Yves Tchakounte


Au Cameroun, deux peuples irréconciliables ?

Après avoir bien observé les images du 1er octobre sur la célébration de l’indépendance du Southern Cameroons et celles du 5 octobre sur la libération de Maurice Kamto et de ses alliés, au total 101 personnes, je constate avec amertume que le Cameroun est un pays constitué de deux peuples fondamentalement différents. Deux peuples qui ont chacun une histoire différente. Deux peuples qui ont chacun une éducation politique différente et même divergente. Bref, deux peuples qui n’ont pas les mêmes destins politiques.

A la vue de ces dizaines d’images qui circulent sur les réseaux sociaux, cela donne l’impression d’être dans deux pays différent. Tellement elles sont contradictoires à tous points de vue.

Deux peuples, deux crises antagonistes

Le Cameroun est traversé depuis novembre 2016 et octobre 2018 deux crises majeures qui le paralysent.

La première est une guerre d’indépendance menée par les Amba-Boys, les partisans de la République fédérale séparatiste autoproclamée d’Ambazonie. Cette guerre est justement le fait d’une crise d’identité dont la manifestation est la marginalisation de la population anglophone. Celle-ci occupe les deux régions (Nord-Ouest et du Sud-Ouest) sur les dix que compte le pays et comptabilisent presque 25% de la population totale. La particularité avec cette guerre civile réside dans le fait que la population, d’expression anglaise, donc anglophone, s’oppose au régime de Yaoundé, composé en majorité de francophones.

L’autre crise, dite crise post-électorale, est liée au fait que le leader du parti d’opposition MRC, arrivé en deuxième position à la présidentielle selon les résultats proclamés par le Conseil Constitutionnel, revendique sa victoire à cette élection. La particularité de cette deuxième crise est qu’elle oppose une partie de l’opposition en majorité francophone au régime de Yaoundé, en majorité francophones également. Le détail important qu’il faut retenir ici est que les deux régions anglophones, en pleine guerre civile, ont été exclues à 90% du processus électoral d’octobre 2018. Autrement dit, la présidentielle s’est déroulée dans huit régions francophones à l’exception des deux régions anglophones.

Paradoxalement, les deux crises ont un seul objectif, ou, si l’on veut, un seul adversaire : le régime de Yaoundé avec un président de 87 ans et à son actif 38 ans de pouvoir sans partage.

Ce contexte est particulier dans la mesure où c’est la première fois, depuis la période d’avant la signature des accords de Foumban, que le monde entier se rend compte que les deux Cameroun (Cameroun anglophone appelé encore Southern Cameroons et le Cameroun francophone appelé encore Cameroun Oriental) censés être unis ne le sont pas en fait. Pour la première fois depuis 1961, les populations anglophones et francophones non seulement se démarquent par leurs spécificités mais l’affichent ouvertement. Cela a permis de constater la très grande différence en les deux parties du Cameroun en terme de niveau d’éducation politique.

Deux événements majeurs nous ont permis d’observer cette dichotomie abyssale entre les populations d’un même pays.

Le 1er octobre 2019 et les anglophones

Le 1er octobre de chaque année est consacré à la fête d’indépendance du Southern Cameroons (Cameroun du sud, auparavant une partie du Cameroun Occidental, sous domination britannique). C’est un territoire qui, en faveur d’un référendum en février 1961, a choisi de rejoindre la République du Cameroun indépendante depuis le 1er janvier 1960. Cette région, baptisée depuis peu, par les séparatistes les plus vigoureux, par le terme Ambazonie, revendique ce retour au statut d’avant 1961, date de la réunification avec la République du Cameroun (francophone), ou a minima le retour aux accords de Foumban depuis le discours de John Ngu Foncha aux Nations Unies en 1990.

Cette tension entre la République du Cameroun, dirigée par les francophones depuis l’indépendance le 1er janvier 1960, et l’Ambazonie, traîne depuis 1990 sans solution. Face au refus du régime de Yaoundé de reconsidérer ce « mariage », une crise corporatiste (grève des avocats et enseignants) a ouvert la vanne aux leaders indépendantistes qui ont vite occupé le terrain de la revendication pour transformer cette crise en question politique.

C’est depuis 2017 que les leaders indépendantistes ont décidé de former des groupes armés appelés les « Amba-Boys ». Le 1er octobre 2019 a permis à ces groupes de démontrer leur implantation sur le terrain. Les démonstrations de force initiées par les « généraux » de ces groupes armés montrent à suffisance non seulement qu’ils sont bien armés mais surtout comment ils sont soutenus par la population repliée dans la brousse pour fuir les exactions d’une faction de l’armée Camerounaise, le BIR, déjà considérée comme la milice armée au service de Biya.

Les images d’un leader militaire ancien du BIR du nom de Field Marshall, qui contrôle la localité de Lebialem, ont fait le tour des réseaux sociaux au Cameroun. Curieusement, ce 1er octobre a coïncidé avec la période où se déroule le Grand Dialogue National initié par Paul Biya lui-même.

Le 5 octobre 2019 et les Francophones

Le 5 octobre dernier, le leader du parti politique MRC (Mouvement pour la renaissance du Cameroun), arrêté avec les leaders des partis et associations alliés pour la présidentielle du 7 octobre 2018, a été libéré. Si Maurice Kamto a été arrêté le 28 janvier 2019, certains, par contre, sont en prison depuis le 26 janvier pour les uns et le 1er, le 8 juillet pour les autres. 103 personnes ont été libérées.

L’image la plus saisissante de cette journée mémorable de la libération du 5 octobre, est justement la déferlante de symboles emblématiques de la République du Cameroun. Les drapeaux vert-rouge-jaune et l’hymne national du pays ont dominé les clichés de ce jour.

Ces images peu ordinaires ne laissent personne indifférent après avoir observé celles qui ont également dominées les cérémonies de la fête de l’indépendance du Southern Cameroons avec les Ambazoniens. Evidemment, les symboles marquants de cette journée chez les Anglophones ont été dominées par les drapeaux et l’hymne national de l’Ambazonie.

Nous avons, d’un côté, un peuple qui célèbre l’indépendance de leur territoire, l’Ambazonie, et de l’autre, nous avons un peuple qui célèbre la libération de leur leader. Le premier a pour spécificité l’anglais comme langue officielle et le second, le français. Les deux peuples sont en quête d’une révolution, mais le premier mène une révolution armée tandis que le second souhaite mener une révolution « dans la paix », comme le dit lui-même Maurice Kamto.

Que dit l’Histoire de ces oppositions ?

La question que l’on se poserait à présent est celle de savoir les raisons pour lesquelles le peuple d’un même pays est divisé pour un même objectif, à savoir renverser le régime de Yaoundé, et donc chasser le dictateur Biya au pouvoir depuis 6 novembre 1982.

La réponse à cette question se trouve évidemment dans l’Histoire. Le Cameroun est formé de deux territoires administrés par deux puissances coloniales sous le mandat des Nations Unies en 1919 jusqu’en 1960 pour la partie francophone et en 1922 jusqu’en 1961 pour la partie anglophone. Le territoire camerounais administré par la puissance britannique était composé du Southern Cameroons et du Northern Cameroons. Ce dernier s’est rallié au Nigéria (indépendant le 1er octobre 1960) après un référendum du 31 mai 1961. Le Southern Cameroons a quant à lui décidé de rester camerounais.

C’est fort de ce référendum que les leaders du Southern Cameroons, conduit par John Ngu Fontcha, ont accepté de se réunir à Foumban avec la délégation de la République du Cameroun conduite par son nouveau président Amadou Ahidjo en juillet 1961.

Le 1er octobre 1960, les leaders Anglophones acceptent une réunification avec la République du Cameroun, qui devient alors une République fédérale. C’est un système qui, malgré ses imperfections, permettait quand même à cet ancien territoire britannique de garder les acquis de l’administration coloniale et plus particulièrement ce qu’on a appelé « indirect rule » (principe selon lequel les Britanniques gouvernent la région du Southern Cameroons en se conformant aux traditions des populations). De son côté, l’ancien territoire administré par la puissance française croupissait sur le système jacobin. Un nivellement par le bas par rapport au système britannique qui faisait des jaloux.

Un référendum de 1972 est venu mettre fin à ce fédéralisme encore chancelant. Le Cameroun devient alors une République Unie et c’est par un décret de 1984 qu’il devient finalement une République du Cameroun. Un retour malicieux à la république dominée par les francophones.

Cela a eu comme conséquence l’écrasement du système britannique minoritaire sous le poids du système jacobin français majoritaire. Fontcha a commencé à subir la foudre de colère de ses compatriotes anglophones qui le considéraient déjà comme un traître pour les avoir conduit dans la « République ». C’est la raison pour laquelle il court au Nations unies en 1990 plaider le retour à la fédération qui lui a été refusé jusqu’à sa mort en 1999.

L’espoir d’un renversement de la situation avait d’ailleurs été au cœur de l’actualité lors de la présidentielle de 1992 où John Fru Ndi, le leader le plus charismatique de l’opposition, un anglophone, était le challenger de Paul Biya. La victoire contestée de Paul Biya et la reddition du leader de l’opposition a finalement désillusionné ce peuple qui croyait fermement à un retour au fédéralisme avec un anglophone au pouvoir.

Depuis lors, à défaut d’un retour à la fédération, les plus radicaux sont pour un retour à la situation d’avant le 1er octobre 1961 : l’autonomie. C’est justement à ce niveau que la césure, entre les peuples, anglophones et francophones, a lieu. D’où les différences observées entre les deux peuples dans l’adoption des symboles de leurs révolutions respectives.

La conciliation de ces deux peuples devient évidemment complexe. Elle est tout de même nécessaire si les deux peuples tiennent à leur objectif : chasser Biya du pouvoir.

Comment concilier donc la révolution armée et la révolution pacifique ?

Soyons précis : puisque tous les anglophones ne militent pas pour la révolution armée et qu’en même temps tous les francophones ne militent pas pour la révolution pacifique, mais militent plutôt pour le statu quo, il faut préférer à ‘anglophone’ le terme « Ambazoniens » et à « francophones radicaux » un terme camerounais qui s’est popularisé : Tontinards.

Cette alliance dite « Alliance Amba-Franco », développée par l’écrivain Patrice Nganang, est plus que nécessaire dans un contexte comme celui-ci.

Le régime de Yaoundé sait pertinemment qu’une telle alliance pourrait compromettre sa survie. Il a donc tout intérêt à pointer les Ambazoniens du doigt en les qualifiant dans un premier temps de « bandits », et plus tard de « terroristes ». Cette propagande de diabolisation a surtout lieu chez les francophones qui, malheureusement, n’arrivent pas encore à croire et à comprendre qu’un peuple puisse prendre les armes pour revendiquer une cause, bonne qu’elle puisse être.

La non-adhésion de la majorité du peuple francophone à la cause et à la posture du peuple Anglophone le rend insensible aux exactions commises sur lui par l’armée camerounaise. Un peuple victime de génocide qui est curieusement considéré par les francophones comme le bourreau qui veut mettre l’intégrité territoriale en danger. Et pourtant, le génocide est parfaitement suffisant comme argument moral pour renverser ce système colonial.

Le challenge qu’il y a à relever ici est celui de travailler sur la désintoxication du peuple francophone qui croit dur comme fer que les Ambazoniens sont des terroristes et que l’armée camerounaise doit les « éradiquer ». Il faut donc démystifier cette théorie de la terreur qui fait des Ambazoniens des monstres et des partisans de la terreur. L’intolérance des francophones face au droit d’autodéfense des anglophones frise même le ridicule. L’autodéfense étant un principe universel, la solidarité est plus qu’un acte d’humanisme.

Le leader actuel, celui qui possède une carrure de conciliation de ces deux tendances, c’est Maurice Kamto. Sa sortie de prison et de tous les leaders de sa coalition viendra peut-être résoudre cette équation. J’en veux pour preuve cette sortie d’Albert Dzongang, l’un des membres de la coalition de retour à Douala après sa sortie de prison à Yaoundé et qui déclarait à la population venue nombreuse pour l’accueillir : « Ce que nous avons gagné dans ce combat c’est le rapprochement avec les Ambazoniens ».

Faut-il le préciser, Julieu Ayuk Tabe, le président des Ambazoniens, et son équipe, sont en prison depuis des mois.

Il devient donc évident que Maurice Kamto et Ayuk Tabe se sont rencontrés à plusieurs reprises. Ces rencontres peuvent-elles augurer des rapprochements futurs entre les deux peuples ? Les francophones, pour la majorité, qui supporteraient mal ce rapprochement avec les Ambazoniens qui tuent et décapitent les soldats du BIR, vont-ils finir par lâcher Kamto ? Ou alors Kamto ne franchira jamais ce pas au risque de perdre cette sympathie qui fait toujours monter sa côte de popularité ? Les prochaines sorties de principal leader de l’opposition camerounaise nous en diront plus…


Dialogue national : pourquoi Biya est le problème ?

Dans un discours de 30 minutes à la nation, le 10 septembre 2019, Paul Biya annonce la tenue d’un « Grand dialogue national » prévu du 30 septembre au 4 octobre 2019. Le dialogue est désormais considéré comme solution à la guerre d’indépendance qui paralyse les deux régions Anglophones, Nord-Ouest et Sud-Ouest. Mais, le 30 novembre 2017, dans un bref discours de quelques secondes. Paul Biya avait fait le choix de la répression armée pour « mettre hors d’état de nuire ces criminels » malgré des appels au dialogue proposé par la communauté nationale et internationale. 22 mois après, ce qui était considéré comme une simple crise Anglophone est aujourd’hui devenue une guérilla. Les groupes armés, constitués des « Amba-Boys », que Biya appelle « criminels », imposent le respect à une faction de l’armée camerounaise, le BIR, que Médiaprt considère comme une « milice tribale » à la solde de Biya. En mai 2019, une ONG faisait le bilan de 1850 morts, sans oublier les 530.000 déplacés internes du côté des régions Francophones du pays et les 40.000 réfugiés du côté du Nigéria. Aucun chiffre sur les déplacés internes qui ont plutôt choisi le chemin de la forêt où ils mènent une vie difficile.

Paul Biya, à travers ce discours, vient d’avouer implicitement l’échec de la guerre comme solution. Et les débats, qui ont lieu au Cameroun à la suite de ce discours, tournent autour de la sincérité du dialogue compte tenue de certains éléments sociopolitiques et juridiques liés au contexte : premièrement, l’arrestation au Nigéria et la condamnation à la peine capitale par le Tribunal militaire de Yaoundé du leader Anglophone Sissiku Ayuk Tabe (et son équipe), président de la république fédérale d’Ambazonie ; deuxièmement, l’arrestation et l’emprisonnement de Maurice Kamto (et ses militants) à la suite des manifestations où il revendiquait sa victoire volée à la présidentielle d’octobre 2018 ; enfin troisièmement, il ne faut pas oublier que les dialogues avec Biya sont jonchés d’antécédents historiques pleins d’échecs.

La question reste donc celle de savoir si ce dialogue dont l’objectif est de mettre fin à la guerre sera possible dans un tel contexte ? La réponse fatidique est NON. Pourquoi ? Parce que le problème camerounais c’est Biya lui-même.

Pour vous le démontrer, je vous invite à la lecture d’une conversation (discussion) tenue entre un ami et moi dans un lieu privé. Henry, c’est de lui qu’il s’agit, est un biyaïste, fervent défenseur du régime. Ici au Cameroun, les biyaïstes ont un néologisme évocateur : Sardinards. Ceux-ci sont opposés aux Tontinards qui s’illustrent, quant à eux, par leur opposition au régime. Ce qui va suivre est une discussion qui refait l’histoire et démontre justement les multiples contradictions qui entourent ce dialogue et qui démontrent également que le Cameroun ne sortira pas de cette avec Biya : c’est lui le problème.

Henry – Je dis hein Tchak (c’est mon petit nom d’enfance), pourquoi les opposants, et plus particulièrement les Tontinards, se plaignent toujours alors que Biya a annoncé l’organisation du dialogue qu’ils exigeaient depuis longtemps ?

Moi – Parce que le temps du dialogue est déjà dépassé.

Henry – Non. 22 mois après c’est long, je l’avoue. Mais, mieux vaut tard que jamais.

Moi – Cette maxime n’a plus de place ici, parce que les rapports de force ne sont plus les mêmes. Elles ont changé. Elles ne sont plus comme il y a 22 mois.

Henry – Comment ? Tu oublies que c’est le BIR qui contrôle la situation ? Tu ignores qu’aucun groupe armé ne peut défier l’Etat ?

Moi – Tu rêves. Lorsque Biya, de retour d’Abidjan le 31 novembre 2017, avait choisi l’option de la force dans un bref discours à l’aéroport de Nsimalen, les Tontinards lui avaient bien dit que la guerre n’est pas la solution. Il croyait neutraliser les Amba-Boys en une semaine avec son BIR. En ce moment-là, il était en position de force. Vrai ou faux ?

Henry – Vrai. Mais, la situation n’a pas changé. Il est toujours en position de force.

Moi – Ne joue pas au malin. Lorsque ce même Biya revient 22 mois après, exactement le 10 septembre 2019 annoncer, non plus dans un bref discours, mais dans un long discours de 30 minutes l’organisation d’un « grand dialogue national« , cela veut dire donc qu’il n’est plus en position de force. En français facile, cela veut dire qu’il a échoué.

Henry – Non, toi-même tu sais que l’armée camerounaise envoyée en région anglophone est celle de seconde zone. L’armée camerounaise est capable d’écraser ces groupes armés en quelques jours si elle veut. Elle peut même utiliser l’artillerie lourde si elle veut.

Moi – Et pourquoi ne franchit-elle pas le pas ?

Henry – Parce qu’elle ne veut pas faire trop de dégâts.

Moi – Non, c’est parce qu’elle est hantée par la défaite morale. Le BIR commence à avoir mauvaise presse au niveau de l’opinion nationale et internationale à cause de ses multiples exactions sur le terrain. La défaite d’une armée est d’abord morale.

Henry – Faux. C’est parce que Biya a la pression de la communauté internationale qui exige le dialogue. Sinon il continuerait la guerre et massacrer les Amba-Boys. Biya accepte le dialogue pour montrer sa sincérité et pour montrer à cette communauté internationale que les Ambazoniens sont de mauvaise foi et ne viendront pas à ce dialogue.

Moi – Comme c’est malin ! Et il croit savoir s’y prendre !

Henry – Ok, comme vous ne voulez plus le dialogue, que voulez-vous finalement ?

Moi – Soit un peu intelligent. Lorsque quelqu’un, du haut de ses responsabilités de chef de l’État, qui, à cause d’une mauvaise décision prise par lui-même, a essuyé une défaite face à la résolution d’une crise, la seule solution qui reste sur la table, c’est la démission. Les grands hommes d’État sont des hommes d’honneur. La démission est un acte de courage et non de faiblesse ou de lâcheté. S’il ne démissionne pas, ça veut dire qu’il nous cache quelque chose, un plan machiavélique.

Henry – Et quel est donc ce plan machiavélique ?

Moi – Le génocide.

Henry – Le génocide ? Comment ça ?

Moi – Il veut mourir au pouvoir pour échapper à la CPI.

Henry – Vraiment, Tchak, donc c’est là tu voulais en venir ? Tu es décidément incorrigible. Arrête tes jérémiades. Le Cameroun n’a pas signé le Traité des statuts de Rome.

Moi – Tu ne sais pas que Omar El-Béchir a de sérieux soucis à se faire en ce moment ? Il suffit que Biya ne soit plus au pouvoir pour que la CPI lance la chasse aux génocidaires. Tu verras.

Henry – Fermons ce chapitre du génocide nonsense. Mais, je vais vous donner un conseil, à vous les Tontinards là : Allez au dialogue et profitez pour faire votre révolution.

Moi – Zéro dialogue. Ça va sauf qu’échouer. Dans une situation de guerre où deux camps s’affrontent à armes égales, le dialogue doit au moins respecter deux conditions : le choix d’un médiateur et le choix d’un lieu qui doivent faire l’objet de consensus entre les deux parties. Une partie en conflit et qui, paradoxalement est en position de faiblesse, ne peut annoncer le dialogue et imposer les participants, les thèmes, l’arbitre, bref les termes de référence. Souviens-toi du dialogue entre le Consortium et le gouvernement. A l’époque, les Anglophones n’avaient pas encore pris les armes et les Amba-Boys n’existaient pas encore. Ce dialogue de Dion Ngute ne sera donc pas différent de celui-là. Ça ressemble à un piège. Les Amba-Boys qui sont maintenant en position de force vont désormais dicter leur loi et obliger le tyran à négocier à défaut de démissionner.

Henry – Et comment vont-ils y parvenir s’ils ne viennent pas au dialogue pour s’imposer et contraindre Biya à la démission ?

Moi – Ils n’ont pas besoin d’aller au dialogue pour imposer une démission ou une négociation à Biya. Il suffit que le dialogue échoue et ne mette pas fin à la guerre pour laquelle il a été convoqué, à la suite de laquelle, même la communauté internationale se fera l’obligation d’intervenir. Biya va continuer de jouer  au dilatoire. Mais, il semble oublier que ce dialogue risque d’être sa propre tombe qu’il est en train de creuser lui-même.

Henry – Ne fatiguez pas les gens. Biya ne négociera avec personne. Il a gagné l’élection présidentielle. Un point un trait. Ne cherchez pas le pouvoir par la force. C’est à travers les urnes et non les armes ou la communauté internationale qu’on devient président. Maintenant vous compter sur les Amba-Boys et les Blancs pour prendre le pouvoir comme Ouattara l’a fait en Côte d’Ivoire ? Halte à l’ingérence. Le Cameroun n’est pas la Côte d’Ivoire.

Moi – Avant le 10 septembre 2019, c’était la même ritournelle chez vous les Sardinards : « On ne dialogue pas avec les sécessionnistes » ou encore « On va dialoguer avec qui ? ». La fin du mois n’est plus loin. C’est dans quelques jours. La seule curiosité que j’attends, c’est de voir qui seront les participants. L’histoire va leur demander des comptes en cas d’échec de ce dialogue si celui-ci ne met pas fin à la guerre. L’enjeu qui se joue dans ce dialogue c’est qu’un éventuel échec ne sera pas seulement attribué à Biya. Tous ceux qui vont y participer vont aussi porter la responsabilité de cet échec. Quand on connait la fourberie de Biya, il est fort probable que ce dialogue soit un copier-coller du dialogue avec le Consortium de décembre 2016.

Henry – Pourquoi tu insistes toujours sur ce fameux dialogue avec le Consortium Anglophone ?

Moi – Je savais que ce dialogue t’avait échappé. Beaucoup de Camerounais l’ont même déjà oublié. La crise Anglophone avait commencé avec des revendications corporatistes des avocats et les enseignants. Dans le cadre des discussions avec le gouvernement pour trouver une solution à la crise, ils se sont constitués en Consortium. Le dialogue a tourné au fiasco parce que les leaders Anglophones du Consortium, principalement l’avocat Felix Agbor Balla et l’enseignant Fondem Neba, restaient camper sur leur position. L’une de leurs revendications majeures c’était le retour au fédéralisme. Le gouvernement qui refusait de céder à cette pression estimait que le Consortium est allé plus loin en empiétant le champ du politique au lieu de s’en tenir aux revendications corporatistes. Le durcissement du ton des deux camps a eu comme conséquences, la dissolution du Consortium et l’emprisonnement des leaders Anglophones.

Henry – ça va. Je connais toute cette histoire. Tu as même oublié qu’ils ont été libérés. Mais ce que je ne comprends justement pas, c’est leur insistance sur le retour au fédéralisme alors que le gouvernement avait cédé à toutes leurs caprices.

Moi – Les leaders Anglophones, plus particulièrement les enseignants, en avaient marre puisqu’ils n’étaient pas à leur première expérience avec le ministre de l’enseignement supérieur, Fame Ndongo. Ils ont donc estimé que le fédéralisme les détacherait du pouvoir central, du jacobinisme, qui est un grand mal pour ce pays. Avec le fédéralisme, les problèmes des enseignants seront gérés par les élus locaux.

Henry – Il ne faut pas comparer ce « Grand dialogue national » à celui qui avait eu lieu avec le Consortium. Souviens-toi de la Tripartite. C’est elle qui a accouché la Constitution actuelle qui est une vraie révolution. Ne l’ignore pas.

Moi – La Tripartite dont tu parles a comme résultat la constitution qui a institué la décentralisation et la limitation du mandat présidentiel. Ces deux innovations étaient les principales révolutions constitutionnelles. Elles sont aujourd’hui des contes de fées. Et pourtant, Biya ne serait plus là aujourd’hui si ces deux résolutions de la Tripartite avaient été respectées.

Henry – Non, n’exagère pas. Pour la levée de la limitation de mandat, c’était par un vote à l’Assemblée nationale en janvier 2008. Biya n’y est pour rien. C’est le peuple, à travers les députés, qui avait décidé. Ne commence pas à m’énerver en mentant sur l’histoire. Restitue la vérité, sinon cette discussion ne vaudrait plus la peine.

Moi – Tu oublies certainement que ce même peuple à qui tu attribues la volonté et l’initiative de la levée de la limitation du mandat présidentiel était dans la rue en février 2008 ? Tu oublies certainement que le BIR, cette faction de l’armée, a tué en trois jours plus de 100 jeunes qui, mains nues, manifestaient à Douala contre la levée de la limitation de mandat présidentiel ?

Henry – Faux. Encore un mensonge. C’était des jeunes qui manifestaient contre la vie chère. Et il n’y avait que 40 morts de sources officielle. L’armée a tiré parce que les jeunes vandalisaient les boutiques et magasins. Décidément, ça ne vaut même plus la peine de discuter avec toi. Tu es un malhonnête, Tchak. Voilà pourquoi je vous déteste, vous les Tontinards. Vous voulez gouverner avec le mensonge. Vraiment, je suis déçu.

Moi – « Il n’y avait que 40 morts » ! Dis-tu ? Pour toi c’est minable, n’est-ce pas ? En plus l’armée tue les Camerounais qui cassent les boutiques au lieu de les appréhender ?

Henry – Je n’ai pas dit ça. Ne déforme pas ma pensée. Je restitue seulement la vérité, bien que je regrette les morts, parce que ce sont nos frères Camerounais. Apprend à être sérieux pour une fois.

Moi – Je comprends ta gêne. Une armée qui tire à bout portant sur une population qui manifeste à mains nues est une « milice tribale » au service d’un homme qui veut conserver le pouvoir. Je ne discute même pas sur cette vérité-là.

Henry – C’est vrai. Mais les Anglophones n’avaient pas besoin de prendre les armes pour faire des revendications.

Moi – C’est la légitime défense ! Tu veux qu’ils se fassent massacrer comme en 2008 ? En plus, les Anglophones ont juste compris et ont tiré les leçons des villes mortes, de la Tripartite de 1991, des manifestations de février 2008 et du dialogue avec le Consortium. La leçon c’est celle-ci : Biya ne comprend que le langage de la force. Si les Francophones étaient des gens politiquement prêts, les manifestations de février 2008 auraient pris une autre allure que celle que nous avons connue là. Le non-respect des résolutions de la Tripartite de 1991 a entraîné les morts de février 2008 et continue d’entraîner les morts dans les deux régions anglophones aujourd’hui. Si on avait respecté les résolutions de cette Tripartite, Biya ne serait plus président de la république depuis la présidentielle de 2011 puisqu’il avait déjà fait deux mandats de sept ans chacun après la promulgation de la constitution en 1996 issue de la Tripartite de 1991. Il a fallu qu’il utilise l’assemblée nationale où son parti politique (RDPC) était majoritaire, et continue de l’être d’ailleurs, pour lever la limitation de mandat afin de se représenter une fois de plus à la présidentielle de 2011. Voilà pourquoi Biya est le problème.

Henry – Je suis d’accord avec toi que 23 ans après la constitution de 1996, qui limitait le mandat présidentiel à 7 ans renouvelable une fois et qui instaurait la décentralisation, c’est exagéré. Ce non-respect de ces deux résolutions de la Tripartite est la cause immédiate de la guerre au NOSO. Mais je reste formel, les Anglophones n’avaient à prendre les armes pour leurs revendications. Voici donc une chance qui vous est donnée de rectifier les erreurs de la Tripartite. Allez au dialogue pour déloger Biya comme gagner par les urnes vous dépasse. C’est plus simple noon ?

Moi – Ce que tu viens de dire confirme que tu as bien compris le problème. Mais ta dernière phrase confirme également que tu es de mauvaise foi. Je peux maintenant prendre congé de toi pour aller au club Guigui habituelle.

Henry – Donc tu m’abandonnes comme ça et tu pars boire seul ? Chez les Tontinards on ne partage pas ? C’est quelle tontine ça ?

Moi – Non. Chez les Tontinards on ne « partage » pas comme si c’était la sardine. On tontine, c’est à dire qu’on cotise avant de partager. Chacun mange et boit à la sueur de son front. Je bois avec toi que tu as cotisé combien ? Va au Biyalogue, pardon, au Dialogue de Biya. Il y aura le partage de sardine là-bas. CHOUAGNE.


Le Cameroun face au désastre économique de la guerre d’indépendance de l’Ambazonie

Avec la guerre d’indépendance de l’Ambazonie, la situation économique du Cameroun ne peut pas être reluisante. La situation catastrophique d’économie camerounaise semble donc évidente. Ce qui relève encore d’une évidence, c’est la volonté de Paul Biya de ne pas lâcher prise un pouvoir qu’il tient des mains de maître depuis novembre 1982. La pressions diplomatique et de celle des bailleurs de fonds ne semblent pas du tout l’ébranler. Tout observateur sérieux est curieux de savoir comment la tyrannie la plus vielle d’Afrique va procéder pour se maintenir malgré tout ? Avant de répondre à cette question très importante qui fera l’objet de notre prochain billet dans une série que nous avons entamée au début du mois de juillet sur la sortie de crise au Cameroun, je vous invite, pour le présent billet, à jeter un œil sur un bilan non exhaustif et très simplifié de la situation de l’économie camerounaise.

L’Ambazonie au cœur du désastre

Depuis le début de la crise anglophone devenue aujourd’hui une guerre civile, le Cameroun ne cesse de traverser des périodes difficiles. Les pans de l’économie qui subissent des affres de cette guerre concernent nécessairement les start-up installés dans le Silicon Mountain. En 2015, le PIB que contribuaient ces deux régions au niveau national était estimé à 16,3%. Cette richesse provient essentiellement de l’industrie agro-alimentaire dominée par les entreprises CDC et Pamol qui, à elles seules, étaient classées deuxième employeur du pays après l’Etat.

L’un des fleurons de l’économie camerounaise, la Sonara, société de raffinage, vient de subir un coup qui la met hors de fonctionnement. Certains économistes affirment d’ailleurs, sans coup férir, que le laxisme gouvernemental entraînera la mort de cette entreprise.

En général, les secteurs les plus touchés sont l’agriculture, l’industrie et l’exploitation, sans oublier les équipement des télécommunications qui ont déjà été victimes du sabotage de près de 62% de ses installations dans les deux régions. En 2018, la BAD (Banque Africaine de Développement) avertissait le Cameroun sur le niveau de dépenses qui vont s’accroître énormément en 2019 si la guerre ne prenne pas fin.

La diplomatie suisse en branle

Le 22 mai 2019, Paul Biya a reçu au palais de l’Unité, Pietro Lazzeri, l’ambassadeur de Suisse au Cameroun. Celui-ci était accompagné de Antoine de Saint-Afrique, PDG du groupe Barry Gallebaut, leader mondial des produits fabriqués à base de cacao et de chocolat, dont la filiale locale est l’entreprise Sic-Cacao située à Douala. Loin d’être anodine, cet entretien avec Paul Biya avait comme centre d’intérêt la situation d’insécurité dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

La Sic-Cacao venait d’acquérir un équipement de broyage de fèves de plus de 5 milliards de Fcfa. Cet équipement possède une capacité de transformation de 70.000 tonnes en moyenne par an, équivalent à presque 30% de la production nationale.

Le chocolat suisse pointé du doigt

La région du Sud-Ouest, classée 4ème producteur mondial de fèves, représente à elle seule 45% de la production cacaoyère nationale pour la saison 2016-2017. La guerre sévit en décembre 2017 au moment où les agriculteurs s’apprêtaient à entamer la campagne de récolte 2017-2018. Par mesure de sécurité, ils ont abandonné leur récolte. Et le plus grand entrepôt appartenant à l’entreprise Telcar, a été incendié, dit-on. « Le chocolat suisse est l’un des symboles de la Suisse qui détient la première place du classement mondial pour la consommation de chocolat devant l’Allemagne et le Royaume-Uni avec une consommation annuelle moyenne de 11,9 kilogrammes par habitant en 2011 ».

Trois Traders suisses contrôlent 50% de la vente du pétrole Camerounais. Le trader Glencore détient 70% du pétrole du Rio Del Rey dans le Sud-Ouest Cameroun, zone qui borde la péninsule de Bakassi, exploitable pendant 20 ans. Contrat signé en Janvier 2019. Ce Glencore vient de revendre ses parts,75% qu’il détenait dans le gaz de Matanda.

La crise des devises s’invite

Cette situation de dégradation de l’économie était prévisible. Les groupes armés (Amba-Boys) ont un seul objectif : asphyxier l’économie camerounaise à travers la technique du pourrissement. Aujourd’hui, la balance commerciale est totalement déséquilibrée (déficitaire) à cause de la baisse des exportations du cacao et la banane. Pendant ce temps, les importantes stagnent, voire s’accroissent au fur et à mesure. Le riz et le poisson à eux seuls avoisinent déjà plus de 300 milliards par an. Conséquence, la recette en devise provenant des exportations des produits de rente a baissé. Le média en ligne Journalducameroun.com rapporte également que :

« Pour 71 % des patrons membres du Gicam, l’accès aux devises est une préoccupation majeure », avait déjà indiqué Célestin Tawamba, le président du Gicam, au cours d’une rencontre avec les banquiers, le 4 avril 2019 dans la capitale économique camerounaise.

Pour résoudre cette crise particulièrement préoccupante pour le patronat camerounais, le président propose notamment la suspension temporaire de certaines importations. Et cela inquiète la France qui, depuis plusieurs années, à travers la BEAC, conserve nos devises.

Un communiqué rendu public par le président du Gicam, le principal groupement patronal au Cameroun, le 29 juin 2019, vient enfoncer le clou dans la plaie. Célestin Tawamba annonce en substance qu’il est préoccupé par une « situation d’extrême gravité de pénurie des devises dont souffre notre économie depuis plusieurs mois ».

Déséquilibre commercial ou financier ?

Cependant, les économistes ne s’accordent toujours pas sur les causes de cette crise. Pendant que les uns parlent de déséquilibre commercial en terme d’exportation et d’importation, les autres insistent plutôt sur le déséquilibre financier. Ce dernier argument fait quant à lui allusion à au paiement de la dette qui se fait essentiellement en devise étrangère. Ces deux arguments se rejoignent pratiquement dans la mesure où ils font allusion à la sortie massive des devises. Le déficit ici, dans les deux cas, est causé par l’absence de tout ce qui peut rapporter au Cameroun comme entrée de devises.

Ces éléments sur la situation économique du Cameroun ne sont pas très favorable dans un contexte sociopolitique délétère dominé par la guerre en régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest). Même s’il est prématuré de dire que le gouvernement de Paul Biya est déjà dos au mur, il faut tout de même avouer que le climat sociopolitique au Cameroun n’est pas serein.

Paul Biya reste cependant dans sa logique de conserver le pouvoir à tous les prix. Ce n’est d’ailleurs qu’un secret de polichinelle. Comment va donc s’y prendre face au pourrissement que lui impose la guerre en régions anglophone ? Comment va-t-il s’y prendre avec à la fois la pression diplomatique de la Suisse et une économie qui prend de l’eau ?

Les enjeux politiques de la crise

Cette situation économique désastreuse est lourde de conséquences. La première c’est qu’elle entraîne déjà dans l’opinion des rumeurs sur la dévaluation du FCFA, la solde salariale des fonctionnaires soutenue par le trésor français, etc. Un pays en crise ne pourrait nullement échapper aux rumeurs qui ne laissent personne indifférente. C’est d’ailleurs une situation normale dans un contexte où l’angoisse envahit tout le monde. En période de guerre, tout peut arriver et il faut s’y attendre et se préparer en conséquence.

Comme toujours, c’est la sérénité qui reste le maître mot pour le gouvernement de Paul Biya. C’est de bonne guerre puisqu’il ne faut pas alarmer la population qui est malheureusement en train de ressentir les secousses au niveau de l’actualité politique. Les informations dignes d’un Etat secoué par la guerre augurent des lendemains pas du tout serein. Un contentieux sur la contestation des résultats de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 reste toujours pendant à la Commission des droits de l’homme et des peuples de l’Union Africaine.

Après le communiqué du parlement européen (avril 2019) condamnant les tueries dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest d’une part, l’arrestation du leader Maurice Kamto, candidat contestateur des résultats de la présidentielle d’autre part, c’est au tour du parlement américain (juillet 2019) de réagir. Celui-ci non seulement réitère les condamnations du parlement européenne mais surtout propose au Cameroun une république fédérale. Cette solution vise particulièrement à répondre aux revendications des Anglophones qui réclament leur droit à l’autonomie totale.

Que va faire Paul Biya face à ces pressions ? La réponse au prochain billet.


Guerre d’indépendance de l’Ambazonie : les « négociations » de paix ont-elles commencé ?

L’idée qui me pousse à la rédaction de ce billet, c’est la conviction que l’Ambazonie sera indépendante. Cette conviction, je l’ai depuis le rebondissement, en 2016, de ce qu’on appelle au Cameroun « le problème anglophone » ou la « crise anglophone ». Crise qui s’est transformée en guerre civile depuis décembre 2017. Cette guerre oppose les indépendantistes anglophones, dont plusieurs groupes armés appelés « Amba-Boys », et l’armée de la République du Cameroun. Comme toute guerre, celle-ci a des conséquences énormes sur les plans humains et économiques. Toutes les propositions de sortie de crise ont toujours été vaines, y compris le dialogue inclusif suggéré par les partis politiques de l’opposition et la société civile auquel même le premier ministre avait d’ailleurs souscrit. Et depuis le 27 juin, tout a basculé et cette conviction se renforce peu à peu.

L’actualité de cette guerre a connu un rebondissement le 27 juin 2019. D’une part, la Suisse fait désormais partie des acteurs majeurs de la crise en tant que médiateur, et d’autre part, le dialogue inclusif n’est plus envisagé comme une solution à la faveur des « négociations » de paix. Que s’est-il donc passé ? Comment en est-on arrivé là ? Avant d’y répondre, quelques petits détails sur l’Ambazonie.

Dans ce billet, je vais vous expliquer le contenu des communiqués des parties ayant pris part aux négociations de paix. C’est grâce à la publication de ces communiqués que l’opinion nationale et internationale a été informée. Un deuxième billet sera consacré à l’analyse des raisons qui poussent Paul Biya à négocier avec les Ambazoniens et les conséquences de cette décision. Vous pourrez le lire dans quelques jours.

L’Ambazonie est-elle un mythe ?

L’Ambazonie est, aujourd’hui, loin d’être un mythe. Terme autrefois considéré comme une barbarie (déformé en amba-zozo pour se moquer) par les populations francophones, devient peu à peu un signe de bravoure. Ambazonie est le nom attribué au territoire qui couvre les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest d’expression anglaise au Cameroun. Il est dérivé de la « Baie d’Ambas », à l’embouchure du fleuve Wourri venant de Douala. Le terme Ambazonie, de l’anglais Ambazonia, a été utilisé pour la première fois en 1984 par Fon Fongum Gorji-Dinka qui vit actuellement en exil à Londres.

Depuis décembre 2017, les populations de ces deux régions anglophones vivent un calvaire. Un affrontement qui oppose l’armée camerounaise aux guérilleros appelés Amba-Boys, fait des victimes. Les Amba-Boys sont constitués des groupes armés répartis sur toute l’étendue des deux régions. Je peux citer ici entre autres : Ambazonian Defense Force (ADF), Red Dragon, Ambazonian Restoration Army (ARA), Southern Cameroon Defense Force (SCDF), Socadef, SCNC, RoAN, etc. Il en existe plus d’une dizaine. En mai 2019, les ONG, notamment International Crisis Group, ont établi un bilan estimatif de 1 850 morts, de 530 000 déplacés internes et 50 000 réfugiés au Nigéria voisin. A ce bilan, il faut ajouter la catastrophe économique que subissent de plein fouet ces régions et qui met le Cameroun dans une situation difficile avec ses bailleurs de fonds.

Plusieurs initiatives ont été proposées, notamment le « dialogue inclusif » pour mettre fin à cette guerre qui dure déjà 2 ans. Des échecs aux dialogues proposés par le Cardinal Tumi fait croire à tout observateur que les acteurs en conflits, notamment le gouvernement camerounais, manquent de volonté. Ce dialogue inclusif serait pour beaucoup la solution. Mais la semaine dernière, de nouveaux rebondissements ont ébranlé l’opinion.

Les communiqués qui bouleversent l’opinion

Le 27 juin 2019, l’actualité a été secoué par deux communiqués : ils informent l’opinion nationale et internationale sur deux points importants qui méritent notre attention : 1) Paul Biya opte pour les « négociations » et non pour le « dialogue inclusif » ; 2) une séance de travail a eu lieu du 25 au 27 juin 2019 entre les deux parties en conflit en présence d’un médiateur, la Confédération Suisse. Décryptons ensembles les deux communiqués.

Le communiqué publié par la « Confédération Suisse »

Le premier est celui de la confédération Suisse rendu public le 28 juin 2019 et qui indique en introduction que :

« At the request of the parties, Switzerland is acting as a facilitator in the crisis in north-western and south-western Cameroon » (Traduction : « A la demande des parties, la Suisse agit comme facilitateur dans la crise au Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun. »)

Et ce même communiqué précise, immédiatement à la suite de cette phrase :

« To this end, a second preparatory meeting with various Cameroonian opposition groups took place in Switzerland between 25 and 27 June 2019. » (Traduction : « Pour ce faire, une deuxième réunion préparatoire avec différents groupes d’opposition camerounais a eu lieu en Suisse, entre le 25 et le 27 juin 2019. »)

En clair, cela signifie que la Suisse a été désignée, par les parties, pour jouer le rôle de médiateur. Mais alors, qui sont ces parties ? De quelle médiation s’agit-il ? De quoi parle-t-on exactement ?

Pour répondre à ces questions, voici le passage du communiqué qui me semble être encore plus précis :

« The Federal Department of Foreign Affairs (FDFA), working in close partnership with the Centre for Humanitarian Dialogue (HD Centre), is committed to finding a peaceful, lasting negotiated solution to the crisis in north-western and south-western Cameroon. » (Traduction : « Le département fédéral des affaires étrangères, qui travaille en étroite collaboration avec le centre pour le dialogue humanitaire, est déterminé à trouver une solution de paix, longuement négociée, à la crise qui touche le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun. »)

Il devient donc évident qu’il s’agit d’une « négociation » et non d’un dialogue inclusif comme on aurait pu penser. L’autre détail important est que la Suisse a été choisie par les deux parties. Elle est, par ce fait, considérée comme un pays neutre.

A ce jour, beaucoup d’observateurs contestent cette neutralité pour des raisons évidentes, qui seront mises en exergue dans le deuxième billet. A la seule lecture du communiqué qui parle de « crisis in north-western and south-western Cameroon », il est évident que les seuls acteurs que le communiqué désigne par « the parties » sont les parties en conflits. Mais le communiqué s’arrête-là sans toutefois les désigner. Alors, qui sont-elles ? Qu’est-ce que les parties veulent « négocier » ?

Le communiqué publié par « Ambazonian Liberation movements »

Le deuxième communiqué, celui publié par l’une des parties sur les comptes Twitter et Facebook, nous donne des détails encore plus extraordinaires. Cette partie qui rend public ce communiqué se fait appeler « Southern Cameroons/Ambazonia ». Le communiqué précise, en substance, ceci :

« Under this arrangement, Switzerland is offering its good offices and will serve as mediator in negotiation – which, it is important to stress, have not starded – between, on the hand, the Republic of Cameroon and, and the other hand, Southern Cameroons/Ambazonia. » (Traduction : « Dans le cadre de cet arrangement, la Suisse offre ses bons offices et servira de médiateur dans les négociations – qui, il est important de le souligner, n’ont pas encore commencé – entre, d’une part, la République du Cameroun et, d’autre part, le Southern Cameroons/Ambazonia. »)

Ici, la partie Ambazonienne confirme la médiation de la Suisse tout en précisant que les négociations n’ont pas encore eu lieu. Les noms des parties en conflit sont donc clairement définis : d’une part la République du Cameroun, et d’autre part le Southern Cameroons/Ambazonian.

De quoi les parties ont-elles discuté ? Quel est l’objet des négociations ? Plus loin, le communiqué est plus clair :

« Our goal remains the same : we seek the restoration of the independence of Southern Cameroons/Ambazonia won before the United Nations General Assembly on 21st April 1961 and an end to the recolonization and illegal occupation of Ambazonia by the Republic of Cameroon. »

Il s’agit donc ici des négociations concernant exclusivement l’indépendance de l’Ambazonie, ou encore pour être plus précis comme le communiqué le dit, il s’agit de la restauration de l’indépendance de l’Ambazonie. Selon le communiqué, les Ambazoniens considèrent la République du Cameroun dirigée par Paul Biya comme une force d’occupation. Là, c’est tout un autre débat.

Qui étaient les représentants des deux parties ?

L’une des questions les plus importantes est celle de savoir quelles étaient les personnes représentant les deux parties invitées à ces négociations. Malheureusement, les deux communiqués sont muets à ce niveau. Par contre, le communiqué des Ambazoniens comporte des signatures à la dernière page. Difficile, donc, pour toute personne étrangère de savoir qui était présent à ces travaux préparatoires.

C’est le journal panafricain Jeune Afrique, version magazine et paru ce mois, qui va plus loin. Le journal précise d’ailleurs que c’était une « discrète réunion préparatoire » tenue à « Saint-Luc, un petit village du canton de Valais ». Le journal donne quelques détails sur les noms des personnes qui représentaient la partie Ambazonienne. Il y avait notamment Ebenezer Akwanga, chef du Socadef, Marc Njoh Chebs, leader du RoAN, Elvis Kometa, leader du SCNC. Par contre, le charismatique Gorji Dinga était représenté par son fils. Jeune Afrique précise également que, bien que ce soient des travaux préparatoires, les discussions se sont achevées généralement très tard dans la nuit. Cerise sur le gâteau : Paul Biya et l’Etat Camerounais désignés par « The Republic of Cameroon » n’étaient pas représentés à ces discussions. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle cette partie n’a pas fait de communiqué.

Cette absence de communication du gouvernement camerounais pose beaucoup d’interrogations. Compte tenu du secret et du caractère discret qui a entouré cette réunion, l’opinion et les observateurs veulent savoir si effectivement ces fameuses négociations ont eu lieu.

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Coupure du journal panafricain Jeune Afrique de ce mois de juin 2019 concernant une « réunion discrète » sur l’Ambazonie en Suisse.

Les « Négociations » de paix ont-elles eu lieu ?

Même s’il est évident, en tenant compte de ces deux communiqués, que les négociations ont eu lieu, il n’en demeure pas moins que leur tenue effective suscite des interrogations dans l’opinion. Pourquoi Paul Biya a-t-il quitté Yaoundé le 23 juin, presque incognito, à la surprise de tous ? Pourquoi la communication sur ce voyage mentionne plutôt un « séjour privé en Europe », au lieu d’informer l’opinion nationale et internationale sur la tenue de négociations avec les Ambazoniens ? Pourquoi le parti politique de l’opposition, le MRC, qui secoue le pays en ce moment avec des manifestations de protestation (les principaux leaders et plus de 300 manifestants sont emprisonnés) n’a pas été appelé à ces négociations, ou même n’a pas été ne serait-ce qu’informé ?

Les supputations vont bon train sur des supposées négociations (et leurs objets) qui ont eu lieu en Suisse et dont la tenue n’a pas connu une large diffusion comme cela se doit en ces circonstances de climat sociopolitique très tendu. D’ailleurs, selon le communiqué de la partie « Southerns Cameroons/Ambazonia », en prenant les extraits ci-dessus, les négociations, en tant que telles, n’ont pas encore eu lieu. Il ne s’agissait que d’un « workshop » ou travaux préparatoires, comme le disent certains journalistes et observateurs. Qu’à cela ne tienne, les interrogations demeurent.

Pour finir…

Malgré la prudence qu’a pris la partie ambazonienne de préciser que rien n’a encore été fait, les questions sur la sincérité de Paul Biya, non pas à se prêter à la discussion mais plutôt à se plier aux desiderata des Ambazoniens, ne manquent pas d’intérêt. Il devient même difficile d’avaler cette couleuvre après avoir entendu et lu par-ci et par-là, depuis deux ans, des sentences comme : « Pour Yaoundé, dialoguer avec les séparatistes anglophones serait un aveu de faiblesse ». Sans oublier ces nombreuses et interminables ritournelles des partisans de Paul Biya qui martèlent que : « on ne dialogue pas avec les sécessionnistes » ou encore « on va dialoguer avec qui ? ». Ces discours d’assurance, ajouté au silence complice de Paul Biya, faisaient des Ambazoniens des condamnés à morts. On aurait même dit que les carreaux étaient définitivement cuits pour eux.

Qu’est-ce qui peut, finalement, amener Paul Biya à céder le flanc au séparatistes ? Alors que beaucoup de Francophones, y compris les leaders de l’opposition, sont furieux de voir les Anglophones défier l’Etat ? Qu’es-ce qui peut finalement amener Paul Biya à opter plutôt pour les négociations de paix au lieu du dialogue inclusif comme l’exigent les leaders de la société civile ? Pourquoi Biya a-t-il peur du dialogue inclusif ?

Rendez-vous au prochain billet pour la suite du développement.


Cameroun : pourquoi les marches blanches du MRC font-elles peur ? (2/2)

Dans la première partie de ce billet, j’expliquais quelques démarches dans la compréhension des « marches blanches ». Ces manifestations initiées par le MRC de Maurice Kamto (actuellement en prison à Yaoundé) se veulent pacifiques. Elles ont été initiées justement à la suite de la présidentielle entachée d’irrégularités. Au-delà de la revendication de la « victoire volée » de Maurice Kamto, candidat d’une coalition de l’opposition, son objectif est de mobiliser le peuple camerounais autour d’un idéal : la justice. Elle commence donc par le rétablissement de Maurice Kamto dans ses droits. Malheureusement, les « marches blanches » sont considérées par les détracteurs du MRC comme des actes de vandalisme d’origine tribale. D’où la « tribalisation » du débat politique au Cameroun. De quoi s’agit-il?

 

Bamiléké et Bulu à couteau tiré

Cependant, depuis cette présidentielle, un climat malsain entaché de la « tribalisation » du débat politique, et qui a toujours existé, revient en surface. Un climat sociopolitique tendu et « tribalisé » qui consiste à prendre pour cible la population, le peuple d’une région particulière. La méthode est simple : accuser, indexer une personne, un leader d’un parti précis, d’agir, d’avoir pour ambition politique de prendre le pouvoir au nom de son groupe ethnie en particulier. Ce qui ressemblerait à un délit par le simple fait que les autres groupes ethniques se sentiraient à l’écart d’une lutte qui a l’ambition d’être nationale, rassembleuse de toutes les tendances tribales et culturelles confondues.

Les Bamiléké, puisqu’il s’agit d’eux, peuples originaires de la région de l’Ouest Cameroun où est originaire Maurice, est pris pour cible par les thuriféraires du pouvoir de Yaoundé. Les Bulu, peuple de la région du Sud Cameroun, où est originaire Paul Biya, 86 ans, au pouvoir depuis 1982, se sentent indexés et acculés par des accusations sur la gestion chaotique du pays durant 37 ans. Pour s’en défendre, ils se noient évidemment dans cette accusation en ciblant les Bamiléké de vouloir s’accaparer du pouvoir sous le prétexte que c’est à leur tour d’en jouir. Les militants et les partisans du MRC et originaires de plusieurs régions du pays s’en défendent.

Ces accusations réciproques laissent penser que les deux leaders, Paul Biya et Maurice Kamto, instrumentalisent la tribu pour se donner bonne conscience. C’est de bonne guerre, si l’on peut le dire. Mais, ce qui est fondamental ici et qui trahi Paul Biya, c’est la répression utilisée comme méthode de gouvernance et des gestions des activités à caractère purement politiques de ses adversaires. Anéantissement, sabotage et stigmatisation des mouvements politiques est son lot quotidien. C’est une méthode semblable à la Gestapo dont le but est d’empêcher toutes velléité d’engagement politique citoyens et émergents. Pire encore, elle a atteint le niveau de la traque au faciès dont les Bamiléké sont les cibles.

En fait, le parti de Paul Biya, le RDPC et ses pourfendeurs, mobilisent la fibre tribale en indexant les Bamiléké pour s’acheter des faveurs de l’opinion nationale. C’est dans ce contexte de « tribalisation » que les les marches blanches sont considérés par le pouvoir de Yaoundé comme une marche révolutionnaire initiée par les Bamiléké dont le but est de renverser le pouvoir politique tenu par les Bulu.

Pourquoi le MRC ne lâchera pas 

Le MRC et ses alliés organiseront-ils toujours les marches blanches malgré tout ? C’est une évidence que les manifestations vont continuer si les leaders et les manifestants restent toujours emprisonnés. Même si leur libération n’est pas la seule revendications des marches blanches, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle galvanise plus les militants et sympathisants. Le pouvoir de Yaoundé ne s’aurait embastillé plus de 500 personnes, constituées non seulement de leaders mais des manifestants, surtout des non manifestants appréhendés au hasard dans les rues, et s’attendre à une accalmie. Ces arrestations constituent surtout un objet de motivation. Inutile et impossible donc d’imaginer les militants et sympathisants observer une trêve voire être habités par un quelconque découragement.

En dehors du « Holt-Up Electoral », d’autres revendications se sont greffées à la liste à savoir : l’appel au dialogue pour la résolution de ce qu’on appelle aujourd’hui « la crise anglophone » avec à la clé une guerre civile dans les régions d’expression anglaise (Nord-Ouest et Sud-Ouest), l’adoption d’un code électoral consensuel, l’exigence d’une enquête et des sanctions à la suite du retrait de l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun pour scandale dans la gestion des infrastructures, etc. Au finish, nous assistons maintenant aux revendications de divers ordres et qui ne se limitent pas au Holt-Up.

Mais, l’objectif de Maurice Kamto et de ses alliés (susciter l’adhésion), bien qu’il soit partagé et source de motivation pour beaucoup, n’est pas encore suffisant pour des raisons évidente de la peur de la répression policière. Une solidarité collective (autour du parti et autour des bonnes volontés comme celles de la BAS et de JSK) s’organise autour des prisonniers pour les soutenir (repas quotidien, santé et frais d’avocats, etc.). On voit là, à dessein, une stratégie pour rassembler tous les camerounais et leur redonner confiance. L’organisation de cette solidarité pour les manifestants et leaders incarcérés suffit à dissiper cette peur qui habite ceux qui hésitent encore pour se mettre aux pas des marches blanches. Le MRC et ses alliés se sont bien préparés pour affronter la répression. Cependant, la peur n’est pas le seul challenge. Le MRC et Maurice Kamto subissent, depuis la création du parti, une sorte de fatwa et de stigmatisation tribale.

Marches blanches : marches des Bamiléké ?

Le RDPC, parti au pouvoir, nourrit dans l’opinion, depuis plus de 5 ans, des idées de déstabilisation par une ethnie. Ainsi, après la présidentielle, les marches blanches sont considérées par certains non pas seulement comme une stratégie de déstabilisation du pouvoir de Paul Biya, mais comme un complot de groupe ethnique Bamiléké contre le groupes ethnique Bulu au pouvoir. Les marches blanches prennent donc une connotation ethnique et tribale. Nous avons vécu ces scénarios pendant la présidentielle.

Cette tendance à la tribalisation de la campagne électorale a d’ailleurs fait l’objet de vives polémiques. Les origines ethniques de Maurice Kamto, candidat de la coalition autour du MRC, sont devenues des arguments de campagne. La déstabilisation du pouvoir Bulu par les élites Bamiléké a été brandi pour susciter l’émotion des électeurs et l’amener à pointer un doigt accusateur au candidat du MRC. Il n’en fallait pas moins pour que les Bamiléké deviennent la cible. Et ils l’ont été, et ils continuent de l’être à la faveur de ces marches blanches.

Ce constat est évident à l’observation des origines ethniques des manifestants arrêtés les 26 janvier, 1er et 8 juin 2019. Même si l’on peut considérer que les villes en mouvement ont une grande proportion de la population Bamiléké, il faut également préciser que les manifestants arrêtés à Bertoua le 8 juin et à Maroua le 26 janvier ont curieusement été libérés quelques heures après. Pour quelles raisons ont-ils été libérés ? La réponse semble évidente. Quelques observateurs essaient déjà d’assimiler la stigmatisation Bamiléké et celle vécue par les populations des deux régions d’expression anglaise (Nord-Ouest et Sud-Ouets). En plus de ces deux régions anglophones, ça fera en plus une région, celle de l’Ouest Bamiléké qu’il faut ajouter ajouter à la liste des groupes ethniques qui subissent des représailles du fait de leur appartenance ethnique.

Déstabilisation du pouvoir par les Bamiléké

Les partisans du parti au pouvoir de Yaoundé sont formels : Maurice Kamto est une figure manœuvrière de l’élite Bamiléké qui estime que, après les régions du nord (1960-1982) et les régions du centre-sud (1982 à nos jours) c’est à son tour de gouverner. Par conséquent, l’échec à la présidentielle a été très mal digéré et la voie la plus facile d’arriver au pouvoir c’est de susciter la réaction de la communauté internationale. La guerre qui a lieu en ce moment dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest vient tout simplement renforcer cette conviction sur la volonté du MRC de voir intervenir la communauté internationale sur la situation sociopolitique. La remise en cause des résultats de la présidentielle placerait Paul Biya en mauvaise posture. D’où l’idée de la déstabilisation du pouvoir détenu par Paul Biya, originaire du Sud, de l’ethnie Bulu hanterait les esprits des pourfendeurs.

A travers les marches blanches, les Bamiléké chercheraient donc des raccourcis pour arracher le pouvoir. La guerre civile et les marches blanches sont distillées dans l’opinion par le pouvoir de Yaoundé comme des stratégies de déstabilisation par les groupes ethniques des régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Ouest.

A titre d’illustration pour démontrer la thèse de la déstabilisation : toutes initiatives de décrispation des deux crises restent vaines. On peut citer entre autres : le dialogue dite inclusif (les exemples de la conférence du Cardinal Christian Tumi et de celui du débat parlement réclamé par le SDF à l’assemblée nationale restent évident), la libération des prisonniers politiques arrêtés dans le cadres de la crise anglophone et des marches blanches, etc.

Aujourd’hui, la tension est de plus en plus lourde sur la situation sociopolitique du pays. Nous en sommes déjà à imaginer un positionnement des Bamiléké dans une logique de défense comme cela a été le cas dans les régions dites anglophones.


Cameroun : pourquoi les marches blanches du MRC font-elles peur ? (1/2)

Les marches blanches ont encore repris le poil de la bête les 1er et 8 juin 2019. Le MRC et ses alliés, qui revendiquent la victoire de la présidentielle du 7 octobre 2018, en ont fait leur cheval de bataille depuis son lancement le 26 janvier 2019. Après les manifestations du 8 juin dernier, les organisateurs ne sont pas prêts à baisser l’échine. De leur côté, les autorités administratives, policières et judiciaires, ripostent. Interdictions par-ci, interpellations par-là, intimidations à n’en plus finir. Plus de 500 manifestants arrêtés jusqu’ici, relâchés pour les uns et emprisonnés pour les autres. Les autorités et le leadership du MRC sont à couteaux tirés : pourquoi le MRC persiste-t-il dans ses marches blanches ? Pourquoi le pouvoir de Yaoundé veut-il les étouffer ? Que cachent réellement les marches blanches ?

L’organisation des marches blanches soulève deux questions à la fois juridique et politique. Celle de l’opportunité d’une part et d’autre part, celle de la répression.

La première concerne la nécessité pour le MRC et les partis alliés d’opter pour les marches blanches comme stratégie de revendication de la victoire de Maurice Kamto à la présidentielle. Cette victoire de Paul Biya qu’ils contestent et qu’ils appellent « Holt-Up Eléctoral » divise l’opinion sur le principe du respect de la légalité. Pendant que Maurice Kamto veut battre le fer quand il est chaud, d’aucuns, ses détracteurs notamment, estiment à cet effet que le leader du MRC et ses alliés doivent prendre acte de la décision du Conseil Constitutionnel, qui a déclaré la victoire de Paul Biya, et préparer sereinement les échéances électorales à venir.

La deuxième question, quant à elle, se réfère à la nécessité, pour les autorités, de procéder systématiquement aux arrestations qui ne sont pas loin d’être considérées comme des formes de répressions. L’opinion ici est beaucoup plus divisée sur l’opportunité de la violence de la force publique, voire de la proportionnalité des traitements infligés aux manifestants qui décident, bon gré mal gré, de défier l’autorité publique. N’eût-il pas été utile de résoudre cette équation autrement ? En d’autres termes, la nature tyrannique du pouvoir de Yaoundé peut-elle permettre aux autorités de se passer de la répression policière ?

A quoi servent les marches blanches ?

C’est la première question qui divise l’opinion à l’heure actuelle. C’est elle qui préoccupent notamment les détracteurs du MRC, curieux de savoir la persistance de Maurice Kamto qui ne cesse de surprendre et de prendre tout le monde de court. L’organisation des marches blanches est une stratégie qu’ont optés tous les leaders de la coalition autour de Maurice Kamto (Paul Eric Kingué du MPCN et Albert Dzongang de La Dynamique, sans oublier les acteurs de la société civile comme l’artiste musicien Valséro, l’économiste Richard Penda Ekoka, etc.) à l’occasion de la présidentielle du 7 octobre 2018. Aujourd’hui, ils sont tous incarcérés à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé depuis le 26 et 28 janvier pour les uns, le 1er et 8 juin pour les autres.

Les marches blanches sont des manifestations publiques non violentes dites « pacifiques ». Elles ont pour objectif principal et principiel, le « Holt-Up Eléctoral ». Evidemment, ces dénonciations des fraudes électorales à travers les manifestations constituent des actions symboliques que peuvent utiliser n’importe quel leader de parti politique ou d’organisation de la société civile pour attirer l’opinion sur la cause qu’il défend : ici le respect des droits de l’homme.

Comme tous leader qui se considère victime d’une injustice, Maurice Kamto et les siens veulent susciter l’adhésion de l’opinion à leur sort afin de la mettre dans une posture de reconsidération et de la remise en cause de la victoire de Paul Biya. C’est bien sûr une action symbolique, un cri de détresse en direction de l’opinion. L’objectif ici n’est pas seulement de susciter l’adhésion, mais de susciter des réactions, tant de la communauté nationale et qu’internationale. C’est de bonne guerre.

Cette action de marches blanches n’est heureusement pas la seule initiée par le MRC et ses alliés. Il y a notamment cette plainte déposée par le MRC et ses avocats à Addis-Abeba à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuple. Après avoir examiné le dossier sur la forme en session ordinaire du 24 avril au 14 mai 2019, le MRC et ses avocats sont donc attendus dans deux mois, c’est-à-dire en mi-juillet. Cette fois-ci la Commission va alors examiné le dossier sur le fond à partir des preuves de la violation des articles 3, 7, 11, 12, 13(1) et 13(2) de la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples par la République du Cameroun que vont produire les avocats du MRC.

Les controverses sur les marches blanches

La position du MRC et de ses alliés politiques sur la remise en cause de la victoire de Paul Biya ne suscite pas l’assentiment de certains qui estiment que la décision du Conseil Constitutionnel est sans appel. Et par conséquent, les marches blanches n’ont pas de raison d’être. Leur argument ne relève que du conformisme et du légalisme : il est interdit, disent-ils, d’affronter l’Etat et ses institutions. Cependant, quels recours un citoyen doit-il faire appel en cas de violation des droits humains que ces institutions sont censées protéger ? Maurice Kamto et ses alliés politiques doivent-ils prendre acte de l’injustice qu’ils estiment avoir subie et faire table rase du passé ? Doivent-ils se résigner et laisser tomber pour des raisons, dit-on, de préservation de la paix ? De quelle paix parle-t-on quand on tolère l’injustice ?

Evidemment, c’est une équation difficile dans la mesure où contester les résultats de la présidentielle signifierait mettre en doute le pouvoir de Paul Biya. Il n’en faut pas moins pour affronter les affres de sa soldatesque. Doit-on être condamné à la résignation dans un contexte où la répression de toutes manifestations est la marque déposée d’une tyrannie ? Sinon, quelle est la meilleure stratégie pour l’affronter ? Puisque les manifestations publiques sont le seul recours à l’expression pour toutes revendications citoyennes en cas de blocage institutionnel, faut-il pour autant prendre quand même le risque ? Faut-il mettre la vie des populations en danger en les envoyant dans la rue affronter la barbarie des sbires ?

Cette question est quand même teintée de naïveté quand on sait pertinemment que toutes victoires politiques dans le monde ont été obtenues au forceps. Rien ne peut être obtenu sans sacrifices, dit-on très souvent. L’un des premiers sacrifices de toute lutte de libération est justement de braver les interdictions, donc les lois iniques. Des exemples comme l’apartheid et les lois ségrégationnistes ne manquent pas pour nous édifier sur le bien-fondé des actes de Rosa Parks jadis considérés comme subversifs.

Malheureusement, certains Camerounais continuent d’être impressionnés et convaincus qu’il est possible de renverser par des élections avec les lois électorales non consensuelles et taillée sur mesure. Ils estiment même que les défaites successives des partis politiques de l’opposition depuis le retour du multipartisme en 1990 sont la preuve de leur mauvaise stratégie. Dans ce cas, les marches blanches seraient la mauvaise solution à une bonne question.

Interdictions et répressions comme réponses

La répression policière est-elle la solution pour dissuader les marches blanches ? La question ne se pose plus puisque la tyrannie utilise la répression comme arme de dissuasion. La question qu’il importe cependant de poser ici est celle de la disproportionnalité des traitements infligés aux manifestants. Si les arrestations sont compréhensibles, en est-il de même pour les tortures dont les témoignages sont légions et font le buzz sur la Toile.

La loi n°90/055 du 19 novembre 1990 fixant le régime des réunions et des manifestations publiques fait mention du régime de déclaration et non de celui d’autorisation. Elle donne aux leaders le droit d’organiser les manifestations à condition d’avoir déposé à la sous-préfecture de la localité en question une « déclaration » de manifestation. Curieusement, les sous-préfets en viennent à signer des interdictions des manifestations sous le prétexte de « risque de troubles à l’ordre public », pourtant, la loi indique plutôt « risque de troubles graves à l’ordre public ».

L’intervention du tribunal administratif sollicitée généralement par les organisateurs pour arbitrage est restée lettre morte depuis belle lurette. Depuis les années 1990 jusqu’à nos jours, le leaders du SDF pour la région du littoral, Jean Michel Nintcheu, avoue avoir essuyé 42 interdictions des sous-préfectures pour les mêmes motifs. Il y a comme une complicité de l’administration, des fonctionnaires avec le pouvoir politique. Cette connivence apparaît d’ailleurs comme une évidence dans une tyrannie. Que reste-t-il donc à l’opposition dans ce cas sinon que de braver toutes interdictions ?

C’est ainsi que les villes de Yaoundé, Douala, Bafoussam, Dschang, Mbouda, Bangangté, pour ne citer que celles qui ont une effervescence des jours des manifestations, ont bravé les interdits préfectoraux. La répression, sans surprise, ne s’est pas fait attendre. Les témoignages des victimes sur les réseaux sociaux rapportent des cas de bastonnades, de tortures psychologiques à la suite de leur arrestation. Même si certains sont libérés, d’autres subissent des emprisonnements et des procès kafkaïens au tribunal militaire, etc. Ces épisodes de répressions meublent les journées des bidasses et fonctionnaires pendant et après les manifestations.

La question que l’on se poserait est donc celle de savoir s’il faut manifester malgré l’interdiction des sous-préfets ? Les juristes, même les plus chevronnés, sont divisés sur cette question. Evidemment, dans l’esprit de la loi, aucune interdiction n’était envisagée et envisageable. Mais, les circonstances ont voulu que les autorités qui interviennent toujours, sous le couvert du respect de l’ordre public, font la pluie et le beau temps des partis politiques de l’opposition ou tous mouvements contestataires. Cet acte est donc considéré comme un abus d’autorité brandie par les manifestants comme arguments pour les spolier.

Cependant, les débats sur les marches blanches ne se limitent sur les querelles juridiques. Ils vont au-delà et abordent les problématiques sur les enjeux de l’ethnicité dans le jeu politique au Cameroun. Plus simplement, les marches blanches viennent tout simplement mettre sur orbite les enjeux que représente la stigmatisation ethnique. C’est l’objet du billet suivant…


Le marketing du bien-être du cube Maggi de Nestlé Cameroun

Comment Nestlé, dans un environnement concurrentiel et déloyal, déploie-t-elle l’une de ses marque phare, cube Maggi ? Il existe au Cameroun et dans le monde un climat de suspicion sur la qualité du cube Maggi qui ne date malheureusement pas d’aujourd’hui. Ce climat est suscité par des personnes insoupçonnées dont le but, selon les responsables de Nestlé Cameroun, est visiblement lié à une stratégie commerciale. C’est de bonne guerre.

Tous les cubes existant sur le marché camerounais, et plus particulièrement cette marque de Nestlé, ont le malheur de ne pas faire l’unanimité, à raison ou à tort, sur leur qualité propre à la consommation humaine. Tout un débat à travers les chaumières existe sur les caractéristiques du cube Maggi, donnant parfois lieu à des discussions épiques. Des accusations de tout genre fusent en laissant croire que le produit de Nestlé aurait des effets secondaires à moyen ou à long terme. Pourtant, aucune démonstration scientifique n’a, jusqu’ici, pas démontrer, du moins pas encore, la dangerosité du cube Maggi, à en croire les responsables de la multinationale.

En conséquence, il en ressort que Nestlé va se déployer dans les politiques de contre-attaque où l’obligation de transformer ses campagnes de pub en campagne de sensibilisation, pour ne pas dire d’éducation à la santé alimentaire, est nécessaire. L’accent est généralement mis sur les bonnes méthodes d’utilisation du cube Maggi par les consommateurs qui ignorent qu’il n’est pas permis d’utiliser le sel et le cube Maggi simultanément dans un repas. C’est ce qu’on appelle, en langage courant, le marketing du bien-être.

Qu’est-ce que le marketing du bien-être ?

Le marketing du bien-être n’est nul autre que ce que son nom indique. Le marketing, à l’origine, a un but commercial au service du capital. Il faut embellir l’image de la marque afin de susciter le besoin, créer le besoin. La définition classique du marketing étant donc celle d’embellir l’image de la marque, il devient par conséquent curieux de se rendre compte comment le marketing peut s’occuper du bien-être au détriment de la marque dont le but est commercial. Image de la marque et bien-être sont deux objectifs incompatibles quoi qu’on puisse dire. Où se trouve la différence ?

Dans le jargon du bien-être en marketing, nous avons distingué trois concepts non exhaustifs : le marketing social, le do-gooding et le well-being.

Marketing social

Le marketing social est défini simplement comme une adaptation sociale du marketing purement commercial. Dans le marketing social, l’objectif est d’abord social avant d’être commercial. Ce qui est mis en avant ce n’est pas le produit en tant que tel, mais c’est ce qu’il procure comme bien pour mériter la confiance du consommateur. Les campagnes de sensibilisation sont ancrées sur les bienfaits et les thérapies éventuelles sur le corps humain consommateurs d’énergie et de plus en plus exigent en même temps. Parfois on a même l’impression qu’il faut faire l’humanitaire en distribuant gratuitement le produit. Au fait, les meilleures campagnes de bien-être sont loin de proposer des produits ou des services gratuits. D’ailleurs, la meilleure façon de susciter l’envie chez les consommateurs, c’est le prix élevé de certains produits où la communication est orientée sur ses bienfaits. L’exemple le plus parlant ici est la publicité des préservatifs.

Do-Gooding

Le do-gooding est tout aussi simple comme stratégie marketing. Cette stratégie est bien sûr liée au marketing social à la seul différence qu’elle va au-delà. Au fait, en plus du marketing social défini comme nous venons de le voir précédemment, les marques adeptes du do-gooding sont essentiellement axées sur ce qu’on appelle aux Etats-Unis le « purpose driven ». Ces marques vont au-delà du marketing social parce qu’elles suscitent des interrogations principalement sur leur but ou leur mission sur Terre. Le do-gooding se manifeste, non seulement par des actions généreuses et humanitaires, mais il incite les clients ou les consommateurs à faire de même. Autrement dit, la sensibilisation sur le bien-être n’est pas seulement réservée aux responsables de l’entreprise. Les marques suscitent l’intérêt en impliquant quelques acteurs à la sensibilisation. En le faisant, elles se placent carrément sur le terrain de la réflexion morale.

Well-being

Quant à ce qui concerne le well-being, en quelque sorte, le bien-être proprement dit, il est considéré comme le fait d’atteindre le bonheur à travers l’acquisition du matériel. Autrement dit, il est impossible d’être heureux sans avoir acquis une certaine aisance au niveau de la possession des bien grâce à quoi il est possible d’avoir le bonheur. Cette définition a vieilli et le well-being a déjà pris un autre sens. Le well-being (être-bien) s’oppose aujourd’hui au wellfare (bien-être-matériel). Il va donc au-delà du bien-être en s’éloignant de cette logique unique du bonheur et en mettant en avant la logique multidimensionnelle qui ne se limite pas seulement à l’acquisition des biens matériels.

Le cube Maggi et sa stratégie de Do-Gooding

Il n’est du tout pas évident de s’en apercevoir, surtout lorsque cette stratégie n’est fondamentalement pas visible à première vue. La raison évidente justement est que la stratégie marketing du cube Maggi donne l’impression qu’elle est particulièrement menée en réaction à la contre-publicité. Cette contre-attaque trahi beaucoup le Do-Gooding de Maggi malgré les bien-faits qu’on peut dire du produit. Le Do-Gooding de la marque Maggi est inséré dans un contexte de climat très morose, voire tendu. L’environnement actuel, en matière d’image des cubes en général, est caractérisé par des suspicions sur la composition, des ingrédients de fabrication du cube (responsables du cancer?) entrant dans le processus de production.

Malheureusement, le cube Maggi se trouve dans un environnement pollué par des contrebandes et des cubes de mauvaise qualité. Tous les cubes distribués dans le marché sont indexés. Ainsi, l’image du Cube Maggi en prend un coup. Inutile de revenir sur ces propos venant des personnes pourtant bien avisées en matière de normes et de qualité dont Nestlé est pourtant certifié (ISO 9001, ISO 22000, HALAL, ANOR). Ce qui nous importe ici, c’est le comment Nestlé fait pour se tirer d’affaire devant une campagne aussi dénigreuse et frisant, à la limite, le ridicule.

Le Do-Gooding de Nestlé, à travers sa marque Maggi, est essentiellement marqué par des campagnes, des sensibilisations ou des ateliers sur le bien-être en matière de nutrition et la pratique de bonnes habitudes alimentaires. Le constat selon lequel « les Camerounais mangent mal », n’est pas du tout faux. Ces mauvaises habitudes alimentaires placent donc les consommateurs Camerounais dans une posture de suspicion face à un moindre malaise. Et ce sentiment de méfiance des consommateurs a motivé la décision de Nestlé. Les préjugés construits dans l’opinion sur les méfaits du cube Maggi sur l’organisme humain imputent à la marque des responsabilités qui ne sont pas les siennes pour n’avoir pas été prouvé, surtout en matière de bouillon de cube.

Mais, ce qui reste tout de même intriguant c’est justement l’inexistence de preuves alléguées qui donnent pour responsable des effets secondaires de la consommation de Maggi. Le Do-Gooding est principalement axé sur une ou des démonstrations en usine et en laboratoire à la découverte des ingrédients du cube Maggi dans le but de casser ces préjugés sur sa composition cancérigène.

L’objectif ici est de donner à quelques personnes ressources, quelques leaders d’opinions et acteurs sociaux des outils et des arguments de réfutations. C’est eux qui iront transmettre à la base la « vraie information » qui témoigne de ce qu’ils ont vu et entendu sur la production du cube Maggi. C’est plus facile à gérer lorsque la marque ne suscite pas de polémiques. Le message peut passer avec moins de résistances. Mais, c’est encore plus complexe lorsque l’entreprise détentrice de la marque est butée par les réticence farouche des consommateurs liées à la propagande sur sa qualité douteuse.

Nestlé se lance à la conquête des blogueurs

L’un des acteurs privilégiés dans la transmission de ces « vraies informations » sur la bonne qualité du cube Maggi sont ce que les entreprises ont coutume d’appeler « les influenceurs ». L’Association des Blogueurs du Cameroun (ABC) a donc été sollicité pour la circonstance. L’on peut, de prime abord, se poser la question de savoir en quoi le coup de main des blogueurs serait utile à Nestlé dans un tel contexte ?

Depuis l’avènement d’internet en Afrique et surtout au Cameroun, vers les années 2000, avec l’arrivée fracassante des réseaux sociaux vers 2008, internet est devenu un nouveau domaine de prédilection du marketing. Internet et les réseaux sociaux se présentent comme des espaces de conquête de nouveaux marchés. En effet, les nouveaux marchés se conquièrent aujourd’hui à travers la Toile où, à moindre coût, il devient facile d’atteindre des millions de consommateurs. C’est un espace plus aisé que le terrain des bayam-salam* qui est plus contraignant bien qu’il a toujours sa place. Les métiers essentiellement basés sur le marketing digital sont innovants et les multinationales ne font pas la fine bouche pour s’y investir.

Nestlé Cameroun s’est donc lancé à la conquête des blogueurs la semaine qui s’achève en les invitant à la découverte du processus de fabrication du cube Maggi dans ses usines de Bonabérie, située à une périphérie de Douala. Le rendez-vous a eu lieu le 24 mai 2019. Rendez-vous meublé par des exposés sur la sécurité alimentaire, justement, et une visite de l’usine et du laboratoire de Nestlé où des expériences concrètes ont été réalisées. L’insistance sur la sécurité alimentaire est faite à dessein. L’alimentation journalière, à travers sa composition (repas équilibré) est sujette à caution. L’accusation du cube Maggi comme cause de certaines maladies dangereuses est-elle faite à tort ? Si non, pourquoi n’existe-t-il pas de preuves scientifiques sur la dangerosité de ce produit ? Pourquoi aucune maladie n’a été jusqu’ici diagnostiquée comme causée par le cube Maggi ? Il appartient aux scientifiques de nous donner quelques éléments de réponses. En tant que blogueur, je ne peux malheureusement m’en tenir qu’aux faits.

Tout a été mis à nu pour faire voir à ces ambassadeurs de la toile que nous sommes ce qui se cache derrière la fabrication et les ingrédients de ce produit. En tout état de cause, à travers le silence des scientifiques, le mystère reste entier sur les origines du cube Maggi qui semblent suscité des passions jusqu’ici. Pourquoi classer le marketing du cube Maggi dans la catégorie de Do-Gooding ? Parce que Nestlé a choisi d’investir dans le bien-être à travers l’éducation à l’hygiène alimentaire pour apprendre aux Camerounais à avoir une bonne tenue à table et de ne pas garder ces savoirs pour eux. L’essentiel ici dans le do-gooding ne se limite pas aux conseils sur les bienfaits, mais la nécessité de transmettre ces conseils aux autres.

L’approche handicap qui plombe l’approche du Do-Gooding de Nestlé Cameroun

Le marketing du bien-être est un tout. Si le marketing du Do-Gooding est essentiellement axé sur la morale et le comportement responsable à travers l’approche relationnelle, le handicap y tient, à tout le moins, une place assez importante. L’approche handicap est encore mal connue, je dirai même méconnue par le grand public, et pire encore par les multinationales au Cameroun. Nestlé Cameroun ne présente aucune visibilité en matière de handicap quant à l’adaptation des infrastructures comme des rampe d’accès, des ressauts, d’air de manœuvre, des escaliers, des WC et sanitaires, etc.

Les règles les plus élémentaires sont exigées à tous les propriétaires des lieux pouvant accueillir le public. Dans le jargon juridique français, elles sont appelées ERP (Etablissements recevant le public). Au Cameroun, ces normes ne sont pas encore systématisées. La loi n°2010/002 du 13 AVRIL 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées dans son article 33 fait référence aux infrastructures publiques. Cela signifie-t-il que les espaces privés accueillant le public ne sont pas concernés ? La réponse est affirmative. Cependant, cela ne les exclut pas non plus de ce qu’on pourrait appeler les pratiques et les habitudes de bons sens. Ça y va de l’intérêt et de l’image de l’entreprise et de la marque pour laquelle elle communique.

Lors de cette visite où l’Association des Blogueurs du Cameroun dont je fais partie était à l’honneur, quelle surprise a été la mienne de constater quelques manquements qui, à défaut de me froisser, ne m’ont pas laissé indifférent. L’une des bonnes manières conseillées aux entreprises qui disposent de vaste infrastructures avec des voies d’accès assez complexes, est celle de disposer de matériels permettant de faciliter la circulation des personnes à mobilité réduite si elles souhaitent accueillir le public. Les fauteuils roulant inexistant, ou même la manivelle des robinet d’eau se trouvant à même le sol sont les deux notes salées pendant le séjour de presque six heures que les blogueurs ont passé à l’usine de Nestlé. Quels supplices !

D’autres types de précautions, sur lesquelles je n’aimerai pas évoquer ici, doivent être envisagées pour les handicapés visuels et les handicapés auditifs. Il faut le dire aussi fermement que cela puisse être, une entreprise qui décide de s’ouvrir au public doit se mettre au pas et s’adapter à toutes les couches sociales.

*Bayam-Salam : commerçante, en langue locale.


Détention des manifestants à Yaoundé : le mauvais cœur des autorités judiciaires et pénitentiaires

Depuis leur arrestation les 26 et 28 janvier 2019, le leader du MRC, ses alliés politiques, ses militants et manifestants vivent un calvaire pendant leur détention. Du refus du matériel de couchage au refus de l’alimentation, ils ont chaque fois affaire à un nouveau challenge qui les met en confrontation soit avec les autorités judiciaires, soit avec le personnel pénitentiaire.

Au lendemain du jour où les avocats ont retrouvé les différents lieux de détention, les militants, sympathisants et Camerounais de tout bord se sont mobilisé. Des équipes d’assistance se sont formées : financière, matérielle, juridique…

La première assistance a été celle de la mobilisation de fonds aux prisonniers. En plus du trésorier adjoint (il faut préciser le trésorier principal fait partie des leaders incarcérés), il existe également des fundraising organisés à travers le monde et la diaspora. Mais jusqu’à aujourd’hui, la mobilisation, bien qu’existante, n’a pas encore atteint le seuil critique.


La première déconvenue est venue de l’équipe constituée pour assistance matérielle. Il faut préciser qu’en dehors de l’assistance judiciaire, la principale nécessité pour les prisonniers au Cameroun reste le matériel de couchage et l’alimentation. Les leaders du MRC l’ont très vite compris et cela reste leur principal challenge de tous les jours.

Un stock de plus d’une centaine de matelas  a été apporté pour aider les détenus à avoir un coin où dormir. Mais à peine l’opinion se félicitait de cette réussite que la nouvelle est tombée comme un couperet : quelques geôliers ont détourné certains matelas. Pourquoi ? Les raisons invoquées par les geôliers sont le fait que c’est le personnels pénitencier qui gère la distribution des dons et décident eux-mêmes à qui les octroyer. Ils invoquent la raison selon laquelle il y a des prisonniers plus nécessiteux que les autres.


L’autre challenge auquel le MRC a à faire face, c’est l’alimentation des détenus. Il a donc été convenu de livrer chaque jour deux repas : un petit-déjeuner le matin et un déjeuner dans l’après-midi. Après avoir fait cet exercice pendant quelques semaines, le régisseur de la prison central, Medjo Freddy, refuse curieusement de réceptionner le repas le 27 février non sans menacer l’équipe chargée d’acheminer les repas réservés aux détenus.

C’est ainsi durant quelques jours, ils ont été privé de leur repas jusqu’à ce que, par un coup de baguette magique, le même régisseur revienne sur ses pas. Même les sommations des avocats n’ont rien changé à la situation. Que s’est-il passé pour le régisseur change subitement ? Certains arguent que c’est sûrement le décès de son épouse survenu entre temps qui a radouci son noir cœur.

J’aimerais vous parler de détenus particuliers. Il s’agit des blessés que la police a décidé, sur ordre de je-ne-sais-qui, de jeter dans les véhicules pour les conduire à Yaoundé après les avoir sorti de force des hôpitaux où ils étaient internés pour des soins.

Le cas de Pierre Gaëtan Ngankam me semble être le plus préoccupant. Il est connu de tous les internautes à partir d’une vidéo devenue virale. Il a reçu plus d’une balle à l’arrière de la jambe gauche par un policier qui le suivait alors qu’il s’avançait sous ses ordres. La démesure et la disproportionnalité dans la réaction des policiers à Douala est à souligner ici. Comment comprendre l’utilisation des armes (à balles blanches ou à balles réelles, peu importe) face aux manifestants à mains nues ?

Enlevé de l’hôpital où il suivait ses soins le 28 janvier, il se retrouve à Yaoundé. Vous êtes sans ignorer le peu de sérieux que le services pénitenciers au Cameroun réservent aux détenus. Le militant du MRC voit chaque jour la blessure de sa jambe pourrir et ne sais pas à quel saint se vouer. Pierre Gaëtan reste sans soins jusqu’ici.


Le 12 février 2019, le collège des avocats a fait savoir, à travers un communiqué, que les détenus n’avaient droit à aucune visite, ni de leurs familles respectives, ni de leurs avocats, encore moins de leurs connaissances pour leur apporter un quelconque soutien. Le communiqué signé du vice-président du MRC, Maître Simh, faisant partie du collège d’avocats, stipule que « leurs clients actuellement détenus au Commandement Central dans les maisons de détentions du Groupement Mobile d’Intervention (GMI) de Soa, au Secrétariat d’État Défense (SED) et au Groupement Spécial d’Opérations (GSO) sont privés du droit et interdits formellement de tout accès à leur droit le plus élémentaire, celui de la visite et d’assistance de leurs avocats en violation de l’article 122 al. 3 du Code de Procédure Pénale ».

C’est fait à dessein pour préparer l’opinion de ce qui aura lieu comme procès inique. Il ne serait question de refuser aux détenus, quels qu’ils soient, de s’entretenir avec ne serait-ce que leurs avocats. Cette situation a été perçue comme un défi des autorités. Il s’agit de rendre difficile la situation du leader Maurice Kamto et des siens.


Lors de l’une des nombreuses conférences de presse tenue par le MRC à son siège à Yaoundé, le porte-parole de Maurice Kamto et des avocats, font des révélations stupéfiantes. Selon Olivier Bibou Nissack, les détenus sont soumis à des traitements corporels inhumains où les scènes étaient même filmées. Il déclare notamment que : « Pendant la phase de leur garde à vue, les militants du MRC étaient détenus de façon mixte. Lorsque les gens voulaient uriner ou alors faire des selles, on leur demandait de le faire au milieu de leurs camarades ».


Le 5 mars 2019, après de moult tractations entre le tribunal militaire et Maurice Kamto, le magistrat en charge du dossier affirme être compétent. En fait, le leader du MRC affirmait mordicus l’incompétence du tribunal militaire pour le juger, lui et ses codétenus. Maurice Kamto pense que le tribunal d’exception qu’est le tribunal militaire n’est pas réservé aux civils. Interviennent alors des échanges épiques entre les magistrats militaires et le professeur de droit Maurice Kamto lors d’un entretien. La conclusion des magistrats sera sans appel : le tribunal militaire est compétent pour les manifestants du 26 janvier. La demande de Maurice Kamto qui exigeait une décision écrite et formelle pour prendre acte de la compétence du tribunal militaire a été également rejetée.

Après avoir confirmé leur compétence, les magistrats militaires devaient également prendre une décision sur la demande de Maurice Kamto de comparaître libre, lui et ses compagnons. C’est le 7 mars 2019 que les magistrats ont rendu la décision qui rejette cette demande du leader du MRC. Est-il besoin de commenter cette décision ? Quels étaient les motifs de ce refus ? Impossible de le savoir.


Nous assistons même, pour certains détenus, à des cas d’agressions et d’arnaques de la part de certains prisonniers. Les cas particuliers de Roger Dafem (agressé le 9 mars) et de Serge Yemba (agressé le 7 mars) sont édifiants. Ils ont été, avec certains de leurs camarades, envoyés dans les cellules où se trouvent les prisonniers accusés de banditisme à main armée. Ils subissent depuis peu des harcèlements et des rackets à n’en plus finir. La rançon de 15 000 Franc CFA est exigée pour éviter le lynchage.

J’aimerais vous parler de ce cas très inquiétant qui m’a semblé douteux au départ. C’est l’empoisonnement des détenus révélé par un journaliste le 18 février dernier. Le journaliste Rémy Ngono révèle sur sa page Facebook que Mme Kamto est venue le dimanche 17 février avec le repas de son mari comme elle le fait d’habitude. Mais, ce jour-là, au moment où les gardes prisonniers apportaient le repas aux leader et ses codétenus, c’était « une nourriture qui pétillait comme des bulles de champagne et pétaradant comme un volcan en ébullition », écrit le journaliste qui met en cause l’administration de la prison centrale de Nkondengui à Yaoundé.

Sincèrement, j’ai douté de cette version au début pour la simple raison que cette pratique faisait partie du passé. Comment peut-on oser empoisonner tous les détenus du 26 et 28 janvier sous de fallacieux prétexte de « rébellion » et de « terrorisme », comment peut-on empoisonner ses propres citoyens parce qu’ils sont opposants ?

J’étais loin d’imaginer ce cynisme et cette barbarie issue de l’époque nazie. Mais c’était avant les propos très controversés du délégué au ministre de la justice à la télévision nationale CRTV.


L’ambassadeur d’Israël à Yaoundé s’est insurgé contre les propos de Dieu Momo selon lesquels les Juifs ont connu l’holocauste par « arrogance ». Il a même dit : « En Allemagne, il y avait un peuple qui était très riche, qui avait tous les leviers économiques. […] Ils étaient d’une arrogance telle que le peuple allemand se sentait un peu frustré, puis un jour est venu au pouvoir un certain Hilter qui a mis ces populations dans les chambres à gaz. » Il fait ensuite allusion au peuple Bamiléké, associé à l’opposition, qu’il compare malicieusement au peuple Juif en Israël.

Ce qui est paradoxalement malsain, c’est la tournure que prend le communiqué de René Emmanuel Sadi, ministre de la communication, réagissant à la suite du communiqué de l’ambassade d’Israël. Le ministre ne désavoue pas Jean de Dieu Momo, mais présente juste des excuses à Israël pour des propos malveillants. C’est au journaliste Boris Bertolt de conclure à la suite du communiqué du ministre : « A aucun moment le gouvernement ne dénonce les propos de Momo contre les Bamileke. Or Momo a utilisé le parallèle de l’Holocauste pour justifier l’éventualité d’un génocide Bamileke. C’est simplement effrayant ce que ces gens sont en train de faire. En français facile : au Cameroun on ne doit pas soutenir un génocide des juifs, mais on peut soutenir un génocide des Bamileke. » C’est tout dire !


Quel sens donner à la fête du travail au Cameroun ?

Le 1er mai, baptisé allègrement « journée internationale du travail » est-il considéré comme une journée de commémoration ou de festivité ? Au fait, que célèbre-t-on au Cameroun le 1er mai ? A quoi renvoie le 1er mai ? Contrairement au contexte qui a présidé la naissance de cette journée symbolisée par des luttes du mouvement ouvrier en mémoire du massacre de Haymarket Square, cette journée au Cameroun est particulièrement marquée par des réjouissances festives. Pendant que les travailleurs Américains commémorent les travailleurs et célèbrent la victoire des ouvriers de Chicago qui se soulèvent en 1884 pour revendiquer la diminution des heures de travail à une journée de huit heures, et qui a été satisfaite par ailleurs, ici au Cameroun, je cherche encore les motifs de satisfaction, d’orgueil pour lequel les travailleurs peuvent se vanter.

Commençons tout de même par le commencement. Quel est aujourd’hui le taux du chômage au Cameroun ? Un extrait d’un journal camerounais en ligne est édifiant à ce sujet :

Au-delà des chiffres réels ou imaginaires qui circulent sur le taux de  chômage au Cameroun, il convient de dire que c’est à ce niveau que réside la difficulté chez les jeunes.  Aujourd’hui, les pouvoirs publics  tiennent un langage ambigu sur le chômage. Ainsi, pour le Fonds national de l’Emploi, le taux de chômage est de 4,4%. Au niveau du chômage élargi, le FNE parle d’un taux de 6,2%. Et dans les villes de Yaoundé et Douala, l’on note respectivement les taux de 14,7% et 12,1%.  Mais selon d’autres sources, l’on parle  d’un taux de chômage élargi des jeunes  qui se situe à  13% de la population active du pays, avec des pointes de 22% à Douala et 30% à Yaoundé. Sur un taux de chômage global d’un peu plus de 14%.  Cette cacophonie des chiffes sur l’emploi cache quelque chose, elle traduit la volonté d’entuber les jeunes dont 100.000 nouveaux demandeurs d’emploi sont enregistrés chaque année, et parmi eux,  des diplômés de l’enseignement supérieur.

Il faut remarquer que les chiffres sur le chômage au Cameroun ne sont facilement unanimes. Certains en concluent que ces chiffres sont un mystère et c’est à dessein. Pour quel intérêt le gouvernement camerounais ne dévoile-t-il pas le taux réel du chômage au Cameroun ? Difficile de le savoir. Les observateurs restent donc dans la conjecture tout en étant convaincu qu’il ne reflète pas la réalité. C’était juste une parenthèse pour introduire cette chronique avec ce constat selon lequel, tout comme le taux de chômage, trouver un emploi est également un mystère. Il est bien sûr évident que c’est le même constat partout dans le monde, mais le Cameroun a ceci de particulier que le monde du travail obéit à une logique politicienne pernicieuse.

Qu’est-ce que le travail ? Pour répondre à cette question, il est mieux d’expliquer plutôt à quoi il sert et non ce qu’il est. Je convoque ici le célèbre Français Voltaire en empruntant ses mots : « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’envie, le vice et le besoin ». Cette phrase à elle seule veut tout dire. C’est le travail qui libère l’homme, lui donne sa personnalité, son indépendance. Voltaire n’a pas eu tort de le dire pour la simple raison que c’est grâce au travail que l’homme échappe à l’oisiveté, au vagabondage, au fanfaronnade. C’est grâce au travail que le travailleur s’accomplit en tant qu’homme. Il est capable, par son pouvoir financier, de fonder un foyer, de subvenir aux besoins de sa petite famille, de s’engager dans les projets de développement, de citoyenneté, et même de s’engager véritablement en politique.

Oui, c’est justement ça le hic. Le pouvoir financier, que les économistes appellent « pouvoir d’achat », a ceci de puissant et de novateur qu’il permet à l’homme de s’investir dans la conquête de son épanouissement physique et psychologique, de l’accomplissement de son bien-être en tant qu’homme jouissant de ses capacités à décider de ce qu’il veut, bref de sa liberté. C’est une donnée importante qu’il nous revient de comprendre afin de juger de la pertinence des analyses qui exhibent l’incapacité attribuée faussement à certaines personnes de s’accomplir pleinement dans la conquête de cette liberté si chère à leur épanouissement. Pour comprendre l’importance qu’il y a à accorder le travail à un peuple, il serait mieux de passer par une étude de cas que je m’en vais vous présenter. Il s’agit évidemment du Cameroun.

La seule chose, je veux dire, le seul programme que Biya a déjà parfaitement réussi jusqu’ici en 37 ans de pouvoir, pardon, de règne, c’est de rendre les Camerounais clochards, mendiants, cupides. Et que sais-je encore ? Les Camerounais sont devenus si vulnérables et facilement manipulables à souhait qu’ils tombent facilement dans les guet-apens de gain facile. C’est dans ce contexte que la tyrannie peut se déployer car elle a besoin d’une population, d’une jeunesse prise en étau par la famine. Ce n’est pas pour rien que dans chacun des meetings du tyran en chef, je veux dire les meetings du RDPC, les élites ne font l’économie de rien en ce qui concerne la bouffe. Les menus les plus prisés sont évidemment les morceaux de pain, les boîtes de sardine, les sacs de riz, les bouteilles de bière, etc. Parce qu’elles savent que les Camerounais ont faim, et par conséquent, ils seront là pour manger et non pour assister au meeting. On se pose donc la question de savoir pourquoi les élites dépensent-elles autant d’argent pour des gens qui viennent jouer aux figurants ? La réponse est simple : c’est pour montrer à l’opinion que le parti est populaire. C’est juste pour un besoin de marketing.

Pour rendre les Camerounais clochards, la méthode est toute aussi simple : faire de l’emploi un mystère. Ainsi, ceux qui n’ont pas d’emploi mettent tout ce qu’il faut pour en avoir et ceux qui en ont, font de même pour le préserver. Rendre les sans-emplois clochards et les travailleurs fragiles fait d’eux des gens dont la vie ne tient qu’à un fil. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’emploi au Cameroun est devenu une mine d’or pour la jeunesse. Ainsi, on voit bien qu’en dehors des sans-emplois réduits en clochards, les travailleurs subissent le même sort de la précarité du fait du pouvoir exorbitant donné aux employeurs, qui font d’eux leurs vaches à lait. L’offre étant supérieure à la demande, un licenciement pointe toujours à l’horizon pour vous prévenir de votre manque de loyauté, d’impartialité et de neutralité. Oui, parfois les travailleurs refusent de s’engager pour le changement à défaut de militer pour le RDPC. Ils ne peuvent donc pas s’exhiber s’ils sont militants d’un parti politique de l’opposition au risque de courroucer l’employeur prêt à les licencier pour échapper à un éventuel redressement fiscal brandi comme une épée de Damoclès. Il a tellement de pouvoir, ce patron, qu’il devient vraiment difficile de s’hasarder dans une procédure judiciaire après un licenciement abusif. La longueur des procédures, la corruption des juges par le patron véreux ont vite fait de décourager même les victimes les plus téméraires.

Dans ces conditions, comment libère-t-on un peuple aussi enchaîné ? Comment libère-t-on un peuple qui manque cruellement d’organisation, de repère, un peuple qui a besoin de changement ? Comment demander à celui qui a faim de participer à une manifestation dont l’objectif est le changement qu’il souhaite pour sa carrière et sa survie alors qu’il est à la recherche justement d’un pécule pour sa survie ? L’engagement politique étant bondé de sacrifices, un peuple ainsi pris en tenaille résistera-t-il à tout sacrifice supplémentaire ? Le militantisme et l’engagement pour le combat politique n’ont pas besoin d’un peuple affamé. Jamais. La révolution ne se fait pas par les pauvres, mais par la classe moyenne. Les chômeurs ne s’aventureront pas pour des raisons alimentaires, autant les travailleurs qui risquent leur emploi, aussi décent soit-il, ne s’aventureront pas non plus. Que c’est difficile de la conquérir, la liberté !

Maintenir les gens dans la dépendance, dans la précarité, c’est les mettre en captivité et en incapacité de s’organiser. Or un peuple qui veut se libérer a besoin d’une organisation solide et bien structurée. Un peuple à qui on a refusé tout ce qu’il lui faut comme éléments de fierté et d’orgueil comme les travailleurs de Chicago, sera toujours tenté à attendre l’arrivée d’un messie.

Biya sait très bien qu’une population qui a faim aura les difficultés pour s’organiser. Il sera difficile de dire aux gens de s’intéresser à la chose publique, de s’engager dans un parti politique pour le changement. Ce tyran satrape le sait très bien et il veuille même à rendre les compatriotes de plus en plus clochards. C’est un terrain favorable pour la perpétuation et la reproduction de son système. Comment sortir de là ? Difficile, vraiment difficile !

Ce que les travailleurs savent mieux faire le 1er mai, c’est de faire bombance. Il n’y a que ça, sinon rien. Dommage.

« Le travail et après le travail l’indépendance mon enfant, n’être à la charge de personne telle doit être la devise de votre génération » (Bernard Dadié)


Drame à Douala : la mort d’un élève enflamme la toile

Nous sommes vendredi 29 mars 2019 et c’est le jour départ en congé du deuxième trimestre pour chaque élève au Cameroun. Mais avant, il est question qu’ils se rendent dans leur établissement scolaire pour recevoir leur bulletin de notes. Contrairement aux habitudes d’un climat serein et paisible pour ce départ en congé, le lycée bilingue de Deido, situé dans le 1er arrondissement de Douala, s’illustre par un drame. Un élève rend l’âme à la suite de coups de poignard au cœur. Comme c’est souvent le cas, les Camerounais envahissent la toile pour crier leur ras-le-bol. Et les griefs sur la décrépitude de l’éducation au Cameroun font polémique.

Le week-end à Douala a été meublé par cette triste nouvelle qui vient remettre sur la table le vieux débat sur la sécurité de l’élève dans les établissements scolaires. Comment est-ce possible qu’un élève, voire un inconnu, puisse entrer dans l’enceinte d’un lycée avec une arme blanche ? Les responsabilités sont partagées et toute la chaîne éducative de l’encadrement de l’élève est clouée au piloris. Mais, avant d’en parler, je vous propose deux versions des faits qui alimentent les débats. Il est important de préciser ici que nous attendons encore la conclusion des enquêteurs de la direction régionale de la police judiciaire de Douala-Bonanjo où se trouvent les trois élèves accusés du meurtre de leur camarade.

Deux versions sur la mort d’un élève

Le nom de la victime c’est Osman Blériot Tsanou de la classe de 2nde C. Les élèves accusés sont trois aux noms de Ivan Simo (19 ans), Loic Mukuelle (18 ans) et Mohamed Bello (18 ans). Selon l’administration du lycée, deux parmi eux ont été définitivement exclus du lycée en novembre 2018 pour violence. Précisons ici que la loi interdit l’exclusion d’un élève en cours d’année scolaire. Pourquoi le conseil de discipline a-t-il décidé d’exclure deux élèves en milieu d’année scolaire ? Cela doit quand même être considéré comme des cas exceptionnels.

Première version

Il était, jusqu’avant sa mort, un élève régulièrement inscrit au lycée bilingue de Deïdo en classe de Seconde A4 Allemand. Il est donc décédé après avoir été poignardé par un de ses camarades parmi ses trois bourreaux. Que s’est-il passé ?

Lors d’une rixe entre les camarades, Osman est venu s’interposer pour empêcher le délestage d’un téléphone portable par un autre. Cette intervention va coûter la vie à Osman. L’élève qui n’a pas réussi à prendre le téléphone ira appeler le renfort pour venir régler ses comptes à Osman. Celui-ci, au cours d’une bagarre, reçoit donc des coups de poignard en plein cœur. Conduit, de toute urgence, à l’hôpital du district de Deido, situé à un jet de pierre du lycée, le jeune élève Osman rendra l’âme quelques instants après.

Deuxième version

La deuxième version est la plus rocambolesque et la plus énigmatique. Elle est la plus répandue et la plus commentée par les élèves eux-mêmes. En fait, elle est racontée surtout par les élèves considérés plus proches de la victime Osman. Bien que la version de tentative de vol du téléphone portable soit confirmée, l’on s’interroge encore sur des raisons d’une bagarre tragique. Il se raconte donc que c’est une histoire qui ne date pas de vendredi dernier, jour de l’ultime bagarre. Les copains en étaient déjà aux mains depuis plus de deux jours et cela a commencé à l’extérieur du lycée, donc au quartier. Ils s’étaient décidé de mener la vie dure à Osman. La bagarre qui a eu lieu au lycée n’était que l’épilogue d’un combat de vengeance face à Osman qui les battait à plate couture. Pour quelles raisons se bagarraient-ils depuis plus de deux jours ? Cette question reste, jusqu’ici, sans réponse. Voilà où se trouve l’énigme.

Après donc le drame de vendredi, les débats fusent de toute part pour condamner les parents, l’administration des établissements scolaires, le personnels de l’hôpital de district de Deïdo, l’Etat qui n’assume pas ses responsabilités, etc. Chacun y va de plus belle des manières pour crier sa colère pour les uns, se livrer à une tentative de compréhension de la situation pour les autres. Parcourons ensemble les avis multiples et divergents.

L’administration et les enseignants mis en cause

C’est la première envolée lyrique de la journée venant du journaliste Martin Camus Mimb, responsable d’une chaîne de radio urbaine de Douala (RSI). Pour lui, il est sans doute inimaginable qu’un tel événement se soit déroulé dans un établissement public de cette envergure sans que les pouvoirs publics s’en émeuvent. Plusieurs scandales émanant des établissements privés ont souvent conduit au lynchage des responsables de ces établissements privés. Pourquoi les établissements publics ne sont pas astreints à une surveillance stricte des autorités ? Pourquoi le personnel du lycée est épargné de sanctions suite à leur négligence ?

Certainement, ce traitement de faveur est considéré, par le journaliste, comme la source de tous les maux. Il prend l’exemple de son lycée, où il a fait ses bancs jadis dans la ville d’Edéa. A son époque, dit-il, le personnel enseignant et administratif des établissements scolaires publics étaient plus regardant en ce qui concerne la discipline et la bonne tenue de l’élève. Pourquoi cette conscience professionnelle jadis réputée dans le public n’est-elle que le domaine réservé du privé où les autorités sont de plus en plus exigeantes ? Cette négligence s’explique par le fait que l’élève du lycée n’est pas généralement au centre de toutes les attentions du personnels enseignants.

La majorité d’entre eux, qui ont choisi des piges dans les établissements privés, préfèrent y consacrer leur professionnalisme. Une négligence qui oblige d’ailleurs les parents d’élève à choisir les établissements scolaires privés pour inscrire leurs progénitures. Sur ce plan, les établissements scolaires privés confessionnels sont les plus sollicités.

Les parents impliqués dans l’éducation de l’élève

L’insécurité dans les établissements scolaires doit être imputée aux parents d’élève en premier. Pour quelle raison ? Elle est simple : l’éducation familiale doit être le premier et le dernier rempart du socle de la morale et de l’éthique. Les méthodes les plus ubuesques dans la pratique du faux sont le fait des parents eux-mêmes. Corruption, trafic des notes, dans le seul but de voir l’élève, l’enfant passer en classe supérieure. Les parents sont habités par la hantise et l’appât du diplôme. Ils veulent le diplôme, le diplôme, le diplôme. Aucun intérêt pour le développement humain, de l’homme, de l’enfant. Les enfants qui l’ont compris s’efforcent donc à fabriquer des notes et les présenter aux parents. Certains établissements scolaires exigent dorénavant la présence des parents pour leur remettre le bulletin de notes de l’élève.

Comment sont-ils ces parents qui daignent se présenter à la direction de l’établissement scolaire lorsqu’ils sont convoqués ? Pire encore, pourquoi certains choisissent leur femme de ménage pour les représenter à une réunion des parents ou à une quelconque convocation ? Ces parents d’élève sont pourtant les premiers à se livrer à des pratiques de corruption lors de l’inscription des enfants.

Les effectifs pléthoriques dans les salles de classe

L’élève inscrit est accepté au détriment de la qualité de l’enseignement. Les enseignants se retrouvent dans des salles de classe de plus de 100 élèves. La pléthorique des classes d’examen, les terminales surtout, est la plus décriée. Cette situation n’est pas favorable à la prise en charge ou la surveillance individuelle de chaque élève. Les enseignants, dans ces conditions, se trouvent donc obliger d’assurer le strict minimum. L’aspect concernant la prise en charge d’un élève jugé difficile est délaissé. La plupart du temps, les responsables se retrouvent dans l’obligation de renvoyer les cas de délinquance, malgré la restriction de la loi.

L’insécurité régnante et les pouvoir publics en cause

Comment est-il possible qu’un élève rentre dans un établissement scolaire avec une arme blanche ? On a souvent connu des cas où les stupéfiants dangereux comme des drogues circulaient dans l’enceinte de l’établissement. Les canaux insoupçonnés sont mis en cause. Si la responsabilité n’est pas portée aux vigiles, c’est souvent les commerçants, autorisés par l’administration des établissements à accéder dans l’enceinte pour la nutrition des élèves, qui est accusée.

Les pouvoirs publics sont mis en cause ici pour la simple raison qu’il devient presque impossible à une vingtaine voire une dizaine de personnels d’assurer la sécurité de presque 3 à 8000 élèves chaque jour. Pire encore, que dire des commerces de débits de boissons alcoolisées situés tout près des établissements scolaires ? C’est très souvent le regard impuissant et d’ailleurs complice des pouvoirs publics que les bars et autres snacks ont trouvé un terrain fertile dans le voisinage. Cela a eu comme conséquence que les établissements scolaires se sont transformés en far West américain où la loi du plus fort est la meilleure.

L’environnement psycho-social de l’élève et des écoles

Selon le journaliste de la RTS, radio urbain de Yaoundé, Serge Aimé Bikoï, l’infiltration facile des individus étrangers à l’intérieur de l’établissement scolaire est à questionner. Pourquoi cette facilité de s’introduire dans un milieu scolaire ? Le jour de départ des congés du deuxième trimestre est évoqué ici comme le jour de relâchement de la surveillance. Des individus qui alimentent la terreur au sein des établissements n’appartiennent pas du tout ni au corps enseignant, ni à la communauté éducative des élèves. Pour ce qui est particulièrement du cas du lycée bilingue de Deïdo à Douala, il faut signaler que l’environnement immédiat est réputé être une zone à risque pour la survie de toute communauté éducative.

Cela a toujours été le cas, depuis des lustres, comme c’est aussi le cas pour d’autres quartiers comme Bassa, New-Bell et Cité des Palmiers qui sont, dans une moindre mesure, considérés comme des ghettos. Sans risque d’exagérer comme le fait le journaliste, est-il possible de considérer ces établissements comme des jungles du fait de leur situation géographique ? C’est-à-dire, des lieux de non droits ? C’est fort possible, puisque le journaliste décrit lui-même cette situation alarmante en ces termes : « Chaque fois, ces jeunes professionnels de la délinquance urbaine usent des formes de violences physique (coups de poing, gifle, coups de griffes, autres sévices corporels, …) et morale (blâme, insulte, menace, vocifération, intimidation, frustration, minoration, etc.) et abusent de leurs pairs, en les délestant de leur dû au quotidien. »

La reproduction sociale de la violence urbaine

Les avis les plus dominants sur cette question concernant la sécurité dans les établissements scolaires sont plutôt liés à la reproduction sociale de la violence. Elle pose le postulat selon lequel la société camerounaise toute entière est en déliquescence. Et que, par conséquent, cette maladie affecte inévitablement tous les maillons de la chaîne. Les milieux éducatifs influencés par les fléaux sociaux, ne sauraient être en reste. Cet avis se retrouve particulièrement chez le journaliste-blogueur Dania Ebongue pour qui le drame du lycée Bilingue de Deïdo est juste le résultat d’une négligence totale : « Nous sommes tous responsables et coupables. »

Cet aveu d’impuissance et d’indignation s’inscrit sous un double plan :

D’une part, la violence

La violence est inscrite au cœur des comportements des Camerounais à travers la vie au quotidien. Elle se vit à la télévision à travers les débats, dans la religion à travers la négligence des bonnes mœurs qu’on peut notamment observer chez les chrétiens, et surtout dans les réseaux sociaux où la parole s’exprime dans une vulgarité sans pareille.

D’autre part, la négligence

En plus de la violence, la négligence, ou si l’on veut, la non-assistance à personne en danger est devenue une monnaie courante. Oui, il faut tout de même l’avouer, les Camerounais sont frileux de l’info à sensation, téléphones portables aidant. Il suffit d’une scène de démence d’une jeune fille qui hôte ses vêtements, d’une bagarre ensanglantée, d’un accident de circulation, etc. pour voir les gens se bousculer pour filmer afin d’avoir la primeur des images sur Facebook ou Twitter. L’essentiel ici n’est pas de sauver des vies ou protéger l’intimité des personnes, mais c’est d’être celui ou celle qui était là au moment des faits. Au lieu de parler de négligence, je parlerai plutôt de manque d’éducation citoyenne, ou mieux d’ignorance.

L’hôpital n’est pas en reste et passe à la trappe

La vidéo qui circule sur la toile montrant les médecins et les infirmiers dans une salle exiguë en train de filmer l’élève Osman en plein massage cardiaque se passe de tout commentaire.

Une critique vive a été adressée au personnel hospitalier pour comportement non professionnel : filmer le malade et son corps et partager la vidéo sans l’avis de ses parents, pratiquer le massage cardiaque pour quelqu’un qui a eu un cœur perforé au lieu de l’utilisation du défibrillateur cardiaque, pratiquer le massage cardiaque dans un lit à ressorts au lieu d’une surface plate pour éviter des rebonds, etc. De l’absence de la conscience professionnelle à l’incompétence, tout le personnel est passé à la trappe des critiques acerbes des internautes.

Peut-on engager une accusation ou une plainte contre le personnel de l’hôpital pour négligence ? « Difficile », avoue l’avocat au barreau du Cameroun, Me Kakak. Pour lui, la vidéo ne fournit pas suffisamment d’éléments nécessaires pour engager une action judiciaire et imputer à ce personnel de l’hôpital la responsabilité de la mort de l’élève pour négligence médicale.

Et la réaction du gouvernement alors ?

Le proviseur du Lycée bilingue de Deïdo étant permissionnaire, la seule autorité qui s’est manifestement prêté au jeu de questions-réponses des journalistes a jusqu’ici été le censeur de l’établissement. On pouvait lire sur le visage de Maurice Seyapdje, le désarroi et la gêne qui caractérise un homme sous le coup du choc. Curieusement, quatre jours après les faits, la ministre de l’enseignement secondaire, Nalova Lyonga, n’a daigné s’exprimer sur ce drame. Manifestement, elle se la coule douce dans son bureau feutré et sa villa douillette de Yaoundé. Qui sait ? Par contre, son collègue de la santé publique, Manaouda Malachie, a, à travers un tweet, promis des sanctions aux personnels hospitalier après avoir ordonné un conseil de discipline au sein de l’hôpital, prévu pour lundi 1er avril 2019.

Ainsi va la tyrannie.


Arrestation de Maurice Kamto et Cie : le théâtre de l’arbitraire

L’arrestation et le procès des manifestants du 26 janvier 2019 continuent de meubler la une de la presse camerounaise. Après l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 pour laquelle Maurice Kamto, président du MRC, continue de revendiquer sa victoire, après la « Marche blanche » du 26 janvier 2019 organisée dans plusieurs villes au Cameroun et à l’étranger, après l’arrestation des manifestants et du leader les 26 et 28 janvier 2019, l’actualité est meublée par les procès retentissants de Maurice Kamto et des manifestants au tribunal militaire de Yaoundé, tribunal d’exception, commis pour la circonstance depuis quelques jours déjà.

Je vous ai raconté brièvement le film de ce que le MRC appelle « Marche blanche » dans un billet. Et j’avais promis de revenir vous donner la suite de l’événement qui s’est soldé par des arrestations de certains manifestants. Plus de quatre semaines sont passées et voilà que beaucoup d’eau a coulé sous le pont. La rédaction de mon billet s’est achevé au soir du 28 janvier où la nouvelle de l’arrestation de Maurice Kamto me parvenait. Voici déjà 45 jours que le leader du MRC est incarcéré avec presque 160 manifestants à la prison central de Kondengui à Yaoundé. Au moment où je rédige ce billet, 11 manifestants ont été acquittés et 26 autres ont été inculpés.

Il faut d’ailleurs préciser que tous l’arrestation des manifestants détenus n’a pas eu lieu dans les mêmes circonstances. Il y a d’ailleurs beaucoup de curiosités que j’ai apprises durant les procès en cours et que je vous ferais découvrir incessamment. Ça sera un peu, je dirais même, trop long de relater tous les faits ici dans le cadre de cette série de billets que je m’en vais vous proposer. Mais quelques exemples suffiront pour vous montrer le caractère arbitraire de l’inculpation qui n’est pas loin d’un imbroglio théâtral. L’essentiel ici est de montrer, par des exemples illustrant l’arbitraire et la volonté des autorités camerounaises d’anéantir les forces alternatives en sapant ainsi les principes universels de la justice, de la gouvernance et de la démocratie.

Quelques rappels et contexte de l’arrestation

Au cours de la « Marche blanche » organisée le 26 janvier dans les principales villes du Cameroun, à Paris, à Berlin, à Bruxelles, à Washington DC, etc., quelques manifestants et deux des responsables du du MRC de Douala reçoivent quelques balles dans leurs jambes pour les uns et dans leurs cuisses pour les autres tirées par la police. Cette barbarie policière oblige Maurice Kamto et quelques-uns de ses alliés politiques lors de la présidentielle d’octobre 2018, notamment Christian Penda Ekoka, à prendre la route pour Douala. Arrivés dans la ville dans l’après-midi, ils sont rejoints par un autre allié, Albert Dzongang.

Le leader et ses compagnons font un tour dans les centres hospitaliers où les militants et manifestants blessés suivent des soins après la fusillade du matin. C’est après ce détour que Maurice Kamto et ses hommes reviennent dans la rue principal de l’Hôpital Général de Douala envahie par des manifestants excités où il fait une déclaration au cours de laquelle il demande à la population de ne pas baisser les bras.

Voilà pour résumer, la dernière sortie de Maurice Kamto en public le 26 janvier avant son arrestation le 28 janvier 2019. Que s’est-il passé entre-temps ? Qu’a fait Mauricie Kamto et ses partisans entre le 26 et le 28 janvier pour mériter une arrestation subite le le 28 janvier ?

Enlèvement dans un domicile privé

Maurice Kamto, après avoir rencontré les blessés et après avoir galvanisé les militants et les manifestants de la ville rebelle, n’est pas immédiatement rentré sur Yaoundé. Il a profité de cette présence à Douala pour rencontrer ses militants et discuter de l’avenir et de la suite. C’est donc le domicile d’Albert Dzongang qui servait de cadre. Au soir du 28 janvier 2019 vers 19h30 comme ça, les cancres barbouzes en tenue accompagnés d’autres en civil, débarquent subitement dans ce domicile privé situé à Ndogbong dans le 3ème arrondissement. Pour quoi y faire ? Vous vous en doutez bien !

Des supputations sur la présence policière dans un domicile privé ont finalement laissé place à la rumeur jusqu’à ce que toutes les personnes présentes ce soir-là à l’intérieur du domicile ont été embarquées tard dans la nuit pour une direction jusque-là inconnue. Les vidéos et des photos sur arrestation, je veux dire l’enlèvement et la déportation du président Kamto et de ses partisans circulaient sur la Toile.

Les rumeurs ne se sont pas arrêtées là. Beaucoup de personnes s’interrogeaient justement sur les motifs de ces arrestations. Pendant que les uns faisaient allusion aux « manifestations illégales » parce qu’elles avaient été interdites par les sous-fifres des préfectures de la tyrannie la plus vieille d’Afrique, d’autres évoquaient plutôt les motifs « d’insurrection » et de « terrorisme » pour avoir défier l’Etat sauvage et barbare et participer à la destruction des biens, notamment le sabotage des locaux des ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin. Jusqu’aujourd’hui, on se pose vainement la question de savoir comment les gens ont-il pu réussir à pénétrer dans des ambassades sécurisées.

Après l’arrestation, destination Yaoundé

Les informations de leur destination sont peu à peu connues. Aussitôt conduit manu militari à Yaoundé à bord des véhicules de fortune, Maurice Kamto, ses compagnons et tous les militants et manifestants ont été introuvables pendant plus de 48 heures après leur départ de Douala. C’est donc après quelques fouilles minutieuses des avocats commis par le parti que ces personnes ont été retrouvées nonobstant quelques obstructions des agents de la police. C’est après avoir retrouvés les personnes arrêtées que l’opinion constate que mêmes les blessés faisaient partie du convoi nocturne. En fait, des rumeurs selon lesquelles la police serait allée enlever les blessés couchés dans les centres hospitaliers circulaient dans l’opinion. Pire, la police a tiré les blessés de leur lit contre l’avis des médecins. Safoulaye !

Voici d’ailleurs un extrait de l’un des nombreux rapports du collège d’avocats dressés à cet effet qui situe exactement le contexte de l’arrestation que je vous propose de lire attentive. On se croirait dans une fiction de perlimpinpin :

Concernant le cas du professeur Maurice KAMTO et des personnes avec lesquelles il a été arrêté à Douala le 28 janvier 2019, au domicile de M. Albert DZONGANG. Au moment de leur arrestation, vers 19 h 30, le seul document que la police leur a présenté était un mandat de perquisition signé par le Procureur de la République auprès du tribunal de première instance de Douala NDOKOTI. Curieusement, ledit mandat de perquisition contient les noms des personnes suivantes : KAMTO Maurice, PENDA EKOKA Christian et Albert DZONGANG. Lorsqu’ils ont été arrêtés avec près de 80 autres personnes trouvées sur les lieux, à l’intérieur et à l’extérieur de cette maison privée, ils ont été privés de leur téléphone portable, puis emmenés, menottés à la police judiciaire du Littoral (et non au magistrat qui a signé ledit mandat de perquisition), avant d’être embarqué à minuit dans un bus qui prendra la direction de Yaoundé vers 2 heures du matin, les passagers ne pouvant se conformer à aucune fonction physique. Notez que le professeur KAMTO a voyagé menotté, occupant avec M. PENDA EKOKA, un petit siège réservé à une personne. Une fois à Yaoundé, le professeur KAMTO et ses compagnons de voyage ont été conduits au GSO (groupe d’opérations spéciales) où ils sont toujours privés de leur liberté sans que soit notifié aucun acte justifiant une garde à vue ou une détention dans un lieu tel que le GSO qui n’est pas un lieu de détention, mais une Unité de police judiciaire. Ce n’est que le 30 janvier 2019, après des recherches infructueuses et des obstructions par la police, que les avocats ainsi formés ont eu accès au professeur KAMTO ainsi qu’à un petit nombre de personnes détenues depuis le 26/01/2019.

Remarquez bien qu’ici, l’arrestation de Maurice Kamto et compagnie a été faite sur la base d’un « mandat de perquisition » et non d’un « mandat d’arrêt ». Pire encore, c’est un préfet de la ville de Yaoundé qui a signé la garde à vue des personnes arrêtées alors que l’arrestation a lieu à Douala. Cette précision a été soulignée par les avocats eux-mêmes lors de la conférence de presse.

Le saccages des ambassades comme motif de l’arrestation ?

Dans la foulée, le ministre de la communication, informe le public que le ministère des affaires étrangères a reçu en audience l’ambassadeur de la France à Yaoundé pour dresser l’état de la situation par rapport au saccage des locaux de l’ambassade du Cameroun à Paris. A la suite de Gilles Thibault, Hans-Dieter STELL, ambassadeur d’Allemagne à Yaoundé s’est également entretenu avec le ministre Lejeune Mbella Mbella. Le communiqué de René Emmanuel Sadi évoque plutôt une « convocation » tandis que certains observateurs avertis scrutant des habitudes diplomatiques camerounaises font plutôt allusion à la « visite de routine » entre l’ambassadeur de France et le ministre des affaires étrangères.

Cette actualité n’a d’ailleurs pas manqué de secouer les chaumières. L’hypothèse du saccage des locaux des deux ambassades est la plus évoquée pour justifier cette vague d’arrestation à la volée les 26 et 28 janvier. Pendant que les supputations vont bon train, le collège des avocats se bat tant bien que mal pour obtenir, de la bouche des autorités elles-mêmes, les motifs des arrestations, des chefs d’accusation.

Insurrection, rébellion, dégradation de biens publics ou classés ?

Maurice Kamto et les manifestants vont ainsi rester en détention dans le secret pendant les 15 jours de la détention provisoire (ils n’avaient pas droit aux visite, même pas à celles de leurs avocats). Les conditions de détentions restent à déplorer (nous y reviendrons dans le prochain billet). Ce n’est que le 12 février 2019 que le leader et les 160 manifestants vont être présentés au tribunal militaire de Yaoundé pour le début d’une longue série de comparution. C’est à cet occasion que les chefs d’accusation seront donc rendus public.

C’est la présidente de ce tribunal d’exception, qui rend donc public quelques ordonnances d’emprisonnement. On y retient que les chefs d’inculpation retenus sont entre autre : « insurrection, hostilités contre la patrie, rébellion, dégradation de biens publics ou classés, outrage au président de la République, réunion et manifestation, attroupement, caractère politique, destruction et complicité des mêmes faits ».

Ces chefs d’inculpation, notamment ceux concernant l’insurrection, la rébellion et la dégradation de biens publics ont été balayé d’un revers de la main par Me Alice Kom que je vous propose d’écouter dans une vidéo disponible sur les réseaux sociaux :

Après avoir situé le contexte de l’arrestation, vous venez de constater avec moi le caractère arbitraire de celle-ci. La surprise la plus patente au cours des audiences qui ont commencé depuis le 12 février 2019, c’est la présence des personnes arrêtées en pleine rue en train de vaquer à leur occupation. Ils n’étaient même pas manifestants ! Quelle barbarie ! Comment cela peut-il être possible. Que s’est-il passé, en fait ? Le film de l’arbitraire n’est pas loin de se terminer.

Cela fera l’objet d’un autre billet, mais avant, laissez-moi vous parler un peu de la vie en détention des manifestants. Après l’arrestation, le leader et ses partisans vivent des moments pénibles dans des conditions difficiles de leur détention, surtout pour le cas des blessés. Je vous livre les faits dans le prochain billet la semaine prochaine.


Que vaut un mariage avec une mineure ?

Le 14 février, jour baptisé « Saint Valentin » est considéré comme la fête des amoureux. Ou si vous voulez, le jour où deux personnes amoureuses l’une de l’autre, célèbre leur amour. Je me suis souvent amusé avec cette question stupide de savoir à quel âge peut-on être amoureux ? Pas véritablement, mais amoureux tout simplement. Plus encore, la problématique sur le mariage me semble opportune pour juger de la pertinence des sentiments amoureuses afin de le célébrer. Peut-on sceller un mariage avec une personne dont on n’est pas sûr de ce sentiment ? Le mariage est-il l’aboutissement d’un amour accompli ou confirmé ? Sinon, c’est quoi alors le mariage ?

Les trois formes de l’amour, selon la tradition grecque, philos, éros et agapè se définissent communément par le don de soi. Mais, ce qui distingue l’agapè des deux premières, c’est la réciprocité et l’équivalence du don. Autrement dit, l’amour agapè est celui dont on agit, on se sacrifie sans attendre le retour de l’ascenseur. Par cette distinction, on peut donc affirmer aisément que l’amour dont le monde entier célèbre tous les 14 février est celui qui est défini selon la tradition de l’agapè. Faire un don, je veux dire, se donner physiquement, intellectuellement, financièrement, et que sais-je encore, sans attendre de l’autre, est considéré bel et bien, au sens de l’agapè, comme de l’amour. En ce sens, ce type d’amour ne peut pas seulement exister entre deux personnes qui pourrait avoir un projet de mariage plus tard. Puisqu’une mère ou un père sont amoureux de leurs enfants et vice-versa.

Au fait, le 14 février est considéré comme la fête de l’amour, cet amour défini comme le don de soi entre deux personnes qui souhaitent partager leur vie et fonder une famille. Peut-on, jusque-là, dire que ce sentiment d’amour agapè a un âge ? A priori, non. Peu importe l’âge, au moins pour une personne qui sais déjà exprimer ses sentiments, l’amour n’a pas de frontière, dira-t-on. A 10 ou 15 ans, par exemple, une personne est capable d’avoir la volonté de se donner à fond par amour. Oui, ça existe aussi, faut pas se leurrer. Cependant, est-il possible, au-delà de l’amour, qu’une vie commune soit envisagée entre cette personne de 10 ou 15 ans avec une autre plus âgée, donc plus mature que celle-là ? La question devient plus compliquée.

Puisque l’aboutissement de l’amour est, pas forcément, un mariage, il est évidemment de considérer cette relation comme « anormale ». La consommation du mariage implique le sexe, la relation sexuelle, donc. Du coup, la question deviendrait : peut-on permettre la consommation de mariage, ou des relations sexuelles entre une personne mineure et une autre majeure ? Vous voyez alors vous-mêmes que la réponse devient évidente : c’est NON ! Dans ce cas, pourquoi certaines sociétés africaines, voire camerounaises permettent-elles ce type de mariage. Pourquoi faut-il cautionner ce qu’on pourrait même appeler le « viol d’enfants » ou le « viol de mineur » ?

Selon certaines sociétés traditionnelles, puisque c’est d’elles qu’il s’agit généralement, ce type de mariage est considéré comme une forme d’éducation, je veux dire, de socialisation. C’est-à-dire un mariage entre une mineure et un adulte qui aura pour rôle de socialiser la jeune fille mineure. Cette socialisation consiste à l’apprentissage du rôle de la femme dans l’entretien du ménage. Au lieu que ce rôle soit assuré par la mère de la fille, c’est plutôt au mari que revient ce devoir. Dans ce type de société, les filles sont même déjà prises avant, ou dans une moindre mesure, à la naissance. La famille de la fille n’avait plus intérêt à garder l’enfant pour des raisons selon lesquelles l’entretien leur coûtait assez d’argent. On exhortait donc le futur mari à prendre la jeune fille pour continuer sa socialisation.

Si l’on considère que l’intention des acteurs est bonne et que le mari s’occupe effectivement de la socialisation de la jeune fille, la question qui reste posée est celle de savoir si l’intérêt de la jeune est préservé ? Autrement dit, est-ce que toutes les filles qui sont mariées avant 18 ans, puisque c’est l’âge minimum de mariage selon Unicef, ont choisies ce style de vie ? Pourquoi leur volonté n’a jamais été prise en compte, je dirais même pourquoi la société n’a pas intérêt à connaitre la volonté de l’enfant ? Si l’on estime que la fille, à travers l’amour agapè, peut avoir la capacité du don de soi, pourquoi sa volonté n’a jamais été requise ? Pourquoi ce type de mariage empêchent les filles qui le souhaitent de continuer leurs études si tel est que le mari va assurer sa socialisation ? En fait, si l’objectif est de socialiser la fille directement dans le foyer par son mari, il devient encore évident que le mariage, pour ces sociétés, n’est pas défini comme une union entre deux amoureux. Par ricochet, les 14 février ne concerne pas alors ce type de couple ? En réalité, la raison est ailleurs.

On peut mettre ces pratiques dans le registre de l’instinct de domination masculine qui hante encore notre société. Cet instinct de domination est une pratique encore trop prégnante dans nos sociétés africaines. La preuve, selon le code de la famille au Cameroun, l’homme reste et demeure le chef de ménage. C’est lui qui assure la tutelle de la femme.

Aujourd’hui, les mentalités ont évolué. Les femmes, de plus en plus scolarisées, ne se laissent plus manipulées, je veux dire trompées. Car le mariage avait toujours été considéré comme la manifestation de force de l’homme sur la femme à travers généralement le pouvoir financier. La femme, étant sous la protection de son mari, elle avait le devoir d’être docile parce que, dit-on, aller en mariage c’est « réussir sa vie ». L’émancipation, si je peux le dire, de la femme, a complètement changé la donne au point où celle-ci n’est plus considérée comme un fait-valoir malgré la persistance de ce pouvoir chez les hommes. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle les femmes ayant un niveau d’instruction assez élevé et/ou un pouvoir financier acceptable, trouvent difficilement un homme pour le mariage.

Il ne faut pas non plus éluder la question de la pauvreté des parents de la fille. C’est d’ailleurs l’un des facteurs majeurs des mariages précoces, surtout en Afrique subsaharienne. Prendre une dot d’une fille à peine née n’est-il pas le fait avéré d’une paupérisation de sa famille ? Généralement, dans ce cas de figure, le poids de la tradition ou la culture est moins fort que celui du pouvoir financier du futur mari. La cible de celui-ci est surtout les filles des ménages pauvres. Il met en avant son pouvoir financier qui est considéré comme une garantie que la fille ne mourra jamais de faim et qu’elle est entre de « bonnes mains ». Certains esprits malins auront toujours tendance à justifier ces pratiques pour la simple raison que beaucoup de filles qui les ont vécues ont fini par réussir leur mariage malgré les difficultés qu’elles avaient endurées.

La question principale posée au début de cette démonstration reste telle quelle à savoir : que vaut le mariage avec une mineure ? La question reste toujours posée tant qu’elle ne trouvera pas de réponses adéquates. Mais en attendant, ne peut-on pas arrêter de pratiquer et de soutenir ou encourager ce type de phénomène qui ne nous honorent pas ? Mais alors, sachez-le tout de même qu’en Afrique « 12 millions de petites filles sont mariées de force chaque année. Cela représente 12 millions de filles privées de leur enfance et de leurs rêves ». C’est déjà si préoccupant et suffisamment grave pour nous restions toujours à regarder nos filles dont la destinée a été arrachée de force.

Vivement la fin du mariage précoce !


Long récit d’un week-end à Kribi, chez Cathy

Kribi est l’une des villes balnéaires du Cameroun. Au bord de l’océan Atlantique, ses plages long de plusieurs kilomètres m’ont fasciné. Je souhaite partager avec vous quelques moments forts de mon « court séjour privé » à Kribi sur l’invitation d’une charmante femme au grand cœur, Cathy.

Du vendredi 8 au lundi 11 février, l’occasion faisant le larron, le long week-end (les 11 février sont fériés au Cameroun à l’occasion de la fête nationale de la jeunesse, ndlr) a été un prétexte pour se donner quatre jours de plaisir. Cathy préparait également l’anniversaire de son fils unique, Carl. Belle opportunité donc de faire une pierre deux coups.

J’avoue que de prime abord j’ai été agréablement surpris par la logistique prévue pour l’anniversaire de Carl, son fils chéri. Je m’attendais à voir une simple, ou alors, une petite organisation pour un anniversaire, je voulais dire en bon français qu’elle a mis les petits plats dans les grands (c’est comme ça qu’on dit non ?).

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Chutes de la Lobé à Kribi. Crédit photo : Yves Tchakounte

Pour vous dire sincèrement, j’aime voyager. J’aime découvrir le pays, notre beau pays, le Cameroun. La critique qu’on adresse souvent et généralement aux Camerounais et surtout les jeunes, c’est qu’ils ne connaissent pas leur pays, même géographiquement parlant, sans entrer dans le fond de l’Histoire, comme disent les historiens. Mais, ce n’était d’ailleurs pas ma première fois d’aller à Kribi, hein. J’y était déjà en août 2018 lors de l’assemblée généralement de l’Association des Blogueurs du Cameroun (ABC) dont je suis membre.

Qu’est-ce qui m’amène à Kribi ? Ma première motivation qui suscite ma décision d’aller à Kribi c’était justement pour rencontrer Cathy. Elle, comme beaucoup d’autres d’ailleurs parmi mes amis, fait partie de la promotion de 1999 de la filière Communication et Sociologie de l’université de Douala. Donc, tout juste après celle de 1998 dont je fais partie. N’ayant jamais eu à reconduire des UV de rattrapage, il m’était impossible de la croiser. Ce qui n’était pas le cas des autres de ma génération de 1998 qui la connaissent mieux que moi, comme ma douce bien aimée Priscille. Pardonnez-moi, c’est une vieille histoire d’amour d’adolescente, oups, j’allais dire de jeunesse. Nous étions dans la vingtaine, voyons ! Difficile d’oublier cette femme-là qui a fait trembler mon cœur pour la première fois en fac. Bon, c’était une parenthèse. Je disais donc que j’avais une grande envie de connaitre cette femme potelée, grande et imposante au visage toujours si joviale. Qui est cette femme qui a réussi à créer un groupe WhatsApp d’anciens compagnons de route de la fac qui se sont perdus de vue depuis presque 20 ans ? Oui, je dis bien 20 ans, pas 20 jours.

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A l’entraînement de Carl au bord de la mer à Kribi. Crédit photo : Yves Tchakounte

Le voyage de Douala pour Kribi, 175 km environ, a été long, mais pas ennuyeux au point où je ne voyais pas le temps passé. Lorsque vous avez un objectif à atteindre, difficile de vous rendre compte des tracasseries rencontrées à l’agence de voyage Transcam. Elle est actuellement la seule agence crédible pour se rendre à Kribi dans les conditions acceptables. Difficile de vous raconter comment j’ai failli avoir le souffle coupé quant aux conditions d’accueil et de traitement des voyageurs. Que dire alors pour les conditions de voyage des passagers fragiles comme moi ? Aucune précaution, aucune mesure n’est prise pour des personnes fragiles comme les handicapés, les femmes enceintes, les personnes de troisième âges, et que sais-je encore ? Mon premier critère de jugement sur la qualité d’un service dans toutes les entreprises, pas seulement des agences de voyage, n’est pas le luxe, hein, mais ce sont des mesures prises pour le respect de ces catégories de personnes, quel que soit le prix à payer. Si les agences de prestige faisant le trajet de Douala-Yaoundé-Douala n’ont prévu aucune mesure, je dis bien aucune pour la protection des plus faibles, ce n’est pas Transcam qui le pourra. Je vous épargne donc de toutes les mésaventures que j’ai subies dans cette agence, au départ comme au retour.

Arrivé à l’agence située au quartier Yabassi à 13h30, c’est autour de 17h45 que mon bus a quitté le quai, je veux dire la chaussée, puisque l’agence manque même d’espace au point où le débarquement à Douala a lieu sur la chaussée, sur la voie publique, quoi. Nous sommes arrivés à Kribi autour de 23h30 à peu près. C’est Rigo qui a eu l’amabilité de venir me chercher à cette heure tardive de la nuit avec sa voiture. Il fait également partie de la promotion de 1999, comme Cathy. Donc, lui également, je ne l’ai jamais rencontré. Heureux également de faire sa connaissance. Les camarades de classe qui ne se connaissent pas, hihihi, ça fait rire, mais c’est vrai. Arrivé chez Cathy, la première impression que j’ai eue d’elle, femme grande, potelée, imposante, se confirmait. Un peu tendue ? Peut-être oui, parce que déjà fatiguée de m’attendre jusqu’à tard à pareille heure, mais contente et rassurée que je sois enfin arrivé. C’est l’essentiel. Dieu soit loué !

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A la fin de la messe à la paroisse saint Joseph de Kribi. Crédit photo : Yves Tchakounte

Toute la maisonnée dormait déjà. Seul bémol, impossible d’avoir une chambre d’hôtel depuis la journée de vendredi juste après mon départ de Douala. Elles étaient toutes occupées par des « étrangers » comme moi qui venaient à Kribi pour participer aux obsèques du chef Batanga décédé en début janvier avec femme et enfants dans leur voiture. Je me suis débrouillé comme un bon garçon du « poulailler » (nom donné à l’un des campus de l’Université de Douala réputé pour son isolation et son délabrement). Quels souvenir ! Première nuit sur le canapé en cuir noir de Cathy. Mais la mousse du canapé-là était bien, hein ! Il fallait avoir une pièce pour que je sois à l’aise. Malgré milles et une choses à faire à la fois toute la journée de samedi, Cathy a pu trouver un motel pour moi. Les autres nuits c’était donc dans une chambre de fortune à quelque mètre de la maison, je peux même dire à un jet de pierre. C’était des chambres de passe. Je ne vous la décris pas, c’est sans commentaires. Mais, il le fallait. Passons.

La journée de samedi a été vraiment celle des promenades. Carl avait son entraînement de karaté ou de judo, je n’en sais pas trop. Après un petit déjeuner copieux en compagnie de Philippe, le papa de Carl, le chauffeur de Cathy, humm, elle a un chauffeur, hein, attention ! Je disais donc que le chauffeur me fait faire le tour de la ville. Mais, il fallait que je fasse un tour aux entraînements de Carl pour le soutenir. Il nous avait devancé avec son papa tout juste après leur petit déjeuner. Après quelques minutes aux entraînements, qui se déroulaient de manière exceptionnelle au bord de la mer, accompagnée des jeunes venus de Yaoundé, mon chauffeur, oui, oui, le jour-là c’était mon chauffeur, si vous voulez sautez et vous calez en l’air, m’amène visiter les chutes de la Lobé. Ah les chutes de la Lobé ! La Lobé c’est un fleuve de 160 km qui prend sa cource dans le bassin du Ntem et se jette dans l’océan.

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Visite des chutes de Lobé à Kribi en pirogue. Crédit photo : Yves Tchakounte

Bon, pour vous dire vrai, c’est la première fois que j’approchais la mer de plus près. Douala n’a qu’un fleuve, le Wouri, qui est trop loin de la mer proprement dite. Par contre, l’eau des chutes vient du fleuve Lobé en provenance du village des pygmées en le logeant se jette directement dans l’océan Atlantique à Kribi. Cela m’a tellement émerveillé à tel point que j’ai sollicité aller à pirogue admirer cette chute à presque un mètre ou deux.

Oui, j’ai vu comment l’eau descendait du haut pour se jeter dans l’océan à grand coup de fracas à fendre le cœur d’un peureux. Je rappelle, à ceux qui ne le savent pas, qu’une chute est un phénomène naturel qui est définie comme la descente de l’eau d’un point haut h1 vers un point bas h0. Ce qui fait la curiosité de la chute ce n’est pas la descente de l’eau en tant que telle. C’est plutôt le fait que l’eau descend de manière intermittente depuis la nuit des temps sans arrêt et au même rythme en fonction du débit. Je dis bien sans arrêt : elle descend, descend, descend de lundi à dimanche, du 1er au 31, de janvier à décembre. N’est-ce pas merveilleux ! Quel que soit la distance entre h1 et h0, la chute attire toujours du monde par ce simple fait. La hauteur de la chute de la Lobé n’est même pas très élevée. Mais ce qui est impressionnant c’est sa largeur qui peut atteindre 90 ou 100 mètre. Si vous allez en période plein régime, entre septembre et novembre, c’est-à-dire en pleine saison de pluie, le spectacle des cascades est encore plus impressionnant.

Lorsqu’on vous la raconte ou lorsque vous voyez la chute en image photo ou vidéo, vous n’avez pas l’impression que c’est merveilleux. Mais, lorsque vous approchez la chute à bonne distance, vous vivez ou ressentez une sensation qui traverse tout votre corps. C’est ce qui m’est alors arrivé ce samedi 9 février. Comme on dit souvent : ça se vit, ça ne se raconte pas. Ça se conte même qu’il y a des « esprits » dans les chutes. C’est l’une des merveilles de Dieu, me dit-on. Moi je ne sais pas, j’entends aussi seulement, hein. C’est une chute qui fait courir beaucoup de monde venant de partout. J’ai même rencontré un ancien voisin de mon ancien quartier à New-Bell venu se faire plaisir en compagnie de sa femme et de son fils d’à peine deux mois.

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L’une des attraction de la plage à Kribi au bord de l’océan Atlantique, le statut de sable. Crédit photo : Yves Tchakounte

De retour chez Cathy, l’anniversaire de Carl se préparait avec tout le cérémonial qu’on peut imaginer. Tout cela m’impressionnait parce que je n’imaginais pas, malgré le sociologue que je suis, qu’il y avait encore des personnes qui pouvaient consacrer autant d’énergie physique et intellectuel pour un anniversaire. Oui, c’est impressionnant par ces temps difficiles. Cathy a mis vraiment le paquet et elle souhaitait avoir ses amis de la fac auprès d’elle. Fiasco ! Tout le monde a répondu au abonné absent. « Charlot, heureusement que tu étais là, tu as sauvé l’honneur », me répétait-elle. C’était un moment vraiment grandiose qu’elle offrait à son fils chéri, je veux dire son amour de fils.

Après le déjeuner de mbongo viande de bœuf et accompagné de plantains vapeur, j’avale quelques canettes de bières avant d’aller rejoindre ma nouvelle chambre que Cathy a fait des pieds et des mains pour trouver. Dieu merci. A un moment, je m’en voulais de lui faire trop de la peine avec tout ce qu’elle avait à faire à la fois et en même temps : cuisine, gâteau, braise, courses, décoration, animation, chaises, services, même imprésario, elle était à l’attaque, hihihi… Pauvre Cathy ! Mais curieusement, elle s’en est sortie de la plus belle des manières.

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L’une des attraction à Kribi, la « Guigui à gogo ». Crédit photo : Yves Tchakounte

Dimanche, jour d’anniversaire. Il faut aller à l’église, à 11h. Direction, paroisse Saint Joseph de Kribi où j’ai pouffé de rire en entendant le prêtre de séant conjurer ses ouailles d’offrir comme cadeaux du 14 février (la Saint Valentin) le pagne du 8 mars (la Journée Internationale de la femme). Timing respecté tout de même. Fin de la messe. Photos de famille et selfies à gogo. Le retour à la maison pour le show se fait en convois. A peine arrivée, Cathy se tue à la tâche. Pas de fausses notes, ici c’est sur mesure.

C’est le tour des enfants qui pouvait commencer. Il fallait les ambiancer avec des animations diverses pour les secouer un peu. Des jeux tels que le souffle des ballons à pomper (il faut souffler afin d’avoir la plus grosse boule pendant un temps précis) ; le jeu de chaise (il faut danser autour des chaises et s’assoir à l’arrêt de la musique. Le nombre de chaises étant inférieur au nombre de danseurs, le vainqueur est celui qui aura réussi à s’assoir à chaque tour d’élimination en supprimant également une chaise au fur et à mesure) ; le jeu du meilleur danseur. J’étais le jury de circonstance. Plusieurs catégories étaient représentées : enfants, filles et garçons. J’avoue que, dans leur catégorie, les garçons m’ont beaucoup émerveillé avec une chorégraphie bien exécutée. Ce qui a fait de Carl le meilleur danseur c’est que, à la différence des autres copains, il était très enthousiaste. Il était dans son assiette, comme on dit en bon français.

La dernière partie était le tour de manger. Curieusement, contrairement à ce que je pensais, les enfants sont ordonnés ici. Chacun attend son tour. Impressionnant. Après c’était le tour de la coupure du gâteau d’anniversaire. Un gros gâteau, hein ! Pas vos poussins-là que vous partez acheter dans la boulangerie des Blancs en ville. Chaque enfant a eu sa tranche de gâteau et un un quart de verre de champagne. Vous voyez vous-mêmes que Cathy n’a cessé de faire dans la dentelle ! Après, il y avait la remise des cadeaux d’anniversaire. Un moment spécial avec le cadeau spécial des parents de Carl, des amis de la fac de Cathy. Vers 18h, il fallait libérer les enfants pour leur permettre d’arriver à la maison avant la nuit.

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A table pour les canettes de bière à Kribi. Crédit photo : Yves Tchakounte

19h, c’est le tour des grands. Ah oui, il y avait deux parties dans ce show ! L’apéritif était en grandeur nature. Malgré le nombre réduit de personnes présentes, sélection sur mesure oblige, des bouteilles de whisky ont été vidées. N’écarquillez pas vos yeux comme ça, je n’ai même fini mon verre de whisky. Mon goût c’était le vin rouge et les canettes de bière. Je ne vous donne pas le nombre de bouteilles vidées. Ça ne vous regarde pas. Sachez tout simplement que le repas était copieux, excellent et bien agrémenté. Cathy n’avait pas lésiné sur les moyens.

C’est à cet instant que j’ai enfin compris pourquoi elle s’y était mise et qu’elle tenait à marquer ce moment. Avant l’ouverture du buffet, elle est revenue sur son histoire à la naissance de Carl. Son histoire avec Carl m’a émerveillé. En fait, tous les camarades de sa promotion, comme Rigo, ont vécu la naissance de Carl qui a eu lieu à un moment exceptionnel où le concours de beaucoup parmi nous a été apprécié à sa juste valeur. J’ai également compris pourquoi elle tenait à ce que ceux qui ont connu et vécu cette histoire viennent célébrer avec elle ce qu’elle appelle elle-même « le miracle ». Dix ans ce n’est pas 10 jours ! Il faut le faire !

Fatigué par le « mangement » et le « boivement », c’est Rigo qui a été mon sauveur. Il était 22h à peu près. Il m’a raccompagné dans mon logis avant de prendre la route du retour pour le chez lui. Merci encore mon grand. « Je vous verrez ».

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Un tour à la plage à Kribi pour contempler la mer. Crédit photo : Yves Tchakounte

La journée de lundi 11 février, c’était le jour d’au-revoir. Petit déjeuner copieux encore comme d’habitude, ouf ! Mon ventre ! J’étais bourré. Quatre jours de bouffe. Une petite curiosité : une boîte de lait en poudre d’un kilo qui était pleine le samedi était déjà vide le lundi. Ouais… les camerounais savent manger !!! Une autre curiosité, je suis rentré à Douala avec un gros paquet ! Je veux dire un gros cadeau ! Vous ne comprenez pas encore ? Je suis en train de vous dire que je pars à l’anniversaire où j’étais censé apporter un cadeau, c’est plutôt moi qui rentre avec un cadeau. Vous avez compris maintenant ? Vous voulez encore savoir quoi ? Que je vous dise le contenu du cadeau ? Non, pas la peine. C’est un secret que je garde pour moi.

Mais sachez tout de même que je vais retourner à Kribi. Cette fois-là ce sera pour une invitation spéciale de Cathy qui me fera l’honneur de bien visiter Kribi. Nous n’avons pas eu assez de temps pour causer. Ce n’est donc qu’une partie remise.

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Le jour du départ, la nostalgie s’installe déjà. Kribi va me manquer. Crédit photo : Yves Tchakounte

Je vous rappelle que mon voyage n’avait qu’un seul but : rencontrer et connaitre cette femme qui rassemble les gens, Cathy. Ne serait-ce que pour la facilité qu’elle a de rassembler les gens, je peux la considérer comme un leader. Pour moi, j’aime rencontrer les leaders, j’aime les côtoyer, j’aime les toucher parce qu’ils ont beaucoup de choses à m’apprendre. J’ai appris de Rigo que c’est depuis la fac qu’il a fait cette remarque selon laquelle Cathy a le don de rassembler les gens. J’ai aussi appris de la bouche de Rigo que Cathy, parmi nous, notre génération, a été l’une des premières à trouver un emploi. Là, je ne peux même pas douter. Dieu ne peut pas vous donner un don sans vous donner les moyens de l’accomplir.

Ce que j’ai encore appris chez Cathy, c’est le plaisir qu’on a quand on partage. Tous les leaders ont cette qualité : le partage, le don de soi au service du futur. Que deviendrons-nous demain ? Que voulons-nous faire de notre vie ? Les leaders sont toujours comme ça : ils veulent rassembler des gens pour parler du futur, de l’avenir, du bien-être, bref, pas seulement pour parler, mais pour agir sur le monde. Le leader n’est pas seulement un chef de parti politique, un chef d’entreprise ou un président de la république. On les trouve partout et à tous les niveaux de la vie sociale. Et Cathy en est une.

J’ai dit ma part, venez me taper.


Cameroun : chronique des « Marches blanches » du samedi 26 janvier

C’est dans son discours de vœux du 31 décembre 2018 que le leader du MRC annonce l’organisation des « Marches blanches« . En fait, les Marches blanches font partie des stratégies initiées par Maurice Kamto et son parti politique, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), avec pour objectif de s’insurger contre ce qu’ils appellent le « Hold Up ». La proclamation de la victoire de Paul Biya (71%) par le Conseil constitutionnel à l’issue du scrutin présidentiel du 7 octobre 2018 est ce qui a tout déclenché. Maurice Kamto, qui revendique la victoire, réclame le re-comptage des voix à partir des PV.

A la suite de la proclamation des Résultats le 22 octobre 2018 par Clément Atangana, le leader du MRC donne le ton en appelant à la mobilisation populaire. Pour faire plier le pouvoir de Yaoundé, plusieurs activités politiques et citoyennes ont été prévues. C’est ainsi que les Marches blanches commencent donc ce samedi 26 janvier sur toute l’étendue du territoire national et également dans la diaspora camerounais. Pour rappel, les marches blanches ne sont pas les premières activités initiées par le MRC depuis la proclamation des résultats de la présidentielle. Le parti a programmés des marches de Hold Up qui n’ont pas connu le même succès que celles-ci.

Yaoundé, Paris, Berlin, Bruxelles, Londres, Washington, et bien sûr Douala, sont des villes qui ont été les plus mouvementées et les plus médiatisées de cette première journée. Mais beaucoup d’ancre et de salive pour cette journée. Que s’est-il passé réellement ? Je vous fais ici le film de journée telle que je l’ai vécu non seulement comme observateur, mais comme acteur.

Douala donne le ton des Marches blanches

La première journée des Marches blanches commence à Yaoundé par l’occupation du carrefour mythique de la poste central aux premières heures. Les hommes en tenue semblent plus fébriles et n’hésitent pas à passer à l’intimidation à travers le jet de gaz lacrymogène. Mais, les manifestants ne vont pas s’y méprendre et feront montre de sang froid. Le climat se révèle encore plus tendu après des informations, pas du tout agréables, venues de Douala. La police y a été la plus brutale. Tout juste au début des manifestations, l’un des leaders du MRC, Célestin Njamen, qui conduisait l’un des fronts à Douala au quartier Makèpè, a été touché par balles tirées par la police à la cuisse. Au environ de 10h, les Réseaux sociaux (Whatsapp, Facebook, Twitter) sont en émoi.

A l’instant, Me Michèle Ndoki, une autre leader du MRC, à la tête d’un autre front à Akwa, informée, se met en route pour Makèpè pour s’enquérir de la situation. Au cours de la marche, elle est prise au piège et reçoit également des balles de la police à la cuisse. C’était vraiment une histoire de cuisses (?). Sur le champ, Maurice Kamto, chargé de conduire les Marches blanches à Yaoundé, change de programme. Il se rend immédiatement à Douala par voie routière sur la nationale N°3. Entre-temps, au quartier Beedi, au 5ème arrondissement où se trouve l’hôpital général, le climat reste tendu. Les deux leaders y sont conduits pour des soins. Les manifestants, ayant entendu l’arrivée de Maurice Kamto, campent aux environs.

Les réseaux sociaux s’enflamment avec les images (photos et vidéos) des deux blessés qui circulent et font le tour du monde en temps réel. D’autres vidéos circulent avec en prime un policier qui tire une balle à la jambe d’un manifestant aux mains nues et le dos tourné. Du coup, les avis sont partagés sur la Toile. Les partisans du régime de Yaoundé (les Camerounais ont créé un terme pour les désigner : les sardinards) crient à la manipulation du MRC. Pour eux, ces deux leaders n’ont pas reçus de balles, ce ne sont que des simulations pour révolter les Camerounais. Pour d’autres, ils n’ont reçu que des balles blanches. Pire encore, il y en ont qui auraient souhaité les voir touché au cœur ou à la tête.

L’ambassade du Cameroun à Paris, saccagée

Les informations venues de Douala ne laissent personne indifférent. Vers midi, Paris n’est pas en reste et fait parler d’elle. Le mouvement qui se fait appeler Brigade Anti-Sardinard (BAS) est mis en branle. En fait, la BAS est ce mouvement des Camerounais de la diaspora créé après la proclamation des résultats de la présidentielle pour protester contre la réélection frauduleuse de Paul Biya. Son objectif est de contrecarrer toutes actions des « sardinards ». Sardinards est créé à partir de la sardine. Les meeting du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) sont généralement des occasions de réjouissances où les boîtes de sardine et du pain sont offerts en présents aux manifestants. D’où ce vocable.

A la fin de la présidentielle, la BAS s’est principalement illustrée dans la traque des artistes musiciens Camerounais en Europe. Tous les artistes qui avaient accepté le cachet du RDPC lors des meetings de la présidentielle ont vu leurs concerts sabordés, notamment en France. Cette affaire de sabordement a tellement fait couler beaucoup d’ancre et de salive qu’elle s’est même un peu calmée. Curieusement, cette BAS a encore fait parler d’elle ce samedi 26 janvier. Les manifestants ont débarqué à l’ambassade du Cameroun à Paris et ont tout saccagé. Le personnel et l’ambassadeur sont en fuite, laissant les locaux aux fous-furieux. Les effigies et les photos officielles de Paul Biya vandalisées.

 Kamto arrive à Douala et lance les Marches blanches

Maurice Kamto et ses fidèles alliés et « lieutenants », Richard Penda Ekoka et Albert Dzongang, débarquent à l’hôpital général au chevet de Célestin Njamen et de Michèle Ndoki. Une visite de courtoisie et de soutien morale était nécessaire pour leur remonter le moral. Il faut préciser ici que ces deux membres du MRC représentent le leadership en termes de mobilisation sur le terrain très complexe de Douala, ville cosmopolite. Certains sources font état de ce que la police veut neutraliser ces deux leaders pour « tuer » les Marches blanches dans l’œuf. Anéantis par leurs blessures, ils n’ont même pas eu l’occasion de lancer les Marches blanches comme prévu. Tout avait basculer.

Maurice Kamto, après quelques mètres à pieds, donne sa première impression de la première journée des Marches blanches. La principale information est que le MRC ne baissera pas les bras. L’intimidation qui vient du RDPC, dit-il, ne doit jamais décourager les manifestants, les Camerounais qui ont soif du changement. Il est même allé jusqu’à répondre à l’une des reproches qui lui ont été souvent servi par ses détracteurs. En fait, il lui est souvent reproché de mettre ses enfants à l’abri en invitant les enfants des autres de venir manifester dans la rue au risque de leur vie. Sa réponse a été claire :

Que ceux qui me reproche d’envoyer les enfants des autres dans la rue laissent donc leurs enfants à la maison et viennent en tant que parents marcher avec moi, je suis aussi un parent comme eux.

Salve d’applaudissements. Les manifestants se dispersent et les rues de Beedi se calment peu à peu. Cependant, les réseaux sociaux continuent de bouger. Les images des deux blessés et d’autres continuent de circuler, les vidéos de l’ambassade de Paris polluent l’actualité toute la soirée. Pendant ce temps, les informations sur la prise de l’ambassade du Cameroun à Berlin commencent à circuler.

Le gouvernement passe au menaces

Autour de minuit, les nouvelles sur le point de presse du gouvernement surprennent plus d’un. Le ministre de la communication, René Emmanuel Sadi, est annoncé dans quelques minutes. A sa suite, le ministre de l’administration territorial, Paul Atanga Nji, fera également une annonce. Tout le monde est alors surpris par cette curieuse annonce de monsieur Sardine, pardon, Sadi, qui révèle que la police à Douala n’avait pas utilisé les armes à feu. A la suite de cette annonce, les internautes outrés ont fini par lui trouvé un nom comique « René Sardine ».

L’annonce de Paul Atanga Nji n’a pas aussi manqué de susciter le buzz. En fait, le ministre a d’ailleurs menacé de suspendre la parti MRC par qui tout est arrivé. Les manifestants, les militants et les sympathisants du MRC ont considéré cette annonce comme une blague. Atanga Nji subit le même sort que son collègue ministre et est surnommé « Atanga Bandit ». Beaucoup d’analystes ont d’ailleurs estimés que cette suspension fera plus de mal que de bien. Au lieu de calmer les esprits, elle fera plutôt augmenter la tension. Certains d’ailleurs se sont rappelé de la suspension du Consortium anglophone qui a mis de l’huile sur le feu. Aujourd’hui, les régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) vivent la guerre civile.

Les manifestants sautent sur l’ambassade à Berlin

Comme si les menaces du ministre Atanga Nji ne suffisaient pas, les Anti-Sardinards d’Allemagne passent à l’étape ultime de la journée. En fait, c’est au petit matin du 27 janvier vers 2h que les manifestants saccagent les locaux. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les esprits sont tendus et les gens se demandent même encore le pourquoi du comment de l’ampleur de ces marches blanches. La situation est presque semblable à Berlin comme cela l’a été à Paris. Les bureaux mis sens dessus-dessous, les documents éparpillés au sol, les frigos vidés de leurs contenus et les champagnes ouverts pour célébrer « la prise de Berlin ».

Les internautes s’échauffent davantage. Mile et une questions se posent chez les partisans du régime de Yaoundé qui se rendent finalement compte de la nuisance des tontinards. Le terme tontinards, à l’inverse de celui de sardinards, désigne les partisans de l’opposition et plus particulièrement des militants et sympathisants du MRC. Ce terme est un vocable issu du mot « Tontine » qui est une organisation financière traditionnelle plus répandue et développée chez les Bamilékés. Le Pr Mathias Eric Owona Nguini, politologue, qui l’a popularisé, plus connu pour ses critiques contre le MRC, est celui qui est à l’origine de ce vocable camerounais « tontinards » pour réduire le MRC au parti des Bamilékés. Parti tribal, donc. Le vocable est devenu célèbre et tous les militants et sympathisants du MRC s’en réclament.

Bruxelles, Londres et Washington échappent aux marasmes

Bruxelles

Dans l’après midi vers 14h, les nouvelles des Marches blanches arrivent de Bruxelles. Elles font état de ce que la police est en train de ceinturer la zone pour empêcher toute intrusion. Cette nouvelle arrive comme un cheveux dans la soupe. C’est comme si l’occupation de l’ambassade du Cameroun à Paris était le déclencheur. C’est juste que Paris a donné le ton et l’idée est venue de séquestrer l’ambassadeur à Bruxelles et d’envahir les locaux. Visiblement, il a eu l’écho et a vite fait d’alerter la police belge. Heureusement pour lui !

Les manifestants à Bruxelles se sont donc uniquement contentés des Marches blanches. Plus d’une centaine de Camerounais se sont alors retrouver devant l’ambassade pour un meeting qui a été très bien suivi. Partout dans les réseaux sociaux, les Sardinards jubilent pour l’héroïsme de l’ambassadeur qui a fait échouer le plan des Anti-Sardinards de Belgique. Pendant ce temps, les Anti-Sardinards de France jubilent à leur tour à l’intérieur de l’ambassade à Paris sous le regards agaçant de la police arrivée tard sur les lieu. Quelques bouteilles de champagne trouvées dans les réfrigérateurs des bureaux sont même vidées en l’honneur de la « victoire ».

Londres

A Londres, la situation est presque identique à celle de Bruxelles. La police londonienne a vite fait de venir empêcher les manifestants d’accéder dans les locaux de l’ambassade du Cameroun. La colère était presque à son comble. Des cris de ralliement se font entendre, le drapeau du Cameroun est visible partout. Au finish, on a seulement eu droit à quelques jets de pierres et d’œufs pourris sur les fenêtres de l’immeuble.

Washington

La situation est quelque peu différente à Washington DC. Cette « victoire » des tontinards ou des anti-sardinards à Paris et à Berlin, irritent les sardinards (commencez à vous familiariser avec ces vocables camerounais que j’utiliserai désormais pour désigner les partisans de l’opposition et ceux du parti au pouvoir). La peur les envahit et, tout de suite, ils décident d’assiéger l’ambassade du Cameroun à Washington DC en bloguant l’entrée principale avec un engin du génie civil. Les sardinards ne se font pas prier pour tenter d’intimider les tontinards. Cinq d’entre eux sont venus pour empêcher les casses comme à Paris et à Berlin.

Les réactions n’ont pas tardé

Trois partis politiques

La longue journée marathon de samedi 26 janvier 2019 s’est achevée donc avec cinq réactions importantes. La première est celle du parti politique SDF dont la réputation ne fait plus débat. Malgré sa perte de vitesse depuis la présidentielle au profit du nouveau poids lourd, le MRC, son secrétaire général, le sénateur Jean Tsomelou, a vite fait de condamner la barbarie policière de Douala. Au total, cinq personnes (selon le communiqué officiel du parti publié ce jour) se trouvent dans les hôpitaux pour avoir reçu des balles au pieds comme le témoignent certaines vidéos. Ce qui reste toutefois intéressant dans ce communiqué du SG, c’est la volonté affichée du parti de John Fru Ndi de mettre au côté du MRC pour les prochaines manifestations.

La deuxième réaction est celle de Me Akere Muna. Il avait retiré sa candidature à la veille du scrutin au profit justement de Maurice Kamto. Il intervient à la suite des manifestations de la journée de samedi 26 janvier en accusant le gouvernement : « Oui notre gouvernement est en train de pousser les citoyens à une véritable insurrection! ». Quant à Mme Alice Sadio, présidente du parti Alliance des Forces Progressistes (AFP), elle interpelle tout simplement le gouvernement d’éviter d’agir avec une « telle méchanceté… d’une telle barbarie ».

La société civile

La quatrième réaction vient du bâtonnier de l’ordre nationale des avocats du Cameroun. Me Charles Tchakounte Patie « dénonce et condamne tout usage disproportionné de la force publique à l’égard de la population civile ». En effet, les avocats Me André Marie Tassa, Me Emmanuel Simth et Me Alphonse Ngaliembou, militants du MRC participants aux marches blanches sont provisoirement privés de leur liberté ». Le bâtonnier, au nom du Barreau, a également fustigé la violence infligée à Me Ndoki.

 

Il y a enfin des partis politiques alliés du MRC qui ont rédigé un communiqué. Ils ont battu en brèche les affirmations du ministre René « Sardine » par ces termes :

Nous avons suivi avec beaucoup d’étonnement les déclarations de monsieur le ministre de la communication à la suite des marches pacifiques qui se sont déroulées dans différentes villes du Cameroun. Nous tenons a souligner avec fermeté que ces déclarations sont infondées et sans rapport avec les faits sur le terrain.

Et maintenant… la suite ?

Pour les ambassades mises à sac par les manifestants, les autorités ont signé deux notes de service : pour Paris et pour celle de Berlin. Chacune d’elle annonce la suspension des services dans ces ambassades jusqu’à nouvel avis.

Selon le président Maurice Kamto, les Marches blanches sont loin de s’achever. Selon lui, « la mobilisation doit continuer » pour montrer la détermination du peuple à découdre avec la cleptomanie.

Au moment où je finalise ce billet (lundi 28 janvier à 23h), les informations qui me parviennent font état de l’arrestation de Alain Fogue (à Yaoundé), Richard Penda Ekoka, de Albert Dzongang et bien sûr, de Maurice Kamto qui se trouvait, au moment de son arrestation, au domicile de ce dernier depuis son arrivée à Douala samedi 26 janvier. Rappelons que les leaders qui conduisaient les marches blanches à Yaoundé, Engelbert Lebon Datchoua, Serval Abe, Paul Eric Kingue (Directeur de campagne de Maurice Kamto à la présidentielle) sont aux arrêts depuis samedi. Pire encore, parmi les cinq manifestants blessés et hospitalisés à l’hôpital général de Douala, l’un d’eux, Célestin Njamen, a été exfiltré par la police malgré l’opposition du médecin. Tous sont conduits à la police judiciaire de Douala en, certainement, de Yaoundé.

Au vue de ces dernières informations, les données ont certainement changé.

D’ici là, je vous reviendrai à coup sûr.


Pourquoi la voix du peuple camerounais n’a jamais porté à l’ONU ?

Depuis le dernier discours de Um Nyobe à l’ONU le 17 décembre 1952, le cri du peuple camerounais n’a jamais été entendu en si haut lieu. En fait, l’ONU a toujours comme interlocuteur, après l’indépendance du Cameroun francophone, des personnes officiellement constituées. Pourtant, les voix alternatives, compte tenue de la situation de crise vécue par le Cameroun durant la période d’indépendance, n’étaient pas entendues. Un black-out depuis 1952 et qui vient de voir son dénouement lors du Conseil de Sécurité de l’ONU du 13 décembre 2018.

Que s’est-il passé pour que, en dehors des présidents de la république (Ahidjo et Biya), les voix alternatives soient mises hors-jeu à l’ONU ? Pourquoi l’ONU ouvre-t-elle le dossier du Cameroun en 2018 ? La particularité du Cameroun, compte tenue de son statut, pays sous le double mandat de la France et de l’Angleterre, ne donnait évidemment pas le droit à l’ONU de laisser ces deux puissances coloniales lui damner le pion. S’est-elle réveillée enfin pour reprendre son autorité ? Pour mieux comprendre la rupture et le retour de l’ONU sur la situation du Cameroun, voici une analyse synthétique qui donne, avec détails, les éléments de compréhension de la situation. Le texte est de l’écrivain Camerounais Patrice Naganag (la titraille est de moi).

 

La rupture avec l’ONU

Le Cameroun est donc retourné en décembre 2018, au Conseil de Sécurité de l’ONU. 1959-2018, ça a pris soixante ans. C’est l’évolution d’une situation extraordinaire que les politistes vont analyser à leur manière, mais ils n’auront pas la perspective qui est celle du peuple camerounais, car la voici : le Cameroun a cessé d’être une colonie en 1919, et est passé sous mandat de la SDN, et puis sous tutelle de l’ONU qui l’a confie d’une part à la France, et d’autre part à l’Angleterre.

La partie française, le Cameroun oriental, a été dirigée par la France avec ses autres colonies, et la partie anglaise a été de même dirigée par l’Angleterre avec ses autres colonies, dont le Nigeria. Quant à la partie française, elle est devenue indépendante le 1er janvier 1960 et a pris pour nom la « république du Cameroun ». La partie anglophone cependant, et c’est là où le problème anglophone commence, n’est pas devenue indépendante formellement comme la partie francophone. La différence de traitement est déjà là, et celle-ci s’est empirée quand, n’étant pas devenue indépendante formellement, elle s’est réunifie avec la partie francophone en l’absence totale de l’ONU qui en avait pourtant la tutelle !

La Conférence de Foumban s’est ainsi faite en l’absence de l’ONU, eh oui ! Deux hiatus qui sont essentiels pour comprendre la Deuxième Guerre civile camerounaise (La première guerre civile au Cameroun a eu lieu pendant la guerre de libération menée par les nationalistes, ndlr). Et qui déjà, pour la partie francophone, avaient pour conséquence, le fait que toutes les forces nationales et nationalistes du Cameroun ne soient jamais allées en France porter leurs revendications, ou en Angleterre pour les Anglophones, mais plutôt a New York, a l’ONU : le plus célèbre étant évidemment Ruben Um Nyobe, dont les voyages a l’ONU en 1952, et en 1955, aura été épique.

La manipulation de la France

La politique officielle de la France, pays qui en 1940 avec de Gaulle, avait fait du territoire sous sa tutelle qu’était alors le Cameroun français, une colonie de fait, sa position aura toujours été de rendre le retour du Cameroun a l’ONU impossible. Sinon, de choisir des gens qui parleraient pour elle : ces gens, c’étaient Okala, Daniel Kemajou, Ahidjo, etc. Jusqu’en 1960, il était encore possible d’écouter des voix alternatives, des voix non-officielles, la voix du peuple camerounais donc, à l’ONU. D’où les voyages des émissaires de l’UPC, et donc de Um Nyobe, mais après 1960, la république du Cameroun ayant été indépendante, cela n’était plus possible.

Seul Ahidjo devenait ainsi le représentant du Cameroun, le porte-voix du Cameroun, et cela jusqu’au discours de Biya en 2017 où, a la tribune de l’ONU, il se disait « mendiant de la paix« . De 1960 a 2017 donc, le Cameroun a eu un seul porte-voix a l’ONU – le président de la république du Cameroun, Ahidjo, et puis Paul Biya. La politique d’empêchement des voix alternatives, de la voix du peuple camerounais, instituée par la France jusqu’en 1960, a cependant continué. Et ainsi, le gouvernement camerounais aura toujours tout fait pour rendre une résolution de l’ONU sur le Cameroun, et spécifiquement sur la crise anglophone, impossible.

La dernière tentative aura été une mission expresse du Minrex (Ministère des relations extérieures, ndlr), après la session du Congres américain de 2017, mission dont le but a l’ONU était spécifiquement de rendre une résolution de l’ONU impossible. Politique de lobbying du gouvernement camerounais donc, qui, dans les faits rendait le travail des Anglophones impossible, eux qui se sont joints en 1961 à un Etat francophone – la République du Cameroun – déjà indépendant. Manière de dire que comme peuple ils étaient plutôt piégés dans un Etat constitué !

Le retour grâce à la crise anglophone

Voila les deux données qui ont changé avec l’ouverture au Conseil de Sécurité du dossier du Cameroun (le 13 décembre 2018) – « pays qui produit le plus de réfugies aujourd’hui en Afrique! » y entend-on. Mais l’arrivée du Cameroun au Conseil de Sécurité aura été précédée par l’arrivée de l’ONU au Cameroun, et celle-ci aura été laborieuse, sinon secrète. En juin, je rencontrais encore a New York une dame – je préfère encore taire son nom -, de qui les hasards de mon arrestation m’avait rapprochée, que l’ONU avait taskee sur le Cameroun, avec mandat de deux ans, pour y constituer un dossier conséquent, dossier dont voici sans doute la conséquence.

Elle me disait alors qu’elle ne pouvait pas travailler ouvertement parce que c’est encore au gouvernement camerounais de demander l’intervention de l’ONU, le Cameroun étant indépendant. Et Biya évidemment ne le voulait pas, se plaçant plutôt comme victime d’une agression des populations anglophones – des populations camerounaises donc -, qu’il disait « terroristes ». Ce que le gouvernement camerounais n’avait et n’a cependant pas encore compris est qu’un Etat qui commet des crimes de guerre, qu’un Etat qui commet un génocide, perd automatiquement sa souveraineté, car la protection des peuples est au-dessus de la souveraineté des Etats. Il en est ainsi de tous les pays, et l’ONU a un devoir d’ingérence dans ces cas-la : pour protéger les peuples. C’est pourquoi d’ailleurs elle a été créé en 1949 ! C’est ça son mandat impératif !

Le Conseil de Sécurité en tablant sur le dossier du Cameroun, malgré la double disposition du gouvernement camerounais, politique et de lobbying que j’ai mentionne plus haut, le signifie. Mais ce qu’il reconstitue aussi, c’est le cercle interrompu avec le peuple camerounais, cercle interrompu depuis exactement 1919, avec le départ des Allemands. C’est ici en effet que l’absence de la France lors de la session du Conseil de Sécurité du 13 décembre 2018 devient significative : car c’est elle, la France donc, qui dès 1940 avait mis en oeuvre la politique d’empêchement de la voix du peuple camerounais a l’ONU qui de facto frappait les Anglophones comme peuple depuis 1961. Et c’est elle qui toujours a porté a l’ONU la voix des Etats francophones.

L’Angleterre a pris sa place comme on voit, membre du même Conseil de Sécurité qu’elle est, elle aussi, elle qui d’ailleurs, a libéré la France coloniale de l’Allemagne en 1940. Le cercle se referme.

Une page de l’histoire de notre peuple a été tournée.

Patrice Nganang, écrivain.


Retrait de la CAN 2019 au Cameroun : les raisons de l’échec

La sentence est tombée vendredi 30 novembre. Le Cameroun ne sera pas le pays organisateur de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019. Cette décision a été prise par le comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF), réuni à Accra au Ghana.

Le Cameroun n’a pas tenu son pari… Contrairement aux promesses du président de la République, faites au peuple camerounais dans un discours pompeux, le 10 août 2017, où il affirmait mordicus que « le Cameroun sera prêt le jour dit ». Seize mois après, qu’est-ce qui s’est passé pour que l’organisation de la CAN 2019 soit retirée au pays de Roger Milla ? Cette situation est vécue à Yaoundé comme un échec. Toute honte bue, le gouvernement, par la voix de son porte-parole, n’a pas caché sa déception et crie à « l’injustice ».

Les supputations ont circulé, et continuent de circuler, tant sur les réseaux sociaux que sur les médias pour comprendre ce qui s’est réellement passé pour que le Cameroun se retrouve humilié par la CAF. La plupart d’observateurs orientent leurs analyses sur les origines du retrait de l’organisation de cette compétition africaine. Il existe plusieurs tendances pour expliquer cette déculottée. Pour des raisons de commodité, je vous livre ici quatre analyses. Elles sont tirées sur le volet parmi des centaines qui circulent sur Facebook et publiées par des personnes bien connues du public camerounais. Chacune d’elle explique exactement d’où est venue la faille.

Les 4 raisons du retrait de l’organisation de la CAN 2019

1ère raison de l’échec : l’insécurité (Par Serge Aimé Bikoi)

La première raison de l’échec est d’ordre sécuritaire et c’est l’argument présenté par Serge Aimé Bikoï, journaliste à RTS (Radio Télision Siantou). La RTS c’est une chaîne urbaine émettant à Yaoundé et ses environs. Le journaliste fait un double diagnostic, non seulement sur l’insécurité qui règne au Cameroun, mais aussi sur les insuffisance au niveau des délais de livraison des stades en pleine construction :

En passant donc au crible de la raison pratique l’échec du Cameroun à l’organisation de la Can 2019, bien de déterminants socio-politique, infrastructurel, urbain et écotouristique sont déclinés pour tenter, sans coup férir, de décrypter la mauvaise passe du pays de Samuel Eto’o Fils. Au rang des invariants socio-politiques, figure la crise sécuritaire qui ébranle, depuis des années, trois régions camerounaises, en l’occurrence l’Extrême-Nord, le Sud-Ouest et le Nord-Ouest. Le bilan de la crise socio-politique contemporaine, en termes d’incidences humaine, matérielle et financière, est si éloquent qu’un émissaire du congrès américain a saisi la balle au bond, ces derniers jours, pour requérir, auprès de la Fifa (Fédération internationale de football association), le retrait de la CAN au Cameroun. Cette pression des États-Unis sur la Fifa était, d’ailleurs, un signe avant-coureur et un déterminant prémonitoire à la sentence qui est, in extremis, connue de tous le jour de la commémoration de l’an 29 de la mort de l’ancien premier Président de la République du Cameroun.

2ème raison de l’échec : l’insuffisance d’infrastructures (Par Serge Aimé Bikoi)

Au-delà de la variable socio-politique, il y a le déterminant infrastructurel appréhendé comme le facteur à prendre aussi en considération sur le terrain explicatif du retrait de la CAN au Cameroun. Jusqu’ici, les stades, dont la façade est tout de même visible, ne sont pas encore achevés. A cette incurie se subordonne le déficit d’établissements hôteliers susceptibles de transcender la démographie croissante des touristes étrangers des 24 pays devant participer à cette grande messe du football africain. Aussi faut-il noter, en termes d’imperfections infrastructurelles, le manque criard de routes et d’autoroutes, voies de communications capables de relier les masses populaires locales et étrangères dans différents stades des villes camerounaises. De plus, il est impossible de ne pas constater l’absence des plateaux techniques en bonne et due forme des hôpitaux publics de référence et le giron de la voirie urbaine, qui reste et demeure moins embelli au plan touristico-urbain.

3ème raison de l’échec : la revanche d’Ahmad (Par Mathias Eric Owona Nguini)

L’échec lié au complot de la CAF contre le Cameroun est défendu par le professeur Mathias Eric Owona Nguini. C’est un socio-politologue, enseignant à l’université de Yaoundé II. Selon lui, cette thèse de complot était visible depuis bien longtemps :

La véhémence du leader de la CAF contre l’organisation camerounaise de la CAN 2019 était clairement motivée par deux raisons structurantes : le désir de revanche contre le pays du grand Issa Hayatou dont le comité exécutif lui retira la CAN Juniors et le souci de ménager ses puissants alliés nord-africains et d’Afrique australe en leur permettant de reprendre la main pour l’organisation de la CAN 2019 au détriment du Cameroun.

Malgré les propos lénifiants du président de la CAF lors de son voyage express au Cameroun en compagnie de la star Samuel Eto’o pour une audience avec le président Paul Biya, je n’ai jamais eu confiance au patron du football continental africain. Le jeu de lobbying de l’Afrique du nord et de l’Afrique australe était trop fort. Il est évident que malgré ses retards organisationnels et leurs raisons (luttes d’influence entre coteries administratives, guerres entre lobbies d’affaire, campagnes anti-patriotiques d’intoxication des milieux anti-régimes, lenteurs administratives), le Cameroun allait parvenir tant bien que mal à mettre en place sa CAN.

C’était sans compter sur les « combinaisons » politico-footballistiques confédérales recomposées avec le nouvel actionnariat dominant de pouvoir au sein de la CAF, dominées particulièrement par le souci de faire plaisir au grand parrain marocain frustré d’avoir été battu pour la Coupe du Monde 2026. Conscient des gros efforts du Cameroun, Ahmad et le Comité Exécutif de la CAF, ont usé de l’art de Salomon. Après avoir humilié le Cameroun en le décalant de 2019 à 2021, ils ont donné des gages pour que ce pays prenne le tour de la Côte d’Ivoire qui serait renvoyé en 2023. Le Cameroun semble quand même devoir avoir sa CAN au prix de quelques humiliations qu’il lavera sur le terrain en 2019 s’il se qualifie. Dans ce cas, en 2021, ce sera la 7ème étoile. Qui a dit que le football n’est pas politique ?

4ème raison de l’échec : l’irresponsabilité de Paul Biya (Par Jean-Bruno Tagne)

Le président de la République Paul Biya est considéré comme le principal responsable et doit s’en prendre qu’à lui-même. C’est ce que dit Jean Bruno Tagne, journaliste en service à Canal 2 International, dont le siège se trouve à Douala. Journaliste et présentateur dans cette chaîne, il officie également en tant que directeur général adjoint. Voici en substance son analyse après le retrait :

J’en vois qui s’en prennent à bras raccourcis aux ministres et autres collaborateurs du président de la République comme responsables du retrait de l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun par la CAF. « Le Cameroun sera prêt le jour dit. J’en prends l’engagement », avait déclaré Paul Biya devant ses hôtes en extase au palais de l’Unité à Yaoundé.

Comment peut-on prendre un tel engagement urbi et orbi et ne jamais se donner la peine ne serait-ce qu’une seule fois de visiter les chantiers pour s’assurer que les choses vont dans le sens souhaité ? Même pas une petite visite au stade d’Olembe à quelque pas du palais d’Etoudi. Stade du reste baptisé du nom de Paul Biya avant même d’être construit ! Qu’on ne me dise surtout pas que ce n’est pas le rôle du chef de l’État. D’autres le font et ça marche.

Paul Biya est coupable, comme pour d’autres choses, de s’être contenté des rapports, de n’avoir pas du haut de sa fonction donné un coup pied à la bureaucratie qui a freiné considérablement les travaux et surtout d’avoir fermé les yeux devant des gens qui avaient décidé de faire de cette CAN la plus grosse vache à lait de leur vie. Et ce ne sont pas les alertes qui ont manqué.

Vouloir, maintenant que l’échec est consommé et que le Cameroun est humilié, se défausser – comme toujours – sur les collaborateurs ou pointer une pseudo « mafia » qu’il y aurait à la CAF relève de la pure diversion. C’est même de l’irresponsabilité.

Les Camerounais n’ont pas élus des ministres mais bien un chef de l’État qui doit prendre ses responsabilités. Do your homework sir.

Et maintenant, quelles sont les conséquences du retrait de la CAN 2019 ?

Pour le moment, personne ne sait ce qui va se passer. Le président Biya possède encore les manettes pour donner le ton pour la suite. Quelques hypothèses sont cependant scrutées par des uns et des autres pour envisager l’avenir. Que va-t-il se passer maintenant ?

Le remaniement ?

La première conséquence de ce retrait est punitive. En fait, la plupart des Camerounais pensent que l’occasion est venue pour le président de la République de passer très vite au remaniement de son gouvernement, qu’il tarde à faire depuis sa réélection le 7 octobre et sa prestation de serment le 6 novembre 2018. Paul Biya a toujours cette manie d’être maître du temps, de contrôler le calendrier politique sans laisser apparaître la moindre trace des ses actes futurs. Va-t-il dérober à la tradition en procédant au remaniement tant souhaité et qui marquera le début des sanctions à venir ?

La prison ?

Il ne faudra pas seulement s’arrêter aux sanctions avec un remaniement. Le remaniement ministériel tant souhaité entraînera probablement certains responsables de l’échec vers une poursuite judiciaire pour détournement de deniers publics. Dans ce cas, la 2ème raison de l’échec (l’insuffisance d’infrastructures) serait alors la plus probable. Une poursuite judiciaire des responsables impliqués dans la construction des infrastructures de la CAN 2019 sera donc une preuve que les chantiers n’ont pas avancés pour des raisons de mauvaise gouvernance. Et la responsabilité du président de la République serait également impliquée (4ème raison).

D’ailleurs, quelques Une des journaux de lundi 3 novembre annonçait déjà des responsables impliqués dans l’échec : Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence de la République, et Ismaël Bidoung Mpwatt, le ministre des sports et de l’éducation physique, et bien d’autres.

Le TAS ?

D’autres pensent encore que la bataille n’est pas perdue et qu’il faudra passer à la phase juridique par un recours au Tribunal Arbitral du Sport (TAS). La première personne à l’exiger c’est bien Abdouramane Hamadou qui déclare, sur sa page Facebook, que le Cameroun a la « possibilité de faire reculer la CAF ». Abdouramane Hamadou Babba est président d’une équipe de foot « Etoile Filante de Garoua ». Il est très connu par le public camerounais pour avoir affronté l’équipe dirigeante de la Fecafoot (Fédération Camerounaise de Footbal) pendant deux ans, qui avait été élu illégalement. Il a finalement eu gain de cause et le TAS a débouté le président de la Fecafoot Tombi A Roko.

Le même Abdouramane compte renouveler l’expérience en envisageant une plainte contre la CAF au TAS. Une plainte au niveau du TAS signifierait alors la confirmation de la 3ème raison comme hypothèse de l’échec. La question ici n’est pas de savoir si la CAF a raison ou non, mais c’est celle de savoir si effectivement le Cameroun est prêt a accueillir cette CAN en juin 2019 si jamais la CAF la lui accordait ? Cette question est d’autant plus importante que la sortie du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, bien que parlant d’injustice, sonne comme un aveux en demandant au « peuple camerounais de garder toute sa sérénité ».


Les Beti sont-ils menacés comme « Essingan » veut nous le faire croire ?*

Dans son numéro 138 du 19 novembre 2018, le bi-hebdomadaire camerounais « Essingan » met à sa Une un titre ronflant et fort évocateur : « Assassinat et attaques ciblées contre les Beti ». Beti ici désignant un groupe Ethnique plus large donc les régions du Centre (où se trouve Yaoundé la capitale), du Sud (région d’origine du président Paul Biya), et de l’Est, sont les territoires. Ce groupe ethnique est confrontée à des joutes tribales où les originaires de ces régions sont accusés, à tort ou à raison, de conserver le pouvoir politique au détriment des autres groupes ethniques du pays. Ainsi, les journaux, acquis à la cause beti, profitent de certaines pour manipuler l’opinion pour se donner une bonne conscience dans la victimisation, puisque le contexte s’y prête.

*Serge Aimé Bikoï, journaliste camerounais, nous livre ici une analyse de contenu de la Une du journal, du titre de l’article en question rédigé par Leger Ntiga, et de l’article proprement dit.

Analyse du contenu manifeste et latent du titre à la grande Une du journal « Essingan » de ce lundi, 19 novembre 2018, numéro 138

Dimanche, 18 novembre 2018, il y a eu des joutes engagées et passionnées sur le titre à la grande Une du bi-hebdomadaire « Essingan » paru avant le jour-j à la faveur des atouts marketistes liés à la capacité de conquête du lectorat. Bien d’internautes, sur la toile, ont épinglé et invectivé le Directeur de la publication de ce journal. D’autres, sans lire le contenu, ont battu en brèche la titraille, dont la coloration et la connotation sont, a priori, ethnocentristes.

Des lecteurs ont entrepris, au premier abord, de battre en brèche ce titre formulé comme suit :

« Ré-élection de Paul Biya. 
Assassinat et attaques ciblées contre des Beti
Des journalistes, artistes et le porte-parole de l’archevêque de Yaoundé parmi les victimes »

En contre-bas de ce titre figurent trois images des hommes publics victimes, ces derniers jours, des cas d’agressions à mains armées, en l’occurrence Ernest Obama, Avenir Ava, de regrettée mémoire, et l’abbé Félix Désiré Amougou. Dans le journal en page 3, l’article est rédigé par Léger Ntiga. La première curiosité, dans l’analyse du contenu manifeste de cet article que nous faisons, c’est qu’il y a un distinguo entre le titre qui paraît à la grande Une et celui observé en page 3. En effet, le titre paru à la grande Une mentionne :

« Ré-élection de Paul Biya 
Assassinat et attaques ciblées contre des Beti »

Par contre, le titre répertorié en page 3 est :

« Criminalité. Assassinat d’Avenir Ava et tenative (au lieu de tentative) d’assassinat contre l’abbé Félix Désiré Amougou »

Quiconque a lu le journal « Essingan » de ce lundi, 19 novembre 2018 se rend compte, en page 3, qu’il y a tromperie sur la marchandise. Et pour cause l’auteur de l’article a usé d’une tactique, d’une feinte, mieux d’une stratégie pour muter la titraille. Des théoriciens et praticiens des Sciences de l’information et de la communication viendront, sans doute, faire, ex-cathedra, un cours sur les titres en journalisme. Mais le fait est sacré, voire sacralisé et les commentaires sont libres. En substance, quiconque ayant lu ce journal constate que deux invariants ont changé dans l’architecture de la titraille.

  1. A la grande Une, tout lecteur voit : « Ré-élection de Paul Biya« . Or, à l’intérieur du journal, en page 3, le titre de l’article concerné est « Criminalité« .
  2. A la grande Une, en contre-bas du titre mentionné supra, figure ce groupe de mots : « Assassinat et attaques ciblées contre des Beti. Des journalistes, artistes et le porte-parole de l’archevêque de Yaoundé parmi les victimes« . En page 3, a contrario, il est lu : « Assassinat d’Avenir Ava et tentative d’assassinat contre l’abbé Félix Désiré Amougou« .

Ntiga a, bel et bien, muté cette titraille

Au regard de ces deux invariants du contenu manifeste de l’article et, a fortiori, du titre, chacun(e) constate que l’auteur a altéré la titraille de la grande Une dans le contenu du journal pour la simple raison que « Ré-élection de Paul Biya » remplace « Criminalité » et « Assassinat et attaques ciblées contre des Beti » se substitue à « Assassinat d’Avenir Ava et tentative d’assassinat contre l’abbé Félix Désiré Amougou« . Il s’agit, ici, d’un jeu éditorial, certes, saupoudré d’une subtilité dans le marketing du bi-hebdomadaire « Essingan », qui est en posture de faire vendre le titre à la grande Une alors qu’à l’intérieur, Ntiga a, bel et bien, muté cette titraille. Mais, ce jeu éditorial est pourvu, parlons peu parlons vrai, d’un écueil épistémologique lié à la dangerosité de la titraille de la grande Une.

C’est, d’ailleurs, à ce giron qu’il est impérieux de décrypter alors le contenu latent de cet article ou, du moins, de la titraille, qui est, a priori et a posteriori, empreint d’un péril lié à la provocation diligentée contre un groupe culturel. En parlant des attaques ciblées contre des « Beti », il y a, en toile de fond, une guéguerre, voire une guerre symbolique entre deux groupes culturels, lesquels s’affrontent, depuis ces derniers mois, autant sur les réseaux sociaux que dans l’espace public. Des escarmouches, des quolibets, des sarcasmes, des stéréotypes et des clichés sont collés à tel ou à tel. En traitant des attaques contre les Beti, personne n’imagine pas ce que l’Homme populaire peut nourrir, en terme d’acrimonie et d’animosité, à l’égard du Beti ou de toute autre communauté culturelle. C’est périlleux, insidieux et creux. Faisons attention aux mots dont nous nous servons au quotidien tant ils sont constitués d’une charge symbolique éloquente !

Attaques ciblées contre des Beti ?

En réalité, il faut choisir : soit vous parlez, comme annoncé au niveau de la titraille de la grande Une, des assassinats et attaques ciblées contre Beti, et vous le démontrez clairement, ce que nous n’avons guère vu (d’ailleurs, cette titraille a été modifiée à l’intérieur), soit a contrario, vous décidez de parler, spécifiquement, de la criminalité tel qu’annoncé à la titraille de l’article en page 3. Sur ces entrefaites, vous êtes, sans conteste, sur une ligne crédible et inattaquable puisque nous vivons, ces derniers jours, le phénomène ambiant de la résurgence de l’insécurité urbaine. D’aucuns, en se référant à la figure de style de l’hyperbole, parleront, sans coup férir, de la recrudescence de l’insécurité dans les grandes villes camerounaises, telles que Douala et Yaoundé.

D’ailleurs, l’auteur a mentionné, dans l’article, deux cas d’incendie survenus le samedi, 17 novembre 2018 dans la capitale économique, et dont les fabriques « Biopharma » et « Panzani » ont fait les frais. Mais, ce que je récuse, c’est le fait, pour Léger, d’avoir qualifié ces incendies de « suspects ». Toute chose qui est un jugement de valeur. Alors, une enquête a-t-elle été menée par l’auteur de l’article ou par la police qui a abouti à la constatation, mieux à la qualification de ces incendies de « suspects » ? L’auteur n’y a pas répondu. Peut-être y répondra-t-il dans les prochaines heures. En plus, en parlant des attaques ciblées contre des Beti, les propriétaires de ces succursales sont-ils Beti comme Ava (décédé dimanche, 18 novembre 2018), comme Amougou, comme Obama, K-Tino ou même comme Coco Argentée ?

Qui est même Beti ? Qui se réclame d’être Beti au Cameroun ? Parlez-vous de l’ethnie, de la tribu, du clan, de la généalogie, de l’agrégat ? Parlez-vous de la tribalité, du tribalisme, de l’ethnocentrisme, du mono-fascisme mono Ndjanaien ou de l’ethno-fascisme pokamien ? Parlez-vous des Beti au sens de Philippe Laburthe-Tolra, de Séverin Cécile Abega ou de Luc Mebenga Tamba ? De quel Beti Parlez-vous? Antoine Socpa, Paul Abouna, Mbonji Edjenguelle, etc.qui sont, tous les trois aussi Anthropologues, parleront de quoi lorsque des Hommes de médias manipulent, voire instrumentalisent le mot « Beti » à tort et à travers ? Sachons vraiment ce que parler veut dire pour reprendre Pierre Bourdieu, Sociologue constructiviste ! Cessez d’utiliser, de manière alambiquée et biaisée, le mot « Beti ».

Eviter de manipuler ce type de terminologie

Par ailleurs, j’appréhende, dans le contenu manifeste de cet article, la récurrence du mot « assassinat » corrélé à « tentative d’assassinat ». Dans la galaxie de la Sociologie de la déviance et de la criminalité, il faut éviter de manipuler ce type de terminologie sans avoir les indicateurs qualitatif et quantitatif qui y sont inférés. Sachez-le ! Il y a un distinguo entre le crime, l’assassinat, le meurtre, l’agression, le viol et le braquage. Actuellement, seules les enquêtes de la police ou des forces de maintien de l’ordre peuvent nous permettre de qualifier ce dont ont été victimes Ernest Obama, Félix désiré Amougou et Avenir Ava.

Dans l’imagerie populaire, le bas-peuple a tôt fait de parler de « braquage à mains armées » ou encore « d’agression à mains armées ». D’autres comme l’auteur de l’article concluent à la thèse de l’assassinat de Avenir Ava et de la tentative d’assassinat de l’abbé Amougou. Alors, des investigations ont-elles été faites pour qualifier les déviances ou les frasques vécues par ces hommes publics de « tentative d’assassinat » ou « d’assassinat » ? L’Homme de sciences, à ce giron, reste et demeure minutieux et n’utilise pas, à tort et à travers, ces mots. Le braquage n’est pas le crime ; le crime n’est synonyme d’assassinat ; l’assassinat n’équivaut pas à l’agression.

Cessons , dans la même veine, d’utiliser les concepts de la Sociologie de la criminalité urbaine de manière boursouflée et biaisée ! Nous ne nous érigeons pas en donneur de leçons, mais nous faisons preuve de rigueur épistémologique et de rigidité scientifique à l’aune du respect des critères et des principes méthodologiques enseignés dans les écoles scientifiques. Nous ne sommes pas dans la posture de maître-penseur ou dans la stature de maître-recenseur, mais nous avons préféré donner la lecture relative à l’analyse de contenu manifeste et latent de l’article de l’aîné professionnel Léger Ntiga pour qui nous avons, sans conteste, du respect. Que cela soit clair !

*Serge Aimé Bikoi

Le Don King
Mot à wou à wou!