Boukari Ouédraogo

Le zaï, une ingénieuse technique culturale burkinabè qui s’exporte

Dans un pays comme le Burkina Faso peu avantagé par le climat, les paysans rencontrent beaucoup de difficultés pour faire pousser les semis et avoir une bonne récolte. Pour pallier cela, ils ont trouvé une salutation : le zaï. Le mois d’avril est la période pendant laquelle les paysans commencent donc à le « fabriquer ».

Quelques zaï dans un village de la province du Bam (Burkina Faso)
Quelques zaï dans un village de la province du Bam (Burkina Faso)

Le zaï est une technique culturale propre au Burkina Faso notamment utilisé par la population nord du pays. Dans cette zone, les sols sont arides et la pluviométrie est faible. C’est pourquoi les paysans ont inventé la technique du zaï pour  améliorer les rendements agricoles. De quoi s’agit-il exactement ?

Les zaï sont de petits trous que l’on creuse en ligne dans son champ en respectant une certaine distance (10 cm environ) entre chaque trou. La largeur du trou se situe entre une dizaine et une vingtaine de cm. En fait, l’on creuse en ayant à l’esprit la forme d’une calebasse comme pour recueillir de l’eau. Ensuite, les paysans y mettent du fumier ou du compost et rajoutent un peu de terre pour éviter que le vent l’emporte, mais aussi pour enrichir le sol. Les zaï sont creusés généralement à partir du mois d’avril (une période pendant laquelle il fait très chaud) pour attendre les premières pluies de mi-mai, ou juin. En général, l’on peut commencer la semence dès la première pluie.

Le zaï permet donc de recueillir et de garder les eaux de pluie pendant une longue période, car elles s’évaporent moins vite. Un autre avantage en utilisant cette méthode, c’est que l’humus que l’on ajoute au trou contribue aussi à la création de poches d’eau dans le sol. Le zaï permet la récupération des terres, empêche l’érosion et les ruissellements.

Faire du zaï nécessite beaucoup d’efforts parce qu’il faut passer des heures à creuser le trou. Cependant, lorsque le zaï est fait, le cultivateur a abattu presque la moitié de son travail parce qu’il n’a besoin de désherber son champ qu’une seule fois au lieu de trois comme cela est le cas habituellement. Le travail est d’ailleurs moins pénible et le cultivateur à plus de temps pour s’occuper d’autres choses.

Lorsqu’il est bien fait, la saison qui suit devient moins fatigante. Le zaï permet d’ailleurs de multiplier la production à quatre ou cinq en comparaison avec un sol où la technique n’est pas utilisée. Souvent, l’on peut y ajouter les cordons pierreux pour lutter contre l’érosion.

Ayant creusé des zaï quand j’étais encore au collège, je sais que cela permet de se faire de l’argent. Certains paysans fortunés payent des jeunes pour en creusés. Je me suis fait quelques sous.

Le succès du zaï est tel qu’il a été récupéré et popularisé par les agronomes. Il s’est exporté dans des pays comme le Mali et le Niger. Certains pays de l’Afrique de l’Est sont même en train d’adopter la pratique.


Les journalistes burkinabè n’ont pas encore adopté le blogging

Quel état des lieux de l’utilisation des blogs par les journalistes burkinabè ? Cette question nous a conduit a menée une enquête sur ce sujet. Nous nous sommes rendu compte s’il y a des journalistes qui s’intéressent au blogging, le phénomène est encore embryonnaire au Burkina Faso.

Près de la moitié de ceux qui prétendent pratiquer le blogging ne sont pas forcément des blogueurs
Près de la moitié de ceux qui prétendent pratiquer le blogging ne sont pas forcément des blogueurs

Notre enquêté a porté sur 50 journalistes burkinabè issues de la presse écrite, de la radio, de la télévision et de la presse en ligne. L’enquête a concerné un échantillon de 50 journalistes. 84% des journalistes enquêtés sont des hommes soit 42 personnes. Les journalistes du sexe féminin au nombre de 8 (16%). L’analphabétisme est la principale explication de la faible représentation des femmes dans le monde des médias burkinabè.

Pendant notre recherche, 36% des journalistes de notre soit 18 personnes affirment détenir un blog. 64% ne sont pas des blogueurs. Mais dans les faits, ils ne sont pas tous blogueurs. En fait, près de la moitié de l’échantillon a tenté de créer un blog. Ils n’ont pas persévérer dans leur démarche. Certaines personnes n’ont pas compris le principe du blogging et pensent que travailler pour un organe en ligne signifie qu’on est blogueur. Par exemple, ils ne se rappellent plus de l’adresse et même du nom de leurs blogs.

Il y a peu de femmes journalistes au Burkina Faso
Il y a peu de femmes journalistes au Burkina Faso

Une grande majorité des journalistes burkinabè ne s’est pas encore intéressée à la pratique des blogs. Ils sont 64% des enquêtés. Comme explication, le manque de temps (41,2%) en premier lieu et la non-maîtrise du blog ensuite (23,5%). Six personnes  (17,6%) déclarent ne pas s’intéresser au blog. La paresse est évoquée par 8,8% des enquêtés tandis qu’un pourcentage équivalent n’avance aucune raison.

Certains journalistes se sont intéressés à la pratique des blogs et tentent de les alimenter régulièrement. Nous avons parcouru quelques blogs de journalistes burkinabè sur le net. Nous avons pu constater que ces blogs se caractérisaient par :

  •   L’irrégularité dans la publication des billets
  •   L’absence de liens ou hyperliens. Ce qui signifie que les journalistes-blogueurs ne maîtrisent pas les techniques d’écriture en ligne
  •   Le copier coller : c’est-à-dire que les journalistes reprennent soit leur propres articles publiés dans déjà dans leur organe soit ceux de leur confrère de la presse nationale ou même internationale.
  •  Les billets ne sont pas toujours accompagnés de photos,
  •  Le manque d’originalité des billets
  •  La confusion entre blog et site internet
  •  Peu de blogs spécialisés

 Les sujets traités

Les sujets traités par les journalistes burkinabè sont diversifié. Les sujets d’actualité sont ceux qui intéressent d’abord les journalistes-blogueurs burkinabè. Cette rubrique est citée 11 fois. Parlant de sujet d’actualités, il s’agit en fait d’un terme passe partout. Car cette rubrique dite actualité est un fourre tout. Les journalistes y publient en général les comptes-rendus.  Les sujets qui les intéressent donc sont la politique (citée 8 fois) puis suivent la culture (citée 4 fois), le sport (cité 2 fois) et l’art (cité une 1 fois). Certains ajoutent les nouvelles littéraires, les photographies.

Le débat sur la crédibilité des blogs s’est posé parce que les blogueurs sont accusés à tort ou à raison de colporter de fausses informations. A l’ère des TIC, la question se pose avec acuité surtout que les blogs en particulier échappent au contrôle de la législation. A partir de n’importe quel poste et de n’importe quel endroit, une personne peut créer un blog et publier une information sans qu’elle ne soit vérifiée. L’enquête a voulu recueillir les points de vue des journalistes burkinabè sur la crédibilité des blogs. Les opinions sont partagées. 41, 3% pensent que les blogs sont crédibles tandis que 21,7% disent le contraire. Sur la question, certains hésitent : 37% des enquêtés ne savent pas si les blsogs sont crédibles. Si une majorité ne se dégage pas sur cette question, cela s’explique par le fait que rumeurs et informations vérifiées peuvent se trouver sur les blogs.

 Les blogs sont-ils intéressants ?

Pour savoir si les journalistes trouvent les articles publiés sur les blogs intéressants, nous avons d’abord posé la question qui est de savoir s’ils consultent souvent les blogs. 60,5% des journalistes (43) ayant répondu à la question le font souvent tandis que 39,5% ne s’y intéressent pas. Ceux qui consultent les blogs le font par curiosité, pour voir comment les autres animent leur blog, pour se cultiver, trouver des pistes de réflexion, trouver des informations pertinentes. A cela, on peut ajouter le fait que les blogs traitent de sujets qu’on n’a pas l’habitude de voir dans les médias traditionnels. Ceux qui ne s’intéressent pas aux blogs évoquent le manque de temps, d’intérêt, de crédibilité pour certains, etc.

A travers cette enquête, 34 personnes (94,4%) jugent les productions des blogueurs intéressantes. Le constat ici, c’est que seulement deux personnes affirment que ces billets ne sont pas intéressants alors que 17 ont affirmé qu’elles ne lisent pas les blogs. Ce paradoxe est la preuve que certains journalistes-blogueurs cachent mal leur intérêt. Même s’ils ne consacrent pas du temps exclusivement pour la lecture des billets, il leur arrive de se retrouver  sur des blogs dont ils jugent les articles intéressants. De leurs avis, ils ne font pas confondre un article intéressant et un article crédible. Un article peut être intéressant sans être crédible.

 Toujours dans cette tendance, 36 personnes (90%) pensent que les blogs constituent des sources d’information alors que seulement quatre personnes (10%) pensent que les blogs n’en sont pas.

Rapport entre blogging et liberté d’expression

Aujourd’hui, le blog est un canal de libre expression. Cette enquête a révélé que la majorité était d’accord sur ce principe. Toutes les personnes interrogées et ayant répondu à la question sont d’accord sur le fait que les blogs peuvent contribuer à la liberté d’expression parce que les articles ne sont pas censurés par un rédacteur en chef. Le blogueur est lui-même son propre rédacteur en chef. Voici d’ailleurs quelques réponses des enquêtés : « Parce que ce qu’un organe ne peut pas publier, on peut le lire sur un blog », « le blog permet de dire ce que l’on pense et de publier ses articles sans passer par le contrôle d’une structure », « cela permet à tout individu quel que soit son appartenance social de se faire entendre », « les blogs donnent la parole à tous », « c’est un cadre d’expression ouvert à toute personne désireuse de partager ses opinions ». On peut ajouter à ces réponses, la possibilité de publier des articles sous le couvert de l’anonymat.

51,2% des journalistes burkinabè pensent que les blogs sont en train de changer  de bouleverser le monde des médias tandis que 21% ne partagent pas cet avis. Ce bouleversement, pour les premiers cités, se fait de façon négative. Le premier problème qui se pose est « qu’il fait porter le titre de journaliste à beaucoup de personnes qui n’ont aucune connaissance dans la pratique du métier ; ce qui peut occasionner des désordres ». Cette confusion entre journaliste et blogueur est traduite par ces affirmations : « étant donné que tous les blogueurs ne sont pas des journalistes, ils ne respectent pas les règles du métier. Aujourd’hui, tout se passe sur Internet. On ne sait plus ce qui relève du  journalisme ou pas ». Ils reprochent la publication des informations qui ne sont pas forcément vérifiées. N’importe qui peut à partir de n’import quel ordinateur balancé « du n’importe quoi ». Les journalistes sont réticents parce que les blogs qui sont très utilisés par des non journalistes ne répondent pas aux règles d’écritures du journalisme.

Des journalistes apprécient le fait que les blogs aient été utilisés sous d’autres cieux pour dénoncer des violations en référence aux pays arabes, avec ce qu’on a appelé le « Printemps arabe« . Certains reconnaissent que le journaliste n’est plus le seul capable de partager l’information. Ils pensent également qu’ils « multiplient les sources d’information ». Un journaliste ajoute ceci : « la concurrence du blog pousse le journaliste au professionnalisme car certains s’inspirent des blogueurs ». Pour eux, il contribue également comme dit plus haut au renforcement de la liberté d’expression. Pourtant, d’autres journalistes estiment que « ce métier repose sur des bases solides et que le journaliste inspire plus confiance que le blogueur».

Blogs et professionnalisme 

Vu comme une concurrente du journalisme classique parce que chassant presque sur le même terrain, nous avons voulu savoir si la blogosphère peut contribuer à renforcer le professionnalisme du journalisme. 59,5% des journalistes pensent que cela est possible. Ces personnes expliquent cette situation par le fait que « la pratique du blog peut bonifier le journalisme » comme l’affirme un journaliste. Un autre estime qu’une publication sur un blog peut amener un journaliste à vérifier cette information avant de la publier dans son organe. Ce qui sous-entend que les journalistes font plus confiance aux informations publiées par leurs confrères, alors qu’elles peuvent être erronées. Partant de là, ils n’ont pas besoin de vérifier forcément la véracité de celles-ci. Il est ressorti dans cette enquête qu’avec cet outil, « les journalistes n’ont plus le monopole de l’information ». Ce qui appelle à plus de rigueur et de vigilance.

L’interactivité est aussi évoquée comme un moyen pouvant renforcer le professionnalisme du journaliste. Un enquêté cite l’exemple des commentaires qui peuvent amener le journaliste à se remettre en cause et un autre d’ajouter que cela est possible: « par l’animation du débat et les analyses ». Effectivement, comme aime à le dire Sylvestre Ouédraogo de l’Association Yam Pukri, les blogs sont comme « un arbre à palabre ». Car il s’agit d’un espace où l’on peut échanger les idées, débattre, se contredire, harmoniser les points de vue; etc. Il n’est pas rare de voir des commentaires sur les blogs (de personnes anonymes ou pas) qui rectifient des informations erronées fournies par le blogueur ou même un journaliste, qui apportent des informations complémentaires avec souvent des chiffres et des sources à l’appui. Il s’agit d’un vrai exemple de partage d’informations.

40,5% ne partagent pas l’opinion selon laquelle, les blogs peuvent contribuer à renforcer le professionnalisme des journalistes parce qu’ils ne respectent pas les règles journalistiques. A ce sujet, Jean Marie Charon et Patrick Le Foch affirment que « blogs et sites participatifs sont régulièrement confrontés à la question de la frontière entre professionnalisme et amateurisme, dans le recueil et le traitement de l’information, ce qui est légitime quant à la réflexion sur le journalisme et son éventuelle redéfinition » avant d’ajouter qu’« ils ont tous leur place en tant qu’acteur interagissant avec la presse en ligne. Certains répondant aux critères professionnels de la production de l’information». Pour d’autres, les journalistes étant déjà formés, ils ne voient pas en quoi les blogs peuvent renforcer leur professionnalisme. Toutefois, sur ce point, l’enquête a prouvé que de nombreux journalistes ont atterri dans le métier sans aucune formation préalable.

Si la majorité des enquêtés pensent que la concurrence qu’imposent les blogs peut contribuer à améliorer la pratique du journalisme, ce n’est pas le cas selon 65,9% des réponses. « L’activité du blog n’a pas beaucoup influencé le métier », pense un journaliste alors qu’un autre estime que « les deux se complètent ».

Pour 34,1% des cas, les blogs sont un danger pour le métier. Le respect de l’éthique et de la déontologie est la principale raison avancée. Un répondant estime qu’il n’est pas évident que le lecteur puisse faire la différence entre les articles d’un blog et ceux d’un journal en ligne. Le peu de fiabilité des informations contenues dans les blogs, la possibilité donnée à toute personne de s’exprimer sans restriction, les rumeurs, le fait que tout le monde se réclame journaliste parce qu’il utilise un blog sont des raisons également évoquées. Un journaliste relève, pour sa part, que « le journalisme est le métier qui informe. Avec les blogs, ce métier craint fort ». Cette affirmation traduit l’idée selon laquelle les blogs peuvent influencer négativement la pratique du journalisme. Cette pensée peut rejoindre le point de vue d’un journaliste affirment ceci : « ils bouleversent la pratique du journaliste et baissent le niveau de l’écriture ».

Pourtant, les insuffisances avancées à savoir le non respect de l’éthique de la déontologie mais aussi le manque de responsabilité sociale sont inhérentes également à la presse burkinabè. Cela peut se constater à travers les saisines mentionnées dans le rapport 2012 et 2013 du Conseil Supérieur de la Communication (CSC).

Tout cela rassemblé, nous avons constaté que les journalistes burkinabè ne se sont pas encore approprié les nouveaux médias et les blogs en particulier. La pratique du blogging est encore embryonnaire parce que les journalistes burkinabè ne se sont pas encore familiarisés avec les medias sociaux.

Les journalistes rencontrent beaucoup de difficultés pour bloguer
Les journalistes rencontrent beaucoup de difficultés pour bloguer

Les journalistes qui pratiquent le blogging ne maîtrisent pas les techniques. C’est ainsi que nous avons pu confirmer l’hypothèse secondaire selon laquelle les blogs des journalistes burkinabè ne sont pas conformes aux exigences, aux critères du blogging. Nous avons pu le remarquer par exemple par la qualité et l’irrégularité des billets produits, la mise en forme du blog. De plus, ces blogs n’associent pas les réseaux sociaux pour la promotion des billets. Si les journalistes ne maîtrisent pas donc la gestion des blogs, c’est parce qu’ils ne se sont pas familiarisés avec cet outil mais aussi avec les TIC. L’utilisation du blog est un indicateur de l’appropriation de ces technologies dans le monde de la presse. Les journalistes-blogueurs doivent donc faire des efforts pour avoir des sites personnels de qualité afin de concurrencer, pourquoi pas, avec leurs confrères de la sous-région. L’utilisation du blog est une question d’initiative personnelle.

En plus de cela, les conditions de travail des journalistes ne favorisent pas la pratique des blogs. Ils sont confrontés à un manque de matériel de travail, de temps, des salaires bas par rapport au travail fourni. Ils ne sont pas aidés en cela par les patrons de presse qui ne proposent pas à titre d’exemple, la création de blog sur les sites sans doute parce qu’ils n’ont pas encore compris son intérêt. Le faible débit d’Internet, le coût élevé de la connexion, sont des raisons évoquées pour ne pas s’adonner au blogging.

Néanmoins, les journalistes burkinabè sont persuadés que les blogs peuvent améliorer la liberté d’expression au Burkina Faso. 100% des personnes ayant répondu à cette question pensent que les blogs peuvent contribuer à la liberté d’expression. Le blogging dans ce contexte permet au journaliste de se libérer un temps soit peu de la ligne éditoriale de son organe mais aussi de marquer sa présence sur Internet. Ce qui est important dans un contexte de mondialisation et notamment avec les tablettes qui se vendent désormais comme du pain.

Partant de ce constat, des initiatives peuvent être menées pour promouvoir l’utilisation des blogs par les journalistes burkinabè. Il s’agit d’inclure ou renforcer des cours sur les nouveaux médias dans les écoles de journalisme au Burkina Faso. Les patrons de presse ont leur partition à jouer en permettant la création de blog sur leur site Internet et en encourageant leurs journalistes dans ce sens. En plus de cela, des formations sur les TIC seront un avantage pour les journalistes qui pourront par là, mieux comprendre le concept du blog et s’adonner à la pratique et aussi avoir la culture de l’écriture en ligne. Le ministère en charge de la communication au Burkina Faso dans le cadre des « prix Galian », récompensant les meilleures œuvres de journalistes, à créer une catégorie pour primer les blogs. Cela pourrait entraîner de l’engouement pour ce média social.


Affaire Norbert Zongo : l’Etat burkinabè obligé de rouvrir le dossier !

Victoire pour le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) et la famille du journaliste assassiné Norbert Zongo. La Cour africaine des droits de l’homme et des peuples basés à Arusha (Tanzanie) qui a relevé des carences  dans le traitement de cette affaire a condamné le Burkina pour violation des droits humains.

La vérité pourrait être faite sur l'affaire Norbert Zongo après la décision de la cour africaine d'Arusha
La vérité pourrait être faite sur l’affaire Norbert Zongo après la décision de la cour africaine d’Arusha

Lueur d’espoir pour la famille de Norbert Zongo et les mouvements et associations de lutte pour les droits de l’homme au Burkina Faso après le verdict de la Cour Africaine des droits de l’homme et des peuples sur ce dossier qui lui avait été soumise. Alors que la justice burkinabè attendait des « éléments nouveaux » ou encore de nouvelles preuves la justice africaine vient de donner une chance pour faire éclater la vérité sur l’assassinat du journaliste d’investigation Norbert Zongo et ses compagnons (son frère Ernest Zongo, son chauffeur Abddoulaye Nikièma dit Ablassé et son ami Blaise Ilboudo). La cour d’Arusha a relevé comme incohérence dans le dossier de Norbert Zongo la durée de l’affaire (huit ans entre les premières investigations et l’ordonnance de non-lieu d’août 2006), des faiblesses au niveau de l’investigation. Selon la cour, le Burkina n’a pas exploré les autres pistes d’investigations mentionnées dans le rapport relevé par la commission d’enquête de 1999, l’audition tardive de la partie civile et le non-lieu prononcé en faveur du principal inculpé conduisant la fermeture du dossier alors qu’aucun coupable n’a été trouvé. Tout cela a fait dire à la cour d’Arusha que le Burkina n’a pas respecté les droits des plaignants.

Même s’il faut encore les commentaires des différentes parties, il est fort probable que la cour d’Arusha décide de la réouverture du dossier Norbert Zongo. « Les choses devraient repartir à zéro. En principe l’Etat burkinabè devrait rouvrir ce dossier et le traité avec beaucoup plus de sérieux qu’il ne l’a fait jusqu’ici. Nous seront exigeants et intransigeants avec toute la mesure qui se doit, nous allons prendre les dispositions pour que les choses se fassent dans les règles de l’art », a confié Chrysogome Zougmoré le Président du MBDH à la Radio Liberté (avec laquelle je travaille).

Le 13 décembre 1998, le cadavre de Norbert Zongo et ses compagnons ont été découvert calcinés à Sapouy, un village situé à X km de Ouagadougou. Si le gouvernement au départ avait avancé la thèse de l’accident, la commission nationale d’enquête mise sur place à travers la pression populaire a conclu dans son rapport rendu public en mai 1999 que le journaliste burkinabè a été assassiné pour ses activités journalistiques. Les investigations avaient désigné six suspects sérieux (le caporal Wampasba Nacoulma, le sergent Banagoulo yaro, le soldat Christophe Kombasseré, le soldat Ousseni Yaro, l’adjudant Marcel Kafando Le le Sergent Edmond Koama) tous membres de la garde présidentielle. Selon le rapport, Norbert Zongo a été assassiné parce qu’il enquêtait sur la disparition de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, le frère cadet du Président Blaise Compaoré. Le seul inculpé l’adjudant Marcel Kafando avait bénéficié d’un non-lieu.

Le MBDHP, la famille de Norbert Zongo et ses compagnons ont saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples le 11 décembre 2011. La cour s’était qui a pris connaissance du dossier le 21 juin 2013 a jugé le dossier les 28 et 29 novembre 2013. 


Burkina : faut-il mettre les cultures en concurrence ?

Non ! Je ne suis pas d’accord que l’on mette en compétition des cultures. De quel droit peut-on dire qu’une culture est supérieure à une autre ? De quel droit peut-on juger une tradition supérieure à une autre ? De quel droit peut-on dire qu’une coutume est supérieure à une autre ? Je me pose ces questions ou plutôt elles me préoccupent parce que le Burkina Faso et particulièrement la ville de Bobo fête depuis le samedi 22 mars 2014, la Semaine nationale de la culture (SNC). Il s’agit d’une manifestation pendant lesquelles différentes troupes culturelles du pays s’affrontent dans plusieurs catégories.

(ph Yempabou Ouoba)
(ph Yempabou Ouoba)

Tous les deux ans, se tient à Bobo Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso, la Semaine nationale de la culture (SNC). Il y a  les préliminaires, et pendant sept jours les troupes de tout le pays s’affrontent en chant, danse, sport (lutte, tir à l’arc), littérature … A l’issue de ces prestations, les meilleurs sont désignés. Cependant, je suis opposé que l’on mette des cultures en compétitions. Je me demande sur quel critère peut-on juger qu’un groupe ethnique qui met l’accent sur les épaules (Gourmantché) dans la danse est supérieur à celui qui utilise ses reins (Mossi de Zorgho par exemple) ou encore celui qui préfère les pieds (Yadsé, Mossi du Nord) ? De quel droit peut-on juger la prestation scénique d’un groupe qui donne dos au public pour danser (les Peulh par exemple) tandis que dans la culture d’un autre il est interdit de le faire ?

(ph. Yempabou Ouoba)
(ph. Yempabou Ouoba)

Dans certaines cultures du Burkina, les artistes dansent plutôt autour du public alors qu’à la Semaine nationale de la culture, ils sont tous obligés de faire face. De quel droit peut-on juger la gastronomie d’un groupe ethnique par rapport à celle d’un autre ? Les différences culturelles ne sont pas prises en compte dans un tel concours. Je ne vois pas l’opportunité de classer donc les différentes troupes qui vont prester pendant toute cette semaine.

(ph. Yempabou Ouoba)
(ph. Yempabou Ouoba)

A mon avis, on ne peut juger une culture par rapport à une autre. Cela reviendra à mon avis à comparer le « Blanc » et le « Noir » ou par exemple à faire une comparaison entre la culture occidentale et la culture africaine. Il n’y a pas de comparaison à faire parce que toutes les cultures se valent, chacune a sa richesse… Par respect pour l’autre, j’estime qu’il faut éviter de comparer !

Vive la Semaine nationale de la culture au Burkina!

La maison de la culture de Bobo Dioulasso où se tiennent les compétitions de la semaine nationale de la culture n’a pas été construite en tenant compte des différences de chaque groupe ethnique, culturel… Ainsi, les artistes sont obligés de se produire en fonction de critères établis par un jury qui ne tient pas compte des spécificités de chaque groupe.

(ph Yempabou Ouoba)
(ph Yempabou Ouoba)

J’aurai préféré qu’au lieu de parler de compétitions et de récompenses que cette Semaine nationale de culture, biennale, qui magnifie la culture puisse se ressentir sur tout le territoire national en encourageant les Hommes intègres à « consommer burkinabè » à travers l’habillement, la musique diffusée sur les stations de radio et de télé, les mets, etc. Néanmoins, je salue cette initiative des autorités burkinabè. La Semaine nationale de la culture initiée depuis 1984 est une occasion de valoriser la culture burkinabè en mettant en lumière sa diversité et son patrimoine.


La publication des photos de Charles Blé Goudé profite à la CPI

La Cour pénale internationale (CPI) a obtenu le transfèrement de l’ancien leader de la galaxie patriotique Charles Blé Goudé. La décision de l’Etat ivoirien de le remettre à la justice internationale fait suite aux publications de ses photos dans la presse le montrant dans de mauvaises conditions de détention. Blé Goudé est accusé par la CPI, de meurtres, de viols et autres formes de violences sexuelles, d’actes de persécution, etc.

L'une des photos qui ont créé la polémique sur les conditions de détention de Charles Blé Goudé
L’une des photos qui ont créé la polémique sur les conditions de détention de Charles Blé Goudé

La Cours pénale internationale (CPI) a enfin obtenu l’extradition de l’ancien leader de la galaxie patriotique Charles Blé Goudé. Une décision prise par le gouvernement ivoirien après le feuilleton des publications des photos de Charles Blé Goudé et de Jean-Yves Dibopieu. Les droits de ces hommes semblaient à la vue de ces images être bafoués. Après la publication de ces photos, des polémiques autour de leur authenticité sont nées, mais surtout la question s’est posée de savoir à qui profitaient ces publications.

De prime abord, ces photos de Charles Blé Goudé, en culotte, couché à même le sol, barbu, ont desservi le pouvoir ivoirien qui a été obligé de publier de nouvelles photos montrant cette fois-ci, Blé Goudé dans des conditions acceptables. De toute évidence, ces photos de Blé Goudé n’étaient pas fausses. On a d’abord pensé que tout cela profitait au Front populaire ivoirien (FPI) qui avait de nouveaux éléments pour attaquer Alassane Ouattara. La presse proche de l’opposition a saisi la balle au bond pour traiter le gouvernement ivoirien de tous les noms de mauvais oiseaux.

Avec la décision du gouvernement ivoirien, la question se pose désormais de savoir si tout cela n’a pas été manigancé par la CPI elle même. Celle-ci a longtemps réclamé et avec insistance, le transfèrement de Blé Goudé à La Haye. Le gouvernement ivoirien a résisté, mais cette fois-ci, la pression semblait être trop forte. Ces photos étaient la preuve que le gouvernement ivoirien n’était pas capable d’offrir des conditions acceptables de détention à Charles Blé Goudé et par extension, un procès équitable. Il y a sûrement eu beaucoup de tractations dans les coulisses avant, pendant et après la publication des photos.

La publication de ces photos a eu pour avantage de mettre en confrontation les deux camps (pro-Gbagbo et pro-Ouattara). La CPI dans un tel contexte se devait de jouer l’arbitre impartial. Ce qu’elle a réussi à obtenir. Pourtant, le transfèrement de Blé Goudé ne plaît ni aux pro-Gbagbo ni aux pro-Ouattara. D’ailleurs, Affi N’Guessan le président du FPI a affirmé que cela portait un coup au processus de réconciliation. Ce qui est juste puisqu’ils ont trouvé un mobile pour se rétracter une nouvelle fois dans les pourparlers. Du côté des pro-Ouattara, on aurait bien voulu utiliser Blé Goudé comme un moyen de négociation avec le camp d’en face.

Après le transfert de Laurent Gbagbo et désormais de Blé Goudé, la CPI voudra sûrement entendre très prochainement les pro-Ouattara qui ne sont pas exempts de tout reproche pendant cette crise qui a secoué le pays durant 10 ans. Des massacres ont été enregistrés dans cette région pro-Gbagbo. Certains d’entre eux ont été coupables d’actes inhumains notamment dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. La CPI a peut-être brandi des menaces dans ce sens. « Si le gouvernement ivoirien ne livre pas Blé Goudé, elle délivra donc un mandat d’arrêt contre les partisans de Ouattara ». 

Mais s’il s’agissait aussi d’une manigance du pouvoir ivoirien pour livrer facilement Blé Goudé à la CPI? Si c’était le cas, cela revient à la même chose. C’est la CPI la grande gagnante dans cette histoire.

La CPI a eu gain de cause. Désormais, la question qui se pose est de savoir : « A qui le tour?»


Dire Burkinabè (Femme ou homme intègre) et non Burkinabaise

J’ai souvent constaté dans médias, dans des discours officiels, les gens disent « la population burkinabaise » pour parler des habitants du Burkina Faso. La réalité est que « burkinabè » est invariable. J’écris ce billet pour faire mise une mise au point.

(ph. Yempabou Ouoba)
(ph. Yempabou Ouoba)

 

Avant 1984, l’actuel Burkina Faso portait le nom de Haute Volta. Un nom hérité de la colonisation. Les Voltaïques ignoraient même la signification de ce donnée en hommage à trois fleuves qui portaient ce nom et qui traversent le territoire.

En 1984, la Haute Volta devient Burkina Faso qui signifie « Pays des hommes intègres ». Ce nom est tiré des langues du terroir. « Burkina » vient du mooré, la langue la plus parlée dans le pays, qui signifie « intègre ». Le Président Thomas Sankara a adopté ce nom en tenant compte des valeurs des Burkinabè qui se caractérisaient comme telles. Il a voulu valoriser ces qualités. Burkina est aussi le nom d’un quartier de la ville de Koudougou situé à près d’une centaine de km de Ouagadougou.

« Faso » est tiré du Dioula, la deuxième langue la plus parlée dans le pays. Faso signifie « la terre des ancêtres », « territoire » etc. Dans ce contexte, il signifie « Pays ». Comme le dit la constitution du Burkina Faso, le « Faso » est la forme républicaine de l’Etat.

C’est pourquoi, on ne dit pas la « République du Burkina Faso », « République du Faso » ou encore « République du Burkina ».  Donc, pour designer le pays, il faut juste dire « Burkina Faso » ou « Burkina » tout simplement. Et pour ce qui concerne le chef de l’Etat ou le Président de la République, l’appellation officielle est « Président du Faso » et non « Président de la République ».

Les habitants du Burkina Faso sont les Burkinabè. Thomas Sankara a juste ajouté le « Bè » qui signifie « les ressortissants de », désignant donc un habitant. Il est invariable parce que ce n’est pas un terme français mais aussi parce qu’il est invariable dans cette langue. « Bè » est tiré de la  langue fulfudé parlée par les Peulh.

En parcourant Wikipedia, j’ai pu lire ceci : « En français, on utilise également les mots Burkinais ou Burkinabés pour désigner les habitants ». Ce qui est totalement faux si vous avez bien suivi les explications données plus haut. Burkinabè est INVARIABLE !

Ce que l’on ignore également, Thomas Sankara a changé beaucoup d’autres symboles. Par exemple, l’hymne nationale qui était « Fière Volta » est devenue la Dytaniè de la langue lobiri parlée par les Lobi. La dytaniè signifie « la chanson de la victoire » dans cette langue. L’avion Présidentiel du Burkina Faso est le « Pic du Nahouri » en référence au plus haut sommet de Burkina. Les différents fleuves du Burkina que sont La Volta Noire, La Volta Blanche, La Volta Rouge (également les couleurs de la Haute Volta) vont prendre les noms respectifs de Mouhoun, Nakambé et le Nazinon. Toutes ces dénominations sont issues des langues du terroir.

L’objectif de Thomas Sankara était l’unification d’une société multi-ethnique mais aussi de permettre au pays de valoriser on potentiel local. Au Burkina Faso, il y a plus de 60 ethnies.

 De la Haute Volta au Burkina Faso en passant par la Côte d’Ivoire!

La zone de l’actuel Burkina Faso conquise en 1894, il était désigné par la Haute Volta alors que l’actuel Côte d’Ivoire était la basse Volta. Le pays a faillit ne jamais plus exister puisque la Haute Volta sera partagée et incluse dans les colonies du Haut Sénégal et du Niger. Avant de se reconstituer en 1924. Ce sera pour un bref instant puisque la Haute Volta sera à nouveau partagé entre les Colonies de la Côte d’Ivoire, du Soudan (actuel Mali) et du Niger. Les colons expliquent ce partagent par le fait qu’il s’agit d’une région sèche et improductive. Pourtant, les Voltaïques sont réputés êtres de grands travailleurs. Ce partage permet d’organiser le voyage de plusieurs Voltaïques dans les champions de cacao, de café en Côte d’Ivoire, de Coton et la construction voies au Mali et la mise en valeur du bassin du fleuve Niger.

Le Mogho Naba Saaga, chef des Mossi de Ouagadougou et plusieurs autres intellectuelles vont se battre pour qu’elle soit rétablie à ses frontières actuelles après la deuxième guerre mondiale. Ce combat porte fruit puisque la région administrative de Haute Côte d’Ivoire sera créée pour, par la suite, retrouver son intégrité territoriale en 1937. Il sera reconnu sous le nom de la région de Haute Côte d’Ivoire et l’actuel Côte d’Ivoire étant la basse Côte d’Ivoire. A ce sujet, il faut signaler que les Ivoiriens et les burkinabè auraient pu avoir la même nationalité.  Il va retrouver ses limites de 1932 dix ans plus tard soit en 1947 sous le nom de Haute Volta.  La Haute Côte d’Ivoire et la Basse Côte d’Ivoire fusionnent et sont représentés à l’Assemblée Nationale française par les mêmes députés que sont Félix Houphouët Boigny, Ouezzin Coulibaly et Phillipe Zinda Kaboré.

La Haute Volta prendra son indépendance en 1960 comme la plupart des Etats de l’Afrique sous la Présidence de Maurice Yaméogo chassé à l’issue d’un soulèvement populaire. La première fois en Afrique ! Vont suivre des coups d’Etats (25 novembre 1980 Saye Zerbo remplace Sangoulé Lamazina. Il sera remplacé à son tour par Jean Baptiste Ouédraogo en 1982). En 1983, Thomas Sankara et trois de ses camarades d’armes renversent Jean Baptiste Ouédraogo le 4 août. Une année après le pays devient Burkina Faso qui signifie dans la traduction Mooré et Dioula : « Pays des Hommes intègres ».


Le « symbole », ce moyen de pression pour parler le français au primaire

Dans un pays comme le Burkina Faso où le taux d’analphabétisme est élevé, les enfants partent à l’école sans savoir parler le français au préalable. Pourtant, c’est dans cette langue qu’ils sont formés. Au Burkina, l’enseignant n’apprend pas seulement à lire et à écrire en français à l’enfant, mais il lui apprendre aussi à parler la langue. Pour cela, les méthodes ne sont pas toujours catholiques.

(ph. https://www.catherine-ousselin.org/francais.html)
(ph. https://www.catherine-ousselin.org/francais.html)

Dans mon école (primaire), à moins d’une centaine de kilomètres de Ouagadougou, les enseignants avaient le souci de faire parler le français aux élèves que ce soit en classe ou dans la cour de récréation. A la place de la chicotte, ils avaient trouvé comme moyen de pression le port du « symbole » à tout élève qui parlerait une langue locale en étant à l’école. Cette idée daterait même de l’époque coloniale. Ainsi, lorsqu’un élève parle une langue locale à l’école, il était puni.

Ce qu’on appelle symbole peut être le crâne d’un mouton, des pattes d’animaux, des os… un truc sale et dégoûtant en général.  Ce symbole qu’il portait lui permettait d’être reconnaissable par tout le monde. Le porteur l’avait sur lui et rentrait avec pour le ramener le lendemain à l’école. Il le gardait tant qu’il ne trouvait personne d’autre à qui le passer.

Pour trouver une autre victime, il fallait donc jouer aux espions. Les porteurs du symbole épiaient donc les conversations de leurs amis et souvent des élèves des classes inférieures pour leur faire porter le symbole.

Si l’objectif est d’amener tous les enfants à parler couramment le français, il était plutôt un symbole d’humiliation pour eux. Certains élèves , choqués par les moqueries, ont préféré quitter l’école.

Cela se comprenait aisément puisque les élèves qui portaient le symbole étaient mis de côté. Ils ne pouvaient causer avec personne. Car chacun avait peur de faire parler une langue locale en présence de lui. Le symbole sentait mauvais et les porteurs aussi avec. Car les cranes de l’animal qu’il portait était en putréfaction.

Il paraît que le port du symbole continue encore. J’espère qu’il n’a pas toujours ce même côté pervers. 


Burkina : De quoi a-t-on peur ?

L’actualité politique au Burkina Faso, ces derniers mois, est marquée par le débat autour de la modification de l’article 37 de la constitution du Burkina qui limite le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une seule fois et sur l’instauration d’une deuxième chambre. Si ces débats sont normaux à mon avis, certains veuillent voir en l’actuelle situation, la naissance d’une crise pareille à celle ivoirienne.

Les armes ne crépiteront pas au Burkina Faso
Les armes ne crépiteront pas au Burkina Faso

« Que Dieu sauve le Burkina », « Que la paix règne sur le Burkina », « Préservons le Burkina ». Ce sont des propos que l’on entend sur les forums, les discours de certains hommes politiques, les lettres ouvertes dans les journaux etc. A lire ou écouter ces propos, on a comme l’impression que le Burkina Faso va brûler. Pourquoi ? Face aux velléités du parti au pouvoir le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) de modifier l’article 37 de la constitution burkinabè pour permettre à Blaise Compaoré de se représenter une nouvelle fois, l’opposition  s’est exprimée par un niet. Les manifestations du 29 juin 2013 et du 18 janvier 2014 a connu des succès incroyables donnant ainsi le rapport de force en défaveur du Président Blaise Compaoré. La contremanifestation menée par le CDP et la Fédération Burkinabè pour la Paix et le Progrès avec Blaise Compaoré (FEDAPBC), même si ces derniers ont convoyé depuis les provinces du Burkina des femmes et des jeunes qui auraient même reçu de l’argent, ont montré que les positions étaient bien tranchés et chaque camp reste sur sa position.

Partant de ce constat, un groupe de « médiateurs autosaisis» a décidé de mener des négociations afin que les deux parties à savoir l’opposition burkinabè renforcée par des démissionnaires du parti au pouvoir le CDP qui ont créé le Mouvement Populaire du Peuple (MPP) et le camp de Blaise Compaoré qui est pour la modification de l’article 37. Cette démarche, selon les médiateurs a pour objectif de préserver la paix sociale. Une situation qui semble renforcé la peur des Burkinabè sur une éventuelle crise aux issus incertaines.

Mais qui a dit que le Burkina va brûler ? Ce qui se passe au « Pays des Hommes intègres » est tout à fait normal politiquement. Il est normal que dans un pays démocratique, que chaque tendance veuille exprimer ses positions sur les lois qui régissent le pays. Tous ces tiraillements sont normaux. Il ne faudrait donc pas que les hommes politiques burkinabè transportent le débat sur un autre terrain que celui de la politique. Si le parti au pouvoir a fait marche arrière sur la loi portant instauration du sénat, c’est parce qu’il a constaté que le rapport de force n’est pas en sa faveur. Bien sûr, c’est pour la préservation de la paix sociale.

A mon avis, la coalition CDP et FEDAP/BC qui joue ses dernières cartes pour modifier l’article 37 n’ira pas jusqu’au  tant que le rapport de force sera en sa défaveur comme c’est le cas actuellement. Cette « crise » est différente de celle de 2011 pendant laquelle toutes les couches sociales ont manifesté leur désappointement. Le Burkina Faso est en train de vivre le scenario du 3 janvier 1966 où les Burkinabè, par leur mobilisation pacifique avait contraint le Président Maurice Yaméogo a démissionné à cause des nombreuses décisions impopulaires qu’il avait pris à l’époque. Le scenario sera différent parce que le contexte est différent. Le Burkina ne brûlera pas parce que les Burkinabè ne sont pas opposés entre eux. 


Quand la pauvreté conduit à la maltraitance des animaux

J’étais particulièrement fier de publier cette photo que vous trouverez en cliquant ici. Il s’agit d’un homme conduisant son âne sur une charrette après, surement, une journée de dur labeur. Si la photo fait sourire, il témoigne quand même de la prise de conscience de cet homme que les animaux, que nous utilisons pour nos travaux (au champ, le transport de bois, de bagages etc.), ne sont pas des machines infatigables. Même que les machines ont besoin souvent de maintenance.

Un âne épuisés que tentent de relever des femmes dans à Ouagadougou
Un âne épuisés que tentent de relever des femmes dans à Ouagadougou (photo Hamed Ouoba)

Pour cette fois ci, j’ai voulu d’abord publier ces photos sans commentaire afin que chacun de mes lecteurs face son jugement. Puisqu’on dit qu’une image vaut mille mots. Une photo vaut mille mots par conséquent. Sur ces photos prises en plein centre ville de Ouagadougou (à quelques mètres l’immeuble de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO)), on voit bien des dames qui tentent de relever un âne surement épuisé après de longues heures de travail. Il refuse de continuer parce qu’il n’en peut plus. On dira, c’est un âne il est infatigable. N’est ce pas pour cela qu’on a sorti l’expression : « travailler comme un âne » ? Et pourtant un âne, ça meurt.

L’homme oublie souvent que les animaux sont aussi sont des êtres vivants. Ils naissent, grandissent et meurent comme les hommes. Le sang coule dans leurs veines. Ils sont faits de chair et d’os. Ils sentent la douleur également comme les humains. Ils ont aussi besoin de repos comme les humains. Nous oublions demandons à ces animaux, d’aller au delà de leur limite.

Personne ne porte un intérêt sur ces femmes
Tous passent sans s’arrêter (photo Hamed Ouoba)

Ces dames qui tentent de relever cet âne sont bien connues à Ouagadougou. Elles parcourent la ville de Ouagadougou de porte en porte pour ramasser des ordures. Elles sont généralement des veuves. Faut-il leur en vouloir pour cela ? Non! La quête de la pitance nous amène souvent à oublier certaines éthiques pour survivre. J’imagine moi-même les longs kilomètres qu’ils ont du parcourir avec cet âne pour ramasser des ordures avec toutes les bactéries possibles qu’elles ont bien respiré. Combien gagne-t-elle ? Des miettes. Ces images sont anecdotiques car, le calvaire que vit  cet âne traduit aussi celui que vivent ces ramasseuses d’ordures. Elles partagent le même destin. L’amélioration de leur condition de travail est liée aussi à ce lui de cet animal. En plus, personne ne s’arrête pour aider ces pauvres dames et leur animal qui est en fait leur gagne-pain.


Histoire du Burkina : Boukary Koutou ne s’est pas enfui au Ghana

Lorsque j’étais à l’école primaire, j’ai été l’objet de raillerie pour le prénom que je porte : Boukari. Lors d’un cours d’histoire dispensé en classe, l’enseignant nous a fait comprendre que lors de la conquête coloniale, le Mogho Naba Wobgo dit Boukary Koutou s’est enfui au Ghana à l’arrivée de la colonne de Vouley et Chanoine.

 

Gravue de Boukary Koutou, le Mogho Naba Wogbo (photo prise sur https://www.yennenga.com)
Gravue de Boukary Koutou, le Mogho Naba Wogbo (photo prise sur https://www.yennenga.com)

 

L’occupation du Burkina Faso  par les Français

« Après l’exploration du territoire burkinabè par Montaigne, Krauss, Binger, Baart et Ferguson, la France reviendra avec le capitaine Destenaves en 1895. C’est ainsi que le Liptako devient sous protectorat français durant la même année. En 1895, Au Yatenga, Naba Bogaré a signé un protectorat avec la France et au centre du pays, le Mogho Naba Wobgo dit Boukary Koutou refuse de recevoir les Français et s’enfuit au Ghana ». Mes camarades se moquaient de moi à cause de cette partie de la leçon en gras. Ecrit ainsi, on croirait que le Mogho Naaba Wobgo  par poltronnerie a abandonné son royaume, son peuple qu’il est censé défendre au péril de sa vie aux mains des colonisateurs.

Cette histoire du peuple Mossi a été tronquée. La première correction que je dois d’abord apporter, c’est dire Boukary Koutou n’est pas le surnom du Mogho Naba, mais plutôt son vrai nom. Son nom à l’état civil. Mogho Naba Wogbo (chef Eléphant) est son nom de règne. En principe, aucun de ses sujets n’a le droit de l’appeler par son nom à l’état civil sous peine de payer une forte amende.

La deuxième correction et la plus importante, c’est que Naba Wobgo ne s’est pas enfui au Ghana. Il est plutôt allé chercher du renfort. Les Mossi sont originaires de Gambaaga, un royaume situé dans l’actuel Ghana. C’est donc sur ces terres qu’il est allé demander du soutien pour reprendre en main son royaume.

Les conquérants français ont profité des rivalités qui existaient entre le Roi du Yatenga, Bogaré et celui du Mogho, pour s’installer d’abord au nord du pays avant de se rejoindre le centre. Naba Bogaré était à la recherche d’alliés pour faire face au Mogho Naba Wogbo avec qui il avait quelques problèmes. Vouley et Chanoine confrontés au refus du Mogho de signer le traiter de protectorat ont utilisé la manière forte. L’un d’eux, je ne sais plus lequel était surnommé « colonel Gayenga », le colonel fou, à cause de son atrocité.

Boukary Koutou n’est pas revenu à la reconquête de son royaume parce que ses grands-parents ont refusé de lui donner des armes et des hommes. Ils ont aussi refusé de le laisser partir. Un chef n’abandonne pas son royaume. Au lieu de se rendre, Boukary Koutou a préféré mettre fin à ses jours comme l’a fait Ba Bemba.

La partie de l’histoire qu’on ne raconte pas aux enfants, c’est que la France et l’Allemagne ont tenté à travers plusieurs négociations de mettre le royaume mossi sous leur domination. Ce dernier a refusé. D’ailleurs, on raconte que les Anglais lors de leur passage dans le royaume ont remis leur drapeau à Boukary Koutou. Le chef des Mossi aurait cousu une jupe avec pour sa femme préférée. A l’endroit de Destenaves qui a lui aussi tenté par des négociations de mettre le Mogho sous protectorat français il lui a dit ceci selon Apollinaire Kyèlem :

 « Je sais que les Blancs veulent me faire mourir pour me voler mon pays. Et tu prétends qu’ils vont m’aider à organiser mon pays ! Or, je trouve mon pays très bien, tel qu’il est. Je n’ai nul besoin des Blancs. Je sais ce qu’il me faut et ce que je veux. J’ai des marchands. Estime-toi heureux que je ne te fasse pas couper la tête. Va-t-en donc. Et surtout, ne reviens pas ».

En parlant du général Charles de Gaulle avant son appel du 18 juin 1940, la leçon d’histoire à ce niveau raconte qu’il a fait un repli tactique en Angleterre. La seule différence entre le Mogho Naba et le général Charles de Gaulle, c’est que l’ancien président français a bénéficié du soutien des alliés et notamment des tirailleurs pour revenir. Si l’on apprend aux élèves, que le Mogho Naba a fui au Ghana, alors il faut aussi leur dire que Charles de Gaule a fui en Angleterre.


Burkina Faso : Où est passé Ousmane Guiro ?

Le premier janvier 2012, le Burkina Faso s’était réveillé avec l’étonnante nouvelle de l’arrestation de l’ancien directeur général (DG) de la douane burkinabè Ousmane Guiro. Deux cantines de près de 2 milliards de Francs CFA lui appartenant auraient été découvert au domicile de jeunes de son quartier. Emprisonné, l’homme a été relâché quelques mois plus tard alors que les Burkinabè attendaient son jugement. Elu conseillé municipal de son village sous la bannière du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), Ousmane Guiro a disparu de la scène médiatique.

Ousmane Guiro
L’ancien DG de la douane Ousmane Guiro a disparu des radars.

Où se cache Ousmane Guiro ? Que fait-il ? Qu’attend la justice burkinabè pour le jugé ? Voilà des questions qui taraudent l’esprit de ceux qui se rappellent encore de son histoire. Le gouvernement du Burkina Faso après la crise qui a secoué le pays en 2011 avec des mutineries en cascades, des manifestations contre des symboles de l’Etat comme l’Assemblée Nationale et la justice avait décidé ou fait semblant de renforcer la lutte contre la corruption au Burkina Faso. C’est pourquoi, comme cadeau de nouvel an, les Burkinabè ont appris avec surprise l’arrestation du directeur général de la douane Ousmane Guiro le 1er janvier 2012. La gendarmerie nationale qui a constaté des dépenses astronomiques de certains jeunes de la ville de Ouagadougou a mené une enquête pour comprendre. Les investigations ont abouti à l’arrestation et à l’incarcération de Ousmane Guiro qui aurait remis à ces jeunes de son quartier deux cantines de près de 2 milliards de francs CFA.

Les Burkinabè ont applaudis à l’annonce de l’arrestation de Ousmane Guiro. Ils ont  espérer que cela marquait le début de la lutte contre l’impunité, la corruption, les détournements de deniers publics etc dans leur pays. Corruption, détournement de deniers publics et enrichissement illicite sont les accusations retenues contre lui. Ce n’est pas la première fois que cette personnalité est inquiétée par la justice. C’était tout de même la première fois qu’un homme de son rang est arrêté au  » Pays des Hommes Intègres« . Les Burkinabè qui attendaient de voir comment Guiro se défendrait devant la justice ont été surpris, précisément au mois de juillet 2014, que ce dernier soit libéré pour des raisons de santé ! Ceux qui ont encore la mémoire se rappellent que lors de son arrestation, Guiro avait confié qu’il était serein. D’ailleurs selon la rumeur, ce monsieur n’aurait même pas fait un jour en prison. Sorti de prison Ousmane Guiro, plutôt que de rester discret, s’est porté candidat aux élections municipales sous la bannière du Congrès pour la Démocratie et le Progrès  (CDP), le parti de Blaise Compaoré ! Pourtant, on lui disait malade. Une insulte pour les Burkinabè qui ont pensé que le Burkina Faso prenait un nouveau tournant après La crise socio-militaire de 2011.

Le gouvernement a récemment promis que le dossier Guiro serait  sur le bureau de la justice. Mais jusque là, rien. Rien ! Où est passé Guiro ? Autre question : qui d’autre est impliqué dans cette histoire d’enrichissement illicite ? La réponse possible à cette question est peut-être à l’origine de ce silence. Car cette histoire semble dépasser le cas de monsieur Guiro. Qui sont les marionnettistes ? La justice bute peut-être sur ce point car, même si elle a une bonne volonté, il y a des intouchables au Faso.

Ce qui est sûr, Guiro profite de l’actualité politique marquée par les manifestations et les débats contre sur le sénat et la modification de l’article 37 de la constitution du Burkina pour se cacher. Aujourd’hui, tout le monde semble l’avoir oublié. Malgré le respect de la présomption d’innocence, il faut retenir que quelque soit la durée de la nuit, le soleil se lève toujours. Guiro doit donc s’expliquer devant la justice s’il ne se reproche rien.


Burkina : les députés CDP pro-Salif Diallo préparent un coup contre Blaise Compaoré

Le parti au pouvoir au Burkina Faso, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) a fait signer par ses députés à l’Assemblée Nationale une charte d’allégeance au parti du Président Blaise Compaoré. Si seul le Larlé Naba (un ministre de l’empereur des Mossé) a refusé de signer, la réalité est que près de 30 des 69 signataires preparent un coup contre parti au pouvoir.

De gauche à droite Simon Compaoré, Salif Diallo et Roch Marc Christian Kaboré (photo lefaso.net)
De gauche à droite Simon Compaoré, Salif Diallo et Roch Marc Christian Kaboré (photo lefaso.net)

La bataille pour la succession du Président du Faso Blaise Compaoré a déjà commencé. Le bientôt ancien puissant parti au pouvoir le Congrès pour la Démocratie (CDP) s’est vu affaibli avec la vague de démission de militants importants. Le trio Roch Marc Christian Kaboré (ancien Président de l’Assemblée Nationale), Salif Diallo (ancien ministre de l’agriculture) et Simon Compaoré ancien maire de la ville de Ouagadougou ont quitté le navire du chef de l’Etat. Après la démission de ces anciens ténors du parti de Blaise Compaoré, des rumeurs annonçaient celle probable d’une trentaine de députés partisans des démissionnaires. Finalement, seul le Larlé Naba n’a pas signé. Pourquoi ?

En réalité, les députés partisans des démissionnaires sont plus utiles dans le parti. La consigne qui leur a été donné est d’être l’œil et l’oreille des démissionnaires au sein de ce parti. S’ils démissionnent aujourd’hui, ils perdront aussi leur statut de député à l’Assemblée Nationale comme le recommande la loi. Ce qui va fragiliser la lutte entamée par le trio de tête des démissionnaires. 

Le seul démissionnaire qui est le Larlé Naba pourrait avoir pour rôle de regrouper les chefs traditionnels, véritables forces de mobilisation au Burkina Faso. L’expérience a d’ailleurs prouvé que depuis la période coloniale à aujourd’hui, les pouvoirs en place sont toujours passés par les chefs traditionnels pour assoir leur domination. Salif Diallo, Simon Compaoré et Roch Marc Christian Kaboré ont mené leur bataille avec un professionnalisme. Bien avant la démission, ils se sont assuré le soutien de ces derniers au cours d’une réunion tenu dans la cour du Larlé Naba.

Plusieurs options sont mises en réflexion par ces députés qui pourraient créer un groupe parlementaire pour contrecarrer avec l’opposition des projets de lois à l’Assemblée Nationale. Le chef d’orchestre de toutes ces manœuvres pourrait bien être Salif Diallo. Cet homme qui a longtemps était la tête pensante de Blaise Compaoré a s’est vu reléguer au second plan après avoir dénoncé une patrimonialisation en cours du pouvoir en place dans une interview accordée au journal l’Observateur Paalga alors qu’il était ambassadeur à Vienne en Autriche.

L’opposition s’est vue renforcer par la démission de ces cadors. Cela s’est ressenti lors de la marche de l’opposition le samedi 18 janvier 2014. A Ouahigouya et Kongoussi, villes acquis à Salif Diallo, la mobilisation était de taille ce jour là. Ce qui signifie que le changement est en marche. Déjà, certains se mettent à rêver à un scénario à la sénégalaise.


Burkina : pourquoi Blaise Compaoré ne va pas se représenter en 2015

L’opposition politique burkinabè appelle à une marche de protestation contre la modification de  l’article 37 de la Constitution du Burkina le 18 janvier 2014. Si l’opposition burkinabè veut mettre la pression sur le président du Faso Blaise Compaoré il  se trouve que le locataire du Palais de Kossyam ne va pas briguer un nouveau mandat en 2015…

Le Président du Faso Blaise Compaoré se cherche une porte de sortie (Ph. https://presidence.bf)
Le président du Faso Blaise Compaoré se cherche une porte de sortie (Ph. https://presidence.bf)

1-    Blaise Compaoré ne se représentera pas en 2015 parce tout simplement la Constitution du Burkina le lui interdit. Selon l’article 37 de cette Constitution, le mandat présidentiel est de 5 ans renouvelable une fois. Blaise Compaoré a été élu selon les termes de ce nouveau contrat entre lui et le peuple en 2005. Il a été réélu en 2010. Son mandant prend fin donc en 2015. Il est donc obligé de céder la main.

2-    Le président ne se représentera pas en 2015, parce que justement, tout le monde s’attend à ce qu’il modifie la Constitution. Pourtant, le « Blaiso » a toujours joué sur l’effet de surprise en prenant des décisions inattendues. Depuis qu’il est au pouvoir, il a toujours déjoué les pronostics de ses collaborateurs et aussi de ses adversaires. La presse burkinabè peut en témoigner.

3-    Pour une question de stratégie politique, Blaise Compaoré ne voudra pas de sitôt annoncer qu’il ne se présentera pas en 2015. S’il le fait, au sein de son propre parti et cela a déjà commencé  des batailles pour la succession vont s’engager. Une situation qui sera difficile à gérer. Pour donner l’avantage à son parti. Le président du Faso est donc peut-être en train de préparer sa succession.

4-    Le poids de l’âge et l’usure du pouvoir. A 62 ans Blaise Compaoré s’il était agent de la fonction publique devrait aller à la retraite cette année. On peut estimer qu’on n’est pas si vieux que cela à 62 ans. Mais le locataire du palais de Kossyam a passé 27 ans au pouvoir. Pendant tout ce temps ans, il a dû gérer beaucoup de crises dont la plus marquante est l’affaire Norbert Zongo et la plus récente, , les mutineries de 2011 qui ont sérieusement secoué son pouvoir. Il s’en est fallu de peu qu’un coup d’Etat soit orchestré. Heureusement pour lui, il a su reprendre la main comme à son habitude. Mais le natif de la ville de Ziniaré a besoin d’un repos réparateur.

5-    Blaise Compaoré va partir parce qu’aujourd’hui, la rue l’y pousse. Les Burkinabè ont soif de changement. La prochaine marche de l’opposition aura lieu le samedi 18 janvier. Les deux dernières ont connu des succès immenses. Conscient de cela, il ne voudra pas frustrer encore plus la population.

6-    Récemment, le ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité, Gérôme Bougouma avait avancé la célébration de l’indépendance du Burkina à Ziniaré au lieu de la ville de Kaya  comme l’indiquait le calendrier initial. L’analyse que tout le monde a faite, c’est que le chef de l’Etat veut bien « construire son village d’origine » avant son départ. Sinon, après il risque de se voir reprocher de n’avoir pas rien fait pour son village avant de partir comme si c’était normal.

7-    Blaise Compaoré a déjà préparé son départ. En 2012, l’Assemblée nationale a voté une amnistie pour les anciens chefs d’Etat du Burkina dont lui-même. Afin d’avoir une retraite tranquille, il a pris les dispositions nécessaires pour ne pas se voir plus tard attaqué sur certaines affaires comme celle concernant l’assassinat de Thomas Sankara. Certains l’accusent d’en être le commanditaire.

Blaise Compaoré cherche donc une porte de sortie en attendant de vous dire prochainement pourquoi il ne quittera pas le pouvoir. 


CAF: le meilleur joueur africain de l’année doit évoluer sur le continent

La Confédération Africaine de Football (CAF) va designer le meilleur footballeur africain de l’année 2013 ce jeudi 9 janvier 2013 à Abuja (Nigeria). Les Ivoiriens Yaya Touré, Didier Drogba et le Nigérian John Obi Mikel sont les trois candidats. S’il est bien vrai que ces joueurs qui évoluent à l’extérieur sont des africains, à mon avis, la CAF doit poser comme critère pour remporter le trophée, que le lauréat évolue d’abord dans un championnat africain.

Mohamed Aboutreika malgré sa carrière riche en trophée, son talent et sa bonne saison 2013 ne pourra pas remporter le trophée de meilleur joueur africain parce qu'il évolue sur le continent africain;
Mohamed Aboutreika malgré sa carrière riche en trophée, son talent et sa bonne saison 2013 ne pourra pas remporter le trophée de meilleur joueur africain parce qu’il évolue sur le continent africain;

 

Le titre de joueur Africain de l’année décerné par la Confédération Africaine de Football (CAF) a remplacé le Ballon d’Or Africain décernée initialement par le Magazine France Football. J’apprécie l’idée que la CAF ait reprit l’attribution de ce trophée. Mais, ce qui ne tourne pas rond comme le ballon dans cette histoire, c’est que le titre de footballeur africain de l’année depuis 1992 a été attribué seulement à des joueurs évoluant  sur le continent européen. A ce rythme, les joueurs qui animent le championnat africain ne peuvent pas espérer remporter ce trophée. A moins avis, il faudrait changer les rôles. Le titre de joueur africain de l’année doit revenir à un footballeur d’origine africaine et qui évolue sur le continent. Je pourrai même être d’accord si le trophée récompense tout footballeur évoluant sur le continent. En Amérique du Sud, le prix du meilleur footballeur de cette zone revient toujours à un joueur qui évolue dans le championnat d’Amérique du Sud. L’on pourrait même copier  plus ou moins  au prix de meilleur footballeur d’Europe décernée par l’UEFA au lieu de créer un prix spécial pour le meilleur joueur basé en Afrique.

A mon avis, l’Égyptien Mohamed Aboutreika, vainqueur de la Ligue des champions d’Afrique ou le Nigerian   Sunda Mba, champion d’Afrique devraient remporter ce trophée. Quand on regarde le trio retenu pour la récompense, hormi John Obi Mikel, vainqueur de la CAN et de ligue Europa, les deux autres, Didier Drogba et Yaya Touré n’ont remporté aucun trophée en 2013.

La CAF doit songer au développement du football local en mettant l’accent sur les acteurs qui l’animent chaque saison. Pour compenser donc, l’on pourrait décerner un prix spécial pour le meilleur joueur qui évolue dans les championnats hors d’Afrique. L’objectif est de donner plus de valeur aux championnats et aux coupes africaines. Car, le public africain préfère suivre les championnats européens parce que la CAF en fait rien pour valoriser ceux du continent. Des joueurs comme Mohamed Aboutreika (Egypte), Trésor Mputu (Tresor Mputu), Ahmed Fathi (Egypte), Rainford Kalaba (Zambie), Sunday Mba (Nigeria) etc. qui ont survolé les compétitions tant en clubs qu’avec leurs sélections ne pourront jamais prétendre, si la formule est ainsi gardée, remporter le trophée de footballeur africain. 


Burkina; vers une redéfinition du paysage politique

Les Burkinabè ont appris le 5 janvier 2013 que d’anciens cadres du parti au pouvoir à savoir le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) ont rendu leur démission. Par la même occasion, les démissionnaires ont annoncé la création prochaine d’un parti politique d’opposition au régime de Blaise Compaoré. Cela va remodeler un nouveau paysage politique burkinabè et plusieurs partis risquent d’en faire les frais.

 

Roch Marc Christian Kaboré (gauche) et Salif Diallo sont les ténors des dissidents du CDP
Roch Marc Christian Kaboré (gauche) et Salif Diallo sont les ténors des dissidents du CDP

Ce qui se murmurait il y a quelques jours années s’est avéré. Des ténors du parti au pouvoir ont démissionné du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti au pouvoir qui soutient le programme politique de l’actuel président du Burkina, Blaise Compaoré. Si la nouvelle a surpris beaucoup de personnes, elle n’est pas si étonnante que cela. Depuis quelques mois, des rumeurs annonçaient la défection de ces cadres du CDP. Un parti d’opposition créé par Roch Marc Christian Kaboré avait été annoncé sans que ce parti ne voit encore le jour. En réalité, les démissionnaires avec à leur tête Roch Marc Christian Kaboré ancien député, président de l’Assemblée nationale et ancien président du CDP, Salif Diallo ancien ministre d’Etat et ministre de l’Agriculture, l’ex-maire de la ville de Ouagadougou Simon Compaoré et Jean Marc Palm, ancien ministre des Sports ont emporté avec eux un grand nombre de militants de ce parti. Ils sont 75 à avoir signé la lettre de démission. La corporisation du parti, les velléités de modification de l’article 37 de la Constitution du Burkina qui limite le mandat présidentiel à cinq ans renouvelable une fois et l’entêtement du chef de l’Etat à instaurer le Sénat expliquent leur décision.

Une coalition bizarre

La division au sein du parti au pouvoir était sensible. La création par l’actuel secrétaire exécutif du CDP de la Fédération Associations pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (FEDAP/BC) avec pour parrain François Compaoré, le frère cadet du président dit-on, était vue comme une stratégie du chef de l’Etat de préparer sa succession. Cela a eu pour conséquence la création de plusieurs groupes au sein du CDP dont le premier serait dirigé par Roch Marc Christian Kaboré et Simon Compaoré. Le deuxième était l’affaire de Salif Diallo tandis que le troisième serait soutenu par François Compaoré et ses gars. Salif Diallo a été le premier à allumer le feu, lorsqu’il avait publiquement dénoncé la patrimonialisation du pouvoir par le régime actuel et appelé à des réformes politiques. « Ma suggestion est d’aller aujourd’hui vers un régime parlementaire, qui nous éviterait une patrimonialisation de l’Etat», avait proposé Salif Diallo dans une interview accordée au journal L’Observateur Paalga en 2009 alors qu’il était ambassadeur à Vienne (Autriche). A l’époque, il a été suspendu par son parti. Son actuel allié et qui semble être le chef de file Roch Christian Kaboré l’avait appelé à faire son autocritique. Roch Marc Christian Kaboré  a même été le premier à soutenir la modification de l’article 37 de la Constitution burkinabè. Plus tard, il sera jeté au placard comme bien d’autres. Aujourd’hui, les deux camps semblent avoir tu leurs divergences et décidé de travailler main dans la main dans un contexte où le rapport de force n’est plus en faveur du pouvoir en place.

Ce qui va changer

Ce revirement inattendu va remodeler forcément le paysage politique burkinabè. Le premier perdant dans ce jeu politique est sans doute le CDP. Car même si ces ténors avaient été mis sur le banc de remplaçants par Blaise Compaoré, ils n’ont pas dans leurs régions respectives donné des consignes de votes contre le parti au pouvoir et leur semblant d’appartenance a sûrement conduit certains militants à voter pour le parti. Le CDP compte 70 députés à l’Assemblée nationale. Selon des rumeurs, 30 d’entre eux seraient prêts à quitter le navire pour rejoindre le futur parti d’opposition. A peine 48 heures après leur démission, l’on apprend celle d’une centaine de militants du même parti dans le fief de Salif Diallo, la région du Nord. Le CDP sera certainement diminué car les démissionnaires jouissent d’une certaine popularité dans leur région d’origine. De plus, ce n’est pas la première fois que des cadres du parti au pouvoir claquent la porte. L’une des plus marquantes démissions est celle des refondateurs avec Marc Yao, Mathieu R. Ouédraogo, René Emile Kaboré, Moussa Boly, Amadé Taho, Pierre Tapsoba en 2009. La dernière en date avant ce grand coup, c’est celle de l’ancienne députée Saran Séré Sérémé qui a créé le Parti pour le développement et le changement (PDC).

L’autre parti qui risque d’être phagocyté par ce revirement de situation est l’Alliance pour la démocratie et la Fédération-Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA) de maître Gilbert Noël Ouédraogo, justement maire de la ville de Ouahigouya, le chef-lieu de la région du Nord. Beaucoup d’anciens militants du CDP ont rejoint par défaut ce parti politique. Les militants en délicatesse avec le parti de Blaise Compaoré qui n’ont pas pu se créer un parti politique ont utilisé le parti de l’Éléphant comme pied à terre. Aujourd’hui, beaucoup voudront retrouver leurs anciens camarades.

Même l’actuel chef de file de l’opposition burkinabè, Zéphirin Diabré de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) devra craindre pour sa place. En effet, la défection de Roch et ses amis pourraient entraîner aussi celle des « bonnets rouges », à savoir les chefs coutumiers. En effet, ces derniers sont de véritables leaders d’opinion et le pouvoir de Blaise Compaoré tient en partie grâce à leur soutien. Perdre, le soutien des chefs coutumiers au Burkina, c’est comme perdre le soutien des leaders religieux au Sénégal. Alors, si les chefs coutumiers se rallient au futur parti des dissidents du CDP, il faut dire que l’UPC, le parti d’opposition, ayant le plus de députés à l’Assemblée nationale pourrait dire adieu à sa majorité. Surtout que selon la presse Roch Marc Christian Kaboré a rencontré des « bonnets rouges » deux jours avant leur démission au palais du Larlé Naaba, député CDP. Donc que ce futur parti soit une stratégie politique de Blaise Compaoré ou pas, il y aura forcément des conséquences.

L’année 2015 est marquée par l’échéance de la présidentielle. En principe, l’actuel président de la République Blaise Compaoré ne peut plus se représenter. Si l’UPC bouscule actuellement le pouvoir, le futur parti pourra en faire autant. Et si l’opposition continue dans sa même lancée, le CDP aura du mal à conserver le pouvoir avec ou sans Blaise Compaoré comme candidat.


Football africain : mettre fin au mythe des « sorciers blancs »

Le « sorcier blanc » dans le football africain désigne un entraîneur européen qui dirige une sélection africaine.  Ils sont nombreux à tenir les rênes des équipes africaines supplantant ainsi les entraîneurs africains qui se retrouvent généralement à des postes d’adjoints sans véritable pouvoir décisionnel.

Phillipe Troussier est le premier entraîneur européen a hérité du surnom de "sorcier blanc"
Philippe Troussier est le premier entraîneur européen a hérité du surnom de « sorcier blanc »

Si le terme « sorcier blanc » désigne aujourd’hui tout entraîneur européen qui dirige une sélection ou un club africain, ce qu’il faut savoir, c’est ce que celui qui a porté le premier ce surnom est le français Philippe Bernard Troussier. Ce surnom, il l’a hérité lorsqu’il entraînait l’ASEC d’Abidjan. Il lui a été donné grâce à sa réussite à la tête de cette équipe, mais aussi sa manière particulière de communiquer sous forme de codes pour changer le cours d’un match ou un système de jeu. Il a remporté trois fois d’affilées le championnat de Côte d’Ivoire avec à son actif 105 matchs sans défaite ! C’est ce qui lui a valu le nom de « sorcier blanc ». Après son succès à l’ASEC d’Abidjan, un tour en Afrique du Sud et au Maroc, Philippe Troussier a entraîné les Etalons du Burkina qu’il a conduit en demi-finale à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 1998. Un exploit à l’époque pour le pays des hommes intègres. Preuve de sa compétence, il qualifie le Nigeria pour le Mondial la même année avant de conduire l’Afrique du Sud en France. Partout où le « sorcier blanc » est passé, il a réalisé des miracles. Au Japon il réussit la qualification l’équipe nationale en huitième de finale de la Coupe du Monde 2002. La première fois de l’histoire du pays. Une consécration !

De nos jours, les « sorciers blancs » ont envahi le continent. Les fédérations africaines dépensent des milliards pour s’attacher les services de ces entraîneurs . Ces derniers arrivent, en général, juste avec une mallette contenant quelques documents (le contrat en fait). Le ministère en charge des sports s’occupe du reste : salaires mirobolants, villa équipée avec piscine, belle voiture, prise en charge du déplacement en Europe pour la supervision des matchs, assurance, vacances etc. Tout est mis à leur disposition pour qu’ils sortent la recette magique.

Le prétexte trouvé, c’est que la plupart des joueurs africains évoluent en Europe, il faudrait donc des entraîneurs européens pour les encadrer en sélections africaines.

Si Philippe Troussier a bien réussi sa mission à l’image de Bruno Metsu ou Hervé Renard, nombreux sont ces entraîneurs expatriés qui ont échoué. Pourtant, ils sont aussi nombreux les entraîneurs locaux, qui ont réalisé des exploits avec les sélections qu’ils avaient en charge. En 2010, l’entraîneur nigérien Harouna Doula réussit à qualifier le Mena du Niger pour la CAN en Angola en battant l’Egypte. Sous prétexte qu’il est inexpérimenté, la fédération nigérienne de football (Fenifoot) fait appel au français Roland Courbis pour faire mieux que son prédécesseur qui occupera désormais le rôle de simple adjoint. Le Niger a terminé bon dernier en perdant ses trois matchs. C’est le cas également avec Stephen Keshi, qui en 2006, alors que les Eperviers du Togo n’ont que Emmanuel Adébayor comme vedette, réussit le miracle de qualifier cette équipe pour le Mondial. Il sera par la suite limogé et remplacé par l’allemand Otto Pfister. Son bilan de 0 point parle pour lui.

« En Coupe du monde, le constat est le même. De 1970 à 2010, les sélections africaines y ont été encadrées par dix-huit entraîneurs non-africains et seulement huit nationaux.

Pourtant, rien ne prouve qu’ils ont de meilleurs résultats, au contraire : seulement onze expatriés ont remporté la CAN en s’asseyant sur le banc d’une sélection africaine contre quatorze victoires pour les locaux. Mais ces « sorciers blancs » plaisent beaucoup ». La source de l’article ici

 Les « sorciers blancs », même lorsqu’ils réalisent de bons résultats, ne participent pas fondamentalement au développement du football du pays. Ils sont des mercenaires, chasseurs de primes. Ils assistent rarement aux matchs des championnats locaux.  Plusieurs entraîneurs ont refusé ce poste dans certains pays à cause de cette obligation de résider dans le pays. Il fait trop chaud et il y a trop de moustiques.

Les sorciers blancs pour beaucoup, mercenaires, véritables chasseurs de primes ne s’inscrivent jamais dans la durée. Ils sont là le temps d’une compétition, d’un match avant de prendre leurs bagages pour l’Europe. En plus, ils sont toujours à l’affût de nouvelles offres encore plus mirobolantes.  A titre d’exemple, l’entraîneur burkinabè Drissa Malo Traoré dit Saboteur a fini major lors de sa formation devant l’allemand Otto Pfister. Mais pendant que ce dernier faisait le tour de l’Afrique sans pouvoir entraîner dans son pays,  Saboteur n’a entraîné que la sélection burkinabè en plus de quelques clubs africains.

En général, le traitement des « sorciers locaux » est différent de celui réservé aux Européens. François Zahui, ancien sélectionneur des Eléphants de Côte d’Ivoire peut en témoigner. Lui qui a atteint la finale de la CAN 2012 sans perdre un seul match s’est vu débarquer du banc de touche pour être remplacé par le Franco-Tunisien Sabri Lamouchi qui lors de la CAN 2013 s’est arrêté en quart de final, éliminé par un entraîneur africain Stephen Keshi malgré l’armada de stars de la Côte d’Ivoire : Drogba, Yaya Touré, Gervinho, Kalou etc. Alors que Sabri Lamouchi touche près de 131 millions de francs Cfa, Zahui lui ne gagnait que 2 millions de F Cfa. Lorsqu’une fédération nomme un Africain à la tête d’une sélection, elle veut en même temps imposer ses choix à l’entraîneur. Lorsque celui-ci refuse d’être une marionnette, il est vite remplacé.

Yéo Martial (Côte d’Ivoire), Harouna Doula (Niger) Stephen Keshi, Hassan Shehata (Egypte), Drissa Traoré dit Saboteur (Burkina Faso), Kwessi Appiah (Ghana), Sewnet Bishaw (Ethiopie) etc., sont la preuve que les Africains ont leur mot à dire sur le football africain.  Ce qu’il faut, c’est  faire confiance à l’expertise locale. Stephen Keshi l’a prouvé lors de la CAN 2013 en remportant la compétition (avec au départ 9 sorciers blancs pour 7 africains au début du tournoi) en battant ses confrères comme Sabri Lamouchi avec la constellation de stars. Les entraîneurs africains ont besoin juste d’un peu de confiance et aussi le même traitement que ceux réservés aux Européens. Sinon, pendant qu’ils se tuent à la tâche avec de maigres moyens, leurs familles sont souvent prises en otage pour la moindre défaite. Les fédérations africaines doivent apprendre à faire confiance aux compétences locales.


Le Tour du Faso est malade, le cyclisme burkinabè aussi

La 27ème édition du Tour International du Faso a vu la victoire du Burkinabè Abdoul Aziz Nikièma. Cette victoire réjouit les Burkinabè qui en majorité comprennent mal pourquoi « le pays du vélo » puisse organiser cette compétition et la perdre. Aujourd’hui, les Burkinabè semblent s’imposer dans un tour qui ne suscite plus d’engouement et face à des canards boiteux. 

(Photo Hamed Yempabou Ouoba)
(Photo Hamed Yempabou Ouoba)

Le Tour du Faso a le mérite d’être l’un des tours cyclistes les mieux organisés en Afrique, notamment au Sud du Sahara. Ce tour se tient de façon continue depuis 27 ans. Un exploit quand on sait les nombreux problèmes que connaissent les tours cyclistes en Afrique. A titre d’exemple, le dernier Tour du Cameroun a été annulé tandis que celui de la Côte d’Ivoire a connu quelques problèmes de trésoreries. Cela a conduit le comité d’organisation à mettre fin à la compétition 2013 après à peine 4 étapes avant que l’Etat ivoirien ne mette la main à la poche pour sauver la face.

Si le Tour cycliste du Faso connait un grand succès, c’est parce que le cyclisme est un sport qui suscite de l’engouement au « Pays des Hommes Intègres ». Il suffit de sortir chaque dimanche sur l’avenue Charles de Gaulles de Ouagadougou pour faire le constat. Pendant trois à quatre heures et mêmes plus, les amoureux de la « petite reine » se retrouvent sur cette avenue pour applaudir les coureurs comme Abdoul Wahab Sawadogo, Seydou Tall, Abdoul Aziz Nikièma, Hamidou Yaméogo, Rasmané Ouédraogo, Houdo Sawadogo etc. Normal. Ouagadougou est la capitale des engins à deux roues, du vélo par conséquent. Presque chaque famille possède un vélo. Le meilleur cadeau que l’on puisse offrir à son enfant, c’est le vélo. Pour aller au marché, au champ, chercher du bois, puiser de l’eau, à l’école, le moyen de transport le plus utilisé, c’est le vélo.

Des difficultés qui empêchent le Tour de grandir

De 2002 à 2008, le Tour du Faso a connu une envergure médiatique extraordinaire avec la collaboration d’Amaury Sport Organisation (ASO). Ainsi des équipes de haut niveau se sont mises à participer à cette compétition. Pendant cette période, les Burkinabè ont eu du mal à suivre le rythme des équipes semi-professionnels. Gagner un tour relevait de l’exploit. Depuis le retrait de l’ASO, le tour connait de multiples difficultés. Les équipes engagées sont pour la plupart amateur. Il s’agit souvent d’étudiants, ou de travailleurs, passionnés du vélo qui cotisent de l’argent pour s’acheter du matériel et prendre par à cette compétition pour son côté exotique.

(photo Hamed Yempabou Ouoba)
(photo Hamed Yempabou Ouoba)

La première difficulté que rencontre le tour du Faso donc, c’est la participation des équipes avec des valeurs reconnues. Hormis les pays du Nord de l’Afrique, seulement la Côte d’Ivoire le Cameroun peuvent rivaliser avec le Burkina sur les routes africaines. Le Sénégal qui avait commencé à émergé a disparu de la scène. L’on entend même plus parler du « Tour du Sénégal ». Les équipes européennes qui donnaient du fil à retorde au Burkina, donnant ainsi plus de piquant à la compétition, se font rares. Cette année, il n’y a eu que deux équipes européennes, une allemande et une néerlandaise, qui ont pris au Tour du Faso. Un coup d’œil sur la fiche de ces coureurs permet de constater qu’ils n’ont pas un palmarès digne de ce nom. Les équipes françaises, par exemple, sont restées muettes. Mais elles étaient présentes au Grand Prix Chantal Biya ou à la Tropicale Amisa Bongo au Gabon.

Manque de professionnalisme

Deuxièmement, les vraies équipes africaines sont absentes du Tour du Faso. Il est bien organisé mais il n’est pas le plus difficile. Les équipes européennes préfèrent encore le Tour du Rwanda ou même de Madagascar où le haut relief. Celui du Burkina est plat. Les deux difficultés sont la chaleur et les pistes qui ont été d’ailleurs supprimés à cause des nombreuses crevaisons et chutent qu’elles provoquent. Lors du dernier championnat d’Afrique de cyclisme que le Burkina a organisé, l’on s’est rendu compte de la puissance de jarrets des Rwandais, Ethiopiens, Érythréens, Sud-Africains. En course en ligne, au contre-la-montre individuelle ou par équipes, dans la catégorie féminine ou masculine, chez les U23, le Burkina n’a pu aligner un seul coureur sur les podiums. La 3ème place dans la catégorie junior de Karim Bonkoungou a été fêtée comme si l’équipe nationale avait remporté la compétition. Pendant ce temps, les coureurs de l’Afrique de l’Est et du Sud sont en lutte pour intégrer les équipes professionnelles comme Natnael Berhane sociétaire de l’équipe d’Eurocar (France), Daniel Teklehaimanot de Orica-Green Edge (Australie), Fregalsi Debesay de MTN-Qhubeka (Afrique du Sud). Aucun coureur burkinabè n’évolue dans une équipe professionnelle. Le Burkina ne compte pas d’équipe professionnelle non plus.

La 3ème difficulté, concerne les finances. Cette année, et comme c’est le cas depuis quelques éditions, la Fédération Burkinabè de Cyclisme a du mal à boucler son budget. Conséquence, la course s’achève et  la FBC présidée par Alassane Ouangroua continue de payer ses dettes. Les sponsors se font rares. Normal. Crise économique oblige.

A la fin du Tour du Faso et au classement individuel de l’Africa Tour, le meilleur burkinabè Aziz Nikièma est 4ème. Yves Ngock Ngué, le Français Alexandre Join et l’Ivoirien Issiaka Cissé sont les trois premiers. Pourtant, le Burkina participe avec trois équipes qui travaillent l’une pour l’autre au Tour du Faso 2013. Avec un tel effectif, le succès ne peut être que garanti sauf si…

Pour sortir de cette difficulté, le Burkina se doit de professionnaliser son cyclisme et aussi le Tour du Faso. Les nombreuses courses organisés les dimanches sur l’avenue Charles de Gaules n’est que de la poudre aux yeux.


Assassinat des journalistes Ghislaine Dupont et Claude Verlon : réactions de blogueurs

Des blogueurs de la plateforme Mondoblog de RFI ont réagi à leur manière pour rendre hommage à Ghislaine Dupont et Claude Verlon, les deux journalistes assassinés au Mali.

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Ghislaine Dupont et Claude Verlon sont des journalistes chevronnés de la radio France Internationale qui ont été assassinés après leur enlèvement dans la ville de Kidal.  

Ce billet est un hommage à ces deux journalistes, morts dans l’exercice de leur fonction. Pour la liberté d’expression.

Faty, Mali

La nouvelle de l’assassinat de Ghislaine Dupont  m’a fait l’effet d’une douche froide en hivers.  J’en suis restée paralysée. Hagarde. J’essaye de me rappeler le timbre de la voix de celle qui était parmi mes journalistes préférés à RFI.  Je n’y arrive. Vite la radio.

Quelque chose m’étreint le cœur. Une douleur. Une rage. La colère. Je n’arrête pas de dire « tchrrrrrr ». Je pense : «  cette grande dame ! Pourquoi la tuer sauvagement comme ça ? »

Je ne sais quand j’ai fermé l’œil, mais c’est en écoutant RFI, comme toujours, comme  beaucoup de maliens, d’africains…au réveil, la douleur est encore là. Avec du dépit, de l’amertume, du découragement, de l’impuissance. C’est dommage. C’est injuste. C’est tellement sauvage…

Ghislaine et Claude sont morts pour informer.  Quand la peine est là, on ne peut s’empêcher de retourner la situation dans tous les sens. Pourquoi les avoir tués ? Pourquoi eux, à ce moment ? Tellement de journalistes « blancs » sont partis dans ce nord malien plein de danger et sont revenus sauves !

Journaliste. Un métier dangereux. Même les enfants s’en sont rendu compte.

Conversation avec ma nièce de 9 ans le samedi 02 novembre 2013

–          Toi tu es journaliste non ?

–          Non,

–          Hiii, ce n’est pas vrai. Je t’ai vu à Canal 3

–          Ce n’était pas moi

–          C’est toi ! Maman a dit que tu es journaliste. Toi-même tu m’as dit que tu es journaliste. Et puis la dernière fois Irène a entendu ta voix à la Radio.

–          Donc tu as raison.

–          Papi a dit qu’on a tué des journalistes. C’est vrai ?

–           …

–          La secrétaire de Papa est partie. Je vais lui dire de te prendre.

–          Pourquoi ?

–          Tu n’as pas vu qu’on tue les journalistes non ? Donc tu veux mourir ?

–           …

PS : Canal 3 : télévision privée du Burkina. J’ai été invité pour parler de sport

Boukari Ouédraogo , Burkina Faso, témoigne :

 

Michel Théra, pour avoir connu Ghislaine à Bamako n’a pu rien dire. Ni écrire pour l’instant. Il a encore les larmes aux yeux. Il promet un billet pour parler de cette grande dame qui est devenue son ami. «  C’était un si grand journaliste et une si belle voix »

Aurore  Guerin, France, pense à cette citation d’Albert Londres

« Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie, en mettant dans la balance son crédit, son honneur et sa vie. »

 

Gaius Kowene, Congo

« Ils pouvaient même exiger une rançon de n’importe quel montant ! Ils pouvaient même exiger des impossibles ! Je sais que François Hollande ferait tout à son pouvoir pour sauver ces deux journalistes ! »

[Insérer ce Tweet]

<blockquote><p>Ghislaine Dupont, sache que ceux qui t’ont fait ça auront bel et bien leur compte ! Peu importe le temps ou la forme que cela prendra! <a href= »https://twitter.com/RFI »>@RFI</a></p>&mdash; GaïusVagheniKowene (@GKowene) <a href= »https://twitter.com/GKowene/statuses/396981626879479808″>November 3, 2013</a></blockquote>

 

Sinatou Saka, Benin

« Des voix hors-pairs, du travail de professionnel, des reportages minutieux et des analyses pointues, voilà ce qu’on entend tous les jours sur Radio France Internationale. Combien ne sont-ils pas à se battre tous les jours pour couvrir cette actualité africaine de façon rigoureuse au point de faire naître des vocations journalistiques d’une part et  d’impliquer les citoyens d’autre part. Comme un poignard, ces islamistes nous ont arrachés ceux qui donnent un sens au métier. Ils se sont attaqués à la liberté d’informer. Ghislaine et Claude ne méritaient pas ça! Mais pour eux, nous ne devons pas baisser les bras, bien au contraire, plus que jamais, il faudra terminer ce qu’ils ont commencé et révéler la vérité. Que leurs âmes reposent en paix! »

Thierno Diallo, Guinée

« Apprendre que des journalistes (que l’on avait l’habitude d’entendre) sont assassinés dans l’exercice de leur fonction constitue un coup de tonnerre pour toute personne épris d’informations crédibles et impartiales.  Ghislaine Dupont et Claude Verlon sont morts sur le champ d’honneur. Ils sont tombés pour l’Afrique, nous nous souviendrons d’eux pour leur courage. Je présente mes condoléances les plus attristées aux familles de disparus, à RFI et à tous les professionnels de médias. »

Assadeck Ag TITA, Mali

C’est avec une grande émotion que j’ai appris cette très triste nouvelle. Je vous prie de croire en mon affectueux soutien aux équipes de Rfi, aux familles des disparus en cette douloureuse épreuve. Mes pensées vous accompagnent. Recevez mes plus sincères condoléances.

Tous les Mondoblogueurs disent leurs condoléances à leurs familles, à RFI, à Ziad, Simon, Raphaëlle, Pierrick, Claudy…

Adios, Ghislaine Dupont et Claude Verlon !