Yves Tchakounte

Le marketing du bien-être du cube Maggi de Nestlé Cameroun

Comment Nestlé, dans un environnement concurrentiel et déloyal, déploie-t-elle l’une de ses marque phare, cube Maggi ? Il existe au Cameroun et dans le monde un climat de suspicion sur la qualité du cube Maggi qui ne date malheureusement pas d’aujourd’hui. Ce climat est suscité par des personnes insoupçonnées dont le but, selon les responsables de Nestlé Cameroun, est visiblement lié à une stratégie commerciale. C’est de bonne guerre.

Tous les cubes existant sur le marché camerounais, et plus particulièrement cette marque de Nestlé, ont le malheur de ne pas faire l’unanimité, à raison ou à tort, sur leur qualité propre à la consommation humaine. Tout un débat à travers les chaumières existe sur les caractéristiques du cube Maggi, donnant parfois lieu à des discussions épiques. Des accusations de tout genre fusent en laissant croire que le produit de Nestlé aurait des effets secondaires à moyen ou à long terme. Pourtant, aucune démonstration scientifique n’a, jusqu’ici, pas démontrer, du moins pas encore, la dangerosité du cube Maggi, à en croire les responsables de la multinationale.

En conséquence, il en ressort que Nestlé va se déployer dans les politiques de contre-attaque où l’obligation de transformer ses campagnes de pub en campagne de sensibilisation, pour ne pas dire d’éducation à la santé alimentaire, est nécessaire. L’accent est généralement mis sur les bonnes méthodes d’utilisation du cube Maggi par les consommateurs qui ignorent qu’il n’est pas permis d’utiliser le sel et le cube Maggi simultanément dans un repas. C’est ce qu’on appelle, en langage courant, le marketing du bien-être.

Qu’est-ce que le marketing du bien-être ?

Le marketing du bien-être n’est nul autre que ce que son nom indique. Le marketing, à l’origine, a un but commercial au service du capital. Il faut embellir l’image de la marque afin de susciter le besoin, créer le besoin. La définition classique du marketing étant donc celle d’embellir l’image de la marque, il devient par conséquent curieux de se rendre compte comment le marketing peut s’occuper du bien-être au détriment de la marque dont le but est commercial. Image de la marque et bien-être sont deux objectifs incompatibles quoi qu’on puisse dire. Où se trouve la différence ?

Dans le jargon du bien-être en marketing, nous avons distingué trois concepts non exhaustifs : le marketing social, le do-gooding et le well-being.

Marketing social

Le marketing social est défini simplement comme une adaptation sociale du marketing purement commercial. Dans le marketing social, l’objectif est d’abord social avant d’être commercial. Ce qui est mis en avant ce n’est pas le produit en tant que tel, mais c’est ce qu’il procure comme bien pour mériter la confiance du consommateur. Les campagnes de sensibilisation sont ancrées sur les bienfaits et les thérapies éventuelles sur le corps humain consommateurs d’énergie et de plus en plus exigent en même temps. Parfois on a même l’impression qu’il faut faire l’humanitaire en distribuant gratuitement le produit. Au fait, les meilleures campagnes de bien-être sont loin de proposer des produits ou des services gratuits. D’ailleurs, la meilleure façon de susciter l’envie chez les consommateurs, c’est le prix élevé de certains produits où la communication est orientée sur ses bienfaits. L’exemple le plus parlant ici est la publicité des préservatifs.

Do-Gooding

Le do-gooding est tout aussi simple comme stratégie marketing. Cette stratégie est bien sûr liée au marketing social à la seul différence qu’elle va au-delà. Au fait, en plus du marketing social défini comme nous venons de le voir précédemment, les marques adeptes du do-gooding sont essentiellement axées sur ce qu’on appelle aux Etats-Unis le « purpose driven ». Ces marques vont au-delà du marketing social parce qu’elles suscitent des interrogations principalement sur leur but ou leur mission sur Terre. Le do-gooding se manifeste, non seulement par des actions généreuses et humanitaires, mais il incite les clients ou les consommateurs à faire de même. Autrement dit, la sensibilisation sur le bien-être n’est pas seulement réservée aux responsables de l’entreprise. Les marques suscitent l’intérêt en impliquant quelques acteurs à la sensibilisation. En le faisant, elles se placent carrément sur le terrain de la réflexion morale.

Well-being

Quant à ce qui concerne le well-being, en quelque sorte, le bien-être proprement dit, il est considéré comme le fait d’atteindre le bonheur à travers l’acquisition du matériel. Autrement dit, il est impossible d’être heureux sans avoir acquis une certaine aisance au niveau de la possession des bien grâce à quoi il est possible d’avoir le bonheur. Cette définition a vieilli et le well-being a déjà pris un autre sens. Le well-being (être-bien) s’oppose aujourd’hui au wellfare (bien-être-matériel). Il va donc au-delà du bien-être en s’éloignant de cette logique unique du bonheur et en mettant en avant la logique multidimensionnelle qui ne se limite pas seulement à l’acquisition des biens matériels.

Le cube Maggi et sa stratégie de Do-Gooding

Il n’est du tout pas évident de s’en apercevoir, surtout lorsque cette stratégie n’est fondamentalement pas visible à première vue. La raison évidente justement est que la stratégie marketing du cube Maggi donne l’impression qu’elle est particulièrement menée en réaction à la contre-publicité. Cette contre-attaque trahi beaucoup le Do-Gooding de Maggi malgré les bien-faits qu’on peut dire du produit. Le Do-Gooding de la marque Maggi est inséré dans un contexte de climat très morose, voire tendu. L’environnement actuel, en matière d’image des cubes en général, est caractérisé par des suspicions sur la composition, des ingrédients de fabrication du cube (responsables du cancer?) entrant dans le processus de production.

Malheureusement, le cube Maggi se trouve dans un environnement pollué par des contrebandes et des cubes de mauvaise qualité. Tous les cubes distribués dans le marché sont indexés. Ainsi, l’image du Cube Maggi en prend un coup. Inutile de revenir sur ces propos venant des personnes pourtant bien avisées en matière de normes et de qualité dont Nestlé est pourtant certifié (ISO 9001, ISO 22000, HALAL, ANOR). Ce qui nous importe ici, c’est le comment Nestlé fait pour se tirer d’affaire devant une campagne aussi dénigreuse et frisant, à la limite, le ridicule.

Le Do-Gooding de Nestlé, à travers sa marque Maggi, est essentiellement marqué par des campagnes, des sensibilisations ou des ateliers sur le bien-être en matière de nutrition et la pratique de bonnes habitudes alimentaires. Le constat selon lequel « les Camerounais mangent mal », n’est pas du tout faux. Ces mauvaises habitudes alimentaires placent donc les consommateurs Camerounais dans une posture de suspicion face à un moindre malaise. Et ce sentiment de méfiance des consommateurs a motivé la décision de Nestlé. Les préjugés construits dans l’opinion sur les méfaits du cube Maggi sur l’organisme humain imputent à la marque des responsabilités qui ne sont pas les siennes pour n’avoir pas été prouvé, surtout en matière de bouillon de cube.

Mais, ce qui reste tout de même intriguant c’est justement l’inexistence de preuves alléguées qui donnent pour responsable des effets secondaires de la consommation de Maggi. Le Do-Gooding est principalement axé sur une ou des démonstrations en usine et en laboratoire à la découverte des ingrédients du cube Maggi dans le but de casser ces préjugés sur sa composition cancérigène.

L’objectif ici est de donner à quelques personnes ressources, quelques leaders d’opinions et acteurs sociaux des outils et des arguments de réfutations. C’est eux qui iront transmettre à la base la « vraie information » qui témoigne de ce qu’ils ont vu et entendu sur la production du cube Maggi. C’est plus facile à gérer lorsque la marque ne suscite pas de polémiques. Le message peut passer avec moins de résistances. Mais, c’est encore plus complexe lorsque l’entreprise détentrice de la marque est butée par les réticence farouche des consommateurs liées à la propagande sur sa qualité douteuse.

Nestlé se lance à la conquête des blogueurs

L’un des acteurs privilégiés dans la transmission de ces « vraies informations » sur la bonne qualité du cube Maggi sont ce que les entreprises ont coutume d’appeler « les influenceurs ». L’Association des Blogueurs du Cameroun (ABC) a donc été sollicité pour la circonstance. L’on peut, de prime abord, se poser la question de savoir en quoi le coup de main des blogueurs serait utile à Nestlé dans un tel contexte ?

Depuis l’avènement d’internet en Afrique et surtout au Cameroun, vers les années 2000, avec l’arrivée fracassante des réseaux sociaux vers 2008, internet est devenu un nouveau domaine de prédilection du marketing. Internet et les réseaux sociaux se présentent comme des espaces de conquête de nouveaux marchés. En effet, les nouveaux marchés se conquièrent aujourd’hui à travers la Toile où, à moindre coût, il devient facile d’atteindre des millions de consommateurs. C’est un espace plus aisé que le terrain des bayam-salam* qui est plus contraignant bien qu’il a toujours sa place. Les métiers essentiellement basés sur le marketing digital sont innovants et les multinationales ne font pas la fine bouche pour s’y investir.

Nestlé Cameroun s’est donc lancé à la conquête des blogueurs la semaine qui s’achève en les invitant à la découverte du processus de fabrication du cube Maggi dans ses usines de Bonabérie, située à une périphérie de Douala. Le rendez-vous a eu lieu le 24 mai 2019. Rendez-vous meublé par des exposés sur la sécurité alimentaire, justement, et une visite de l’usine et du laboratoire de Nestlé où des expériences concrètes ont été réalisées. L’insistance sur la sécurité alimentaire est faite à dessein. L’alimentation journalière, à travers sa composition (repas équilibré) est sujette à caution. L’accusation du cube Maggi comme cause de certaines maladies dangereuses est-elle faite à tort ? Si non, pourquoi n’existe-t-il pas de preuves scientifiques sur la dangerosité de ce produit ? Pourquoi aucune maladie n’a été jusqu’ici diagnostiquée comme causée par le cube Maggi ? Il appartient aux scientifiques de nous donner quelques éléments de réponses. En tant que blogueur, je ne peux malheureusement m’en tenir qu’aux faits.

Tout a été mis à nu pour faire voir à ces ambassadeurs de la toile que nous sommes ce qui se cache derrière la fabrication et les ingrédients de ce produit. En tout état de cause, à travers le silence des scientifiques, le mystère reste entier sur les origines du cube Maggi qui semblent suscité des passions jusqu’ici. Pourquoi classer le marketing du cube Maggi dans la catégorie de Do-Gooding ? Parce que Nestlé a choisi d’investir dans le bien-être à travers l’éducation à l’hygiène alimentaire pour apprendre aux Camerounais à avoir une bonne tenue à table et de ne pas garder ces savoirs pour eux. L’essentiel ici dans le do-gooding ne se limite pas aux conseils sur les bienfaits, mais la nécessité de transmettre ces conseils aux autres.

L’approche handicap qui plombe l’approche du Do-Gooding de Nestlé Cameroun

Le marketing du bien-être est un tout. Si le marketing du Do-Gooding est essentiellement axé sur la morale et le comportement responsable à travers l’approche relationnelle, le handicap y tient, à tout le moins, une place assez importante. L’approche handicap est encore mal connue, je dirai même méconnue par le grand public, et pire encore par les multinationales au Cameroun. Nestlé Cameroun ne présente aucune visibilité en matière de handicap quant à l’adaptation des infrastructures comme des rampe d’accès, des ressauts, d’air de manœuvre, des escaliers, des WC et sanitaires, etc.

Les règles les plus élémentaires sont exigées à tous les propriétaires des lieux pouvant accueillir le public. Dans le jargon juridique français, elles sont appelées ERP (Etablissements recevant le public). Au Cameroun, ces normes ne sont pas encore systématisées. La loi n°2010/002 du 13 AVRIL 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées dans son article 33 fait référence aux infrastructures publiques. Cela signifie-t-il que les espaces privés accueillant le public ne sont pas concernés ? La réponse est affirmative. Cependant, cela ne les exclut pas non plus de ce qu’on pourrait appeler les pratiques et les habitudes de bons sens. Ça y va de l’intérêt et de l’image de l’entreprise et de la marque pour laquelle elle communique.

Lors de cette visite où l’Association des Blogueurs du Cameroun dont je fais partie était à l’honneur, quelle surprise a été la mienne de constater quelques manquements qui, à défaut de me froisser, ne m’ont pas laissé indifférent. L’une des bonnes manières conseillées aux entreprises qui disposent de vaste infrastructures avec des voies d’accès assez complexes, est celle de disposer de matériels permettant de faciliter la circulation des personnes à mobilité réduite si elles souhaitent accueillir le public. Les fauteuils roulant inexistant, ou même la manivelle des robinet d’eau se trouvant à même le sol sont les deux notes salées pendant le séjour de presque six heures que les blogueurs ont passé à l’usine de Nestlé. Quels supplices !

D’autres types de précautions, sur lesquelles je n’aimerai pas évoquer ici, doivent être envisagées pour les handicapés visuels et les handicapés auditifs. Il faut le dire aussi fermement que cela puisse être, une entreprise qui décide de s’ouvrir au public doit se mettre au pas et s’adapter à toutes les couches sociales.

*Bayam-Salam : commerçante, en langue locale.


Détention des manifestants à Yaoundé : le mauvais cœur des autorités judiciaires et pénitentiaires

Depuis leur arrestation les 26 et 28 janvier 2019, le leader du MRC, ses alliés politiques, ses militants et manifestants vivent un calvaire pendant leur détention. Du refus du matériel de couchage au refus de l’alimentation, ils ont chaque fois affaire à un nouveau challenge qui les met en confrontation soit avec les autorités judiciaires, soit avec le personnel pénitentiaire.

Au lendemain du jour où les avocats ont retrouvé les différents lieux de détention, les militants, sympathisants et Camerounais de tout bord se sont mobilisé. Des équipes d’assistance se sont formées : financière, matérielle, juridique…

La première assistance a été celle de la mobilisation de fonds aux prisonniers. En plus du trésorier adjoint (il faut préciser le trésorier principal fait partie des leaders incarcérés), il existe également des fundraising organisés à travers le monde et la diaspora. Mais jusqu’à aujourd’hui, la mobilisation, bien qu’existante, n’a pas encore atteint le seuil critique.


La première déconvenue est venue de l’équipe constituée pour assistance matérielle. Il faut préciser qu’en dehors de l’assistance judiciaire, la principale nécessité pour les prisonniers au Cameroun reste le matériel de couchage et l’alimentation. Les leaders du MRC l’ont très vite compris et cela reste leur principal challenge de tous les jours.

Un stock de plus d’une centaine de matelas  a été apporté pour aider les détenus à avoir un coin où dormir. Mais à peine l’opinion se félicitait de cette réussite que la nouvelle est tombée comme un couperet : quelques geôliers ont détourné certains matelas. Pourquoi ? Les raisons invoquées par les geôliers sont le fait que c’est le personnels pénitencier qui gère la distribution des dons et décident eux-mêmes à qui les octroyer. Ils invoquent la raison selon laquelle il y a des prisonniers plus nécessiteux que les autres.


L’autre challenge auquel le MRC a à faire face, c’est l’alimentation des détenus. Il a donc été convenu de livrer chaque jour deux repas : un petit-déjeuner le matin et un déjeuner dans l’après-midi. Après avoir fait cet exercice pendant quelques semaines, le régisseur de la prison central, Medjo Freddy, refuse curieusement de réceptionner le repas le 27 février non sans menacer l’équipe chargée d’acheminer les repas réservés aux détenus.

C’est ainsi durant quelques jours, ils ont été privé de leur repas jusqu’à ce que, par un coup de baguette magique, le même régisseur revienne sur ses pas. Même les sommations des avocats n’ont rien changé à la situation. Que s’est-il passé pour le régisseur change subitement ? Certains arguent que c’est sûrement le décès de son épouse survenu entre temps qui a radouci son noir cœur.

J’aimerais vous parler de détenus particuliers. Il s’agit des blessés que la police a décidé, sur ordre de je-ne-sais-qui, de jeter dans les véhicules pour les conduire à Yaoundé après les avoir sorti de force des hôpitaux où ils étaient internés pour des soins.

Le cas de Pierre Gaëtan Ngankam me semble être le plus préoccupant. Il est connu de tous les internautes à partir d’une vidéo devenue virale. Il a reçu plus d’une balle à l’arrière de la jambe gauche par un policier qui le suivait alors qu’il s’avançait sous ses ordres. La démesure et la disproportionnalité dans la réaction des policiers à Douala est à souligner ici. Comment comprendre l’utilisation des armes (à balles blanches ou à balles réelles, peu importe) face aux manifestants à mains nues ?

Enlevé de l’hôpital où il suivait ses soins le 28 janvier, il se retrouve à Yaoundé. Vous êtes sans ignorer le peu de sérieux que le services pénitenciers au Cameroun réservent aux détenus. Le militant du MRC voit chaque jour la blessure de sa jambe pourrir et ne sais pas à quel saint se vouer. Pierre Gaëtan reste sans soins jusqu’ici.


Le 12 février 2019, le collège des avocats a fait savoir, à travers un communiqué, que les détenus n’avaient droit à aucune visite, ni de leurs familles respectives, ni de leurs avocats, encore moins de leurs connaissances pour leur apporter un quelconque soutien. Le communiqué signé du vice-président du MRC, Maître Simh, faisant partie du collège d’avocats, stipule que « leurs clients actuellement détenus au Commandement Central dans les maisons de détentions du Groupement Mobile d’Intervention (GMI) de Soa, au Secrétariat d’État Défense (SED) et au Groupement Spécial d’Opérations (GSO) sont privés du droit et interdits formellement de tout accès à leur droit le plus élémentaire, celui de la visite et d’assistance de leurs avocats en violation de l’article 122 al. 3 du Code de Procédure Pénale ».

C’est fait à dessein pour préparer l’opinion de ce qui aura lieu comme procès inique. Il ne serait question de refuser aux détenus, quels qu’ils soient, de s’entretenir avec ne serait-ce que leurs avocats. Cette situation a été perçue comme un défi des autorités. Il s’agit de rendre difficile la situation du leader Maurice Kamto et des siens.


Lors de l’une des nombreuses conférences de presse tenue par le MRC à son siège à Yaoundé, le porte-parole de Maurice Kamto et des avocats, font des révélations stupéfiantes. Selon Olivier Bibou Nissack, les détenus sont soumis à des traitements corporels inhumains où les scènes étaient même filmées. Il déclare notamment que : « Pendant la phase de leur garde à vue, les militants du MRC étaient détenus de façon mixte. Lorsque les gens voulaient uriner ou alors faire des selles, on leur demandait de le faire au milieu de leurs camarades ».


Le 5 mars 2019, après de moult tractations entre le tribunal militaire et Maurice Kamto, le magistrat en charge du dossier affirme être compétent. En fait, le leader du MRC affirmait mordicus l’incompétence du tribunal militaire pour le juger, lui et ses codétenus. Maurice Kamto pense que le tribunal d’exception qu’est le tribunal militaire n’est pas réservé aux civils. Interviennent alors des échanges épiques entre les magistrats militaires et le professeur de droit Maurice Kamto lors d’un entretien. La conclusion des magistrats sera sans appel : le tribunal militaire est compétent pour les manifestants du 26 janvier. La demande de Maurice Kamto qui exigeait une décision écrite et formelle pour prendre acte de la compétence du tribunal militaire a été également rejetée.

Après avoir confirmé leur compétence, les magistrats militaires devaient également prendre une décision sur la demande de Maurice Kamto de comparaître libre, lui et ses compagnons. C’est le 7 mars 2019 que les magistrats ont rendu la décision qui rejette cette demande du leader du MRC. Est-il besoin de commenter cette décision ? Quels étaient les motifs de ce refus ? Impossible de le savoir.


Nous assistons même, pour certains détenus, à des cas d’agressions et d’arnaques de la part de certains prisonniers. Les cas particuliers de Roger Dafem (agressé le 9 mars) et de Serge Yemba (agressé le 7 mars) sont édifiants. Ils ont été, avec certains de leurs camarades, envoyés dans les cellules où se trouvent les prisonniers accusés de banditisme à main armée. Ils subissent depuis peu des harcèlements et des rackets à n’en plus finir. La rançon de 15 000 Franc CFA est exigée pour éviter le lynchage.

J’aimerais vous parler de ce cas très inquiétant qui m’a semblé douteux au départ. C’est l’empoisonnement des détenus révélé par un journaliste le 18 février dernier. Le journaliste Rémy Ngono révèle sur sa page Facebook que Mme Kamto est venue le dimanche 17 février avec le repas de son mari comme elle le fait d’habitude. Mais, ce jour-là, au moment où les gardes prisonniers apportaient le repas aux leader et ses codétenus, c’était « une nourriture qui pétillait comme des bulles de champagne et pétaradant comme un volcan en ébullition », écrit le journaliste qui met en cause l’administration de la prison centrale de Nkondengui à Yaoundé.

Sincèrement, j’ai douté de cette version au début pour la simple raison que cette pratique faisait partie du passé. Comment peut-on oser empoisonner tous les détenus du 26 et 28 janvier sous de fallacieux prétexte de « rébellion » et de « terrorisme », comment peut-on empoisonner ses propres citoyens parce qu’ils sont opposants ?

J’étais loin d’imaginer ce cynisme et cette barbarie issue de l’époque nazie. Mais c’était avant les propos très controversés du délégué au ministre de la justice à la télévision nationale CRTV.


L’ambassadeur d’Israël à Yaoundé s’est insurgé contre les propos de Dieu Momo selon lesquels les Juifs ont connu l’holocauste par « arrogance ». Il a même dit : « En Allemagne, il y avait un peuple qui était très riche, qui avait tous les leviers économiques. […] Ils étaient d’une arrogance telle que le peuple allemand se sentait un peu frustré, puis un jour est venu au pouvoir un certain Hilter qui a mis ces populations dans les chambres à gaz. » Il fait ensuite allusion au peuple Bamiléké, associé à l’opposition, qu’il compare malicieusement au peuple Juif en Israël.

Ce qui est paradoxalement malsain, c’est la tournure que prend le communiqué de René Emmanuel Sadi, ministre de la communication, réagissant à la suite du communiqué de l’ambassade d’Israël. Le ministre ne désavoue pas Jean de Dieu Momo, mais présente juste des excuses à Israël pour des propos malveillants. C’est au journaliste Boris Bertolt de conclure à la suite du communiqué du ministre : « A aucun moment le gouvernement ne dénonce les propos de Momo contre les Bamileke. Or Momo a utilisé le parallèle de l’Holocauste pour justifier l’éventualité d’un génocide Bamileke. C’est simplement effrayant ce que ces gens sont en train de faire. En français facile : au Cameroun on ne doit pas soutenir un génocide des juifs, mais on peut soutenir un génocide des Bamileke. » C’est tout dire !


Quel sens donner à la fête du travail au Cameroun ?

Le 1er mai, baptisé allègrement « journée internationale du travail » est-il considéré comme une journée de commémoration ou de festivité ? Au fait, que célèbre-t-on au Cameroun le 1er mai ? A quoi renvoie le 1er mai ? Contrairement au contexte qui a présidé la naissance de cette journée symbolisée par des luttes du mouvement ouvrier en mémoire du massacre de Haymarket Square, cette journée au Cameroun est particulièrement marquée par des réjouissances festives. Pendant que les travailleurs Américains commémorent les travailleurs et célèbrent la victoire des ouvriers de Chicago qui se soulèvent en 1884 pour revendiquer la diminution des heures de travail à une journée de huit heures, et qui a été satisfaite par ailleurs, ici au Cameroun, je cherche encore les motifs de satisfaction, d’orgueil pour lequel les travailleurs peuvent se vanter.

Commençons tout de même par le commencement. Quel est aujourd’hui le taux du chômage au Cameroun ? Un extrait d’un journal camerounais en ligne est édifiant à ce sujet :

Au-delà des chiffres réels ou imaginaires qui circulent sur le taux de  chômage au Cameroun, il convient de dire que c’est à ce niveau que réside la difficulté chez les jeunes.  Aujourd’hui, les pouvoirs publics  tiennent un langage ambigu sur le chômage. Ainsi, pour le Fonds national de l’Emploi, le taux de chômage est de 4,4%. Au niveau du chômage élargi, le FNE parle d’un taux de 6,2%. Et dans les villes de Yaoundé et Douala, l’on note respectivement les taux de 14,7% et 12,1%.  Mais selon d’autres sources, l’on parle  d’un taux de chômage élargi des jeunes  qui se situe à  13% de la population active du pays, avec des pointes de 22% à Douala et 30% à Yaoundé. Sur un taux de chômage global d’un peu plus de 14%.  Cette cacophonie des chiffes sur l’emploi cache quelque chose, elle traduit la volonté d’entuber les jeunes dont 100.000 nouveaux demandeurs d’emploi sont enregistrés chaque année, et parmi eux,  des diplômés de l’enseignement supérieur.

Il faut remarquer que les chiffres sur le chômage au Cameroun ne sont facilement unanimes. Certains en concluent que ces chiffres sont un mystère et c’est à dessein. Pour quel intérêt le gouvernement camerounais ne dévoile-t-il pas le taux réel du chômage au Cameroun ? Difficile de le savoir. Les observateurs restent donc dans la conjecture tout en étant convaincu qu’il ne reflète pas la réalité. C’était juste une parenthèse pour introduire cette chronique avec ce constat selon lequel, tout comme le taux de chômage, trouver un emploi est également un mystère. Il est bien sûr évident que c’est le même constat partout dans le monde, mais le Cameroun a ceci de particulier que le monde du travail obéit à une logique politicienne pernicieuse.

Qu’est-ce que le travail ? Pour répondre à cette question, il est mieux d’expliquer plutôt à quoi il sert et non ce qu’il est. Je convoque ici le célèbre Français Voltaire en empruntant ses mots : « Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’envie, le vice et le besoin ». Cette phrase à elle seule veut tout dire. C’est le travail qui libère l’homme, lui donne sa personnalité, son indépendance. Voltaire n’a pas eu tort de le dire pour la simple raison que c’est grâce au travail que l’homme échappe à l’oisiveté, au vagabondage, au fanfaronnade. C’est grâce au travail que le travailleur s’accomplit en tant qu’homme. Il est capable, par son pouvoir financier, de fonder un foyer, de subvenir aux besoins de sa petite famille, de s’engager dans les projets de développement, de citoyenneté, et même de s’engager véritablement en politique.

Oui, c’est justement ça le hic. Le pouvoir financier, que les économistes appellent « pouvoir d’achat », a ceci de puissant et de novateur qu’il permet à l’homme de s’investir dans la conquête de son épanouissement physique et psychologique, de l’accomplissement de son bien-être en tant qu’homme jouissant de ses capacités à décider de ce qu’il veut, bref de sa liberté. C’est une donnée importante qu’il nous revient de comprendre afin de juger de la pertinence des analyses qui exhibent l’incapacité attribuée faussement à certaines personnes de s’accomplir pleinement dans la conquête de cette liberté si chère à leur épanouissement. Pour comprendre l’importance qu’il y a à accorder le travail à un peuple, il serait mieux de passer par une étude de cas que je m’en vais vous présenter. Il s’agit évidemment du Cameroun.

La seule chose, je veux dire, le seul programme que Biya a déjà parfaitement réussi jusqu’ici en 37 ans de pouvoir, pardon, de règne, c’est de rendre les Camerounais clochards, mendiants, cupides. Et que sais-je encore ? Les Camerounais sont devenus si vulnérables et facilement manipulables à souhait qu’ils tombent facilement dans les guet-apens de gain facile. C’est dans ce contexte que la tyrannie peut se déployer car elle a besoin d’une population, d’une jeunesse prise en étau par la famine. Ce n’est pas pour rien que dans chacun des meetings du tyran en chef, je veux dire les meetings du RDPC, les élites ne font l’économie de rien en ce qui concerne la bouffe. Les menus les plus prisés sont évidemment les morceaux de pain, les boîtes de sardine, les sacs de riz, les bouteilles de bière, etc. Parce qu’elles savent que les Camerounais ont faim, et par conséquent, ils seront là pour manger et non pour assister au meeting. On se pose donc la question de savoir pourquoi les élites dépensent-elles autant d’argent pour des gens qui viennent jouer aux figurants ? La réponse est simple : c’est pour montrer à l’opinion que le parti est populaire. C’est juste pour un besoin de marketing.

Pour rendre les Camerounais clochards, la méthode est toute aussi simple : faire de l’emploi un mystère. Ainsi, ceux qui n’ont pas d’emploi mettent tout ce qu’il faut pour en avoir et ceux qui en ont, font de même pour le préserver. Rendre les sans-emplois clochards et les travailleurs fragiles fait d’eux des gens dont la vie ne tient qu’à un fil. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’emploi au Cameroun est devenu une mine d’or pour la jeunesse. Ainsi, on voit bien qu’en dehors des sans-emplois réduits en clochards, les travailleurs subissent le même sort de la précarité du fait du pouvoir exorbitant donné aux employeurs, qui font d’eux leurs vaches à lait. L’offre étant supérieure à la demande, un licenciement pointe toujours à l’horizon pour vous prévenir de votre manque de loyauté, d’impartialité et de neutralité. Oui, parfois les travailleurs refusent de s’engager pour le changement à défaut de militer pour le RDPC. Ils ne peuvent donc pas s’exhiber s’ils sont militants d’un parti politique de l’opposition au risque de courroucer l’employeur prêt à les licencier pour échapper à un éventuel redressement fiscal brandi comme une épée de Damoclès. Il a tellement de pouvoir, ce patron, qu’il devient vraiment difficile de s’hasarder dans une procédure judiciaire après un licenciement abusif. La longueur des procédures, la corruption des juges par le patron véreux ont vite fait de décourager même les victimes les plus téméraires.

Dans ces conditions, comment libère-t-on un peuple aussi enchaîné ? Comment libère-t-on un peuple qui manque cruellement d’organisation, de repère, un peuple qui a besoin de changement ? Comment demander à celui qui a faim de participer à une manifestation dont l’objectif est le changement qu’il souhaite pour sa carrière et sa survie alors qu’il est à la recherche justement d’un pécule pour sa survie ? L’engagement politique étant bondé de sacrifices, un peuple ainsi pris en tenaille résistera-t-il à tout sacrifice supplémentaire ? Le militantisme et l’engagement pour le combat politique n’ont pas besoin d’un peuple affamé. Jamais. La révolution ne se fait pas par les pauvres, mais par la classe moyenne. Les chômeurs ne s’aventureront pas pour des raisons alimentaires, autant les travailleurs qui risquent leur emploi, aussi décent soit-il, ne s’aventureront pas non plus. Que c’est difficile de la conquérir, la liberté !

Maintenir les gens dans la dépendance, dans la précarité, c’est les mettre en captivité et en incapacité de s’organiser. Or un peuple qui veut se libérer a besoin d’une organisation solide et bien structurée. Un peuple à qui on a refusé tout ce qu’il lui faut comme éléments de fierté et d’orgueil comme les travailleurs de Chicago, sera toujours tenté à attendre l’arrivée d’un messie.

Biya sait très bien qu’une population qui a faim aura les difficultés pour s’organiser. Il sera difficile de dire aux gens de s’intéresser à la chose publique, de s’engager dans un parti politique pour le changement. Ce tyran satrape le sait très bien et il veuille même à rendre les compatriotes de plus en plus clochards. C’est un terrain favorable pour la perpétuation et la reproduction de son système. Comment sortir de là ? Difficile, vraiment difficile !

Ce que les travailleurs savent mieux faire le 1er mai, c’est de faire bombance. Il n’y a que ça, sinon rien. Dommage.

« Le travail et après le travail l’indépendance mon enfant, n’être à la charge de personne telle doit être la devise de votre génération » (Bernard Dadié)


Drame à Douala : la mort d’un élève enflamme la toile

Nous sommes vendredi 29 mars 2019 et c’est le jour départ en congé du deuxième trimestre pour chaque élève au Cameroun. Mais avant, il est question qu’ils se rendent dans leur établissement scolaire pour recevoir leur bulletin de notes. Contrairement aux habitudes d’un climat serein et paisible pour ce départ en congé, le lycée bilingue de Deido, situé dans le 1er arrondissement de Douala, s’illustre par un drame. Un élève rend l’âme à la suite de coups de poignard au cœur. Comme c’est souvent le cas, les Camerounais envahissent la toile pour crier leur ras-le-bol. Et les griefs sur la décrépitude de l’éducation au Cameroun font polémique.

Le week-end à Douala a été meublé par cette triste nouvelle qui vient remettre sur la table le vieux débat sur la sécurité de l’élève dans les établissements scolaires. Comment est-ce possible qu’un élève, voire un inconnu, puisse entrer dans l’enceinte d’un lycée avec une arme blanche ? Les responsabilités sont partagées et toute la chaîne éducative de l’encadrement de l’élève est clouée au piloris. Mais, avant d’en parler, je vous propose deux versions des faits qui alimentent les débats. Il est important de préciser ici que nous attendons encore la conclusion des enquêteurs de la direction régionale de la police judiciaire de Douala-Bonanjo où se trouvent les trois élèves accusés du meurtre de leur camarade.

Deux versions sur la mort d’un élève

Le nom de la victime c’est Osman Blériot Tsanou de la classe de 2nde C. Les élèves accusés sont trois aux noms de Ivan Simo (19 ans), Loic Mukuelle (18 ans) et Mohamed Bello (18 ans). Selon l’administration du lycée, deux parmi eux ont été définitivement exclus du lycée en novembre 2018 pour violence. Précisons ici que la loi interdit l’exclusion d’un élève en cours d’année scolaire. Pourquoi le conseil de discipline a-t-il décidé d’exclure deux élèves en milieu d’année scolaire ? Cela doit quand même être considéré comme des cas exceptionnels.

Première version

Il était, jusqu’avant sa mort, un élève régulièrement inscrit au lycée bilingue de Deïdo en classe de Seconde A4 Allemand. Il est donc décédé après avoir été poignardé par un de ses camarades parmi ses trois bourreaux. Que s’est-il passé ?

Lors d’une rixe entre les camarades, Osman est venu s’interposer pour empêcher le délestage d’un téléphone portable par un autre. Cette intervention va coûter la vie à Osman. L’élève qui n’a pas réussi à prendre le téléphone ira appeler le renfort pour venir régler ses comptes à Osman. Celui-ci, au cours d’une bagarre, reçoit donc des coups de poignard en plein cœur. Conduit, de toute urgence, à l’hôpital du district de Deido, situé à un jet de pierre du lycée, le jeune élève Osman rendra l’âme quelques instants après.

Deuxième version

La deuxième version est la plus rocambolesque et la plus énigmatique. Elle est la plus répandue et la plus commentée par les élèves eux-mêmes. En fait, elle est racontée surtout par les élèves considérés plus proches de la victime Osman. Bien que la version de tentative de vol du téléphone portable soit confirmée, l’on s’interroge encore sur des raisons d’une bagarre tragique. Il se raconte donc que c’est une histoire qui ne date pas de vendredi dernier, jour de l’ultime bagarre. Les copains en étaient déjà aux mains depuis plus de deux jours et cela a commencé à l’extérieur du lycée, donc au quartier. Ils s’étaient décidé de mener la vie dure à Osman. La bagarre qui a eu lieu au lycée n’était que l’épilogue d’un combat de vengeance face à Osman qui les battait à plate couture. Pour quelles raisons se bagarraient-ils depuis plus de deux jours ? Cette question reste, jusqu’ici, sans réponse. Voilà où se trouve l’énigme.

Après donc le drame de vendredi, les débats fusent de toute part pour condamner les parents, l’administration des établissements scolaires, le personnels de l’hôpital de district de Deïdo, l’Etat qui n’assume pas ses responsabilités, etc. Chacun y va de plus belle des manières pour crier sa colère pour les uns, se livrer à une tentative de compréhension de la situation pour les autres. Parcourons ensemble les avis multiples et divergents.

L’administration et les enseignants mis en cause

C’est la première envolée lyrique de la journée venant du journaliste Martin Camus Mimb, responsable d’une chaîne de radio urbaine de Douala (RSI). Pour lui, il est sans doute inimaginable qu’un tel événement se soit déroulé dans un établissement public de cette envergure sans que les pouvoirs publics s’en émeuvent. Plusieurs scandales émanant des établissements privés ont souvent conduit au lynchage des responsables de ces établissements privés. Pourquoi les établissements publics ne sont pas astreints à une surveillance stricte des autorités ? Pourquoi le personnel du lycée est épargné de sanctions suite à leur négligence ?

Certainement, ce traitement de faveur est considéré, par le journaliste, comme la source de tous les maux. Il prend l’exemple de son lycée, où il a fait ses bancs jadis dans la ville d’Edéa. A son époque, dit-il, le personnel enseignant et administratif des établissements scolaires publics étaient plus regardant en ce qui concerne la discipline et la bonne tenue de l’élève. Pourquoi cette conscience professionnelle jadis réputée dans le public n’est-elle que le domaine réservé du privé où les autorités sont de plus en plus exigeantes ? Cette négligence s’explique par le fait que l’élève du lycée n’est pas généralement au centre de toutes les attentions du personnels enseignants.

La majorité d’entre eux, qui ont choisi des piges dans les établissements privés, préfèrent y consacrer leur professionnalisme. Une négligence qui oblige d’ailleurs les parents d’élève à choisir les établissements scolaires privés pour inscrire leurs progénitures. Sur ce plan, les établissements scolaires privés confessionnels sont les plus sollicités.

Les parents impliqués dans l’éducation de l’élève

L’insécurité dans les établissements scolaires doit être imputée aux parents d’élève en premier. Pour quelle raison ? Elle est simple : l’éducation familiale doit être le premier et le dernier rempart du socle de la morale et de l’éthique. Les méthodes les plus ubuesques dans la pratique du faux sont le fait des parents eux-mêmes. Corruption, trafic des notes, dans le seul but de voir l’élève, l’enfant passer en classe supérieure. Les parents sont habités par la hantise et l’appât du diplôme. Ils veulent le diplôme, le diplôme, le diplôme. Aucun intérêt pour le développement humain, de l’homme, de l’enfant. Les enfants qui l’ont compris s’efforcent donc à fabriquer des notes et les présenter aux parents. Certains établissements scolaires exigent dorénavant la présence des parents pour leur remettre le bulletin de notes de l’élève.

Comment sont-ils ces parents qui daignent se présenter à la direction de l’établissement scolaire lorsqu’ils sont convoqués ? Pire encore, pourquoi certains choisissent leur femme de ménage pour les représenter à une réunion des parents ou à une quelconque convocation ? Ces parents d’élève sont pourtant les premiers à se livrer à des pratiques de corruption lors de l’inscription des enfants.

Les effectifs pléthoriques dans les salles de classe

L’élève inscrit est accepté au détriment de la qualité de l’enseignement. Les enseignants se retrouvent dans des salles de classe de plus de 100 élèves. La pléthorique des classes d’examen, les terminales surtout, est la plus décriée. Cette situation n’est pas favorable à la prise en charge ou la surveillance individuelle de chaque élève. Les enseignants, dans ces conditions, se trouvent donc obliger d’assurer le strict minimum. L’aspect concernant la prise en charge d’un élève jugé difficile est délaissé. La plupart du temps, les responsables se retrouvent dans l’obligation de renvoyer les cas de délinquance, malgré la restriction de la loi.

L’insécurité régnante et les pouvoir publics en cause

Comment est-il possible qu’un élève rentre dans un établissement scolaire avec une arme blanche ? On a souvent connu des cas où les stupéfiants dangereux comme des drogues circulaient dans l’enceinte de l’établissement. Les canaux insoupçonnés sont mis en cause. Si la responsabilité n’est pas portée aux vigiles, c’est souvent les commerçants, autorisés par l’administration des établissements à accéder dans l’enceinte pour la nutrition des élèves, qui est accusée.

Les pouvoirs publics sont mis en cause ici pour la simple raison qu’il devient presque impossible à une vingtaine voire une dizaine de personnels d’assurer la sécurité de presque 3 à 8000 élèves chaque jour. Pire encore, que dire des commerces de débits de boissons alcoolisées situés tout près des établissements scolaires ? C’est très souvent le regard impuissant et d’ailleurs complice des pouvoirs publics que les bars et autres snacks ont trouvé un terrain fertile dans le voisinage. Cela a eu comme conséquence que les établissements scolaires se sont transformés en far West américain où la loi du plus fort est la meilleure.

L’environnement psycho-social de l’élève et des écoles

Selon le journaliste de la RTS, radio urbain de Yaoundé, Serge Aimé Bikoï, l’infiltration facile des individus étrangers à l’intérieur de l’établissement scolaire est à questionner. Pourquoi cette facilité de s’introduire dans un milieu scolaire ? Le jour de départ des congés du deuxième trimestre est évoqué ici comme le jour de relâchement de la surveillance. Des individus qui alimentent la terreur au sein des établissements n’appartiennent pas du tout ni au corps enseignant, ni à la communauté éducative des élèves. Pour ce qui est particulièrement du cas du lycée bilingue de Deïdo à Douala, il faut signaler que l’environnement immédiat est réputé être une zone à risque pour la survie de toute communauté éducative.

Cela a toujours été le cas, depuis des lustres, comme c’est aussi le cas pour d’autres quartiers comme Bassa, New-Bell et Cité des Palmiers qui sont, dans une moindre mesure, considérés comme des ghettos. Sans risque d’exagérer comme le fait le journaliste, est-il possible de considérer ces établissements comme des jungles du fait de leur situation géographique ? C’est-à-dire, des lieux de non droits ? C’est fort possible, puisque le journaliste décrit lui-même cette situation alarmante en ces termes : « Chaque fois, ces jeunes professionnels de la délinquance urbaine usent des formes de violences physique (coups de poing, gifle, coups de griffes, autres sévices corporels, …) et morale (blâme, insulte, menace, vocifération, intimidation, frustration, minoration, etc.) et abusent de leurs pairs, en les délestant de leur dû au quotidien. »

La reproduction sociale de la violence urbaine

Les avis les plus dominants sur cette question concernant la sécurité dans les établissements scolaires sont plutôt liés à la reproduction sociale de la violence. Elle pose le postulat selon lequel la société camerounaise toute entière est en déliquescence. Et que, par conséquent, cette maladie affecte inévitablement tous les maillons de la chaîne. Les milieux éducatifs influencés par les fléaux sociaux, ne sauraient être en reste. Cet avis se retrouve particulièrement chez le journaliste-blogueur Dania Ebongue pour qui le drame du lycée Bilingue de Deïdo est juste le résultat d’une négligence totale : « Nous sommes tous responsables et coupables. »

Cet aveu d’impuissance et d’indignation s’inscrit sous un double plan :

D’une part, la violence

La violence est inscrite au cœur des comportements des Camerounais à travers la vie au quotidien. Elle se vit à la télévision à travers les débats, dans la religion à travers la négligence des bonnes mœurs qu’on peut notamment observer chez les chrétiens, et surtout dans les réseaux sociaux où la parole s’exprime dans une vulgarité sans pareille.

D’autre part, la négligence

En plus de la violence, la négligence, ou si l’on veut, la non-assistance à personne en danger est devenue une monnaie courante. Oui, il faut tout de même l’avouer, les Camerounais sont frileux de l’info à sensation, téléphones portables aidant. Il suffit d’une scène de démence d’une jeune fille qui hôte ses vêtements, d’une bagarre ensanglantée, d’un accident de circulation, etc. pour voir les gens se bousculer pour filmer afin d’avoir la primeur des images sur Facebook ou Twitter. L’essentiel ici n’est pas de sauver des vies ou protéger l’intimité des personnes, mais c’est d’être celui ou celle qui était là au moment des faits. Au lieu de parler de négligence, je parlerai plutôt de manque d’éducation citoyenne, ou mieux d’ignorance.

L’hôpital n’est pas en reste et passe à la trappe

La vidéo qui circule sur la toile montrant les médecins et les infirmiers dans une salle exiguë en train de filmer l’élève Osman en plein massage cardiaque se passe de tout commentaire.

Une critique vive a été adressée au personnel hospitalier pour comportement non professionnel : filmer le malade et son corps et partager la vidéo sans l’avis de ses parents, pratiquer le massage cardiaque pour quelqu’un qui a eu un cœur perforé au lieu de l’utilisation du défibrillateur cardiaque, pratiquer le massage cardiaque dans un lit à ressorts au lieu d’une surface plate pour éviter des rebonds, etc. De l’absence de la conscience professionnelle à l’incompétence, tout le personnel est passé à la trappe des critiques acerbes des internautes.

Peut-on engager une accusation ou une plainte contre le personnel de l’hôpital pour négligence ? « Difficile », avoue l’avocat au barreau du Cameroun, Me Kakak. Pour lui, la vidéo ne fournit pas suffisamment d’éléments nécessaires pour engager une action judiciaire et imputer à ce personnel de l’hôpital la responsabilité de la mort de l’élève pour négligence médicale.

Et la réaction du gouvernement alors ?

Le proviseur du Lycée bilingue de Deïdo étant permissionnaire, la seule autorité qui s’est manifestement prêté au jeu de questions-réponses des journalistes a jusqu’ici été le censeur de l’établissement. On pouvait lire sur le visage de Maurice Seyapdje, le désarroi et la gêne qui caractérise un homme sous le coup du choc. Curieusement, quatre jours après les faits, la ministre de l’enseignement secondaire, Nalova Lyonga, n’a daigné s’exprimer sur ce drame. Manifestement, elle se la coule douce dans son bureau feutré et sa villa douillette de Yaoundé. Qui sait ? Par contre, son collègue de la santé publique, Manaouda Malachie, a, à travers un tweet, promis des sanctions aux personnels hospitalier après avoir ordonné un conseil de discipline au sein de l’hôpital, prévu pour lundi 1er avril 2019.

Ainsi va la tyrannie.


Arrestation de Maurice Kamto et Cie : le théâtre de l’arbitraire

L’arrestation et le procès des manifestants du 26 janvier 2019 continuent de meubler la une de la presse camerounaise. Après l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 pour laquelle Maurice Kamto, président du MRC, continue de revendiquer sa victoire, après la « Marche blanche » du 26 janvier 2019 organisée dans plusieurs villes au Cameroun et à l’étranger, après l’arrestation des manifestants et du leader les 26 et 28 janvier 2019, l’actualité est meublée par les procès retentissants de Maurice Kamto et des manifestants au tribunal militaire de Yaoundé, tribunal d’exception, commis pour la circonstance depuis quelques jours déjà.

Je vous ai raconté brièvement le film de ce que le MRC appelle « Marche blanche » dans un billet. Et j’avais promis de revenir vous donner la suite de l’événement qui s’est soldé par des arrestations de certains manifestants. Plus de quatre semaines sont passées et voilà que beaucoup d’eau a coulé sous le pont. La rédaction de mon billet s’est achevé au soir du 28 janvier où la nouvelle de l’arrestation de Maurice Kamto me parvenait. Voici déjà 45 jours que le leader du MRC est incarcéré avec presque 160 manifestants à la prison central de Kondengui à Yaoundé. Au moment où je rédige ce billet, 11 manifestants ont été acquittés et 26 autres ont été inculpés.

Il faut d’ailleurs préciser que tous l’arrestation des manifestants détenus n’a pas eu lieu dans les mêmes circonstances. Il y a d’ailleurs beaucoup de curiosités que j’ai apprises durant les procès en cours et que je vous ferais découvrir incessamment. Ça sera un peu, je dirais même, trop long de relater tous les faits ici dans le cadre de cette série de billets que je m’en vais vous proposer. Mais quelques exemples suffiront pour vous montrer le caractère arbitraire de l’inculpation qui n’est pas loin d’un imbroglio théâtral. L’essentiel ici est de montrer, par des exemples illustrant l’arbitraire et la volonté des autorités camerounaises d’anéantir les forces alternatives en sapant ainsi les principes universels de la justice, de la gouvernance et de la démocratie.

Quelques rappels et contexte de l’arrestation

Au cours de la « Marche blanche » organisée le 26 janvier dans les principales villes du Cameroun, à Paris, à Berlin, à Bruxelles, à Washington DC, etc., quelques manifestants et deux des responsables du du MRC de Douala reçoivent quelques balles dans leurs jambes pour les uns et dans leurs cuisses pour les autres tirées par la police. Cette barbarie policière oblige Maurice Kamto et quelques-uns de ses alliés politiques lors de la présidentielle d’octobre 2018, notamment Christian Penda Ekoka, à prendre la route pour Douala. Arrivés dans la ville dans l’après-midi, ils sont rejoints par un autre allié, Albert Dzongang.

Le leader et ses compagnons font un tour dans les centres hospitaliers où les militants et manifestants blessés suivent des soins après la fusillade du matin. C’est après ce détour que Maurice Kamto et ses hommes reviennent dans la rue principal de l’Hôpital Général de Douala envahie par des manifestants excités où il fait une déclaration au cours de laquelle il demande à la population de ne pas baisser les bras.

Voilà pour résumer, la dernière sortie de Maurice Kamto en public le 26 janvier avant son arrestation le 28 janvier 2019. Que s’est-il passé entre-temps ? Qu’a fait Mauricie Kamto et ses partisans entre le 26 et le 28 janvier pour mériter une arrestation subite le le 28 janvier ?

Enlèvement dans un domicile privé

Maurice Kamto, après avoir rencontré les blessés et après avoir galvanisé les militants et les manifestants de la ville rebelle, n’est pas immédiatement rentré sur Yaoundé. Il a profité de cette présence à Douala pour rencontrer ses militants et discuter de l’avenir et de la suite. C’est donc le domicile d’Albert Dzongang qui servait de cadre. Au soir du 28 janvier 2019 vers 19h30 comme ça, les cancres barbouzes en tenue accompagnés d’autres en civil, débarquent subitement dans ce domicile privé situé à Ndogbong dans le 3ème arrondissement. Pour quoi y faire ? Vous vous en doutez bien !

Des supputations sur la présence policière dans un domicile privé ont finalement laissé place à la rumeur jusqu’à ce que toutes les personnes présentes ce soir-là à l’intérieur du domicile ont été embarquées tard dans la nuit pour une direction jusque-là inconnue. Les vidéos et des photos sur arrestation, je veux dire l’enlèvement et la déportation du président Kamto et de ses partisans circulaient sur la Toile.

Les rumeurs ne se sont pas arrêtées là. Beaucoup de personnes s’interrogeaient justement sur les motifs de ces arrestations. Pendant que les uns faisaient allusion aux « manifestations illégales » parce qu’elles avaient été interdites par les sous-fifres des préfectures de la tyrannie la plus vieille d’Afrique, d’autres évoquaient plutôt les motifs « d’insurrection » et de « terrorisme » pour avoir défier l’Etat sauvage et barbare et participer à la destruction des biens, notamment le sabotage des locaux des ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin. Jusqu’aujourd’hui, on se pose vainement la question de savoir comment les gens ont-il pu réussir à pénétrer dans des ambassades sécurisées.

Après l’arrestation, destination Yaoundé

Les informations de leur destination sont peu à peu connues. Aussitôt conduit manu militari à Yaoundé à bord des véhicules de fortune, Maurice Kamto, ses compagnons et tous les militants et manifestants ont été introuvables pendant plus de 48 heures après leur départ de Douala. C’est donc après quelques fouilles minutieuses des avocats commis par le parti que ces personnes ont été retrouvées nonobstant quelques obstructions des agents de la police. C’est après avoir retrouvés les personnes arrêtées que l’opinion constate que mêmes les blessés faisaient partie du convoi nocturne. En fait, des rumeurs selon lesquelles la police serait allée enlever les blessés couchés dans les centres hospitaliers circulaient dans l’opinion. Pire, la police a tiré les blessés de leur lit contre l’avis des médecins. Safoulaye !

Voici d’ailleurs un extrait de l’un des nombreux rapports du collège d’avocats dressés à cet effet qui situe exactement le contexte de l’arrestation que je vous propose de lire attentive. On se croirait dans une fiction de perlimpinpin :

Concernant le cas du professeur Maurice KAMTO et des personnes avec lesquelles il a été arrêté à Douala le 28 janvier 2019, au domicile de M. Albert DZONGANG. Au moment de leur arrestation, vers 19 h 30, le seul document que la police leur a présenté était un mandat de perquisition signé par le Procureur de la République auprès du tribunal de première instance de Douala NDOKOTI. Curieusement, ledit mandat de perquisition contient les noms des personnes suivantes : KAMTO Maurice, PENDA EKOKA Christian et Albert DZONGANG. Lorsqu’ils ont été arrêtés avec près de 80 autres personnes trouvées sur les lieux, à l’intérieur et à l’extérieur de cette maison privée, ils ont été privés de leur téléphone portable, puis emmenés, menottés à la police judiciaire du Littoral (et non au magistrat qui a signé ledit mandat de perquisition), avant d’être embarqué à minuit dans un bus qui prendra la direction de Yaoundé vers 2 heures du matin, les passagers ne pouvant se conformer à aucune fonction physique. Notez que le professeur KAMTO a voyagé menotté, occupant avec M. PENDA EKOKA, un petit siège réservé à une personne. Une fois à Yaoundé, le professeur KAMTO et ses compagnons de voyage ont été conduits au GSO (groupe d’opérations spéciales) où ils sont toujours privés de leur liberté sans que soit notifié aucun acte justifiant une garde à vue ou une détention dans un lieu tel que le GSO qui n’est pas un lieu de détention, mais une Unité de police judiciaire. Ce n’est que le 30 janvier 2019, après des recherches infructueuses et des obstructions par la police, que les avocats ainsi formés ont eu accès au professeur KAMTO ainsi qu’à un petit nombre de personnes détenues depuis le 26/01/2019.

Remarquez bien qu’ici, l’arrestation de Maurice Kamto et compagnie a été faite sur la base d’un « mandat de perquisition » et non d’un « mandat d’arrêt ». Pire encore, c’est un préfet de la ville de Yaoundé qui a signé la garde à vue des personnes arrêtées alors que l’arrestation a lieu à Douala. Cette précision a été soulignée par les avocats eux-mêmes lors de la conférence de presse.

Le saccages des ambassades comme motif de l’arrestation ?

Dans la foulée, le ministre de la communication, informe le public que le ministère des affaires étrangères a reçu en audience l’ambassadeur de la France à Yaoundé pour dresser l’état de la situation par rapport au saccage des locaux de l’ambassade du Cameroun à Paris. A la suite de Gilles Thibault, Hans-Dieter STELL, ambassadeur d’Allemagne à Yaoundé s’est également entretenu avec le ministre Lejeune Mbella Mbella. Le communiqué de René Emmanuel Sadi évoque plutôt une « convocation » tandis que certains observateurs avertis scrutant des habitudes diplomatiques camerounaises font plutôt allusion à la « visite de routine » entre l’ambassadeur de France et le ministre des affaires étrangères.

Cette actualité n’a d’ailleurs pas manqué de secouer les chaumières. L’hypothèse du saccage des locaux des deux ambassades est la plus évoquée pour justifier cette vague d’arrestation à la volée les 26 et 28 janvier. Pendant que les supputations vont bon train, le collège des avocats se bat tant bien que mal pour obtenir, de la bouche des autorités elles-mêmes, les motifs des arrestations, des chefs d’accusation.

Insurrection, rébellion, dégradation de biens publics ou classés ?

Maurice Kamto et les manifestants vont ainsi rester en détention dans le secret pendant les 15 jours de la détention provisoire (ils n’avaient pas droit aux visite, même pas à celles de leurs avocats). Les conditions de détentions restent à déplorer (nous y reviendrons dans le prochain billet). Ce n’est que le 12 février 2019 que le leader et les 160 manifestants vont être présentés au tribunal militaire de Yaoundé pour le début d’une longue série de comparution. C’est à cet occasion que les chefs d’accusation seront donc rendus public.

C’est la présidente de ce tribunal d’exception, qui rend donc public quelques ordonnances d’emprisonnement. On y retient que les chefs d’inculpation retenus sont entre autre : « insurrection, hostilités contre la patrie, rébellion, dégradation de biens publics ou classés, outrage au président de la République, réunion et manifestation, attroupement, caractère politique, destruction et complicité des mêmes faits ».

Ces chefs d’inculpation, notamment ceux concernant l’insurrection, la rébellion et la dégradation de biens publics ont été balayé d’un revers de la main par Me Alice Kom que je vous propose d’écouter dans une vidéo disponible sur les réseaux sociaux :

Après avoir situé le contexte de l’arrestation, vous venez de constater avec moi le caractère arbitraire de celle-ci. La surprise la plus patente au cours des audiences qui ont commencé depuis le 12 février 2019, c’est la présence des personnes arrêtées en pleine rue en train de vaquer à leur occupation. Ils n’étaient même pas manifestants ! Quelle barbarie ! Comment cela peut-il être possible. Que s’est-il passé, en fait ? Le film de l’arbitraire n’est pas loin de se terminer.

Cela fera l’objet d’un autre billet, mais avant, laissez-moi vous parler un peu de la vie en détention des manifestants. Après l’arrestation, le leader et ses partisans vivent des moments pénibles dans des conditions difficiles de leur détention, surtout pour le cas des blessés. Je vous livre les faits dans le prochain billet la semaine prochaine.


Que vaut un mariage avec une mineure ?

Le 14 février, jour baptisé « Saint Valentin » est considéré comme la fête des amoureux. Ou si vous voulez, le jour où deux personnes amoureuses l’une de l’autre, célèbre leur amour. Je me suis souvent amusé avec cette question stupide de savoir à quel âge peut-on être amoureux ? Pas véritablement, mais amoureux tout simplement. Plus encore, la problématique sur le mariage me semble opportune pour juger de la pertinence des sentiments amoureuses afin de le célébrer. Peut-on sceller un mariage avec une personne dont on n’est pas sûr de ce sentiment ? Le mariage est-il l’aboutissement d’un amour accompli ou confirmé ? Sinon, c’est quoi alors le mariage ?

Les trois formes de l’amour, selon la tradition grecque, philos, éros et agapè se définissent communément par le don de soi. Mais, ce qui distingue l’agapè des deux premières, c’est la réciprocité et l’équivalence du don. Autrement dit, l’amour agapè est celui dont on agit, on se sacrifie sans attendre le retour de l’ascenseur. Par cette distinction, on peut donc affirmer aisément que l’amour dont le monde entier célèbre tous les 14 février est celui qui est défini selon la tradition de l’agapè. Faire un don, je veux dire, se donner physiquement, intellectuellement, financièrement, et que sais-je encore, sans attendre de l’autre, est considéré bel et bien, au sens de l’agapè, comme de l’amour. En ce sens, ce type d’amour ne peut pas seulement exister entre deux personnes qui pourrait avoir un projet de mariage plus tard. Puisqu’une mère ou un père sont amoureux de leurs enfants et vice-versa.

Au fait, le 14 février est considéré comme la fête de l’amour, cet amour défini comme le don de soi entre deux personnes qui souhaitent partager leur vie et fonder une famille. Peut-on, jusque-là, dire que ce sentiment d’amour agapè a un âge ? A priori, non. Peu importe l’âge, au moins pour une personne qui sais déjà exprimer ses sentiments, l’amour n’a pas de frontière, dira-t-on. A 10 ou 15 ans, par exemple, une personne est capable d’avoir la volonté de se donner à fond par amour. Oui, ça existe aussi, faut pas se leurrer. Cependant, est-il possible, au-delà de l’amour, qu’une vie commune soit envisagée entre cette personne de 10 ou 15 ans avec une autre plus âgée, donc plus mature que celle-là ? La question devient plus compliquée.

Puisque l’aboutissement de l’amour est, pas forcément, un mariage, il est évidemment de considérer cette relation comme « anormale ». La consommation du mariage implique le sexe, la relation sexuelle, donc. Du coup, la question deviendrait : peut-on permettre la consommation de mariage, ou des relations sexuelles entre une personne mineure et une autre majeure ? Vous voyez alors vous-mêmes que la réponse devient évidente : c’est NON ! Dans ce cas, pourquoi certaines sociétés africaines, voire camerounaises permettent-elles ce type de mariage. Pourquoi faut-il cautionner ce qu’on pourrait même appeler le « viol d’enfants » ou le « viol de mineur » ?

Selon certaines sociétés traditionnelles, puisque c’est d’elles qu’il s’agit généralement, ce type de mariage est considéré comme une forme d’éducation, je veux dire, de socialisation. C’est-à-dire un mariage entre une mineure et un adulte qui aura pour rôle de socialiser la jeune fille mineure. Cette socialisation consiste à l’apprentissage du rôle de la femme dans l’entretien du ménage. Au lieu que ce rôle soit assuré par la mère de la fille, c’est plutôt au mari que revient ce devoir. Dans ce type de société, les filles sont même déjà prises avant, ou dans une moindre mesure, à la naissance. La famille de la fille n’avait plus intérêt à garder l’enfant pour des raisons selon lesquelles l’entretien leur coûtait assez d’argent. On exhortait donc le futur mari à prendre la jeune fille pour continuer sa socialisation.

Si l’on considère que l’intention des acteurs est bonne et que le mari s’occupe effectivement de la socialisation de la jeune fille, la question qui reste posée est celle de savoir si l’intérêt de la jeune est préservé ? Autrement dit, est-ce que toutes les filles qui sont mariées avant 18 ans, puisque c’est l’âge minimum de mariage selon Unicef, ont choisies ce style de vie ? Pourquoi leur volonté n’a jamais été prise en compte, je dirais même pourquoi la société n’a pas intérêt à connaitre la volonté de l’enfant ? Si l’on estime que la fille, à travers l’amour agapè, peut avoir la capacité du don de soi, pourquoi sa volonté n’a jamais été requise ? Pourquoi ce type de mariage empêchent les filles qui le souhaitent de continuer leurs études si tel est que le mari va assurer sa socialisation ? En fait, si l’objectif est de socialiser la fille directement dans le foyer par son mari, il devient encore évident que le mariage, pour ces sociétés, n’est pas défini comme une union entre deux amoureux. Par ricochet, les 14 février ne concerne pas alors ce type de couple ? En réalité, la raison est ailleurs.

On peut mettre ces pratiques dans le registre de l’instinct de domination masculine qui hante encore notre société. Cet instinct de domination est une pratique encore trop prégnante dans nos sociétés africaines. La preuve, selon le code de la famille au Cameroun, l’homme reste et demeure le chef de ménage. C’est lui qui assure la tutelle de la femme.

Aujourd’hui, les mentalités ont évolué. Les femmes, de plus en plus scolarisées, ne se laissent plus manipulées, je veux dire trompées. Car le mariage avait toujours été considéré comme la manifestation de force de l’homme sur la femme à travers généralement le pouvoir financier. La femme, étant sous la protection de son mari, elle avait le devoir d’être docile parce que, dit-on, aller en mariage c’est « réussir sa vie ». L’émancipation, si je peux le dire, de la femme, a complètement changé la donne au point où celle-ci n’est plus considérée comme un fait-valoir malgré la persistance de ce pouvoir chez les hommes. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle les femmes ayant un niveau d’instruction assez élevé et/ou un pouvoir financier acceptable, trouvent difficilement un homme pour le mariage.

Il ne faut pas non plus éluder la question de la pauvreté des parents de la fille. C’est d’ailleurs l’un des facteurs majeurs des mariages précoces, surtout en Afrique subsaharienne. Prendre une dot d’une fille à peine née n’est-il pas le fait avéré d’une paupérisation de sa famille ? Généralement, dans ce cas de figure, le poids de la tradition ou la culture est moins fort que celui du pouvoir financier du futur mari. La cible de celui-ci est surtout les filles des ménages pauvres. Il met en avant son pouvoir financier qui est considéré comme une garantie que la fille ne mourra jamais de faim et qu’elle est entre de « bonnes mains ». Certains esprits malins auront toujours tendance à justifier ces pratiques pour la simple raison que beaucoup de filles qui les ont vécues ont fini par réussir leur mariage malgré les difficultés qu’elles avaient endurées.

La question principale posée au début de cette démonstration reste telle quelle à savoir : que vaut le mariage avec une mineure ? La question reste toujours posée tant qu’elle ne trouvera pas de réponses adéquates. Mais en attendant, ne peut-on pas arrêter de pratiquer et de soutenir ou encourager ce type de phénomène qui ne nous honorent pas ? Mais alors, sachez-le tout de même qu’en Afrique « 12 millions de petites filles sont mariées de force chaque année. Cela représente 12 millions de filles privées de leur enfance et de leurs rêves ». C’est déjà si préoccupant et suffisamment grave pour nous restions toujours à regarder nos filles dont la destinée a été arrachée de force.

Vivement la fin du mariage précoce !


Long récit d’un week-end à Kribi, chez Cathy

Kribi est l’une des villes balnéaires du Cameroun. Au bord de l’océan Atlantique, ses plages long de plusieurs kilomètres m’ont fasciné. Je souhaite partager avec vous quelques moments forts de mon « court séjour privé » à Kribi sur l’invitation d’une charmante femme au grand cœur, Cathy.

Du vendredi 8 au lundi 11 février, l’occasion faisant le larron, le long week-end (les 11 février sont fériés au Cameroun à l’occasion de la fête nationale de la jeunesse, ndlr) a été un prétexte pour se donner quatre jours de plaisir. Cathy préparait également l’anniversaire de son fils unique, Carl. Belle opportunité donc de faire une pierre deux coups.

J’avoue que de prime abord j’ai été agréablement surpris par la logistique prévue pour l’anniversaire de Carl, son fils chéri. Je m’attendais à voir une simple, ou alors, une petite organisation pour un anniversaire, je voulais dire en bon français qu’elle a mis les petits plats dans les grands (c’est comme ça qu’on dit non ?).

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Chutes de la Lobé à Kribi. Crédit photo : Yves Tchakounte

Pour vous dire sincèrement, j’aime voyager. J’aime découvrir le pays, notre beau pays, le Cameroun. La critique qu’on adresse souvent et généralement aux Camerounais et surtout les jeunes, c’est qu’ils ne connaissent pas leur pays, même géographiquement parlant, sans entrer dans le fond de l’Histoire, comme disent les historiens. Mais, ce n’était d’ailleurs pas ma première fois d’aller à Kribi, hein. J’y était déjà en août 2018 lors de l’assemblée généralement de l’Association des Blogueurs du Cameroun (ABC) dont je suis membre.

Qu’est-ce qui m’amène à Kribi ? Ma première motivation qui suscite ma décision d’aller à Kribi c’était justement pour rencontrer Cathy. Elle, comme beaucoup d’autres d’ailleurs parmi mes amis, fait partie de la promotion de 1999 de la filière Communication et Sociologie de l’université de Douala. Donc, tout juste après celle de 1998 dont je fais partie. N’ayant jamais eu à reconduire des UV de rattrapage, il m’était impossible de la croiser. Ce qui n’était pas le cas des autres de ma génération de 1998 qui la connaissent mieux que moi, comme ma douce bien aimée Priscille. Pardonnez-moi, c’est une vieille histoire d’amour d’adolescente, oups, j’allais dire de jeunesse. Nous étions dans la vingtaine, voyons ! Difficile d’oublier cette femme-là qui a fait trembler mon cœur pour la première fois en fac. Bon, c’était une parenthèse. Je disais donc que j’avais une grande envie de connaitre cette femme potelée, grande et imposante au visage toujours si joviale. Qui est cette femme qui a réussi à créer un groupe WhatsApp d’anciens compagnons de route de la fac qui se sont perdus de vue depuis presque 20 ans ? Oui, je dis bien 20 ans, pas 20 jours.

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A l’entraînement de Carl au bord de la mer à Kribi. Crédit photo : Yves Tchakounte

Le voyage de Douala pour Kribi, 175 km environ, a été long, mais pas ennuyeux au point où je ne voyais pas le temps passé. Lorsque vous avez un objectif à atteindre, difficile de vous rendre compte des tracasseries rencontrées à l’agence de voyage Transcam. Elle est actuellement la seule agence crédible pour se rendre à Kribi dans les conditions acceptables. Difficile de vous raconter comment j’ai failli avoir le souffle coupé quant aux conditions d’accueil et de traitement des voyageurs. Que dire alors pour les conditions de voyage des passagers fragiles comme moi ? Aucune précaution, aucune mesure n’est prise pour des personnes fragiles comme les handicapés, les femmes enceintes, les personnes de troisième âges, et que sais-je encore ? Mon premier critère de jugement sur la qualité d’un service dans toutes les entreprises, pas seulement des agences de voyage, n’est pas le luxe, hein, mais ce sont des mesures prises pour le respect de ces catégories de personnes, quel que soit le prix à payer. Si les agences de prestige faisant le trajet de Douala-Yaoundé-Douala n’ont prévu aucune mesure, je dis bien aucune pour la protection des plus faibles, ce n’est pas Transcam qui le pourra. Je vous épargne donc de toutes les mésaventures que j’ai subies dans cette agence, au départ comme au retour.

Arrivé à l’agence située au quartier Yabassi à 13h30, c’est autour de 17h45 que mon bus a quitté le quai, je veux dire la chaussée, puisque l’agence manque même d’espace au point où le débarquement à Douala a lieu sur la chaussée, sur la voie publique, quoi. Nous sommes arrivés à Kribi autour de 23h30 à peu près. C’est Rigo qui a eu l’amabilité de venir me chercher à cette heure tardive de la nuit avec sa voiture. Il fait également partie de la promotion de 1999, comme Cathy. Donc, lui également, je ne l’ai jamais rencontré. Heureux également de faire sa connaissance. Les camarades de classe qui ne se connaissent pas, hihihi, ça fait rire, mais c’est vrai. Arrivé chez Cathy, la première impression que j’ai eue d’elle, femme grande, potelée, imposante, se confirmait. Un peu tendue ? Peut-être oui, parce que déjà fatiguée de m’attendre jusqu’à tard à pareille heure, mais contente et rassurée que je sois enfin arrivé. C’est l’essentiel. Dieu soit loué !

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A la fin de la messe à la paroisse saint Joseph de Kribi. Crédit photo : Yves Tchakounte

Toute la maisonnée dormait déjà. Seul bémol, impossible d’avoir une chambre d’hôtel depuis la journée de vendredi juste après mon départ de Douala. Elles étaient toutes occupées par des « étrangers » comme moi qui venaient à Kribi pour participer aux obsèques du chef Batanga décédé en début janvier avec femme et enfants dans leur voiture. Je me suis débrouillé comme un bon garçon du « poulailler » (nom donné à l’un des campus de l’Université de Douala réputé pour son isolation et son délabrement). Quels souvenir ! Première nuit sur le canapé en cuir noir de Cathy. Mais la mousse du canapé-là était bien, hein ! Il fallait avoir une pièce pour que je sois à l’aise. Malgré milles et une choses à faire à la fois toute la journée de samedi, Cathy a pu trouver un motel pour moi. Les autres nuits c’était donc dans une chambre de fortune à quelque mètre de la maison, je peux même dire à un jet de pierre. C’était des chambres de passe. Je ne vous la décris pas, c’est sans commentaires. Mais, il le fallait. Passons.

La journée de samedi a été vraiment celle des promenades. Carl avait son entraînement de karaté ou de judo, je n’en sais pas trop. Après un petit déjeuner copieux en compagnie de Philippe, le papa de Carl, le chauffeur de Cathy, humm, elle a un chauffeur, hein, attention ! Je disais donc que le chauffeur me fait faire le tour de la ville. Mais, il fallait que je fasse un tour aux entraînements de Carl pour le soutenir. Il nous avait devancé avec son papa tout juste après leur petit déjeuner. Après quelques minutes aux entraînements, qui se déroulaient de manière exceptionnelle au bord de la mer, accompagnée des jeunes venus de Yaoundé, mon chauffeur, oui, oui, le jour-là c’était mon chauffeur, si vous voulez sautez et vous calez en l’air, m’amène visiter les chutes de la Lobé. Ah les chutes de la Lobé ! La Lobé c’est un fleuve de 160 km qui prend sa cource dans le bassin du Ntem et se jette dans l’océan.

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Visite des chutes de Lobé à Kribi en pirogue. Crédit photo : Yves Tchakounte

Bon, pour vous dire vrai, c’est la première fois que j’approchais la mer de plus près. Douala n’a qu’un fleuve, le Wouri, qui est trop loin de la mer proprement dite. Par contre, l’eau des chutes vient du fleuve Lobé en provenance du village des pygmées en le logeant se jette directement dans l’océan Atlantique à Kribi. Cela m’a tellement émerveillé à tel point que j’ai sollicité aller à pirogue admirer cette chute à presque un mètre ou deux.

Oui, j’ai vu comment l’eau descendait du haut pour se jeter dans l’océan à grand coup de fracas à fendre le cœur d’un peureux. Je rappelle, à ceux qui ne le savent pas, qu’une chute est un phénomène naturel qui est définie comme la descente de l’eau d’un point haut h1 vers un point bas h0. Ce qui fait la curiosité de la chute ce n’est pas la descente de l’eau en tant que telle. C’est plutôt le fait que l’eau descend de manière intermittente depuis la nuit des temps sans arrêt et au même rythme en fonction du débit. Je dis bien sans arrêt : elle descend, descend, descend de lundi à dimanche, du 1er au 31, de janvier à décembre. N’est-ce pas merveilleux ! Quel que soit la distance entre h1 et h0, la chute attire toujours du monde par ce simple fait. La hauteur de la chute de la Lobé n’est même pas très élevée. Mais ce qui est impressionnant c’est sa largeur qui peut atteindre 90 ou 100 mètre. Si vous allez en période plein régime, entre septembre et novembre, c’est-à-dire en pleine saison de pluie, le spectacle des cascades est encore plus impressionnant.

Lorsqu’on vous la raconte ou lorsque vous voyez la chute en image photo ou vidéo, vous n’avez pas l’impression que c’est merveilleux. Mais, lorsque vous approchez la chute à bonne distance, vous vivez ou ressentez une sensation qui traverse tout votre corps. C’est ce qui m’est alors arrivé ce samedi 9 février. Comme on dit souvent : ça se vit, ça ne se raconte pas. Ça se conte même qu’il y a des « esprits » dans les chutes. C’est l’une des merveilles de Dieu, me dit-on. Moi je ne sais pas, j’entends aussi seulement, hein. C’est une chute qui fait courir beaucoup de monde venant de partout. J’ai même rencontré un ancien voisin de mon ancien quartier à New-Bell venu se faire plaisir en compagnie de sa femme et de son fils d’à peine deux mois.

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L’une des attraction de la plage à Kribi au bord de l’océan Atlantique, le statut de sable. Crédit photo : Yves Tchakounte

De retour chez Cathy, l’anniversaire de Carl se préparait avec tout le cérémonial qu’on peut imaginer. Tout cela m’impressionnait parce que je n’imaginais pas, malgré le sociologue que je suis, qu’il y avait encore des personnes qui pouvaient consacrer autant d’énergie physique et intellectuel pour un anniversaire. Oui, c’est impressionnant par ces temps difficiles. Cathy a mis vraiment le paquet et elle souhaitait avoir ses amis de la fac auprès d’elle. Fiasco ! Tout le monde a répondu au abonné absent. « Charlot, heureusement que tu étais là, tu as sauvé l’honneur », me répétait-elle. C’était un moment vraiment grandiose qu’elle offrait à son fils chéri, je veux dire son amour de fils.

Après le déjeuner de mbongo viande de bœuf et accompagné de plantains vapeur, j’avale quelques canettes de bières avant d’aller rejoindre ma nouvelle chambre que Cathy a fait des pieds et des mains pour trouver. Dieu merci. A un moment, je m’en voulais de lui faire trop de la peine avec tout ce qu’elle avait à faire à la fois et en même temps : cuisine, gâteau, braise, courses, décoration, animation, chaises, services, même imprésario, elle était à l’attaque, hihihi… Pauvre Cathy ! Mais curieusement, elle s’en est sortie de la plus belle des manières.

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L’une des attraction à Kribi, la « Guigui à gogo ». Crédit photo : Yves Tchakounte

Dimanche, jour d’anniversaire. Il faut aller à l’église, à 11h. Direction, paroisse Saint Joseph de Kribi où j’ai pouffé de rire en entendant le prêtre de séant conjurer ses ouailles d’offrir comme cadeaux du 14 février (la Saint Valentin) le pagne du 8 mars (la Journée Internationale de la femme). Timing respecté tout de même. Fin de la messe. Photos de famille et selfies à gogo. Le retour à la maison pour le show se fait en convois. A peine arrivée, Cathy se tue à la tâche. Pas de fausses notes, ici c’est sur mesure.

C’est le tour des enfants qui pouvait commencer. Il fallait les ambiancer avec des animations diverses pour les secouer un peu. Des jeux tels que le souffle des ballons à pomper (il faut souffler afin d’avoir la plus grosse boule pendant un temps précis) ; le jeu de chaise (il faut danser autour des chaises et s’assoir à l’arrêt de la musique. Le nombre de chaises étant inférieur au nombre de danseurs, le vainqueur est celui qui aura réussi à s’assoir à chaque tour d’élimination en supprimant également une chaise au fur et à mesure) ; le jeu du meilleur danseur. J’étais le jury de circonstance. Plusieurs catégories étaient représentées : enfants, filles et garçons. J’avoue que, dans leur catégorie, les garçons m’ont beaucoup émerveillé avec une chorégraphie bien exécutée. Ce qui a fait de Carl le meilleur danseur c’est que, à la différence des autres copains, il était très enthousiaste. Il était dans son assiette, comme on dit en bon français.

La dernière partie était le tour de manger. Curieusement, contrairement à ce que je pensais, les enfants sont ordonnés ici. Chacun attend son tour. Impressionnant. Après c’était le tour de la coupure du gâteau d’anniversaire. Un gros gâteau, hein ! Pas vos poussins-là que vous partez acheter dans la boulangerie des Blancs en ville. Chaque enfant a eu sa tranche de gâteau et un un quart de verre de champagne. Vous voyez vous-mêmes que Cathy n’a cessé de faire dans la dentelle ! Après, il y avait la remise des cadeaux d’anniversaire. Un moment spécial avec le cadeau spécial des parents de Carl, des amis de la fac de Cathy. Vers 18h, il fallait libérer les enfants pour leur permettre d’arriver à la maison avant la nuit.

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A table pour les canettes de bière à Kribi. Crédit photo : Yves Tchakounte

19h, c’est le tour des grands. Ah oui, il y avait deux parties dans ce show ! L’apéritif était en grandeur nature. Malgré le nombre réduit de personnes présentes, sélection sur mesure oblige, des bouteilles de whisky ont été vidées. N’écarquillez pas vos yeux comme ça, je n’ai même fini mon verre de whisky. Mon goût c’était le vin rouge et les canettes de bière. Je ne vous donne pas le nombre de bouteilles vidées. Ça ne vous regarde pas. Sachez tout simplement que le repas était copieux, excellent et bien agrémenté. Cathy n’avait pas lésiné sur les moyens.

C’est à cet instant que j’ai enfin compris pourquoi elle s’y était mise et qu’elle tenait à marquer ce moment. Avant l’ouverture du buffet, elle est revenue sur son histoire à la naissance de Carl. Son histoire avec Carl m’a émerveillé. En fait, tous les camarades de sa promotion, comme Rigo, ont vécu la naissance de Carl qui a eu lieu à un moment exceptionnel où le concours de beaucoup parmi nous a été apprécié à sa juste valeur. J’ai également compris pourquoi elle tenait à ce que ceux qui ont connu et vécu cette histoire viennent célébrer avec elle ce qu’elle appelle elle-même « le miracle ». Dix ans ce n’est pas 10 jours ! Il faut le faire !

Fatigué par le « mangement » et le « boivement », c’est Rigo qui a été mon sauveur. Il était 22h à peu près. Il m’a raccompagné dans mon logis avant de prendre la route du retour pour le chez lui. Merci encore mon grand. « Je vous verrez ».

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Un tour à la plage à Kribi pour contempler la mer. Crédit photo : Yves Tchakounte

La journée de lundi 11 février, c’était le jour d’au-revoir. Petit déjeuner copieux encore comme d’habitude, ouf ! Mon ventre ! J’étais bourré. Quatre jours de bouffe. Une petite curiosité : une boîte de lait en poudre d’un kilo qui était pleine le samedi était déjà vide le lundi. Ouais… les camerounais savent manger !!! Une autre curiosité, je suis rentré à Douala avec un gros paquet ! Je veux dire un gros cadeau ! Vous ne comprenez pas encore ? Je suis en train de vous dire que je pars à l’anniversaire où j’étais censé apporter un cadeau, c’est plutôt moi qui rentre avec un cadeau. Vous avez compris maintenant ? Vous voulez encore savoir quoi ? Que je vous dise le contenu du cadeau ? Non, pas la peine. C’est un secret que je garde pour moi.

Mais sachez tout de même que je vais retourner à Kribi. Cette fois-là ce sera pour une invitation spéciale de Cathy qui me fera l’honneur de bien visiter Kribi. Nous n’avons pas eu assez de temps pour causer. Ce n’est donc qu’une partie remise.

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Le jour du départ, la nostalgie s’installe déjà. Kribi va me manquer. Crédit photo : Yves Tchakounte

Je vous rappelle que mon voyage n’avait qu’un seul but : rencontrer et connaitre cette femme qui rassemble les gens, Cathy. Ne serait-ce que pour la facilité qu’elle a de rassembler les gens, je peux la considérer comme un leader. Pour moi, j’aime rencontrer les leaders, j’aime les côtoyer, j’aime les toucher parce qu’ils ont beaucoup de choses à m’apprendre. J’ai appris de Rigo que c’est depuis la fac qu’il a fait cette remarque selon laquelle Cathy a le don de rassembler les gens. J’ai aussi appris de la bouche de Rigo que Cathy, parmi nous, notre génération, a été l’une des premières à trouver un emploi. Là, je ne peux même pas douter. Dieu ne peut pas vous donner un don sans vous donner les moyens de l’accomplir.

Ce que j’ai encore appris chez Cathy, c’est le plaisir qu’on a quand on partage. Tous les leaders ont cette qualité : le partage, le don de soi au service du futur. Que deviendrons-nous demain ? Que voulons-nous faire de notre vie ? Les leaders sont toujours comme ça : ils veulent rassembler des gens pour parler du futur, de l’avenir, du bien-être, bref, pas seulement pour parler, mais pour agir sur le monde. Le leader n’est pas seulement un chef de parti politique, un chef d’entreprise ou un président de la république. On les trouve partout et à tous les niveaux de la vie sociale. Et Cathy en est une.

J’ai dit ma part, venez me taper.


Cameroun : chronique des « Marches blanches » du samedi 26 janvier

C’est dans son discours de vœux du 31 décembre 2018 que le leader du MRC annonce l’organisation des « Marches blanches« . En fait, les Marches blanches font partie des stratégies initiées par Maurice Kamto et son parti politique, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), avec pour objectif de s’insurger contre ce qu’ils appellent le « Hold Up ». La proclamation de la victoire de Paul Biya (71%) par le Conseil constitutionnel à l’issue du scrutin présidentiel du 7 octobre 2018 est ce qui a tout déclenché. Maurice Kamto, qui revendique la victoire, réclame le re-comptage des voix à partir des PV.

A la suite de la proclamation des Résultats le 22 octobre 2018 par Clément Atangana, le leader du MRC donne le ton en appelant à la mobilisation populaire. Pour faire plier le pouvoir de Yaoundé, plusieurs activités politiques et citoyennes ont été prévues. C’est ainsi que les Marches blanches commencent donc ce samedi 26 janvier sur toute l’étendue du territoire national et également dans la diaspora camerounais. Pour rappel, les marches blanches ne sont pas les premières activités initiées par le MRC depuis la proclamation des résultats de la présidentielle. Le parti a programmés des marches de Hold Up qui n’ont pas connu le même succès que celles-ci.

Yaoundé, Paris, Berlin, Bruxelles, Londres, Washington, et bien sûr Douala, sont des villes qui ont été les plus mouvementées et les plus médiatisées de cette première journée. Mais beaucoup d’ancre et de salive pour cette journée. Que s’est-il passé réellement ? Je vous fais ici le film de journée telle que je l’ai vécu non seulement comme observateur, mais comme acteur.

Douala donne le ton des Marches blanches

La première journée des Marches blanches commence à Yaoundé par l’occupation du carrefour mythique de la poste central aux premières heures. Les hommes en tenue semblent plus fébriles et n’hésitent pas à passer à l’intimidation à travers le jet de gaz lacrymogène. Mais, les manifestants ne vont pas s’y méprendre et feront montre de sang froid. Le climat se révèle encore plus tendu après des informations, pas du tout agréables, venues de Douala. La police y a été la plus brutale. Tout juste au début des manifestations, l’un des leaders du MRC, Célestin Njamen, qui conduisait l’un des fronts à Douala au quartier Makèpè, a été touché par balles tirées par la police à la cuisse. Au environ de 10h, les Réseaux sociaux (Whatsapp, Facebook, Twitter) sont en émoi.

A l’instant, Me Michèle Ndoki, une autre leader du MRC, à la tête d’un autre front à Akwa, informée, se met en route pour Makèpè pour s’enquérir de la situation. Au cours de la marche, elle est prise au piège et reçoit également des balles de la police à la cuisse. C’était vraiment une histoire de cuisses (?). Sur le champ, Maurice Kamto, chargé de conduire les Marches blanches à Yaoundé, change de programme. Il se rend immédiatement à Douala par voie routière sur la nationale N°3. Entre-temps, au quartier Beedi, au 5ème arrondissement où se trouve l’hôpital général, le climat reste tendu. Les deux leaders y sont conduits pour des soins. Les manifestants, ayant entendu l’arrivée de Maurice Kamto, campent aux environs.

Les réseaux sociaux s’enflamment avec les images (photos et vidéos) des deux blessés qui circulent et font le tour du monde en temps réel. D’autres vidéos circulent avec en prime un policier qui tire une balle à la jambe d’un manifestant aux mains nues et le dos tourné. Du coup, les avis sont partagés sur la Toile. Les partisans du régime de Yaoundé (les Camerounais ont créé un terme pour les désigner : les sardinards) crient à la manipulation du MRC. Pour eux, ces deux leaders n’ont pas reçus de balles, ce ne sont que des simulations pour révolter les Camerounais. Pour d’autres, ils n’ont reçu que des balles blanches. Pire encore, il y en ont qui auraient souhaité les voir touché au cœur ou à la tête.

L’ambassade du Cameroun à Paris, saccagée

Les informations venues de Douala ne laissent personne indifférent. Vers midi, Paris n’est pas en reste et fait parler d’elle. Le mouvement qui se fait appeler Brigade Anti-Sardinard (BAS) est mis en branle. En fait, la BAS est ce mouvement des Camerounais de la diaspora créé après la proclamation des résultats de la présidentielle pour protester contre la réélection frauduleuse de Paul Biya. Son objectif est de contrecarrer toutes actions des « sardinards ». Sardinards est créé à partir de la sardine. Les meeting du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) sont généralement des occasions de réjouissances où les boîtes de sardine et du pain sont offerts en présents aux manifestants. D’où ce vocable.

A la fin de la présidentielle, la BAS s’est principalement illustrée dans la traque des artistes musiciens Camerounais en Europe. Tous les artistes qui avaient accepté le cachet du RDPC lors des meetings de la présidentielle ont vu leurs concerts sabordés, notamment en France. Cette affaire de sabordement a tellement fait couler beaucoup d’ancre et de salive qu’elle s’est même un peu calmée. Curieusement, cette BAS a encore fait parler d’elle ce samedi 26 janvier. Les manifestants ont débarqué à l’ambassade du Cameroun à Paris et ont tout saccagé. Le personnel et l’ambassadeur sont en fuite, laissant les locaux aux fous-furieux. Les effigies et les photos officielles de Paul Biya vandalisées.

 Kamto arrive à Douala et lance les Marches blanches

Maurice Kamto et ses fidèles alliés et « lieutenants », Richard Penda Ekoka et Albert Dzongang, débarquent à l’hôpital général au chevet de Célestin Njamen et de Michèle Ndoki. Une visite de courtoisie et de soutien morale était nécessaire pour leur remonter le moral. Il faut préciser ici que ces deux membres du MRC représentent le leadership en termes de mobilisation sur le terrain très complexe de Douala, ville cosmopolite. Certains sources font état de ce que la police veut neutraliser ces deux leaders pour « tuer » les Marches blanches dans l’œuf. Anéantis par leurs blessures, ils n’ont même pas eu l’occasion de lancer les Marches blanches comme prévu. Tout avait basculer.

Maurice Kamto, après quelques mètres à pieds, donne sa première impression de la première journée des Marches blanches. La principale information est que le MRC ne baissera pas les bras. L’intimidation qui vient du RDPC, dit-il, ne doit jamais décourager les manifestants, les Camerounais qui ont soif du changement. Il est même allé jusqu’à répondre à l’une des reproches qui lui ont été souvent servi par ses détracteurs. En fait, il lui est souvent reproché de mettre ses enfants à l’abri en invitant les enfants des autres de venir manifester dans la rue au risque de leur vie. Sa réponse a été claire :

Que ceux qui me reproche d’envoyer les enfants des autres dans la rue laissent donc leurs enfants à la maison et viennent en tant que parents marcher avec moi, je suis aussi un parent comme eux.

Salve d’applaudissements. Les manifestants se dispersent et les rues de Beedi se calment peu à peu. Cependant, les réseaux sociaux continuent de bouger. Les images des deux blessés et d’autres continuent de circuler, les vidéos de l’ambassade de Paris polluent l’actualité toute la soirée. Pendant ce temps, les informations sur la prise de l’ambassade du Cameroun à Berlin commencent à circuler.

Le gouvernement passe au menaces

Autour de minuit, les nouvelles sur le point de presse du gouvernement surprennent plus d’un. Le ministre de la communication, René Emmanuel Sadi, est annoncé dans quelques minutes. A sa suite, le ministre de l’administration territorial, Paul Atanga Nji, fera également une annonce. Tout le monde est alors surpris par cette curieuse annonce de monsieur Sardine, pardon, Sadi, qui révèle que la police à Douala n’avait pas utilisé les armes à feu. A la suite de cette annonce, les internautes outrés ont fini par lui trouvé un nom comique « René Sardine ».

L’annonce de Paul Atanga Nji n’a pas aussi manqué de susciter le buzz. En fait, le ministre a d’ailleurs menacé de suspendre la parti MRC par qui tout est arrivé. Les manifestants, les militants et les sympathisants du MRC ont considéré cette annonce comme une blague. Atanga Nji subit le même sort que son collègue ministre et est surnommé « Atanga Bandit ». Beaucoup d’analystes ont d’ailleurs estimés que cette suspension fera plus de mal que de bien. Au lieu de calmer les esprits, elle fera plutôt augmenter la tension. Certains d’ailleurs se sont rappelé de la suspension du Consortium anglophone qui a mis de l’huile sur le feu. Aujourd’hui, les régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) vivent la guerre civile.

Les manifestants sautent sur l’ambassade à Berlin

Comme si les menaces du ministre Atanga Nji ne suffisaient pas, les Anti-Sardinards d’Allemagne passent à l’étape ultime de la journée. En fait, c’est au petit matin du 27 janvier vers 2h que les manifestants saccagent les locaux. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les esprits sont tendus et les gens se demandent même encore le pourquoi du comment de l’ampleur de ces marches blanches. La situation est presque semblable à Berlin comme cela l’a été à Paris. Les bureaux mis sens dessus-dessous, les documents éparpillés au sol, les frigos vidés de leurs contenus et les champagnes ouverts pour célébrer « la prise de Berlin ».

Les internautes s’échauffent davantage. Mile et une questions se posent chez les partisans du régime de Yaoundé qui se rendent finalement compte de la nuisance des tontinards. Le terme tontinards, à l’inverse de celui de sardinards, désigne les partisans de l’opposition et plus particulièrement des militants et sympathisants du MRC. Ce terme est un vocable issu du mot « Tontine » qui est une organisation financière traditionnelle plus répandue et développée chez les Bamilékés. Le Pr Mathias Eric Owona Nguini, politologue, qui l’a popularisé, plus connu pour ses critiques contre le MRC, est celui qui est à l’origine de ce vocable camerounais « tontinards » pour réduire le MRC au parti des Bamilékés. Parti tribal, donc. Le vocable est devenu célèbre et tous les militants et sympathisants du MRC s’en réclament.

Bruxelles, Londres et Washington échappent aux marasmes

Bruxelles

Dans l’après midi vers 14h, les nouvelles des Marches blanches arrivent de Bruxelles. Elles font état de ce que la police est en train de ceinturer la zone pour empêcher toute intrusion. Cette nouvelle arrive comme un cheveux dans la soupe. C’est comme si l’occupation de l’ambassade du Cameroun à Paris était le déclencheur. C’est juste que Paris a donné le ton et l’idée est venue de séquestrer l’ambassadeur à Bruxelles et d’envahir les locaux. Visiblement, il a eu l’écho et a vite fait d’alerter la police belge. Heureusement pour lui !

Les manifestants à Bruxelles se sont donc uniquement contentés des Marches blanches. Plus d’une centaine de Camerounais se sont alors retrouver devant l’ambassade pour un meeting qui a été très bien suivi. Partout dans les réseaux sociaux, les Sardinards jubilent pour l’héroïsme de l’ambassadeur qui a fait échouer le plan des Anti-Sardinards de Belgique. Pendant ce temps, les Anti-Sardinards de France jubilent à leur tour à l’intérieur de l’ambassade à Paris sous le regards agaçant de la police arrivée tard sur les lieu. Quelques bouteilles de champagne trouvées dans les réfrigérateurs des bureaux sont même vidées en l’honneur de la « victoire ».

Londres

A Londres, la situation est presque identique à celle de Bruxelles. La police londonienne a vite fait de venir empêcher les manifestants d’accéder dans les locaux de l’ambassade du Cameroun. La colère était presque à son comble. Des cris de ralliement se font entendre, le drapeau du Cameroun est visible partout. Au finish, on a seulement eu droit à quelques jets de pierres et d’œufs pourris sur les fenêtres de l’immeuble.

Washington

La situation est quelque peu différente à Washington DC. Cette « victoire » des tontinards ou des anti-sardinards à Paris et à Berlin, irritent les sardinards (commencez à vous familiariser avec ces vocables camerounais que j’utiliserai désormais pour désigner les partisans de l’opposition et ceux du parti au pouvoir). La peur les envahit et, tout de suite, ils décident d’assiéger l’ambassade du Cameroun à Washington DC en bloguant l’entrée principale avec un engin du génie civil. Les sardinards ne se font pas prier pour tenter d’intimider les tontinards. Cinq d’entre eux sont venus pour empêcher les casses comme à Paris et à Berlin.

Les réactions n’ont pas tardé

Trois partis politiques

La longue journée marathon de samedi 26 janvier 2019 s’est achevée donc avec cinq réactions importantes. La première est celle du parti politique SDF dont la réputation ne fait plus débat. Malgré sa perte de vitesse depuis la présidentielle au profit du nouveau poids lourd, le MRC, son secrétaire général, le sénateur Jean Tsomelou, a vite fait de condamner la barbarie policière de Douala. Au total, cinq personnes (selon le communiqué officiel du parti publié ce jour) se trouvent dans les hôpitaux pour avoir reçu des balles au pieds comme le témoignent certaines vidéos. Ce qui reste toutefois intéressant dans ce communiqué du SG, c’est la volonté affichée du parti de John Fru Ndi de mettre au côté du MRC pour les prochaines manifestations.

La deuxième réaction est celle de Me Akere Muna. Il avait retiré sa candidature à la veille du scrutin au profit justement de Maurice Kamto. Il intervient à la suite des manifestations de la journée de samedi 26 janvier en accusant le gouvernement : « Oui notre gouvernement est en train de pousser les citoyens à une véritable insurrection! ». Quant à Mme Alice Sadio, présidente du parti Alliance des Forces Progressistes (AFP), elle interpelle tout simplement le gouvernement d’éviter d’agir avec une « telle méchanceté… d’une telle barbarie ».

La société civile

La quatrième réaction vient du bâtonnier de l’ordre nationale des avocats du Cameroun. Me Charles Tchakounte Patie « dénonce et condamne tout usage disproportionné de la force publique à l’égard de la population civile ». En effet, les avocats Me André Marie Tassa, Me Emmanuel Simth et Me Alphonse Ngaliembou, militants du MRC participants aux marches blanches sont provisoirement privés de leur liberté ». Le bâtonnier, au nom du Barreau, a également fustigé la violence infligée à Me Ndoki.

 

Il y a enfin des partis politiques alliés du MRC qui ont rédigé un communiqué. Ils ont battu en brèche les affirmations du ministre René « Sardine » par ces termes :

Nous avons suivi avec beaucoup d’étonnement les déclarations de monsieur le ministre de la communication à la suite des marches pacifiques qui se sont déroulées dans différentes villes du Cameroun. Nous tenons a souligner avec fermeté que ces déclarations sont infondées et sans rapport avec les faits sur le terrain.

Et maintenant… la suite ?

Pour les ambassades mises à sac par les manifestants, les autorités ont signé deux notes de service : pour Paris et pour celle de Berlin. Chacune d’elle annonce la suspension des services dans ces ambassades jusqu’à nouvel avis.

Selon le président Maurice Kamto, les Marches blanches sont loin de s’achever. Selon lui, « la mobilisation doit continuer » pour montrer la détermination du peuple à découdre avec la cleptomanie.

Au moment où je finalise ce billet (lundi 28 janvier à 23h), les informations qui me parviennent font état de l’arrestation de Alain Fogue (à Yaoundé), Richard Penda Ekoka, de Albert Dzongang et bien sûr, de Maurice Kamto qui se trouvait, au moment de son arrestation, au domicile de ce dernier depuis son arrivée à Douala samedi 26 janvier. Rappelons que les leaders qui conduisaient les marches blanches à Yaoundé, Engelbert Lebon Datchoua, Serval Abe, Paul Eric Kingue (Directeur de campagne de Maurice Kamto à la présidentielle) sont aux arrêts depuis samedi. Pire encore, parmi les cinq manifestants blessés et hospitalisés à l’hôpital général de Douala, l’un d’eux, Célestin Njamen, a été exfiltré par la police malgré l’opposition du médecin. Tous sont conduits à la police judiciaire de Douala en, certainement, de Yaoundé.

Au vue de ces dernières informations, les données ont certainement changé.

D’ici là, je vous reviendrai à coup sûr.


Pourquoi la voix du peuple camerounais n’a jamais porté à l’ONU ?

Depuis le dernier discours de Um Nyobe à l’ONU le 17 décembre 1952, le cri du peuple camerounais n’a jamais été entendu en si haut lieu. En fait, l’ONU a toujours comme interlocuteur, après l’indépendance du Cameroun francophone, des personnes officiellement constituées. Pourtant, les voix alternatives, compte tenue de la situation de crise vécue par le Cameroun durant la période d’indépendance, n’étaient pas entendues. Un black-out depuis 1952 et qui vient de voir son dénouement lors du Conseil de Sécurité de l’ONU du 13 décembre 2018.

Que s’est-il passé pour que, en dehors des présidents de la république (Ahidjo et Biya), les voix alternatives soient mises hors-jeu à l’ONU ? Pourquoi l’ONU ouvre-t-elle le dossier du Cameroun en 2018 ? La particularité du Cameroun, compte tenue de son statut, pays sous le double mandat de la France et de l’Angleterre, ne donnait évidemment pas le droit à l’ONU de laisser ces deux puissances coloniales lui damner le pion. S’est-elle réveillée enfin pour reprendre son autorité ? Pour mieux comprendre la rupture et le retour de l’ONU sur la situation du Cameroun, voici une analyse synthétique qui donne, avec détails, les éléments de compréhension de la situation. Le texte est de l’écrivain Camerounais Patrice Naganag (la titraille est de moi).

 

La rupture avec l’ONU

Le Cameroun est donc retourné en décembre 2018, au Conseil de Sécurité de l’ONU. 1959-2018, ça a pris soixante ans. C’est l’évolution d’une situation extraordinaire que les politistes vont analyser à leur manière, mais ils n’auront pas la perspective qui est celle du peuple camerounais, car la voici : le Cameroun a cessé d’être une colonie en 1919, et est passé sous mandat de la SDN, et puis sous tutelle de l’ONU qui l’a confie d’une part à la France, et d’autre part à l’Angleterre.

La partie française, le Cameroun oriental, a été dirigée par la France avec ses autres colonies, et la partie anglaise a été de même dirigée par l’Angleterre avec ses autres colonies, dont le Nigeria. Quant à la partie française, elle est devenue indépendante le 1er janvier 1960 et a pris pour nom la « république du Cameroun ». La partie anglophone cependant, et c’est là où le problème anglophone commence, n’est pas devenue indépendante formellement comme la partie francophone. La différence de traitement est déjà là, et celle-ci s’est empirée quand, n’étant pas devenue indépendante formellement, elle s’est réunifie avec la partie francophone en l’absence totale de l’ONU qui en avait pourtant la tutelle !

La Conférence de Foumban s’est ainsi faite en l’absence de l’ONU, eh oui ! Deux hiatus qui sont essentiels pour comprendre la Deuxième Guerre civile camerounaise (La première guerre civile au Cameroun a eu lieu pendant la guerre de libération menée par les nationalistes, ndlr). Et qui déjà, pour la partie francophone, avaient pour conséquence, le fait que toutes les forces nationales et nationalistes du Cameroun ne soient jamais allées en France porter leurs revendications, ou en Angleterre pour les Anglophones, mais plutôt a New York, a l’ONU : le plus célèbre étant évidemment Ruben Um Nyobe, dont les voyages a l’ONU en 1952, et en 1955, aura été épique.

La manipulation de la France

La politique officielle de la France, pays qui en 1940 avec de Gaulle, avait fait du territoire sous sa tutelle qu’était alors le Cameroun français, une colonie de fait, sa position aura toujours été de rendre le retour du Cameroun a l’ONU impossible. Sinon, de choisir des gens qui parleraient pour elle : ces gens, c’étaient Okala, Daniel Kemajou, Ahidjo, etc. Jusqu’en 1960, il était encore possible d’écouter des voix alternatives, des voix non-officielles, la voix du peuple camerounais donc, à l’ONU. D’où les voyages des émissaires de l’UPC, et donc de Um Nyobe, mais après 1960, la république du Cameroun ayant été indépendante, cela n’était plus possible.

Seul Ahidjo devenait ainsi le représentant du Cameroun, le porte-voix du Cameroun, et cela jusqu’au discours de Biya en 2017 où, a la tribune de l’ONU, il se disait « mendiant de la paix« . De 1960 a 2017 donc, le Cameroun a eu un seul porte-voix a l’ONU – le président de la république du Cameroun, Ahidjo, et puis Paul Biya. La politique d’empêchement des voix alternatives, de la voix du peuple camerounais, instituée par la France jusqu’en 1960, a cependant continué. Et ainsi, le gouvernement camerounais aura toujours tout fait pour rendre une résolution de l’ONU sur le Cameroun, et spécifiquement sur la crise anglophone, impossible.

La dernière tentative aura été une mission expresse du Minrex (Ministère des relations extérieures, ndlr), après la session du Congres américain de 2017, mission dont le but a l’ONU était spécifiquement de rendre une résolution de l’ONU impossible. Politique de lobbying du gouvernement camerounais donc, qui, dans les faits rendait le travail des Anglophones impossible, eux qui se sont joints en 1961 à un Etat francophone – la République du Cameroun – déjà indépendant. Manière de dire que comme peuple ils étaient plutôt piégés dans un Etat constitué !

Le retour grâce à la crise anglophone

Voila les deux données qui ont changé avec l’ouverture au Conseil de Sécurité du dossier du Cameroun (le 13 décembre 2018) – « pays qui produit le plus de réfugies aujourd’hui en Afrique! » y entend-on. Mais l’arrivée du Cameroun au Conseil de Sécurité aura été précédée par l’arrivée de l’ONU au Cameroun, et celle-ci aura été laborieuse, sinon secrète. En juin, je rencontrais encore a New York une dame – je préfère encore taire son nom -, de qui les hasards de mon arrestation m’avait rapprochée, que l’ONU avait taskee sur le Cameroun, avec mandat de deux ans, pour y constituer un dossier conséquent, dossier dont voici sans doute la conséquence.

Elle me disait alors qu’elle ne pouvait pas travailler ouvertement parce que c’est encore au gouvernement camerounais de demander l’intervention de l’ONU, le Cameroun étant indépendant. Et Biya évidemment ne le voulait pas, se plaçant plutôt comme victime d’une agression des populations anglophones – des populations camerounaises donc -, qu’il disait « terroristes ». Ce que le gouvernement camerounais n’avait et n’a cependant pas encore compris est qu’un Etat qui commet des crimes de guerre, qu’un Etat qui commet un génocide, perd automatiquement sa souveraineté, car la protection des peuples est au-dessus de la souveraineté des Etats. Il en est ainsi de tous les pays, et l’ONU a un devoir d’ingérence dans ces cas-la : pour protéger les peuples. C’est pourquoi d’ailleurs elle a été créé en 1949 ! C’est ça son mandat impératif !

Le Conseil de Sécurité en tablant sur le dossier du Cameroun, malgré la double disposition du gouvernement camerounais, politique et de lobbying que j’ai mentionne plus haut, le signifie. Mais ce qu’il reconstitue aussi, c’est le cercle interrompu avec le peuple camerounais, cercle interrompu depuis exactement 1919, avec le départ des Allemands. C’est ici en effet que l’absence de la France lors de la session du Conseil de Sécurité du 13 décembre 2018 devient significative : car c’est elle, la France donc, qui dès 1940 avait mis en oeuvre la politique d’empêchement de la voix du peuple camerounais a l’ONU qui de facto frappait les Anglophones comme peuple depuis 1961. Et c’est elle qui toujours a porté a l’ONU la voix des Etats francophones.

L’Angleterre a pris sa place comme on voit, membre du même Conseil de Sécurité qu’elle est, elle aussi, elle qui d’ailleurs, a libéré la France coloniale de l’Allemagne en 1940. Le cercle se referme.

Une page de l’histoire de notre peuple a été tournée.

Patrice Nganang, écrivain.


Retrait de la CAN 2019 au Cameroun : les raisons de l’échec

La sentence est tombée vendredi 30 novembre. Le Cameroun ne sera pas le pays organisateur de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019. Cette décision a été prise par le comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF), réuni à Accra au Ghana.

Le Cameroun n’a pas tenu son pari… Contrairement aux promesses du président de la République, faites au peuple camerounais dans un discours pompeux, le 10 août 2017, où il affirmait mordicus que « le Cameroun sera prêt le jour dit ». Seize mois après, qu’est-ce qui s’est passé pour que l’organisation de la CAN 2019 soit retirée au pays de Roger Milla ? Cette situation est vécue à Yaoundé comme un échec. Toute honte bue, le gouvernement, par la voix de son porte-parole, n’a pas caché sa déception et crie à « l’injustice ».

Les supputations ont circulé, et continuent de circuler, tant sur les réseaux sociaux que sur les médias pour comprendre ce qui s’est réellement passé pour que le Cameroun se retrouve humilié par la CAF. La plupart d’observateurs orientent leurs analyses sur les origines du retrait de l’organisation de cette compétition africaine. Il existe plusieurs tendances pour expliquer cette déculottée. Pour des raisons de commodité, je vous livre ici quatre analyses. Elles sont tirées sur le volet parmi des centaines qui circulent sur Facebook et publiées par des personnes bien connues du public camerounais. Chacune d’elle explique exactement d’où est venue la faille.

Les 4 raisons du retrait de l’organisation de la CAN 2019

1ère raison de l’échec : l’insécurité (Par Serge Aimé Bikoi)

La première raison de l’échec est d’ordre sécuritaire et c’est l’argument présenté par Serge Aimé Bikoï, journaliste à RTS (Radio Télision Siantou). La RTS c’est une chaîne urbaine émettant à Yaoundé et ses environs. Le journaliste fait un double diagnostic, non seulement sur l’insécurité qui règne au Cameroun, mais aussi sur les insuffisance au niveau des délais de livraison des stades en pleine construction :

En passant donc au crible de la raison pratique l’échec du Cameroun à l’organisation de la Can 2019, bien de déterminants socio-politique, infrastructurel, urbain et écotouristique sont déclinés pour tenter, sans coup férir, de décrypter la mauvaise passe du pays de Samuel Eto’o Fils. Au rang des invariants socio-politiques, figure la crise sécuritaire qui ébranle, depuis des années, trois régions camerounaises, en l’occurrence l’Extrême-Nord, le Sud-Ouest et le Nord-Ouest. Le bilan de la crise socio-politique contemporaine, en termes d’incidences humaine, matérielle et financière, est si éloquent qu’un émissaire du congrès américain a saisi la balle au bond, ces derniers jours, pour requérir, auprès de la Fifa (Fédération internationale de football association), le retrait de la CAN au Cameroun. Cette pression des États-Unis sur la Fifa était, d’ailleurs, un signe avant-coureur et un déterminant prémonitoire à la sentence qui est, in extremis, connue de tous le jour de la commémoration de l’an 29 de la mort de l’ancien premier Président de la République du Cameroun.

2ème raison de l’échec : l’insuffisance d’infrastructures (Par Serge Aimé Bikoi)

Au-delà de la variable socio-politique, il y a le déterminant infrastructurel appréhendé comme le facteur à prendre aussi en considération sur le terrain explicatif du retrait de la CAN au Cameroun. Jusqu’ici, les stades, dont la façade est tout de même visible, ne sont pas encore achevés. A cette incurie se subordonne le déficit d’établissements hôteliers susceptibles de transcender la démographie croissante des touristes étrangers des 24 pays devant participer à cette grande messe du football africain. Aussi faut-il noter, en termes d’imperfections infrastructurelles, le manque criard de routes et d’autoroutes, voies de communications capables de relier les masses populaires locales et étrangères dans différents stades des villes camerounaises. De plus, il est impossible de ne pas constater l’absence des plateaux techniques en bonne et due forme des hôpitaux publics de référence et le giron de la voirie urbaine, qui reste et demeure moins embelli au plan touristico-urbain.

3ème raison de l’échec : la revanche d’Ahmad (Par Mathias Eric Owona Nguini)

L’échec lié au complot de la CAF contre le Cameroun est défendu par le professeur Mathias Eric Owona Nguini. C’est un socio-politologue, enseignant à l’université de Yaoundé II. Selon lui, cette thèse de complot était visible depuis bien longtemps :

La véhémence du leader de la CAF contre l’organisation camerounaise de la CAN 2019 était clairement motivée par deux raisons structurantes : le désir de revanche contre le pays du grand Issa Hayatou dont le comité exécutif lui retira la CAN Juniors et le souci de ménager ses puissants alliés nord-africains et d’Afrique australe en leur permettant de reprendre la main pour l’organisation de la CAN 2019 au détriment du Cameroun.

Malgré les propos lénifiants du président de la CAF lors de son voyage express au Cameroun en compagnie de la star Samuel Eto’o pour une audience avec le président Paul Biya, je n’ai jamais eu confiance au patron du football continental africain. Le jeu de lobbying de l’Afrique du nord et de l’Afrique australe était trop fort. Il est évident que malgré ses retards organisationnels et leurs raisons (luttes d’influence entre coteries administratives, guerres entre lobbies d’affaire, campagnes anti-patriotiques d’intoxication des milieux anti-régimes, lenteurs administratives), le Cameroun allait parvenir tant bien que mal à mettre en place sa CAN.

C’était sans compter sur les « combinaisons » politico-footballistiques confédérales recomposées avec le nouvel actionnariat dominant de pouvoir au sein de la CAF, dominées particulièrement par le souci de faire plaisir au grand parrain marocain frustré d’avoir été battu pour la Coupe du Monde 2026. Conscient des gros efforts du Cameroun, Ahmad et le Comité Exécutif de la CAF, ont usé de l’art de Salomon. Après avoir humilié le Cameroun en le décalant de 2019 à 2021, ils ont donné des gages pour que ce pays prenne le tour de la Côte d’Ivoire qui serait renvoyé en 2023. Le Cameroun semble quand même devoir avoir sa CAN au prix de quelques humiliations qu’il lavera sur le terrain en 2019 s’il se qualifie. Dans ce cas, en 2021, ce sera la 7ème étoile. Qui a dit que le football n’est pas politique ?

4ème raison de l’échec : l’irresponsabilité de Paul Biya (Par Jean-Bruno Tagne)

Le président de la République Paul Biya est considéré comme le principal responsable et doit s’en prendre qu’à lui-même. C’est ce que dit Jean Bruno Tagne, journaliste en service à Canal 2 International, dont le siège se trouve à Douala. Journaliste et présentateur dans cette chaîne, il officie également en tant que directeur général adjoint. Voici en substance son analyse après le retrait :

J’en vois qui s’en prennent à bras raccourcis aux ministres et autres collaborateurs du président de la République comme responsables du retrait de l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun par la CAF. « Le Cameroun sera prêt le jour dit. J’en prends l’engagement », avait déclaré Paul Biya devant ses hôtes en extase au palais de l’Unité à Yaoundé.

Comment peut-on prendre un tel engagement urbi et orbi et ne jamais se donner la peine ne serait-ce qu’une seule fois de visiter les chantiers pour s’assurer que les choses vont dans le sens souhaité ? Même pas une petite visite au stade d’Olembe à quelque pas du palais d’Etoudi. Stade du reste baptisé du nom de Paul Biya avant même d’être construit ! Qu’on ne me dise surtout pas que ce n’est pas le rôle du chef de l’État. D’autres le font et ça marche.

Paul Biya est coupable, comme pour d’autres choses, de s’être contenté des rapports, de n’avoir pas du haut de sa fonction donné un coup pied à la bureaucratie qui a freiné considérablement les travaux et surtout d’avoir fermé les yeux devant des gens qui avaient décidé de faire de cette CAN la plus grosse vache à lait de leur vie. Et ce ne sont pas les alertes qui ont manqué.

Vouloir, maintenant que l’échec est consommé et que le Cameroun est humilié, se défausser – comme toujours – sur les collaborateurs ou pointer une pseudo « mafia » qu’il y aurait à la CAF relève de la pure diversion. C’est même de l’irresponsabilité.

Les Camerounais n’ont pas élus des ministres mais bien un chef de l’État qui doit prendre ses responsabilités. Do your homework sir.

Et maintenant, quelles sont les conséquences du retrait de la CAN 2019 ?

Pour le moment, personne ne sait ce qui va se passer. Le président Biya possède encore les manettes pour donner le ton pour la suite. Quelques hypothèses sont cependant scrutées par des uns et des autres pour envisager l’avenir. Que va-t-il se passer maintenant ?

Le remaniement ?

La première conséquence de ce retrait est punitive. En fait, la plupart des Camerounais pensent que l’occasion est venue pour le président de la République de passer très vite au remaniement de son gouvernement, qu’il tarde à faire depuis sa réélection le 7 octobre et sa prestation de serment le 6 novembre 2018. Paul Biya a toujours cette manie d’être maître du temps, de contrôler le calendrier politique sans laisser apparaître la moindre trace des ses actes futurs. Va-t-il dérober à la tradition en procédant au remaniement tant souhaité et qui marquera le début des sanctions à venir ?

La prison ?

Il ne faudra pas seulement s’arrêter aux sanctions avec un remaniement. Le remaniement ministériel tant souhaité entraînera probablement certains responsables de l’échec vers une poursuite judiciaire pour détournement de deniers publics. Dans ce cas, la 2ème raison de l’échec (l’insuffisance d’infrastructures) serait alors la plus probable. Une poursuite judiciaire des responsables impliqués dans la construction des infrastructures de la CAN 2019 sera donc une preuve que les chantiers n’ont pas avancés pour des raisons de mauvaise gouvernance. Et la responsabilité du président de la République serait également impliquée (4ème raison).

D’ailleurs, quelques Une des journaux de lundi 3 novembre annonçait déjà des responsables impliqués dans l’échec : Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence de la République, et Ismaël Bidoung Mpwatt, le ministre des sports et de l’éducation physique, et bien d’autres.

Le TAS ?

D’autres pensent encore que la bataille n’est pas perdue et qu’il faudra passer à la phase juridique par un recours au Tribunal Arbitral du Sport (TAS). La première personne à l’exiger c’est bien Abdouramane Hamadou qui déclare, sur sa page Facebook, que le Cameroun a la « possibilité de faire reculer la CAF ». Abdouramane Hamadou Babba est président d’une équipe de foot « Etoile Filante de Garoua ». Il est très connu par le public camerounais pour avoir affronté l’équipe dirigeante de la Fecafoot (Fédération Camerounaise de Footbal) pendant deux ans, qui avait été élu illégalement. Il a finalement eu gain de cause et le TAS a débouté le président de la Fecafoot Tombi A Roko.

Le même Abdouramane compte renouveler l’expérience en envisageant une plainte contre la CAF au TAS. Une plainte au niveau du TAS signifierait alors la confirmation de la 3ème raison comme hypothèse de l’échec. La question ici n’est pas de savoir si la CAF a raison ou non, mais c’est celle de savoir si effectivement le Cameroun est prêt a accueillir cette CAN en juin 2019 si jamais la CAF la lui accordait ? Cette question est d’autant plus importante que la sortie du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, bien que parlant d’injustice, sonne comme un aveux en demandant au « peuple camerounais de garder toute sa sérénité ».


Les Beti sont-ils menacés comme « Essingan » veut nous le faire croire ?*

Dans son numéro 138 du 19 novembre 2018, le bi-hebdomadaire camerounais « Essingan » met à sa Une un titre ronflant et fort évocateur : « Assassinat et attaques ciblées contre les Beti ». Beti ici désignant un groupe Ethnique plus large donc les régions du Centre (où se trouve Yaoundé la capitale), du Sud (région d’origine du président Paul Biya), et de l’Est, sont les territoires. Ce groupe ethnique est confrontée à des joutes tribales où les originaires de ces régions sont accusés, à tort ou à raison, de conserver le pouvoir politique au détriment des autres groupes ethniques du pays. Ainsi, les journaux, acquis à la cause beti, profitent de certaines pour manipuler l’opinion pour se donner une bonne conscience dans la victimisation, puisque le contexte s’y prête.

*Serge Aimé Bikoï, journaliste camerounais, nous livre ici une analyse de contenu de la Une du journal, du titre de l’article en question rédigé par Leger Ntiga, et de l’article proprement dit.

Analyse du contenu manifeste et latent du titre à la grande Une du journal « Essingan » de ce lundi, 19 novembre 2018, numéro 138

Dimanche, 18 novembre 2018, il y a eu des joutes engagées et passionnées sur le titre à la grande Une du bi-hebdomadaire « Essingan » paru avant le jour-j à la faveur des atouts marketistes liés à la capacité de conquête du lectorat. Bien d’internautes, sur la toile, ont épinglé et invectivé le Directeur de la publication de ce journal. D’autres, sans lire le contenu, ont battu en brèche la titraille, dont la coloration et la connotation sont, a priori, ethnocentristes.

Des lecteurs ont entrepris, au premier abord, de battre en brèche ce titre formulé comme suit :

« Ré-élection de Paul Biya. 
Assassinat et attaques ciblées contre des Beti
Des journalistes, artistes et le porte-parole de l’archevêque de Yaoundé parmi les victimes »

En contre-bas de ce titre figurent trois images des hommes publics victimes, ces derniers jours, des cas d’agressions à mains armées, en l’occurrence Ernest Obama, Avenir Ava, de regrettée mémoire, et l’abbé Félix Désiré Amougou. Dans le journal en page 3, l’article est rédigé par Léger Ntiga. La première curiosité, dans l’analyse du contenu manifeste de cet article que nous faisons, c’est qu’il y a un distinguo entre le titre qui paraît à la grande Une et celui observé en page 3. En effet, le titre paru à la grande Une mentionne :

« Ré-élection de Paul Biya 
Assassinat et attaques ciblées contre des Beti »

Par contre, le titre répertorié en page 3 est :

« Criminalité. Assassinat d’Avenir Ava et tenative (au lieu de tentative) d’assassinat contre l’abbé Félix Désiré Amougou »

Quiconque a lu le journal « Essingan » de ce lundi, 19 novembre 2018 se rend compte, en page 3, qu’il y a tromperie sur la marchandise. Et pour cause l’auteur de l’article a usé d’une tactique, d’une feinte, mieux d’une stratégie pour muter la titraille. Des théoriciens et praticiens des Sciences de l’information et de la communication viendront, sans doute, faire, ex-cathedra, un cours sur les titres en journalisme. Mais le fait est sacré, voire sacralisé et les commentaires sont libres. En substance, quiconque ayant lu ce journal constate que deux invariants ont changé dans l’architecture de la titraille.

  1. A la grande Une, tout lecteur voit : « Ré-élection de Paul Biya« . Or, à l’intérieur du journal, en page 3, le titre de l’article concerné est « Criminalité« .
  2. A la grande Une, en contre-bas du titre mentionné supra, figure ce groupe de mots : « Assassinat et attaques ciblées contre des Beti. Des journalistes, artistes et le porte-parole de l’archevêque de Yaoundé parmi les victimes« . En page 3, a contrario, il est lu : « Assassinat d’Avenir Ava et tentative d’assassinat contre l’abbé Félix Désiré Amougou« .

Ntiga a, bel et bien, muté cette titraille

Au regard de ces deux invariants du contenu manifeste de l’article et, a fortiori, du titre, chacun(e) constate que l’auteur a altéré la titraille de la grande Une dans le contenu du journal pour la simple raison que « Ré-élection de Paul Biya » remplace « Criminalité » et « Assassinat et attaques ciblées contre des Beti » se substitue à « Assassinat d’Avenir Ava et tentative d’assassinat contre l’abbé Félix Désiré Amougou« . Il s’agit, ici, d’un jeu éditorial, certes, saupoudré d’une subtilité dans le marketing du bi-hebdomadaire « Essingan », qui est en posture de faire vendre le titre à la grande Une alors qu’à l’intérieur, Ntiga a, bel et bien, muté cette titraille. Mais, ce jeu éditorial est pourvu, parlons peu parlons vrai, d’un écueil épistémologique lié à la dangerosité de la titraille de la grande Une.

C’est, d’ailleurs, à ce giron qu’il est impérieux de décrypter alors le contenu latent de cet article ou, du moins, de la titraille, qui est, a priori et a posteriori, empreint d’un péril lié à la provocation diligentée contre un groupe culturel. En parlant des attaques ciblées contre des « Beti », il y a, en toile de fond, une guéguerre, voire une guerre symbolique entre deux groupes culturels, lesquels s’affrontent, depuis ces derniers mois, autant sur les réseaux sociaux que dans l’espace public. Des escarmouches, des quolibets, des sarcasmes, des stéréotypes et des clichés sont collés à tel ou à tel. En traitant des attaques contre les Beti, personne n’imagine pas ce que l’Homme populaire peut nourrir, en terme d’acrimonie et d’animosité, à l’égard du Beti ou de toute autre communauté culturelle. C’est périlleux, insidieux et creux. Faisons attention aux mots dont nous nous servons au quotidien tant ils sont constitués d’une charge symbolique éloquente !

Attaques ciblées contre des Beti ?

En réalité, il faut choisir : soit vous parlez, comme annoncé au niveau de la titraille de la grande Une, des assassinats et attaques ciblées contre Beti, et vous le démontrez clairement, ce que nous n’avons guère vu (d’ailleurs, cette titraille a été modifiée à l’intérieur), soit a contrario, vous décidez de parler, spécifiquement, de la criminalité tel qu’annoncé à la titraille de l’article en page 3. Sur ces entrefaites, vous êtes, sans conteste, sur une ligne crédible et inattaquable puisque nous vivons, ces derniers jours, le phénomène ambiant de la résurgence de l’insécurité urbaine. D’aucuns, en se référant à la figure de style de l’hyperbole, parleront, sans coup férir, de la recrudescence de l’insécurité dans les grandes villes camerounaises, telles que Douala et Yaoundé.

D’ailleurs, l’auteur a mentionné, dans l’article, deux cas d’incendie survenus le samedi, 17 novembre 2018 dans la capitale économique, et dont les fabriques « Biopharma » et « Panzani » ont fait les frais. Mais, ce que je récuse, c’est le fait, pour Léger, d’avoir qualifié ces incendies de « suspects ». Toute chose qui est un jugement de valeur. Alors, une enquête a-t-elle été menée par l’auteur de l’article ou par la police qui a abouti à la constatation, mieux à la qualification de ces incendies de « suspects » ? L’auteur n’y a pas répondu. Peut-être y répondra-t-il dans les prochaines heures. En plus, en parlant des attaques ciblées contre des Beti, les propriétaires de ces succursales sont-ils Beti comme Ava (décédé dimanche, 18 novembre 2018), comme Amougou, comme Obama, K-Tino ou même comme Coco Argentée ?

Qui est même Beti ? Qui se réclame d’être Beti au Cameroun ? Parlez-vous de l’ethnie, de la tribu, du clan, de la généalogie, de l’agrégat ? Parlez-vous de la tribalité, du tribalisme, de l’ethnocentrisme, du mono-fascisme mono Ndjanaien ou de l’ethno-fascisme pokamien ? Parlez-vous des Beti au sens de Philippe Laburthe-Tolra, de Séverin Cécile Abega ou de Luc Mebenga Tamba ? De quel Beti Parlez-vous? Antoine Socpa, Paul Abouna, Mbonji Edjenguelle, etc.qui sont, tous les trois aussi Anthropologues, parleront de quoi lorsque des Hommes de médias manipulent, voire instrumentalisent le mot « Beti » à tort et à travers ? Sachons vraiment ce que parler veut dire pour reprendre Pierre Bourdieu, Sociologue constructiviste ! Cessez d’utiliser, de manière alambiquée et biaisée, le mot « Beti ».

Eviter de manipuler ce type de terminologie

Par ailleurs, j’appréhende, dans le contenu manifeste de cet article, la récurrence du mot « assassinat » corrélé à « tentative d’assassinat ». Dans la galaxie de la Sociologie de la déviance et de la criminalité, il faut éviter de manipuler ce type de terminologie sans avoir les indicateurs qualitatif et quantitatif qui y sont inférés. Sachez-le ! Il y a un distinguo entre le crime, l’assassinat, le meurtre, l’agression, le viol et le braquage. Actuellement, seules les enquêtes de la police ou des forces de maintien de l’ordre peuvent nous permettre de qualifier ce dont ont été victimes Ernest Obama, Félix désiré Amougou et Avenir Ava.

Dans l’imagerie populaire, le bas-peuple a tôt fait de parler de « braquage à mains armées » ou encore « d’agression à mains armées ». D’autres comme l’auteur de l’article concluent à la thèse de l’assassinat de Avenir Ava et de la tentative d’assassinat de l’abbé Amougou. Alors, des investigations ont-elles été faites pour qualifier les déviances ou les frasques vécues par ces hommes publics de « tentative d’assassinat » ou « d’assassinat » ? L’Homme de sciences, à ce giron, reste et demeure minutieux et n’utilise pas, à tort et à travers, ces mots. Le braquage n’est pas le crime ; le crime n’est synonyme d’assassinat ; l’assassinat n’équivaut pas à l’agression.

Cessons , dans la même veine, d’utiliser les concepts de la Sociologie de la criminalité urbaine de manière boursouflée et biaisée ! Nous ne nous érigeons pas en donneur de leçons, mais nous faisons preuve de rigueur épistémologique et de rigidité scientifique à l’aune du respect des critères et des principes méthodologiques enseignés dans les écoles scientifiques. Nous ne sommes pas dans la posture de maître-penseur ou dans la stature de maître-recenseur, mais nous avons préféré donner la lecture relative à l’analyse de contenu manifeste et latent de l’article de l’aîné professionnel Léger Ntiga pour qui nous avons, sans conteste, du respect. Que cela soit clair !

*Serge Aimé Bikoi

Le Don King
Mot à wou à wou!


Ces trois tribus du Cameroun*

Ces derniers temps, le discours politique sur les réseaux sociaux est infesté de mots et formules qui font référence à la concurrence voire à l’opposition entre tribus du Cameroun autour du pouvoir d’État. Les auteurs de ce discours analysent le système de partage de prébendes sous forme de strapontins politico-administratifs effectué par le président de la République ; ils sont impressionnés par la jactance de certains individus, probablement dérangés, dont le discours haineux est la seule expression politique.

À les lire, 1) Paul Biya ne nommerait que les Bétis aux postes de responsabilité, 2) les Bétis et principalement les Bulu auraient tout à craindre après le départ de Biya, 3) les Bamiléké auraient un plan de déstabilisation du Cameroun et de prise de pouvoir en tant que groupe ethnique hégémonique, 4) le Cameroun politique ne serait qu’un conglomérat de partis tribaux dont les dirigeants tirent légitimité au sein de leurs communautés ethniques uniquement. Ce repli communautariste serait ainsi le frein à l’alternance au Cameroun. On parle donc souvent ici et là, de tribalisme au Cameroun : entendez, des tribus qui se détesteraient les unes les autres.

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Monument de la Réunification à Yaoundé, symbole du vivre ensemble des différentes ethnies ou tribus. Image : Flickr

Pour ma part, je n’accrédite pas cette thèse et je peux me permettre de dire qu’elle est totalement fausse. Quand vous allez faire vos courses au marché de n’importe quelle ville du Cameroun, ces lieux où vivent les Camerounais d’en bas, vous constatez que les marchands, d’origine tribale différente, collaborent en toute honnêteté et solidarité. Le bamiléké défend sans calcul le commerce de son voisin béti et vice-versa, et ainsi de suite pour les autres. Je prends cet exemple basé sur l’intérêt individuel (le commerce, la vente, la clientèle) pour démontrer que même lorsque leurs intérêts de survie sont en jeu, les Camerounais – c’est le cas dans beaucoup de pays africains – ne se haïssent pas, ne se rejettent pas,ne se battent pas. Ils se reconnaissent dans la même condition de citoyens d’en bas; ils collaborent, fraternisent et se soutiennent. Pourquoi en est-il autrement lorsqu’advient la politique?

Il n’y a que trois tribus au Cameroun

Les linguistes identifient des centaines de langues et sans doute autant de tribus au Cameroun. C’est le point de vue de leur science. Je n’y adhère pas trop. Il y a deux décennies environ, l’intellectuel camerounais Célestin Monga identifiait seulement deux tribus au Cameroun : celle des « mangeurs » et celle des laissés pour compte. On parlait alors à l’époque, de « la tribu du ventre« , pour désigner tous ceux qui sont à la quête des privilèges ou qui veulent à tout prix conserver leurs privilèges. Il y a quelques temps, grâce à mon ami Mauricien Jooneed Khan, j’ai lu les écrits de la dramaturge et activiste kenyane d’origine indienne, Shaila Patel, qui identifie, elle, trois tribus au Kenya : ceux qui tiennent le pouvoir, ceux qui aspirent au pouvoir et les laissés pour compte. Je n’ai pas eu trop de difficultés à ramener cette réflexion au niveau de notre Cameroun.

On peut donc aisément constater que sur le terrain politique, il n’y a que trois tribus : les Privilégiés, les Aspirants aux privilèges et les Autres. Pour obtenir le changement politique au Cameroun, il faut absolument vaincre les deux premières (à défaut d’obtenir leur adhésion) et convaincre (voire mobiliser) la dernière.

1- Les Privilégiés

Ce sont ceux qui détiennent le pouvoir d’État et le pouvoir économique. Ils sont les patrons de l’administration publique, du parti-État Rdpc, de l’armée, de la police, de la gendarmerie, de la Justice et des médias de service public ; ceux qui dirigent les entreprises publiques et des entreprises privées bénéficiant des combines et prébendes du pouvoir politique ; sont également membres de cette tribu, les chefs du clergé des religions importées et les chefs du pouvoir traditionnel. Peut-on parler de cette tribu sans évoquer les multinationales et leurs protecteurs tapis dans les officines de l’ex pouvoir colonial ? Depuis Paris ou Bruxelles, on peut étouffer (on a souvent étouffé) les aspirations du peuple, parce qu’il fallait protéger les privilèges sur le sol camerounais.

On est membre de cette tribu par cooptation, généralement par le chef supérieur, le président de la République, chef de l’État, patron de l’exécutif, superviseur du législatif et gourou de la justice. Il s’appelle Paul Biya. Lui et sa tribu tueraient tout le Cameroun pour garder leurs privilèges qui sont : la puissance, la gloire et la fortune facile.

2- Les Aspirants aux privilèges

C’est la tribu la plus dangereuse du Cameroun. Elle est composée de toutes sortes d’individus éparpillés dans toutes les catégories sociales. Ils feraient n’importe quoi, y compris vendre leurs parents, pour accéder aux privilèges. Ses membres se retrouvent chez les Privilégiés et chez les citoyens d’en bas qui, toute leur vie, vivent pour accéder aux privilèges.

Ce sont 1) des Privilégiés qui aspirent à encore plus de privilèges (vous pouvez vous-mêmes faire l’illustration), 2) les Hommes de main des Privilégiés, qui gagnent leur pain à servir pour la conservation du pouvoir d’État, 3) des fonctionnaires de tout niveau qui tiennent à leurs postes, 3) les parents et proches de tous ceux qui ont des privilèges ou qui en rêvent, 4) des membres de l’ethnie du président qui supposent que c’est un privilège de parler la même langue que l’illustre dirigeant. Ce sont les plus pathétiques du groupe, car ils attendent un appel, un de ces jours, provenant de l’un des nombreux membres de la tribu des Privilégiés qui parlent la même langue qu’eux et le président. Cette idée est « décentralisée » auprès de tous les notables de cette tribu entretenant une clientèle d’affamés de petits privilèges. Bien souvent, ils finissent leur vie sans atteindre ces privilèges et constatent donc sur le tard que venir de la même aire géographique ou être membre de la même communauté culturelle que le Président ou tout autre notable de la tribu des Privilégiés n’est pas une assurance pour les privilèges

3- Les Autres

Ce sont les citoyens d’en bas. Des Camerounais qui n’ont pas accès aux privilèges, qui n’en cherchent pas, qui ne savent pas comment en chercher ou qui n’en veulent pas. Même lorsqu’ils ont envie d’une bonne qualité de vie, ils ne font pas n’importe quoi pour atteindre la fortune. Ils veulent seulement vivre en paix, accéder aux droits que les lois leur réservent. Ils ne sont pas seulement les sans-emplois, les sans-éducation, les sans-diplômes, etc., ils sont aussi des citoyens bien formés dans des écoles de tout niveau, avec ou sans emploi qui, vis-à-vis de leur pays, ont la même pudeur et le même respect que tous ceux des Autres.

Sur cette tribu, spécialement, s’exerce un matraquage discursif permanent dont le but est de faire peur quant aux lendemains incertains. Alors ils vivent dans la peur de perdre le peu de sécurité qu’ils ont, le peu de pitance quotidienne qu’ils ont, le peu de vie qu’on les laisse vivre. Cette tribu subit au plus haut niveau la zombification dont les agents principaux sont les médias de service public, les agents du système politique, les agents des clergés et des pouvoirs traditionnels, membres de la tribu des Privilégiés. C’est également elle qui subit tous les dégâts des œuvres des Privilégiés : une vie sans eau potable, sans éclairage domestique ou urbain, sans soins de santé adéquat, etc. L’esprit perclus de douleurs des violences des 50 dernières années, les Autres vivent au jour le jour. Ils ne rêvent plus. Ils ne croient plus à rien. Ils ne se mobilisent que pour leur quotidien : un deal avec les gens de cette tribu commence là et finit là là là…

Les ethnies (Tribus) du Cameroun ne sont pas un frein à la démocratie

Je pose donc que seule une transition systémique visant à disloquer les tribus « Privilégiés » et « Aspirants aux privilèges » pourraient apporter un changement systémique au Cameroun. Pour battre Paul Biya et son Rdpc, essentiellement composé de membres de ces deux tribus, il faut les vaincre (ou les disloquer). L’opposition politique, à mon avis, doit cesser de travailler au quotidien pour une supposée prise du pouvoir par les urnes (conçues, organisées, détenues, contrôlées et dont les résultats sont constatés par les myrmidons et notables des deux tribus).

L’opposition a la possibilité de se battre pour 1) le droit de faire de la politique d’abord, 2) la mobilisation des Autres dont le rêve est de vivre dans un pays où règne la justice, un pays qui assure leur sécurité, un pays dont les institutions sont à leur service. Tous les discours sur le tribalisme au Cameroun et dans la plupart des pays africains, ne sont que des activités de manipulation menées par les Privilégiés et les Aspirants aux privilèges, une diversion pour diviser afin de mieux régner éternellement.

© Venant Mboua

*Article publié par le journaliste Camerounais Venant Mboua vivant au Canada, rédigé et publié depuis le 10 février 2018. Il s’indignait sur la montée du tribalisme en cours dans les réseaux sociaux et qui s’est répandu à l’occasion de la présidentielle du 7 octobre 2018 au Cameroun.


Que cache l’assassinat du pasteur américain Charles Wesco au Cameroun ?

Un Blanc, Charles Wesco, perd la vie dans sa voiture après avoir reçu une balle en pleine ville à Bamenda. Cette information a tellement fait grand bruit. Les indignations de la presse nationale se sont limitées aux interrogations sur la provenance du tire tandis que la presse américaine et quelques journalistes camerounais accusaient l’armée camerounaise. Maintenant que l’origine du tir est connue de tous, la question qui reste pendante est donc celle de savoir ce qui adviendrait comme conséquences ?

Que s’est-il passé ? (Par Kand Owalski)

Il y’a deux semaines, un Missionnaire américain débarquait avec toute sa famille sur le sol du Cameroun en direction du Nord-ouest. Il avait tout vendu aux USA pour s’installer définitivement ici afin de prêcher la parole. Le 30 octobre 2018 il est assassiné dans son véhicule par une balle « perdue », a d’abord affirmé le gouvernement camerounais avant de déclarer officiellement que le tir provenait d’un fusil des sécessionnistes. Les sécessionnistes, eux, rejettent cette accusation et posent que c’est bien un soldat de l’armée camerounaise qui a abattu l’Américain. Au milieu de ce rejet mutuel de la « faute », l’agence américaine Reuters tranche : c’est bien un soldat de l’armée camerounaise qui a assassiné le missionnaire.

Interpellé, le vice président américain s’indigne et précise, pour le résumer, qu’un fils de l’oncle Sam a perdu la vie au milieu d’une crise due au rejet de la politique du gouvernement actuel et à l’aspiration de ces populations marginalisées à être libre. Interrogée, la femme de Wesco classe la mort de son mari comme le fait d’une volonté divine. Elle prie que ce décès ne soit pas vain ; que son sang ait été versé pour la paix et la stabilité dans ces régions sinistrées. D’autres réactions des citoyens dont celle de l’épouse de Dave Halyman, l’Américain qui conduisait Wesco ce jour là mais qui  »heureusement » ou  »stratégiquement » n’a pas été touché, demandent au gouvernement américain de prendre ses responsabilités.

A quel jeu joue Yaoundé après la mort de Charles Wesco ?

A la suite de l’annonce, par les médias locaux, de la mort d’un pasteur évangéliste américain à Bamenda, on croyait affaire à un Fake-News. Il a fallu, bien évidemment, que les autorités de Yaoundé confirment cette nouvelle qui relèverait, a priori, d’un secret d’Etat (?) pour que l’on se rende compte de la gravité de la situation. L’on se souvient encore de cette fausse-vraie nouvelle qui révélait le kidnapping des touristes dans les deux régions anglophones en proie à guerre d’indépendance. Elle avait tellement défrayer la chronique pendant des heures qu’on a dû comprendre l’intérêt du gouvernement de préserver la vie des étrangers Blancs.

Il devient donc évident que la vie d’un Blanc, dans ces régions en guerre, peut être utilisée comme un outil diplomatique. Du coup, lorsqu’elle est mise en danger, l’empressement de rendre les indépendantistes coupables devient très courant. C’est la raison pour laquelle le 2 février 2018, le ministre de la communication, Issa Tchiroma Bakary, avait annoncé le « Kidnapping » des 12 touristes dans la région du Sud-Ouest par les séparatistes. De même, le décès du pasteur Charles Wesco avait été mis sur le compte des séparatistes par ces mêmes autorités de Yaoundé à travers le ministère délégué à la Présidence chargé de la défense. D’où la question, pourquoi les autorités de Yaoundé renvoient toujours la responsabilité des crimes et des attaques sur les Blancs aux séparatistes anglophones ? Ou alors, que cache l’assassinat du pasteur Charles Truman Wesco ?

La première réponse qu’on tenterait de donner à cette question est que le gouvernement de Yaoundé est à la recherche d’une légitimité. En fait, le régime de Yaoundé attend des puissances occidentales, notamment les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, etc., un soutien intellectuel à travers une prise de position totale et ferme contre les indépendantistes appelés ici « sécessionnistes ». Les nombreux soutiens des indépendantistes de l’Ambazonie sont d’origine américaine à travers la diaspora anglophone. Selon Yaoundé, ces soutiens ne sont pas inconnus de l’Etats américain. Le gouvernement camerounais espère de l’Oncle Sam l’anéantissement et l’éradication de cette diaspora « nuisible » à tout point de vue.

Conséquences d’un tel crime (Par Kand Owalski)

Doit-on y voir un hasard ou une machination ? Pourquoi avoir choisi d’abattre principalement ce fils d’une famille puissante de religieux américain et dont le frère est sénateur ? Pourquoi pas l’autre ? En tout cas, on peut rapidement se souvenir que c’est l’enlèvement puis l’assassinat par la milice de Gbagbo, du français Stéphane Frantz alors directeur de Novotel d’Abidjan, qui provoqua l’intervention officielle de la France et son délogement. On peut rapidement se souvenir que c’est l’attentat à la vie du prince Ferdinand en fin juin 1914 qui provoqua la première guerre mondiale. On peut rapidement se souvenir que le 30 septembre dernier, 07 jour avant l’élection sur sa page Twitter, le président des États-Unis, Donald Trump traitait Paul Biya de brosse à dents en signifiant aux camerounais  »qu’une brosse à dents de 36ans est forcément vieille et inefficace et qu’il fallait s’en débarrasser à tout prix ».

On peut encore se souvenir qu’il y’a quelques mois l’ambassadeur américain demandait à monseigneur Biya de songer à une retraite honorable. La position des USA était donc déjà claire : monsieur Biya doit s’en aller. Mais si malgré ce  »lâchement » le gouvernement tyrannique continue de voler d’arrogance en arrogance, de violation en violation, c’est qu’il croit pouvoir compter sur le soutien de la France. Sauf qu’ils oublient vite que Gbagbo avait le soutien de la France jusqu’à un certain moment, que Kadhafi avait le soutien de la France jusqu’à un certain moment, que Moubutu venait de déjeuner avec l’ambassadeur américain lorsque le malheur frappa à sa porte. La diplomatie est une chose qui ne se voit pas dans les poignées de mains et les sourires des grandes gens.

Charles Wesco sera-t-il le Jésus Christ du peuple camerounais ? A-t-il versé son sang pour nous ? Si telle est le cas nous dirons  »amen ». Et à ceux qui viendront crier à l’ingérence nous dirons  »assiiiiiiaaaaaah ». Pendant deux années on a mendié un dialogue inclusif mais les hommes ont dit qu’ils ne dialoguaient pas avec les chiens, les rats, les terroristes. Ils nous ont demandé ce qu’on allait faire. Pendant deux ans on a supplié monsieur Biya de mettre fin à cette guerre; de multiples propositions de sorties de crises lui été faites mais pourquoi faire? Si ces gens débarquent au Cameroun ce sera pour le bien des populations sinistrées et moi particulièrement je me tairais pour laisser la parole à ceux qui ont fraudé pour Biya!

Kand Owalski


Lettre ouverte aux évêques du Cameroun

Les évêques au Cameroun sont-ils divisés ? Après la proclamation des résultats du scrutin présidentiel du 7 octobre 2018, les réactions fusent de toutes part. Celles qui continuent de susciter des remous en ce moment proviennent des évêques de l’église catholique. Deux évêques ce sont prononcés. La première est celle de Monseigneur Samuel Kleda, archevêque de Douala qui, le 23 octobre 2018, émettait les doutes sur la sincérité du scrutin. Tandis que Monseigneur Jean Mbarga, archevêque de Yaoundé qui, le 26 octobre 2018, par une réponse du berger à la bergère, estimait qu’il fallait déjà tourner la page sur l’épisode de l’élection pour passer à autre chose.

Ces deux réactions des hauts cadres de l’église catholique est une simple illustration du chiisme qui secoue l’église catholique au Cameroun depuis le déclenchement de la crise anglophone en 2016. Du coup, les chrétiens qui soutiennent Mgr Kleda, plus critique du régime de Yaoundé, accusent Mgr Mbarga de pactiser avec le diable. Les débats sont houleux et les observateurs s’en délectent à cœur joie. Le laïc engagé, remarqué pour ses positions iconoclaste envers l’absence de l’orthodoxie chrétienne, Nyëbë Edoa se lance dans une sorte de diatribe pour exhorter les évêques à une prise de conscience. Pour lui, l’église ne doit pas être du côté de l’oppresseur, mais du côté des faibles.

Je vous propose de lire sa lettre ouverte ci-dessous :

Messeigneurs les Évêques, paix et joie du Christ !

Je vous salue par ces mots « paix » et « joie », qui résument aussi bien le message évangélique, que les aspirations nobles du peuple de Dieu qui vit au Cameroun, dans un contexte socio-politique très inquiétant. En effet, ce peuple a plus que jamais soif de paix. Et quelle paix ? La pax Christi, la seule qui puisse nous donner la vraie joie d’enfants de Dieu.

Notre Mère, l’Église dont vous êtes les Serviteurs et Successeurs des Apôtres, a pour mission régalienne de sanctifier, d’enseigner, et de gouverner. Chacun de nous doit donc s’efforcer d’être saint. Car notre monde souffre principalement des crises de saints, capables d’être sel de la terre et lumière du monde (Cf. Matthieu. 5, 13-14). L’enseignement du Christ et la doctrine de l’Église dont vous êtes garants, chers Pères Évêques, demeure la voie certaine du Salut et de la libération de toutes sortes d’asservissements. Partout où souffre un chrétien, c’est toute l’Église qui souffre également. L’offensive pastorale doit commencer par la dénonciation publique des Hérode et Hérodiade, exactement comme le fit Saint Jean le Baptiste (Cf. Marc 6,18).

Tout ce qui est humain vient de Dieu et l’Église a le devoir de le protéger

Notre Église au Cameroun, ne sautait donc faire fi de sa mission ô combien nécessaire, en ce moment important et décisif de l’Histoire du pays, dans la tourmente de l’oppression despotique. Car « l’ensemble des droits dans l’Église est essentiellement constitué des droits de l’homme. Tout ce qui est humain vient de Dieu et l’Église a le devoir de le protéger. […] les catholiques doivent jouir de tous les droits contenus dans la Déclaration Universelle de Droits de l’Homme » (MAGESA, 2001, p. 47).

À l’instar de l’Apôtre Paul à Athènes (Cf. Actes 17,16), je voudrais, au nom de notre communion fraternelle, que vos tourments devant tant d’idoles, fassent de vous de zélés défenseurs du Droit, de la Justice et de la Vérité. Ces idoles se nomment ici : corruption, tribalisme, favoritisme, infanticide, prêtricide, crimes rituels, détournements de deniers publics, injustices sociales, guerre illégitime…

Comme au temps du prophète Élie marqué par le syncrétisme religieux, de faux-frères (Cf. Galates 2,4) adorent simultanément ces idoles (véritables Baal) et le vrai Dieu (1Rois 18,21). Chez nous, ils occupent les premières places dans nos Cathédrales, et sont aussi membres de nos Conseils paroissiaux. Une telle imposture n’est pas tolérable. N’oubliez pas Messeigneurs, que corriger celui qui est dans l’erreur, est une œuvre de miséricorde spirituelle. Alors, qu’ils sachent qu’il est possible de faire la politique, sans avoir le sang aux mains, tout en espérant les laver le dimanche à l’eau bénite.

Aux États-Unis, pendant les luttes des Noirs pour leur libération et l’égalité entre Blancs et Noirs, ils sont nombreux les baptisés qui ont quitté l’Église

« L’histoire ne pardonne jamais à un homme, à un parti ou à une Église d’être en retard d’une mutation » (EMOG, 2005, p. 7), nous dit en guise d’avertissement Roger GARAUDY cité par EMOG dans son livre LE PORTEUR DE CORNES. Dois-je vous rappeler Messeigneurs, que les mouvements sociaux comme ceux que vit notre pays, ont toujours été propices aux conversions ou à l’éloignement de la Foi ? Par exemple aux États-Unis, pendant les luttes des Noirs pour leur libération et l’égalité entre Blancs et Noirs, ils sont nombreux les baptisés qui ont quitté l’Église. Dénonçant par-là l’hypocrisie des faux-frères Blancs. Ils sont devenus agnostiques, athées ou ont changé de religion.

Au Cameroun également, ce sont des chrétiens qui brûlent les maisons d’autres chrétiens. Ce sont les chrétiens qui pillent, violent et massacrent leurs frères et sœurs dans la Foi. Les appareils répressifs (les forces de l’ordre, la justice de façade, etc.) sont tenus des mains de maîtres par des personnes se réclamant disciples du Christ, qui pervertissent l’usage citoyen de ces appareils, en opprimant froidement leurs coreligionnaires. Le Christ a-t-il donc si peu d’amis dans la chrétienté ?

Cependant, gagner les âmes pour le Christ, c’est aussi améliorer le mieux-vivre des fidèles, lutter pour éloigner, voire faire disparaître les frontières du totalitarisme, exactement comme l’Église combattit jadis le marxisme de toutes ses forces. Vous avez ce pouvoir ! Le peuple de Dieu qui est au Cameroun compte sur vous, Messeigneurs les Évêques.

« Quand la justice n’est pas respectée, il ne faut rien attendre de bon de la part des citoyens »

Veuillez donc utilisez Messeigneurs, tous les moyens dont vous disposez (votre chaire, votre presse, vos relations…) pour l’accomplissement du rêve du Cardinal Christian TUMI, qui est celui de tout un peuple : un Cameroun et un Camerounais nouveaux ; c’est-à-dire juste. Le Cardinal affirmait à cet effet que : « Quand la justice n’est pas respectée, il ne faut rien attendre de bon de la part des citoyens. C’est leur demander l’impossible. C’est ici qu’il faut dire haut et fort certaines choses, au risque de choquer ceux qui ne veulent pas sortir des sentiers battus de toujours » (TUMI, 2006, p. 167) in Les deux régimes politiques d’AHMADOU AHIDJO, de PAUL BIYA et CHRISTIAN TUMI, Prêtre.

Les Évêques ont toujours su, en temps opportun, éveiller la conscience collective. Évêque de Nkongsamba et défenseur des Droits humains à l’époque des « trains de la mort », des génocides Bassa et Bamiléké, Monseigneur Albert NDONGMO disait avec force aux fidèles du Christ : « La religion, le christianisme ne sont pas là pour professer un angélisme béat et naïf, une sainte oisiveté. Le croyant, le chrétien doit faire quelque chose pour la promotion, pour le développement de l’homme, de son pays et du monde. Le chrétien doit donc inscrire son action au sein de l’action nationale pour le développement de tout le pays ; il doit être efficacement présent à tout ce qui se construit, à tout ce qui fait progresser l’homme, le pays et le monde. Et c’est justement dans cette mission qu’est requise la fidélité à Dieu, pour voir si notre vie, notre action, notre mission (politique, sociale, économique ou religieuse) a été accomplie selon le plan de Dieu. Car Dieu a un plan sur notre vie ; Dieu n’est pas indifférent à notre action » (EMOG, 2005, p. 63). C’était le 16 août 1964.

Je ne saurais terminer sans vous confier à la maternelle protection de Notre-Dame du Pilier de la Paix, Patronne du Cameroun, la Vierge Marie.

Fraternellement !
En la mémoire du martyr de Saint Jean-Baptiste 2018.

Nyëbë Edoa, laïc.


La présidentielle camerounaise du 7 octobre et la guerre des chiffres

Après de la déclaration du candidat Maurice Kamto sur sa victoire à la présidentielle du 7 octobre 2018, beaucoup d’eau a coulé sur le pont. En fait, cette déclaration a entraîné des réactions diverses qui ont fusées de toutes parts. Les plus virulents ont été celles des autres candidats comme Joshua Osih, Cabral Libii, Franklin Ndifor et Serge Espoir Matomba. Ils ont, pour la plupart, condamné cette déclaration en la trouvant prématurées et inopportunes. A côté de ces réactions, il y a la guerre des chiffres qui n’arrêter pas polluer la Toile. La communication et la diffusion des tendances étant interdite par la loi, difficile chez les Camerounais, de supporter un délai de 15 jours maximum pour la proclamation des résultats.

La dernière actualité vient d’une supposée fuite d’information en provenance de la Commission nationale de recensement général des votes (CNRGV) qui a remis sa copie ce lundi 15 octobre. C’est l’avant dernière étape d’un long processus post-électoral qui va prendre sa chute au Conseil constitutionnel habilité à proclamer les résultats définitifs. Le conseil dispose d’un délai de 5 jours maximum pour étudier les recours et proclamer les résultats. Entre-temps, les états-majors des candidats, les forums des réseaux sociaux et toute l’opinion nationales spéculent sur les chiffres qui comporteraient même des erreurs flagrantes d’arithmétique.

Nous vous livrons ici deux analyses de deux journalistes sur la guerre des chiffres. En attendant la proclamation des résultats, que va-t-il se passer ?

Biya largement en tête suivi de loin par Kamto (Alex Gustave Azebaze)

Selon des sources concordantes à la Commission nationale de recensement général des votes (CNRGV) qui a achevé ses travaux hier nuit, le président Biya arriverait largement en tête des 9 candidats avec plus de 70% de voix. Bien qu’un peu moins des 78% de 2011, il est suivi par Maurice Kamto. Avec légèrement moins de 15% des suffrages valablement exprimés, le candidat du Mrc réaliserait néanmoins un meilleur résultat que le candidat du SDF John Fru Ndi, qui avec un peu plus de 10% était arrivé 2e en 2011.

Avec chacun moins de 10%, les autres candidats suivraient dans l’ordre ci-après : Cabral Libii de Univers avec un peu plus de 6% ; Joshua Osih du Sdf avec moins de 4% ; Adamou Ndam Njoya de l’Udc avec un peu plus de 1%. Les autres notamment Garga Haman Adji (ADD), Ndifor Frankline Afamwi (MCNC), Serges Espoir MATOMBA (PURS) ferment le banc avec moins de 1% chacun. Malgré son désistement l’avant veille du scrutin en faveur du Pr KAMTO, l’ancien bâtonnier Akere Muna dont ELECAM a refusé de retirer les bulletins de vote, est classé, naturellement en dernière position.

18 requêtes au total ont été introduites. 17 demandant l’annulation totale de l’élection et une souhaite l’annulation partielle

Ces résultats quasi officiels ne sont néanmoins pas définitifs. Ils ne le seraient qu’après l’examen et les décisions sur les différents recours enregistrés depuis jeudi au greffe du Conseil constitutionnel dans le cadre du contentieux électoral qui s’ouvre incessamment, en principe au plus tard demain lundi 15 octobre 2018.

À ce sujet, 18 requêtes au total ont été introduites. 17 demandant l’annulation totale de l’élection et une, celle du Pr Maurice Kamto, souhaite l’annulation partielle dans quelques dizaines de localités situées dans 7 régions du pays.

En attendant le Conseil Constitutionnel pour les résultats officiels et définitifs

Parmi ceux qui demandent l’annulation totale, il y a deux introduits par les candidats Cabral Libii et Joshua Osih. Les 15 autres recours sont ceux de sieur Bertin Kisob, actuellement détenu à la prison de Kondengui dans le cadre de la crise anglophone. Il avait déjà tenté en vain de voir sa candidature être acceptée pour cette présidentielle. À l’époque son dossier – qui ne contenait pas le certificat de versement du montant exigé de la caution ni la preuve qu’il est investi par un parti ayant des élus encore moins les 300 signatures requises pour les candidatures indépendantes – avait été recalé. « Une candidature pour la farce » avaient alors soutenu certains analystes.

Le Conseil Constitutionnel devrait rendre son verdict dans les 72h suivantes. Probablement entre mardi 16 octobre et jeudi 18 octobre 2018. Ainsi les résultats définitifs de la présidentielle pourraient être proclamés plusieurs jours avant le 22 octobre 2018

Dans un entretien avec la presse jeudi dernier, le directeur général de ELECAM, Eric Essousse avait déclaré qu’aucun recours n’avait de chance de prospérer. Faut-il donc à la lumière de cette déclaration considérer comme définitives ces données sur les résultats compilés et obtenus par nos soins auprès de personnes ayant pris part aux travaux de la CNRGV ?

Selon un de ses membres ayant requis l’anonymat, le Conseil Constitutionnel devrait rendre son verdict dans les 72h suivantes. Probablement entre mardi 16 octobre et jeudi 18 octobre 2018. Ainsi les résultats définitifs de la présidentielle pourraient être proclamés plusieurs jours avant le 22 octobre 2018, date butoir, selon le code électoral qui donne 15 jours maximum à cette institution pour proclamer les résultats. Précision importante : les décisions de cet organe juridico-politique national sont définitives donc non susceptibles de recours. Du moins au plan du droit interne camerounais.

Le temps de la guerre des chiffres (Serge Aimé Bikoï)

Certes, les travaux de la commission nationale de recensement général des votes étaient publics, mais, prendre la décision de publier, ex-cathedra, les résultats de l’élection présidentielle, travail qui est dévolu au conseil constitutionnel, instance ayant le rôle de la publication des résultats, il y a, sans conteste, anguille sous roche.

En effet, lorsque le candidat à la présidentielle du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc) s’est autoproclamé vainqueur le 8 octobre 2018 sans, toutefois, faire évocation de pourcentage qu’il a obtenu et de ceux de chaque prétendant à la magistrature suprême, il y a eu une levée de boucliers du kaléidoscope gouvernemental et de certaines catégories sociales et politiques tant Maurice Kamto a été châtié, stigmatisé, invectivé et roué de coups au sens du registre de la violence symbolique connu de tous dans le champ politique.

ces chiffres confortent les partisans du parti au pouvoir

Maintenant que certains acteurs politiques et des journalistes rendent publiques les statistiques électorales de la commission nationale de recensement général des votes, l’on n’observe guère cette contestation générale tant ces chiffres confortent les partisans du parti au pouvoir, qui souhaitent, de surcroît, l’éternisation au pouvoir du fils de Mvomeka’a.

Certains directeurs de publication des journaux dont nous sommes, d’ailleurs, en train de lire, in extenso, l’édition de ce jour, ont fait cas de ces résultats au mépris de la violation du secret du travail de cette instance et au mépris de la violation des principes, préceptes et règles du Code électoral.

Incontestablement, nous nous acheminons quasiment vers le même scénario, dont le point de chute est la proclamation de Paul Biya vainqueur de la présidentielle 2018

La publication des travaux de la CNRGV n’est pas, en réalité, une nouveauté puisque, lors de l’élection présidentielle de 2011, Ernest Peukeho, à l’époque mandataire du Bric (Bloc pour la reconstruction indépendante du Cameroun) était le premier à publier les chiffres de la commission nationale de recensement général des votes. Chiffres qui donnaient l’homme du 6 novembre 1982 vainqueur. Toute chose qui avait, en effet, été corroborée lorsque la cour suprême, faisant office de conseil constitutionnel, avait rendu publics les résultats au demeurant.

Incontestablement, nous nous acheminons quasiment vers le même scénario qu’en 2011

Incontestablement, nous nous acheminons quasiment vers le même scénario, dont le point de chute est la proclamation de Paul Biya vainqueur de la présidentielle 2018. En décidant donc de publier, comme cela est fait depuis samedi, 13 avril 2018, les chiffres de la commission nationale de recensement général des votes, l’enjeu consiste, ipso facto, à engager le débat autour de la validation ou non desdits chiffres que certains mandataires ayant participé aux travaux battent en brèche. C’est, d’ailleurs, la raison pour laquelle d’aucuns récusent et contestent ces résultats en attendant le déroulement du contentieux post-électoral ce mardi, 16 octobre 2018.

Quelle est donc l’opportunité de la publication des chiffres de la commission nationale de recensement général des votes à quelques jours du verdict du conseil constitutionnel ? Sans préjuger de la connaissance de l’opinion des uns et des autres dans l’agora, il s’agit de jeter un ballon d’essai sur le terrain, le dessein étant de savoir si ces chiffres rencontrent l’assentiment du bas-peuple. Pourtant, ces statistiques sont fort contestées par plus d’un. Si Clément Atangana et ses pairs légitiment ces résultats in fine, la démographie électorale l’accréditera-t-elle?

Wait and see !


Comment, au Cameroun, les candidats à la présidentielle 2018 abordent-ils la problématique du handicap ?

Quelle importance accorder à la personne en situation de handicap au Cameroun ? Quels types de prises en charge faut-il leur accorder pour le prochain septennat ? C’est depuis le 22 septembre 2018 que les neuf candidats à la présidentielle du 07 octobre prochain se sont lancés dans la bataille de conquête de l’électorat. Curieusement, sur les cinq candidats dont les programmes sont disponibles sur internet, seul deux abordent de manière claire, la question du handicap. Il ne sera donc pas question ici de soulever des polémiques sur cette absence, ou mieux cette négligence. Nous n’abordons ici que ce que deux candidats proposent pour des personnes en situation de handicap. Mais, avant, il serait toutefois important de décrire sommairement l’état des lieux sous le plan législatif.

Les lois sur le handicap sous Paul Biya (1983 et 2010)

La loi N°2010/002 dite « protection et promotion des personnes handicapées » a été adoptée par l’Assemblée nationale et promulguée par le président de la république le 13 avril 2010. Cette loi est le résultat des critiques formulées à la loi N°83/013 du 21 juillet 1983 dite « relative à la protection des personnes handicapées ».

Rappelons ici quelques détails non moins importants concernant les décret d’application pour dire que les deux lois citées ci-dessus ont des dispositions qui nécessitent des prises en charge sectorielles. Il appartient donc à chacune de ces secteurs institutionnels (ministères, organismes de prise en charge) de prendre des décisions qui conviennent pour l’application efficiente de la loi. D’où la nécessité de la signature des décrets d’application pour mettre à exécution les dispositions des lois suscitées.

Ainsi, pour la loi de 1983, le texte d’application est intervenu 7 ans plus tard, confère le décret N° 90/1516 du 26 novembre 1990 fixant les modalités d’application de la loi n° 83/13 du 21 juillet 1983 relative à la protection des personnes handicapées. Pour ce qui concerne la loi de 2010, c’est 8 ans après que le premier ministre signe le décret N°2018/6233 du 26 juillet 2018 fixant les modalités d’application de la loi portant protection et promotion des personnes handicapées.

Remarquez d’emblée que les textes d’application sont signés 7 ans après pour la loi de 1983 et 8 ans après pour la loi de 2010. Pour cette dernière, le décret d’application intervient le 26 juillet, tandis que le corps électoral a été convoqué le 9 juillet, à quelques semaines de la date fixée pour l’élection présidentielle. La période n’est pas anodine. C’est de bonne guerre, dira-t-on ! Nous ferons donc l’économie des critiques pour aborder directement le contenu de la loi de 2010. Dans l’impossibilité d’avoir le programme de Paul Biya, cette description se limitera à la présentation sommaire considéré à la fois comme son bilan et son programme.

Que dit la loi de 2010 sur la question du handicap ?

Nous limitons notre présentation de la loi de 2010 sur la santé, l’éducation et l’emploi. Ce sont les les trois domaines essentiels de la prise en charge des personnes en situation de handicap. La prise en charge signifie une assistance psychologique, financière et/ou matérielle du gouvernement dans ces trois secteurs à travers, soit la réduction, soit la gratuité dans le payement des frais exigés pour l’accès à ces services. Les personnes handicapées sont considérées, selon la loi, comme ceux qui possèdent une carte nationale d’invalidité (Article 41). Pour l’avoir, il faut respecter les critères de taux d’Incapacité Potentielle Permanente (IPP) de 50% qui est l’aboutissement d’une enquête sociale.

Santé

Les personnes en situation de handicap sont prises en charges médicalement pour des pathologies directement liées à leur handicap : la réadaptation médicale et la rééducation fonctionnelle. Ici, l’article 22 est claire là-dessus : « Les personnes handicapées reconnues indigentes et titulaires d’une carte nationale d’invalidité…bénéficient d’une prise en charge totale ou partielle par l’Etat, dans les institutions spécialisées et les formations sanitaires, publiques ou privées en ce qui concerne leur réadaptation médicale et leur rééducation fonctionnelle ».

Cette prise en charge s’étend jusqu’à la l’éducation spéciale qui concerne les personnes handicapées qui ont besoin d’une phase d’adaptation à l’environnement éducatif et professionnel (Article 24, 25 et 26). Cette phase est une nécessité avant de mettre les personnes handicapées concernées dans le circuit normal de la socialisation.

In fine, les personnes handicapées seront prises en charge uniquement sur des pathologies qui ont un rapport direct avec leur handicap. Par exemple, la prise en charge de l’appareillage pour les handicapés moteurs est gratuite.

Education

La prise en charge dans le domaine de l’éducation n’est pas restrictive comme dans la santé. Elle s’étend à toutes personnes handicapées jusqu’à leurs progénitures. Ce sont les articles 28 et 29 qui stipulent que les personnes handicapées ont droit à la prise en charge matérielle, financière et pédagogique qui consiste en l’exemption totale ou partielle des frais scolaires et universitaires et à l’octroi des bourses.

Emploi

Pour ce qui concerne l’accès à l’emploi, cette loi de 2010 est plus ambiguë concernant les recrutements. Les personnes handicapées bénéficient d’une dispense d’âge de recrutement aux emplois publics et privés. Mais l’article 38 alinéa (2) précise toutefois que : « A qualification égale, la priorité de recrutement est accordée à la personne handicapée ». En définitive, il appartient au recruteur de juger s’il y a qualification égale parmi les postulants entre personnes valides et personnes handicapées. La loi laisse à l’employeur le soin de juger lui-même la « qualification égale » dans l’étude des dossiers de recrutement. Il y a beaucoup de subjectivité qui recouvre cette disposition.

L’autre pan important dans l’accès à l’emploi concerne les personnes handicapées qui veulent s’installer à leur propre compte. Elles bénéficient notamment de l’octroi d’aide pour le matériel et la production, ainsi que « des facilités fiscales et douanières, accordées proportionnellement au degré du handicap » (Article 17 du décret d’application).

Cependant, le décret d’application de 2018, article 27 alinéa (1), vient préciser qu’une pension appelée « allocation d’invalidité » est accordée aux « personnes handicapées indigentes dont le taux d’Incapacité Potentielle Permanente est au moins égal à quatre-vingt-quinze (95) pour-cent et dont l’état de santé nécessite une surveillance médicale et des soins constants établis ». En d’autres termes, l’allocation d’invalidité est une pension régulière (la périodicité n’a pas été précisée) accordée aux personnes dont le handicap les empêche définitivement d’exercer une activité quelconque.

Que propose les candidats à la présidentielle du 7 octobre 2018 ?

Il faut rappeler ici que parmi les 9 candidats en lice, nous nous sommes contentés de ceux de consulter les programmes disponibles et accessibles par téléchargement sur la Toile. Ainsi, 5 candidats ont fait l’objet de lecture du programme sur la prise en charge du handicap. Deux candidats seulement ont indiqué formellement dans leur programme la prise en charge des personnes en situation de handicap. Il s’agit bien de Maurice Kamto (candidat du parti MRC) et de Cabral Libii (candidat du parti Univers).

Maurice Kamto (MRC)

Le Professeur d’Université met plutôt l’accent sur l’institutionnalisation de la solidarité. En d’autres termes, la prise en charge des personnes handicapées sera assurée par le Fonds Social de Solidarité (FSS) qu’il va créer pour la circonstance. Le FSS fonctionnera à partir des 2/3 de la redevance audiovisuelle actuelle et de 50% de la Grande Taxe de Solidarité (GTS) qui sera également créer.

Maurice Kamto, en introduisant dans la gouvernance, le concept de solidarité, mise sur la participation collective de tous les Camerounais à la cause sociale. Celle-ci concerne la prise en charge des « personnes vulnérables » selon Maurice Kamto. Les personnes vulnérables représentent précisément des « personnes vivant avec un handicap, personnes âgées, orphelins sans aucun soutien, enfants abandonnés ou en délicatesse avec la loi, personnes à la retraite ». Pour le MRC, il faut élargir le champ de la prise en charge à travers le concept de solidarité. Le domaine d’invention de la solidarité concerne particulièrement la santé qui sera financée par la Grande Taxe de Solidarité à travers l’Assurance Maladie Universelle Minimum (AMUM).

Le candidat de MRC n’a pas oublié d’apporter justement son soutien dans les domaines phares comme l’éducation et l’emploi. Les personnes vivant avec un handicap bénéficieront de la bourse pour financer leur éducation du primaire au supérieur. Quant à l’emploi, « 5% des places seront réservées aux personnes vivant avec un handicap dans les concours administratifs ». Rien n’a été dit sur la forme et les critères de la prise en charge. Mais, le texte précise bien que cette prise en charge ne sera effective qu’après une enquête sociale. Celle-ci déterminera à la fois si une personne est handicapée et indigente.

Cabral Libii (Univers)

Cabral Libii, le candidat du parti Univers, ne fait pas un mystère sur la prise en charge. Il limite ses domaines d’intervention dans l’éducation et l’emploi. Les personnes en situation de handicap vont bénéficier de « la gratuité de la formation professionnelle ». C’est une précision qui doit être mise en exergue : il ne s’agit pas de la prise en charge de l’ensemble de l’éducation des personnes handicapées, comme c’est le cas avec la loi de 2010 et le programme de Maurice Kamto. En matière d’emploi, 2% de places obligatoires leur sont réservées dans le public comme dans le privé.

Petite comparaison à titre de conclusion

La loi de 2010 tenant ici lieu de programme du candidat sortant Paul Biya, n’a vu son décret d’application qu’en juillet 2018. Cela signifie que théoriquement, aucune disposition n’a été appliquée jusqu’ici ne serait-ce que pour ce qui concerne celle qui nécessite un décret d’application. Cependant, il faut dire que les associations des personnes en situation de handicap, en attendant ce décret d’application, ont exercé trop de pression sur les autorités pour faire appliquer les prises en charges dans le domaine de l’éducation. Ce sont des actions sporadiques qui n’avaient aucunement une portée assez grande pour impacter sur toute la couche sociale.

Maurice Kamto, par contre, vient marquer une différence en introduisant le concept de solidarité. Ici, ce sont les Camerounais qui participent à la prise en charge à travers une caisse de solidarité et non le gouvernement. Ce système peut avoir pour avantage d’avoir comme prétexte que le gouvernement n’a pas assez de budget pour couvrir la prise en charge des personnes vivant avec un handicap, comme c’est le cas actuellement avec la défaillance de la loi de 2010.

Cependant, en termes d’opportunité de prise en charge, Paul Biya offre plus d’avantages en matière d’éducation : une bourse et une gratuité de l’éducation et d’insertion professionnelle (création d’emploi). Par contre, Maurice Kamto offre plus d’avantages en matière de santé et d’insertion professionnelle (recrutement dans la fonction publique). Le programme de Cabral Libii reste le moins convaincant en la matière d’éducation (limité à la formation professionnelle) et emploi (recrutement limité à 2% au lieu de 5% chez Maurice Kamto).


Pourquoi la sécurité des médias est-elle un enjeu majeur au Cameroun à la veille de la présidentielle ?

Pourquoi la sécurité des médias est-elle si préoccupante aujourd’hui ? Pourquoi s’en préoccuper en ce moment où les Camerounais s’apprêtent à élire leur président de la République ? Les journalistes et les professionnels de l’information se sont retrouvés à Douala du 05 au 07 septembre 2018 pour échanger avec les officiers supérieurs de la police et de la gendarmerie. À la veille des échéances électorales, l’occasion était propice pour parler de l’accès à l’information.

Pourquoi la sécurité des médias est-elle si préoccupante ?

Au Cameroun, les contestations à la suite d’un scrutin controversé sont légions. Elles sont la suite logique d’un processus électoral non consensuel entre les autorités et le parti au pouvoir d’une part, et les leaders des partis politiques de l’opposition et ceux de la société civile d’autre part. Ainsi, les périodes électorales présentent des risques de troubles qui peuvent aboutir à des débordements. On penserait que ces situations sont le propre des tyrannies.

C’est dans pareil contexte que les médias jouent un rôle important. D’où la nécessité d’associer les forces de maintien de l’ordre (FMO) à son combat. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) y a donc pensé en organisant un séminaire à propos.

En période électorale, les médias sont les principaux canaux de manipulation des infos. Les médias ont donc leur partition à jouer dans la bonne marche du processus électoral à travers la formation et l’information du public. Ainsi, les nouvelles sur les campagnes des candidats, les infos sur tout ce qui a un lien avec l’élection sont mises à disposition.

À travers les activités des journalistes, on peut avoir une idée de la capacité d’un pays à gérer son système électoral en temps de crise. Les périodes électorales ont toujours été considérées comme « potentiellement dangereuses » et propices à l’insécurité. La moindre faille dans le rendu de l’info peut s’avérer fatale.

Ces périodes sont potentiellement risquées pour la simple raison que les acteurs en présence peuvent aller au-delà des combats idéologiques. La force des mots et des idées ne suffisent plus et cède la place à la force physique. Les médias classiques (presse, radio et télévision) et ce qu’on appelle « nouveaux médias » (site internet ou médias en ligne, blog), étant des supports et des véhicules pour la propagande des programmes et idées politiques des leaders candidats aux élections, deviennent des lieux à haut risque d’insécurité. C’est donc à ce niveau justement que les médias sont interpellés pour jouer leur rôle de neutralité dans le traitement de l’informations. Le PNUD a donc axé ses ateliers de formation sur six piliers.

Les hommes et les femmes de médias sont-ils exposés à l’insécurité ?

En fait, il ne s’agit pas de la sécurité des hommes et des femmes de médias en tant que telle. Il s’agit tout simplement de garantir les droits des citoyens à la bonne information. La bonne information est garantie par sa fiabilité et sa crédibilité. En temps de crise, cette garantie peut être menacée si la sécurité des journalistes n’est pas assurée. Cette sécurité passe par l’accès à la source et à leur protection. C’est ici qu’interviennent les Forces et Maintien de l’Ordre (FMO).

Les médias et les FMO sont des acteurs importants du processus électoral. On ne pourrait donc se limiter aux institutions chargées d’organiser les élections (Elecam et Conseil constitutionnel) et aux autorités publiques.

En temps de crise, les hommes et les femmes de médias courent le risque d’être interpellés et emprisonnés. Les risques que courent les médias de voir ses installations scellées ou tout simplement saccagées sont grands. Pire encore, le risque d’être blessés ou même tués lors de la couverture d’une des nombreuses manifestations publiques ou assassiné lâchement dans le cadre de l’exercice de leur métier sont suffisamment graves en période électorale. Les arrestations abusives, des règlements de compte, des intimidations, des menaces de mort, etc. sont le lot quotidien des professionnels de l’information.

 

Quelles sont les mesures que disposent les FMO pour la sécurité des médias en temps de crise ?

Le point d’achoppement de l’atelier de formation mettait en exergue des recommandations. Il était question de mettre à la disposition des hommes et femmes de médias des mesures sécuritaires prises par les FMO en leur faveur. Il ressort de cet échange que les FMO sont confrontées à deux difficultés majeures : faciliter l’accès aux sources d’une part et garantir la sécurité des journalistes d’autre part.

L’accès aux sources officielles est une nécessité en temps de crise pour garantir l’équilibre et l’équité. La société civile (organisations non gouvernementales-ONG) et les partis politiques, les acteurs les plus connus de la scène politique, représentent des maillons essentiels de la chaîne des propagandes politiques. Les médias, souvent friands d’informations à chaud (Scoop, Breaking News, etc.), deviennent la cible des acteurs qui recherchent de canaux faciles de diffusion. Les autorités, à leur tour, ont aussi besoin des médias pour la diffusion des informations sur la santé, l’éducation et la sécurité publique, par exemple. À ce titre, les FMO doivent faciliter l’accès à ces ressources.

Quant aux mesures prises pour la sécurité des hommes et des femmes de médias, ça va de soi. La diffusion des infos susceptibles de discréditer un des acteurs en confrontation lors d’une crise est un grand risque. Ce risque est souvent plus grand en tyrannie lorsque l’info à diffuser met en cause l’action de l’autorité ou du gouvernement. La police et la gendarmerie seront-elles alors disposées à protéger les hommes et les femmes de médias gage de respect du droit à l’information ? Situation complexe quand on sait tout de même que les FMO doivent respecter les ordres des autorités. La confusion qui règne entre l’Etat et le parti au pouvoir (RDPC) ne facilite pas le travail des FMO qui sont parfois accusés d’être au service du système et non de l’État.

L’une des mesures fortes révélées par les FMO pour assurer cette mission est d’« établir une plateforme permanente entre les deux parties ». Concrètement cela signifie que les deux acteurs doivent travailler en synergie. Cette recommandation témoigne de ce que les forces de maintien de l’ordre et les hommes et femmes de médias ont généralement des relations conflictuelles. Celles-ci peuvent être liées à la méfiance des uns et des autres. Cette confiance doit être rétablie pour que le droit à l’information selon les principes la la résolution S/RES/2222 des Nations-unis  sur la sécurité des journalistes et obligations des États soit définitivement un acquis.


Sur internet, les Camerounais s’engagent pour la scolarisation des enfants vulnérables

La solidarité est-elle un vain mot ? Déjà dix jours que les élèves du primaire et du secondaire ont repris le chemin de l’école. Comme il est de coutume, les Camerounais se démènent pour assurer une bonne rentrée scolaire à leurs progénitures. Il existe également une mobilisation autour d’autres enfants : ceux qui risquent de ne pas connaitre une scolarité heureuse pour diverses raisons. Cette mobilisation est courante dans les associations communautaires. Mais, avec l’avènement d’internet et des réseaux sociaux, les Camerounais ont développé d’autres formes de solidarité plus souples et très efficaces basées sur le fundraising. De quoi s’agit-il ?

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L’équipe du forum facebook K-MER-A conduite par Willy Noupa dans l’orphelinat de Douala. Crédit photo : K-MER-A

La solidarité religieuse et/ou communautaire et ses limites

La solidarité autour de la scolarisation des enfants vulnérables a souvent été l’apanage des associations communautaires (les tontines), et des associations de types religieuses ou humanitaires. Pour chacun de ces types d’association, la solidarité ne s’organise pas de la même manière. Les associations religieuses et humanitaires bénéficient généralement d’une donation de mécènes qui sont soit des fondations, soit des entreprises citoyennes, ou même des églises. Quant aux associations communautaires, ou tontines, en plus d’une donation de mécènes, qui sont généralement les hommes d’affaires ou hommes politiques originaires de la communauté, il existe également un apport subséquent des membres de ladite communauté.

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La solidarité de l’équipe facebook JMSSD se manifeste par des présents dans les orphelinats de Douala et de Yaoundé. Crédit photo : JMSSD

La solidarité pratiquées dans ces types d’association a une portée très restreinte. Généralement, pour être bénéficiaire ou donateur, il faut faire partie du cercle restreint de l’association : membre de la communauté villageoise, ethnique ou religieuse. Bien que ces types de solidarité soient importants, il convient de signaler tout de même qu’ils ne concernent pas tout le monde. Une nécessité d’élargir le champ d’action de la solidarité s’imposerait pour lui donner tout son sens. Et le seul outil capable de briser cette frontière est certainement internet.

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L’équipe du Forum Facebook K-MER.A (Le Kameroun en Action) sur le terrain de la solidarité. Crédit photo : Forum Facebook K-MER.A. Matango Club

Les réseaux sociaux, à travers la création des forums de discussion, sont l’une des plateformes d’organisation de cette forme de solidarité qui va au-delà des communautés. Le caractère universel d’internet ouvre les portes à tous ceux qui se sentaient mal à l’aise dans ce type de solidarité communautaire. Sans dénier la place primordiale qu’occupent cette dernière, Internet vient juste élargir le spectre de donateurs!

Bien que cette forme soit également restreint de par son accessibilité (Smartphone, connexion internet, compte Facebook, etc.). Comment s’organise donc cette forme de solidarité qui prend de plus en plus d’ampleur ces dernier temps ? Comment des personnes aussi éloignées par la distance, et qui ne se connaissent ni d’Ève ni d’Adam, peuvent-elles s’accorder pour collecter et gérer des sommes d’argent, aussi modestes soient-elles ?

Le fundraising et la fin des frontières

La solidarité des Camerounais à travers internet a pour fondement le fundraising. Le fundraising désigne une forme de financement des œuvres d’intérêt général basée sur la collecte des fonds auprès de philanthropes. Pour faire simple, une partie de ressources de financement de la scolarité de certains enfants vulnérables sont issues de la collecte d’argent auprès des internautes à travers des forums Facebook dont ils sont membres. Plusieurs forums s’illustrent dans ce type d’activité, parmi lesquels K-MER.A, créé par Willy Noupa, et JMSSD, « Je Me Suis Souvent Demandé », fondé par Guy Olivier Moteng

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L’équipe du forum facebook JMSSD conduite par Guy Olivier Moteng dans les deux orphelinats de Douala et de Yaoundé. Crédit photo : JMSSD

Ces deux forums ont été créés à l’origine pour construire une solidarité agissante autour d’un objectif : secourir les âmes en détresse, plus particulièrement les enfants vulnérables. Pour ce faire, une annonce ou publication sur le forum suffit comme alerte.

La préparation de la rentrée scolaire étant un prétexte, la mobilisation devient évidente car la scolarisation des enfants vulnérables est considérée comme une œuvre d’intérêt général.

Ce type de solidarité agissante est basée sur le volontariat, et c’est en sens qu’il brise les frontières communautaires et religieuses. Chaque membre du forum contribue, à sa manière, à la constitution des fonds de solidarité. C’est ainsi que la diaspora qui a été longtemps considéré comme un monde entièrement détaché de son environnement peut justement, à l’occasion, démontrer son implication aux œuvres de bienfaisance.

Les sommes collectées vont souvent au-delà des espérances. Elles sont le fruit d’un geste anodin de transfert d’argent électronique via son téléphone d’un montant a priori insignifiant. La force et la puissance du fundrising vient justement de cette popularité qui traverse les frontières. 

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La solidarité de l’équipe facebook K-MER-A à travers les dons à l’orphinat de Douala. Crédit photo : K-MER-A

La solidarité pour les orphelinats de Yaoundé et Douala

Les internautes de K-MER.A et JMSSD agissent dans les villes de Yaoundé et Douala. Deux grandes villes du pays, où se trouvent beaucoup d’orphelins.

Si cette solidarité via internet fonctionne, c’est que les personnes chargées de collecter et de gérer des fonds entretienne la confiance, seul gage de leur crédibilité. Comment ? Grâce à une comptabilité saine. Cette comptabilité est un compte-rendu des dépenses, accompagné des images de la cérémonie de donation en présence des bénéficiaires.

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L’équipe facebook K-MER-A conduite par Willy Noupa à l’orphelinat à Douala. Crédit photo : K-MER-A

C’est ainsi que les pensionnaires du centre Daniel Rouffignac de Yaoundé, de l’orphelinat Meinrad Hebga et l’orphelinat Synergie Fraternité de Douala ont reçu la visite mémorable des membres des forums Facebook camerounais K-MER.A et JMSSD.

Leurs actions ont consisté essentiellement en apports didactiques par la donation des manuels et fournitures scolaires, sans oublier les produits de premières nécessité : produits alimentaires, sanitaires et corporels.

Mais, il y a également, et c’est le plus important, les parrainages des enfants par quelques membres de ces forums. Le parrainage consiste à prendre en charge les besoins d’un ou de plusieurs enfants pour une période donnée. A ne pas confondre avec l’adoption qui est tout autre chose. La difficulté avec cette technique de parrainage, c’est l’injustice qu’il crée au sein de l’orphelinat par rapport aux autres enfants non parrainés et qui ne bénéficient pas de ce traitement de faveur.

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L’équipe du Forum Facebook JMSSD (Je Me Suis Souvent Demandé) fondée par Guy Olivier Moteng en action de solidarité. Crédit photo : Forum Facebook JMSSD. Matango Club

In fine, c’est plus d’une centaine de volontaire venant au secours d’une centaines d’enfants vulnérables qui sont ravis de voir leur scolarité assurée pour cette année. Loin des accusations dont ils font souvent l’objet, les réseaux sociaux ne sont pas seulement un lieu de tintamarres, d’invectives, de polémiques et des jougs politiques. Ces deux exemples de mobilisations sont la preuve suffisante que les Camerounais, de tous les bords, sont réceptifs à toutes les œuvres d’intérêts publics.

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L’équipe facebook K-MER-A en compagnie des enfants de l’orphelinat à Douala. Crédit photo : K-MER-A

Le fundraising démontre l’impuissance de l’Etat

Mais surtout, ces solidarités venues d’internet viennent remplir un rôle que l’Etat, défaillant, ne remplit plus. La solidarité agissante basée sur le fundraising a toujours été considérée comme une forme de système qui se substitue à la fonction sociale de l’Etat. D’ailleurs, historiquement, son développement est généralement le fait du désengagement de l’Etat et de la diminution, voire de l’absence, des subventions octroyées aux structures d’encadrement des enfants vulnérables. Cette situation est encore plus préoccupante lorsqu’on se retrouve dans un pays comme le Cameroun où la déstructuration et le dysfonctionnement des services publics sont de plus en plus décriés.

Les fondatrices et fondateurs d’orphelinats sont les premiers à décrier ce manquement de l’Etat. Certains sont d’ailleurs unanimes et avouent qu’ils n’ont jamais reçu une quelconque subvention de l’Etat, plusieurs années après la création. Parfois, ces orphelinats reçoivent même des enfants que leur confient les services sociaux de l’Etat. Que faire devant l’absence, devant l’incapacité, devant l’impuissance de l’Etat à assumer ses responsabilités ? La mobilisation collective autour de la prise en charge des orphelins et enfants vulnérables devient un impératif.