendant les fêtes dans ces parcs improvisés des villes ou des grands villages. On va y dépenser 10 000 ariary par enfant (moins de 3 euros) pour une dizaine de manèges.

7- Et une fois par an, on les emmène en vacances,

à la plage ou dans la campagne (de préférence à la plage). Une plage moins fréquentée comme Ambila, Morondava, Fort-Dauphin, Nosy-Be, Ambanja. Mais souvent, c’est la fréquentée Mahajanga ou la surpeuplée Foulpointe. La campagne, c’est un premier choix, quand on en possède une (la campagne, c’est la contrée d’origine des citadins)

8- Les parents s’amusent avec presque rien :

sortir le vendredi soir ou le week-end avec la petite voiture, aller au resto/karaoké ou s’installer aux endroits branchés, boire, manger et beaucoup parler.

9- Chaque soir, après le boulot, tout le monde regarde les chaînes malgaches,

entre 2 à 12 chaines privées, par ville. Ou depuis quelques temps, ils lorgnent sur les chaînes du satellite ou de la TNT, devenues marques de l’appartenance à cette classe moyenne car la pub dit bien « ne pas avoir ça** c’est comme ne pas avoir de télé »

10- Tout ça c’est bien, diriez-vous, mais si jamais on a une dépense imprévue,

une réparation urgente de la maison, la courroie crantée qui a lâché et un moteur à remplacer, quelqu’un qui tombe très malade, c’est la catastrophe.

Oui, souvenez-vous qu’on vit avec un peu plus d’un dollar par jour. On voit bien qu’on n’est pas comme beaucoup d’autres Malgaches qui survivent aujourd’hui avec 500 ariary (15 centimes d’euro) par jour. On n’est pas, non plus, comme ces, pas moins nombreux, riches, nouveaux riches, étrangers, expatriés qui vivent dans l’opulence des villas, des 4×4 et des vacances à l’étranger. Mais moi, je trouve, personnellement, qu’on vit bien, quand même; qu’on n’a pas trop à se plaindre. Votre avis, je ne sais pas. Certains seront d’accord en disant que nous sommes riches, sans le savoir; riches de produits bio, de nature généreuse, de climat clément, d’articles bon marché, de moramora, de manger à notre faim et du reste. Certains penseront que la plupart d’entre nous sommes, en fait, vraiment pauvres.  Notre soi-disant classe moyenne ne serait que du paraître. Et si le débat se posait, nous-mêmes, on ne se mettrait pas d’accord. Nous, la classe moyenne malgache.

 


Madagascar – Masina ny tanindrazana (la matrie est sacrée)

Une petite analyse de l’expression « Masina ny tanindrazana », cet adage partagé ici et là sur les réseaux sociaux à Madagascar ces derniers temps.

Masina, le sacré et le saint

Les débats pour différencier le sacré et le saint sont nombreux. En malgache, ils ne devraient pas avoir lieu puisqu’on utilise le même mot « masina ». Pourtant il y a la racine « hasina » (sainteté, sacré) qui est proche de jina (hasina d’un objet), jiny (colère, esprit malin) et tsiny (faute, censure, blâme).

Ainsi, on peut dire qu’il y a deux « masina » distincts. Celui qui correspond au sacré, c’est-à-dire, tout ce qui touche à Dieu ou aux dieux. Le divin est lui-même sacré et tout ce qui le concerne aussi. Dans le judaïsme, Jéhovah a dit à Moïse de lui construire un temple pour qu’il demeure au milieu d’eux, conférant à ce temple le statut d’endroit le plus sacré de la Terre. Les musulmans disent que le lieu préféré d’Allah sur Terre est la mosquée. Les chrétiens savent que leurs églises sont sacrées puisque Jésus a dit que là où 2 ou 3 personnes se réunissent en son Nom, il sera au milieu d’eux. Ce sont des exemples. Mais à Madagascar, on croit autant à Dieu, aux dieux qu’aux ancêtres. De Dieu, les Malgaches reconnaissent l’omniprésence en disant « Ne regarde pas la vallée silencieuse mais Dieu au-dessus de ta tête ». Mais certains endroits sont reconnus comme sacrés à cause des « vazimbas ». Ces êtres mystiques, morts ou vivants, ou les deux, dans l’esprit des malgaches suscitent crainte, fascination et intérêt. On dit des endroits où il y a des « vazimbas » qu’ils sont « masina » ou « manan-jina » (qui a du jina). Je dirais que les vazimbas correspondent aux ancêtres, nobles, puissants, déifiés de la mythologie malgache.

De l’autre côté, ce qui correspond le plus à la sainteté, c’est le « masina » dans sa définition de « consacré ». Les endroits où les dieux ou les ancêtres se sont manifestés sont sacrés, mais l’Homme a le pouvoir de désigner un lieu, une chose, un animal, un bout de bois ou une pierre comme saint après quelques petites ou grandes cérémonies (manasina). C’est fascinant comme parfois ce geste peut être anodin, comme jeter une pièce, verser un peu d’alcool ou du miel et pourtant il change complètement le statut d’une chose. Notez la différence entre le pavé d’une rue et une pierre tombale, par exemple; ou entre ma chaise de cuisine et la chaise, de même facture mais qui est derrière le pupitre (autel) de l’église. De la même façon, les lieux, les choses, les personnes « masina » sont différents du reste du monde.

Conséquences

Justement, que confère ce statut de saint, de sacré aux hommes, aux lieux, aux choses ?

D’abord, il y a les pouvoirs spéciaux. Un « masina », si c’est un être humain, vivant, ou si c’est un objet inanimé est craint par la société. Un héritage des temps passés, par exemple, procure à une partie de la population malgache, les andriana, des pouvoirs de « masina »  pouvant bénir ou apporter le malheur. Si la plupart des gens ne croit plus à cela, il y a des endroits où on est surpris par l’attitude des gens envers les supposés descendants d’andriana. Parfois aussi, on entend des ainés qui disent à leurs fils : « Ne maudis jamais personne car tu es masimbava (bouche sacrée) ». Et il y a ceux qui s’intronisent « masina » eux-même. Toutes les semaines, les « masina », modernes ont un article ou une publicité dans les journaux malgaches pour promouvoir leurs « pouvoirs » auprès de la clientèle. C’est pareil pour les choses inanimées, les rivières pour s’immerger, les rochers à embrasser ou à nourrir de miel, et les autres qu’il faut respecter d’une certaine manière.

En effet, le « masina » signifie aussi qu’il y a des obligations à respecter à son égard et surtout des interdits. Il faut flatter le « masina » pour qu’il exauce les prières. Il faut parfois suivre des règles, des privations. Les transgressions, les péchés (ota) ou plus précisément les « ota fady » (transgression d’un interdit) envers un masina est source de malheur.

Est-ce que le tanindrazana est masina?

Le mot tanindrazana (terre des ancêtres) n’a pas d’équivalent dans la langue française. Il y a la patrie, ou la mère patrie (matrie) que j’ai choisi dans le titre de l’article mais qui se réfère plutôt au mot malgache « firenena » avec la racine « reny » (mère). En fait, on peut comprendre « tanindrazana » comme terre des ancêtres, c’est-à-dire, la terre sur laquelle les ancêtres ont vécu et qui leur appartenait mais aussi comme « terre d’ancêtre » dans la mesure où ils sont morts et sont devenus cette poussière que l’on foule à nos pieds. Dire que la matrie est sacrée n’est donc pas anodin. Cela renvoie, encore une fois, aux croyances malgaches que les ancêtres sont saints, qu’ils peuvent bénir mais aussi maudire.

D’autre part, beaucoup de religions ou de mouvements à Madagascar cherchent les raisons pour lesquelles ce pays serait masina. On dit, par exemple, que l’Eden d’Adam et Eve aurait été sur cette île, qu’elle abrite les mines de Salomon, qu’elle aurait été une terre d’asile pour des juifs, etc. Le fait qu’elle ait été juive, par exemple, expliquerait la circoncision et pourquoi manger du porc est interdit dans de nombreuses régions. Et, donc, manger du porc serait « manota fady » (une transgression).

Peut-être que les militaires, les politiciens, les citoyens qui ponctuent à chaque fois leurs discours d’un « Masina ny tanindrazana » n’y pensent pas de la même manière. Mais pour beaucoup, la matrie qui est sacrée approuverait la réaction de certains malgaches du web face à l’actualité car ce sont nos pêchés envers elle qui conduit à nos malheurs.

Conclusion

Les notions de sacré et de saint restent du domaine des croyances et de la foi. S’il est vrai que certaines manifestations sont inexplicables et peuvent être appelées miracles, c’est souvent l’Homme lui-même qui choisit et qui consacre un de ses semblables, un être imaginaire ou un objet comme masina. Mais, malgré tout, rendre une chose masina la transforme réellement, surtout dans le comportement de l’humain face à elle. Et de ce fait, si les malgaches disent « masina ny tanindrazana », ils devraient agir conformément à cette sacralité. Ils devraient aussi prévenir le monde entier que ce pays est sacré et qu’il ne faut pas le brûler, le piller, le souiller. Si les Malgaches pensent que le malheur qui survient à untel ou à untel provient de graves agissements envers Madagascar, ils sont peut-être superstitieux. Mais s’ils avaient raison ?


Écouter Antananarivo sur RFI avec Lay Corbeille

Tous les matins, Ranaivoson Andriamialy traverse sa ville Antananarivo. Il envoie de la musique dans ses écouteurs. Mais pas trop fort ; il veut entendre les récits qui se déroulent à chacun de ses pas : les receveurs du bus crient les noms de stations, les polisseurs d’or vantent en boucle leur produit à l’aide d’un mégaphone, les vendeurs de piège à souris aussi. Les prêcheurs disent leur sermon et les enfants sortent de l’école, jouent et trainent dans les rues…

Écouter Antananarivo et lire l’article en entier ici…


Madagascar-France : des îles éparses qui font tâches

Les îles éparses risquent-elles d’envenimer les belles relations entre la France et Madagascar? Voici quelques informations sur ce litige de plus de 40 ans qui revient aujourd’hui  au devant de la scène.

Première partie : les chroniques

Il y a quelques millions d’années, selon les scientifiques, il y a quelques milliers d’années ou jamais selon les chrétiens, une île qu’on appelle aujourd’hui Madagascar s’est séparée d’un super continent initial appelé Gondwana. En ce temps là, et pour des millions d’années, les lémuriens et les oiseaux et peut-être des hominidés ancêtres de Kalanoro, Kokolampo et Vazimba divers régnaient sur cette vaste île. Leur règne, le reste de leurs exploits et tout ce qui s’est passé en leur temps, ne sont-ils pas écrits dans certaines grottes, sur le flanc des montagnes et dans certaines de nos légendes? Mais en s’éloignant du Gondwana, Madagascar a laissé sur la route des bouts de Terre appelés aujourd’hui les Comores, les îles Éparses et d’autres centaines de petites îles, ilots ou bancs de sables.

On dit que Madagascar a été visité par des arabes, des juifs, des africains. Et plus tard, elle a reçue des immigrations venant de l’Asie du Sud. Leur règne, le reste de leurs exploits et tout ce qui s’est passé en leur temps, ne sont-ils pas écrits dans les livres en papier antemoro et sorabe, sur certains stèles et rochers et dans la littérature orale? Et tout ceci s’est déroulé des années bien avant qu’un européen n’ait jamais jamais mis les pieds dans cet endroit.

Quand les européens sont arrivés, ils ont amené comme voandalana (souvenir de voyage) leurs notions d’appartenance géographique et de souveraineté territoriale, selon leur conception du monde. En effet, sur la Grande île et les petites alentours, il y avait déjà pleins clans, de tribus, de royaumes qui cohabitaient ou se faisaient la guerre. A l’instar du célèbre Chaka Zulu, le roi merina Andrianampoinimerina avait même des velléités d’unification sous une même bannière. Les européens, à la fin de leur sombre moyen-âge, ont profité d’un avantage divin (quasiment) avec des découvertes scientifiques conduisant à un essor technologique et industriel très marqué par rapport au reste du monde. Pour eux,il suffisait, alors, de se partager le monde et s’il y avait une discorde c’était entre leurs empires tandis que les autochtones ne présentaient que très peu de danger. C’est ainsi qu’il a été décidé que Madagascar, dont les Comores et les îles éparses étaient une colonie française. Les français ont régné ici pendant plus de 60 ans entre la fin du 19è siècle et 1960. Leur règne, le reste de leurs exploits et tout ce qui s’est passé en leur temps, ne sont-ils pas écrits dans les livres d’histoires qu’ils ont eux même écrits?

Deuxième partie : fin de la colonisation mais îles éparses gardés par la France

Je ne vais pas faire un cours sur la décolonisation.Mais en 1946, les Comores réunis administrativement à Madagascar sous la colonisation lui ont d’abord été dissociés  et quand les européens ont été « obligés » de lâcher, du moins en surface leurs colonies, la France a pu garder Mayotte, sur vote de ses habitants et les îles éparses. Elles ont beaucoup d’intérêts de par leurs emplacements et récemment à cause des possibilités de leurs sous-sols. Il reste à l’ancien Madagascar que la Grande île et les îles proches comme Nosy Be et Sainte Marie (Remarque : Très près géographiquement de Madagascar, les Comores, même en ayant des rois d’origine malgaches n’ont jamais été malgaches).

La décolonisation, nous le savons déjà a toujours été de façade. Madagascar est et restera encore longtemps sous l’emprise de la France. On a parlé de néo-colonisation puis de francafrique malgache. Mais il suffit de regarder les chiffres pour comprendre que les intérêts de la France à Madagascar restent très nombreuses; que la France détient de grosses parts dans les secteurs clés comme la finance, les infrastructures, les transports aériens, etc. Mais du point de vue des malgaches, la coopération avec la France est tout à fait infructueuse. Si la France est toujours dans le G8, Madagascar est dans les 8 pays plus pauvres de la planète. Ce sentiment d’échec provient de la comparaison vite faite avec les pays pauvres du Commonwealth. Les pays anglophones d’Afrique s’en sorte mieux que les pays francophones. Et mieux encore, les pays qui ont lâché la France comme Maurice ou le Rwanda se portent beaucoup mieux qu’avant.

Revenons aux îles éparses. L’histoire des revendications malgaches sur ces territoires est longue mais surtout elle est pathétique. On sait que géographiquement, ces territoires sont à Madagascar. Mais de force, ou politiquement, Madagascar ne peut rien faire pour se les réapproprier. C’est pour cela qu’elle dit vouloir négocier. Mais aujourd’hui, si le Président Malgache dit qu’il œuvre je ne sais quoi sur ces îles, la France se conduit comme pour affirmer sa souveraineté. De toute façon, une occupation malgache de ces territoire est voué à l’échec. Et même si, par miracle, on obtient la rétrocession des îles, Madagascar n’a pas la capacité d’exploiter les richesses éventuelles qu’elles renferment. Même sur la grande île, les gisements sont exploités par les pays riches dont la France.

Et c’est là la seule balle à jouer pour Madagascar. Même en étant moins que rien, Madagascar reste intéressant pour la France et le reste du monde. Elle a besoin d’aide mais elle a aussi beaucoup à offrir. Pour moi, le moment est bon, lorsque Madagascar s’apprête à recevoir la famille francophone en 2016 et que l’accord cadre de 1973 est remis en question, d’affirmer notre détermination à grandir en tant que pays et de vouloir clarifier notre relation avec la France pour un intérêt vraiment commun. Les îles éparses forment un litige mais ce n’est qu’un des points saillants d’un gros iceberg qui pourrait refroidir les eaux entre les deux pays et même d’amener le naufrage de leur bonne relation.

 


5 incohérences sur cette affaire

Pour ma part, sans jugement, j’ai juste relevé dans cette affaire 5 incohérences à partir de la vidéo qu’on a vu.

Cette affaire fait couler beaucoup d’encre. Il faut dire qu’elle fait écho à plusieurs mois pendant lesquels nos héros n’ont pas brillé ni dans l’efficacité ni dans la publicité. Les protecteurs du peuple et de leurs biens sont les sujets de moqueries, de théories diverses et même d’alertes et demandes d’enquêtes.

1- La vue à la 3ème personne

Il y a jeux dits FPS (first person shooter), c’est à dire les jeux de tir à la première personne et les jeux TPS (third person shooter) ou jeux de tir à la troisième personne. Les joueurs connaissent bien que pour le second, la caméra suit derrière le héros (genre Tom Clancy) ou reste sur un point pour visualiser la scène en entier (Resident Evil 3). Dans cette affaire, la caméra suit les héros, c’est un TPS, et c’est du jamais vu à Madagascar. La différence c’est que dans les jeux, la caméra est immortelle. Alors, dans cette affaire, soit le caméraman était blindé ou bien il avait une confiance aveugle envers les héros. Vous diriez que c’est déjà une chance qu’une caméra était à proximité. Si c’est une chance.

2- Les non-téléspectateurs

La télévision permet, comme son nom l’indique, de visionner à distance. Le téléspectateur peut donc rester au chaud dans son salon pendant que la caméra, elle voyage dans les airs, dans la forêts, sur les mers, dans les manifestations ou dans les guerres. Le bizarre dans cette affaire c’est que le téléspectateur peut voir dans le film qu’il y a des spectateurs à envier qui sont eux au cœur de l’action, s’ils ne sont pas juste un peu trop près.

3- Le petit informateur

Dans les mauvaises et les bonnes séries policières, l’informateur est souvent un petit délinquant bien informé qui se fait souvent tuer ou malmené par les uns et les autres. Dans cette affaire, le petit informateur est un enfant qui court devant les héros pour montrer où se trouve l’endroit.

4- Les téméraires

Ceci devient plus logique. Contre les méchants, armés jusqu’au dents, pourquoi le héros se protègerait-il, se mettrait-il à couvert si derrière lui il y a, rappelons-le, des petits qui montrent le chemin, des spectateurs et un caméraman. Le bilan lui donne raison : tous les méchants sont tués et aucun blessé côté héros et pas de dommage collatéral.

5- Le Morvit

Morvit c’est le nom d’un complément alimentaire dont le nom, inventé par les anglophones (on entend « more vitamins ») devient inapproprié en français (on entend « mort vite »). Et c’est dans les mauvais films qu’on voit les méchants mourir si vite alors que le héros, lui, survit avec une balle dans son corps. Et que dire de l’ami (noir de préférence) qui meurt dans l’action finale? Lui, avec 25 à 30 balles, réussi toujours à chuchoter quelques mots avant d’expirer. On dirait que certains ont avalé du Morvit et pas les autres. Dans cette affaire, on entend « pan! », la caméra accourt et le méchant est déjà inerte, déjà plein de boue et n’a plus une de ses chaussures. Mauvaise réalisation.

Cinéma ou réalité?

Ayant une connaissance qui a été, fortuitement, proche de cette affaire, on m’a confirmé qu’il y avait bien des bandits, armés, qui ont commis un braquage. Je pense que contrairement à ce qui est dans le journal télé, l’action s’est bien déroulée sur des heures et ce qu’on a vu est simplement un mauvais montage. Peut-être que les shérifs ont joué le jeu pour rendre la pellicule plus diffusable dans un journal. Pour moi, la question n’est pas si le film est une fiction ou non mais est-ce que les actions étaient oui ou non justifiées.

Moi, j’aime le côté héroïque dans cette affaire. L’idée que des protecteurs de la nation aient pu déjouer un sale tour des méchants m’enchante. Bien sûr, il y a les Droits de l’Homme, l’éthique, la déontologie, l’humanisme et tout ça qui pèsent contre la légitime défense, ou le cas de force majeur par exemple dans le jugement, à posteriori, de cette affaire. Et si les uns saluent ces actes en mentionnant que les méchants, eux, ne se priveraient pas de vous tabasser, violer, tuer après vous avoir dépouillé, les autres condamnent les méthodes. Et pourtant, dans les films, les héros sont souvent des rebelles, presque hors-la-loi quand ils franchissent les barrières. A la fin, on les en félicite  parce que « la fin justifie les moyens ». J’imagine que c’est cet aspect là que nos « cornes, qui protègent la gorge du zébu » veulent que les citoyens voient car les moyens, justement, manquent vraiment alors qu’en face, les méchants sont de plus en plus armés et dangereux. D’une pierre deux coup, leur détermination pourrait même dissuader des méchants en herbes qui tiennent à la peau de leurs fesses.

Le souci, bien sûr, c’est qu’en faisant face au supposé méchant, le héros prend de suite la place du procureur, des jurés et du juge. Il pourrait prononcer la condamnation à mort de la gueule de son fusil, et le risque, au pire, c’est de condamner un innocent, ou au moins le jugement pourrait ne pas être proportionnel. Alors, si le moyen existe de ne pas recourir à cette solution finale, il faut l’utiliser.

 

 


Nono Dan, un homme-orchestre unique au monde

Aujourd’hui, en passant, un cours instant, j’ai discuté avec Nono Dan, cet homme- orchestre hors du commun que l’on aperçoit de temps en temps sur l’avenue de l’Indépendance. Alors, voici la conversation volée avec l’homme qui joue du violon ou de la flûte à bec avec les pieds.

Nono Dan 3
Monsieur Nono Dan

Comment vous appelez-vous?

Mon nom c’est Nono Dan.

C’est votre vrai nom?

Nono, c’est mon nom et « Dan » c’est un nom d’artiste pour notre petit groupe. C’est plusieurs noms que l’on a mis ensemble.

Alors, vous fabriquez vous-même toute cette installation?

Oui je les assemble et je joue.

Et vous chantez en même temps.

Bien sûr, mais ma femme et mes enfants chantent aussi et nous faisons des spectacles. Tout le long de l’hiver*, on nous appelle plusieurs fois.

Pourquoi se produire dans la rue ?

D’abord, c’est Dieu qui m’a donné ce talent. Je ne suis pas encore célèbre. Alors, c’est un moyen pour me faire connaître et aussi pour « distribuer » mes disques vidéos (VCD) et audio (mp3). Si je ne fais pas ces démonstrations, les gens ne peuvent pas deviner ce qu’il y a dans les disques. Ainsi, c’est aussi une preuve que le son à l’intérieur (des disques) correspond vraiment à mes performances. Mais, en tant qu’artiste, je ne pense pas que je suis à ma place dans la rue. En plus, ce n’est pas possible de faire ça toute l’année.

Nono dan 1
Nono Dan prépare ses instruments avec ses deux valihas, les supports pour l’harmonica et au sol, la basse guitare qu’il joue avec les pieds.

Est-ce que cette activité vous apporte du profit ou du moins vous permet de subvenir à vos besoins?

C’est suffisant mais juste pour les dépenses de la maison. Mais je suis un artiste et je pense que ce travail ne devrait pas me limiter à cela : subvenir au quotidien.

Quelle est la scène que vous avez déjà faite et qui vous a marqué?

Il y a les grands restaurants de ma ville, Antsirabe**, qui m’appellent à des occasions spéciales ou même dans la semaine pour des cabarets. Je dirais que ce sont les lieux de prestige où j’ai déjà joué. A part cela, je fais des petites scènes et des tournés dans les campagnes.

Si vous avez des mots à faire passer aux lecteurs de mon blog et à tous les internautes du monde entier, quel serait ce message?

La technique de la basse au pied.
La technique de la basse au pied.

Bon, si je joue encore dans la rue en ce moment, c’est que je manque de moyens. Ainsi, je cherche surtout des appuis financiers, de quelqu’un pour me pousser. Ce que je fais, il n’y a personne dans le monde entier qui l’a déjà fait, car je l’ai inventé. J’arrive à jouer du violon avec mes pieds, de la valiha*** avec mes pieds, du kabosy*** avec mes pieds. Je peux même jouer de la flûte (sodina) avec mes pieds à l’aide d’un assemblage de pompes à vélo. Cela n’existe nulle part ailleurs. Mais à cause de ce manque de moyens, tout cela reste « coincé » ici. Alors, s’il y a des gens qui sont intéressés pour promouvoir mon œuvre, je suis prêt à une collaboration.

Merci Nono Dan pour vos réponses.

Voilà pour ce petit échange improvisé. Les questions n’étaient pas préparées. J’imagine que vous auriez aimé en savoir plus sur cet homme. Où a-t-il appris à jouer de tous ces instruments par exemple ? Est-ce que qu’il faut voir le musicien, le compositeur, le bricoleur, ou l’homme orchestre ? Faut-il juste saluer l’homme et ses multiples talents?

En tout cas, si vous avez besoin de lui en parler, de lui venir en aide ou simplement de commander une copie de ses œuvres,son numéro est le : le 00 261 33 40 828 43.

* Les grandes vacances à Madagascar correspondent à 3 mois au milieu de l’hiver austral
** Antsirabe : grande ville à une centaine de kilomètres au sud d’Antananarivo
*** valiha : instrument à cordes proche de la cithare ou de la harpe et fabriqué avec des cordes fixées autour d’un tube ou d’un caisson en bambou, en bois ou en métal.
kabosy : petite guitare malgache avec des touches incomplètes pour faciliter le jeu dans la gamme diatonique malgache.


#raiseyourvoice dans lay Corbeille pour le #bad2015

Cette année encore, je participe au Blog Action Day #Bad2015. Cette fois-ci le mot-dièse à suivre et bien entendu, thème à traiter est #raiseyourvoice. Raise your voice (élève ta voix) parce qu’il est toujours important de pouvoir dire ce que l’on pense. Mais à quoi peut donc penser une corbeille?

Cliquer ici pour la version malagasy ou cliquer sur « savoir plus » pour la suite en français

Lay Corbeille est un blog qui existe depuis deux ans déjà. C’est un blog qui n’a jamais voulu choisir. Il ne s’est pas fixé de thème, il n’a pas gardé un format. Il y a des textes, des récits, des opinions, des dossiers et des fictions,des photos, et bientôt il y aura des sons et pourquoi pas des vidéos. Et justement, de tous les articles de ce blog, les plus lues, les plus commentés sont les opinions et les dossiers.

Pour moi, c’est une bonne nouvelle. Peut-être suis-je un pitre raconteur d’histoire. Peut-être ne suis-je pas un grand photographe mais je sais que je m’applique de la même manière pour tous les contenus de mon blog. Voir, donc, dans les statistiques que ce qui intéresse encore plus les gens de ce siècle, dans mon blog sont les connaissances que je peux leur apporter et surtout mes idées, c’est encourageant pour justement me #raiseyourvoice -er plus encore.

Maintenant mon rêve, je l’avoue serait de voir, d’entendre un jour qu’un article de ce blog a amené un changement réel à une situation. Ce serait une fierté énorme si une loi, un décret ou une initiative voit le jour à Madagascar suite à un simple article de blog. Est-ce possible? Je ne sais pas. Je redoute plutôt un effet pervers du genre du fameux article 20. Mais si une personne dit, écrit ses opinions c’est parce qu’elle pense qu’elle a relevé un problème et/ou qu’elle a trouvé une solution. Sinon, à quoi bon parler ou écrire pour ne rien dire? Et si ces mots, ses idées se perdent sans avoir atteint leur but, c’est tout à fait pareil, c’est totalement inutile. Les malgaches ont de belles images pour cela, des expressions comme :

– Raraka an-tany (tombé, renversé par terre)
– Very an-javona (parti en fumée)
– Lasa lavenona (réduite en cendre)
– Lasan-ko vavany (Paroles en l’air)
– Rano an-damosin-gisa (de l’eau sur le dos d’une oie)
– Henoy izany ry hazon-damosiko! (Ecoutes ça, o! ma colonne vertebrale)
– Bala natifi-takatra (une balle tirée sur un takatra, l’échassier de type ombrette de Madagasikara, bref, une balle perdue)
– Miasa jamba rafozana (se démener devant un beau père ou une belle mère aveugle)

#raiseyourvoice parce que c’est vrai, on a besoin de parler des problèmes et des solutions et pourquoi pas de tout et de rien parce que c’est notre droit. J’ai envie de dire :

#raiseyourvoice : élève ta voix
#openyourears : tends tes oreilles et
#dosomething : fais quelque chose

 


Recueil de récits de mon ancien blog et révélations sur Odag

Je profite de l’ajout de la nouvelle catégorie « Les petites histoires » pour republier les autres récits que j’ai créé et écrit sur mon autre blog. Il se peut que vous en aviez raté une. J’aime bien quand tout est rangé au bon endroit.

Fiction : le retour en 2035

20 Décembre 2035, il est 05 h du matin. Mon avion va enfin se poser à l’Aéroport International d’Arivonimamo. Lire la suite…

Du sang et des sueurs!

« Il est très tôt le matin, je sors de la maison, je fais quelques pas et je remarques des traces…des traces de sang par terre.  Lire la suite…

Hibernatus

A mon avis, voilà ce qui arriverait vraiment si un cas réel d’hibernatus se réveille : Lire la suite…

Cette ordure de Petit Poucet

Je ne sais pas si cette histoire est vraie. Mais figurez-vous que le Petit Poucet s’est ruiné dans les jeux et maintenant il vit à Madagascar Lire la suite….

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Et donc, la série des contes d’Odag sont en fait des récits, parfois inspirés de contes et légendes malgaches mais qui décrivent, en fait, de manière imagée des personnages, des lieux, des actualités et des situations à un certain temps à Madagascar. Il n’y a pas de lien entre les histoires mais je les ai copié les derniers en premiers.

Conte d’Odag : la princesse et les prétendants

Ceci est la première partie de l’histoire, il était une fois une princesse fort belle mais très très pauvre. Cette princesse est maudite (ou bénie?). Lire la suite….

Contes d’Odag : Les régions d’Odag

Vous ai-je déjà parler des régions d’Odag? Il faut d’abord savoir que Odag est une ancienne colonie latine. Je veux dire que cette province a été partagée entre les espagnols, les portugais et les italiens.Lire la suite…

Contes d’Odag : le Tanalasosa

Je vais vous parler du tanalasosa, l’équivalent du vampire ou du zombie ou encore du mort vivant dans certaines régions d’Odag. Lire la suite….

Contes d’Odag : le Fanany

Dans tous les continents, les animaux ont leurs rois ou prince qui les régit : le lion dans la savane, le tigre dans la jungle, le grand cerf dans la forêt. C’est ainsi, que dans le pays d’Odag, il y a très longtemps, les animaux ont tenu cette réunion pour élire leur nouveau roi. Lire la suite…

Contes d’Odag : Antsaly

Dans la province d’Odag, il y avait un oiseau chanteur nommé Antsaly. Il demanda une progéniture aux dieux parce qu’il devenait vieux et les dieux lui accordèrent un petit d’Antsaly. Lire la suite…

les rats

Pourquoi « les rats quittent le navire » en premiers? Lire la suite…

Echecs et maty

Les pions tombent sur le grand échiquier nommé Madagascar. Mais dans une bonne partie d’échecs, les sacrifices ont de grandes valeurs. Lire la suite…

Contes d’Odag : les sauveurs de face

Le roi d’Odag possède des conseillers de toutes sortes : des conseillers pour la guerre, d’autres pour gérer le peuple, d’autres pour gérer l’or, d’autres encore pour gérer les ressources. Il y a des conseillers spéciaux du roi qui ont une très grande attribution : gérer l’image du roi. Lire la suite…

Contes d’Odag : les cheuveux blancs

Il y avait en Odag un jeune homme qui désirait coûte que coûte devenir un roi. Là n’est pas le problème car notre héros est assez fort et intelligent pour conquerir tout le pays. Le problème c’est bien sa jeunesse. Lire la suite…

Contes d’Odag :la loi d’Odag

Tout le monde sait qu’il n’y a qu’une seule loi dans la province d’Odag. Cette loi est la loi universelle commun à tous les hommes depuis la nuit des temps mais qui, en Odag, n’a jamais changé et elle se résume en une seule et unique expression : « ma famille ». Lire la suite…

Contes d’Odag : Le concours de tir à l’arc

Dans les jeux de tirs, il y a généralement une cible à atteindre. Parfois il s’agit de plusieurs ronds avec au milieu le plus petit rond qui vaut mille point. Lire la suite…

Conte d’Odag : L’homme sans nom aux mille visages

Dans mon village, tout le monde se connait. Je connais tout le monde tout le monde me connait. Je connais le nom de tout le monde. Tous, sauf un : « l’homme sans nom au mille visages » . Lire la suite…

Contes d’Odag : Kolo

Un jour, je me promenais dans le grand village d’Ovira, au centre d’Odag en compagnie de mon ami Ali. Tiens, me dit-il tu vois? c’est Kolo. -Ah bon, et c’est qui? Eh bien son histoire est simple, Lire la suite…

Contes d’Odag : les messagers

Dans la province d’Odag, il y les messagers. Ce sont des personnes qui parcourent les villages pour porter des messages, pour apprendre les nouvelles, apprendre des chansons aux enfants et leur raconter des histoires pour dormir. Lire la suite…

Contes d’Ogad

Il était une fois un royaume immense divisé en provinces et dans chacune d’entre elles régnait un roi.
.Lire la suite…

 


Madagascar : 5 solutions inattendues pour remplacer les sacs plastiques

Depuis quelques temps, je pense à m’imposer des contraintes lors de l’écriture de mes articles. Pour celle-ci, il faut que je la publie en 15 minutes chrono. Excusez-moi si cela devient, comme le sujet, un peu tandrametaka

C’est quoi ce mot malgache qu’est le tandrametaka? Littéralement, cela signifie « pressé » dans le sens « fait à la va-vite », c’est à dire le contraire de « vite fait, bien fait ». Plutôt, c’est vite fait, mal fait. En effet, étymologiquement, je dirais que c’est le nom malgache pour la « mouche » française, le faux grain de beauté. En effet, « tandra » est le nom pour « grain de beauté » et « petaka » est le verbe pour « poser ». La mouche ressemble à un grain de beauté mais s’enlève d’un revers de main.

Mon collègue et amie mondoblogueuse Ariniaina a déjà bien explicité le pourquoi et comment de cette loi interdisant les sacs en plastiques à Madagascar. L’impression que son article me donne c’est que, finalement, les autorités malgaches n’avaient pas vraiment eu cette idée écologique et économique. Mais comme c’est inscrit dans des traités divers que l’on a signé, on est obligés de suivre. Est-ce pour cela que les mesures d’accompagnements n’existent pas? Rien que ce midi, j’ai trimballé des cahiers et autres fournitures neuves sous mon bras. Je dirais qu’à moins de 5 articles, ça va, mais au-delà, il faut une solution. Donc, j’ai aussi les 5 solutions à proposer pour remplacer le sac en plastique :

1- Les mains

L’être humain possède des mains préhensiles grâce à une pouce opposée. Ce qui permet de prendre et d’emmener des choses. Les sacs en plastique ont, tellement, été distribués, à gogo, qu’à la fin, les malgaches en recevaient ou en demandaient pour tout et n’importe quoi. Un beignet, même froid, de 100 ariary et un sac en plastique. A 2 mètres du vendeur, tu sors le beignet, tu le portes à ta bouche et tu jette le sac en plastique. N’importe quoi!

2- Les poches

Miracle! L’homme a inventé des sacs portables et peu encombrants pour mettre des trucs pas trop gros. Bien, il m’est déjà arrivé d’avoir 10 téléphones dans mes poches, je ne vous racontes pas. Mais c’est une bonne solution si la chose qu’on y met n’est pas salissant. Par exemple, si tu achète une nouvelle carte Usb, tu n’a pas besoin de mettre la clé dans sa pochette, la pochette dans un sac plastique et le sac plastique dans ta poche. Désormais, tu le mets direct dans ta poche, ça ira.

3- Le papier d’emballage

Oui, cela se fait depuis longtemps pour certains produits. Il y a les variantes comme le papier journal, les listings de certaines entreprises que l’on retrouve par magie chez la vendeuse de brèdes, et les cahiers d’écolier, etc. Certains vendeurs sont déjà experts pour les transformer en cornets, ou pour les enrouler autour de votre produit comme un papier cadeau.

4- Les sacs en papier

Je me souviens il y a longtemps, les sacs en papier recyclés et recyclables étaient nombreux à Madagascar. Bientôt, ils retrouveront une place de choix et les entreprises qui les fabriquent se feront de belles bénéfices. On peut même faire comme du plastique avec des sacs biodégradables à base de plantes. Je préfère encore le sac en papier qui pourrit plus vite.

5- Les sacs réutilisables

Les « harona » (paniers) en tout genre que l’on n’utilise plus parce qu’ils seraient encombrants. On sortait pour le marché les mains vides et on revenait avec plein de sacs en plastiques de dimensions différentes. Mais avec un panier en osier, il faut sortir avec et le trimballer sur la route vers le marché. Est-ce la mer à boire? Peut-être que certain(e)s veulent éviter les interjections « Mitondrà ny matavy e! » (Ramenez du gras). Mais non, je pense qu’en ces temps de crise, on devrait plutôt être fiers de pouvoir encore aller au marché. Mais, il faudra avoir des panier de différentes tailles si vous avez aussi honte de ramener chez vous un grand panier à moitié vide (ou rempli).

 

Voilà, 15 minutes, ou un peu plus car j’ai été un peu distrait. La prochaine fois, quand on voudra faire quelque chose, il faudra tout bien préparer.

 


Non, les tortues saisies n’ont rien à voir avec la France

Juste une mise au point : 771 « tortues » ont été saisies à la douane de l’aéroport d’Ivato. ET C’EST TOUT.

Oui, j’abuse du fait que je suis blogueur si utiliser le pouvoir de réagir sur son propre blog est un abus. Si vous n’êtes pas contents, mettez des commentaires en bas de l’article ou ouvrez votre propre blog.

Yahoo.fr a publié un article sur la saisie de tortues malgaches à la douane malgache , car la loi malgache interdit l’exportation d’animaux protégés mais surtout elle interdit de falsifier les documents en faisant une fausse déclaration. Oui, c’est ce qu’a expliqué le commissaire de la police aux frontières (PAF) à la radio hier matin. Une fouille du bagage « non accompagné » a été effectué car des renseignements ont indiqué que le contenu du colis ne correspondait pas à ce qui serait déclaré; permettant, donc, la découverte de ces animaux.

Oui, la vraia info c’est que des gens peu scrupuleux s’adonnent à un trafic d’êtres vivants, en l’occurrence des tortues vivantes. En terme de trafic, à Madagascar, il y a, entre autres, celui de l’or, des pierres précieuses, du bois précieux, d’animaux morts, d’animaux vivants, d’êtres humains, etc. Et c’est pour cela qu’il y a les contrôles aux frontières. Entre trafiquants et douaniers, c’est une guerre permanente et si on fait des saisies de cette sorte, souvent, les marchandises parviennent à partir, aussi.

Alors, pourquoi cet article et pourquoi ce titre?

Les cons existent partout. C’est indéniable. Ils existent aussi même en France, le pays du célèbre « diner des cons ». Un article, « sérieux », a même démontré que 49 % des Français étaient cons. Alors, dès que l’article de Yahoo (en français) est apparu, beaucoup d’entre eux ont voulu écrire leurs conneries. Heureusement, il existe des modérateurs. Mais j’ai quand même réussi à faire des captures d’écrans de ces commentaires de cons avant qu’ils ne soient supprimés.

Et voici les 3 pires commentaires sur cet article au moment où j’écris le mien

Et la seconde dauphine est :

commentaire 3Pas étonnant qu’un tel ramassis de foutaises a été supprimé. Non, les Malgaches ne vivent pas du trafic de tortues. Les expatriés malgaches en territoire de France n’ont pas été rejetés par Madagascar « comme d’autres d’ailleurs ». Et les Malgaches ne rejettent pas tous les migrants français leur son sol.

Place à la première dauphine :

commentaire 2Mention spéciale pour la première partie « Magnifique pays du temps de notre présence coloniale… », hommage évident à la « légèreté de Paris« . Mais malgré le fait qu’il met toute l’Afrique dans le même sac, il n’a pas remporté la première place

Et notre vainqueur désigné ne l’est pas seulement pour son texte magnifique mais surtout pour la première réponse qu’il a obtenue.

commentaire 1Pourtant, je ne crois pas que « Un utilisateur Yahoo » a raison. Qui ferait ça à un tel con?

On dira que je n’ai pas à polémiquer avec des idioties pareilles. Malheureusement, tout ce qui est dit là, est pensé tout bas par certains. (Voyez sur ces images que ces commentaires reçoivent des pouces levés.) Cela rend encore plus triste de voir que ce sont des réactions à de simples tortues que l’on voulait emmener en avion vers un pays riche. Si je voulais être compréhensif, je dirais que c’est la crise des migrants en Europe, alors, les réactions sont exacerbées. Mais voilà : le sujet est que 771 TORTUES ONT ÉTÉ SAISIES PAR LA DOUANE MALGACHE. Alors, si vous profitez d’un tel exploit de nos gardes-frontières pour insulter les Malgaches : vous êtes un con !

 


Pourquoi les migrants sont une aubaine pour l’Europe

L’Europe se tortille de gauche à droite pour pouvoir accueillir sur son sol quelques centaines de milliers de migrants. Mais, au lieu de les voir comme des boulets, les pays européens devraient plutôt, et déjà, se préoccuper du comment « rentabiliser » cet apport inattendu en capital humain.

Je suis sérieux. Ce serait, même, la décision la plus improductive que de systématiquement repousser ces gens chez eux. Un réfugié, cela coûte cher à son pays hôte, jusqu’à 12 000 euros par an. Déjà, des entrepreneurs européens font des bénéfices en prenant soin de ces migrants. Mais du point de vue européen, ce n’est pas le « profit » dont je parle ici. Si l’Europe dépense autant par réfugié qu’elle reçoit, qu’est-ce qu’elle gagnerait en les renvoyant chez eux après? C’est mon avis, les Européens ont bien le droit de penser à un bénéfice de ce qu’ils sont en train de faire maintenant, au-delà d’une satisfaction morale indéniable. Je parle de cette Europe qui fait des efforts pour prendre soin des réfugiés et non de celle qui ferme ses frontières.

Je disais que des entrepreneurs se font des sous sur la gestion des migrants. Je ne jugerai pas. Si les hôtels peuvent se remplir hors-saison, par exemple, ce n’est pas un mal même si l’État devra souvent payer plus cher les chambres. Malheureusement, d’autres entreprises, beaucoup plus condamnables ont aussi, déjà compris la manne que représentent ces pauvres réfugiés. Il s’agit, malheureusement de formes d’esclavages modernes comme le travail au noir, le travail des enfants, l’exploitation sexuelle. C’est vrai que cela crée des problèmes.

Et puis je comprends la peur que ça peut provoquer de voir des étrangers débarquer chez soi. Un de mes amis Facebook, malgache, dont je ne dirais pas le nom les a même désignés par « cheval de Troie ». Et malheureusement, il faut vraiment être prudent dans ce genre de situation. Moi, je le serais, si j’avais des frontières à garantir, à défendre.

Et pourtant

Moi, j’ai une vision de pauvre. Je vis dans un des pays les plus pauvres de la planète. Quand j’entends que le coût de la traversée est entre 1 000 et 5 000 euros par exemple, je me dis que s’il y avait la guerre chez moi, je ne ferais pas partie de ceux qui partent, car je n’ai pas cette somme. Et je regarde mes compatriotes et je me dis que ces gens-là, qui risquent leur vie en traversant la mer, s’ils étaient d’ici, ils feraient partie d’une certaine frange de la population. Le souci, c’est que lorsqu’ils arrivent, comme ça, dans des pneumatiques, déjà dépouillés par les passeurs, déjà affamés, fatigués, déshumanisés, on les voit comme du « bétail » qu’il faut diriger, parquer et nourrir. Et on a, soudain, de belles histoires comme ce pauvre père de famille que cette #@- è de journaliste a fait tomber par un croche-pied à la télé qui est en fait un bon entraîneur de foot. Et je suis sûr que parmi ces gens, il y a d’autres perles : des médecins, des mathématiciens, des poètes, des musiciens hors pair, des ouvriers qualifiés. Je parle de métiers majoritairement masculins car les migrants le sont. Ils sont en majorité des hommes, mais les femmes qui réussissent à traverser la mer, parfois avec des enfants, si ce ne sont pas déjà des super femmes…

Les enfants, c’est bien mieux. Déjà, ils ne font pas peur. Ils peuvent aussi être éduqués et on sait bien qu’investir dans un enfant c’est le mieux que l’on puisse faire dans notre existence de pauvres humains de passages. L’Europe n’est pas comme l’Afrique qui est aujourd’hui avec une population jeune et active. Au contraire, on se demande comment les jeunes européens vont s’en sortir pour vivre et faire vivre leurs retraités qui seront bientôt aussi nombreux qu’eux.

C’est vrai que ces gens arrivent sans le sou. Mais un être humain, c’est une grande richesse. Et ces migrants ne sont pas de fiers gnous juste venus pour paître l’herbe qui est plus verte en Europe. En tant qu’êtres humains, ils chercheront plutôt à travailler, à refaire leur vie.

En parquant ces gens dans des camps, sans les laisser sortir, travailler, produire, il n’y a pas de ces « bénéfices » à espérer. Et il y a un gros travail d’insertion à faire dans leurs pays hôtes respectifs. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu (qu’il y a ) une crise économique mondiale et que beaucoup de pays souffrent déjà de récession, de chômage. Alors, il faut bien diriger les migrants là où on a besoin d’eux. C’est la clé pour « rentabiliser » cet acte humanitaire d’accueil.

Moi, je pense que l’Europe sortira fortifiée par cet apport. Ce n’est pas la première fois que le continent reçoit des migrants. Je sais que je n’ai pas de leçon à donner. On n’a pas de flux de réfugiés à nos frontières. On dit que c’est parce que les réfugiés préfèrent l’Europe en pensent être mieux traités. Je n’ai pas cette logique-là. Pour moi, c’est juste que Madagascar est trop loin pour eux. Pourtant, on est moins de 20 millions sur un territoire plus grand que la France. Et je pense qu’on ne repousserait aucun migrant. Aucun de ceux qui voudront être reconnaissants envers leur pays d’accueil.


Cinq techniques de négociation via les expressions et proverbes malgaches

Les Français marchandent, les Anglais « bargain » et les Malgaches « miady varotra« . Ci-dessous 5 de ces techniques de négociation illustrées par des proverbes et des expressions malgaches.

image : Handshake – 2 men

Et si on est célèbre pour les longs et techniques marchandages dans les marchés malgaches (voir vidéo humoristique de Nirina ici), les techniques de négociation peuvent aussi être utilisées dans tous les échanges, du petit garçon qui demande une glace à son papa aux États qui signent un traité.

1- Demander moins pour avoir plus

L’expérience de demander l’heure avant l’argent explique bien cette méthode. Lorsque le scientifique a demandé une petite pièce à des gens, seule une infime partie d’entre eux a donné. Mais quand il a d’abord demandé l’heure avant de demander la pièce, une plus grande partie des gens a accepté de donner. L’explication serait que lorsqu’on demande une chose facile en premier, on ouvre la voie à l’acceptation par la personne d’une chose plus ardue, plus valeureuse. Les Malgaches désignent cette technique de négociation par l’expression « Domiko tapany mba handoa erany » (Je le cogne [l’intéresse] avec un demi pour qu’il paie un entier).

2- Demander plus pour avoir moins

L’alter ego de la technique de négociation précédente consiste à « viser la Lune pour atterrir dans les étoiles ». Mais les Malgaches visent le ciel pour atteindre une montagne (Mitifi-danitra sitrany ahay mahavoa tendrombohitra). Ce qui est plus logique, car si les étoiles sont en fait beaucoup plus éloignées que la Lune, les montagnes sont à un niveau plus bas que le ciel. Cette méthode fait appel à la culpabilité, à la gêne de la personne qui refuse en premier temps une demande tout à fait impossible à accéder pour qu’elle accepte une deuxième requête, moins contraignante. Donc, il faut d’abord demander à son père une PS4. S’il refuse, ce sera plus facile d’obtenir un tout petit 3DS.

Dans la pratique, lorsqu’on veut acheter une chose à Madagascar, le vendeur proposera toujours un prix d’au moins 2 fois le prix réel. L’acheteur négociera avec un prix de moitié le prix réel et les deux se mettront d’accord au niveau du « marimaritra iraisana » (la tiédeur qui va à tout le monde).

3- L’insistance

L’expression malgache « tsy mahaleo doika » signifie « ne pas avoir eu raison de l’insistance (de l’autre) ». Dans la parabole du juge et de la veuve, Jésus fait comprendre que parfois, par dépit, on accepte de faire quelque chose si ça permet qu’on nous « foute la paix ». Et il y a vraiment des vendeurs qui font ça ici. Ils vous suivent ou poursuivent à pied quand vous marchez ou que vous roulez dans votre voiture sur des centaines de mètres pour que vous achetiez un truc qui ne vous servira peut-être jamais.

Mais les acheteurs ne sont pas en reste. Moi-même, il m’arrive de rester devant la chose que je veux acheter à bas prix quelques minutes en posant cette question : »Tsy mety mihitsy ve? » (« ce n’est vraiment pas possible (de me la donner à ce prix)?). Des fois, on voit les vendeurs faire de basses discussions derrière le comptoir. On devine qu’ils doivent se dire : « Ce mec insiste beaucoup…il ne va pas partir si on ne le lui donne pas…il est chiant…il est peut-être armé…faut pas prendre de risque« . Parfois, cela permet de faire une bonne affaire, mais je conçois que c’est une technique agaçante. Heureusement, pour les Malgaches, « ny varotra tsy raikitra tsy maharatsy fihavanana » (une vente non conclue ne doit pas altérer le fihavanana).

4- (D)évaluer la marchandise

Le vendeur va toujours dire du bien de sa marchandise. L’acheteur tentera souvent de la dénigrer. Souvent, la rareté joue en faveur du vendeur. Pour dire que cette chose ne se trouve pas dans tous les coins de rue, les Malgaches usent de l’expression « gisa mainty » (oie noire) tiré du proverbe « tsy fahita firy toy ny gisa mainty » (rare comme une oie noire). Lors de l’achat d’un bien d’occasion, certains acheteurs utilisent une expression imagée pour dire que le produit semble très usé : « maty kapoka » (habitué ou « tué » par des coups).

Alors, il faut faire attention, car de bons vendeurs peuvent ne pas parler des défauts de leurs produits et des tricheurs peuvent même les masquer. Mais si vous êtes acheteur, en découvrant les vices, vous êtes sûrs de pouvoir dévaloriser l’article et de l’acquérir à un bon prix.

5- L’ultimatum

Cette méthode, risquée, intervient lorsque les autres techniques ne sont plus d’actualité. Cela consiste à faire peur à l’autre pour le faire plier. Le vendeur peut dire que le client regrettera de ne pas avoir acheté ce produit tout de suite car : il n’y en aura plus demain, le prix ne sera plus le même, etc.. Donc, c’est une occasion à prendre, car « Ny valala anie tsy indroa mandry am-bavahady e! » (les crickets ne dorment pas 2 fois devant votre porte).

Mais souvent, cette technique est à l’avantage des acheteurs. Il faut se montrer capable de partir en abandonnant le produit quand on veut vraiment l’avoir (à bon prix). On fait le « mody fanina » (faire semblant d’avoir le vertige, d’être sonné). La scène est aujourd’hui banale dans les marchés d’Antananarivo. L’acheteur s’en va et le vendeur lui crie un prix qui descend à mesure qu’il s’éloigne :

– 10 000, Hé, 9 000 Monsieur, 8 000, 7 500, 7 250 ARY E!
– 7 000 ET C’EST D’ACCORD (en revenant sur ses pas)
– Donnez votre argent alors!
– Merci
, bonne vente!

Voilà quelques techniques déjà bien connues que l’on peut adapter à toutes formes de négociation : pour demander un service, pour obtenir un cadeau, pour sortir une fille, par exemple. Mais il en existe beaucoup d’autres et de nouvelles. En fait, on peut, vous pouvez même en inventer.


Ratsiraka : 5 théories sur le pourquoi de son livre

J’ai regardé la conférence de presse de Didier Ratsiraka du 12/08/2015 pour la sortie de son livre « Didier Ratsiraka : Transition démocratique et pauvreté à Madagascar » au Carlton.

Je ne sais pas encore ce qu’il y a dedans mais je ne peux que me demander quelles sont les motivations qui ont poussé l’ancien président à sortir cet ouvrage.

Mais avant d’énumérer les 5 idées qui doivent venir à la tête dès qu’on voit Ratsiraka à la télé, La première chose qui m’est revenue en le regardant c’était le véritable culte de personnalité qu’on lui a voué en son temps. Slogans, chansons, photos, rumeurs, tout était fait pour, presque déifier le personnage. 25 ans au pouvoir et il était en campagne permanente. Pour moi, je dis bien, pour moi, il y avait Kim Il Sung pour les Nord coréens, et il y avait Ratsiraka pour les malgaches.

3 lignes de cette chanson : O ry vahoaka izay manatrika eto…  (Peuple présent en cette place)
Didier Ratsiraka no mampitambatra… (Didier Ratsiraka est celui qui rassemble)
Tsy maintsy mandresy ny tolom-piavotana…(La révolution doit gagner)

Et on était fier de lui. On l’est toujours. C’est un homme qui en impose. Un vrai président mais doublé d’un esprit tranchant et inusable. Il n’y a pas photo, aucun de ses successeurs ne peut rivaliser en terme de prestance, de discours et d’intelligence. En fait, après lui, en terme de classe, même si c’est le dernier critère pour être un bon président, on y va de pire en pire.

Zafy Albert, que Ratsiraka cite, lui-même, comme l’un des plus grands intellectuels de son époque a été laminé lors de leur face-à-face avant son ré-élection en 1996. Tout le monde se souvient de la partie où Ratsiraka l’accusait de ceci et de cela et Zafy répondait par de laconiques « et alors…et alors… ». Il lui avait rétorqué « Alors Alors-nao efa ho iray minitra » (Vos « alors » durent une minute, en faisant référence au temps de parole imparti). Ce face-à-face gagné, entre autres, a permis, alors, à Ratsiraka d’assurer son retour à la présidence après en avoir été chassé en 1991.

Ravalomanana, en 2002, a apporté l’espoir et un regain de nationalisme chez les malgaches. Il a été présenté comme un self-made man presque miraculeux. Il s’est imposé en se montrant à la fois intransigeant et pacifique. Vous vous souvenez peut-être que même l’immense Alpha Blondy a chanté Ravalomanana et sa sagesse. Malheureusement, ce dont beaucoup de malgache continue de parler, encore, c’est la fois où il a inauguré « la pont » ou « le pont » … peu importe puisque c’est toujours « tatezana » ou « tetezana »… peu importe. L’image du laitier à vélo, le campagnard continue de le hanter.

Enfin, Rajoelina, en se mêlant avec les plus lésés de la population, surtout de la mégalopole d’Antananarivo, est taxé de jiolahimboto (petit délinquant). Il est pourtant, à ce qu’on dit, le plus beau gosse des 5. Mais sa jeunesse et les décisions qu’il a pris et enfin avec le bilan désastreux de la transition ne jouent pas en sa faveur. Le dernier sondage, pour lui est la défaite de sa protégé à accéder à la mairie de Tana. Et je ne parlerai pas de l’actuel Président Rajaonarimampianina car ce n’est pas encore le temps pour lui de faire un bilan quoique ses débuts a été des plus chaotiques avec un discours d’investiture emprunté à un autre et qu’il est souvent comparé à un Hollande malgache.

Mais l’image que l’on donne, je le redis, ne devrait pas être le premier critère pour être considéré comme un bon président.

Revenons à notre top 5 pour les raisons, probables, de la sortie de ce livre de Ratsiraka, que je n’ai pas encore lu :

1- Pour revenir dans la politique?

Quand on lui a posé cette question. Il a d’abord répondu qu’en tant qu’officier de l’armée, il n’est jamais vraiment à la retraite jusqu’à son dernier souffle. La tenue de la réunion des 5 présidents est, quand même, la preuve qu’il reste incontournable dans le paysage politique malgache. Quand on lui a présenté la santé médiocre de son parti l’AREMA, il a dit qu’il n’est plus responsable de cette institution mais, pour, lui, l’Arema est victime d’une presque interdiction depuis 2002. Et quand on lui a demandé s’il se sentait encore capable de diriger le pays, il a dit qu’il était au crépuscule de sa vie et qu’il ne sait pas combien de temps il lui reste, alors. Il a pourtant, aussi, regretté d’avoir été disqualifié pour les dernières présidentielles pour des raisons qu’il juge inexactes.

Ces réponses sont ambiguës. On sent quelque part un tiraillement. Je ne sais pas ce qu’il y a dans le livre et s’il y donne une réponse précise. Je ne dirai pas que Ratsiraka prévoit de redevenir président mais je parierai que si on lui tend la perche, il ne repoussera pas.

2- Pour revenir dans les affaires?

Il a dit qu’il veut désormais servir le pays même sans en être le président. Il a dit, par exemple, que si on lui donnait le mandat, il connait des gens qui peuvent fabriquer une grande raffinerie, des centrales solaires, des autoroutes partout sur l’île. Il a rappelé qu’il avait cette vision, et qu’il l’a encore. Je parle de vision, dans la tête.

A ce moment, je me suis souvenu de ce mec, à Paris. C’était un français, un ami d’un ami de quelqu’un dans la famille qui nous a ramené en voiture après une fête. Il m’a demandé des nouvelles du pays car c’était, en fait, un ami commun avec Ratsiraka. Il disait des trucs, dont je ne me souviens plus pour la plupart. Vous savez bien, le genre de truc que l’on raconte 20 ans après. Il disait qu’il faisait des affaires à Mada et qu’il était, en quelque sorte, « protégé » mais quand Ratsiraka a été chassé du pouvoir, il a du rentrer car on lui menait la vie dure. La partie dont je me souviens c’était : »Vous savez, en 1996, Ratsiraka était fini, il vivait dans un appart, ici, et il n’avait plus rien, rien du tout, … et vous l’avez réélu ».

Je ne sais pas si le livre parle de cette partie de sa vie. Mais, malheureusement, depuis toujours, la politique et les affaires vont de paire à Madagascar. Alors, comme il l’a si bien conclu, Ratsiraka propose mais c’est aux dirigeants de l’écouter ou pas (Atsipy ny teny eny an-tandroky ny omby, atsipy ny teny ao am-pon’ny mahalala : on lance la corde vers les cornes du bœuf, on lance les mots dans les cœurs des connaisseurs).

3- Pour améliorer son rôle dans l’Histoire?

On se souvient bien de son « Non, rien de rien, non, je ne regrette rien » chantonné lors de son retour d’exil. Maintes fois, cela a été rappelé lors de l’interview et toujours, il a défendu son bilan. Dans le livre, il se disculperait de l’assassinat de Ratsimandrava. Il donnerait aussi des explications sur d’autres affaires le concernant. Il se laverait du 10 Août 1990 où l’on a massacré le peuple venu « attaquer » le palais de Iavoloha. Un évènement qu’il a mis en parallèle avec le 07 Février 2009 à Ambohitsirohitra lors de l’entretien télévisé en expliquant qu’il ne faut jamais violer une zone rouge.

Je ne sais pas si c’est dans le livre, mais à la télé, il a aussi expliqué ses choix politiques et économiques en se défendant qu’il n’a jamais été la cause de l’endettement et de la pauvreté du pays. Pour moi, un livre, écrit par Ratsiraka ne peut être que la version de Ratsiraka. J’espère que, nous, qui avions vécu sous son ère, puissions aussi graver nos mémoires pour que l’Histoire se rappelle de tout et non pas d’un seul son de cloche.

4- Pour dire la vérité?

Si le livre contient la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, ce sera un best-seller. C’est assuré. Il y a tellement de zones d’ombres dans l’histoire contemporaine de ce pays. Mais, encore une fois, de simples déclarations ne pourront suffire. Il faudrait des preuves, aussi. Par exemple, celui qu’il désigne comme possible responsable de l’attentat meurtrier contre le Colonel Ratsimandrava est déjà mort. Il ne pourra pas se défendre. Comment pouvons-nous nous assurer que c’est vrai?

Le livre explique-t-il toutes les « affaires » de l’ère Ratsiraka? Je ne le croit pas. On sait bien que toute vérité n’est pas bonne à dire. Quels intérêts aurait-il pour tout dire, surtout s’il est responsable de quelques bavures?

5- Pour se laver de ses pêchés?

Sauf si, sentant le crépuscule venir, il décide de se confesser pour de vrai. Je n’y crois pas du tout mais pour le savoir, il faudrait lire le livre.

Mais je ne veux pas faire la promotion d’un livre. Ce n’est pas le but de ce blog. Et je ne veux pas juger qui que ce soit. Les présidentielles sont dans moins de 2 ans maintenant. L’échiquier commence à bouger et les pièces se mettent en place. Rajaonarimampianina a une majorité de maires et il peut, à tout moment, se risquer à dissoudre l’Assemblée Nationale pour avoir, peut-être une majorité parlementaire avant les élections. Ravalomanana possède, par le biais de sa femme, la mairie d’Antananarivo, tremplin reconnu pour la présidence. Rajoelina, de temps en temps, se manifeste au pays et Ratsiraka sort un livre. Je dirais que tout ça, ça promet.