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Pourquoi l’opposition congolaise a choisi Martin Fayulu comme candidat commun ? 

À cinq semaines des élections présidentielles en République démocratique du Congo (RDC), les sept principaux leaders de l’opposition politique, dont trois qui étaient recalés, ont, avec la facilitation de la Fondation Kofi Annan à Genève, désigné Martin Fayulu comme le candidat commun de l’opposition, pour tenter de succéder à Joseph Kabila le 23 décembre prochain.

Aussitôt signé, le temps d’une soirée, alors même que l’encre n’avait pas encore complètement séché, l’accord de Genève est parti en fumée. Deux des participants, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, qui croyaient, à tort ou à raison, que ce seraient eux qui seraient désignés, ont finalement renié leur engagement et se sont retirés de l’accord pour, disent-ils, respecter la volonté de leurs électeurs. Alors que la veille, ils avaient en âme et conscience apposé leur signature au bas de cet accord pour adouber Martin Fayulu.

Beaucoup de questions…

Quelques-unes des questions fondamentales qui taraudent tout observateur attentif de la situation politique congolaise et que se posent encore l’opinion publique :

Quels étaient les critères de sélection ? Qui a sollicité la facilitation de la Fondation Kofi Annan ? Qui a financé ces pourparlers ? Pour quel l’intérêt ? Ont-ils élaboré en premier un projet de société commun ? Qui seraient les gagnants ou les perdants de ce deal ?

Nombreux se demandent : qui est-ce qui a milité en faveur de Martin Fayulu, un outsider très peu connu dans le Congo profond, au détriment de Félix Tshisekedi de l’UDPS, principal parti qui a combattu farouchement les dictatures de Mobutu, de Kabila père et fils, ou encore, dans une certaine mesure, de Vital Kamerhe de l’UNC, qui conserve un poids politique important dans la partie est du pays ?

Pour tenter de comprendre et déceler les faiblesses fondamentales de cet accord, mort-né, qui n’a duré que le temps d’une journée, nous baserons notre argumentaire sur deux explications majeures qui relèvent de l’ordre du politique, d’une part et de l’ordre de théories scientifiques, d’autre part.

Un calcul politique derrière cette décision ?

En effet, en jetant leur dévolu sur Martin Fayulu pour batailler contre Emmanuel Ramazani Shadary, le dauphin de Joseph Kabila, qui utilise à des fins de propagande des biens, des finances et du personnel de l’Etat, les ténors de l’opposition n’ont pas fait une bonne lecture de la situation réelle sur le terrain actuellement. Ils ont pris pour acquis que leurs militants allaient les suivre aveuglement.

De toute façon, ils n’ont donc pas pris en compte un certain nombre de facteurs mobilisateurs qui pouvaient faire gagner leur candidat et ainsi provoquer un changement politique fondamental au niveau institutionnel. Du coup, ils se sont privés d’un atout majeur que représente la masse populaire, notamment de l’UDPS d’Étienne Tshisekedi, d’illustre mémoire, qui a des assises solides sur l’ensemble du territoire congolais et qui pouvait contrebalancer quelque peu ce déséquilibre.

Les signataires de l’accord de Genève ont, soit fait preuve d’un aveuglement volontaire des forces politiques en présence sur l’échiquier national, soit n’ont pas une bonne compréhension de la réalité politique actuelle… Ils ont sciemment choisi Martin Fayulu, un candidat qui ne fait pas le poids, sachant pertinemment que la base de l’UDPS ne jure que par leur leader politique et n’allait pas du tout accepter une telle candidature. Soit encore, pour finalement compromettre les chances de Félix Tshisekedi dans cette course, lui qui dit vouloir aller aux élections avec ou sans machine à voter le 23 décembre.

Il est important de noter toutefois que Martin Fayulu, comme la plupart d’entre des tenors de l’opposition, milite toujours pour l’abandon de la machine à voter, le nettoyage du fichier électoral et la décrispation politique. Des exigences qui sont, certes, fondées, pour crédibiliser les élections, mais qui sont techniquement impossibles à réaliser dans le peu de temps qui reste.

De plus, il faut noter que certains ténors, qui n’ont pas encore rangé les ambitions présidentielles, n’ont pas un aussi grand intérêt à ce que les élections aient lieu à la date du 23 décembre prochain. Ils ont assurément quelques idées derrière la tête, que les élections soient reportées jusqu’à ce que les préalables soient remplies, dans un jeu de conciliabule, pour permettre également la participation aux élections de tous ceux qui ont été recalés. En tout état de cause, la politique est un jeu partisan. Derrière chaque décision, il y a un calcul politique, parfois opportuniste.

Ne perdons pas de vue que bien qu’ils soient tous opposants au régime de Kabila, chacun se bat d’abord et avant tout pour sa survie politique. Et, les crocs-en-jambe sont malheureusement très fréquents dans ce jeu politique. Il y a donc eu probablement le jeu de coulisses, pour certains, de laisser échapper la possibilité pour l’opposition de gagner cette élection afin de se donner une nouvelle chance pour la fois prochaine. Notons au passage que nombreux d’entre eux ont été bien nourris aux mamelles opulentes de ce même régime de Joseph Kabila.

La démocratie à la congolaise

Une autre explication, cette fois scientifique, peut justifier pourquoi l’accord de Genève ne pouvait, de toute façon, pas tenir longtemps. En effet, il y a des divergences d’opinions politiques et idéologiques sur un certain nombre de sujets qui divisent l’opposition politique congolaise.

En sciences politiques, une idéologie politique est un ensemble défini d’idéaux éthiques, des principes, des doctrines, des mythes ou des symboles d’un mouvement social, d’une institution, d’une classe ou d’un groupe important qui explique comment la société devrait fonctionner et qui offre quelques types des politiques publiques pour atteindre cet objectif, ainsi que les moyens appropriés. Ainsi donc, chaque idéologie politique s’identifie par les idées qu’elle véhicule en ce qui concerne la meilleure forme de gouvernement et le meilleur système économique, soit de tendance capitaliste ou socialiste.

Mais qu’est-ce qu’on observe exactement dans cette coalition de principaux leaders de l’opposition politique qui prétendent à la succession de Joseph Kabila ? C’est une coalition méli-mélo des idéologies politiques et économiques diverses, qui aurait du mal à construire un projet de société commun.

En effet, si les intentions des ténors de l’opposition étaient bonnes pour maximiser leur chance de déloger le régime Kabila, elles reposaient bien évidemment sur de mauvaises prémisses. La coalition a souffert d’un certain manque de cohésion et de cohérence politique entre le but initial et le choix du candidat qui devait lui permettre de gagner l’élection.

À moins de deux semaines du début de la campagne présidentielle, alors même que certains de ces ténors de l’opposition ne pourront pas se déplacer pour battre campagne en faveur de leur candidat, le choix de Martin Fayulu, un illustre inconnu dans le Congo profond, semble hasardeux, dans la mesure où il ne pourra pas batailler à armes égales avec le candidat de la majorité, qui mobilise les ressources humaines et financières de l’État pour son élection.

Malheureusement pour le peuple congolais, ce désaccord de l’opposition fera le jeu de la majorité au pouvoir qui travaille discrètement pour les diviser afin de ressortir la vieille recette traditionnelle, utilisée en 2006 et 2011 : « L’opposition a perdu parce qu’elle est allée en ordre dispersé, dans une élection à un tour. »


Affaire Khashoggi : nécessité d’un bureau des Nations Unies sur la liberté d’expression

En cette Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes, 02 novembre, le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi qui a soulevé un tollé général sans précédent dans la communauté internationale qui s’est toujours interdite de toute critique à l’égard de l’Arabie Saoudite, de blâmer ni pointer du doigt ses dérives autoritaires et violations flagrantes des droits de la personne , nous rappelle l’importance et la nécessité d’appeler les violations des droits de la personne par leur nom.

Et, surtout, de dénoncer les menaces, les détentions arbitraires, les arrestations, les tortures et surtout les assassinats dont sont victimes régulièrement les journalistes, dans le cadre de leur travail ; notamment ceux qui enquêtent sur les cas de corruption impliquant des autorités publiques et de violation des droits de la personne éventuellement commises par les forces de l’ordre public.

À l’occasion de cette journée internationale de sensibilisation de l’opinion publique pour mettre fin à l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a adressé le message suivant :  » En ce jour, je rends hommage aux femmes et aux hommes qui, chaque jour, font leur travail de journaliste malgré les intimidations et les menaces. Leur œuvre et celle de leurs collègues qui ont perdu la vie – nous rappelle que la vérité ne meurt jamais et que nous ne devons pas non plus laisser mourir notre ferme attachement au droit fondamental qu’est la liberté d’expression »

Il y a quelques semaines, le Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’expression, David Kaye, dans une entrevue qu’il a accordé à la radio ONU Info à New York, a demandé l’ouverture d’une enquête internationale indépendante sur l’assassinat de Jamal Khashoggi, afin de fournir à la communauté internationale un rapport crédible sur ce qui s’est réellement passé. N’ayant pas obtenu la réponse favorable, il a, une nouvelle fois, réitéré sa demande en exhortant cette fois-ci les États à réagir, par le biais du Conseil de sécurité, pour persuader le secrétaire général de la nécessité d’une telle enquête. Mais quelle n’a donc pas été sa déception de s’apercevoir que les États sont restés sourds, se contentant simplement de condamner du bout des lèvres sans aucune mesure dissuasive réelle.

Cela n’a rien d’étonnant quand on sait bien que les intérêts économiques, financiers, commerciaux et militaires prennent souvent le dessus sur les droits fondamentaux de la personne. Toutefois, le meurtre de Jamal Khashoggi, bien qu’ayant ému le monde entier, a dévoilé au grand jour la face cachée de l’iceberg du cynisme de la gouvernance mondiale.

Ceci dit, la communauté internationale ne doit pas seulement se contenter, pour ce faire, de dénoncer verbalement les agressions et assassinats ignobles dont font l’objet régulièrement les journalistes, mais œuvrer à l’instauration d’un climat dans lequel la liberté de la presse puisse s’exercer sans crainte ni intimidation, et que les journalistes puissent exercer pleinement leur droit à la liberté d’expression, qui est essentiel à l’exercice de leur métier, sans avoir à craindre des représailles.

Le monde ne doit pas ignorer le rôle crucial que jouent les médias dans le processus démocratique. La presse est sans conteste le plus puissant levier pour promouvoir les principes démocratiques, l’État de droit et les droits de la personne. De ce fait, tout le monde devrait être conscient que toute menace faite à l’encontre des femmes et hommes de médias, dans le cadre de leur travail d’informer le public, est une grave menace directe pour la démocratie, les libertés fondamentales, les droits de la personne et l’État de droit. En effet, renforcer la sécurité des journalistes est un enjeu de démocratie.

À la veille du 10 décembre, date à laquelle l’humanité toute entière s’apprête à célébrer le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) adoptée à l’unanimité en 1948, un texte fondateur des droits humains et un instrument du droit international coutumier le plus important d’après-guerre qui véhicule des valeurs et des idéaux démocratiques et qui a beaucoup inspiré l’élaboration des règles du système international de protection des droits humains, le meurtre du journaliste saoudien devrait rappeler à tous les États, de la nécessité de réaffirmer leur attachement profond aux valeurs essentielles des droits humains inscrits dans la DUDH.

Pourquoi un bureau des Nations unies pour la liberté d’expression ?

Soixante-dix ans après la DUDH – qui a consacrée la liberté d’expression, et son corollaire, la liberté de la presse, comme des droits vitaux et existentiels pour l’État de droit et des principes fondamentaux pour la démocratie –, il y a lieu de constater que les libertés fondamentales sont en recul dans plusieurs États où les médias font l’objet de nombreuses attaques de la part du pouvoir public, où les espaces des libertés publiques se réduisent de plus en plus et où les citoyens ne peuvent penser librement et exprimer leurs opinions sans craindre les représailles des autorités publiques. Certains États ne s’empêchent pas de porter impunément atteinte aux journalistes, comme c’est le cas actuellement avec Jamal Khashoggi, qui est devenu emblématique d’atteintes persistantes aux droits fondamentaux dont les journalistes sont souvent victimes dans le monde.

« La lutte contre l’impunité fait partie intégrante de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et de l’accès à l’information. Renforcer la sécurité des journalistes qui prennent des risques pour nous informer est non seulement un devoir indispensable, mais également un enjeu de démocratie », a déclaré la Directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay.

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) estime à plus de 1000 journalistes qui ont été tués au cours des douze dernières années, pour avoir voulu couvrir des événements et informer le public. Et, dans la plupart des cas, ces actes odieux n’ont toujours pas été élucidés, restent impunis faute des enquêtes sérieuses et les vrais auteurs des crimes ne sont jamais poursuivis en justice. L’UNESCO s’inquiète donc que cette impunité entraîne un plus grand nombre d’assassinats, en plus de causer des dommages sérieux aux sociétés entières en tentant de dissimuler de graves violations des droits de la personne.

En effet, les opinions publiques internationales ne sont pas convaincues que le seul fait de dénoncer verbalement les assassinats, les traitements inhumains, les arrestations et détentions arbitraires de la part des agents zélés de l’État à l’égard des journalistes suffise à persuader les États récalcitrants de prendre les mesures appropriées devant les violations flagrantes des droits de la personne.

C’est pourquoi, nous pensons sérieusement que le bilan de ces actes barbares devient beaucoup plus lourd qu’il est plus que temps maintenant que les Nations unies prennent à bras le corps et avec sérieux cette situation, en renforçant les mandats actuels du Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté d’expression – un expert indépendant nommé par le Conseil des droits de l’homme et chargé d’examiner et de faire rapport sur le droit à la liberté d’opinion et d’expression. Il s’agit d’un poste honorifique qui ne fait pas partie du personnel des Nations Unies, ni payé pour cela, mais dont le travail, beaucoup plus technique, est utile et nécessaire. Ce qui rend sa voix moins audible devant de violations flagrantes du droit à la liberté d’opinion et d’expression.

C’est ici l’occasion d’appeler instamment toutes les nations du monde de se saisir de cette mort horrible et atroce du journaliste, pour protéger la liberté d’expression, en instituant un bureau des Nations unies, à part entière, qui relève directement du secrétaire général, doté d’une équipe qui s’occupe spécialement d’observation, de suivi, ainsi que de formulation des recommandations aux États membres, sur le droit à la liberté d’opinion, d’expression et de presse.

Un tel bureau devrait être dirigée par une personnalité d’envergure internationale, qui a une très bonne connaissance de b.a.-ba du monde de médias et de communication, jouissant de grandes capacités de mobilisation, pour clamer haut et fort la défense à la liberté d’expression et faire entendre cette voix au plus haut niveau, à la fois des pouvoirs publics, des sociétés civiles et des différentes opinions publiques internationales, pour condamner toutes violences dont sont victimes les journalistes, veiller à ce qu’ils ne puissent plus être victimes de tels actes, sous quelque forme que ce soit.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


Francophonie : Louise Mushikiwabo imposée par Emmanuel Macron

Les Africains savent bien que Louise Mushikiwabo n’est pas la candidate de l’Afrique, mais bien celle d’Emmanuel Macron imposée aux chefs d’État africains.

Nul n’ignore que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est un instrument d’influence au service de la diplomatie française sur la scène internationale. C’est depuis toujours que la France exerce son influence considérable à tous les niveaux : en amont, par une forte pression sur les décideurs politiques africains notamment ; en aval, par sa contribution substantielle à la réalisation des objectifs et missions prioritaires que cette organisation s’est assignée, en dictant le choix des domaines prioritaires qui servent ses intérêts et lui permettent d’étendre son influence politique au reste du monde.

Mais la France l’a toujours fait en restant un peu discret et en donnant l’impression que les décisions se prenaient par consensus dans cette organisation, alors qu’en réalité elles sont souvent imposées par la volonté de certains États influents. Avec Emmanuel Macron, les masques tombent peu à peu et l’on voie clairement que c’est la France qui dicte ce qu’elle entend faire de cette organisation, quelles sont les missions qu’elle devrait accomplir ou non, au mépris des dispositions de la Charte de la Francophonie.

Il convient de souligner néanmoins des efforts louables réalisées par l’OIF pour promouvoir la démocratie, l’État de droit, le respect des droits de la personne, la dignité humaine, ainsi que la liberté d’expression, plus spécialement les missions d’accompagnement, d’observation et de suivi des élections, qui marquent un pas important dans le processus de démocratisation et jouent un rôle considérable dans la réduction des conflits avant, pendant et après les élections, surtout dans le continent africain marqué fréquemment par de graves violations flagrantes des droits de la personne en période électorale notamment.

En effet, contrairement au Commonwealth qui rassemble essentiellement d’anciens territoires britanniques, excepté le Rwanda, l’OIF, elle, s’est ouverte à tous les pays qui n’étaient forcément pas d’anciennes colonies françaises, mais qui partagent les valeurs communes fondées sur les droits de la personne, la démocratie, l’État de droit et la liberté d’expression, comme des valeurs essentielles, en plus de  promouvoir la langue française et la diversité culturelle.

Une chose est sûre et qu’on doit se dire, ce que, tous ces pays, comme l’Arabie saoudite et bien d’autres encore, qui espèrent un jour pouvoir rejoindre la famille francophone et ceux qui l’ont déjà intégrés comme membres associés ou observateurs l’OIF n’ont pas en commun la langue française et, ce n’est pas non plus la langue qui les attire. Ce qui les attirent plus, c’est plutôt la force de cohésion et de rassemblement que l’espace francophone leur offre, les perspectives d’ouverture à un marché potentiel à moyen terme et pour l’avenir. Ce sont des liens de coopération et de solidarité qui unissent les États membres, particulièrement dans le contexte actuel marqué par des préoccupations sécuritaires accrues, pour d’agir collectivement et efficacement face aux défis réels auxquels le monde est confronté, dont notamment le terrorisme, l’extrémisme, l’intolérance, le racisme, la xénophobie et le cercle vicieux de la pauvreté.

Emmanuel Macron signe un chèque en blanc à Louise Mushikiwabo 

Monsieur le président français Emmanuel Macron, nous savons tous bien que la démocratie est un modèle qui n’est jamais atteint, mais il est celui dont on doit s’approcher : fondé sur la primauté du droit, la justice sociale, les droits de la personne, la démocratie, l’État de droit et la liberté d’expression. Ce sont les valeurs essentielles que l’OIF a eu pour mandat de promouvoir.

Aujourd’hui, la démocratie est le seul système qui soit capable de solutionner l’épineuse question du cercle vicieux de la pauvreté qui produit une désespérance chez les jeunes Africains. C’est aussi le système démocratique qui peut préserver et promouvoir les droits fondamentaux de l’individu, assurer la justice sociale et la dignité humaine, garantir une culture de traitement juste et équitable des citoyens, le respect des droits de tout un chacun et, par-dessus tout, favoriser le développement économique et social des citoyens.

Ces jeunes Africains ont besoin de la stabilité et la démocratie dans leur continent pour étudier en toute quiétude et acquérir des compétences nécessaires dont ils ont besoin pour participer pleinement au développement de leur continent, en général et, de leurs pays respectifs, en particulier, s’épanouir du point de vue socio-économique et même politique. Mais dans presque tout le continent, les jeunes Africains ont du mal à trouver un travail qui leur procure un niveau de vie décent. Ils fuient la misère dans leurs pays dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Europe où les portes sont, de plus en plus, hermétiquement fermées.

La Déclaration de Bamako, adoptée en novembre 2000, a scellé un pacte majeur pour le renforcement de la démocratie et des droits de l’homme dans l’espace francophone. Nous sommes de ceux qui pensent, monsieur le président, que par votre soutien ferme et sans faille à une candidature du numéro deux d’un régime peu démocratique qui ne respecte pas la liberté de la presse et commet des violations graves et systématiques des droits de la personne, un pays qui présente un pire bilan en matière de droits de la personne, vous n’êtes pas en train d’adresser un message en faveur de la paix et de la démocratie en Afrique, bien au contraire. Par votre soutien à Louise Mushikiwabo, vous foulez aux pieds toutes les valeurs fondamentales prônées par l’OIF.

Les Africains savent bien que Louise Mushikiwabo n’est pas la candidate de l’Afrique, mais bien celle d’Emmanuel Macron imposée aux chefs d’État africains.

Hier on disait encore que la Francophonie et la démocratie étaient indissociables, mais demain on dira peut-être que la Francophonie n’a pas des leçons à donner en matière de démocratie et du respect des droits de la personne à qui que ce soit.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


FRANCOPHONIE : Canada résiste aux pressions exercées par la France pour lâcher Michaëlle Jean

Les délégations représentant les quatre gouvernements du Canada membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) vont au Sommet d’Erevan avec la même la détermination de promouvoir la langue française et préserver les valeurs fondamentales que se doivent de défendre à tout prix la Francophonie.

Des valeurs cardinales telles que la primauté du droit, le respect des droits de la personne, la démocratie et la liberté d’expression, qui sont chères aux yeux des Canadiens, et que le Canada n’a de cesse de promouvoir au sein de l’OIF.

Avant de s’envoler pour Erevan où elle doit participer à la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF), les 08 et 09 octobre, la ministre canadienne du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, a tenue à préciser clairement l’importance de défendre, de renforcer et de promouvoir les valeurs de la Charte de la Francophonie et l’usage de la langue française à l’international : « Le Canada accorde, comme toujours, une grande importance aux valeurs de la Francophonie, dont la promotion de la paix, la démocratie et les droits de la personne […] Ces valeurs seront au cœur de nos interventions lors du Sommet de la Francophonie », dixit la ministre canadienne en charge de la Francophonie.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qui devra, lui aussi, participer au Sommet de chefs d’État et de gouvernement, les 11 et 12 octobre à Erevan, a également indiqué que la Francophonie joue un rôle de premier plan pour défendre des valeurs communes, et que, le Canada engage à défendre les droits de la personne, la démocratie et l’Etat de droit : « Vivre ensemble dans la solidarité, le partage des valeurs humanistes et le respect de la diversité : source de paix et de prospérité pour l’espace francophone », a souligné Justin Trudeau.

L’enjeu de ce Sommet d’Erevan est donc double pour les délégations canadiennes, mais également pour tous les autres États démocratiques, qui doivent parler d’une voix ferme et sans équivoque :

Premièrement, pour défendre les valeurs fondamentales qui sont au cœur même de la raison d’être de l’OIF, constituent le socle sur lequel se construit l’action de cette Organisation et font d’elle, une institution internationale sérieuse aux yeux du monde entier et respectueuse des principes démocratiques dans le monde francophone.

Deuxièmement, pour essayer de convaincre les autres États et gouvernements membres, de la nécessité de choisir, à la tête de cette précieuse organisation, une personne respectueuse des droits de la personne humaine et des principes démocratiques. Une telle personne serait plus encline à défendre vigoureusement les principes démocratiques, le respect des droits fondamentaux de la personne, l’État de droit et les libertés individuelles dans tout l’espace francophone.

En effet, il y a une tentative très inquiétante de la part de certains États de vouloir remettre en question les fondamentaux qui, depuis de dizaines d’années, ont fait la force de la Francophonie, en plaçant à sa tête la personne qui n’a rien à voir, ni avec la défense de la langue française dans le monde, ni avec la promotion des droits de la personne et des principes démocratiques.

Le Canada des Casques bleus, le Canada qui s’insurge courageusement contre les violations des droits de la personne en Arabie Saoudite, le Canada qui lève le tabou et prend la défense des minorités LGBTQ, le Canada qui brandit les droits et les libertés sans ambages, est attendu de pied ferme à Erevan par la Francophonie des peuples, des droits et des libertés. Il ne doit donc pas céder aux pressions exercées par certains pays qui veulent se servir de l’OIF pour leurs intérêts inavoués. Il doit résister aux tentatives de chantage exercées sur lui pour sacrifier ou remettre en question les valeurs fondamentales prônées par l’OIF et qui sont chères aux yeux des Canadiens.

Le premier ministre élu du Québec Legault devrait clarifier sa position

C’est ici l’occasion de lancer un appel vibrant au nouveau premier ministre du Québec, François Legault, qui semble hésiter à apporter son appui ferme au renouvellement du mandat de sa concitoyenne, de clarifier, lui aussi, sa position sans ambiguïté, emboîter les pas à Justin Trudeau, se donner les coudées franches pour résister aux pressions et défendre les valeurs fondamentales chères aux yeux des Québécois.

Le Québec est un acteur majeur qui contribue beaucoup au budget de l’OIF. À ce titre, son premier ministre, nouvellement élu, a bien raison de chercher à savoir comment est dépensé l’argent du contribuable québécois, alloué chaque année à cette organisation.

En effet, il y a quelques mois, sur instruction de Michaëlle Jean, l’OIF a mis en place un Groupe de travail sur la transparence pour justement déceler les faiblesses éventuelles et les corriger rapidement afin d’assurer une gestion efficiente, efficace et économe au cours des années à venir. Et, c’est le Québec qui a été chargé de présider cette commission.

C’est donc une opportunité que le Québec devrait saisir pour apporter son expertise, en contribuant à moderniser les politiques de l’OIF en matière de transparence, définir les règles et les normes les plus élevées de gestion et reddition de comptes, développer les bonnes pratiques et créer des conditions favorables à une saine gestion des ressources de cette organisation.

Ceci dit, il ne faut donc pas oublier, ni perdre de vue que le plus important pour l’avenir de l’OIF ce sont des valeurs fondamentales telles que la démocratie, la primauté du droit, le respect des droits de la personne, que les États membres doivent à tout prix protéger.

L’enjeu du XVIe Sommet de la Francophonie est beaucoup plus grand et complexe que le seul aspect de la gestion interne de l’organisation. Il est question ici de choisir entre, l’une et l’autre, de deux candidates : Michaëlle Jean, secrétaire générale sortante qui connait bien l’organisation et a fait ses preuves notamment dans la promotion de la langue française et la défense courageuse des droits de la personne et des principes démocratiques, d’une part, et Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda et numéro deux d’un régime autoritaire, qui a le pire bilan en matière de respect des droits de la personne et des principes démocratiques, et a banni l’usage de la langue française dans l’enseignement et l’administration publique dans son pays : « au Rwanda, le français ne va nulle part » dixit-elle, d’autre part.

Bien plus alarmant encore pour l’OIF, il y a quelques jours passés, Louise Mushikiwabo, qui était l’invitée de Patrick Simonin, a avoué sur le plateau de la télévision TV5 que : » Je ne connais pas encore assez l’organisation (OIF) pour émettre des avis… ». Cela prouve à suffisance que la Francophonie n’a jamais été parmi ses préoccupations. Sinon, comment la ministre des Affaires étrangères du Rwanda depuis bientôt dix ans, peut-elle expliquer sa méconnaissance de l’OIF, elle qui siège régulièrement à la Conférence ministérielle de la Francophone (CMF) – une des trois instances consacrées par la Charte de la Francophonie pour veiller à l’exécution des décisions de Sommets de la Francophonie -, et prétendre diriger cette organisation ?

Il n’est donc pas question pour le Canada, le Québec et de bien d’autres États démocratiques de cautionner, de quelque façon que ce soit, une telle candidature, simplement parce que les médias ont, à tort ou à raison, relevé quelques faiblesses dans la gestion et l’administration de la secrétaire générale sortante, qui a abattu un travail de titan en quatre ans.

Tous les États et gouvernements membres qui ont encore quelques hésitations quant à la gestion interne de l’organisation, peuvent être assurés que si Michaëlle Jean est réélue, elle sera appelée à renforcer et à mettre en place des équipes de travail dynamiques et talentueuses pour l’aider à atteindre ses objectifs d’assurer une gestion transparence et la reddition de comptes. De toute façon, Michaëlle Jean n’aura pas d’autre choix que de restructurer, renouveler son administration et renforcer ses équipes pour répondre aux préoccupations exprimées par les États membres.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


OIF : les Chefs d’État devraient privilégier l’intérêt de la Francophonie

 

Dans moins de quinze jours, le Sommet de la Francophonie s’ouvrira à Erevan. Michaëlle Jean, actuelle titulaire du poste, et Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda, se sont lancées dans une course effrénée pour convaincre les Chefs d’État et de gouvernement membres qui sont appelés à choisir le prochain Secrétaire général de la Francophonie.

Après des mois de campagne et une intense couverture médiatique autour de cette élection, les jeux sont loin d’être faits. Le sprint final s’annonce très ouvert, étant donné que les « deux poids lourds » et plus importants contributeurs aux budgets de l’Organisation ont, chacun, pris position en faveur de l’une ou l’autre de deux candidates. Ceux-ci bénéficient par ailleurs de puissants soutiens d’autres pays membres qui ne sont pas publiquement manifestés.

Il serait donc extrêmement hasardeux de pronostiquer sur les chances de l’une et l’autre, et sur le résultat du scrutin au soir du 12 octobre, s’il y aura élection. En effet, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est la seule organisation internationale qui favorise le consensus comme mode de désignation de son Secrétaire général.

Convergence de vues au Canada

Jusqu’à preuve du contraire, le gouvernement du Canada et celui du Québec souhaitent la reconduction de Michaëlle Jean pour consolider les actions entreprises pour le rayonnement de la Francophonie, notamment dans la promotion de la langue française et la diversité culturelle, la démocratie et les droits de la personne, l’éducation, le développement durable, l’économie et le numérique.

Aujourd’hui, les chefs des partis politiques fédéraux et provinciaux, de toutes couleurs politiques, et même ceux qui, autrefois, s’étaient montrés hostiles à la candidature de Michaëlle Jean en 2014, sont unanimes pour sa reconduction à la Francophonie.

En avril dernier, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a rencontré le président français Emmanuel Macron, en tête-à-tête, à Paris et ont discuté de la question du renouvellement du mandat de Michaëlle Jean. Ils ont souligné leurs convergences de vues sur le fonctionnement de l’OIF.

En juin dernier, en marge du sommet du G7 de La Malbaie, les deux dirigeants se sont encore entretenus à Ottawa, sur le même sujet notamment.

Le mardi 25 septembre dernier, à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, les deux hommes se sont rencontrés encore pour rechercher un consensus possible et éviter de se retrouver dans l’impasse à Erevan.

Même si, apparemment, le consensus semble difficile à trouver, les discussions se poursuivent en vue de parvenir à un compromis, pour la désignation du prochain Secrétaire général, qui soit dans l’intérêt de l’ensemble de tous les États membres et surtout dans celui de l’Organisation.

Divergence de vues en France

Malgré le soutien renouvelé d’Emmanuel Macron à la candidature de la Rwandaise Louise Mushikiwabo, il y a beaucoup de remous au sein de la population française, des organisations de défense des droits humains, du milieu politique et de la société civile, qui ne comprennent pas toujours pourquoi le président français a choisi la Rwandaise au détriment de la Canadienne.

Tout dernièrement, quatre anciens ministres français chargés de la Francophonie, toutes couleurs politiques unies, ont publié une tribune dans le quotidien français Le Monde, dans laquelle ils décrivaient comment Louise Mushikiwabo n’avait pas sa place à la tête de la francophonie et, dénonçaient une décision incompréhensible qui met en péril des décennies de construction patiente d’un projet ambitieux. Ils sont allés plus loin en soulignant notamment que le choix de Louise Mushikiwabo était contraire aux intérêts mêmes de la France et porte atteinte à l’image même de leur pays.

Mais au-delà de l’incompréhensible et l’étonnement qu’a suscités la candidature rwandaise de Louise Mushikiwabo et du soutien apporté à celle-ci par le président français, il y a tout à parier que c’est finalement le choix de la raison qui va primer sur les intérêts inavoués des uns et des autres.

Chose certaine, ce que les francophones du monde entier et les non-francophones qui, à chaque Sommet, adhèrent et deviennent membres associés ou observateurs de l’OIF, attendent de cette Organisation c’est sa force de cohésion et de rassemblement dans l’espace international, sa plus-value et la diversité des perspectives qu’elle sait conjuguer et fédérer. Ce qui, à leurs yeux rend encore la Francophonie plus attractive ce sont les liens de coopération.

Les Etats membres veulent que l’OIF soit capable d’agir efficacement pour relever les défis auxquels le monde contemporain est confronté, notamment la lutte contre les changements climatiques, la pauvreté, le terrorisme, l’extrémisme violent, etc. On attend aussi de l’OIF qu’elle se fasse le chantre de la promotion du multilatéralisme comme principe de base pour assurer une gouvernance mondiale harmonieuse et favorable à la paix et la sécurité internationales.

En effet, sous la direction de Boutros Boutros-Ghali, d’Abdou Diouf et de Michaëlle Jean, l’OIF a acquis ses lettres de noblesses en devenant un acteur international d’influence sur des sujets de préoccupation de portée mondiale. Il n’est vraiment pas dans l’intérêt d’aucun pays membre de chercher à décrédibiliser cette Organisation en placant à sa tête une personnalité qui ne croit pas aux valeurs universelles qui s’y attachent.

Ceci dit, il serait souhaitable que les chefs d’État et de gouvernement de la Francophonie choisissent, entre les deux candidates, celle qui serait plus encline à défendre, sans relativisme ni ménagement, les principes démocratiques fondés sur les valeurs universelles, le respect des droits fondamentaux, des libertés et de la dignité humaine, de l’État de droit et de la justice sociale, à porter les actions et missions qui font de l’OIF un partenaire de choix de l’ONU, un acteur désormais incontournable et respecté à l’échelle mondiale.

Il y a tout à parier que le 12 octobre prochain, les chefs d’État et de gouvernement membres de la Francophonie, au premier rang desquels Emmanuel Macron et Justin Trudeau, sauront privilégier l’intérêt supérieur de l’Organisation.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


Francophonie : défense du bilan de Michaëlle Jean

L’actuelle secrétaire générale de la Francophonie sollicite un deuxième mandat pour poursuivre et consolider les progrès réalisés jusqu’ici dans la mise en œuvre des résolutions des Sommets de Kinshasa (2012) sur l’économie et le numérique et de Dakar (2014) sur les jeunes et les femmes.

Dès son arrivée, en janvier 2015, Michaëlle Jean a pris à bras le corps les chantiers d’action sur le terrain et, de manière structurante, les stratégies économique et numérique à développer. Elle a su les fusionner en mettant l’accent sur la création et la mise en place de stratégies et dispositifs en faveur de soutien à l’entrepreneuriat comme moteur de croissance économique et d’innovation, et cela au bénéfice de milliers de femmes et de jeunes entrepreneurs, créateurs d’emplois et de chaînes de valeurs.

Aujourd’hui, treize pays d’Afrique et de l’Océan indien sont les premiers bénéficiaires d’un projet pilote qui apporte des réponses concrètes aux besoins des populations. Une initiative que  Michaëlle Jean compte poursuivre pour l’étendre ailleurs, dans les pays de la Caraïbe, de l’Asie et du Pacifique, mais aussi d’Europe centrale et orientale (ils sont tous demandeurs).

Je suis retourné voir sur le site Internet privé de Michaëlle Jean son plaidoyer de 2014 pour la Francophonie : force est de constater l’engagement, la vision avec lesquels elle a su rallier les chefs d’État et de gouvernement au Sommet de Dakar, elle a su gagner leur confiance, et aussi combien elle a su garder le cap sur chacune de ses promesses, les concrétiser et même les dépasser.

En effet, Michaëlle Jean est restée fidèle à ses engagements d’il y a quatre ans et n’a cessé de se référer, dans son action quotidienne, aux fondamentaux de la Francophonie et d’appliquer, au pied de la lettre, les recommandations de la feuille de route ambitieuse qui lui a été assignée par les chefs d’État et gouvernement membres de la Francophonie.

Nous avons appris que Michaëlle Jean a, avec ses équipes, rédigé un Rapport détaillé qu’elle soumettra aux chefs d’État et de gouvernement le 11 octobre prochain à Erevan. Rapport dans lequel elle dresse minutieusement un état des lieux d’innovations qu’elle a apportées dans la marche de l’Organisation, tout en s’efforçant de mettre en lumière les réalités particulières et les besoins réels de cette organisation, dans une démarche prospectiviste.

Toutefois, nous prenons la peine de présenter très brièvement ci-dessous un aperçu de quelques réalisations et des résultats obtenus en quatre années, notamment dans le secteur de la jeunesse, qui est l’une des plus grandes réussites de son mandat.

Implication de la jeunesse francophone

On doit à l’OIF, sous l’impulsion de Michaëlle Jean, des programmes audacieux construits de manière transversale avec le souci constant d’intégration et d’inclusion de la jeunesse dans toutes les stratégies élaborées par l’organisation. Grâce à ses efforts, à sa volonté politique et à ses actions sur le terrain, Michaëlle Jean a donné une impulsion plus forte à la question de la jeunesse au sein de la Francophonie.

Le mouvement « Libres ensemble » né, le 10 mars 2016 de la volonté de Michaëlle Jean d’apporter une réponse concrète et positive suite à la vague d’attentats qu’ont connus les pays de l’espace francophone, est devenu un réel mouvement citoyen. Il vise à promouvoir la paix comme un droit inaliénable, la diversité comme une richesse à chérir, la solidarité et le vivre « Libres ensemble » comme un choix irrévocable.

Plus de deux millions de jeunes francophones ont été touchés par les réseaux sociaux ainsi que sur le terrain, grâce à l’aide de projets concrets, dans tout l’espace francophone et dans tous les secteurs d’activités. Partout, des jeunes s’engagent à tisser des liens et à porter un message d’unité et de solidarité, en résistance à la tentation du repli sur soi, de la radicalisation et de la barbarie.

Michaëlle Jean s’est impliquée notamment à créer les conditions pour favoriser une éducation inclusive et de qualité pour tous au sein de l’espace francophone et a mis tout en œuvre pour concrétiser la décision du Sommet de Dakar de créer l’Institut de la Francophonie pour l’Éducation et la Formation (IFEF) – une autre priorité de son mandat – qui se positionne comme une institution francophone spécialisée, avec une grande valeur ajoutée, qui est celle de fournir l’appui aux États membres pour la réalisation de l’Agenda pour l’éducation 2030.

À ce jour, plusieurs centaines de milliers de jeunes à travers l’espace francophone ont déjà bénéficié de l’apport de l’IFEF en matière de formation professionnelle. Dans un avenir proche, la priorité sera donnée à la formation professionnelle technique et technologique, à l’éducation à la citoyenneté, à l’insertion professionnelle, à la réforme des systèmes éducatifs, à la modernisation des contenus et méthodes pédagogiques, pour une meilleure adéquation avec les compétences et les capacités requises sur le marché du travail en profonde mutation, avec la révolution technologique, le numérique et l’émergence de nouveaux domaines d’activité.

Si l’occasion lui est donnée de poursuivre la mise en œuvre de son programme, Michaëlle Jean veut intensifier les actions pour répondre à une plus forte demande d’enseignement massif du français (en langue française, en contexte multilingue et de diversité culturelle) et aussi poursuivre l’objectif de formation de 100 000 enseignants, cadres et formateurs.

Plusieurs observateurs sont d’avis que l’action de l’OIF à destination de la jeunesse compte parmi les meilleures réussites de Michaëlle Jean. Jamais, avant elle, la Francophonie n’a su rejoindre, inclure, interpeller et impliquer aussi massivement les jeunes de tout l’espace francophone sur les cinq continents.

Que dire de l’action politique et diplomatique ?

Conformément à l’article 1er de la Charte de la Francophonie qui voudrait que l’Organisation puisse accompagner les États membres – qui partagent la langue française et des valeurs universelles -, à l’instauration et au développement de la démocratie, à la prévention, à la gestion et au règlement des conflits, et au soutien à l’État de droit et aux droits de la personne, Michaëlle Jean a su assumer avec conviction cet engagement. Elle a déployé plus de 150 missions d’accompagnement de processus électoraux et de médiation dans une trentaine de pays. Elle a su positionner l’OIF sur l’échiquier multilatéral, avec des plaidoyers vigoureux entendus et sollicités désormais jusqu’au Conseil de sécurité de l’ONU et au Parlement européen, notamment sur les opérations de maintien de la paix et les questions migratoires.

Attractivité de la Francophonie

Au-delà de tout, ce qui rend la Francophonie attractive, ce sont les liens de coopération qu’elle impulse avec une capacité de penser des solutions à dimension humaine, de dégager et déployer efficacement des expertises aux côtés des populations et ce, à l’entière disposition des États membres. C’est cette façon de toujours travailler en amont et sur le long terme, de mutualiser des efforts face aux urgences qui se multiplient (les lourds défis sécuritaires et de maintien de la paix, de prévention et de résolution de crises politiques, de consolidation des économies…) pour plus de stabilité et pour mieux lutter contre la pauvreté et pour affronter les effets dévastateurs des changements climatiques. Autant de facteurs qui motivent des exodes massifs dans un monde où l’ouverture à l’autre prend du plomb dans l’aile.

Sur tous les sujets de préoccupations planétaires énumérés ci-dessus, Michaëlle Jean est celle qui est bien outillée pour faire le plaidoyer vigoureux en faveur de pays de l’espace francophone. Durant son mandat de quatre ans, elle a été très présente sur toutes les tribunes internationales pour évoquer toutes ces questions. Elle a su positionner l’OIF dans toutes les instances internationales jusqu’au Conseil de sécurité des Nations unies. De plus, elle a su tenir ses engagements en poursuivant la concrétisation de sa feuille de route. Elle a aussi réussi à dynamiser fortement les pays de l’espace francophone, en misant sur une meilleure prise en compte des possibilités, des potentialités sur un pragmatisme nouveau et un esprit de partenariat mobilisateur.

Si à Erevan il n’y a que deux choix -comme c’est le cas présentement – j’ose croire qu’au soir du 12 octobre prochain, les chefs d’État et de gouvernement, au premier rang desquels Emmanuel Macron et Justin Trudeau, sauront, dans leur grande sagesse, privilégier l’option de la consolidation des acquis réalisés jusqu’ici, avec l’actuelle secrétaire générale, pour l’intérêt supérieur de l’Organisation, que de se projeter dans un terrain inconnu et incertain pour l’avenir même de la Francophonie.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


Michaëlle Jean : bilan politique et diplomatique à la Francophonie

À quelques trois moins presque du sommet de la Francophonie et la fin de son actuel mandat qui expire le 31 décembre 2018, Michaëlle Jean et ses équipes mettent la dernière main au Rapport d’activités qui sera soumis aux chefs d’État et de gouvernement membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en octobre prochain à Erevan.

Cet exercice, qui est une obligation institutionnelle à laquelle se soumet le secrétaire général de la Francophonie à la veille du Sommet, dresse un panorama synthétique des principales actions mises en œuvre et des progrès liés aux activités menées pour atteindre les objectifs généraux de l’Organisation. Elle présentera le bilan complet des réalisations à la fin de sa mandature.

Au moment où ce Rapport sera rendu public, ceux qui l’on porté à la tête de l’OIF à Dakar en novembre 2014, pourront alors mesurer l’ampleur du travail accompli par l’actuelle Secrétaire générale, en dépit de toutes attaques récurrentes, souvent injustes et malveillantes dont elle a fait l’objet durant tout son mandat.

Nous avons le privilège d’accéder de première main à l’ébauche préliminaire d’un document concis mais combien édifiant, qui dresse les grandes lignes des actions menées par l’actuelle secrétaire générale durant les quatre années passées à la tête de l’OIF. C’est un document qui mérite d’être lu par tous ceux qui s’intéressent aux activités de l’Organisation et connu par le plus grand nombre de francophones avant de spéculer sur le bien-fondé ou non du renouvellement de son mandat.

Les représentants des États et gouvernements membres de la Francophonie réunis à la 149e session de la Commission de coopération et de programmation (CCP), le 20 juin 2018, à Paris, ont donné unanimement un satisfecit à Michaëlle Jean pour tout son travail à l’OIF.

Évoquons premièrement son action politique et diplomatique avant de revenir, plus tard, dans la cadre d’autres articles à paraître dans les prochaines semaines, sur ses innovations dans la Francophonie économique en tant qu’espace de solidarité et de coopération ; dans le domaine de la langue française et de la diversité culturelle et linguistique ; mais aussi, et cela est très important par ces temps de recul démocratique, des droits et libertés fondamentales, qui sont au fondement même de la Francophonie.

ACTION DIPLOMATIQUE QUI RÉPOND AUX DÉFIS DU MONDE ACTUEL

En 2014, l’on s’en souvient, Michaëlle Jean, alors en campagne pour le poste de secrétaire générale de la Francophonie, avait mené un plaidoyer fort auprès des États membres de l’OIF pour présenter sa vision de la Francophonie de demain, qui devait, de son point de vue, s’adapter à la complexité des nouvelles réalités et aux défis du monde contemporain. Elle avait alors compris, avant bien d’autres observateurs, que le monde dans lequel nous vivons, a muté, et que ce monde-là est de plus en plus marqué par l’insécurité grandissante, les nouvelles formes de violence, la montée du terrorisme et, enfin, la violation, de plus en plus massive, des droits et libertés de la personne.

Son projet, pour ainsi dire, le contraignait à l’action. En accédant au poste de secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean ne devait pas, ne pouvait pas, se contenter que de s’inscrire dans la continuité des actions de ses illustres prédécesseurs. Elle se devait également de rester fidèle à ses engagements et avoir les ambitions de son temps.

Durant les presque quatre années passées à la tête de la Francophonie, Michaëlle Jean aura posé des actes fort et surtout mené des réformes courageuses et ambitieuses visant à assainir les finances de l’Organisation qui, comme on peut l’imaginer, ne seraient pas sans conséquences. En effet, la Francophonie, sous son magistère, devait, comme elle l’affirme elle-même « être présente là où on ne l’attendait pas ».

Dans une lettre publiée il y a plus de deux semaines, dans les journaux canadiens Globe and Mail et La Presse, portant le titre « Pourquoi je veux continuer de diriger la Francophonie? », Michaëlle Jean a défendu éloquemment son bilan à maints égards et dressé un inventaire de ses réalisations au cours des quatre dernières années. Elle a mis en évidence la nécessité, pour l’OIF, d’agir au rythme d’un monde de plus en plus fracturé où des crises politiques et humanitaires font rage, où des défis technologiques et de développement se posent avec beaucoup d’acuité, où les populations sont exposées et déstabilisées par le terrorisme, où les effets dévastateurs du réchauffement climatique menacent la survie même de l’humanité, où des exodes forcés et des mouvements migratoires d’une ampleur jamais égalée sont légions.

C’est, en réalité, la nature troublée de ce monde qui éclaire son action politique et diplomatique. La lecture de son bilan le prouve à suffisance. Et ce bilan des quatre années, parce qu’il est ambitieux, nous projette immédiatement vers l’avenir, si les chefs d’État et de gouvernement membres de l’OIF lui renouvelaient leur confiance pour un second mandat. Car la Francophonie est une continuité. Demain, il faudra continuer de porter, comme elle le fait déjà, la voix de la Francophonie partout où l’exigent les enjeux, partout où se prennent les décisions qui vont impacter l’espace francophone et au-delà.

Michaëlle Jean a démontré qu’elle savait s’y faire. Elle aura positionné, de manière significative l’OIF dans l’espace multilatéral et renforcé les liens de coopération et de partenariat, à la fois, avec le système des Nations unies et les autres organisations internationales, régionales et sous-régionales. En effet, depuis 2015, l’OIF a signé une quinzaine d’accords de partenariat stratégique avec des grandes institutions et organismes tels que la Banque mondiale, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Centre du commerce international (CCI) ou encore le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCR), pour faire avancer les priorités de l’organisation qu’elle dirige.

L’actuelle secrétaire générale aura visité plus d’une quarantaine de pays membres de l’OIF et rencontré, en tête-à-tête, 75 des 84 Chefs d’État et de gouvernement membres. Elle aura été présente, partout où cela a été possible, dans les enceintes où les principaux décideurs de la planète se réunissaient et discutaient de l’avenir de l’humanité, de la paix et de la sécurité mondiale, tant au Conseil de sécurité que dans d’autres instances internationales importantes. Et, à chaque fois, elle a tenu à organiser des concertations ministérielles pour des prises de position communes et des déclarations conjointes des États membres de l’OIF sur les enjeux qui les concernent. La Francophonie est de plus en plus présente sur la scène internationale.

ACTION POLITIQUE ACCÈS SUR LA GOUVERNANCE DÉMOCRATIQUE

Au registre des actions politiques, Michaëlle Jean a, d’une voix forte, appelé au respect des engagements contenus dans la Déclaration de Bamako et exhorté les États à respecter les droits de la personne, les principes démocratiques et l’État de droit. Son approche a consisté essentiellement au soutien et à l’accompagnement des États membres dans le processus démocratique, pour consolider et approfondir les valeurs démocratiques prônées par l’Organisation.

Près d’une soixantaine de missions électorales, d’assistance technique, d’évaluation, d’audit, d’appui à la consolidation des fichiers électoraux et d’observation des élections, ont été dépêchées dans plusieurs pays, à la demande de ceux-ci, en vue des élections libres, transparentes et apaisées.

De plus, Michaëlle Jean a mobilisé des Envoyés spéciaux de haut niveau et des chefs de mission, au service de la diplomatie préventive notamment dans des pays en proie aux guerres civiles internes et crises politiques pouvant conduire aux conflits armés, pour encourager la mise en place d’espaces de dialogue inclusif et de compromis.

Au regard de ce qui précède, nul esprit objectif et sincère, ne peut nier l’évidence que Michaëlle Jean a été à la hauteur des enjeux et des ambitions de la Francophonie de l’avenir. Elle a donné une envergure à la diplomatie francophone, renforcé la coopération avec les pays membres, assuré une présence francophone effective et influente au sein des instances multilatérales.

C’est à la lumière de ces faits et d’eux seuls, qu’il conviendrait d’analyser et commenter, voire même comparer le projet de Michaëlle Jean avec ceux d’autres candidat(e)s, s’ils en ont de plus intéressants pour l’Organisation. Sans quoi, toute tentative de vouloir abruptement mettre fin au mandat de l’actuelle secrétaire générale ressemblerait, non seulement à un acharnement contre une femme qui a consacrée toute son énergie au service de la notoriété de la Francophonie, mais surtout à une volonté délibérée d’anéantir les efforts déployés par l’Organisation en vue de promouvoir la langue française et consolider les valeurs démocratiques dans l’espace francophone.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


Francophonie : Que reproche-t-on à Michaëlle Jean?

On se rappellera qu’en 2014, lorsqu’elle s’est lancée dans la campagne pour accéder à la direction de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean promettait de faire de la Francophonie, une organisation toujours plus agissante, dans un monde en plein bouleversement et en perpétuel changement.

Quatre ans après, a-t-elle tenue sa promesse?

D’aucuns diront que oui, d’autres pas vraiment. Mais ce qui est sûr c’est que Mme Jean a, sans désemparer, travaillé fort pour hisser l’OIF à la place qui lui revient, au cœur du système multilatéral. Elle a porté la voix de la Francophonie à l’échelle internationale jusqu’au Conseil de sécurité des Nations unies.

Aujourd’hui, l’OIF qui rassemble 84 États et gouvernements membres et observateurs, est tellement attractive que le nombre de demandes d’adhésion ne cesse d’augmenter.

Sous la gouverne de Mme Jean, l’OIF est fortement engagée dans un élan, à la fois, de la défense et de la promotion de la langue française et la diversité culturelle, et de la promotion des valeurs démocratiques chères à l’Organisation.

Michaëlle Jean a su positionner l’OIF sur tous les grands enjeux du monde contemporain : objectifs de développement humain et économique durable et inclusif, changements climatiques, crises migratoires, lutte contre le terrorisme, prévention et gestion des crises, défense des droits et des libertés fondamentales, soutien à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, renforcement des politiques et programmes en faveur de l’éducation, de la formation technique et professionnelle, stratégie numérique, appui structurant au renforcement des institutions, mobilisation de la jeunesse autour de la responsabilité citoyenne et dans la lutte contre la radicalisation, stratégie pour l’égalité entre les femmes et les hommes, etc.

Qu’on le veuille ou non, l’OIF a considérablement intensifié ses efforts et continue de développer ses moyens d’action dans les différents domaines relevant de son mandat, en adoptant une approche concertée pour obtenir des résultats probants.

L’OIF est résolument engagée sur le terrain, en synergie avec ses partenaires internationaux, pour agir efficacement. Et, Michaëlle Jean poursuit sereinement la mise en œuvre de réformes substantielles en vue d’améliorer le fonctionnement interne de l’organisation, conformément à l’ambitieuse feuille de route qui lui a été confiée à Dakar.

Le crocodile a fui la pluie qui tombait en croyant que c’étaient des pierres qui allaient le heurter. Morale de l’histoire c’est que, le crocodile a donc fui l’eau temporaire de pluie dans la rivière où l’eau est quasi permanente « , un adage africain sur l’erreur du crocodile.

Ne perdons pas de vue que l’OIF est la seule organisation internationale qui permet au Québec d’affirmer sa personnalité internationale au sein de la communauté francophone mondiale.

Au lieu de chercher à affaiblir la seule organisation gouvernementale multilatérale où le Québec, membre à part entière, a une influence considérable sur les décisions qui touchent à ses intérêts, il vaudrait mieux reconnaître et investir davantage dans sa plus value, notamment la promotion de la langue française, de la culture et des valeurs démocratiques, en lui apportant des moyens substantiels à la hauteur de l’ambition légitime qu’elle porte et qui la définit.

Ne jetons pas l’enfant avec l’eau du bain

La prétention du Rwanda de prendre la direction de la Francophonie nous paraît assez suspect, lui qui a banni la langue de Molière au profit de celle de Shakespeare dans l’enseignement et l’administration publique. Même si la langue française est restée symboliquement langue officielle dans ce pays, elle est peu ou pas usitée par les jeunes générations d’après le génocide de 1994.

La candidature de Louise Mushikiwabo n’est donc pas un choix judicieux, à plusieurs égards, pour les Québécois, les Acadiens et les Franco-Canadiens qui mènent courageusement la bataille pour la survie et l’usage de la langue française au pays. Et, avec Louise Mushikiwabo comme secrétaire générale, leur bataille risque de ne pas avoir des échos favorables à l’international.

Le soutien de la France à la candidature rwandaise nous paraît tout aussi incompréhensible et difficilement justifiable au regard des relations bilatérales exécrables entre les deux pays. Ce soutien est clairement motivé par des considérations autres que l’intérêt légitime de l’Organisation.

Il n’est pas certain que les chefs d’État africains qui, pour la plupart, considèrent Michaëlle jean comme une digne fille, afro-descendante, de la sixième région d’Afrique, suivront le président Macron sur cette voie.

En tout état de cause, la candidature rwandaise n’est certainement pas pour œuvrer au rayonnement de la langue française, ni pour faire la promotion des valeurs démocratiques prônées par l’OIF. Elle aura pour effet contraire d’annihiler tous les efforts déployés jusqu’ici par cette organisation dans les domaines ci-dessus. Et, pire encore, elle va faire des émules parmi les États qui brûlent d’envie de basculer dans le giron anglophone pour offrir de meilleures perspectives d’avenir et des possibilités d’acquérir des compétences linguistiques pour améliorer l’employabilité de leurs jeunes.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


Rwanda-OIF : les raisons sous-jacentes de l’intérêt soudain pour la Francophonie

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est une institution fondée essentiellement sur le partage de la langue française comme levier de coopération, et a pour vocation à promouvoir des valeurs fondamentales communes telles que la primauté du droit, la gouvernance démocratique, la consolidation de l’État de droit, le respect des droits de la personne et des libertés fondamentales.

De par les mandats qui lui sont confiés par les États et gouvernements membres, d’agir pour prévenir et résoudre pacifiquement des conflits dans l’espace francophone, l’OIF est reconnue également comme un acteur international qui contribue en faveur de la paix et de la sécurité mondiales.

Le secrétaire général, clé de voûte de la Francophonie, est chargé justement de mettre en œuvre l’action politique et diplomatique, d’animer et de coordonner la coopération entre les États et gouvernements membres en vue d’atteindre les objectifs que ceux-ci se sont fixés.

En effet, comme nous l’avions mentionné dans notre précédente publication, il nous paraît assez suspect l’intérêt soudain du Rwanda de prétendre à la direction de la Francophonie, lui qui a toujours accusé la France de complicité de génocide et a même banni la langue française dans l’enseignement et l’administration publique.

Le soutien potentiel de la France à cette probable candidature de la ministre rwandaise des Affaires étrangères nous paraît tout aussi incompréhensible que cela puisse paraître et difficilement justifiable compte tenu de l’état actuel des relations diplomatiques entre les deux pays.

Rappelons que, depuis le génocide de 1994 et l’arrivée au pouvoir des autorités politiques actuellement au Rwanda, la France a déployé des efforts considérables pour rétablir le dialogue en vue de renouer les liens brisés avec ce pays, mais le Rwanda rechigne toujours à rétablir les relations diplomatiques saines avec celle-ci. La crise de confiance perdure encore, en dépit de toutes les tentatives bien intentionnées de la France.

Les relations bilatérales entre les deux pays sont, pour ne pas dire exécrables, manifestement tendues, et ce, peu importe le nombre de fois où les deux présidents, Emmanuel Macron et Paul Kagame, se sont entretenus.

En tout état de cause, la candidature rwandaise n’est certainement pas pour œuvrer au rayonnement de la langue française, ni pour faire la promotion des valeurs démocratiques prônées par l’OIF. Bien au contraire, cela aura pour effet d’annihiler tous les efforts déployés jusqu’ici par cette organisation en vue d’accompagner le processus de transition démocratique en cours dans un certain nombre de pays de l’Afrique francophones notamment.

D’autre part, le Rwanda a toujours fait preuve d’un certain laxisme dans l’acquittement de sa contribution statutaire à l’OIF dans les temps requis, et ce, pendant des années. En 2014, par exemple, l’Organisation a dû lui accorder une réduction de 50 % et s’entendre sur un calendrier de paiement régulier. Mais, malgré cela, le compte est resté en souffrance pour une maigre contribution de 30 000 euros l’an. Dans une récente réunion, le Comité sur les arriérés est revenu à la charge pour exiger du Rwanda le paiement de ses arriérés pour les années 2015, 2016, 2017 et 2018.

Qu’à cela ne tienne, le Rwanda, pour des raisons que l’on ignore encore, est déterminé à prendre la direction de la Francophonie. Et, sa diplomatie s’active en coulisse autant sur les plans bilatéral et africain pour y parvenir. Les puissants médias de l’espace francophone sont mis à profit pour assurer une couverture médiatique ouvertement favorable à la candidature de Louise Mushikiwabo.

Tout compte fait, les raisons sous-jacentes qui peuvent expliquer l’intérêt soudain du régime rwandais à l’égard de la Francophonie sont à rechercher ailleurs que dans la volonté de faire avancer les objectifs contenus dans la Déclaration de Bamako, renforcée par la Déclaration de Saint-Boniface, deux textes normatifs de référence, l’un sur le respect des règles de la gouvernance démocratique et de l’État de droit, l’autre sur la sécurité humaine et la responsabilité de protéger.

Que reproche-t-on à Michaëlle Jean ?

Sous la gouverne de Michaëlle Jean, l’OIF est fortement engagée dans un élan, à la fois, de la défense et la promotion de la langue française et de la diversité culturelle, et de la promotion des valeurs démocratiques chères à l’Organisation.

On se rappellera qu’en 2014, lorsqu’elle s’était lancée dans la campagne pour accéder à la direction de l’OIF, Michaëlle Jean promettait de faire de la Francophonie, une organisation toujours plus agissante, dans un monde en plein bouleversement et en perpétuel changement.

Quatre ans après, elle a tenu sa promesse, sans désemparer, de hisser l’OIF à la place qui lui revient, au cœur du système multilatéral. Aujourd’hui, l’Organisation qui rassemble 84 États et gouvernements membres et observateurs, est tellement attractive que le nombre de demandes d’adhésion ne cesse d’augmenter.

Michaëlle Jean a su positionner l’Organisation sur tous les enjeux de l’heure : objectifs de développement humain et économique durable et inclusif, changements climatiques, crises migratoires, lutte contre le terrorisme, prévention et gestion des crises, défense des droits et des libertés fondamentales, soutien à l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, renforcement des politiques et programmes en faveur de l’éducation, de la formation technique et professionnelle, stratégie numérique, appui structurant au renforcement des institutions, mobilisation de la jeunesse autour de la responsabilité citoyenne et dans la lutte contre la radicalisation, stratégie pour l’égalité entre les femmes et les hommes, etc.

Qu’on le veuille ou non, l’OIF a considérablement intensifié ses efforts et continue de développer ses moyens d’action dans les différents domaines relevant de son mandat. Et, Michaëlle Jean poursuit sereinement la mise en œuvre de réformes substantielles en vue d’améliorer le fonctionnement et la gestion interne de l’Organisation.

Par ailleurs, la Secrétaire générale de l’OIF est persuadée que c’est en adoptant une approche concertée et mieux coordonnée, en faveur de la paix, de la sécurité, du dialogue inclusif, du respect des processus démocratiques, que nous pourrons obtenir les meilleurs résultats. C’est ainsi que l’Organisation est résolument engagée sur le terrain, en synergie avec ses partenaires internationaux, pour agir efficacement.

En effet, les nouvelles réalités mondiales nous rappelle qu’aucun État, aussi puissant soit-il, ne peut à lui seul relever les immenses défis qui nous attendent, ni dicter sa volonté au monde, mais cela exige l’instauration d’un ordre international fondé sur un multilatéralisme plus efficace. Ainsi, au lieu d’affaiblir la Francophonie en la déstabilisant dans son action, il vaudrait mieux reconnaître et investir davantage dans sa plus value, en lui apportant des moyens supplémentaires à la hauteur de l’ambition légitime qu’elle porte et qui la définit

Il va sans dire qu’il serait préférable pour les chefs d’État et de gouvernement, dans leur grande sagesse, de faire preuve de réalisme en faisant en sorte de ne pas briser la dynamique engagée par ses prédécesseurs et poursuivie de façon accélérée par l’actuelle Secrétaire générale dès sa prise de fonction, et de la reconduire pour un second et dernier mandat, afin de poursuivre inlassablement tous ces efforts qu’elle a su engager pour assurer la pérennité des actions entreprises et des programmes déployés dans l’exécution de l’ambitieuse feuille de route qui lui a été confiée à Dakar.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


Francophonie : Louise Mushikiwabo est-elle une candidate « idéale » ?

Une rumeur persistante, publiée dans Jeune Afrique, affirme que Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères, se porterait candidate pour succéder à Michaëlle Jean à la Francophonie.

Radio France Internationale en a rajouté, citant une source diplomatique à Paris, que : « les pays africains ont tiré les leçons de la précédente élection et négocient depuis des mois pour se mettre d’accord sur un nom. Il s’agit de Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères. Et il semblerait qu’Emmanuel Macron voit plutôt d’un bon œil sa candidature. »

S’agit-il d’un ballon d’essai ou d’une réelle volonté du Rwanda de prendre la direction d’une organisation dont il avait préalablement claqué la porte au nez ? Toutefois, l’intéressée ne s’est pas encore prononcée publiquement là-dessus.

Il paraît invraisemblable que le président Paul Kagame, qui entretient de bonnes relations avec Mme Jean, puisse lui opposer son ministre des Affaires étrangères à ce poste. D’ailleurs, il semblerait que c’est bien Mme Jean, alors gouverneure générale du Canada, qui aurait convaincu le président Kagame de ne pas quitter définitivement la Francophonie.

Mais si un tel scénario venait à se concrétiser, l’image de la Francophonie pourrait en prendre pour son grade. En effet, le choix du secrétaire général devrait être en accord avec les objectifs fondamentaux et missions originelles de l’Organisation, à savoir la promotion de la langue française et de la diversité culturelle.

Mais aussi, ce choix devrait répondre à la nécessité d’accompagner les efforts des États membres à respecter les valeurs communes, telles que la primauté du droit et les droits de la personne, la consolidation de la gouvernance démocratique et de l’État de droit, et la protection des libertés individuelles et publiques fondamentales, qui sont inscrites dans la Déclaration de Bamako, un texte de référence à portée normative et renforcée dans la Déclaration de Saint-Boniface.

Or, le Rwanda, son pays, a remplacé le français par l’anglais comme langue d’enseignement obligatoire dans le public et dans l’administration. Et depuis, seulement l’anglais et le kinyarwanda sont d’usage courant. On peut donc se demander si c’est ça le message que l’on veut lancer aux membres de l’OIF, notamment au Québec qui est très sensible à la problématique linguistique, qui occupe une place prépondérante dans le débat national.

S’agissant des valeurs fondamentales chères à l’OIF, sur lesquelles l’action du secrétaire général devra reposer, il suffit de lire les différents Rapports d’Amnistie internationale et de Human Rights Watch sur la situation des droits humains au Rwanda pour constater les défis énormes que ce pays a en ce qui a trait aux libertés publiques et individuelles. On ne peut parler de démocratie sans libertés publiques. Et dans ce pays, la voix de l’opposition politique est inaudible. Les opposants politiques et prisonniers d’opinion croupissent dans les prisons.

« Je trouve cela gênant qu’un président, qui est avec ses pairs ici au sommet de la Francophonie, vienne, ne pas discuter avec eux, mais dicter ce qui devrait se passer dans leurs pays. Je trouve cela d’ailleurs assez inélégant. Qui décide de l’avenir politique des Africains? Ce n’est pas Paris qui décide, c’est évident. Ceci dit, le président français peut bien exprimer son point de vue, il peut donner des conseils à ses pairs. Et là on va autant, autant aussi : « je suis ici à Dakar pour dire aux Africains. » Ce n’est pas normal. On est en 2014 », propos tenus par Louise Mushikiwabo lors du sommet de Dakar qui avait porté Michaëlle Jean à la tête de l’OIF.

S’il advenait que la candidature de Mme Mushikiwabo soit adoubée par la France, elle devra au moins convaincre qu’elle serait la meilleure ambassadrice pour défendre et promouvoir la langue française dans les enceintes internationales.

En voulant coûte que coûte se débarrasser de Michaëlle Jean, on aura, non seulement commis une grave erreur d’appréciation, mais fait un mauvais casting en pensant que c’est Louise Mushikiwabo qui pourrait relever les défis auxquels l’OIF est confrontée.

Quel avenir pour la Francophonie?

Les enjeux sont trop importants pour faire un choix éclairé et judicieux quant à l’avenir de la Francophonie. Mais l’élection de Mme Mushikiwabo va incontestablement affaiblir l’action de l’OIF, tant dans ses mandats de plaidoyer pour l’usage de la langue française, que dans ses efforts pour promouvoir et consolider les valeurs démocratiques dans l’espace francophone.

Michaëlle Jean a été choisie par les chefs d’État et de gouvernement membres pour notamment mettre en place les bases permettant la création d’un espace économique francophone, conformément à la feuille de route dressée à Dakar. Un projet laborieux et de longue haleine qui exige à la fois une volonté politique des États et des ressources substantielles.

Mme Jean a abattu un travail titanesque durant son premier mandat qui mérite d’être salué. Alors que les caisses de l’organisation sonnaient creux à son arrivée en fonction, elle a procédé à des réorganisations internes pour répondre aux impératifs de gestion axée sur les résultats.

Bien que certaines décisions managériales prises par son administration, lui ont valu des critiques peu élogieuses, Michaëlle jean a su être à l’écoute et démontrer d’une réelle collaboration, à la fois, avec les États et gouvernements membres, mais aussi avec les organisations internationales et de la société civile, pour faire avancer les initiatives stratégiques de son organisation.

Elle fait un plaidoyer convaincant auprès des organisations internationales et régionales pour l’usage courant de la langue française, comme langue de travail et de communication interne. Elle accompagne les États membres dans la consolidation des valeurs chères à l’Organisation, notamment en mettant l’accent sur les processus électoraux et le renforcement de la démocratie.

« Emmanuel Macron a souvent dit que pour la Francophonie, le centre de gravité se situait quelque part du côté du bassin du Congo. » Propos d’une source diplomatique citée par RFI

Certes, la France est un membre éminent qui apporte une contribution substantielle au budget annuel de l’OIF, mais la Francophonie ce n’est pas que la France. La Francophonie, c’est 84 États et gouvernements membres et observateurs. Si, pour des raisons de politique nationale, la France décide de jeter son dévolu sur la candidature rwandaise, en faisant fi des appels du pied lancés par le Canada, le Québec et bien d’autres qui souhaitent la reconduction de Mme jean, pour consolider les actions entreprises, cela équivaudrait à une gifle en plein visage des partenaires majeurs qui contribuent au bon fonctionnement et au rayonnement de la Francophonie.

Si les chefs d’État et de gouvernement acceptent de lui renouveler leur confiance, Michaëlle Jean devra au moins écouter les recommandations des premiers ministres canadien et québécois, du président français et de bien d’autres chefs d’État qui exigent vivement des changements dans l’administration et la gestion interne de l’organisation. Ainsi, elle pourra ouvrir une nouvelle page et entamer son second mandat avec un nouvel élan et une nouvelle dynamique.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


Francophonie : Michaëlle Jean bien placée pour un second mandat

Il y a quatre ans, les chefs d’état et de gouvernement membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avaient choisi Michaëlle Jean comme secrétaire générale de la Francophonie, pour succéder à Abdou Diouf qui occupait ce poste depuis une douzaine d’années.

Le choix porté sur Michaëlle Jean a été fortement guidé par une série de critères, dont notamment, ses compétences, ses expériences antérieures et sa capacité d’action et de mobilisation qui allie à la fois dextérité et sensibilité. Michaëlle Jean a été considérée par beaucoup comme une candidate de convergence, dans la mesure où, elle faisait le trait d’union entre le Nord et le Sud ; plus précisément entre les pays de trois continents majeurs : Afrique, Europe et Amérique (latine et du Nord), ayant le français pour l’une des langues officielles, de travail ou d’administration publique.

L’élection de Michaëlle Jean à l’OIF a d’ailleurs été largement saluée à la fois par la plupart des États et gouvernements membres. Elle n’a pas non plus manqué de susciter un vif intérêt de la population francophone qui voyaient en elle un vecteur qui allait apporter un vent nouveau d’optimisme et insuffler une nouvelle dynamique à l’Organisation et à la réalisation du programme de la Francophonie économique qui ambitionne de devenir un espace économique et commercial.

Tout au long de ces trois ans et demi qu’elle a passée à la tête de l’OIF, Michaëlle Jean a fait montre, avec beaucoup d’énergie, de son engagement sans équivoque, son dévouement sincère et sa détermination à faire de l’OIF un espace de consultation, de dialogue, d’échanges, utiles à la compréhension de défis communs et de partenariats favorisant les actions conjointes et concertées à la recherche de solutions idoines. Elle a su démontrer qu’elle est une communicatrice efficace qui fait entendre la voix de la Francophonie sur la scène internationale, aussi bien au Conseil de Sécurité des Nations Unies que dans d’autres instances internationales et régionales.

Michaëlle Jean a su également démontrer l’étendue de ses qualités managériales, son indépendance d’esprit, sa franchise, et son habileté à gérer des situations de crises délicates et hautement sensibles au sein d’une organisation internationale composée à la fois des États démocratiques, économiquement avancés et fondés sur la primauté du droit et le respect des droits de la personne, mais également des pays pauvres en développement confrontés aux réalités spécifiques des gouvernements peu ou pas démocratiques, répressifs et souvent corrompus, qui foulent aux pieds les droits fondamentaux de leurs peuples.

Mme Jean s’acquitte de cette responsabilité avec compétence et intégrité. Elle porte tous ses efforts et ceux de ses équipes au cours de ce premier mandat qui s’achève en décembre prochaine, pour faire avancer les agendas communs, notamment la consolidation de la paix, de la démocratie et de l’état de droit ; la promotion de la diversité linguistique et culturelle ; la promotion de l’éducation et la formation en français ; la solidarité et la coopération économique indispensables au développement harmonieux et à la réduction de la pauvreté au sein de l’espace francophone.

Avec l’arrivée au sein du cabinet de Michaëlle Jean, d’un diplomate français de calibre international et ancien secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations de maintien de la paix, l’ambassadeur Hervé Ladsous, qui a une grande expérience dans les régions en conflits armés, il est indéniable que celui-ci va apporter une réelle plus-value et une plus grande visibilité aux actions d’appui à la consolidation de la paix, de la démocratie et de l’état de droit menées par l’OIF.

Soutien renouvelé du Canada, Québec et Nouveau-Brunswick

N’en déplaise à une certaine presse, très critique, qui a lancée une campagne de salissage sans précédent contre Michaëlle Jean, pour miner sa crédibilité et son intégrité personnelle, et ainsi tenter de nuire à ses chances de rempiler, elle conserve de bonnes chances d’être reconduite à son poste à l’OIF.

En visite officielle en France où il a été reçu par le président français Emmanuel Macron, le premier ministre du Canada Justin Trudeau a, non seulement apporté son soutien inconditionnel à Michaëlle Jean, il a également invité les autres États et gouvernements membres à lui renouveler leur confiance lors du prochain Sommet de la Francophonie prévu à Erevan en Arménie, en octobre prochain, disait-il : « afin qu’elle puisse poursuivre et consolider « l’excellent travail » effectué depuis sa prise de fonction en janvier 2015 ».

À la sortie de sa rencontre avec le premier ministre du Canada, la secrétaire générale de la Francophonie a déclaré : « Le soutien du Canada est très important parce qu’il nous permet de poursuivre énergiquement notre action pour cette « Francophonie des solutions » pragmatique et concrète que nous développons depuis plus de trois ans ».

En mars dernier, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, également en visite officielle en France, avait déclaré publiquement aux côtés du président français Emmanuel Macron, soutenir pleinement le renouvellement du mandat de Mme Jean à l’OIF, tout en suggérant « davantage de rigueur et de transparence dans la gestion financière et administrative interne de l’OIF ».

Ce n’est pas anodin que les deux premiers ministres, Trudeau et Couillard, aient fait leurs déclarations de soutien à Michaëlle Jean juste après leur rencontre avec le président Macron. Ce qui laisse supposer que la France aussi soutiendrait cette candidature. Sans nul doute aussi que nombreux pays africains y verraient d’un œil sa reconduction, pour poursuivre et parachever les projets en cours.

Nous sommes fiers d’avoir une Canadienne à la tête d’une grande organisation internationale comme l’OIF. Madame Jean promeut activement nos priorités canadiennes comme l’égalité entre les hommes et les femmes et l’entrepreneuriat chez les jeunes et les femmes … c’est pourquoi notre gouvernement appuie le renouvellement du mandat de Mme Jean, avait pour sa part déclaré la ministre canadienne du développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau.

Alors que les trois gouvernements du Canada qui avaient présentés et soutenus la candidature de Michaëlle Jean en 2014, se disent satisfaits du travail qui a été accompli jusqu’ici, il est déplorable de remarquer que les reproches proviennent très souvent de mêmes gens et sont teintés de beaucoup de partisanerie, au point qu’ils y perdent en crédibilité.

Mais malgré tous les reproches acrimonieux et parfois gratuits, il n’en demeure pas moins que Michaëlle Jean garde le cap sur les objectifs principaux à atteindre, à savoir, la matérialisation de la Francophonie économique, qui était l’un des axes majeurs du mandat que les chefs d’état et de gouvernement de l’OIF lui avaient confiés en 2014 au Sommet de Dakar. Et, fort de la confiance réitérée à la fois par les gouvernements du Canada, du Québec et du Nouveau-Brunswick, tous membres de l’OIF, et de leur appui indéfectible, nous pensons qu’il y a lieu de croire au renouvellement possible du mandat de Mme Jean pour un second mandat à l’OIF, que nous lui souhaitons aussi fructueux que le premier.

Avec cette annonce officielle du premier ministre Trudeau, du soutien inconditionnel du Canada, Michaëlle Jean vient de creuser un écart considérable avec les candidats potentiels qui seraient intéressés à lui succéder au poste de secrétaire générale de la Francophonie.

Il va sans dire qu’à moins de six mois du XVIIe Sommet de la Francophonie à Erevan, il serait hasardeux à un quelconque candidat de pouvoir prétendre gagner à l’élection d’octobre prochain. De toute évidence, il n’y a pas grand monde, à ce jour, qui se bouscule au portillon pour succéder à Michaëlle Jean.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


Union africaine – ZLEC : un accord qui bâtit le futur du continent

Au sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA), qui s’est tenu en mars dernier à Kigali, au Rwanda, quarante-quatre sur les cinquante-cinq États membres ont signé un accord-cadre pour la mise en place de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC).

Cet accord constitue une initiative ambitieuse de développement économique qui mérite d’être souligné et qui vise à créer de nouvelles perspectives commerciales pour les opérateurs économiques africains.

En effet, l’expansion du commerce sous-régional, régional et l’intégration économique continentale, sont essentielles pour résoudre les problèmes auxquels sont confrontés les pays africains dans leurs efforts de développement.

L’initiative notable de renforcement de liens commerciaux pose des jalons pour accroître le commerce et l’investissement intrarégional, qui sont la clef de voûte du commerce Sud-Sud et viendrait ainsi pallier aux difficultés économiques du continent.

Dans le monde actuel, le commerce des services est un secteur de l’économie mondiale qui connaît une croissance rapide et joue un rôle de plus en plus important pour le développement économique des États.

La ZLEC devrait permettre l’élimination progressive des droits de douane entre les pays membres, tout en favorisant le commerce intra-africain et ainsi sortir l’Afrique du piège dans lequel elle est prise depuis des années, de simple producteur des matières premières pour l’exportation.

Les économies modernes sont justement fondées sur la connaissance et les services, plutôt que sur l’exploitation des matières premières et le travail physique. Alors que la plupart des pays africains sont condamnés à rester pris dans le piège de simples producteurs et exportateurs des matières premières dont les prix sont fixés par les marchés internationaux, en dollar américain.

La dépendance aux matières premières expose les pays africains aux caprices des marchés mondiaux caractérisés par une très forte volatilité des prix.

Les poids lourds de l’économie africaine tels que l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Égypte, l’Algérie, ont signé cet accord, à l’exception du Nigeria qui s’est abstenu pour l’instant.

Toutefois, la réalité c’est que, le commerce interrégional est beaucoup plus en expansion au détriment de celui intrarégional. L’Afrique, dans son ensemble, fait beaucoup plus facilement le commerce avec de pays d’autres continents qu’elle ne le fait aussi bien à l’intérieur des États du continent entre eux, soit autour de 16 % intra-africain, de 50 % avec l’Asie et de 70 % avec l’Europe.

Beaucoup des barrières subsistent encore et entravent les échanges en Afrique tels que le faible degré d’intégration économique et du commerce sous-régional et continental, la libre circulation des personnes et les politiques d’investissement souvent très conservatrices qui ne cadrent pas avec les réalités du monde économique actuel et qui ne sont pas propices à l’investissement, à la croissance et à la création d’emplois.

Le développement du commerce sous-régional doit être accompagné d’une plus grande coopération sous-régionale et régionale. Fort malheureusement, en Afrique, le commerce, même au sein des sous-régions : Afrique du Nord, de l’Ouest, australe et centrale, demeure beaucoup plus faible par rapport aux potentiels réels de la plupart des pays.

Pour que cette Zone de libre-échange continentale devienne une réalité tangible et vivante pour les citoyens de l’Union africaine, il est fondamental que les États africains dépassent les nombreuses barrières qui subsistent encore et qui entravent les investissements, les flux financiers et d’échanges régionaux. Il est également fondamental que les États améliorent l’environnement juridique et judiciaire des entreprises afin de sécuriser les investissements privés étrangers. Et enfin, qu’ils abolissement progressivement les obstacles à la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux à l’échelle du continent.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


Les évêques catholiques congolais sollicitent l’aide du Canada en vue des élections

 

Une délégation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), conduite par son président, Monseigneur Marcel Utembi, archevêque de Kisangani et son vice-président, Monseigneur Fridolin Ambongo, Archevêque coadjuteur de Kinshasa et prochain successeur du cardinal Laurent Monsengwo, séjourne en ce moment au Canada pour solliciter de l’aide en vue des élections de décembre 2018.

La mission des évêques catholiques du Congo au Canada se rendra à Ottawa, Montréal et Toronto, essentiellement pour faire le plaidoyer auprès des autorités gouvernementales et religieuses, des milieux économiques et de la société civile canadienne engagée en faveur des droits de la personne, de la démocratie et de la justice sociale. Le but est de solliciter un appui diplomatique, technique et financier, une expertise canadienne, afin de garantir la réussite du processus électoral dans leur pays.

Le choix du Canada pour cette mission d’explication de la crise politique en République démocratique du Congo (RDC) et pour la sensibilisation du public canadien n’est pas fortuit. Le Canada est l’un des acteurs majeurs qui contribue aux efforts conjoints menés au niveau international pour aider et accompagner ce pays dans son processus démocratique.

Le peuple congolais réclame le respect des textes qui régissent la politique de leur pays. Conformément à la Constitution de la RDC (qui ne permet pas au président sortant, Joseph Kabila, de se représenter pour un troisième mandat) et à l’Accord de la Saint Sylvestre (signé le 31 décembre 2016 par le pouvoir en place et par l’opposition, et qui prévoyait à l’époque, alors que le mandat du président Kabila touchait à sa fin, d’organiser, entre autres, une présidentielle avant fin 2017, ce qui n’a pas été le cas), le peuple congolais, dans son ensemble, est déterminé à aller aux élections en décembre 2018 pour pouvoir enfin élire un successeur à Kabila, malgré certains défis d’ordre financier et technique qui restent à relever.

Les Canadiens d’origine congolaise croient profondément que leur pays, le Canada, en tant que pays fondé sur des valeurs fortes de droits et libertés pour tous, dont les principaux comprennent la primauté de l’État de droit, le respect du processus démocratique, des droits de la personne et des libertés fondamentales, peut jouer un rôle diplomatique crucial pour aider à faciliter une première alternance démocratique du pouvoir sans heurt dans ce pays.

Le Canada pourrait à la fois, aider à pousser le régime de Kinshasa à organiser des élections crédibles et transparentes, mais également apporter un appui technique et financier substantiel à ce pays pour l’aider dans son cheminement vers la tenue d’élections réellement libres, justes et inclusives, afin d’assurer une transition pacifique du pouvoir et parvenir ainsi à la stabilisation de ce pays qui a beaucoup souffert des affres de la guerre.

Genèse de la crise politique congolaise

La RDC connaît actuellement une crise politique et constitutionnelle extrêmement grave. Du président de la République aux Gouverneurs de provinces, en passant par les Sénateurs, les Députés nationaux et provinciaux… quels représentants et dirigeants élus des institutions politiques du pays sont toujours dans leur mandat ? Si la plupart d’entre eux exercent leur pouvoir hors mandat, n’y a-t-il pas là une grave crise de légitimité démocratique aujourd’hui en RDC ? Des élections s’imposent.

La situation actuelle d’instabilité politique généralisée dont souffre la RDC est principalement due au manque d’organisation des élections présidentielles et législatives pourtant prévues en décembre 2016 (comme dit dans l’accord de la Saint Sylvestre).

Cette situation inédite mène dangereusement à l’arbitraire, à la dérive autoritaire du régime et se traduit par la mauvaise gouvernance qui aggrave davantage la crise socio-économique et la détérioration continue des conditions de vie de la population.

Devant l’évidence que les élections ne pouvaient être tenues à la date prévue par la Constitution, les forces politiques et sociales congolaises, toutes tendances confondues, avaient accepté, à l’unanimité, de se retrouver autour d’une table de négociations avec l’aide de l’Église catholique locale en vue de rechercher une solution idoine pour sortir de cette crise de légitimité.

Les négociations politiques entamées, avec la médiation des clergés catholiques, ont permis de faire baisser la tension politique qui régnait à ce moment-là au Congo et d’éviter le chaos total qui aurait pu se produire à la fin du deuxième et dernier mandat du Président Joseph Kabila, le 19 décembre 2016.

À l’issue de ces négociations, la classe politique et la société civile sont parvenues à un compromis politique de sortie de crise. Ils ont signé un accord politique, ce fameux accord appelé communément « Accord de la Saint-Sylvestre », signé le 31 décembre 2016. Dans cet accord, il avait été décidé que le pouvoir et l’opposition conviennent de former un gouvernement de transition afin d’organiser des élections présidentielles et législatives au plus tard en décembre 2017 (et d’assurer la transparence du processus électoral). Mais le non respect et la non application de cet accord politique a permis à Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà de la fin de son mandat constitutionnel et d’être toujours au pouvoir aujourd’hui, pour combien de temps encore ?

Car il faut malheureusement compter avec les sombres manœuvres des acteurs politiques congolais qui se traduisent par le manque de confiance mutuelle, de volonté politique, et surtout l’insouciance manifeste et le manque de compassion pour leurs concitoyens qui croupissent dans la pauvreté et la misère, dans un pays qui recèle de vastes ressources naturelles si convoitées par le monde entier.

C’est dans ce contexte difficile et grave que s’inscrit la démarche actuelle des évêques congolais au Canada pour sensibiliser tous les hommes de bonne volonté, non seulement les responsables politiques, et économiques, mais aussi ceux qui travaillent dans les milieux sociaux et culturels. Tenter de sensibiliser de de mobiliser tous canadiens sur la situation actuelle que traverse la République Démocratique du Congo.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


OIF: Les vraies raisons du limogeage du directeur de la Francophonie économique

C’est trop réducteur d’affirmer que l’économiste togolais Kako Nubukpo a été congédié suite à sa tribune parue le 29 novembre dans le journal Le Monde Afrique : Franc CFA : les propos de M. Macron sont « déshonorants pour les dirigeants africains ».

Cette publication est certes une goutte d’eau de trop qui a fait déborder le vase. Mais c’est depuis bien longtemps que plusieurs observateurs intéressés au bon fonctionnement de l’OIF commençaient à être agacés par les sorties médiatiques intempestives de M. Nubukpo, considérées comme étant très dommageables pour l’Organisation, et surtout par le mutisme de la haute direction de l’OIF.

À première vue, les prises de position de M. Nubukpo dans le débat, « pour » ou « contre » l’usage du franc CFA, peuvent être considérées comme une démarche tout à fait logique d’un scientifique qui réfléchit sur une problématique de société dans laquelle il vit. Mais le hic, c’est que M. Nubukpo était en même temps le directeur de la Francophonie économique et numérique au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). À ce titre, il était tenu par le devoir de réserve, conformément aux Statuts de son organisation. Le sujet sur lequel il prenait souvent position publiquement concernait à la fois un certain nombre de pays d’Afrique francophone contre un autre pays francophone, pour ne pas le nommer, la France, tous membres de l’OIF.

Un sérieux problème éthique et déontologique

Dans toutes les administrations publiques, tant nationales qu’internationales, lorsqu’on embauche un nouvel employé, on procède d’abord à la vérification des antécédents, puis on lui fait signer un contrat dans lequel il s’engage au respect des valeurs, des principes et des règles du Code d’éthique et de déontologie.

En recrutant M. Nubukpo pour s’occuper des questions économiques de l’OIF, son employeur était censé être au courant de ses opinions en la matière. Néanmoins, il s’attendait également à ce que l’intéressé s’acquitte de ses fonctions en respectant des normes éthiques élevées sur les plans de l’objectivité et de l’impartialité, conformément aux devoirs et obligations prescrits par les Statuts de l’organisation.

M. Nubukpo devrait faire preuve de prudence dans ses propos, s’astreindre au devoir de réserve et s’abstenir de toute expression publique d’opinions qui pouvait porter atteinte aux intérêts de son organisation, et surtout, régler sa conduite en ayant uniquement en vue les intérêts de son organisation et ne servir que celle-ci.

Malheureusement, les prises de position de M. Nubukpo, certes judicieuses, posaient néanmoins un problème d’ordre éthique et déontologique qui risquait d’affecter sérieusement l’accomplissement harmonieux de ses fonctions et mettre à mal l’impartialité de l’OIF.

Les dispositions réglementaires et contractuelles de l’OIF à ce sujet sont très claires. Le Titre III du Statut du personnel actuellement en vigueur, stipule expressément ce qui suit, notamment en ce qui concerne les devoirs et obligations du personnel :

« 17. En acceptant leur nomination, les membres du personnel s’engagent à s’acquitter de leurs fonctions en ayant exclusivement en vue les intérêts de l’Organisation.
19. Ils évitent tout acte ou toute déclaration qui pourrait avoir des répercussions dommageables, eu égard au caractère international de leurs fonctions. Ils n’ont pas à renoncer à leurs sentiments nationaux ou à leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses, mais ils doivent, à tout moment, observer la réserve et la neutralité dont le statut international leur fait devoir.
21. Les membres du personnel ne peuvent se livrer, sans l’autorisation préalable du Secrétaire général, à aucune activité politique ou associative qui risque de porter atteinte à l’indépendance et à l’impartialité qu’exige leur qualité de membres du personnel de l’Organisation.
22. Les membres du personnel doivent observer en tout temps la plus grande discrétion dans l’exercice de leurs fonctions.
26. Le temps de travail des membres du personnel est exclusivement réservé à l’accomplissement des missions de l’Organisation.
26.3. Les membres du personnel s’abstiennent de toute conduite qui pourrait, directement ou indirectement, être incompatible avec l’exercice de leurs fonctions au sein de l’Organisation. »

En effet, si la notion d’impartialité commande celle de la neutralité, inversement, l’absence de neutralité induit l’absence d’impartialité. Au regard de ce qui précède, il est clair que M. Nubukpo a failli aux devoirs d’impartialité et aux obligations qui s’imposent aux fonctionnaires de l’OIF dans l’exercice de leurs fonctions, tout comme dans leur vie personnelle.

Quand bien même M. Nubukpo peut prétendre parler en son nom et non au nom de l’OIF, il reste qu’il était chaque fois présenté comme étant « directeur en charge de la Francophonie économique ». De ce fait, la ligne à tracer était très mince entre ses prises de position personnelles et la position officielle de son organisation, à ce sujet.

Même dans l’hypothèse où il s’agirait effectivement d’une position personnelle, mais dès lors qu’elle était exprimée par celui-là même qui était chargé de mener à bien l’action économique de l’OIF, il était relativement facile de faire un lien possible entre les deux positions. De toute façon, ses fonctions au sein de l’OIF lui offraient une plus grande visibilité faisant en sorte qu’il bénéficiait d’une présence accrue dans les médias imprimés et radiotélévisés pour exprimer publiquement ses opinions personnelles.

Tout en reconnaissant à toute personne le droit d’exprimer librement ses opinions, M. Nubukpo, en tant que fonctionnaire international, devrait néanmoins faire preuve de discernement dans ses faits et gestes, adopter une attitude impartiale, de manière à éviter tout conflit d’intérêt réel ou perçu, afin de ne pas susciter un malaise dommageable à l’OIF et embarrasser son employeur.

Il est donc clair qu’en montant au créneau pour défendre ses opinions contre le franc CFA, tout en fustigeant publiquement les États membres et certaines personnalités qui soutiennent le maintien de cette monnaie, alors que de par ses fonctions, il était tenu par l’obligation de réserve, M. Nubukpo doit avoir mesuré toutes les conséquences de ses prises de position, qui étaient en porte-à-faux avec les règles de l’organisation qui l’employait.

Pour éviter tout embarras possible, la haute direction de l’OIF se devait de clarifier rapidement et sans équivoque la position de l’organisation et agir en conséquence, sinon son silence serait interprété, à tort ou à raison, comme une approbation tacite de positions personnelles d’un fonctionnaire sur un sujet déliquat qui concerne plusieurs membres de l’Organisation.

Pour ou contre le franc CFA ?

Il est très important pour moi que ça soit clair comme l’eau de roche, que je ne suis pas en train de prendre position pour ou contre le franc CFA, mais je relève simplement un problème éthique et déontologique qui pouvait à la longue embarrasser sérieusement les dirigeants de l’OIF et créer un malaise entre les États membres.

Je suis très conscient que la question du franc CFA, notamment le besoin de recouvrer la souveraineté monétaire et financière des États concernés vis-à-vis de leur ancienne métropole, est extrêmement sensible au point que les dirigeants politiques de ces pays se sont toujours abstenus de toute prise de position publique pour l’abolition du franc CFA.

Quand bien même que la question de cette monnaie demeure un sujet tabou dans le milieu politique africain, son maintien ou non a toujours alimenté le débat public, tant dans le milieu universitaire qu’auprès de la masse populaire d’Afrique francophone.

Le franc CFA est une monnaie utilisée dans 15 pays du continent noir et considérée, à tort ou à raison, comme un vestige de la période coloniale et un obstacle rédhibitoire au développement des économies des pays de la Zone franc.

Les pourfendeurs, dont M. Nubukpo, qui militent depuis quelques années pour son abolition, dénoncent énergiquement la « servitude volontaire » de leurs dirigeants politiques et économiques qui s’obstinent à utiliser une monnaie coloniale.

Isidore KWANDJA NGEMBO, Politologue


Quand une enquête qui se voulait révélatrice de la gouvernance de l’OIF perd de sa crédibilité!

Tout d’abord, il convient de le dire d’emblée clairement que personne n’est contre l’enquête qui a été menée par le Bureau d’enquête du Journal de Montréal à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Dans une société démocratique, le journalisme d’investigation est utile, voire même nécessaire, en ce sens qu’il veille au bon fonctionnement et à la transparence dans la gestion de nos institutions publiques. C’est d’ailleurs l’un des moyens les plus efficaces que les professionnels des médias utilisent, en toute indépendance et objectivité, pour démasquer et révéler notamment, des faits de corruption et autres méfaits, de détournement de fonds/biens publics à des fins personnelles ou d’abus de pouvoir.

Au fond, ce qui est troublant et incompréhensible au sujet de cette enquête, ce n’est pas tant l’indignation ou le désenchantement exprimés, dans les médias et autres réseaux sociaux, par d’honnêtes citoyens qui travaillent dur pour nouer les deux bouts du mois, et entendent que des sommes colossales auraient été dépensées pour la rénovation d’un édifice, c’est plutôt la manière dont les résultats de cette enquête ont été présentés astucieusement et utilisés par une certaine presse pour susciter un tollé général auprès de l’opinion publique francophone, et particulièrement québécoise et canadienne.

Une enquête qui aurait pu servir de base et contribuer à une réflexion profonde sur le fonctionnement général de nos institutions, tant à l’échelle locale, nationale qu’internationale, et ouvrir la voie à d’éventuelles réformes possibles qui s’imposent pour une utilisation à bon escient des deniers publics, a malheureusement servi de sources pour des attaques personnelles, au point d’annihiler tout le crédit qu’on pouvait encore lui accorder.

En effet, au lieu de nous parler beaucoup plus sur ce à quoi l’enquête a porté essentiellement, à savoir, la gestion de l’OIF ou même du bilan de Michaëlle Jean à 18 mois de la fin de son mandat, nous avons été servis, comme lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, par des attaques en règle contre sa personne.

Il faut que ça soit clair et net, nous ne sommes pas en train de nous porter à la défense d’une gouvernance à laquelle nous ne sommes aucunement comptables, ni de près ni de loin, ce que nous déplorons vivement, c’est cet acharnement contre la personne de Michaëlle Jean. Cette manière subtile de balancer, de façon brute, des gros chiffres qui auraient été dépensés, pour susciter l’indignation du public, et par ricochet, fournir des munitions aux détracteurs qui s’en sont d’ailleurs servis à cœur joie pour mener des attaques en règle contre la pauvre dame.

Cette manière subtile de balancer, de façon brute, des gros chiffres qui auraient été dépensés, pour susciter l’indignation du public, et par ricochet, fournir des munitions aux détracteurs qui s’en sont d’ailleurs servis à cœur joie pour mener des attaques en règle contre la pauvre dame.

Sachant pertinemment bien que le mandat de Michaëlle Jean achève à la fin de l’année prochaine, derrière ces révélations et tout cet acharnement médiatique sans pareils, l’on peut y voir toute sorte de scénarios, y compris les intentions inavouées de saper sa crédibilité et ainsi nuire toutes ses chances de pouvoir rempiler pour un second mandat. Une stratégie qui, si elle s’avérait exacte, risquerait fort bien d’avoir un effet inverse de celui escompté par ses détracteurs.

Tout compte fait, Michaëlle Jean ne devrait pas perdre de vue que, si en 2014 c’était son discours et la perception positive qu’on avait d’elle qui ont prévalu, en 2018 ce serait le bilan de réalisations tangibles et concrètes qu’il faudrait présenter pour convaincre l’opinion publique francophone.

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Michaëlle jean se dit victime d’un acharnement médiatique

Un sujet a dominé l’actualité de cette semaine au Québec et au Canada francophone, dans les journaux, à la radio et télévision francophones, au point d’éclipser d’autres nouvelles importantes. Il s’agit de la publication des résultats d’une enquête menée par une équipe du Journal de Montréal qui nous a révélé que des montants faramineux auraient été dépensés pour la rénovation de la résidence officielle de la secrétaire générale de la Francophonie à Paris et pour les déplacements officiels du personnel de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

En parcourant tous les commentaires exprimés au sujet de cette fameuse enquête, le tollé général et le brouhaha que cette nouvelle a suscités dans l’opinion publique, cela nous amène à nous interroger sérieusement sur les véritables motivations et intentions, réelles ou supposées, des enquêteurs qui ont publié de tels chiffres, de manière brute, sans jamais prendre la peine de les contextualiser objectivement.

En effet, il nous est difficile de porter un jugement de valeur sur les résultats d’une enquête dont on ne connait pas exactement le but recherché par les auteurs, ni même la méthodologie qui a sous-tendue leurs investigations. Toutefois, il va sans dire que les intentions derrière cette publication étaient de clouer publiquement Michaëlle Jean au pilori de l’infamie.

Michaëlle Jean a été élue secrétaire générale de la Francophonie en novembre 2014, pour un mandat de quatre ans qui finit normalement à la fin de l’année prochaine. L’édifice qui a été rénové par l’OIF, pour son secrétaire générale, appartient au gouvernement du Canada, qui est par ailleurs un membre éminent de cette organisation et apporte une contribution substantielle au budget annuel pour son bon fonctionnement. S’il y a des biens qui ont été achetés avec l’argent de l’OIF, ils appartiennent à l’organisation, non à Michaëlle Jean.

S’il y a des biens qui ont été achetés avec l’argent de l’OIF, ils appartiennent à l’organisation, non à Michaëlle Jean.

En somme, c’est beaucoup de bruit pour rien. L’enquête aurait été plus percutante et embarrassante si elle avait révélé que Michaëlle Jean aurait gonflé les montants de la rénovation d’un édifice du gouvernement du Canada, qui fait office de résidence officielle du secrétaire générale de la Francophonie, pour s’en mettre plein les poches.

Concernant les sommes qui auraient été dépensées pour les voyages officiels, nous ne sommes pas sans savoir que l’OIF est une organisation intergouvernementale qui compte 84 États et gouvernements membres ou observateurs à travers les cinq continents. L’une des missions importantes lui confiées par les gouvernements et États membres est notamment d’accompagner les États dans leurs processus de transition démocratique, de contribuer au renforcement de l’État de droit, au respect des droits de la personne, des libertés d’expression et de la presse dans l’espace francophone.

Nul besoin de rappeler ici que le bilan en matière du respect des principes essentiels de la gouvernance démocratique, dans la grande majorité des États membres de la Francophonie, est très peu reluisant. Et que, cela constitue un défi de taille pour l’OIF qu’il ne sera pas possible de relever qu’en travaillant à la fois avec les États concernés et de concert avec ses partenaires internationaux pour trouver des solutions durables.

La stratégie adoptée par l’OIF pour la promotion de la démocratie dans l’espace francophone consiste, entre autres, à offrir le soutien technique au processus électoral et l’observation des élections dans un certain nombre de pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe centrale et des Caraïbes. Pour cela, elle fait appel aussi bien aux ressources internes et externes de l’organisation pour accompagner les États qui sollicitent son assistance.

Ce n’est donc pas en étant cloîtrés dans leurs bureaux au 19-21 avenue Bosquet à Paris, ni même perchés au sommet de la tour Eiffel que les fonctionnaires et autres experts externes peuvent aider à surveiller les élections dans un État membre. C’est un travail qui nécessite qu’ils descendent régulièrement sur le terrain pour comprendre les réalités, souvent spécifiques à chaque pays, afin de mieux les accompagner.

Toute cette controverse entourant la rénovation de la résidence officielle de la secrétaire générale de la Francophonie, qui ressemble à  un acharnement médiatique, ne sert pas du tout les intérêts du Canada, ni ceux du Québec, qui jouent par ailleurs un rôle prépondérant au sein de cette organisation intergouvernementale.

Lire : Dépenses de l’OIF: Ottawa et Québec ne critiquent pas Michaëlle Jean


Les conséquences possibles de la réduction des effectifs à la Monusco

Le vendredi 31 mars 2017, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité la Résolution 2348 (2017) prorogeant le mandat de la mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) – une plus grande mission de stabilisation dans le monde -, tout en réduisant légèrement les effectifs.

Ainsi, aux termes de cette Résolution, les effectifs maximums autorisés passent théoriquement de 19 815, le nombre de militaires et de policiers, à 16 215, soit une réduction de 3 600 personnes. Mais pratiquement sur le terrain, les troupes déployées resteront quasiment identiques, soit environ 16 000 Casques bleus réellement déployés. Ce qui laisse subsister une marge de manœuvre qui permettrait le déploiement éventuel des troupes canadiennes, si le gouvernement en décide ainsi.

En effet, le gouvernement libéral avait promis d’augmenter le rôle du Canada dans le monde, tout en exprimant son intention de déployer jusqu’à 600 militaires et 150 policiers canadiens au sein des missions de maintien de la paix des Nations unies, notamment en Afrique, avec un budget de 450 millions dollars sur trois ans. Mais jusqu’à ce jour, le choix de la mission où nos troupes seront déployées se fait toujours attendre.
Un choix cornélien pour une mission

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan a fait une tournée africaine en août dernier pour justement explorer les possibilités d’engager des troupes canadiennes dans une des missions des Nations unies actuellement déployées dans le continent. Il reste que le choix pour une mission où le Canada devra déployer ses troupes, loin d’être fortuit, sera guidé par un certain nombre de considérations politiques, économiques et sécuritaires, et ce, en tenant compte, bien évidemment, de la sécurité nationale et de nos intérêts géostratégiques dans ce continent. En pole position des intentions canadiennes, par ordre de préférence, figuraient notamment le Mali, la République démocratique du Congo (RDC), la République centrafricaine (RCA) et le Soudan du Sud.

Dans tous les cas, il serait invraisemblable que le Canada engage des troupes dans une opération militaire qui risquerait de mettre en danger leur sécurité, ainsi que celle des citoyens canadiens. Or, de ces quatre missions des Nations unies en Afrique, il y a lieu de noter toutefois que celle du Mali est sans doute la plus dangereuse, en ce qui concerne la sécurité des Casques bleus. Depuis le début de cette mission en 2013, plus d’une centaine de Casques bleus ont déjà péri dans des affrontements armés avec les groupes rebelles ayant des ramifications transfrontalières avec les terroristes dans cette région du Sahel difficilement contrôlable.

De plus, en déployant un nombre aussi important des troupes dans une mission, tactiquement, le Canada voudrait bien prendre le commandement de la mission. Or, en mars dernier, l’ONU avait déjà nommé un Général belge, en tant que commandant militaire des opérations au Mali.

Est-il encore possible à la Monusco?

Jusqu’avant la Résolution du Conseil de sécurité, la RDC était dans une meilleure position à bien des égards, étant donné que le Canada est déjà intervenu dans ce pays en 1960, alors que le Congo sombrait dans le chaos au lendemain de son accession à l’indépendance. Le Canada avait, fort de son expérience dans les opérations de maintien de la paix, joué un rôle déterminant au sein de la mission des Nations Unies au Congo (ONUC) de l’époque pour rétablir la paix et la stabilité de ce pays. Et depuis, le Canada a toujours été à l’écoute et sensible aux problèmes congolais.

Bien que la Résolution 2348 (2017) a réduit les effectifs de la Monusco, elle lui confie en même temps un autre mandat prioritaire d’appuyer la mise en œuvre de l’accord de 31 décembre 2016, communément appelé Accord de la Saint-Sylvestre. Ce qui voudrait dire qu’il est encore possible pour le Canada de jouer un rôle déterminant au Congo pour aider ce pays à se sortir d’une impasse politico-sécuritaire qui dure depuis trop longtemps.

En effet, même si le Canada n’a pas encore formellement déposé son plan de déploiement de Casques bleus pour une quelconque mission de paix des Nations unies, la semaine dernière, le premier ministre canadien Justin Trudeau a apaisé les craintes de tous ceux pensaient que les priorités canadiennes auraient changées avec l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration américaine. Il a appelé à la patience, en soulignant que « nous demeurons engagés, mais nous allons prendre notre temps pour s’assurer qu’on fait la bonne chose […] C’est pour ça qu’on est en train de réfléchir de façon très responsable et attentive à comment nous pouvons aider le mieux possible. »

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan a renchéri pour sa part que « la décision d’envoyer des troupes n’importe où dans le monde est une décision très importante pour tout gouvernement. Nous étudions toutes les missions et leur complexité. »

Comme quoi le déploiement de troupes canadiennes en Afrique se trouve encore sur la table à dessin du premier ministre canadien et de son ministre de la Défense.


Crise politique en RDC: pas d’Accord politique ni de Constitution

La situation actuelle de crise de légitimité démocratique grave dont souffre la République démocratique du Congo (RDC), crise liée au manque d’organisation des élections présidentielles et législatives, risque fort de prendre des proportions violentes et incontrôlables si une solution n’est pas rapidement trouvée et mise en place.

En effet, il convient de noter que toutes les institutions du pays sont fin mandat. Une situation inédite qui mérite d’être soulignée en ce 21ème Siècle et qui suscite beaucoup d’interrogations mêlées d’inquiétudes très sérieuses sur les risques possibles et réels de dérive autoritaire et de l’arbitraire.

Les mandats de tous les élus du peuple : le président de la République, les députés nationaux et provinciaux, les sénateurs, les gouverneurs de provinces, sont arrivés à expiration. C’est une violation grave de la Constitution du pays, rendant ainsi incapables ceux-ci de remplir honorablement et légitimement leurs fonctions le mieux possible.

Pour pallier à cette situation de crise politique qui persiste dans ce pays et qui compromet tout progrès socio-économique, les forces politiques et sociales, avec le soutien de la communauté internationale, avaient appelé au dialogue national pour parvenir à un accord politique global afin de résoudre les problèmes liés à l’organisation des élections libres et transparentes. Mais le pouvoir et l’opposition politique sont restés campés sur leurs positions, et divisés sur un certain nombre de questions fondamentales et de principes, des uns et des autres.

Le pouvoir avait tout de même organisé, à la va-vite, un dialogue avec une partie de l’opposition politique et formé un gouvernement avant la fin du mandat du président Kabila. Mais celui-ci semble paralysé, complètement inerte et incapable de mener une quelconque action d’envergure pour soulager un tant soit peu la misère de la population.

Après l’échec patent de la médiation de l’Union africaine, conduite par l’ancien premier ministre togolais Edem Kodjo, les forces politiques et sociales congolaises ont accepté à l’unanimité de retourner à la table de négociation avec l’aide de l’Église catholique locale pour essayer de colmater les brèches et de trouver des solutions à la crise politique et constitutionnelle que connaît le pays, dont il est impossible de prédire l’issue.

Les prélats ont cru bon d’œuvrer avec la ferme volonté d’engager un dialogue constructif, dans un esprit de compréhension mutuelle et de conciliation pour parvenir à un compromis politique. Mais, c’était sans compter avec les sombres manœuvres des acteurs politiques congolais qui se traduisent par la mauvaise volonté, l’insouciance et le manque de compassion dont ils font souvent preuve face à la misère de leur peuple.

Les négociations menées par les prélats, qui ont évité de justesse un chaos total qui aurait pu se produire à la suite de la fin du mandat présidentiel de Joseph Kabila, le 19 décembre 2016, avaient tout de même abouti à un accord le 31 décembre 2016, appelé communément accord de la Saint-Sylvestre.

À la suite de cet accord politique, le pouvoir et l’opposition avaient convenu de former un gouvernement de transition dans le but d’organiser et d’assurer la transparence du processus électoral prévu avant la fin de cette année. Toutefois, la mise en œuvre des dispositions de cet accord pourtant convenues, pose un véritable problème, particulièrement en ce qui concerne le choix et la désignation du premier ministre, chef du gouvernement issu de l’opposition.

En effet, le problème de la classe politique congolaise tient beaucoup à l’absence de culture politique démocratique et au non-respect des dispositions des textes, en général, et particulièrement de lois du pays, par ceux-là mêmes qui sont supposés veiller strictement à leur application.

L’Accord avait prévu que des élections présidentielles et législatives soient organisées au plus tard en décembre 2017. Mais à cette allure, il est techniquement impossible d’imaginer un seul instant que les élections auront bien lieu comme convenu. La question que l’on se pose précocement, qu’est-ce qui va se passer après décembre 2017, si les élections ne sont pas organisées ?

Échec de la médiation catholique

Sous la houlette de l’Église catholique locale, les négociations en vue de l’application de l’accord du 31 décembre ont accouché d’une souris. Les médiateurs ont constaté malheureusement l’absence d’une volonté politique dans le chef de deux parties de rechercher une solution pacifique à la crise politique et constitutionnelle que connaît leur pays. Dans un climat de manque de confiance et de compréhension mutuelle, ils ne peuvent plus conduire indéfiniment leur mission de bons offices.

C’est ici l’occasion d’appeler au sursaut patriotique du président Joseph Kabila de sortir de son mutisme habituel, de briser son silence et de sauver cet accord de la Saint-Sylvestre, qui lui a permis de rester au pouvoir au-delà de la fin de son mandat constitutionnel, le 19 décembre 2016. Il doit très clairement parler à sa famille politique pour trouver des voies et moyens d’aplanir les divergences et assurer l’application de l’accord tel que convenu, pour le bien de son peuple.

À défaut et devant l’impasse persistante, la communauté internationale doit prendre ses responsabilités en utilisant tous les moyens coercitifs possibles pour contraindre le régime de Kinshasa de la mise en œuvre effective de cet accord qui, implicitement, fait l’objet d’instrument de compromis politique en vigueur pendant cette période transitoire où la Constitution a été complètement violé et paralysé.

Il est profondément triste de voir un pays aussi riche, qui recèle de vastes ressources naturelles et de nombreux talents, avec un niveau scandaleux de pauvreté, alors que les dirigeants sont complètement insouciants et ne manifestent aucunement la volonté d’assurer le bien-être social et un avenir sécurisé à leur population. Il faut avouer que la RDC est depuis une vingtaine d’années un État défaillant et ingouvernable.