josianekouagheu

Sauvons-les avant qu’ils ne deviennent des enfants soldats !

« Je viens de très loin. J’ai marché durant des jours et je suis arrivé ici ». Je n’entendais que sa petite voix d’enfant. Une voix ! Son corps était allongé sur le dernier siège du car où ne filtrait aucune lumière.

Le bus venait de me laisser dans un petit carrefour, à l’Est du Cameroun, à quelques kilomètres de la frontière avec la République centrafricaine. Par gentillesse, le chauffeur était descendu de son véhicule, abandonnant la soixantaine de passagers restants, le temps pour lui de cogner à la vitre de la seule voiture qui trainait encore au camp. Il était trois heures du matin !

Moussa², le convoyeur du véhicule, a tardé à baisser sa vitre. Après insistance, il l’a finalement fait.

Enfants d'Afrique. Crédit photo: "casafree.com"
Enfants d’Afrique. Crédit photo: « casafree.com »

Je lui ai alors expliqué que je cherchais un endroit où rester, en attendant le lever du jour. Le chauffeur, qu’il connaissait apparemment (ils s’appelaient par leur prénom et parlaient en leur langue) l’a convaincu. Il a ouvert la portière et je me suis engouffrée, pour fuir l’obscurité et surtout le froid du carrefour.

A peine assis, Moussa m’a posé de nombreuses questions : d’où viens-tu ? Pourquoi es-tu ici ? Où vas-tu exactement ?

Une quinte de toux, venant de l’arrière de la voiture, m’a fait sursauter et a interrompu les réponses que je m’apprêtais à lancer.

La quinte de toux continuait.

  • Ça ne va pas ? a demandé Moussa, le ton inquiet
  • Ça va bien, a répondu une petite voix d’enfant à l’arrière du véhicule.

Je me suis alors retournée. Je ne voyais personne. Du moins, à l’exception d’une petite ombre allongée sur le dernier siège du véhicule. Il n’y avait aucune lumière dans le car. J’essayais d’ouvrir grand mes yeux, comme s’il suffisait de le faire pour braver l’obscurité. Peine perdue. La quinte de toux devenait à chaque fois violente. J’avais une bouteille d’eau entre les mains. J’ai sorti mon téléphone portable de mon sac et l’a allumé, pour capter un peu de lumière.

C’est alors que mon regard, malgré la faiblesse de l’éclairage, a accroché le sien. Il regardait avidement ma bouteille d’eau et je le lui ai donné.

-Merci, m’a-t-il dit, en buvant, malgré la quinte de toux qui continuait.

J’ai voulu savoir ce qu’un enfant faisait dans un car, au milieu de nulle part, en pleine nuit, à quelques kilomètres d’un lieu où des coups de feu raisonnaient parfois quotidiennement et où des prises d’otages se multipliaient. J’ai voulu savoir beaucoup d’autre chose.

La quinte de toux s’était arrêtée. Et la forme restait allongée sur le siège.

J’ai chuchoté à Moussa :

-Qui est-il ? Ton petit frère ?

-Je ne connais même pas cet enfant. Je l’ai vu au carrefour, la nuit approchait et il n’avait pas où dormir. Je lui ai proposé de venir se coucher dans la voiture. Mon chauffeur n’est pas là et je suis convoyeur, m’a répondu Moussa dans un ton normal, comme si cet enfant qui dormait dans « sa » voiture était un fait ordinaire.

Je n’avais plus de questions. Vers 6 h du matin, le petit dormeur s’est réveillé pour de bon. Il toussait encore.

C’est alors que j’ai remarqué son accoutrement: une chemise déchirée, un pantalon sans couleurs, raccommodé au niveau des genoux.

Je lui ai demandé d’où il venait.

-D’un village là-bas, m’a-t-il dit, en pointant un doigt vers un horizon inconnu. J’ai marché durant des jours et je suis arrivé ici.

Après cette confidence, il est descendu du car et est parti, comme s’il avait le diable à ses trousses. Sa silhouette si mince, déambulait au lointain. Je l’ai vu disparaitre à l’angle d’une vieille maison.

C’est alors que Moussa m’a expliqué que cet enfant n’était pas le seul. Ils arrivaient dans le camp. Certains continuaient la route et d’autres restaient quelques jours, puis, disparaissaient.

Où allaient-ils ? Que devenaient-ils ?

« Ce n’est pas bon de voir des enfants comme ça dans les rues ici. Vous savez, nous entendons des coups de feu à toute heure. Que ce soit avec Boko Haram ou les rebelles centrafricains, nous avons très peur ici », m’a lancé en guise de réponse Moussa.

J’ai compris que ces enfants, qui déambulaient dans ces rues pouvaient être enrôlés. J’ai compris que ces enfants marchaient au hasard. Fuyaient-ils la guerre en Rca ? Les troupes rebelles ? Etaient-ils ces enfants des parents dont Boko Haram avait détruit les villages à l’Extrême-nord?

J’avais juste une certitude : ces enfants étaient des proies faciles. Des innocents dans la nature et il fallait les sauver. Il fallait que nous les sauvions avant qu’ils ne deviennent des enfants soldats!

Le nom Moussa a été changé


S’il vous plait, je suis un orphelin du Sida, ne m’abandonnez pas !

« Tu sais, personne ne m’aime. Tantine me déteste. Elle dit toujours que je ne suis pas bien. Tout ce que je fais l’énerve. Tu penses que je vais aussi mourir comme papa et maman et aller au ciel avec eux ? ».

Sa petite main était dans la mienne. On marchait dans une cour au milieu d’autres jolies petites filles et beaux petits garçons. Elle a levé son regard innocent vers moi. Elle attendait une réponse. Et ma gorge nouée par le chagrin, par ces paroles graves sorties d’une si jolie bouche, m’empêchait de prononcer le moindre petit mot.

– « Tu penses que je vais mourir et aller au ciel ? Ce sera super hein ? Là je verrais enfin papa et maman et tantine ne pourra plus me détester. Tu penses que je vais mourir ? ».

Elle revenait à la charge. Elle insistait. Elle voulait une réponse de la bouche de l’adulte que j’étais, que je représentais à ses yeux. Mon regard s’est embué pour de bon. Que dire à une petite fille âgée d’à peine 8 ans qui tient de tels propos. Qui y croit ?

Rêvons d'enfants heureux tout le temps. Crédit photo: "casafree.com"
Rêvons d’enfants heureux tout le temps. Crédit photo: « casafree.com »

– « Mais non, tu vas vivre. Et puis, papa et maman qui sont au ciel avec Dieu te regardent et veulent te voir sur terre avec les autres petites filles comme toi. Ils veulent que tu sois heureuse », lui ai-je répondu, après quelques secondes de silence.

–  « Tu crois ? Mais pourquoi tantine me frappait tout le temps et disait que j’allais mourir alors? », m’a-t-elle demandé une fois de plus, si candide, si étonnée que je dise autre chose que ce qu’elle croyait dans sa petite tête d’enfant.

Aucun son n’est plus sorti de ma bouche. Je l’ai câlinée. Je l’ai prise dans mes bras pour essayer de lui communiquer cette chaleur que je voulais à tout prix lui donner. C’était comme un signe de survie. Je voulais montrer, faire comprendre à cette jolie frimousse, que le monde n’était pas seulement fait des méchants. Que le monde avait des bonnes personnes comme son « papa et sa maman au ciel ».

Dans mon cœur et ma tête, des questions fusaient de toute part : est-ce ainsi que les orphelins infectés ou non par le Vih, dont les parents étaient décédés du Sida vivaient ? Ces petits enfants innocents, vite entrés dans un monde d’adultes, souffraient-t-ils tous de cette manière ? Pensaient-ils tous comme cette petite fille ? J’allais vite le découvrir, au fil de mon enquête.

Sa frêle silhouette m’a attirée comme un aimant au milieu d’une foule immense dans un marché. Il marchait et on le bousculait. Il est tombé et ce papa ne s’est même pas retourné pour le soulever. Le petit garçon s’est enfui lorsqu’un inconnu a voulu l’aider à se relever. Je n’ai même pas eu l’occasion de l’approcher. Si petit, il semblait déjà prêt à combattre contre le monde entier. Dans sa fuite, ses petits poings repliés semblaient dire stop à celui qui tenterait de l’approcher. Il était si frêle. Ses os se dégageaient presque du t-shirt qu’il portait.

Enfants d'Afrique (images casafree.com)

J’ai alors remarqué une longue tache noire le long de son bras gauche. Tout avait cicatrisé. Mais, cette tache était comme une intruse dans ce corps d’enfant. Un peu comme le goût du sable dans un plat de riz.

J’ai voulu en savoir plus. J’ai voulu tout savoir. Sa « maman » (marraine) m’a demandé de jurer que je n’allais jamais citer le nom, lieu, indice sur leur vie (comme avec tous les enfants que j’ai rencontrés). J’ai accepté. Ce n’était pas suffisant : il me fallait écrire un engagement signé et je l’ai fait.

« Il a beaucoup souffert dans sa vie. Ses parents sont morts du Sida en l’espace de deux ans car sa mère est morte alors qu’il n’avait que deux ans et son père deux ans plus tard », confie la marraine. Elle explique qu’après la mort de ses parents, son « fils » a été diagnostiqué séropositive. Il a été confié à son oncle. Elle poursuit, la voix enrouée : « le jeune garçon était maltraité par la femme de son oncle qui craignait qu’il ne contamine ses enfants. Il dormait à même le sol humide. Elle lui a versé de l’eau chaude un jour sur le bras».

Après cet acte, le petit enfant alors âgé de cinq ans est recueilli par une voisine du quartier. « Elle me connaissait car j’étais membre d’une association qui venait en aide aux personnes infectées et c’est ainsi qu’elle m’a parlé de cet enfant. J’ai eu les larmes aux yeux. J’ai décidé de le recueillir. C’est ce qui m’a poussée à quitter Yaoundé pour Douala car je voulais avoir un nouveau départ avec mon ‘fils’», confie la femme de 42 ans qui avoue sans honte être une séropositive.

J’ai rencontré des enfants orphelins dont les parents étaient décédés du Sida. Certains ont été infectés, d’autres sains. La majorité de ces enfants ont été rejetés par leurs proches. Ils ont trouvé refuge dans les orphelinats pour fuir le regard de la société.

« Ne nous voilons pas la face. Au 21ème siècle, au Cameroun, les personnes vivants avec le Vih sont traitées comme des paria. Les enfants souffrent le plus car après le décès de leurs parents, ils n’ont personne pour les aider. Nombreux d’entre eux meurent avant l’âge adulte », m’ont confié médecins, infirmiers et conseillers.

Ces enfants, orphelins, infectés ou pas, ont besoin de notre amour. Faisons un tour dans ces orphelinats. Faisons un geste de charité. Jouons avec eux. Montrons leur que le monde est encore meilleur. Que le monde regorge encore de personnes honnêtes comme nous.

Chers lecteurs et lectrices, ce message :

Ne m’abandonnez pas, ne me fuyez pas parce que je suis un petit garçon, une petite fille qui a le Sida. Ne me battez pas parce que maman et papa sont morts du Sida. Je vous le promets, je serai sage. Je suis un enfant normal.

S’il vous plait, je suis un orphelin du Sida, ne m’abandonnez pas !

 


M. le président, j’ai 32 ans et je veux rester au Cameroun !

M. le président, j’ai 32 ans et je veux rester au Cameroun !

J’ai débuté cette lettre par un bonjour, puis un bonsoir. Et après, un joyeux anniversaire pour vos 32 années d’usure de règne en longueur au pouvoir. Et finalement, j’ai décidé de vous l’écrire à ma manière. Sans protocole, un peu comme ce Cameroun que chacun dit aimer à sa manière. Vous aussi. Je l’aime d’ailleurs et je veux y rester.

« Mais je me demande sans cesse : pourquoi suis-je né en novembre 1982 ? Pourquoi maman a-t-elle décidé de me mettre au monde un jour de cette année maudite ? Si j’avais eu des pouvoirs magiques, aurais-je pu modifier ma date de naissance ? Oui, non, oui, non »

Difficile de me décider. Si j’étais né avant 1982, je serais aujourd’hui comme mon grand-frère : un débrouillard diplômé. Si j’avais vu le jour après 1982 je serais aujourd’hui comme ma petite sœur : une perpétuelle diplômée en quête d’emplois et qui accumule des boulots sans lendemain. Et comme je suis né en 1982, je veux vous parler. D’ailleurs, quelle différence d’être né avant ou après 1982 ? Le Cameroun présente la même peur du futur pour tous, même pour mes parents nés à l’ère d’Ahmadou Ahidjo.

Paul Biya, président du Cameroun

M. le président, ça fait 32 ans aujourd’hui que vous dirigez le Cameroun sans partage. Trente-deux années que je suis né et vis dans ce règne. Je vous écris parce que je veux rester au Cameroun. Je vous écris parce qu’après plus d’un quart de siècle au pouvoir, le bout du tunnel que vous avez promis semble être une chanson du « paradis est joli ». D’ailleurs, comment peut-on voir le bout du tunnel dans un pays sans routes? Mr le président, n’allez surtout pas croire que la faute de cette situation revient à quelqu’un d’autre.

Lorsqu’un navire chavire, c’est le commandant de bord qui est accusé. Lorsqu’il y a crash d’avion, la faute revient au pilote de bord (en chef). Lorsqu’il y a accident de voiture, le chauffeur est l’incriminé. Lorsqu’un pays fait peur, fait fuir sa jeunesse, grouille sur le chômage, la malnutrition, la pauvreté et fait du surplace, c’est le président qui le dirige mal. C’est lui qui est responsable de cette situation. Dans le cas du Cameroun, je vous le jure, la chanson quotidienne que j’entends à force d’écumer les rues est la suivante :

« Paul Biya veut tuer ce pays. C’est à cause de Paul Biya que ça arrive. C’est sa faute»

A dire vrai, M. le président, je ne suis pas souvent d’accord avec certains. Mais, à force de ne rien faire pour que les choses changent, à force de voir sans agir, à force de durer au pouvoir, vous avez tué votre propre peuple. Comment pouvez-vous m’expliquer votre longévité sans parler de vos ministres qui au fil des années font les mêmes erreurs ? Ils n’ont plus peur, même de voler des milliards des pauvres camerounais oubliés dans un pays qui leur appartient pourtant. Je ne veux plus revenir sur les problèmes du Cameroun dont personne n’ignore.

Comme je vous l’ai dit M. le président, je veux rester au pays. J’aime le Cameroun et je veux y rester. Je vous épargnerai les discours de mes amis, cadets, et même des tous petits enfants qui récitent inconsciemment chantent des chansons à votre gloire. Mais en substance, tous se disent : « ce pays est une m****. Je veux partir me chercher ailleurs ». Et c’est de cet ailleurs donc je ne veux pas en entendre parler. Je veux rester au pays. Je veux vivre au Cameroun. Je veux voir grandir mes enfants et petits-enfants au Cameroun. Mais j’ai peur.

Je n’ai aucune garantie. Est-ce d’ailleurs normal pour un pur sang d’un pays d’en demander une ? C’est juste la vie qui m’y pousse. Mr le président, au nom du sang de nos ancêtres, prenez un jour de votre vie sur les 32 années passées au pouvoir, habillez- vous autrement et promenez-vous à Douala, Yaoundé, Garoua, Batouri, Nkongsamba… Vous verrez pourquoi ce pays fait peur. Les rues sont pleines de jeunes au chômage. De conducteurs de moto. Des chargeurs. Des sauveteurs. Des prostituées. Les bureaux sont occupés par des vieux (comme vous). Des ministres qui ne savent pas taper du poing sur la table quand des Camerounais meurent à cause des accidents causés par des voitures sans freins. Quand des malades meurent à cause des médecins inconscients. J’en passe. Vous verrez alors pourquoi on veut partir au prix de notre vie parfois.

Après 32 ans au pouvoir, je pense qu’il est temps de penser à demain. A une sortie digne d’un Nelson Mandela, pas à la Compaoré en tout cas. Même si 32 années stériles sans rien déjà sont un véritable problème, un cauchemar qui vous poursuivra probablement jusqu’à la fin de votre vie. Monsieur le président, ayez un sursaut d’amour. Changez quand il est encore temps. Car comme les jeunes le disent, #32anssansmourir, c’est le fourneau.

 

D’ailleurs, les discours déguisés d’amour de vos pseudo admirateurs qui, habillés à votre effigie, parcourent le pays pour vanter vos qualités auxquelles eux-mêmes n’y croient pas sont un exemple. Leurs enfants ont quitté le Cameroun depuis leur plus jeune âge. Ils sont des citoyens d’ailleurs, avec des nationalités d’ailleurs. Et moi en tant que jeune, débrouillard qui aime se chercher et déteste la paresse, je veux rester au Cameroun !

 

 


Ma bog-expo II: Douala, cette ville-poubelle

La ville de Douala est-elle seulement ces belles maisons qu’on croise dans ses quartiers huppés ? Le poumon économique du Cameroun est-il uniquement ces immeubles du centre des affaires qu’est Bonanjo ? Chers lecteurs et lectrices, j’ai décidé de vous promener à travers des images qui parfois vous choqueront, dans l’autre Douala, cette ville-poubelle. Je vous l’avais dit, je ne blogue pas qu’en écrivant des billets, mais aussi en prenant des photos et vidéos. Bienvenu au cœur des quartiers bidonvilles de la porte d’entrée et de sortie d’un pays qui aspire à l’émergence à l’horizon 2035. Bienvenu dans ma bog-expo II…

Situé à quelques mètres de l’aéroport international de Douala, le quartier Newtown aéroport est surnommé par ses habitants « poubelle de Douala ». Dans ce lieu, environ 70% de la population n’a pas de toilettes. Certains font des selles dans les drains et dans des sachets qu’ils déversent dans la rue parfois. Morceaux choisis :

Des toilettes sans fosse sceptique. On fait les selles directement dans le drain. Crédit-photo @JosianeKouagheu
Des toilettes sans fosse sceptique. On fait les selles directement dans le drain. Crédit-photo @JosianeKouagheu
Des porcheries et des toilettes se jouxtent. Les excréments des habitants et des porcs vont directement dans le drain. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Des porcheries et des toilettes se jouxtent. Les excréments des habitants et des porcs vont directement dans le drain. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Vue des toilettes d'une habitation. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Vue des toilettes d’une habitation. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Autre image des toilettes au 21ème siècle dans la ville-poumon économique du Cameroun. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Autre image des toilettes au 21ème siècle dans la ville-poumon économique du Cameroun. Crédit-photo: @JosianeKouagheu

Pendant que certains enfants urinent dans des mares d’eau stagnantes aux odeurs nauséabondes, d’autres y pèchent des petits poissons…

Insouciants, ces petits enfants pêchent dans des mares d'eau stagnantes à la couleur noirâtre. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Insouciants, ces petits enfants pêchent dans des mares d’eau stagnantes à la couleur noirâtre. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Pendant que certains y urinent, d'autres y jouent. Crédit-photo: JosianeKouagheu
Pendant que certains y urinent, d’autres y jouent. Crédit-photo: JosianeKouagheu

Bilongué, un quartier où les habitants vivent au milieu d’ordures….

Âge d'à peine deux ans, un petit garçon fouille un tas d'ordures. Il enfoncera par la suite son pouce avec lequel il fouillait dans la bouche. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Âge d’à peine deux ans, un petit garçon fouille un tas d’ordures. Il enfoncera par la suite son pouce avec lequel il fouillait dans la bouche. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
On déverse des ordures devant une maison. Le propriétaire des lieux, assis à quelques mètres, ne dit mot. On l'a compris, on vit au milieu d'ordures à Bilongué. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
On déverse des ordures devant une maison. Le propriétaire des lieux, assis à quelques mètres, ne dit mot. On l’a compris, on vit au milieu d’ordures à Bilongué. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Des ordures jetées dans le drain bouchent cette principale voie de canalisation d'eau dans le quartier. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Des ordures jetées dans le drain bouchent cette principale voie de canalisation d’eau dans le quartier. Crédit-photo: @JosianeKouagheu

Pénétrante Est de Douala, sur l’axe Douala-Yaoundé. Bobongo, un quartier où les habitants fuient à l’approche de la saison des pluies…

Des eaux usées et de ruissèlement sorties des toilettes se déversent sur la route empruntée par les enfants et adultes. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Des eaux usées et de ruissèlement sorties des toilettes se déversent sur la route empruntée par les enfants et adultes. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Des habitants ont mis du sable dans des sacs pour construire une route. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Des habitants ont mis du sable dans des sacs pour construire une route. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Des eaux souillées s'écoulent des latrines d'un domicile et se déversent dans les rues. Crédit-photo: @JosianeKouagheu
Des eaux souillées s’écoulent des latrines d’un domicile et se déversent dans les rues. Crédit-photo: @JosianeKouagheu

Vous venez de parcourir ma deuxième collection. Que dis-je, ma 2ème blog-expo. C’est juste le début d’une longue série. Douala tout comme le Cameroun a tellement de lieux à faire découvrir. Il s’agira parfois des lieux touristiques, des endroits merveilleux et souvent des images poignantes comme celles-ci. Mais, dans tous les cas, ce sera une nouvelle blog-exposition. A bientôt…


Lettre d’une mère éplorée à son fils immigrant

 

www.flikr.org
www.flikr.org

 « Où es-tu mon bébé ? Je t’aime, je t’aime et je t’aimerai toujours. J’ai voulu te dire bonjour ou bonsoir, mais comment savoir si c’est le jour ou le soir et où tu es ? Je pensais que tu blaguais quand tu m’as dit que tu t’en allais, loin de cette misère. Je pensais que tu blaguais lorsque tu me disais que tu allais m’acheter une voiture quand tu seras chez les Blancs. Ça fait un an et six mois que tu es parti. Cela fait 548 jours que ton sourire s’est envolé. Trop pour moi.

lettre_pere_noelHier, j’ai suivi à la télévision que des jeunes Noirs comme toi, forts comme toi, intelligents comme toi, sont morts en Libye. Etais-tu parmi eux ? Etais-tu parmi les autres ? Où es-tu mon Fils ? Où es-tu? As-tu froid ? As-tu faim ? Où es-tu mon bébé ? Fais-tu partie de la liste de ces jeunes Africains qui tombent en mer chaque jour et finissent dans la gueule des requins et autres carnivores marins ? Mon cœur va bientôt s’arrêter.

Un matin, tu es parti. Tu es parti. Mais où ? Je prie Dieu que tu sois vivant quelque part. Mais où exactement ? Ton père et sa famille me traitent de vieille folle. Peut-être qu’ils ont raison. Depuis que tu es parti, je n’ai jamais dormi. Si je savais où tu te trouvais, je pourrais dormir. Je te le jure, je  pleurerais toutes les nuits. Je mangerais pour ne plus être ce tas d’os dont tout le monde se moque dans le quartier. Mais, ta chambre est vide. Tu as même oublié le chapelet que je t’avais offert pour te protéger des démons, lorsque tu avais 17 ans.

Tu es parti où ? Tu sais, toutes les nuits, j’entre dans ta chambre. Je m’assois sur ton lit et je rêve parfois que tu me parles. Que tu viens de rentrer de l’université et que le « foufou* » n’est pas encore prêt. Je rêve que tu es venu dans la cuisine et que tu m’as pris le pilon des mains comme toujours et tu as dit : « Maman tu n’as plus de force. Laisse-moi d’aider ». Tu as enlevé ton t-shirt et tu t’es mis à tourner, puis on a mangé ensemble, dans la marmite. Tu es ensuite allé puiser de l’eau au puits pour que je me lave et après tu es venu dans ma chambre vérifier si je dormais ou pas. J’ai fait semblant de dormir et j’ai vu des larmes perler sur tes joues, toi qui ne m’avais jamais montré une goutte de larme, même quand ton père te fouettait. Chaque soir, tu le faisais. Tu le fais ?

« Je voyais ta rage de cette pauvreté chaque soir, à ton retour »

Où es-tu ? Je rêve depuis 548 jours que tu es devant moi. Que tu me dis comme toujours : « Maman, l’université c’est de la merde ». Tu as toujours refusé de me dire ce que veut dire « merde ». Mais, je m’en fous. Il faut venir me le dire encore bébé. Tu pensais que je n’avais pas envie de te trouver un avenir meilleur.

Je me levais chaque jour avant le chant du coq. J’allais au petit marché vendre les noix de kola. Mais, les bénéfices servaient seulement à t’acheter cette nourriture et à payer l’université. Je voyais ta rage de cette pauvreté chaque soir, à ton retour. Je lisais ta peine dans tes yeux si clairs comme le monde.

Que fais-tu aujourd’hui, mon fils ? Où es-tu ? Tu me manques, tu sais. Je le sens, car il n’y a plus de désordre dans ta chambre. Je n’entends plus tes pas résonner sur le seuil de la porte. Je le vois, car mes seaux d’eau sont vides. Mon « kwem* » n’est pas pillé. Les feuilles sont toutes jaunies. Je le vois, car ta chambre est vide. Tu me manques mon bébé. On me dit que tu es allé en mer. Tu as voulu braver la mort pour m’acheter une grande maison, une belle voiture et m’emmener dans les grands hôpitaux du monde pour soigner mon mal de ventre qui n’a jamais goutté à un seul médicament des « Blancs ».

Chaque jour, mon cœur lâche un peu plus. Parfois, il ne bat plus, car tu n’es pas là. Je ne sais pas si tu as froid pour te réchauffer. Je ne sais pas si tu as chaud pour te donner de l’air. Je ne sais pas si les requins t’ont déjà mangé. Je ne sais pas si je n’ai pas aperçu ton corps à la télévision, parmi les milliers d’autres. Je rêve parfois que tu es là, devant moi. Que tu me tiens par les épaules avec tes larges mains réconfortantes. Mais, personne ne me tient plus. Je me suis regardée aujourd’hui dans le miroir. Ma peau est faite d’os. Mes cheveux ont blanchi. Je ressemble parfois à un démon. Tu es où mon fils ?

Où es-tu mon bébé ? Je t’aime, je t’aime, je t’aime et je t’aimerai toujours !

Foufou : farine issue des tubercules de manioc et qui sert à faire du couscous du manioc

Kwem : légumes qui servent à faire des sauces

 N.B : Je n’ai pas résisté à l’envie de vous faire découvrir le cœur d’une mère dont la seule raison de vivre reste la venue de ce fils unique dont nul ne sait où il se trouve et s’il est en vie. Au cours de ce travail que je fais sur la question, je me suis arrêtée un instant, histoire de vous montrer le désespoir de ces mamans, papas, frères, sœurs, grands-parents qui rêvent toujours, malgré les années qui passent (les chances diminuent), que ces fils immigrants reviendront un jour vivants. Ça fait pourtant, 5, 10, 13, 19 ans qu’ils ne donnent plus signe de vie…


« Je te le jure papa, je ne dirai à personne que tu m’as violé(e) »

« Slt Josiane. Je viens de lire ton enquête sur les enfants violés dans le journal. Beau texte… » Beau texte ? Ces mots d’un de mes fidèles lecteurs n’ont cessé de passer en boucle dans ma tête. J’ai passé des semaines à rédiger cette enquête. J’ai parcouru de longues distances pour rencontrer des sources qui parfois, annulaient des rendez-vous sans explication. Soit. Mais, je ne parviens pas à oublier cette peur exagérée, cette angoisse permanente, ces yeux vides de sens comme ceux d’un adulte à qui la vie n’a rien apporté, cette haine des hommes… que j’ai lue dans le regard de ces petits enfants violés.

Violée par son père à 2 ans, elle crie chaque nuit : « Papa, je n’ai dit à personne. »

La première victime que j’ai rencontrée était âgée de 4 ans. Elle dormait. A l’écoute de ma voix, elle a sursauté, s’est réveillée et s’est mise à pleurer. Pour une fois, mon sourire n’a pas opéré chez un petit enfant. Sa mère a fini par la calmer et elle s’est endormie, le pouce droit dans la bouche. Elle semblait si agitée. Ses mains retenaient la jupe de sa mère comme si elle s’attendait à ce qu’un mauvais ange vienne la kidnapper dans son sommeil.

Une petite fille violée. Crédit photo: google.fr
Une petite fille violée. Crédit photo: google.fr

« Elle a été violée par mon mari. Son propre père. Il s’est enfui après son acte », m’explique la mère de la petite fille, les larmes ruisselant sur son visage. Elle semble perdue dans ses pensées. « A l’hôpital, les médecins ont constaté que mon petit bébé a été violé plusieurs fois de suite », continue-t-elle, la voix enrouée.

Depuis cette période, la petite fille si joyeuse avant est devenue renfermée. Elle ne joue plus avec ses petits amis. Elle a peur de tout le monde, même de ses grands-parents. L’enfant est aujourd’hui suivi par un psychologue. La mère a été obligée de déménager à deux reprises parce que son enfant criait en pleine nuit. Le même rêve nocturne se poursuit pourtant depuis près de deux ans. La phrase de fin est toujours : « Papa, je n’ai dit à personne »…  que tu m’as violée (j’imagine cette fin chers lecteurs et lectrices). La petite fille pense dans son rêve que son papa est toujours là.

 « Papa a dit que si je le trahis, il me tue. »

Lorsque le regard d’une petite fille âgée de 6 ans, au visage émacié, a croisé le mien dans un quartier populeux de Douala, j’ai sursauté. Le regard qui me fixait semblait rempli de haine et vide à la fois. C’était le regard d’une petite fille qui avait été violée par son tuteur, un jour de décembre. Sa mère m’a confiée entre deux sanglots que sa fille n’acceptait plus de rester seule. Cette jeune fille (26 ans), m’a dit que son unique enfant était devenu « bizarre ». « Lorsque je lui ai demandé pourquoi elle ne m’avait pas dit  qu’on la violait, elle m’a alors lancé cette phrase : ‘papa a dit que si je le trahis, il me tue », me raconte la maman.

« Je te le jure papa, je ne dirai à personne que tu m’as violée »

Au fil de mon enquête, j’ai rencontré des petits garçons violés (sodomisés, c’est comme vous voulez) par leurs pères, certains par leurs oncles et voisins. J’ai rencontré des petites filles qui avaient peur de tous les visages masculins qu’elles croisaient sur leur chemin. Certaines ne voulaient plus aller à l’école.

Je me souviens d’une journée, en particulier, passée au milieu d’enfants violés qui essayaient d’évacuer leur peine en peignant et en interprétant une pièce théâtrale. Sur les tableaux, on pouvait voir des scènes de viol. Les légendes rédigées dans un français approximatif étaient aussi parlantes. Les personnages avaient toujours une phrase déguisée et cachée parfois : « Je te le jure papa, je ne dirai à personne que tu m’as violé(e) ». Vous l’avez compris ! Le violeur, influent, menace l’enfant. Et la victime a toujours peur de son bourreau.

Dénoncez le violeur, même s’il est le père ou le plus riche de la famille

S’il y a une chose que j’ai retenue au cours de cette enquête, après avoir rencontré des victimes, psychologues, psychopathologues, enquêteurs sur des questions de viol (police et gendarmerie), responsables d’association de lutte contre le viol, enseignants et avocats, c’est qu’il faut dénoncer le violeur. Il faut le dénoncer même s’il est le père, l’oncle, l’époux ou le grand-père. Il ne faut pas avoir honte du qu’en-dira-t-on et du regard de la société. Je sais que c’est pénible.

Dénoncez pour avoir la conscience tranquille. Dénoncez surtout pour que vos enfants et les autres enfants soient épargnés. Portez plainte et suivez la procédure jusqu’à la fin (que ce soit au commissariat, gendarmerie ou au tribunal) pour que d’autres violeurs prennent peur et ne violent plus de petits enfants. Dénoncez ce crime

N.B : Le mot « papa » est un mot noble. Je le concède, chers lecteurs et lectrices. Je n’aurais jamais voulu l’utiliser n’importe comment. Je m’excuse si sa « vulgarisation » dans mon billet vous a indignés. Je tiens juste à préciser que l’enfant violé appelle généralement son bourreau « papa », qu’il soit son vrai père, son beau-père, son oncle, son grand-père, l’ami à papa ou maman, le voisin, le boutiquier ou le grand-frère.


Cameroun : Parlement 9, Eto’o et la défaite des Lions

REPORTAGE | Dans ce bar situé à New-Bell à Douala, quartier d’enfance du capitaine des Lions indomptables Samuel Eto’o, la rencontre Cameroun-Mexique de vendredi a été vécue comme la première manche d’une guerre perdue, par des supporters amis de la star. Qui ne se découragent pas pour autant…

La moto vient de me déposer devant le Parlement 9. « Voilà ce célèbre bar. Tu vois, Samuel Eto’o est partout ici !», me lance le moto-taximan, sourire amusé aux lèvres. Je règle ma course et descends de l’engin, le regard tourné vers le lieu.

Sur une petite plaque accrochée à l’entrée de la buvette, l’image de Samuel Eto’o Fils saute aux yeux. Il est vêtu du maillot de l’équipe de Chelsea. Sur une autre plaque plus grande, son nom est visible partout : le Parlement 9 est entouré de part et d’autres par « avant-centre Samuel Eto’o Fils ». Le bar appartient à Joseph Billong, alias Diallo, ami d’enfance du capitaine des Lions.

« Eto’o m’a beaucoup aidé financièrement, comme d’autres jeunes du quartier ici présent », me confie Diallo, entre deux services. 

Une première mi-temps dans l’assurance

L’intérieur de la buvette est bondé. Les regards sont tournés vers les deux postes de télévision accrochés au mur. Le premier match des lions indomptables à la coupe du Monde 2014 contre le Mexique vient de débuter.

« On va gagner le Mexique. Je suis sur que notre fils Samy doit nous montrer les griffes des lions blessés», ne cesse de répéter un homme, tout en sirotant sa bouteille de bière.

« Nous allons gagner », répètent les autres. Sur l’écran, Samuel Eto’o vient de prendre le ballon. « Ooooh Samy. Vas-y, vas-y !», crie les uns et les autres. « Wèèè Eto’o », entend-on quand le ballon est en possession des Mexicains. « Pourquoi vous tremblez ? Nous allons gagner. Dos Santos c’est qui ? C’est un mouilleur », lance un trentenaire, vêtu du maillot de Samuel Eto’o. Des causeries en langue Bassa – la langue maternelle du capitaine des Lions – s’enchaînent alors. « Calmez-vous ! Il faut suivre le match !», fulmine une dame assise à l’entrée.

L'intérieur du bar est plein à craquer. Les regards sont tournés vers le poste de télévision. Crédit photo: Josiane Kouagheu
L’intérieur du bar est plein à craquer. Les regards sont tournés vers le poste de télévision. Crédit photo: Josiane Kouagheu

Les regards se tournent à nouveau vers les écrans. Le Cameroun vient de marquer. Tout le monde se lève et se met à chanter. « But oooo. But oooo. But oooo », entend-on. « L’arbitre a refusé. On était hors-jeu », lance un petit garçon à haute voix. Le calme est revenu. De nombreuses personnes ont rejoint le bar. L’entrée est pleine de monde. Les chaises sont occupées. « Pourquoi il a refusé ? Il n’avait pas le droit », s’énerve un supporter, visiblement ivre. « Calme-toi. Les Lions vont marquer en deuxième mi-temps. Ayons la foi », tempère un autre, un chapeau vert-rouge-jaune à la tête.

Samuel Eto'o est la vedette. Crédit photo: Josiane Kouagheu
Samuel Eto’o est la vedette. Crédit photo: Josiane Kouagheu

Des supporters-entraîneurs-arbitres

Dans le bar, on joue le rôle de l’entraîneur et de l’arbitre. « Mais, pourquoi ce maudit arbitre ne siffle pas. Et notre entraineur : il est où ? Mais qu’il se lève et demande à ses joueurs de jouer au ballon. Eto’o ne peut pas tout faire seul », gronde presque un supporter qui m’explique que Samuel Eto’o est son « frère et ami ». Il me confie entre deux gorgées de bière et le regard fixé sur le poste de télévision : « C’est Eto’o qui m’a aidé à avoir ce que j’ai aujourd’hui ». Il n’a pas le temps d’en dire plus car le Mexique vient de marquer un but. « Oh non. Noooooon ce n’est pas possible. Nooooon », se lamente-t-il. Pas pour longtemps en tout cas. Le but est refusé. « Ces Mexicains ne peuvent rien », dit-il tout sourire. L’ambiance est la même jusqu’à la fin de la première période.

Après la première mi-temps. On doute un peu. Les dames tremlent un peu. Crédit photo: Josiane Kouagheu
Après la première mi-temps. On doute un peu. Les dames tremblent un peu. Crédit photo: Josiane Kouagheu

Diallo et les autres, tristes, mais pas découragés

Pause : on bavarde et on fait des pronostics sur la deuxième mi-temps. Tout le monde presque est debout, boisson en main. « On va gagner », « Nous allons aller jusqu’à la finale », « Je vous ai déjà dit que je ne voyais personne qui pouvait nous dépasser », « Eto’o ou Mbia vont marquer ce sera un but contre zéro », peut-on entendre entre autres.

Quinze minutes plus tard, tout le monde se rasseoit. Les bruits ont cessé. On regarde le match. Stéphane Mbia a la balle, il dribble des défenseurs. On crie dans le bar. « C’est lui qui a gagné l’Europa cette année. Ce petit est trop fort », se réjouit un supporter, maillot et bracelet aux couleurs des Lions. Sa joie est de courte durée. Le Mexique a marqué. Un silence de mort s’installe. Le bar se vide petit à petit. Il ne reste plus que quelques courageux.

Au fur et à mesure, on demande le temps qui reste. 10 minutes… 7 minutes… 5 minutes… « On aura peut-être 5 minutes de temps additionnel. On pourra marquer», espère un autre supporter… Finalement, l’arbitre assistant annonce deux minutes de temps additionnel. Les courageux se lèvent à tour de rôle et quittent le bar. « On m’a tuée. Mon Dieu. Pourquoi Seigneur ? », lâche une supportrice, les yeux pleins de larmes. « On m’a opérée !», s’exclame une autre.

Cette supportrice n'en croit pas ses yeux. "Les lions ont perdu?". Crédit photo: Josiane Kouagheu
Cette « supportrice » n’en croit pas ses yeux. « Les Lions ont perdu ? ». Crédit photo: Josiane Kouagheu

Les amis du « pitchicti » qui ont promis de me parler ont disparu. « La défaite fait mal. Je ne peux rien te dire. Samuel était avec nous en décembre 2013 dans ce bar », m’explique l’un d’eux. Je m’apprête à partir lorsque qu’un homme, la cinquantaine bien tassée, assis sur une chaise, la tête entre les mains me lance, le ton triste : « Mon fils Samuel m’a pourtant envoyé une lettre ce matin où il me disait qu’avec ses coéquipiers, ils allaient se battre comme des fauves de la forêt ». « Ce n’est pas seulement à toi répé [ndlr : jargon pour dire père]. Tout le Cameroun l’a reçue. On a encore deux matchs. On doit se battre », répond un adolescent, l’air malheureux.

Sur les tables et à même le sol, des bouteilles de bière et de jus (la mienne aussi), à peine entamées sont visibles. Le bar s’est vidé. La défaite des lions sonne comme une défaite de guerre ici. « Il nous reste encore deux matchs. Les lions peuvent encore gagné. Eto’o est là », me souffle Diallo, larmes aux yeux.

Josiane KOUAGHEU, Mondoblogueuse à Douala

►►► Retrouvez ici toutes les réactions de nos blogueurs après ce match Mexique-Cameroun (1-0).


Patrick Mboma : « Le Cameroun a moins de chance »

Patrick Mboma lors d'un tourni Foot-Samba à Paris  (Crédit photo : Lesaaa, Wikimedia Commons)
Patrick Mboma lors d’un tourni Foot-Samba à Paris (Crédit photo : Lesaaa, Wikimedia Commons)

De passage à Douala, l’ancien buteur des Lions indomptables nous parle de sa vision de l’équipe nationale. Il donne son avis sur les chances du Cameroun au Brésil.

Lorsqu’on rencontre Patrick Mboma, buteur historique des Lions indomptables à la veille de la Coupe du monde, on a envie de savoir ce qu’il pense de Samuel Eto’o et de ses coéquipiers. On a surtout envie de lui demander les chances de notre équipe au Brésil. Et lorsqu’il vous lance : « Je vais être clair. Le Cameroun a moins de chance« , quelques secondes de silence accueillent logiquement cette phrase ,dans la salle pleine de journalistes.

Et moi, je veux qu’il m’explique pourquoi il avance ces mots. Vous savez, il faut que je sois capable de l’expliquer à ma mère, fan incontestable des Lions (même quand ils ne gagnent pas, elle est derrière eux). Et surtout à mon petit frère qui m’accueille chaque soir, depuis près de deux semaines, avec une question sur les Lions et le Mondial. Je  suis devenue une « spécialiste familiale » du football.

Le Nigéria et la Côte d’Ivoire plus solides ?

Après cette réflexion qui me passe par la tête, je me tourne à nouveau vers Patrick Mboma. « Quels sont les éléments qui vous permettent de dire que le Cameroun a moins de chance ?« , lui demande-je. Et il répond :

« Je parle par exemple des résultats récents. Je prends le Nigeria qui est le premier représentant à titre de champion d’Afrique. Quand je parle de la Côte d’Ivoire, je parle notamment des huit dernières années où ils ont été très performants sur le continent africain. Je n’ai pas de honte à penser que le Cameroun n’est pas en 2014, sur le papier, la première nation africaine. C’est ce que je pense ».

Patrick n’a vraiment pas tord hein ?  Depuis près de 12 ans, les Lions n’ont rien gagné sur le continent africain et ailleurs. Sur ce point là, l’ancien « terreur des filets » a donc raison d’être pessimiste

Conseils du vieux Lion…

Quand même ! Il faut accorder le bénéfice du doute à nos Lions. Je suis optimiste (un défaut selon mes amis). Et puis, Patrick est un vieux Lion. Il a toujours des astuces et des conseils à donner. Je lui demande donc ce qu’il faut faire pour s’améliorer, mais il semble embarrassé : « F’est toujours une question délicate car cela voudrait dire se mettre à la place d’un entraîneur alors qu’on n’est pas soit même entraîneur. Je reconnais que c’est très difficile.«

Mais avec cet amour que je lis dans son regard lorsqu’il parle d’une équipe qu’il aime (l’amour n’empêche la critique hein ?), il poursuit quand même ses conseils.

« Pour répondre avec un avis de consultant, je dirais que la transmission du jeu vers l’attaque est déficiente. On a un couloir droit qui peine à trouver ses repères. Donc il faudra insister sur la réparation de ces petites lacunes ou alors la transformation du jeu pour qu’on soit beaucoup plus performant dans notre secteur jeu. C’est à notre sélectionneur de nous séduire sur tout cela. »

La je suis un peu satisfaite. Et si Patrick nous parlait de sa préparation en tant que consultant pour la chaîne de télévision Canal + durant cette Coupe du monde ? Un large sourire lui revient. Il le prépare depuis le début de l’année, en suivant les joueurs africains et les équipes africaines. Il a observé les attitudes des équipes, des entraîneurs pour constater leurs évolutions tactiques et leur changement, tout cela pour pouvoir « un peu deviner les mouvements qui peuvent y avoir pendant la coupe du monde et donc la préparation continue chaque jour après les matches. On se documente beaucoup et on espère qu’avec toute cette préparation on sera bon« .

« Je ne dis pas pour autant que le Cameroun n’a pas de chance« 

J’insiste. J’aime les Lions vous savez, malgré leur éternel demande de primes. « Le plus important maintenant comme il n’y a pas eu grève, c’est de se consacrer sur le jeu. Il y a une équipe à mettre sur pied, un état d’esprit a conservé. Le Cameroun est là pour donner des frissons, nous faire vibrer sur le terrain et pas en dehors« , lâche Patrick dans un ton d’aîné.

Le Cameroun n’a-t-il vraiment pas de chance ? Excusez-moi si j’insiste. Je suis Camerounaise. Et j’ai grandi en écoutant mes parents, frères et sœurs, chanter et danser après une victoire des lions. « Je ne dis pas pour autant que le Cameroun n’a pas de chance. Si le Cameroun réussit à faire ce que l’on espère, c’est-à-dire comme en 1990, alors je serai le plus heureux des consultants« , dit Patrick Mboma. Vous voyez, les lions, êtres imprévisibles et forts de la forêt, peuvent toujours surprendre.

Je rêve d’un deuxième parcours aussi beau que celui de 1990 !

Josiane KOUAGHEU, Mondoblogueuse vivant à Douala


De Douala à Abidjan, la mort nous guette aux Urgences

« Je veux devenir médecin pour sauver des vies humaines ». Lorsque j’étais petite, mes ami(e)s, qui rêvaient pour la plupart de porter la blouse blanche, se justifiaient ainsi. A l’époque, ils se prenaient pour des petits « Jésus », des futurs héros et héroïnes de notre société. Tous voulaient devenir le bon médecin, celui qui sauve le malade, même le plus pauvre. « Je ne veux pas être comme ces médecins qui laissent mourir les malades parce qu’ils n’ont pas d’argent », me juraient-t-ils, la main sur le cœur. Certains sont aujourd’hui des étudiants en médecine. Seront-ils ces meilleurs médecins tant rêvés ? Je ne suis plus très sûre de la réponse.

Je ne veux pas être pessimiste, mais, en parcourant les urgences des hôpitaux de Douala, ma ville, des histoires me donnent des frissons.

« Mon petit frère de neuf mois s’était évanoui. Il respirait à peine. Maman et moi l’avions conduit à l’hôpital en pleine nuit. Je pensais qu’il allait mourir. Aux urgences de l’hôpital, on nous a demandé de payer 11 000 F. Nous avions seulement 8 000 F. Les médecins ont refusé de prendre l’argent. L’infirmière nous a dit : ‘‘si vous voulez, restez là et votre fils va mourir’’. Elle ne s’occupait même pas de nous ».

Urgences d'un hôpital à Abidjan. Crédit photo: ObservateursFrance24
Urgences d’un hôpital à Abidjan. Crédit photo: ObservateursFrance24

J’ai rencontré Anita dans un hôpital public à Douala. La jeune fille âgée de 21 ans m’a confiée son combat pour sauver son petit frère. Cette nuit-là, elle est sortie de l’enceinte de l’hôpital, les pieds nus, malgré l’heure tardive, pour aller chercher les « 3000 F » qui manquaient. L’argent est revenu à temps pour sauver son petit frère.

« Sans argent, sans soins »

Plus loin, c’est Christelle qui m’a parlé de sa grande sœur qui se tordait de douleurs aux urgences. On avait diagnostiqué une appendicite. Il fallait l’opérer. Mais, la famille n’avait que 150 000 F au lieu des 200 000 F demandés. « Ce matin-là, il n’y avait pas d’argent. On cotisait. On appelait la famille. On a pu réunir 150 000 F que le service des urgences n’a pas pris. Ils voulaient la somme complète. Ma sœur est entrée au bloc opératoire en pleine nuit. J’ai retenu ceci : ‘‘sans argent, pas de soins’’ », a conclu la jeune étudiante en histoire.

J’ai rencontré des personnes qui ont vu mourir leur papa, maman, frères, sœurs, tantes, oncles, proches aux urgences, faute d’argent. J’ai vu de mes propres yeux (ce sont des cas personnels), des malades mourir parce qu’après un accident, on les a conduits à l’hôpital. On n’a pas pris soin d’eux parce qu’il n’y avait pas d’argent. Ils s’étaient alors vidés de leur sang et avaient rendu l’âme sur place. La famille était arrivée trop tard, avec l’argent nécessaire. J’ai vu une femme enceinte, mourir aux urgences parce que son mari, en mission de travail, est arrivé trop tard avec l’argent nécessaire pour l’opération. « Vous auriez dû la soigner. Je n’aurais pas fui avec votre argent », avait-il lancé, la voix pleine de colère, le visage ruisselant de larmes.

J’ai vu, entendu, vécu, des cas…

Je pensais comme toujours, qu’ailleurs était mieux que chez nous. Hélas ! Lors de mon récent séjour en Côte d’Ivoire, j’ai compris que la mort nous guettait aux urgences, même au pays des éléphants.

Avant d’y aller, j’avais déjà entendu parler de l’affaire Awa Fatiga, ce mannequin ivoirien décédé aux urgences du Chu de Cocody par manque de soins. Certains disaient qu’elle était morte parce qu’elle n’avait pas assez d’argent pour payer ces soins. Lors de l’enregistrement « en plein air » de l’émission Priorité santé de Radio France internationale (Rfi), auquel j’ai assisté en tant que spectatrice, la ministre de la Santé et de la lutte contre le Sida ivoirienne était présente. Elle avait expliqué sa version des faits. Et d’après les témoignages des uns et des autres, j’ai compris que la situation ivoirienne n’était pas si différente de celle du Cameroun.

Des racketteurs aux urgences qui marchandent des services diverses. Au Cameroun, même le brancard, denrée rare, est payant. Des médecins qui ne font pas leur travail. Et encore, ces patients qui décèdent par manque d’argent et leurs proches qui en sortent traumatisés. La ministre a même dit ce jour qu’elle faisait des visites surprises pour surprendre ceux qui ne font pas leur travail. Près de moi, un homme ne cessait de lever la main pour réclamer la parole. Des blogueurs béninois, assis tout près,  lui disaient qu’il était arrivé trop tard car il fallait s’enregistrer pour poser des questions au ministre et autres.

« Mais pourquoi suis-je arrivé en retard ? Je devais raconter comment mon père est décédé dans un hôpital à Abidjan parce que je n’avais pas d’argent à l’instant pour payer ses soins. Je devais appeler mes frères pour qu’on cotise. L’argent est arrivé trop tard. J’ai tellement de cas à raconter. Plusieurs de mes amis ont vécu des situations pareilles. J’avais tellement à dire », se lamentait-il.

« Tu sais, le pouvoir c’est de l’argent. Avant, des médecins travaillaient pour le bonheur des malades. Mais aujourd’hui, l’argent vient avant tout. C’est le 1er patient. On dit que l’hôpital n’est plus la charité. Même à l’église, on ne joue plus au mendiant », a conclu un ami ivoirien.

NB : malgré ces cas des médecins véreux, intéressés uniquement par l’argent, je pense qu’il y a encore de bons médecins dans nos hôpitaux. Je pense à ceux qui pensent toujours que l’être humain « vivant » et en bonne santé n’a pas de prix. Merci à ceux qui se reconnaissent !


S’il te plaît maman, laisse mes seins tranquilles !

Mon billet était prêt depuis quelques jours. Je ne savais pas ce qui m’empêchait de le publier. J’avais de petites modifications à y faire. Soit ! Mais, de petites choses qui ne pouvaient me prendre plus de 10 minutes. Depuis ce matin, je sais ce qui me retenait de publier ce fameux billet. Il me fallait recevoir ce coup de fil. Comme d’habitude, l’une de mes amies, future ingénieure de son état, a voulu savoir comment j’allais. Et surtout, pourquoi ce silence sur mon blog depuis des semaines.

Une femme repasse les seins de sa fille. Crédit photo: Cameroononline
Une femme repasse les seins de sa fille. Crédit photo: Cameroononline

Je vais publier un billet sur mon blog aujourd’hui » (j’étais soudain pleine d’assurance)

– « Sur quoi ? »

« Je vais parler du repassage des seins ! »

Silence au bout de la ligne…Une chose qui ne nous arrivait pas souvent. On avait toujours des choses à se raconter. Moi, sur le Cameroun qui ne changeait pas et elle, sur cet autre pays où les étrangers étaient toujours étrangers, où elle ne se sentait pas chez elle. Le silence continuait et je ne savais vraiment quoi lui dire pour rompre ce moment semblable au bruit du cimetière … Un silence étranger à nos conversations habituelles.

– « Josie, c’est terrible ! Sais-tu ce qu’on ressent à la fin ? Sais-tu ce dont on se rend compte en grandissant, quand tes amies te disent que leurs seins n’ont jamais été repassés ? On a l’impression d’avoir subi un viol d’une autre façon. On se sent dépouillé, sali ! »

– « Mon Dieu ! Tu l’as aussi subi ? Oh seigneur ! »

(Trop d’images m’ont traversé l’esprit. Elle ne m’avait jamais confié ce secret. On était pourtant proche. Je me suis ressaisie : il y a des secrets qui ne sont pas ‘confiables’ )

– « Je ne suis pas la seule. Toi en écrivant ton papier tu y as pensé. Tu sais, je l’ai subi pendant plus de trois ans. Dès l’apparition de mes petits seins. C’est terrible non ? Maman est pourtant allée à l’école. Mais, ça ne l’a pas empêchée de me « masser » les seins. Comme de nombreux autres… Je n’ai même pas le courage de faire les tests du cancer des seins. Depuis que je suis ici, j’ai pourtant la possibilité de le faire. Mais, j’ai peur ! Et si j’ai cette terrible maladie Josie ? »

Nous avons parlé. Durant des minutes. J’ai essayé de lui parler. Nous avons longuement discuté. Reparlé. Nous nous sommes séparés avec cette peur au ventre. J’avais peur pour elle et pour les autres. Et si jamais si… ? J’ai alors repassé en séquences ces quelques informations que j’ai recueillies. Les mots de ces personnes que j’ai pu rencontrer.

Je n’ai jamais voulu parler de ce sujet trop sensible. Il me touche. Dans tous les sens, j’ai trop de victimes autour de moi. J’ai voulu me taire. Mais, que faire quand autour de toi, la télé, Internet, les magazines et autres qui vantent la beauté féminine, n’ont aucune influence chez certaines personnes qui continuent de se dire : « Les seins de ma fille ne doivent pas pousser très vite ! Il faut tout faire pour les masser ».

Un 21 mars 2014, je rentre d’un reportage avec une amie journaliste. Nous sommes dans un taxi. Et je lui demande si elle connaît des filles, femmes, dont les seins ont été massés ? Je lui explique alors que j’ai envie d’y consacrer un billet et peut-être un plus. Le silence s’installe entre nous. Je veux savoir pourquoi elle semble soudain perdue dans ses pensées. Pourquoi elle ne me répond pas.

« Est-ce que c’est une mauvaise chose Josie ? J’ai passé mon enfance en voyant les mamans masser les seins de leurs petites filles », me lâche-t-elle. Et elle insiste : « Est-ce mauvais Josie ? »  Elle attendait un « non » et j’ai plutôt dit oui. Elle a alors repris :

« Tu sais, j’ai grandi en pensant que c’était une bonne chose. Que c’était normal. J’ai grandi en croyant que ce n’était pas mauvais. J’ai grandi en voyant maman masser nos seins. Ceux de mes grandes sœurs. Oui Josiane. Maman l’a fait. Elle me disait que mes seins poussaient trop vite. A 10 ans, j’avais déjà des petits seins qui se formaient. Elle disait que ce n’était pas bon signe, que les hommes allaient trop me regarder. Elle a donc massé mes seins pour les diminuer. »

Le repassage est donc ça chers lecteurs ! Diminuer les seins de sa fille. Il faut surtout qu’aucun regard masculin ne puisse voir ces petits bourgeons se former. La petite fille aura ses seins, c’est sûr. Mais, lorsqu’elle sera plus grande. Quand ? « Lorsque diminuer deviendra impossible », m’a lâché une adepte du massage. « Et là, ma fille sera déjà grande. Elle pourra savoir les bons et mauvais hommes », a-t-elle poursuivi. Autour de moi, il y a tellement de victimes, tellement de femmes qui le pratiquent.

Paroles de pratiquantes

Moi, je ne comprendrai probablement jamais cet acte. Je ne le conseillerai jamais et je le combattrai avec ma dernière énergie. Malheureusement, toutes celles que j’ai rencontrées ont des raisons. Elles se disent qu’elles font une chose normale. Et mes petites leçons de morale se noient dans leurs raisons !

« J’ai cinq filles. Leurs seins ont été repassés. Mes filles n’ont rien eu de mauvais. Deux ont aujourd’hui des enfants. Moi-même, ma maman a repassé mes seins. Mes trois sœurs aussi. C’est normal. Repasser les seins de sa fille, ce n’est pas la mort. Les seins des enfants poussent trop vite. Les hommes sont pervers. Et c’est cette partie qui les attire le plus souvent sur les petites filles. »

Et à une autre de renchérir : « Je vois des femmes dire à la télé qu’il faut punir des femmes comme nous. Des femmes qui massent les seins de leur enfant. Je veux demander à ces femmes si elles sont contentes de voir leurs petites filles de 9 et 10 ans avec de gros seins ? Ces enfants sont exposés au viol. »

« C’est normal. Depuis des siècles, nos parents, grands-parents le font. On n’a jamais entendu parler de cancer de seins. Pourquoi maintenant ? Ma première fille a aujourd’hui 32 ans. Elle a deux filles et si elles ont des seins très tôt, je pense qu’on va les masser. »

Leurs instruments

Une pierre, des épluchures de bananes plantain et les feuilles d’un arbre « ngwollne » (je le prononce en ma langue maternelle) passées sur un feu à bois. Et les serre-seins aussi !

Dès que tout est bien chaud, on les passe sur des seins nus. On masse encore et encore. La petite fille, qui généralement croit que tout est normal, crie de douleur. Elle a mal. Mais, sa maman lui répète que tout va bien et que c’est pour son bien.

Certaines femmes après les massages mettent des serre-seins sur la poitrine de leur fille. Ce tissu, plein d’élastiques, sert à compresser les seins de la jeune fille, à les aplatir.

J’ai assisté à cet acte… Je m’en veux un peu de n’avoir rien pu faire. Mais, qu’aurai-je pu faire vraiment ? J’espère que mon billet pourra faire changer de mentalités, même si au fond de moi, je sais que le chemin est long !

Je veux juste dire à nos mamans, à nos tantines, à nos grand-mamans, laissez les seins de vos filles, nièces, petites filles, tranquilles. Nous vous appelons toutes mamans :

S’il te plaît maman, laisse mes seins tranquilles !


«Je reviens de Bangui», morceaux choisis de vies brisées

Il exhibait le pied droit de papa. Il le tenait entre les bras. Il l’exhibait comme une coupe du monde. Comme un trophée de guerre. Le sang suintait de ce pied qu’il avait arraché à l’aide d’une machette. Tous ses vêtements avaient cette couleur rouge qui caractérisait la mort. Son sourire contrastait avec papa allongé à ses pieds. Le regard vide. Papa était en morceaux.  Papa avait crié. Je n’avais jamais vu papa crier. A un moment, il n’avait plus eu la force de crier, tant la douleur était grande. Je le voyais. J’étais couché en bas du lit, la bouche ballonnée par les mains de maman qui m’empêchaient de crier. Il avait pleuré. Je n’avais jamais vu papa pleurer. Des larmes rouges avaient coulé sur ses joues. Mais, ils avaient continué à découper papa avec la machette. Ils avaient continué à le découper, comme une cuise de poulet à table. Je reviens de Bangui.

Des Centrafricains fuient la guerre. Crédit photo: www.jeuneafrique.com
Des Centrafricains fuient la guerre. Crédit photo: www.jeuneafrique.com

Silence ! Un oiseau vole au lointain. Les bruits d’une moto rompent l’atmosphère.

Une autre voix reprend, hachée :

Je rentrais de l’enterrement de papa. On l’avait tué quelques heures plus tôt. On l’avait découpé dans la mosquée. On m’avait appelé en catastrophe. J’ai quitté ma maison. On a essayé de m’arrêter sans succès. Je voulais voir papa. Je voulais m’assurer qu’il était réellement mort. Non, je n’y croyais pas. Je suis allé. Et je ne l’ai reconnu que grâce à son bracelet qui ne l’avait jamais quitté pendant mes 41 années de vie. Il était parti. Son visage n’existait pas. On a dû recoller sa tête à son corps. Après son enterrement, j’ai voulu partir. J’ai repris le chemin de ma maison, l’âme perdue. En cours de route, je voyais des corps partout. Têtes, pieds, bras… ça et là sur mon chemin. Et soudain, je les ai vus. Ils pourchassaient des gens, armés de machettes, d’armes, des grenades. Ils les lançaient. J’ai été blessé et je me suis évanoui. Ils ont cru que j’étais mort.

Arrêt. Sous un soleil de plomb, ses sanglots me fendent le cœur.

Autre voix :

 Je ne sais pas ce que sont devenus papa et mes deux frères ainés. Ils ont tué Ali. C’est mon petit frère. Il avait seulement 13 ans. Lorsqu’ils sont venus dans notre maison, maman nous a cachés. Ils ont arrêté papa et mes deux grand-frères. Ils les ont conduits hors de la maison. J’entendais seulement leurs cris. J’entendais seulement leurs pleurs. Nous avons aussi vu du sang à l’entrée de notre porte. Beaucoup de sang. Je sais qu’ils sont morts. Mais, Ali ne voulait pas partir. Ils l’ont traîné sans succès. Ils ont été obligés de le tuer. Ils lui ont tranché le cou. Il est mort sur-le-champ. Avant de rendre l’âme, il a crié mon nom. Je l’aimais trop. Quand maman l’a mis au monde, j’avais cinq ans. On jouait ensemble. Quand quelqu’un me menaçait, il venait me défendre, malgré son jeune âge. Il disait toujours, comme je n’étais jamais allé à l’école, qu’il allait m’offrir une grande maison plus tard. Il est mort.

On ne parle plus. Des larmes ruissèlent sur son visage émacié.

Un témoignage :

On a pillé ma maison. Ils ont par la suite mis le feu dessus. Je suis allée me réfugier à l’église. J’ai dû fuir en pleine nuit. Je suis une veuve. Mon mari est décédé depuis 11 ans. J’ai huit enfants. Nous avons marché en pleine nuit jusqu’à la frontière. Je ne dors plus depuis des jours. Je me réveille toujours en pleine nuit. Je revois ces corps sur la route. Ces mares de sang. Je me demande ce que je je deviendrai demain. Et mes enfants ? Je suis sortie avec un pagne. Mes enfants n’avaient même pas de chaussures. Toute ma vie était dans notre maison.

Une voix enrouée par le chagrin. Un corps marqué par des coups reçus. A la machette et au couteau. Son regard me fait lâcher un instant mon téléphone portable. Je l’écoute. Cette maman a l’air fatiguée. Elle semble perdue :

Ma fille était enceinte. On l’a tuée avec son mari. Pourquoi l’ont-ils fait ça. Pourquoi ? Pourquoi ? Elle n’avait rien fait à personne. Elle était gentille, tu sais. Elle voulait toujours aider les autres. Elle était enceinte pour la première fois. Elle devait donner naissance à mon premier petit-fils. J’ai secoué son corps, tu sais ma fille. J’ai cru qu’elle pouvait se réveiller. Son cou était ouvert. Elle était morte. Son mari partait pour venger sa femme. Ils l’ont tué. Un coup de feu. Et il est aussi mort. Je ne sais pas comment j’ai fait pour arriver ici au Cameroun. Je veux aussi mourir. Mon fils avait fui depuis. Il m’a accueillie ici. Mais je veux mourir. Mourir.

Une larme coule sur ma joue. Je l’essuie discrètement et l’accueille. De sa petite voix entrecoupée de sanglots, elle regarde un point imaginaire au lointain :

Elle a retrouvé des morceaux du corps de papa dans la chambre. Ceux de ses trois frères aînés dans la cour de leur maison. Maman était morte depuis des années. Elle est seule au monde. Je ne l’ai aperçu. Elle partait pour une autre ville. A la recherche d’une vie meilleure. Elle est seule au monde.

J’ai aussi rencontré un autre, il avait fait de l’auto-stop de Bangui jusqu’à Douala. Il voulait tout faire pour quitter le Cameroun. Aller loin. Très loin même. Là-bas, quelque part au Maroc. Il a perdu des proches. Plusieurs…

Les histoires sont longues et nombreuses. C’est juste un échantillon. Des morceaux choisis de vies brisées que j’ai voulu vous faire lire…

Je ne sais comment vous exprimer ma reconnaissance

Je remercie des réfugiés centrafricains (mes frères et sœurs) qui malgré leur peine, ont accepté de partager avec moi ce qu’ils gardaient tout au fond d’eux, ces images d’horreur. Je loue leur courage. On s’est parfois rencontrés dans les locaux du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR à Douala, au consulat de RCA à Douala. Certains parmi vous, la voix hachée, le regard larmoyant, le visage émacié, acceptaient toujours de me raconter ces récits de vie. On s’est parfois rencontrés sous un soleil de plomb, dans ces rues bruyantes de Douala. Je me rappelle d’Awa, Mahmouda, Moussa, Jérôme, Idrissa, Mahmad, Sanko, Miriam… Vous êtes venus à moi, le cœur ouvert. Merci à tous. Je n’ai pas de mots !

Je remercie des Camerounais venus de RCA, mais que dis-je, des Centrafricains. Vous vous considérez comme tels. Après 10, 20, 50, 63 ans passés là-bas. Vous me l’avez dit. Je me rappelle plus particulièrement d’une nuit où je vous ai rencontrés au parking de l’aéroport international de Douala. Vous me racontiez alors ces horreurs qui m’ont fait lâcher prise, honteusement devant ce petit garçon de dix ans, qui revenait de ce pays « orphelin ». Son papa et sa maman avaient été tués, découpés, à la machette devant lui. Je me rappelle encore de tous les autres récits. Tout est encore vif dans mon esprit. Merci !

Merci à un homme (je préfère taire son nom) de l’ambassade du Cameroun en RCA. Je lui dis merci. Il a sacrifié son temps pour me faire comprendre le degré de cette crise qui a mon avis est une honte pour nous (sans distinction de race et de provenance). Elle n’a que trop duré. C’est lui qui m’a poussée, sans le savoir, indirectement, à écrire ce billet sous cet angle. Merci !

« L’homme fort est celui qui sait pardonner ».Baba Mahamet m’a lancé ces mots à la fin de notre longue conversation de cet après-midi au téléphone. On a pillé sa maison d’enfance et détruit tous ses souvenirs. Tout ce qu’on ne retrouve sur aucun marché de la planète. Tout ce qu’on n’achète pas, même avec tout l’or du monde. Malgré tout, il rêve, comme la majorité des réfugiés que j’ai rencontrés. Ils rêvent tous, sans exception, d’une « République centrafricaine unie et solidaire ». Et moi aussi !

N.B : Chers lecteurs, j’ai peut-être été violente dans mes descriptions, trop crue dans mes mots et trop brute dans mon récit. Je m’excuse auprès des âmes sensibles. Mais, je veux vous rassurer. Je n’ai rien inventé. Ce sont des récits de vie. Des confidences qui m’ont arraché des larmes et parfois même l’insomnie. J’ai juste pris des extraits de témoignages pour vous montrer et vous dire qu’il est temps d’essayer à son niveau, de trouver des solutions à cette crise.


Mr le président, en jouant avec la jeunesse, vous fabriquez des apprentis sorciers

Bonsoir Mr le président!

Comme j’aurais bien voulu vous souhaiter bon anniversaire, le cœur léger. Un peu comme une fille le souhaite tout en sourire à son papa. Vous avez 81 ans aujourd’hui. L’âge de tous les rêves. L’âge de la raison. L’âge de la joie absolue. Qui ne serait pas content d’atteindre cet âge ? Quel enfant ne crierait pas sur tous les toits du monde entier que son papa, grand-papa, arrière grand-papa a 81 ans ? Plus d’un demi-siècle. C’est une joie immense. Mais êtes-vous heureux ? Je ne saurais répondre à votre place. Ce n’est pas l’objet de ma lettre. Dans un pays honnête, bien dirigé, dans un pays sans corruption, je vous aurais envoyé une carte pour vous souhaiter bon anniversaire. Je sais qu’elle se serait perdue dans de nombreuses autres. Mais au moins, je l’aurais fait avec joie. Si seulement… Si… Trêve de parenthèses.

Paul Biya. Crédit photo: https://www.africa24monde.com
Paul Biya. Crédit photo: https://www.africa24monde.com

Mais, Mr le président, nous sommes au Cameroun. Le pays de tous les déboires. Le pays des déceptions. Le pays des mensonges. J’ai décidé de vous écrire. Je ne suis pas à la solde de votre parti politique, encore moins à la solde de l’opposition. Qui suis-je ? Ça n’a pas d’importance. D’où viens-je ? Non plus. Mais, ce que j’ai à vous dire est par contre important. Pour moi bien sûr. Je ne saurais parler à la place des autres. Cela fait plus de 72 heures d’horloge que j’ai suivi votre traditionnel message à la jeunesse. C’était le 10 février 2014. Comme chaque année, j’ai collé mon oreille à mon poste récepteur pour ne pas perdre vos paroles. L’année dernière à la même heure, je vous écoutais. Après vous avoir écouté, j’avais juré de ne plus jamais écouter. J’étais pourtant encore là en 2014. Pourquoi ? Imaginez Mr le président!

A la fin de votre discours, j’ai lancé : mais de qui vous moquez-vous ?

Comment ? Relisez vos discours, Mr le président. Que des irrégularités. Ce que vous dites me fait sourire. Pas en vrai. Mais en faux. Le 31 décembre 2013, dans votre discours de fin d’année, rien n’allait au pays…. Comment ces choses se sont-elles transformées en moins d’un mois pour devenir si roses ? C’est vraiment de la magie noire. Au pays des apprentis sorciers bien sûr.

Mr le président, dans l’un de vos discours, toujours à la jeunesse, à moi parmi tant d’autres, vous parliez de la gratuité de l’école. Est-ce le cas ? Je crie non. Les parents paient l’étude primaire, rien que ça, à double prix. Si elle avait été gratuite, il y aurait moins de délinquants dans cette République. Rien n’est gratuit Mr le président : il faut payer les frais d’Ape. Les frais d’informatique. Et apporter même un banc. Voilà pourquoi dans les rues du pays, les enfants, à peine sortis de l’enfance, sont des enfants-chargeurs. Enfants-porteurs… Et deviennent plus tard ces bandits de grand chemin. Pour dire juste, ces apprentis sorciers. Pourtant, l’éducation, ça fait plus de 14 ans que vous nous l’avez promise . Si je ne bénéficie pas de l’éducation de base, le minimum, que deviendrai-je demain ? Un apprenti sorcier, bien évidemment.

L’année dernière, vous parliez aux motos taximen. Vous leur parliez de formation. Pour faire quoi, Mr le président? Ce métier ? Ce sont des bacheliers, des licenciés, des diplômés niveau Master I, II. Ils sont à bord de ces motos. Ils sont sous le soleil. Ils subissent l’escroquerie de vos agents. Ils ne maîtrisent pas la route. Pas plus tard que la semaine dernière, près de 10 d’entre eux ont perdu la vie rien que dans la ville de Douala. Faites le total pour une année. La formation n’a jamais eu lieu. Et curieusement (j’ai sursauté à votre écoute), dans votre discours, j’ai entendu parler de leur formation effective. Par quel miracle Mr le président? Vous êtes le président.  Dans les rues, ces motos taximen étaient en colère après votre discours. Vous leur avez menti. Que deviendront-ils plus tard ? Des apprentis sorciers bien sûr.

Cette année, vous avez parlé de la création d’emplois. Je ne suis pas la seule à le dire. Mais, la réalité est loin de ce que vous nous avez raconté. Les jeunes souffrent. La formation n’y est pas. La corruption est devenue notre plaie. Elle sévit à tous les niveaux. Ce matin encore, mon voisin, qui est considéré au quartier comme le plus intello de tous m’a souri au passage. « Mais, de qui Paul Biya se moque-t-il ? », m’a-t-il lancé. Il jouait au ludo avec ses amis. Il n’est pas un oisif. Ce qu’il voit, il fait. Mais, le « job » ne s’obtient pas tous les jours. Le Cameroun, c’est comme les cailloux, me lancent-ils. En passant près d’eux, j’ai entendu leur langage : soutenu. Ils sont instruits. Ce sont les mêmes chercheurs d’emploi que je croise depuis des années. Que deviendront-ils plus tard ? Des apprentis sorciers bien sûr.

L’eau manque. La plus belle boisson au monde. Elle manque jusque dans les ménages, même pour les bébés venus au monde la veille. Que deviendront-ils demain. Eux qui sont abandonnés aux aurores par des mamans en quête du précieux liquide. Ils grandiront comme ça.  En voyant la réalité. L’électricité ? Les futurs diplômés ne savent plus quoi faire. Certains échoueront à leur examen. Et demain, faute de moyens, deviendront des apprentis sorciers.

Il est tard. Au loin j’entends une musique indomptée qui brise la nuit. Des jeunes, assis dans un bar, essaient de noyer leurs déboires dans un dernier verre. Je ne juge pas. Au Cameroun d’aujourd’hui, chacun tire son épingle du jeu. Mr le président, 81 ans, c’est aussi l’âge de la réflexion. Nous voyons bien que les « choses bougent au Cameroun » ! En 31 années de règne?

Bonne réception!


Cameroun: l’année 2014 sera-t-elle blanche ou noire?

2014! A chaque nouvelle année, les espoirs se déversent comme des vagues d’un océan dans les esprits. Chacun souhaite jouer sa partition dans les jours à venir. On espère alors que tout sera rose, mieux, blanc comme neige. On prie pour avoir l’ange dans sa vie. Mais, lorsqu’on est dans un pays comme le Cameroun, au lieu de rêver ainsi, on prend tout avec des pincettes. On franchit le pas de la nouvelle année comme si on allait en guerre. Rentrerai-je vivant ou pas? Ce sera blanc ou noir là-bas, au champ de bataille.

Au premier feu d’artifice du 1er janvier 2014 à 00h00 minute, ces pensées m’ont traversé l’esprit, j’ai eu cette attitude de guerrier, de manière inconsciente, comme tout camerounais. Je me suis posé à moi cette question: l’année 2014 sera-t-elle blanche ou noire? Ironique non? Je sais que ça traduit l’angoisse, la peur du futur et même à un certain niveau le pessimisme. Mais, quel camerounais n’est pas pessimiste à la fin?

2014! Les pendules réglées au Cameroun?
2014! Les pendules réglées au Cameroun?

Chez nous, on a pas de plan pour demain vous savez, mais pour 2035. C’est loin hein? Quand on a un président qui bat des records de longévité au pouvoir (31 ans), il y a de quoi s’inquiéter. Et 2013 me conforte dans mes pensées. Qu’est ce qui a marché durant cette année écoulée? Qu’est ce qui a changé? Difficile de répondre quand on voit qu’en 2013, rien n’a changé:

En 2013, le Cameroun dans la corruption

Le Cameroun est toujours corrompu. Il y a pourtant une lutte contre la corruption engagée par le président de la République. Toute une république est même emprisonnée (premier ministre, secrétaires d’État, ministres…): des milliards de F.Cfa sont détournés. Ça donne de sueurs froides aux jeunes chômeurs, sur-diplômés. Pas de quoi se réjouir de cette année 2014 qui s’annonce. En regardant l’année qui vient de s’écouler à travers ses faits, j’ai vraiment l’impression que rien n’a changé. Il y a eu des élections sénatoriales qui sont même entrées dans l’histoire. Mais, à quoi sert le Sénat dans un pays qui ne parvient pas à payer ses enseignants, ces donneurs de savoir, ces garants de l’avenir.  A quoi sert même à la fin cette soixantaine de ministres qui constitue le gouvernement du Cameroun? A interdire aux jeunes filles de ne plus montrer leurs ventres, seins et fesses dehors? (c’était malheureusement le message fort de quatre ministres, oisifs dépassés par leurs charges). Il y a mieux à faire pourtant!

En 2013, les enfants du  Cameroun étaient affamés!

Le bilan est alarmant: plus de 32,5% des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition chronique au Cameroun. Soit 3 enfants sur 10. Et en 2013, le problème n’a pas été résolu. Il aurait fallu pour cela booster l’agriculture. Mais rien n’a été fait. Les cultivateurs sont abandonnés. La banque agricole annoncée en grandes pompes, n’est pas toujours créée.

2013 et les éternels problèmes d’avant

Avant 2013, le Cameroun souffrait. En 2013, Paul Biya a dit que des choses allaient changer et des camerounais l’ont cru. La faute à ce rêve où nous nous plongeons pour fuir la cruelle vérité. Hélas ! L’eau potable est une denrée rare. Aussi rare dans certains quartiers du Cameroun que le diamant. L’électricité ? C’est l’autre grande promesse jamais tenue. 1990…2010…2013…Rien n’y fait, l’obscurité ne nous fait plus peur. Avons-nous le choix ?

2013, toujours des promesses…jusqu’à l’horizon…

2035. Le pouvoir en place s’accroche à cette année lointaine comme un capitaine en plein naufrage s’accroche à son gilet de sauvetage. L’économie décline, tout sera en ordre en 2035. La pauvreté avance, tous les camerounais seront riches en 2035. La corruption s’implante, l’honnêteté reviendra en 2035. Malheureusement, l’enfant ne marche pas sans apprendre à ramper. Pareil pour le Cameroun où son dirigeant pense qu’il suffit de tout programmer en 2035 pour se construire une conscience tranquille. 2035, c’est long et surtout c’est assez lointain pour berner les crédules. « 2014, C’est trop proche…Il faut penser à 2035. Pensez à vos enfants. Construisons leur avenir ». C’est leur pensée.  Avec ça, ils sont sûrs de tromper les optimistes et d’amadouer les pessimistes. 

Faire le bilan sombre de l’année 2013 est impossible tant l’année écoulée a été souillée de corruption, de pauvreté et de cet espèce de statut quo bizarre qui n’avance pas, mais recule de manière silencieuse

Je prie pour que l’année 2014 soit blanche au Cameroun. Mais sans vous mentir, avec le récent discours du 31 décembre de Paul Biya, je ne rêve pas trop. Bonne et heureuse année 2014 chers lecteurs. J’espère que cette année vous apportera ce qu’il y a de meilleur dans votre vie.


Stop, arrêtez tout, Paul Biya arrive !

A l’heure actuelle, j’ai l’impression d’être une inconnue dans mon pays. J’ai l’impression d’être « l’autre », celle qui vient d’ailleurs, d’une autre ville que Douala, d’un autre pays que le Cameroun. Vous savez, ce n’est pas difficile de connaître la cause. Il s’agit même d’un jeu d’enfant. Paul Biya vient à Douala. Quoi ? Je répète : Paul Biya, notre président de la République, vient à Douala !

Arrivée de Paul Biya: "Cameroun24.net"
Arrivée de Paul Biya: « Cameroun24.net »

-Et alors, me répondra sûrement un  étranger, quelqu’un qui n’a que faire de cette visite. C’est normal qu’un président visite ses villes non ?

Si je vous disais qu’on compte ses visites, en 31 ans au pouvoir, dans la ville où je suis née?Quand Paul Biya vient à Douala, c’est tout le problème. C’est plus qu’un problème, c’est un scandale. Pourquoi ?

Hier, 19 heures 30 :

Je suis dans un cargo. Tout le monde bavarde. Paul Biya est mauvais. Samuel Eto’o doit marquer le 17. Mon voisin qui raconte ses petits déboires. Les petits malfrats du quartier qui volent ses porcs. Sans sa vigilance, ils lui auraient bien dérobé toute sa seule richesse. Tout ça, c’est la faute de Paul Biya qui refuse de changer son régime. Ennuyée et épuisée, je pose ma t Biya qui refuse de changer son régime.es raisons!s bavardages ête sur le dossier plein de fer de mon siège. L’embouteillage aidant, j’ai même somnolé. Et soudain, silence ! Ça c’est pas l’habitude d’un cargo. Je sursaute et lève la tête. Que vois-je ? Un, deux, trois, quatre… camions remplis de militaires. Ils défilent à tour de rôle à toute vitesse.

-Celaa sent l’arrivée de Paul Biya, lance un passager pour rompre le silence.

67 minutes plus tard (sur une route où je mets habituellement 20 minutes maximum), je suis arrivée.

Aujourd’hui :

7 heures 15 minutes :

Il y a des policiers. Dieu qu’ils sont nombreux en route. Et aussi des gendarmes et même des militaires. Ils sont placés non loin du grand carrefour d’à côté. Je dois sortir. Je dépense deux fois le prix de transport habituel à cause des embouteillages. J’emprunte deux taxis.

-Ma fille, il faut rentrer aujourd’hui au plus tard à 18 heures hein ? me supplie presque mon 1er chauffeur.

-Pourquoi papa ?

-Mais ma fille, hier, près de 25 gendarmes sont arrivés dans mon quartier. Ils contrôlaient tout le monde. Ils ont surement arrêté des gens, dit-il d’un ton de confidence. Ils sont nombreux dehors !

Comme si cela ne suffisait pas, il me raconte ses déboires. A Bonanjo, centre administratif de Douala, des rues ont été fermées. Il ne peut plus gaspiller son carburant. Il doit garer son véhicule. Mais, il ne sait avec quoi il va nourrir sa famille. Paul Biya vient, et c’est tout !

12 heures 30 :

Je suis non loin du pont sur le Wouri. La route a été barrée, non loin de la tribune qui doit accueillir notre roi lion. Il y a des forces de l’ordre. Des élèves, papa, maman, pépé, mami, marchent à pied. Hypertendus, diabétiques… Paul Biya arrive. Stop , on marche à pied !

14 heures :

Je rencontre des étudiants dans des services administratifs. Il faut toujours faire des concours, on ne sait jamais. Le problème ? Ils sont venus signer des documents. Ceux qui devaient le faire ne sont pas là. Où sont-ils ? Mais, faire des préparatifs. « Tu ne sais pas que Paul Biya vient ? », te réponds une secrétaire, parfumée, vernie, qui n’attend plus que son heure pour rentrer. La jeunesse, c’est l’avenir. Mais, peut-être que ce concours était leur chance. Si non, demain, ils seront irrécupérables. Mais, rien n’y fait : Paul Biya vient, on arrête tout !

17 heures :

Au téléphone. C’est mon cousin qui croit toujours que je connais des choses que personne ne connait: « S’il te plaît Josie, est ce que demain est un jour férié ? ». Etonnée, je demande pourquoi : « Mais, mon prof m’a dit qu’il ne venait pas demain parce que Paul Biya vient », me répond-t-il presque énervé. Je dis non et il raccroche en disant que pour une fois, je ne connais vraiment pas tout.

18 heures 13 minutes :

Un ami est prêt. Il rentre chez lui. J’ouvre des yeux étonnés. Il rentre toujours le dernier, afin, presque. « J’habite à Bonaberi. On nous a dit qu’on allait fermer la route d’un moment à l’autre. Dès minuit et jusqu’à 14 heures demain, personne ne passera. Demain, je ne serai pas là ». Merde ! J’ai juré. Tout ça à cause d’une visite présidentielle ? Oui, Paul Biya arrive. C’est ça, on arrête tout ! …

Chers lecteurs, voilà mes raisons. Paul Biya vient. Le roi lion arrive. Il y a des policiers dans la ville. Des militaires, la garde présidentielle même. Toute la ville prépare cette venue. Tout est paralysé.  Et tout ça, pour la pose des 1ères pierres du 2ème pont sur le Wouri et de la centrale à gaz. Stop, arrêtez  tout, Paul Biya arrive !

impression d’e, j’ous ai parlé iavel pour mieux comprendre la psychologie du roi.

 

 


Au secours, je suis une potentielle condamnée à mort au Cameroun!

Dans la vie, on choisit ses combats, on emprunte son chemin et on trace sa voie. J’ai lu « Le dernier jour d’un condamné » de Victor Hugo. Je l’ai lu à une époque de ma vie où je ne mesurais pas encore réellement la brutalité du monde. Il y a deux mois, on m’a offert « Geôles d’Afrique ». Un livre qui m’a ouvert l’esprit. Fruit de deux années de dur labeur d’enquêtes et de reportages réalisés par des journalistes Camerounais, ce livre m’a plongé dans l’univers des prisons. Ce livre m’a montré les limites de notre justice, mais surtout m’a prouvé une chose: il suffit d’un rien pour faire de la prison au Cameroun. C’est comme si on était accroché à un mince fil. Que tu le lâches ou pas, tu peux tomber, basculer dans l’autre monde.

Crédit photo: Shayan Sanyal
Crédit photo: Shayan Sanyal

En feuilletant ce livre, j’ai découvert au fil des pages  le monde carcéral. Quand on prend son bateau pour affronter les eaux dangereuses des mers et des océans; dans la quête de l’eldorado, on peut vouloir une justice à la camerounaise. Je vous l’assure! Au fond de moi, j’ai lancé cet appel: au secours je suis une potentielle condamnée à mort au Cameroun.

Stop, c’est un cri lambda au pays des lions indomptables. Imaginez vous dans une salle de classe de 77 élèves. Vous vous trouvez dans un espèce d’internat. Les autres ont le droit de sortir, pas vous. Que faites-vous ? Vous ne voyez jamais la lumière du soleil. Vous êtes confinés. Vous voyez les mêmes murs, vous vivez la même galère pendant des années dans l’attente du maître qui vous délivrera. Je ne parle pas ici d’une délivrance normale. Vous allez mourir fusillé. Mais ça dure depuis 1996 pour certains.

Et oui, il  y a près de 77 condamnés à mort dans les prisons du Cameroun. Depuis plus de 10 ans ils attendent l’exécution. Certains ont été condamnés sans savoir qu’ils pouvaient faire appel.  Ils ont laissé passer ce temps dans l’ignorance. Leur destin aurait pu changer. Une étoile filante aurait pu être la leur. Ils auraient pu voir à nouveau la couleur du soleil, respirer l’air du dehors. Mais non ! Le destin Camerounais a frappé. D’autres ne savent même pas qu’ils peuvent écrire au président de la République pour solliciter sa grâce. Et ils sont alors obligés, du fond de leur cellule, de prier Dieu, le seul ami qui leur reste, après l’abandon des amis et parents, pour que le jour de la fusillade arrive vite. Ils sont fatigués de contempler leurs dernières lueurs du soleil qui apparaissent à la manière des gouttes d’eau, avant le dernier jour, comme dans « Le dernier jour d’un condamné ».

Moi je suis pour l’abolition de la peine de mort. Pas parce que je ne supporte les crimes. Non, tout simplement parce que j’estime qu’il y a plusieurs manières de punir un crime. Je vois d’ici les personnes qui diront sûrement: « celle-la n’a pas encore vu ce qu’un criminel est capable de faire ». Détrompez-vous! Ils ont dépouillé, tué des personnes qui m’étaient très proches et très chères. Je les pleure encore dans mon cœur. Je ne les oublierai probablement jamais. Mais, je ne suis pas pour autant partisane de la peine de mort. Il faut aussi compter avec ces innocents qui sont en prison. Avec cette justice qui n’est pas toujours parfaite dans mon pays.

J’ai longtemps réfléchi avant de prendre ma plume. J’ai hésité devant ce combat.  Chers lecteurs, il y a la peine de perpétuité au Cameroun. Je parle de la peine à vie. Les autorités se justifient en disant que les études ont démontré que la peine de mort a baissé le taux de criminalité. Je me suis rapprochée de Me Nestor Ntoko, président de l’association « Droits et paix » et qui œuvre pour l’abolition de la peine de mort depuis des années et il m’a dit ceci : « aucune étude ne l’a démontré ».

Je n’ai pas pris cette décision au hasard. Encore moins à la hâte. Dans « Geôles d’Afrique »,  un prisonnier passe plus de 30 jours en garde à vue alors que le délai maximal est de 48 heures au Cameroun, renouvelable une seule fois uniquement sur une note du procureur de la République. Après trois années de prison, des prisonniers sont libérés, sans preuves de culpabilité. Des hommes et femmes sont jetés en prison, assassinés, parce qu’ils ont osé tenir tête aux forces de l’ordre. Ils sont en prison.

Ils savent qu’ils sont innocents. Mais, que faire ? Certains d’entre eux ont au moins la chance qu’ils entendront à nouveau le bruit des bavardages des hommes et femmes du cargo, de la radio du voisin, après N années. Qu’importe, ils supportent tout avec cet espoir. D’autres, des condamnés à mort, n’auront pas cette chance. A quoi ça sert d’être condamné à mort à la fin ?

Des pays comme le Gabon l’ont aboli. C’est un grand pas vers le futur. Je veux que mon pays, le Cameroun, se lance dans la danse. Au secours, je suis une potentielle condamnée à mort au Cameroun! 


A quand un « Lincoln » camerounais ?

Depuis que la dernière image de ce film a disparu de l’écran, ma mémoire ne cesse de travailler. Cela fait pourtant trois jours que j’ai vu le film à l’Institut français de Douala, à l’occasion de la fête du cinéma américain. Mais, rien n’y fait. Je rêve comme une toute petite fille devant sa première poupée. J’aurais sacrifié beaucoup de choses pour avoir un cadeau de Noël, version « Lincoln » en vrai. Ce film m’a fait découvrir l’autre visage du pouvoir, le courage d’un président. Pas comme notre « roi-lion » quoi ! Oui vous allez me dire que je rêve trop. Qu’entre les Etats-Unis et mon Cameroun chéri, c’est comme le jour et la nuit. Le fossé entre les deux pays est immense. Infranchissable même pour certains. Et les combats ne sont pas les mêmes.

Une scène du film "Lincoln": "Crédit photos: Telerama.fr"
Une scène du film « Lincoln »: « Crédit photo : Telerama.fr »

N’empêche ! Voir à l’écran, comment un homme, seul contre son destin, seul contre tous parfois, même contre sa femme, pouvait changer un pays, apporter de la lumière, m’a fait pleurer. Oui je le dis sans honte. « Lincoln », m’a éclairée. J’ai vu comment, les derniers mois tumultueux du mandat du 16e président des États-Unis, Abraham Lincoln, dans une nation déchirée par la guerre civile, la ségrégation raciale (surtout ce point) et secouée par le vent du changement, m’a prouvé que tout était possible dans cette vie. « Ce sont les gens qui entourent Paul Biya qui sont méchants. Lui il n’est pas méchant hein ? ». Comme j’entends ces paroles dans les chaînes de télévision et à la radio. Les fidèles de chez fidèle du roi-lion veulent tout faire pour nous montrer que notre président est Nickel comme l’ange. Qu’il est seulement « intoxiqué » par son entourage. Vous avez vu « Lincoln » chers supporters infaillibles et inconditionnels aveugles voyants?

Le « Lincoln » camerounais attend toujours

Faites un tour dans une salle de cinéma. Oh que dis-je. J’oubliais que toutes les salles du Cameroun sont fermées (même ça le roi-lion ne sait pas ?). Allez dans n’importe quel carrefour de Douala. Demandez au jeune vendeur de CD (il a un doctorat hein ?) le film « Lincoln ». Pour deux petites pièces de monnaie, vous l’aurez. C’est de la piraterie, mais il s’en fout. Le roi-lion ne crée pas les emplois. J’ai compris, la faute à cette maudite intoxication de l’entourage. Que disais-je ? Après avoir acheté le CD, allez le voir dans votre beau salon huppé, climatisé, aux fauteuils en cuir. Attardez-vous un instant sur l’homme-président Abraham Lincoln, qui apparaît sur votre écran plat qui vous a coûté des yeux de la tête (l’argent du contribuable camerounais détourné). A cette époque-là, les Etats-Unis allaient mal comme le Cameroun d’aujourd’hui. Seul l’objet du problème fait la différence de nos jours. Abraham était un président comme Paul Biya actuellement. Qu’est-ce qui fait problème alors ?

J’avais honte lors de la projection du film. Je me suis exclamée intérieurement : comment est-ce qu’un président pouvait être comme ça ! Par comme ça, voyez mon étonnement devant un Lincoln qui voulait voir son peuple uni. Donner la liberté à tous et surtout aux Noirs. C’était ce qui entravait l’Amérique à cette époque-là. Et au Cameroun de 2013 ? Nous avons un président ? Oui et alors, te répond le Camerounais lambda. Un « Lincoln », il te dira que ça, ce sont des bobards, des rêves impossibles quoi. « Attend même 100 ans hein la rêveuse. Tu rêves toujours après plus de 30 ans de pouvoir ? » C’est fou comme un « Lincoln » à la camerounaise m’apparaît impossible quand je me relis à travers ce billet. Pas dans la génération actuelle en tout cas.

Dans « Lincoln », j’ai vu un président prêt à tout pour sauvegarder l’harmonie entre ses habitants. Un président qui tenait tête pour le bas peuple. Au Cameroun, dans la vraie vie, le bas peuple, ça n’inquiète pas notre roi-lion. Le chômage, les détournements et la pauvreté, c’est ce qui entrave notre épanouissement. Mais, nous n’avons pas de « Lincoln » chez nous.  Je l’ai eu en l’espace de 2 heures 29 minutes dans une salle de cinéma. Ça, c’était le rêve d’une époque future qui arrivera « peut-être ». « Lincoln » a tout fait pour faire adopter ce 8e amendement. Il l’a fait et il a aboli l’esclavage. Il n’a fait que deux mandats sans les achever. Il est mort assassiné, pour une cause juste. C’était ça mon rêve. De la fenêtre où je suis placée, je vois la même rue de Douala. Des jeunes sans emploi, surdiplômés, envahissent le trottoir à la quête de leur pain quotidien.  A la télé, j’entends les mêmes promesses. On essaie de justifier ton silence « roi-lion ».

Je rêve d’un « Lincoln » camerounais !


Chers candidats, entre les bananes, le riz, savon… je vous écris ma lettre !

Bonsoir à vous, chers candidats aux législatives et municipales du 30 septembre 2013 au Cameroun.

Je sais que vous vous demandez sûrement qui je suis, pourquoi je vous écris et même ce qu’une petite blogueuse comme moi a à vous dire. Ne vous en faites pas ! Je suis une Camerounaise, comme vous ! J’ai participé à plusieurs de vos campagnes (en tant que spectatrice bien sûr). J’ai écouté vos mensonges promesses. Santé pour tous, éducation pour tous, électricité pour tous, eau potable, travail pour tous… Je regardais votre visage au moment où vous lanciez ces promesses. Je préfère taire ma description. Mais, je sais que vous le savez (le mensonge a les pattes courtes chers, candidats). Cela fait des années que l’eau ne coule plus à Douala. On l’obtient par horoscope ! Pour l’électricité, je ne veux pas ressusciter les morts ! Education ? Vos enfants vont peut-être à l’école ! Faites un tour dans votre circonscription, et vous verrez !… Je me perds là !  

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Je disais que je suis dorénavant convaincue. Je n’aurais peut-être jamais l’occasion de voir des campagnes électorales à la hollywoodienne au Cameroun. Même pas en pâle copie ! Non, le Cameroun a décidé de se satisfaire de sa médiocrité (je ne dis pas que vous êtes médiocres, sauf si vous estimez que si). Il n’y aura que la télé pour me faire rêver. Et internet pour nous montrer un autre paradis électoral. Où les hommes se promènent de quartier en quartier, de ville en ville, mobilisent des foules, vendent leur rêve électoral et récoltent des applaudissements à faire pâlir de jalousie notre « roi lion » celui-là même que vous voulez remplacer. Mais, j’ai compris (je prends à témoin mes lecteurs), que vous, hommes politiques camerounais, ne pouvez plus mentir à votre conscience. Souvenez-vous, c’est notre seul juge. Celui-là qui nous met en conflit avec nous-mêmes. L’adversaire n’est plus l’autre. Et on ne peut pas lutter avec soi-même. Quand on n’a jamais construit les routes, les ponts, les écoles, les centres de santé, les bornes-fontaines… promis, on commence à se juger.

Vous avez traversé ces mêmes routes mal éclairées, mal entretenues que moi. J’ai vu comment elles, ces routes bien sûr, ont écorché vos grosses voitures. J’ai vu comment une coupure d’électricité à interrompu vos meetings (gloire à Dieu). Et comment des jeunes désœuvrés, sans emploi, vous ont hués. Vous avez froissé le visage. Mais, vous étiez incapables de dire : « Arrêtez ces vauriens ! »  Vous aviez trop peur ! Qui va vous donner les voix de votre victoire ? Leurs parents qui sont incapables de les contenir tant le chômage les a rendus irrespectueux ? Les voisins qui avaient trop peur de recevoir un coup de poignard à la tombée de la nuit ? Non, vous avez accepté ces injures en promettant qu’une fois élu, vous allez sortir votre carte comme d’habitude. Vous vous êtes dit : « D’ailleurs même hein ? Ils vont encore me voir où ? ».

Certains d’entre vous ont essayé de s’acheter cette conscience-là. Normal quand on voit que les choses ne vont pas comme nous le souhaitions. Vous avez distribué des doigts de bananes (l’innovation cette année), du riz, du savon, du pain… comme si on pouvait s’en rassasier. Et à chaque fois, c’était la même pièce théâtrale avec pour répétition : « Je ne vous corromps pas. Je ne vous le donne pas pour que vous me votiez ». Pourquoi alors, si durant cinq ans, ils ne vous ont pas vu ? Gentillesse subite ? Achat de conscience subite ? Comme ce petit garçon qui au début, refuse son bonbon à son ami et le lui donne lorsqu’il n’en reste plus qu’une miette ? Excusez-moi si je compare d’imminents diplômés comme vous à un enfant. C’est juste une parabole ! Mais que dis-je, une erreur de paroles ! 

Quels que soient les résultats des élections au soir du 30 septembre, je sais que vous n’allez pas changer. Je n’ai pas besoin de voir la campagne qui est (a été) moribonde pour l’affirmer. C’est peut-être la fin d’une époque ou la fin d’une génération aussi ! Les chèvres ne broutent pas les nouvelles herbes sans ressentir le nouveau goût ! Ne me dites pas que le peuple n’aime pas la politique. C’est l’homme politique (vous) en face qui pose problème !

J’ai pris quelques minutes mon stylo pour marquer un point. Sonner l’alerte ! Hommes du pouvoir ou de l’opposition, votre langage est similaire, comme le nez au milieu de la figure ! Peut-être au fond de vous, vous ne savez pas ce qui se passe ! Vous le faites peut-être de manière inconsciente ! Il est temps de tout laisser tomber, si vous avez cet amour comme moi pour notre cher et beau pays. Sinon, nous allons tous vers la catastrophe. On dit qu’il faut environ deux générations pour changer notre pays et moi, à cette allure, je pense qu’il en faudra au moins cinq ! Le pays va mal chers candidats. N’en rajoutez pas !

 

 


Sos : écoutez le cri des enfants d’Afrique

J’ouvre ce billet avec la chanson «Heal the World» de Michael Jackson en toile de fond. Les paroles résonnent dans mes oreilles et des rêves me viennent à la tête. Des rêves ! Dieu qu’ils me montrent un monde sans violences, sans menaces, pour toi, pour moi et surtout pour toute l’humanité. Où il n’y aura plus ce regard. Ces yeux innocents inondés de souffrance qui me hantent depuis des années. Qu’ils m’appellent, me supplient, m’horrifient.

Enfants d'Afrique. Crédit photo: "casafree.com"
Enfants d’Afrique. Crédit photo : « casafree.com »

Hélas! Ce matin encore, dans la même rue, au même endroit, ce regard était là. Et comme des pages d’un livre ouvert, j’ai tout lu. Ces enfants abandonnés à eux-mêmes. La rue n’a plus de secret pour eux ! Au Cameroun, ils sont jetés en prison au gré de l’humeur des « grands ». Quand le président ou une personnalité arrive, ils sont balayés ! Certains sont vendus, kidnappés !

Et je reviens à moi. Comme dans un sursaut après un mauvais rêve ! Des chansons passent en boucle. Je m’interroge : est-ce seulement au Cameroun ?

Au Togo, les enfants ont perdu leurs sourires innocents

Oh non ! La souffrance transparaît dans les paroles d’Aphtal Cissé. Dans son Togo natal, les enfants manquent de tout, même de l’affection parentale, des fois! A l’école, c’est instable car ces petits bouts de choux sont souvent mis à la porte pour scolarité non payée. Ils finissent par en avoir marre, à en avoir honte, et décident tout bonnement de rester à la maison. Et comme si cela ne suffisait pas, pour ceux qui arrivent à poursuivre, l’insuffisance des moyens limitent énormément leurs rendements. Ils sont soit éduqués au rabais, ou finissent par raccrocher tout simplement. Commencent alors les déboires, la volonté de faire de petits jobs pour aider la famille, ou au moins pour se prendre soi-même en charge. Ils ont alors entre 9 et 14 ans, et sont déjà déscolarisés, et confrontés aux dures réalités de la vie. Précarité, vices, mauvaises habitudes sont le lot de nombreux d’entre eux. A peine sortis de l’enfance, ils enchaînent de petits jobs, pour ceux qui sont dociles, ou essayent de se débrouiller, ceux qui veulent jouer au dur.

A Cotonou, les petits «Vidomegon» se lèvent à l’aube

Les paroles de Michael Jackson m’inondent. Comment rendre le monde meilleur quand Sinatou Saka, depuis le Bénin, me plonge dans une misère. A Cotonou, Sinat me dit qu’elle rencontre chaque matin au marché de Dantokpa, le plus grand marché du Bénin, des «Vidomegon». Agés entre 7 et 13 ans, très nombreux ces enfants arpentent très tôt le matin les étalages, soit pour demander quelques pièces pour survivre aux vendeuses matinales, soit pour ouvrir les magasins de leurs maîtresses. Eh oui le travail des enfants, parlons en dans ce pays de l’Afrique de l’Ouest. A un jet de pierre du Togo et de la Côte d’Ivoire voisine.

Ces «Vidomegon» sont remis par leurs parents ou par des intermédiaires à des familles riches des grandes villes. Chez ces derniers, ils subissent pour la plupart des sévices corporels et sont traités à la limite comme des esclaves. On leur confie les tâches les plus pénibles,  les oblige à se réveiller très tôt et à se coucher très tard. Comme on peut bien l’imaginer, ils n’ont pas droit comme les enfants de leur famille d’accueil à être scolarisés ni aux soins de santé.

Au Ghana, Les petits « boys » ont la vie dure

Carlos Amevor vit au Ghana. En quittant son Togo, il pensait vivre une autre réalité de la vie des enfants. Hélas! Les petits « boys » vont à la pêche, à la chasse avec papa. Pas de possibilité d’aller à l’école ! Ceux confiés à des tiers, sont maltraités au quotidien. Dans des rues, la galère est la même ! La souffrance, lisible sur leurs visages !

 En Côte d’Ivoire, les enfants esclaves dans les champs de cacao

En Côte d’Ivoire, la mendicité est devenue « normale » chez les enfants. Fofana Baba Idriss m’a promenée à travers ses paroles dans ces rues sombres d’Abidjan. Entre la traite des enfants dans les plantations de cacao et la traite transfrontalière des enfants, les sourires édentés disparaissent comme un vol d’oiseau. Les parents pauvres, prêtent leurs enfants dans les champs de cacao. Et certains tombent dans les bras des trafiquants d’enfants. Triste réalité comme m’a lancé FBI.

 Enfants soldats en RCA

Et en République centrafricaine (RCA) voisine, des coups de canon résonnent. Eh oui ! Mais en plus, les regards d’enfants perdent leur innocence au milieu des décombres. Baba Mahamat a observé Eric, ce petit garçon âgé de 8 ans. Habillé en culotte de couleur noire, sans chemise, triste déboussolé, il était à la maison. Comme la plupart des enfants de son âge, Eric représente un cas d’enfants ignorés par le système scolaire. Ses parents n’ont pas assez d’argent pour l’inscrire à l’école. Ils sont ignorés par manque de volonté politique (la guerre y fait rage) et à cause de la pauvreté. Plus de 50 % des enfants en âge de fréquenter ne sont pas scolarisés. Depuis décembre 2012, plus de 500 000 enfants ne vont pas à l’école à cause des événements liés au coup d’Etat du 24 mars. Les établissements sont encore déserts en raison  de l’insécurité grandissante, des cas de déplacements… La situation actuelle en Centrafrique a pour conséquence une grave crise humanitaire et alimentaire qui affecte notamment de nombreux enfants. Certains enfants ont été enrôlés dans les troupes.

 J’ai voulu rire à la fin de ce billet collectif, mais je n’ai pas pu. Pour me redonner espoir, Fofana propose une lutte contre la pauvreté. Pour Baba, la scolarité doit être gratuite. Une nouvelle politique d’éducation doit être pensée. Pour Sinatou, un enfant qu’on éduque est un homme qui gagne.

Chers présidents d’Afrique, Unicef, Unesco, Onu…Ecoutez le cri des enfants d’Afrique.