Les filles de Conakry et Facebook : virtuellement-vôtre
« T’as un compte Facebook ? T’as vu mes nouvelles photos sur Facebook ? Je t’ai vue l’autre jour en ligne sur Facebook. Dans les lycées, collèges, universités, les places publiques, un peu partout, les jeunes filles de Conakry se balancent Facebook à tout va ». Facebook à gauche, Facebook à droite. C’est le buzz. Le plus souvent, on s’adresse moins à l’interlocutrice directe qu’à l’entourage. Eh oui, ici comme ailleurs, le phénomène de ce réseau social a bel et bien fait son entrée. Et, sur le coup, les filles semblent avoir coiffé les garçons au poteau ; contre toute attente. Mais le plus souvent c’est pour frimer, pour amuser la galerie !
A Conakry, par les temps qui courent, pour être «IN » et ne pas passer pour une ringarde, un « Balla », il faut avoir un compte sur Facebook. Ou faire semblant d’en avoir. Chez les jeunes filles de la tranche d’âge 15-25 ans, accomplir ce rituel est obligatoire pour entrer dans le cercle. C’est le ticket pour participer aux conversations à la récré ou au resto. Avec à la clé, la maîtrise du jargon : chatter, commenter, partager, être online, etc. Dans les cercles plus fermés, le nombre d’amis sur le réseau est un signe de célébrité. On s’inscrit pour « retrouver des amis, chatter, partager, surtout des photos ». Et parfois pour chercher des mecs en surfant sur leurs albums en ligne. Même si pour cela, personne ne le reconnaît. Peut-être à cause d’un préjugé qui taxe les gos de mater à longueur de journée des tofs des faces de boucs sur fesses-bouc pour dénicher un Prince ou…un Don Juan.
Ce sont les guinéens de la diaspora qui ont contribué à populariser le phénomène Facebook à Conakry. Une sœur, un cousin ou une copine qui a réussi à s’expatrier, garde le contact avec les amis restés au « pays » par le biais des réseaux sociaux, et Facebook en particulier. Les nouvelles photos prises sur Le Champs de Mars au pied de la Tour Eiffel, devant la Basilique de Rome ou encore devant un quelconque monument de New York, se retrouvent immédiatement sur le réseau des réseaux. Seulement voilà : pour avoir accès à Internet à Conakry, il faut être courageux ou fortuné, voire les deux. Le manque de courant électrique et une connexion des plus ringardes font que Internet reste presque…virtuel.
Les rares cybercafés qui existent sont souvent bondés ou boudés (selon qu’il y a connexion ou pas) avec des tarifs exorbitants. Leur espérance de vie dépasse rarement les 12 mois. Du coup, des notions comme « wi-fi », « fibre optique », « Blog » restent l’apanage d’une poignée d’initiés. Qu’à cela ne tienne, pour les filles de Conakry, Facebook est et reste un phénomène à la mode, Internet ou pas. S’il y a connexion, elles s’inscrivent et chattent ; s’il n’y en a pas, elles en parlent, elles font comme si c’était vrai. Ça s’appelle faire du Facebook sans Facebook. En toute virtualité !
Alimou









En ce mardi, 16 novembre 2010, jour de la fête de Tabaski en Guinée, l’ambiance est, on ne peut plus électrique! Beaucoup de musulmans ont tout bonnement boudé les aires de prières, obligeant les imams à prêcher dans le désert! Pire, le rituel sacrifice du mouton n’a pas été observé dans bien de concessions!

Il est 14 heures à Conakry. La chaleur devient accablante. C’est l’heure que choisit Abdoul Diallo pour prendre une sieste et reprendre son souffle. Il est sur pied depuis 6 heures du matin. Il profite pour manger un petit morceau de pain en guise de déjeuner. La caisse en bois qu’il porte habituellement en bandoulière et qui contient ses outils de cireur de chaussures, lui sert de tabouret pour la circonstance.A seulement 14 ans, Abdoul est cireur de chaussures à Conakry depuis deux ans. Venu de la bourgade de Kakoni, dans la préfecture de Gaoual, il sillonne quotidiennement les quartiers de Kaloum à la recherche des clients. Son travail consiste à laver, cirer ou recoudre des chaussures. Il lui arrive de gagner 15 000 ou 20 000 francs guinéens par jour. Après avoir soutiré sa dépense journalière, il thésaurise le reste avec un seul rêve en tête : devenir « tablier » un jour. Pour dormir, ce jeune cireur passe la nuit dans le hall d’un département ministériel contre « un petit cadeau hebdomadaire » au gardien des lieux.