renaudoss

Il y a trente ans, nous irriguions le Sahara

L’An de grâce 2058

 

 « (…) Peuples et Nations de la grande famille africaine mondiale, chers Gouverneurs et Représentants de gouverneurs des cinquante-sept États de notre Fédération des États-Unis d’Afrique, chers homologues, Présidents de la république de Haïti, des États-Unis d’Amérique, de la république de Chine, d’Allemagne, de Russie, Représentants des diverses nations venues du monde entier (…), honorables invités, illustres amis, chers compatriotes, chers fils et filles de notre nation africaine bien-aimée, je vous salue chaleureusement (…)

Ce jour fera date dans nos annales. En effet, il y a trente ans, jour pour jour, nous irriguions pour la première fois le Sahara [Tonnerre d’applaudissements]. C’est ainsi. En 2028, l’Afrique aura ainsi inauguré l’âge vert de l’humanité.

Comme l’homme posant pour la première fois le pied sur le sol lunaire, le projet Oasiris nous permit de poser un pas nouveau sur l’immense désert, qui sera demeuré longtemps un des plus redoutables défis que la nature nous ait posé.

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Sahara-Vert – Source: reseauinternational.net/

(…) Apprécions donc les pas de géants que nous avons réalisés depuis, en moins d’un demi-siècle ! Souvenons-nous de ceux d’avant les deux Transafricaines, nos voies ferrées reliant Dakar à Djibouti et Le Caire au Cap?; d’avant le Bassin industriel du Congo, aujourd’hui deuxième cœur de l’industrie mondiale, alimenté par une énergie propre et abondante. (…)

Les immenses champs d’Afrique de l’Ouest étaient encore en friche, notre agriculture, aujourd’hui la plus dynamique au monde, était encore balbutiante. Souvenez-vous du temps où nous étions encore divisés, émiettés en petits territoires, sans politique commune. Souvenez-vous des guerres fratricides, du sang versé à profusion, de la jeunesse sacrifiée, de tout ce désespoir (…), mais nous avons survécu?! Par l’audace et la persévérance, nous avons surmonté l’obstacle et marché droit vers notre destin?!

(…) Aujourd’hui, où nous célébrons ce projet merveilleux, notre mère l’Afrique est au centre du monde, au cœur de toutes les attentions. Saluons les quelque trois milliards de spectateurs qui nous suivent en direct partout sur la planète, que ce soit sur leurs projecteurs holographiques, leurs capsules à transmission rétinienne, leur téléphone mobile (pour les plus vieux) [Rires] et autres canaux de l’Internet… et même depuis Olorun, la Station spatiale panafricaine, qui passe en orbite au-dessus de nos têtes à l’instant même où je parle?!

Gloire à nos chers astronautes, ils font notre fierté! (…) Ils seront donc très nombreux, c’est le cas de le dire, à suivre bientôt la majestueuse flamme de la renaissance, rouge, vert et noir, s’élever encore et illuminer le ciel africain.

Il_y_trente_ans_nous_irriguions_le_sahara (2) - "Afrofuturisme de Ishango sound" - Source: ww.90bpm.com
« Afrofuturisme de Ishango sound » – Source: ww.90bpm.com

(…) En plus d’apporter encore plus de sécurité et d’abondance alimentaire, ce projet a montré que nous pouvions œuvrer à la régénération du monde, et pas seulement à sa dégradation

[La foule se lève. Tonnerre d’applaudissements]

Nous célébrons cette collaboration panafricaine et mondiale qui nous a permis de réaliser ce rêve. Guidés par nos valeurs ancestrales et aidés par la science, nous générons vie et énergie là où il n’y avait plus que mort et famine. Notre terre respire comme jamais auparavant : un air pur et libéré de toute pollution. Nous avons non seulement pu lutter contre l’avancée du désert, mais transformé ce vaste champ de sécheresse en corne d’abondance, de sécurité et de vie.

Source:: www.lesinrocks.com

(…) Que dire, si ce n’est rendre un hommage vibrant aux artisans de notre renaissance ?? Tels ces deux géants que j’ai l’honneur de compter parmi mes amis. Premièrement, le professeur et double prix Nobel de chimie et médecine, Kenneth Mia.

[Applaudissements]

Comme vous le savez, il inventa, il y a presque trente ans les NPK de quatrième génération, ces engrais entièrement bio, les plus puissants fertilisants au monde [Applaudissements]. (…) Deuxièmement, l’un des esprits les plus innovants de notre siècle, celui à qui nous devons l’enclenchement de la quatrième révolution industrielle, l’ingénieur mondialement connu, Moezi Osole [Applaudissements], concepteur de la technologie Ogotemeli, qui permit non seulement de dessaler efficacement l’eau de mer, mais aussi d’en extraire de l’hydrogène par sa fameuse « scission moléculaire à base énergie ».

Cet hydrogène alimente aujourd’hui la quasi-totalité des moteurs de la planète. Grâce à lui, nous avons pu enfin délaisser les énergies fossiles polluantes et arrêter les dégâts monstrueux causés à nos écosystèmes, pour nous tourner vers une énergie propre et abondante qui nous permit de sortir des crises énergétiques des années 2020.

[Tonnerre d’applaudissements]

(…) Ces deux esprits, ainsi qu’une armée d’audacieux entrepreneurs, investisseurs, innovateurs venus des quatre coins du continent ont rendu possible ceci : Je tiens en mains ce sachet de riz, il provient de la toute première récolte du Sahara, aujourd’hui Zone agricole panafricaine.

[Tonnerre d’applaudissements]

Et ces prouesses techniques et humaines ont ouvert la voie à bien d’autres encore, plus discrètes, mais tout aussi déterminantes pour notre continent. Aujourd’hui que la famine a totalement disparu, notre peuple va librement partout sur sa terre, par train ou par aéronef. (…) L’eau, la nourriture et l’énergie en abondance ont été les rêves de nos pères et de nos mères, pionniers de l’Afrique renaissante qui, depuis la décennie 2010, ont forgé un avenir radieux pour leurs enfants et leur continent, par leur audace, leur imagination et leur ténacité. Aujourd’hui, nous disons avec fierté que nous sommes les descendants de ces grands bâtisseurs, et nous en ferons de même pour nos enfants et les enfants de nos enfants.

Illustration de la marche vers une grande union panafricaine
Panafricanisme
Crédit: panafricain.tv

Que ce jour solennel soit à jamais marqué du sceau de la prospérité, de l’abondance, de la Paix et de l’harmonie avec notre mère la Nature. Pour les siècles à venir (…)

Vive l’Afrique! Je vous remercie! »

Extraits du discours commémoratif du trentième anniversaire du projet Oasiris, de Son Excellence Mme Assa Njima, Haute-Chancelière des États-Unis d’Afrique (ex-Fédération des États africains, ex-Union des fédérations régionales africaines, ex-Union africaine)

L’An de grâce 2058, Ile de Gorée, Sénégal (États-Unis d’Afrique)



Texte soumis dans le cadre du concours d’écriture « Afrique de mes rêves », organisation la Banque africaine de développement en 2018, dans le cadre de ses Assemblées générales.

Ayi Renaud Dossavi

Ayi Renaud Dossavi-Alipoeh, recevant son prix des mains du président de la BAD.
Ayi Renaud Dossavi-Alipoeh, recevant son prix des mains du président de la BAD.


Chants de sable – Extrait 1.

 

La musique danse au rythme de tes pas

Tes pieds délicats, qui charrient dans leur course

Toute la Noblesse du sahel,

Tous les grains d’or et d’argent

Tous les sourires timides

Tous les voiles en fines étoffes arc-en-ciel

Toutes les dunes hautes comme des poitrines

Toutes les sinuosités mystiques

La musique sautille au rythme de tes pas, « clan clo clan clo », tamtament tes chaussures

Et nous, comme transportés dans un monde-rêve

Nous écoutons…la musique…de tes pas

 

In Chants de sable, Ayi DOSSAVI. 

Chants de sable - livre
Chants de sable – Livre


La miss, les « Blancs » et nous (troisième partie)

Salutations chères toutes et chers tous,

Les concours de beauté « Miss » de nos différents pays n’ont de cesse de nous offrir chaque année, en plus des jolis minois des candidates, d’inestimables pépites en terme de gaffes et de faux-pas. Le public assoiffé de sang s’en délecte aux dépends des candidates. Cette année n’aura pas été en reste, et bien que le gaffomètre ait atteint des sommets, les Togolais en savent quelque chose, la palme revient à la championne congolaise, la très chère Dorcas DIENDA et son désormais célèbre « (…) ce n’est pas un tabou, l’homme blanc est plus intelligent que l’homme noir ».

Alors, bien que trouvant sa petite sortie plutôt inculte et ridicule, je ne vais pas non plus réclamer son immolation immédiate. J’aurais été plus frappé si ç’avait été une chef d’État ou un penseur. Disons que là, ce n’était pas nécessairement le haut du panier. D’autre part, je suis sûr qu’en vrai elle est très gentille et sympathique, qu’elle aime les oiseaux et les chatons. La question n’est pas là. Non. Questionnons plutôt ce sujet qui fâche, sans fard et faux fuyants, à un autre niveau.

 

«Les vaincus veulent toujours imiter le vainqueur dans ses traits distinctifs, dans son vêtement, sa profession et toutes ses conditions d’existence et coutumes. La raison en est que l’âme voit toujours la perfection dans l’individu qui occupe le rang supérieur et auquel elle est subordonnée.

Elle le considère comme parfait, soit parce que le respect qu’elle éprouve (pour lui) lui fait impression, soit parce qu’elle suppose faussement que sa propre subordination n’est pas une suite habituelle de la défaite, mais résulte de la perfection du vainqueur. Si cette fausse supposition se fixe dans l’âme, elle devient une croyance ferme.

L’âme, alors, adopte toutes les manières du vainqueur et s’assimile à lui. Cela, c’est l’imitation (…) Cette attraction va si loin qu’une nation dominée par une autre nation poussera très avant l’assimilation et l’imitation.» Ibn Khaldoun

 

Dire tout haut ce que beaucoup (trop) pensent tout bas

Tout d’abord, #shame_on_us, car la très chère Dorcas n’a fait qu’exprimer la pensée profonde et non avouée d’énormément d’Africains, énormément. J’ai même dans l’idée qu’une bonne partie de ceux qui réclament sa tête le font pour des raisons très ambiguës. Combien de fois, dans des discussions, n’ai-je pas été étonné par des phrases du même type, soit comme des allusions, soit clairement énoncées. Des choses comme « Nous les Africains, nous sommes perdus pour toujours, nous ne pourrons jamais rivaliser avec les autres ». Une fois j’aime même eu « Vu que sur les fuseaux horaires ils ont quelques heures de plus que nous, et qu’ils se lèvent plus tôt, c’est normal qu’ils soient toujours en avance ». C’est pas beau ça ? Lui, on le crucifie ou comment ?

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Notre vision du monde est bancale

  « Coupé de son passé, projeté dans un univers façonné de l’extérieur par une civilisation qui lamine ses valeurs, abasourdi par une invasion culturelle qui le marginalise, l’Africain désemparé est aujourd’hui le reflet déformé de l’image d’autrui »

Edem Kodjo, Et demain l’Afrique

Le problème de fond c’est notre vision du monde, le rapport que nous avons avec nous-même et avec autrui : les perceptions de notre conscience sont déterminées par le discours historique et l’ensemble de choses que nous assimilons et absorbons par les divers canaux qui existent.

 

Quelle est notre VISION DU MONDE? Notre Weltanschauung?
Quelle est notre VISION DU MONDE, notre Weltanschauung??
Source: 7-themes.com

Aujourd’hui, l’Afrique est l’exutoire d’autres mondes, l’endroit où viennent se déverser de manière incontrôlée et incoercible toutes leurs productions et leurs déchets matériels et intellectuels. Nous voyons le monde (aujourd’hui encore) à travers les yeux d’autrui, par le biais de l’école coloniale ( en ce sens, je crois que miss Dorcas est une « très bonne élève ») et surtout de la télévision et autre media. D’où ce désir de « devenir l’autre », de le singer. On sous-estime la dévastation mentale que cause cette guerre psychologique non-stop (car c’est bien le mot, une guerre psychologique).

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Ainsi, il est presque miraculeux que de telles élucubrations (« on a toujours été dominés », « ils sont plus intelligents que nous » ) ne s’entendent pas plus souvent à la télé. Dans le même ordre d’idée, le phénomène de décapage ou des mèches « brésiliennes » est le fruit de cette aliénation et l’expression de notre soumission à cette vision du monde d’autrui. Et soumission, c’est bien le mot. Car même ceux qui affirment faire ci ou ça pour leur seul plaisir ou juste parce que « c’est beau », ne réalisent pas que la notion même de « beau », la définition qu’ils ou elles s’en font, dépend de la programmation ou du formatage qu’on leur impose.

 

« L’essence du Pouvoir est de pouvoir définir la réalité d’une personne et la forcer à vivre selon cette définition comme si c’était la définition de son propre choix »

 

De la violence et de « l’intelligence »

Si l’expansion civilisationnelle des peuples « blancs » avait été un cercle vertueux pour tout un chacun, j’aurais été le premier à saluer cette « supériorité ». Mais il n’en est rien. Et il faut s’en souvenir (avant d’ouvrir sa bouche). Il faudra peut-être qu’on m’explique qu’elle est cette intelligence qui ne rayonne que dans la prédation et la destruction. Chacun se bat pour ses intérêts, vous me rétorquerez…

Nous oublions souvent que si l’Europe a dominé et asservi la majeure partie de la Terre, ce n’est pas par la profondeur de sa philosophie ou la beauté de sa morale mais plutôt et surtout par sa maitrise de la violence organisée. Aucun peuple n’a jamais causé autant de morts, de génocides, d’extermination et de dévastation matérielle que les peuples européens. ( Quand les bonhommes débarquèrent aux Amériques, il s’ensuivit l’anéantissement des civilisations et peuples autochtones au bout de quelques années à peine. Parfois, seul 10 % de la population survivait (dix pour cent !), le reste fauché par les guerres,  les massacres systématiques, les famines et surtout les épidémies.

Tête colossale - Civilisation Olmèque
Tête colossale – Civilisation Olmèque,  Méso-Amérique

 

La permanence de la lutte

panafricanisme (6)« On vous nie en tant qu’être moral, on vous nie en tant qu’être culturel, on ferme les yeux, on ne voit pas les évidences, on compte sur votre complexe, sur votre aliénation, sur le conditionnement, les réflexes de subordination et sur tant de facteurs de ce genre. (…) Parce que le conflit il est partout, il est à tous les niveaux, il est dans tous ces débats, il est jusque dans nos relations internationales les plus feutrées. (…) »

Cheikh Anta Diop

 

Disons tout simplement, que le combat est permanent et incessant. Il est dans chaque page de nos prétendus livres d’histoire, dans chaque spot publicitaire, dans chaque feuilleton (télénovelas !), dans chaque langue que nous apprenons. En attendant d’accéder aux structures d’État pour changer l’éducation de manière globale, que tout un chacun, à son niveau, se fasse patient et/ou médecin vis-à-vis de cette épidémie mentale, dans la mesure de son possible. Comme dirait l’autre, on se soigne par le partage. On revient toujours et toujours à l’E-DU-CA-TION, la clé de voute de tout le reste. Il faudra un jour arrêter le massacre dans nos écoles.

panafricanisme (2)

« Notre renaissance africaine insiste beaucoup sur la façon de présenter l’histoire. Il faut écrire notre histoire comme l’histoire de notre société, non comme l’histoire d’aventuriers européens. »

Kwame Nkrumah ( Le Consciencisme)

 

Vous êtes tout aussi bons ? Prouvez-le ! Réveillez le Bâtisseur en vous !

« La rage de vaincre n’est qu’une extension que la rage de vivre ».  ARDA

Là je vais être taquin. Pour quiconque aurait été choqué, outré ou ulcéré par les propos de madmoiselle Dorcas, que cela soit le lieu d’une remise en cause. Car, qu’on le veuille ou non, ce qui a été dit a été dit. Tout ce qui vous pousse à se surpasser et à donner le meilleur de soi-même (pour soi-même!) est bon à prendre.

 

Il faut être fort

Plus largement, et encore à un autre niveau de réflexion, on ne nous respectera vraiment que quand nous serons forts. Quand nous aurons des missiles, « LA Bombe » et une prospérité matérielle digne de ce nom. Tous ceux qui vous sont matériellement et technologiquement supérieurs de manière significative vous traiterons toujours avec un regard folklorisant et paternaliste et il y aura toujours (toujours) des gens dans votre propre peuple pour intégrer ce discours et le régurgiter à leur tour, ça s’appelle l’aliénation, c’est arrivé des dizaines de fois dans l’histoire, ce n’est pas une exclusivité africaine. Y’a un bon livre pour ça d’ailleurs!

Peau noire Masques blancs, Frantz FANON
Peau noire Masques blancs, Frantz FANON

Donc, transformons-nous en bâtisseurs; pour l’Afrique de demain, brisons les chaines qui sont dans nos têtes et à nos pieds. On ne respecte pas les faibles, quoi qu’ils disent, quoi qu’ils clament ou réclament. Ce n’est que par la prospérité et la puissance (économique et militaire) que nous aurons le respect des autres. Cherchons à être puissants et forts. Tout le reste, c’est du blabla, de la distraction (un peu comme ces concours de beauté, en somme). Tant il est vrai que la volonté de puissance n’est que l’extension du désir d’exister!

Ayons la rage de vaincre…

Et vive l’Afrique !!! 🙂

La jeunesse Afrique, l'espoir.
La jeunesse Afrique, l’espoir.
Source: www.visiondumonde.fr

Lisez ici, très chers, mes prédécesseurs sur la question, Belizem et Fotso. D’autres suivront bientôt. Stay tuned.


Et…l’humanité

Et

le long de nos rires juvéniles

La liane raffermie de l’unité tisse son sentier

pavé de pétales et de poignées de mains

 

Et

dans l’intimité de nos rencontres

Nos mots dans nos mots

Nos mains dans nos mains

La grande concorde est

Semée de cœurs en cœurs

La grande colombe étend ses ailes sacrées

et fait un sourire à l’humanité réconciliée

 

ARDA

 

Humanité Colombes Paix
Colombes Paix –
Source: https://lusile17.l.u.pic.centerblog.net


Quand la température monte, on ne casse pas le thermomètre

Salutations chères toutes et chers tous

Face à une question aussi impérieuse et vitale que celle de l’éducation, on ne peut jamais être de trop pour discuter. C’est ainsi que je m’en vais donc, à la suite de mes camarades Marek et Eli, commettre une petite contribution dans cette série d’articles dédiée à l’éducation togolaise…ou plutôt ce qui semble être son inexorable descente aux enfers. Cet article s’écrit dans le contexte particulier des résultats du BAC 2 (Baccalauréat deuxième partie) le grand épilogue de la « saison » des examens.

Children in open-air classroom in Ewe village bush school, Kpalime Valley, Togo, Africa
Enfants dans une classe à ciel, Kpalime, Togo, Afrique – Source: civicschv2o1.blogspot.com

 

Quand la température monte, on ne casse pas le thermomètre

Le niveau baisse, il baisse avec la régularité d’un train qui fonce droit dans le mur. Combien de fois n’avons-nous été désemparés par la relative médiocrité, ne serait-ce que dans la capacité à exprimer, des lycéens voire des « nouveaux étudiants » ces dernières années, parfois des individus admis avec de fortes moyennes. Comment tout ce monde réussit-il à passer? La chance peut-être – elle travaille beaucoup ces derniers temps.

« C’est chaud », comme on dit. « Accompagner » la baisse de niveau ne servira à rien. Depuis trop longtemps, il semble pourtant que l’État préfère casser le thermomètre au lieu de voir les choses en face et de prendre ses responsabilités. Avec un système éducatif vieilli, reposant sur son propre squelette en équilibre précaire, un programme suranné digne de l’époque coloniale – des enseignants de moins en moins bien formés, de moins en moins en dévoués, de moins en moins intéressés, ne serait-ce que vaguement, à la formation complète des élèves, ayant une vision plus mercantiliste que sacerdotale de leur métier, avec le sur-extension du secteur privé – l’absence de réformes structurelles profondes pour régénérer le système…un esprit tordu serait tenté de croire que la baisse de niveau général n’est pas une anomalie mais plutôt le but recherché par cette machine infernale. Après tout, il est tellement plus facile de régner sur des gens mal éduqués et anesthésiés par l’alcool, enfin bref, c’est encore autre chose, je divague, je perds la boule, comme notre système éducatif en somme. Entre temps, l’université ressemble à un tombeau à ciel ouvert où viennent mourir et pourrir la plupart des ambitions et des énergies de la jeunesse bachelière.

Il parait que celui qui contrôle l’éducation d’un pays pendant une génération décide de son destin pour un siècle. Eh bien, on ne peut s’empêcher d’être plein de questionnements et de doutes quant à l’avenir de notre État, le Togo, et du rôle qu’il pourra jouer dans l’Afrique de demain. Bien sûr, on pourra toujours compter sur nos bons bourgeois et nos hauts cadres de la fonction publique qui envoient leurs enfants se former dans les meilleurs écoles, à l’étranger notamment, ils viendront héroïquement prendre les rênes du pays, mais quand même!

La machine à éduquer va mal, ce n’est presque plus qu’un cadavre exsangue, uniquement agité par les soubresauts dus à son pourrissement. Bien sûr, un phénomène aussi global et systémique est multifactoriel, ainsi, les élèves sont également à questionner.

 

source : wikibusterz.com

« WhatsApp » ou la vague déferlante

Entre autres choses, WhatsApp est une arme de distraction massive pour la jeunesse actuelle. Il est frappant de voir que, encore plus que le symbole de l’intrusion de plus en plus profonde des réseaux sociaux dans nos habitudes, WhatsApp sur-aggrave ce phénomène et l’amène à un pic inégalé – illustrant un mal qui est dans l’air du temps : la distraction, car nous sommes trop distraits. Quand on passe des heures et des heures à discuter (monologue narcissique par « amis » interposés) dans des groupes ou dans des « inbox », à s’échanger pour la plupart un flot d’affligeantes banalités et à « caler » des « rencontres » – bref, quand on passe autant de temps pendu à son téléphone à « WhatsApper », on n’est pas en train d’étudier ou de lire ou de se cultiver.

Bien sûr nous n’allons pas jeter le bébé avec l’eau du bain, et vouer cette application aux gémonies (ou les réseaux sociaux dans leur ensemble), loin de là, tout est question de mesure, comme dirait Youssoupha, « le feu qui finit par te bruler  est souvent le même feu avec lequel tu te chauffes ». Il s’agit d’évoquer ici l’inutilité addictive qui nourrit l’essentiel de ces activités. Si c’est déjà dommage pour n’importe qui, ça l’est tout particulièrement pour nos petites crépues sur les bancs d’écoles… l’inutilité est d’autant plus dommageable quand, en plein cours tout au long de l’année, voire même en période de révisions, on est absorbé par son téléphone. Ce disant, nous n’évoquons même pas l’effet dévastateur du « langage SMS » sur le vocabulaire et la grammaire des apprenants. Ce serait presque drôle si ce n’était pas tragique.

Un certain Eyadema a dit une fois « aucun sacrifice n’est trop grand lorsqu’il s’agit de la jeunesse ». Eh bien partons du principe que notre état est sérieux et soucieux de l’avenir de la jeunesse togolaise et demandons de faire ce qui doit être fait, sous peine de sacrifier une génération entière, de faire des diplômés analphabètes et incultes, des ignares arrogants au cerveau rempli de vide et inaptes à réellement appréhender le monde – ce qui est déjà largement le cas sans doute…

 

Demain il fera beau

Évidemment, il y aurait beaucoup à dire et redire sur la crise du système éducatif togolais, les résultats de ces dernières années sont à la fois l’expression et la cause d’un état général qui ne dit rien qui vaille, mais nous nous arrêterons là en remontrances. Nous osons garder un tyrannique espoir pour un renouveau futur. Il serait heureux que les solutions idoines soient avancées dans un avenir proche, que les fameux états généraux soient faits, par exemple, qu’on puisse remettre le train sur les rails. L’Afrique a besoin de bâtisseurs pour les défis d’aujourd’hui et de demain, puissions-nous fournir, par l’école et l’éducation, les meilleurs gladiateurs pour notre propre succès.

 

education_togo_sourires_enfants
enfant souriants – source : eco.lyreco.com.sg

 

 

Bien à vous


Écrire ‪#TBCS4E0

Salutations chères toutes et chers tous

 

Il arrive que l’on ait envie d’écrire, sans forcément savoir quoi…écrire pour écrire, pour le plaisir de la forme et du geste. Après tout, un blog sert aussi à ça. C’est là peut-être que la question se pose sur cette chose qui nous réunit: l’écrire.

Image Machine à écrire et livre
Crédit: flickr.com

 

Écrire est une blessure, un épanchement de soi, de sa sève de son sang et de son souffle, dans le grand fleuve de l’humanité. A grand jet de mots, nous nous offrons à nous-même et aux autres. Une des choses les plus extraordinaires de notre époque est sans doute la facilité avec laquelle nous accédons à la parole et au savoir. La grande révolution d’internet aura sans doute été celle-là, et si elle accentue par la même occasion le caractère profondément narcissique, égotiste et individualiste de notre époque, eh bien tant pis. Le jeu en vaut largement la chandelle.

 

BLOG : Bulle de Liberté Ouverte au Globe

 

Écrire est un acte de liberté.

C’est bien de ça qu’il s’agit. Par ces espaces privilégiés de liberté, liberté d’expression et liberté d’impression, jetons-nous dans le calice-internet comme d’humbles pièces de monnaie pour la quête pendant la messe. Il s’agit de se semer aux quatre vents de la toile et d’aller par-delà les distances et le temps. Être prêt à être lu par un inconnu à l’autre bout de la planète…et par son cousin ou son voisin de pallier. Écrire est peut-être l’ultime liberté, la façon la plus facile de projeter dans le temps, en dehors de la reproduction. Nos blogs ou nos livres sont tels des ilots d’humanité, nous sommes sept milliards d’unicités grouillant à la surface du monde et des centaines de millions d’âmes surfant sur la toile… peut-être autant de blogs et sites, autant d’ilots. Qu’il est beau et grand cet archipel de paroles et de points de vue et de regards croisés.

écrire (7)
Chacun de nos blogs et ouvrages étant comme autant d’Iles et d’insularités – Crédit: Flickr.com

 

Se dire et se raconter de mille et une manières, encore et encore, jusqu’à ce que le monde renaisse à lui-même.

 

Le voyageur contemplant une mer de nuage - Friedrich Caspar David
Le voyageur contemplant une mer de nuage – Friedrich Caspar David

Écrire est une prise de risque.

Écrire est prise de parole et prise de risque. Il est bien menu souvent, ce risque, mais parfois, il coute plus cher qu’un simple commentaire hargneux. Cette prise de risque est fonction de notre courage, de notre érudition ou encore de la longueur de la laisse qu’on nous met au cou (ou que nous nous mettons volontairement). De Gramsci à Lénine en passant par Nkrumah, combien d’hommes et femmes ont joué leur liberté, voire leur vie, à quitte ou double au nom de leur écrits. Un risque perpétuel que nous prenons à diverses échelles. Exprimer sa vérité et sa vision du monde, c’est risquer de se confronter à celle d’autrui, ou de plusieurs millions d’autres. Après tout, même maintenant, ne suis-je pas en train de prendre un risque? (Toutes proportions gardées, cela va de soi 😉 )

Plus encore, combien d’empires et civilisations se sont élevés ou effondrés par la force de mots répétés et scandés à l’unisson, d’idées fixées dans la chair du papier et transmises, gravées, presque à jamais, dans le marbre de l’éternité. Nos mots nous survivrons sans doute, fussent-ils même virtuels.

 

Écrire est un exercice de style j’ai toujours bien aimé cette expression, exercice de style

Le style, mais si, vous savez bien, ce truc tout particulier, cette touche personnelle de « l’écriveur » qui le caractérise, ce qui fait que Rimbaud n’est pas Baudelaire, que Césaire n’est pas Senghor. Notre style nous dépasse, il fait appel à nos sensibilités profondes, notre approche du « lire » et de « l’écrire », notre culture et nos influences. Le style est cette idiosyncrasie ultime qui fait que, bien que parlant du même sujet, X et Y ne dirons pas tout à fait la même chose, ou du moins de la même manière.

Et l’exercice de style, ce travail ayant pour finalité première l’écriture en elle-même, marque une étape dans cette aventure de l’écriture : où l’écriture sort de son rôle d’outil strict pour devenir chose en soi, créature douée de vie et de volonté et d’envies.

Bien sûr il y a le danger de la sur-écriture, de trop en faire et de finalement tout gâcher.  D’ailleurs, j’arrête d’en parler pronto.

 

Écrire, c’est avoir faim 

C’est étrange comme parfois notre âme frivole et insatiable peut nous donner l’impression de n’avoir encore rien écrit, encore rien lu, rien appris et rien défriché. Cette faim d’écrire (et de dire et de lire) qui nous met toujours en mouvement, le cœur en dérangement, l’œil curieux et la main joyeuse à l’idée de sculpter un monde de plus,  un mot de plus, juste un mot de plus. Un mot puis un autre, un monde puis un autre.

Écrire quelque chose qui vaille la peine d’être lu, ou pas du tout. Écrire pour écrire comme je le fais peut-être en cet instant 😀.  Contempler les mots emmêlés glisser le long de ses doigts et plonger dans l’immobilité sacrée du Temple, temple de papier ou de 0 et 1 et de « Like ». Et nous avançons ainsi, la fleur au bout du clavier, l’esprit encombré de chants d’oiseaux, de fleurs de potagers ou de sourires insaisissables. Nous avons la plume au cœur et l’œil au bout des doigts.

Même si chaque bonheur d’écrire et de dire (ou ne pas dire) ne dure que fugacement, le temps de la création et de la contemplation, par ces menus gestes, anodins et discrets, nous bâtissons l’édifice de notre Mémoire, celle qui nous survivra. Quel siècle magique où presque chacun peut laisser une trace, un héritage, un morceau de lui…

Crédit: freepik.com
Crédit: freepik.com

Même quand la fièvre de l’inspiration et les lumières du Dire s’estompent, même quand, juste après avoir appuyé sur la bouton « publier » on se dit peut-être « quoi pour mon prochain article ? », nous nous vivons!  Une façon comme une autre de suivre le cours du temps et de jeter des cailloux sur son passage, histoire de se rencontrer soi-même, tout comme on rencontre les autres. Se dire quelques temps plus tard, avec surprise, émerveillé ou écœuré:

« sérieux, c’est moi qui ai écrit ça ? ».

On peut ainsi marquer un deuil,une perte, une année de plus ou tout simplement le bonheur de lire les autres, et mille autres choses dans ce gout là, etc. etc.

Partition Crédit: www.retifweb.ne
Partition
Crédit: www.retifweb.ne

La floraison des mille et un points de vue ainsi que d’autant de centres d’intérêts amplifie sans commune mesure les voix qui résonnent à travers nos écrans. Mais il ne s’agit pas de cacophonie ou de vacarme, plutôt d’une symphonie sans cesse en écriture dont seul le Créateur, peut-être, perçoit toute la beauté et l’harmonie. Par cette écriture, on peut s’oser libre comme un petit togolais ou toujours à l’école comme un petit écolier, briller comme un salaud ou faire parler sa plume. Dans ce grand frémissement, où tant de points de vue se croisent et se rencontrent, se heurtent parfois, il nait quelque chose de plus grand que nous tous. Comme disait le grand Marcel Proust

« L’univers est vrai pour nous tous et dissemblable pour chacun (…) de mon lit, j’entends le monde s’éveiller, tantôt par un temps, tantôt par un autre. (…) ce n’est pas un univers, c’est des millions, presque autant qu’il existe de prunelles et d’intelligences humaines, qui s’éveillent tous les matins. »

Il y a quelque chose de beau là-dedans.

 


Cet billet est a pour point de départ le Blog Contest, sa quatrième saison, c’est un genre de lettre de motivation, en gros.  Comme je n’aime guère le concept de lettre de motivation, bah nous voilà, tout ce que j’ai pu écrire, c’est l’écrire. (ça sonnait plus drôle dans ma tête, en fait). J’aime à penser que j’aurai d’autres bonnes raisons et occasions d’écrire par le biais du Blog Contest. On verra bien! 😉

 


Ici pour suivre les autres participants

Yann Moebius

Tendresse Dave

Arsdy Kapnang

Marie SimOne Ngane

Obone Nang

 

A.R.D-A.


A la douleur amie

Le voyageur contemplant une mer de nuage - Friedrich Caspar David
Le voyageur contemplant une mer de nuage – Friedrich Caspar David

A la douleur amie

qui enfante nos mots les plus poignants

et attise le feu de l’espérance

 

A la douleur amie

griffonnant à même notre chair

les pleurs d’une passion égorgée

et balancée par des doigts délicats

 

A la douleur amie

qui fait notre humanité

périlleux jeu d’équilibre

en ce monde qui nous ressemble tant

éternellement mensonger donc éternellement vrai, éternellement voilé derrière un sourire fragile et rassurant

 

A la douleur amie

qui fait les yeux infinis du ciel étoilée

et le rouge-à-yeux des larmes qui ont enfanté le monde

Dieu-Créateur n’est lui-même qu’une Solitude qui a fuit son ombre

 

A la douleur amie, elle qui s’en ira bientôt, au grand regret d’une plume, assoiffée de mots et de pleurs

 

A.R.D.A.

 01 05 16, Lomé

 

 


Panafricanisme – Partie 5 : Pour un Africain nouveau

Salutations chère toutes et chers tous

Cinquième et dernier volet de notre causerie panafricaine ( Ici Partie 1, Partie 2, Partie 3, et Partie 4 )

 


 

Le désespoir n’existe pas en politique ou « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir »

La notion de désespoir n’existe pas en politique, encore moins en Histoire. Il y a des succès, des échecs, des pertes ou des gains plus ou moins importants, des temps nécessaires pour accomplir des objectifs ou pour se remettre d’une défaite, oui…mais il n’y a pas de désespoir.

Rien n’est éternel, ni la domination des uns ni la servitude des autres. L’histoire est une arène dont on ne sort réellement que les pieds devants ( Ce qui équivaut à l’extermination pour un peuple. On peut oser donc dire que les Tasmans ou les Amérindiens sont out…ce qui est loin d’être le cas pour nous, africains.)

Dès lors que les moyens matériels existent, tout ce qu’il faut, c’est la volonté, la souffrance et le temps nécessaires.

« On a toujours été toujours dominés », « Ils nous ont tout apporté » etc, de telles phrases reflètent le succès de la subversion de masse par l’histoire coloniale encore enseignée de nos jours. Rien de plus.

 

Sur le « romantisme » des panafricains.

Une certaine bienpensance considère le « panafricanisme » comme une idéologie romantique, voire ou utopiste. Il n’en est rien. Loin s’en faut. Au contraire, croire que des micro-états multi-ethniques, aux frontières fantaisistes, sans profondeur historique et sans espaces géoéconomiques adéquats, sont capables de s’imposer dans le monde actuel, ça c’est du romantisme pur et dur, ça c’est de l’utopie !

Les panafricains (sérieux et conséquents) font plutôt preuve du pragmatisme et du réalisme les plus féroces et implacables. Qu’on se le tienne pour dit. Ce disant, nous faisons l’impasse sur les panafricanistes de comptoir et de bistrot (tant il est vrai que la diffusion de ces idéaux dans les masses est primordiale). La question du devenir de tout un peuple, plus d’un milliard d’individus, une histoire qui s’étend sur plus de 12 millénaires, est beaucoup trop importante pour qu’on se perde en discutailles stériles.

 

Ces deux choses étant dites…

 


 

L’Union Africaine.

Impossible de parler de panafricanisme sans évoquer cet organe supra-étatique. Un lion docile comme un chaton ; Décrivons-la ainsi, l’union Africaine. Après tout, rien d’étonnant; que pourrait-on attendre d’une organisation très majoritairement financée par des puissances non-africaines. Surtout quand les peuples africains n’exercent aucun semblant de pression sur ses instances pour faire bouger les lignes.

Drapeau de l'Union Africaine
Drapeau de l’Union Africaine

 

Des arguments

En définitive, les raisons pour « désespérer » sont nombreuses, les dieux savent qu’elles sont très très nombreux. Mais comme dit plus haut, c’est une notion qui n’a pas sa place sur l’échiquier. Dans l’arène, il  n’y a pas de place pour ceux qui doutent. Du reste, il ne s’agit ni d’être afro-optimiste ou afro-pessimiste, il s’agit d’être Africain ou de ne pas l’être.

« C’est des forces des convictions que dépend la réussite pas du nombre de partisan. » ~  HP7 part.2 -Remus Lupin~

 

 

La dépossession de soi (Le point le plus important de cette série d’articles) 

Notre plus grande tragédie est sans doute l’état de déracinement très profond et de dépossession de soi dans lequel se trouve l’Africain. Nous sommes pour la plupart totalement déconnectés de notre histoire plurimillénaire, abreuvés à l’excès à des sources étrangères; aliénés jusqu’à l’os, nous sommes aujourd’hui à nous-mêmes, ennemis à nous-mêmes, en état permanent de conflit interne. Comme dirait le Poète, nous sommes « lit sans drain de toutes les eaux du monde/poreux à tous les souffles du monde ».

Nous sommes l’exutoire d’autrui: le déversoir sans contrôle de tous les produits et sous-produits de l’extérieur, notamment de l’Occident. Sous-produits au sens physique (déchets industriels, junk food, etc…) et surtout au sens intellectuel et culturel (invariablement traversés par tous les courants : christianisme, islamisme, protestantisme, communisme, capitalisme, féminisme, despotisme, « démocratisme », modernisme, post-modernisme, et tant d’autres « ismes »).

En l’état actuel des choses, « l’en-soi » africain est étouffé, noyé sous un flot incohérent et incoercible de visions du monde étrangères, pour le meilleur ou pour le pire (plus pour le pire que le meilleur). De fait, quelle est notre rapport au monde, notre vision du monde (ce que les allemands appellent « Weltanschauung ») et notre Grand Projet pour l’avenir ?

Il ne s’agit en rien de se fermer aux richesses extérieurs, mais comme le disait le Général de Gaulle, « ce qu’on a de mieux à offrir au monde c’est soi-même » : l’africain contemporain n’a rien à offrir au monde car il ne se possède pas lui-même. Il consomme sans jamais s’arrêter, sans digérer, sans juger sereinement.  Cette vacuité et cette dépossession de soi, résultat dramatique de la combinaison mortelle esclavage + colonisation, est incontestablement plus dévastatrice que tous les missiles sol-sol du monde.

 

Renaitre comme le phénix renait de ses cendres.
Renaitre comme le phénix renait de ses cendres.
Crédits: https://montki.eu

Pour un Africain nouveau

Ainsi, tous les rêves de Renaissance Africaine et d’Union Panafricaine (tous formats confondus) resteront lettre morte tant que les peuples, une masse critique d’intellectuels et de gens du quotidien, ne s’en seront pas emparés. Et plus encore, il n’y aura jamais, au grand jamais de prospérité tant que l’Africain ne « renaitra pas à lui-même », tel un phénix.

Nous appelons donc de tous nos vœux un ressourcement, un renouvellement des naissances ou « whm mswt » (« Uhem Mesout »), pour reprendre la formule des ancêtres égyptiens.

Fourvoyés par les oripeaux du matérialisme creux moderne, nous avons trop souvent sous-estimé l’importance du culturel, du spirituel et de l’idéologique, alors que c’est ce qui fait tout (en tout cas un grande part). Car les hommes sont si peu de choses, ôtez leur leur Histoire et leur vision du monde : vous obtenez des machines biologiques qui se contentent de consommer et déambuler à la surface de la terre jusqu’à leur date de péremption.

Il s’agit donc que renaisse un africain nouveau, maitre de lui-même et de son histoire, parfaitement désabusé sur les réalités cachées et les forces profondes qui font se mouvoir l’Histoire, ayant tué l’odeur du père « blanc » , armé jusqu’aux dents de science et d’idéaux, porteur fier d’une vision du monde originale qu’il sera prêt à offrir, à proposer au monde, au concert des nations.

Toutes les élites et les Hommes éclairés devront, dans la mesure du possible, travailler à cette régénération, tant il est vrai que ce ne sont pas les pier­res, mais les hommes qui font la force des murailles qui pro­tè­gent les cités (Thucy­dide)

 

Vive l’Afrique, vive l’Avenir, vive l’Humanité!

 


« Ne doutez jamais du fait qu’un petit nombre de gens réfléchis et engagés peuvent changer le monde. En réalité, cela s’est toujours passé ainsi. » – Margaret Mead

 

Terminons donc cette causerie comme nous avons commencé…en nous faisant une petite culture :

Kwame NKRUMAH

panafricanisme (2)

 

Cheikh Anta DIOP

panafricanisme (6)

 

Frantz FANON

Frantz FANON - Crédit: ile-en-ile.org
Frantz FANON – Crédit: ile-en-ile.org

 

 

Edem KODJO

Edem Kodjo, Ancien Secrétaire Général de l’O.U.A. Homme Politique Togolais. Théoricien du Panafricanisme
Edem Kodjo, Ancien Secrétaire Général de l’O.U.A. Homme Politique Togolais. Théoricien du Panafricanisme

 

Amzat Boukari-Yabara

amzat boukari-yabara
amzat boukari-yabara
Crédit: www.parisglobalforum.org

 

Ces petites choses étant dites, bouclons timidement la boucle, ayant à peine gratté la surface de ce sujet Ô combien passionnant. Tout en gardant ceci à  l’esprit:

 

Les mots peuvent ce que les mots peuvent, sans plus, le reste est une affaire de poigne et de poing, de sang et de glaive. A.R.D-A.


Panafricanisme Partie 4 – De la radicalité effective

Salutations chères toutes et chers tous

 

Quatrième partie de notre série sur le panafricanisme (Partie 1 : les fondamentaux, Partie 2 : les leçons de l’histoire, Partie 3 : l’Afrique des grands blocs)

 

Nkrumah et Mohamed V - Conférence de Casablanca
Mohamed V et Kwame Nkrumah – Conférence de Casablanca – Crédit : https://zamane.ma

De la radicalité effective

Il n’y a d’efficacité que dans la radicalité. Comme le résume si bien l’empereur Joseph II d’Autriche : « Les grandes choses doivent être exécutées d’un seul coup». A la conférence d’Addis-Abeba, Senghor et Houphouet-Boigny(Le groupe de Monrovia) ont battu en brèche le projet de Nkrumah et autres (le groupe de Cassablanca) et ont choisi la voie des nationalismes épars en suggérant de « se revoir dans cinquante ans »…Et bien nous y voilà, cinquante plus tard : Des états fragiles ouverts à tous les intérêts et influences« lits sans drain de toutes les eaux du monde », comme le dirait le Poète  des intégrations régionales (encore) à l’état embryonnaire. La surmultiplication des étapes avant l’état fédéral ralentit la marche de notre histoire. Les états africains dans leur configuration actuelle sont condamnés à l’inertie.

L’inertie c’est la mort. A.R. D-A.

Les territoires africains au sortir de la conférence de Berlin - Jusqu'aujourd'hui, rien n'a changé, rien n'a bougé.
Les territoires africains au sortir de la conférence de Berlin

Micro-nationalismes et micro-visions politiques

Après plus de cinquante ans de micro-nationalismes et de chevauchées solitaires, nous devons nous rendre à l’évidence : ça ne marche pas et ça ne marchera jamais. Le fond entraine la forme et la forme conditionne le fond. Sans profondeur historique réelle, les micro-états sont condamnés à avoir des micro-visions et des micro-pouvoirs politiques. Et la profondeur historique, on ne va pas l’acheter chez l’épicier du coin ou à la FMI, on l’a ou on ne l’a pas.

 

Divisés donc dominés

Au Sud du Sahara, l’influence réelle de la plupart des « gouvernements » s’arrête aux frontières des capitales, en plus de quelques grandes villes. Tout le reste étant des no man’s lands  politiques encore plus férocement livrés aux déprédations des intérêts privés trop souvent étrangers. Toutes les théories d’intégrations sous-régionales ont échoué, sacrifiées sur l’autel d’intérêts intérêts égoïstes micro-nationalistes…avec les applaudissements des intérêts extra-africains, trop contents de voir le « diviser pour mieux régner » marcher à la perfection.

 

Les frontières actuelles - fragmentaires, inertes
Les frontières africaines actuelles: une Afrique fragmentaire, morcelée, éparse. (Crédit: Google Image)

Des « souverainetés »

Il ne s’agit pas de voler aux états et micro-états africains leur précieuses « souverainetés » mais plutôt de fédérer les ressources et les forces pour ce qui est du « Sérieux » et des secteurs lourds : Défense, Éducation, Génie Militaire, Industrie lourde, Diplomatie, Santé, Sciences & Techniques, Recherche de Pointe, Macroéconomie etc…). (A titre d’exemple, un pays comme le Sénégal ou le Bénin n’a absolument aucune chance d’envoyer un homme sur la lune pour ce siècle, mais la CEDEAO ou la SADC peut oser rêver de ce genre de prouesse) Le reste sera certainement laissé à la discrétion et l’appréciation des pouvoirs locaux.

Séparés, nous sommes faibles, manipulables et corvéables à souhait. Unis nous sommes forts. Tout le monde le sait (certains le redoutent), tout le monde le sait…sauf les Africains.

 

Les Pays Pivots

Comme tout édifice repose sur des piliers, une union panafricaine s’appuiera à terme sur des pays-locomotives, des pays pivots. A pied levé, citons-en cinq:

Pays Pivots  (Notons le rapport avec la démographie)
Les pays Pivots ou locomotives de l’Afrique (Notons le rapport avec la démographie) – Crédit: slideplayer.fr

 

 

Afrique du Sud : Locomotive de l’Afrique Australe. Seul représentant de l’Afrique dans « la cour des grands » ( Membre du G20 et membre des BRICS)

Congo : Le Congo est le cœur de l’Afrique, dans tous les sens du terme. Inutile d’évoquer l’insolente richesse minière, halieutique ou encore sylvicole de ce territoire mille fois béni des dieux. Son extrême richesse lui vaut d’ailleurs les millions et les millions de morts qu’elle connait depuis plus d’un siècle. La libération continentale commencera au Congo ou y finira. C’est dire l’extrême importance de ce pays.

Égypte : Une des plus grandes armées et une des démographies les plus dynamiques du continent, un grand pouvoir diplomatique. Pays charnière entre le Maghreb, le Moyen-Orient et l’Afrique de l’Est, actuel gardien des vestiges de l’ancienne civilisation de Kémet (Égypte antique)…L’Égypte est d’une très grande importance, notamment en tant que pays leader dans le Maghreb.

Éthiopie : Plus vieille nation d’Afrique. Pivot géopolitique majeur de l’Afrique du Nord/Est, déjà siège de plusieurs instances supranationales.

Nigeria : valablement nommé le géant de l’Afrique, première économie du continent, première démographie du continent, premier producteur de pétrole, à cheval entre l’Afrique Centrale et l’Afrique Occidentale, puissance naturelle de l’Afrique Occidentale. Et la liste continue…

 

Le Politique…rien ne vaut le politique

Bien sûr, au-delà des projections géoéconomiques, le projet est avant tout politique (basé sur la volonté et le leadership!). N’importe quel pays peut donc se muer en puissance accélératrice de ce mouvement de Renaissance Africaine, à condition d’avoir le bon leader. Nous ne saurions insister sur ce point. Comme le dit le Dr Gadio:

« L’Afrique a besoin de trois choses: le Leadership, le leadership et le leadership ». Dr Cheikh Tidiane Gadio

On peut donc rêver de la Guinée équatoriale, l’Angola, la Tanzanie, le Tchad, le Sénégal, le Kenya, le Zimbabwe de Mugabe etc…comme il en fut le cas pour la Libye de Kadhafi jusqu’à son assassinat tragique et le retour brutal de ce pays au stade tribal (Vive la démocratie!).

 

Du leadership politique
Leadership – Crédit: https://i.huffpost.com

Le leadership politique (encore)

Pour ceux qui doutent de l’extrême importance du leadership et de la volonté politiques, regardez les grands changements dans la géopolitique mondiale avec l’avènement du remarquable Vladimir Poutine. Ce dernier illustre la convergence parfaite entre la volonté politique et les moyens géopolitiques. C’est ce qui s’appelle « avoir la politique de ses moyens et les moyens de sa politique ».

 


 

Dans le prochain et dernier volet, abordons la question de l’éveil politique et mental. Car il en faudra, de la sueur, des larmes et du sang, de l’abnégation et de l’obstination,  et un sursaut collectif pour bâtir l’édifice rêvé. Comme dirait l’autre, « l’horizon de la grandeur est à ce prix ».

 

Bien à vous

 

A.R.D-A.


Panafricanisme Partie 3: L’Afrique et les grands blocs mondiaux

Salutations, chères toutes et chers tous

 

Alors, poursuivons notre bonhomme de chemin sur cette question du panafricanisme (Ici partie 1, partie 2).

 

Exposé des faits : Les douloureux paradoxes de l’Afrique désunie 

Il est plus aisé pour un jeune togolais de se projeter mentalement vers l’Europe occidentale, le Canada ou les USA que vers le Ghana, l’Angola ou le Kenya.

Nombre de pays Africains importent massivement des céréales depuis l’Asie du Sud-Est ou les États-Unis alors que les récoltes pourrissent sur champ au Mali ou en Éthiopie.

Des pays Africains, souvent voisins directs, producteurs de la même matière première, vont se faire concurrence sur les marchés mondiaux au nom d’«intérêts nationaux ».

Un Français ou un Canadien a infiniment plus de facilités de voyage dans n’importe quel pays d’Afrique que n’importe quel Africain. Comme si le Bénin avait jamais été agressé le Congo, ou le Mali par le Mozambique.

 

A l’inverse…

Saviez-vous que la CEDEAO était la 20ème puissance économique mondiale ? On ne s’y attendait pas, à celle-là! Pris isolément, chacun des états et micro-états de l’Afrique de l’ouest son relativement mineurs, à l’exception du Nigeria (encore que) – à titre d’exemple, le Togo, le micro-état dont j’ai la nationalité, n’est que 155 ème sur la liste – mais une fois l’Afrique Occidentale prise comme grand-espace économique, les choses deviennent nettement plus intéressantes.

 

L’échiquier mondial actuel.

Il est terrifiant de constater l’extrême retard de la pensée politique de l’Africain moyen, à plus forte raison des « élites », sur la réalité réelle de notre monde. Car nous sommes à l’ère des grands blocs et des grands ensembles. Le temps n’est même plus aux grands pays tels qu’on les connait sur le schéma classique. A titre d’exemple :

  • L’union Nord-Américaine: Cristallisée par le traité l’ALENA; à terme, cet espace contiendra  les USA, le Mexique et le Canada. Il s’articule avec l’Euramérique, dans une logique d’unification thalasso-tellurique plutôt audacieuse et inédite. Deux grands espaces qui ont les USA pour centre de gravité, cela va sans dire.

 

  • L’Euramérique: L’Euramérique aura pour vocation d’unifier économiquement les USA à toute l’Europe occidentale (Plutôt de cadenasser l’UE aux USA). Ceci à travers le TAFTA ou Traité Transatlantique, en cours de négociation.

Les Américains, avec l’esprit de prospective qui les caractérise, se construisent ainsi un glacis protecteur face à l’hégémonie économique chinoise. Ils voient cinquante cent et deux cent ans à l’avance, là où les dirigeants africains ne se projettent que dans le mois, l’année, ou le quinquennat suivant. 

 

  • Les BRICS ou la marche des nouveaux géants: Les BRICS  (Brésil + Russie + Inde + Chine + Afrique du Sud) réunissent les grandes puissances émergentes, notamment le Brésil, Deuxième puissance du continent américain. Notez d’ailleurs que l’Afrique du Sud est le plus petit pays de cette alliance, à la fois démographiquement et économiquement. La charnière des BRICS est évidemment l’axe Moscou-Pékin.

BRICS
Les BRICS – Crédit: Wikipedia
 

  • Paris-Vladivostok ou L’Eurasie de Poutine: Union de l’Europe Occidentale et de l’Europe Orientale, c’est la seule entité qui fasse véritablement trembler le mastodonte étasunien. Une grande alliance entre les immenses ressources financières et technologiques de l’Europe de l’Ouest et les encore-plus-immenses ressources naturelles et énergétiques de la Russie.

 

Eurasia (orthographic projection)
L’Eurasie au sens large. Un possible axe Berlin-Moscou étant la bête noire des USA – Crédit: Wikipedia

 

(Pour prévenir cette alliance Est-Ouest, les élites anglaises (puis anglo-saxonnes) ont efficacement opté pour la création d’un inter-marium, mer intérieure : c’est-à-dire, ériger entre eux deux une barrière de sang et de désolation. Tout à fait par hasard, on remarquera que les conflits en Ukraine jouent parfaitement ce rôle…à une heure où l’Allemagne (locomotive de l’Europe occidentale) et la Russie se réveillent. Tout comme les conflits dans les Balkans un siècle plus tôt, ou encore la guerre du Kosovo il y a quelques décennies. Ces hasards de l’histoire qui ont tendance à se répéter, on ne sait trop pourquoi…)

 

 

A nous de prendre nos responsabilités…

On ne peut comparer que les choses qui sont comparables, on ne peut confronter que les choses qui sont confrontables. Les micro-états africains, isolés, croulant sous de violentes contradictions internes, n’ont ni les infrastructures et superstructures, ni les ressources géo-économico-démographiques nécessaires pour peser quoi que ce soit où que ce soit, notamment face G5. Il est d’ailleurs très facile de faire le lien entre les Grandes puissances émergentes et la taille de leur espace.

 

Théorie de la continentalité

 Au vu de ce qui précède, l’évolution logique que nous impose l’Histoire est donc de se penser en tant que Continent. Un immense espace « sans frontières et sans limites » de 30 millions de km² et de près d’un milliard d’habitants ! A l’image de nos ancêtres, nous devons nous défaire des barrières mentales dans lesquels notre pensée est emprisonnée et engluée…notamment à travers les frontières fantaisistes de nos états ou micro-états respectifs.

Nous n’aurons de cesse de le répéter tout au long de ces articles : Il faut penser en tant que continent. C’est ce que nous appelons la théorie de la continentalité. La question était ébauchée dans l’article précédent, la voilà accouchée.

« Il faut penser en continent » « Il faut penser en continent » « Il faut penser en continent »

 

Carte du monde, projection de Peters - Centralité de l'Afrique
Carte du monde, projection de Peters
Crédit: idata.over-blog.com

Théorie de l’Insularité

Second volet, suite logique, de l’idée évoquée plus tôt:  Si, en interne, nous devons nous concevoir comme un seul ensemble s’étendant de Dakar à Djibouti et du Caire au Cap (L’intégration du Maghreb dans une fédération panafricaine est primordiale, le panafricanisme n’est pas du pan-négrisme), grand-ensemble qui admet ses particularismes régionaux, cela va de soi; à l’extérieur, nous nous penserions comme une « Grande-Ile ».

Le grand géopoliticien anglais Halford MacKinder a théorisé l’Ile-Monde (Eurasie + Afrique) et le Heart-Land ( le verrou eurasiatique, considéré comme clé de voute du monde). Sa pensée géopolitique, bien que relativement battue en brèche sur certaines points par l’Histoire, a influencé l’évolution du monde dans une mesure qu’on soupçonne à peine aujourd’hui…

Eh bien, dans une vision afro-centrée, saine, logique et cohérente, nous développerions l’idée de l’Ile-Afrique. C’est la théorie de l’Insularité.

 

Continentalité/Insularité

Ces deux approches « contraires » sont parfaitement et nécessairement complémentaires. Elles constituent la double grille de lecture de la pensée politique, géopolitique et macro-économique pour une Afrique forte, une Afrique qui se respecte et défend ses intérêts.

Nous pourrions, très à juste titre parler de l’Ile-Afrique et de ses projections vers les « ilots-relais » que forment les Antilles, avec pour points d’appui des intérêts communs bien compris, une certaine affinité liée aux réalités de l’histoire (notamment la forte population afro-descendante). Faire une jonction, et c’est là un point capital, avec l’autre Grande-Ile qu’est l’Amérique latine, menée par le Brésil. Il s’agirait, à terme, de créer une Grande Alliance de l’Atlantique Sud… Un bloc d’une puissance redoutable, dont nous osons à peine imaginer le rayonnement, tant il est immense. Nous, Africains, ne regardons pas assez vers l’Amérique latine, c’est une immense tragédie!

Mais cela nous amènerait trop loin, et dans le temps et dans l’espace et dans les concepts.

Les Antilles, relais entre l'Afrique et l'Amérique Latine Crédit: https://www.defense.gouv.fr
Les Antilles, relais entre l’Afrique et l’Amérique Latine
Crédit: https://www.defense.gouv.fr

 

Pour ne pas conclure

Les unions transnationales ont cruellement besoin de continuité géographique pour être viables, efficaces et efficientes. Quelle est la meilleure continuité géographique dont on pourrait rêver si ce n’est l’Afrique entière !


 

En espérant nous avoir édifié…et pas trop ennuyé (Ce fut relativement long, mais il faut ce qu’il faut). Nous poursuivrons sous peu sur cette question.

 

Bien à vous.


Panafricanisme partie 2 : les leçons de l’Histoire

Salutations chères toutes et chers tous,

Poursuivons donc notre causerie sur la question du panafricanisme. (pour les fondamentaux, voir partie 1)

 

Taille réelle de l'Afrique Crédit: https://static.hitek.fr
Taille réelle de l’Afrique
Crédit: https://static.hitek.fr

 

La géographie comme clé de la puissance.

Qu’est ce qui a fait la puissance des États-Unis, de la Chine ou de la Russie ? Que pèse un pays comme le Cameroun ou le Gabon ou le Lesotho face à ces trois géants ? Que serait-il advenu si les États-Unis ne s’étaient jamais « unis » ? Pensez-vous que treize ou trente Etats « indépendants » auraient le même poids géopolitique que cet immense ensemble, grand comme la CEDEAO, que sont les USA ? Toutes ces questions entendent introduire le sujet de l’espace géographique comme critère de puissance.

 

La géographie comme source idéologique.

L’Histoire est catégorique : l’idéologie (géopolitique) est très intimement liée à la géographie. Les peuples, tout comme leur vision du monde, sont les enfants de leur milieu. Le troisième Reich, par exemple, n’a pas inventé le concept de lebensraum (espace vital) juste « comme ça » : c’est lié à la position centrale de l’Allemagne, « coincée » entre l’Europe de l’Ouest et les immenses ressources naturelles du territoire soviétique. La Russie s’est elle-même constituée comme puissance continentale au centre de l’Eurasie. De même, le mode d’expansion de l’empire anglais n’est pas anodin et s’explique par le fait que l’Angleterre est une île (ou plutôt un archipel) et ne pouvait étendre sa domination que par la voie maritime. L’Angleterre est donc devenue une très puissante thalassocratie (puissance maritime)*. Ceci explique toujours cela.

 

Alors, quelle idéologie pour l’Afrique ?

A présent, jetons un regard dépassionné sur une mappemonde, puis sur une carte de l’Afrique. Ignorons les frontières coloniales qui la segmentent comme des coups de machette sur une tranche de steak… Il faudra bien se rendre compte à un moment donné que l’Afrique est tout bonnement une gigantesque île de 30 millions de kilomètres carrés littéralement au centre du monde! (ça aussi, nous y reviendrons)

Carte du monde, projection de Peters - Centralité de l'Afrique
Carte du monde, projection de Peters
Crédit: idata.over-blog.com

Le Panafricanisme comme un impératif de l’histoire

Ces sentiers ainsi ébauchés, soutenons que le panafricanisme reste un impératif historique pour l’Afrique. De toutes les alternatives, c’est de loin la meilleure, tant pour notre renaissance en tant que grande puissance et grande civilisation, que pour notre survie pure et simple. Les exemples sont légions, il suffit de savoir regarder plus loin que le bout de son nez.

C’est ici que je laisse la parole à qui de droit :

 

Edem Kodjo-Festival international de géographie 2011
Edem Kodjo, Ancien Secrétaire Général de l’O.U.A. Homme Politique Togolais. Théoricien du Panafricanisme

L’idéologie de la puissance africaine existe : c’est le panafricanisme, qui prend le continent dans sa totalité comme espace géopolitique unique. Ce panafricanisme n’est pas une utopie. Il s’inspire des expériences historiques des autres peuples situés sur d’autres continents. Ce panafricanisme est la seule voie du salut.

Le panaméricanisme n’a-t-il pas servi de base idéologique à la création même, puis à la puissance, des États-Unis ? La France napoléonienne ne fut-elle pas contrainte de se défaire de la Louisiane, au nom du panaméricanisme ? L’Espagne ne dut-elle pas ensuite céder la Floride, la Grande-Bretagne évacuer le Sud-Ouest de sa colonie canadienne, et la Russie vendre l’Alaska ? Enfin, le Mexique, à l’issue d’une guerre impitoyable, ne perdit-elle pas presque la moitié de son territoire, qui revint aux États-Unis ? Il serait illusoire de ne pas reconnaître que la puissance actuelle des États-Unis d’Amérique trouve son origine dans ce concept de panaméricanisme qui, à Washington, voit dans l’ensemble du continent américain la sphère de prééminence de l’Amérique anglo-saxonne. Simon Bolivar, pour avoir voulu bâtir une fédération latino-américaine sur l’exemple de celle des États-Unis, fut énergiquement combattu par ces derniers, soucieux d’avoir à leur porte une zone d’influence et non une puissance rivale.

N’est ce pas le panslavisme qui, comme idéologie, a sous-tendu le développement de la puissance russe ? […] Les souverains de la Russie tsariste voyaient dans le panslavisme la doctrine de la renaissance soviétique. Même ceux qui n’étaient pas Russes, tels Joseph Staline, n’ont pas renié ce concept de panslavisme, puisqu’en 1943 se tenait encore à Moscou un Congrès des peuples slaves.

Et le concept de l’unité européenne ? N’est-il pas, lui aussi, un instrument de renaissance de la puissance de l’Europe face à l’univers panaméricain et au monde slave, dont la force est le résultat des rivalités entre nations du « vieux continent » ? Les dirigeants européens ont compris la nécessité de réaliser l’unité de l’Europe, pour qu’elle puisse retrouver sa splendeur passée par une mise en commun des ressources et énergies.

Et le concept de Pan-Asie ? Les Japonais ne l’ont-ils pas inventé comme base de leur puissance ? Recouvrant l’Asie orientale, l’Asie du Sud-Est, l’Australie, soit tous les territoires baignés par le Pacifique du Nord-Ouest, cette zone est appelée par les géopoliticiens et militaires japonais la « sphère de coprospérité de la grande Asie orientale ». […] Imagine-t-on la formidable puissance que représenterait l’Asie si le slogan « l’Asie aux asiatiques » venait à triompher ? La puissante technologique japonaise alliée à la masse chinoise ferait glisser le centre de gravité de la politique mondiale vers le Pacifique. […]

Et le panarabisme ? N’est-il pas, associé à l’islam, l’idéologie de la renaissance du monde arabe ? Se représente-t-on ce que pourrait être le monde arabe comme puissance si le panarabisme arrivait à rassembler tous les peuples de cette partie du monde dans une seule communauté d’intérêts, utilisant au mieux les ressources financières provenant du commerce du pétrole ?

 

Il en va de même pour l’Afrique, dont l’importance géopolitique serait mieux exploitée par la mise en œuvre d’un panafricanisme intelligent, rationalisé. Considéré non comme une idéologie de domination des autres peuples, mais comme une philosophie politique tenant à réunir tous les peuples du continent en une grande communauté d’intérêts, le panafricanisme parait l’unique moyen pour les Africains d’exploiter dans le sens de leurs intérêts propres les avantages que leur offre l’importance géopolitique de leur continent.

Les Africains doivent savoir que le panafricanisme est la seule voie qui, tenant compte des particularismes sous-régionaux et des traditions propres aux peuples africains, peut édifier, sur les données géopolitiques fondamentales que nous avons dégagées, la puissance africaine de demain. Il n’y a pas d’autre voie. L’horizon de la puissance est à ce prix. Edem Kodjo in Et demain l’Afrique, pp. 241-242.

 

Concluons ainsi ce survol de la genèse des grands blocs mondiaux. Dans le prochain volet, intéressons-nous aux configurations mondiales actuelles, à leurs mutations, et à la place de l’Afrique (et du panafricanisme) dans cette recomposition des équilibres.

Le but sacré de tout peuple sain d’esprit et en possession des ressources nécessaires n’est pas d’être un vulgaire pion sur l’échiquier d’autrui, mais d’illuminer le monde – Par la force de la lutte, par le travail et la souffrance, par l’abnégation et la vigilance permanentes, par la sueur, le sang et les larmes, au prix de tous les sacrifices nécessaires, de s’élever vers les plus hauts sommets et de se bâtir une grande civilisation. Toute autre ambition mérite à peine d’être évoquée. A.R.D-A.

 

Bien à vous.

 


 

* Nous reviendrons plus loin sur la dialectique thalassocratie/téllurocratie (puissance navale/puissance terrestre) ; un sujet qui ne manque pas d’intérêt, c’est le cas de le dire.


A l’orée du mot

A l'orée du mot, un sourire enchanteur
Crédit: https://survolerparis.com

A l’orée du mot

Un crépuscule lacunaire dessine l’existence humaine

En pointillés

L’Homme est le mot qui s’est habillé pour sortir

Pour prendre l’air, là où les choses peuvent mourir

Là où les sourires portent une minijupe et des bracelets dorés

Allons donc, là-bas, de l’autre côté du mot

Chercher ces sourires aguicheurs

 

A.R.D.-A.


Deuil : pour tous ceux que nous avons perdus

Le deuil, une expérience solitaire
Deuil
Crédit: lexpress.fr

« A tous ceux qui s’en vont

Comme s’ils revenaient un quart d’heure plus tard

Et qui ne reviennent jamais

A tous ceux qui s’en vont

Comme ils étaient venus

Et emportent avec eux, des morceaux de nous »

 

« Vendredi soir, tu rentres chez toi, après une rude journée. Pourtant tu as le sourire aux lèvres, car la soirée promet d’être agréablement bien remplie, tout comme le week-end… et c’est là que ta mère rentre aussi, livide, les yeux encore marqués par des larmes qui viennent à peine de sécher – elle t’apprend alors que ton cousin, ton tout petit cousin, est décédé. Quelque part, il y a une grosse météorite qui a dévié de sa route et vient te heurter de plein fouet. »

 

Salutations chères toutes et chers tous,

Le deuil, comme la mort, est une expérience solitaire particulière. Entre douleur et incompréhension, entre larmes intérieures et crispations de colère, on navigue ainsi, meurtri et chancelant, sur des eaux troubles et acides.

Et parce que  que nous passons tous par-là, je ne serai pas seul à parler ici, la parole est partagée avec mon camarade, Archer de son état, Laurier.

 

Le Deuil

La façon la plus juste de se le représenter, serait peut-être l’image d’un pieu, qui viendrait « vam » se planter en plein dans notre cœur alors que vous vous-y attendez le moins. C’est comme être frappé par la foudre alors que le temps est parfaitement clair, le ciel parfaitement bleu. Car la mort donne rarement de préavis, rarement de signe avant-coureur, rarement de chronogramme de « comment les choses vont se passer ».

Et le pieu, lentement, très lentement, méthodiquement (sadiquement) sera retiré par vos soins et celui de vos proches, tout aussi meurtris, tout aussi brisés, tout aussi sidérés. Car le pieu doit sortir, bon gré mal gré. Cela s’appelle « le deuil ».

Mais, quelle audace qu’elle a quand même, cette Mort, qui vient ainsi, jusque dans votre jardin à vous, ravir votre proche à vous : votre père, votre frère, votre sœur, votre cousin, votre cher(ère) et tendre. Cela n’arrive donc pas qu’aux autres !? Vous aurait-on trompé, vous ne seriez donc pas le centre de l’univers, vous ne seriez-donc pas différents des autres ? Et Dieu, ce monsieur (ou cette dame) que nous prenons la peine de prier tous les jours, il était où, en congé?

 

Laurier : Quand nous apprenons qu’une personne qui nous est chère n’est plus, l’on sent la terre se dérober sous nos pieds. L’on se demande pourquoi. Pourquoi elle ? L’espace d’un instant, la réalité semble fiction. Nos pensées se bousculent dans un tumulte. L’on accuse Dieu, l’on blasphème proférant toute sorte d’invectives à son endroit, le menaçant presque de le renier s’il ne faisait pas revivre notre défunt.

 

Et puis s’en vient le vide, béant, vorace, dévastant tout sur son passage.

Laurier : Très vite, nous sentons le vide laissé. C’est la fin de l’histoire commune vécue avec le défunt. Une partie de nous le rejoint. Des souvenirs, quelques photos seront désormais ce qui nous restera. Les condoléances fuseront de partout. Amis, collègues, camarades, apporteront du soutien, du réconfort par leur présence, espérant qu’en partageant notre peine, cela nous rendra moins triste. Mais un deuil se fait seul. Parce que c’est seuls que nous souffrons. Le soulagement apporté par la présence des autres est momentané.

Dans cette détresse que nous subissons, nous flirtons avec la plus fragile version de notre personnalité. Nous découvrons d’autres pans de notre personne. Ainsi aux prises avec la douleur : « nous découvrons quelles sont nos limites, nos qualités, nos défauts, etc.

 


 

« Rien ne dure dans ce monde cruel, pas même nos souffrances » Charles Chaplin.

 


 

Viens, viens, viens et coule, temps ami. Viens doucement panser mes plaies. Viens, oubli frère, gommer de ma pensée ces taches de sang et de larmes.  Anges et démons, versez donc du vin dans ma coupe, remplissez-la à raz-bord, que j’y noie mon âme lacérée, que j’y jette mes yeux qui ont vu l’être cher partir.  Coule, coule, temps ami, et emporte avec toi les larmes et pleurs, ne laisse que le reste… ne laisse que ce qui brille.

 

Laurier : Plus le temps passe, plus la douleur qui autrefois était vive devient terne. Le temps se fait notre ami. Lentement il pansera nos plaies, nous ramenant progressivement vers un quotidien plus acceptable, plus agréable. Pour certains la mort est salvatrice parce qu’y trouvant l’ultime solution à leurs problèmes, pour d’autres elle est malheur, parce qu’elle les arrête dans leur cheminement. La mort n’est pas égale pour tout le monde. Quand une personne âgée (80 ans ou plus) décède, nous pouvons dire qu’elle a bien vécue et n’a pas forcément perdue quelque chose. Par contre, lorsque c’est une personne jeune qui meurt, elle n’a pas eu le temps de vivre.

Tu n'est plus là où tu étais, mais tu es partout où je suis. Victor Hugo
Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout où je suis. Victor Hugo
Crédit: comemo.org

Face à la tyrannie de la mort, l’espoir et le sourire. Face à l’épée de Damoclès qui pend au dessus de nos têtes, et pire encore,  sur la tête de nos êtres chers, l’espoir et le sourire. La vie n’est précieuse que face à la mort. Quel plus bel hommage pour ceux qui ne sont plus que de vivre chaque instant, respirer chaque goutte d’air, comme autant de trésor qu’ils ne contemplerons plus. Comme autant de merveilles que nous nous faisons devoir d’apprécier en leur nom…

Vivre, rire, bondir, courir… Chérir leur souvenir.

Nous ne sommes pas seuls, nous nous drapons du voile de nos ancêtres, et nos êtres chers marchent dans nos pas, s’esquissent dans chacun de nos gestes…un peu comme notre ombre. Nous ne sommes plus seuls.

 

Laurier: Soyez là pour vous-mêmes d’abord et pour ceux que vous aimez ensuite. Ne vous négligez pas. Trouvez des gens qui vous rendront vos sentiments. Tout le monde mérite d’aimer, et d’être aimé en retour. Ne transigez pas sur ce point. Dansez, riez et partagez des repas avec vos amis, ceux que vous aimez. Les vraies amitiés, honnêtes et solides, sont miraculeuses parce que nous les choisissons, au lieu de fonder notre loyauté sur des liens de consanguinité. Choisissez-les avec soin, et aimez-les du mieux que vous le pouvez. Réalisez vos ambitions. Bâtissez une chose que vous serez fière de léguer à la descendance. Entourez-vous de belles choses. Au milieu de la grisaille et la tristesse qui envahissent souvent nos existences, sachez repérer l’arc-en-ciel et en préserver le souvenir. Trouvez la beauté en toute chose, même s’il vous faut parfois y regarder d’un peu plus près.

Ma parole est tombée !

 

Que dire de plus, si ce n’est esquisser un douloureux sourire face à la terre qui continue sa ronde. Ou peut-être, comme une consolation, se remémorer ces vers :

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :
Les Morts ne sont pas morts.

Birago Diop, Souffles.


Panafricanisme: et si nous revenions aux fondamentaux?

Salutations chères toutes et chers tous,

 

Suite à un article tout à fait édifiant d’un camarade, sur la question du panafricanisme, ou d’un certain anti-panafricanisme à la marge, je me fais un petit devoir de discuter, un tant soit peu, sur ce sujet. Une nouvelle pomme de discorde en somme; enfin, quoique. Le passé a déjà montré que, par la magie du dialogue et de l’échange, des points de vue qui semblaient en apparence les plus inconciliables trouvaient aisément terrain d’entente. L’essentiel des frictions provient soit de quiproquos, de malentendus ou, plus bêtement, d’un manque de culture sur tel ou tel sujet, tant il est vrai qu’on a de grands risques de se tromper et de raconter des bêtises quand on parle d’un sujet qu’on ne maîtrise pas. Il va de soi que dans le présent développement, je fais radicalement abstraction des panafricains ou panafricanistes de comptoir, sur lesquels je n’ai pas les moyens de me prononcer.

Profitons donc de l’occasion pour déblayer un peu le terrain de la pensée panafricaine en quelques billets (billets dont celui-ci est le premier, naturellement).

 

Panafricanisme: de quoi il s’agit ?

Comme pour tous les sujets qui comptent (et fâchent), il y aurait beaucoup à dire et à redire mais, parce qu’une bonne culture vaut mieux qu’un mauvais clash, parce qu’il est toujours salutaire de revenir aux fondamentaux, je propose des pensées et des réflexions de quelques « panafricains » ou « panafricanistes », histoire de situer le sujet.

 

A tout seigneur tout honneur : Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah et Edem Kodjo.

 

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Pr. Cheikh Anta Diop, Historien, Egyptologue, Théoricien du Panafricanisme. Crédit: abagond.wordpress.com

«On vous nie en tant qu’être moral. On vous nie en tant qu’être culturel. On ferme les yeux, on ne voit pas les évidences. On compte sur votre aliénation, sur le conditionnement, les réflexes de subordination, et sur tant d’autres facteurs de ce genre. Et si nous ne savons pas nous émanciper d’une telle situation par nos propres moyens,  il n’y a pas de salut.[…] Parce que le conflit, il est partout, il est à tous les niveaux. Il est dans tous ces débats, il est jusque dans nos relations internationales les plus feutrées. Nous menons et on mène contre nous le combat le plus violent, plus violent même que celui qui a conduit à la disparition de certaines espèces. Et il faut [justement] que votre sagacité aille [jusque-là] »

Cheikh Anta Diop, Conférence à l’université de Niamey de 1984.

 

« Les forces dirigées contre nous, sont, et j’emploie le mot à juste titre, formidables » Kwame Nkrumah, discours d’indépendance du Ghana.

panafricanisme (2)
Kwame Nkrumah, Premier Président du Ghana. Théoricien du Panafricanisme.

 

« En fait, il peut arriver qu’un pays colonisateur offre l’indépendance à un peuple, non pas avec l’intention que l’on pourrait supposer à un tel acte, mais dans l’espoir que les forces positives et progressistes en seront endormis, et que l’on pourrait exploiter le peuple plus tranquillement. […] Il est beaucoup plus facile au chameau de passer, bosse comprise, par le chas d’une aiguille, qu’à une ancienne administration coloniale de donner des conseils sains et honnêtes, d’un ordre politique, au territoire libéré. Laisser un pays étranger, en particulier un pays qui a investi en Afrique nous dire quelles décisions politiques prendre, quelle ligne politique suivre, c’est vraiment rendre notre indépendance à nos oppresseurs sur un plateau d’argent. »

Kwame Nkrumah, Le consciencisme

 

 

Edem Kodjo-Festival international de géographie 2011
Edem Kodjo, Ancien Secrétaire Général de l’O.U.A. Homme Politique Togolais. Théoricien du Panafricanisme

 « L’Afrique contemporaine, par sa division consacrée par une mauvaise interprétation du principe de l’intangibilité des frontières héritées de la période coloniale, par sa faiblesse résultant de l’émiettement de ses forces dans un monde impitoyable, par l’influence grandissante des nouveaux impérialismes, ne semble pas avoir pris en main la détermination de son avenir et de son devenir. Il y a, dans l’histoire, des contradictions qui ne peuvent que donner matière à réfléchir aux esprits les mieux disposés à œuvrer dans le sens de la renaissance d’une Afrique puissante. Les guerres en Europe ont eu pour conséquence le reflux des puissances vaincues et la dernière guerre mondiale, marquée par la défaite de l’Allemagne, a été suivie par le réaménagement de l’espace géographique du Centre et de l’Est européens au détriment des Germains. […] Peut-on dire de même de l’Afrique d’aujourd’hui ? Les sacrifices assumés par les peuples africains afin de recouvrer leur liberté n’ont pas été couronnés par le réaménagement général de la carte politique africaine auquel on pouvait s’attendre. Les indépendances obtenues à partir des clivages laissés par les anciennes puissances coloniales eurent pour effet de consacrer les méfaits de la conférence de Berlin, c’est-à-dire la division des peuples en puzzle de territoires multiples gérés par des états sans avenir.

Nos peuples ont-ils lutté des décennies durant pour se retrouver comprimés dans les frontières artificielles tracées à leur insu un siècle auparavant ? Au lieu que l’histoire éclaire les démarches des Africains, au lieu qu’elle les aide à renaitre à eux-mêmes, l’on constate avec amertume qu’elle pèse lourdement sur leur destinée. Cette pesanteur de l’histoire se lit et se voit sur la carte politique du continent. Cette carte est le miroir qui renvoie à chaque instant et à chaque Africain l’image d’autrui, image qui se traduit par la perpétuation effective sinon juridique du partage de Berlin en 1885. Mais les ressources humaines et matérielles substantielles de l’Afrique, la possibilité de les utiliser pour féconder une civilisation forte et généreuse, dans le cadre de l’indispensable unité, donnent néanmoins espoir aux Africains des raisons d’espérer. »

Edem Kodjo (Ancien Secrétaire général de l’OUA), in …Et demain l’Afrique, PP 59-60

 

Livre; Et demain l'Afrique
Et demain l’Afrique – Edem Kodjo

« Que les Africains ouvrent les yeux sur les réalités du monde. Ils verront que les puissances industrielles, confrontées à d’intenses difficultés sociales avec leurs millions de chômeurs, ont déjà fort à faire pour réduire la pauvreté chez elles et qu’en toute logique elles ne peuvent situer au premier rang de leurs préoccupations l’éradication de la misère dans des contrées lointaines. Il nous faut donc, dans le cadre de la politique économique mondiale, nous convaincre que notre continent possède des atouts, et que nous sommes les seuls à pouvoir créer – avec ou sans aide extérieur – notre propre richesse par le développement, développement conçu en fonction de nos besoins. Lorsqu’ils se battent pour entrer dans le club des pauvres, convaincus qu’ils n’ont rien, attendant leur salut de l’étranger et acceptant d’être à la traîne des puissances extérieures, les africains se condamnent d’avance à n’être que des observateurs passifs de leur destin, alors qu’ils peuvent conduire par eux-mêmes le changement et réaliser leur propre développement. N’est-ce pas trahir les objectifs de l’indépendance que d’agir ainsi ? N’est-ce pas se soumettre d’emblée au bon vouloir de l’extérieur ? N’est-ce pas renier sa foi dans les destinées de l’Afrique ?

Dans l’histoire des temps modernes, la véritable indépendance des peuples colonisés s’est toujours marquée par une rupture déchirante des liens de domination entre les colonisés et les puissances colonisatrices. Toujours, il a fallu secouer la tutelle du Père, dissiper « son odeur », le remettre à sa place véritable, celle d’un interlocuteur à qui l’on s’adresse d’égal à égal, sans plus. »

Edem Kodjo (Ancien Secrétaire général de l’OUA), in …Et demain l’Afrique, chap.  le paradoxe de l’indépendance. p. 128

 


 

J’espère que ceci nous aura édifié et aidé à cerner quelque peu les contours de ce sujet épineux et passionnant. Nous poursuivrons bientôt ce que j’espère être une aimable causerie (autour d’un thé ou d’une bière, c’est selon 🙂 ) sur la question. Pour ma part, au sujet du panafricanisme ou l’anti-panafricanisme, question centrale et vitale, je considère que tout africain, raisonnablement doué de ses capacités, raisonnablement libre d’esprit, raisonnablement informé et raisonnablement disposé à y réfléchir, devrait arriver à la conclusion qu’une union ou une fédération est absolument nécessaire, et ce sans moindre mal.  A moins que la configuration mondiale change de manière très radicale, dans un avenir extrêmement proche (lors d’une chute de météorite ou le retour d’un Messie par exemple). Mais bon, nous y reviendrons.

 

Panafricainement vôtre.

 


À Dakar nous étions

Dakar

Nous sommes ces mots,
Ces doigts
Qui dessinent mille et un mondes, de clics en clics, de ‘’like’’ en ‘’like’’,
Ces arcs-en-ciel chantants qui fleurissent aux quatre vents
Aux quatre saisons et aux quatre âges de l’Homme

Qui dessinent le monde à l’encre de nos rêves ou le caricaturent, pour lui voler un sourire
Nos humanités éparses, semées au gré des hasards, des sourires, des mains tendues, des salutations et des ‘’Nangadef’’.

Nous sommes ces mains emmêlées, ‘’collées’’ (la petite) corps raccords, âmes à âmes, clique à clique, solitude à solitude, monde à blog.
Ces cuillères qui s’entrechoquent et font de la musique, autour du grand plat de riz, du grand plat du partage et de la satiété, ou pas. (Et chuuuuuuut, fait la bouche « Chantal » au petit matin – Et rebelote pour les coquillettes malaimées, « Demain est un autre jour, vous en mangerez quand même! », dit Chantal au soir) 
Nous sommes cette multitude d’ici et maintenant encastrés dans la chair du monde, juchés sur la chaire des mots.

Un jour, une certaine semaine,
Quelque part à mi-chemin entre nos rires et nos pleurs.
Nous nous sommes trouvés.

(CC) - Wikipedia
(CC) – Wikipedia


La démographie ou le miracle Africain

Salutations chères toutes et chers tous.

Évoquons aujourd’hui un des plus remarquables miracles de l’Afrique: sa démographie. On a tous entendu et réentendu cette fameuse phrase : en 2050, le quart de la population mondiale sera africain. C’est probablement le grand phénomène de repeuplement de l’histoire récente de l’humanité.

démographie (3)

L’Afrique est un continent, pas une île

Avant d’aller plus loin, une chose fondamentale: l’Afrique, messieurs et dames, est un CONTINENT : 30 000 000 de mètres carré! Ce n’est ni un pays, ni une île, ni une péninsule. Ne perdons pas cela de vue.

 

Esclavage et dépeuplement de l’Afrique

Pourquoi la démographie actuelle est un véritable miracle, et pourquoi parler de re-peuplement ? Tout simplement parce que le continent revient de loin, de très loin même. D’ailleurs, par rapport à sa superficie, même en excluant les déserts, il n’est pas si peuplé que cela. On fait encore pale figure derrière l’Asie, en termes d’habitants par kilomètre-carré.

démographie (2)~1

La notion de « Surpopulation » est en elle déjà problématique, et révèle une certaine méconnaissance de l’histoire du continent. L’Afrique Impériale a toujours été relativement peuplée, mais le ma’afa (le Grand Désastre, la traite négrière) nous a énormément couté en vies humaines. Les pertes s’évaluent entre 100 et 200 millions.

 « Au XVIe siècle, dans la plupart des régions d’Afrique subsaharienne, il existait des villes considérables pour l’époque (soixante mille à cent quarante mille habitants ou plus), de gros villages (mille à dix mille habitants), souvent dans le cadre de royaumes et d’empires remarquablement organisés, et aussi des territoires à habitat dispersé dense. […]

[…] A partir du XVIe siècle, la situation s’aggrava singulièrement. Les Portugais pénètrent le Congo, au sud de l’embouchure, ils conquièrent l’Angola, attaquent les principaux ports de la côte orientale et les ruinent, pénètrent dans l’actuel Mozambique. Les Marocains attaquent l’empire Songhaï, qui résiste pendant neuf ans. Les agresseurs disposent d’armes à feu, alors que les Subsahariens n’en ont pas. Des milliers d’habitants sont tués ou capturés et réduits en esclavage. Les vainqueurs s’emparent de tout : hommes, animaux, provisions, objets précieux…

Royaumes et empires sont disloqués, émiettés en principautés amenées à se faire la guerre de plus en plus souvent afin d’avoir des prisonniers qui pourront être échangés, notamment contre des fusils, indispensables pour se défendre et pour attaquer. Il en résulte des déplacements de populations provoquant de nouveaux heurts, des regroupements dans des sites refuges, la propagation d’un état de guerre latent jusqu’au cœur du continent. Les razzias se multiplièrent au point d’atteindre le chiffre de quatre-vingts par an, au début du XIXe siècle, au nord-est de la Centrafrique, d’après le lettré tunisien Mohammed el-Tounsy, qui voyageait au Darfour et en Ouaddaï (actuel Tchad) à cette époque. Le pourcentage des captifs par rapport à l’ensemble de la population s’accroît donc continuellement entre le XVIIe siècle et la fin du XIXe, et des « districts autrefois densément peuplés furent reconquis par la brousse » ou la forêt. » Pr Louise Maës-Diop

 

La récente explosion démographique

En l’état de nature, la population de l’Afrique connaissait une régulation simple : natalité forte – mortalité forte. Le mot d’ordre était simple : « la nature tue tout ce qui bouge, fais-donc un maximum d’enfants, parmi quelques-uns survivront ».

Crédit: https://www.ankhonline.com
Crédit: https://www.ankhonline.com

Cette régulation naturelle, couplée à l’état de délabrement politico-économico-social du Continent au sortir des cinq siècles d’esclavage, explique le taux d’accroissement naturel relativement bas. Mais, suite à la colonisation, avec l’introduction de la médecine prophylactique et autres, on verra la machine être relancée significativement (Natalité toujours forte – Mortalité en baisse). C’est heureux, ou plutôt c’est moins pire.

Cependant, la mentalité qui consiste à faire beaucoup d’enfants perdure encore aujourd’hui, notamment dans les campagnes, car les mutations ont eu lieu assez vite. La natalité que l’ainé Kpelly ne manque pas de fustiger vient de là.

Fait peu connu, au sortir des indépendances, certains intellectuels s’inquiétaient déjà de la faible démographie du Continent. L’actuel repeuplement apparait donc comme miracle de l’histoire. Un miracle comme il s’en produit très peu ; figurons-nous que les amérindiens, les aborigènes d’Australie ou de Tasmanie n’ont pas eu cette chance.

 

Le faux-problème de la surpopulation

Comme dit plus haut, l’Afrique est un Continent et doit se penser comme tel. Tous les pays n’ont pas la population du Nigéria ou de l’Egypte ; à côté, il y a des territoires beaucoup moins peuplés comme le Gabon. Bien qu’il faille dès maintenant œuvrer à un contrôle des naissances, il ne faut pas non plus être dans l’excès et perdre la tête. Tirons les leçons de l’expérience chinoise. Ils commencent à voir leur population légèrement décliner, ce qui a conduit récemment à un arrêt de la politique de l’enfant unique.

Proportion de la population suivant les continents - Wikipedia
Proportion de la population suivant les continents – Wikipedia

Urbanisation et baisse de la natalité

L’Urbanisation entraine une baisse de la natalité. C’est systématique (à cause de l’augmentation significative du coût de la vie et du temps de plus en plus long que l’on consacre aux études). Pour exemple : notre génération se comporte souvent de fratries de 3 à 4, alors que celle de nos parents comptait des fratries 7 et 10 sans problème. Les « jeunes » d’aujourd’hui, surtout ceux ayant grandi en ville, n’ont absolument pas l’intention d’enfanter une équipe de football.

Or l’Exode rural un fléau, crève le plafond ces dernières décennies. Qui dit exode rural dit « urbanisation » (même de manière délétère), donc baisse tendancielle de la natalité sur l’échelle du temps. Ça se fera sur quelques décennies, bien sûr. Voilà déjà un facteur de ralentissement sur le long terme.

 

Démographie – Géopolitique – Masse Critique

Il y a un rapport entre la démographie et la poids géopolitique. Un pays sous-peuplé a relativement peu de chance de peser lourd, peu importe sa puissance financière ou militaire. Par exemple, on voit mal la Suisse déclarer la guerre à la Chine.

Et demain l'Afrique

Dans le très excellent ouvrage « Et demain l’Afrique« , Edem Kodjo montre la relation entre un espace géo-économique raisonnable, une population raisonnablement importante et le développement. Le « développement » est extrêmement couteux en ressources matérielles et humaines. Ainsi, pour ce qui est de la recherche spatiale, cite-t-il:

Le nombre des membres du Club spatial ne risque pas de dépasser la quinzaine d’ici la fin du siècle (20è siècle, nda) car, pour en faire partie, il faudra disposer de grands moyens scientifiques, technologiques, militaires et financiers; en un mot: une masse critique… Il n’y a pas de place dans « l’espace »pour des ensembles de moins de deux cents millions d’habitants.  – Mahdi Elmandjra, cité par Edem kodjo.

200 millions d’individus…c’est le minimum de ressources humaines nécessaire pour se construire (Les pays européens vieillissants possèdent déjà les superstructures du « développement », ils n’ont pas à se « construire »), s’auto-gérer  et tenir ferme face aux grands ensembles actuels. Les micro-états africains peuvent donc aller se coucher (Tant qu’il vont en rangs dispersés, il n’ont pas voix au chapitre et ne l’auront JAMAIS).

Notez que la régression de l’Afrique est allé de pair avec son dépeuplement, comme c’est souvent le cas.

 

Le défi de la démographie

C’est certain, la démographie africaine est un défi. Mais une telle abondance de forces vives et dynamiques est le parfait terreau pour bâtir une civilisation très puissante et rayonnante en à peine un siècle. A condition de faire ce qu’il faut, et de changer le « problème » en ce qu’il est, c’est-à-dire une grande opportunité. Pour l’instant, ces forces vives se noient dans la Méditerranée ou vont faire la vaisselle dans les restaus d’Europe, donc faut voir…

Il nous faut des politiques souveraines aux échelles « nationale » et continentale. Ce serait malavisé de s’appuyer exclusivement sur des ONG ou autres Organismes Internationaux pour savoir combien d’Africains méritent de naitre ou pas.

 

Cette inquiétude autour de «la marée noire»

On peut se demander pourquoi on ne hurle pas autant après les pays d’Asie du Sud-Est. Certes, le quart de la population mondiale sera africain en 2050…mais plus de la moitié est déjà asiatique ! A tous ceux qui fantasment sur la question, il n’y aura pas de « péril noir », pas plus qu’il n’y a pas eu de « péril jaune ». Toutes les « vagues d’immigrations » ont été autorisées par les grands patronats occidentaux dans le but de réduire le coût du travail, pénalisant ainsi les masses laborieuses occidentales, suivant le principe de l’armée de réserve de Karl Marx.

 

Bien à vous

A.R.D-A.


Les résistances en Afrique Occidentale à la colonisation française – Fin

Salutations chères toutes et chers tous

Dernière partie de notre article sur les résistances en Afrique Occidentale à la colonisation française (ici la première partie), articles qui sont des extraits de l’ouvrage « Le mouvement de libération nationale en Afrique occidentale » de Nikolaj Ivanovič Gavrilov, pp 5-11. 

 


(…) Bien des historiens français, lorsqu’ils décrivaient les campagnes de conquête en Afrique occidentale, présentaient les chefs africains comme des « despotes sanglants », des « barbares », des « négriers ».

Décrivant les prétendues « cruautés » des chefs de la résistance africaine, les historiens de mauvaise foi ne poursuivaient qu’un but : tracer un portrait flatteur des chefs militaires français, en faire des porteurs de progrès, qui affranchissaient l’Afrique d’un « mal séculaire » pour lui donner accès à une « civilisation supérieure ».

colonisation

En réalité, les « despotes sanglants », c’étaient les « porteurs de progrès » eux-mêmes, les colonels et les généraux français, sous la direction desquels se déroulait la conquête de l’Afrique occidentale. Voici comment un officier français, qui avait pris part aux événements, décrit la prise de Sikasso en 1894 par les troupes coloniales : « Après le siège, l’assaut… On donne l’ordre du pillage. Tout est pris ou tué. Les captifs, 4 000 environ, rassemblés en troupeau. Le colonel commence la distribution… Chaque Européen a reçu une femme à son choix… On a fait au retour des étapes de quarante kilomètres avec ces captifs. Les enfants et tous ceux qui sont fatigués sont tués à coups de crosse et de baïonnette… » Ce témoignage est extrait du livre de Vigné d’Octon La gloire du Sabre, publié à Paris en 1900. On rencontre beaucoup de ces descriptions d’ « exploits » perpétrés par les soldats français. Souvent, l’armée coloniale dévastait des régions entières sans nécessité militaire aucune, et, comme le disaient les officiers français, seulement « à titre prophylactique ». Mais dans leurs rapports envoyés à Paris, ces « mesures prophylactiques » étaient décrites comme des combats acharnés s’étalant sur plusieurs jours menés contre « un ennemi supérieur en nombre ».

Au cours des guerres coloniales, l’Afrique occidentale a subi des pertes en hommes plus considérables qu’au cours de toutes les guerres locales durant tout le XIX siècle.

Pourquoi, malgré leur lutte héroïque, les peuples d’Afrique occidentale ne réussirent-ils pas à repousser l’assaut des colonisateurs ? Cela s’explique partiellement par la faiblesse militaire des Africains. Alors que l’armée coloniale était équipée d’un matériel moderne : artillerie, fusils à tir rapide, etc., les guerriers africains n²’avaient souvent à leur disposition que des arcs et des flèches, ou bien, dans le meilleur des cas, des fusils à pierre ou à piston. Évidemment, le rapport des forces n’était pas à l’avantage des africains. Cependant l’isolement fut la cause essentielle de leur défaite. Dans sa lutte contre les colonisateurs, chaque État s’appuyait, en règle générale, sur ses propres forces… Durant tout la période de l’ « épopée coloniale », c’est-à-dire durant les 25 à 30 ans, les Français n’eurent jamais en face d’eux un front uni de la résistance africaine. Bien plus. Les États africains occidentaux n’essayèrent même pas de s’allier entre eux, ils se déchiraient au contraire les uns aux autres. Les colonisateurs exploitaient habilement les guerres intestines des féodaux africains. Ils excitaient un État contre l’autre, pour, ensuite, se précipiter sur le « vainqueur » affaibli. Ainsi, les colonisateurs français réussirent à écraser un à un tous leurs adversaires avec une relative facilité.

Nikolaj Ivanovic GAVRILOV, Le mouvement de libération nationale en Afrique occidentale.


 

Addendum

Qu’il soit permis de faire remarquer la similarité (tragique) de la situation au XIXè siècle avec l’époque actuelle. Les mêmes causes conduisant aux mêmes effets, la désunion  des nations africaines aujourd’hui face aux manipulations intérieures et extérieures est pour beaucoup dans l’actuelle faiblesse du continent. Au lieu de songer à une intégration plus forte à l’échelle sous-régionale, voire continentale, les états actuels, obstinément et mièvrement tournés vers leurs anciennes métropoles le plus souvent, font le lit de leur servitude.  Maîtriser son passé est un impératif de survie, ne dit-on pas que « ce qui ignorent leur histoire sont condamnés à la répéter (ou à périr) »?

Ajoutons que si le présent article parle de l’épopée coloniale française, ce n’est qu’incident, il ne s’agit pas d’indexer particulièrement la France. D’ailleurs, en terme de massacres et de destructions, les français n’ont rien à envier aux anglo-saxons, aux ibériques et aux germains, passés maîtres dans l’art du massacre à grande échelle et de la violence organisée.

Il serait d’ailleurs contre-productif et paresseux de fustiger uniquement la France aujourd’hui, car, du reste, elle n’est plus vraiment aux commandes en Afrique, remplacée (chassée?) par des impérialistes peut-être plus subtils mais tout aussi implacables, sinon plus, notamment l’Empire américain et ses multi-nationales.

 

Ceci conclut assez éloquemment on l’espère cette petite incursion dans le passé, un passé relativement proche s’il en est.

 

Bien à vous

A.R.D-A.


Les résistances en Afrique occidentale à la colonisation française-1re partie

Salutations chères toutes et chers tous

Nikolj Ivanovic Gavrilov
de Nikolaj Ivanovic Gavrilov

Le présent billet ambitionne de faire d’une pierre deux coups: évoquer sommairement un sujet historique intéressant, c’est le cas de le dire (la colonisation et les résistances donc) et inaugurer cette petite rubrique « Coin Lecteur », où j’entends partager des lectures ou des extraits d’ouvrages tout aussi intéressants.

Le texte  à suivre est extrait de l’ouvrage « Le mouvement de libération nationale en Afrique occidentale » de Nikolaj Ivanovič Gavrilov, pp 5-11. Un assez vieil ouvrage, s’il en est, et qui nous vient de la charmante Union soviétique de regrettée mémoire, c’est dire!


 

(…) Selon de nombreux ouvrages occidentaux consacrés à « l’épopée coloniale », la population africaine aurait accepté de bon gré la tutelle française et accueilli les conquérants à bras ouverts. C’est un pur mensonge dont le but est de justifier les guerres de rapine. Les colonialistes français ont asservi l’Afrique par le fer et le feu, laissant après leur passage des cendres de villages incendiés, du sang et des cadavres.

Ahmadou Sekou "de Ségou" Crédit: Google Image
Ahmadou Sekou « de Ségou »
Crédit: Google Image

Au début de l’intrusion coloniale en Afrique occidentale, cette dernière comprenait plusieurs États indépendants : Cayor (sur le territoire du Sénégal actuel), Fouta-Djalon (sur le territoire de la République de Guinée), l’empire d’Ahmadou, qui s’étendait sur le Niger moyen (région de Ségou), les régions qui s’étendaient entre les rivières Bafing et Bakoïan, jusqu’à Dinguiraye. Un Etat militaire puissant s’était formé dans la région de Sikasso. DE 1870 à 1875, le vaste empire d’Ouassoulou s’était constitué en Afrique occidentale. Il s’étendait du Haut-Niger à l’Ouest., au royaume de Sikasso vers l’est, de Dinguiraye et du Fouta-Djalon et du Liberia au sud. L’empire, dont la ville de Kong était la capitale, se trouvait sur le territoire de la Côte d’Ivoire actuelle. Le Dahomey était alors un État prospère. Il y avait là également d’autres États de moindre importance.

Presque tous ces États furent finalement conquis et dévastés par les colonisateurs français. Mais aucun ne s’était soumis de bon gré aux conquérants. Partout, les envahisseurs s’étaient heurtés à une résistance énergique. Les peuples ouolof, toucouleur, bambara et malinké leur opposèrent une résistance très vive.

Vers 1860, les troupes coloniales françaises commencèrent à pénétrer à l’intérieur du territoire de l’actuelle République du Mali, mais les campagnes militaires ne prirent une vaste envergure que plus tard, à partir de 1880. Les troupes françaises eurent à mener une lutte de longue durée contre l’État d’Ahmadou. La prise de Ségou en 1890 leur coûta très cher, ses défenseurs leur infligèrent des pertes importantes. Des combats acharnés eurent lieu pour la conquête des villes Djenné et Bandiagara.

En 1893, les troupes françaises subirent une défaite sérieuse devant Tombouctou. Tout d’abord, les Français occupèrent la ville, mais ils en furent chassés par des détachements de Touareg. En janvier 1894, les Touareg anéantirent toute une colonne de troupes françaises sous le commandement du colonel Bonier. Les Français durent déployer d’immenses efforts pour récupérer les positions perdues.

En 1898, après de durs combats, les colonialistes réussirent à s’emparer de Sikasso qui comptait 40 000 habitants. Les défenseurs, commandés par Ba Bemba, inscrivirent une nouvelle page glorieuse dans l’histoire de la résistance africaine.

Samory
Samory Touré

En 1891 les colonisateurs accentuèrent leur pression sur l’empire d’Ouassoulou qui s’étendait, pour sa majeure partie, sur le territoire des Républiques actuelles du Mali et de la Guinée. Samory Touré, grand homme politique et capitaine de talent, qui se trouvait à la tête de cet empire, fut pour eux un adversaire plus sérieux qu’Ahmadou. Samory Touré avait sous son commandement une armée de 15 000 hommes, qui se distinguaient fort peu des troupes françaises régulières. Les soldats de Samory portaient un uniforme (pantalon jaune, verste et bonnet). Beaucoup d’entre eux étaient armés de fusils à tir rapide. « Conducteur d’hommes, en tout cas, il le fut, possédant l’audace, l’énergie, l’esprit de suite et de prévision, et par-dessus tout une ténacité irréductible, inaccessible au découragement », écrivait l’historien français Albert Sabatier.

Pendant près de vingt-cinq ans, les régiments de Samory résistèrent à l’armée coloniale française. D’un courage exceptionnel et d’un dévouement à toute épreuve, ses soldats – pour la plupart des Malinkés – infligèrent maintes défaites cinglantes aux unités françaises.

Ce ne fut qu’en 1898, avec l’aide de quelques traîtres, que les colonialistes réussirent à s’emparer du combattant inflexible pour la liberté des peuples d’Afrique que fut Samory. Exilé sur une des îles du fleuve Ogooué, il y mourait deux ans plus tard.

L’histoire a immortalisé d’autres héros qui défendirent la liberté de l’Afrique avec courage et abnégation, sans épargner leur vie. Lorsque la ville d’Ouossébougou, un des centres les plus importants de l’empire d’Ahmadou, fut prise par les Français, son chef, Bandiougou Diara préféra la mort à une captivité honteuse. Il donna l’ordre à la dernière minute de se faire sauter avec ses proches. Mais les combats se poursuivent même après la mort du chef. « La résistance, écrit l’historien progressiste français Jean Suret-Canale, se poursuit maison par maison ; les homme combattent jusqu’au dernier souffle ; personne ne s’est rendu. Le charnier est tellement effroyable que les officiers renoncent à compter les morts. Des hommes tels que Bandiougou Diara étaient nombreux.


 

 [A suivre]

 

Bien à vous