Boukari Ouédraogo

La maison de François Compaoré 7 mois après l’insurrection

Le domicile de François Compaoré, frère cadet de l’ancien chef de l’Etat burkinabè Blaise Compaoré a fait l’objet de pillages dès le lendemain de l’insurrection populaire qui a fait partir son grand frère du pouvoir. Cette maison occupée pendant plusieurs semaines par de nombreux curieux n’est plus que ruines aujourd’hui.

L'on voit se dessiner les traits de l'ancien Président Blaise Compaoré et son frère François
Les visages de Blaise Compaoré et de son frère François

Des fleurs et des arbres fanés, des tessons de vitres, des amas de briques, une maison dévastée. C’est le premier constat que peut faire le visiteur qui se rend au domicile de l’ancien président.

Les fenêtres ont inspiré l'auteur de ce dessin
Les fenêtres ont inspiré l’auteur de ce dessin

Le silence est le maître de ces lieux qui grouillaient de curieux au lendemain de l’insurrection populaire. De petits commerçants s’étaient regroupés autour de cette maison. Selon des rumeurs, dans cette maison, on se livrait à des pratiques inhumaines.Photos domicile François Compaoré

Le domicile de François Compaoré était devenu un musée. Ce n’est pas sûr que le musée national ait accueilli autant de monde qu’après l’insurrection populaire.

Une photo géante de manifestants célébrant le départ de Blaise Compaoré
Une photo géante de manifestants célébrant le départ de Blaise Compaoré

Ce mardi 19 mai 2015, quatre jeunes vendeurs de CD et de posters de l’insurrection devisent à l’entrée.

Photo domicile François CompaoréOn peut sur les murs par endroits, des écrits, des graffitis, des coupures de journaux. Photo domicile François Compaoré

Les traces des pillages demeurent. « L’indéboulonnable » groupe électrogène à l’entrée a été emporté depuis longtemps. Les fils électriques, les carreaux, les tôles des cuisines ont cédé leur place au vide.

Domicile François CompaoréLe domicile de François Compaoré aujourd’hui est une ruine.

Depuis cet endroit, François Compaoré pouvait voir ce qui se passait à l'Université de Ouagadougou de l'autre du goudron
Depuis cet endroit, François Compaoré pouvait voir ce qui se passait à l’université de Ouagadougou.

 


Burkina : le CSC veut bâillonner la liberté d’expression

Le Conseil supérieur de la communication (CSC) du Burkina a décidé de la suspension de certaines émissions d’expressions directes en raison du contexte social actuel. Cette décision s’apparente plutôt à une manière d’empêcher toute critique (elles sont nombreuses) contre le gouvernement de transition. Un recul pour la démocratie au Burkina Faso.

« Les émissions d’expression directe sont suspendues des programmes des radiodiffusions sonores et télévisuelles pour une durée de trois mois, ainsi en a décidé le Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso lors de sa séance du 6 mai 2015. Motifs invoqués « la cohésion sociale » mais aussi « la période électorale à venir ». Cette mesure ne s’applique pas aux émissions sur la santé et celles à caractère ludique, sentimental et culture, précise toutefois l »instance de régulation des médias.

Indéniablement, cette décision est un recul pour la liberté d’expression. L’on pressentait une telle réaction de la part du CSC. Déjà, le débat s’est posé de savoir si les journalistes burkinabè dans le contexte post-insurrectionnel actuel doivent jouer un rôle de soutien à la transition ou doivent continuer à jouer un rôle critique. Dans le contexte du Burkina, le citoyen a encore plus besoin de s’exprimer et surtout être écouté. C’est parce que pendant 27 ans, sinon même plus les dirigeants sont restés sourds que les Burkinabè sont sortis dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol. Prendre une telle décision, c’est fouler au pied, le critère premier de la démocratie défini comme le pouvoir du peuple qui l’exerce en toute souveraineté.

Dans un régime démocratique, la circulation des opinions et des idées doit être le principe clef. Elle permet au citoyen de participer directement ou indirectement à la prise de décision. Amputer le citoyen de cette force, c’est le réduire à néant. Ce n’est pas cela la démocratie, dont rêvaient les Burkinabè quand ils ont chassé le président Blaise Compaoré fin octobre 2014.

On aurait peut-être pu comprendre qu’une émission d’expression directe soit suspendue (encore que là, il faille nous convaincre du pourquoi) pour des dérives. Mais avancer des risques de manquements qui pourraient perturber le processus électoral est incompréhensible. C’est d’ailleurs manquer de respect à la presse burkinabè. Depuis la disparition du journaliste Norbert Zongo en 1998, les médias n’ont jamais été aussi soumis à une telle décision. Même du temps de Blaise Compaoré. Les opinions n’ont pas été aussi plurielles sur les antennes que pendant l’année 2014 au Burkina Faso.

Si les animateurs d’émissions d’expression directe sont si irresponsables pourquoi dans un tel contexte alors dépénaliser les délits de presse ? Ou bien est-ce les premières conséquences de la dépénalisation des délits de presse au Burkina Faso ? Une émission comme « Affairages » de la Radio Ouaga FM n’a t’elle pas fait ses preuves au point de remporter un prix, le prix Galian décerné par l’Assemblée nationale du Burkina ?Aujourd’hui, cette émission qui s’est illustrée à travers l’interpellation des dirigeants est obligée d’arrêter juste parce qu’on veut peut-être protéger des gens.

A l’analyse, l’impression qui se dégage c’est que le CSC  joue au plus royaliste que le roi. A moins d’y voir les mains du roi. Norbert Zongo vient de se retourner dans sa tombe après cette décision. Demain, c’est peut-être les réseaux qu’ils vont fermer.


Grève à la télévision Canal 3 (Burkina), la partie cachée de l’iceberg

Sur mon profil Facebook, j’ai publié un post dans lequel je m’indignais du fait qu’un agent de la télévision privée burkinabè Canal 3 affirmait qu’ils voulaient faire carrière à Canal 3 alors que le personnel exige le départ sans condition depuis le 23 décembre 2014 de la direction. Mes propos ont mal été jugés par certains qui pensaient que j’étais contre cette grève. Toute personne qui connait les conditions d’exercice du métier de journaliste au Burkina Faso ne peut être contre cette grève. Pour moi, compte tenu de la situation des journalistes au Burkina Faso et tenant compte du cas particulier de Canal 3, j’ai trouvé que c’est manqué d’ambition que de vouloir y faire sa carrière. Je sais très bien dans quelles conditions les journalistes travaillent au Burkina.

Canal 3

Les salaires indécents : Le Burkina Faso a adopté une convention collective dans laquelle sont mentionnées les conditions dans lesquelles les journalistes burkinabè doivent être traités. D’abord, cette convention est collective est dépassée par rapport à la réalité. Mais, mis à part deux ou trois médias, aucun d’entre eux ne respectent cette convention. Combien de journalistes peuvent se targuer d’empocher 100 mille francs CFA de salaire ? 100 mille francs, déjà sont des miettes lorsqu’on sait qu’un loyer, (une chambre et salon), est de 25 mille francs CFA au minimum (sans touche interne, cuisine, ni carreau). Et si on ajoute les factures d’électricités, d’eau, le carburant…

En plus, les avantages qu’offre la carte de presse en conformité avec la convention collective ne sont pas encore pris en compte. Les journalistes burkinabè ressemblent un peu plus à des mendiants, obligés de faire la course aux « gombos », (les 5 mille francs CFA et 10 mille francs CFA de perdiems que donnent certaines organisations lors de la couverture de leurs évènements). Il n’est pas rare de voir les journalistes traînés pendant plusieurs minutes après la couverture d’une cérémonie juste parce qu’ils attendent un hypothétique « gombo » de 5 mille francs CFA. Lorsque cet argent ne vient pas, certains parfois arrivent à exiger l’exiger  aux organisateurs comme si c’était un droit : il faut payer l’argent de l’essence parce que le patron n’a rien donné lorsqu’on quittait le bureau.

Les conditions précaires : En plus des bas salaires que les journalistes doivent supporter, ils se doivent aussi faire face aux manques de matériels. De nombreux médias manquant de tout jusqu’au siège. C’est au journaliste de se débrouiller pour la couverture des évènements, pour la rédaction de son article, son déplacement sur le terrain etc. Tout en réalité. Heureusement, les téléphones portables sont là pour nous sauver pour les enregistrements des voix et la prise des photos.

L’insuffisance du personnel : Dans certains médias, les journalistes sont moins de 5. Ainsi, ces derniers doivent se taper plusieurs reportages par jour et en plus de cela, animer des émissions pour ceux qui travaillent dans les radios ou la télé. La qualité du travail s’en ressent bien évidemment avec des critiques acerbes du public qui veut forcément faire une comparaison avec le professionnalisme des médias étrangers. Le journaliste dans une telle situation manque de temps pour son épanouissement. Il ne peut rien entreprendre parce qu’il est toujours occupé sur le terrain des couvertures médiatiques, la rédaction de son article etc. Lorsqu’il rentre chez lui, c’est juste pour dormir. Il n’a même plus de vie sociale. Les journalistes sont abonnés absents aux funérailles, baptême, mariage de leurs proches. Il ne faut surtout pas évoquer l’une de ces situations pour justifier une absence.

La fourberie des patrons : Pendant que les journalistes croupissent dans la misère, leurs patrons roulent dans des voitures rutilantes, dorment dans des duplex? sortent avec de belles, animent des conférences à n’en pas finir etc. Pour eux, payer décemment les employés revient à jeter de l’argent par la fenêtre. L’exigence des patrons de presse par rapport à la tâche abattue par les journalistes est disproportionnelle aux offres salariales. Des journalistes touchent parfois 30 mille francs CFA seulement de salaire ! N’est-ce pas pour cela que d’autres, au lieu de proposer des contrats en bonne et due forme, proposent plutôt des piges. On vous achète à article 1000 francs même.

Le journalisme, un dépotoir : Si les journalistes travaillent dans ces conditions, c’est en parti aussi parce que ce métier est devenu ou est un dépotoir pour ceux qui n’ont rien trouvé à faire ailleurs. Ils sont nombreux à parachuter dans le métier sans formation ni passion aucune, mais surtout parce qu’ils ont échoué ailleurs. Quand c’est ainsi, ils acceptent toutes les conditions aussi mauvaises sont-elles que leurs proposes les patrons de presse. Ce sont des propositions que d’autres ont refusé. L’on se retrouve dans un cercle vicieux car, engagé un journaliste dans un contexte s’apparente à de l’aumône. Ils estiment être redevables à leurs patrons et n’osent donc plus revendiquer quoi que ce soit. Il n’est pas rare d’entendre, parlant de journalistes passés par des écoles de formations, qu’ils font le malin. Certains patrons de presse ne se cachent même pas. Ils ne souhaitent pas engager les journalistes formés sous prétexte qu’ « ils se prennent pour des connaisseurs ». C’est ainsi que vous verrez des journalistes faire de la littérature (des dissertations) en venant vomir les petits mots appris par cœur dans le dictionnaire. Donc, si tu te vends moins cher, on t’achète moins cher.

Ceci n’est qu’une part de la partie cachée de l’iceberg des de travail des journalistes burkinabè. On pourrait prendre des heures, des lignes pour évoquer ces problèmes que connaissent les journalistes burkinabè. Il faudrait donc comprendre que le cas de Canal 3 n’est qu’une miniature de ce que vivent les journalistes burkinabè. On ne peut donc pas s’opposer à ce qu’ils revendiquent de meilleurs conditions de travaillent.


Et si Isaac Zida limogeait tous les directeurs généraux ?

Le nouveau premier ministre du Burkina  Yacouba Isaac Zida, lorsqu’il s’apprêtait à céder le pouvoir a suspendu le directeur général de la Société burkinabè d’électricité  sous prétexte que ce dernier a saboté la cérémonie de signature de la charte de la transition. Lors de ce moment très important, il y a eu une coupure d’électricité. Le DG de la Société burkinabè des hydrocarbures Boukary Jean-Baptiste de la Salle Béréhoundougou a connu le même sort.

 

Isaac Yacouba Zida doit limoger tous ceux qui sont supposés être proches du régime Compaoré (news.com.au)
I.Y. Zida doit limoger tous ceux qui sont supposés être proches du régime Compaoré (news.com.au)

Si ces derniers sont supposés être des proches de François Compaoré, ils ne sont pas les seuls directeurs généraux qui ont des accointances avec le petit frère de l’ancien président Blaise Compaoré. Certains d’entre eux ont aussi quitté le pays à cause de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobres 2014. D’autres sont encore là, bien discrets. Dans la logique, tous les directeurs généraux du Burkina doivent être limogés afin de remettre tout à plat. Au Burkina, tout le monde le sait jusque-là, pour occuper un poste de ministre, de directeur général ou autre, il fallait avoir les faveurs de François Compaoré et aussi la bonne carte, la carte du CDP.

Les protestations après la nomination de Adama Sagnon en qualité de ministre de la Culture et du Tourisme, précédemment DG du Bureau burkinabè des droits d’auteur (BBDA) sont la preuve que beaucoup de directeurs généraux ont toujours travaillé pour le compte du régime de Blaise Compaoré. Il faut éviter le deux poids deux mesures !

Sans vouloir défendre Jean Christophe Ilboudo (Sonabel) et Boukary Jean-Baptiste de la Salle Béréhoundougou, le prétexte de sabotage avancé par le désormais premier ministre n’est pas valable. Les  coupure d’électricité sont courantes. Ce n’est pas la première fois que ce genre de problème arrive lors d’une cérémonie en présence d’une haute personnalité.

Ce n’est pas normal qu’il y ait des coupures intempestives au Burkina Faso. Je concède. Mais, Zida doit rester dans sa logique et aller encore plus loin même. Les directeurs généraux ont avec eux, des collaborateurs. Très proches ! Des collaborateurs avec qui, ils partagent des confidences. Des collaborateurs avec qui, ils font des magouilles. Zida doit donc suivre sa logique : limoger tous les DG.

Trop précipité tout cela ? C’est trop précipité aussi que de limoger les deux directeurs généraux cités plus haut, car Zida a pris ses décisions alors qu’il était à un pas de céder le poste de président. Le bon sens aurait voulu qu’il laisse cette décision au président entrant. Mais ce que les Burkinabè n’ont pas vu, c’est que Zida a donné d’une main le pouvoir à un civil (le président Michel Kafando) pour le récupérer de l’autre main en se bombardant premier ministre, mais aussi et surtout ministre de la Défense.


Gouvernement burkinabè : Adama Sagnon, balayé du ministère de la culture

Après l’ex Président du Faso Blaise Compaoré contraint à la démission suite aux soulèvements populaires des 30 et 31 octobre 2014, les agents du ministère de la culture et du tourisme ont obtenu la démission du tout nouveau fraîche et ministre de la culture et du tourisme du gouvernement de transition Adama Sagnon. En 48 heures, celui qui s’est fait connaitre (et oublier) dans l’affaire Norbert Zongo s’est fait rattraper par son passé.

(photo Burkina 24)
(photo Burkina 24)

La nomination du directeur général du Bureau Burkinabè des Droits d’Auteur (BBDA) Adama Sagnon a été mal reçue par les Burkinabè. Monsieur Adama Sagnon était le procureur du Faso en 2007 et avec Abdoulaye Barry, le procureur général lorsque la justice traitait le dossier Norbert Zongo. Ils ont décrété un non-lieu dans cette affaire pour manque de preuves. Ce qui a le plus choqué les Burkinabè en son temps, c’est l’arrogance avec laquelle, ce monsieur a traité la partie plaignante. Les Burkinabè n’ont pas oublié les résumés des conférences de presse pendant lesquels de façon acharnée Adama Sagnon défendaient l’absence de preuves alors que plusieurs pistes étaient bien en vue.

Par contre, lorsque François Compaoré a attrait le Journal l’Evènement pour diffamation, c’est encore Adama Sagnon qui a exigé trois mois d’emprisonnement contre Germain Bitiou Nama et Newton Ahmed Barry (proposé par la société civile pour le poste de Président de transition) et six mois de suspension du journal sur le même sujet : Norbert Zongo. N’est-ce pas lui qui a rejeté le rapport de la commission nationale d’enquête ? N’était-il pas mieux d’accepter ce rapport et ouvrir l’enquête au niveau de la justice ?

La partie civile exige un franc symbolique. Elle laisse la latitude au Tribunal de condamner et d’amender à sa guise les deux journalistes. A la fin du réquisitoire de la partie civile, une personne applaudit. Le public, comme un seul être, la cherche du regard. L’intéressé s’interrompt et ne se manifeste plus. Le ministère public, par la voix de Adama Sagnon, exige 3 mois d’emprisonnement avec sursis à l’encontre de Germain Bitiou Nama et de Newton Ahmed Barry et 6 mois de suspension du journal.
Le trio d’avocats de la défense demande la relaxe pure et simple de leurs clients. Les journalistes font leur métier. Ils écrivent pour informer. Leurs écrits ne sont nullement dans l’intention de nuire.
« La presse est libre quand elle chante les louanges du prince. Mais, elle devient diffamatoire quand elle s’intéresse à certains dossiers. Si dans l’affaire David Ouédraogo, on avait respecté la présomption d’innocence, on n’en serait pas là aujourd’hui. Tant que les hommes seront vivants, ils émettront leur pensée, leurs opinions », conclut Me Faraman
voir l’article.

«Nous connaissons l’homme, nous connaissons ses compétences. Il est Directeur général du BBDA, depuis un certain nombre d’années. Nous n’avons jamais appris que les artistes se plaignent de lui. Nous pensons qu’il fait du bon travail dans ce ministère ». Tels sont les propos du Lieutenant-Colonel Isaac Yacouba Zida lorsqu’il a été interrogé le lundi 24 novembre 2014 à sa sortie du premier conseil des ministres. Zida a montré ce jour-là, son ignorance sur la gestion du BBDA par Adama Sagnon. Il a été pris de contre-pied.

Adama Sagnon qui s'était fait oublié au BBDA s'est fait rattrapé par l'histoire en devenant ministre de la culture
Adama Sagnon qui s’était fait oublié au BBDA s’est fait rattrapé par l’histoire en devenant ministre de la culture

Depuis son arrivée au BBDA en remplacement de Balamine Ouattara, les artistes (j’en ai vu personnellement) ont défilé dans les stations de radio du Burkina pour se plaindre. Leurs œuvres étaient diffusées dans les radios et télévisions mais il n’y avait pas de traces au niveau du BBDA. Pourtant, chaque mois, des agents collectionnaient des fiches dans les différentes stations.

Avant de quitter la tête de l’Etat burkinabè, il a limogé le directeur général de Société Nationale Burkinabè de l’Electricité (SONABEL) sous prétexte qu’il a saboté la cérémonie de signature de la charte de transition. Ce fut plus tard au directeur de la Société nationale burkinabè des hydrocarbures (SONABHY) Jean Baptiste de la Salle Berehoudougou. Là, on attend toujours les raisons de ces décisions populistes.

Selon les rumeurs qui courent à Ouagadougou, ce monsieur qui vient de rentrer du Nigéria serait un camarade de classe du Lieutenant-colonel Isaac Zida depuis la classe de 5ème. En plus, ce monsieur serait un grand ami de François Compaoré. Certains évoquent des proximités familiales entre Adama Sagnon et la famille Compaoré. Au Burkina, il se raconte qu’au temps des Compaoré, il fallait être ami à François pour être un directeur général. Ainsi, Zida devrait d’ailleurs limoger tous les directeurs généraux.

Ce qu’il faut retenir, c’est que la démission d’Adama Sagnon est une nouvelle victoire pour le peuple burkinabè. « Plus rien ne sera comme avant », a affirmé le Président Michel Kafando. Cette phrase est vraie, pas parce que c’est lui qui donnera l’exemple mais parce que les Burkinabè seront plus vigilants sur ce qui se passe dans leur pays.


Transition au Burkina: Michel Kafando le candidat de l’armée passe haut la main

Le diplomate Michel Kafando a été désigné à l’unanimité des 23 membres du collège de désignation du président de la transition au Burkina Faso. Après la prise de pouvoir par le lieutenant-colonel Isaac Yacouba Zida, suite à la démission de Blaise Compaoré après les manifestations populaires des 30 et 31 octobre 2014, les Burkinabè étaient à la recherche d’un civil à la tête de l’Etat.

Après plusieurs tergiversations de la société civile, de l’opposition, mais aussi après les tentatives des militaires burkinabè de garder le pouvoir, les Burkinabè sont revenus à la raison. Ils ont trouvé un président qui va assurer la transition ce lundi 17 novembre 2014 à la salle des conférences du quartier Ouaga 2000 de Ouagadougou. Au cours d’une réunion qui a duré toute la nuit, les 23 membres du collège de désignation ont porté leur choix sur Michel Kafando.

Cinq candidats ont été proposés au poste de chef de l’Etat du Burkina. Il s’agit de deux journalistes Newton Ahmed Barry rédacteur en chef du journal L’Evènement et Chérif Sy, directeur de publication du journal Bendré. Joséphine Ouédraogo ancienne ministre de Thomas Sankara pendant la période révolutionnaire et Michel Kafando ancien ambassadeur du Burkina Faso. Monseigneur Paul Ouédraogo, l’homme d’Eglise qui faisait l’unanimité a refusé cette nomination.

Sur les cinq noms donnés au départ, Joséphine Ouédraogo, Chérif Sy et Michel Kafando ont été sélectionnés et auditionnés. Finalement Michel Kafando a été retenu. Ce diplomate chevronné n’est pas connu du public, mais il a une expérience des institutions internationales.

Si le départ de Blaise Compaoré a été le plus difficile, la désignation du nouveau président de la transition n’a pas été aisée. D’abord, les Burkinabè voulaient éviter le scénario du 3 janvier 1966 qui a vu l’arrivée du général Aboubacar Sangoulé Lamizana. Depuis lui jusqu’au lieutenant-colonel Zida, le Burkina Faso n’a plus connu un président civil. C’est pourquoi le 2 novembre 2014 certains manifestants ont tenté d’installer l’opposante Saran Séré Sérémé à la tête de l’Etat burkinabè.

La tâche assignée au nouveau président est colossale : la transition jusqu’en novembre prochain en attendant l’organisation d’élections législatives et présidentielle dans un contexte de méfiance. Une année, c’est court. Mais c’est ce qui pourrait être le véritable handicap de Michel Kafando. Des milliers de jeunes sont au chômage. Ils attendent que leurs problèmes soient résolus du jour au lendemain par un coup de baguette magique. Les Burkinabè comprendront-ils qu’il ne s’agit que d’un président de transition ? Dans un temps aussi court, il ne peut pas mener de véritables réformes. C’est à Michel Kafando, en premier, qui devrait tenter de faire comprendre qu’il n’est pas venu régler tous les problèmes du Burkina mais permettre, en premier lieu, au pays d’élire un président démocratiquement.


Révolution burkinabè : Ouagadougou garde les stigmates

Les 30 et 31 octobre 2014, le peuple burkinabè s’est soulevé contre le régime du Président Blaise Compaoré qui voulait à tout prix modifié l’article 37 de la constitution qui limite l’occupation du fauteuil présidentiel à deux mandants de cinq ans. Les manifestations ont conduit à des pillages, des pneus brulés sur le goudron. Mais aussi des écrits un peu partout dans la ville de Ouagadougou. Des messages qui exprimaient le ras-le-bol mais aussi la soif de changement. 

 

Les stigmates du soulèvement populaire au Burkina Faso
Blaise Dégage sur plusieurs murs de Ouagadougou, l’on a vu ce message

 Les manifestants ont crié pendant les différentes manifestations: « Blaise Dégagé ».

 

C'est cette année que les Burkinabè ont commencé à crier à haute voix, cette phrase

Pour l’une des rares, fois, l’on a vu des Burkinabè traités aussi ouvertement leur chef de l’État: Dictateur

Les manifestants avaient déjà annoncé la fin du régime de Blaise Compaoré

La fin du régime de Blaise Compaoré mais seul lui ne l’avait pas compris. La révolution des 30 et 31 octobre 2014 ont mit au règne du Blaiso, le nom effectué de l’ancien chef de l’Etat.

Kouamé Lougué

Les manifestants ont appelé Kouamé Lougué au secours mais ce dernier n’a pas répondu à leur appel. Lorsqu’il l’a fait le dimanche 2 novembre 2014, le Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida s’était déjà confortablement installé volant ainsi au peuple burkinabè sa révolution démocratique et populaire.

 

Blaise Compaoré Ebola

Avec l’actualité en Afrique de l’ouest marquée par l’épidémie du virus Ebola qui sévit dans certains pays de la sous-région, certains ont traité Blaise Compaoré d’Ebola.

Tout cela était inimaginable au lendemain de l’élection présidentielle de 2005.

 


Isaac Yacouba Zida, Président par accident

Le 31 octobre 2014, à la place de la nation, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida a été « intronisé » chef de l’Etat en remplacement du général Honoré Nabéré Traoré. Si celui que personne ne voyait venir s’est proclamé chef de l’État, c’est à cause des tergiversations des acteurs de la révolution du 30 et 31 octobre 2014.

Yacouba Isaac Zida est le Chef de l'Etat depuis le 31 octobre 2014
Yacouba Isaac Zida le chef d’État burkinabè (au milieu) AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Personne, pas même lui ne s’attendait à ce qu’il soit un jour chef de l’État encore moins, chef de transition au lendemain le jour du soulèvement populaire du 30 octobre 2014. Après avoir fait le plus dur, faire partir Blaise Compaoré, les révolutionnaires ont eu (et ont) du mal à lui trouver un successeur. C’est finalement, contre toute attente, le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida qui a pris ses responsabilités avec la bénédiction de certains acteurs de la société civile dont l’influent « Balai Citoyen ».

Le refus de Kouamé Lougué

Si Yacouba Isaac Zida a été porté à la tête de l’Etat burkinabè, c’est d’abord parce que celui que tout le monde a plébiscité, celui que Boukary Kaboré dit le Lion, ancien compagnon de Thomas Sankara, est allé faire sortir de la retraite, a refusé de répondre « à l’appel du peuple » qui scandait pourtant son nom à tue-tête devant l’Etat-Major général des armées le 31 octobre 2014. Kouamé Lougué, qu’on disait populaire dans l’armée et adulé, craint par Blaise Compaoré, a jeté l’éponge sous prétexte qu’il aurait été assassiné. Si ce qu’il dit est vrai, alors l’homme n’était pas si populaire qu’on nous l’a fait croire. A moins qu’il ait voulu épargner le pays d’un bain de sang. Mais pourquoi se raviser et repartir quelques jours plus tard (le dimanche 2 novembre) faire une déclaration à la télévision nationale du Burkina pour soi-disant répondre à l’appel du peuple ?

Une situation inattendue

Si le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida est arrivé à la tête de l’Etat burkinabè, c’est aussi parce que personne, à la date du 29 octobre, la veille de la révolution et deux jours avant la démission du Président du Faso Blaise Compaoré, ne savait qu’il quitterait le pouvoir. Tout ce que les manifestants demandaient jusque-là, c’est le respect de l’article 37 de la constitution (qui stipule que le Président du Faso est éligible pour cinq ans renouvelable une fois). Un point un trait. Lors des différents meetings et marches, certains jeunes ont toujours souhaité marché sur le Palais de Kossyam. Mais leur appel n’a pas été entendu. Le 30 octobre, c’est à l’instinct qu’ils ont agi, saccageant l’Assemblée Nationale, l’hôtel Azalai où logeaient des députés du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) favorables au referendum et les domiciles de certains bonzes du pouvoir. Sous le contrôle des acteurs de la société civile et de la classe politique, tout cela ne serait pas arrivé. L’opposition avait perdu le contrôle de la situation.

Tergiversation de l’opposition

Les opposants et la société civile n’ont pas su prendre leurs responsabilités à temps. Aucun civile, disent-ils, ne peut gérer le pouvoir. N’était-ce pas par peur du « qu’en dira-ton ? » N’est-ce pas parce que personne dans l’opposition ne fait confiance à l’autre malgré l’apparente union? N’est-ce pas parce que l’opposition ne s’est jamais préparée à un coup pareil ? Difficile de préparer pareil situation. Les révolutionnaires, ces jeunes, surtout, qui demandaient à marcher sur le palais de Kossyam, ont souhaité que le général Kouamé Lougué prenne les rennes de l’Etat mais comme dit plus haut, ce dernier refusa. Alors, ils ont choisi la personne qu’ils estimaient être la mieux placée pendant les tergiversations de l’opposition, embourbée dans des négociations dont les manifestants n’avaient aucun écho.

Zida ou quand l’armée prend la main

Si Yacouba Isaac Zida a pris les commandes de l’Etat, c’est bien parce que tous les plans avaient échoué. « Yacouba Isaac Zida, c’est du Compaoré sans Compaoré », aiment à dire les Burkinabè. Pourquoi ? Hervé Ouattara dans un entretien confié au journal L’Observateur Paalga explique qu’il a connu Zida le 30 octobre 2014, lors de la marche sur Kossyam, où il a été reçu par Blaise Compaoré.

       L’Observateur Paalga : Comment avez-vous connu le président Zida ?

Hervé Ouattara : C’est à Kossyam que j’ai fait sa connaissance, lorsque nous y sommes allés avec le général Diendiéré rencontrer le président.

C’est après avoir échoué à convaincre Gilbert Diendéré de perpétrer un coup d’Etat contre Blaise Compaoré, l’opposition à Honoré Nabéré Traoré, que finalement Yacouba Isaac Zida a été proposé par les militaires. Personne ne voulait de Honoré Nabéré Traoré qui a raté l’occasion en ne destituant par Blaise Compaoré le 30 octobre lorsqu’il a dissout le gouvernement et suspendu la constitution. Qui pouvait tenir tête à la toute puissante Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) qui a une mauvaise réputation dans ce pays ? Pas Lougué ! Pas Nabéré Traoré qui finalement a fait allégeance en signant un communiqué du chef d’État-major général adjoint Pingrenoma Zagré

Le « Balai Citoyen », et certains mouvements anti-referendum n’ont pas compris à temps que Zida est membre du RSP. Une seule personne a été assez lucide pour refuser le choix des militaires : Luc Marius Ibriga. Si Smockey, Augustin Loada, Sam’S K le Jah l’avait écouté, ils n’auraient pas commis cette erreur qu’ils reconnaissent en secret. C’est sûr que si ces derniers savaient que Zida était le numéro 2 du RSP, adjoint donc du chef de corps Boureima Kéré, ils auraient refusé. Mais le mal était déjà fait. Il fallait l’assumer. Ce qu’ils ont fait. Avec courage ! C’est donc sans cet imbroglio que cet homme que personne n’a vu venir s’est imposé comme l’homme du fort du Burkina Faso depuis le 31 octobre 2014.


Avec Saran Sérémé, les Burkinabè étaient-ils prêts à avoir une femme présidente ?

Les Burkinabè sont-ils prêts à avoir une femme présidente du Faso ? C’est la question que je me suis posé le dimanche 2 novembre après l’échec de l’installation au pouvoir à la Radiodiffusion télévision nationale du Burkina (RTB) de Saran Sérémé. Considérant les milliers de manifestants qui ont accompagné la dirigeante du Parti pour le développement et le changement (PDC) Sara Séré Sérémé (ancienne du parti du Blaise Compaoré) ce jour-là, je suis convaincu qu’ils le sont. Mais bien avant, certains manifestants avaient montré une hostilité.

Saran Séré Sérémé a été plébiscité par certains révolutionnaires pour remporter le titre (photo Saran Séré Sérémé)
Saran Séré Sérémé a été plébiscitée par certains révolutionnaires pour remporter le titre (photo Saran Séré Sérémé)

Beaucoup de Burkinabè ont cru le dimanche 2 novembre 2014 que Sara Séré Sérémé serait la première femme présidente du Burkina Faso. Saran Sérémé? C’est cette femme qui a osé claquer la porte du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP)  en 2012. C’est elle qui a mené la révolution des spatules le lundi 27 octobre 2014 à Ouagadougou. Aucune femme n’a occupé, le poste de premier ministre, ni de présidente de l’Assemblée nationale encore moins de présidente du Faso. Ce jour-là, à l’habituel lieu de rassemblement « La place de la Révolution », rebaptisée « Place de la Nation » par Blaise Compaoré, les manifestants ont exigé de connaître le nouveau président du Faso avant midi.

Dix heures, quand Sara Séré Sérémé sort de sa voiture et fend la foule pour se retrouver à l’estrade dans le but de livrer un message, la bonne dame est prise en tenaille par la foule qui scande « Prési ! Prési ! » Ils la tiennent par les mains comme un joueur qui venait de remporter un trophée avec qui l’on souhaite faire un tour d’honneur.

Les femmes mobilisé lors de la révolution des spatules menée par Saran Séré Sérémé
Saran Séré Sérémé est celle qui a mené la révolution des spatules le 29 octobre 2014 à Ouagadougou (ph. Saran Séré Sérémé)

Sur l’estrade, Sara n’a pas l’occasion de dire un mot. « Prési ! Prési ! » Puis, les manifestants entonnent la Dytanié (l’hymne de la victoire en langue Dagara), l’hymne national du Burkina Faso. Cette intronisation n’a de valeur que si elle est officielle. Alors, elle est escortée dans sa voiture puis conduite jusqu’à la télévision nationale située à environ trois kilomètres de là. « Prési ! Prési ! » Les klaxons, les coups de sifflet et le sentiment de délivrance prouvent bien que les Burkinabè voulaient bien d’une femme comme présidente du Faso.

Mais ce rêve de voir une femme remplacer Blaise Compaoré, enfin un président imposé par les révolutionnaires va s’évanouir. Ce sont les hommes du lieutenant-colonel Zida qui mettent fin à cette délivrance. Des coups de feu à la télévision nationale du Burkina dispersent les manifestants. Bien avant, le général Kouamé Lougué se rendant compte que c’est une femme que les révolutionnaires ont choisi après son refus d’occuper le palais de Kossyam a devancé la « Présidente » à la télé et même fait sa déclaration !

Mais les premières réactions n’ont pas été aussi favorables que l’on aurait pensé. Alors que les opposants qui avaient quitté la place de la révolution pour se concerter tardaient, un jeune homme avait pris le micro et dit : « Sara Sérémé va prendre ses responsabilités ». Ce monsieur qui attendait des applaudissements s’est vu désavoué par le silence de cimetière qui a régné après avoir prononcé ces phrases.

Saran Sérém aurait-elle pu être Présidente du Faso?
Ils étaient nombreux à attendre Saran Sérémé à la télévision nationale du Burkina

Quelques minutes plus tard, 12 heures, lorsque la « Présidente » fit irruption. L’on entendit des « Prési ! Prési ! » Surprise ! Des manifestants demandèrent : « C’est Sara ? Non… une femme ne peut pas être présidente… » Ils se laissèrent aller à des insanités qu’on ne peut reprendre sur ces lignes.

A la fin, les manifestants ont laissé tomber certaines conceptions arriérées pour conduire Sara Séré Sérémé à la télévision nationale du Burkina. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que la « Présidente » ne voulait pas occuper le fauteuil laissé vacant par Blaise Compaoré. Même si elle déclare avoir été amenée de force à la télévision nationale du Burkina. Ils n’avaient pas non plus compté avec la « bonne volonté » du lieutenant-colonel Zida, le chef d’Etat « officiel » qui voulait bien goûter au « naam » (pouvoir).


Paul-François Compaoré, l’homme qui dirigeait réellement le Burkina Faso ?

L’affaire Norbert Zongo, avec ses conséquences médiatiques, a fait connaître François Compaoré au grand public. S’il est connu en tant que frère et conseiller économique de l’ancien président du Burkina Faso, certains faits tendent à montrer que c’est lui qui tirait les ficelles.

Paul François Compaoré, l’homme qui dirigeait réellement le Burkina Faso
François Compaoré, le frère de Blaise Compaoré contrôlait bien le Burkina Faso

 

En visitant le domicile de François Compaoré frère de l’ancien du chef de l’Etat burkinabè Blaise Compaoré, l’on a pu constater que ce dernier a une qualité : il conserve soigneusement tout. Malheureusement, les pillages dont a fait l’objet son domicile ne permettent pas de mettre la main sur certains documents précieux et confidentiels qui y étaient conservés. Ce dont on peut se convaincre, c’est que Paul-François Compaoré surveillait bien tout ce qui se passait dans son pays. Quelques documents ont été retrouvés. L’un des premiers constats, c’est que François Compaoré apparaît comme un faiseur de roi. La lettre d’un marabout datée de janvier 1993 retrouvée chez lui semble montrer qu’il s’attachait les services de ces messieurs pour peut-être bien assoir le pouvoir de son frère aîné. En Afrique et au Burkina en particulier, on croit beaucoup à ces choses. Un bon chef doit avoir un bon ou plutôt de bons « wacks », des gris gris.

 

Cette  lettre est signée  d’un marabout résident à Bobo Dioulasso. Ce dernier confirme  avoir bien reçu « l’enveloppe » que François Compaoré lui a envoyé . Le marabout précise que le sacrifice a pris trop de temps et explique cela par le fait que François Compaoré n’était pas disponible. C’est pourquoi il lui demande de s’associer à son frère (Blaise ?) pour trouver une personne disponible et de confiance qui pourra régler les commissions. Dans ladite, lettre, on apprend que François Compaoré a remis un tracteur à ce monsieur.

 

 

Certains confient avoir trouvé des lettres de personnalités burkinabè qui demandaient à François Compaoré d’intercéder en leur faveur pour des postes à la chambre du commerce ou dans d’autres structures. Mais le plus édifiant, ce sont ces rapports d’enquête, de surveillance ou de renseignement découverts au domicile. Ainsi, le rapport de renseignement d’une discussion entre Étienne Traoré un opposant et ancien député et le journaliste Norbert Zongo assassiné en 1998. En 1996 déjà, François Compaoré semblait surveiller le journaliste de L’Indépendant, connu à l’époque sous le nom de Henri Sebgo. Exemple d’une note de renseignements confidentiels dont la source est A et la valeur 1 datée du 2/08/96 :

« Commentant le point de presse fait par le ministre Tertus Zong, Norbert Zongo affirme que le ministre a « craché » de façon innocente le fait que le gouvernement ait confié la distribution des vivres à certaines ONG qui n’ont fait mieux que de les partager à leurs membres.

Etienne Traoré, intervenant, affirme que le ministre Tertus Zongo est un magouilleur. En 1987, ce dernier était à l’Ofnacer et tout le monde sait ce qu’il a fait. Puis il enchaîne en disant qu’en 1990; lorsqu’il s’est agi de la conférence nationale souveraine, Zongo Tertus s’est rangé du côté du « chef » (Président Compaoré) pour dire qu’elle n’était pas opportune.

Lui, Etienne, a trouvé cette position curieuse parce que Tertus Zongo, après le 15 octobre 1987, avait confié à un ami qu’il ne pouvait pas travailler avec des « gens qui boivent le sang des autres ».

 

 


(NB : Tertus Zongo a été ministre de l’Economie, ambassadeur du Burkina aux États-Unis et premier ministre)

Puis :

« Parlant du ministre Diabré Zéphirin, Norbert Zongo dit que ce dernier a abandonné Roch Marc Christian Kaboré et qu’il est devenu le « porte-sac » du ministre Salif Diallo. Puis il termine en disant que Diabré Zéphirin a un dossier compromettant à l’Onac.

Etienne renchérit en disant qu’effectivement Diabré a mangé un peu « dedans » ».

(NB : Zéphirin Diabré ancien ministre de Blaise Compaoré est actuel chef de file de l’opposition politique burkinabè).

Mieux encore, les révolutionnaires ont trouvé chez François Compaoré un rapport confidentiel annonçant le départ du parti au pouvoir de l’ancien président de l’Assemblée nationale aujourd’hui passé dans l’opposition Roch Christian Kaboré. En lisant ce document, on se rend compte que François Compaoré avait un service de renseignement au sein du parti.

Ce rapport a été envoyé avec le sceau secret confidentiel le 28 mars 2012 :

«Des informations recueillies dans le milieu proche du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) font état de ce que M. Roch Marck Christian Kaboré, président de l’Assemblée nationale manifeste son intention de se retirer de la politique.

Selon la source, M.  Kaboré dit être désenchanté suite aux accusations dont il a fait l’objet de la part de certains responsables du CDP pendant la crise sociopolitique de 2011.

C’est pour cette raison, précise la source, qu’il a précipitamment quitté la tête du parti, bien qu’il ait déclaré auparavant que l’article 37 est anticonstitutionnel.

La même source indique que M. Rock Marc Christian Kaboré envisage quitter la présidence de l’Assemblée nationale en décembre 2012, ce qui lui permettra de se retirer de la vie politique.

 

Effectivement, Roch Marc Christian Kaboré a quitté le CDP et la tête de l’Assemblée nationale pour à la fin  se retrouver au Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), un parti d’opposition qui a contribué à mener la vie dure à Blaise Compaoré.

 

Rapport sur le depart du CDP de Roch Marc Christian Kaboré

A l’analyse de tout cela, l’on se rend compte que François Compaoré était un homme incontournable au sein du CDP. Ses services de renseignement fonctionnaient bien. C’était donc lui l’homme de terrain de son frère Blaise Compaoré. Beaucoup de personnes affirmaient d’ailleurs que c’est lui François Compaoré qui aurait obligé Blaise Compaoré a modifier l’article 37 de la Constitution et à se présenter une nouvelle fois.

Lors du dernier remaniement ministériel, beaucoup ont accusé François Compaoré d’avoir fait entrer dans le gouvernement et à plusieurs postes stratégiques ses proches. C’est ce qui expliquerait en partie le départ de Simon Compaoré de la mairie de Ouagadougou.


Le jour où le Burkina a eu trois présidents !

Très sagement, les Burkinabè ont nettoyé la ville de Ouagadougou le samedi 1er novembre 2014, jour de l’anniversaire de l’armée nationale. Mais le lendemain dimanche, ce semblant de calme a été brisé par un rassemblement à la place de la révolution (rebaptisée place de la nation par l’ancien président Blaise Compaoré) pour réclamer le départ du nouveau président Yacouba Isaac Zida. Les Burkinabè accusent l’armée de confiscation de leur révolution. Alors que les négociations prennent du temps et face aux hésitations, le général à la retraite Kouamé Lougué et l’ancienne députée du parti au pouvoir Sara Séré Sérémé passée dans l’opposition ont tenté de prendre le contrôle de l’Etat burkinabè. Une folle journée, ce dimanche 2 novembre 2014.

Pas de militaire au Burkina

Pour une révolution, il s’agit vraiment d’une révolution. Les Burkinabè ne veulent pas se faire voler leur révolution. C’est pourquoi après la chute inattendue du président Blaise Compaoré ils se sont à nouveau retrouvés le dimanche 2 novembre 2014 à la place de la révolution (nom officiel place de la nation) pour exiger que l’armée rende le pouvoir aux civils. Si l’opposition a appelé à un meeting, l’un des principaux acteurs de cette révolution  » le Balai citoyen  » a refusé de prendre part à ce meeting. Ce mouvement a cautionné le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida comme chef de l’Etat. Ils le préféraient au colonel Honoré Nabéré Traoré. Ainsi Zida était bien président en cette journée du dimanche 2 novembre 2014.

Pendant le meeting, le représentant du chef de file de l’opposition politique (CFOP) burkinabè Jean Hubert Bazié livre un message dans lequel il appelle les Burkinabè à s’opposer à un régime militaire. Il exige de l’armée qu’elle rende le pouvoir aux civiles. « Il s’agit d’un meeting d’information. Vous pouvez rentrer chez vous », la phrase à peine terminée les manifestants désapprouvent. Yacouba Isaac Zida doit quitter le pouvoir avant midi ! Sara Séré Sérémé également de l’opposition prend la parole et tente de calmer manifestants. Au fur et à mesure, Maître Bénénwendé Sankara, Tahirou Barry, etc., prennent la parole dans ce sens. L’opposition se concerte et Sara Séré Sérémé prend le micro. Elle apprend à la foule que l’opposition s’est concertée et qu’une décision sera prise pour que les militaires quittent le pouvoir dans la journée même. Ils retirent après ses mots pendant que leurs supporters les attendent. Pendant ce temps, les manifestants sont bercés par la musique de Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy, Sana Bobo… de la musique reggae notamment. Une heure après le départ des représentants de l’opposition, l’impatience anime les manifestants. Ils protestent. « Où sont-ils ? », « Il faut que Zida parte avant midi », « le gouvernement aux civils », « où étaient-ils quand les militaires du RSP tiraient sur nos frères » ? lançaient les manifestants.

Sara Séré Sérémé élue présidente sur place

12 h 5, cela fait4 heures que les manifestants attentent et deux heures que les opposants sont partis «en concertation ». Tout à coup, une clameur monde. Des applaudissements se font entendre mêlés de cris de joie comme si la star des Étalons du Burkina Jonathan Pitroipa, venait d’inscrire un but.

Le cortège conduisant Sara Séré Sérémé à la télévision nationale du Burkina Faso
Le cortège conduisant Sara Séré Sérémé à la télévision nationale du Burkina Faso

Soudainement et en chœur, on attend « Prési ! Présid ! Prési ! Prési ! » Sara Sérémé a du mal à se frayer un passage jusqu’à l’estrade. Elle est transportée par les manifestants. Tout le monde veut la toucher. Elle arrive, tente de parler dans un micro mais une coupure d’électricité empêche l’utilisation de la sonorisation. Sara Séré Sérémé prend un mégaphone, mais personne n’entend ce qu’elle dit. Les manifestants rassemblés autour d’elle entonnent l’hymne national. La Ditanyé. Et c’est en criant « Prési ! Prési ! », qu’elle est raccompagnée dans sa voiture. Le cortège se dirige vers la télévision nationale du Burkina, saccagée trois jours plutôt ces mêmes manifestants.

Débandade à la télévision nationale du Burkina

A la télévision nationale du Burkina, la presse attend l’arrivée de l’ancienne députée et nouvelle présidente qui doit faire sa déclaration de chef de l’Etat. Soudain, c’est un véhicule 4×4 blanc qui pénètre la cour de la télévision nationale du Burkina. Surprise. Le général Kouamé Lougué apparaît. Ce dernier confie à la presse son intention de prendre le pouvoir après avoir, dit-il entendu l’appel de son peuple. Il s’infiltre dans le studio pour faire sa déclaration. Il la fera dans le studio du journal télévision. A peine a-t-il fini qu’arrive Sara Séré Sérémé. La 3e présidente de la journée après Zida et Lougué. Oui, pour la première fois de son histoire, une femme sera présidente au pays des hommes intègres. L’on s’imaginait déjà les médias internationaux reprendre cette information en vantant la maturité politique, mais aussi les avancées en matière de droits de la femme au Pays des Hommes intègres.

Pendant que Sara et Lougué étaient encore dans les locaux de la RTB, des voitures débarquent des soldats. Cette fois-ci, il s’agit des hommes de l’autre président… Zida. Quelques minutes plus tard, l’on entend des coups de feu. C’est la débandade. La foule se disperse. Si certains parlent de tirs de sommation, d’autres font savoir que les hommes de Lougué et de Zida se sont tirés dessus. Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui en pâtit. Bilan : un mort. Plus tard, Yacouba Isaac Zida prend la main. Il redevient le seul président du Burkina.

 


Et l’article 37 balaya Blaise Compaoré

Le 31 octobre 2014, sera une date mémorable pour les Burkinabè. Comme le 3 janvier 1966, ils sont encore sortis nombreux pour dire non à un régime qui ne répondait plus à leurs aspirations. Cette fois, c’est le Président Blaise Compaoré au pouvoir depuis le 15 octobre 1987 à la suite d’un coup d’État sanglant qui est la victime. Le 31 octobre 2014, c’est devant l’État-major général des armées que le peuple burkinabè lui a tout simplement demandé de quitter le pouvoir sans autre forme de procès.

Les Burkinabè demandaient juste le respect de l'article 37 de la constitution burkinabè. A la fin, ils ont exigé et obtenu le départ du Président Blaise Compaoré
Les Burkinabè demandaient juste le respect de l’article 37 de la constitution burkinabè. A la fin, ils ont exigé et obtenu le départ du Président Blaise Compaoré

Dès 8 heures, ils étaient déjà en face du chef d’État-major général des armées après un bref rassemblement à la place de nation (révolution). Les pancartes à la main, ils scandaient « Lougué Président » ou « l’Armée au pouvoir » entremêler d’interprétation de l’hymne nationale, de coups de sifflets sous un soleil de plomb. Le général à la retraite Kouamé Lougué ancien ministre de la défense de Blaise Compaoré, que réclame la foule est entrée par là et mènerait des négociations. Avec qui ? Personne ne sait. Dans la foule, l’on discute. « On ne veut pas Nabéré. Il a trahit le peuple », affirme certains qui lui reproche le fait de n’avoir pas demi le chef de l’État Blaise Compaoré lors d’une déclaration lu la veille. Dans sa déclaration, le chef d’État-major Honoré Nabéré Traoré a dissout l’assemblée nationale et suspendu la constitution. En plus, l’on lui reproche sa proximité avec le Président, car c’est à lui que Blaise Compaoré a fait appel lors de la crise socio-militaire de 2011.

« Lougué ou pouvoir »

« Lougué au pouvoir », « on veut Lougué », « On veut Lougué, Nabéré a trahi le peuple » etc. continuait de clamer la foule. Après 45 minutes, l’impatience se fit sentir. Ils ne comprenaient pas pourquoi le Général Lougué tardait à ressortir. Des menaces fusèrent « si vous ne pouvez pas, donnez-nous les armes. Nous irons libérer Kossyam ». Kossyam est le quartier de Ouagadougou qui arbitre le palais présidentiel. Il a fallu l’intervention de membres du groupe le « Balai Citoyen » (l’un des artisans de la chute de la révolution de 2014) pour calmer la foule. A leur tour, ils entrent pour s’informer et informer les manifestants. Mais à leur tour, ils prennent du temps. Les manifestants s’énervent de plus en plus et menacent les militaires postés en face d’envahir le bâtiment. Ces derniers tentent de contenir la foule qui veut forcer le passage, sans succès.

A 11h05, Smockey (Serge Bambara) et Sam’S K le Jah (Karim Sama) et maitre Guy Hervé Kam sortent accompagnés de deux militaires. Ils donnent rendez-vous aux manifestants à la place de nation, située à environ 300 mètres de là.

Près de trois milles manifestants envahissent encre cette place, devenue désormais le traditionnel lieu des différentes manifestations de l’opposition mais aussi de la société civile. Dix minutes après, des membres de l’opposition parmi lesquels le chef de fil Zéphirin Diabré, Roch Marc Christian Kaboré, Sara Séré Sérémé, Norbert Tiendrébéogo font leur apparition. Ils se frayent une place jusqu’à l’estrade. Mais apparemment, ils n’ont aucune nouvelle  livrer aux manifestants qui attendent une parole de délivrance. Eux mêmes, semble ne pas savoir ce qui se passent. Dans la foule, une nouvelle fois, l’on fait preuve d’impatience. Des voix s’élèvent pour demander une déclaration. Mais, aucune sonorisation n’est installée. Smockey tente de dire quelque chose mais personne ne l’entend.

Les manifestants qui ont appelé l'armée à prendre le pouvoir ont par la suite récusé le lieutenant colonel Yacouba Isaac Zida nouveau Président et membre du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP)
Les manifestants qui ont appelé l’armée à prendre le pouvoir ont par la suite récusé le lieutenant colonel Yacouba Isaac Zida nouveau Président et membre du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP)

Lorsque ces derniers tentent de quitter la place de la révolution, les manifestants les en empêchent. Finalement ils accompagnent les opposants à la ligne de départ : le quartier général du chef d’État-major général des armées. Les opposants, des membres du Balai Citoyen et quelques militaires pénètrent dans le quartier général. L’incompréhension et l’impatience demeure. Les manifestants réclament toujours Kouamé Lougué. Les menaces reprennent mais les militaires postés résistent bien par des intimidations et aussi de la diplomatie.

Blaise a démissionné!

Après plusieurs minutes d’attentes. La délivrance ! L’ancien maire de Ouagadougou, Simon Compaoré (ancien membre du parti au pouvoir) qui a remplacé Roch Marc Christian Kaboré, suivi de plusieurs autres personnes de l’opposition sortent d’une salle du deuxième étage du Chef d’État-major général des Armées. Souriants, ils font un signe des deux mains comme pour dire : « c’est fini ». Quelques minutes plutôt, une radio locale a annoncé la démission du chef de l’Etat Blaise Compaoré. Confirmation donc. Les manifestants exultent de joie puis clament  en sifflant, klaxonnant, mais aussi en chantant l’hymne nationale du Burkina.

Ce que certains ne savaient pas encore, c’est que pendant fêtaient leur victoire, le général Honoré Nabéré Traoré est confirmé chef de l’État « à l’unanimité de la hiérarchie militaire ». Pendant que certains rentraient chez eux, satisfaits de la démission de Blaise Compaoré que certains auraient aperçu dans certaines villes du Burkina d’autres restèrent pour réclamer encore Kouamé Lougué. La révolution, les Burkinabè voulaient le mener jusqu’au bout.

Deux présidents en un jour

Aux environs de 15 heures 30, le Balai Citoyen accompagné d’un officier de l’armée le lieutenant Yacouba Isaac Zida rassemble la foule à la place de la nation. Ce sera lui le Président. Malgré quelques protestations, Smokcey prend le micro et demande à la foule de lui faire confiance. Il fait comprendre aux manifestants que le Balai Citoyen n’est pas un mouvement corrompu. « Nous n’avons jamais pris de l’argent avec quelqu’un même 1000 francs CFA ». Hymne nationale, chant, coups de sifflets, klaxons de moto, c’est dans cette ambiance que les manifestants rentrent chez eux. Dans la nuit, le Président Zida fait une déclaration à la télévision BF1 qui bizarrement appartient à des bonzes du parti au pouvoir parmi lesquels l’un des principaux actionnaires est François Compaoré le frère cadet de Blaise Compaoré. Aux environs de 2 heures du matin, Zida rejoint le palais présidentiel de Kossyam sans savoir que deux jours plus tard (dimanche 2 novembre 2014), ce même peuple se soulèvera contre lui.

La modification de l’article 37 de la constitution du Burkina qui aurait permis à Blaise Compaoré de faire 15 ans de plus au pouvoir a finalement précipité la fin de son mandat qui devrait prendre fin en novembre 2015… dans un an donc. Blaise Compaoré a payé le prix de son entêtement.


NIGERIA : Il y a 20 ans, le premier but de Rashidi Yékini

BUT HISTORIQUE | Rashidi Yékini, surnommé le taureau de Kaduna, a inscrit le premier but du Nigéria en Coupe du Monde le 21 juin 1994 aux États-Unis contre la Bulgarie. Si le colosse nigérian n’était pas un technicien comme la plupart de ses coéquipiers, il s’illustrait par sa puissance. (Photo Wikimedia Commons)

L’image que l’on retient de Rachidi Yékini décédé le 4 mai 2012, c’est cette photo prise alors qu’il agrippe les filets après son but, le premier des Super Eagles à la Coupe du Monde, contre la Bulgarie. 

C’était le 21 juin 1994. Le Nigéria s’était imposé 3 à 0 face aux Etats-Unis. Rashidi Yékini est de la génération des Sunday Oliseh, Daniel Amokachi, Georges Finidi, Stephen Keshi. Si le Nigéria a fait malgré un match nul lors de la première rencontre contre l’Iran, il pourrait se rattraper contre une équipe coriace de la Bosnie en passant à ce premier but et à cette première victoire nigériane au mondial. C’était sur le continent américain en plus. 

Depuis ce premier but, le Nigéria en a inscrit 16 autres en Coupe du monde (7 en 1994 aux USA,  6 en France en 1998, 1 seul au Japon en 2002, et 3 en Afrique du Sud) et a encaissé 21 buts en quatre compétition, soit une moyenne de 1,4 buts marqués par matchs contre 1,75 buts encaissés.

Le Nigéria n’a pas marqué dans son premier match contre l’Iran. Alors peut-être que la bande à Stephen Keshi ont en mémoire cette prouesse de Rachidi Yekini et des Super Eagles du Nigéria lors de la Coupe du Monde 1994 pour réaliser un exploit contre la Bosnie-Herzégovine ce lundi à 22 heures.

 

Boukari Ouedraogo, Mondoblogueur à Ouagadougou, Burkina Faso


COSTA RICA : Le petit marteau qui casse les gros cailloux

PENSEE DU JOUR | Le Costa Rica est l’équipe surprise de la Coupe du Monde Brésil 2014. Vainqueur de l’Uruguay lors de son premier match, ce pays qui n’a pas de grands noms dans le football a prouvé qu’iln’était pas arrivée à ce stade de la compétition par hasard. Après l’Uruguay (3-1), le petit marteau a assommé l’Italie (1-0). / Photo MadriCR Wikimedia commons.

Le piment d’une compétition comme la Coupe du Monde, ce sont les surprises. Et la grosse surprise de cette Coupe du Monde est la qualification du Costa Rica aux huitièmes de finales du Mondial 2014 en battant l’Italie ce 20 juin  par 1 à 0. Un but de Ruiz suffisant pour obliger l’Italie à cravacher dur contre l’Uruguay lors de la dernière sortie afin de se qualifier.

Pourtant, peu de parieurs ont misé sur cette équipe, absente de l’édition sud-africaine après son élimination par l’Uruguay en barrage. Cette qualification du Costa Rica, est la preuve que le football est en train de se niveler. Les équipes dites « petites », ont leur chance. Il s’agit juste de savoir s’organiser. Et c’est ce que semble avoir fait, le Costa Rica. Le petit marteau a fait mal. Très mal.

Une équipe prête tactiquement et mentalement

D’abord, cette formation a prouvé qu’elle était au top mentalement, tactiquement et aussi physiquement. Campbell, le joueur le plus connu de cette formation et ses coéquipiers ont prouvé qu’ils étaient préparés psychologiquement en battant l’Uruguay (3-1) alors qu’ils étaient menés au score (0-1). Tactiquement, le Costa Rica n’a pas failli en restant bien regroupé derrière mais aussi en mettant l’accent sur ses forces que sont la mobilité et la technicité de ses joueurs.

Le Costa Rica devra servir d’exemple pour les formations africaines incapables de rester concentrées pendant 90 minutes. Cette équipe a prouvé qu’une équipe n’a pas besoin d’avoir de grands noms pour battre les équipes  constituées de pléthore de stars.

Boukari Ouédraogo, Mondoblogueur à Ouagadougou, Burkina Faso


Deux sélectionneurs africains pour briser le mythe du « sorcier blanc »

Sur les 32 équipes présentes à la Coupe du Monde 2014, seulement deux sélectionneurs africains ont pris place sur un banc de touche. Il s’agit de Stephen Keshi du Nigeria et Kwessi Appiah du Ghana. Leur challenge ? Prouver que les entraîneurs africains sont aussi bons que les Européens. (Crédit photo : US Army Africa, Flickr/CC)

Deux entraîneurs africains sur trente-deux équipes, c’est bien peu. Surtout que les autres sélections africaines au Mondial sont entraînées par des entraîneurs venus d’Europe, notamment avec Volker Finke pour le Cameroun, Vahid Halilodiçz pour l’Algérie et Sabri Lamouchi pour la Côte d’Ivoire.

Cela pose toujours la question des « sorciers blancs » qui arrivent en mercenaires sur le continent et qui une fois la compétition finie – que l’équipe gagne ou pas – repartent chez eux ou pour une autre destination. Celui qui arrive ensuite doit tout reprendre à zéro.

Des entraineurs oui, des mercenaires non !

Personnellement, je ne suis pas contre le fait que les entraîneurs européens prennent en main des équipes africaines. Si celui qui peut conduire une équipe africaine à la Coupe du Monde – et pourquoi pas lui permette de remporter le trophée – se trouve aux Iles Galápagos ou au Groenland et qu’on a les moyens d’aller le chercher, qu’on le fasse !

Cependant, je suis opposé aux mercenaires. Il s’agit d’entraîneurs  qui viennent juste pour un bout de temps et qui ne cherchent pas à développer le football local.

Prouver les compétences des sélectionneurs africains

Kwessi Appiah et Stephen Keshi ont tous joué avec leur sélection et porté le brassard de capitaine avec le maillot de leur pays sur les épaules. Ce qui prouve qu’ils sont des meneurs d’hommes et qu’ils sont conscients de l’enjeu.

Ces deux hommes ont un défi, celui de montrer que les entraîneurs africains sont compétents. S’ils ont réussi à se qualifier contre des entraîneur européens, c’est la preuve que sur le continent, il y a des techniciens qui savent lire, décortiquer et contrer des stratégies mises en place par des « sorciers blancs« .

Débuts difficiles

Les deux hommes doivent désormais passer le premier tour de ce Mondial brésilien et faire autant que leurs prédecesseurs à la tête de ces sélections. Le problème, c’est que c’est mal parti : dans un groupe G difficile avec le Portugal, l’Allemagne et les États Unis, le Ghana a raté ses débuts contre les Américains (1-2).

Pour Stephen Keshi à la tête des Super Eagles, il s’agit de prendre sa revanche de 2006. Après avoir été qualifié le Togo, il  a été débarqué et remplacé par un Allemand pour une élimination des Eperviers dès le premier tour. Mardi, il a lui aussi quelque peu manquer ses débuts avec un match nul du Nigeria face à l’Iran.  Le public africain va malgré tout continuer de suivre avec attention la sortie de ces deux représentants africains sur le banc de touche.

Boukari OUEDRAOGO, Mondoblogueur au Burkina Faso


ARBITRAGE : Les Africains seront ils à la hauteur ?

Trois arbitres centraux et six assistants africains vont officier pendant le plus grand événement sportif. Mais au vu de la prestation de certains arbitres lors de différents tournois locaux, on peut se poser des questions sur les prestations que ces derniers auront au pays du football. / Des arbitres burkinabè lors d’un match du championnat local. Photo Boukari Ouedraogo.

22 juin 1986, l’Argentine s’impose 2 à 1 contre l’Angleterre en demi-finale de la Coupe du Monde au Mexique. Diego Maradona ouvre le score pour l’Argentine suite à une faute de main. Et oui, comme celui qu’a marqué Thierry Henry contre l’Irlande. Pour le match de 1986, l’arbitre qui officiait ce jour là était tunisien : Ali Bennaceur. Il n’a rien vu. C’est le but qu’on va appeler plus tard, « La main de Dieu ». L’Argentine s’impose donc après le 2ème but de Maradona, le plus que je considère comme le plus beaux pour ceux que j’ai vu.

12 ans plus tard, l’arbitre marocain, Saïd Belqola officiait avec brio, la finale de la Coupe du Monde Brésil 1998. La France en garde un bon souvenir puisqu’elle s’était imposé 3 à 0 contre le Brésil.

Depuis, l’erreur d’arbitrage de Bennaceur, les instances du football international hésitaient avant de faire confiance à un officiel issu du continent. Les prestations de ces derniers n’ont pas toujours plaidé en leur faveur.

Des exemples à la pelle

Je me pose donc la question de savoir si cette année encore, les arbitres africains seront à la hauteur à la Coupe du Monde. Pour moi qui ai l’opportunité de fréquenter les stades chaque week-end au Burkina Faso, j’ai pu donc voir les arbitres du championnat burkinabè mais aussi des hommes en noirs venus d’autres pays lors de rencontres internationales. Les prestations sont généralement en deçà des attentes.

La preuve : lors de la double confrontation Burkina # Algérie, l’arbitre zambien Janny Sikazwe a été sévèrement critiqué pour avoir accordé un penalty généreux aux Etalons du Burkina alors que clairement, le défenseur algérien avait la main collé sur le corps et caché sur son dos. Le Burkinabè Aristide Bancé a transformé le penalty qui donnait la victoire 3 à 2. Aux Etalons.

Au match retour, c’est l’arbitre Sénégalais Badara Diatta s’est à son tour illustré négativement en refusant un but à l’équipe burkinabè. Mais lors qu’on revoit les images, jusqu’à ce jour, on se demande toujours pourquoi l’arbitre a refusé le but de Charles Kaboré qui aurait pu permis aux Etalons de se qualifier au Mondial Brésilien. Il n’y avait pas de faute avant, ni d’hors jeu. Ensuite, il a mal géré les arrêts de jeu ce qui a suscité la colère des Burkinabè qui ont saisi la FIFA. Même si le Burkina a été débouté, Badara Diatta présélectionné pour la Coupe du Monde a été écarté.

Lors des demi-finales de la CAN 2013 qui a opposé le Burkina au Ghana, l’arbitre Tunisien Slim Jedidi expulse le Burkinabè Jonathan Pitroipa après un deuxième carton jaune pour simulation. Il y avait pourtant faute (même si Pitroipa en a rajouté) et cela a créé un scandale après puisque l’arbitre se serait déjugé lorsqu’il fit son rapport. Une année après, il était l’objet de critique  au Togo lors du match qui a opposé le Maroc au Togo.

Pourquoi ces problèmes récurrents ?

Les arbitres africains seront-ils donc à la hauteur à la Coupe du Monde ? La question se pose à cause de la mauvaise réputation des arbitres de ce continent. Ces derniers seraient facilement corruptibles. Certains manquent de psychologie. Ces messieurs qui évoluent dans des championnats de leur pays qui ont le niveau CFA en France sont souvent impressionnés lorsqu’ils ont en face d’eux, une équipe comportant une pléthore de stars. Pourtant, ce sont eux les maîtres du terrain. Ils doivent contribuer à donner un beau spectacle.

Je pense que les arbitres africains, à l’image de l’Ivoirien Doué Noumendiez que j’ai vu lors du match Chili # Australie (3-1), seront à la hauteur de cet évènement. Tandis que l’arbitre du match Cameroun # Mexique s’est complément troué en refusant deux buts aux mexicains ou celui du match Brésil # Croatie qui a donné un coup de pousse au brésilien Fred, Doué Noumendiez et ses deux assistants ont bien vu que, sur ce qui aurait pu être l’égalisation australien à la 54ème mn, il y avait hors-jeu. Pourtant, ce n’était pas évident.

L’État d’esprit des arbitres africains a changé. Ils sont moins complexés depuis la prouesse de Saïd Belquola puisqu’après d’autres ont suivi comme le Togolais Koffi Codja arbitre en 2002 et 2006 . Les arbitres africains seront à la hauteur à cette Coupe du Monde. Ils seront des Saïd Belqola. Les arbitres africains sont également à la recherche de la gloire qu’ils ne créeront pas de scandale comme l’a fait Ali Bennaceur.  Et pourquoi pas, l’un d’entre eux pourraient officier la finale!

Boukari Ouedraogo, Mondoblogueur à Ouagadougou, Burkina Faso


Qu’elles sont braves nos mamans !

Parcourir des kilomètres chaque jour, prendre des risques en traversant des zones dangereuses… c’est le sacrifice que prennent de nombreuses femmes burkinabè pour nourrir leur famille. Cette photo est en est la parfaite illustration.

La lutte des femmes pour faire vivre leurs familles se voient sur les routes de Ouagadougou
La lutte des femmes pour faire vivre leur famille se voient sur les routes de Ouagadougou

Il n’est par rare de voir sur les routes de Ouagadougou, certaines femmes comme sur certaines photos, revenir des localités environnantes de Ouagadougou avec des marchandises sur leurs motos surchargées. Les charges qu’elles ont les empêchent même de bien manœuvrer leur engin. La moindre erreur et cette dame peut tout perdre. Tout. C’est vrai que cette manière de faire est imprudente. Mais c’est l’illustration des sacrifices que font les femmes burkinabè pour prendre en charge leurs proches . Ces femmes ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour faire fructifier leur commerce. Elles prennent des risques en parcourant des dizaines de kilomètres à moto sous la chaleur et parfois dans le froid souvent sur des chemins non goudronnés. Tout cela pour ramener des légumes et autres marchandises des provinces. Certains hommes sont incapables de le faire préférant mendier.

Si cette photo témoigne de tout le risque que prennent les femmes (puisque circuler en surcharge est interdit), des actions devraient être menées afin qu’elles aient la possibilité de mieux travailler. Il s’agit par exemple de leur permettre de parcourir moins de distances en rapprochant les marchandises en sollicitant des transporteurs. L’accident sur la route d’Atakpamé (Togo) qui a tué 24 burkinabè dont des femmes hantent encore les esprits des Burkinabè.


Sanctions contre les opérateurs de téléphonie mobile

L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) a sanctionné les trois opérateurs de téléphonie mobile (Airtel, Telecel, Telmob) à payer une taxe d’environ six milliards de francs Cfa pour leurs mauvaises prestations. Une mesure saluée par beaucoup de Burkinabè mais qui ne devrait pas résoudre fondamentalement le problème.

Les trois compagnies de téléphonie mobiles du Burkina doivent revoir la qualité de leur service
Les trois compagnies de téléphonie mobiles du Burkina doivent revoir la qualité de leur service

C’est la deuxième fois que les opérateurs de téléphonie mobile du Burkina que sont Airtel, Telecel, Telmob sont sanctionnés par l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep). En février 2012, l’Arcep, dirigée par Mathurin Bako avait déjà sanctionné ces trois opérateurs mobiles pour les mêmes raisons. Ils devaient payer la somme de 2,7 milliards de francs Cfa soit 1% de leur chiffre d’affaires de 2010. Telecel avait même été suspendu pendant un bout de temps parce qu’elle n’avait pas payé la somme requise.

Deux ans après, rien n’a changé. Les griefs sont les mêmes : la mauvaise qualité de la communication, les coupures intempestives, l’impossibilité de joindre son correspondant même quand ce dernier est à côté, la mauvaise qualité de la connexion à Internet malgré la 3G, la surfacturation sur certains appels, la cherté de la communication. Ces derniers temps, le problème a atteint son pic ce qui a finalement fait réagir l’Arcep avec cette deuxième sanction financière qui s’élève à près de 6 milliards de Francs Cfa. « C’est bon mais ce n’est pas arrivé » comme on aime le dire. La première sanction n’a rien changé et l’Arcep a attendu deux ans pour se prononcer une deuxième fois. S’il faut encore attendre deux ans pour prendre de nouvelles sanctions, les Burkinabè vont donc encore souffrir.

 Les consommateurs vont payer cher

Cette sanction est insuffisante Ce sont les consommateurs qui devront payer cette facture de six milliards de francs Cfa à travers toujours les méthodes iniques et sournoises des opérateurs de téléphonie mobile. L’on a déjà constaté à travers les publicités mensongères, la surfacturation dans les appels entre autres. Pour combler ce trou, les opérateurs ne manqueront pas d’idées. Et c’est là où le bat blesse. L’Arcep a donné trois mois aux opérateurs de téléphonie mobile pour améliorer la qualité de leurs prestations. Pour le moment, rien n’a changé. Mais cela avait été le cas en 2012. Mathurin Bako avait donné un délai de trois mois, mais rien n’a changé pendant les deux années suivantes d’où cette deuxième sanction. Même si la sanction est insuffisante, il faut saluer l’Arcep qui rappelle à chacun d’eux qu’ils ont engagement à honorer.

Airtel, Telmob, Telecel doivent accepter de consentir des efforts en investissant. Ce qui est surprenant, c’est qu’ils ont réussi à innover en proposant des services salutaires comme le transfert d’argent, mais ces derniers n’ont pas adapté leurs installations en tenant compte de la demande. Ils sont donc dépassés.

 Ce qui peut susciter une autre réflexion, c’est qu’un 4e opérateur qui avait été annoncé a désisté à la dernière minute. Peut-être que le marché burkinabè ne serait pas porté comme on le croit. (Oui, ça tombe comme un cheveu dans la soupe)