Yves Tchakounte

Le leadership du SDF mis à mal à la veille de la présidentielle d’octobre 2018 au Cameroun

Commencé le 22 février, la 9ème Convention (congrès) du SDF (Social Democratic Front), s’est achevée le 24 février 2018. En sessions ordinaire et extraordinaire cumulées, le congrès du principal parti de l’opposition au Cameroun n’a pas fait que des choux gras. Pour cause, le SDF, harcelé par des remous socio-politiques, continue d’être sous la sellette de ses détracteurs.

Les élections internes au SDF, le plébiscite de Joshua Osih lors de la primaire, le retrait de son leader historique de la course à la présidentielle, le contexte de crise socio-politique que traversent les deux régions considérées comme son fief historique, confronte le parti aux critiques les plus acerbes. Cette situation un peu inhabituelle, fait dire à beaucoup d’analystes que le parti risque de subir des coups aux prochaines échéances électorales. Malgré tout, même l’observateur le plus averti doit se méfier de livrer le SDF à la vindicte populaire.

Deux faits majeurs constituent pour moi des indicateurs d’analyse. Ils peuvent juste nous aider à scruter l’avenir du SDF. Le premier, c’est le résultat de la primaire au sein du parti. C’est l’objet du président billet. Le second, concerne justement la crise socio-politique dominée par le sécessionnisme des régions anglophones. Cette problématique sera traitée dans le second billet. La question centrale ici est la suivante :  à quoi va servir la participation du SDF aux élections dans un contexte sécessionniste ? Tout compte fait, les positions et les décisions du SDF face à cette crise dite anglophone place le parti dans une situation inconfortable.

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Photo officielle de Joshua Osih, candidat du SDF à la présidentielle d’octobre 2018 au Cameroun. Crédit photo : SDF

Des remous externes au SDF pour planter le décor

Pour rappel, le Cameroun traverse une crise socio-politique profonde qui décime, depuis octobre 2016, les deux régions anglophones. En proie aux revendications sécessionnistes, les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest sont actuellement entrées dans la phase de la guérilla. Le nombre de victimes, civils comme militaires, devient pratiquement inquiétant de jour en jour. Des accalmies par moment sont observées. Malgré les assurances des autorités, toute villégiature de ce côté s’avère toujours périlleuse.

Un congrès à problèmes

L’organisation du congrès du SDF à Bamenda n’a pas fini de susciter des controverses et parfois des attaques ad hominem. D’abord, à la veille de l’ouverture du congrès, il y a eu des rumeurs sur des menaces venant des sécessionnistes. Les congressistes commençaient déjà de s’inquiéter. Mais, la réaction immédiate du leader historique, le Chairman Ni John Fru Ndi, a heureusement calmer les esprits. Ensuite, il y eu la polémique sur la location de la salle. Prévu initialement à la salle de l’église presbytérienne de Ntamulung à Bamenda, le congrès s’est finalement tenu au palais des congrès de la même ville.

Ce palais des congrès est une sorte d’auditorium appartenant au parti au pouvoir. La photo-portrait officielle de Paul Biya, président de la République et président du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) trône au dessus de la salle. C’était comme une mise en scène, un peu semblable à celle du Christ sur la crois dans une cathédrale et qui ne finissait pas de nourrir les gorges chaudes. Enfin, il y a eu, comme invités d’honneur, des membres influents du RDPC qui ont pris place au présidium. Pour certains observateurs, ce dernier détail est considéré comme une erreur de communication.

Des questions sans réponses

Ces invectives contre le SDF n’empêche tout de même pas à un observateur de s’interroger. Quelle est la pertinence ou l’opportunité d’un tel congrès qui risque visiblement de laisser des plumes au parti ? Comment tenir un congrès ordinaire et extraordinaire, dans un contexte séparatiste, dont le point culminant devrait être l’investiture d’un candidat à la présidentielle ? Pour dire ça autrement, comment expliquer qu’un parti donc le fief se trouve dans la zone sécessionniste, se prépare à participer aux élections organisées par un régime qui réprime les sécessionnistes ?

Il faut préciser ici que le SDF, depuis le début de la crise anglophone, propose le fédéralisme comme solution. La réaction du régime de Yaoundé ne s’est pas fait attendre. La répression comme arme pour anéantir les partisans du fédéralisme a a cédé le flanc au radicalisme. Du coup, les Anglophone ont pris fait et cause des discours sécessionnistes même s’ils sont marginaux.

L’organisation de la primaire : coup de semonce pour le SDF ?

L’instance exécutive du parti, le NEC (National Executive Comity), qui s’est réunie le 09 février 2018 avait eu comme résolution majeure l’organisation de la 9ème convention du parti pour les 22, 23 et 24 février 2018. Il est question de faire d’une pierre deux coups : tenir en même temps le congrès ordinaire et extraordinaire. Ordinaire pour élire les membres statutaires du parti arrivés en fin de mandat ; extraordinaire pour choisir le candidat du parti à l’élection présidentielle d’octobre 2018.

L’organisation de la primaire marque l’accord de principe du SDF quant à sa participation aux élections présidentielle, législatives et municipales. A priori, on aurait penser que cette situation de crise devrait amener le parti à revoir sa position en choisissant par exemple le boycott. Cette stratégie de boycott qui reste quand même discutable serait logique car cela s’expliquerait ici par la volonté affichée de Paul Biya et son parti de maintenir le statu-quo sur la crise anglophone. Cette participation du SDF aux élections malgré l’issu probable de son échec ferait passer le parti sous les fourches caudines des électeurs. Ce qui lui ferait aussi perdre son leadership.

Une position de leadership bien assumée

A la suite de la présidentielle d’octobre 2011, des législatives, sénatoriales et municipales de 2013, le SDF se positionne alors comme le deuxième parti après le RDPC. Ces scores font du SDF, urbi et orbi, le parti qui tient le leadership dans l’opposition camerounaise. Cette position du leadership donne à ce parti un poids incontournable dans toute solution d’alternance.

C’est la raison pour laquelle tous les regards sont rivés sur lui. Pas donc surprenant de savoir que la désignation du candidat du parti à la présidentielle au cours d’une primaire soit le point focal. Cela faisait depuis quelques mois que les observateurs les plus avertis attendaient quand même un signal fort.

Du coup, le plébiscite de Joshua Osih, est présenté comme la montagne qui avait accouché d’une souris. C’est que le bateau du parti semble prendre de l’eau. Ce que les militants contestent évidemment et assurent que le candidat du parti est à la mesure des enjeux cruciaux de l’heure.

Les origines suisses du candidat Joshua Osih

Mais, ce qui a donc marqué plus l’opinion et ravivé les polémiques, c’est sans doute les origines suisses collées au dos de Joshua Osih. Réélu 1er vice-président du SDF, plébiscité et investi par le parti pour la présidentielle d’octobre 2018, Joshua Osih, en peu de temps, devient la bête noire à abattre. Il est honni pour ses origines métis du fait d’avoir une parenté suisse. Compte tenu du fait que la loi camerounaise interdit la double nationalité, il lui est donc reproché d’en avoir une. Il faut signaler tout de même qu’il est actuellement député élu en 2013 et sa double nationalité n’avait pas été évoquée. Joshua Osih était resté pourtant, jusque-là, incognito dans les frasques politiques.

Toutes ces intriques et bien d’autres sont mis au-devant de la scène au moment où le climat sur l’insécurité prend le pas sur l’actualité institutionnelle et les faits divers. Ce climat d’insécurité est tel qu’il pourrait compromettre le bon déroulement de l’élection présidentielle. Pourquoi Joshua Osih serait-il considéré comme l’homme à abattre alors que toute la classe politique de l’opposition, soif d’alternance, devrait avoir comme pour seul adversaire, Paul Biya ?

Et l’histoire retiendra que…

…le SDF a connu pire que ça. Le SDF n’est donc pas à son premier lynchage public comme on le voit avec les critiques de la candidature de Joshua Osih.

Quelque temps avant la présidentielle du 10 octobre 2004, il y a eu deux fronts dans l’opposition. La première et la plus célèbre est celui conduit par le SDF de John Fru Ndi et l’UDC d’Amadou Ndam Njoya. Ce premier front s’appelait la « Coalition Nationale pour la reconstruction et la réconciliation » (CNRR). Le deuxième est celui que conduisaient Jean Jacque Ekindi, Samuel Mack-Kit et Mboua Massok respectivement leaders du Mouvement progressiste (MP), de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) et du Parti Social pour la Libération du Peuple Camerounais. A la surprise général, le CNRR a éclaté en deux lorsque le comité chargé de choisir le candidat unique de la coalition a préféré Amadou Ndam Njoya à John Fru Ndi.

Le SDF, s’estimant leader de l’opposition n’a pas pu supporter cet affront qui le mettait à l’écart de la course du fauteuil présidentiel. John Fru Ndi décide de claquer la porte de la coalition et se faire investir par son parti à Bamenda au cours d’un congrès. Les résultats à la présidentielle d’octobre 2004 ont surpris les détracteurs la débâcle du parti. John Fru Ndi s’en est sorti avec 17,40%, loin de son suivant immédiat Amadou Ndam Njoya qui enregistre 4,48%. C’est tout dire.

Pour cette présidentielle d’octobre 2018, d’aucun ont même déjà pensé que la crise anglophone pourrait constituer un coup de grâce. La crise anglophone serait alors une bonne opportunité pour ce parti qui cherche à sortir de sa léthargie ?

A suivre…


Quelques références pour compléter vos lectures
  • Hadji Omar Diop (2006), Partis politiques et processus de transition démocratique en Afrique noire : recherches sur les enjeux juridiques et sociologiques du multipartisme dans quelques pays de l’espace francophone, Publibook, Paris.
  • Pierre Flambeau Ngayap (2000), L’opposition au Cameroun. Les années de braise, Études africaines, Paris.
  • J. H. Tingueu Sepo (1990), Multipartisme et démocratie au Cameroun. Les grandes occasions manquées pour l’alternance, L’Harmattan, Paris.


Quelles leçons tirer après une extradition en coulisse, par le Nigeria, des leaders anglophones camerounais ?

Le dernier rebondissement de la crise anglophone est connu : l’extradition du leader indépendantiste Sisiku Julius Ayuk Tabe et 46 personnes de son équipe à Yaoundé. Voici déjà seize mois que la crise anglophone occupe l’actualité au Cameroun. Seize mois au cours desquels l’actualité a bien sûr été nourrie par des coups de théâtre à n’en plus finir. Des arrestations par centaine, des morts de civils et des hommes en tenue par dizaine, et bien entendu, des villages entièrement rasés par l’armée. Maintenant, c’est l’extradition du leaders de la sécession anglophone qui suscite des coups de gueule.

Le déchaînement de certains Camerounais à la suite de l’extradition de Sisiku Juliu Ayuk Tabe montre combien cet événement était attendu à Yaoundé. Tandis que les uns maudissent cette arrestation, d’autres s’en délectent. Les commentaires vont dans tous les sens. Il y en même qui taxent les séparatistes de « terroristes » sans feindre de tomber sous le coup de la loi pour diffamation.

Pour rappel, c’est depuis le 5 janvier 2018, Sisiku Julius Ayuk Tabe et quelques membres de son équipe, sont arrêtés et détenus à Abuja. En tout cas, ils sont annoncés, par la presse nationale et internationale dans les locaux de la police. Curieusement, ni les autorités de Yaoundé, ni celles d’Abuja ne confirment cette arrestation. Les leaders anglophones sont donc supposés être en garde à vue sans qu’ils n’aient vu leurs avocats. Ils sont donc restés couper du monde depuis cette date jusqu’au 29 janvier 2018. C’est le dernier soubresaut d’une crise anglophone qui persiste depuis septembre 2016.

Dans la soirée du 29 janvier 2018, le gouvernement donne un point de presse pour confirmer cette extradition. Ceux qui jubilent ont toujours été les partisans de la force depuis le déclenchement de la crise. Pour eux, le « rouleau compresseur » qu’est l’État doublé de sa « riposte musclée » doivent rétablir l’ordre par tous les moyens. C’est d’ailleurs cette option qu’a choisi le gouvernement à la place d’un « dialogue inclusif » réclamé à cor et à cri par certains partis politiques et la société civile. A côté de ces réjouissances, les autres se content d’analyse la situation pour comprendre ce qui s’est réellement passé. Panorama.

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Communique du ministre de la communication, Issa Tchiroma Bakary, annonçant l’extradition des leaders anglophones à Yaoundé. Crédit photo : Page Facebook du ministre Issa Tchiroma.

Ahmadou Ahidjo et la Guerre du Biafra

La première analyse de la situation après l’arrestation des leaders anglophone qui a attiré mon attention est celle de Bernard Williams Banag. Dans un forum Facebook, il montre justement la naïveté de Sisiku et de toute son équipe sur l’histoire du Cameroun. Pour ce Camerounais, si ces leaders anglophones avaient un petit moment imaginé que le Nigeria est redevable au Cameroun, compte tenu des vicissitudes de son histoire, ils auraient tout simplement éviter de choisir ce géant africain comme leur base. Le Cameroun, sous Amadou Ahidjo, avait soutenu le Nigeria sous Yakubu Gowon, à exterminer les leaders indépendantistes du Biafra. Voici en substance, un extrait de son argumentaire :

Ne jamais oublier que pendant la guerre du Biafra à la fin des années 1960, des compagnies pétrolières anglo-saxonnes comme Shell et BP vont soutenir la sécession en versant d’énormes sommes d’argent au Général Emeka Ojukwu, le sécessionniste et chef des rebelles qui avait décidé de créer l’État du Biafra avec Enugu comme capitale.

Si on ajoute que le Général de Gaulle ne portait pas dans son cœur le président Yakubu Gowon qui s’était ouvertement opposé aux essais nucléaires de la France, on pouvait considérer que la messe était dite. De Gaulle va même pousser les présidents Houphouet Boigny de la Côte d’Ivoire et Bongo du Gabon à soutenir et reconnaître officiellement le nouvel état du Biafra. Ils le feront sans en mesurer les conséquences et isoleront de fait le président Gowon dans ce conflit. Le président Hamani Diori du Niger est l’un des rares présidents africains à avoir apporté très tôt son soutien indéfectible à Yakubu Gowon mais son poids politique est faible dans la sous région.

Pour mettre fin à cette guerre du pétrole qui a déjà causé plusieurs centaines de milliers de morts et une crise humanitaire sans précédent dans la sous région, Ahmadou Ahidjo va appeler Hamani Diori pour lui signifier qu’il ne permettra jamais que le Cameroun et notre fameux « SO/NO » (ce sont les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest anglophones, ndlr) deviennent une base arrière des rebelles. Dans les faits, le président Ahmadou Ahidjo rencontrera secrètement le Général Gowon pour élaborer un plan et asphyxier la rébellion, malgré le soutien de la France aux rebelles et la puissance financière des compagnies pétrolières. Ahidjo confiera même à son ami Hamani Diori que le président Houphouet Boigny avait fait « sa plus grande erreur politique au Biafra ».

Le Nigeria, une république bananière

D’autres analyses, comme celles de Jean-Marc Soboth, vont au-delà de la méconnaissance de l’histoire en montrant plutôt la traîtrise dont le Nigeria s’est habituée. Pour ce journaliste, il ne faut pas être surpris de l’extradition des indépendantistes anglophones. Le Nigeria est un habitué des coups bas et des coups foireux. Ce pays n’a jamais œuvré pour l’intérêt des pays africains. Au contraire, il a soutenu, à défaut de participer, à la destruction de certains pays qu’il prend bien soin de citer. In fine, la conclusion de ce journaliste est une sentence sans appel : il ne faut pas faire confiance aux pays africains.

Ce n’est plus ce pays où les Yakubu Gowon résistèrent courageusement à la France et alliés en bénéficiant de l’entêtement d’un surprenant Ahmadou Ahidjo décidé à contrer la sécession du Biafra directement soutenue par le Général de Gaulle… Il y a si longtemps de cela. L’ex d’Aso-Rock Villa, Goodluck Jonathan Ebelle Azikiwe avait déjà montré les couleurs. Il fut la risée de ses homologues africains à Addis-Abeba sur la propension d’Abuja à être un bras séculier opiniâtre de l’impérialisme – de la France en l’occurrence – au sein de l’Union Africaine contre les autres « frères » Africains…

Abuja est, rappelons-le, l’un des principaux actionnaires/artisans de la destruction de la Libye par l’OTAN et des bombardements français en Côte d’Ivoire – résolutions 1973 et 1975 du Conseil de sécurité de l’ONU… Abuja avait extradé Taylor à la demande des Américains… Rien n’a changé avec Muhammadu Buhari dont la première visite officielle en Europe après son élection en avril 2015 fut justement à… Paris.

Après avoir promis, très officiellement, au patron du Haut Commissariat aux réfugiés, le Mozambicain Antonio José Canhandula, qu’on n’allait pas extrader le leadership séparatiste – ce dernier s’étant clairement dissocié de toutes les opérations armées à la frontière -, de même que les réfugiés et autres demandeurs d’asile, Abuja n’a pas respecté sa parole… La seule excuse valable à une telle volte-face devra être le fait d’avoir établi la preuve de l’implication de ce groupe dans la constellation armée à la frontière et dans la constitution des camps d’entraînement au Nigeria… Le contraire ne serait que traîtrise et affairisme de bas étage…

J’avais spécifié dans mon article au Club Mediapart que Abuja avait toujours aligné sa politique étrangère à l’égard des anciennes colonies françaises sur la réalité de leur dépendance à la France… Il suffit que la France s’entende avec les États-Unis, et Abuja s’exécute. On extrade même sans accords d’extradition… On l’a vu sur la Libye, la Côte d’Ivoire, le Libéria, et maintenant sur le Cameroun… Moralité: si vous voulez vous protéger du long bras de la France et de ses régimes compradores nègres, ne vous installez pas dans ces républiques bananières africaines…

L’extradition et immixtion de la France

A la suite de Jean-Marc Soboth, l’écrivain Patrice Nganang ne se limitera pas, comme beaucoup d’autres analystes, à la responsabilité du Nigeria. Après l’arrestation et de la détention des leaders, les débats ont été très tendus dans l’opinion. Petit à petit, les rumeurs sur la détention des leaders anglophones se dissipaient. Lorsque les premières informations sur leur extradition vers le Cameroun ont été diffusées par France 24 le 26 janvier 2018, la presse locale a pris le relais. Jusque-là, les doutes persistaient encore face au silence du gouvernement camerounais. Mais, l’opinion se posait quand même la question de savoir, pourquoi c’est un média français qui a été le premier à détenir l’info ?

La confirmation de l’extradition des leaders anglophones au Cameroun par le ministre de la communication, porte-parole du gouvernement, le 29 janvier 2018, suscite néanmoins des interrogations sur l’implication de la France. La question de l’écrivain Patrice Nganang, « Emmanuel Macron n’aime-t-il pas les Anglophones ? », est révélatrice sur l’opinion de certains analystes sur l’implication de la France. Ainsi, pour l’écrivain, tout devient clair que la France y est pour quelque chose dans cette extradition.

D’ailleurs, la démonstration de Jean-Marc Soboth ci-dessus, fait voire à l’évidence, que le Nigeria est un partenaire de la France pour des coups bas en Afrique. Le sort des leaders anglophones ne pouvait qu’être évidente.

« Emmanuel Macron n’aime-t-il pas les Anglophones ? »

Cette immixtion démontre à suffisance que la France a encore un faible pour les vieilles tyrannies africaines. Il n’y a qu’à voir la consolidation des relations entre la nouvelle France qu’incarne le jeune Président avec une vielle dictature de Paul Biya, 86 ans et 36 ans au pouvoir. Patrice Nganang trouve quand même incohérent ce type de relations diplomatiques entre un Macron, jeune, plus ouvert et un Biya vieillissant et anglophobe. L’immixtion de la France dans l’extradition des leaders indépendantistes au Cameroun aux mains du régime tyrannique de Yaoundé suffit-il donc pour conclure qu’Emmanuel Macron n’aime pas les Anglophones ?  C’est justement là, l’erreur fondamentale à ne pas commettre dans les analyses, selon Patrice Naganang qui affirme que

croire qu’Emmanuel Macron est anglophobe serait la pire des erreurs que les tacticiens politiques puissent commettre. Et je le dis encore, c’est la pire des erreurs, car ayant réfléchi à propos le plus profondément. Je crois en effet que la meilleure décision politique que j’aie prise après ma libération (l’écrivain Patrice Nganang avait été arrêté à Douala puis conduit nuitamment à Yaoundé à la police puis en détention préventive à la prison de Kondengui) était d’aller a Paris faire une blix médiatique. Ça m’a révélé une France fraiche, bien fraiche et prête à écouter avec un œil neuf. J’ai beaucoup aimé cela, et je crois c’était visible. La question se pose ainsi : quel intérêt Emmanuel Macron, premier président anglophone de France, a-t-il a supporter un fam (terme générique en langue locale, le Medumba’a, pour désigner un tyran) qui a plus du double de son age, est fondamentalement tribal, anglophobe et puis pire, lui arrive ensanglante et avec un génocide sur les mains ? Réponse : aucun.

S’il n’y a aucun intérêt pour Macron à soutenir le régime de Yaoundé, francophone anglophobe par essence, il devient donc évident et urgent de revoir, dès à présent, la configuration du « front diplomatique » en Afrique afin de donner à César ce qui est à César.

Il faut « repenser le front diplomatique » en Afrique

L’attitude surprenante du Nigeria laisse toujours les points d’interrogation sur la suprématie du front diplomatique français en Afrique. La question que Patrice Nganang se pose justement est celle de savoir : comment un pays africain, le plus peuplé, le plus puissant économiquement parlant, et issu de la fronde anglo-saxonne, peut-il se soumettre aux desiderata d’un petit pays comme le Cameroun ? Plus loin, comment un pays qui a tous les attributs d’une puissance (économie, armée, politique, langue anglaise) peut-il servir les intérêt d’une tyrannie, d’un système anglophobe ? Et c’est encore Patrice Nganang qui propose la reconstruction de ce qu’il appelle « le front diplomatique ». Pour lui, le front construit par De Gaule en 1940 doit laisser la place à la nouvelle donne que le Nigeria est censé incarné :

Si c’est vrai que les Anglophones réfugies au Nigeria ont été livres a Yaoundé, c’est que l’axe qui a été fonde par De Gaulle en septembre 1940, quand son lieutenant Leclerc est passé par le Nigeria, est entré au Cameroun, faisant tomber l’Afrique centrale, tient encore. Le Nigeria sert encore les intérêts de Yaoundé, et cela est extraordinaire, car il n’y a aucune raison à ça, aucune, les Anglophones (au Sud-Ouest et Nord-Ouest au Cameroun, ndlr) parlant anglais comme les Nigérians, le Nigeria étant la puissance de la sous-région. Depuis quand une puissance sert-elle les intérêts d’un petit pays ? Depuis quand l’anglais sert-elle les intérêts d’une langue minoritaire, le français ? 1940-2018, voila la longueur de cette ligne de fer qui doit absolument changer. Le front diplomatique de la bataille doit être repensé. A tout prix. A tout prix. A tout prix.


Donald Trump : le caillou dans la chaussure ?

Décidément, Donald Trump ne finit pas de surprendre. Le jeudi 11 janvier 2018, le président des États-Unis d’Amérique s’est exprimé à propos de l’immigration aux États-Unis. Habitué aux provocations et aux paroles choquantes, Donald Trump qualifie alors les pays d’origine des immigrés comme Haïti, Salvador et d’Afrique de « Pays de merde ».

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Donald Trump. Crédit photo, licence libre de droits : pixabay.com

Donald Trump recevait dans son bureau ovale de la Maison Blanche des sénateurs Républicains et Démocrates, en particulier Lindsey Graham et Richard Durbin. Cette rencontre avait pour objet une discussion sur le projet DACA (Deferred Action for Childhood Arrival). C’est un projet qui vise à régulariser la situation de 690 000 jeunes immigrés entrés illégalement. A l’époque, leur jeune leur jeune âge ne permettait pas aux États-Unis de les expulser. C’est donc un programme hérité du gouvernement de Barack Obama. La régularisation des ces immigrés pourra donc les permettre de travailler et d’étudier en toute légalité.

C’est donc au cour de cette rencontre avec les parlementaires que Donald Trump a tenu des propos suivants : “Pourquoi est-ce qu’on voudrait des Haïtiens chez nous ? Pourquoi vouloir tous ces Africains chez nous ? Pourquoi est-ce qu’on voudrait avoir chez nous tous ces gens venus de pays de merde ?”. En utilisant « shithole countries » pour qualifier ces pays d’origines des immigrés, toutes les communautés concernées se sont soulevées pour le décrier en qualifiant ces propos d’insultes.

Ce qui est pourtant curieux c’est que, loin d’être de mauvais goût, ces propos ne cacherait-il pas une réalité bien que choquante ? Depuis le début de son mandat, voici bientôt un an, le président Donald Trump multiple des frasques dont il a seul le secret. Il a la particularité de botter en touche le politiquement correct en bafouant les protocoles. C’est une marque déposée qui ont fini par dire qu’il est le seul président Blancs qui dit aux Noirs ce que les Blancs pensent tout bas d’eux. Ce qui n’est pas du goût des puristes qui estiment qu’un président, de par sa posture, devrait s’abstenir au risque de révéler des « vérités » bouleversantes.

Donald Trump, étant un homme imprévisible, serait-il alors un caillou dans la chaussure ? Celui qui risque balancer les secrets dehors ? Ces secrets qui montreront enfin à la fois le vrai visage du côté mesquin de l’Occident sur qu’il pense de l’Afrique et Haïti et aussi une réalité difficilement compréhensible de ces pays des Noirs ? Une réalité difficilement compréhensible qui montre justement cette contradiction entre la richesse de la nature et la pauvreté des hommes.

Le Camerounais Jean-Aimé Dibakana nous dit un plus sur cette contradiction en plaçant les propos de Donald Trump sous l’angle d’une révolution de la mentalité.

Et si Donald Trump était (en réalité) « aimable (pour les Africains) ?

Selon Donald Trump, le président américain, certains pays africains (ainsi que Haïti et Le Salvador) sont des « shithole countries », c’est-à-dire des « trous à rats », pouvant aussi se traduire (plus gentiment) par « pays de merde »… Et voici, partout, relayé par la presse occidentale, le tollé d’indignations contre ce énième « dérapage »… Hum !

Et si Donald Trump était « une chance » pour les pays africains (et les pays dits « pauvres » en général) ? Celle de leur faire connaître les jugements de TOUS les (dirigeants) Occidentaux à leur égard ? Autrement dit, Trump dirait en quelque sorte « tout haut » ce que que TOUS les (dirigeants) Occidentaux – en tout cas la majorité – penseraient « tout bas »…

En effet, depuis son élection, le milliardaire ne cesse de s’illustrer en dérapages vis-à-vis des « faibles ». « Dérapages » ? Et si, ici, l’homme d’affaires, ADNisé (et trop accoutumé) au pragmatisme qu’impose le monde des affaires, n’arrive pas à (et ne pourra pas) se faire à la langue de bois que s’impose le monde politique occidental sur les pays pauvres ?

Il faut donc peut-être voir en Donald Trump, ce dirigeant occidental qui permettra à tous les Opprimés, à tous les Estropiés, à tous les « Nés du mauvais côté », à tous les Pauvres, à tous les Exclus, à tous les Déclassés du monde de connaître ce que les Puissants qui gouvernent la planète pensent d’eux. Parce que ce dirigeant-ci, Trump, ne se fait pas (et ne pourra pas se faire) au filtre que ces camarades s’imposent à leur propos.

Car : Qui peut sérieusement penser que TOUS les puissants qui tiennent ce monde ne pensent pas que les pays africains (et les pays pauvres en général) ne sont que des « shitole contries » ?

Si non :
Pourquoi les laissent-ils périr ? Pourquoi les exploitent-ils avec tant de férocité égoïste ? Pourquoi continuent-ils à leur vendre des armes (et à entretenir les différents camps rivaux) pour que les guerres fratricides qui s’y livrent ne s’arrêtent jamais ? Pourquoi leur imposent-ils des conditions d’aide (au développement) qui, en réalité, les tuent à petit feu ? Pourquoi laissent-ils périr leurs enfants en haute mer alors qu’ils ont les moyens techniques et politiques pour arrêter cette tragédie ? Pourquoi construisent-ils des murs pour que les populations qu’ils affament n’arrivent pas sur leur sol ? Pourquoi aident-ils à se maintenir au pouvoir des tribaux, voleurs, incompétents qui font tant de mal à leurs concitoyens alors qu’ils sont informés (à la seconde) des viols, vols, assassinats, emprisonnements arbitraires, … perpétrés par ces derniers au quotidien sur leur peuple ? etc.

Oui, c’est seulement dans des « trous à rats », seulement dans des « pays de merde » que l’on peut se permettre de tels agissements… Trump a juste dit ce que tous les autres (gouvernants) occidentaux pensent, puisqu’ils agissent tous – en tout cas la majorité – avec ces pays africains comme l’on agirait avec des « trous à rats », avec des « pays de merde »…

Et dire que ces mêmes pays africains (et leurs ressortissants) pensent que leur bonheur dépend de ces mêmes Occidentaux qui les traitent de « trous à rats », de « pays de merde »… Pauvre de nous !


Comment sortir des pièges des grandes enseignes de distribution étrangère au Cameroun ?

Depuis ce mois de décembre 2017, au Cameroun, les débats sur la grande distribution meublent les chaumières. Il se trouve que le marché camerounais est largement propice à la grande distribution. C’est la raison pour laquelle le secteur est de plus en plus en vogue, depuis presque 5 ans. Les Camerounais, tout comme les étrangers, occupent le terrain et se font concurrence. Mais c’est l’arrivée de l’enseigne française Carrefour qui a relancé le débat et mis de l’huile sur le feu.

Quelques observateurs mettent en garde le Cameroun sur les velléités capitalistes de Carrefour : l’entreprise n’a a priori pas prévu de privilégier la distribution des produits locaux, quand bien même cela permettrait de booster les activités locales. En réalité, comme d’autres enseignes étrangères sont déjà installées, le mal est déjà fait. Il ne nous reste qu’à trouver des stratégies de contournement pour booster la consommation de produits nationaux. Voici quelques propositions publiées sur les réseaux que je vous convie à lire absolument.

Le développement d’un tissu productif local (Par Claude Abate)

La seule politique économique qui vaille donc dans ce pays, comme dans tous les autres pays de la CEMAC, c’est une politique qui contribue à développer le tissu productif national pour que nos entrepreneurs locaux ou nationaux produisent sur place une bonne partie de ce que nous consommons. Une politique qui doit éduquer et orienter les Camerounais à privilégier la consommation locale. Une politique qui favorise l’industrialisation afin que nos pays transforment leurs matières premières créant ainsi plus de valeur dans le pays et donc plus d’argent et plus d’emplois.

Ce qu’il faut, c’est un politique qui mette en place des barrières tarifaires comme tous les autres pays sérieux au monde, pour empêcher que n’importe quel produit étranger soit déversé sans obstacle dans nos marchés comme c’est le cas aujourd’hui. Une politique qui attire les « bons investisseurs » étrangers, c’est-à-dire ceux qui viennent investir dans la transformation industrielle et autres secteurs technologiques, permettant un vrai transfert de compétences et de technologie. Nous n’avons que faire de ceux qui viennent investir dans les enseignes de « bayam-salam* » coloniales comme CARREFOUR, CASINO, SUPER U, etc. Nous avons besoin de meilleurs investisseurs étrangers. Tout en sachant qu’aucun pays au monde ne s’est développé en comptant principalement sur les étrangers et non sur les nationaux.

La création des supérettes franchisées (Par Benjamin Zébazé)

Si, au lieu de créer chacun son réseau, les Fokou, Ecomarché, Kdo, Santa Lucia et autres s’étaient mis ensemble pour s’allier à un grand réseau mondial, jamais ces entreprises n’auraient osés venir les défier sur leur terrain.

En France dans le secteur de la distribution, on voit comment une entreprise mondiale comme McDonald’s utilise le système de « franchise » pour nouer des partenariats gagnant-gagnant avec des entreprises locales. Sur les plus de 1300 McDonald’s en France, 80% appartiennent aux Français qui exercent leurs activités sous la marque. Le plus important d’entre eux a jusqu’à 18 magasins qui réalisent 66 milliards de chiffres d’affaires en Franc Cfa.

Si, face à l’imminence des « attaques », les groupes locaux avaient seulement crée une « centrale d’achat » pour fédérer les charges tout en cherchant de nouveaux partenaires dans le monde, sans doute le choc eut été moins brutal. Là encore, en France, des concurrents comme la Fnac, Darty et Carrefour se sont alliés pour créer une centrale d’achat commune plus puissante entrainant immédiatement la réplique du duo Auchan-Boulanger. On ne peut plus rien réussir seul.

Développer la distribution locale par des partenariats

C’est dommage que nos hommes d’affaires n’aient pas choisi des parrains pouvant les réunir pour réagir face à de telles attaques. Je propose que nous laissions le secteur des supermarchés aux étrangers.

En revanche, que soit mis en place un puissant réseau de supérettes franchisées dans les quartiers et les zones d’achalandage avérées. Ainsi, sous la même marque, les entrepreneurs locaux pourront exercer leurs activités en mutualisant les charges (comptabilité, achats, marketing, entretien et maintenance…). Pourquoi quitter Bomabéri, Yassa… pour aller à Super U ou Carrefour si au coin de la rue on trouve un « petit beau » magasin bien achalandé avec des produits présentés selon des critères internationaux ?

Ces supérettes devront avoir un avantage comparatif bien identifié : le privilège donné la production locale. Je suis certains que si on explique bien à nos concitoyens qu’il y va de l’emploi de nos enfants et de notre avenir, ils accepteront de payer 5% plus cher les produits locaux, fabriqués par leurs frères et sœurs.

Booster la distribution locale grâce à la « binarisation » de la monnaie (Par Dieudonné Essomba)

Il existe une seule solution à ce phénomène : la binarisation de la monnaie ! La binarisation consiste à émettre une seconde monnaie qui n’achète que les biens locaux. Elle n’est donc pas convertible. Elle fonctionne comme des bons d’achats additionnels sur le prix. Prenons l’exemple du ciment dont le prix est de 5.000 FCFA. Si le ciment est local, son producteur pourra prendre 3.000F en CFA et 3.000 F en Franc local, car il sait qu’il peut utiliser le Franc local pour payer ses fournitures locales ou la main d’œuvre. Par contre, l’importateur du ciment n’a pas cette possibilité et doit tout vendre en CFA. Et comme le CFA est plus difficile à travailler, car c’est une devise, cette situation crée une terrible discrimination de fait qui étrangle l’importateur.

Son avantage est que nous ne fermons la frontière à personne, car le monde est devenu ouvert et nous avons pris des engagements !

Nous n’avons donc comme recours que la binarisation qui va nous fournir une protection intelligente et parfaite. L’étranger qui s’aventure à venir faire concurrence aux Camerounais sur les activités qu’ils peuvent mener sur leur territoire le fait à ses risques et périls. S’il vend dans les deux monnaies et il va se retrouver englué dans la monnaie locale, incapable de l’échanger en devises pour les exporter. Mais s’il vend seulement dans la monnaie convertible, toute sa clientèle s’enfuit !

Un exemple de réussite : Hour d’Ithaca

D’ailleurs, nous avons un célèbre précédent à Ithaca aux USA. Quand Paul Glover a créé le fameux Hour d’Ithaca, personne ne savait quelle était la redoutable puissance de la monnaie binaire. La grande multinationale McDonald’s, tellement arrogante et sûre d’elle-même, et qui avait déjà conquis l’Amérique et le monde est venue implanter ses magasins à Ithaca. Ils fermèrent tous en moins d’un an, malmenés et sévèrement battus par les petits épiciers qui prenaient le Hour et le dollar de manière binaire.

Dois-je également ajouter que c’est son système binaire, articulé autour du Franc Suisse et du WIR qui a fait de la Suisse l’économie la plus stable dans le monde selon les économistes américains ?

Privilégier la qualité de la production nationale et non le protectionnisme ( Par Achille Ebo Eva)

Dans un environnement ou la fiabilité des produits n’est pas encore la principale préoccupation des PME, le discours sur le protectionnisme aura toujours du mal à passer. L’entrepreneuriat de subsistance ou conjoncturelle est sans avenir. Celui qui se montre incapable de produire une marchandise fiable démontre par là même qu’il n’a pas de perspective … Il veut juste survivre. C’est sur cet aspect qu’il faut travailler, au lieu de tenter de prendre les consommateurs en otage. Mettre sur pied des labels qui vont garantir la fiabilité des produits aux consommateurs. A partir de là, vous verrez que les camerounais viendront eux-mêmes en toute confiance vers la production nationale. Le savon « AZUR » par exemple, c’est une véritable marque déposée. Quel que soit la concurrence, ils auront leur marché.

Nous ne pouvons pas évoluer avec l’approche par défaut. Ce n’est pas au grand groupe de distribution de s’abstenir de venir au Cameroun, c’est plutôt aux entrepreneurs camerounais de se mettre à niveau. J’ai beaucoup de respect pour les révolutionnaires de la facilité. La consommation des ménages camerounais sera toujours portée vers l’extérieur, car les grandes surfaces ont encore pour elle l’avantage d’être un peu plus qualitatives. A nous de tenter de renverser cet atout.

Une distribution de produits de qualité

Si on veut développer la production nationale, le premier chantier est de travailler sur la fiabilité des produits en mettant sur pied des labels qui garantiront cette fiabilité. De manière à créer un climat de confiance entre l’offre et la demande nationale. Vous n’allez pas prendre les consommateurs en otage pour les forcer à acheter ces trompe-l’œil qui constituent l’essentiel de la production nationale alors que de l’autre coté il y a des produits de meilleur qualité.

Démontrez nous votre bonne foi en publiant les normes qualité de l’ANOR par exemple… Je ne suis pas contre le protectionnisme, mais il doit s’accompagner d’un minimum de prise en compte des intérêts des consommateurs. Malheureusement, ce n’est pas la logique qui prévaut au sein de l’entrepreneuriat national. Le consommateur camerounais est orphelin…Il ne demande qu’à consommer camerounais mais à condition qu’on lui présente des produits fiables.

*Bayam-salam : commerce à la trié réservé aux détaillant et petits commerçant


La course marathon de la libération de l’écrivain camerounais Patrice Nganang

L’histoire de l’arrestation de l’écrivain camerounais Patrice Nganang remonte au 6 décembre 2017. Après la première audience du 15 décembre 2017, la seconde avait été renvoyé au 19 janvier 2019. Pendant que l’écrivain attendait cette seconde audience, il a été tiré de son sommeil, dans la nuit du 26 au 27 décembre 2017, pour s’entendre dire que cette audience aurait plutôt lieu le 27 décembre 2017. Le collectif pour la libération de l’écrivain sonne l’alerte. Pendant que le conseil d’avocats chargé de sa défense se mobilise pour affiner les dernières cartes, les rumeurs courent déjà sur la libération, pour ne pas dire, l’expulsion de l’écrivain.

La course marathon de la libération de Patrice Nganang commence donc ce mardi 26 décembre 2017 à 22h pour s’achever le mercredi 27 décembre 2017 vers 14h. L’un des membres du collectif nous livre ici son récit posté sur sa page Facebook que je me fais le plaisir de le partager ici.

Compte rendu circonstancié du déroulement et du dénouement de l’affaire MP et Etat du Cameroun C/Alain Patrice NGANANG

Les choses s’accélèrent dans l’après-midi du 26 Décembre 2017. En effet, les proches de NGANANG Alain Patrice sont interdits de lui rendre visite à la Prison centrale de Nkondégui. Il a fallu l’intervention de ses avocats auprès du régisseur de la prison pour qu’il puisse recevoir la nourriture apportée par ses proches et finalement s’entretenir avec ces derniers ainsi que ses avocats. Nous quittons la maison d’arrêt autour de 17h, planifiant la visite du lendemain et des jours d’après tout au moins jusqu’au 19 janvier 2018, date à laquelle, l’affaire a été renvoyée suite à la première audience du 15 Décembre, tenue au Tribunal de Première Instance de Yaoundé-Centre administratif.

L’expulsion de la cellule pour l’audience

Vers 22h ce même jour, coup de théâtre, nous sommes alertés par une source depuis la prison, qui nous indique que le dossier passera bel et bien à l’audience du 27 Décembre 2017 au lieu du 19 janvier 2018 tel qu’initialement prévu. Nous entrons en contact par des voies que je ne révélerais pas ici avec notre client qui confirme qu’il a été extrait de sa cellule quand il dormait déjà aux fins de notification du mandat d’extraction pour une audience qui passe aujourd’hui (27 décembre 2017, ndlr).

La nuit a été à la fois longue et courte pour l’équipe de la défense, la plupart des avocats étant hors de la ville et ne pouvant rallier Yaoundé qu’en mi journée. Arrive donc le jour de la fameuse audience. Notre client est effectivement extrait seul autour de 7h30 min et embarqué dans un mini bus CA visiblement préparé pour la circonstance, direction, Tribunal de Première Instance de Yaoundé-Centre administratif. Nous avons la possibilité de nous entretenir avant le début de l’audience ordinaire de Flagrant délit programmé ce jour. Après les réquisitions spéciales du représentant du Ministère public, les avocats constitués dans le dossier pour certains venant hors de la ville, font jouer la préséance pour que le dossier soit appelé le plutôt possible mais en vain car ni le dossier de procédure du juge, ni le dossier administratif du procureur de la République ne sont à l’audience. Nous nous rapprochons de la représentante du Ministère public qui nous rassure avec un sourire que le dossier va passer. Nous attendons, quelques affaires sont même appelées et renvoyées et soudain, suspension d’audience.

L’audience du procès de Patrice Nganang

Quelque 2 min plus tard, reprise de l’audience par le Tribunal autrement composé. Cette fois, nous avons au siège, le Président du Tribunal lui-même, au parquet, c’est une « collégialité » composée du Procureur de la République près le Tribunal des céans lui-même, d’un Avocat général représentant spécial du Procureur général près la Cour d’Appel du Centre et de la substitut du Procureur qui a initialement commencé l’audience.

Le président ouvre l’audience et donne la parole au Procureur du Roi comme il a appelé. Ce dernier après les civilités habituelles à l’égard du Tribunal a remercié le Tribunal d’avoir accepté le rabattement de la date d’audience à son initiative et le ré-enrollement de l’affaire à cette date. Il il a par la suite dit que cette demande qu’il a formulée lui a été instruite par sa hiérarchie, notamment le Procureur général près la Cour d’Appel du Centre dont le représentant spécial était présent. C’est sur cette note qu’il a passé la parole à ce dernier qui s’est présenté en donnant ses noms et prénoms ainsi que son grade. Il a directement embrayé sur l’objet de sa présence qui consistait en effet à venir soutenir oralement et publiquement, conformément à l’article 64 du Code Procédure Pénale, un ordre d’arrêt de poursuites écrit et signé du Procureur général sur instruction écrite du Ministre de la justice dont il produira d’ailleurs au dossier de procédure et qui sera admis comme tel.

Le jugement de la libération de Patrice Nganang est alors prononcé

Après plusieurs longues minutes d’attente et de prise de note par le Président du Tribunal, le jugement dont la teneur suit est prononcé :
Le Tribunal statuant publiquement et contradictoirement à l’égard de toutes les parties :

Donne acte au Procureur général pour ses réquisitions portant sur l’arrêt des poursuites à l’égard du Prévenu NGANANG Alain Patrice ;
Constate le désistement du Ministère public en ce qui concerne les poursuites pénales ;
Donne mainlevée du mandat de détention provisoire décerné le 13 Décembre 2017 par le Procureur de la République ;
Met les dépens à la charge du trésor public.

Après lecture du dispositif du jugement, il a à nouveau suspendu l’audience qui a été reprise par la suite.

Les formalités de la mise en liberté et restitution des effets de Patrice Naganang

Nous nous sommes instamment dirigés à la prison centrale de Nkondégui pour les formalités devant aboutir à sa mise en liberté effective. Y étant, nous recevons un coup de fil venant du Procureur de la République qui nous donne 5 min pour rallier son bureau aux fins de restitution des effets mis sous scellé de notre client. Nous essayons tant bien que mal malgré les embouteillages de Yaoundé de rentrer au parquet.

Nous trouvons dans le bureau du Procureur de la République deux cadres de la Police camerounaise notamment le Directeur en charge des enquêtes de la Direction Nationale de la Police judiciaire et son sous directeur. Nous recevons le PV de restitution des effets de notre client daté d’aujourd’hui bien qu’établi hier. Tout est là à l’exception de deux choses à savoir son passeport camerounais et la carte de résident américain de son beau-père qui est Zimbabwéen. Nous protestons et le Procureur ainsi que les deux policiers nous informent que son passeport camerounais a été retenu et qu’il sera expulsé du territoire camerounais dans un vol de 14h30 en nous brandissant le billet d’avion déjà payé par l’argent du contribuable.

Nous déchargeons néanmoins le PV avec cette réserve, entrons en possession de ses autres effets et nous dirigeons en même temps que les hauts policiers en direction de la Prison où l’escorte digne d’un film policier avec des gens cagoulés et armés jusqu’au dents est déjà en place.

Les formalités de levée d’écrou et « expulsion » de patrice Nganang vers les États-Unis

La presse et d’autres citoyens convergent vers la prison, l’ambiance devient très tendue. Après les formalités de levée d’écrou, nous refusons de signer le PV relatif à la rétention de la carte de résident de beau-père qui en réalité n’a rien à voir avec la procédure. Par la suite, nous exigeons, notamment Me Hyppolithe méli, la décision d’expulsion du territoire national de notre client mais en vain car aucune décision ni judiciaire, ni administrative n’a été pris dans ce sens. Les policiers consultent leur hiérarchie, le DGSN. Le représentant du MINJUSTICE qui est là appelle également le Ministre de la justice. Le DGSN a dit sur Talking et sur haut parleur « portez-le ».

C’est ainsi que les gars armés du GSO ont été mis à contribution pour embarquer notre client manu-militari sous bonne escorte digne d’un roman policier. Une fois à l’aéroport, nous constatons un dispositif militaro-policier sans précédent avec des éléments cagoulés et armés près à tirer car ils ont le doigts sur la gâchette. Nous parvenons tout de même es qualité de ses conseils à nous frayer un chemin. Malgré tous nos efforts, nous n’arrivons pas à le voir pour une dernière fois car embarqué par une procédure d’urgence.

C’est ainsi que notre client a quitté Yaoundé à bord du vol ET925 de la Compagnie Ethiopian Airlines à destination de New-york via Addis Ababa en Éthiopie.


Le coup de poing d’Achille Mbembe à Patrice Nganang vu au scanner

Depuis le 6 décembre 2017, jour du kidnapping de l’écrivain Patrice Nganang par la police camerounaise, diverses voix se sont élevées pour prendre position. Le caractère irrévérencieux de l’écrivain divise les opinions sur la nécessité de lui porter du soutien ou non. Ce qui fait surtout l’objet de son arrestation et des divisions, c’est son texte publié sur Facebook appelant à la mort de Paul Biya. Il s’agit de la simple expression d’un état d’âme pour les uns, de volonté d’assassinat parles autres.

Mais surtout, les langues se délient pour fustiger Patrice Nganang. Parmi eux, il y a malheureusement le célèbre historien Achille Mbembe qui a publié une diatribe contre l’écrivain qui lui avait aussi manqué de respect. Jean Claude Fogmo passe au crible la sortie d’Achille Mbembe qui, victime hier des invectives de Patrice Nganang, se retrouve bourreau aujourd’hui pour avoir roué de coups son éternel adversaire qui a un genou à terre : « On ne frappe pas sur un cadavre », dit l’adage.

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Portraits d’Achille Mbembe et de Patrice Nganang pris sur leur page facebook

A propos de la diatribe d’Achille Mbembe contre Patrice Nganang :

Le silence vaut mieux que la poubelle de l’histoire ! (Par Jean Claude FOGNO)

J’ai lu et relu la dernière sortie d’Achille Mbembe, professeur d’Histoire et de science politique à l’Université de Witwatersrand à Johannesburg (Afrique du Sud) et à Duke University – Département des études romanes (USA). Tout comme j’ai eu à parcourir quelques-unes de ses œuvres « Afriques indociles : christianisme et pouvoir d’État en société postcoloniale, Paris, Karthala, 1988 », « Politiques de l’inimitié, La Découverte, 2016 », son essai Critique de la raison nègre (La Découverte, octobre 2013), entre autres. J’ai donc compris que ses principaux centres d’intérêts sont l’histoire de l’Afrique, la politique africaine et les sciences sociales.

Je ne saurai me transformer en critique littéraire car je n’ai point les compétences requises pour porter un jugement de valeur sur les travaux de deux sommités du monde littéraire. A la lecture du combat que se livrent les deux écrivains, j’ai du coup compris que le complexe du colonisé dont parlait Frantz Fanon dans son ouvrage « Peau noire, masques blancs », publié au Seuil en 1952 fera encore son chemin dans nos subconscients. Une telle déviance illustre le fameux « Discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire :

Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.

Réconforter le bourreau…

Mais le défenseur des droits humains que je suis ne saurait pardonner une telle condescendance à Achille Mbembé qui prétend « rebâtir notre pays sur la base d’une autre éthique, non pas celle du catastrophisme et du nihilisme, mais celle d’Abel », alors que les droits élémentaires de l’homme sont foulés au pied au quotidien. Sur cette problématique, il brille par une cécité déconcertante et croit s’opposer au régime Biya. De là à croire que des années d’exil qui taraudent Achille Mbembe ont fini par le faire perdre les réalités locales. Mbembé est-il du côté du bourreau ou de la victime ? La question mérite d’être posée pour tout défenseur des droits humains même s’il a conclu sa litanie par « Vite relâchez-le ». Dans le domaine du droit international des droits de l’homme, on ne peut pas demander aux bourreaux au pouvoir de se tirer une balle dans le pied. Cela doit être clair pour notre écrivain. Arrêté en violation totale de toutes les règles de procédure, jeté en cellule, Nganang est un citoyen, victime de la navigation à vue d’un système aux abois, et a besoin de l’aide. A l’en croire, des gens qui ont pressé Mbembe d’y contribuer auraient mieux fait de l’amener à s’abstenir.

Toutefois, il convient d’emblée de situer le contexte de cette hérésie épistolaire depuis quelques jours.

Le mercredi 06 décembre dernier, par message radio-porté, le Délégué Général à la Sureté Nationale à Yaoundé, Martin MBARGA NGUELÉ, a donné des ordres aux services des renseignements généraux et de la police de l’aéroport d’enlever Patrice NGANANG, résidant aux Etats-Unis, Professeur de Théorie littéraire au sein du département Cultural Studies & Comparative litterature à l’Université de Stony Brook, dans l’État de New York. Nganang est donc enlevé par ceux qu’il appelle « milice du tyran » au moment où il allait prendre place à bord du vol KQ77 de la Kenyan Airways qui devait décoller à 12h10mn à destination de Harare en Zimbabwe avec une escale de 01h10mn à Nairobi au Kenya. Le vol KQ728 qui a décollé de Nairobi à 21h20 est arrivé à Harare à 23h20 mn sans Patrice NGANANG à bord. C’est son épouse, les yeux hagards, ne voyant pas son époux sortir de l’avion comme les autres passagers, décide de lancer l’alerte. Dans sa tentative, en vain, de joindre son époux, elle se précipite à appeler Kenya Airways au Cameroun qui confirme que Nganang a été bel et bien enregistré avec ses bagages et que c’est au moment du décollage qu’on l’a cherché en vain et l’avion était contraint de décoller avec son siège vide.

C’est ainsi qu’après son kidnapping, Nganang sera conduit manu militari, les mains menottées comme un malfrat, nuitamment, à bord d’un véhicule de circonstance, après avoir été dépouillé de tout moyen de communication pouvant lui permettre de joindre son conseil, à la Direction nationale de la Police Judiciaire (DPJ) à Yaoundé où son avocat Me Emmanuel SIMH l’a retrouvé, après plus de 48h d’inquiétude et de fouille intense dans plusieurs unités de police et de gendarmerie du pays.

Ce n’est que lors de son audition de près de 5h d’horloge le 09 décembre 2017 que quatre chefs d’accusation lui ont été signifiés par les enquêteurs de la DPJ, à savoir : l’outrage au chef de l’État, Menaces de mort à l’endroit du Président de République à travers un message posté sur sa page facebook, l’immigration clandestine, faux et usage du faux parce qu’ils ont retrouvé sur lui au moment de son enlèvement deux passeports l’un américain et l’autre camerounais.

Curieux, ce n’est qu’après 05 jours de séquestration, le 11 décembre 2017 à 15h que les enquêteurs vont lui présenter le bon de garde à vue, ce que Nganang a refusé de signer sous les recommandations de son conseil, tout comme il a refusé de viser l’ordonnance de prorogation de sa garde à vue délivrée par le Procureur de la République près le tribunal de grande instance du Mfoundi. A partir de cet instant, sa détention est clairement arbitraire dans la mesure où elle ne s’appuie sur aucun mandat de justice.

C’est dire que les dispositions sur l’enquête préliminaire contenues dans la loi N°2005/007 du 27 Juillet 2005 portant Code de Procédure Pénale, considéré comme les bréviaires pour toute la chaine judiciaire au Cameroun, ont été piétinées sur toute la ligne. Dans la foulée, les droits fondamentaux, aussi appelés libertés fondamentales, inhérents à la notion même d’individu et totalement protégés par des textes à valeur constitutionnelle, comme la Loi n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 sont sérieusement piétinés au Cameroun. Aucun individu fut-il brigand ne saurait être kidnappé de la sorte nulle part au monde. Du coup, les droits élémentaires d’un individu sont non négociables même si les délits qu’ils auraient commis sont discutables et sujets à caution. A partir du moment où la procédure a été viciée rien en saurait justifié son maintien en détention. Achille Mbembé n’a rien trouvé à redire à cette violation flagrante des droits élémentaires. Il a trouvé mieux d’assener des coups violents sous la ceinture à son éternel rival.

David contre Goliath ?

Les Saintes Écritures nous enseignent que Goliath, du nom d’une des cinq cités-États philistines est un personnage biblique du Tanakh et de l’Ancien Testament qui a livré un combat épique contre David (chapitre 17 du Premier livre de Samuel).

Les hostilités entre Nganang et Mbembé y ressemblent et ne datent pas d’aujourd’hui mais ce dernier a toujours opté pour le silence ou le profil bas, refusant toujours les débats de caniveau. Pourquoi aujourd’hui, il a décidé de voler plus bas dans la poubelle de l’histoire que Nganang qu’il traite de tous les maux existentiels ?

Le Professeur Achille Mbembe a toujours vécu à distance sans réagir à toutes ces attaques et les débats qui en découlent, mais est finalement sorti de sa réserve en mai 2015. Pas pour aller répondre sur la toile. Il est allé directement par devant les tribunaux américains pour déposer une plainte.

Oui c’est vrai. J’ai également déposé une plainte formelle auprès de l’université à laquelle il est affilié aux États Unis. Puisque sa campagne de diffamation contre moi tombe sous le coup aussi bien de la loi américaine que des conventions et de l’éthique académique, j’ai donc demandé à mon avocat de le traduire devant les instances appropriées afin que justice soit faite. Il ne m’a pas laissé beaucoup de choix. Je ne le connais pas du tout. Je ne le lis pas.

Avait-il précisé en mai 2015.

C’est vrai que Patrice Nganang l’avait trainé dans la boue. Les mots employés étaient aussi virulents que les attaques. En bref, Patrice Nganang dénonçait, par le rappel de certaines affaires, l’indifférence du professeur Achille Mbembé. Il lui reprochait, en effet de « parler sans agir » contre le régime de Paul Biya, mais se faisait surtout l’écho d’allégations de harcèlement sexuel à l’encontre d’étudiantes que Mbembe avait jugé attentatoires à son honneur.

Parallèlement à la procédure judiciaire, ce dernier avait donc fait traduire en anglais les textes incriminés et les a communiqués à l’université qui emploie Nganang, dans l’espoir qu’une procédure disciplinaire sera ouverte contre lui.

Lisez ces deux extraits de Nganang :

Ce qui est important – les jeunes chercheurs doivent savoir qu’une carrière aux USA n’a pas besoin de se bâtir sur le %%% ou le %%%. C’est aussi simple que ça, et le temps des truands – rapists, on les appelle aux USA – est fini. S’il tient encore debout, il est chanceux, mais son temps est fini (…).

A propos de son université sud-africaine au nom imprononçable-la, Achille Mbembe y a-t-il finalement le grade de Professeur titulaire, ou il compte toujours sur sa femme blanche ? Ce que je vois aux USA dont il avait été chassé à mi-carrière pour une affaire de fesses, c’est qu’il y passe d’université en université occuper les postes des gens quand ceux-ci sont en vacances. Mais surtout, je demande parce que ces ainés intermédiaires-là au final, beaucoup s’en sortent en fin de carrière, et il aura soixante ans, en terme de grade au bas de la carrière universitaire, mais cachent ça dans le bluff. Le noir que les blancs font danser devant la caméra, quoi, mais qui n’en demeure pas moins esclave. Ah la jeune génération d’universitaires africains mérite mieux que ça – structures, structures, structures, au lieu de bavardages; actions, actions, actions, au lieu de toutologie.

Achille Mbembé avait fini par retirer sa plainte comme il le dit dans sa dernière litanie :

Depuis lors, il a entrepris de monter contre moi une odieuse et interminable cabale faite de calomnies, de mensonges éhontés, d’attaques ad hominem, qui m’ont obligé à un moment de recourir à un avocat, avant que plusieurs ainés ne me supplient de retirer ma plainte.

Pourquoi n’avait-il pas laissé la justice aller jusqu’au bout pour restaurer son honneur au lieu de venir aujourd’hui se verser dans des insanités de bas étage ?

Crise anglophone

Nganang a piqué une grosse colère, une colère noire contre son compatriote Achille Mbembe qu’il accuse d’hypocrisie et d’être contre l’indépendance réclamée par les populations des régions anglophones du Cameroun. C’était au lendemain de la tribune d’Achille Mbembé parue dans le journal LE MONDE, édition du 09 octobre 2017 sous le titre « Au Cameroun, le crépuscule d’une dictature à huis clos ».

Pour exprimer son mécontentement, Patrice Nganang a adressé à l’intellectuel Achille Mbembe un droit de réponse sous forme de lettre. Une lettre publiée le 12 octobre 2017 dans le quotidien camerounais « Mutations », et republiée dans son livre « Contre Biya : Procès d’un Tyran », Éditions Assemblage: Muenster, 2011, pp.52-56 et dans laquelle il dénonce le manque de sérieux dans l’argumentation de cet historien :

(…) en même temps la désinvolture, je dirai d’ailleurs, le déraillement de votre argumentation sur la question anglophone, est symptôme de toute l’intelligence francophone camerounaise qui se retrouve toujours édentée devant ce sujet, et ne répond aux requêtes anglophones que par le silence coupable, le sourire agace ou le violent discrédit, et en cela, curieusement, comme vous, se range étonnamment dans le camp du pouvoir actuel dans notre pays, qu’elle combat pourtant si vivement ailleurs.

Poubelle de l’histoire

Quelle mouche a donc piqué Achille Mbembé de sortir de son silence de grandeur pour se verser dans le « cabinet » si cher à Nganang ?
Achille MBEMBE a sans doute oublié l’adage du fou qui ramasse vos habits quand vous vous baignez au marigot. C’est dire qu’Achille Mbembe par cette litanie démontre qu’il souffre de névrose, aussi sévère que celle de Nganang. Et quand la névrose reste comprimée à l’intérieur par la volonté de paraitre calme et sage, elle couve sous les feux ardents de la rancune et de la haine viscérale, et lorsqu’elle se libère par l’expression, il n’est pas étonnant de lire ce texte d’assassinat. La simple sagesse africaine lui aurait demandé de respecter son âge (70 ans), car Patrice Nganang (47 ans) peut faire ses folies de jeunesse, mais on ne connait pas en Afrique les folies des ainés.

Dans ces propos où se mêlaient sadisme, masochisme, pulsions tribalistes et pulsions de destruction, sexualité perverse, obsession des testicules et autres combats contre toutes sortes de moulins à vent, étaient charriées toutes sortes de choses plus propres à l’observation clinique qu’a la critique proprement académique.

En quoi le « sage » est-il différent de la « poubelle » de Nganang?

Au langage « ampoulé et ordurier » de Nganang, Achille répond avec une brillante élégance condescendante de son écriture et la cruelle délectation de celui qui a longtemps mijoté dans la colère et le subconscient le plat de sa vengeance. Surtout qu’il n’a pas perdu la tête que la vengeance est un plat qui se mange toujours à froid :

Dans la plupart de ces interventions sans aucun lien avec ses fonctions académiques ou d’écrivain, il s’agissait de propos de caniveaux, tout à fait incohérents, symptomatiques non pas d’une écriture fut-elle surréaliste, mais d’une vie manifestement blessée.

L’on découvre dans ce texte assassin l’aigreur d’un homme qui a longtemps refoulé sa soif de vengeance :

L’on avait affaire à un sujet délirant, voire halluciné, ou peut-être les deux à la fois, dont chaque mot et chaque phrase témoignaient d’un profond traumatisme en même temps que d’une extraordinaire propension mimétique à faire souffrir.

Question à notre « moralisateur » ; Comment Nganang a-t-il fait pour gagner le prix Marguerite Yourcenar en 2002 avec «Temps de chien » et le Grand Prix de la littérature d’Afrique noire en 2003 ? :

En effet, l’on n’avait affaire ni à un écrivain, ni a de la littérature.

Quelle haine Mbembé ? Vous frôlez le fond du « cabinet » de Nganang !

Il est amusant et ridicule pour le donneur de leçons d’abandonner son couloir de l’histoire africaine pour s’ériger en docteur psychiatre aux fins d’administrer des soins à Nganang. Le « docteur » se croit avoir échappé aux psychopathologies qui nous gouvernent alors que tout porte à croire que cet exil qui le traumatise depuis des années a dégénéré en déprime chez lui au point de l’amener à perdre la raison :

Car, c’est vrai – et on ne s’en est pas suffisamment rendu compte – qu’un certain mode d’exercice du pouvoir a produit, chez nous, d’innombrables blessés, des sujets hallucinés, des gens victimes de toutes sortes de lésions, de traumatismes, de tumeurs, d’encéphalites, littéralement disloques, terrasses par toutes sortes de troubles, y compris de schizophrénie, d’autismes, de névroses et d’épilepsies, d’obsessions compulsives, de syndromes d’hyperactivité, de déficit d’attention.

Toujours est-il dans son hérésie congénitale, il joue pleinement le jeu de l’oppresseur et exprime de la pitié pour son éternel rival comme s’il peut avoir le culot de mettre pied au Cameroun :

Il y a longtemps que Nganang Patrice ne représente plus la figure de l’écrivain. Il y a longtemps qu’il a sciemment ou non endosse la figure du fou, victime hallucinée parmi d’autres des lésions cérébrales que la tyrannie postcoloniale a manufacturées chez nous, l’esprit de démence qui menace la plupart des jeunes, et le nihilisme politique et culturel qui en est le langage.

Ce dont Nganang a besoin, ce n’est pas de croupir dans une sordide cellule. C’est de continuer à être, parmi nous, la figure vivante de la déchéance – y compris de la raison et de la mesure – que le pouvoir politique postcolonial a fabriquée.

Quand ce névrosé parle de la petite université d’État de Stonybrook, il fait référence à quoi si ce n’est un débordement de la haine ? Quelle comparaison y -a –t-il entre son l’Université de Witwatersrand à Johannesburg (Afrique du Sud) et l’Université de Stony Brook, dans l’État de New York ?

Quand vous dites que :

Je ne signerai pas de pétitions parce que je ne soutiens pas la diffamation, les attaques grossières contre les femmes, les prostituées inclues »,

que répondez-vous à plus de 5000 écrivains qui l’ont défait ? Où est la solidarité du corps ? C’est dire que seul le silence vous aurait sauvé.

Déchéance collective

Dans un pays qui meurt chaque jour sous les yeux de tous, où l’implosion parait imminente, où le moindre propos est épié, décrypté, analysé, retourné et rendu public sur un exorcisme de bas étage qui conduit rapidement aux autodafés, à la guillotine, Mbembé n’a trouvé que le statut de fou à coller à son compatriote.

Dans un pays où personne ne dit ce qu’elle pense, ne pense ce qu’elle dit, l’on se demande, à ce point, si les camerounais ont encore une pensée autonome, un point de vue cohérent, une ligne de conduite lisible qu’ils peuvent afficher autant en public qu’en privé sans que cela relève d’un héroïsme propre aux écorchés vifs. La réponse est malheureusement négative au regard du jeu de massacre et de la farandole d’hypocrisie sur laquelle se bâtissent l’avenir et le devenir de tout un peuple au Cameroun.

Comme quoi Achille Mbembé semble avoir raison de révéler qu’ « Il nous faut faire de la place aux fous et aux bouffons dans notre société ». Achille Mbembé mérite très bien d’être le premier à bénéficier d’une camisole de force.

Jean Claude FOGNO


Comment lutter contre les sécessionnistes anglophones au Cameroun ?

Des affrontements ont opposé l’armée camerounaise et les sécessionnistes le 14 décembre derniers. Affrontements durant lesquels les militaires camerounais ont saisi, « entre autres, une trentaine de fusils de chasse, un fusil à pompe, des munitions et des dizaines de T-shirts noirs floqués du sigle de l’« Ambazonia defense force »». Dadji, une localité située dans la ville de Mamfé, a été le théâtre des opérations. Cette ville, depuis plusieurs semaines, défrayait la chronique avec de multiples assauts des assaillants taxés de sécessionnistes.

Plusieurs assauts des assaillants à Mamfé, dans les deux régions anglophones, ne sont pas isolés. D’autres villes connaissent des assauts similaires. Plusieurs éléments de la police et de la gendarmerie ont trouvé la mort par embuscade. Le gouvernement camerounais continue de considérer les sécessionnistes anglophones comme des auteurs insoupçonnés de ces tueries. Il faut toutefois rappeler que la mort des soldats n’intervient qu’après les événements du 1er octobre 2017 où l’armée avait tirés à balles réelles sur les manifestants. Les militaires avaient toujours eu la gâchette facile depuis le déclenchement de la crise en octobre et novembre 2016. Les morts du 1er octobre, jour de la déclaration symbolique de l’indépendance du Cameroun anglophone, seraient-ils des morts de trop ? C’est donc depuis cette date que la crise anglophone s’est transformée en guérilla.

Du coup, les débats fusent dans l’opinion pour trouver une issue favorable à la sortie de la crise. Pendant que les uns soutiennent mordicus l’option militaire, les autres, comme l’économiste/statisticien Dieudonné Essomba, prônent le retour au fédéralisme. Il faut, cependant, préciser que les populations des deux régions anglophones sont, en majorité, favorables à deux options : le fédéralisme et la sécession. La persistance de la crise est donc due au fait que le gouvernement est catégoriquement opposé à ces deux options. Les deux options ont cet avantage qu’elles mettront à mal le système politique de l’État central. Pourtant, pour Dieudonné Essomba, à défaut du séparatisme, le fédéralisme présente le moindre mal pour une sortie de crise.

Sur la lutte contre les sécessionnistes anglophones (Par Dieudonné Essomba)

Si on en croit les informations qui circulent dans les médias, l’armée a démantelé le Quartier général des Sécessionnistes anglophones à Mamfé, et les articles sont accompagnées des tas d’armes et d’effets de guerre.

Si on peut se féliciter de cette action de sécurisation, on est néanmoins en droit de remarquer que le problème fondamental posé par le cas Mamfé n’est pas la victoire militaire, mais démontre les faits suivants :

  • Il y a un an, on n’avait pas ces armes, traditionnelles ou non, et qu’aujourd’hui, on les a.
  • Il y a un an, on n’avait pas de rebelles, et aujourd’hui, on les a.
  • Il y a un an, personne n’aurait imaginé qu’un Camerounais pouvait égorger un agent de défense et de sécurité et aujourd’hui, on le fait.
  • Il y a un an, on parlait de fédéralisme que certains rejetaient dédaigneusement et aujourd’hui, nous nous retrouvons avec sécession armée.

Autrement dit, ce qui est dangereux et regrettable, ce n’est pas les efforts que fournit l’Armée pour contenir le cancer, mais la malheureuse dynamique qui a fabriqué le cancer alors qu’une approche intelligente aurait pu l’éviter.

Si les victoires militaires peuvent contenir les actions de violences de Sécessionnistes, elles ne résolvent pas les problèmes de la Sécession. Une Sécession est une hydre qui ne meurt jamais ! Elle se cache, se camoufle, s’apaise, revient, sans cesse, toujours et toujours ! Car c’est une forme particulière de rébellion qui se régénère au fil des générations de père en fils. La haine se transmet dans le sang et la répression entretient la mémoire et radicalise le désir de vengeance et la détermination à partir.

Certains disent : « les Sécessionnistes préparaient la guerre ! ». Mais bien sûr ! C’est cela la définition même d’un mouvement sécessionniste, dont la vocation intrinsèque est d’obtenir l’indépendance de gré ou de force. Ce n’est un secret pour personne. L’existence d’un mouvement anglophone proclamant la sécession était le signe que la moindre erreur de gestion allait transformer la tumeur bénigne en une tumeur maligne !

Il n’y a absolument aucun génie à avoir annoncé que les Sécessionnistes allaient recourir à la lutte armée ! C’était l’évidence même ! Les radicaux du Gouvernement et les thuriféraires de la violence d’État ont naïvement cru qu’ils pouvaient la réduire par des moyens de force, commettant la plus grave erreur camerounaise de tous les temps.

Vous ne pouvez jamais venir à bout d’une sécession ! Les sécessions au Nigeria, à l’Angola ou partout ailleurs vivent toujours ! Elles ne meurent jamais ! Même en Corse, dans le pays Basque en Espagne, partout ! Vous les matez, elles sont toujours là, plus agressives et plus déterminées que jamais ! Vous ne pouvez jamais éradiquer la sécession anglophone et comme partout ailleurs, elle s’est installée à jamais !

Que faire contre une sécession ?

La seule chose qu’on peut faire contre la Sécession, c’est la confiner à un niveau larvaire et peu nuisible et la seule solution est la sous-traitance à partir des États fédérés conformément au modèle suivant : On crée l’État fédéré du Sud-ouest, ce qui déclenche une série d’effets positifs :

  1. L’existence de cet État casse le groupe des Sécessionnistes en deux, car il y a des citoyens qui se contenteraient volontiers d’une autonomie de type fédéral et qui ne suivent la sécession que par le refus de l’État Central. La sécession cesse d’être nourrie par les frustrations et ses rangs s’étiolent.
  2. Le premier ennemi des sécessionnistes, ce n’est pas l’État Fédéral, mais les autorités de l’État Fédéré. Ce sont des gens élus librement par les populations locales, qui gèrent d’importants moyens (un modèle donne 250 Milliards FCFA actuellement), gère une Fonction Publique et une Police locale recrutées suivant la réglementation de leur État dans le cadre des lois-cadres fédérales, entretiennent une vie politique locale, avec des notables politiques locaux. Lesquels ne veulent aucun désordre qui les empêcherait de jouir tranquillement et dignement d’un tel pouvoir et de tels privilèges. Ce sont ces autorités qui répriment sans ménagement la sécession et de manière plus dure que l’État central, avec l’énorme avantage que la police n’apparait pas comme une force d’occupation. L’État Fédéral vient simplement en appui et évite d’apparaitre en première ligne.
  3. La lutte contre la sécession en est facilitée, car les populations dénoncent plus facilement les Sécessionnistes aux autorités de l’État fédéré qu’à celle de l’État unitaire perçu comme un instrument d’oppression, voire une force d’occupation.
  4. Les moyens de la sécession sont limités, car dans un État unitaire, les infrastructures publiques sont toutes vécues comme une propriété de l’État central honni. Elles sont donc une cible privilégiée que les Sécessionnistes utilisent pour affaiblir l’État, sachant que celui-ci sera toujours obligé de les reconstruire, ne serait-ce que pour montrer son autorité. Eux, détruisent une école de 20 Millions avec 20.000 FCFZA, soit 1000 fois mois, ce qui finit par épuiser l’État. Par contre, une telle stratégie n’est pas envisageable dans un État fédéré, car les infrastructures sont sensées avoir été reconstruites par les populations locales avec des ressources locales. Leur reconstruction va reposer uniquement sur eux et la population n’accepterait jamais que ce qu’elle a fait soit détruit, alors qu’elle ne compte sur personne d’autre pour les reconstruire.

C’est au vu de toutes ces raisons que partout dans le monde, y compris en France, on contient la Sécession en accordant aux Communautés de très larges autonomies de type fédéral. La sécession corse a ainsi été réduite lorsqu’on leur a accordé un statut d’autonomie que n’envie pas la Bavière qui est un Land allemand.

La Fédération est le seul moyen de combattre de manière efficace et durable les sécessions. Ce qui est valable partout ailleurs l’est aussi au Cameroun, et surtout au Cameroun où les Anglophones représentent 20% de la population. Ce qui est déjà très lourd pour une telle Sécession. Lorsqu’à cela, on ajoute le fait qu’ils ont été associés au Cameroun sous l’égide de l’ONU, que cette association a été faite sous le modèle fédéral, et que de manière opérationnelle, l’État n’a pas les moyens de financer longtemps une telle guerre, avec ses finances publiques qui sont aux abois. Or, le Gouvernement n’a pas le temps, alors que les Sécessionnistes ont tout le temps.

La solution du problème anglophone n’est pas militaire, nous l’avons dit et redit. La grande majorité des Camerounais le disent. Beaucoup de personnalités éminentes l’ont dit de par le monde ! Les Anglophones veulent un État Fédéré, il faut le leur accorder ! Et si quelqu’un d’autre veut, on fait de même, car la Fédération est une entité vivante, contrairement à l’État unitaire qui est une structure momifiée.

Dieudonné ESSOMBA


Le coup fatal de Carrefour Market sur l’économie camerounaise

Le magasin Carrefour tant attendu au Cameroun a enfin ouvert ses portes à Douala. Cette enseigne de commercialisation et de distribution de produits made in France, a été inauguré ce 05 décembre 2017. La cérémonie a eu lieu en présence de presque six ministres qui ont fait le déplacement depuis la capitale économique. Avant Carrefour, il y a eu Super U et Mahima. D’autres arriveront certainement. D’emblée, ces enseignes appartenant aux grands groupes des multinationales viennent rivaliser avec les PME camerounaises (Fokou, Ecomarché, Kdo, Santa Lucia) déjà présentes sur le terrain.

L’accueil réservé par la population à toutes ces enseignes étrangères n’a pas été mauvais. Les produits de luxe et de grande consommation (chocolat, par exemple) ne seront plus considérés comme des mythes. Ainsi, les Camerounais de la diaspora qui viendront en vacances au pays natal n’auront plus besoin d’encombrer leurs bagages de friandises des Blancs. Ces objets venant des pays européens et tant convoités par les Camerounais seront maintenant à la portée de la main. Sur le plan économique, cela semble être une innovation à nulle autre pareille.

La ruée des grandes surfaces vers le Cameroun laisse pantois quelques observateurs avertis. Cette arrivée massive des multinationales au Cameroun est l’une des conséquences de la signature par le gouvernement des accords APE, longtemps critiqués. La signature des ces « Accords intérimaires » intervenue en 2009 a été entérinée par l’Assemblée nationale et le sénat en 2014. L’heure n’est plus au débat sur la nécessité de cette signature. Aujourd’hui, il est non seulement question de nous interroger sur les raisons de cette ruée, mais aussi sur ses conséquences. Pour le dire autrement, le faible tissu économique camerounais réduit à la paysannerie survivra-t-il à cette chasse au filon d’or menée par les mastodontes de la distribution ?

Comment Carrefour va précipiter à la mort des PME camerounaises (Par Claude Abate)

La dette extérieure de l’État et le déficit budgétaire

Notre pays le Cameroun, comme l’ensemble des pays de la CEMAC, traverse une profonde crise économique et financière. Cette crise est même aiguë dans les pays qui étaient déjà au bord de la banqueroute il y a peu. Le francs CFA a été à deux doigts d’être dévalué. Ceux qui sont dans les affaires savent que l’argent ou la liquidité est devenue rare… Que l’État a du mal à honorer ses engagements, notamment celui de payer les entreprises qui accumulent les impayés… Que dans le même temps, l’endettement de notre pays s’est accéléré, suscitant l’inquiétude de nos partenaires.

En sus des causes endogènes de cette crise (crise sécuritaire, mauvaise gouvernance, etc), la cause principale et la plus violente provient d’un choc extérieur consécutif à la baisse drastique du prix du baril de pétrole. En moins de deux ans, celui-ci est brutalement passé de 120$/le baril en 2015 à plus ou moins 30$ à ce jour. A cette baisse du prix du pétrole s’est ajoutée celle des autres matières premières (bois, cacao, café, coton, etc).

Toutes choses qui ont eu pour conséquence une diminution significative des recettes d’exportation et par ricochet des ressources budgétaires surtout dans les pays où les recettes provenant du pétrole représentent encore 80 à 90% du budget (Guinée Équatoriale, Gabon, Congo). Les déficits budgétaires se sont creusés (pour faire simple, le déficit budgétaire, c’est quand les dépenses de l’État dépassent ses recettes budgétaires), d’où l’accélération du taux d’endettement pour financer ces déficits et une accumulation de la dette domestique.

Une baisse alarmante des recettes d’exportation

Il faut savoir que c’est l’argent ou les devises issues de la vente de notre pétrole et des autres matières premières que le Cameroun utilise pour régler ses factures extérieures (sa dette et toutes les importations de l’État, des entreprises et des citoyens lambda). Tout produit et service ou tout aliment étranger vendu ou consommé au Cameroun a été payé ou réglé par les devises du pétrole, du cacao, du café, de la banane, etc. Même le simple cure-dents importés de Chine sont payés par nos devises issues de nos recettes d’exportation (dont 50% sont virés au Trésor Français et les autres 50% à la BEAC). Notre F CFA, bien que garanti par le trésor français, n’est ni convertible ni reconnu en dehors de la zone CEMAC. Il ne peut donc servir à payer quoi que ce soit à l’étranger, même pas le papier hygiénique.

Il découle du paragraphe ci-dessus que si les prix des matières premières et du pétrole baissent fortement et durablement comme c’est le cas, nos recettes d’exportation diminuent et nous engrangeons moins de devises. Or pendant que les recettes d’exportations baissent, nos attitudes et habitudes de consommation, elles, restent les mêmes. Précisément, nous continuons à consommer et à utiliser les produits importés. Et Dieu seul sait que nous importons presque tout dans ce pays en ce moment.

La crise économique et l’intervention du FMI

Il arrive donc un point où le niveau d’importation de biens dépasse en valeur (argent) le niveau de recettes issues de nos exportations. Nous commençons donc à dépenser plus de devises pour régler nos importations que les devises que nous encaissons de la vente de nos produits à l’export. Et si ça continue, nous arriverons à une situation où nous n’aurons plus aucune devise pour régler nos factures extérieures ou nos importations. C’est précisément dans cette situation que nos États se sont retrouvés il y a quelques mois. D’où la crise économique et financière actuelle, et le recours forcé au FMI pour éviter l’insolvabilité et une dévaluation inéluctable du F CFA.

La sortie massive des devises et le chômage

Pour sortir de cette crise, il ne reste qu’à espérer à court terme une remontée des cours du pétrole et des matières premières. Mais rien n’indique que ce sera le cas. Et même si cela arrive, rien n’indique que nous n’allons pas nous retrouver dans la mème situations quelques mois ou quelques années plus tard.

La vérité c’est que nous ne pouvons pas continuer à bâtir nos pays ou nos économies en comptant simplement sur la vente de nos matières premières à l’état brut. La vérité c’est aussi que l’installation des enseignes comme Super U ou Carrefour ne va que contribuer à empirer notre situation ou la crise puisque ça vient justement amplifier les causes profondes de cette crise à savoir l’importation massive et la consommation effrénée des produits fabriqués ailleurs. Les devises ne pourront que continuer à sortir, et elles serviront à créer des emplois ailleurs dans les pays d’origine de ces produits.

En plus de participer à la fuite de nos capitaux, ces enseignes vont rendre la vie difficile à nos petits producteurs car ces derniers ne sont pas en mesure de rivaliser ou de supporter la concurrence imposée par les produits concurrents importés. Bien sûr, ils vont vous chanter qu’ils vont créer des emplois et payer des impôts, mais ils ne vous diront jamais quels emplois et quelles PME locales ils vont contribuer à détruire, ni quelle quantité de la richesse nationale ils vont rapatrier dans leurs pays d’origine.

Pour quelques solutions pour sortir du blocage créé par les enseignes étrangères de distribution et de commercialisation des produits européens, voir le billet suivant.


Pourquoi les violences sexuelles à l’égard des femmes suscitent-elles des polémiques ?

Les chiffres sur les violences en général et les violences sexuelles en particulier faites aux femmes sont révélateurs. Les Nations Unies se sont investies depuis 1999 dans une campagne sur ce thème très évocateur. Elles ont, par la voix de son ancien secrétaire général, mis l’accent sur la sensibilisation. La communication est donc l’option choisie par l’ONU pour faire stopper le fléau. Ban Ki-moon, mettant l’accent sur cette ère de communication new-look sonne le glas du silence : « Ne restez pas silencieux », dit-il. Et de continuer, « Lorsque vous êtes témoin de violence à l’égard de femme ou de fille, ne restez pas sans rien faire, agissez ».

Il devient donc évident que le monde, à travers les Nations-Unies, s’engage à lever les tabous. Cette annonce signifie justement que le phénomène est resté longtemps dans le silence absolu. En terminant son annonce par le terme « agissez », il lance un appel à la mobilisation, et, bien entendu, à l’action. Mais de quelle action s’agit-il ? Tenterez-vous de vous demander. Passer à l’action signifie à la fois, la dénonciation et la sensibilisation. Mais, à la lecture des publications qui pullulent sur le sujets, l’ONU a choisi de mettre l’accent sur la publication des statistiques sur le phénomène.

violence sexuelles subies par les femmes
Statistiques sur les violences sexuelles et d’autres types de violences à l’égard des femmes. Infographie par www.stampaprint.fr

Notre souci à travers ces lignes n’est pas de faire des commentaires sur ces chiffres. Il ne peut s’agir ici que d’examiner avec modération les phénomènes observés sur lesquels ces chiffres ont restitué l’ampleur. Commençons donc par le concept lui-même : « les violences faites aux femmes », de quoi s’agit-il ? A quoi peut renvoyer ces deux concepts de « violences » et de « femmes » réunis ?

Les violences faites aux femmes : qu’est-ce que c’est ?

Chaque année, le monde entier consacre la journée du 25 novembre aux violences faites aux femmes. L’occasion est donc donnée à toutes les institutions de protection des droits des femmes de mettre au grand jour leurs déboires.

Il existe deux genres, le masculin et le féminin. Mais, pourquoi cette fixation sur les femmes concernant la violence ? Les femmes sont-elles à subir des violences ? Evidemment, non ! D’où vient-il que l’ONU s’apitoie sur le sort des femmes en consacrant toute une journée sur « la violence à l’égard des femmes » ?

Cela sous-entend effectivement que parmi les deux genres, c’est la femme qui est considérée comme la plus faible. C’est donc un discours qui confirme, tout bonnement, ce que l’opinion populaire a souvent l’habitude de qualifier la femme de « sexe faible ». C’est un discours qui ne plait pas aux féministes. La raison la plus simple est le fait qu’il est détourner pour laisser croire à une incapacité des femmes à s’assumer.

Les statistiques confirment justement que ce sont les femmes qui subissent le plus de violences. Cela sous-entend également que ce sont les hommes qui sont les auteurs des violences. Ils sont donc ici considérés comme des bourreaux des femmes. Instinctivement, cela renvoie à une forme d’exercice de la domination dans une relation de pouvoir.

Dans les études des genres (Gender Studies), la disproportion dans une relation de pouvoir est une forme d’injustice. Cette relation est considérée comme déséquilibré par le fait même de la loi de la force physique. Évidemment, il serait prétentieux de jouer au malin pour ne pas reconnaître l’existence de cette forme de violence sur les femmes.

Quelques hypothèses de travail

En conclusion, le fait de dire que les « femmes subissent des violences » signifie au moins trois hypothèses : 1- ce sont elles qui subissent le plus de violence par rapport aux hommes ; 2- elles sont physiquement faibles pour résister aux attaques des hommes ; 3- elles sont imbriquées, consciemment ou non, volontairement ou non, dans des relations alambiquées plus ou moins formelles où les rapports de force ne sont toujours pas en leur faveur.

Les deux premières hypothèses sont confirmées par les statistiques publiées chaque année. A ce niveau, le débat repose encore sur la suprématie des hommes sur les femmes. Ce qui est une évidence. Quant à la troisième hypothèse, c’est elle qui fait maintenant l’actualité. Les recherches en sciences sociales ont déjà démontré que le type de relation entre l’homme et la femme détermine, non seulement, l’existence ou non de l’exercice de la violence, mais également le type de violence qui peut en découler.

Pourquoi une analyse sur les violences sexuelles faites aux femmes ?

Une fois que nous nous mis d’accord sur les fondamentaux de ces concepts, il ne reste plus qu’à observer le phénomène lui-même.

De quelles violences s’agit-il ? Il s’agira alors ici de définir les types de violences. Ces types de violences dépendront, évidemment, des types de relations que les femmes ont avec leurs bourreaux. Toutes études en sciences sociales abordant cette question doivent être orientées dans ce sens : recherche du type de relation afin comprendre les raisons de la manifestation des violences qui peuvent en découler.

Pour une analyse sur les violences sexuelles ? Sans faire dans l’exhaustivité, observons ensemble, ces types de relations pour comprendre les manifestations de ces violences sexuelles.

La première relation primordiale que peuvent avoir une femme et un homme, c’est la relation de couple. Ce type de relation possède plusieurs ramifications : les relations de couple mariés, les relations couples polygamiques, les relations de couples célibataires, les relations de couples homosexuels, les relations de couples transsexuels. Les statistiques les plus préoccupantes révèlent que toutes ces relations de couple dites « relations de partenaires intimes » sont les plus touchées par les violences à l’égard des femmes.

Les relations de couple issues des mariages forcés

Dans le monde, plus de 750 millions de femmes et de filles qui vivent encore ont été mariées de force. Les mariages forcés sont le fait d’un homme qui souhaite épouser une femme qui ne l’aime pas ou encore qui ne souhaite pas aller en mariage. Le souci de la femme ici est d’aller en mariage quand elle veut avec l’homme qu’elle a choisi.

Peut-on, dans un contexte africain, demander l’avis de la femme ? Laissons tomber les considérations religieuses et traditionnelles, et contentons-nous de la législation dans les pays africains. Une loi de la famille faisant de l’homme le chef du ménage fait de lui le plus fort, par principe. Le rapport de force est ainsi établi. Même si certains pays africains comme la Côte d’Ivoire, ont déjà modernisé leur code de la famille pour changer cette donne, ce principe reste néanmoins dans les mœurs. Pourquoi ? Parce que malgré le fait que la loi stipule l’égalité des charges du ménage, l’opinion collective considère l’homme comme le principal fournisseur des devises pour la survie de la maisonnée.

Imaginons un peu un couple marié dont un seul partenaire possède un emploi rémunéré. Il sera difficile de concevoir le fait qu’une femme puisse prendre en charge un « homme au foyer ». Cela relèverait de l’extraordinaire voire du vaudou. En plus, certaines entreprises ont cette habitude de donner un supplément salarial aux employés hommes qui ont des « femmes aux foyer », c’est-à-dire, des femmes qui n’ont pas d’emploi. L’inverse serait-il possible ? Ce n’est même pas concevable et j’en doute d’ailleurs. Vous comprenez donc pourquoi ce terme « gigolo » convient bien aux hommes et non aux femmes.

Les violences sexuelles au cœur des relations de couple

On ne saurait concevoir ces types de relation de couple sans révéler la violence qui en est liée. La plus rependue est inévitablement, vous en doutez bien, la violence sexuelle. L’opinion collective en Afrique a encore cette fâcheuse conception de la soumission sexuelle de la femme. Autrement dit, tout refus de relation sexuelle avec son partenaire est perçu comme un manque de respect. A défaut de la soumission, l’homme utilise donc sa force physique pour contraindre sa partenaire à plier l’échine : les féministes parlent alors de « viol ». C’est justement là où l’on en est avec cette fameuse idée de « violences à l’égard des femmes ».

Ainsi, plus de 120 millions de femmes ont déjà eu affaire, au moins une fois dans leur vie, à un homme utilisant la force pour avoir un rapport sexuel avec elles. Pire encore, 30% de ces cas ont été violentées par leurs partenaires intimes. Et ce n’est pas fini, 55% des femmes qui meurent ont été tuées par leurs partenaires intimes. Ces chiffres publiés par plusieurs instituts sont effarants. Mais ça choque qui ? Moi certainement et vous peut-être. Malheureusement, pour certains, ça ne l’est pas du tout, car ils continuent de penser que c’est de leur droit de consommer le mariage ou d’être satisfait par leur partenaire.

Le contraire serait-il possible ? C’est-à-dire, est-il possible que la femme exerce une force sur son partenaire pour avoir une relation sexuelle avec lui ? Évidemment, c’est non. Ici, la force physique et la force de la persuasion interviennent pour dompter son vis-à-vis. Dans une relation où le rapport de force est déséquilibré, l’injustice fait son lit.

Le combat des féministes ici est un plaidoyer pour donner aux femmes, au niveau législatif par exemple, la possibilité d’équilibrer leurs forces avec celles de leurs partenaires. Ainsi, la force du droit mise à la disposition des femmes viendra équilibrer la force physique que possède déjà naturellement l’homme. Les violences sexuelles ne sont pas seulement le fait des relations de couple.

Les violences sexuelles liées aux mœurs

Les mutilations sexuelles

Le cas des mutilations sexuelles est généralement le plus décrié ces dernières décennies. Les statistiques révèlent que 200 millions de femmes qui sont en vie ont déjà subies une mutilation de leur sexe. Il faut préciser ici que ces statistiques ne sont disponibles que dans les 30 pays qui disposent de données représentatives sur la prévalence. C’est dire que ce chiffre est loin de refléter la réalité et l’ampleur du phénomène. Ici encore, la violence fait office d’effet de soumission. Il ne s’agit plus des violences physiques, mais d’une autre forme dites psychologique. Elles sont donc liées aux pressions sociales de respect de la tradition.

Quel que soit les raisons que l’on pourrait donner pour justifier ces pratiques, il n’en demeure pas moins vrai que l’avis des personnes mutilées n’a pas été requis au départ. Comme elles se trouvent dans une position de faiblesse, elles se voient obliger de céder aux caprices de la tradition. C’est donc à ce niveau qu’intervient la violence.

Le harcèlement sexuel

L’une des violences sexuelles qui continuent de faire la une des journaux dans le monde, c’est le harcèlement sexuel. Évidemment, cette pratique est considérée comme une violence parce qu’elle est généralement exercée dans un conteste de rapport de force. Les milieux comme le cadre professionnel et le cadre familial sont les terrains où ce type de violences excelle. Les harcèlements les plus insidieux sont souvent ceux qui se confondent à des compliments, voire de la drague.

C’est la raison pour laquelle les preuves de harcèlement sont difficiles à déceler. Sans oublier que le harcèlement peut également être un moyen de chantage utilisés par les femmes vicieuses. Que dire du cas des femmes qui se font désirer au point de susciter consciemment des envies et des désirs ? Ainsi, passer inaperçue sans attirer l’attention des hommes, peut être synonyme de malchance.

Comment donc faire la distinction avec ces types de comportements calculateurs et le harcèlement ? La réponse est toute simple : une drague ou un compliment est considéré comme harcèlement à partir du moment où ça devient une obsession. C’est par exemple le cas des cyberharcèlements (réseaux sociaux, SMS, courriers électroniques, etc.). Les statistiques révèlent d’ailleurs que ce cas touche les femmes de 15 à 30 ans.

La « promotion canapé »

La « promotion canapé » est un concept qui désigne toute forme de promotion professionnelle liée au sexe. Le sexe est un élément de réussite professionnelle. C’est une forme de harcèlement sexuel insidieuse qui a pour finalité l’accès à l’emploi et aux privilèges socio-professionnels. Le bourreau ici étant forcément un homme détenant les pouvoirs d’accès à ces privilèges. Ici, on a donc coutume de donner aux femmes les qualités extraordinaires de négociation.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle leur charme est toujours mis à contribution dans des relations de partenariats professionnels (signature de contrat, octroi d’un marché, etc.). Elles possèdent ce charme qui peut séduire les hommes et les amener à lâcher du lest. Ce type de relation peut-il être qualifiée de violente ? La réponse est évidente. Le sexe ici est utilisé comme critère à la place des compétences requises.

Cette pratique pousse alors les femmes à penser qu’elles réussir professionnellement sans avoir les compétences requises. Il faut préciser ici que toutes les femmes ne cèdent pas à ce chantage. Mais, les chiffres de celles qui ont ce courage d’abandonner une carrière de renom représente quelle valeur statistique ? Presque rien, dirait-on. C’est pourquoi l’opinion collective a souvent la maladresse conception selon laquelle toute réussite sociale, économique ou politique d’une femme est généralement le résultat d’une promotion canapé.

Les camaraderies et les errements de jeunesse

Ces types de violences sont principalement le fait des adolescents. Elles ont généralement lieu en milieu scolaire. Leur principale caractéristique, c’est l’embuscade tendue par les garçons aux filles maladroites. Ainsi, les toilettes et la broussaille (pour les collèges et lycées avec toilettes mal entretenues si elles existent) sont des lieux par excellence de la manifestation de ces violences sexuelles. Ces types de violences commencent toujours par un harcèlement et finissent donc par le viol dans les toilettes. Sous la menace d’une arme blanche, elles sont obligées de se plier aux injonctions de leurs bourreaux cagoulés.

Dans le monde, cette insécurité touche 246 millions de filles chaque année. C’est la raison pour laquelle beaucoup de filles hésitent toujours à utiliser les toilettes scolaires.

Le débat est-il pour autant clos ?

Les violences sexuelles sont les types de violences les plus rependues dans le monde. Dans tout type de violences sexuelles, les relations dont elles sont issues sont considérées comme des « relations de pouvoir ». En d’autres termes, aucune violences sexuelles ne peut être exercée dans un contexte où le pouvoir n’existe pas. Pour rééquilibrer les forces, il faut aussi donner aux femmes les moyens d’accès à ces pouvoirs. Les féministes prônent donc l’égalité des droits et des devoirs dans les milieux professionnels et familiaux. Par exemple, les termes comme « gigolo » ne conviendrait plus dans notre contexte où l’accès à l’emploi n’est plus l’apanage de l’homme.


Le journalisme et la presse camerounaise au cœur de la tyrannie

La presse peut-elle être livre en temps de disette ? Pour dire autrement, pauvreté et liberté sont-elles compatibles ? Cela renvoie au fait que si l’exercice du métier de journalisme est l’expression d’une liberté d’expression, comment peut-on alors concevoir le journalisme dans un contexte de tyrannie dont l’objectif est de clochardiser les citoyens ?

Le journalisme est le plus beau métier du monde, m’entendais-je dire. C’est toujours en ces termes qu’on me présentait le métier du journalisme. Mes années de lycée étaient tout aussi fabuleuses pendant mes piges au club journal « Les Antilopes ». Dès la classe de Seconde littéraire, j’en rêvais. C’est en Terminal que tout a basculé. Que s’est-il passé entre-temps, je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est que le journalisme est un métier de plus en plus hanté par des intrigues.

L’objet ici n’est pas de faire un récit d’une vocation ratée. Il s’agit tout simplement de mettre au goût du jour les méandres qui jonchent ce métier de journalisme. D’aucun ont pensé, et continue d’ailleurs de le penser, que le journalisme est un métier comme les autres. On peut tolérer cette assertion sur la forme, mais pas sur le fond. Ce qui fait la différence entre le journalisme et les autres métiers, c’est la capacité qu’a un journaliste d’être un leader d’opinion. C’est celui qui peut ou même qui joue à l’alerte ou à la sentinelle.Bref, c’est un éveilleur de conscience.

C’est ce caractère qui fait du journalisme un métier dit « dangereux ». Il l’est encore plus dans une tyrannie comme le Cameroun. Parce que dans une tyrannie, la clochardisation et le musellement sont les maître-mots de tous les corps de métier qui peuvent nuire à sa « sérénité ». Les journalistes étant la première cible, il faut donc les laisser se débrouiller seuls. Bien entendu, étant donné que la liberté et la pauvreté ne font pas bon ménage, il faut donc que les « alerteurs » soient à l’abri du besoin pour ne pas être tenté par l’appât du gain. Dans ce contexte, les journalistes ne pourraient ne pas se mêler à la poubelle de l’histoire.

Pour illustrer ce tableau sombre de la situation du journalisme dans un contexte de tyrannie, un bref parcours de la presse camerounaise est plus que nécessaire. La principale problématique ici sera celle de savoir comment les journalistes font-ils pour vivre de leur métier dans une tyrannie ? Ou mieux encore, comment la presse camerounaise, avec moins de 1000 exemplaires pour 400 Fcfa l’unité, fait-elle pour tirer son épingle du jeu ? Avec cette capacité de tirage, on dirait l’époque de la préhistoire.

Quelle est la situation du journalisme et de la presse camerounaise dans les années 1990 ?

Ce qu’il faut tout de même savoir, c’est que la presse se portait très bien avant. La situation s’est de plus en plus dégradé vers les année 2000. La mendicité a commencé à prendre de l’ampleur avec l’avènement d’internet et des réseaux sociaux. C’est pour ça que la plupart d’observateurs pensent que la dégringolade de la presse vient du fait qu’elle n’a pas été en phase avec le développement technologique. Pour beaucoup d’autres encore, les raisons sont ailleurs. Benjamin Zebaze, l’un des pionnier de la presse camerounais, livre ici sa version des faits :

Ce qu’il est important de savoir, c’est qu’à cette période dominée encore par les lois d’Ahmadou Ahidjo, devenir Directeur de Publication n’était pas une sinécure. Une enquête de moralité et un lourd dossier arrivait sur la table du ministre de l’Administration Territoriale qui pouvait ou non le rejeter. Aujourd’hui, il suffit juste d’une déclaration faite à un préfet. Si ce système mis en place par Ahmadou Ahidjo existait encore, combien de Directeur de publication actuels auraient traversé ce filtre ?

Pourquoi le régime de Paul Biya a changé les règles ? Nous le verrons plus loin.

Lorsque j’arrive dans ce milieu en 1990, « Le Combattant », « La Gazette », « Le Messager »… sont sur le terrain et se battent dans des conditions difficiles. Le journal de Pius Njawe (Le Messager, ndlr) est celui qui souffre le plus parce qu’il s’aventure dans le domaine politique ; pour cela, il est la cible principale de la censure. Le slogan de son journal est alors, « le journal qui apparait à l’improvise ».

Je lui explique qu’il est nécessaire de prendre un rendez-vous fixe avec nos lecteurs. Je propose tous les mercredis pour mon journal, lui jeudi et plus tard nous laisserons le mardi à Sévérin Tchounkeu.

Notre modèle économique est simple : faire tout ce qui est nécessaire pour faire le meilleur journal possible afin de maximiser nos ventes ; mettre en place un embryon d’organisation pour défendre nos intérêts collectifs.

Comment avec Pius Njawé, on a sauvé la presse ?

Nous étions alors forts comme en témoigne cet épisode. Au lancement de la TVA et en violation des conventions internationales, le gouvernement impose cette TVA à l’importation du papier journal qui va renchérir les coûts de fabrication de presque 20%. En tant qu’imprimeur des journaux, j’indique à Pius Njawe que je suis obligé d’augmenter les tarifs et que seul le ministre des finances peut faire quelque chose.

Malgré la « guerre » que nous menions contre le gouvernement, Pius appelle immédiatement le ministre des finances Justin Ndioro et lui explique la situation. Le ministre nous donne rendez-vous pour le lendemain matin à Yaoundé. Pius fait venir Severin Tchounkeu et le met au courant de la situation. Mais au moment de nous en aller, il nous rappelle en criant presque pour nous rappeler que nous sommes tous les trois bamiléké et que ce n’est pas bon pour une cause nationale. C’est ainsi qu’il appelle immédiatement Michel Michaut Moussala qui se joindra à nous.

L’entretien au bureau du ministre Justin Ndioro

Le ministre Justin Ndioro, un homme de très grande classe, écoute mes explications et déclare : « je n’ai pas à pénaliser la presse si elle a raison. Je vais vérifier et prendre des mesures ». A notre sortie, sa secrétaire nous annonce que le ministre délégué au budget Roger Melingui a appris que nous sommes là et veut nous voir. Nous avons passé un moment agréable dans son bureau. Dès le lendemain, Pius Njawé m’appelle pour me dire que le ministre vient de lui dire qu’il a fait le nécessaire.

Monsieur Gwanala (Pardon pour son nom), le directeur des douanes me reçoit tout sourire quelques heures plus tard et me montre le fax reçu du ministre. Mais qui a réellement profité de notre action ? Pas seulement la presse, mais des industries comme le groupe Safca de Fotso qui utilisait le papier journal pour fabriquer les cahiers scolaires ; ainsi que de nombreux vendeurs de papier pour imprimerie.

Tout cela juste pour montrer qu’en se réunissant sur l’essentiel et en mettant le lecteur au cœur de notre stratégie, nous étions très forts et vivions pour l’essentiel de nos ventes.

Quelles sont les origines de cette décrépitude du journalisme et de la presse camerounaise ?

Cette période de vache grasse finira par prendre fin. La situation est presque cocasse aujourd’hui. Comment s’est manifesté cette dégringolade de la presse pour qu’elle devienne aujourd’hui la cible des railleries ? Il ne se passe plus une occasion où un journaliste est mêlé de près ou de loin à un scandale de mœurs et de corruption. Pour la presse est-elle tombée aussi si bas depuis presqu’une décennie ? Une fois encore, la position du doyen Benjamin Zebaze sera nécessaire pour comprendre justement ce qui arrive à ce monde si merveilleux que le journalisme.

A mon avis, plusieurs facteurs entre en jeu :

a) Les magouilles du pouvoir

Il n’accepte plus l’influence des journaux de Douala qu’il qualifie de « journaux bamiléké ». Les règles pour devenir Directeur de publication sont alors modifiées et de nombreux journaux naissent à Yaoundé (Les ministres Fame Ndongo et Joseph Owona peuvent en dire plus) dont l’un avec un commissaire de police comme Directeur de Publication.

Suite à une énième suspension, nous produisons un journal commun pour nous plaindre : dans ces journaux, un ministre bien connu qui écrivait sous le pseudonyme d’Oussibita d’Assotol Ebolo nous qualifie de « La Sainte Trinité ».

b) Le rôle néfaste de la Crtv

Ces journaux de Yaoundé n’ont pas de lecteurs ; leurs responsables font le tour des ministres et des sociétés d’Etat afin d’obtenir les moyens nécessaires pour assurer leur fonctionnement quotidien.

Ils ne suivent que l’exemple des journalistes de la Crtv qui pour le moindre reportage, demandent aux préfets, maires, ministres, directeurs de société…les «frais de carburant ». C’est comme cela que le terme « gombo » s’impose dans la presse.

c) La victoire volée de Ni John Fru Ndi et la dévaluation du Franc CFA

La presse, qui pour l’essentiel avait soutenu ce candidat, subit un contre fouet terrible après cet échec. On eut dit que les électeurs voulaient nous faire payer le rêve avorté.

La dévaluation de CFA est venu tout aggraver de telle sorte qu’un journal comme le Messager est passé de 100 000 exemplaires à 25 000 ; Challenge Hebdo de 70 000 à 15 000. Partout, c’était le même désastre.

Quelle entreprise peut supporter sans de gros dégâts une telle perte de chiffre d’affaires ?

d) Les nouvelles techniques de « marketing » inventées par la jeune génération des Directeurs de publication

Au lieu de continuer à nous serrer les coudes, certains se sont mis à appliquer les méthodes des journaux de Yaoundé.

On pouvait lire désormais des titres comme ceux-ci :

  • Mebe Ngo’o, l’homme qu’il faut à la place qu’il faut
  • Qui en veut à Tchouta Moussa ?
  • Motazé, le sauveur des retraités à la CNPS

D’autres « experts » ont vite trouvé un autre filon basé sur du chantage :

  • Dans notre prochaine édition, tout sur les frasques du directeur général de la Camair.
  • A ne pas manquer jeudi prochain : comment les milliards se sont envolés au port de Douala.

Peu importe si les lecteurs ne découvrent pas ces « pseudo révélations », l’objectif est ailleurs : se remplir les poches à moindre frais.

A ce petit jeu-là, la presse dans son ensemble a perdu de sa crédibilité.

e) Le rôle des lecteurs et des hommes publics

Au lieu de soutenir les médias qui essayent de rester un peu à l’abri de tout cela, la presse est abandonnée. On ne peut pas refuser d’acheter les journaux ; se contenter de lire des articles pillés par des pirates sur le net et s’attendre à une presse de qualité. Combien parmi ceux qui braillent aujourd’hui sont prêts à prendre un abonnement sur un site payant ? L’information a un coût et il est évident que si le lecteur ne paye pas, il faut bien que quelqu’un le fasse à sa place.

Sur le même plan, cette hypocrisie de la classe politique et d’affaires est insupportable. C’est elle qui est prompt à utiliser les médias quand ses intérêts sont menacés et qui se plaint quand ses adversaires utilisent les mêmes méthodes.


Le pugilat entre artistes hante la Toile au Cameroun

Le pugilat est à son comble entre artistes. Les Camerounais s’en délectent et se mettent en rang serré pour assister, sur la Toile et les médias classiques, au concert de musique pas comme les autres. C’est un concert très particulier d’un autre genre que deux artistes ont accepté d’offrir gratuitement aux Camerounais. Il s’agit d’un concert d’insultes par médias et réseaux interposés. Ce concert est devenu bruyant au point de diviser l’opinion. Les fans, en bataille rangée, se défendent en mettant en avant les fumisteries de l’artiste adverse.

Sur le ring du concert, Ngono Adèle Ruffine, alias LADY PONCE, née en 1983 et Longkana Agno Simon, alias LONGUÉ LONGUÉ, né en 1973. Ce sont les deux artistes musiciens camerounais adulés sur la scène nationale et internationale. Ces deux-là, à la place des belles chansons qui honorent le patrimoine culturel de leur pays, se donnent, via les médias (presse écrite, TV) et les réseaux sociaux, une volée de bois vert d’une rare violence.

Comment en est-on arrivé là ?

Le pugilat des artistes
Le quotidien satirique camerounais Le Popoli a fait du pugilat des artistes ses choux gras. Crédit photo : capture d’écran du journal.

Affaire Longue Longue/Lady Ponce : un cas singulier des « mythes et délires d’une société camerounaise contemporaine en crise »

Les faits

Ces derniers jours, une escalade conflictuelle opposant Longue Longue à Lady Ponce défraie la chronique autant dans les mass médias que dans les techno-médias. En effet, une guerre symbolique auréolée des clichés négatifs cristallise les deux figures de la scène musicale locale. A coups de quolibets, de stéréotypes, de diatribes, de chiens écrasés et de sarcasmes, ces deux singularités du monde de l’art musical s’étripent sur l’espace médiatique au grand bonheur des auditeurs et des internautes enclins à l’écoute systématique et régulière des scènes crisogènes d’un tel acabit.

Suivant l’historicité de cette guéguerre envenimée dans l’arène publique, Longue Longue est le premier acteur à sonner le tocsin du clash avec sa congénère tant dans l’une de ses envolées narcissiques sur la toile, il l’a qualifiée « d’illettrée » et de « prostituée ». Réponse du berger à la bergère : Lady Ponce n’a pas manqué, dans l’une de ses récentes interviews télévisées sur Vision4, de battre en brèche la posture désinvolte, désobligeante et incongrue de Longue Longue. Ainsi, l’auteur de la chanson à succès « Aio Africa » a-t-il été affublé du statut de « violeur » et de « pédophile » par l’auteur du titre adulé « Moan yesus ».

Ce jeu de l’étiquetage social ne s’est pas limité à cette émission puisque sur Soleil Fm, l’une des dernières nées du kaléidoscope médiatique local à Yaoundé, ce 23 octobre 2017 entre 10 et 12h, Lady Ponce a, une fois encore, à la faveur du temps d’antenne à elle accordé, labellisé négativement Longue Longue. Les mêmes qualificatifs de « violeur » et de « pédophile » englués dans un magma d’histoires ont été relayés, mieux diffusés tantôt à la grande satisfaction du consortium d’animateurs présents en studio, tantôt à la grande désolation de certaines catégories de l’agora peu intéressées pour ce type d’excroissance langagière.

Les médias mis à contribution pour enflammer les artistes

L’exaltation de la catharsis sociale autour de cette affaire morbide au plan de la Sémiotique du discours de l’un et de l’autre s’est, de surcroît, vérifiée à l’aune de la prise et de la diffusion coercitive et massive des vidéos liées à des indiscrétions de la chanteuse sur les réseaux sociaux. Toute chose, curieusement, amplifiée par des Hommes de médias, dont d’aucuns ont tôt fait d’annoncer, deux heures à l’avance, la participation de cette dernière à un programme à coloration animatif. L’on dirait une scène de prestance individuelle émotive, affective et cathartique. Mais pour quel dessein au demeurant ?

Du coup, il naît, en tant qu’homme de science, un questionnement épistémique sur le statut, voire sur la fonction des médias dans la société en général et, singulièrement, dans le processus de règlement de la crise de rapports interpersonnels. A ce giron, sans se prévaloir de la posture de maître-censeur, le théoricien et le praticien des sciences de l’information et de la communication s’interroge sur le rôle des journalistes et des animateurs dans la dynamique d’exacerbation de cette dissension ou d’apaisement social entre les deux artistes-musiciens. Doit-on informer, éduquer, divertir ou, a contrario, insulter, se quereller et invectiver étant donné qu’il s’agit des adultes ?

L’analyse psycho-sociale de l’avalanche conflictuelle entre le « libérateur libéré » et la « ponceuse nationale »

Pour ceux et celles qui ne le savent pas, la vie sociale est une scène de théâtre, nourrie de la construction de la réalité quotidienne. Chacun joue, délibérément ou inconsciemment, un rôle théâtral d’une part et un rôle social d’autre part. Lorsqu’un cas de crise de rapports inter-individuels se pose avec acuité dans l’arène sociale, faut-il faire le jeu de l’aggravation de la crise à coups de facteurs de la « violence symbolique », en alimentant les médias et les réseaux sociaux des émotions, des passions, des pulsions et des affects, vecteurs de la stigmatisation sociale ? Si Longue Longue, depuis près de deux mois, est un acteur théâtral ayant assailli l’espace techno-médiatique et ayant labellisé, de façon stéréotypée, Lady Ponce, faut-il qu’elle aussi s’enlise dans la boue, voire dans la gadoue en théâtralisant le rôle de « dépravé mental spontané »?

Mû par une folie de grandeurs habituelle et désormais rituelle, le « libérateur libéré », qui n’est pas à son premier coup de dérive orale, s’est permis, contre toute attente, dans ses vidéos insolites, insolentes et exubérantes, de flinguer certaines figures de l’échiquier artistique et médiatique. Jean-Pierre Essome, Petit Pays, Tchop Tchop, Fingon Tralala en sont quelques exemples patents. Aussi s’est-il donné du plaisir et du loisir malsain en raillant certaines catégories sociales en proie à la paupérisation ambiante et chancelante dans un hôtel de la place.

Les frasques de cet artiste étaient, d’ailleurs, filmées par ses amis qui l’y encourageaient avec un intérêt singulier. Lorsqu’un être humain qui plus est un acteur théâtral se livre à ce jeu stigmatisant et inconvenant à l’égard de plus d’un, faut-il basculer, comme lui, dans la scénarisation de cette posture malsaine et nauséeuse ? Toute chose qui participe, dans la même veine, à ternir votre image ?

Peut-on espérer la fin du pugilat de ces artistes ?

Eu égard à ce cas singulier des mythes et délires d’une société camerounaise contemporaine en crise, les Hommes de médias, plutôt que d’accentuer cette tension inter-individuelle à coups d’interventionnisme médiatique de la labellisée, doivent, fort au contraire, opter pour la logique de l’apaisement social. A ce niveau, au plan psycho-social, il est idoine de faire tabula rasa de ce type d’ignominie du provocateur, lequel relève du futile pour se consacrer à l’utile lié à la promotion de nouvelles sonorités de Lady Ponce.

A preuve, l’essentiel auquel devrait se consacrer Lady, depuis la sortie de son album, est la promotion et, a fortiori, la communication autour des singularités et originalités de cette fleur musicale. Mais comme les acteurs médiatiques d’ici sont friands et raffolent des faits divers et des histoires tissées d’intrigues et des dessous de ceinture, il naît, chaque fois, une incitation subliminale des protagonistes à se crêper le chignon et à s’opposer littéralement à coups de propos discourtois et de mauvais aloi. Illico presto, le questionnement épistémique est, dans la même veine, orienté vers les promoteurs d’entreprises de presse qui prêtent le flanc à ce jeu de l’exacerbation du conflit, ainsi que vers des personnes proches collaboratrices desdits artistes-musiciens.

L’instrumentalisation de certains organes médiatiques à des fins de polarisation crisogène entre des artistes n’aide pas à polir l’image et le statut social des théoriciens et des praticiens de l’art musical.

Dans la vie, il faut savoir se consacrer à l’essentiel au détriment de l’accessoire. Comprenne qui pourra et réagisse qui voudra

Un texte du sociologue Serge Aimé Bikoi


Comment comprendre le positionnement des acteurs dans la crise anglophone au Cameroun ?

L’un des avantages qu’aura apporté la crise anglophone au Cameroun, c’est justement le réalignement des acteurs. C’est une forme de positionnement ou ré-positionnement des acteurs et des leaders politiques, des analystes et des chroniqueurs. Pour dire autrement, c’est une crise qui donne l’occasion à chacun de s’exprimer en dévoilant au grand jour ses opinions et convictions.

Toute crise a donc cela de particulier : dévoiler à l’opinion la position claire de chaque acteur politique et de certains leaders. L’occasion est alors venue de découvrir les vrais visages de certains et leur alignement idéologique qui ne faisait l’ombre d’aucun doute. Il sera question ici de donner les détails sur les différents camps de positionnements des discours des acteurs. Les lignes de démarcation de chaque discours montreront au grand les réalités du changement tant convoité.

Les journaux, acteurs partisans du statut-quo
La presse écrite profitant de la crise anglophone pour se lancer dans une campagne de dénigrement et de sabotage du fédéralisme par les journaux qui sont des acteurs partisans du statut-quo. Matango Club

Depuis le début de la crise anglophone, les Camerounais ont construit trois champs de manifestation de la crise. Les champs de manifestation sont des espace de mobilisation et d’expression sur le déroulement de la crise. Tandis que les uns sont sur le champ du terrain de mobilisation, les autres s’illustrent, soit, comme des observateurs, soit, comme des activistes à travers la Toile et les médias audio-visuels. Ces deux derniers semblent particulièrement intéressants pour une raison simple. Les débats noués autour de la crise font l’objet d’une cristallisation autour des positions idéologiques sur l’avenir politique du Cameroun.

Qui sont d’abord les acteurs de la crise ?

La crise, autrefois corporatiste s’est investie de plus en plus sur le champ politique. On peut donc distinguer trois catégories d’acteurs : les manifestants, les leaders, les penseurs-activistes, les observateurs et les fonctionnaires. Chacun d’eux joue un rôle précis dans l’évolution positive ou négative du la crise.

Les acteurs et leurs positions

Chez les manifestants et les leaders, trois camps se neutralisent : les fédéralistes, les sécessionnistes et les républicains. La zone géographique des manifs se trouve dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest d’expression anglaise. Les deux premiers catégories d’acteurs sont les plus nombreux puisque ce sont eux qui ont déclenché la crise. Par contre, il serait actuellement difficile de faire la distinction entre les fédéralistes et les sécessionnistes. Car, ceux-ci, avec le pourrissement et la dégradation de la situation, ont largement pris le dessus. Ainsi, le positionnement des fédéralistes a évolué vers la sécession.

Chez les observateurs (ceux qui n »émettent aucune opinion) et penseurs-activistes, il existe également trois camps. Ils sont répartis en positionnements identiques que ceux ont été identifiés chez les manifestants. Sauf que la proportion pour chaque catégorie est inversée. Ici, par contre, les fédéralistes et les républicains sont plus nombreux. Il serait par contre plus difficile de faire la distinction entre les républicains et les fédéralistes. Théoriquement, les huit régions d’expression française et les Camerounais (Anglophones et Francophones) de la diaspora représentent les champs d’expression de ces acteurs. Les Anglophones de la diaspora sont plutôt adeptes de la sécession.

Les autorités administratives jouent ici le rôle de gestionnaires de la crise. Ils s’illustrent par des méthodes caractérisées de zèles. Elles sont pointées du doigts comme celles par qui la crise le dialogue doit être enclenché. Curieusement, les multiples échecs et tentatives de dialogues divisent l’opinion sur leur réelle volonté de voir un dénouement heureux de la crise.

Le contenu des alignements des acteurs

Il est cependant utile de préciser ici que le temps a favorisé l’évolution des positions qui se sont de plus en plus endurcies. Ainsi, on a donc des positions qui, au départ, plus conciliantes sont devenues trop radicales. Aujourd’hui, le sécessionnisme a pris du terrain chez les Anglophones tandis que les Francophones évoluent vers vers le fédéralisme. Cette évolution des positions n’est pas du goût des autorités dont l’objectif, visiblement, est de laisser pourrir la situation pour faire reculer les positions ou maintenir le statu-quo.

Il existe quatre camps de positionnement

Les républicains sont ceux qui soutiennent le pouvoir de Yaoundé. Ils sont unanimes aux dénouement de la crise par le strict respect des dispositions de la constitution de 1996. Celle-ci prône l’État unitaire avec une décentralisation comme mode de gestion de la cité.

Le fédéralisme, par contre, est une option qui n’est pas du tout nouvelle au Cameroun. Il était en vigueur dans la constitution de 1961. Cette option va au-delà de la décentralisation et donne un réel pouvoir parlementaire et exécutif aux régions.

La sécession, à son tour, donnée marginale, est presque devenue une option à prendre dorénavant au sérieux. Les menaces séparatistes, prônées par le SCNC, sont de plus en plus visibles. Aujourd’hui, le groupe sécessionniste se fait appeler « Southern Cameroons/Ambazonia ».

Le dernier camp me semble un peu complexe. C’est celui des partisans du statut-quo actuel. Ces partisans sont à la fois, les autorités administratives et les membres du parti au pouvoir. A la suite de la victoire à la présidentielle de 2011 remportée par Paul Biya, c’est le camps de ceux qui ont été chargé d’implémenter la constitution de 1996. Une constitution qui fait du Cameroun un « État unitaire décentralisé ».

Le double-jeu des partisans du statut-quo

En fait, la décentralisation c’est l’autonomie de gestion des régions avec un réel pouvoir d’indépendance budgétaire. En fait, c’est de quitter l’État unitaire centralisé vers l’État unitaire décentralisé. Cette politique, en vigueur depuis 1996, n’est toujours pas appliquée. Pourquoi ? Pour les autorités de Yaoundé, la peur de se départir des prérogatives décisionnelles freine l’application de ces dispositions constitutionnelles. Ici, les partisans du statut-quo se confondent avec les républicains. Les deux prônent l’application de la décentralisation, mais les partisans du statut-quo jouent un double-jeu.

Les trois positionnements de l’opinion, décentralisation, fédéralisme et sécession, sont proposés pour renverser le statut-quo. Ils sont aussi considérés comme des options de dénouement de la crise anglophone. Cependant, chacune d’elle étant porteuse d’enjeux qui pourraient mettre en péril le pouvoir de Yaoundé, on comprend dès lors le choix du pourrissement de la situation. Mais, ce qui fait problème, justement, c’est le positionnement des Francophones dits progressistes ou modérés depuis le début de cette crise.

Qui sont les francophones (fédéralistes ?) dits « modérés » ?

Même s’il est difficile de savoir la proportion des francophones favorables au fédéralisme par rapport aux républicains, il n’y a cependant aucun doute que les anglophones en sont majoritairement favorables. 

Le camp des fédéralistes est beaucoup plus complexe que celui du statut-quo. Depuis les deux dates sanglantes (22 septembre et 1er octobre 2017), le flou qui persistait pour faire leur distinction s’est de plus en plus estompé. Il faut alors distinguer les fédéralistes radicaux (solidaires des Anglophones) et les fédéralistes dits « modérés ». Ces derniers sont considérés comme des républicains dits « progressistes ».

La tendance est à la confusion entre les républicains et républicains progressistes (ou fédéralistes modérés). Cette confusion est semblable à celle qu’on fait entre les partisans du statut-quo et les républicains. Pour les républicains progressistes, l’accent doit être mis à l’application de la constitution de 1996. Puis, progressivement, le fédéralisme pourra être implémenté à dose homéopathique. Les républicains progressistes se retrouvent généralement chez les Francophones. Pourquoi ces progressistes se disent solidaires des revendications anglophones, mais se désolidarisent des combats qui vont avec ? Ou alors,  comment sont-ils différents des fédéralistes radicaux solidaires des manifestants anglophones ? La réponse est à chercher dans leur espièglerie.

La mauvaise foi entretenue par ces « progressistes »

Les progressistes ou modérés affichent, depuis le début de la crise, des positions carrément ambiguë. Ils disent être d’accord pour le fédéralisme, mais se désolidarisent des méthodes du « ghost town ». Ils se sont toujours illustrés par leur souhait incessant au retour au calme pour la simple raison qu’ils veulent la paix. Plus encore, ils insinuent que personne ne peut défier l’autorité de l’État. Pour cela, quiconque ne se plie pas aux injonctions de l’autorité mérite la morts. Ils se fichent pas mal des victimes des balles réelles des soldats. Ils entretiennent un discours de diabolisation envers les manifestants en les qualifiant de « sécessionnistes » et « anti-patriotes », de « terroristes », de « chiens », de « Biafrais » qui méritent la mort.

Pour eux, l’application des mesures fortes (police, justice) pour rétablir l’ordre et la paix à tous les prix doit être perpétuée. Depuis le début de cette crise, ils sont dans une posture de diabolisation de la crise. Leur souhait, d’ailleurs, c’est de voir l’échec de la crise pour se donner bonne conscience d’avoir alerté les manifestants Anglophones. Ils continuent de pérorer sur la force de l’État qui, pour eux, détient le monopole de la violence légitime.

En fait, ils scandent l’ouverture des écoles. Plus même, ils disent aimer les enfants plus que les parents de ces enfants. Ils disent qu’il faut protéger l’avenir de ces enfants alors que les enseignants estiment que cet avenir est en péril. De quel avenir parlent donc ces progressistes-modérés ? Ils sont convaincus que les parents maintiennent leurs enfants à la maison par la peur et la contrainte. Pour preuve, la vague d’élèves qui fuient les régions anglophones pour aller s’inscrire dans les régions francophones est le signe que les populations vivent dans la terreur. Comment expliquer donc ces liesses populaires observées le 22 septembre et le 1er octobre ? Ces populations ont-elles été manipulées ?

Discours biaisé ?

Curieusement, ce discours des progressistes-modérés n’est pas loin de celui entretenu par les autorités, partisans du statut-quo et les républicains. Du coup, le discours des fédéralistes est brouillé pour laisser croire à l’opinion que les Anglophones veulent à tous les prix le pouvoir en brandissant la sécession comme un objet de chantage.

Pourquoi les Francophones sont-ils si méchants au point de se réjouir de la morts des Anglophones ? Au fait, comment expliquer cette différence de comportement de deux populations de langue différente, mais qui vivent ensemble ?

Le déterminisme culturel des acteurs

La nécessité de reconnaitre la spécificité des problèmes Anglophones au Cameroun est un préalable. Le respect des spécificité de la minorité devrait alors être de soi, puisque garanti par le droit international. En dehors du fait de sa minorité, les Anglophones sont un peuple de réfractaire à la soumission.

Il faut bien se rappeler que les populations des régions anglophones du pays ont, pendant de nombreuses années, de 1919 À 1961, soit environ 50 ans, vécu sous le système de l’ « indirect rule », où avec leurs autorités coutumières, elles géraient les affaires de leur localité sans attendre que les ordres viennent de la capitale. Ils n’ont pas subi la colonisation française qui a développé, dans la partie francophone, cette culture de la soumission quasi-religieuse, à la moindre autorité de l’État (au prétexte que tout pouvoir vient de Dieu). Nos compatriotes anglophones peuvent donc être plus mal à l’aise que les francophones dans cet État au fonctionnement de plus en plus centralisé, là où les francophones peuvent être tolérants, sinon carrément heureux.

Atangana Mebara, Ancien Secrétaire Général de la Présidence de la République, incarcéré pour détournement de deniers publics.

Les progressistes-modérés francophones sont en fait dans le déni

Les autorités administratives qui gèrent la crise continuent, coûte que coûte, à multiplier des stratégies de dénouement. D’échec en échec, elles se sont heurtées aux barrières qui ont empêché un début de dialogue franc et sincère. Curieusement, les progressistes continuent de crier au complot de déstabilisation en oubliant qu’ils ont affaire à un gouvernement d’incompétents.

– Ils ont commencé le dialogue avec le consortium, et quand ils se sont rendu compte que les leaders ne voulaient pas céder au chantage, ils ont capitulé,
– Ils ont alors saboté le dialogue avec le consortium,
– Ils ont mis les leaders du consortium en prison en espérant que la peur allait dissuader les Anglophones,
– Ils ont cru que l’intimidation allait marcher comme ils l’ont fait en 1990 et en 2008,
– Ils sont allé en rang dispersé dans la zone anglophone pour négocier, le résultat a été catastrophique,
– Ils sont aussi allé rencontré la diaspora pour négocier, l’accueil a été désastreux,
– Ils ont alors libéré les leaders du consortium en espérant que ça allait calmer les Anglophones,
– Ils sont maintenant allés négocier pour une troisième fois dans la zone anglophone, et l’un des leaders du consortium, en voyant le dos du nageur, a tout simplement dit « Niet, Nada, vous mentez ».

Nous sommes maintenant dans l’impasse.

Pour une première fois dans ce pays, une population, j’allais dire, les Anglophones réussissent à soumettre la bande du tyran au pas. Il a fallu l’existence des Anglophone dans ce pays pour réussir ce challenge : malmener les autorités imbues et zélées. Et je suis très content de ce qui leur arrive. Il n’y a que des Francophones qui son incapables de comprendre que ce sont les Anglophones qui tiennent le bon bout, je veux dire, qui tiennent le bâton du pèlerin. Je n’ai jamais vu les autorité aussi dépassées par les événements.


La longue marche vers la sécession au Cameroun

La crise politique que traverse le Cameroun aujourd’hui fait des émules. Une crise politique jusqu’ici émaillée de manifestations qualifiées de non violentes et appelée « ghost town« . Ses manifestations sont à la fois essentiellement populaires et symboliques voire provocatrices.

Commencées depuis octobre 2016, c’est la crise politique la plus longue et la plus pernicieuse jamais vécue depuis l’indépendance du pays en 1960. Autrefois qualifiée de « problème anglophone », elle a pris des formes d’une crise avant de devenir aujourd’hui ce qu’on pourrait appeler un affrontement ou un conflit au sens propre du terme. Au fur et à mesure que le temps passe, les Anglophones ne cessent de multiplier des actes qui feraient réfléchir même les analystes les plus futés des mouvements sociaux. Leurs comportements ne laissent personne indifférent.

De quelle crise politique s’agit-il ?

Il existait bel et bien deux parties du Cameroun sous administration française et britannique : le Cameroun oriental et le Cameroun occidental. Le Cameroun occidental était lui aussi divisé en deux territoires : le Southern Cameroon et le Northern Cameroun. En d’autres termes, le sud-Cameroun et le nord-Cameroun.

Quelques repères sur la création de l’État du Cameroun

Une ordonnance n° 58-1375 du 30 décembre 1958 signée du Gouvernement français de Michel Debré change le statut du Cameroun oriental. Celui-ci passe de l’État sous tutelle en « État du Cameroun ». Le Cameroun oriental devient donc indépendant le 1 janvier 1960 . C’est le 20 septembre 1960, lors de la 864ème Assemblée Générale de l’ONU, que le Cameroun oriental sous la dénomination de « République du Cameroun » devient membre à part entière de cette organisation (Résolution 1476).

La Grande Bretagne avait refusé d’accorder l’indépendance au Cameroun occidental. Pourquoi ? Andrew Cohen, le représentant britannique au conseil de tutelle des Nations unies s’y était opposé. Le 11 février 1961, un référendum fut organisé pour que les deux territoires britanniques choisissent librement de se rallier soit au Cameroun oriental, soit au Nigeria. Le verdict du référendum affichaient alors les résultats suivants : le Northern Cameroon choisit le Nigeria (60 % votent pour le Nigeria contre 40 %). Tandis que le Southern Cameroon quant à lui, se rallie au Cameroun oriental (70,5 % votent pour le Cameroun oriental contre 29,5 %).

Naissance et mort de la « République fédérale du Cameroun »

Tandis que le Northern Cameroon formait une union avec le Nigeria le 31 mai 1961, le Southern Cameroun, quant à lui, se réuni avec le Cameroun oriental le 1er octobre 1961. C’est la réunification des deux Cameroun. Celle-ci est rendue possible à la suite de la conférence de Foumban où le fédéralisme sera alors adopté. La « République du Cameroun » devient donc « République Fédérale du Cameroun« .

La violation des accords de la conférence

Le Président Ahidjo viole les conclusions de la conférence de Foumban. Celles-ci stipulaient entre autre, que, ladite fédération ne pouvait être modifié qu’à la suite d’un consensus négocié. La « République Fédérale du Cameroun » devient « République Unie du Cameroun » à la suite d’un simulacre de référendum organisé le 20 mai 1972.

Paul Biya enfonce le clou dans la plaie en remplaçant « République Unie du Cameroun » par la « République du Cameroun » par un décret en 1984. Cette dénomination rappelle celle du Cameroun oriental. La source de la crise est donc liée à ce contentieux historique.

La découverte du pétrole au cœur des enjeux

La question qui reste encore sans réponse jusqu’ici est celle de savoir pour quelle raison le feu président Ahidjo voulait-il abolir le fédéralisme ? Ici, plusieurs analystes sont partagés entre deux hypothèses. La première est celle défendu par les théoriciens proches du pouvoir de Yaoundé. Cette hypothèse stipule qu’il était temps pour le régime de Yaoundé, après 11 ans de fédéralisme, d’unir les deux territoires. D’où le concept d’unité nationale vantée comme un héritage du « père de la nation ». C’est justement le décret de  Paul Biya qui est alors venu confirmé ce macabre projet donc l’objectif reste assez flou pour beaucoup d’observateurs.

La seconde hypothèse est celle défendue par les opposants du régime de Yaoundé et quelques historiens et intellectuels. Elle concerne la signature d’un accord entre le Cameroun oriental et la France appelé « Pacte colonial » le 26 décembre 1959. Ce fameux pacte jusqu’ici tenu pour secret stipule que la France reste la propriétaire des ressources du sous-sol camerounais. La découverte d’un gisement de pétrole à Limbé, ville située au Southern Cameroon empêcherait la France de l’exploiter. Il fallait donc à tous les prix abolir le fédéralisme. Sinon, il serait difficile d’avoir accès à ce pétrole sans l’aval du gouvernement fédéral du Southern Cameroon.

Octobre 2016 : énième rebondissement de la crise

A la suite des grèves des avocats et enseignants en octobre et novembre 2016, les leaders syndicaux se retrouvent dans l’étau des revendications politiques. Ce contentieux historique refait surface comme d’ailleurs dans toutes les crises politiques au Cameroun (1990-1991). Il est alors mis sur la table des négociations comme préalable pour la levée du mot d’ordre de grève. Le dialogue entamé depuis le déclenchement de cette crise en octobre 2016 entre les leaders syndicaux et les autorités a été brusquement interrompue en janvier 2017. La cause ? Les leaders syndicaux ont été arrêtés puis incarcérés à cause de leur position radicale. Ils n’ont été libérés qu’après 224 jours de captivité à Yaoundé.

Depuis lors, on remarque particulièrement une montée en puissance des revendications. De simples demandes corporatistes, nous sommes partis de l’option fédéraliste revendiquée par des leaders syndicaux, à celle de sécessionniste sous la bannière du SCNC. Cette dernière option s’est de plus en plus répandue comme une traînée de poudre. Aujourd’hui, tout est au point mort. Le fédéralisme longtemps revendiqué, semble ne même plus être à l’ordre du jour. Les sécessionnistes ont largement pris du terrain. Ils se sont battis une réputation à tel point que la panique est à son comble. Ils gagnent petit à petit la sympathie de la population des deux régions anglophones.

Comme lors du 22 septembre, peut-on craindre le pire, le 1er octobre 2017 ?

Au commencement de cette crise, il était difficile d’imaginer l’ampleur qu’elle allait prendre. Le succès du « ghost town » n’a même convaincu les Francophones septiques. Ils se réjouissaient du déploiement de la police et la gendarmerie dans les zones anglophones pour ramener, selon eux, cette partie du peuple camerounais à la raison. De même, ils n’hésitaient pas à qualifier ces Anglophones de tous les noms d’oiseaux au nom de la sécurité de l’État. Ils minimisaient cette crise jusqu’au moment fatidique du 22 septembre 2017. Il a donc fallu que ces manifestations du 22 septembre 2017 viennent fermer leur bouche. Elles démontrent la fermeté des sécessionnistes et la hargne des Anglophones malgré la cécité de ces Francophones septiques.

Cette journée mémorable entrera dans l’histoire comme celle d’une démonstration de force. Bien plus, elle démontre que l’argument selon lequel les Anglophones seraient contraints par les extrémistes de respecter les « ghost town » est farfelu.

Les Anglophones avaient alors choisi cette date en rapport avec le discours de Paul Biya à la 72è assemblée générale des Nations Unies. On a craint le pire et le temps a failli s’arrêter. Les forces de l’ordre, sur le qui-vive, sont restées heureusement inoffensives. Le climat reste quand même très tendu malgré l’accalmie. A la veuille de la date fatidique du 1er octobre 2017, marquant le 56ème anniversaire de la réunification, on en était encore à se demander ce qui devait se passer.

Sisiku Ayuk Tabe, nouvel homme fort ?

Sisiku Ayuk Tabe, le Chairman du Southern Cameroon Governing Council, dit autrement, le président auto-proclamé de la « Républic of Ambazonia », le nouvel État du Southern Cameroon, avait promis dans un communiqué que le 1er octobre n’accouchera pas d’une souris. Malgré les manifestations non-violentes, les Anglophones ne finiront pas de nous surprendre tous les jours qui passent. Ainsi, si jamais cette crise connaît un dénouement sur le fédéralisme, ce serait grâce aux sécessionnistes. C’est grâce à leur puissance de frappe, à la technologie de mobilisation dont ils ont fait preuve depuis un an. Alors, qui se cache derrière toutes ces mobilisation ?

Le 1er octobre 2017, la population anglophone est sortie comme prévu. Un appel à la non-violence a été suivi. Les Anglophones ont donc bravé l’interdit des autorités des deux régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest qui instituaient le « couvre-feu ». L’armée, chargée de faire respecter cette consigne a donc tiré à bout portant. Le bilan est donc celle que nous connaissons : Amnesty International fait état de 17 morts au total.

Il n’y pas longtemps que le richissime Sisiku Ayuk Tabe a commencé a s’afficher sur les réseaux sociaux. Du coup, il est pointé du doigt comme le commanditaire de tous ces ramdams. Les fédéralistes, considérés maintenant comme des modérés, sont presque marginaux dans cette crise. La violence d’État a exacerbé la colère de la population. Les sécessionnistes ont donc pris le poil de la bête après un désaveux. Ils semblent devenir désormais de nouveaux interlocuteurs de la crise.

Quelle issue pour la crise ?

Après avoir voulu anéantir la crise par l’arrestation leaders syndicaux, la nouvelle stratégie consiste à discréditer la lutte à travers la stigmatisation de séparatistes. Certains analystes disent que cette situation conflictuelle a été voulue par les autorités. Les autorités administratives et policières se livrent à un langage d’invective pour incriminer les Anglophones. Pire encore, une partie de la population Francophone se prête également à ce jeu de dénigrement. Ce qui ne facilite pas du tout le climat de dialogue dont on est sensé installé. Cette énième stratégie va-t-elle réussir à éteindre la crise ? Ou encore va-t-elle tout simplement la durcir davantage ? Wait and see.

Tchakounte Kemayou


Au Cameroun, les soubresauts d’une crise anglophone et le sabotage du fédéralisme

Le Cameroun traverse depuis 11 mois un moment important de son histoire à travers la « crise anglophone ». Depuis le 11 octobre 2016, les deux régions anglophones, sur les dix que possède le pays, sont paralysées presque à plus de 80%. Les anglophones ont choisi la stratégie la plus destructrice jamais pratiquée au Cameroun : la non violence. Les écoles, les tribunaux, les marchés et quelques services administratifs restent fermés. C’est ce qu’ils appellent le « Ghost Town« . De mémoire, le Cameroun n’a jamais connu une crise d’une telle ampleur. Jamais.

Au départ, il était question de revendications corporatistes : enseignants et avocats exigeaient une amélioration de leurs conditions de travail. Il faut rappeler ici que ces revendications ne dataient pas d’octobre 2016, début de la crise. Les syndicalistes étaient en pourparler bien longtemps avant avec les autorités à Yaoundé. Il fallait absolument trouver des solutions à leurs problèmes et éviter le pire. Des revendications corporatistes, nous sommes passés aux revendications politiques. Au fait, quelle est l’origine de cette crise anglophone ? De quoi les enseignants et les avocats se plaignent-ils ?

Presse sabotant la Crise anglophone
La presse écrite profitant de la crise anglophone pour se lancer dans une campagne de dénigrement et de sabotage du fédéralisme.

Crise anglophone et revendications corporatistes et politiques

En général, le problème des enseignants et des avocats anglophones se résume à ce qu’on appelle ici « problème anglophone ». Dans un contexte de rapport de force de la majorité démographique francophone, les anglophones se plaignent de la marginalisation. Celle-ci se caractérise par la confiscation de tout l’appareil politico-administratif par une élite comprador en majorité francophone. Cette gestion centralisée prolonge ses tentacules jusqu’au niveau des communautés locales. Celles-ci dépendent donc de Yaoundé, le maître à jouer. Même en situation de négociation, les syndicalistes anglophones avaient en face d’eux des autorités en majorité, sinon toutes, francophones.

Ce qui a fait dire aux anglophones qu’ils vivent en fait une situation de colonisation des francophones. C’est un euphémisme, pour ne pas dire ségrégation linguistique. La condescendance, la suffisance et l’imposture de ces autorités meublaient les négociations ? Conséquences, celles-ci se sont malheureusement soldées par un échec cuisant. C’est cet échec qui a abouti à la crise qui secoue le Cameroun depuis octobre 2016 jusqu’à nos jours. Vu sous cet angle, la crise anglophone, tout comme le problème anglophone ne datent pas d’hier.

Le déclenchement de cette crise anglophone a obligé les autorités à relancer les négociations avec les syndicalistes. De fil en aiguille, nous assistons à un match de ping-pong qui ressemble à un dialogue de sourds. En fait, des négociations corporatistes, les leaders syndicaux en sont arrivés à une exigence relevant du politique. Évidemment, ce revirement à 360 degrés était prévisible compte tenue des contentieux historiques de 1972. Durant les négociations, les leaders syndicaux anglophones ont trouvé là une occasion propice pour remettre sur la table le fameux « problème anglophone ».

Du fédéralisme aux velléités sécessionnistes et séparatistes

En fait, les leaders anglophones se rappellent de la mauvaise foi de ces autorités et décident de mettre la barre haute. Pire encore, ils savent pertinemment que les problèmes corporatistes, le mal-être et la pauvreté n’ont qu’une seule origine : la mal-gouvernance. Ils savent aussi que se limiter aux solutions corporatistes n’est pas rassurant. Pour trouver donc une solution définitive à cette marginalisation, l’autonomie de gestion des communautés locales est nécessaire. Voilà pourquoi les revendications sur le changement du système politique et le retour du fédéralisme ont été remises sur la table.

L’incrustation du SCNC dans le débat

Cela a fait malheureusement renaître des velléités sécessionnistes de certains anglophones, quoique minoritaires. Les militants et les partisans du SCNC, mouvement politique qui prône le séparatisme, organisent une campagne de dénigrement des francophones. Dans leur langage, on peut entendre les mots et expressions comme : « Allez chez vous », « colons francophones », etc. Les francophones, ennemis du fédéralisme, bondissent sur l’occasion et taxent les anglophones de sécessionnistes. Inutile de préciser ici que cette pirouette des francophones est d’une curiosité abyssale. Prendre au sérieux et attribuer aux anglophones partisans du fédéralisme le comportement des partisans du SCNC dont les actes de violence verbale et de destruction des emblèmes nationaux existent depuis 1993, est non moins une preuve de mauvaise foi.

La dernière actualité des sécessionnistes du SCNC, c’est justement cette correspondance adressée à la reine d’Angleterre Elizabeth II. L’objectif de cette correspondance était d’avoir le soutien de la reine. Malheureusement, ils en eu pour leur compte. Ils ont tout simplement été déboudé. Ce qui a créé une euphorie de raillerie chez les détracteurs du fédéralisme dont la ritournelle, pour désigner les anglophones est devenue « Amba-zozo » pour « Ambazonia », terme choisi par le SCNC pour désigner leur nouvel État indépendant. C’est devenu même à la limite un objet de distraction.

Le fédéralisme à l’ordre du jour

Cette campagne n’a pas du tout ébranlé les leaders anglophones. Et le sang froid des leaders anglophones n’a pas du tout été du goût des autorités qui se sentaient déjà en position de faiblesse. Pour ces autorités, elles ne comprenaient pas comment des questions politiques pouvaient être soulevées par des leaders syndicaux. C’est la raison pour laquelle, Paul Biya avait profité du discours de vœux le 31 décembre 2016 pour sortir de son long silence. Il martèle, avec un ton ferme, que le système politique est non négociable et par conséquent « le Cameroun est un et indivisible« .

Cette position des autorités qui ne comprennent pas les exigences politiques des syndicats est une preuve d’une naïveté déconcertante. Ne savent-elles pas que la société civile, comme les partis politiques, sont des contre-pouvoirs ? Malgré ces menaces à peine voilées, les leaders anglophones qui négociaient avec les autorités ne reculent pas. La tension monte d’un cran et la crise anglophone ne fait que durer.

En janvier 2017, ces leaders et quelques anglophones sont alors arrêtés. Il faut préciser que beaucoup d’arrestations ont eu lieu depuis le début de la crise anglophone. Ils sont ensuite déportés au tribunal militaire à Yaoundé pour y être enfin jugés comme des « sécessionnistes ». Ils étaient sous la menace de la peine de mort selon la loi du 23 décembre 2014 portant répression des actes terroristes.

Les différentes campagnes de sabotage du fédéralisme

Ces arrestations avaient pour but de mettre fin au « Ghost Town ». Mais, rien n’y a fait. Au contraire, les anglophones durcissent eux aussi le ton et la paralysie ne fait que s’intensifier. Ce qui a entraîné une année scolaire bâclée avec plus de 80% d’élèves anglophones qui n’ont pas achevé leur année scolaire. Cette dureté du ton du côté des anglophones et de leurs leaders ne laissera pas indifférent les autorités.

Les fédéralistes cloués au pilori

On va alors assister à une vague d’intimidations sous fond de communication incendiaire et de vilipendage. Cette forme de communication consiste à diaboliser les leaders anglophones en les traitant de sécessionnistes. Communication orientée probablement vers la population francophone qui est jusque-là restée observatrice, indifférente et inoffensive. Du coup, ce tapage médiatique entretien des confusions et des mal-entendus sur les deux concepts de fédéralisme et de sécessionnisme. La crise anglophone fait donc des remous. Cette confusion crée une lutte de camps ou de batailles rangées. Les anglophones taxés de sécessionnistes par les francophones s’opposent aux francophones taxés de colonialistes par les anglophones.

Dans une parution datant de ce mardi 12 septembre, certains journaux de la presse écrite en sont venus même à attribuer une armée aux anglophones. Le titre de la Une est suffisamment claire : « Les sécessionnistes optent pour une rébellion armée« . On assiste alors à une bataille rangée dont les conséquences seront certainement désastreuses. Ce titre ne doit même pas faire l’objet d’un commentaire encore moins d’une analyse pour éviter de tomber dans le piège de la violence verbale.

Il faut néanmoins préciser ici que chez les francophones partisans du fédéralisme, il existe deux camps : les radicaux et les modérés. Pendant que les radicaux sont de tout cœur avec les anglophones, les modérés, quant à eux,  jouent à un jeu trouble dont l’objectif reste encore flou pour ne pas dire partisane de la tyrannie. Ils participent eux aussi dans cette campagne de sabotage du fédéralisme. Malheureusement, ils sont confondus, dans cette manœuvre, avec des ennemis du fédéralisme dont l’objectif est de noyer le poisson dans l’eau. Nous y reviendrons dans le prochain billet.


YooMee Cameroun : le petit poucet dans le monde des télécommunications

Le 25 août 2017, YooMee Cameroun lançait ses activités à Douala, ville siège. Cela fera au total 5 opérateurs de la téléphonie mobile : Camtel (entreprise à capitaux publics), MTN (Afrique du Sud), Orange (France) et Nexttel (Vietnam). Ils existe un vaste marché de presque 23 millions d’habitants occupé par les 4 opérateurs. En dehors de Camtel qui est l’entreprise publique considérée comme opérateur historique par excellence, les 3 autres sont des filiales de puissantes multinationales. De prime abord, il est sans doute convenu de constater que les 4 opérateurs ont déjà ratissé le terrain. Le marché serait presque, voire totalement saturé.

La première question qu’on peut donc se poser est celle de savoir ce que YooMee Cameroun vient faire dans un tel environnement. Évidemment, cette question ne manque pas d’intérêt dans un contexte bien marqué l’attitude des consommateurs déjà désabusés. Pour aller plus loin dans l’analyse, le niveau de satisfaction des consommateurs serait mitigé. La deuxième question est donc celle de savoir pourquoi, dans un contexte de concurrence avec 4 opérateurs offrants des services aussi divers que multiples, les consommateurs ont un sentiment qu’il leur manque toujours quelque chose ? Non seulement, on a l’impression que le marché est saturé, mais en même temps, les consommateurs continuent de railler. Un petit crochet en sociologie des consommateurs pour comprendre l’atmosphère qui règne actuellement.

Siège social de YooMee Cameroun SA à Douala
Une vue du siège social de YooMee Cameroun SA à Douala. Crédit photo : René Jackson Nkowa

Le contexte de la téléphonie mobile depuis 1998

Depuis 1998, année où la libéralisation de la téléphonie mobile a été légalisée, Camtel Mobile, premier opérateur de la téléphonie mobile, battait de l’aile deux ans après. La domination de Camtel (téléphone filaire et mobile) ne servira à rien. Le rachat de Camtel Mobile par MTN en 2000 doublé par l’arrivée de Orange la même année donnerait un regain d’espoir.

Les deux gros multinationales MTN et Orange se livrent un semblant de bataille rude. On aurait pensé à une concurrence qui donnerait plus d’espace à la liberté de consommation. Que nenni. Au fil du temps, les deux mastodontes filent un amour parfait en narguant les consommateurs avec des offres et tarifs presque identiques. Du coup,elles se taillent le part du lion avec un parc de 19,46 millions de SIM vendues et un coût moyen de 2000 Dollars US de dépense mensuelle pour une connexion internet. Pourtant, le débit moyen ne dépassait pas les 256 Kbs.

Un penchant de « nationalisme » s’empare des consommateurs qui jugent d’un mauvais œil l’envahissement du marché par les « étrangers ». L’inertie et la très lourde bureaucratie de Camtel ne pouvaient pas résoudre ce problème de sursaut d’orgueil. Ce penchant nationaliste a pour fondement idéologique la recherche d’une entreprise nationale pour éviter d’enrichir les étrangers qui se font du beurre dans un secteur aussi lucratif.

L’arrivée du Vietnamien Viettel en 2014 (date de la signature de la 4ème licence de la téléphonie mobile), ne pourra rien y faire. C’est seulement en 2015 qu’il occupe véritablement le marché avec sa marque commerciale Nexttel. Même la forte implication du richissime Baba Ahmadou Danpullo dans le capital de l’entreprise, ne changera pas la donne. Tout compte fait, ce sera quand même dans un contexte de désenchantement que YooMee fait son entrée dans l’arène, ce secteur bien miné par des charognards.

Le renouveau d’internet avec YooMee en 2011

L’arrivée du suisse HTT Telecom SA en 2011 enrichira le marché des offres en connexion internet. L’entreprise, sous la marque YooMee, commercialisera le haut débit sans fil avec la technologie Wifi dès 2012. C’était une grande première au Cameroun où le digital n’était pas encore bon marché. Comment donc faire connaitre et vulgariser cette découverte un peu fascinante ? Nul doute que la jeunesse sera la cible pour populariser l’offre. YooMee innove dans un projet social en connexion Wifi. Ainsi, tous les 70.000 étudiants de l’Université de Douala recevront le signal Wifi dans le rayon du camus universitaire.

L’entreprise suisse avait donc réussi à échapper un peu aux foudres des consommateurs. La raison simple est le fait que HTT Telecom SA avait décidé d’investir seulement sur internet. YooMee n’était alors presque pas visible à cette époque où les Camerounais n’étaient pas encore familiers à la communication digitale. Malgré tout, elle marquait des points et faisait son petit bonhomme de chemin. Si sa réussite a été d’introduire le Wifi au Cameroun, elle n’en a pourtant pas profité au premier plan. Quelque chose manquait à cette entreprise pour se relancer dans l’arène. Faut-il continuer dans la même lancée ? Faut-il changer de stratégie ?

La redéploiement total de YooMee en 2016

Ce positionnement sur le marché va évidemment amener YooMee à surfer sur ce climat délétère. Le marché de la télécommunication est plus complexe que ce qu’on a toujours eu à constater. Le nombre d’abonné revendiqué par les deux multinationales ne représente en fait, que le nombre de SIM vendues. Conclusion, le chiffre officiel de 80% de taux de pénétration du mobile est en fait biaisé. Si on considère que chaque chaque consommateurs possède en moyenne deux SIM, le taux de 40%, à peu près, serait plus raisonnable. Il existe donc 60% de marché à conquérir.

Voilà donc un marché à conquérir donc YooMee aura à faire face. Mais, pour y parvenir, il faudra identifier quelques zones d’ombres du marché à exploiter afin de donner un coup de maître à son marketing. Trois éléments ont milité pour le choix stratégiques de YooMee pour son redéploiement sur le marché. Ces éléments sont en même temps technologique, économiques et bien sûr idéologiques.

la recapitalisation de YooMee

L’entreprise HTT Telecom SA devient YooMee Cameroun SA à la suite d’une reprise par un consortium d’hommes d’affaire camerounais. Elle change également son offre et s’investit également en téléphonie mobile avec la marque YooMee Mobile. Du coup, elle devient ainsi, en 2017, le 5ème opérateur de la téléphonie mobile offrant en même temps les données voix et digitales. Ce qui est intéressant ici, c’est sa capitalisation 100% camerounaise.

C’est un coup de maître dans un environnement dominé majoritairement par des multinationales. Emmanuel Forson, le Directeur Général de YaooMee Cameroun, n’est pas allé du dos de la cuillère pour vanter justement ce mérite en ces termes : « Ce qui rend YooMee Mobile encore plus fort, c’est sa fierté d’être camerounais et de contribuer à l’édification du pays. Ce Cameroun fier et volontaire, qui lève la tête et qui assume ses ambitions » (Discours du lancement de YooMee Mobile le 25 août 2017).

L’entreprise YooMee Cameroun SA à capitaux privés camerounais ne s’est pas seulement limité là. Elle a mis les bouchées doubles pour trouver des stratégies afin de tutoyer les multinationales.

L’investissement de l’entreprise

YooMee Cameroun a tout simplement acquis les infrastructures de la défunte HTT Telecom SA. Mais, ces infrastructures adaptées pour la connexion internet n’étaient pas suffisantes. Pour tutoyer les multinationales, il fallait penser grand en investissant de gros moyens financiers pour la couverture du territoire national. Cela devrait représenter un très gros risque financier dans un secteur déjà miné. Pour empêcher ses concurrents de grignoter les 60% restant du marché, il faut une solution rapide et à moindre coût. L’idée de partenariat avec Camtel, l’opérateur historique à capitaux publics est arrêtée.

Ainsi, YooMee Cameroun et Camtel signeront un accord de partenariat le 22 février 2017. Cet accord très ambitieux fait de YooMee Cameroun un MVNO (Mobile Virtual Network Operator). Il fait par conséquent de YooMee Cameroun le premier full MVNO du Cameroun. Par définition, le MVNO est un opérateur qui utilise le spectre de fréquences et les infrastructures de réseaux radios appartenant à un opérateur déjà implanté. Celui-ci étant alors considéré comme un MNO (Mobile Network Operator).

Par contre, le petit détail qu’il faut préciser ici c’est sa capacité à pouvoir gérer elle-même sa flotte ou sa base de données. En d’autres termes, YooMee Cameroun doit vendre ses propres SIM et enregistrer ses abonnés. Ce qui fait d’elle un full MVNO. La conséquence est donc double. D’une part, cela peut lui permettre de s’affranchir de la tutelle de Camtel, et d’autre part, l’entreprise sera donc obligée de déployer ses équipes commerciaux et marketing sur l’ensemble du territoire national. Après l’inauguration du showrooms de Douala le jeudi 31 août 2017, l’entreprise entend cibler les villes de Yaoundé, Bafoussam, Garoua et les autres agglomérations.

Les offres de YooMee Mobile

La question qui reste maintenant à se poser est celle de savoir si les offres de l’entreprise sont alléchantes ? Est-ce que les prix pratiqués pourront faire fléchir les consommateurs ?

YooMee a maximisé les chances en combinant les deux types de technologies : CDMA* utilisée par Camtel et GSM** utilisée par MTN, Orange et Nexttel. Pour ne pas nous perdre dans les tournures assez complexes de ces deux types de terminologie, retenons juste que la technologie CDMA a un spectre plus large et par conséquent, les communications sont légères et fluides. Tandis que la GSM utilisent un spectre plus réduit. Les communications ici sont alors trop lourdes et par conséquent, lentes. De manière pratique, il n’y a presque pas de différence entre ces deux technologies sur la qualité d’écoute. Mais, avoir à sa disposition un téléphone mobile qui possède les deux options est un atout incomparable et déterminante en marketing. Ce que son partenaire, Camtel, n’avait pas.

L’avantage de la CDMA est qu’elle a la possibilité d’offrir des coûts plus bas sur le marché que la GSM. YooMee facturera à 50Fcfa la minute, en raison de 0,833Fcfa/s, les appels YooMee vers YooMee. Puis, à 85Fcfa en raison de 1,416Fcfa/s les appels YooMee vers d’autres opérateurs. Pour l’abonnement, deux options sont disponibles : le pack « Njoka de 9.900Fcfa avec un crédit d’appel de 19.900Fcfa et le pack Njoka Duo DUAL SIM (CDMA et GSM) de 19.900 avec un crédit d’appel de 19.900Fcfa également. Il est donc convenu de remarquer ici que le téléphone est gratuit.

YooMee Cameroun va également utiliser la 4G LTE de Camtel pour ce qui concerne la connexion internet. Encore l’une des rares possibilités qu’offre la technologie CDMA, c’est d’émettre des appels vocaux en utilisant la 4G LTE. Les offres internet, par contre, jusqu’à présent, restent encore attendues.

Conclusions

A la lumière de tout ce cheminement, le nouvel opérateur qui fera sûrement parler de lui, n’est pas venu faire un défi sur les insuffisances des opérateurs existants. Il mise naturellement sur la plus-value en matière de qualité de l’offre. On aurait même dit qu’il vient simplement prendre la place qui lui est réservée : celle que doit occuper le premier opérateur privé de télécommunication 100% camerounais.

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*Code Division Multiple Access

**Global System for Mobile Communication


Cameroun : quelles leçons tirées de la libération des leaders Anglophones

Les leaders Anglophones incarcérés sont libres. Et comme le disent bien toute la presse camerounaise, c’est un communiqué de la présidence de la république qui livre l’information. Ils ont été arrêtés à la suite de la crise anglophones qui paralysent depuis octobre 2016 les deux régions anglophones du pays. Les marchés, les écoles, les tribunaux, pour ne citer ces activités, fonctionnent au ralenti. L’arrestation des leaders de la crise a donc mis le feu poudre. Depuis cette date, le dialogue entre ces leaders et les autorités a été interrompu malgré quelques tentatives du côté de la diaspora.

Ces leaders anglophones cités nommément dans le communiqué Félix Abdor Nkongo, Fontem Neba, Paul Ayah Abine et bien d’autre avaient été arrêtés pour « hostilité contre la patrie, rébellion ou coactions d’actes terroristes« . Leur procès au tribunal militaire de Yaoundé aurait pu leur coûter la peine capitale. Avec une rentrée scolaire perturbée qui se pointait encore à l’horizon, Il ne restait donc que la solution d’apaisement pour décrisper l’atmosphère. Des débats houleux se sont créés autour de cette crise et ces arrestations. Tandis qu’il y avaient qui souhaitaient la libération des leaders avant le début de tout dialogue, d’autres, les partisans du pouvoir notamment, soutenaient mordicus la condamnation de ces leaders qu’ils considéraient déjà comme des terroristes, ou pire des « sécessionnistes ».

A la suite du communiqué présidentiel, ces partisans viennent tout simplement d’essuyer un échec cuisant. Le chef de l’Etat ne les a pas écouté en cédant plutôt à la pression des anglophones et de la diaspora qui voulaient la libération totale et sans condition des leaders avant la poursuite de tout dialogue. Au delà donc de cet aspect du geste présidentiel, que peut-on retenir comme enseignement ?  Un texte très éloquent de l’écrivain Patrice Nganang, remet les pendules à l’heure. Pour lui, la balle doit être remise au centre pour donner à cette lutte un saut qualitatif et histoire jamais vécu au Cameroun.

Les leaders anglophones au tribunal militaire
Les leaders anglophones au tribunal militaire de Yaoundé lors d’un procès. Crédit photo : Facebook.

Je vous propose de lire aussi ce texte dont voici l’intégralité ci-dessous :

Quelles leçons tirer de la libération des leaders anglophones : Patrice Nganang

La première leçon et la plus grande est que la pression de la rue menée par un leadership incorruptible paye. Elle paye toujours et elle payera toujours. Je peux me tromper, mais historiens aidez-moi, je ne me souviens pas que Paul Biya ait jamais libéré quiconque de ses prisons sans que celui-ci soit condamne au préalable. Au pays on appelle cela « laisser la justice faire son travail ». Voila donc une première, je dirai. Pourquoi donc la justice tyrannique n’a pas « fait son travail » cette fois-ci ? Parce que pendant 224 jours, les Anglophones au Sud-Ouest et au Nord-Ouest, sont demeurés unis dans une action de terrain, de rue, de ratissage, comme notre pays n’en a jamais vue.

Ils ont mis en branle la désobéissance civique la plus longue de ce pays, et cela de manière parfaitement non-violente. Il est a noter que leurs leaders ne sont tombés dans aucun des pièges que le tyran a mis sur leur chemin, à commencer par les concessions de pacotille, ces genres de choses qui auraient fait les Francophones jeter l’éponge, vider les rangs, et signer des motions de soutien. Bien au contraire, les Anglophones ont laissé a la maison ce qu’ils ont de plus précieux : leurs enfants. Ils ont maintenu l’opération Villes mortes et Écoles mortes comme jamais cela n’a eu lieu dans notre pays – a sang pour sang. Les dernières images de Bamenda et de Buea que j’ai vues hier (le 29 août 2017, ndlr) étaient extraordinaires, et c’étaient des maisons en feu, des voitures en feu. Car une action de désobéissance civile se protège évidemment, bien évidemment et cela a eu lieu.

Le tyran a donc plié l’échine, et c’est fondamental. C’est une victoire qui devrait encore plus intensifier le pourrissement, et c’est-a-dire la bataille sur le terrain. Il y a quelques mois je parlais avec un ainé qui me racontait son rêve fou « d’embrasement du pays ». Je n’ai pas voulu éclater de rire, car rien ne peut être plus politiquement bête que cela. Historiquement, et cela depuis 1961, mais surtout a cause de sa proximité avec le géant Nigeria, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest ont toujours été l’avant-garde de notre histoire. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’en 1955, c’est a Kumba, et puis a Bamenda que les upecistes s’étaient réfugies, avant de prendre la route du Soudan.

La position des Anglophones par rapport a notre histoire, leur avant-garde, s’est répétée en 1990, avec les marches pour le multipartisme qu’ils ont mis en branle. Mais surtout, c’est fondamental de se rappeler toujours que le lieu ou l’opposition politique est portée dans notre pays est bel est bien dans la zone anglophone – avec le SDF. C’est dire que nous avons a faire ici avec la tête pensante de notre futur, et l’expression de ce futur-la, c’est le fédéralisme. La bataille politique n’a de sens que si elle est organisée, orientée, et tactiquement mise en branle. Les Anglophones, en mettant a plat la zone anglophone, redéfinissent les cartes politiques de notre pays, en leur donnant la coloration qui seule fasse sens – fédérale.

Mais le problème le plus visible chez nous évidemment est celui du leadership. Rien ne peut être atteint sans lui, et tout se perd avec un leadership corrompu. En tyrannie, et cela nous a été enseigné par les prisonniers le plus connus comme Wole Soyinka, mais surtout Nelson Mandela, la survie et même la victoire du prisonnier dépend aussi fondamentalement de l’oppresseur. La libération sans condamnation de Agbor Balla et de ses compagnons les remet donc dans la scène publique, sans les diminuer de leurs droits citoyens. Et cela est important, cela est cardinal. De mon point de vue la condamnation en tyrannie est le handicap qui rend illusoire beaucoup de carrières post-emprisonnement – pensons ici a Marafa -, et fait des ex-prisonniers des laquais de la tyrannie qui les a emprisonnés.

Il nous a ainsi été toujours donne de voir des gens sortir de prison avec dans leurs poches des motions de soutien qu’ils ont écrit en captivité. Ici nous avons bien au contraire un leader qui sort blanchi, et donc prêt a entrer de plein pied dans la bataille qui elle, est bien celle d’un Cameroun nouveau. L’enjeu n’est pas minimal, bien au contraire, car il s’agit de nous tous – et plus seulement des Anglophones. Depuis 1961, depuis 1955, ils ont toujours porté sur leurs frêles épaules la composition même du futur de notre pays. Cela n’a pas change et ne changera pas facilement. Car il s’agit bien de la composition dans les faits, d’un Cameroun dans lequel ce qui a eu lieu n’aura plus jamais place – la marginalisation d’une partie du pays parce qu’elle parle anglais. Seul un Cameroun fédéral rendra telle vision possible, et aujourd’hui il est soudain un peu plus a notre portée.


Le sécessionnisme et la remise en cause de la République du Cameroun

Le sécessionnisme, loin d’être une banalité, n’est pas révolu non plus. Apparu vers les années 1990, il est maintenant d’actualité au Cameroun depuis octobre 2016. Le pays est donc secoué par une crise qui paralyse les deux régions dites anglophones : le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. La genèse de ce malaise remonte dans l’histoire. Celle-ci nous renseigne à suffisance sur la nature des relations que ces populations d’expression anglaise ont toujours entretenu avec leurs frères et sœurs d’expression française. Elles ont toujours été très tendues et marquées par des stigmatisations à la fois anecdotiques et drôles. Cette histoire est donc riche en rapports conflictuels du vivre-ensemble. Du coup, la vision d’unité nationale prônée par Paul Biya est devenue un slogan creux. Il sera donc question ici de répondre à la question de savoir comment l’unité nationale a nourri les élans sécessionnistes.

Les jeunes en première ligne de bataille pour réclamer le retour au fédéralisme ou au sécessionnisme / Crédit photo : Facebook

La dernière actualité sur la crise anglophone depuis octobre 2016

Depuis le déroulement de la crise en octobre 2016, les mouvements de protestations ont été ponctués par les ghost town. Devant l’impasse d’une solution par la négociation, les autorités se sont mises en position de faiblesse face aux leaders anglophones infaillibles. Pour se donner bonne conscience, elles ont trouvé l’astuce magique : mettre ces leaders aux arrêts et les envoyer devant le juge. Quel est l’acte qui leur est reproché ? Hostilité contre la patrie, rébellion ou coaction d’actes terroristes. Pendant que l’opinion nationale et internationale ont les yeux rivés au tribunal militaire de Yaoundé, quelques communiqués provenant de la présidence de la république surgissent incognito comme pour décrisper l’atmosphère.

Il s’avèrerait que face à cet échec des négociations avec les leaders anglophones, le challenge consistait maintenant à déléguer quelques pontes du pouvoir de Yaoundé auprès de la diaspora. C’est ainsi qu’en fin juillet 2017, les communiqués annoncent donc la formation des délégations pour les États-Unis, la Belgique, le Canada, la Grande Bretagne et l’Afrique du Sud.

L’objectif de ces missions kamikazes était d’expliquer la position du gouvernement et convaincre la diaspora de lâcher prise. Il semblerait, selon certaines hypothèses, que cette diaspora était la cheville ouvrière de la crise. L’intention avérée de la délégation gouvernementale était alors de couper l’herbe sous les pieds des manifestants pour faire échouer le ghost town. La décision du gouvernement d’aller dialoguer avec la diaspora n’était pas anodine.

Malheureusement, l’accueil des envoyés spéciaux du gouvernement a été froid. On a alors assisté à une fin de non recevoir émaillée de violences et des échauffourées. A l’occasion, des emblèmes nationaux comme le drapeau camerounais hissé dans les ambassades ont été pris à partie par des flammes. Ces drapeaux brûlés ont carrément été remplacés par ceux dits d’Ambazonie. Certains ont d’ailleurs vite fait de dire que le Cameroun a été attaqué par les « étrangers ». Comment en est-on arrivé à de telles dérives ?

La décentralisation, le fédéralisme, le sécessionnisme et ses acteurs

C’est bien là où nous en sommes aujourd’hui : la haine viscérale. Celle-ci s’est installée au point où on a presque l’impression qu’il existe deux camps. C’est-à-dire deux communautés linguistiques qui se battent et se regardent maintenant en chien de faïence. Il faut qu’on se comprenne très bien. La crise anglophone n’oppose pas deux communautés linguistiques : anglophones et francophones. C’est une crise qui oppose les partisans du fédéralisme contre ceux de la décentralisation d’une part, et les deux derniers contre ceux du sécessionnisme d’autre part. Bien entendu, qu’on soit anglophone ou francophone, c’est possible de se retrouver dans l’un ou l’autre camp.

Cette crise prend sa source en 1961 au moment de la signature des accords de Foumban. Il s’agissait des accords faisant du Cameroun une République Fédérale avec deux États : le Cameroun oriental français et le Cameroun occidental anglais.

Cette distinction avait l’avantage, en son temps, de donner à chaque partie la possibilité d’être administrée selon la forme de gouvernance issue de la culture spécifique de l’État colonial respectif. Ainsi, tandis que le Cameroun oriental français était géré sous le système jacobin, présidentialisme à outrance, le Cameroun occidental anglais fonctionnait selon l’indirect rule, essentiellement parlementariste. Pour que cette cohésion tienne debout, si le président était un francophone (Amadou Ahidjo), alors le vice-président devrait automatiquement être un anglophone (John Ngu Foncha). Ce qui était le cas en 1961 au moment de la signature de ces accords.

Toute rupture de ce contrat poserait problème à long terme. Pourquoi ? A un moment donné, la tyrannie ne pouvait plus supporter ce système fédéraliste. Conçu sur le jacobinisme, le pouvoir de Yaoundé avait du mal à étendre ses tentacules dans les régions anglophones. Il s’avère donc que Amadou Ahidjo, profitant de la supériorité numérique des francophones a organisé le référendum pour supprimer le fédéralisme en 1972.

L’embastillement des anglophones et la loi de la domination de la majorité francophone

Le 3ème et le dernier recensement général de la population du Cameroun par le RGPH a eu lieu en 2005. Selon l’Institut National de la Statistique, la population camerounaise s’est accrue à un rythme annuel de 2,6% entre 2005 et 2010. Le RGPH estime à plus de 23 millions la population camerounais en 2017. La population anglophone représente le 1/6 de la population totale actuelle répartie sur 1/5 du territoire national. Elle est et reste donc minoritaire devant la population francophone. Statistiquement, tout est visiblement établi pour une infériorité numérique de la population anglophone.

C’est un aspect très important qu’on néglige souvent dans l’analyse des relations entretenues par ces deux communautés. Sous le plan macro, la démographie est l’un des fondamentaux de la puissance d’un peuple ou d’une nation. Toute littérature fondée sur une démonstration de la puissance statistique et démographique n’est pas creuse. Il est alors important de souligner qu’une population en situation de supériorité a tendance à adopter des comportements de domination vis-à-vis d’une autre. En retour, celle qui est minoritaire se sentira menacée et trouvera légitime de se défendre. Ainsi, dans la gestion et la gouvernance publique, la supériorité démographique fait des francophones, volontairement ou non, des prioritaires. S’installe donc le sentiment de marginalisation de la population anglophone qui commence en 1972, mais qui prend sa source en 1961.

C’est dans ce contexte que le feu président Ahidjo en profite pour assoir son pouvoir. Il supprime le fédéralisme en 1972 par référendum que d’aucun qualifie de simulacre. En fin limier manipulateur, il a choisi « Unie » à la place de « Fédérale » comme pour dire que dans la République Unie du Cameroun, les anglophones ne perdraient pas leur identité politique et culturelle d’antan. Paul Biya, à son tour, n’est pas allé du dos de la cuillère pour faire pire en 1984. Il enfonce carrément le clou dans la plaie en supprimant le terme « Unie » pour revenir à la République du Cameroun. Ce changement marquait, qu’on le veuille ou pas, le retour à l’État francophone d’avant 1961. Il croyait peut-être jouer au malin en prônant sa politique de l’unité nationale. Et pourtant, c’était là, la goute d’eau qui avait débordé le vase.

L’unité nationale mise à mal par les langues officielles coloniales

Au vue de ce constat sur la supériorité arithmétique, cette domination ne sera pas sans conséquences. Au fait, elle va réguler la vie quotidienne, perturber le vivre-ensemble de ces deux populations.

Nous assistons notamment, au niveau politique, à une inégalité de répartition des prébendes entre la majorité francophone et la minorité anglophone. La ligne politique du « renouveau » du président Biya a pour principale idéologie « l’unité nationale« . Celle-ci a pour point d’encrage la valorisation de la non territorialité des origines ethniques des personnes. En d’autres termes, chaque Camerounais doit se sentir chez lui quelque soit sa ville de résidence. C’est la raison pour laquelle, au niveau de la fonction publique, le personnel de l’État était disséminés à travers tout le territoire national. Belle politique, en somme !

Cette répartition territoriale des fonctionnaires avait donc pour avantage de créer une symbiose entre les camerounais de toutes les origines ethniques et de toutes les tendances culturelles. Cette politique a semblé marché jusqu’au moment où la tendance à la « franconisation » exacerbée de l »administration camerounaise a pris de l’ampleur. Les fonctionnaires francophones, contrairement aux anglophones, affectés dans l’une des deux régions anglophones, ne faisaient aucun effort de s’adapter aux habitudes linguistiques locales. Ce qui n’était pas du goût des paysans anglophones qui ne savaient ni parler, ni lire, ni écrire en français. On a d’ailleurs remarqué, à cet effet, que les fonctionnaires anglophones affectés dans les huit autres régions francophones se débrouillaient à parler français.

Les administrations qui souffraient énormément de ce malaise sont généralement la justice et l’éducation. On assistait à une situation telle que les paysans avaient du mal à s’exprimer devant un juge qui ne savait ni parler ni lire l’anglais. La grève des avocats et des enseignants qui est à l’origine de cette crise a pour principale revendication l’exigence des magistrats et des enseignants anglophones. Cette crise a d’ailleurs permis à l’opinion nationale de constater que l’École Nationale d’Administration et de Magistrature ne comportait pas de section « Common Law ». Autrement dit, les magistrats anglophones recevaient 90% de leurs formations en français. Leur cause a donc été entendue.

Le vent de l’Est au secours du sécessionnisme et des indépendantistes

Pendant les années de braise et à la suite du vent de l’Est, la libéralisation de la scène politique s’imposait. Les partis politiques voient le jour à partir de 1990. Une nouvelle classe politique se met en place. Curieusement, un parti dont la réputation est de prôner la sécession, le Southern Cameroons National Council (SCNC), est créé à Buea en 1993. Paradoxalement, le SCNC avait déclaré ne pas appartenir à un mouvement sécessionniste. Leur objectif, déclare-t-il, est « le « rétablissement du statut d’État et de l’indépendance […] » » du Cameroun. Autrement dit, il réclame le rétablissement de leur droit d’avant les accords de Foumban de 1961. Ce mouvement s’exprime ainsi dans une pétition adressée à Paul Biya publié sur leur page Facebook le 10 février 2012 et intitulée : « Report to Biya Linking SCNC with Boko Haram: SCNC Petition ».

Ce mouvement, malgré sa témérité, reste minoritaire. Les partis d’opposition comme le SDF (Social Democratic Front), né à Bamenda en région anglophone, se montrent virulents sur la scène politique. D’ailleurs, la première élection présidentielle pluraliste depuis l’indépendance de 1993 avait propulsé son leader Ni John Fru Ndi au firmament de la magistrature suprême, selon son état major du QG de campagne. Une victoire qui, une fois revendiquée a été étouffée sur le champ. Son projet politique qui reste le fédéralisme, est incontestablement le plus sollicité par la population. Contrairement aux sécessionnistes qui souhaitent revenir à la situation d’avant 1961, les fédéralistes veulent revivre la situation de 1961-1972. Cependant, avec cette nuance que le nombre d’États fédérés pourraient aller au-delà de deux.

Paul Biya, malgré tout, s’arque-boute sur son « unité nationale

Paul Biya n’entend pas céder à ces pressions et persiste dans sa politique de l’unité nationale. Il reste persuadé de sa logique de l’unité par sa célèbre boutade : »le Cameroun est un et indivisible« . C’était notamment sa réponse donnée à la crise anglophone dans son discours de fin d’année le 31 décembre 2016. Pour lui, la solution reste la décentralisation. C’est un système qui donne une certaine autonomie aux régions. Cela passera notamment par la remise, aux élus locaux, d’une partie du pouvoir central.

Si la crise anglophone a pour objectif de réduire les pouvoirs décisionnels de Yaoundé pour les céder aux élus locaux, il reste fondamental de signaler la mauvaise foi de Yaoundé. Sinon, pourquoi cette décentralisation instituée par la constitution depuis 1996 n’est-elle pas appliquée jusqu’aujourd’hui ? Voici 21 ans déjà que cela dure. Les pourfendeurs de la décentralisation ont donc le droit de penser que la décentralisation est moins contraignante que le fédéralisme. Elle ne peut donc pas être la solution. Cette inertie de Paul Biya durcit le ton des indépendantistes qui ont choisi la violence comme réponse aux envoyés spéciaux de Yaoundé. Ce n’est qu’un secret de polichinelle, l’ONU se serait déjà saisi du dossier. L’assemblée générale des Nations Unies prévue avant la fin de l’année pourrait donc être cruciale.


CAN 2019 : pourquoi insulter Ahmad Ahmad est une bêtise ?

Pour la préparation de la CAN 2019, les réseaux sociaux s’enflamment depuis hier à la suite des déclaration de Ahmad Ahmad président de la Confédération Africaine de Football. En visite au Burkina Faso du 5 au 6 juin dernier, Ahmad Ahmad a été invité, au cours d’une conférence de presse de donner son avis sur le niveau de préparatif de la CAN 2019 au Cameroun. La pression des journalistes fait suite aux conclusions du symposium de Rabat de passer de 16 à 24 équipes pour la phase finale de la CAN à partir de 2019.

Cette décision avait fait jaser l’opinion qui parlait de changement de cahier de charge en cour de compétition. Le Cameroun qui traîne les pieds dans la préparation, ne dispose toujours pas d’un site entièrement à deux ans de la compétition. L’hypothèse du complot de Ahmad Ahmad contre le Cameroun était alors brandi par certains analystes. Du coup, la Toile camerounaise et même africaine s’est enflammée pour dénoncer la cupidité du président Ahmad.

Dans ce méli-mélo et de flou artistique aiguillé par les férus des réseaux sociaux qui crient en balançant Ahmad Ahmad à la vindicte populaire, d’autres analystes proposent la retenue. Parmi eux, le cris d’alarme de Charles Mongue Moyeme me semble plus réaliste. Ce texte est actuellement en circulation sur tous les réseaux sociaux. Même certains sites de presse camerounais s’en sont emparé et s’en délectent au plaisir de leurs lecteurs. Fasciné par la rigueur méthodologique de la démarche, j’ai la faiblesse de tomber sur le charme des arguments amplement développés. Je partage son analyse ci-dessous (les sous-titres sont de moi).

https://twitter.com/lassanawelt/status/894533464652951552

Les mots de Ahmad Ahmad qui met l’huile sur le feu

Si les insultes pouvaient tuer, celles de certains camerounais auraient déjà expédié le président de la CAF dans l’au-delà. Si le mépris pouvait agir dans ce sens, Madagascar serait déjà rayé de la carte du monde par des camerounais. Quelqu’un qui se fait appeler « patriarche » (!) a même déclaré sur Vision 4 TV le 6 août 2017, qu’il n’y a que des idiots qui peuvent aller vivre sur une île, et donc les malgaches sont des idiots. Effroyable !

Beaucoup de ceux qui diabolisent Ahmad Ahmad soi-disant pour sa déclaration au Burkina Faso, ne l’ont même pas écouté. Voici, pour ceux (très nombreux) qui ne l’ont pas suivie, la déclaration du président de la CAF répondant à une interview (bon à savoir) au Burkina Faso :

« 2019, je ne veux pas spéculer. Mais sachez que nous n’attribuerons pas de gré à gré nos compétitions. Il faut qu’il y ait une ouverture d’appel d’offres. Même si on a le rapport que le Cameroun…, même avec le temps imparti, on va ouvrir les appels d’offres, vous avez entendu ? Il y a même 2 pays qui se manifestent déjà : je vois dans l’immédiat il y a l’Algérie, il y a le Maroc qui veulent l’organisation.

https://twitter.com/Clarenceyongo/status/889791601144467456

Vous me demandez de répondre concrètement d’une situation aujourd’hui qui ne répond pas à la réalité. Moi je dis, là où nous parlons, même une CAN à 4 équipes, le Cameroun n’est pas encore prêt. A 4 équipes, ils ne sont pas encore prêts ! »

L’hypothétique CAN 2019 cristallisent la haine des Camerounais

Ce qui pourrait choquer un camerounais normal (qui n’est ni égoïste, ni fourbe, ni cupide, ni corrompu) dans les propos de Ahmad Ahmad, c’est le manque de diplomatie qu’ils trahissent. Il aurait pu, en effet, s’abstenir d’exprimer aussi crûment son point de vue personnel sur l’état actuel des préparatifs de la CAN 2019 par le Cameroun. Oui, il aurait peut-être dû s’abriter derrière le rapport à venir de la mission d’inspection annoncée au Cameroun pour botter la question en touche.

Mais pour les camerounais, la meilleure manière de lui montrer qu’il a manqué de tact est-elle de proférer des insultes à son encontre et de tenir des propos méprisants vis-à-vis de Madagascar son pays d’origine ? En quoi serions-nous meilleurs que lui alors dans ce cas ?

Si nous étions d’accord que l’avis de notre compatriote Issa Hayatou, président de la CAF au moment où la CAN 2019 était attribuée au Cameroun, n’avait eu aucune influence sur la décision de la CAF en notre faveur, alors nous devons avoir la conviction que l’avis de Ahmad Ahmad n’aura aucune influence sur la décision de la CAF de nous conserver ou non l’organisation de cette CAN.

Diaboliser Ahmad Ahmad, insulter Madagascar, ne servira donc qu’à aiguiser les regards des autres africains et du reste du monde sur notre pays, et, malheureusement, à confirmer la véracité des propos du président de la CAF.

« Même une CAN 2019 à 4 équipes, le Cameroun n’est pas encore prêt »

Stade Amadou Ahidjo-Stade d'entraînement CAN 2019
Stade Amadou Ahidjo considéré comme le stade d’entraînement pour la CAN 2019. Crédit photo : Facebook.

En effet, selon le dossier (précision très importante) que nous avons déposé à la CAF pour que la CAN 2019 soit attribuée à notre pays, nous n’avons aucun site prêt aujourd’hui pour abriter une seule poule de la CAN. Passons-les en revue :

1-SITE DE YAOUNDE

Pas de stade de matchs, puisque le stade Paul Biya d’Olembé qui figure comme tel dans le dossier n’est pas encore construit. Pas besoin donc d’aller plus loin. Il faut signaler que le stade Ahmadou Ahidjo qui a servi pour les matchs de la CAN féminine est considéré comme stade d’entraînement pour la CAN 2019.

2-SITE DE DOUALA

Pas de stade de matchs, le stade de Japoma n’étant pas encore construit. Inutile donc de regarder les autres infrastructures, Douala n’est pas prêt.

2 bis-SITE DE LIMBE

Dans le dossier que détient la CAF, ce site est en réalité un appendice du site de Douala. Il n’est donc pris en compte que si le site de Douala existe, ce qui n’est pas encore le cas.

3-SITE DE BAFOUSSAM

Aucun terrain d’entraînement n’y existe, si nous considérons que le stade des matchs est déjà prêt (!). Pas besoin de rechercher autre chose, Bafoussam n’est donc pas prêt.

4-SITE DE GAROUA

Le stade de matchs n’est pas encore aux normes exigées pour la CAN, et les travaux n’y ont pas encore commencé. Donc Garoua aussi n’est pas prêt.

Conclusion : il faut attendre la mission d’inspection de la CAF

Il est donc clair et évident qu’aucun de nos sites n’est actuellement déjà prêt pour abriter une seule poule de la CAN. Mais cela ne veut pas dire non plus qu’en 2019 ce sera toujours le cas, et Ahmad Ahmad ne l’a pas dit (ne tronquons pas ses propos). Il est possible qu’à un moment « M-1 » aucun site ne soit prêt, mais qu’au moment « M » tous les sites soient prêts. La mission d’inspection annoncée aura pour but d’établir si cela pourra être le cas au Cameroun pour la CAN 2019, et des méthodes scientifiques existent pour cela.

Ne nous y trompons pas, incendier Ahmad Ahmad et son pays Madagascar n’apportera rien à la construction des infrastructures au Cameroun. Cela contribuera juste à montrer que la vérité et la rigueur nous horripilent, et que nous n’avons pas plus de hauteur que ceux que nous pourfendons.

Par Charles Mongue Mouyeme