Andriamialy

Démenti : Lay Corbeille n’est pas Mamy Z. et ne fait pas campagne dans les élections

Au moment où vous lisez cet article, les faits qui y sont décrits ne sont peut-être plus d’actualité. Mais au moment où j’écris, il y a un inconnu qui utilise ma photo de profil mondoblog pour illustrer le profil de sa chaîne  youtube dans laquelle il fait campagne pour un candidat à la présidentielle malgache de 2019. Et ce n’est pas moi.

J’écris cet article parce que le signalement que j’ai fait à Youtube et mon message privé vers ce compte n’ont, visiblement pas, aboutis. Et avant que ma « bogossité » (d’antan) ne soit trop pesant sur les résultats du second tour, je préfère vous déclarer, officiellement, que je ne fais pas campagne pour le candidat Andry Rajoelina.

Youtube

D’abord, je n’ai pas (encore) de chaîne youtube mais cela arrivera plus tôt que je ne le pense. Les idées, j’en ai : musique, arrangements musicaux, covers musicaux, etc. Jamais, o! grand jamais, je ne m’amuserais à partager des contenus politiques. Et je n’utiliserai pas la photo d’un autre comme masque. Faire de la politique peut-être, la vraie, celle que je fais déjà un peu dans mon travail, dans les associations ou sur le jeu en ligne massivement multijoueur où je gouverne une cité virtuelle.

Nostalgie

Cette photo est facilement visible sur internet. Elle a été prise par ma femme avec un appareil photo « bridge » dans la lumière orangée du soleil couchant alors que les plantes étaient jaunis par la sécheresse. Et elle est (très) flatteuse. Je l’ai utilisé pour illustrer mon profil mondoblog en 2013 et c’est, au moins, la 3ème fois qu’elle a été « piratée » sur divers réseaux sociaux. C’est, malheureusement, un des revers d’internet. On ne peut pas croire ni faire confiance à tout ce qu’on y lit.

Je précise que je ne fais pas, non plus, campagne contre Andry Rajoelina. Je ne le connais pas personnellement et je ne veux pas juger, ni lui ni son adversaire, puisque je crois que si la vie ne juge pas toujours un homme, moi y compris, Dieu le fera en son temps.

J’ai, quand même déjà eu l’occasion de lui dire bonjour une fois. C’était en 2005 quand je profitais de quelques mois, rares, de chômage et j’accompagnais ma femme à son travail. On était passé devant l’INJET  (Société d’impression numérique appartenant à Andry Rajoelina) quand lui et sa femme entraient dans leur voiture et nous ont salué. On était 2 jeunes couples sans soucis et pas encore (trop) célèbres. Il a, ensuite, murmuré quelque chose à sa femme qu’on n’a pas entendu mais j’imagine qu’ils nous comparaient à des connaissances (ou nous ont pris pour d’autres). J’aimais cette période mais je ne peux pas y revenir, les enjeux ont trop changé.

Les élections

Malheureusement, le choix des malgaches pour le 2nd tour des présidentielles du 19 décembre prochain se limite à deux anciens dirigeants. C’est une mauvaise chose pour le vrai changement mais, au moins, on peut baser son choix sur l’expérience qu’on a eu avec l’un ou l’autre. Je ne suis pour aucun d’eux en particulier mais je sais comment je vais voter. Et c’est aussi mon conseil pour tous ceux qui ne savent pas encore choisir : demandons-nous ce que l’élection de Marc R ou de Andry R. apportera, réellement, dans ma petite vie et dans la tienne.

La réponse est en partie connue : mon futur dépend de moi et de mes choix, d’abord. Le prochain président aura le pouvoir de me faciliter la tâche ou de me mettre des contraintes. En effet, nous sommes tous connectés les uns aux autres et pouvons nous influencer, certains plus que d’autres. Donc, le choix devra dépendre de ce qu’on pense que l’un ou l’autre candidat fera pour nous, notre business ou contre nous et notre liberté.

Après la proclamation des résultats, peut-être que certaines personnes comme Mamy Z. gagneront une pactole si le candidat pour lequel il travaille si dur gagne. Peut-être qu’il gagne déjà des sous en faisant ce qu’il fait. Si ce n’est pas le cas (qu’il n’est pas sous contrat), et qu’il agit par pure fanatisme, j’espère au moins qu’il sera « heureux », dans son coin, de voir son idole devenir l’homme le plus puissant du pays. Ou, si son poulain perd, j’espère qu’il ne se jettera pas dans l’Ikopa. Pour moi, peu importe le président si je peux toujours faire librement ce que j’aime faire : mon travail, ma foi, ce blog, etc. et que je puisse toujours m’améliorer. Ce sont mes briques pour l’émergence de ce pays.

C’est pour tout cela que je ne vais pas vous partager le lien vers ce compte youtube qui a 1 seul abonné (moi pour lui envoyer le message privé), aucun contenu (il se contente de partager des vidéos à foison) et qui est peut-être un robot. Évitons le buzz. Je n’ai pas plus besoin de défendre quoi que ce soit. Et pour nous les malgaches et amoureux de cette île, utilisons nos cerveaux et allons voter, oui, mais surtout continuons à  servir le pays comme on le peut. Masina ny tanindrazana (la terre des ancêtres est sacrée).

 


Madagascar : j’ai quand même pu voter, puis j’ai compté les voix

Le 7 novembre 2018 s’est tenu le premier tour de l’élection présidentielle malgache. Malgré des soucis d’organisation, j’ai quand même pu voter. Dans l’élan, j’ai même accepté de compter les voix.

Cette élection était décriée depuis longtemps. On a critiqué sa tenue en saison de pluie, la liste électorale, les bureaux de vote et le reste… et pourtant, dans notre quartier tout s’est à peu près bien passé.

Il faut dire que, le matin, je ne pensais pas aller voter. Pendant deux semaines, on a fait des allers-retours au bureau du fokontany (plus petite représentation territoriale dans l’administration malgache). On nous a dit qu’on n’avait pas de carte à nos noms. On nous a même dit qu’on n’était pas dans la liste. On nous a suggéré de venir tôt le jour du scrutin et de vérifier dans les bureaux de vote alentours si on était inscrits dans l’un d’eux. Je n’avais pas le courage.

On a donc passé la journée fériée à faire nos « adidy » (tâches sociales). Les bureaux de vote ferment à 17 heures, et à 16 heures, on a décidé d’aller voir même juste pour que le chef du fokontany voit combien on est frustrés.

Arrivés là-bas, dans le collège public qui faisait office de bureau de vote, le chef du fokontany nous a dit de chercher nos noms, nos cartes électorales ou les deux dans une salle, où des dizaines de gens dans notre cas farfouillaient déjà, certains depuis des heures. Heureusement, j’ai une experience de caissier et j’ai décidé de feuilleter rapidement les milliers de cartes éparpillées là sans propriétaire. Et on a rapidement trouvé nos cartes et on a voté. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde vu les milliers de cartes sans preneurs.

Après le vote, une connaissance nous aborde nous demandant si on veut faire partie des quatre compteurs de voix qui sont des témoins volontaires et citoyens nécessaires pour valider les votes du bureau. J’ai accepté car je pensais que cela faisait partie des adidy et que ce serait amusant.

Amusant, oui, fatiguant aussi. Il fallait remplir à l’identique et signer des dizaines de fiches et de procès verbaux. Pour compter les voix, il fallait d’abord être d’accord entre les membres de la commission indépendante CENI, les délégués présents et les observateurs du nombre de votants qu’ils ont vu passer toute la journée. Ce chiffre devait correspondre au nombre de bulletins dans l’urne. Et c’est après qu’on a vraiment compté les voix de chaque candidat.

Comme on a pris du temps dans cette préparation, on entendait dans les bureaux adjacents des acclamations quand les compteurs y annonçait tel ou tel candidat. Mais nous avons pu commencer doucement à la lumière d’une ampoule neuve dont la salle de classe du collège public a été équipée spécialement ce jour là.

Les résultats de ce petit bureau de moins de 400 votants sont anecdotiques. Il y avait surtout Ravalomanana en tête, Rajoelina en suivant et Dama en 3ème position. Les autres, sans en citer un(e) étaient étonnement beaucoup à 0,00%… oui, même lui. Cela invalide, pour notre bureau, la théorie selon laquelle un grand nombre de candidats allaient biaiser les choix des électeurs. Les résultats finaux montreront si cela a vraiment eu beaucoup d’influence. Attendons pour savoir.

Avec notre retard, notre bureau faisait partie des derniers à faire le comptage. Bientôt, tous les curieux, les partisans, les passionnés qui ont quitté les autres bureaux ont envahi nos bancs pour « animer » cet acte citoyen. On s’organisait de telle sorte que 2 d’entre nous sortaient les bulletins et les identifiaient pendant que j’inscrivais au tableau et qu’un dernier me surveillait. J’étais, malgré moi, au centre des attentions. Mon collègue d’un soir criait un numéro, 25 ou 13, et on entend comme dans les stades de foot des « ouéééé » ou des « ouuuuh ». Je traçais une ligne et on me disait « reste de ce côté mon grand! » ou « économise la place, ça va déborder » ou bien « Oh, on dirait que Razoky (Grand-frère) squatte cette partie du tableau ». De temps en temps, on entendait un numéro exotique et on entendait d’autres commentaires du genre : « c’est qui ça? » ou « revérifie! » ou « ça doit être sa famille qui a voté! ».

Et comme chez des supporters de foot, il y a eu des piques de part et d’autre mais dans une ambiance bon enfant. J’ai l’espoir que les Malgaches ont, désormais, assez de maturité pour accepter les résultats des urnes sans violence.

Ce qui est malheureux, c’est qu’il existe toujours des votants qui font des erreurs dans l’utilisation du bulletin unique. Il y en a qui ne cochent pas dans la case prévue. Il y en a aussi qui signent au lieu de mettre une croix. Il y a toujours le travail d’éducation et d’information à faire mais je pense que ces gens là existeront toujours.

Après avoir dépouillé, on est restés encore plusieurs dizaines de minutes pour finaliser les PV. Je pense que si un candidat a un délégué dans chaque bureau de vote, il pourra s’assurer de la véracité des résultats. Dans le notre, par contre, il n’y a eu que 4 délégués sur les 36 candidats. Ce qui nous a évité quand même 32 signataires en plus, mais, surtout, cela montrait quels candidats étaient les plus sérieux.

Donc, je suis rentré un peu tard avec le sentiment d’avoir accompli mon devoir d’électeur, malgré tout. Et même, cette fois-ci, j’ai l’impression d’avoir vraiment participé au processus.


10 régions pour sentir le froid à Madagascar

Madagascar est une île tropicale de l’Afrique et de l’Océan Indien. Mais il est possible en cette période, pour vous amateur du froid et des tremblements, de passer de bons moments à vous geler les oreilles. Il suffira de visiter les endroits de cette liste.

Photos : layandri

1-ANTANANARIVO

Pour ceux qui débarquent à Antananarivo en mois d’hiver pour la première fois, cela peut être un choc. Si le vol arrive avant l’aube ou au petit matin, la température est alors en dessous de 10°C. Les records tournent autour de 3-5°C le matin et rarement au-dessus de 20°C au plus chaud de l’après-midi.
Les touristes restent souvent en escale de quelques heures pour ensuite continuer vers les plages ensoleillées des cartes postales. Mais Antananarivo, elle est perchée à plus de 1200m d’altitude. Imagines seulement que tu es à la plage et que le Palais de la Reine est à 1km au dessus de ta tête. Ce qui explique son climat tempéré. Mais en plus, elle est entourée de chaines de montagnes qui bloquent tout vent chaud venant des côtes. Nous allons en parler plus tard.

2-ANTSIRABE

A la météo, la 2ème ville de l’ancienne province d’Antananarivo est toujours la plus froide. On dit même que dans ces régions, il y a de la neige, très très très rarement.
Cette ville d’eau possède tout ce qu’on recherche autour de cet élément vital : source chaude, eau naturellement gazeuse, lacs, rivières, usines de limonades et de bières. Mais pour y séjourner en hiver, il faut vraiment aimer le froid.

Photo : madacamp

3-AMBATOLAMPY

Les 3 villes ou villages qui suivent sont des étapes où certains voyageurs rentrant sur Tana s’arrêtent pour manger ou parfois dorrmir.
Ambatolampy, depuis le Sud, entre Antananarivo et Antsirabe est, à mon avis la plus froide des 3 sauf qu’elle n’est pas citée à la météo. J’y ai dormi une nuit d’hiver. C’était la plus froide que j’ai jamais vécu. Je n’ai pas bougé d’un poil car le moindre mouvement pouvait me mettre en contact avec des parties glacées de mon lit.
Pourtant, la visite de cette ville est incontournable dans le circuit Sud car elle abrite les artisans du métal et elle produit nos marmites et ustensiles de cuisines. Ses artisans sont capables de créer même des copies interdites et illégales de pistolets.

4-AMBANITSENA

C’est plutôt un village qu’une ville sur la route de l’Est. Il marque la fin de l’ascension vers la capitale. Il est célèbre pour ses petits restos pour les voyageurs. Le matin, dans le brouillard glacial, il propose la soupe de riz au brèdes accompagnée de saucisses, de kitoza (viande de zébu boucanée) ou d’omelette.
Une fois, dans les années 90, on est monté à Tana à bord d’un taxi-brousse, vieux 4×4 réaménagé, dans lequel je n’avais pas de place pour mes jambes et le chauffeur nous a imposé une pause de 4 heures là pour éviter d’entrer à Tana la nuit. C’était 4 heures d’enfer pour nous qui n’aimons pas le froid.

Photo : layandri

5-MANERINERINA

Maintenant c’est la route de l’Ouest. Le nom de ce village signifie « visible car haute et dégagée ». Et c’est bien le cas, c’est froid et venteux comme pas possible. On vient aussi de finir de gravir le versant Ouest du plateau et il est salutaire d’y faire reposer son moteur. Si on vient de Majunga, et on est passé par la cuvette de Maevatanana, record en terme de chaleur, le choc est évident. Je dirais que s’il fait 15°C, le ressenti doit être à 5°C.

6-TOAMASINA

C’est le chef-lieu de la région Est, ancienne capitale de province, actuelle capitale économique. C’est le plus grand port de Madagascar mais c’est quand-même une ville prisée par les vacanciers. Comme presque toutes les villes côtières, il y fait chaud même en hiver. C’est mon avis d’habitant d’Antananarivo. Par contre, ceux qui habitent là-bas disent qu’ils ont froid. Là encore, il s’agit de ressenti. Peut-être qu’après quelques années, on sentirait bien la différence de température entre les saisons.

Photo : layandri

7- TAOLAGNARO

Je disais que presque toutes les grandes villes côtières ont chaud en hiver. Mais j’ai déjà eu très froid à Taolagnaro ou Fort Dauphin selon l’ancien nom, ville sur la pointe australe de l’île. Il y a là-bas un vent sec et glacé venant du Sud, le Tioka Atimo (souffle du Sud). C’est désolant de se dire que le tropique du Capricorne n’est qu’à quelques kilomètres et que tu es là à contempler une plage dite « Liban » (Libanona) mais il fait trop froid pour t’y tremper.

8 -9-10 MORAMANGA,MANTASOA,ANDASIBE OU AUTRES

On revient à l’Est qui baigne dans un climat d’hiver « froid et humide ». Il ne fait pas si froid mais c’est surtout humide. Il s’agit de sortir de la maison sous un crachin abondant et froid et le moindre souffle de vent suffit à vous glacer les os. Ce sont surtout les régions boisées et dans le forêt ou dans la campagne, c’est beau. Mais dans la boue des villes c’est juste infernal.

Photo : layandri

 

Voilà, si vous avez marre de la canicule du mois de Juillet en Europe ou en Amérique, sachez qu’à Madagascar, vous pourrez toujours vous les geler jusqu’en Août.


Le hublot du 787 et le nouvel ordre mondial

J’ai enfin voyagé à bord d’un Dreamliner, un avion de Boeing qui a opéré une fracture technique et technologique dans la production d’aéronef. Je vais vous parler de mon voyage en classe économique et particulièrement du hublot hi-tech du 787.

D’abord, je dois dire que le constructeur n’a pas menti sur le confort amélioré. Il y a moins de bruit même si l’avion le plus silencieux que j’ai pris était, il y a une vingtaine d’années, un Fokker avec les deux moteurs à l’arrière. . L’avion a une meilleure pressurisation et son air ne provient pas des moteurs, pas de risque d’inhaler du carburant. La sensation en générale est différente, sans compter l’ambiance que procure le neuf.

Il y a plus de place ou c’est juste une impression. En effet, la rangée de chaise devant n’a pas de pied au milieu, un petit plus pour les jambes. un gros écran plein de médias et d’applications est là pour occuper ses yeux et son cerveau. J’ai fait la veille 5 heures dans un autre avion plus ancien et j’avais des courbatures et des crampes. Après 6 heures dans le Dreamliner, je me sentais bien. L’hôtesse, affolée, m’a pourtant demandé si j’allais bien. J’avais les yeux rouges, elle disait. 6 heures avec un écran à moins d’un demi-mètre se son nez, ça ne pardonne pas.

La sensation d’espace est aussi accentuée par le grand hublot sans volet. C’est un hublot dont la luminosité est réglable grâce à 2 boutons. La lumière intérieure n’est plus simplement blanche mais de différentes couleurs qui permettent soit de reproduire l’ambiance externe, soit d’en créer une artificiellement. Par exemple, une petite lumière violette ressemble à une nuit en plein jour à condition que tous les hublots soient réglés au plus sombre, quasiment opaque.

 hublot
Photo : BoramLee

Et voilà! Le Chef de Cabine, à 14h de l’après-midi, après avoir débarassé le couvert du déjeuner veut offrir une sieste avec une ambiance vol de nuit, il appuie sur un bouton. Là, moi, assis près du hublot, je le vois s’assombrir et mes appuis frénétiques sur les boutons ne peuvent rien y faire.

Finalement, ces hublots haute technologie, c’est comme la plupart des innovations. C’est joli, cela promet plus de possibilité, de facilité, de convenance. Au final, ça sert à mieux nous contrôler.


Quand ma réunion est suspendue pour cause de match du Sénégal

Le premier match du Sénégal dans le mondial 2018 en Russie s’est déroulé le 19 juin contre la Pologne. Je l’ai regardé ici, par chance, au pays des Lions, puisque les organisateurs de la réunion ont décidé de la suspendre pour cause de match.

Ce billet a été initialement publié sur randriamialy.mondoblog.org.

Les organisateurs de la réunion ont fait la remarque que ce n’étaient pas les Sénégalais mais les autres qui ont le plus insisté. Ce n’était peut-être pas totalement vrai puisqu’on sentait déjà les sénégalais plus concentrés depuis longtemps. Mais on peut comprendre que tous les Africains et afrophiles étaient derrière l’équipe représentant le dernier espoir de victoire du continent dans ce premier tour.

Début de rêve

Lorsque j’ai rejoint la salle de la télé, j’ai compris que ce sont toutes les réunions du complexe hôtelier qui ont été mises en veille. Il y avait nous, francophones en général mais de plusieurs pays différents, et il y avait les autres, qui font leur réunion en anglais dans la salle d’à-côté, sans oublier les clients de l’hôtel. Les Sénégalais ont squatté les premiers rangs de la salle de projection improvisée.

On voyait tout de suite que les Lions de la Teranga pouvaient gagner. La lenteur qu’ils affichaient à chaque prise de balle n’était pas de la nonchalance mais plutôt du calme. La preuve c’est qu’ils explosent facilement et mettent à mal la défense polonaise. Et fatalement, c’est un défenseur polonais qui a dévié un tir sénégalais et qui a trompé son gardien pour le 1er but du Sénégal. Les français l’appelleraient « coup de billard » ; les malgaches le qualifierait de taim-baolina (but résiduel ?) ; mais en tout cas, il est valable et il amène la joie dans tout un pays, tout un continent.

Enthousiasme ? Non, j’ai dit euphorie

Bien entendu, toute la salle s’est levée pour applaudir ce but. Une salve d’applaudissements que les joueurs n’ont surement pas entendu mais taper des mains est un moyen humain d’exprimer la joie, l’approbation, l’admiration ou l’enthousiasme.

Enthousiasme ? Non, j’ai dit euphorie. Surtout chez ce grand Sénégalais qui a pris place devant moi. Je dois dire que je n’ai rien vu du second but. J’ai entre-aperçu un joueur polonais faire une passe en retrait hasardeuse, puis un attaquant sénégalais courir disputer la balle devant et puis j’ai vu des dos en chemises, costards et boubous trépigner puis sautiller de joie. J’en ai déduit que c’était but pour le Sénégal.

À partir de là, tout était sujet à applaudissements. Le ralenti montrant le but et… applaudissements. La rediffusion de la célébration du buteur et… applaudissements. La réaction du sélectionneur = applaudissements. Une petite remarque des commentateurs soi-disant qu’on n’a pas vu l’attaquant adverse toucher le ballon = applaudissements. Tiens! Son Excellence monsieur le président de la république du Sénégal apparaît à l’écran = applaudissements même s’il n’a pas vraiment participé au dernier but. À 2-0 contre la Pologne, fallait croire que la messe était dite… ou presque.

Une fin de match tendue

Mais il ne fallait pas vendre la peau de l’ours. Pas encore ! En effet, la Pologne a réduit l’écart vers la 86e minute. Et faut-il rappeler qu’un match de foot dure 90 minutes plus le temps additionnel ? Dans notre salle, on sentait l’inquiétude. On se souvient des autres équipes africaines battues avant le Sénégal. Y avait-il une malédiction en cours ? Certains se rassuraient à haute voix : « Non, ça va aller !. Et si chaque action polonaise était accompagnée de « ouille » et de « fiuuu » (sifflements), chaque arrêt ou récupération par le Sénégal était célébré comme un but.

Sur le terrain, les joueurs sénégalais sont toujours aussi calmes. Ou sont-ils fatigués ? Je ne sais pas mais l’essentiel est qu’ils ont tenu jusqu’à la fin. Une fin de match sur une victoire 2 à 1 donc. Ce n’est pas un score rassurant mais j’espère qu’une équipe africaine ira loin dans ce Mondial.

Bref, bon match mais peut et doit mieux faire pour le Sénégal et pour l’Afrique. Quant à moi, je m’en vais retourner à mes travaux, finalement, raison de ma présence ici.


Ils ont suspendu la réunion pour regarder le match du Sénégal

Le premier match du Sénégal dans le mondial 2018 en Russie s’est déroulé le 19 juin contre la Pologne. Je l’ai regardé ici, par chance, au pays des Lions, puisque les organisateurs ont décidé que notre réunion était suspendue pour cause de match.

Ils ont fait la remarque que ce n’étaient pas les Sénégalais mais les autres qui ont le plus insisté. Ce n’était peut-être pas totalement vrai puisqu’on sentait déjà les sénégalais plus concentrés depuis longtemps. Mais on peut comprendre que tous les Africains et afrophiles étaient derrière l’équipe représentant le dernier espoir de victoire du continent dans ce premier tour.

Début de rêve

Lorsque j’ai rejoint la salle de la télé, j’ai compris que ce sont toutes les réunions du complexe hôtelier qui ont été mises en veille. Il y avait nous, francophones en général mais de plusieurs pays différents, et il y avait les autres, qui font leur réunion en anglais dans la salle d’à-côté, sans oublier les clients de l’hôtel. Les Sénégalais ont squatté les premiers rangs de la salle de projection improvisée.

On voyait tout de suite que les Lions de la Teranga pouvaient gagner. La lenteur qu’ils affichaient à chaque prise de balle n’était pas de la nonchalance mais plutôt du calme. La preuve c’est qu’ils explosent facilement et mettent à mal la défense polonaise. Et fatalement, c’est un défenseur polonais qui a dévié un tir sénégalais et qui a trompé son gardien pour le 1er but du Sénégal. Les français l’appelleraient « coup de billard » ; les malgaches le qualifierait de taim-baolina (but résiduel ?) ; mais en tout cas, il est valable et il amène la joie dans tout un pays, tout un continent.

L’euphorie

Bien entendu, toute la salle s’est levée pour applaudir ce but. Une salve d’applaudissements que les joueurs n’ont surement pas entendu mais taper des mains est un moyen humain d’exprimer la joie, l’approbation, l’admiration ou l’enthousiasme.

Enthousiasme ? Non, j’ai dit euphorie. Surtout chez ce grand Sénégalais qui a pris place devant moi. Je dois dire que je n’ai rien vu du second but. J’ai entre-aperçu un joueur polonais faire une passe en retrait hasardeuse, puis un attaquant sénégalais courir disputer la balle devant et puis j’ai vu des dos en chemises, costards et boubous trépigner puis sautiller de joie. J’en ai déduit que c’était but pour le Sénégal.

À partir de là, tout était sujet à applaudissements. Le ralenti montrant le but et… applaudissements. La rediffusion de la célébration du buteur et… applaudissements. La réaction du sélectionneur = applaudissements. Une petite remarque des commentateurs soi-disant qu’on n’a pas vu l’attaquant adverse toucher le ballon = applaudissements. Tiens! Son Excellence monsieur le président de la république du Sénégal apparaît à l’écran = applaudissements même s’il n’a pas vraiment participé au dernier but. À 2-0 contre la Pologne, fallait croire que la messe était dite… ou presque.

Une fin de match tendue

Mais il ne fallait pas vendre la peau de l’ours. Pas encore! En effet, la Pologne a réduit l’écart vers la 86e minute. Et faut-il rappeler qu’un match de foot dure 90 minutes plus le temps additionnel ? Dans notre salle, on sentait l’inquiétude. On se souvient des autres équipes africaines battues avant le Sénégal. Y avait-il une malédiction en cours ? Certains se rassuraient à haute voix : « Non, ça va aller !. Et si chaque action polonaise était accompagnée de « ouille » et de « fiuuu » (sifflements), chaque arrêt ou récupération par le Sénégal était célébré comme un but.

Sur le terrain, les joueurs sénégalais sont toujours aussi calmes. Ou sont-ils fatigués ? Je ne sais pas mais l’essentiel est qu’ils ont tenu jusqu’à la fin. Une fin de match sur une victoire 2 à 1 donc. Ce n’est pas un score rassurant mais j’espère qu’une équipe africaine ira loin dans ce Mondial.

Bref, bon match mais peut et doit mieux faire pour le Sénégal et pour l’Afrique. Quant à moi, je m’en vais retourner à mes travaux, finalement, raison de ma présence ici.


Théorie sur la malgachisation du mot four

Je me suis levé ce matin et j’ai eu cette reflexion en sortant mon pain du four : « mais pourquoi? ». Pourquoi le mot four est devenu « lafaoro« ? Mais pour y répondre, il faut d’abord voir comment se sont malgachisés les autres mots français. C’est à la fin que j’exposerais ma petite théorie.

Si on se cantonne au royaume merina du 19è siecle qui s’est autoproclamé Royaume de Madagascar, il y a eu principalement deux nations européennes qui ont apporté leurs influences : l’Angleterre et la France. Il y a beaucoup d’autres européens comme les norvégiens ou les italiens ensuite et bien avant tout cela, il y a les portuguais. On pense par exemple que le nom de notre devise Ariary viendrait du Real.
Mais ce sont les langues anglaise et française qui ont apporté le plus de vocabulaires ces derniers siècles. Et il est facile, en cherchant les racines des mots, de comprendre quelle civilisation nous a apporté un objet, un animal, un nom, une idée.

Gisa = Geese

Fiara
= Fiacre

Seza
= Chaise

Rajaonisaona
= Johnson

Raserizà
= Sergent

Indrindra
= In deed

Baiboly
= The Bible

En parlant de Bible, on a d’un côté une protestante dont les noms des personnages sont inspirés de l’anglais et une catholique avec des noms français malgachisés. Exemples :

Petera vs Piera

Mosesy
vs Moizy

Jesosy
vs Jeso(Zezo)

Mais le sujet de cet article ce sont des mots français. Certains gardent leur article « la ».Cela donne des mots malgaches qui commencent par « la ». Exemple :

La table = latabatra
La croix = lakroa
La bougie = labozia
La France = Lafrantsa
La vanille = lavanilina

Il y a peu de mots masculin qui gardent leur article « le ». Le son « le » n’existant pas, il serait malgachisé en « lé » qui est déjà proche de ‘lay, l’article malgache utilisé dans le titre de ce blog. Ainsi, « le comorien » devient « lekaoma« . Cela devient bizarre si on utilise lay devant (‘lay lekaoma). La plupart du temps, le mot masculin vient sans son article.

On dit bien « le four » mais pas « la four ». Si c’était « la four », la logique aurait été d’obtenir « laforo » et garder la prononciation. Mais non, on a « lafaoro » qui sonne comme « la fort ».

Voici mon avis :  « four » n’avait aucune chance de rester comme il est dans notre langue parce que sa prononciation est trop proche du mot qui signifie « vagin ». Toutes ces expressions cuisinières seraient devenues ambigues :

– prechauffer le four
– mettre au four pendant 20 minutes
– etc.

Si je n’ai pas tort, ce serait donc la pudeur légendaire des malgaches qui a créé l’exception « lafaoro« .


Difficile de passer de la tradition orale à l’ecrite

Beaucoup de proverbes malgaches sont le sujet de débats. Cela concerne l’orthographe et par conséquent le sens des mots et des expressions.

Au lieu d’essayer de résoudre ces débats, je vais faire une illustration en remettant en cause une proverbe bien connu.

Quelques exemples

Voici déjà quelques exemples de proverbes dont l’ecriture ne fait pas l’unanimité :

« Mamerina indroa manantitratrantitra » ou « mamerina indroa manana ny antitra »

Est-ce que passer une couche c’est radoter ou bien ça permet d’avoir une couleur plus vive (peinture)?

« Ady voamangan’i Kirijavola » ou « Adin’i Vaomanga sy Ikirijavola »

La suite est « ny masony no tindronina aloha »(tout de suite, il crève l’oeil ». Mais est-ce une image de la façon dont Kirijavola déterre la patate douce (voamanga) ou bien sa technique de combat contre Vaomanga? (Un boxeur traditionnel ou pourquoi pas un coq).

« Tendrom-po » ou « tendrim-po tsy mba namana? »

Dans les 2 cas, on ne peut pas s’y fier. Mais s’agit-il des « pointes du cœur » ou des « choix du cœur »? Ma grand-mère ôtait par précaution un bout du cœur des animaux qu’elle préparait en cuisine.

Et des expressions et adages ambigus  il y en a pléthore en malgache. Mais nous allons faire notre démonstration avec un proverbe bien établit.

Notre cobaye

« Ny adala no toa an-drainy »

Littéralement, il se traduit par « l’insensé est celui qui est comme son père ». Communément, il est admis que ce proberve signifie que celui qui ne réussit pas à dépasser son père, à faire mieux que son prédecesseur ou se contente de reprendre ses activités est un insensé. Mais cela est vrai, seulement si on accepte cette façon d’ecrire la phrase.

En effet, « toa » est un mot qui signifie « pareil ». Il est logique de comprendre que dans une société malagasy où l’on promeut le travail et la possession, on exhorte les garçons à devenir plus riches que leurs pères. Dans certaines régions, les parents ne laissent aucun héritage mais tout ce qu’ils possèdent sont dilapidés pendants les funérailles et s’ils avaient 100 têtes de zébus, 100 paires de cornes orneront leur tombeau. Cela fait que l’enfant repart de 0 pour faire mieux que ses prédécesseurs.

Puis, même si l’expression « toa an’i » est utilisé comme comparatif, c’est rare. À la place, on dit « ohatra an’ialahy ihany izaho » (je suis comme toi). Ou bien, on dit « toy » mais pas « toa ».

  1. En effet, « toa », en général, signifie « on dirait ». Par exemple, « toa matory ianao izany » se traduirait par « on dirait que tu dors ». Et de ce fait « Ny adala no toa an-drainy » devient « C’est l’insensé qui est on dirait son père ». 
  2. Et puis, « an-drainy » si on enlève du contexte signifie à 99% « à son père ». Ce qui donne   « on dirait que l’insensé est à son père ».
  3. Il y a aussi les homonymes de « toa ». En premier, il y a « to » qui est la racine de « mankatò » (obéir). Ce qui nous donne : »ny adala no tò an-drainy » ou « L’insensé obéit à son père ». 
  4. En second lieu, il y a « toha- » , contraction de « tohana » (obstacle) qui nous permet d’obtenir « ny adala no tohan-drainy » ou « l’insensé est un frein pour son père ».
  5. Enfin, avec l’altération des siècles qui passent, on pourrait penser que l’original aurait pu être « ny adala no tohin-drainy » qui signifie l’insensé fait suite ou succède à son père.


    Vous voyez qu’une différence minime à l’écrit peut transformer radicalement le sens tout en restant à peu près potable. C’est pour cela qu’il est difficile de se mettre d’accord sur l’écriture de certains proverbes anciens.


    Il y a 100 façons de s’interpeller en malgache

    En anglais, il y a « you ». En français, il y a déjà « tu » et « vous ». Mais en malgache, il y a une infinité de façon de s’appeler, comme il y a autant de relations humaines.

    D’abord, ianao (tu, toi) est le pronom personnel à la deuxième personne du singulier dans la langue officielle. C’est le pronom à utiliser normalement, pour être courtois, neutre, sans équivoque, sans arrière-pensée. Il est aussi passe-partout puisqu’il va entre parent et enfant, patron et subordonné ou dans un couple.

    Certains veulent utiliser le pronom au pluriel ianareo (vous) comme dans la langue française mais, à mon avis, cela a un effet péjoratif. En effet, cela sonne toujours comme un « vous » inclusif. Oui, c’est comme « toi et ton espèce » ou « dans ta famille », « toi et tes semblables ».

    Si deux personnes se parlent en utilisant ianareo, et si ce n’est pas une convention dans la famille pour marquer le signe de respect, cela indique une certaine distance. Il se peut que la discussion qui commence par des ianao dégenère en dispute avec des ianareo, ialahy, ‘ndri ou pire (voir plus bas) car la personne devient « tsy fanao ianao » (ne mérite pas le ianao).

    Dans certaines régions, cependant, ianareo peut marquer une grande pudeur. En effet, si la personne n’est pas mariée, ianareo (vous) peut signifier « toi, tes parents et toute ta famille ». Si elle est mariée, c’est « toi et ton époux(se) ». Et on ne dit pas « Manao ahoana ny vadinao ? (comment va ton époux(se) ?) mais « Manao ahoana ny ao aminareo ? » (comment va celui (celle) qui est chez vous ?).

    Dans le langage familier, le tutoiement se traduit par ialahy pour les garçons et indri [indji] ou ‘ndri pour les filles. De ce fait, on peut facilement deviner la nature d’une relation en écoutant comment deux personnes s’appelent :

    • Deux personnes qui se disent ianao : relation respectueuse,
    • Deux garçons qui se disent ialahy et deux filles qui se disent ‘ndri : amitié,
    • Une fille et un garçon qui s’appellent par ialahy : amitié, intimité voire plus,
    • Une fille et un garçon qui s’appellent par ‘ndri : flirt, amour,
    • Deux filles qui se disent ialahy ou deux garçons qui se disent ‘ndri : gang, intimité douteuse ou carrément gai.

    Puis, il y a ise ou ‘se [sé] qui, dans l’usage, est un équivalent sans genre de ialahy et ‘ndri. Je me souviens même que tout petit, à l’église, et surtout dans les patrouilles de la jeunesse, on nous préconisait d’éviter les trop familiers ialahy et ‘ndri car trop souvent, la culture colonisatrice pseudo-chrétienne démonise les mots malagasy authentiques pour les remplacer par les traductions en langue étrangère (comme tay devient kakà et amany devient pipi, par exemple). A mon avis, ise est juste la malgachisation de l’anglais « sir ». C’est pour cela qu’il persiste chez les andriana (clan des princes). Et actuellement, c’est devenu, dans certains couples la contraction du français chéri(e) puisque le son ch n’existe pas dans la langue malgache. Chéri, en phonétique malgache devient « ‘se ‘ry » (chéri(e) là-bas).

    Vous avez remarqué que tous ces mots commencent par un « i ». Cette lettre doit être mise devant un mot pour dire que c’est un nom ou un prénom. Ainsi, en malgache :

    • Marie devient i Marie
    • Pierre = i Pierre
    • Président = i Prezidà
    • Sergent = i Serizà
    • etc.

    Maintenant, dans le langage hautain voire vulgaire, on a les appelations qui anonymisent, voire vont jusqu’à chosifier une personne :

    • i anona : untel, quelqu’un, quiconque
    • i zavatra : chose, machin, truc

     

    • lery (‘lay iry) : littéralement celui qui est là-bas
    • leity (‘lay ity) : littéralement celui qui est ici
    • etc.

     

    • i tena : ce corps (humain)
    • ‘ty : ça

    Pour les 2 premiers, on a anona qui est très utilisé lors des disputes comme par exemple : –Dia haninona ianao ry anona a ? (Alors, qu’est-ce que ce quelqu’un va me faire ?). Aujourd’hui, chez certain(e)s ami(e)s, c’est devenu une appellation affective. Mais Anona et Zavatra sont surtout utilisés par des personnes qui ont ou font semblent d’avoir une mauvaise mémoire des noms. Parfois, c’est assez agaçant.

    • Avia hoe i… zavatra aty. (Viens un peu ici… machin-chose)

    Lery, Leity, Leisy, Legona, Leanona, Leaza, etc. sont des appellations viriles entre hommes dans les bars, sur les terrains de foot, etc. Mention spéciale pour lery qui est devenu le pronom pour désigner le héros d’un film ou d’un B.D. qu’on raconte.

    • Naharesy i lery tamin’ny farany (il (le héros) a gagné à la fin)

    ‘ty et tena sont l’apanage des endroits qu’on appelle « bas-quartier ». Ayant grandi à Dakar dit Manjakaray, j’ai côtoyé ces mots tous les jours. Là-bas, ce ne sont pas de gros mots et ils sont utilisés par tous, petits et grands. Les plus gros mots et insultes existent aussi et sont utilisés. Par exemple, certaines personnes là-bas s’appellent pénis (tab*), couilles (voatab*), vagin (kind*), incestueux (vadin*), fesses (vod*), face de (tavan*), sodomite (lel*), etc.

    Face à ces abominations verbales, ‘ty et tena sont devenus plus acceptables. Et puis, grace aux échanges, aux B.D. ou films, ces mots sont sortis des bas-quartiers et sont utilisés dans d’autres groupes. Pour l’avoir entendu plusieurs fois, je sais que des hommes respectables d’Antananarivo qui ont aujourd’hui autour de la soixantaine se parlent entre eux en utilisant ‘ty. C’est assez déroutant de voir 2 papys (disons que le premier est un Chef de Département, l’autre un élu de la ville) se rencontrer et se dire :

    • « Ahoana r’ty, elaela ‘ty tsy hita an!? »  (salut, ça fait longtemps que je t’ai pas vu !).

    Mais ‘ty et tena gardent toujours ce côté tabou. Les scientifiques disent que les gros mots impactent plus profondément le cerveau que les autres mots. Comme ‘ty et tena sont du côté obscur, alors, ils ne peuvent vraiment pas être utilisés de manière innocente. Quand j’étais jeune, j’étais chez une amie mariée de ma jeune tante. Comme il n’y avait pas encore de sms, son mari lui a envoyé une missive enflammée en mode ‘ty et tena. Il n’y avait rien d’obscène dans les mots sauf que tena a tout changé. Justement, l’utilisation de ces mots rend une phrase nettement plus ambiguë, disons plus intime que ialahy et ‘ndri. Par exemple, la phrase « tu verras bien quand tu rentreras ce soir » est vraiment différente entre ces 3 traductions :

    • Ho hitanao tsara rehefa mody eo ianao rahariva. (inquiétant)
    • Ho hitandri tsara rehefa mody eo ‘ndri rahariva. (encourageant)
    • Ho hitan-tena tsara rehefa mody eo tena rahariva. (carrément sexy)

    Pour finir, comme cet article parle de 100 façons de s’appeler chez les malgaches, il faut dire qu’il y en a, en vérité, une multitude et qu’on continue encore d’en créer. La langue malgache est une langue bien vivante et les malgaches aiment bien inventer des mots entre eux pour faire des liens dans les groupes. Parfois, ces mots sortent des familles, des écoles, des quartiers, des régions pour alimenter le quotidien de tous les malgaches. La fin de cet article est une liste de quelques-uns ces mots :

    Rams (diminutif de Ramosé) : Monsieur
    Razoky : Grand frère
    Zandry : petit frère
    Zama : tonton
    ingahy : Monsieur
    ikala : fille
    Pata : diminutif de patron
    toi : utilisation du français. Par exemple « manao ahoana toi? » (comment tu vas?)
    etc.


    Résiliés, malussés, sinistrés, les malgaches abordent 2018 sans assurance

    Une nouvelle année est toujours signe d’espoir. Même à Madagascar, on fait le vœu que l’année soit bonne, au moins clémente.

    Vous avez peut-être déjà vu des compagnies d’assurances faire de la publicité envers les personnes qui ont été déboutées ailleurs pour diverses raisons. Certains disent que ce sont des publicités pas très vraies mais je sais qu’à Madagascar, il y a toujours un moyen pour avoir une assurance, même à la dernière minute. Alors, si c’est possible d’obtenir cette assurance que tout ira bien à Madagascar en 2018, nous sommes tous preneurs.

    Sinistrés

    L’année ne fait que commencer et déjà une tempête tropicale frappe le pays. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est que depuis l’année dernière, les séismes s’ajoutent aux risques de catastrophes possibles. Avec ça, il reste peu de choses qui sont sûres d’épargner la Grande Île. Et comme tous les ans, on est toujours victimes, sinistrés, comme si on ne s’y était pas préparé.

    By NASA image courtesy Jeff Schmaltz, LANCE/EOSDIS MODIS Rapid Response Team at NASA GSFC. Caption by Michon Scott. Domaine public, via Wikimedia Commons
    Le cyclone Giovanna, qui a frappé Madagascar en 2012

    Malussés

    Le mot n’existe pas. Il a été inventé pour des publicités mais il est facile d’en comprendre la signification. Dans certains contrats, il y a des clauses qui décrivent les cas où l’on reçoit des bonus ou des malus. Quand les malus s’accumulent, on a de moins en moins envie de garder ce contrat. Je ne sais pas ce que nous, peuple malgache, avons mal fait mais en tout cas, les malus sont nombreux pour nous. L’inflation, par exemple, est fortement ressentie sur le prix du riz, de l’essence, de l’eau et de l’électricité. La corruption est à tous les étages, l’insécurité règne, etc. On est vraiment malussés.

    Crédit photo : Geoleval, CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons

    Résiliés (résignés)

    L’idée de cet article m’est, en fait, venue quand j’ai vu dans un forum un internaute faire la faute de français d’écrire « résigné » au lieu de « résilié ». C’est vrai qu’on rapproche souvent la résilience et la résignation même s’il y a des différences. Mais dans le cadre des contrats, on parle plutôt de « résiliation ».

    À Madagascar, le peuple est devenue très sage. La compagnie des eaux et électricité, après de pompeuses inaugurations de nouvelles centrales, augmente régulièrement et fortement ses tarifs, personne ou presque ne réagit. Le prix du riz a plus que doublé, personne ne s’en offusque. On accepte tout comme une fatalité.

    Crédit photo : Rama, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

    Est-ce que c’est une résignation ? Peut-être. Est-ce plutôt une résilience ? On verra. Cette année devraient se tenir les élections présidentielles. Ce sera l’occasion de savoir si les malgaches renouvellent leur contrat ou bien si, au contraire, résiliés, malussés, sinistrés, ils vont aller voir ailleurs. En tout cas, cher lecteur(trice), bonne année 2018 à vous!


    Les musiciens malgaches internationaux

    Article mis à jour ce 03/01/2018
    Un jour, je me suis trouvé avec des personnes de différentes origines et on parlait de musique. Quand j’ai demandé : « Vous avez déjà entendu de la musique malgache ? » 

    Aucune d’entre elles ne semblait connaître. Je me souviens même de la réponse d’un membre du groupe : « Je ne savais même pas qu’il y en avait ». Je l’affirme, dans notre île il y  a de la musique et de grands musiciens. Des artistes que vous devriez connaître à condition d’être un peu mélomane ou d’avoir une assez bonne culture musicale.

    Commençons avec le jazz qui compte le plus grand nombre de musiciens malgaches reconnus à l’étranger

    Andriamanantena Paul Razafinkarefo

    Devant ce nom horriblement malgache, il y a un pseudonyme plus connu et moins barbare est bien vite reconnu par tout le monde : Andy Razaf. Je voulais commencer par ce grand homme : « so black and so blue », américain, qui a quitté Madagascar très tôt, mais qui n’a pas renié ses origines. Il a rencontré le président malgache lors d’un voyage aux États-Unis de ce dernier.

    Les musiciens de jazz

    Le jazz aurait moins d’un siècle d’existence à Madagascar, mais la musique malgache en elle-même est déjà proche de ce genre.  Jeanot et Tony Rabeson, Georges et Serge  Rahoerson, Solorazaf, Silo, Nicolas Ravatomanga, « Tôty » Olivier Andriamampianina, le bassiste Sylvain Marc, Arly Rajaobelina, etc. ont contribué et contribuent encore à assoir le succès de cette musique à Madagascar et du jazz malgache à l’étranger. Pardon, mille pardons pour ceux qui ne sont pas cités, car je sais que les gens n’aiment pas du tout lorsqu’on oublie de les citer quand ils le méritent. Mais ce ne sont que quelques exemples de noms ou de personnes d’origine malgache que les amoureux de jazz peuvent reconnaître.

    Maintenant, pour poursuivre ma liste, je vais vous parler des Malgaches ou des Français d’origine malgache qui ont déjà été dans le top 50 français

    Les Surfs

    La famille Rabaraona, plus connue sous le nom de leur groupe « Les Surfs » a fait chanter et danser le monde francophone dans les années 60 et 70. Ils auront vendu 4 millions de disques

    Patsy

    Patsy Ranarijaona a eu un succès éphémère, mais on se souvient de « Comme un appel » et surtout de « Liverpool ».

     

    Tizy Bone

    Tizy Bone, ou plutôt Yzit (depuis la séparation des Tragedy)  a fait danser le monde entier avec son « Eh-Oh » tragedy-que. « Est-ce que tu m’entends, est-ce que tu me sens? »

     

    Allez ! il y en a d’autres, je préfère arrêter là pour les Franco-Malgaches. Intéressons-nous à ceux qui ont réussi à se faire un nom à l’étranger en faisant de la musique malgache grâce notamment au label « World Music », les champions du monde.

    Rakoto frah

    De son vrai nom Philibert Rabezoza Rakoto, ce flûtiste (sodina) génial était un symbole national. C’est le maître incontesté de cet instrument de musique traditionnel avec lequel il a joué partout dans le monde accompagné des plus grands musiciens.

     

    Régis Gizavo

    Grâce à son accordéon, Régis Gizavo sillonne le monde entier après avoir gagné  le prix Média au concours « Découvertes RFI » en 1989.

    Jean Emilien

    Jean Emilien, le champion du monde d’harmonica en 1992.

    Et puis, pour finir, car je ne prévois que 10 vidéos dans cet article, je vais vous parler de 2 musiciens bien malgaches qui font de la musique malgache, c’est-à-dire du bà-gasy ou salegy et de l’influence du monde entier, et qui sont reconnus à l’étranger. Enfin, à la différence des précédents ils sont aussi très célèbres à Madagascar.

    Eric Manana

    Aussi Malgache que citoyen du monde, Eric Manana multiplie les malgachisations de titres internationaux, mais il est aussi adoubé pour la diffusion de la musique malgache à l’étranger.

    Jaojaoby

    Le grand maître du Salegy est le plus connu des chanteurs malgaches et qui a collaboré avec beaucoup de musiciens à l’étranger et qui a essayé des fusions avec le rap ou le jazz. Il a converti Santana au Salegy. Il a aussi d’autres admirateurs.

    Wawa

    Digne prince du Salegy, Wawa en porte le fanion dans  une émission internationale africaine. Cela lui a permis de faire chanter un de ses titres par un groupe ivoirien.

    Shyn

    Révélation africaine en 2017, Shyn et son titre phare a fait danser le monde entier. Comme souvent, les malgaches montrent leur capacité à comprendre et utiliser les rythmes étrangers.

    Bon, je réitère mes excuses pour ceux qui ne sont pas cités. Vous connaissez peut-être d’autres musiciens malgaches et il y en a de plus en plus, des jeunes surtout. J’espère que la musique malgache continue à se conserver, à évoluer dans le bon sens, et à s’étendre dans le monde entier. Car Madagascar est une île, elle subit beaucoup les influences extérieures, mais elle peut et elle doit aussi diffuser sa culture dans le monde entier. Vive le Salegy!


    Cette année, à Noël, on a choisi que des jouets d’occasion

    Noël 2017 est déjà passé, cet article n’est pas une liste de conseils d’achat ou de bons plans. Je vais vous expliquer pourquoi je pense que donner des jouets pas neufs à mes enfants est une bonne idée.

    Mes enfants ne sont pas encore sur Internet. Ils ne verront pas cet article de sitôt. S’il le lisent un jour, je pense qu’ils comprendront.

    Déjà, les deux plus grands savent que le Petit Papa Noël n’existe pas. Ces anges, même si on leur cache les fois où leurs parents sont en difficulté, sont si gentils que cette année, ils ont clairement dit qu’ils ne voulaient rien commander mais qu’on pouvait leur donner ce qu’on voulait. Les trois derniers, vu que mes enfants sont tous dysphasiques, ne mettent pas de valeur pécuniaire aux cadeaux qu’ils reçoivent. Cette année, j’aurais vraiment pu me contenter de très peu.

    Les temps sont durs

    Je pense qu’aujourd’hui, le monde entier est conscient que Madagascar est l’un des pays les plus pauvres de la planète. Depuis quelques années, les organismes internationaux montrent des enfants malgaches sur ses affiches où, avant, il y avait des somaliens ou des afghans. Les associations appellent à parrainer des petits pauvres avec des vidéos de petits malgaches. Les mondoblogueurs malgaches ne cessent de raconter et dénoncer cette pauvreté, ses manifestations dans les faits divers ou la résignation coupable des malgaches.

    Les jouets chinois ne le sont pas

    Les jouets chinois sont très bon marché. Et ils sont tellement fort en marketing qu’ils ont su, très rapidement, s’adapter au marché malgache. Les entreprises chinoises sont capables de fabriquer des millions de jouets expressément à destination des petits malgaches, selon les évènements, comme pendant les fêtes de l’indépendance où ceux-ci arborent le vert-blanc-rouge de notre drapeau national. Et avec des prix de départs à 100 Ariary (3 centimes d’euro), ces jouets sont des choix logiques même s’il y a des risques.

    jouet-chinois
    Un jouet made in China. Crédit photo : Pixabay CC0 / Shwaggy

    Les risques qu’on prend avec les jouets chinois sont qu’ils sont parfois (sciemment ?) de mauvaise facture vu qu’il n’y a pas de « normes malgaches » à respecter. Un nouveau proverbe est même apparu disant que « Ny tsara tsy mba mora » (la bonne qualité n’est jamais bon marché). Même avec un prix dérisoire, si le jouet ne tient pas longtemps, c’est toujours de l’argent perdu.

    J’ai déjà acheté une petite voiture qui a tenu 2 heures. Mon fils a rigolé en me la ramenant en disant « Regarde Papa, elle est en 1000 morceaux! » Il était si fier, j’en ai eu la larme à l’œil.

    Et les petits morceaux de plastique, et les vis et les boulons, et les piles usagées… on ne sait même pas quels matériaux ont été utilisés. Phtalates, bisphénol, métaux lourds, etc, est-ce qu’il existe quelqu’un à Madagascar qui se soucie de leur présence dans les jouets ?

    Occasion d’Europe, c’est une bonne idée

    À Antananarivo, il y a des marchands qui étalent par terre des jouets usités, souvent délabrés mais parfois étonnement en très bon état. Ce sont apparemment des jouets de bonne facture. Et ils sont encore chers. Les marchands savent que ce sont de bons jouets qui méritent une deuxième vie. Je pense que ce sont de bons endroits pour des collectionneurs pour trouver des pièces rares.

    marchand de jouets
    Des jouets provenant de pays riches qui cherchent de nouveaux enfants dans un pays pauvre, comme dans un mauvais épisode de Toy Story en mashup avec Madagascar le film ?

    Pour ceux qui le peuvent, il y a aussi des magasins qui vendent « pas cher », comme ils disent, des jouets qui semblent être des invendus en Europe. Mais si on voit sur ces jouets qu’ils sont bien « made in China », on voit aussi les sigles NF, CE, etc qui montrent qu’ils sont aux normes européennes. De toute façon, même sur l’aspect extérieur, la différence se voit.

    En appliquant les normes sécuritaires, même l’aspect extérieur est différent. Crédit photo : pxhere CC0

    Pour ma part, cette année, j’ai eu les jouets de différentes sources, certains gratuitement, d’autres achetés mais à 90%, des jouets d’occasion.

    Ne vous y méprenez pas. Avant d’être mondoblogueur, j’étais et je suis encore un salarié. Je peux me permettre un petit budget jouet sur lequel mon entreprise contribue en guise d’aide sociale. Le choix d’avoir de « bons produits » est, pour moi, vital même si je ne pourrais pas tout acheter neuf. Il m’a fallu utiliser des astuces et surtout de l’huile de coude mais le résultat est que sous le sapin, il y a eu des jouets rutilants, parfois mieux que des neufs.

    Exemple ? J’ai passé des heures à nettoyer, peindre, remplacer des pièces mais le chef d’œuvre est une console de jeu ancienne sur laquelle j’ai fait installé tous les gadgets possibles et dont j’ai rénové l’extérieur pour en faire un outil de retrogaming imbattable.

    En attendant que les malgaches puissent exiger la qualité

    « Rehefa noana ny kibo, mivezivezy ny fanahy« (quand le ventre est vide, l’esprit vagabonde). Pour l’instant, le plus important pour les malgaches, c’est de sortir de cette pauvreté dans laquelle ils sont englués. À la limite, le prix de certains jouets sont des insultes à ceux qui n’ont pas assez d’argent pour se faire un déjeuner. Dans ce contexte, les produits aux normes, recyclables, équitables et le reste sont encore une utopie.

    Même avec un budget restreint, il faut choisir la qualité, même si pour le même prix, le produit aux normes est plus petit, moins attirant que les autres. Et si par chance on a tout le budget qu’il faut, il faut savoir penser aux autres. Par exemple, une petite figurine, fabriquée dans une usine quelconque en Chine avec un plastique d’origine inconnue et de la peinture potentiellement dangereuse peut s’acheter au coin de la rue à 1 000 Ariary (30 centimes d’euro). Le même personnage, neuf, en version originale, aux normes européennes, doit valoir dans les magasins autour de 120 000 Ariary (30 euros). Si on peut trouver, d’occasion, sans défaut, la même chose à moitié prix, on sera content d’avoir 60 000 Ariary d’épargné. Et avec un peu de cœur, on peut partager une partie de ce reste aux plus démunis.

    Mon rêve serait que les malgaches puissent fabriquer des jouets aux normes. Et pas que des jouets, d’ailleurs, des aiguilles aussi pour que l’un de mes anciens profs ne puisse plus dire : « L’industrie malgache n’est pas capable de fabriquer même une seule aiguille« .

    Les jouets malgaches sont amusants mais j’ai momentanément arrêté d’en acheter depuis qu’un camion en bois a révélé des clous rouillés après un petit accident. Crédit photo : pxhere CC0

    A vrai dire, l’industrie malgache existe depuis des siècles et fabrique beaucoup de choses et même, quand j’étais petit, il y avait des jouets en plastique comme des poupées sans articulations, des Formules 1 dans les modèles d’avant-guerre. Il y avait aussi des ballons en plastique dur, selon le modèle des ballons officiels des années 1930 avec une partie encore plus dure où il y avait les fausses coutures et qu’on surnommait ballons en os (mon plat du pied s’en souvient encore). Aujourd’hui, il faudrait faire beaucoup mieux.

    En bref, même chez les enfants les plus compréhensifs, il ne faut pas trop leur dire que Papa, Maman, le pays même est si pauvre qu’ils doivent se contenter de ce qu’ils reçoivent. Où serait la magie de Noël ? Au contraire, il faudrait que les parents puissent les surprendre en leur donnant quelque chose qu’ils ne pensaient pas possible de demander. Et en rénovant des jouets d’occasion, j’ai pu le faire cette année. Car même si j’aurais pu tout dépenser en produits neufs, j’ai aussi plusieurs familles que j’aide, particulièrement en ces fêtes de fin d’année. Ce n’est pas grand chose mais ça aide pour avoir la conscience tranquille. A l’avenir, que j’espère proche, j’aimerais que tous les enfants malgaches reçoivent la visite d’un Père Noël qui ne les décevra pas. Mais cela passe par des parents moins pauvres et, donc, un Madagascar plus riche. Comme dit au début, l’article ne vise pas à guider les achats de Noël, mais à réfléchir sur la façon de dépenser en ces temps si durs pour notre pays.

     


    À Madagascar, à la guerre comme à la guerre

    Madagascar serait le seul pays qui s’appauvrit sans avoir connu la guerre.

    C’est vrai que, depuis l’indépendance, le pays n’a pas eu à défendre son territoire d’un envahissement et il a aussi évité les guerres civiles. Pourtant, dans une certaine mesure, des malgaches peuvent témoigner de scènes dignes d’un pays en conflit.

    Manger

    Pour moi, ça a commencé très tôt. Dans l’insouciance de mon enfance, je n’ai pas compris combien on était pauvres dans ce pays. J’avais la chance de pouvoir aller à l’étranger. Et quand on y allait, on rapportait surtout des denrées alimentaires. C’est là que ça a commencé et c’est pour ça que même maintenant, quand quelqu’un revient de l’étranger dans la famille, il doit rapporter du chocolat, du fromage, de la pâte à tartiner ou des mouchoirs à jeter. C’est parce qu’il y a eu un temps où on n’avait pas ça ici.

    Un jour, à la cantine de l’école, on avait du vary amin’anana à midi, une soupe de riz aux brèdes sans autre accompagnement. J’étais en primaire dans une école privée et malgré mon jeune âge, j’ai pensé que je ne mangeais pas pour ce que mes parents payaient. Pourtant c’était normal, car il y avait la pénurie. Mais ça n’a pas été la seule fois. Encore aujourd’hui, il arrive que le riz, la base de notre alimentation, vienne à manquer. Quand celui-ci devient trop cher, comme cette année, il nous est arrivé d’essayer autre chose que le riz. Cela fait des plats bizarres pour moi, inhabituels : de la soupe salée de manioc, des frites de potirons, des épluchures de pomme de terres frites. J’ai vu des gens égayer leurs repas de scarabées rôtis, de sauterelles grillés.

    Le choc, pour moi, a été quand j’ai passé une semaine à la campagne, à 50km de Tana. On était chez des gens qui ne sont pas de ma famille et qui d’un côté n’avaient pas la même éducation que nous et de l’autre ne comprenaient pas qu’on était des petits citadins et pas habitués à la dure vie en campagne. Pour eux, c’était à nous de nous y faire.

    L’important, c’est le riz. Même sans accompagnement

    Le matin, on se levait, il n’y avait pas de petit déjeuner. Rien. A 6 heures du matin, tout le monde était déjà dans les champs, sauf ceux et celles qui étaient en train de préparer le déjeuner. Ce déjeuner, on le prenait à 10h du matin. Il y avait du riz, beaucoup de riz et il ne fallait pas se retenir d’en manger car c’était le seul repas de la journée. Mais comme accompagnement, il n’y avait qu’un peu de pommes de terres cuites à l’eau salée ou d’autres légumes cuisinés pareil. Heureusement, il y avait un goûter à 16h fait de haninkotrana (manioc, patate douce, etc.). Là, c’était servi nature, sans sel ni sucre. Quand je pense qu’à l’heure où j’écris, des millions de malgaches vivent leurs journées de cette manière.

    Mais le pire, c’est quand j’ai visité la prison à Antananarivo. On a été là-bas avec la chorale pour animer un culte le samedi. On les a vu préparer leur repas, le partager et le manger. C’était un bol de manioc pour toute la journée. J’en ai eu des cauchemars.

    J’ai, aujourd’hui, la chance de manger à ma faim. Et quand ce qu’il y a dans la marmite ne me plaît pas, je dois juste me dire que c’est à la guerre comme à la guerre.

    Se protéger

    Quand j’étais enfant, on m’a aussi initié au « misisika bus », faire la mêlée pour entrer dans le bus. On habitait dans la banlieue nord et il y avait de grand bus comme on en voit encore en Afrique; un peu comme le bus rapide de Dakar. Certains étaient des camions carrossés. Mais, même si les tananariviens arborent toujours ce sourire ineffaçable, qui s’apparente plutôt à un rire nerveux, l’opération n’est pas sans risque. Il faut, d’abord, savoir détecter l’arrivée du bus, démarrer sa course à temps, éviter de tomber sous ses roues ou de se faire tamponner (ce qui est déjà arrivé à au moins 5 personnes de mon entourage). Ensuite, il faut faire la mêlée. Certains jouent des coudes, d’autres des fesses. Mais il faut avancer vers la porte. Enfin, il faut éviter de se faire vider les poches, ce qui arrive à au moins un habitant de Tana chaque jour.

    Une émeute? non, juste « misisika » bus

    J’évite ça à mes enfants. Moi, j’ai appris à vivre comme ça. C’est comme un jeu, un peu dangereux.

    Émeutes, pillages? non, juste une chasse aux vendeurs de rue

    Quand on voit, soudain, des gens qui courent partout. Ma mère m’a appris qu’il devait y avoir un « rotaka ». C’est peut-être une manifestation, une alerte à la bombe, des émeutes, mais en tout cas, c’est un rotaka. Il faut se mettre à l’abri. Bien sûr, c’est « open bar » dans tous les commerces alentours mais je n’y ai jamais participé. C’est vrai que dans ces moments, c’est comme une fête macabre. Certains gagnent des téléviseurs LED, d’autres des cartons de smartphones, mais d’autres encore perdent leur gagne-pain, leur vertus ou leurs vies. Honneur aux gagnants, comme on dit : à la guerre comme à la guerre.

    Survivre

    Mais même au milieu d’une bataille, malgré le stress et la drogue, un soldat fatigué finit par s’endormir. Ici, on dort avec une alarme. Le moins cher reste un sifflet suspendu près du lit. On s’endort mais on sursaute au moindre bruit suspect.

    La lumière et l’alarme sont activées

    La première fois que j’ai entendu un sifflet la nuit, j’étais un enfant. Cela m’a glacé le sang, tellement, que mon cœur a frappé si fort dans ma poitrine. J’ai vu les hommes de la maison sortir puis c’était l’attente dans le noir et le silence avant qu’ils ne reviennent pour raconter.

    La dernière fois que j’ai entendu un sifflet la nuit, je crois bien que personne n’est sorti pour voir. L’ennemi est devenu trop fort. Il ne reste plus qu’a attendre les gens qui vont raconter le matin. Heureusement, il arrive que des personnes du voisinage soient bien armés, bien protégés par des agences de sécurités ou qu’il y ait la police qui ouvre un bureau dans le quartier.

    Mais il y a des endroits où les dahalo sont si sûrs d’eux qu’ils se permettent de prévenir les villageois  de leur attaque. Les dahalo, à l’origine, ce sont des voleurs de bétails. Mais aujourd’hui, on parle de centaines, voire des milliers d’hommes armés qui font des exactions. Je ne sais pas comment appeler ça.

    Imaginez dormir dans un village qui vient de recevoir un message sur un papier qu’on a déposé sur le palier de la porte du Chef de Village. Dessus, il est écrit que l’on viendra attaquer dans la nuit. J’ai déjà été victime de cela, mais c’était un canular. Heureusement? En tout cas, si cela avait eu lieu, on n’aurait pas pu demander d’aide : on est coupés du monde. C’est la guerre.

    Une autre fois, des dahalo ont attaqué notre convoi, dans lequel il y avait des dizaines d’enfants partant en vacances. Le pare-brise a volé en éclat sous le coup d’une pierre provenant d’on ne sait où mais on a continué à rouler. Avec ce qui se raconte dans les journaux, je n’ose imaginer ce qui  aurait pu  nous arriver.

    Les taxi-brousses, souvent victimes d’attaques de coupeurs de route

    Madagascar est un pays pacifique. Le peuple malgache est réputé pacifique. Quand j’ai raconté quelques folies de quelques habitants de l’île, beaucoup ont réagi pour me dire que non, les malgaches ne sont pas des sauvages qui font des sauvageries. Et je suis d’accord.

    Mais Madagascar est en guerre. Notre principal ennemi est la pauvreté, et contre elle, on n’a pas beaucoup d’alliés. Je dirais même que ceux qui sont venus soit disant pour nous aider, et qui sont repartis nous laissant plus pauvres qu’avant doivent être des commandos de l’ennemi. Et sur place, dans toutes les couches de la société, il doit y avoir beaucoup de collabos. Et la résistance peine.

    Je dirais que le vrai paradoxe c’est que ce pays est en guerre depuis 60 ans mais que personne ne s’en rend compte.


    N.I. – Partie 1 : Un matin comme les autres

    Le matin, je suis toujours KO. J’ai mal à la tête, j’ai la bouche pâteuse et amère et je suis fatigué; encore plus fatigué qu’avant d’aller dormir.

    J’ai même du mal à ouvrir les yeux. Je n’ai pas envie de les ouvrir. J’ai encore envie de dormir, de rêver. Je pense que j’étais dans un beau songe. J’y suis peut-être encore. Il y a encore des images dans ma tête qui s’estompent peu à peu.

    Il y a une musique. C’est une mélodie ou un refrain et ça tourne en boucle dans ma tête. Bizarrement, plus j’entends la musique, plus j’ai envie de la chanter dans ma tête. Peu à peu, la mélodie prend de la place. Elle efface tout. Et je suis réveillé presque sans souvenir de la longue nuit, juste une musique.

    Mais le domaine du rêve me passionne. J’essaie vite de me remémorer un détail important de ce que j’ai rêvé cette nuit. Par exemple, cette nuit, j’arrive à me souvenir que j’ai vu un cheval. Je demande à mon 2A (Assistant Artificiel) de me dire ce que cela signifie. Je lui dit : « -Nestor! (parce que je l’appelle Nestor et je préfère un 2A masculin comme dans les films de superhéros), dis-moi ce que ça signifie de rêver d’un cheval ». Là, Nestor me dit que selon Freud, je rechercherait la femme idéale. Puis il me donne des interprétations selon l’islam, le bouddhisme, et le reste sans oublier son propre interprétation par rapport à mon passé et mes projets actuels.

    Bien entendu, tout ça pour moi était normal…avant notre rencontre…et avant que vous ne me demandiez tout ça! Et je ne comprend toujours pas, d’ailleurs, pourquoi vous voulez savoir tout ça. Mais comme c’est la première fois que je rencontre quelqu’un qui me comprend vraiment et qui s’intéresse à ces choses-là, ce n’est pas de refus.

    Mais depuis notre premier entrevue, j’ai fait une petite introspection et tout est exactement comme vous l’avez dit. J’espère que vous arriverez à m’expliquer car sinon, je pense que je vais me faire évaporer.

    Donc, comme vous l’avez deviné, j’étais très jeune. J’avais 6 ans quand j’ai fait ce rêve. J’étais dans une maison avec la famille quand j’ai entendu dans la cuisine qu’il y avait des gens bizarres. Ils étaient chauves, avaient de grand yeux fixes et ils ne parlaient pas mais j’ai compris qu’ils pouvaient…qu’ils voulaient me prendre avec eux et me transformer en quelque chose comme eux. J’avais très peur et je criais sans que personne ne m’entende. Puis, la même nuit, j’ai rêvé que des cow-boys nous ont attaqué et que j’ai pu me défendre avec mon pistolet. Le matin je me suis réveillé avec une forte fièvre. Mais oui, ce n’est pas normal qu’à 45 ans, je puisse me souvenir de ces images comme si c’était hier.

    Et comme vous me l’avez fait remarqué, c’est depuis ce temps-là que je me sens spécial. A 9 ans, par exemple, j’étais en voyage et le bus émettait un petit bip régulier presque imperceptible. Et moi, je me disais dans ma tête que le bip devait être inaudible à tout le monde mais seulement à moi-même. Je jouais dans ma tête en disant qu’il y a des gens quelque part qui sont en train de m’observer et à m’envoyer des messages en code.

    J’avoue que je n’avais pas fait de rapprochement avant que vous ne me l’aviez mis dans la tête mais c’est vrai. J’étais né à Madagascar quand il n’y avait qu’une seule chaîne télé et nous, on n’avait pas de poste. Et comme on habitait la campagne, je ne vois pas comment j’ai pu me fabriquer, tout seul, une image des « étrangers » si fidèle. Le petit jeu des cow-boys et des indiens qui a suivi, et qui peut s’expliquer par les séance de cinéma au Ritz ou au Roxy, a peut-être rendu cette nuit amusante mais ça n’a jamais effacé la peur du premier cauchemar.

    En général, je dirais que c’était mon premier cauchemar et j’allais en avoir beaucoup, beaucoup trop. Mais, ensuite, j’ai pu avoir des rêves lucides.

     


    Taxi d’Antananarivo, les vieux tacos restent une solution

    Depuis plusieurs mois, la Commune Urbaine d’Antananarivo fait un bras de fer avec certains taxis qui refusent la privatisation du contrôle technique. Exprimé ainsi, on a du mal à comprendre les raisons de ce problème.

    La plupart des taxis d’Antananarivo sont des voitures des années 50 à 90. On peut y voir du charme comme de la misère. En effet, parvenir à faire rouler des 2CV, des 4L ou des 204 montre, d’une part, la capacité des malgaches à s’occuper des voitures, leur débrouillardise vu que les pièces neuves n’existent plus pour la plupart de ces engins et d’autre part, ces voitures montrent que l’économie malgache peine à se moderniser.

    Mais le problème est plus profond. Ma collègue Tiasy parle de gabegie. En effet, s’il y a des lois, beaucoup de taxis les enfreignent. Voici une liste non-exhaustive de ce que, moi, j’ai déjà vu faire par un taxi d’Antananarivo :

    • Pas de papiers en règles

    – Taxi monsieur ?
    – Oui, on voudrait aller en centre ville.
    – Non, je ne peux pas… J’ai une autre course à faire
    (Un autre taximan nous interpelle) Vous allez en ville ? Venez avec moi.
    – Je ne comprend pas. Ce taxi était là avec le chauffeur en train de poireauter. C’est lui-même qui nous appelle et ensuite il dit qu’il ne peux pas nous emmener.
    – Monsieur, tous ces taxis garés en haut sont sans papiers. Ils font juste les courses vers la colline et dans les routes secondaires tout autour ; là où il n’y a pas de policier.

    • Pas d’essence

    Certains taxis n’ont que quelques « gouttes » d’essence dans leurs réservoirs et tablent sur un client éventuel pour en acheter.

    – Monsieur, votre argent est en petites coupures ou en grosses ? C’est parce que j’ai besoin de faire de l’essence. (S’il y a de l’argent à rendre, il vaut mieux faire de la monnaie à la station)
    -Tenez !
    – Merci.
    (À 100 mètres de la station, la voiture cale, plus d’essence.)
    – Attendez un instant Monsieur. (Il sort avec quelques autres gouttes d’essences dans une petite bouteille, dans une poire, dans une seringue de 50CC, ouvre le capot et injecte dans le carburateur, rentre et démarre un coup pour atteindre la station)

    • Même pas de réservoir, ce qu’ils appellent « direct »

    Là, il se gare près de la station, trifouille sous ses pieds, enlève un tuyau d’une bouteille en plastique, sort et court vers le pompiste pour remplir la bouteille. Il revient, remet le tuyau dans la bouteille, remet la bouteille sous sa jambe, et redémarre.

    • Le chauffeur est ivre

    C’était une nuit, vers 22h30. On rentrait d’un concert sur la haute ville. On descendait dans le noir les quartiers calmes d’Andohalo en pensant rejoindre la station des taxis en bas. Un taxi dévale la pente et klaxonne. On entre soulagés, mais les ennuis commencent.

    Comme souvent la nuit, le chauffeur a un compagnon qui lui tient compagnie. Le compagnon est en train de le sermonner :

    – Je te dis de rouler doucement. Déjà, on devrait rentrer car tu es ivre.
    – Non, je ne suis pas ivre !
    – Si, même ta langue coince quand tu parles.
    – Tu crois que je serais capable d’aller si vite si j’étais ivre ?

    • Et le taxi n’a pas de freins

    – Non, tu es ivre et c’est pour ça que tu conduis vite, tu le sais. Après cette course, on rentre !
    – Je te dis que non ! Et si tu continues à parler, je te fais descendre ici !
    – Oui, tu peux me faire descendre et tu sais bien que cette voiture n’a pas de freins. Tu seras seul responsable.

    Grâce à Dieu, on a survécu à cette course de la mort.

    Et pour ne pas faire un article de trois pages, citons rapidement ce qu’on lit quelquefois dans les journaux avec les chauffeurs qui braquent les clients, ceux qui agressent des clients, et tout le reste.

    La visite technique privatisée

    Tout d’abord, on dit que Madagascar est un des pays les plus corrompus au monde. En effet, c’est la seule explication pour les choses qui sont citées plus haut. Normalement, une voiture sans frein, sans réservoir conventionnel ne peut pas circuler. La plupart du temps, la visite se fait à distance et ce n’est pas une prouesse technologique.

    Plusieurs solutions ont été proposées. Et même si l’histoire de l’OMAVET n’est pas très claire, puisque d’un côté on parle d’une entreprise publique et de l’autre d’un business, elle en fait partie. Et quand on l’a proposé, beaucoup d’usagers se sont félicité sur les réseaux sociaux en pointant du doigt le non professionnalisme de certains taxi actuels et en espérant que des contrôles plus stricts vont améliorer la qualité de travail des taxis.

    On ne fait pas d’un âne un cheval de course

    J’ai déjà parlé des taxibe, les taxis collectifs qui ont pris la place des bus à Tana. Ce sont des minibus ou des minicars aménagés dont le ticket du trajet en ville est à 400 ariary (10 centimes d’euro) maximum. En effet, certains bus acceptent encore le tapa-dalana (parties de trajets) qui peut coûter 300 ou 200 ariary (5 centimes d’euro). A ce niveau, il ne faut pas s’étonner de la qualité de service, souvent médiocre.

    Et pour les taxis, c’est pareil. On peut encore avoir une course à 5 000 ariary (1,50 euro) alors que, par exemple, la prise en charge uniquement coûte déjà 2,60 euros à Paris et le minimum est de 7 euros, 1/6 du SMIC malgache. Et la qualité de service est proportionnelle car à 7 euros, à Paris, on a de belles voitures neuves et à 1,50 euros, à Tana, c’est une vieille 2CV. C’est logique.

    Il y a deux sortes de taxis. Il y a les taxis de propriétaires et les taxis de chauffeurs. Les propriétaires font ce qu’ils veulent. Certains travaillent dur mais d’autres moins. Ils veulent gagner de l’argent, ils sortent de la maison, sinon, ils restent dormir. Parfois, ils sortent et stationnent en attendant les clients intéressants et en jouant aux cartes ou à palabrer avec les collègues. Certains font cette activité en ayant déjà d’autres ressources. Le chauffeur, lui, doit faire un versement journalier au propriétaire. Il prend la voiture le matin et le soir il doit la rendre avec une certaine somme fixée d’avance (autour de 20 euros). Le reste sera son salaire. Je dirais qu’il y a des cas, que ce soit pour le chauffeur ou pour le propriétaire, où avoir un versement suffisant est une gageure. À 1,50 euro la course, pas question de faire le plein d’essence par exemple. Tous ces chauffeurs savent faire les réparations eux-mêmes quand ce sont des pannes récurrentes. Et pas question d’acheter des pièces neuves quand les occasions pullulent et qu’on peut même faire des adaptations. Donc certains trichent en utilisant ces réservoirs non conformes ou en travaillant avec des voitures en panne (sans démarreur, sans embrayage, sans frein, etc.)

    Contrôle technique, oui mais…

    Je suis preneur de toutes les initiatives visant à améliorer la vie des malgaches. Exiger le contrôle technique pour les voitures de transport est un minimum, mais trop souvent à Madagascar, la réalité fait que les plus pauvres doivent continuer à survivre à leur façon. C’est comme chasser les vendeurs de rues à Analakely. Si on veut juste les chasser alors qu’on ne prévoit rien pour remplacer leur gagne-pain, c’est peine perdue. Je ne sais pas si l’OMAVET parviendra à s’imposer. Mais si c’est le cas, c’est quasiment sur que certains trouveront toujours le moyen de tricher pour remplir le versement et avoir un petit salaire en plus.

    De manière générale, je pense qu’il ne faut pas mettre « la charrue avant les bœufs ». Au lieu d’utiliser n’importe quelle contrainte pour inciter les gens à changer leurs habitudes, jugées mauvaises, il faut d’abord préparer l’alternative. Si une meilleure solution existe, les gens la prendront naturellement et là, on pourra dire que les récalcitrants sont de mauvaise foi. Mais, actuellement, quand on est pressé, on est toujours content de trouver un taxi qui nous emmène pour 1,50 euros.

     


    Comment un selfie a sauvé la vie de mon fils

    Ceci est une histoire vraie car elle est arrivée à mon fils et, donc, à notre petite famille. Ce jour-là, mon fils a failli mourir, mais il a été sauvé par un selfie.

    Mon fils avait 5 ans au moment des faits. Mais à 5 ans, il ne communique pas encore. Il est ce que les francophones appellent un enfant dysphasique, ce que les anglophones désignent par « out of sync » (décalé, déconnecté, désynchronisé, déphasé, etc.). C’est le cas de tous mes enfants, alors ce n’est pas exceptionnel pour nous. Mais pour mieux comprendre, il faut savoir que ces enfants ont une intelligence comparable à celle des enfants de leur âge, peut-être même supérieure en certains points, mais ils ont du mal à communiquer verbalement. Souvent, on confond les enfants dysphasiques avec les enfants autistes et il est vrai que le manque de communication verbale peut amener un enfant dysphasique à développer des attitudes autistiques. Mais en général, il cherche à communiquer par d’autres moyens.

    J’ai plusieurs enfants et le surnom que l’on a donné à celui-là est « Fugueur », car il a tendance à s’enfuir lorsqu’il sait qu’aucun grand ne le regarde. Fugueur a donc 5 ans et il est en vacances avec sa famille au bord de la mer à Mahajanga, à l’ouest de Madagascar. Le bord de mer de la ville de Mahajanga, à côté du port, est un lieu de rassemblement pour tous les majunguais, les vacanciers et les touristes, surtout en fin d’après-midi quand la chaleur commence à baisser.

    Des petites voitures pour promener les enfants
    Image : layandri

    Vers 5 heures du soir, l’endroit commence à être parsemé de gens qui prennent place sur les bancs publics tandis que des saisonniers commencent à étaler leurs manèges ou leurs étals de nourriture. La famille de Fugueur s’installe sur un de ces bancs juste à côté d’un manège tenu par des saisonniers venant de la capitale Antananarivo. Les enfants demandent à faire des manèges et les adultes essayent de les faire patienter. Quand même, il y a des petites voitures qui font faire un tour aux enfants et Fugueur et ses frères en prennent une à tour de rôle.

    Fugueur est émerveillé par ce qu’il voit : la mer, les manèges, les gens. Il ne pense qu’à s’amuser et découvrir. Comme les malgaches les appellent, il est de ceux qui « ne savent pas ce qui peut les tuer ».

    La mère de Fugueur vient d’accompagner quelques-uns de ses frères faire un tour en voiture quand elle est revenue près du banc et a constaté que Fugueur a disparu. Elle demande aux autres adultes qui étaient là et eux croyaient que l’enfant était avec elle. Ils sont 5 « grands » à avoir été, une fois de plus, bernés par Fugueur et aucun n’a remarqué où il est parti. Stupéfiés, incrédules, ils ont mis quelques secondes à réagir et, comme dans le parabole de Jésus, ils ont tous laissé les enfants « sages » sur place pour partir à la recherche du fils prodigue.

    Pendant 5 minutes, ils ont fait deux équipes pour longer le « bord » chacune dans une direction. Au retour, bredouilles, ils ont décidé d’étendre les recherches aux rues adjacentes. Le papa de Fugueur est rentré assez loin dans la ville pour ressortir au bout du « bord » et longer une fois de plus le trottoir qui borde la mer déjà plein de monde et de plus en plus sombre. De son point de vue, le bord est une falaise et justement, personne ne s’aventure sur les rochers noirs et coupants qui le constituent. Et surtout, selon la marée, l’eau qui est tout en bas de la falaise peut monter au niveau de la route. Mais il aperçoit des jeunes qui prennent des photos au dessus de la falaise et qui osent s’avancer de plus en plus près du bord.

    Quand la marée monte, l’eau atteint le niveau de la route
    Image : layandri

    Le papa hâte ses pas et comme souvent, ses pensées vont plus vite que lui. Est-ce que c’est un enlèvement pour une rançon ? Si c’est le cas, il pourrait recevoir d’un instant à l’autre un appel sur son téléphone. Le téléphone a de la charge. Et s’il est parti en ville, quelles sont ses chances de survivre alors qu’il ne sait pas traverser les rues ? Pourrait-il passer une nuit entière dehors même si le climat est doux à Mahajanga ? Le papa décide de visiter toutes les maisons alentours.

    La maman de Fugueur revient sur le banc, cela fait 15 minutes que l’enfant est recherché, toujours avec le même résultat, aucun des 5 adultes n’a vu le bébé. En faisant un petit calcul, elle s’aperçoit que ça fait déjà une demi-heure que le bébé est parti. S’il a couru dans une direction, il doit être déjà très très loin. Elle décide de calmer les autres enfants qui sont en train de pleurer et ils font une petite prière.

    Rindra (le prénom est modifié pour l’histoire) est un travailleur d’une entreprise qui installe des manèges partout dans Madagascar. Aujourd’hui, il surveille son camion pour cinéma 5D avec ses collègues. Un homme bizarre, courtois mais un peu sans gêne, est tout à l’heure entré sans permission dans la salle de projection en demandant si on n’a pas vu un enfant rôder autour du camion. Derrière lui, les jeunes sont tout près du bord de la falaise pour leur séance photo. Ils ont décidé de faire un selfie plongeant au dessus de la falaise et en vérifiant une photo, ils ont trouvé une tâche de couleur derrière eux. Ils se sont retourné et ont crié « Misy tsaiky anaty rano » (Il y a un enfant dans l’eau). En tananarivéen qu’il est, Rindra n’entend pas « enfant » (« zaza » en dialecte des hauts-plateaux, « tsaiky » en dialecte de l’ouest) mais « sac ». Il a couru pour voir si le sac en valait la peine et il a tout de suite compris que « ce n’est pas un sac mais un bébé ». Sans hésiter, il a dévalé la pente avec précaution pour se retrouver en bas et tirer l’enfant de l’eau. Il a raconté plus tard : « l’enfant était sur le ventre, sous l’eau et il était coincé entre deux rochers par la taille. Je l’ai tiré et suspendu par la jambe en lui tapotant le dos et il a vomi de l’eau et s’est réveillé en souriant. »

    La maman de Fugueur vient de finir sa prière quand elle entend une clameur au bord de la falaise. Elle, qui a une très grande foi, a tout de suite compris que c’était son fils et elle a couru en direction de l’attroupement. Là, elle voit Rindra qui tient l’enfant et qui remonte la falaise en criant d’un ton réprobateur : « qui est la maman de cet enfant ? » La maman, toute frêle, avec ses airs d’adolescente répond : « je suis la maman de cet enfant ! » Rindra la regarde et, considérant que ce n’est pas sérieux, réitère son appel : « où est la maman de cet enfant ? ». La maman n’y tient plus et arrache l’enfant de ses mains.

    Rindra, avec le sentiment d’avoir sauvé une vie, s’est effacé discrètement, mais il passera la nuit à revivre ces scènes et à se demander comment tout cela était possible.

    Le papa revient d’une longue recherche dans la ville quand il a vu de loin la troupe de badauds. D’abord un soulagement, car cela voudra dire que les recherches sont finies, mais tout de suite une plus grande crainte car après 30 minutes, c’est peut-être déjà trop tard. Et pire encore, si l’enfant n’était pas retrouvé, peut-être que ces gens sont là pour un autre drame encore. Et en s’approchant, son frère, un peu maladroit, n’est pas du tout rassurant en disant « on l’a trouvé, il était la tête sous l’eau. » Quelle joie de voir l’enfant sourire dans les bras de sa mère. Les gens disaient tous leurs trucs : « il va bien, il est sauvé ! », « amenez-le à l’hôpital. »

    On l’a emmené à l’hôpital et ils l’ont laissé partir après avoir nettoyé ses égratignures. Il a eu des difficultés à respirer les deux jours suivants. On l’a surveillé et on lui a donné ses médicaments d’asthmatique. Au bout de trois jours, on a été enfin soulagé et en croisant Rindra près de son camion, on a eu une discussion tout à fait surréaliste à propos de l’événement.

    Vue nocturne sur le phare de l’île de Katsepy depuis le Bord de Majunga Image : layandri

    Pour Rindra, il était impossible que ce bébé ait pu berner les dizaines de personnes présentes et qu’aucune d’entre elles ne s’aperçoive de rien. Peut-être que quelqu’un l’a aidé à monter le muret qui limite le trottoir et puis à descendre la falaise. Et cette falaise ! Comment serait-il descendu seul sans se blesser ?

    Le papa a voulu reconstituer le déroulement de la scène. Profitant d’un moment d’inattention pendant que les enfants s’échangeaient de place dans les petites voitures, Fugueur est parti droit vers la mer. Chaque adulte pensait qu’il était dans l’autre groupe. Pour grimper le muret, il a peut-être demandé l’aide d’un adulte ou d’un autre enfant qui passait là, à sa manière. Puis, pour descendre, on ne sait pas comment mais il était parvenu jusqu’en bas, où il avait pied. Il a joué quelques instants avec la mer comme il le fait à la plage. Puis en 30 minutes, l’eau a monté très vite et les vagues ont commencé à le frapper et à le plaquer contre les rochers. C’est là qu’il s’est fait des égratignures aux jambes. Impossible pour lui de remonter en grimpant aux blocs de pierre. Quand le courant a été assez fort pour le faire tomber et le ressac prêt à le tirer au large, il s’est retrouvé coincé entre deux rochers par sa taille. Il est resté comme ça quelques minutes avant d’être submergé. Mais après quelques secondes seulement sous l’eau, il a été sauvé par Rindra.

    La maman de Fugueur rappelle qu’une fois de plus, Dieu a montré dans la vie de la petite famille qu’Il existe. Elle rappelle qu’il y a trop de coïncidences pour qu’on parle de hasard. Dieu s’est déjà manifesté comme cela, en laissant d’autres frères de Fugueur dans la tourmente et en les sauvant au dernier moment d’une manière miraculeuse. Par exemple, il y avait ce chirurgien qui a dit, à propos d’un grand frère qui était malade : « Vous avez bien fait de l’avoir transféré ici, si vous aviez attendu une ou deux heures de plus, cet enfant serait mort. » L’autre fois, un autre frère a failli se défenestrer par accident. Il s’en est fallu de quelques secondes. Et cette fois, on ne sait pas combien de minutes l’enfant était dans l’eau, mais ce qui est sûr c’est que quelques secondes de plus et c’était la fin.

    Et si vous ne croyez pas en Dieu où à quelque chose de supérieur qui dirige les événements, comment nous expliquer qu’au moment où une prière ait pris fin, un inconnu décide de se mettre sur un rocher, faire un selfie plongeant pile 20 mètres au-dessus d’un enfant qui se noie ? A cause de l’angle, cet enfant était invisible à tout le monde, il fallait faire le geste du selfie pour révéler sa présence. Et il y a un kilomètre de bord de mer, mais il a choisi cet endroit pour sa photo. Le titre de cet article parle d’un selfie qui a sauvé la vie d’un enfant, mais à vrai dire, c’est plus qu’un selfie, c’est un miracle.


    Le stylet de mon téléphone m’a réconcilié avec le dessin

    Le dessin a toujours fait partie de mon monde, mais de moins en moins depuis quelques années. C’est en visionnant des vidéos sur internet que l’envie de dessiner sur un téléphone m’est venue, et avec, l’envie de redessiner.

    D’abord, je dois avouer que je suis atteint d’artisme aigüe. En matière d’art, je n’ai presque rien étudié mais tout essayé : la musique, la peinture, la photographie, un peu de sculpture, un peu de théâtre, un peu de tout. Depuis quelques temps, grâce au blogging, j’écris des petites histoires sur le net et dans ma communauté, j’écris aussi des scénettes bibliques et des comédies musicales évangéliques et on en fait de petits films. Et j’ai aussi toujours aimé la calligraphie et le dessin.

    léopard
    Léopard en gouache sur carton que j’ai dessiné dans ma jeunesse (image: layandri)

    J’ai pourtant commencé ma vie avec un handicap qui touche la partie droite de mon corps et dont la partie la plus visible est une syndactylie corrigée de la main droite, la correction ayant consisté à amputer un doigt. Le problème c’est que, justement, je suis droitier.

    Ma définition du handicap étant « une différence qui oblige une personne à travailler plus que les personnes dites normales pour réaliser son projet », je n’ai jamais renoncé à aucun de mes talents. J’ai, par exemple, toujours joué au foot malgré l’avis du kinésithérapeute qui me disait : « si tu joues au foot, tu peux te casser un os au moindre contact et tu peux même te luxer la hanche ou te briser le dos. » J’ai joué au foot. Je n’ai pas intégré une équipe et ne suis pas devenu un joueur professionnel, même s’il y a eu des périodes où avec des amis, on jouait pour de l’argent et d’autres où on faisait des tournois.

    Revenons à (dessiner) nos moutons

    Je me souviens qu’en primaire, on faisait des cours de dessins. J’étais nul. Et pourtant je m’appliquais. On nous avait donné un modèle et on n’avait qu’à copier. Je l’ai fait et j’avais reçu un 2/10. Plus tard, en sixième, avec des amis, on faisait des bandes dessinées. L’un d’eux dessinait de superbes personnages en 5 secondes et moi, je faisais ce que je pouvais, mais c’était pas beau. Je l’enviais un peu, mais surtout, c’était comme un professeur, car j’essayais de refaire tout ce qu’il faisait.

    Je sentais que j’avais ce talent mais que je ne pouvais pas m’exprimer. Est-ce que c’est génétique ou culturel ? Je ne sais pas, mais on me disait que mon grand-père était aussi un bon dessinateur et j’ai vu mon oncle décorer ses murs avec des peintures de personnages de B.D. Surtout, même si je dessinais mal, j’aimais ça !

    Et finalement, j’ai eu ma période dessinatrice entre les classes de seconde et terminale. Tous mes cahiers, paix à leurs âmes, étaient pleins de gribouillis plus ou moins géniaux. Je me souviens d’avoir copié des pochettes des Beatles ou de Michael Jackson pendant les heures de cours. J’ai aussi inventé une écriture à base de gothique et de germanique que j’ornais d’arabesques et de frises en tous genres. Pour expliquer aux plus jeunes, en ce temps-là, il n’y avait pas de réseaux sociaux, mais l’équivalent s’appelait « cahiers de souvenirs »,  où l’on écrivait à la main notre profil, nos données personnelles, nos citations et nos MP. On me passait volontiers ce genre de cahier pour que j’y mette une œuvre originale.

    Est-ce que j’ai voulu en faire mon métier ?

    J’ai voulu en faire mon métier. Quand je faisais ces gouaches sur carton, j’avais deux amis dessinateurs de talent. Ils avaient fait une B.D. tirée de la Bible et j’étais en quelque sorte le metteur en scène, leur indiquant pourquoi un tel arbre n’est pas réaliste ou comment devrait être un personnage au moment d’une scène. Et on pensait vraiment aller loin dans le projet et pourquoi pas publier. Mais cela ne s’est pas fait.

    Je me souviens aussi dans un salon de l’informatique à Antananarivo, vers les années 1990. Il y avait un européen qui faisait la démonstration d’un ancêtre des logiciels de traitement d’image où il effaçait la dent jaune d’un modèle en faisant un copier-coller. Cela m’a beaucoup impressionné et, avant même d’avoir mon premier ordinateur, j’ai beaucoup dessiné sur tous les PC que je trouvais. C’est par nostalgie de ce temps-là que j’ai redessiné sur Paint pour illustrer des épisodes de l’histoire en ligne de ce blog « Vacances au soleil« , par exemple.

    « Les ampoules, par milliers, qui jonchent les tunnels créent plus d’ombres que de lumières… » (image: layandri)

    Mon téléphone m’a définitivement réconcilié avec le dessin

    Définitivement, je ne suis pas un dessinateur. Je suis un chef de projet dans une banque de renom et si j’arrive à publier quelques articles de blog par mois, et que je continue mes autres activités artistiques (le groupe, la composition, etc.), je ne pourrais sûrement pas avoir le temps pour dessiner de manière professionnelle. Mais l’envie est toujours là.

    J’ai vu des vidéos sur le web montrant des dessinateurs à l’œuvre sur de petits écrans de téléphone et j’ai compris que c’est la solution idéale pour moi. Mon téléphone est toujours dans ma poche et je peux l’utiliser quand je veux. Pas besoin de papier, de crayons ni de gommes, mais le résultat est quand même un dessin. J’ai donc troqué mon smartphone pour un modèle avec stylet et j’ai téléchargé des applications qui permettent de faire des dessins.

    Je vais vous laisser avec quelques exemples de dessins, mais ma conclusion est simple : le smartphone est un outil formidable pour travailler, mais surtout pour s’amuser. Au prochain article, je vais vous raconter comment un selfie a sauvé la vie de mon fils.

    J’ai dessiné une rose comme celle-ci en 1994 dans un cahier de souvenir… (image: layandri)
    Certaines applications permettent de faire des symétries qui donnent des images très satisfaisants (image: layandri)
    Faire des paysages sur un écran de 5 pouces est assez ardu (image: layandri)

     

    Calquer des photos pour en faire des portraits est par contre assez simple. (image: layandri)


    À Madagascar, la peste fait des morts, et vice-versa

    À Madagascar, la peste fait cette année 2017 plus de morts que d’habitude. Aujourd’hui, on parle d’épidémie et le nombre de morts dépasse les 70. Mais s’il y a des vérités, il y a aussi des non-dits et surtout des rumeurs.

    La peste existe

    La peste sévit à Madagascar depuis longtemps. Depuis les années 1980, il y a toujours des cas recensés tous les ans. Je l’ai dit dans mon précédent article que j’ai vécu longtemps dans un quartier exposé. J’en ai toujours entendu parler comme le choléra, le paludisme et la grippe, d’ailleurs. En 2014, j’ai déjà écrit un article sur la peste à Madagascar. Pour vous dire, j’ai entendu il y a des années cette anecdote anonyme. Je dirais que c’est une légende urbaine car je l’ai entendue de plusieurs personnes avec des versions différentes. Il s’agissait d’un guérisseur qui avait l’habitude d’aspirer avec la bouche le pus des plaies de ses patients pour les guérir. Cette fois-ci, il serait mort en quelques minutes (ou quelques heures) après avoir pratiqué une séance sur un malade car celui-ci avait la peste.

    Et alors?

    Parfois, quand on vit avec le danger, quand on est habitué, on ne sent plus sa présence. C’est vrai que l’on vit dans un pays qui abrite Yersinia Pestis, ou la bacille du choléra. On doit aussi avoir de multiples rétrovirus du VIH. Ces microscopes tueurs sont même devenus endémiques à Madagascar. Parce que tout ce qui reste un peu sur cette île devient endémique (lisez le cas du ravintsara). Mais on vit avec.

    Les malgaches bénissent Zanahary, le Dieu créateur que cette île paisible ne connaisse pas de dangereux prédateurs comme le lion en Afrique, le tigre en Asie,  le loup dans les pays tempérés ou même un de ces petits serpents mortels, silencieux et sournois qui vous pique les mollets si vous vous aventurez dans les broussailles. Je suis sur qu’un habitant de Dakar, de Bangkok ou de Kamtchatka aujourd’hui dira qu’il préfère, de loin, faire face aux animaux sauvages, par habitude, que de venir à Madagascar risquer d’attraper la peste.

    Même pas peur

    Dans l’article précédent, les gens qui ont vraiment peur de la peste sont parfois moqués. Il y a, c’est vrai, des gens qui ont développé une phobie de la peste (pesto-phobie?), et qui font la totale :

    – J’ai mis des pièges à rats partout dans la cour
    – J’ai aussi traité toutes les chambres, les murs, la cours, l’intérieur des voitures avec l’insecticide
    – Et je met un masque tout le temps si jamais je suis obligé de sortir
    – Bonjour, pas de bises s’il te plaît…

    Mais la plupart des gens continue à vivre comme tous les jours. La peur existe mais si on s’imagine que Tana devrait être une ville morte, assiégée, dans la réalité, on ne voit qu’un homme masqué tous les 500 mètres pour nous rappeler qu’il y a la peste.

    Mal(heureusement), il y a des morts

    Au début, même les premiers morts ne sont pas pris au sérieux. La communication du gouvernement a aidé cette phase d’incrédulité quand les mots et expressions qui se sont répétés étaient  : « saison pesteuse »,  « sous contrôle », « habituel », « maitrisé », etc. Les dirigeants et leurs politiques savent peut-être ce qu’ils font et ils sont et seront responsables de leurs décisions.

    Mais les cas se sont multipliés. Quand le nombre de cas officiels dont les cas mortels était « tsy takona afenina » (impossible à cacher), il a fallu donner l’alerte, évidemment, en retard de quelques jours par rapport à ce qui est prévu par l’OMS dans ces cas. Décidément, à Madagascar, si la peste fait des morts, ce sont aussi les morts qui font la peste. Je rappelle, en passant, le principe des cafards : »un cafard visible peut facilement en cacher 200″ .

    Heureusement, les mesures sont prises et appliquées. Par exemple, les écoles ont fermés pendant 2 semaines et certaines ne sont pas encore ouvertes dans plusieurs régions. Les véhicules de transport publics sont désinfectés. Des affiches sont collés et des campagnes de communications sont faites tambour battant. Les entreprises aussi, dans la peur de perdre leurs forces vives, appliquent des mesures strictes. Ce qui est vraiment bien, si on peut le dire, c’est que les parents craignent surtout pour leurs enfants et qu’ils s’ajoutent des mesures complémentaires pour les protéger particulièrement. Ce qu’on veut faire, c’est vraiment maitriser cette épidémie par tous les moyens.

    NE PAS baisser la garde

    C’est un avis personnel, mais comme souvent à Madagascar, les rumeurs ont plus d’impact que la vérité. Dans le cas de la peste, l’histoire du supposé patient zéro, un voyageur entre Ankazobe et Toamasina a très vite fait le tour de la toile et des réseaux sociaux plusieurs jours avant que l’alerte officielle ait été donnée. Je dirais que quelquefois, surtout quand on ne peut pas avoir de données fiables, on doit écouter les rumeurs qui courent. Dans les cas de maladies transmissibles il vaut mieux trop avoir peur que pas du tout. L’inconvénient qu’il faut éviter c’est la panique. Il ne faut pas qu’à la moindre mauvaise nouvelle, non confirmée, tout le monde se met à vider les stations d’essences et les magasins de P.P.N.. Il faut juste se dire que les rumeurs, surtout à Madagascar cachent souvent une vérité qui peut être plus importante ou moins grave, mais qu’il ne faut pas ignorer.