Eli

Le salaire de l’intolérance

Avec un brin d’espoir au cœur, Awa qui constatait un retard de ses règles, s’enferma dans les toilettes pour procéder au test de grossesse. Peine perdue. Elle trouva un résultat qui lui était si familier depuis 5 ans de mariage. Un résultat à lui faire perdre le moral pendant des jours et des nuits. L’unique barre qui s’affichait sur le test était synonyme de résultat négatif. Toujours pas le moindre signe d’une grossesse.


#Mondochallenge : l’alcool, ce faiseur de fiançailles

Crédit photo : pixabay.com

 

Un togolais normal ne résiste pas beaucoup aux breuvages mousseux et autres boissons fortes. Comment peut-il en être autrement dans un pays où les bars qui abondent à tous les coins de rue comptent plus de fidèles que les églises ?

C’est ce que je n’ai de cesse de rappeler à Thomas, ce vieil ami, quand nous nous retrouvons le weekend pour prendre un verre. Une petite bière bien fraîche pour monsieur ? Jamais de la vie. Un coca ou un cocktail de fruits sans une once d’alcool, ça suffira pour Thomas. Étant d’une « race particulière » de togolais qui ont l’alcool en horreur, il m’avait même mis au défi de le convaincre de débourser le moindre centime pour de l’alcool.

Je n’ai pas eu besoin de me tuer à la tâche pour ce défi. C’est Cupidon qui a eu raison de Thomas quand sa flèche l’a touché en plein cœur et l’a poussé à demander la main d’Anita, une belle jeune dame en qui il disait avoir trouvé l’âme sœur. Une demoiselle qui partageait pourtant l’aversion de son prétendant pour l’alcool.

La démarche fut naturellement un parcours de combattant pour Thomas qui était loin de s’imaginer ce qui l’attendait. Demander la main d’une filleen Afrique n’est pas aussi simple que dans les films de Hollywood où il suffit de tendre à sa bien-aimée une bague de fiançailles en fléchissant le genou. Le consentement de l’heureuse élue n’est qu’une étape. Encore faut-il demander sa main à ses parents à travers l’incontournable rituel de la dot.

Une addition aussi piquante que le gout de l’alcool

Pour ce faire, Thomas accompagné d’un oncle poussa la porte de la maison des parents d’Anita pour leur faire part de ses intentions. Ayant écouté attentivement Thomas, et recueilli l’avis favorable d’Anita, les parents quittèrent un moment leurs hôtes puis le futur beau-père revint seul. Il reprit place et remit à l’oncle de Thomas un papier comportant la liste des choses à offrir pour la dot, selon les usages de la famille. Sur la feuille qu’il me présenta des jours plus tard, je lisais ceci :

  • 20 tissus wax de 4 mètres chacun ;
  • 3 grosses marmites ;
  • 3 casseroles ;
  • une bague ;
  • un carton d’eau minérale.

Mais ce qui retenait surtout mon attention et qui obligeait Thomas à solliciter mon aide était ceci :

  • 4 casiers de bière ;
  • 4 bouteilles de vin ;
  • 12 bouteilles de liqueur.

Et enfin une bible pour bénir le tout.

A la lecture de ces éléments, je lui ai lancé, avec un sourire en coin :

– Alors mon gars. Ce fameux défi que tu m’as lancé, ça tient toujours ? Voilà qu’il te faut dépenser bien plus de sous qu’en une soirée pour de l’alcool. L’amour, quand tu nous tiens !

– Hey ! Ce n’est pas le moment de faire ton rabat-joie. Tu ferais mieux de m’aider à trouver toutes ces boissons, m’a-t-il répondu sèchement, d’un air abattu.

Pour Thomas l’addition était salée, aussi piquante que l’alcool mais c’était le prix à payer. Il n’oserait même pas s’en tenir à la valeur officielle de la dot qui « ne peut excéder 10 000 francs CFA », selon la loi au Togo. De toute façon tout le monde s’en fiche et personne n’a jamais tenu compte de cette loi. Ensemble nous faisons donc le tour des boutiques pour trouver de quoi satisfaire la future belle-famille.

Après deux jours de course, tout y était : de la bonne bière, du vin rouge, du vin blanc, du vin mousseux, du rhum, du whisky, et même de la vodka.

Tout fut fin prêt et une fois informée, la future belle-famille arrêta une date pour la cérémonie de remise de dot.

Le jour du calvaire

Au domicile des parents d’Anita, la cérémonie fut surement un moment de grande surprise pour Thomas.  Au bout de plusieurs heures d’attente, la famille de Thomas qui accusait du retard fit son entrée et s’installa sous le regard nerveux d’oncles et tantes d’Anita qui s’impatientaient. Une tante de la future fiancée se présentant comme porte-parole de la famille s’empressa d’exiger la somme de 50 000 francs CFA pour le retard. Injonction vite exécutée par un oncle, porte-parole du fiancé.

S’en suivirent entre les deux familles des tractations d’une allure théâtrale. Puis la tante d’Anita ordonna de faire entrer les futurs fiancés. Arriva d’abord Anita, accompagnée d’un cortège de jeunes filles qui chantaient et dansaient. Elle prit place devant ses parents, puis fut rejointe par Thomas.

Le moment décisif approchait. Sous les vivats et cris de joie de l’assistance, un groupe de 3 jeunes filles portant sur la tête les éléments de la dot vint les déposer sur une table dressée devant les jeunes amoureux. Avec l’aide de celles-ci, la tante d’Anita les emporta dans une pièce où entrèrent d’autres membres de la famille pour examiner le contenu de la dot.

La tante en sortit au bout d’un quart d’heure pour livrer son verdict.

Le regard austère, elle prit la parole :

Monsieur Thomas, nous apprécions l’effort consenti pour la dot demandée. Mais je constate malheureusement qu’elle est incomplète. Vous avez fourni beaucoup de liqueurs, mais vous avez oublié l’essentiel. Où est le sodabi* ? Si vous connaissiez vraiment Anita et le village dont elle est originaire, vous n’auriez pas fourni une dot sans sodabi.

Puis elle exigea encore 50 000 francs pour compenser le manque de sodabi. L’oncle de Thomas tenta désespérément de négocier sa clémence mais la tante toute puissante restait ferme. Tournant mon regard vers Thomas, je pouvais lire sur son visage la surprise et la consternation. Pauvre de lui ! C’en était trop pour le jeune homme dont le budget était encore sollicité pour ce qu’il détestait le plus au monde. Il n’eut pas d’autre choix que de faire diligence.

Sorti de ce calvaire, Thomas retint à son corps défendant, une leçon : en Afrique,  la voie du mariage passe aussi par l’alcool. Bien souvent on n’y échappe pas quand on pense à se marier.

Si vous êtes comme Thomas, il ne vous reste qu’à espérer de tomber sur une belle-famille qui, pour des raisons religieuses ou autres, n’exige pas de boisson forte pour la dot. Et là encore, ce cas reste marginal.

Allez, santé !

*sodabi : liqueur obtenue par la distillation du vin de palme, très répandue en Afrique de l’Ouest.



Les grands gagnants de la coupe du monde 2018 à Lomé

Cela ne vous aura pas échappé, à l’heure où vous lisez ce billet, le mondial russe de football se poursuit sans les équipes africaines. Pendant que les supporteurs déçus grincent des dents, d’autres comptent paisiblement les billets d’argent glanés pendant ce mondial : il s’agit des vendeurs de maillots et propriétaires de bars. Pour moi, à Lomé, ce sont eux les vrais gagnants du mondial.

Ce billet a été publié initialement sur eli.mondoblog.org

Cet événement sportif largement suivi qu’est la coupe du monde de football ne suscite pas seulement des émotions dans les rangs des spectateurs. Elle génère aussi quelques profits. C’est donc une aubaine pour quiconque cherche à booster ses affaires. Les commerçants de Lomé l’ont vite compris, et ont tout mis en œuvre pour faire recette.

La projection de matchs dans les bars, un choix gagnant

Dans les bars, la projection des matchs est devenue une méthode imparable pour attirer la clientèle et stimuler la fréquentation. Difficile pour tout usager de la route d’ignorer le déroulement d’un match. Il suffit d’un petit tour dans les quartiers pour apercevoir des bars en plein air où de nombreux clients suivent attentivement un match, installés face à une bonne bière fraîche. À chaque occasion de but, les clameurs attirent l’attention des passants, et la plupart d’entre eux s’attroupent devant l’écran.

Des passants arrêtés devant un écran
Crédit: eli.mondoblog.org

Pour tout bon amateur de foot, il n’y a pas meilleur endroit qu’un bar branché. C’est par excellence le lieu où se retrouvent les passionnés qui aiment jouer aux entraîneurs le temps d’un match. C’est là que les supporteurs jouent leur match à eux, celui des commentaires et des critiques. L’envie m’a d’ailleurs déjà pris d’aller goûter à la folle ambiance d’un de ces bars en compagnie de quelques potes, avec un bon breuvage pour se rafraîchir la gorge. Dans ces occasions là, les plus heureux ne sont pas cette masse de clients venue vivre comme moi sa passion tout en sirotant de la bonne bière. Le plus heureux, c’est sans doute le propriétaire du lieu, qui voie ses poches se garnir toujours un peu plus.

Un soir de match au bar de Roméo 

A quelques heures du match Brésil-Belgique comptant pour les quarts de finale, Roméo, le gérant d’un bar au nord de Lomé, s’affaire au comptoir. D’un air concentré il s’active à préparer une soirée de foot qui s’annonce animée. Tous les détails sont passés en revue : liste de boissons disponibles, meubles, sonorisation et surtout le vidéo projecteur.

Roméo, gérant de bar
Crédit: eli.mondoblog.org

Nous avons l’habitude de projeter les matches lors des grandes compétitions, comme la Coupe d’Afrique des Nations ou la ligue européenne des champions. La diffusion des matchs du mondial allait donc de soi. Beaucoup de clients viennent suivre ces matchs le soir, au retour du boulot, et pendant le week-end. La Coupe du monde nous a d’ailleurs permis de constater une légère augmentation de nos bénéfices.

me confie-t-il lorsque je lui demande quelles sont les retombées des projections pour son bar.

L’affluence constatée ce soir-là donne raison à Roméo. Dès le coup d’envoi du match, des clients sont venus s’installer dans ce bar bien éclairé par la lumière des hauts lampadaires dressés à proximité.

Crédit: eli.mondoblog.org

Très vite, la place est investie par les amateurs du spectacle diffusé sur l’écran.

Pour Roméo, il y a surement de quoi se frotter les mains.

Les maillots du Nigéria vendus comme des petits pains

Et que dire des vendeurs de maillots ? Eux aussi ont su profiter de la passion autour de cet événement ! Bien avant le début de la compétition, certaines boutiques exposaient déjà quelques maillots, notamment ceux du Nigéria, du Sénégal ainsi que d’autres équipes dites favorites.

Au grand marché de Lomé, beaucoup de commerçants ont misé sur la vente du maillot du Nigéria, très apprécié pour son design particulier. Et ç’a carrément été la ruée vers ces maillots du Nigéria ! Face à cette forte demande, les vendeurs se sont frotté les mains. Certains en ont même abusé en faisant varier les prix à leur guise, de 5000 F à 7000 F. Les plus malins ont proposé des maillots personnalisés : l’acheteur se voyait proposer de faire imprimer au dos de son maillot un nom et un numéro de son choix, à raison de 250F la lettre et 300F le chiffre. Rien que ça !

Porté par la fièvre footballistique, je n’ai pas résisté longtemps à la tentation de m’offrir mon propre T-shirt. Je suis donc parti à la recherche du nouveau maillot clinquant du Nigéria, personnalisé. Puis je l’ai arboré fièrement, histoire de me sentir dans la peau d’un joueur. Petit plaisir pour un footeux !

Credit: eli.mondoblog.org

Il faut tout de même noter que les profits de cette vente n’ont duré que le temps des prestations du Nigéria dans cette compétition. Une fois le Nigéria éliminé, le maillot semble avoir pris un coup sur le marché. Pour m’enquérir de cette réalité, j’ai fait une petite virée dans la boutique d’Ahmed.

A l’entrée de sa boutique située dans le quartier de Klikamé, trône un mannequin en plastique avec le maillot du Nigéria.

Crédit: eli.mondoblog.org

Assis dans son établissement garni de vêtements sportifs, Ahmed était lui-même vêtu du maillot bleu de la France (photo ci-dessous).

La boutique d’Ahmed
Crédit: eli.mondoblog.org

Le jeune vendeur reconnait avoir fait quelques recettes.

Pendant cette coupe du monde j’ai vendu beaucoup de maillots du Nigéria. Ce sont essentiellement des étudiants qui sont venus en acheter.

affirme-t-il avant de relativiser :

A part les maillots du Nigéria, je n’ai pas vraiment pu vendre ceux des autres équipes. Avec l’élimination du Nigéria les ventes ont un peu chuté. Il est maintenant plus difficile d’écouler le stock qui reste.

Quant à moi, je garde malgré tout ce maillot comme un souvenir de cette coupe du monde.

Les réseaux sociaux, outil commercial

Il y a aussi ces vendeurs qui ont choisi de mettre à contribution les réseaux sociaux dans leur stratégie marketing. Des annonces sont publiées sur Facebook ou sur whatsapp pour une publicité directe et efficace de leurs maillots.

Capture d’une annonce publiée sur Facebook

Dans un pays où le paiement en ligne n’est pas suffisamment ancré dans les habitudes, les réseaux sociaux restent les principaux canaux numériques par lesquels les commerçants font la promotion de leurs produits.

Cela permet à ces vendeurs de maillots ont la possibilité de toucher plus rapidement leur cible, et leur offre un moyen de négocier les prix à distance.

En ce moment, le bonheur de tout propriétaire de bar ou vendeur de maillot serait donc de voir la compétition durer aussi longtemps que possible. Mais la différence est grande entre ces commerçants et nous autres amoureux du ballon rond qui nous contentons de savourer le spectacle. Car quel que soit le score du match, ils tirent toujours leur épingle du jeu avec quelques sous empochés.

Dans un match, il est d’usage de souhaiter que le meilleur gagne, mais le commerçant lui souhaite avant tout de gagner de l’argent. Et c’est de bonne guerre.


Les grands gagnants de la coupe du monde 2018 à Lomé

Cela ne vous aura pas échappé, à l’heure où vous lisez ce billet, le mondial russe de football se poursuit sans les équipes africaines. Si, depuis leur élimination au premier tour, certains montrent moins d’intérêt à suivre la compétition, d’autres y trouvent leur compte. Car pendant que les supporteurs déçus grincent des dents, d’autres comptent paisiblement les billets d’argent glanés pendant ce mondial : il s’agit des vendeurs de maillots et propriétaires de bars.


Outrage à l’amour (II)

Pendant un bon moment Patrick resta immobile devant ce papier qu’il examinait avec des yeux incrédules. Par la suite, il comprit qu’il s’agissait de la copie d’une demande d’assignation adressée à un huissier pour le faire comparaître dans une affaire d’harcèlement sexuel.


Outrage à l’amour (I)

Ce matin-là, Patrick déploya par réflexe son bras vers le téléphone à son chevet pour arrêter ce réveil qui chaque jour l’arrachait au sommeil dès 5 heures. Ce fut pour lui un matin assez particulier. Sentant les fines mains de Yawa lui parcourir l’épaule, il se retourna dans son lit et découvrit sur le visage de la demoiselle un sourire ravageur auquel il rendit la pareille. Dans ce bonheur matinal qui le comblait, il avait de la peine à se lever. Avant de retrouver la routine de ses activités quotidiennes, il s’offrait encore le temps d’admirer les courbes envoûtantes  de la belle Yawa avec qui il venait de passer toute la nuit.


Le dialogue togolais pour les nuls

Le Togo, qui subit une vive crise politique depuis le 19 août 2017, voit  s’ouvrir un nouveau dialogue entre ses acteurs politiques. Il n’y a pas plus familier que le mot dialogue dans l’histoire de ce pays, en passe d’enregistrer près d’une vingtaine de pourparlers politiques depuis 1991. Quelqu’un connait-il un pays qui ait fait mieux sur le continent ?


Le dialogue togolais pour les nuls

Le Togo qui subit une vive crise politique depuis le 19 août 2017 voit  s’ouvrir aujourd’hui un nouveau dialogue entre ses acteurs politiques. Il n’y a pas plus familier que le mot dialogue dans l’histoire de ce pays en passe d’enregistrer près d’une vingtaine de pourparlers politiques depuis 1991. Quelqu’un connait-il un autre pays qui a fait mieux sur le continent ? Ceux qui peuvent se targuer d’égaler cette triste prouesse se comptent surement sur le bout des doigts. En tout cas ce palmarès, dont je vous fais cadeau de la longue liste, mériterait une place au livre Guinness des records.

Ces nombreux dialogues dont déborde l’histoire politique ont eu lieu à des époques un peu différentes, mais sont liés par les mêmes enjeux : des règles plus consensuelles du jeu démocratique et des conditions propices à une alternance démocratique et pacifique. Aujourd’hui c’est la question des réformes politiques (prévues à l’issue d’un ancien dialogue) qui est au cœur des tiraillements.

Au bout de 26 ans de conciliabules sans grand résultat, le dialogue semble être un hobby politique. On pourrait même trouver matière à écrire le livre « le dialogue togolais pour les nuls ». Voici un petit aperçu de ce qui fait la marque de fabrique d’un dialogue à la togolaise.

L’art de choisir son vocabulaire selon le coté où l’on se trouve

Selon qu’elle veut conquérir le pouvoir ou le conserver, chaque partie esquive soigneusement  les mots de son interlocuteur au cours des discussions. Il faut à tout prix éviter de donner raison à la partie adverse de peur de perdre ses intérêts ou de se retrouver dans une position inconfortable. Aux raisonnements issus d’un camp s’oppose toujours un argumentaire différent de l’autre camp. On se cache même au besoin derrière la nécessité du consensus, on use de subterfuges pour ne pas trop lâcher du lest.

Ainsi au sujet des réformes politiques et institutionnelles, quand les uns parleront de retour à la constitution de 1992 et de ses conséquences immédiates, les autres parleront plutôt de révision de la constitution, de référendum et de non rétroactivité de la loi.

Autant dire que dans un dialogue togolais, tout le monde a raison.

Faire semblant d’ignorer les solutions déjà trouvées

Ce qu’il y a d’extraordinaire chez ces acteurs politiques c’est qu’ils continuent d’enchaîner les dialogues malgré un nombre important d’accords déjà passés. Quelles que soient les décisions déjà prises, ils finissent par se retrouver à nouveau autour d’une table de discussions pour chercher des solutions qui ne diffèrent pas vraiment des toutes premières. Tout ceci revient à vouloir enfoncer une porte ouverte.

Un éternel recommencement qui est sans doute dû à la difficile application des conclusions issues de chaque dialogue. Les leaders politiques ne seraient pas là aujourd’hui à discutailler autour des réformes s’ils avaient su mettre en œuvre les conclusions de l’accord politique global et les recommandations de la Commission Vérité Justice et Réconciliation. Toutes ces mesures auraient suffi à tracer une voie pour une sortie de crise. Mais apparemment on préfère réinventer la roue.

Faire porter à l’autre le chapeau du fiasco

Chaque fois que les parties parviennent à un accord, les espoirs suscités sont aussitôt déçus. L’embellie née des accords fait place au fiasco puisque les changements escomptés peinent à s’opérer. La faute à qui ? Au pouvoir en place, ou plutôt à l’opposition. Là encore, tout dépend de quel côté vous vous trouvez. Bizarrement aucune des parties n’a jamais été de mauvaise foi et ne s’est jamais rien reproché quant à l’échec des dialogues. Le problème ne peut provenir que de l’autre camp, seul vrai coupable.

En tout cas on peut clairement constater que jusqu’ici les acteurs politiques ont conclu des accords pour ne faire que du surplace. On s’obstine à jouer la montre en traînant les pas quand il s’agit de passer des engagements aux actes concrets. Et le cycle infernal se poursuit.

On peut bien se demander à quoi ça sert de voler de dialogue en dialogue.

Qu’à cela ne tienne, il faudra tirer les leçons de toutes ces expériences pour ne pas tomber dans les mêmes erreurs. Si jamais la lumière d’un accord jaillit de ce nouveau dialogue, il sera de bon ton que les parties définissent un chronogramme bien précis pour l’exécution des décisions prises. Ce qui nous épargnera tout le flou artistique dont les acteurs politiques ont seuls le secret. Il leur faudra une certaine dose de bonne foi et d’ouverture d’esprit pour mener un dialogue qui ne ressemble pas à un simulacre.

Pour nous autres qui sommes de l’autre côté des caméras et des salles de discussion, il ne reste plus qu’à croiser les doigts dans l’espoir que ce dialogue soit différent du type de dialogue qu’on nous a déjà servi. Il ne nous reste plus qu’à prier pour que ce dialogue ne compte pas pour du beurre comme les autres, et marque un pas décisif vers la sortie définitive d’une crise dont le citoyen lambda a assez souffert.


Ce qu’un père doit à son fils

Crédit: pixabay.com

Dernier samedi de l’année. Les aiguilles de ma montre au poignet m’indiquaient 11 heures 20 minutes quand je me retrouvais au cimetière municipal. Cette veille de fête était un jour de deuil pour tous les visages serrés qui entouraient le cercueil abritant la dépouille d’un homme. Le père de Yao, ce vieil ami qui portait la douleur d’une perte. Le genre de perte dont on ne peut se remettre. L’homme disparu avait tant marqué les esprits de tout le quartier qu’il m’était difficile d’oublier ses folies le temps d’un enterrement.

Se tenant au milieu de l’assistance, un prêtre aspergeait d’eau bénite le cercueil qui était à ses pieds, tout près d’une fosse creusée pour la circonstance. Statique face au rituel, j’étais pensif. Pas à cause de la mort qui nous attend tous, mais des séquelles que les écarts d’un père pourraient laisser dans la vie de son fils.

Du haut de ses 25 ans, Yao avait déjà perdu son père bien avant qu’il ne quitte ce monde. L’absence de la chaleur paternelle, ça le connaissait depuis que son père a déserté la maison pour ne plus revenir. Tout avait pourtant bien commencé dans la vie de sa famille. Tout allait pour le mieux entre ses deux parents. Ils semblaient s’aimer et couvraient d’affection leur unique fils. Puis, au fil du temps, tout est parti en vrille. Yao devenait spectateur d’incessantes prises de bec. Malgré lui, il était témoin de disputes si bruyantes qu’elles alimentaient des commérages dans le quartier. Dans ma tête subsiste le souvenir de ces nuits où m’arrachait à mon sommeil l’écho de querelles provenant de la maison de Yao, à proximité. Des querelles parfois si vives qu’elles ameutaient certains voisins. Comme des pompiers, ils venaient essayer d’éteindre le feu de la discorde conjugale.

Une situation qui attirait des regards indiscrets. Très vite le père de Yao s’est fait une réputation dans le quartier. Certaines langues lui attribuaient une passion pour les virées nocturnes, un appétit pour les belles rondeurs. D’autres le gratifiaient du titre de « colleur de petites ». Entre les parents, les liens se sont dégradés et ensuite se sont envolés comme de la paille.

Yao sentait son cœur mutilé, déchiré par le feuilleton explosif qu’il subissait. Il reprochait à ses parents d’avoir laissé s’installer en lui un malaise permanent, une certaine torture. Et dire qu’il n’était pas au bout de ses peines. Il a dû recevoir le coup de grâce quand un beau jour, sans divorcer, son père, qui avait dit oui à la monogamie devant le maire, partait vivre le restant de ses jours dans les bras d’une autre femme. Dès lors, les confidences de Yao me donnaient l’impression qu’il avait perdu le minimum de soin et d’attention qu’un homme pourrait attendre de son géniteur. Il paraissait dans une disgrâce qui ne disait pas son nom.

Désormais absent, le père se contentait de lui faire parvenir des subsides pour survivre. Yao avait toutes les difficultés du monde à lui confier ses besoins. Les rares fois où il y parvenait, il les regrettait car il essuyait un refus sec. Il me faisait part de l’indifférence qu’opposait son père aux préoccupations exprimées au sujet de son parcours à l’université. Ayant connu la difficile transition vers le système LMD au campus de Lomé, Yao ne se retrouvait plus dans ses études d’économie. Malgré ses efforts, il venait de boucler quatre années sans valider sa licence. Cela devait lui prendre 3 années. Un cas loin d’être isolé dans sa fac. Il a d’ailleurs songé à la quitter. Sur le sujet, son père prêtait à peine oreille attentive, estimant d’ailleurs qu’il n’était qu’un paresseux.

Il n’y avait plus que sa mère pour partager son vécu quotidien. Elle, qui était contrainte de supporter le gros des charges familiales avec les revenus de son salon de coiffure. C’est aussi par elle que Yao découvrait l’inimaginable : la maladie de son père, le VIH Sida. Par ironie du sort, celui qui avait délaissé un cercle familial créé autour de son fils, a retrouvé ce dernier à son chevet. Yao avait rejoint un homme alité au corps dépéri et endolori. Sous le coup de la dépression, il négligeait son traitement et ne voulait pas d’une vie tributaire d’anti-rétroviraux. Les efforts de Yao pour le motiver à prendre ses médicaments n’y ont rien changé. Impuissant, il l’assista dans une lente agonie jusqu’au jour où se produit l’inévitable. Jusqu’au jour du dernier souffle rendu.

J’ai fixé mes yeux sur le visage larmoyant de Yao, incliné vers cette tombe, abritant désormais la dépouille de son géniteur. J’ai pensé au poids des blessures suscitées par son propre père. Ce poids qu’il était condamné à porter seul. J’aurais souhaité lire dans ses pensées pour saisir l’image qu’il gardait de son père après tout ceci. Était-il pour lui un père irresponsable ? Ou un homme incompris ?  Y répondre ne changerait pas grand-chose car, de toute façon, la vie de Yao poursuit son cours.

A la lumière de son histoire, je comprenais qu’on ne pouvait pas tout se permettre quand on se considère comme parent. Quiconque devient père ou mère n’a pas toujours le droit de faire ce que bon lui semble. On devient responsable de vies dont on est co-auteur : celles de ses enfants. Un parent n’est pas censé négliger l’impact que ses choix pourraient avoir sur la vie de son enfant, car celui qui donne la vie peut aussi bien la briser par ses propres errements.

Hommage à tous les Yao qui se construisent sans avoir eu la chance de compter sur un père ou une mère.


George Weah et le piège de l’état de grâce

Il y a quelques semaines, la majorité des libériens marquaient l’histoire de façon inédite. Par leur vote ils attribuaient pour la première fois le costume de Chef d’Etat à un ancien footballeur et non des moindres. Au moment d’enfiler ce costume le 22 janvier à la cérémonie d’investiture, l’heureux élu devra éviter de succomber à l’effet flatteur de la gloire car il aura fort à faire.


Esclavage en Libye: la partie visible d’un iceberg

Credit: apr-news.fr

Depuis bien des années je subis le fait de m’informer sur les infortunes des migrants africains dans leur périple vers l’eldorado européen comme une triste routine. La désolation qu’inspire le phénomène est à son comble depuis que circulent des images de migrants en Libye vendus aux enchères comme esclaves.

Les révélations médiatiques sur la traite des migrants en Libye embrasent la toile sous une vague d’indignation. Beaucoup sont ahuris de constater que des êtres humains soient encore aujourd’hui réduits à l’esclavage. Pourtant l’esclavage décrié en Libye n’est qu’une partie d’un mal bien plus important et qui n’a rien de nouveau dans l’époque que nous vivons.

Le marché aux esclaves dans la poudrière libyenne dévoilé par la chaîne américaine CNN a fait sortir de leurs gongs tant de personnalités et d’internautes. Cascade de condamnations par certains dirigeants africains, coups de gueule contre des gouvernants jugés amorphes, appels à la mobilisation lancés par des célébrités. Tout ce déchaînement légitime est de nature à faire croire que c’est la Libye qui remet à la mode la traite d’êtres humains. Faux.

Toute l’attention se porte sur l’esclavage pratiqué en Libye parce que les médias l’ont mis en lumière. Ils ont rendu visible en Libye une pratique qui existe dans d’autres pays et dont les victimes souffrent dans l’anonymat loin des caméras du monde.

La situation en Libye est comme la face visible d’un iceberg que constituent le travail forcé, l’exploitation sexuelle, la traite humaine, bref toutes les formes d’esclavage moderne. L’Union Africaine elle-même qui dit s’insurger contre l’horrible sort des migrants en Libye semble ignorer l’étendue du mal. Elle a manqué l’occasion de s’attaquer au phénomène dans son ensemble.

Des conditions régulières d’immigration ne garantissent pas toujours au migrant à la recherche du mieux-être une condition plus sereine. Elles ne le mettent pas à l’abri de la menace de l’esclavage.

Soucieuses d’améliorer leur condition de vie plusieurs femmes d’Afrique subsaharienne s’étant envolé vers le Liban pour y travailler comme domestiques ont connu la désillusion. Elles se sont retrouvé dans des conditions de travail inhumaines, subissant des maltraitances qui leur ôtent toute dignité et brisent leur rêve d’une vie meilleure. Parmi elles des togolaises revenues au bercail ont brisé le silence sur leur histoire troublante. Malheureusement les témoignages rapportés par la presse locale n’ont pas suffi à faire réagir les autorités compétentes pour des dispositions nécessaires à la protection des ressortissantes subissant le même sort.

Ces souffrances sont aussi celles d’une centaine de femmes mauritaniennes emmenées en 2015 en Arabie saoudite pour des travaux domestiques et qui ont été l’objet de sévices.

J’ai été d’ailleurs surpris de découvrir à la lumière de certaines statistiques que l’Afrique est le continent qui connait le taux le plus élevé d’esclavage moderne au monde, soit un taux de 7%. Inutile de se voiler la face. Ce continent est loin d’en avoir fini avec cette pratique abolie depuis des siècles. Malgré les informations disponibles le sujet n’a jamais été à l’ordre du jour des réunions au sein des instances régionales ou pris en compte dans les actions des instances régionales.

Nous en sommes d’ailleurs à une époque où le travail forcé n’épargne pas les enfants. Dans certaines campagnes au Togo opèrent des réseaux de traite des enfants. En échange de quelques billets de banque certains parents résignés par la pauvreté laissent leurs enfants aux mains de trafiquants qui les conduisent vers les pays voisins où ils sont exploités. Que dire de ces gamins en RDC affairés dans des mines sous un soleil de plomb à extraire du cobalt pour nos smartphones ? Qu’en est-il de tous ces enfants travaillant contre leur gré en Afrique qui se comptent par milliers selon l’Unicef ?

Au-delà du caractère criminel du traitement infligé aux migrants en Libye, il faut croire que c’est avant tout la pauvreté qui rend vulnérables toutes les personnes qui comme les migrants sont victimes d’esclavage moderne en Afrique ou ailleurs. Des actions concrètes contre la traite des personnes s’imposent mais il est encore plus important de s’attaquer aux maux qui la favorisent : la pauvreté et le chômage. Il n’y a rien de plus humiliant pour un être humain que d’avoir du mal à se tailler une place dans sa société et de perdre sa dignité sous d’autres cieux.

Ceux qui quittent leur pays dans l’espoir de construire une vie meilleure pensent le faire par nécessité face à une précarité qui étouffe et enlève tout espoir. Ils ont certes leur rôle à jouer pour trouver le moyen de s’épanouir mais ceux qui les gouvernent sont aussi responsables de leur bien-être social. Chacun a le droit d’avoir une envie d’ailleurs et de chercher son gagne-pain à l’étranger mais on n’est souvent mieux que chez soi. Le meilleur moyen de protéger les personnes contre l’esclavage en Afrique est de combattre le chômage.

Un citoyen capable de subvenir à ses besoins ne saurait trouver un intérêt à traverser le désert au risque de tomber dans les mains de marchands d’esclaves. Plus les jeunes sortiront de la pauvreté, moins vulnérables seraient-ils à ces exploitations et moins de flux migratoires liés aux besoins économiques compterait-on.

 

 


Journée de la femme africaine: mon legs à la jeune fille togolaise

Ce billet est écrit dans le cadre de la campagne digitale de la Journée de la Femme Africaine célébrée tous les  31 juillet. Cette campagne digitale Initiée par Grâce Bailhache, a cette année pour thème « la transmission » qui est au cœur de cet article.  Je me propose alors de vous faire découvrir ici ce que je souhaite transmettre à la jeune fille togolaise.

De mes parents j’ai toujours eu droit au même traitement que mes sœurs. Alors que nous étions petits, il n’était pas rare que nous partagions les mêmes taches à la maison. Quand il fallait donner un coup de main à papa en plein bricolage, ou faire la lessive sous la supervision de maman, j’avais intérêt à ne pas jouer au récalcitrant. La moindre bouderie m’exposait à une bonne fessée ou à l’interdiction de rejoindre les amis pour une partie de foot. Mon père avait l’habitude de marteler à ses enfants qu’ils étaient égaux, qu’il n’y avait pour un garçon aucune honte à faire la cuisine autant qu’une fille voire mieux qu’elle. Une éducation qui m’a aidé à comprendre plus tard que la place de l’homme dans une société est aussi celle de la femme.

Pourtant elle n’a pas suffi à me faire comprendre le vécu d’une femme dans une société comme la mienne.

Dans le cocon familial où j’ai grandi, dans la bulle urbaine de Lomé où les discours nous sont servis à volonté sur l’égalité des droits et l’émancipation de la femme, je me suis permis un regard biaisé sur le genre au Togo. L’éducation des milieux urbains à coup de campagnes de sensibilisation a occulté dans mon imaginaire les réalités des jeunes filles de certaines localités. J’étais incapable de saisir l’ampleur de ce que pouvait vivre une fille là où ses droits sont ignorés, là où les parents ne connaissent pas d’autres règles que des coutumes aussi nuisibles soient-elles.

J’ai fini par ouvrir les yeux sur ces dures réalités, à la faveur d’un travail humanitaire dans un village. J’ai fini par découvrir qu’il existe encore, malgré toute l’évolution juridique, des lieux où les jeunes filles n’ont absolument droit à rien. Elles ne peuvent aspirer comme les jeunes garçons à mener jusqu’au bout leurs études.

Pour une fille le cours primaire ou le collège, c’est largement suffisant

C’est ce que pensent certains parents qui promettent la main de leur enfant à un homme qui pourrait avoir l’âge de son père ou de son grand-père. Ces filles n’ont pas le temps de rêver du métier de leur choix parce que leurs parents frappés par la misère, préfèrent les livrer comme une main d’œuvre à des inconnus qui se feront le plaisir de les exploiter et d’abuser d’elles pour de vils intérêts. Et quand elles sont violées, elles n’ont pas droit à la justice parce que leurs proches les réduisent au silence au nom de l’honneur de la famille.

Un petit détour à Sokodé  ou au village d’Avoutokpa vous fera découvrir des filles qui ont connu une histoire douloureuse et qui ont la chance de se retrouver dans un centre d’accueil où elles apprennent à préparer un nouveau départ.

Aujourd’hui j’aimerais solliciter un regard avisé de la jeune fille sur le contraste de la condition féminine. Un contraste dont la fin dépend en partie d’elle car elle a sa partition à jouer pour l’évolution des mentalités dans toute la société togolaise. J’aimerais lui transmettre le gout du travail acharné pour se tailler une place dans sa communauté. J’aimerais lui léguer mon dégoût de la facilité et des raccourcis, ces options à court terme qui n’aboutissent qu’à de faibles résultats.

Dans ces milieux qui lui sont hostiles, ces localités où la jeune fille ne se voit pas reconnaître les mêmes chances et les mêmes droits qu’ailleurs, l’éducation demeure une des principales clés pour faire sauter les verrous culturels qui entravent sa liberté. Il lui faut croire aux vertus de l’éducation. Face aux restrictions qu’elle subit, elle a besoin d’une bonne dose de courage pour continuer à s’instruire, à se construire à l’école. Fortes de toutes ses connaissances elle pourrait éclairer sa communauté sur le respect que cette dernière doit à ses droits. Elle pourrait faire déchanter tous ceux qui pensent à tort que l’égalité de chances est un leurre.

Dans un monde en plein mouvement où de plus en plus de femmes vivent librement de leur passion et s’épanouissent par leur talent, la jeune fille ne manque pas de modèles qui puissent servir de repères pour le parcours d’une vie. Elle pourra y puiser la force nécessaire pour relever ses défis. Bien des années avant nous, l’illustre historien Joseph Ki-Zerbo  disait son admiration pour le leadership féminin en ces termes :

« Les femmes sont souvent des leaders exceptionnels qui dépassent de loin les hommes. Elles sont en général plus fidèles dans leur engagement »

Bien entendu, il ne s’agit pas là d’une parole d’évangile.  A chacun alors de se faire une opinion.

Au Togo comme ailleurs en Afrique, toute la masse de jeunes est vue par beaucoup comme un potentiel pour l’avenir. Mais  peut-on en dire autant des jeunes filles si ces dernières sont encore confrontées à de multiples violations ?

A toutes celles qui sont brimées, qui subissent tant de préjudices, je voudrais transmettre juste un peu d’audace pour braver cette peur dans laquelle elles sont embrigadées. J’aurais aimé les voir s’attacher à leurs passions, à leurs rêves quel qu’en soit le prix car leur avenir en dépend. Cet avenir est aussi celui de toute une société. Laisser des filles à elles-mêmes c’est compromettre l’avenir d’une société où elles sont appelées à devenir la prochaine génération de femmes.

Nul n’a le droit de voler à une fille son avenir. Sa vie lui appartient et nul n’a le droit de la briser.

 

 

 


Au Togo, les nouveaux escrocs sont de faux recruteurs

 

Au Togo, les nouveaux escrocs sont de faux recruteurs. En cette fête du travail, du premier mai, il y aura du boucan à Lomé ce matin. On le sait bien. Le premier mai à la togolaise sera fêté comme il se doit. En tout cas les patrons ont intérêt hein ! Parce que les employés peuvent tout pardonner à leur chef sauf lésiner sur les moyens en ce jour. C’est de bonne guerre.

Comment passer à côté de la seule occasion pour tout un personnel de décompresser, et même pour certains de danser jusqu’à fatiguer, boire jusqu’à la lie ? Figurez-vous que moi je me suis toujours senti attristé du fait qu’on ne s’intéresse qu’aux travailleurs dans cette ambiance festive.
Et les chômeurs dans tout ça? Ils sont la proie de faux recruteurs, ces nouveaux escrocs. Ceux sont pourtant eux les oubliés du droit au travail célébré le 1er mai. Eh bien ! La charité ordonnée commence par ce blog, dont je braque aujourd’hui les projecteurs sur le vécu d’un alter ego, qui dans les méandres du chômage a connu la cruauté de l’escroquerie.

Credit image: rmsnews.com

L’exemple du jeune diplômé Constant

Fraîchement sorti de ses brillantes études en comptabilité à l’université de Lomé, Constant s’est lancé avec beaucoup d’espoir dans la chasse à l’emploi. Mais à force de multiplier sans résultat les tentatives le gars a commencé à s’essouffler. Il lui a fallu des revers successifs dans ses démarches pour se persuader que dans ce pays il n’y avait pas de place pour l’emploi de ses rêves.

Peut-être lui fallait-il en dernier recours répondre aux sirènes de l’entreprenariat dont les atouts sont claironnés depuis un moment à la jeunesse désœuvrée. A voir la panoplie de jeunes diplômés qui mordent la poussière comme lui et échouent dans les bureaux à se faire recruter il n’y croyait vraiment plus, jusqu’au jour où il tombe sur une information en pleine période pascale. Religieux de la première heure, mon ami était sûr que la coïncidence de cette nouvelle opportunité avec le temps de Pâques ne pouvait jamais, au grand jamais, être le fruit d’un hasard.

« Tchalé* viens voir ça ! Mon Dieu ne dort pas hein !», m’avait-il lancé en me montrant l’offre d’emploi reçue sur son Whatsapp. J’avoue qu’à la découverte de l’annonce j’ai salivé. Il s’agissait d’un recrutement à un poste de comptable avec à la clé un salaire plutôt intéressant. Tel un illuminé il se croyait déjà en présence d’un signe, de la réponse à ses incessantes prières, du résultat des nuits passées à égrener son chapelet. Il décide alors de tenter le coup. J’étais moi-même impressionné de voir que l’évolution des choses semblait lui donnait raison.

Un entretien où Constant découvre le pot-aux-roses

Présélectionné, il sera invité à passer un entretien au cours duquel il fait forte impression devant son interlocuteur. En recevant des jours plus tard un message d’invitation du recruteur , il pouvait voir se profiler le bout de tunnel. Cette fois ça y est, c’est dans la poche!

Au moment de retourner dans les locaux du recruteur, Constant était agréablement méconnaissable. Il était sur son 31, tout élégant dans son costume clinquant. Blague à part, le mec était tellement sapé qu’il aurait pu voler la vedette à Brad Pitt ou George Clooney. Désormais certain de tenir enfin ce boulot qui l’avait toujours fui il arrive pile à l’heure et s’installe avec le sourire aux lèvres. Mais la joie n’aura été que de courte durée. Son état d’esprit bascule, son visage souriant se crispe subitement quand le fameux recruteur prend la parole.

Ce qu’il entendait était au-delà de tous les scénarios qu’il aurait pu s’imaginer. Ce que débitait ce monsieur lui sortait par les oreilles. Ce dernier affirme que Constant serait en ballottage avec d’autres candidats et qu’il devrait débourser la somme de 50.000 francs pour suivre une formation destinée à départager les candidats. C’était là une plaisanterie de mauvais gout qui le faisait déchanter.

S’agissait-il d’une offre de formation ou d’une offre d’emploi ? Il ne comprenait plus rien. Jamais à aucun stade du recrutement un employeur digne de ce nom ne pouvait exiger des frais aux candidats. Toute la vérité lui saute alors à la figure. Celui à qui il avait à faire n’était ni plus ni moins qu’un escroc sans vergogne. « C’est quoi ce cirque ? » Pesta-t-il tout furieux d’avoir perdu son temps.

Il prend alors son sac et sort par la porte qu’il claqua derrière lui de toute sa force. Il avait connu bien d’expériences dans son parcours, mais ce qu’il expérimentait-là était bien dur à supporter. Constant venait de prendre un coup de plus, un coup de trop.

De nouveaux escrocs : les faux recruteurs

A vrai dire une telle expérience n’est pas isolée. Le chômage monte en flèche et avec lui  une nouvelle race d’escrocs : les faux recruteurs. Comme le malheur des uns fait le bonheur des autres, l’accroissement des demandes d’emploi semble devenir une « opportunité d’affaires » pour des gens véreux. Dans votre boite mail ou sur Whatsapp vous êtes peut être déjà tombé sur une information faisant état d’une offre d’emploi dans une organisation de renom. Certaines de ces informations cachent une arnaque et il est important de les vérifier dans la mesure du possible avant d’envisager une quelconque candidature.

Les fausses offres d’emploi sont légion et les arnaqueurs redoublent de ruse pour appâter leurs victimes. On se sert du nom d’une grande organisation, on fait miroiter des salaires juteux pour tromper la vigilance de pauvres gens.

Si vous êtes à la recherche d’un emploi, vous êtes alors une proie pour ces pseudo-recruteurs. Ils sont à vos trousses et n’attendent que la moindre imprudence pour vous sauter dessus. Tachons de démêler le vrai du faux, la bonne graine de l’ivraie pour échapper à la cupidité de ces pseudo-employeurs qui n’ont d’yeux que pour nos poches.

Bref, vous aurez compris le mot d’ordre.

 

Tchalé*= mon gars en langue mina

 


Mon cadeau de noël était à Dakar

Credit: Malick Faye

Je ne suis pas de ceux qui pensent que seuls les enfants ont droit à un cadeau pour noël. Les vieux gaillards comme moi aussi y ont droit. A vrai dire je ressens chaque expérience positive de la vie comme un cadeau du ciel et quand elle survient en décembre, comme un cadeau de noël. Je suis justement heureux d’avoir eu par anticipation mon cadeau de noël à Dakar. Il s’agit d’une aventure unique vécue au cours de la 3ème session de formation au centre régional de leadership de Dakar. Jamais je n’aurais rêvé mieux vivre ce dernier mois de l’année.

Ayant postulé il y a 3 mois à ce programme au même titre que des milliers de candidats d’Afrique de l’ouest et du centre, je me suis heureusement retrouvé dans les mailles du filet de la sélection. Dans un processus bien rodé je subis une interview par appel téléphonique avant de tomber plus tard sur un mail confirmant ma sélection pour ce programme de formation en leadership initié par Barack Obama. C’était donc parti pour une aventure palpitante, une formation oh combien intensive du 14 novembre au 16 décembre au pays de la Teranga.

Dès le jour où je débarque à Dakar une première surprise m’attendait à la résidence du CESAG où était niché notre quartier général. Il était déjà minuit et une grande partie de Dakar dormait quand je posais ma valise au centre de formation accompagné des togolais et gabonais. Le responsable de la résidence prit soin de vérifier nos noms et d’indiquer à chacun la chambre à lui réservée. Je me dirige alors vers ma chambre, cogne à la porte qu’un jeune homme tout sourire m’ouvre sur le champ. Nous passions immédiatement aux présentations et là j’étais surpris de découvrir que mon colocataire, un jeune guinéen était blogueur tout comme moi. Quel sacré hasard !

Immersion dans le laboratoire du leadership

C’était bien clair pour tout le monde. Nous n’étions pas là pour du tourisme ou une promenade de santé. Les organisateurs ont vite fait de le marteler au groupe de 95 participants issus de 16 pays d’Afrique centrale et de l’ouest que nous étions. Le programme tel que conçu était bien là pour le rappeler à quiconque l’aurait oublié. Faire confiance au process, tel était le premier des mots d’ordre. La formation devait se dérouler selon un processus logique où chacun était appelé à s’impliquer autant que possible, donner du sien pour faire le plein de nouvelles connaissances.

La première partie de la formation était consacrée au développement personnel et il fallait rapidement se mettre dans le bain. D’abord une retraite de 2 jours sur la corniche de Dakar pour méditer sur les valeurs du leadership puis une série de cours dynamiques et interactifs sur les compétences de vie. Avec d’excellents coaches chacun de nous est allé à une meilleure connaissance de lui-même, a appris à gérer les émotions, les conflits et à adopter une écoute active. La plupart sont sortis de leur zone de confort en partageant des bribes de leur histoire, en faisant des témoignages parfois émouvants.

Dans la phase finale du programme il était question de concentrer les efforts sur les projets communautaires proposés par les différents groupes de travail constitués. La tâche n’était pas aisée et l’esprit d’équipe devait dominer. Pour s’adapter  à des situations difficiles et exécuter leurs projets les groupes se sont surpassé, ont innové. Alors que le CESAG était en pleine campagne pour l’élection du président des étudiants les membres de mon groupe et moi avons réussi à organiser un débat sur la pacification des élections en Afrique qui a réuni les étudiants du CESAG et les participants de YALI. Les autres groupes ont eu aussi le mérite de mener des actions formidables : foire de promotion de produits locaux, dons d’articles scolaires, sensibilisations sur le suivi scolaire, le planning familial, la dégradation de l’environnement et j’en passe. Bref, ce programme a foisonné de belles initiatives.

 Quelques groupes sur le terrain

 

 

 

 

 

J’étais particulièrement fier de partir de cette formation avec dans ma besace deux attestations, l’une pour ma participation et l’autre pour ma présentation sur l’application Hootsuite.

Une école de l’intégration africaine

« Les drapeaux de vos pays sont des symboles et non des barrières »

Nous lançait à la cérémonie de clôture M. Omar TOURE, coordonnateur du YALI Dakar.

Il avait vu juste et la vie du groupe pendant ce programme lui donnait raison. Au fil des jours des liens se sont tissé entre les participants, une famille africaine est née.

Credit: Malick Faye

Les différences culturelles se sont dissipées pour faire place à une communauté où nous partageons les mêmes problèmes, la même ambition : celle d’impacter la société. Plus on est différents, plus on apprend. Tenez ! J’ai découvert par exemple que la dot n’existe pas à Sao Tome (oui c’est en Afrique et j’envie les hommes de ce pays), que le numéro vert pour violences conjugales est la hantise des machos au Mali, qu’il n’y a plus de nouvelles écoles publiques construites au Gabon depuis bien des années et que le tchep sénégalais peut être incompatible avec le poulet.

Jamais je n’avais autant touché du doigt l’esprit d’intégration. Un esprit présent dans les soirées passées autour de verres de thé mauritanien que nous sirotions à volonté tout en savourant le son de la guitare de Samir le cap verdien. Un esprit célébré pendant la belle soirée culturelle où les délégations drapées dans leurs costumes traditionnels se succédaient au podium pour offrir ce que leur pays avait de plus beau. Je me souviens encore de ce petit monde qui clôturait en beauté le spectacle en prenant d’assaut le podium pour danser au rythme du « téré téré » du groupe Toofan.

La rencontre avec les mondoblogueurs, la cerise sur le gâteau

Je serais tenté de considérer Dakar comme la terre promise des mondoblogueurs pour avoir abrité à deux reprises la traditionnelle mondoformation et accueilli bon nombre de blogueurs de la communauté. C’est à croire que cette ville est un aimant pour les mondoblogueurs car il y en a déjà un bon nombre qui y ont fait un tour.

En tout cas j’étais comblé de rencontrer des blogueurs de cette autre famille à laquelle j’appartiens. Du bon papotage il y a eu autour de l’incontournable dibi avec Samantha et Lucrèce fraichement rentrées du sommet de Madagascar ainsi que de Roger le plus sénégalais des blogueurs togolais. A propos de ce dernier d’ailleurs je me demande bien pourquoi il n’a jamais voulu d’une carrière de lutteur malgré sa taille gargantuesque. Aux filles je suis reconnaissant de m’avoir régalé des potins de Madagascar même si je regrette d’être parti sans jamais écouter un seule phrase de slam. J’ose croire que cela est partie remise.

Toutes ces belles rencontres ont fait mon bonheur en ce mois. Mon plus cadeau de l’année était bien à Dakar où j’ai eu grâce à YALI une nouvelle famille et un esprit plus conquérant pour l’avenir. Merci à toute la session 3 de YALI. A toutes et à tous je souhaite plein succès.

Je me permets pour finir de vous laisser ici en dédicace cette chanson « tere tere » de Toofan qui m’inspire quelques souvenirs.

On est ensemble..pour touzzours ! 


Pour le respect de la parole donnée #FaisonsLesComptes

J’espère me tromper mais depuis le 16 décembre dernier j’ai bien cette mauvaise impression que le gouvernement togolais repousse délibérément les limites du vice et de l’immoralité politique. A cette date le gouvernement réuni en conseil des ministres sous la houlette du chef de l’Etat adoptait un décret portant création de comités ad hoc de supervision, de gestion et de mobilisation de fonds pour soutenir les éperviers à la CAN 2017. Si le gouvernement a cru ainsi bien faire, c’est plutôt raté. Nous sommes carrément en présence d’un scandale-en attendant de trouver un mot plus fort-dès lors que ce décret intervient au moment où nous attendons toujours de connaitre les comptes de la CAN 2013.

J’ai encore à l’esprit des souvenirs frais. A l’approche de la CAN 2013 le gouvernement prenait prétexte d’un climat délétère au sein de la Fédération Togolaise de Football pour instituer par décret ces comités placés sous la supervision du premier ministre. Ils étaient chargés de mobiliser auprès des contribuables les fonds nécessaires pour un soutien financier de l’équipe nationale à la CAN. On nous a déballé autant d’arguments mielleux que possible pour nous persuader du sérieux de ces comités et nous inciter à donner des sous. Nous avons contribué volontiers, subi l’augmentation du prix du ciment, du carburant  et autres produits pour récolter à la clé un match en quarts de finale suivi d’une fin de séjour humiliante et chaotique des joueurs en Afrique du sud. Aujourd’hui les fameux comités se murent dans le silence et ça fait trois ans que ça dure.

Quid de la parole donnée ?

A force de m’informer, en fidèle auditeur, via la radio je me suis accommodé du générique plutôt insolite d’une émission hebdomadaire. Un générique qui met à nu toute la duplicité du gouvernement en martelant certains propos que tenait le premier ministre Ahoomey-Zunu en 2013 :

« Je tiens à rassurer les togolais que nous rendrons compte dans les détails de ce qui a été utilisé. Et si quelqu’un garde un franc par devers lui il le rendra jusqu’au dernier centime.. ».

Depuis lors l’eau a coulé sous les ponts. Le premier ministre a passé le témoin sans avoir honoré sa promesse. Face à l’inaction du gouvernement la déception ressentie est à la hauteur du ton solennel de l’engagement pris devant le Togo tout entier.  Nos gouvernants semblent ignorer qu’il y a des exigences élémentaires sur lesquelles on ne peut transiger sans perdre la confiance des citoyens. Ils font mine de ne pas savoir que gouverner, c’est prêcher par l’exemple et respecter la parole donnée à tout un peuple. L’éthique a-t-elle encore une place dans la gestion de la chose publique au Togo si un fonctionnaire peut disposer allègrement et impunément de l’argent des citoyens comme s’il s’agissait de son argent à lui ?

La décision de nous servir le même scénario pour la CAN 2017 tel un vieux plat d’ayimolou réchauffé sans s’acquitter des obligations actuelles est l’expression d’une injure du gouvernement à l’intelligence des togolais. Si respect il y avait pour nous ce gouvernement aurait envisagé toute mesure autre que la création de ces comités fantoches à l’affût de nos pauvres poches. Le plus drôle dans tout ceci est de constater que les rares déclarations publiques du gouvernement sur le sujet sont pourtant favorables à la publication des comptes de la CAN 2013. Encore faut-il s’assurer que tous pensent réellement ce qu’ils disent. Le premier ministre actuel en personne avait admis la nécessité de faire les comptes. Tout le monde est d’accord sur le principe mais qui pour se jeter à l’eau ? Personne ne veut s’exposer devant les caméras avec des comptes dont la fiabilité ne serait pas garantie. Où est alors passé le sens de la responsabilité et de la transparence qui doit guider toute fonction publique ?

Faudrait-il rappeler aux membres du gouvernement qui se font tant désirer que la présentation de comptes publics n’est en rien un exploit et que des hommes ont déjà été capables de l’exercice dans ce pays ? Oui malgré l’opacité ambiante observée dans bien de secteurs certaines personnes ont eu le courage de montrer l’exemple en 2010. Au lendemain de la tragédie qui a frappé en terre angolaise l’équipe nationale certains responsables du comité de gestion en ce temps ont pris l’initiative de publier des comptes. Même si le bilan présenté n’a pas fait l’unanimité les personnes concernées ont eu le mérite de s’acquitter de leur devoir envers les contribuables. Un exemple dont les membres des comités de la CAN 2013 feraient mieux de s’inspirer.

N’en rajoutez pas aux infortunes de ce football

Je ne sais pas pour vous mais être un mordu de foot dans ce pays c’est vivre un supplice, c’est souffrir le martyr. Ma passion pour le football a toujours été mise à rude épreuve par des incongruités et vicissitudes couvrant de honte tout un pays. Puisque personne n’a jamais été comptable de rien beaucoup ont fini par faire du football une mangeoire, un domaine où chacun se sert à volonté sur l’argent du contribuable. Ce sport a fini par tomber dans l’escarcelle de cette fameuse minorité qui selon les dires du chef de L’État « s’accapare les biens du pays ».

 Les matchs ou compétitions à l’étranger sont l’occasion pour certains de voyager en compagnie de leurs copains avec la délégation officielle aux frais du contribuable. Dans un passé récent certains administrateurs de la fédération s’arrogeaient  le droit de prendre des commissions sur les primes des joueurs qu’ils faisaient sélectionner. Même les ressources logistiques ne sont pas exemptes de gaspillage. Longtemps soumis à une gestion désastreuse les maillots de l’équipe nationale ont carrément disparu de la circulation. Ce qui nous a d’ailleurs valu une rupture de contrat par l’équipementier au profit d’un autre fournisseur moins coté. L’équipe a donc dû jouer les éliminatoires toute vêtue de maillots non officiels. Quelle honte pour un pays ayant participé à une coupe du monde.

Bref. Il est clair qu’avant le sale coup du 16 décembre dernier, le football au Togo souffrait déjà assez. Les togolais payent un tribut trop lourd pour le football et n’avaient pas besoin de cette énième tentative de dépouillement.  Autant que je souhaite voir les éperviers voler de victoire en victoire à la CAN, je ne saurai tolérer que les gouvernants piétinent, malmènent le citoyen que je suis en allant de gabegie en gabegie. Il est hors de question d’avaler une pilule amère pour une deuxième fois. Accepter de se faire spolier une fois de plus au nom du football revient à cautionner la médiocrité et  l’opacité dans la gestion des fonds publics.

Il n’y a plus de temps, plus une seule minute à perdre. Finissons en! Pour le respect de la parole donnée à tout un peuple #FaisonsLesComptes au plus vite.

 


Sommet de Lomé : Faure Gnassingbé est le prophète Moïse

 

Credit: news.icilome.com
Credit : news.alome.com

A Lomé il faudrait être un aliéné pour ne pas flairer la moindre once de parfum d’un sommet dont la tenue prochaine est claironnée partout, et même sur les ondes de RFI. Excusez du peu. Il faudrait être un de ces jaloux et grincheux opposants pour refuser de voir la vie en bleu comme notre papa Faure depuis qu’il a reçu la divine révélation du précieux « sésame maritime ». Oui, ce sommet sur la sécurité maritime c’est le « sésame d’octobre ». Voici enfin la formule magique qu’il cherchait depuis 11 ans de règne pour nous ouvrir les portes du plein bonheur. Il faut croire que la lettre du 20 septembre dernier à la cybercommunauté ne porte pas qu’un simple message. C’est toute une prophétie que nous avons là. Comme Moise à l’endroit de son peuple, « Miabé Faure* » demande aux togolais d’emprunter la route de la prospérité qui passe par la mer. Allons donc !

A ceux qui osent douter de l’inspiration divine de notre chef bien aimé je tiens à préciser qu’il lui a fallu invoquer les dieux de tous les villages du Togo (il est chrétien et alors ?). Faure Fort heureusement ces derniers ont fait diligence en se ralliant à la cause. D’où le bleu ciel revêtu par la pierre sacrée du peuple Guin en 2015. Ah vous ne le saviez pas hein ! Voilà qui est maintenant clair. Comme le dit un proverbe africain, « à événement spécial couleur spéciale ».

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Bon, assez divagué. Je reprends mes esprits.

A travers son message, le « prophète » s’est évertué à démontrer par A+B que cette rencontre internationale, la première du genre depuis des lustres au Togo, est bien ce qu’il nous faut. D’ailleurs pour convaincre les uns et les autres du bien-fondé de la chose et ratisser large, la diplomatie togolaise s’est elle-même mise en branle en faisant le tour des palais présidentiels africains. Difficile, après autant d’égosillements, de rester incrédule sur l’intérêt du  sommet sur la sécurité maritime pour le pays. A n’en point douter c’est une aubaine qui s’offre à certains opérateurs économiques de booster leurs affaires et nouer des partenariats. Les hôteliers qui accueilleront les invités sont certains de faire recette et peuvent s’en frotter les mains. Les organisateurs ne manqueront pas de vanter les potentialités du pays dans le domaine de l’économie maritime avec son troisième quai flambant neuf. Ils y trouveront leur compte sur le plan diplomatique en mettant en avant l’image d’un pays qui a l’air stable. C’est de bonne guerre. Qui va se négliger?

Un sommet vraiment «international»

Le bruit court que pour nous prouver qu’il n’est pas dans les blagues, le « prophète » entendrait recruter à prix d’or des experts étrangers en communication. N’en déplaise aux médias togolais qui s’époumonent à fustiger un mépris pour les compétences locales. Ils ne savent pas que leur président n’aime jamais faire les choses à moitié, et que pour lui un sommet sans experts « internationaux » n’est pas un sommet « international ».

Il n’y a pas non plus de sommet international sans des routes bien propres et répondant aux normes internationales. Vous comprenez donc pourquoi on nous soigne les routes avec autant de soin ces derniers temps et pourquoi pullulent dans la ville des chantiers dont certains sont mort nés parce que suspendus pour une durée qui reste dans le secret des dieux.

Il faut bien nettoyer la route pour que brille l’asphalte. Il faut bien y mettre un peu de décoration pour épater les visiteurs.

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C’est à croire que nous autres togolais nous devrions prier Dieu de nous inspirer l’idée d’un sommet chaque année à Lomé pour qu’on apporte autant de soins à la ville. D’ores et déjà rassurez-vous chers togolais ! Tout porte à croire que nous serons exaucés car le « prophète » dans sa magnanimité nous fera bientôt la surprise d’un sommet Israël-Afrique et de tout le bling-bling qui va avec. Ce n’est pas sympa ça ?

Passer par la mer le ventre creux?

Je concède volontiers que la route du développement durable passe par la protection de la mer et de ses ressources. Certes le problème n’est pas à prendre à la légère.

Il faut quand même  se rendre à l’évidence qu’il ne s’agit que d’un problème parmi d’autres bien plus préoccupants pour les togolais. Tout l’engouement et les moyens concentrés sur l’organisation du sommet me donnent l’impression que le président n’a d’yeux que pour ce projet pendant que des secteurs importants de la vie sociale et économique du pays souffrent d’un manque cruel d’investissements.

Les infrastructures mises en place et la logistique déployée pour la circonstance, tout cela est bien beau et admirable. Mais j’aurais bien aimé sentir de la part des gouvernants autant d’engouement et de ferveur pour d’autres défis où les togolais les attendent. Nous n’avons droit pour l’instant qu’à un véritable paradoxe. Sous un 3eme quinquennat au pouvoir, que Faure a lui-même qualifié de « mandat social », tout l’argent public part dans les grandes infrastructures, les grandes conférences, les voyages officiels et officieux. Par contre cet argent se fait très rare là où les besoins sociaux sont les plus criants, là où les situations sont les plus désespérées. Les hôpitaux, les écoles et universités restent les parents pauvres des investissements publics. Ce paradoxe affligeant, ce sont des citoyens qui l’expérimentent au quotidien et qui en témoignent.

La quiétude dans laquelle se déroulera le sommet n’est qu’un faux-semblant qui dissimule la grogne sociale qui fuse d’un peu partout. Dans le domaine de l’éducation le gouvernement a eu la malice de prendre de court la menace de grève des syndicats d’enseignants en décidant de reporter la rentrée scolaire. Une manière bien subtile de leur faire l’injonction de la fermer et de circuler. Un bon débarras. Ceux-là ne risquent donc pas de venir gâcher la fête avec leurs revendications.

Le sommet sur la sécurité maritime semble être devenu la priorité des priorités, la grande attraction qui prime sur tous les besoins essentiels des populations, la direction que tout le monde doit privilégier au détriment de toute autre trajectoire.

Nous voulons bien passer par la mer mais pas en ayant le ventre creux ni une santé d’argile. La route du développement durable que nous attendons est celle qui passe par l’équipement des hôpitaux pour des soins de qualité, des conditions de travail acceptables pour élèves, étudiants et enseignants, ainsi qu’une répartition juste et équitable des richesses.

Ce n’est pas si compliqué monsieur le « prophète » ! 

*Miabé Faure = notre Faure en langue mina. Expression apparue lors de la dernière campagne électorale de 2015

 

 


A toi qui vis loin d’ici

Credit:loveinside.com
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Depuis que tu t’es envolée vers un autre horizon, loin de cette ville où tout a commencé, je sens mon esprit tanguer entre blues et admiration. Pour tout te dire, tu m’as rendu admiratif de tous les signes d’affection dont tu as marqué mon esprit comme un être marque d’une empreinte son existence. Sur chacune de ces photos que tu m’as laissées en souvenir et que je contemple religieusement, je trouve le reflet d’un rapport fusionnel que la distance éprouve aujourd’hui. Vois-tu? Je me suis toujours convaincu que les relations à distance c’était pour les autres. Hélas! C’est quand on le vit qu’on fait vite de déchanter. S’enticher de quelqu’un qui vit ailleurs, très loin de la chaleur de ses bras. Pas simple comme équation. D’ailleurs je me demande bien comment tu t’en sors sans moi.

Comment te prends-tu pour combler ce vide laissé dans ton nouveau cadre de vie ? De quoi meubles-tu désormais tes soirées ? Est-ce aussi agréable que ces virées que nous nous offrions ensemble en amoureux ? Il se peut qu’avec le temps tu aies appris à mieux t’y faire. Ce qu’il en est pour toi je ne le saurai peut être jamais assez. Pour ma part m’éloigner de toi est un crève-cœur que je dissimule derrière le sourire que j’arbore tel un masque sur le visage. Je me mets à rêver d’une autre vie où j’aurai le don d’ubiquité pour être en ta compagnie quand ça me chante. J’aurais le pouvoir d’apparaitre et réapparaitre en tout lieu et en temps voulu. Ni les frontières, ni le temps ne seraient des obstacles de taille pour nous séparer. Dans mon esprit je me plais à remonter le temps, à retourner aux origines de cette histoire idyllique écrite ensemble. Te souviens-tu de notre première rencontre ?

Je me rappellerai toujours du soir où je faisais par un heureux hasard ta découverte. Mon regard se posait au détour d’une conférence à l’hôtel sarakawa sur ton visage rayonnant de grâce et de beauté. Avant même de t’aborder je pouvais déjà lever le mystère sur ton nom. Comme par providence une connaissance à toi qui se tenait au loin dans le hall criait ton nom en faisant de grands signes. Ma plus belle découverte du jour s’appelait Awa. Au premier contact qui s’établit entre nous ce jour-là, des échanges de civilité et rien de plus. Cela n’a pas suffi à allumer la moindre étincelle et rien ne semblait nous disposer à envisager d’aller plus loin, d’aller au-delà d’une amitié. Même pas le présage d’un éventuel rapprochement. Je paraissais trop jeune pour toi et moi je te trouvais trop belle et trop distinguée à mon gout. Tu étais le genre de personne avec qui j’appréhendais mal une quelconque aventure, une femme qui ne passe jamais inaperçue et ne laisse jamais personne indifférent.

J’avoue avec le recul que tu as raison de penser que la vie se moque parfois de nous. Elle recèle des surprises les plus insoupçonnées. Les expériences que nous redoutons le plus peuvent parfois se révéler comme les plus savoureuses. Ce que nous ne semblons pas vraiment considérer peut subitement prendre de la valeur à nos yeux et devenir ce que nous chérissons le plus au monde. C’est un peu ce qui nous est arrivé. Nous ne voyions rien venir et notre aventure s’est imposée d’elle-même.

A mesure de nous côtoyer l’affinité se construisait, se développait pour franchir au final le cap de l’amitié. L’impression devenait forte de te connaitre depuis bien longtemps. Je découvrais une femme d’un esprit brillant. Une complicité était née. S’en suivent les étreintes à n’en point finir, nos balades bras dessus bras dessous, nos coutumières heures de détente dans le doux vent de la plage où, nos pieds entremêlés dans le sable fin, nous contemplions avec délectation le mouvement des vagues.

Tout m’a l’air désormais d’un changement brusque, d’un pari aussi osé que celui d’un saut dans le vide. N’empêche, ce pari en vaut tout de même la peine. Je vois dans cette épreuve non pas une peine mais une nouvelle page de notre histoire qui s’ouvre. A quoi bon tout plaquer quand tu fais de moi un homme comblé ? A quoi bon tout remettre en cause quand je ne vis le meilleur qu’avec toi ?

Puisqu’on ne vit qu’une fois (telle est ma conviction), je ne peux qu’assumer pleinement cette aventure sans le moindre regret dans les bons comme les mauvais jours car tu restes celle que je préfère pour ma courte vie.