Yves Tchakounte

Internet au Cameroun : les jongleries des fournisseurs de la 4G (1)

J’aurai dû donner un autre titre à ce billet en posant une question : pourquoi internet est-il devenu, en un laps de temps, le produit phare des opérateurs de la téléphonie mobile ? A cette question, on serait tenté de répondre péremptoirement : parce que internet est le service le plus prisé des Camerounais.

Évidemment, cette réponse n’est pas fausse. Il suffit juste de consulter les statistiques pour s’en convaincre. Le taux de pénétration qui est de 18%, place le Cameroun au 25ème rang africain. Par contre, Le Cameroun est l’un des pays où le taux de progression de la pénétration internet est le plus élevé en Afrique. Il a presque triplé depuis l’évolution spectaculaire de la téléphonie mobile à écran tactile. Par contre, ce qui est intéressant, c’est le taux de progression de 2016 à 2017 qui est de 16,5%. Ce qui place le Cameroun en 3ème position après le Mali et le Lesotho.

Avec un chiffre de 4.305.000 d’internautes, les principaux opérateurs de la téléphonie mobile qui exercent depuis 2000 au Cameroun, trouvent là un terrain très fertile. Je peux citer entre autres, Camtel, opérateur à capitaux publics, Orange, Mtn et Nexttel, opérateurs à capitaux privés. Ce sont les quatre opérateurs de la téléphonie officiellement reconnus au Cameroun, à ne pas confondre avec les fournisseurs d’internet. Ce boom des consommateurs d’internet fait du Cameroun le pays à fort taux de pénétration. Du coup, internet représente des enjeux économiques importants. Les opérateurs qui se sont engouffrés dans cette niche boivent du bon miel en faisant du Cameroun le 2ème pays où le coût d’internet est le plus élevé après le Tchad.

Bien que ce que je vais exposer ici soit aussi observé chez les autres, je me suis contenté de me limiter à deux opérateurs de la téléphonie mobile. Ce sont ces opérateurs que j’ai déjà eus, à maintes reprises, d’observer le mode de fonctionnement relation-client et qualité du service. Il s’agit, bien entendu, de Orange Cameroun et de Mtn Cameroon.

Pourquoi internet est-il devenu, en un laps de temps, le produit phare des opérateurs de la téléphonie mobile ?

Je ne parlerai pas des prouesses technologiques qu’a apporté internet à travers ces opérateurs. Mais, je parlerai plutôt d’une pratique qui passe, jusqu’ici, presque inaperçue chez les consommateurs. Du moins, pour la majorité de ceux qui sont considérés comme des consommateurs réguliers d’internet : la consommation irrégulière et disproportionnée du débit internet.

L’arrivée des téléphones portables (Smartphone, Tablettes) a modifié considérablement les habitudes de communication. A moins de dix ans, les offres de services ont considérablement changé. On est passé d’appels téléphoniques et SMS aux transferts de données digitales. Les données digitales ont donc cet avantage d’effectuer à la fois des appels, des SMS, des Mails, de naviguer sur le net. On peut même dire que cette transition est une révolution de la communication. Car, c’est une transition qui a été brutale et rapide. Elle a transformé, métamorphosé le paysage communicationnel au Cameroun. Elle s’est accompagnée aussi de changements des habitudes et des modes de vie : c’est ce qu’on appelle « changement social ». Il n’y a qu’à voir comment les réseaux sociaux influencent les comportements.

Par ailleurs, si à travers internet on peut émettre des appels téléphoniques, les entreprises de téléphonie mettraient la clé sous le paillasson si elles n’investissaient pas sur internet. Du coup, internet devient le produit le plus sollicité de ces multinationales. Conséquences, les crédits d’appels téléphoniques sont vendus pour avoir un volume précis de navigation internet. Les données digitales prennent donc la place des communications téléphoniques ordinaires. Les opérateurs de la téléphonie trouvent donc là un terrain fertile de manipulation des consommations des données. Comment se manifeste-t-elle ?

Pourquoi Orange et MTN nous jonglent tous les jours avec cette histoire de Giga Data d’internet ?

Il se trouve que le rythme de consommation des volumes des données digitales fournis par les opérateurs n’est pas uniforme. Il va sans dire que scientifiquement, c’est un phénomène qui peut se justifier. Plusieurs raisons peuvent donc expliquer la variation du rythme de consommation du volume de données digitales. On peut citer entre autres : les mises à jour activés et les téléchargements. D’autres raisons, encore plus techniques, existent. Mais, pour ne pas alourdir ce billet, j’ai choisi de me limiter à ces deux-là. Elles sont les plus connues des consommateurs pour la plupart, profanes comme moi.

Les deux raisons citées plus haut comme les causes d’augmentation du débit internet ne sont pas les seules. Les consommateurs ont toujours entendu le discours selon lequel la 4G est plus consommatrice de débit. Il n’est aucunement question ici de démontrer que ces entreprises ont commencé leur jonglerie-là avec l’arrivée des téléphones portables. Il se trouve heureusement que l’un des avantages qu’internet nous a apporté, est justement la possibilité d’observer et d’enregistrer au fur et à mesure l’évolution de sa consommation. Ce qui était pratiquement impossible avec les appels téléphoniques. Même l’accès aux listing des appels n’était pas évident. Internet nous donne alors la possibilité d’observer, dans les moindres détails, l’évolution du débi.

Je suis particulièrement intéressé par le mode de consommation des données digitales pour deux raisons : premièrement, parce que je suis à la quête de l’opérateur qui propose le plus d’avantages afin de rationaliser mes dépenses, et deuxièmement, pour des raisons purement académiques afin de comprendre ce mécanisme trop complexe des « Giga Data ».

Pour ne pas conclure

Si j’ai décidé, après moult réflexions, de qualifier les pratiques de ces opérateurs de « jongleries », c’est après avoir constaté, pendant cinq mois d’observation, que le rythme de débit de la consommation du volume des données digitales était anormal. Ces trois raisons restent toujours les seuls arguments que les agents des SAV donnent aux consommateurs pour justifier la consommation rapide de leur débit. Ce qui est quand même absurde. Généralement, le consommateur ne se reconnaît pas dans ce qu’on lui reproche, à juste titre. D’où l’existence d’une jonglerie qui consiste à jouer à la fois, sur la naïveté, la négligence et l’ignorance des pauvres consommateurs.

A la fin de cette semaine, je vous livrerai ma propre expérience de connexion où je me suis rendu compte de l’existence d’une sorte d’arnaque. Une consommation anormale du débit des volumes d’internet qui frise le ridicule.


Témoignage : le combat de Patricia Bakalack face à la fibromyalgie

La fibromyalgie, la connaissez-vous ? Certainement pas pour beaucoup d’entre-vous. C’est une maladie très méconnue du public. J’en ai entendu parler comme ça en passant sans prêter la moindre attention il y a un an. Le 07 juillet 2017, je venais de la découvrir en vrai. Patricia Bakalack, en souffre depuis 3 mois. Elle a décidé de sortir de sa réserve et de partager sa souffrance et sa nouvelle vie avec la fibromyalgie.

De nombreuses femmes dans le monde souffrent de Fibromyalgie comme Patricia Bakalack, passionnée d’art, de Déco et de la Mode. Elle fait la promotion du savoir faire des artisans africains à travers Yerima Concept créé l’année dernière. La belgo-camerounaise nous livre un vibrant témoignage de ce que vivent les personnes Fibromyalgiques dont 90% sont des femmes. Une maladie encore mal connue qui touche 2% de la la population en Europe, soit 14 millions.

La fibromyalgie
Patricia Bakalack prend du bon temps malgré la présence de la fibromyalgie./Matango Club. crédit photo : Patricia Bakalack

Patricia Bakalack est également une femme pleine de vie et très passionnée d’aventures et de voyages. La fibromyalgie étant une maladie douloureuse en laissant la victime presque immobile, elle va donc laisser Patou, comme je l’appelle affectueusement, presque handicapée. La belle Patou va subitement annuler tous ses projets et ses ambitions. Mais, ce qui est intéressant dans son témoignage, c’est qu’elle a fini par prendre conscience qu’elle doit désormais vivre avec son ce compagnon. Un récit vibrant.

*Les sous-titres sont de moi.

La fibromyalgie : maladie mystérieuse ?

Beaucoup de cas de suicide chez les personnes souffrant de Fibromyalgie, cette maladie qui se caractérise par des douleurs chroniques et diffuses dans tout le corps, et qui oblige à changer complètement son mode de vie et handicape sévèrement les victimes.

Y’a des jours où il m’est arrivé d’avoir tellement mal que je me suis demandée ce que j’avais fais au bon Dieu pour qu’il se détourne ainsi de moi. Au début de cette maladie, j’ai eu par plusieurs fois des envies de suicide parce je me disais que la mort ne pouvait qu’être douce face à d’atroces douleurs qui me clouaient au lit 24/24. Des nuits entières je restais allongée à veiller sur les douleurs et des idées très très noires m’ont traversé l’esprit, j’ai pensé à ma famille, à mes frères et sœurs qui ne se remettraient jamais de mon départ.

Mais croyez-le durant tout le mois de mai ou je faisais mes incessants aller-retour aux urgences, j’y pensais 1 jour sur 3. Et, j’ai beaucoup de chance d’avoir eu auprès de moi des amis fidèles et incroyables qui sont eux aussi devenus ma famille, je les remercie d’être toujours aussi présents et de m’accepter tel que je suis, entière de mes défauts et mes imperfections, j’ai de la chance de les avoir eu à un moment aussi difficile, j’ai juste de la chance de les avoir dans ma vie tout court.

Alors, comment la fibromyalgie évolue t-elle ?

C’est une maladie totalement IMPRÉVISIBLE !!! Je vis en sursit depuis 9 semaines, j’ai annulés tous les voyages pour 2017, moi qui suis passionnée d’aventures et de rencontres, je dois me trouver d’autres hobbys😜. Je passe 90% de mon temps à la maison (raison pour laquelle j’ai refait toute la déco avec l’aide d’amis) allongée plutôt qu’assise. La position debout s’avère parfois impossible. Comment expliquer donc à une personne dans le bus ou le tramway qu’on a l’air bien portante mais on aimerait vraiment qu’elle nous cède sa place parce qu’avec cette douleur dans le dos et les jambes qui ne nous lâche jamais, qu’on ne peut se permettre le luxe de rester debout même pour 10 min de trajet ?

On vit avec de grosses fatigues et des douleurs constantes. On vit au jour le jour, tout est planifié à très court terme. La fatigue, les douleurs, voilà ces mots qui reviennent sans cesse. Sortir de mon lit tous les matins est un vrai CHALLENGE !!! 😓

Au début de la maladie je marchais à 4 pattes dans la maison, il fallait bien coûte que vaille essayer de garder une certaine autonomie. Puis progressivement j’ai commencé à attraper les murs pour me déplacer et aujourd’hui je me lève difficilement de mon lit le matin, mais au moins je marche sur mes deux jambes et ça c’est UNE GRÂCE, GLOIRE À LUI QUI VEILLE 🙏🏾 !!!

Mon refus d’accepter ma nouvelle situation

Début juin, J’étais allée passer le week-end à Lille chez ma sœur. Elle a eu la bonté de partir de Bruxelles afin de venir me chercher pour me ramener à la maison. Faut savoir que le moindre déplacement peut s’avérer dangereux pour moi, je peux me retrouver allongée sur une civière d’ambulance en très peu de temps 😓. J’avais débarqué à Lille à 23 h parce que à 21 h j’allais beaucoup mieux et j’ai donc profité de ces deux heures d’accalmie pour filer en douce de Bruxelles. Sur le chemin du retour donc nous discutions et elle m’a suggéré de me faire une raison, d’essayer d’y voir le message caché derrière cette maladie qui m’est tombée dessus sans crier garde. Je lui ai répondu que je ne voulais pas philosopher, j’étais en colère, très très en colère 😡et je refusais d’être raisonnable.

La fibromyalgie a changé mon quotidien

Pendant les premières semaines de cette maladie je me demandais sans cesse POURQUOI ? POURQUOI MOI ???!! Je me sentais brisée, foutue, j’étais nulle et inutile, même à moi même. J’étais comme un oiseau dont les ailes avaient été tranchées en plein vol. J’avais tant d’ambitions et de passions, tant de rêves à vivre, d’immenses horizons à découvrir, beaucoup de personnes à rencontrer et aimer. Et là tout d’un coup, RIEN ! Mon horizon s’est réduit et obscurcit. Aller faire une course dans la supérette à 100 mètres de mon immeuble se transformait en expédition.

J’enchaînais donc crises après crises, la nuit je m’endormais quelques heures fatiguée d’avoir trop pleuré, et le matin les douleurs me réveillaient en sursaut, lancinants ! Mon médecin traitant était désemparé, il ne savait plus quoi faire pour m’apporter un peu de réconfort. Je le harcelais littéralement, j’étais à son cabinet plusieurs fois par semaine même sans rendez-vous, lui demandant de trouver un médicament à ce mal qui me volait ma vie. À l’écoute de ses nombreux conseils, j’ai compris que je me devais d’être plus forte que ce mal parce que le stress et l’anxiété accroîtraient les crises. Je me suis souvenue des mots plein de sagesse de Martine…

Mes premières prises de conscience

Après m’être longuement documentée sur le sujet, j’ai donc décidé de combattre cette maladie et de continuer de vivre malgré tout. Et ceci a été une décision déterminante, ma première victoire sur la maladie. Mes premières peurs étaient la perte de l’autonomie et de ma féminité. Avant la maladie je préférais porter des chaussures confortables au profit des escarpins 👠. Ma première décision a été de changer cela, de mieux prendre soin de moi et de porter des chaussures hautes quand je ne vais pas bien. La kinésithérapeute, lorsqu’elle me voit débarquer en escarpins 👠elle sait que ça ne va pas du tout ! 😫😫😫

J’avais le sentiment que non seulement cette maladie me volait ma vie, mais mon corps et ma féminité aussi. Depuis lors, je célèbre chaque matin de réveil sans douleurs, j’improvise des fêtes, des sorties, je prends plus de plaisir à la vie aujourd’hui, je m’amuse, je m’éclate, je ne me mets plus jamais en colère, je m’enivre d’amour et de folies. Parce que je ne sais jamais ce que l’heure d’après me réserve. Oui mon répit se compte en heure, je peux être bien le matin à 10 h, balancer des vannes sur facebook, appeler ma folle de copine pour écouter son lot de connerie, puis me retrouver aux urgences à 12 h.

J’ai donc décidé de ne plus faire de cette maladie mon ennemie. Je l’apprivoise chaque jour et bientôt, je sais qu’elle deviendra mon amie 😀. Ceux qui suivent mon journal sur mon compte personnel instagram ont dû voir une amélioration de mon humeur…☺️ je vais donc devoir vivre et négocier avec cette maladie qui fait désormais partie intégrante de moi, jusqu’à ce qu’on lui trouve un traitement…

On peut bien vivre avec la fibromyalgie

Cette vie qui est la mienne est un cadeau 🎁 dont je sais profiter de chaque instant de bonheurs. Je cultive la zen attitude au quotidien et je suis presque toujours de bonne humeur, même quand je vais mal je trouve le moyen de rire. Une journée sans rire est un bonheur perdu, alors je crée autour de moi des occasions même idiotes, de rire 😂 rire de la chance que j’ai d’être en vie 🙌🏽 rire de cette maladie. J’apprécie mieux les petits détails qui font du bien et ferme les yeux sur les mauvais. Grâce à cette maladie je prête mieux attention aux autres, aux personnes qui m’entourent et aux choses et je continue de me considérer comme une privilégiée. Avant cette maladie je n’étais qu’une femme. Aujourd’hui je suis toujours une femme, une femme malade, mais une femme épanouie.

Il y’a une vie après la maladie, ne passons pas à côté de la nôtre, elle est précieuse 🙏🏾❤️🙌🏽❤️⭐️🌺


Qu’est ce qui bloque le renouvellement de la classe politique au Cameroun ?

La classe politique au Cameroun est vieille de plus 60 ans. Une classe politique désigne un ensemble de personnes de la même génération. La plupart des gouvernants sont issus de la génération qui a pris le pouvoir depuis l’indépendance de la République du Cameroun en 1960. L’exemple le plus visible est Paul Biya, le président de la République. Diplômé de de l’Institut des hautes études d’outre-mer, il commence sa carrière en tant que fonctionnaire. Sa carrière politique commence donc véritablement en octobre 1962. C’est l’année où il fut nommé par le feu Amadou Ahidjo comme « Chargé de missions » à la présidence de la république. Paul Biya avait alors 29 ans quand il entre, pour la première fois, au gouvernement.

Après avoir occupé une dizaine de poste dans le gouvernement, c’est en novembre 1982 que Paul Biya prête serment comme président de la République du Cameroun. Il avait alors 49 ans. Aujourd’hui, après 34 ans de pouvoir sans partage et sans limite, Paul Biya ne compte pas abandonner le pouvoir de si tôt. Ses laudateurs disent de lui qu’il est jeune, fort et lucide. Ils n’oublient pas aussi de dire qu’il est beau. Comme lui, on peut citer encore de nombreux barrons du pouvoir politique de sa génération. Force est de constater que les jeunes n’ont jamais été les bienvenus dans les arcanes du pouvoir. Les raisons ? Vous vous en doutez bien : c’est la conservation du pouvoir.

Paul Biya du temps de sa jeunesse, aujourd'hui un vieux routier de la classe politique
Le jeune Paul Biya très tôt introduit dans la classe politique par le poste de chargé de mission à la Présidence de la République/Matango Club

Cette conservation n’est possible qu’à travers le verrouillage du système pour empêcher l’émergence de classes nouvelles. D’un autre côté, c’est la « reproduction sociale« , selon la théorie bourdieusienne, qui gouverne ces principes d’accès au système. Ces principes sont, pour la plupart, gouvernés par des règles généralement subjectives. Quels sont ces mécanismes structurels mis en place pour empêcher cette émergence de la classe politique ?

L’accès à la classe politique des gouvernants par des mécanismes du système politique néocolonial

Théoriquement, on pourrait situer la période de la création de l’administration camerounaise le 15 avril 1957. C’est la date à laquelle le Cameroun acquiert son autonomie interne à travers un décret de la France. André-Marie Mbida, premier ministre, peut alors former son gouvernement le 16 mai 1957. Le 10 mai 2057, il démissionne et son adjoint, Amadou Ahidjo, vice-premier ministre, le remplace. Il forme son gouvernement le 20 février 1958. Lorsque Ahidjo devient président de la république le 1er janvier 1960, il nomme Charles Assale comme premier le 14 mai 1960. Ce sont des cheminement qui montrent bien la période de la création de l’administration camerounaise.

Ces nominations ont été l’oeuvre du Haut Commissaire français Pierre MESSMER. Cela démontre que la classe politique camerounaise a été formée par cooptation. Quelques cicatrices de la colonisation étaient encore présentes puisque ces hommes choisis par la France, sont issus de l’ARCAM, de l’ATCAM et de l’ALCAM. On a donc mis de côté les leaders qui se battaient pour l’indépendance pour prendre curieusement ceux ceux qui étaient contre. La raison simple qu’on peut donner à ce choix c’est que la métropole faisait confiance aux leaders dociles et serviables.

La mission principale de ces hauts dirigeants n’aura donc rien à voir avec le développement. Ce qui est important, c’est la traque et la répression. Ainsi, toutes velléités contestataires seront réprimées. Cette configuration de la classe politique par cooptation va créer une classe de privilégiés qui considère qu’elle sert la métropole qui les protège et les protégera.  Cet esprit de cooptation, de réseautage persiste encore jusqu’à nos jours. Même la présence des élections n’y a rien changé.

L’accès à la classe politique des gouvernants par les mécanismes du système politique électoral

Avec la présence des élections, on aurait pu penser que cette stratégie de cooptation pourrait prendre fin. Avec le retour du multipartisme en 1990, toutes les espoir étaient fondés pour voir enfin la déchéance d’un système croulant sous le poids de la vieillesse. En 1992, a eu lieu la première élection présidentielle sous l’ère du multipartisme. Election la plus mobilisatrice, elle a vu la victoire de Paul Biya (40%) contestée par son challenger historique John Fru Ndi (36%). Cette élection survenait à peine dans un contexte de villes mortes vécues par la population camerounais pendant plusieurs semaines. Le charisme de l’opposant anglophone qui faisait l’unanimité à l’époque commençait à prendre des rides.

Tout comme John Fru Ndi et son parti politique, le SDF, l’opposition toute entière voyait ses scores électorales dégringolés. Cette chute s’observait année après année malgré les dénonciations de fraudes massives. L’entrée à l’Assemblée Nationale de quelques leaders de l’opposition va quand même permettre la modification de la loi. Des organes d’observation, de contrôle et d’organisation des élections fût créés. C’est ainsi qu’on a eu ONEL (2000) et Elecam (2006).  Malgré cela, la bataille a continué jusqu’à la mise en place d’un code électoral en 2012.

Toutes ces batailles visent un objectif majeur : la crédibilité des élections. Cette crédibilité est la résultante d’un code électoral qui garantissent les règles équitables. Pour être fiable et crédible, le code électoral doit respecter certaines normes universelles relevant aussi du bon sens. Ces normes sont longtemps exigées par les partis politiques de l’opposition. Elles sont considérées comme des règles d’équité et d’égalité donnant à tous les candidats les mêmes chances de réussite. Ce sont des règles objectives qui ne prennent pas en compte des prédispositions personnelles et subjectives.

Quelques éléments du code électoral constitués comme blocage à l’émergence d’un nouvelle classe politique

Parmi les normes exigées par les partis de l’opposition, il y a entre autres, les bulletins uniques, le vote biométrique, les procès verbaux de tous les scrutateurs faisant foi et bien sûr, les élections à deux tours.

Les bulletins uniques

L’exigence des bulletins uniques avait été, et l’est encore, une stratégie pour éviter le bourrage des urnes. Celui-ci consiste à un remplissage de l’urne par les bulletins d’un candidat. Ces unes sont mises subrepticement hors des bureaux de vote. Les scrutateurs du candidat susceptible de perdre les élections se livrent à cette pratique. Elle n’est possible que grâce au concours des forces de l’ordre.

Comment les bulletins uniques viendront-ils résoudre les pratiques de bourrage des urnes. Il n’existera qu’un seul bulletin pour tous les candidats au lieu d’un bulletin pour chaque candidat. En d’autres termes, l’électeur aura un bulletin sur lequel est inscrit le nom du candidat. Il n’aura qu’à cocher le nom du choisi dans la liste des candidats qui lui sont proposés. Il est aussi important de préciser l’important de l’économie des coûts des charges. La commission électorale n’aura qu’à imprimer une seule carte à la foi, au lieu d’une carte par candidat.

Le vote biométrique

A la création de la commission électorale (ELECAM) en 2006, il était convenu que l’organisation des élections devait changer. L’un des changements notables était le vote biométrique selon la technologie développée par Coppernic. Beaucoup de pays africains, comme le voisin Nigéria en 2015, ont déjà eu à expérimenter cette technologie. Au Cameroun, le processus du vote biométrique aux élections s’arrête seulement au niveau des inscriptions sur les listes électorales. Il n’existe pas encore de terminaux dans les bureaux de vote. Pourquoi ce processus ne se limite-t-il qu’au niveau des inscriptions ? That is the question.

Les procès verbaux

Les procès verbaux sont dressés par le collège de scrutateurs des partis politiques. Parmi eux, on peut aussi compter un représentant de la commission électoral (Elecam). Le procès verbal est un formulaire où sont dressés les résultats de chaque bureau de vote. Il est signé par les représentant de tous les partis concernés, sans oublier le représentant d’Elecam. Chacun d’eux possède un exemplaire uniforme. En cas de litige, seul le procès verbal du représentant d’Elecam fait foi. Ce que condamnent évidemment les partis politiques de l’opposition.

Le scrutin à deux tours

L’élection à deux tours a toujours été un enjeux politique. Les barrons du pouvoir considèrent que l’acceptation de cette clause tant revendiquée par l’opposition programmera leur mort politique. Ce type d’élection a pour avantage de tisser des alliances au second tour. Autrement dit, le second tour pourrait rallier des forces de changement pour le candidat de l’opposition en position favorable. La question qu’on se pose est celle de savoir comment l’opposition pourrait-elle gagner en situation de fraude massive ? La peur d’une surprise désagréable peut expliquer cette fébrilité.

La proclamation des résultats

Le renouvellement de la classe politique est aussi difficile à travers le processus de déclaration des résultats. En effet, dans les systèmes électoraux fiables, les résultats sont compilés pour être programmés dans les minutes qui suivent. Les gouvernants ont toujours tendance à mettre le système de communication en cause. Système qui empêche et la production des résultats dans les deux heures qui suivent la fermeture des bureaux de vote. Les experts ont pourtant formels : au 21ème siècle, tout est réuni pour proclamer les résultats avant 24 heures.

L’équilibre régional comme mécanisme d’insertion professionnelle dans les fonctions publiques et para-publiques

Le mécanisme d’insertion professionnelle est aussi identique au réseautage. Il est également identique au mode de recrutement de la classe politique. La différence qui réside entre la classe politique et l’insertion professionnelle, c’est le fait de la rendre officielle. Ce qui est mis en exergue ici c’est la « reproduction sociale » comme cité plus haut. C’est un mécanisme fondé sur le recrutement par filiation. Il est pratique pour garantir la conservation des pouvoirs par des groupes claniques ou ethniques. C’est donc la transmission d’un patrimoine d’une génération à l’autre. Si Bourdieu parle du patrimoine familiale, peut-on extrapoler cette analyse sur le cas du Cameroun ?

Quelques personnes de la génération des années pré et post indépendance sont même encore au pouvoir. Ici, le patrimoine est essentiellement politique. Comment l’insertion professionnelle conférera-elle à l’individu d’une génération d’hériter du pouvoir politique ? Les gouvernants ont mis en place un mécanisme appelé « équilibre régional ». Elle consiste à recruter le personnel de la fonction publique et des entreprises publiques et para-publiques des candidats en fonction de leur origine ethnique.

Ainsi, des quotas sont attribués aux dix régions du pays. Le décret N° 82/407 du 7 septembre 1982 donne le pouvoir au ministre de la fonction publique de définir les quotas par région. Ces quotas sont contenus exactement dans l’article 2 de l’arrêté N° 10467 du 4 octobre 1982. Il a été actualisé le 20 août 1992. L’arrêté du premier ministre N° 2000/696/Pm du 13 septembre 2000 vient davantage le renforcer.

Des élections équitables sont-elles alors la seule voie possible pour renouveler le personnel politique camerounais ?

En filigrane, cette question renvoie à une autre : les partis politiques doivent-ils, malgré tout, aller aux élections ? Une autre question qui fait l’objet de polémique chez les analystes est celle de savoir si une loi électorale doit ou non être le résultat d’un rapport de force. Beaucoup répondront, sans hésiter, par l’affirmative. L’argument avancé ici est celle d’affirmer mordicus qu’il est possible à l’opposition de gagner, même avec un mauvais code électoral. Pour cela, il ne suffit pas de participer simplement au vote, il faut trouver des stratégies pour contourner les défaillances de la loi. C’est justement là où réside le challenge pour les échéances de 2018.

A ce niveau encore, les positions sont divisées. Il y en a qui pensent justement que le moment est venu de renouveler l’expérience foireuse de la coalition de 2004. C’est l’année à laquelle l’opposition avait tenté de faire une coalition des partis politiques. Le retrait du SDF (Social Democratic Front) a été vécu comme une douche froide. Ce parti, le leader de l’opposition depuis toujours, voit d’un mauvais œil une coalition construite sans l’avoir désigné comme capitaine du bateau. Cette position du SDF de 2004 n’a pas changé jusqu’aujourd’hui. Ses cadres estiment qu’en tant que parti politique de l’opposition de premier rang, John Fru Ndi doit conduire la coalition.

Alors, comment démontrer qu’une fausse équation mathématique peut donner un bon résultat ? Si tel est le cas, il ne faut donc pas être surpris de voir les candidats déchus des élections crier à la fraude. C’est d’ailleurs l’un des sport favori pour les perdants.


Élections : et si la France inspirait le Cameroun ?

La France politique vient de vivre en l’espace d’un mois deux grands événements majeurs de son histoire : les élections présidentielles et législatives. Le monde entier, et plus particulièrement le Cameroun, a été subjugué par cette frénésie chère aux grandes démocraties. En dehors du réglage et de l’organisation, ces démocraties suscitent également quelques appréciations. Malgré les défauts qu’elles peuvent avoir, elles réussissent surtout à faire ressortir une aspiration populaire. Même si les démocraties sont diverses et ne se ressemblent pas, ce qui reste important, c’est cette qualité.

Elections législatives en France
Résultats des élections législatives en France. Matango Club. Crédit photo : L’internaute

Les trois leçons des élections en France

Ces victoires en l’espace de quelques semaines ont permis d’avoir trois enseignements.

Primo : le plébiscite de Macron

Ces élections renforcent l’absolu pouvoir du président de la république Emmanuel Macron. L’élection présidentielle du 7 mai 2017 a consacré la victoire d’un candidat âgé de 39 ans. Quant aux législatives du 18 juin 2017, le mouvement du président Macron dénommé La République en Marche a battu les records de l’espérance. Sur les 577 sièges de l’assemblée nationale, le LREM s’en sort avec 308 députés.

Deuzio : la fin du classique

Ces élections confirment davantage la dégringolade, pour ne pas dire, la fin d’un cycle pour les partis politiques classiques. Ainsi, la montée des mouvements comme la République En Marche (LREM) et la France Insoumise ne signe-t-elle pas la mort du parti socialiste et du parti Républicain ? C’est certainement l’oeuvre d’Emmanuel Macron dont la mission est de mettre en cause le système partisan. Puisque c’est sous son règne qu’il est possible de voir dans le même gouvernement « des socialistes, des Républicains, des centristes, côte à côte et non plus face à face » dixit France Culture.

Les partis tels que le Parti socialiste et les Républicains ont eu des sueurs froides. Le premier avec 29 députés (son pire score depuis l’avènement de la 5eme république) et le second, avec à peine 113 députés, très loin des 223 de la dernière législature, se considèrent désormais comme des parias de la république en France.

Tertio : la montée de la jeunesse

La surprise vient surtout des élus âgé de moins de 30 ans. Ainsi, depuis 1958 où le record a été battu avec 10 députés jeunes, la Ve République enregistre 28 députés vingtenaires. La LREM, encore elle, rafle 18 sièges sur 28 élus. Il faut préciser que 756 candidats de moins de 30 ans étaient en lice. Sans oublier que 5 candidats étaient âgés de 18 ans.

Pour aller plus loin dans l’analyse, les électeurs peuvent opter pour la jeunesse quelque soit le parti. L’exemple de la 10e circonscription du Pas-de-Calais est parlant. Ainsi, celui qui est désormais considéré comme le plus jeune députéLudovic Pajot, affrontait Mme Deschanel, candidate de LREM. Ce jeune de 23 ans était pourtant le candidat du Front National (FN). Même si cette circonscription est le bastion du FN, il n’en demeure pas moins vrai que le peuple est capable de faire confiance à la jeunesse quelque soit son bord idéologique.

L’âge électoral : 18 ans en France, 20 ans au Cameroun

Il ne s’agit pas ici de faire une comparaison les deux pays sur le mode de gestion politique. L’objectif ici est de mettre en évidence les cadres environnementaux et réglementaires qui pourraient inciter les jeunes. Quelques analystes ont déjà fait cette remarque selon laquelle les jeunes camerounais s’engagent moins en politique. Les raisons de ce désengagement sont multiples. Mais, l’une d’elle qui revient plus dans les critiques est bel bien la gérontocratie. C’est la perpétuation de la vieille garde aux affaires. Elle consiste à embrigader les jeunes en les renfermant dans le carcan des faire-valoir.

En jetant un coup d’œil sur les textes, notamment la loi électorale (N° 2012/001 Du 19 avril 2012), tandis que l’âge électoral est fixé à 20 ans, en France on vote à partir de 18 ans. Pendant ce temps, la majorité pénale est fixée paradoxalement à 18 ans et celle civile reste encore maintenu à 21 ans. Autrement dit, à 18 ans, un jeune est pénalement condamnable alors qu’il ne peut pas encore choisir ses dirigeants. Cette majorité électorale était fixée à 21 ans depuis l’indépendance. Et ce n’est qu’à la révision constitutionnelle du 16 décembre 1991 qu’elle a été revue à la baisse. Ce débat sur l’âge électoral ne date pas d’aujourd’hui.

L’émergence d’une nouvelle classe d’homme politique

Ce blocage au niveau de l’âge électoral n’est pas le seul handicap pour l’émergence d’une nouvelle classe politique. L’on a depuis longtemps décrié cette main mise de la vieille garde politique. En effet, depuis l’avènement des indépendances en Afrique, les nouveaux dirigeants étaient des jeunes. Il était convenu qu’après le départ des colons, les pays devraient être confiés aux jeunes administrateurs coloniaux de l’époque. De même que les premiers dirigeants, certains vieux présidents actuels ont été dans les arcanes du pouvoir étant très jeunes (entre 25 et 40 ans). Paradoxalement, il devient presque difficile voire impossible aujourd’hui de s’engager trop jeune au Cameroun.

En plus de cette caporalisation de la vieille garde au niveau du pouvoir, les partis politiques ne sont pas en reste. Depuis les années 1990 où le multipartisme a été légalisé après son interdiction en 1966, les partis politiques sont dans la même logique. La plupart qui sont entrés dans l’arène politique grâce à cette loi, garde jusqu’aujourd’hui le leadership vieux de plus de 26 ans. Même si le contexte avec la France ne peut pas s’identifié avec le Cameroun, ne peut-on pas s’interroger sur la nécessité du renouvellement de cette classe politique ?

Quel sens donner à l’abstention aux élections en France ?

Que peut_on dire du taux impressionnant de l’abstention qui devient l’une des formes les plus affinées d’expression politique en démocratie ? Au delà de la victoire de la LREM on peut observer une population indécise. Le taux d’abstention qui est au dessus de la moyenne (57,4%) révèle la désaffection de la population vis à vis du politique. C’est le taux record jamais réalisé depuis 1958. On peut ici se prononcer sur la fin de la cinquième république. La LREM est un mouvement qui peut prendre fin à tout moment car il n’est encré sur aucune idéologie véritable mis à part l’hyper utilisation du marketing politique.

Ramené à notre contexte, c’est à dire celui du Cameroun, il y’a lieu de se demander si la démocratie revêt les mêmes vertus dans tous les pays où elle est choisie comme modèle de gouvernance politique ? Ce taux d’abstention observé en France, est vu au Cameroun sous un autre angle. La désaffection proviendrait non pas du taux d’abstention, mais du taux du refus d’inscription sur les listes électorales.

Qu’est ce qui bloque le renouvellement politique au Cameroun ? Est ce la jeunesse de notre État ou l’immaturité de notre citoyenneté ? Rendez-vous dans le prochain billet pour tenter de répondre à cette question.

Ce billet a été rédigé avec le concours du juriste Laurent Dubois Njikam à qui je transmet mes remerciements.


Trafic d’enfants : Mme Kileba retrouve ses enfants après 20 ans de recherche

L’histoire remonte en mai 2014 quand je suis au parfum d’une histoire de trafic d’enfants par Christiane Oto, présidente d’une association La Perche. Puis, en novembre 2014, je suis invité à une conférence avec pour objet « trafic d’enfants ». C’est donc l’association Cameroon Ô’Bosso qui m’invite à une projection de vidéo. Celle-ci met à nu le phénomène de trafic d’enfants qui défraie la chronique depuis belle lurette. A la suite de la vidéo, quelques témoignages des victimes qui sont venues relatés les faits. C’est au cours de cette projection que je découvre que le trafic d’enfants est un phénomène courant. Je veux dire, un commerce juteux.

Mais, le cas le plus frappant est celui de Madame Kileba qui était à la recherche de ses deux enfants depuis 1997. J’étais scandalisé. Je ne m’en revenais pas de savoir qu’un phénomène aussi gravissime ne fait jamais la une de l’actualité. Heureusement, les réseaux sociaux sont là pour nous plonger dans la nasse du trafic d’enfants. Un collectif, à l’occasion, a été mis sur pieds. Son objectif est d’être un réseau d’alerte systématique de vol de bébé.

Ce jeudi 8 mai est un jour mémorable. Un grand jour. Les fruits de la lutte acharnée contre le trafic d’enfants est déjà visible. Etant sur le coup de l’émotion, je vous laisse découvrir l’extase qu’a laissé échappé mon frère et ami journaliste Gérard Philippe Kuissu que j’ai eu l’occasion de connaître à travers ce combat. Ces écrits, comme un compte rendu, relate bien l’émotion qui nous domine en ce moment. Lisez plutôt :

Le fils de Mme Kileba retrouvé après une campagne contre le trafic d'enfants
Madame Kileba à la droite de son flis, sa mère adoptive à sa gauche et Me Tchakounté à l’extrême-gauche. Il a été retrouvé grâce à une campagne contre le trafic d’enfants/ Matango Club/Crédit photo : Facebook Gérard Philippe Kuissu

Il y a des joies qu’on n’étouffe pas. Et l’affaire Kileba en est une. 20 ans après que ses deux enfants aient disparus comme des épingles, elle retrouve l’un deux.

Bref rappel des faits sur le trafic d’enfants :

Il y a 20 ans, Dame Kileba est atteinte de tuberculose. Pour se soigner et afin de ne pas contaminer ses deux jeunes enfants, elle les laisse dans un orphelinat. Et leur rends visite régulièrement. La suite c’est qu’un matin, elle découvre que ces deux enfants n’y sont plus. Catastrophe.

Elle cherche, cogne aux portes. Va au ministère des affaires sociales, écrits aux évêques, aux ministres, au SED, aux généraux, au DGSN, au PM… Rien. Une trentaine de correspondances, même aux instances nationales et internationales. Rien.

Elle sera interdite d’accès à l’orphelinat comme une malpropre. Elle sera insultée et vilipendée par les cadres du Ministère des affaires sociales. Ce ministère et de nombreux cadres seraient impliqués dans le trafic d’enfants et de bébé en particulier. De grosses familles à Yaoundé sont impliquées dans cette barbarie pestilentielle qu’est le trafic d’enfants.

Comment SOS Enfants Volés voit le jour

De guerre lasse, Madame Kileba eu l’idée géniale de se tourner vers une autre dame au grand cœur, KAH WALLA, présidente d’honneur de l’association Cameroon Ô’Bosso et présidente du parti politique Cameroon People Party (CPP). La Présidente l’écoute. Et décide d’agir.

En manager et fin tacticienne, elle avait compris avant nous tous l’importance et le poids de ce combat qui va durer trois ans. Son association Cameroun Ô’Bosso va prendre le dossier et réunir une cinquantaine d’associations de la société civile et des personnalités. Le TRIBUNAL ARTICLE 53 que je dirige est de la partie. C’est comme cela que je suis au commencement de l’affaire ! Un vaste et colossal travail sera fait. Lobbying, communication, marches, conférences de presse, distributions de dépliants, confection d’un documentaire. La présentation du documentaire sera même interdite par les autorités.

Les témoignages édifiants de trafic d’enfants

Durant les rencontres, les témoignages sont émouvants. Ils vous arrachent des larmes, vous enragent… Des verrous vont sauter, le collectif SOS Enfants Volés met à nu le trafic d’enfants et on dénombre des centaines de cas par an passé sous silence. L’impunité règne en maître. La mafia tourne, le business marche sur les larmes des familles.

Je me souviens encore du témoignage d’une dame : « Je vis au Gabon avec mon Mari et j’ai un enfant de 2 ans et je suis venu au Cameroun accouché. Mais on m’a volé un enfant… Que vais-je dire à mon mari, à ma famille ? Je rentre avec un bébé… Depuis 6 mois, je cherche, je me bats… ». Elle fondit en larmes.

Et un autre témoignage d’un homme qui disait : « ce qui me fait mal c’est que depuis que j’ai déclaré à la police la disparition de mon enfant, personne ne m’a jamais demandé quoi que ce soit. La police n’est jamais venu me voir, ou me convoquer… ».

Les âmes de bonne volonté se joignent au combat

La Ministre des affaires sociales reçoit le collectif. Des avocats, des experts entrent dans le jeu. Le Collectif, Me Tchakounté Charlotte, et d’autres vont mettre en marche une machine puissante. Celle-ci va de plaidoiries en plaidoiries engranger des victoires. Il sera établi que les enfants avaient été volés, leurs traces retrouvés.

Des négociations sont faites. Les enfants ne savent pas qu’ils ne sont pas avec leur mère biologique. Aujourd’hui, l’aîné, le garçon a retrouvé sa mère biologique en compagnie de sa mère adoptive et des membres du collectif dont Me Tchakounté.

Au moment de cette victoire, après 3 ans d’âpres combats pour nous et 20 ans pour Mme Kileba, il faut souligner que c’est une victoire de la société civile.

Je vous passe les détails sur les menaces, les intimidations.
Je vous passe les détails sur les scandales découverts.
Je vous passe les détails sur la condescendance, l’immoralité, le vice, les insultes des fonctionnaires qui volent deux enfants et maltraitent, animalisent la mère biologique.
Un crève cœur.

Et le combat continue…

Une insensibilité à la douleur d’autrui que l’on ne retrouve que chez les animaux sauvages. La patience et le courage du collectif ont payé. Mais aussi j’ai une pensé émue pour Georges Ekona et tout son staff qui n’ont ménagé aucun effort pour cette cause.

Je suis hyper admiratif de leurs efforts. Et, il me souvient que moi-même incarcéré au SED, il n’avait pas attendu ma famille ou l’argent pour intenter une action judiciaire pour moi. Il est juriste, il a fait ce qu’il avait à faire.

Comment ne pas saluer l’action de cette dame, Me Tchakounté, qui s’est investie pieds et mains liés dans cette cause, celle qui de mon point de vue a donné une dimension de force et de percussion au Collectif.

Au moment de partager cette joie, je salue le courage de Mme Kileba qui a crut jusqu’au bout. 20 ans pour revoir ses enfants dans la ville de Yaoundé. Elle retrouve donc son aîné, en attendant que la fille, la cadette et sa famille d’accueil soit préparées pour cette rencontre.

Happy end ?

Pas seulement. C’est la victoire d’une société civile que l’on qualifie d’inexistante. Moi je dis ESPOIR, PATIENCE, PERSÉVÉRANCE, et… union dans l’action. Une démonstration pratique pour la jeunesse : les vraies victoires se construisent dans la durée avec la sueur et/ou le sang.


L’Eglise catholique au cœur des arcanes du pouvoir politique au Cameroun

Au Cameroun, l’Eglise catholique a toujours entretenu des relations avec la politique. Ces relations peuvent être tantôt dites de proximité ou celles dites d’éloignement. Elles peuvent aussi être plus ou moins douteuses. A la lumière des analyses, elles sont devenues de plus en plus floues. Elles sont alors devenues plus que douteuses. Hier, on assistait à un mariage presque parfait.

C’est l’actualité dramatique en cours qui fait l’objet de ce billet. Ce drame vient encore raviver les débats sur les rapports que l’Eglise catholique entretient avec la politique. La mort « suspect » d’un prélat le 31 mai 2017 est la preuve que ses relations à l’Etat camerounais ont changé.

Rapports entre l’Eglise catholique et la politique pendant la période pré-coloniale selon Louis-Paul Ngongo

Dans un ouvrage intitulé « Histoire des forces religieuses au Cameroun » paru en 1982, la sentence de Louis-Paul Ngongo est sans équivoque : « Aucune religion formelle ne saurait s’installer dans l’apolitisme« . A la lecture de cet ouvrage, qui relate l’histoire de l’implantation et des forces des églises au Cameroun de 1916 à 1955, il apparaît qu’il a existé une fragile « collision généralisée et permanente entre les principaux acteurs de la colonisation, les administrateurs et les missionnaires« . Une collision qui laissait voir un antagonisme dans la philosophie et la vision de la cité.

Pour cet historien, la religion a eu comme principal adversaire à son expansion, l’administration coloniale. Pourquoi ces deux instances s’affrontaient-elles alors qu’elles étaient chargées d’une même mission ? Le conflit entre l’administration coloniale et les missionnaires résidait sur le fondement de chacune de ces instances. Pour Louis-Paul Ngongo, « Toutes les religions visent à transformer les mentalités, à orienter la société selon ses principes doctrinaux« . C’est la raison pour laquelle les administrateurs et les missionnaires étaient toujours divisés sur le droit matrimonial et la politique de l’éducation.

L’antagonisme sur le régime matrimonial était le plus criard. Pendant que les missionnaires étaient contre le mariage polygamique, l’administrateur coloniale le célébrait à l’état civil. Le désaccord sur la politique de l’éducation était essentiellement lié au contenu des enseignements. L’introduction des leçon comme « La Morale » a été l’une des pomme de discorde entre l’Eglise et l’administration.

Ce conflit sur les principes des règles de gestion des populations était déjà perceptible avant l’indépendance. Si l’on considère que l’Eglise catholique s’immisçait ne serait que dans ces deux secteurs de la vie des populations, il était donc indiscutable qu’elle ne pouvait ne pas s’ingérer dans la gestion de la cité, et donc, de la politique.

Rapports entre l’Eglise et la politique dans la période post-coloniale à l’ère du mono-partisme selon Jean-François Bayart

Dans son article « La fonction politique des Églises au Cameroun » paru en 1973 dans la Revue française de science politique, Jean-François Bayart ne contestera pas les conclusions de Louis-Paul Ngongo. Au contraire, le spécialiste Français des politiques africaines donnera une autre dimension politique à l’Eglise. Le président de la république Amadou Ahidjo, en interdisant le multipartisme en 1966, six ans après l’indépendance, privait alors la population d’instances d’expression et de revendications. Par conséquent, l’Eglise et plus particulièrement l’Eglise catholique, deviendra le « lieu d’expression de divers intérêts catégoriels« .

Contrairement à Louis-Paul Ngongo, Jean-François Bayart place l’Eglise au cœur même des arcanes du pouvoir politique. Elle ne sera plus réduit aux fonctions doctrinales ou à la gestion de la cité. Mais, elle sera le porte-parole des opprimés. Dans un contexte de mono-partisme, elle jouera presque le rôle de parti d’opposition. Et c’est en cela que Jean-François Bayart affirme, à juste titre que « les responsables religieux effectuent des interventions personnelles afin de protéger les populations de mesures arbitraires« . Il devient donc claire que l’Eglise catholique avait une certaine autorité voire une autorité certaine pour intervenir sur les décisions politiques.

Deux exemples de succès démontrent cette influence forte de l’Eglise catholique. Mgr Ndongmo intervenait et réussissait toujours à faire annuler les décisions extrajudiciaires. Tandis que Mgr Jean Zoa, par contre, était intervenu dans l’Affaire du Train en 1962 révélée dans « Les Carnets secrets de la décolonisation ». L’Eglise catholique était alors indubitablement un contre-pouvoir en l’absence des partis politiques de l’opposition.

Les rapports incestueux entre l’Eglise catholique et la politique depuis l’indépendance selon Alain Blaise Ngono

Les relations douteuses de l’Eglise catholique avec le politique a toujours, de tout temps, existé. En dehors de la prise de position contre l’injustice, l’Eglise a aussi brillé par des prises de positions maniérées et alambiquées. La lettre pastorale des évêques du Cameroun à l’issu de l’élection présidentielle de 2011 en dit long. L’Eglise prend les devants de la scène pour exhorter les acteurs à prendre leurs responsabilités. Mais, pour Alain Blaise Ngono, dans un article fort intéressant sur l’historiographie de la communication épiscopale, montre bien la face cachée de l’épiscopat camerounais.

Pour cet auteur, l’Eglise catholique constitue un « Indéfectible soutien aux forts« . Elle incite, par conséquent, aux pauvres à se soumettre en acceptant des « compromis et compromissions ». Ces fameux appels à la paix et à l’unité nationale ne peuvent cacher qu’un dessein : donner la caution morale à la tyrannie. C’est pour ça qu’elle « persiste manifestement à induire ses propres fidèles en erreur en tentant d’anesthésier les aspirations de liberté, justice et prospérité pour les enrégimenter dans un système politique illégitime et structurellement inégalitaire, injuste et malfaisant ». Cette posture existe depuis l’indépendance et demeure jusqu’à nos jours.

Le scandale de trop qui vient ébranler les rapports incestueux entre l’Eglise et le pouvoir politique

La communauté de l’Eglise catholique est en émoi. En effet, depuis le 31 mai 2017, le Cameroun a encore enregistré un décès « suspect » d’un prélat. Il s’agit de Monseigneur Jean-Marie Benoit Bala, archevêque de Bafia. Selon les premières indications trouvées sur le terrain, sa voiture a été retrouvée garée sur le pont sur la Sanaga à Ebebda. Une phrase laconique était rédigée sur une feuille blanche avec une en-tête « Archidiocèse de Bafia » et portant la mention manuscrite « Je suis dans l’eau ». Après une fouille de plus 48 heures, il a été retrouvé mort le 02 juin 2017 à Tsang, un village sis à 7 km du pont, par des pêcheurs au large de Monatélé.

Cette nouvelle n’a pas manqué de susciter des indignations face à ce qu’on pourrait appeler « série de scandales ». Les observateurs font d’ailleurs remarquer qu’en dehors de l’Eglise catholique, aucune obédience n’a connu un tel scandale. En plus de ça, ils font aussi la précision selon laquelle les meurtres suspects des prélats commencent en 1982. C’est donc sur l’ère Biya que ces crimes deviennent de plus en plus récurrents et inquiétants. D’où la question banale : pourquoi les religieux catholiques sont-ils les seules victimes ?

La thèse du suicide, en vogue depuis lors, s’est dissipée petit à petit. Du coup, le vieux démon des meurtres suspects des prélats catholiques au Cameroun refait surface. A l’occasion, les statistiques présentant une liste non exhaustive des prêtres décédés dans des conditions encore non élucidées sont remises au grand jour. On apprend donc, en tout que, après Mgr Bala, cela fait 17 morts déjà enregistrés. Les premiers prélats assassinés, en 1982, étaient Mgr Jean Kounou et l’Abbé Materne Bikoa. Et depuis cette date, les enquêtes sur les meurtres des prélats ont connu des succès mitigés.

Rapports entre l’Eglise catholique et la politique pendant la période post-coloniale à l’ère de Biya et du multipartisme

A l’ère du multipartisme, il devient évident que ces rapports devraient prendre une autre allure. Les partis politiques commencent donc, en 1991, à jouer leur rôle de contestation du pouvoir. La question fondamentale qui reste à se poser est donc la suivante : quel rôle va finalement jouer l’église. Plus que par le passé, l’Eglise catholique n’a aucunement perdu sa place d’influence à l’ère de Biya. Elle est même devenue de plus en plus forte au point d’intégrer certaines institutions clés de la république.Ainsi, l’Eglise se met donc à jouer un rôle trouble. Elle est accusée de soutenir le régime dictature qui opprime le peuple.

Après avoir anéanti les partis politiques, la presse privée, dernier rempart de la contestation, était visée. Mgr Joseph Befe Ateba est nommé au poste de président du Conseil National de la Communication (CNC). Il a pour mission de mater contrôler la presse qui est désormais le seul opposant réel au régime. Monseigneur Watio est nommé à Elecam (Elections Cameroon). A travers lui, l’église catholique donne sa caution aux divers tripatouillages des élections au Cameroun. Ces deux nominations ne peuvent, sans aucun doute, être acceptées sans l’accord de la hiérarchie de l’église catholique.

Dans un tel contexte de contestation de l’ordre, l’Eglise catholique se trouve dans l’étau. Comment, en même temps, jouer le rôle de la paix en exigeant la justice sociale à un pouvoir politique qui la tient en haleine ? Équation difficile à résoudre. Elle va donc se mêler dans le jeu des intérêts troubles. Ce qui ne plaît pas au pouvoir politique.


Pourquoi le jeune Macron fascine tant les Camerounais ?

La victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle en France le 7 mai 2017 ne se limite pas seulement à un simple événement politique. Depuis la campagne du premier tour jusqu’à la fin du second tour, le couple Macron n’a suscité que des débat passionnés. Ces débats tournent autour de la jeunesse d’Emmanuel à la vieillesse de Brigitte, du soutien du capitalisme financier à sa politique d’ouverture qui cadre mal avec l’expansionnisme africain cher à la France.

A vrai dire, les Camerounais n’ont véritablement commencé à entendre parler de Macron que lors de sa visite en Algérie. Les propos tenus à Alger le 15 février 2017 sur la colonisation par le candidat à la présidentielle français d’alors n’avait pas laissé les Camerounais indifférents. Tandis que les uns étaient satisfaits de la pertinence de ces propos, d’autres scrutaient déjà sur sa personnalité. Ces derniers s’interrogeaient justement sur la sincérité et la bonne foi d’un Blanc qui subitement découvrait que la colonisation « était un crime contre l’humanité« . Du coup, Macron a commencé à intéresser les Camerounais de tout bord. Il devient curieux de bien comprendre cet intérêt. Autrement dit, pourquoi Macron suscite-t-il autant de polémiques, de haine, de jalousie, mais aussi d’admiration ?

Parce que Macron arrive dans un contexte où la côte de l’extrême-droite monte dans les grandes puissances du monde

Le couple Macron au sommet du G7
Le couple Macron au sommet du G7 à Sicile en Italie. Source photo : Wikipédia/ Matango Club

C’est avec ces critiques acerbes que les débats ont véritablement eu lieu sur la personnalité de Macron. Tout allait dans tous les sens. Le couple Macron a été décrypté afin de comprendre la logique qui gouvernait ce jeunot et qui faisait fasciné la France et le monde. Pour avoir suivi de bout en bout les campagnes électorales de Mittérant, Chirac, Sarkozy et Hollande, la candidature de Macron a été celle qui a suscité le plus de polémiques. Pourquoi ?

L’élection présidentielle en France se déroule dans un contexte où les réseaux sociaux ont une ampleur exponentielle. C’est un contexte où toute idée novatrice, de changement, voire révolutionnaire, attire plus l’attention. Avec cet interview d’Alger, l’opinion se rendait alors subitement compte que Macron venait pour casser les habitudes. Le ton était donc donné et le discours de la rupture semblait, a priori, claire.

Ce contexte est aussi marqué par l’effervescence du discours droitiste le plus dur dans le monde. Les peuples des grandes démocraties et des grandes puissances du monde sont dans le doute. Rien d’autres que les difficultés économiques, la montée du terrorisme et l’insécurité suffisent à susciter ces doutes. Ces peuples sont donc en colère contre leurs gouvernances incapables de protéger le pays contre ces vents de turbulences.

Les idéologies d’extrême droite jettent l’opprobre sur les politiques d’immigration. Ces turbulences, considérées comme externes, n’ont alors qu’une seule origine : les étrangers. Ceux-ci, en plus de profiter du peu d’emplois qui existent, sont les principaux indexés dans les attentats. Les nationalistes et anti-mondialistes trouvent donc un terrain fertile. C’est ainsi qu’on pourrait expliquer les victoires de Trump aux Etats-Unis et de May en Angleterre. Ces deux chefs d’Etats apparaissent comme des hommes de rupture avec l’ordre établi.

Parce que Macron est une marionnette qui entre dans l’histoire grâce à un complot des puissances capitalistes ?

On aurait pu penser que la poussée de l’extrême-droite suffisait pour barrer la voie à Macron. Que nenni. La nouvelle coqueluche de la classe politique française a justement surfé sur la rupture. Comment ? En France, l’on a eu l’instinct de présenter un homme pas si neuf mais jeune, à l’ascension récente, pas définitivement encarté à gauche ou à droite. Sa figure était au moins acceptable pour éviter que les peurs ne fassent basculer la France vers l’extrême-droite.

D’un autre côté, Macron a eu à bénéficier de l’instrumentalisation de la justice contre Fillon. L’histoire retient quand même que, jamais auparavant la justice française ne s’était déployée dans les affaires politiques avec autant de ferveur pendant les périodes électorales. Elle s’est aussi fait aider par un matraquage médiatique à nulle autre pareil. Pourtant, à cette période justement, Fillon faisait plus de 20% dans les sondages.

Sans doute que l’alternance gauche droite portait déjà ses fruits. Mais, la fissure de la gauche et les problèmes judiciaires de Fillon présageait quand même un terrain fertile pour Macron. C’est la raison pour laquelle, en janvier 2017, un article de BFMTV, appelait cela l’alignement des planètes. C’est un doux euphémisme pour décrire ce qui arrive à Macron comme quelque chose qui a été planifiée.

Parce que le jeunot Macron est une personnalité atypique surtout dans sa vie privée que professionnelle

Par son âge qui le rend exceptionnel

Élu à l’âge de 39 ans, Macron est sans contestation le plus jeune président français de l’histoire. Sa candidature à la présidentielle ne pouvait donc pas laisser les Camerounais indifférents. Les commentaires allaient donc dans tous les sens. Pendant que les autres spéculaient sur sa jeunesse et sa non maîtrise de la chose politique, les autres voyaient en lui un homme prodige. Les détracteur de Macron ironisaient même sur une éventuelle rencontre entre lui et le dinosaure Paul Biya. Les commentaires tournaient autour de la posture du jeunot devant un vieux administrateur colonial de la politique africaine. En tous les cas, si rencontre il y a, Macron n’aura qu’à se rappeler de la célèbre phrase qui a fait pouffer de rire Hollande au palais de l’Unité à Yaoundé : « ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut ».

Par son courage légendaire

Les Camerounais ont l’habitude de se vanter devant les filles pour leur « faux » courage. Ils continuent d’être ahuri devant le « vrai » courage de Macron. Ils n’arrivent toujours pas à digérer qu’un garçonnet de 15 ans puisse draguer et convaincre son professeur de 39 ans de devenir sa copine. D’ailleurs, qui a même fait le premier pas entre les deux, Emmanuel ou Brigitte ? Il serait intéressant au moins de le savoir. Les Camerounais n’arrivent pas à imaginer qu’en France, une adulte puisse avoir pour copain un adolescent, j’allais dire, un mineur. Des comportements qui sont pourtant interdits par la loi française (?).

Au fait, moi-même, j’aimerai en savoir un peu plus sur ce détail de la vie de Macron et ce que dit la loi en France. Pourtant, ici au Cameroun, une telle relation est vite perçue comme anormale. Elle reste pratiquement moins condamnée par les juges. Pourtant, les adultes hommes étaient interdit d’avoir des relations sexuelles avec une mineure. Si ce détail a échappé aux juges français, il n’a pas échappé aux Camerounais.

Il faut tout simplement dire que Macron a réussi, non seulement à détourner les juges, mais a réussi là où les Camerounais échouent souvent. Il a refusé de jouer les seconds rôle dans cette relation controversée en épousant une femme plus mature que lui. De plus, il a refusé de considérer que les femmes âgées représentent des vaches à lait. D’où le nom de « gigolo » que la société attribue aux hommes perfides et avares. Du moins, Macron a appris aux Camerounais à savoir à quoi peut servir une mémé.

Par le charisme de Brigitte

Brigitte Macron a été dans toutes les lèvres des femmes. Oui, qu’est-ce que les femmes n’ont pas dis ? C’est le kongossa dans toute sa pestilence : Brigitte est trop vielle ; C’est plutôt Trump qui mérite Brigitte ; etc. On a même assisté à un échange entre Macron et Trump où Mélania devenait Madame Macron et Brigitte devenait Madame Trump. Les Camerounaises trouvent que cette combinaison formerait un couple parfait.

Ce qui est intéressant ici, c’est que, pour une fois, les Camerounaises ont beaucoup appris de Brigitte. Elles ont enfin compris qu’il ne sert à rien de tromper les dragueurs sur leur âge réel. Les filles ont cette mauvaise habitude ici de paraître jeune en mentant sur leur âge. Ça fait partie de leur charme. Elles pensent naïvement que les hommes préfèrent les jeunes filles encore resplendissantes. Peut-être ont-elles raison. Mais, ce qui est important, c’est le fait qu’elles soient déjà conscientes que l’âge peut présenter des avantages dans une relation amoureuse. Il ne sera donc plus question de « couper » son âge pour épater un probable prétendant.

Par le choix vestimentaire de Brigitte

Le monde a été fasciné par cet ensemble vestimentaire de Brigitte lors de l’investiture de son mari. Brigitte portait un petit tailleur de couleur bleue conçu par Louis Vuitton. Elle avait été très appréciée notamment par les Camerounaises malgré la taille trop courte de la jupe. En fait, la comparaison faite par les Occidentaux entre la tenue de Brigitte, de Mélania et de Jacqueline Kennedy en 1961 n’avait pas ému du tout.

Le pire est pourtant venu de la tenue noir de Brigitte lors du dernier sommet du G7 en Sicile en Italie. On a vite fait de mettre cette fois-ci la comparaison sur la table. Brigitte a été « hué » par les internautes camerounaises face à Mélania qu’elles trouvaient superbe. Evidemment, la taille des tenues de Brigitte (au dessus des genoux) n’est pas très appréciée. Du coup, les détracteurs de Brigitte sortent alors de leurs petits trous pour lancer comme un cri de victoire : « vous voyez alors comment les vieilles femmes sont ? Au lieu de porter les habits dignes des femmes de son âge, elle fait comme si elle voulait encore impressionné son mari. Elle ne s’est pas encore débarrasser de sa garde robe d’ado ? C’est toujours l’amour comme ça lààà ».

Par sa conception de la famille

Pour le commun des mortels, Macron doit être un psychopathe. Comment un jeune homme à la fleur de l’âge, qui a gravit les échelon au plan professionnel et est finalement devenu président de la république peut-il refuser d’avoir des enfants ? Sacrilège ! Ici au Cameroun, il sera très difficile d’amener les gens à concevoir cela. De manière instinctive, à moins qu’un homme soit infertile, avoir un enfant est une exigence de la société. Ce n’est pas (encore) une affaire personnelle.

Les plus doué comprendront que, pour atteindre ses objectifs professionnels, Macron s’est certainement donné une discipline dans sa vie. Cette discipline passe aussi par des sacrifices que l’on se donne soi-même comme le choix de ne pas enfanter. Dans ce cas, la victoire de Macron serait donc évidente. Cette règle de la vie n’est pas compréhensible pour un Africain qui considère que l’enfant est une richesse plus qu’un diplôme ou une carrière professionnelle ou politique.

Ainsi, pour le nouveau président français, la famille prend donc un autre sens. Macron considère les enfants et les petits-enfants de sa femme comme les siens. Cette parenté peut même s’étendre et ainsi, elle devient alors sociale et non plus seulement biologique. Ça rejoint donc largement la notion de la parenté en Afrique où, en plus des enfants, les enfants des oncles et des tantes font partie de la famille. Pourquoi ce comportement de Macron choque-t-il les Africains et les Camerounais en particulier ? Les détracteurs sont allés même plus loin en insinuant que Macron ne pouvait être qu’homosexuel. Heureusement que nous en sommes encore qu’aux hypothèses.

Tout compte fait, Macron reste, néanmoins, pour le Camerounais que je suis, un véritable énigme

Le nouveau président français est plus qu’un énigme. C’est un personnage atypique qui ne laisse personne sur la bonne piste de sa personnalité. La France en Marche ! a révéler pas mal de subtilité dans sa vision. Ni de droite, ni de gauche encore moins du centre, l’orientation idéologico-politique de Macron est, comme il le dit lui-même, une rupture. Mais, la nomination de son tout premier gouvernement avec le maintient de certains ministres issu du gouvernement de Hollande laisse perplexe. Ses visites à Berlin pour consolider le couple Franco-Allemand et à Gao pour consolider la coopération militaire africaine si chère à la France ne viennent-elles pas conforter le statu-quo ?

En tous les cas, en Afrique, personne ne doute un seul instant, même avec le FN au pouvoir, que la France changera un jour sa politique avec le vieux continent. L’arrivée de Macron à l’Elysée n’est donc pas un mystère, bien qu’elle soit un événement. L’euphorie de la victoire de Macron n’est qu’un vent de l’histoire. Au Cameroun, difficile de considérer une victoire comme le fruit d’un travail bien accompli. Malheureusement. Quand quelqu’un réussit dans la vie, les raisons sont vite trouvées : « il est homosexuel ; c’est la secte Franc-Maçonnerie qui est derrière cette victoire ». Par contre, si Macron avait échoué, on connaît le refrain : « il croyait qu’on peut sortir de nulle part et devenir président ? ». Bonjour les railleries et les moqueries.

En conclusions

Le président Macron inspire les Camerounais. On peut encore discuter sur le caractère exceptionnel de la carrière du jeune président français sans toutefois nier cette évidence. Le phénomène Macron a déjà envahi les réseaux sociaux où beaucoup rêve du renouvellement de la classe politique. Le parti politique de l’opposition la plus en vue en ce moment, le SDF, reste inféodé par les dinosaures depuis 27 ans déjà. Ainsi, les critiques formulées au RDPC, parti au pouvoir, pour le statu-quo l’indépendance, est adressées aussi aux leaders de l’opposition.

Pour finir, j’aimerai quand même savoir quelque chose. Une certaine intrique circule sur les réseaux sociaux camerounais sur le séjour des premières dames françaises à l’Elysée. Les polémiques n’arrêtaient pas de circuler sur les épouses de Sarkozy et de Hollande. Pour Sarkozy, celle qui était entrée à l’Elysée n’est plus celle qui était sortie. Par contre, pour Hollande, la compagne a déserté les lieux laissant ainsi son compagnon qui a fini par quitter l’Elysée seul. Qu’en sera-t-il pour Macron ? Wait ans see!


Cameroun : 20 mai, fête nationale du ventre ?

Il y a longtemps que le 20 mai au Cameroun, fête nationale, a perdue ses lettres de noblesse. Ce n’est d’ailleurs pas le fait du hasard qu’elle est considérée comme la fête du ventre. C’est justement une fête consacrée à la beuverie. Le spectacle, le fanfaronnade, la prestidigitation, le « m’a-tu vu » et sais-je encore, sont mis en avant. Il y a longtemps que cette fête nationale avait du sens. Elle faisait partie de la mondanité. Aujourd’hui, elle est devenue vulgaire.

On a toujours considéré cette fête nationale comme celle réservée à ceux qui ont marqué la vie nationale par leur acte de bravoure. Pendant ces périodes, ils ont donc toujours été valorisés afin de susciter la même ardeur chez les autres. Malheureusement, ce type de fonctionnement devenait un peu désuet avec le système de surenchère. Peu à peu, cette fête nationale populaire perd sa notoriété. Le Camerounais lambda ne sent plus concerné. Le désintérêt s’installe un peu comme le sont les élections. La politisation de la fête nationale est son véritable mal.

Du coup, elle est devenu une fête pour la gloire d’un président. Tout s’arrête ce jour pour laisser la place au folklore. Pour comprendre ce que veut dire la fête nationale du ventre, il suffit de scruter le mode d’organisation que je m’apprête à vous décrire sommairement en quelques clichés.

Invité faisant bombance lors de la fête nationale du 20 mai
Réception au palais de l’Unité lors de la fête nationale du 20 mai. Un invité gourmand filmé en mondovision. Capture d’écran CRTV

Fête nationale prise en otage par le politique

Il s’agit tout simplement d’une fête où le champagne coule à flot. Vous me retoquerez sûrement comment une fête peut-elle se passer sans champagne ? Par contre, si je vous dis que la fête nationale du ventre signifie fête du gaspillage, ça devient un peu intéressant. Mais, ce n’est pas encore tout à fait ça. Par ailleurs, si je continue encore en disant que la fête nationale du ventre signifie la gourmandise des riches, c’est alors fabuleux. Oui, il ne s’agit que de ça. Une fête où les riches, je veux dire les hommes bien, comprenez par là ceux qui font partie de la classe des privilégiés, viennent faire leur cinéma en mondovision.

C’est une classe complexe et hétérogène vue la diversité des hommes et des femmes qui la composent. Elle est alors composée des corps constitués et des ambassadeurs, des membres du gouvernement et de certains hauts fonctionnaires, les directeurs généraux des entreprises parapubliques, certains opérateurs économiques, les hauts gradés de l’armée et de la police, les autorités religieuses diverses, des responsables d’ONG et associations diverses qu’on a pris le soins de sélectionner selon certains critères. Sans oublier, bien sûr, la haute hiérarchie des partis politiques issues du pouvoir et de l’opposition.

C’est donc cette classe de privilégiés qui s’empare de la célébration de la fête nationale. Elle est à l’honneur. L’organisation est par contre confiée à la haute administration et plus particulièrement au cabinet civil de la présidence de la république. Le 20 mai, toute la ville capitale, Yaoundé, est en effervescence. Y compris les villes régionales et départementales. Ce sont les gouverneurs de région, préfets et sous-préfets qui sont aux manettes. Comme vous pouvez l’imaginer, c’est une affaire de gros sous.

Une mobilisation des ressources et de la logistique

Mais, ce qui focalise le plus l’attention, c’est la mobilisation tout azimut autour de l’appât, au propre comme au figuré. La logistique est lourde et coûteuse. Ce n’est qu’un secret de polichinelle. Il faut refaire la propreté du boulevard servant de parade. Les tribunes présidentielles et autres doivent être mises à jour. Les peintures doivent être renouvelées. Les tentes et les chaises sont loués ou achetées tout simplement. Le décor, la sonorisation et la photographie ne sont pas en reste. Il convient de signaler ici que tous ces ramdams des fanfares et youyous tridents pendant le défilé ne sont pas gratuits. Il faut bien gratifier les défilants pour leur participation en leur accordant des « frais de transport », selon le jargon usuel.

Effectivement, de même que la logistique, les défilants constituent ou font aussi partie des ressources importantes de la fête nationale. Au Cameroun, il n’y a pas que la parade militaire qui est concernée. La deuxième partie du défilé est appelée ici « défilé civile ». Il concerne les élèves, étudiants et militants de partis politiques. Bien que l’armée soit prise en charge par l’Etat, les militants civiles sont pris en charge par l’institution qu’ils représentent : les écoles, les collèges, les universités et les partis politiques.

Ce qui est intéressant ici, c’est le défilé des militants des différents partis politiques. La difficulté ici consiste, pour chaque parti, à trouver les défilants. Le nombre de carrés est alors fonction de la puissance de mobilisation du parti. Les deux critères importants sont le nombre de militants et les ressources financières disponibles. Evidemment, le parti au pouvoir se taillera la part du lion sur la réservation des carrés.

La fête nationale et la parade sur le boulevard du 20 mai

C’est même l’une des raisons pour laquelle les observateurs continuent d’insister sur l’annulation du défilé de la partie civile. Pourquoi n’est-elle pas alors annulée ? Manifestement, le gaspillage des deniers publics y est pour beaucoup. Ce défilé civile joue un rôle symbolique important qui concerne la démonstration de force de chaque parti politique. Conclusion, l’organisateur qu’est l’Etat pour ne pas dire les fonctionnaires, instrumentalise la fête nationale pour des fins politiques.

Il faut bien que cette conception folklorique du défilé demeure. De tout temps et de tout lieu, la parade militaire est considérée comme aujourd’hui une démonstration de force de l’armée. Il ne s’agit plus du style communiste chinois où les civiles sont appelés à aller marquer les pas devant le dictateur comme signe d’allégeance ou de puissance du « souverain ». Bizarrement, le Cameroun est le seul pays au monde qui conserve encore ces vestiges du communisme d’antan. A la question de savoir qui prend en charge ce budget du défilé, le mystère demeure car le système de la tyrannie a besoin d’un tel zèle. Il a surtout besoin de démontrer son signe de puissance autrement que par l’armée. La ritournelle habituelle est celle de faire entendre que Paul Biya est « le choix du peuple ».

Pourquoi la fête nationale au Cameroun perd-elle son sens premier avec le temps ? Parce qu’elle est devenue au fil des temps une fête consacrée pour la gloire du chef. Même le défilé civil qui ne trouve plus de justification n’est pour autant pas supprimé. Il est même valorisé pour servir d’épée de Damoclès et d’appât de gain. On invite les gens à participer à la parade. On les distribue 2000F ou 5000F, c’est selon, comme gratification, un peu comme des grain de maïs qu’on jette à la volaille. Ils appellent ça, dans leur vocable, « l’argent de transport ».

La fête nationale du ventre c’est surtout la beuverie au menu

L’instrumentalisation de la fête nationale ne se limite pas seulement à la revue des troupes des partis politiques. Il y a aussi ce petit tour au palais de l’Unité. Palais où les gens de la haute classe sont conviées pour la ripaille. Pour bien saisir cette problématique, il faut se référer à « La politique du ventre » de Jean-François BayartPourquoi la nourriture et les festins sont considérés comme des armes et des ennemis dangereux pour l’épanouissement du citoyen ? Parce que les tyrans ont compris que c’est facile de tromper le pauvre avec une bouteille de bière et un morceau de maquereau. Pourquoi le Cameroun est-il devenu un pays de folklore ? Parce que la tyrannie adorent bien distraire, détourner les gens. Les pauvres qui ont faim tombent tout de suite dans le panneau. La tyrannie adore bien réduire le peuple à la mendicité, rendre les citoyens vilains.

Ce constat de Jean-François Bayart est bien observé au cours des campagnes électorales. Ce qui n’est pas du tout faux. Mais, il convient de préciser ici que la fête nationale du 20 mai a pour point de chute les orgies. C’est la haute classe qui est invitée dans la salle de banquet du palais de l’Unité. En d’autres termes, les va-nu-pieds peuvent rester à la maison. Ils doivent se contenter de « l’argent de transport » distribuer pour le défilé. La beuverie pour les gens biens sera diffusée à la télé. Ils peuvent donc se rincer les yeux en regardant comment mangent ceux qui gèrent leur argent.

Comportements villageois qui frisent le ridicule

C’est le moment de déguster les vins et des Guigui bien de chez nous ou importés sous le regard des projecteurs et des caméras de télé. Même les cuisses de poulet, des côtelettes de porc et les pommes de France ne sont pas en reste. Les comportements les plus vils et sauvages ne manquent d’attirer l’attention de ce peuple condamné à la maison. Il rigole bien en voyant ces gens bien remplir leur panse, leurs poches avec des morceaux de viande et des pommes, sans oublier quelques couverts.

Ce qui est même aberrant, c’est que ces gens bien ne se gênent même plus de politesse devant les cameras. Ils exposent leur sauvagerie en plein ciel. Dans son ouvrage cité plus haut, Jean-François Bayard indexe la pauvreté d’être la source de ce type de comportement villageois. Comme « la chèvre broute là où elle est attachée », la fête nationale est l’une des occasions pour faire bombance. En fait, c’est la nature du régime qui est en cause. « Pour se maintenir, le régime politique de la société postcoloniale n’a que deux moyens : généraliser la corruption et semer la terreur contre ses propres citoyens. Autoritaire et despotique, un tel pouvoir appelle fatalement la violence » (JP. Kaya).


Quelle sera la posture d’Emmanuel Macron face aux tyrans africains ?

Emmanuel Macron, 39 ans, vient de remporter la présidentielle 2017 avec un peu plus de 66% à la date du 8 mai 2017. Il devient donc le plus jeune président français de la 5ème république. Comme à son habitude, l’Afrique a toujours été un chapitre important des candidats aux élections présidentielles. Pour la simple raison que la France reste un partenaire privilégié de l’Afrique francophone compte tenue de l’histoire. Après la victoire d’Emmanuel Macron, les langues se délient pour scruter l’avenir du continent.

Les multiples analyses des relations bilatérales entre la France et l’Afrique montrent l’intérêt des observateurs internationaux. Emmanuel Macron, malgré l’existence de sa politique africaine absente dans ses discours, sera donc confronté aux réalités de la Francafrique.

Pour montrer le niveau d’influence du nouveau président français face aux faucons africains, j’ai choisi deux textes.

  • L’un de l’écrivain Patrice Nganang qui met l’accent sur le paradoxe entre les mandats présidentiels français de plus en plus réduits et les mandats présidentiels africains de plus en plus longs.
  • Le deuxième texte, celui de Boris Bertolt, journaliste, montre juste que le jeunot Emmanuel Macron, malgré son jeune âge et son dynamisme, ne pourra malheureusement pas servir de leçon aux vieillards africains. Bref, Emmanuel Macron sera-t-il ce changement de style dans la continuité ?
Victoire Emmanuel Macron à la présidentielle 2017 en France
Scores engrangés par Emmanuel Macron et Marine Le Pen à la présidentielle 2017 en France. Source : franceinfo.fr

Que peuvent les présidents français [à un mandat] contre les tyrans d’Afrique ? (texte de Patrice Nganang)

« Depuis Sarkozy, depuis 2007 donc, la France se trouve dans une situation d’instabilité de fait au sommet – avec des présidents à un seul mandat, et, avec Emmanuel Macron, avec un président qui a l’âge des enfants de plusieurs présidents d’Afrique centrale, mais plus important, avec un président qui n’a derrière lui aucune structure politique classique tel un parti politique, porté qu’il est par un mouvement, et qui est venu au pouvoir en fait par un coup d’Etat médiatique. Nicolas Sarkozy s’est en premier heurté à l’ossification africaine, tant à gauche qui elle est prise dans la bataille contre la Francafrique, qu’à droite, devant les tyrans dont surtout Bongo qui l’avait littéralement mis à genoux. François Hollande, a essuyé à Yaoundé un camouflet tyrannique dont il ne s’est jamais remis : « ne reste pas au pouvoir qui veut, mais reste qui peut ».

Eh bien, la France nous envoie maintenant un président sans structure, devant des hommes qui sont aujourd’hui les seuls et derniers garants de la structure coloniale, car c’est évidemment en Afrique francophone qu’aujourd’hui la Francafrique est défendue, est portée, est mise en branle. Les voilà, ils ont reçu Nicolas Sarkozy en 2007, il y a dix ans donc, ils ont reçu François Hollande, il y a cinq ans, et aujourd’hui, sans aucun changement parmi eux, ils attendent Emmanuel Macron.

La France et le paradoxe de la longévité en Afrique

Les tyrans attendent Emmanuel Macron qui, de toute sa campagne n’a vraiment pas parlé de l’Afrique, pour qui donc l’Afrique n’est pas si importante que cela, en réalité. La France se retrouve donc avec un autre Obama. Il peut, s’il est astucieux, avoir un deuxième mandat, mais la pesanteur d’un seul mandat en France s’installe pas à pas, tandis que paradoxalement, la tyrannie s’installe le plus profondément et le plus durablement en Afrique. Si cependant Macron voulait le changement en Afrique, comme par exemple Sarkozy, eh bien il aurait contre lui toute la classe intellectuelle africaine francophone qui est si confortablement assise dans son programme qu’elle aura de la peine à se rendre compte que le monde change.

Que dirait donc par exemple un Mongo Beti à Emmanuel Macron, sinon que « c’est la même chose », que la France « ne connait que ses intérêts », que « la France ne changera jamais ». Mais la question qui se pose est la suivante : Emmanuel Macron pourra-t-il être l’ennemi dont a besoin l’opposition gauchiste africaine pour exister ? Ce sont de telles questions qui deviennent soudain importantes, quand on veut savoir ce qui se passera en Afrique francophone. Cette France qui se passe soudain de l’Afrique francophone désaxé, désaxé, désaxé, car évidemment les choses auraient été plus simples avec Le Pen, dont le père a une passe africaine, et qui elle-même a commencé sa campagne au Tchad.

Emmanuel Macron sera-t-il victime de la France faible ?

Et là, on tombe sur la question simple : dans la relation entre l’Afrique et la France, qui a plus besoin de qui ? Dans une relation ou soudain un jeune président français de 39 ans regarde ailleurs, c’est-a-dire en fait, laisse les Africains s’occuper eux-mêmes de leurs dictateurs, les Africains seront-ils enfin contents ? Cette situation nouvelle, d’une France faible, d’une France affaiblie, et de présidents français à un seul mandat, est intéressante, très intéressante, surtout parce que le président Français, de son propre avis, a été « mal élu ».

La plupart de ses électeurs étant en fait des votes reportés de gauche et de droite. Un président français faible, un président français affaibli, une France faible, avec devant elle des dictateurs francophones les plus installés depuis 2007, des dictateurs les plus insolents et qui, avec Paul Biya en 2018, sont encore plus surs de leur plateforme qu’ils ne se laissent même plus paraitre. Biya peut couper internet a 30% de son pays sans problème. Sassou Nguesso peut mettre en prison tous ses adversaires politiques de 2016 sans aucun problème. Ali Bongo peut faire un « dialogue national » qui exclut celui qui lors de son élection a eu 48% des voix. C’est toujours une illusion de croire que l’on puisse se libérer seul, c’est un enfantillage de le croire. Les Africains ont toujours souhaité une France moins forte. Nous voilà servis ».

La victoire de Le Pen aurait-elle changé la donne ? (Un texte de Boris Bertolt)

Pour ceux qui ont tendance à l’oublier, le pouvoir de Yaoundé doit en grande partie sa survie du fait de l’appui politique, diplomatique et militaire qu’il a reçu de la France depuis 1960. En 1992, c’est le soutien de François Mittterand à Paul Biya qui en grande partie bloque le départ de Biya fortement souhaité et activé par les Etats-Unis et la Grande Bretagne.

Le pari perdu des faucons du RDPC pour la perdante Marine Le Pen

Emmanuel Macron avait 4 ans quand Paul Biya est devenu président de la République. Il n’est donc pas très au parfum du marigot de la françafrique. Le candidat du régime Biya aux élections présidentielle était Alain Juppé. C’est un grand ami de Paul Biya et acteur de la francafrique. Battu aux primaires des Républicains, ils se sont rabattus sur Fillon qui d’ailleurs était récemment au Cameroun quand il était premier ministre de Sarkhozy. Vu l’élimination de Fillon, les paris se sont tournés vers Le Pen car, il a existé une amitié entre les Le Pen et les Biya. D’ailleurs, Robert Bourgi a révélé cette semaine que des chefs d’Etat de l’Afrique Centrale ont envoyé des mallettes d’argent pour la candidate Marine Le Pen au second tour.

A Yaoundé, les progressistes du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais, parti au pouvoir, ndlr) et du pouvoir, dans leur grande majorité étaient favorables à Emmanuel Macron. Or les faucons étaient pour Marine Le Pen. Depuis cette semaine, ils travaillent à prendre attache avec des gens ayant plus ou moins des contacts dans l’entourage d’Emmanuel Macron.

la victoire d’Emmanuel Macron augure-t-elle des changements pour l’Afrique et le Cameroun ?

Biya ne fera rien de majeur dans les prochaines semaines avant d’avoir une idée claire de l’équipe d’Emmanuel Macron et les orientations qu’il compte donner à sa politique africaine.

Ceux qui vous ont disent que l’élection française n’intéressait pas les camerounais vous ont simplement menti. Le Cameroun et la France entretiennent plus de 100 ans d’histoire commune. L’arrivée du Général De Gaulle en France a accéléré les indépendances africaines. L’arrivée de Mitterrand, premier socialiste à prendre le pouvoir en France a joué un rôle dans le départ de Ahidjo. Nul ne peut savoir l’effet qu’aura l’arrivée d’Emmanuel Macron qui, à 39 ans, est le plus jeune président de la 5ème République, et celui qui a pris le pouvoir sans appartenir ni à la gauche ni à la droite qui pilotent le jeu politique depuis 50 ans.


Voici pourquoi il est facile à un fonctionnaire d’être milliardaire au Cameroun

Depuis mardi 18 avril, Antoine Félix Samba fait l’actualité des réseaux sociaux et des médias camerounais. Un château joue la star dans les publications Facebook, Twitter et tabloïds. Il s’agit d’une somptueuse résidence privée en banlieue de Yaoundé, la capitale. Elle est présentée comme la propriété de ce fonctionnaire. Cadre de la fonction publique depuis 1985, il est actuellement en service au ministère des Finances. Antoine Félix Samba est devenu la cible, l’homme à abattre des internautes. Au fait, que s’est-il passé ?

La révélation scandaleuse est venue d’une publication du journaliste Boris Bertolt. Désormais considéré comme un lanceur d’alerte, ce journaliste s’est taillé une réputation à nulle autre pareille. Ses publications, à la hauteur d’un média classique, sont courues. Elles révèlent, pour la plupart, des scandales très répandues dans les hautes sphères de la république. Ce sont en fait, des secrets de polichinelle dont personne n’avait, jusque-là, fait mention.

Ces publications à scandales lui ont toujours valu des quolibets des puristes. Ceux-ci estiment qu’en tant que journaliste, il manque de déontologie pour ne pas dire, qu’il est à la recherche du buzz. Malgré tout, Boris Bertolt n’en démord pas et sa publication Facebook du 18 avril 2017 restera tout de même marquée dans l’histoire.

Palais du fonctionnaire milliardaire : la publication des photos qui éclabousse

La publication présente en tout 7 photos montrant les contours d’une somptueuse villa qui a tout l’air d’un palais hollywoodien. Elle appartient, à n’en plus douter, au désormais fonctionnaire milliardaire Antoine Félix Samba. Il a occupé les prestigieux postes de directeur des affaires générales, de conseiller technique et surtout de directeur général du budget. En considérant que ce statut ne lui permettrait pas de s’offrir un tel luxe, la publication fait donc de lui un « voleur ».

Du coup, une horde de ses thuriféraires débarquent en lançant des cris d’orfraie. Elle s’insurge contre cette sentence du journaliste. Ils s’en prennent à Boris Bertolt en le taxant de « jaloux » avec tous les noms d’oiseaux imaginaires. C’est la première fois que je découvre Boris Bertolt, malgré sa témérité, confronté à l’adversité d’une telle ampleur. Je peux même oser dire qu’il en a eu pour son compte. C’est là où je découvre véritablement qu’il venait de taper dans la fourmilière.

Palais du fonctionnaire milliardaire : les enjeux d’une telle publication à scandale

C’est un gros scandale qui a, à lui tout seul, fait ressortir toutes les tares de la complexité du système gouvernant. Ces tares ont été mises à nu : corruption, tribalisme, sorcellerie, etc. Des réseaux sociaux, il a atteint certaines rédactions de la presse écrite et des chaînes de télé. C’est donc un signe que ce scandale, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, a déchaîné les passions et suscité de vives émotions. Cela témoignait du niveau paroxystique de la frustration des internautes. Ils sont fatigués du système de gouvernance dit « néocolonial ». Ce système jacobin, hérité de la culture coloniale française est considéré comme un goulot d’étranglement de l’émancipation politique des peuples.

Beaucoup d’observateurs pensent d’ailleurs que la France, malgré la fin de la colonisation dite « tutelle », reste toujours présente. Elle est présente ne serait-ce que dans l’esprit des nègres administrateurs des colonies. Leur mission est de préserver et de conserver le pouvoir qui leur a été légué. Ces fonctionnaires gèrent donc le système à leur guise. L’administration devient alors un objet de pouvoir tant politique qu’économique.

C’est donc ce désir de s’affranchir de cette tutelle éternelle, devenue une tyrannie perpétuelle, qui exacerbe les frustrations. Les fonctionnaires véreux et extravagants s’exposent aux purgatoires. A lire et à écouter les Camerounais s’exprimer, on dirait des gens qui en veulent à Samba au point d’être jaloux. Au fait, jaloux de quoi ? D’où vient cette colère, cette haine subite, cette vindicte populaire dont Samba est victime ? Pourquoi les laudateurs considèrent-ils Samba comme victime d’un acharnement ? Pourquoi Samba est-il la cible alors qu’il est de loin l’homme le plus riche du pays ?

Parce qu’il est à la fois fonctionnaire et homme politique…

Ce système jacobin, laissé par les colons français, a fait des administrateurs nègres à la fois des fonctionnaires et des hommes politiques. Les luttes d’indépendances opposaient des nationalistes aux colons. Ceux-ci avaient évidemment des alliés nègres qui étaient justement contre l’indépendance immédiate. Ils estimaient que les Camerounais n’étaient pas prêts pour s’auto-gérer. On a donc assisté à la traque des nationalistes. Ils sont soit allés en exil, soit entrés dans le maquis. Le vent des libertés qui soufflait des années 1950-1960 et la témérité des nationalistes n’avaient pas laissé de choix aux colons.

Quand l’indépendance fut alors proclamée, ces administrateurs nègres, des anti-nationalistes, ont pris la relève. De l’autonomie à l’indépendance, ils avaient la lourde responsabilité de conduire le pays vers le développement véritable. Mais, avaient-ils ces compétences, ou du moins, la volonté ? Comment le pouvaient-ils puisqu’ils n’étaient pas des hommes politiques, mais des administrateurs coloniaux ? Ces nègres avaient alors entre leurs mains la mise en place d’une nomenclature administrative, politique et économique du pays.

Cet imbroglio a fait que l’administration est devenu la niche de recrutement des membres du parti au pouvoir. Il ne serait donc pas surprenant de remarquer que la quasi-totalité du personnel de la haute administration est encartée. En général donc, le mode de reproduction du personnel du parti politique au pouvoir est fonction du recrutement à travers les concours administratifs. Même les recrutements dans les entreprises publiques et parapubliques obéissent aux mêmes principes.

L’administration publique est donc devenue un lieu où clientélisme et distribution des prébendes ont fait leur nid. Le concept d' »équilibre régional » a été inventé pour camoufler ce banditisme. Il consiste à créer un équilibre arithmétique selon l’origine tribale des futurs fonctionnaires. Malgré ce camouflage, la conscience collective continue de penser que la fonction publique est la chasse-gardée des Bétis.

… et parce qu’il est également homme d’affaires

Comment expliquer qu’un fonctionnaire puisse devenir milliardaire ? Cette collusion entre fonction publique et politique fait naître la confusion entre le parti politique au pouvoir et l’administration publique. Cette situation a perduré jusqu’en 1990, date de la réhabilitation du multipartisme. Aujourd’hui, dans l’arène politique, le principal adversaire des partis d’opposition n’est pas le parti au pouvoir, mais des fonctionnaires. L’argument passe-partout pour empêcher les manifestations publiques est la ritournelle « préservation de la paix et l’ordre public ».

Ainsi, pour conserver leurs privilèges, ces hauts fonctionnaires ont intérêt à empêcher l’alternance politique. Ces privilèges s’observent aussi dans le milieu économique. Il existe évidemment des anecdotes dont s’abreuve l’opinion collective selon laquelle les hommes d’affaires qui ont pignon sur rue ne prospèrent que de deux façons. Soit ils ne sont que des prête-noms, soit ils bénéficient des largesses des fonctionnaires. Il faut donc dire ici que cette position de pouvoir politico-administratif qu’a un fonctionnaire lui permet de tenir les maillons de cette chaîne de nomenclature.

L’administration publique n’est pas seulement politique et affairiste, mais elle est tribale

Selon le statisticien Dieudonné Essomba, fonctionnaire à la retraite, la production et la reproduction sociale des élites est tribale. Pendant que les Bétis se taillent la part du lion dans la fonction publique, les Bamilékés s’exercent aux affaires. Autrement dit, les premiers ont la signature et les deuxièmes en bénéficient. Si un originaire Bétis veut faire des affaires, il utilise un Bamiléké comme prête-nom. C’est la république du faux avec malversation.

Probablement, Antoine Félix Samba est donc ce haut fonctionnaire Bétis qui a refusé d’utiliser un prête-nom pour ses affaires. Contrairement à d’autres fonctionnaires qui ont décidé d’être effacés, Antoine Félix Samba s’affiche. Sur ce fait, son extravagance l’expose. Présenté comme un agriculteur et exportateur de riz et de cacao, il est considéré comme une brebis galeuse au sein du système que les ennemis livrent à la vindicte populaire. Il est, au vu et au su de tous, considéré par les internautes comme un prévaricateur.

Est-il possible de mettre fin à la gabegie ? Réponse de Dieudonné Essomba

Certains s’agitent en réclamant que le régime poursuive tel ou tel parce qu’il aura volé ou construit telle bâtisse, ce qui est la preuve de leur profonde méconnaissance. Les déprédations, autrement dit, les prélèvements indus de la fortune publique sont un élément constitutif du système et l’instrument à partir duquel il renforce ses allégeances. Elles participent de sa survie et si Biya a pu résister à toutes les attaques et continue à résister, s’il est assuré d’être reconduit en 2018, c’est précisément parce qu’il fonctionne comme cela !

La morale publique au centre du débat

S’il avait marché sur des bases éthiques souhaitées par le grand nombre, il aurait échoué depuis longtemps et il ne serait plus au pouvoir ! Mais lui, il veut rester au pouvoir, malgré son âge, et il fait exactement ce qu’il faut pour cela. Il connaît bien la solidité de son réseau d’allégeance, il maîtrise les capacités opérationnelles de ceux qui ne l’aiment pas et il ajuste les choses de manière à ce que vous n’y puissiez rien !

Cette démarche lui a permis de bâtir une armée à son image, une administration à son image, une justice à son image, des hommes d’affaires à son image, une morale publique à son image, une idéologie à son image : l’idéologie de la survie au pouvoir.

Il a échappé au coup d’Etat de 1982, résisté au mouvement de libéralisation politique des années 1990, à d’autres bourrasques. Patiemment, à coups d’épreuves, de chocs, d’attaques surmontées quelquefois très difficilement, il a réussi. Il peut donc faire ce qu’il veut : aller en Suisse, modifier la Constitution, emprisonner un tel ou un autre, mais rien ne se passera.

Et ce que nous appelons « mauvaise gouvernance » et que nous lui reprochons, c’est même sur cela que le système s’appuie pour survivre. Sans cette mauvaise gouvernance, il ne survivrait pas. Il aurait été balayé depuis longtemps.

Paul Biya, le manitou ?

Lui demander de sévir contre ceux qui détournent des fonds, sur la base d’une morale qui lui est étrangère, c’est lui imposer des règles inconnues de son univers. Autrement dit, si vous attendiez du kolatier sauvage de vous produire des mangues juteuses, ce serait la même chose !

Nous sommes ici devant une forme extrême de pouvoir néocolonial, qui est allé au-delà du commun pour atteindre une dimension pharaonique. C’est un régime dont Biya a hérité, mais qu’il a lui-même remodelé à sa guise, avec patience et à coups d’élimination des ennemis et de doubles stratégies. Mais surtout, en mettant à profit des circonstances exceptionnelles dont les plus déterminantes sont l’environnement du parti unique et l’ambiance de la guerre des deux blocs. C’est cela qui justifiait l’élimination des adversaires pour des motifs de souveraineté et de sécurité nationale, sans susciter la désapprobation internationale.

Ce système n’a pas notre logique et notre morale. Même lorsque, pour satisfaire la foule, il attrape quelques-uns des siens et les sacrifie, ce n’est pas parce qu’il adhère à notre perception des choses. C’est simplement parce qu’il jette un peu de lest pour se rafraîchir.


Les logements sociaux au Cameroun sont-ils un luxe ?

Les logements sociaux au Cameroun sont-ils à la portée de tous ? Ce n’est qu’un secret de polichinelle que de dire des logements sociaux qu’ils sont un luxe. Pour le dire justement, il faut absolument détenir des chiffres sur la situation du logement social au Cameroun. Il est, aujourd’hui, impossible d’avoir ces chiffres-là pour la simple raison qu’ils ne sont pas actualisés. C’est justement pour comprendre cette situation qu’il est fortement recommandé de se référer aux derniers qui datent de 2010. Donc, vieux de presque 7 ans déjà. Publiés par l’Institut National de la Statistique (INS), ces chiffres sur le logements étaient issus d’une enquête sociologique. Celle-ci avait donc pour objectif de « produire des indicateurs pour suivre et évaluer l’évolution, par rapport à l’année 2005, de l’emploi et du secteur informel au Cameroun ».

Il est donc établit qu’il n’existe pas une enquête spécifique pour le logement social au Cameroun. Ce qui m’aurai permis de faire une démonstration scientifique afin de montrer que le logement au Cameroun reste un luxe. Qu’à cela ne tienne, les chiffres de 2010 feront l’affaire, pourquoi ? Puisqu’il y a des éléments évidents de luxe et pas les moindre. Mais, avant d’y arriver, un bref état des lieux s’impose.

Logements sociaux en construction à Douala
Logements sociaux à Douala, site de construction de Banga-Bakoko. Crédit photo Ministère de l’habitat et du développement urbain

Logements sociaux : états des lieux

En 2014, le site d’actualité camerounais Investir Au Cameroun, publiais un article qui donne un aperçu sur l’état des lieux. Evidemment, le site du Ministère de l’habitat et du développement urbain ne donne pas ce détails important. Pour une population estimée à peu près à 22 millions d’habitants, le déficit de logements sociaux est estimé à presque 1,3 million d’unités. C’est un déficit, dit le journal, officiellement connu et rendu public. Mais, la question qui reste fondamentale est celle de savoir quel est le nombre d’unités déjà disponible et celles à venir.

Cependant, ce qu’il faut savoir, c’est que, selon le même site d’information, depuis sa création du Crédit foncier du Cameroun (CFC) en 1977, celle qu’on appelle la banque de l’habitat au Cameroun a octroyé des crédits d’un montant total de 261 milliards de francs Cfa, Cela fait donc un bilan total de 69.500 logements et de 15.700 parcelles d’aménagements viables et constructibles. Cette information, relayée par le site d’informations économiques Ecofin, a été rendue public le 24 mai 2014. C’était à l’occasion de l’inauguration du nouvel emplacement siège de agence du CFC d’Ebolowa, dans la région du Sud.

Au vue de ces chiffres qui restent encore à actualiser, il est donc convenu que le Cameroun présente un très grand déficit en matière de logements sociaux. Ces chiffres qui datent de 2014 sont à actualiser parce que c’est un secteur économique en perpétuel croissance. Les experts vont même plus loin en estimant que, selon la présence de promoteurs immobiliers et d’aménageurs privés, « seulement 50% de la demande est satisfaite ». Ce pourcentage reste inchangé malgré un intérêt croissant manifesté de plus en plus par certaines collectivités locales décentralisées qui s’investissent dans la promotion du logement social. Question : à qui la faute ?

Les logements sociaux ne sont-ils réservés qu’aux aux riches ?

Cette enquête de l’INS datant de 2010 présente une sentence sans équivoque : le chômage et les emplois précaires sont les principales sources de mauvais logement. L’argent reste le maître-mot puisqu’il implique plusieurs paramètres. L’un d’eux reste la cherté des matériaux de construction. Pour ceux qui n’ont pas encore d’espace de lotissement, il faut ajouter l’accès difficile et onéreux à la propriété foncière. Ce paramètres reste l’un des plus importants dans l’accès à la propriété parsemé d’obstacles infranchissables au petit payant. Il devient donc évident que pour une population au pouvoir d’achat relativement faible, le logements soit un luxe.

Il ne serait pas question ici de traiter le cas spécifique des logements sociaux. Puisque ce type de logements n’est sociaux que de nom, il est difficile de faire une distinction avec d’autres types de logements. Ainsi, si les logements sociaux sont considérés comme des habitations réservées aux pauvres, au Cameroun, ils sont plutôt réservés aux riches. Sinon, comment comprendre le privilège accordée aux cadres de la sécurité présidentielle par l’octroi de 60 logements ?

Le 13 janvier 2013, le gouvernement camerounais fait une communication sur un projet de construction des logements sociaux. Il s’agit d’un projet de construction de 10.000 logements sociaux et de 50.000 parcelles constructibles. Les deux grandes villes, Yaoundé et Douala, bénéficieront 4.500 logements sociaux. Actuellement, le site internet qui gère l’octroi de ces logements, affiche un total de 1.675 logements sociaux déjà disponibles dont 500 à Yaoundé et 1.175 à Douala. Il faut débourser en moyenne 16 à 23 millions et demi.

L’état des logements sociaux au Cameroun en 2010 selon l’INS

Cette enquête de l’INS ne fait pas de distinction entre les différents types de logements, qu’ils soient sociaux ou non. Il s’agit ici de l’état de logement en général selon les paramètres sociaux précis. Il sera question de mettre en exergue l’état de déliquescence du logement au Cameroun. Seront pris en compte le statut du logement, le confort et l’équipement des ménages au Cameroun.

Le statut du logement

Logements sociaux au Cameroun et statut d'occupation
Logements sociaux au Cameroun et le statut d’occupation

Selon l’INS, d’abord, 48,5% de ménages sont propriétaires de terrain sans titre foncier. Ensuite, 32,6% de ménages sont en location (dont 32,2% en location simple). Enfin, 7,2% sont logés par quelqu’un (dont 6,0% logés gratuitement par un parent ou ami). En conclusion, seul 11,4% de ménages sont véritablement propriétaires de leur logement. C’est un constat alarmant tout de même pour le commun des mortels. Mais, il est à noter que ce chiffre est en hausse. Les enquêtes de 2005 montrent un pourcentage de 3,2%. Il y a donc eu une évolution de 5%.

En quoi cela peut-il être dû ? A une prise de conscience du gouvernement qui a enfin allégé les procédures d’obtention de titre foncier ? On pourrait aussi estimer que les propriétaires ont réussi à avoir le montant d’argent qu’il fallait pour l’achat. Après l’acquisition d’une parcelle, il y a la question du confort qui se pose. Cette question se pose également pour des locataires. Bref, que fait-on allusion lorsqu’on parle de confort ?

Le confort du ménage

Logements sociaux et toilettes améliorées
Logements sociaux et possession des toilettes améliorées.

Qu’ils soient en propriété ou en location, les Camerounais sont confrontés au mal-être. Celui-ci fait allusion aux éléments matériels qui entre dans le cadre du confort et du bien-être des ménages. Parmi ces éléments de confort, il existe des matériaux du mur et du sol. Sans oublier aussi l’un des éléments important dans le confort d’un ménage : la disponibilité et la situation des toilettes. Celles-ci prennent le nom de toilette améliorées pour désigner celles qui sont nanties des installations d’assainissement améliorées. Elles doivent être équipées de raccordement soit au tout-à-l’égout, soit à une fosse septique. Les latrines à chasse rudimentaires, à fosse améliorées et auto-ventilées,et à fosse avec une dalle ou couvertes sont considérées comme des toilettes améliorées.

Au Cameroun, 54,6% de ménages disposent des toilettes améliorées. En faisant la comparaison entre zone urbaine et zone rurale, la différence est notable. Ainsi, 80,3% des ménages urbains disposent de toilettes améliorées contre 35,6% en zone rurale. Pour ce qui concerne les matériaux de construction, 48,8% de ménages vivent dans une maison en matériaux définitifs. L’utilisation du gaz, l’accès à l’eau et à l’électricité sont aussi des indices de confort. Ainsi, 21,7% des ménages utilisent le gaz pour la cuisine et 60,1% ont accès à l’électricité. L’électrification en milieu rural (35,1%) reste encore très problématique. Pour ce qui concerne l’accès à une source d’eau, à ne pas confondre avec la disponibilité, 62,6% des ménages sont proches d’une source.

L’équipement du ménage

Logements sociaux au Cameroun
Logements sociaux et équipements des ménages au Cameroun.

Le cadre de vie doit avoir des commodités. Les éléments de commodités représentent des biens durables jouant, à la fois, le rôle de rangement ou celui d’usage. C’est ainsi qu’on peut avoir pour usage, sans exhaustivité, comme matériels les plus populaires : le poste radio (57,0%), le poste de télévision (47%), le téléphone portable (68,8%) et l’ordinateur (7,2%). Ces chiffres nous montrent bien que le téléphone portable est le bien le plus prisé. Quelques statistiques officieuses montrent même que ce chiffre est en hausse permanente. Pour preuve, les chiffres de la présente enquête représentent le double de celle de 2005. Certainement que le phénomène d’internet et les réseaux sociaux y sont pour quelque chose.

Quant à la possession des appareils électroménagers dans les ménages, la proportion est excessivement faible. Les Camerounais estiment effectivement, que le fer à repasser électronique, le réfrigérateur, le congélateur et la cuisinière ne sont que des produits de la modernité. Difficile donc, en dehors du fer à repasser électrique, de les retrouver en zone rural.

Pour ne pas conclure

En conclusion, les logements sociaux au Cameroun, compte tenue de son prix, ne sont pas à la portée du premier venu. De même, se passer des logements sociaux et se loger en se débrouillant tout seul n’est pas évident. Quelle est alors la conduite à tenir d’un jeune chômeur ou emploi précaire pour se loger ? Evidemment, la réponse idéale ne serait pas de solliciter un logement social qui jouerait le rôle de régulateur social. A qui la faute, finira-t-on par se questionner ? Logements sociaux et politique d’emplois vont de paire.

Ce billet est ma contribution à la campagne #LogementsSociauxCmr initiée par les blogueurs du Cameroun. Le prochain contributeur est Christian-Williams Kakoua. Il nous servira un billet sur « Le calvaire des locataires au Cameroun » sur son blog kakus.overblog.com.


Orange Cameroun : les tarifs internet font grincer des dents

La tarification de la connexion internet au Cameroun devient de plus en plus chère. Les Camerounais l’ont appris à leur dépens au début du mois d’avril. Loin d’être un poisson d’avril, Orange Cameroun, l’un des 5 opérateurs les plus en vue, a revu sa tarification à la hausse. La question que tout le monde se pose, en effet, est la suivante : qu’est-ce qui peut expliquer une subite augmentation des prix à Orange ? Est-ce à cause du paiement de la licence de la 4G acquise récemment ? Est-ce à cause de la nouvelle loi des finances 2017 votée en décembre 2016 à l’Assemblée Nationale ?

Tarification internet chez Orange Cameroun
Tarification internet de Orange Cameroun. Source : Orange.cm

La grande désillusion des internautes consommateurs d’Orange

Avant ce mois d’avril, Orange avait le meilleur tarif internet au Cameroun. Qui, des cinq opérateurs de la téléphonie (Camtel, MTN, Nextel et Vodafone) Orange pratique le prix le plus bas ? C’est un secret de polichinelle, Orange était en première position sur le marché camerounais. Depuis ce mois d’avril, je me suis mis à l’étude d’une comparaison des prix pratiqués sur le marché. Il se trouve donc qu’aujourd’hui, la multinationale française est devenue le fournisseur internet le plus cher.

Comment en est-on arrivé là ? Comment comprendre ce basculement subite de la première position à presque la dernière, pratiquement ? Pourquoi Orange peut-elle prendre ce risque alors qu’elle n’est pas au top en termes de qualité ? Je veux dire que le risque est grand pour Orange de jouer à ce jeu dans un contexte où les nouveaux venus, Nextel et Vodafone, sont aux aguets. Ils sont aux aguets parce qu’après avoir énormément investi, cherchent leur positionnement. C’est-à-dire qu’ils attendent la moindre faute des opérateurs qui ont pignon sur rue pour se faire aussi un nom.

Pour dire vrai, la répondre à ces lancinantes questions appartient à la multinationale française qui a bien mesuré ces risques. Ce qui m’intéresse cependant, ce sont des réponses données par les clients eux-mêmes qui cherchent, en vain, à comprendre. Il a donc fallu prendre sur le pif quelques réactions des internautes camerounais qui n’ont cessé d’hurler. Et qui continuent, d’ailleurs, d’hurler. Les réseaux sociaux étaient donc le terrain privilégié de ces cris de stupéfaction, voire de désespérance. Désespérance, parce qu’il y avait encore, malgré cette opinion d’antipathie de la France coloniale qui règne, qui croyait qu’on pouvait encore compter sur la France via Orange. La désillusion a été grande au lendemain de la découverte de ces nouvelles tarifications.

Marketing : pourquoi la tarification internet est un critère important ?

Il se trouve que le prix reste et restera un enjeu majeur en marketing. Dans un environnement concurrentiel, le prix fait partie des éléments majeurs de la politique commerciale d’une entreprise. L’un des secteurs où la concurrence est rude en ce moment au Cameroun, c’est l’internet. Rarement les entreprises s’affrontent aussi rudement. Le Cameroun est l’un des pays africain à fort taux de pénétration internet. Les dernières informations tirées des sources officieuses font état d’un parc de 18 millions d’abonnés à la téléphonie mobile avec une estimation de 20 à 25 millions d’habitants. De quoi donner la chaire de poule !

Par expérience personnelle, j’ai déjà fais le tour du Cameroun. Après Camtel, je suis parti à MTN. J’ai fais un crochet à Nextel. Après encore, je suis revenu à MTN pour finir mon tour du Cameroun chez Orange. A vrai dire, en terme de qualité, je n’ai pas trouvé de différence majeure chez tous ces opérateurs. J’ai déjà perdu beaucoup de sous avec à cause de la qualité approximative du réseau.

Mon instabilité vient donc du fait que je n’arrive pas à être satisfait compte tenue de ma modeste bourse. Il suffit d’une coupure de connexion de longue durée pour susciter ma curiosité chez les concurrents. En fait, quand tout va bien, je ne cherche pas à savoir comment ça fonctionne ailleurs. Je suis un gros consommateur d’internet pour mes recherches en thèse. Je ne suis pas un salarié. Et je n’ai ni bourse en tant qu’étudiant, ni pension en tant que personne à mobilité réduite. Je n’ai donc rien comme garantie de connexion tous les mois. Pour moi, comme pour beaucoup de Camerounais, le coût de la connexion devient le critère le plus important.

L’incompréhensible marketing des prix de la connexion internet chez Orange

Orange semblait avoir compris ce comportement du consommateur. Malgré la qualité approximative, l’entreprise gardait néanmoins sa place de leadership que MTN revendiquait aussi. La stratégie est simple : si vous êtes à Orange, difficile d’aller ailleurs même si vous constatez des perturbations du réseau. Pourquoi ? Parce que vous avez peur de payer plus cher en allant chez le concurrent. D’autant plus qu’ils connaissent aussi des perturbations même si elles sont de moindres ampleurs. Mais, ce qui est important de préciser ici, c’est la bonne qualité du réseau Orange en période d’accalmie.

Orange, avec cette tarification des « pauvres », a donc profité du contexte en se taillant la part du lion devant la grosse mastodonte sud-africaine MTN. Le risque de cette tarification reste son objectif visé. En général, les entreprises le font pour « attirer » les consommateurs afin de les fidéliser. L’entreprise sera obligée de baisser les prix au plus bas par rapport à la norme du marché. Dans ce cas, lorsque le seuil de fidélisation est atteint, pourquoi l’entreprise choisit-elle la tarification la plus élevée sur le marché ? C’est vraisemblablement un risque énorme lorsqu’on sait que Nextel et Vodafone sont à la recherche d’un positionnement. Ces concurrents, avec moins de deux ans d’existence, n’attendent donc qu’une occasion pareille. Ce choix d’Orange, incompréhensible chez les consommateurs, a permis aux internautes, de se lâcher. Enfin !

« Orange et les Français sont des voleurs » ?

Pourquoi, après une augmentation des prix d’internet, on trouve que les Français sont des voleurs ? Les Camerounais sont remontés contre l’opérateur de téléphonie mobile. Orange a, non seulement, augmenté les prix, il a supprimé les forfaits « Giga Data ». La contre publicité est de taille. Et comme je connais mes frères et sœurs, ils ne sont pas allé du dos de la cuillère. Les insultes, le dénigrement. Tout y passe. Ils sont allé jusqu’à indexé les Français. Ah, cette haine, cette antipathie de la France qui est restée en travers la gorge depuis la fin de la colonisation ou de la tutelle française.

Certains disent que Orange a eu chaud en France avec la concurrence. C’est en Afrique que le groupe français vient chercher pitance. Voici deux extraits qui illustrent comment la colère est à son paroxysme :

Au fait orange joue au tout et pour tout en Afrique parce qu en Europe srtt ici il a perdu le marché ;

Free est venu gâté le marché il y a même un forfait à 2€sans souscription.

Les autres considèrent Orange comme des voleurs, ni plus ni moins. Ils accusent l’entreprise de téléphonie de manigance, de mensonge et de fourberie manifeste ou de vol organisé en ces termes :

Onong les gars là excellent dans la frappe organisée! Leur nouveau mot de passe c’est « votre telephone a fait des telechargements en arriere plan » . Quand tu ask ce que ça veus dire, les zozos te disent que c’est des telechargements qu’a effectué ton telephone……a ton insu……invisibles a l’oeil nu……et mm avec les données data desactivées……..je vous jure que ces gars là pratiquent la sorcellerie!.

Les consommateurs d’Orange dans la posture du changement

Du coup, chacun est en train de prendre la décision de changer d’opérateur. Comme c’est alors la concurrence, l’opérateur Nextel qui a à peine un an risque connaitre un boom d’abonnés. Orange et son concurrent naturel, MTN, avaient déjà saturé le marché au point ou on se demandait comment les nouveaux-nés que sont Nextel et Vodafone allaient faire pour booster leur pack. Voici que, face à ce dysfonctionnement de Orange, la contre-publicité vient leur donner un coup de pouce :

Quittez tout simplement Orange, NEXTELL est moins chère, mais ils n’avertissent pas que ton forfait est fini, seulement quand ils ont tout bouffés ton crédit, mieux que ses bandits d’orange ;

On a attacher quelquun a Orange? Lol.. Nous sommes clients. Et non linverse.. Faut pas se laisser marcher sur les pieds. En fin juillet 2016 lorsquils ont dabord augmente jai toute de suite changer de SIM fournitrice dinternet. Jai change pour Nexttel qui etait moins couteux et plus qualitatif.

Mais, alors, comment faire changer la donne face à ce qu’on pourrait appeler dysfonctionnement? La ligue des consommateurs appelée à défendre les intérêts des consommateurs est vite appelée en rescousse contre cette « arnaque » :

Quel est même le rôle de la ligue des consommateurs ?

Cette Ligue est décriée face à son impuissance. Elle est alors considérée comme une bande de petits copains avec des intérêts personnels :

la ligue des consommateurs où chacun là-bas cherchait seulement la position? Une fois que chacun a trouvé le réseau c’est devenu le chacun pour soi? Lol

Il ne reste donc qu’une seule solution, semble conclure la plupart des consommateurs. Cette solution consiste exactement à aller faire du boucan dans une agence pour crier sa colère. C’est ce que certains ont vécu comme expérience :

je suis allé à Orange Cameroun commercial, j’ai fait mon show là-bas, tout le monde a wanda sur moi. Quelques temps après ils m’ont remboursé mon crédit. Je pense qu’à un moment donné, il faut cesser de se plaindre et faire une action coup de poing.


Un « Goût de France » à la camerounaise

Le 21 mars dernier, toutes les ambassades françaises du monde entier étaient à leur troisième édition du concept « Goût de France ». Pour l’occasion, 11 restaurants camerounais et le consulat de France à Douala se sont prêtés au jeu. Une soirée gastro arrosée de vin et de champagne d’origine française meublaient la cérémonie. Une trentaine d’invités de l’ambassadeur de France à Yaoundé, Gilles Thibault, triés sur le volet avaient pris rendez-vous. 

A l’origine, c’est un événement pas trop élitiste et pas trop vulgaire non plus, où les non-Français sont invités à découvrir la cuisine française.  C’était donc une occasion, pour moi comme pour beaucoup d’autres invités, d’apprendre ce que cuisiner veut dire. En fait, même si je le savais déjà, j’ai eu là, le plaisir, plus qu’avant, de découvrir que la cuisine est vraiment un art. Autrement dit, la cuisine, comme les objets d’art, la mode, la musique et bien d’autres, est un outil marketing. C’est ce que la France veux démontrer par ce concept de « Goût de France » à travers ses représentations diplomatiques. Mais, pour que ça soit un outil marketing, il faut bien que ça soit un art.

La cuisine est-elle un art au Cameroun ?

Bien que riche en diversité culinaire, le Cameroun n’a pas encore, du moins pour le moment, intégré cette philosophie. C’est la raison pour laquelle on pourra interpréter les dégustations festives comme un simple besoin organique. La sociologie de l’alimentation, domaine scientifique qui étudie non seulement les habitudes alimentaires, mais aussi le sens qu’on donne aux types de mets, est très riche. A défaut de la démonstration de la classe sociale, les repas servis lors des cérémonies servent à remplir juste la panse.

Dans les rendez-vous événementiels au Cameroun, ça devient une habitude de toujours se mettre à table. Une cérémonies festives sans tables garnies n’aurait donc pas de sens. Pour la plupart des cas, donner à manger aux visiteurs ou aux étrangers est un signe d’hospitalité et de remerciement pour la visite ou pour avoir accepté l’invitation. Qu’en est-il alors pour les hôtes ? On dira que c’est tout simplement pour remplir la panse en oubliant que c’est par respect que les invités ou les visiteurs doivent manger. C’est par respect pour ceux qui ont pris la peine pour faire la cuisine. Il est facile pour un ami ou un frère de se mettre en colère pour peu que vous aurez refuser son repas.

C’est ainsi pour les rencontres fortuite ou organisées sont des occasions privilégiées, par excellence, de bouffes. Lors des visites d’un membre de la famille en passant par des mariages et même des deuils, une absence de repas ne s’aurait se justifier. La cuisine camerounaise joue une fonction sociale que celle de l’art. L’événement « Goût de France » m’a donc permis de comprendre le sens qu’on peut donner aux repas servis pendant les cérémonies.

Le « Goût de France » made in Cameroon

Il est de coutume que toutes les cérémonies soient toujours couronnée par un moment de dégustation. Toutes les occasions sont données pour manger. Pour des rencontres entre amis, lorsque le rendez a lieu dans un domicile de l’un d’eux, le visiteur a souvent droit au menu concocté par le maître de séant. Généralement, c’est un met issu de son village d’origine, ou du met qu’il maîtrise mieux. L’originalité est souvent mise en valeur lorsque cette visite est attendue et préparée à l’avance. Le repas peut être celui que le visiteur n’a jamais eu à déguster dans sa vie. Ou encore, un met qui est entré depuis longtemps dans les oubliettes à cause de l’éloignement du village d’origine.

Pour ce qui concerne les cérémonies où plusieurs personnes sont attendues (mariages, anniversaires, deuil, etc.) ça devient plus compliqué. Dans le cadre de la dot, par exemple, c’est la famille de la future mariée qui reçoit la famille de l’autre. C’est alors l’occasion, pour cette famille de mettre sur la table, ce qu’elle sait mieux faire. Ça devient plus intéressant lorsque les deux fiancés sont d’origine ethnique différente. La famille du fiancé viendra découvrir les merveilles culinaires de l’ethnie de leur future femme. Les cérémonies de dot sont celles qui représentent encore de nos jours des moments forts de découvertes culinaires du terroir.

Ces deux exemples, sont des moments forts de rencontres où l’art de la cuisine du terroir est mis en exergue. Comme les invités de « Goût de France », les gens sont amenés à déguster des plats originaux de la région.

La disparition progressive des « goûts » camerounais ?

Avec la modernisation, il devient difficile de rencontrer des cérémonies où les convives ont droit aux spécialités d’origine de l’organisateur. Aujourd’hui, la cuisine pour les soirées de gala de mariage, des anniversaires, des deuils, etc. est laissée à aux services traiteurs. Ceux-ci interviennent même déjà pour des cérémonies de funérailles purement traditionnelles, pourtant. Heureusement, les mets d’origine du terroir du défunt sont encore présents lors des certaines funérailles malgré la présence de ces traiteurs. Les services traiteurs ici savant évidemment faire des plats spécialisés de la cuisine camerounaise. Mais, pourquoi parle-t-on alors de la disparition des mets camerounais lors des cérémonies?

Ces services traiteurs s’occidentalisent petit-à-petit. La raison la plus simple est cette formation reçue par les apprenants et étudiants de ces écoles professionnelles de restauration. Ils sont alors généralement formés pour les hôtels et des restaurants chics et huppés du pays. Ce sont, en majorité les cuisines européennes qui sont au menu de leur apprentissage. L’objectif est de faire la cuisine pour les touristes et les étrangers. On dira alors qu’ils font la cuisine internationale.

C’est la raison pour laquelle on les voit souvent en train d’occidentaliser les mets du terroir en les transformant. Parfois, il arrive que vous ignorez un met que vous connaissez pourtant bien. C’est parce qu’il a a connu une modification culinaire extraordinaire. Je pense généralement au Koki cuit à l’aide de feuille de bananier appelé par les service traiteurs « gâteau de haricot blanc à l’huile de palme ». Quelle gymnastique! Les raisons? Il faut rendre ces mets camerounais plus esthétiques. Pour le faire, on change le nom pour qu’ils soient accessibles aux touristes soucieux de savoir exactement ce qu’ils mangent.

Le Cameroun aux pas de « Goût de France » ?

Goût de France
Ma voisine de table au Goût de France. Crédit photo : Ecclésiaste Deudjui

Cette cérémonie de « Goût de France » organisée par l’ambassade de France, a tout l’air d’une diplomatie culinaire. Cela m’amène à me pencher alors sur la signification de tous ces repas servis lors des festins. C’est vrai que de prime à bord, ce n’est pas faut de penser que les repas servis lors des fêtes c’est pour emplir la panse. Mais, ce n’est plus faux de dire que les Camerounais ne savent presque pas ou ne savent plus la signification de l’art culinaire. Ils savent seulement qu’il existe des mets réservés aux cérémonies traditionnelles au village.

Dans la région de l’Ouest, par exemple, il existe le N’Kui au couscous de maïs, le Kongrès à la chèvre ou le taro à la sauce jaune considérés comme les repas de « nobles ». Impossible de ne pas en déguster en passant au palais rendre visite à un de nombreux rois Bamilékés. Ces types de cuisine, on n’en trouve rarement, sinon pas du tout. Les services traiteurs ne les cuisinent pas pour la simple raison qu’ils n’ont pas réussi à trouver une astuce pour les moderniser et les servir dans un restaurant quatre étoiles. Le Cameroun a donc suffisamment de spécialités pour faire son « Goût de France ».

Le « Goût de France » m’a appris à comprendre finalement beaucoup de choses que j’ignorais . Chaque met a un rôle esthétique, gustatif et même hygiénique et scientifique. Sans toutefois entrer dans les détails de ce que le commun des mortels connaît d’habitude, les entrées, résistances et desserts jouent chacun un rôle clé et précis. Ce qui est encore intéressant, c’est que chaque ingrédients, à défaut de jouer un rôle esthétique, n’est pas le fait du hasard.

Au finish, un « Goût de France » 2017 à la camerounaise

Au menu de « Goût de France » édition 2017, une soupe glacée de concombre au yaourt, servie comme entrée. C’est un légume, pas différents du plat froid que nous appelons ici salade. Quelle déception pour les Camerounais! Le goût-là était fade, pour ne pas dire amer. Champion de la Guigui (Guiness) que je suis, j’ai apprécié. Pour la suite, le croustillant de gambas de Kribi a été plus apprécié par la majorité des convives. C’est un plat garni de crevettes « made in Cameroon ». Le dos du capitaine à l’orange, accompagné de deux purées orange et rouge, est venu comblé les attentes des fans de poissons. Le bon goût du capitaine a heureusement anéanti le goût fade des deux purées.

En guise de sortie froide, la charlotte au chocolat et le café camerounais ont clôturé la soiré de « Goût de France ». Ces deux derniers ne nous étaient pas du tout étrangers. Ils sont composés essentiellement de cacao pour le premier et du café pour l’autre.

En conclusion, « Goût de France » à Yaoundé a présenté la cuisine française faite d’ingrédients camerounais et par des cuisiniers camerounais. Ils ont été, pour la plupart d’entre eux, formés au Cameroun. Comment peut-on concilier cuisine camerounaise et modernité? J’ose croire, sans entrer dans le secret des dieux, que c’est pour réfléchir à cette problématique que le ministre du Tourisme Bello Bouba Maïgari a été invité. En tout cas, il n’y avait pas mieux que lui l’une des merveilles du tourisme français. Comme pour dire et réaffirmer, sans propagande et sans honte, que le Cameroun doit en prendre de la graine.


En quoi les conflits religieux et linguistiques sont-ils politiques ?

Le déclenchement de la crise Anglophone en octobre 2016 au Cameroun, met à l’ordre du jour un nouveau type de conflits : linguistique. C’est depuis plusieurs décennies que des conflits du type religieux entre communautés chrétiennes et musulmanes prennent de l’ampleur en Afrique. Mais au Cameroun, on était loin d’imaginer un conflit d’un autre modèle du type Francophone et Anglophone. Quelques analystes et observateurs considèrent que ces conflits ne sont fondés que sur la base de l’extraversion de la pensée, des institutions. Autrement dit, les habitudes et les modes de pensée et de consommation ne peuvent pas être au service de l’Afrique s’ils sont importés et imposés. C’est le fil d’Ariane de la pensée dite « panafricaniste ». 

Manifestation de conflits ouverts entre Anglophones et Francophones
Lors d’un meeting du RDPC parti au pouvoir, les Anglophones brûlent les tenues officielle du parti, signe de conflits ouverts avec les Francophones. Crédit photo : Facebook

Ce qui était considéré jusqu’ici comme une rivalité « molle » se révèle aujourd’hui comme un conflit. Ce qui était considéré comme un atout, un avantage ou un privilège, comme l’est le Canada, se révèle aujourd’hui comme un couteau à double tranchant.  La crise socio-politique qui secoue les régions anglophones (Sud-Ouest et Nord-Ouest) démontre à souhait l’échec du vivre ensemble des deux grandes communautés linguistiques au Cameroun.

Il existe actuellement une certaine opinion, les partisans du panafricanisme, pour ne pas les nommer, qui martèlent sans cesse le besoin de décolonisation avant toute révolution. Ils estiment que tous combats des Africains, des Camerounais, pour leur libération ne peut avoir un sens que s’ils sont endogènes, libérés du prisme des ancrages coloniaux ou néocoloniaux. C’est d’ailleurs fort du constat de la nomenclature des camps qui s’affrontent au cour des conflits en Afrique que de tels arguments peuvent faire tâche d’huile. La résurgence des guerres de religion, notamment au Nigéria et en Centrafrique, pays voisins du Cameroun, remet toujours sur la table cette rengaine des choses importées et imposées à l’Afrique. Questions : peut-on « décoloniser » avant toute révolution en Afrique ? Autrement dit, la chute de la tyrannie ne sonne-t-elle pas le glas du néo-colonialisme ? En quoi les conflits religieux et linguistiques sont-ils fondamentalement politiques ?

Le spectre des conflits religieux vus en Afrique centrale : la prégnance de la religion

Un article fort intéressant, publié en 2011 par RFI et intitulé « Afrique : guerre de religion ou conflits politiques ? » inspire cet article. La problématique centrale est celle posée par Marie Joannidis, auteure. Elle s’interroge sur la place de la tolérance, principale valeur encore chère à l’Afrique, mère de l’Humanité. L’auteure met en exergue ces qualités jadis réservées aux Africains. Avec le temps, les Africains s’illustrent aux actes qui les mettraient la sincérité de cette valeur en doute. La question qui demeure jusqu’ici est celle-ci : comment peut-on être tolérant face à un système de tyrannie ? Comment peut-on être tolérant face à un système d’injustice ? Si la tolérance s’applique pour des choix religieux ou politiques des gens, elle ne peut pas s’appliquer pour des gens qui sèment la zizanie sous le sceau de la religion. Ici, c’est la gouvernance qui est alors mise au banc des accusés.

Toujours en 2011, d’autres journaux se sont aussi mêlés de cette problématique à savoir, le quotidien français Le Monde et le magazine panafricain Jeune Afrique. Ils avaient vu venir cette guerre honteuse au Nigéria avec la nébuleuse secte Boko Haram. Pour eux, cette guerre est perçue comme l’échec d’une cohésion sociale, c’est la preuve du mécontentement d’une partie de la population face à leur condition de vie exécrable. A leur suite, en 2013, la Croix titre « Centrafrique : conflit religieuse ou guerre ethnique » pour justement s’interroger sur cette problématique de tolérance entre les communautés ethniques vivant dans un même terroir.

Le spectre des conflits religieux vus en Afrique centrale : une démographie galopante

La confusion ici entre religion et ethnie est certaine. En Afrique, la répartition des religions se fait sur la base géographique. C’est la raison pour laquelle certaines régions du continent sont d’obédience chrétienne ou musulmane. On a généralement les musulmans vers le nord et les chrétiens au sud. La prégnance de la religion est plus forte que celle de l’ethnie. La raison est simple : il est plus facile d’identifier un Africain ou un Camerounais en fonction de son obédience religieuse. Les indices comme le style vestimentaire et des positions idéologico-politiques entre autres, sont fondées généralement sur des croyances religieuses.

Sur la base de certaines logique du clientélisme, l’une ou l’autre tendance religieuse connaîtra des traitements de faveur différents que va lui accorder le pouvoir central. Ainsi, une région, à majorité chrétienne ou musulmane se sentira lésée. Cela explique par exemple la résurgence des mémorandums des élites des régions septentrionales camerounaises adressés aux autorités. Un probable soulèvement donnera des arguments aux partisans du panafricanisme qui mettront en avant la thèse religieuse.

« Le spectre d’une guerre religieuse plane sur le pays », déplorait, début décembre, Nicolas Tiangaye, le Premier ministre centrafricain. Ces dernières semaines, les affrontements entre chrétiens et musulmans se sont multipliés – plus de 1 000 morts – sur un territoire réputé jusque-là pour sa bonne cohabitation entre les deux communautés. (La Croix, publié le 2 janvier 2014)

En observant l’évolution statistiques de ces deux tendances religieuses, les chiffres sont effroyables. Comparativement à ces deux religions, les musulmans ont un taux de progression extraordinaire (20%). En 2014, l’Afrique comptait 470 millions de chrétiens contre 234 millions de musulmans. D’ici 2030, la population musulmane pourra atteindre le cap de 385 millions. Qu’est-ce qui peut expliquer une telle montée des croyances religieuses ?

Le spectre des conflits religieux vus en Afrique centrale : la montée idéologique

La fécondité, le prosélytisme, l’aide humanitaire, la disponibilité des services sociaux de base sont abandonnés par les gouvernants. Ils sont désormais pris en charge par le Qatar et l’Arabie Saoudite à coups de pétrodollars à travers ses réseaux en Afrique. La progression des églises dites de réveil obéissent aussi à ce même principe. En général, les deux religions ont su s’accommoder des pratiques culturelles ou traditionnelles dites animistes. Elles ont franchis le Rubicon jusqu’à aller à la traduction de la Bible en langue locale.

Cette progression ne peut être possible que grâce à une forme de prédication ancrée sur le culturel, l’humanitaire et le bien-être. Les gourous s’infiltrent dans les coins les plus reculés, là où les services sociaux de base de l’Etats se font de plus en plus rares. Les adeptes sont, ici, plus aptes à écouter et à obéir fidèlement au gourous qui dit être venu pour sauver le peuple, le sortir de la pauvreté.

Et une grande partie du succès des Églises évangélistes d’origine nord-américaine repose sur leur « théologie de la prospérité », contribuant de manière très concrète à l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs, comme dans les États du golfe de Guinée. (Huffingtonpost, du 10 mars 2013)

Les conflits inter-ethnies ou communautaires sont généralement réglés par les tribunaux traditionnels de droits communs. Tandis que les affrontements de type religieux obéissent aux enjeux politiques. Les communautés s’organisent, dans tous conflits, en « groupuscules » religieux, soit chrétien, soit musulman. Il y a aussi les multiples obédiences issues de ces deux grands groupes qui représentent une force incommensurable. Le but c’est de venir à bout de l’oppresseur qui est identifiée comme l’obédience opposée. Une division sur la base de l’ethnie n’est donc que marginale. Question : pourquoi dans un mouvement de revendication sociale les musulmans et les chrétiens se battent-ils entres eux ? Parce que chacune de ces obédiences pense que c’est l’autre qui est l’oppresseur ou de connivence avec lui.

La religion n’est qu’un cache-sexe. Peu importe, même si c’est par elle que les « opprimés » tirent les arguments de preuve que l’enfer c’est l’autre. Qu’en est-il des conflits linguistiques ? Pourquoi les Anglophones accusent-ils les Francophones d’être des colons ?

 Les conflits linguistiques au Cameroun sont purement politiques : la scission

Dans un billet rédigé sur la naissance du problème Anglophone, quelques détails importants méritent d’être évoqués ici. Il s’agit notamment du fait que le Cameroun avait été confié à la France et à la Grande Bretagne à la suite de la défaite de l’Allemagne. Celui-ci est justement le premier pays à établir un protectorat du nom de Kamerun. L’Allemagne a été le premier à occuper le territoire si on s’en tient au traité Germano-Douala du 12 juillet 1884.

A la suite de la défaite de l’Allemagne à la Première Guerre Mondiale, les pays alliés, notamment la France et la Grange Bretagne, décident de prendre possession des territoires allemands, dont le Cameroun. Le 1er janvier 1916 marque la fin de la colonisation allemande avec l’entrée des troupes franco-britanniques à Yaoundé. Légitime donc pour la Société des Nations (SDN) et l’Organisation des Nations Unies (ONU) de céder le Cameroun aux Français et au Anglais. La France s’est taillé la plus grande partie du territoire en prenant les 4/5 équivalents à 431 000 km².

Les origines des conflits Anglophones et Francophones
Les conflits entre Anglophones et Francophones sont des conséquences de la scission du Cameroun. Crédit photo : Jacques Leclerc

La zone anglaise comprenait le Nordern Cameroon et le Southern Cameroon, gérées par la colonie anglaise établie au Nigéria. Lors du référendum du 11 février 1961, le Southern Cameroon décide de se rattacher au territoire du Cameroun français. De l’autre côté, le Nordern Cameroon, choisit le rattachement avec le Nigéria voisin. Cette épisode de l’histoire s’avère très important. Le simple fait d’avoir choisi librement le rattachement au Cameroun Français donne-t-il, à la population du Southern Cameroon, le droit de décider de rompre l’alliance ?

C’est vraisemblablement à ce niveau que le choc des arguments juridiques sur la particularité de ce peuple, en comparaison avec les Francophones, se bute. C’est donc la raison pour laquelle les militants du parti historique UPC* étaient contre cette réunification. Pour eux, il fallait à tous les prix unifier les deux territoires avant de proclamer l’indépendance. Déclarer l’indépendance du Cameroun Français le 1er janvier 1960 et du Cameroun Britannique le 1er octobre 1961, fait juridiquement du Southern Cameroon un territoire à part. C’est donc un territoire différent du Cameroun Français. En conclusion, le référendum de 1961 n’est qu’un signe de l’alliance qui peut être rompu à tout moment.

Les fondements juridiques et politiques d’une différenciation

Les conflits linguistiques ici sont fondamentalement juridiques et politiques. Ils sont basés sur une différenciation de la population, non seulement du fait de l’histoire, mais aussi du fait de son éducation et sa culture politique. Les Anglophones appartiennent à une communauté moulée sous le système anglo-saxon, le système « direct rule ». C’est un système fondé sur la responsabilité des chefs indigènes à se prendre eux-mêmes en charge. Le système jacobin, imposé par les Francophone leur posent donc un grand souci.

La population Anglophones avait donc affaire aux personnes qu’elle connaissait mieux. Par contre, le territoire francophone dont les chefs étaient choisis par la métropole. Cette partie de l’histoire explique mieux la raison de cette distinction linguistique. De par cette histoire, cette communauté se sentira toujours différentes des autres (Francophones), quoi qu’on fasse. Le terme Anglophone est donc bien choisi pour les désigner. La non prise en compte de cette différenciation sera toujours source de conflits.

Les Anglophones se considèrent comme oppressés par les Francophones. Ceux-ci continuent de tenir des mains de maître le pouvoir central de Yaoundé. Et ce, depuis 1958 (André-Marie Mbida), 1960 (Amadou Ahidjo) et 1982 (Paul Biya). Pour eux, la réunification qui a abouti au fédéralisme de 1961 n’était qu’une duperie organisée ou en complicité avec les Francophones. Cette duperie a finalement conduit à la suppression du fédéralisme en 1972 pour revenir à la situation d’avant 1961. C’est à la situation qu’étaient le Cameroun Anglophone et le Cameroun Francophone avant le référendum. Cela est considéré comme une annexion, une véritable filouterie, voire une « colonisation des Anglophones par les Francophones », estiment-ils.

La marginalisation dont ils sont victimes, découle de ce fait qui ne trompe pas. Cette régionalisation des conflits donne l’impression que les Anglophones sont contre les Francophones. Que non. Lorsqu’un peuple qui se différencie par deux langues coloniales se chamaillent, c’est l’élite politique qui est en cause. En faire une lecture de conflits entre ces communauté, c’est biaiser l’analyse.

La problématique de l’identité à travers le fédéralisme

Certains universitaires se sont longtemps mêlés de ce débat en taxant les Anglophones de fascistes. La simple raison avancée est que ces conflits sont marqués sous le sceau identitaire. Cet argument repose sur la dégénérescence des revendications sur la base identitaire comme le mémorandum du Nord. Autrement dit, la légitimation des revendications des Anglophones entraînera automatiquement l’effet boule de neige. Ce que les partisans de cette théorie identitaire oublient de signaler, c’est que le fédéralisme est la principale revendication des Anglophones. Ainsi, Yaoundé ne sera plus l’hyper-centralisation du pouvoir politique et de la gestion des affaires publiques. Ce ne sera plus qu’un triste souvenir. La décentralisation de la gestion publique va donner une certaine autonomie aux régions afin de casser cette dépendance jacobine chère au pouvoir tyrannique.

En réalité, le bas peuple Anglophone n’est pas en conflit avec le bas peuple Francophone qui sont manifestement solidaires à cette lutte. Le fédéralisme mettra fin, par lui-même, aux revendications d’autres régions.

Pour beaucoup, la tolérance n’était donc qu’une illusion. Les Africains sont les Hommes, ils font parti du monde et n’échapperaient donc pas aux frasques du vivre ensemble.

*Union des Populations du Cameroun (UPC) fondé le 10 avril 1948


Au Cameroun, pourquoi les femmes adorent-elles « fêter » le 8 mars?

Les origines de la journée internationale des droits des femmes se situent à partir de 1917. Voilà donc 100 ans déjà que les femmes manifestent pour leurs droits. Ce sont des ouvrières et suffragettes, j’allais dire, des femmes de seconde zone, des femmes en quelque sorte ‘illettrées », par qui la journée a tiré son inspiration. Nul doute que Clara Zetkin, enseignante et journaliste, en convoquant les conférences internationales des femmes socialistes de Stuttgart (1907) et de Copenhague (1910), donna une impulsion majeure au combat des femmes dans le monde.

Mais, il est ici remarquable de constater que depuis les événements de 1917 à Saint Pétersbourg propulsés par les ouvrières, ce sont les femmes issues de la classe ou de l’échelle sociale la plus basse, qui rehaussent la journée. Ces femmes, considérées comme des personnes de seconde zone, ont toujours été maîtresse de leur destin. Cela peut se vérifier dans tous les domaines professionnels ainsi que dans tous les pays, quelque soit le niveau de développement. Est-il encore besoin de mentionner que toutes les révolutions que le monde ait connu ont été propulsées par la classe ouvrière, les pauvres, les désœuvrés, etc.?

Statistiques sur les violence aux femmes en Europe et en France
Statistiques sur les violences faites aux femmes en Europes et en France. Crédit photo : www.stampaprint.fr

Que font donc les femmes de cette journée au Cameroun?

 

Statistiques sur le travail des femmes dans le monde
Statistiques sur le travail des femmes dans le monde. Crédit photo : www.rfi.fr

La journée internationale des droits des femmes est donc une journée consacrée pour la célébration de ces victoires révolutionnaires dont l’une des plus marquantes reste le droit de vote. Jusqu’aujourd’hui, ce droit n’est malheureusement pas encore reconnu dans certains pays. Mais, laissons tout de même ce débat sur les acquis et les combats futurs à mener et intéressons-nous à ce qui fait le buzz de cette journée au Cameroun.

Ici, les journées internationales ou mondiales sont célèbres pour leur festivité. La journée internationale du travail comme celle des droits des femmes, sont des exemples les plus parlants. Les festivités qui constituent le nœud et le dénouement d’une série d’activités qui s’étalent tout le long des jours qui précèdent la journée, restent le point d’attraction. Ce qui fait par contre la curiosité de ces journées, c’est la parade des femmes constituées en associations ou en corporatisme devant une tribune officielle bourrée des autorités de chaque ville. Elles-mêmes d’ailleurs le disent tout haut : cette journée est consacrée au défilé, à la bouffe, à la boisson et surtout à la danse. L’autre curiosité aussi c’est que, les plus concernées par la journée internationale de la femme, je veux dire celles par qui tout est arrivé, celles qui sont considérées comme les pionnières de la lutte pour les droits des femmes sont rarement à la une.

Il faut préciser ici que la parade, bien que regroupant toutes les catégories socio-professionnelles des femmes camerounaises, n’est que l’arbre qui cache la forêt. On a l’impression que les femmes maîtrisent bien « leur » chose, vue l’engouement et le déploiement tout-azimut de toute la classe administrative et politique des villes concernées. Mais, à vrai dire, cette parade ne mobilise jamais autant de monde que ces séminaires organisés pour la défense des droits des femmes. L’accent est justement mis dans le spectacle comme si c’était le moment le plus important. Comment peut-on expliquer ça?

Les femmes adorent « fêter » parce que c’est l’occasion de se défouler

Il ne serait pas méchant de le dire. La conception socio-philosophique de la femme au Cameroun relève encore des idéologies traditionalistes et conservatrices. Etant considérée comme la gardienne du foyer, elle est alors la bonne à tout faire. Elle doit se lever tôt et se coucher tard. Le soin des enfants, le ménage, la cuisine, la lessive et parfois le jardinage lui revient de droit. C’est encore plus difficile si elle exerce une activité professionnelle. Contrainte par le chômage du mari, le commerce, la couture, la coiffure, la restauration, etc. sont devenues des activités de plus en plus obligatoires. Cela rend la journée d’une femme au foyer trop difficile à vivre compte tenu de cette conception conservatrice qui veut que ce soit la femme qui fasse le ménage et tout le reste. Et que reste-t-il alors à faire pour l’homme? Il continue de sortir pour la recherche de la pitance devenue son nouveau métier : la débrouillardise. Ce gagne pain ne se révèle pas comme garantie de survie à long terme. Les fins de mois ne peuvent alors être assurées que l’apport de la femme aussi. Modernité oblige.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes. Tant dans les activités professionnelles que domestiques, les femmes consacrent plus de temps à la tâche que les hommes. Elles ne comprendront pas assurément qu’une journée qui leur est consacrée leur échappe. C’est aussi l’occasion, comme pour les anniversaires, de se voir offrir un pagne par le mari, le copain, le courtisan, le frère, le fils, le père ou même un inconnu. Elle a dont le droit de jouir de ses libertés, de se défouler, de se prendre la tête. C’est une tolérance que la plupart des hommes comprennent. Leur autorité étant diminuée du fait de la perte du pouvoir économique, ils ne peuvent que se soumettre à cette dictature un peu douce. Les débordements ont surtout lieu lors des retours tardifs après une journée remplie de festins. Bonjour les dégâts!

Les femmes adorent « fêter » pour se libérer des jougs de la violence maso

Les violences physiques faites aux femmes sont les plus en vue. Les statistiques en Europe révèlent les chiffres alarmants : 37% des cas de violences ont été perpétrées par le conjoint et 90% par une personne que la victime connait. Comment peut-on comprendre cette dérive dans un continent considéré pourtant comme celle où la femme jouit quand même d’une autonomie certaine? Difficile à dire lorsqu’on se retrouve à étudier le cas de l’Afrique et plus particulièrement du Cameroun où les violences psychologiques sont plus marquées.

Les journées internationales des femmes sont aussi des occasions de crier leur ras-le-bol. Mais, comment le crient-elles au Cameroun? Cette double violence tant physique que psychologique se manifeste par des stéréotypes qu’elles reçoivent tous les jours. Les discriminations du fait des inégalités de considérations sociales sont toujours criardes. Il est fort curieux de constater cette différence au niveau de la répartition des tâches domestiques qui reviennent en grande partie aux femmes. Cette proportion, même infime, est aussi observée au niveau professionnel. La même proportion n’est pourtant pas observée au niveau de la considération qui leur serait pourtant due. Cette conception du « chef du foyer » réservée au homme ne doit-il pas être revu de font en comble pour donner aussi une responsabilité officielle aux femmes? Les responsabilités familiales en matières d’héritage, du choix du domicile, du nom des enfants et de leur avenir, de la préséance sont encore considérées comme des conforts inutiles aux femmes.

Pour déplorer cette inégalité, les femmes choisissent de se mettre en « rébellion » contre les hommes. Ce jour du 8 mars, elles jouent le rôle des hommes tandis que ceux-ci prennent leur place. Autrement dit, il y a inversement des rôles tant au foyer qu’au boulot. Elles doivent sortir du domicile un peu plus tôt que d’habitude pour retrouver ses copines dans la préparation du festin. Dans les entreprises, elles sont aussi obligées de s’absenter. Les patrons se laissent dominer. C’est leur journée. Il faut leur faire honneur. Du coup, il appartient au mari et au collègues de tout faire seul afin de pas perturber le rythme de vie du foyer et de l’entreprise. Officiellement, la journée n’est pas déclarée fériée, mais elles se donnent cette liberté qui leur est accordée tacitement.

Les femmes adorent « fêter » parce qu’elles ont peur de « parler »

Statistiquement, il n’est plus à démontrer la supériorité des femmes sur le plan démographique. Au Cameroun, les femmes représentent plus de 51% sur tout le triangle national. Comment donc comprendre cette réticence à faire changer la société si ce n’est impulsé que pour une révolution des mentalité? Par solidarité féminine, on aurait dû penser que toutes les femmes candidates à la députation ou la présidentielle devraient automatiquement remporter la mise. Que non! Elles se réfugient encore derrière cette argumentation selon laquelle la politique c’est une affaire d’homme. Curieux quand même, n’est-ce pas?

C’est malheureusement encore cette inégalité qui revient à la surface lorsqu’on tenterait de soulever le débat sur leur présence effective sur les scènes publiques : trop de travaux domestiques et professionnels, l’autorité très prégnante du « chef du foyer » ou « chef de famille » sans oublier cette stigmatisation qui font d’elles des êtres qu’on appelle des « sexes faibles ». Du coup, elles ne sont pas visibles dans les milieux de débat comme les médias, les réseaux sociaux, les meetings et les conférences. Fondamentalement, les femmes avouent elles-mêmes ne pas s’intéresser à ces « choses » qui relèvent du domaine « réservé ». Dommage que les statistiques n’insistent pas sur le niveau d’intéressement des femmes de la chose publique, mais une observation démontre bien qu’elles sont ne moins en moins présentes. Du coup, il devient difficile d’imaginer les raisons qui les limitent, pourtant, malgré la contrainte, elles ne peuvent pas accuser les hommes de les empêcher d’être présentes dans les réseaux sociaux.

Cette situation montre bien qu’il sera difficile aux Camerounaises de profiter d’un 8 mars pour faire des revendication lors de la parade. En mars 2016, seule la ville de Douala avait connu deux décès de femmes enceintes à la suite des négligences médicales. La mort de ces femmes a tellement ébranlé la ville qu’on aurait penser à une mobilisation pour une considération de ces femmes qui meurent en voulant donner la vie. Peu importe les circonstance de la mort des ces femmes, mais l’opportunité était donnée aux femmes de pouvoir enfin parler de leur problème. Il n’en a rien été. L’important, oui, le plus important, c’était et ça reste toujours le festin. Elles vocifèrent toujours lorsqu’on leur fait ce reproche de mettre toute leur énergie dans la parade. Leur ligne de défense c’est : « ce sont les hommes qui sont seulement attirés par la fanfaronnade et le tintamarre. Ce qui les intéresse, c’est la parure, le spectacle du « m’as-tu vu? ». Pourtant, les jours qui précèdent la journée sont meublées de curiosités ».

En attendant, celles qui tiennent ces propos en guise d’explication ne savent même pas le thème de la journée internationale des femmes (JIF) que voici : « les femmes dans un monde du travail en évolution : pour un monde 50-50 en 2030 ».


Que cache le fédéralisme, l’une des revendications de la grève des Anglophones au Cameroun ?

Pourquoi le fédéralisme fait-il l’actualité au Cameroun depuis plusieurs mois ? A la faveur de la crise socio-politique qui secoue les deux régions Anglophones (Nord-ouest et Sud-ouest), la forme actuel de l’Etat camerounais est remise en cause. Pourquoi ? Parce que, depuis la suppression du fédéralisme en 1972, les populations de l’ex-Cameroun Occidental, l’un des deux Etats fédérés, s’estiment marginalisées.

Cette population d’expression anglaise estime, en fait, que l’institutionnalisation de l’Etat unitaire, à la place du fédéralisme, ne leur est pas favorable. Depuis cette suppression du fédéralisme, et peut-être même bien avant, cette marginalisation tant décriée s’accentue. Comment en est-on arrivé là?

L'honorable Wirba, député du SDF en meeting au marché de Bamenda. Fédéralisme comme solution.
L’honorable Joseph Wirba député du SDF en plein meeting au marché à Bamenda. Le fédéralisme reste le point de mire

Petit rappel historique pour comprendre la naissance de la partition du Cameroun (Français et Britannique)

Le Cameroun, comme Etat moderne, est une création allemande qui a commencé en 1884, date de la signature du traité garmano-douala, et s’est achevé en 1916. Ce « Kamerun » Allemand a une superficie de 540.766 km². C’est presque la même superficie que celle de la grande Allemagne. Les Allemands sont restés pendant 32 ans. Ils quittent donc le « Kamerun » après leur défaite à la fin de la « Première Guerre mondiale ». Le territoire est alors cédé à deux colons par la Société des Nations (SDN) et l’Organisation des Nations Unies (ONU) respectivement sous mandat (1916-1945) et sous tutelle (1945-1960) française. Pareil pour la Grande Bretagne qui a reçu le mandat de la SDN de 1922 en 1945 et la tutelle de l’ONU de 1945 à 1961.

Carte Cameroun
Carte Cameroun. Crédit : Wikicommons.

C’est donc pendant les 44 ans (France) et 39 ans (Britannique) de gestion que ce territoire jadis uni s’est brisé en deux pour donner naissance à ce qu’on a appelé, à partir de la constitution fédérale de 1961, le Cameroun Occidental (ancien territoire britannique) et le Cameroun Oriental (ancien territoire Français). Après l’indépendance du Cameroun Français le 1er janvier 1960, le président de la « République du Cameroun » Amadou Ahidjo rencontre John Ngu Foncha du Cameroun Britannique à Foumban pour la signature d’un accord qui fera des deux territoires un seul Etat. C’est la naissance de la « République fédérale du Cameroun » avec deux états fédérés institué par la constitution du 1er septembre 1961. Et ce n’est qu’un mois plus tard, le 1er octobre 1961, que le Cameroun Britannique proclamera son indépendance. Le 20 mai 1972, 11 ans après, le plébiscite du référendum organisé par Amadou Ahidjo supprimera le fédéralisme pour l’instauration d’un « Etat unitaire ». D’où la naissance de la « République unie du Cameroun ». Cet acte, depuis lors, est considéré par les leaders et la population du territoire Britannique dit Anglophones comme un coup d’Etat constitutionnel. Et la marginalisation de la cette minorité linguistique est juste la goutte d’eau de trop.

De frustrations en frustrations, cette marginalisation crée de vives tensions au sein de la population. Ainsi, deux tendances voient le jour : les partisans du fédéralisme pour les modérés et les partisans de la sécession pour les radicaux. La grève des avocats et des enseignants déclenchée depuis octobre 2016 devenait donc une aubaine pour chacune des deux tendances. En fait, le fédéralisme est présenté comme un système dont l’avantage est la prise en compte de la spécificité anglo-saxonne de l’ex-Cameroun occidental dans les secteurs de la justice et de l’éducation, pour ne citer que ces deux secteurs. Ce que ne permettait aucunement l’Etat dit unitaire prôné à partir de 1972.

C’est ce retour à l’Etat fédéral et les velléités sécessionnistes qui sont actuellement la pomme de discorde entre les leaders Anglophones initiateurs de la grève et les autorités. Aujourd’hui, cette problématique sur le fédéralisme a radicalisé les positions dans l’opinion. Il existe alors le camp des Anglophones et de leurs sympathisants Francophones, partisans du fédéralisme d’une part et les partisans de la sécession d’autre part. Dans le camp des Francophones par contre, les positions sont plus complexes. C’est ce dernier camp qui fait l’objet de mon développement ci-dessous. Mais, commençons par situer le débat.

Le Cameroon Anglophone Civil Society Consortium (CACSC) face à la tyrannie répressive

La ville morte, appelée « ghost town« , conséquence d’une grève mal gérée par les pouvoirs publics, a obligé ceux-ci à se mettre sur la table de négociation. En face, les leaders Anglophones (enseignants et avocats), pilotes du mouvement de désobéissance civile, résistent à toutes compromissions. C’est à la suite des négociations entre les autorités et ces leaders réunis autour de Cameroon Anglophone Civil Society Consortium (CACSC) que l’option du fédéralisme a été posé sur la table. C’était l’une des conditions de l’apaisement et de la poursuite du dialogue. Ainsi, des revendications corporatistes du départ, nous en sommes aujourd’hui aux revendications politiques. Pour des raisons évidentes, comme la tyrannie s’accommode mal avec les exigences du fédéralisme, les autorités ont décidé de mettre fin au dialogue.

Provinces du Cameroun.
Crédit : Wikicommons.

Cette interruption du dialogue accentue la tension et le climat dans ces deux régions anglophones. Les leaders et la population qui s’est joint petit à petit au mouvement de grève, n’entendent pas céder aux intimidations. Les positions se radicalisent. La reprise des cours dans les écoles et universités devient de plus en plus hypothétiques et les autorités craignent le pire. Les deux régions étant paralysées à cause de l’arrêt total des activités économiques et sociales, les autorités ont alors choisi de passer par la force. Interdiction du CACSC, arrestation des leaders et procès pour « actes de terrorisme, hostilité contre la patrie, sécession, révolution, insurrection » comme entre autres chef d’accusation, meublent l’actualité depuis janvier 2017.

Les critiques qui fusent pour condamner l’utilisation de la force publique contre les leaders Anglophones deviennent de plus en plus acerbes. De l’autre côté, des arguments sont développés pour montrer la mauvaise foi de ces leaders et par conséquent, justifier l’utilisation de cette force. Parmi ces arguments, deux, que j’appellerai anti-fédéralistes, ont retenu mon attention. Ils soutiennent que le fédéralisme est utilisé comme cache-sexe pour des desseins inavoués. Ils font l’objet d’une opposition tenace des partisans du fédéralisme soutenant la cause anglophone.

Ce que cache le fédéralisme de 1961 (à deux Etats fédérés) : convoitise du pouvoir politique

La première opinion à ce débat est soutenue par Christian Ntimbane Bomo. C’est un avocat camerounais de la diaspora. Il fait une sortie dans un groupe populaire de Facebook (Le Cameroun C’est Le Cameroun) à la suite du passage à la force que les autorités ont opté pour mettre fin au « ghost town ». Pour lui, le retour au fédéralisme à 2 états fédérés, le modèle institué par la Constitution du 1er septembre 1961, est un leurre. La véritable intention des leaders Anglophones est la prise du pouvoir politique. Autrement dit, c’est la succession de Paul Biya qui est leur agenda caché. Voici en substance, ses arguments :

A la lecture de la constitution du 1er septembre 1961 dont les revendicateurs du fédéralisme demandent le retour, on voit que dans le schéma actuel, le vice-président de la République doit absolument émaner des régions anglophones du Cameroun qui forment un Etat fédéré qui sera différent de l’Etat fédéré auquel émane le Président Biya. C’est pourquoi les contestataires anglophones ne veulent pas d’un fédéralisme à 10 états, mais à 2 états pour être sûr qu’un des leurs succédera au Président Biya. Si ce sont 10 Etats, le vice-président peut-être choisi dans un autre Etat car l’article 9 de la constitution de 1961 dit que le Président de la République fédéral et le vice-président ne peuvent être originaire du même Etat. Si le Président est francophone alors le vice-président est anglophone et vice-versa. Ne pas adopter le fédéralisme sur la base de la constitution de 1961 fera échouer le plan, d’où le refus catégorique de la proposition du fédéralisme à 10 Etats. Il y a une seule chose qui justifie au fond tout ce tapage sur le fédéralisme : c’est l’alternance au sommet de l’Etat.

Le simple fait de s’agripper sur le fédéralisme calqué sur le modèle de 1961 est la preuve suffisante que la contestation anglophone n’est pas loin d’être un coup d’Etat constitutionnel. Ces arguments ont pour objectifs de démonter les mécanismes mafieuses d’une main noire et invisible qui tirerait les ficelles de la grève. La radicalisation des leaders Anglophones difficilement manipulables à souhait, rend stupéfait certains observateurs. Les plus durs partageant cette opinion vont jusqu’à taxer les leaders Anglophones des sécessionnistes ou séparatistes.

La grève et la revendication du fédéralisme comme « fabrication d’une insurrection séparatiste »

Le plus célèbre des partisans de cette accusation d’indépendantiste est le politologue Mathias Eric Owona Nguini, enseignant à l’Université de Yaoundé II à Soa, un banlieue de la capitale. Pour lui, les leaders Anglophones utilisent la grève pour des objectifs inavoués et sont par conséquents disqualifiés pour mener un dialogue franc et sincère avec les autorités. Voici une diatribe publié dans sa page Facebook et qui inonde, depuis plusieurs semaines, les réseaux sociaux. De nombreuses publications, comme cette diatribe, relatent quelques faits considérés comme éléments de preuve de la mauvaise foi des leaders Anglophones :

Le Consortium usait de la Grève Générale et de la Revendication du Fédéralisme comme des Moyens de Fabrication d’une Insurrection Séparatiste. Quelques éléments le démontrent :1-Exiger que ce ne soit que les Camerounais Ressortissants des Régions dites Anglophones que les Partisans Découverts ou Masques de l’Ethno-Nationalisme Anglophone appellent Ambazonia ou Southern Cameroons, (Radicaux,,) ou West Cameroon (Modérés) qui participent à un Referendum Constitutionnel sur la Forme de l’État Camerounais, c’est après avoir réveillé le « Problème Anglophone », créer un « Problème Francophone » car comme leurs Compatriotes Anglophones, ceux-ci sont des Citoyens Camerounais que l’on ne peut écarter d’un éventuel Référendum sur la Forme de l’État du Cameroun. 2-Certains des Leaders du Consortium tels que Wilfrid Tassang se vantaient de démontrer par les Opérations « Villes Mortes » que c’était eux du Consortium qui contrôlaient mieux « leur Pays » (le Southern Cameroons) et non ceux qu’ils appellent avec dédain et parti-pris caricatural la « République du Cameroun », montrant que leur Conception est Séparatiste » car ils ne considèrent pas que ce qu’ils appellent alors par Calcul Tactique leur Pays, fasse partie du Cameroun 3-Les Idéologues de ce Mouvement ont une Conception Ethno-Nationaliste de l’Anglophonie qui considère que les Personnes de Culture et d’Expression Anglophones mais venant des Régions dites Francophones, ne sont pas à leurs Yeux des Anglophones, ce qui montre que ce qui est leur Visée Véritable et Déterminante n’est pas la Défense de la Culture Anglo-Saxonne mais la Promotion Rusée d’un État à Vocation Souveraine dans un Délai Rapide même si tactiquement, cela pourrait commencer par un Etat Fédéré correspondant au Territoire du Southern Cameroons. 4-Une Conception Ethno-Nationaliste de l’Anglophonie rend impraticable un Fédéralisme Francophone-Anglophone sur une Longue Durée car les Idéologues Haineux de l’Anglophonie Identitaire ont créé la Figure Fictive du Francophone construit sans ménagement comme Ennemi Absolu, minant la Viabilité de cette Formule du Fédéralisme à 2, j’ai dit du Fédéralisme à 2.

Il devient alors évident que les leaders Anglophones, loin de n’avoir que des partisans, de plus en plus majoritaires, tant de la partie Anglophone que Francophone, doivent affronter non seulement les autorités, hostiles à l’option du fédéralisme, mais surtout des intellectuels Francophones. La précision qu’il faut faire ici est que, contrairement à Christian Ntimbane Bomo, Mathias Eric Owona Nguini n’est pas formellement opposé au fédéralisme. Comme l’enseignant le dit lui-même, c’est la « propension Ethno-nationale et l’inclination souverainiste » des leaders Anglophones qui sont à combattre. Ces intellectuels Francophones se livrent, depuis le déclenchement de cette crise, à la diabolisation de la lutte. Cette position de l’enseignant sur la question anglophone est embêtante. Au lieu de contribuer à la structuration et la construction du fédéralisme qu’il défend, sape plutôt les efforts pour une révolution constitutionnelle. Ces intellectuels Francophones se livrent, depuis le déclenchement de cette crise, à la diabolisation de la lutte.

La force est-elle la solution à la crise Anglophone ?

Ces deux positions précédentes, même si elles ne le formulent pas expressément, donnent raison à la force publique, autrement dit, à la répression et à l’arrestation des leaders Anglophones qui risquent la peine de mort. Car, considéré ces leaders comme des personnes de mauvaise foi, c’est aussi justifier le sort qui leur est réservé aujourd’hui au tribunal militaire. Le procès intenté contre eux, notamment les 27 parmi les 61 personnes déjà arrêtées, a été renvoyé au 23 mars lors de la 1ère journée qui a eu lieu ce lundi 13 février 2017 au tribunal militaire de Yaoundé. C’est en substance les informations rendues publique ce mercredi 15 février 2017 lors de la conférence de presse de Issa Tchiroma, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement :

Au titre de cette intervention de la Justice, 82 personnes ont été interpellées, et 21 par la suite remises en liberté à la date d’aujourdhui. Parmi les 61 personnes toujours en détention, 31 sont en instance de jugement devant la juridiction compétente, à savoir le Tribunal Militaire de Yaoundé. Il est à noter que parmi les personnes en instance de jugement, lune d’elle est poursuivie libre. Pour ce qui est du procès qui s’est ouvert au Tribunal Militaire de Yaoundé le 13 février dernier, 27 personnes sont concernées par ladite procédure parmi lesquelles les nommés NKONGHO Felix AGBOR BALLA et FONTEM AFORTEKAA NEBA, leaders du Cameroon Anglophone Civil Society Consortium, en abrégé CACSC, dont l’existence avait auparavant été frappée de nullité.

La déstabilisation de la souveraineté de l’Etat est le point d’ancrage des arguments des anti-fédéralistes. Après avoir exposé ces deux arguments, il ne fait l’ombre d’aucun doute que les leaders Anglophones sont à la solde des forces exogènes. Pour les tenants de cet argument, il n’est pas question d’user de subterfuges pour accéder à la magistrature suprême. Seul le suffrage électoral est la voie moralement acceptable.

La situation de crise qui perdure n’est cependant pas loin de se terminer. Pendant que le « ghost town » bat son plein, les autorités de Yaoundé comptent sur la force publique pour venir à bout de cette crise. A ce niveau également, les avis divergents se manifestent sur les portes de sortie. Pendant que les uns optent pour le fédéralisme, qu’importe le nombre d’états fédérés, les uns militent pour la décentralisation. Cette dernière, instituée pourtant par la constitution de 1996, n’est toujours pas appliquée 21 ans après. Il ne faut, cependant, pas oublier que la solution de la sécession, critiquée et rejetée par la majorité, a été mise en branle par certains leaders jadis modérés. Que nous réserve alors l’avenir ? Ces trois solutions de sortie de crise feront donc l’objet de notre prochain billet.


Finale de la CAN 2017 : Lions # Pharaons, les temps forts du classico

Le sport est un détail culturel et les Lions indomptables du Cameroun met de la culture dans son alignement à chaque fois que son équipe sort. Ce constat sociologique est flagrant dans la mise en place en cette Coupe d’Afrique et d’avantage en cette finale où le milieu est très dense en récupérateurs tandis que depuis l’attaque Ndip Tambe fait office de défenseur le plus avancé…

L’Égypte a utilisé du trompe-l’œil. Elneny revient après deux matchs d’arrêts en quart et demi-finale… Sa vivacité est tout de suite exploitée…

Les pharaons dominent les Lions à la première mi-temps

Passe limite, celle qu’on appelle killer pass de Salah. Tir à bout portant de Said, de Ondoa fait voir de quoi il est capable sur le tir qui suit. Plongeon au sol, arrêt net…

Supporters des Lions indomptables en liesse
Les supporters Camerounais en liesse pour soutenir les Lions indomptables

Un qui est monté en puissance ces dernières saisons c’est l’arbitre Janny Sikazwe de Zambie dont le destin croise celui des Lions indomptables du Cameroun qu’il a déjà dirigés en quart de finale fructueux contre le Sénégal… C’est lui l’officier de la finale monté à la place de Bakari Gassama le Gambien qui a eu la charge de la petite finale…

On tarde à voir les Camerounais et c’est un choix tactique qui compte aussi sur les gabarits…

La similitude entre les deux équipes est qu’elles prennent peu de buts… 2 pour le Cameroun et 1 pour l’Égypte jusqu’ici en cette CAN. Elles sont amenées par 2 ex défenseurs comme coach… Ce n’est pas pour ça qu’il faut s’attendre à un match ennuyeux…

Le Cameroun ne résiste pas. Il est patient et calme comme son meilleur buteur et libéro Ngadeu. Bassogog Mr « I don’t want things to happen, I make things happen » le prouve après 7 minutes, stoppé par Les 153 sélections d’El Hadary à 44 ans et 21 jours d’âge.

Teikeu solide en présence et dans la tête coupe souvent le chemin aux attaquants Egyptiens. Les Lions ont en lui un digne remplaçant de Magnan Song, successeur qui a bien intégré les conseils de Samuel Eto’o : « utilisez l’équipe nationale comme tremplin pour émerger ». Il quittera sûrement Sochaux dont il est le capitaine…

N’empêche que quand c’est Oyongo qui est directement affecté à la tâche défensive ardue, l’Égypte profite de la faille à la 21ième minute… Deux Joueurs remercient de se retrouver seul. Sur passe feutrée de l’inimitable Salah Elneny et Ondoa se parlent du regard. Le but que marque le premier sur le côté fermé semble surprendre les deux parce que tout laisse penser à un centre… But intelligent!

Le capitaine Moukandjo sonne l’assaut et se bat pour que le ballon ne rentre pas souvent du côté Camerounais… Les combinaisons des Lions démontrent qu’ils réagissent bien. C’est l’heure de construire et non celle de la précipitation… Ils savent que l’Égypte a Le potentiel pour tuer le match…

La blessure de Teikeu tombe très mal à la 23ième… Les joueurs en profitent pour se ravitailler en eau…

On revient et Oyongo stoppe la star Salah pour démontrer qu’il reste bien dans sa tête… Le but concédé ne l’a pas affecté… Loin de Là!

Coup dur pour Teikeu, sortir en finale, le jour du match de sa vie… À la 30ième minute, Nkoulou reprend ses droits au centre de la défense, encensé par le reportage d’El Hadj Diouf… Le Sénégal soutient le Cameroun… Les gradins lui font écho : LE GABON SUPPORTE LE CAMEROUN… Finalement!

La pelouse continue de faire des victimes… C’est le point épineux sur lequel l’organisation de cette CAN a péché…

La belle combinaison avec renversement d’ailes à la 33ième ne produit pas. Bassogog envoie dans le décor… Nkoulou et Ngadeu dialoguent des pieds derrière quand le Cameroun a besoin de monter et pour peu l’Égypte qui rejette visiblement le combat physique ne les surprend pas…

Quand les Lions sont devant les buts adverses, c’est Elneny qui défend… l’Égypte joue regroupée et empêche que le Cameroun mette un attaquant déstabilisateur devant le gardien… Pour ce, le corner se solde par un gâchis…

Pour l’instant Elneny est l’homme du match. Arsenal a fait l’affaire avec lui. Sa faute tactique de la main au milieu donne un coup franc loin d’inquiéter l’Égypte à la 38ieme…

L’Égypte veut endormir la mi-temps et la faire mourir… Oui elle est fière et forte tactiquement… Le long ballon de Nkoulou est inexploitable pour Ndip Tamba… Hector Kuper est en train de déployer son cours tactique aux yeux du monde…

À deux minutes de la fin de la période, le centre d’Oyongo qui contraint El Hadary à sa première sortie manquée n’est pas exploitée par les Camerounais et il faut Ondoa pour que Salah ne fasse pas mouche sur un contre…

Siani veut réveiller les siens par un tir osé car ça manque d’initiative… Le Cameroun tente de finir en attaque mais l’Égypte coulisse bien gauche-droite. On en reste là… Un carton jaune partout… 5 tirs pour le Cameroun qui a 63% de possession de balle, 2 tirs et un but pour l’Égypte qui se contente de 37% de possession de balle… Elle se cache mais ne cache ni son jeu ni son intention…

Les lions se réveillent au retour de la mi-temps

Au retour c’est le quitte ou double. Plus de calcul. Sur 10 rencontres l’Égypte a eu le dessus 5 fois, Le Cameroun 3 et il y a eu 2 nuls mais, les pharaons peuvent se targuer d’avoir remporté le plus de rencontres déterminantes… Aboubakar a la charge de faire une bonne révision du Cameroun sur cette statique. Ndip Tambe lui a cédé sa place…

Seulement p

Les deux capitaines des Lions brandissent le trophée
Le capitaine des lions Moukandjo et l’ex-capi Nkoulou brandissent le trophée

erdre la balle sur une action de touche en Attaque n’est pas digne du haut niveau… Il faut le meilleur Nkoulou pour briser la course du rapide Trezeguet mis sur orbite par le développement de ce loupé… Les égyptiens tentent d’endormir les Lions. Ceux-ci veulent habiter le camp des Pharaons et ce n’est pas mal pensé…

Il faut trouver la faille dans cette défense égyptienne qui ne sort jamais… Les coups de pieds arrêtés sont la voie mais ça tarde… Bassogog a changé d’aile et reste incisif… Non, il est même plus percutant à gauche!

Pris de cours, Oyongo permet au précieux Salah de glaner un coup franc astucieux pour les pharaons… Tous les grands montent mais l’action dangereuse devient camerounaise sur la relance avec Bassogog inspiré par Oumarou lors de la malheureuse finale perdue devant l’Égypte au Caire en 1986 quand il n’était pas né…

Le ballon est souvent dans le camp égyptien et de coup de pied en coup de pied arrêté, le meilleur passeur de la CAN le Capitaine Moukandjo (Ah Le Joueur qu’il est!) rappelle au monde comment on reconnaît les Camerounais… Sur le développement d’un corner il laisse partir un centre… La sortie de Teikeu était elle tactique? Surgi du tas, Nkoulou voyage en l’air et tandis que la Douane égyptienne contrôle ses valises, il dépose le cuir où seule une toile d’araignée bionique peut le stopper…

Egypte 1 – Cameroun 1

Nous jouons la 58ième minute:..

L’égalisation transfigure les Lions… Leur suprématie physique existe vraiment… Elle est là!

65ième, Ramadan Sobhi de Stoke City qui connaît bien le haut niveau entre pour Trezeguet… Les égyptiens repartent par une faute sur Elneny mais Les Lions défendent de mieux en mieux… Ngdeu fait le ménage… C’est sur lui que bute Salah à la 71ième minute…

La rentrée de Vincent Aboubakar est saluée par Moukandjo qui est plus libre de créer le malheur chez les adversaires en inspirant les siens… Le colosse et véloce Jacques Zoua par de gestes vigoureux des bras dit clairement qu’on doit encore doser du tonus physique, Nkoulou encore lui, très aimé par Diouf envoie d’une tête un corner au dessus de la barre, contrôlé par Hegazy…

Après avoir vu à la 76ième Zoua chevaucher et révéler les insuffisances des égyptiens dans l’axe en défaut de lucidité à 15 minutes de la fin du temps réglementaire, Belle chevauchée d’Abou qui permet au Capitaine Benjy de frapper à la 82ième…

C’est un autre match et encore corner de Moukandjo. La tête de Ngadeu est reprise tranquillement par El Hadary. On a remarqué qu’il n’est pas bien dans les sorties ce soir…

Ce sont les essais généraux du but Camerounais qui n’est que renvoyé…

Le Coup de sombrero du talon de Salah est ramenée sur terre… C’est un message pour les Camerounais qui ont bien reçu… Les Lions pressent haut et le jeu intelligent de Moukandjo est exquis… Sa contribution dans le match est immense…

Quand il ne reste plus que 13 minutes, le match baisse de nouveau d’intensité. Les égyptiens aiment ça et une perte de Ngadeu en défense crée heureusement juste une frayeur. Zoua pouvait mieux gérer le contre qui a suivi à la 84ième. Il lâche un tir qui fuit ses ambitions et s’éteint sur le côté… L’une-deux d’aile en aile de Bassogog et Moukandjo est chiche mais le Cameroun tient le stylo sur son sujet. Les deux combinent encore pour un intérieur de pied qui renvoie encore le 2-1… Celui-ci se rapproche.

Les crampes commencent à dire que la fraîcheur physique manque quand Bassogog met tactiquement la balle en touche pour que l’égyptien au sol reçoive des soins…

La minute du mental approche…

Le mental : « tu peux tuer les Camerounais mais tu ne les déshonore pas » Paroles de l’ex Goleador Sénégalais sur Africa N°1…

La radio panafricaine fait partie des supports techniques que j’utilise dans ma cabine en plus du live du stade pour compléter mes analyses qui s’appuient aussi sur RTB du Burkina, CRTV du Cameroun, Nos amis Sénégalais et Gabonais…

Le centre sorti de Moukandjo qui reçoit de Vincent est poussé dans les filets par Bassogog. Même si l’arbitre a sifflé avant, ce perce-goal est à l’avantage psychologique des Lions…

Encore 6 minutes à jouer et l’inutile faute de Collins Fai sur Ramadan risque d’induire les Camerounais à réclamer sa tête. La splendide ligne haute de la défense Camerounais donne la visibilité au gardien Ondoa de gérer pendant que l’Égypte s’écrase sur un hors-jeu… Ce fragment est juste trop beau à voir d’un hélicoptère pour être d’enseignement aux élèves footballeurs…

Le long ballon que Arnaud Djoum donne aux Egyptiens en cherchant ses attaquants permet à tous de respirer et au Cameroun de se positionner… Le Cameroun cherche une nouvelle haleine à la 85ième mais le public voudrait crier aux Lions qu’un coup-franc joué vers l’arrière à la 87ième est stupide puisque les Égypyiens accourent sentant la balle de match s’ils réussissent à subtiliser le ballon… Mais c’est un piège…

Tout le Cameroun est dans sa moitié de terrain… Sauf… Sauf un Joueur…

Pourquoi une relance longue part immédiatement et donne l’impression d’un dégagement destiné à chasser non pas les égyptiens mais le ballon sur 50 mètres?

C’est que 50 mètres plus haut il y a un joueur qui a appelé le ballon et sait de ses coéquipiers qu’ils préparaient la fête à la défectueuse défense centrale de l’Égypte… Il avait aussi à cœur de montrer à l’excellent Salah comment on ne gaspille pas un beau sombrero à l’entrée de la surface comme il avait fait 14 minutes plus tôt : il s’agit de Vincent Aboubakar…

Il reçoit calmement le ballon de la poitrine entre 2 joueurs. Le gardien sortant rentre entre ses poteaux et Abou le voit… quand celui-ci rappelle le ballon avec un somptueux sombrero de la pointe du droit sur le premier défenseur, une seule fraction de seconde est passée et les joueurs autour de lui sont trois… Intelligent et rapide il ne donne pas au cuir le temps de toucher le sol et envoie El Hadary chercher le ballon au fond des filets…

Quand celui-ci revient avec le Ballon pendant que l’euphorique Abdou court jubiler vers les tribunes, l’expérimenté gardien lui lance « Hé tu fais ça à moi le meilleur gardien de l’histoire de la CAN? » Abou lui répond la tête vers l’arrière sans arrêter sa course : «Je t’avais réservé l’honneur du plus beau but de la CAN et le témoignage du fait que parfois il y a 2 sans 3!»

Sur cette relance venue de nulle part (ah Oui Siani!), la magie de Vincent fait danser Samuel Eto’o…

Abdou ne courait pas vers son banc de touche mais vers la tribune où étaient assis les anciens Lions devant qui il se prosterne… Il se prend un carton jaune pour s’être déshabillé mais c’est de bonne guerre…

Avant de complètement consommer cette longue 88ième minute, quand j’ai le buteur au téléphone mystique, je lui demande « petit, comment tu sais que j’ai rêvé de toi qui reçois de Zoua et nous amène au paradis!? » Il me répond «Grand il fallait bien que quelqu’un démontre un jour aux Égyptiens que le Mont N’Gaoundéré est plus haut que la pyramide de Keops et qu’il peuvent se barrer avec leur Osiris puisque Notre Ngwati était déjà en position avec nos Dieux avant ou bien!? »

Et quand Fai commet la faute qu’il ne fallait pas pour un autre jaune qui occasionne un coup franc périlleux, il y a du temps pour Ondoa de faire sa balle de match… finalement elle ne l’est ni pour lui, ni pour les Égyptiens…

Les nerfs des pharaons ont craqué et j’ai en cette vie la possibilité de raconter à mon fils que Zoua est sorti à la 93ième minute d’une finale finalement remportée devant l’Égypte. Le solide Georges Mandjeck remplace le véloce Jacques Zoua. On densifie le milieu de terrain du côté d’Hugo Broos. Mandjeck entre donner du souffle et sonner l’entame de la chanson qui dit que Les Lions sont de retour avec une cinquième Coupe d’Afrique : un signe indien est brisé… NOUS AVONS PRONONCÉ NOTRE DIVORCE DE L’ÉGYPTE!

Une belle fin, enfin! L’espoir peut-il revenir chez les Camerounais?

Les gens pensaient réduire le Cameroun à son impact physique. Les Lions ne le répudient pas mais l’ont fait à la camerounaise avec à la clé Moukandjo homme du match!

Entendre le capitaine couvrir d’éloges les buteurs et le coach confirmer qu’il avait dit : « Nkoulou aura son moment et laissera ses marques sur cette Coupe D’Afrique » nous force à penser que nous sommes au début de l’épopée d’une génération incroyable avec un coach exceptionnel qui n’est pas seulement gagnant aujourd’hui mais prometteur pour la COUPE DU MONDE en 2018 et une Grande CAN à la maison en 2019…

Deux remplaçants sont rentrés faire le match. Les deux plus anciens. Deux vétérans qui ont accepté le banc de touche et montrer qu’ils savent comment on fait… La force de l’expérience humble!

Aboubakar n’a pas marqué le but de Victoire mais le début de sa victoire…

Le public Camerounais l’aime mais ne l’estimait pas parce qu’il ne savait pas si Aboubakar l’aime… Il lui a fait une belle lettre d’Amour ce soir !

Bassogog sort sur une civière et ça fait partie des astuces de victoire pour que du sang de pharaon finisse dans la sauce!!!

L’Égypte absente depuis 7 ans revient et joue une finale. C’est l’équipe à féliciter même si la malédiction du coach Kuper qui perd encore en finale continue…

Quand je quittais le Cameroun le 5 janvier dernier pour un bref séjour en Europe Avant d’obtenir mes lettres de créances pour le Gabon, je disais que dans le pays de Roger Milla on n’avait pas l’impression qu’une CAN se préparait, tellement le public était en désaffection et ne s’enthousiasmait plus que pour les Lionnes footballeuses, malheureuses finalistes en décembre à la maison…

Le Cameroun après en avoir joué le jour de l’ouverture joue et remporte le match de clôture de cette CAN…

Aux Lions la Grande Finale, aux Étalons la petite, à la Poule A de dire qu’elle était la plus forte et il n’y a véritablement plus de favoris à priori…

J’ai envie d’aller ressusciter Louis Paul Mfede pour lui dire que nous avons vengé ce qui lui est arrivé en 1986. Ce 21 mars là j’avais aussi encaissé la frustration de la pluie en plus de la douche froide que se prit toute la Nation après le tir au but manqué de Kana Biyick, consolé Par Claude Le Roy…

Tous les Lions arborent le maillot dossard 17 et on comprend pourquoi : ça fait 13 ans et 8 mois que nous voulons saluer la mémoire de MARC VIVIEN FOE avec un sacre sur le terrain : C’est Fait!

Hugo BROOS passera-t-il de sacrifié à sanctifié?

Fidèle à lui-même, il a laissé ses garçons faire la fête en restant effacé et n’est apparu qu’à la fin, voulu par eux, porté en triomphe pour un instant : cette gloire est l’œuvre de sa stratégie!

Comme Mbouh avec Milla en 1988, Moukandjo soulève le Trophée en compagnie de Nkoulou le Capitaine des vestiaires, temple sacré pour tout Joueur !

Au Cameroun, les maisons sont vides, les rues sont pleines, une marée humaine dégageant une liesse incontrôlable…

Imaginez l’orgie populaire Au retour des Lions ce Lundi…

Sur le plateau du Club CAN Le Capitaine Song revenu de loin est aux anges… Il dit que c’est le meilleur cadeau qu’on pouvait lui offrir mais c’est lui notre porte-bonheur!

Les 38 200 spectateurs ce soir au stade de l’Amitié d’Angondjé, sur les 40 000 places disponibles ont rempli ce joyau pour encore s’il le faut nous signifier que le Gabon a mis la barre haute…

Aux pays des Panthères, LES LIONS SONT DE RETOUR!!!

Mathias LiønKïng Mougoué,


« Ghost town » : pourquoi ce mouvement populaire Anglophone suscite-t-il des émules au Cameroun ?

Février, voilà déjà 4 mois que le « ghost town » fait la loi, que les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest camerounais sont en arrêt d’activité totale. A l’origine, une grève des avocats et des enseignants qui tentent d’obtenir des autorités de Yaoundé une meilleure prise en compte de la spécificité anglo-saxonne du système judiciaire et éducatif de cette partie du territoire national. Les négociations engagées entre les grévistes et les autorités se sont soldées jusqu’ici par un échec cuisant.  Aujourd’hui, les deux camps se sont radicalisés au point qu’il est difficile de savoir ce que demain nous réserve.

Le « ghost town » comme « ville morte » ou encore mouvement non-violent ?

Cette situation des régions Anglophones fait dire à certain que le Cameroun est en train de traverser l’une des parties la plus importante de son histoire. Pour une première fois donc, cette partie du pays est en arrêt total des activités. Les populations suivent à la lettre les consignes des leaders. Cela consiste évidemment à respecter les principes du mouvement d’arrêt d’activités plus connu sous le concept de « villes mortes » et que les Anglophones nomment allègrement « ghost town » (ville fantôme).

Ville morte : ghost town
Ville morte : ghost town

Seulement, les villes mortes au Cameroun, pendant les années de braise (1990-1991) sont nettement différentes du « ghost town ». Les Anglophones ont décidé d’adopter la stratégie de la non-violence à la lumière des praticiens comme Matin Luter King et Gandhi que les intellectuels comme Henry David Thoreau (1817-1862) et Léon Tolstoi ‘1828-1910) avaient eu à théoriser en leur temps. Oui, les leaders corporatistes Anglophones qui conduisaient la grève, face au radicalisme des autorités qui ont choisi de les considérer désormais comme des sécessionnistes, ont décidé d’adopter la méthode de la non-violence qui laisse perplexe certains détracteurs.

Le « ghost town » consiste ici à rester à la maison. Les rues sont alors complètement désertes et les activités économiques, les écoles, les tribunaux et les services publics sont à l’arrêt complet. L’avantage de cette stratégie est double. Premièrement, éviter les dégâts matériels et humains. La police et la gendarmerie, dites « anti-émeute » spécialistes de la répression, faute d’aller chercher les grévistes et les passer à tabacs, n’ont pas trouvé mieux que de déambuler en pleine ville déserte. Il n’y a pas de manifestation, pas de rassemblement, encore moins de regroupement. Bamenda, Buea, Limbé, Kumba, pour ne citer que les villes anglophones les plus célèbres, restent inanimées. Seule, l’armée vadrouille à la recherche du travail. C’est donc un mouvement silencieux : le « ghost town » ou la non-violence.

Les maîtres d’œuvres de toute cette organisation se trouvent être les avocats et les enseignants retrouvés dans une plateforme dénommée The Cameroon Anglophone Civil Society Consortium (CACSC) dont l’objectif est de rendre les négociations plus efficaces, coordonner le « ghost town », «faire pression sur le gouvernement pour qu’il trouve des mesures concrètes aux revendications anglophones», selon les explication des leaders du Consortium.

La radicalisation et la répression comme conséquences du « ghost town »

L’opinion nationale est, depuis le déclenchement de ce mouvement, nourrie par des débats dans les médias et les réseaux sociaux. Les positions sont plus ou moins tranchées sur les intentions des leaders grévistes. Le fédéralisme, l’un des éléments de revendication, est devenu le point d’achoppement du mouvement « ghost town », voire le point d’affrontement entre les Camerounais favorables au fédéralisme ou non. Le climat est resté tendu au cours des négociations avec les autorités lorsque les leaders Anglophones avaient souhaité poser sur la table cette question du fédéralisme. Les positions tranchées sur cette question n’ont pas permis la poursuite des négociations jusqu’à sa rupture. Les leaders, loin d’être naïfs, se sont alors heurtés aux intérêts des caciques du pouvoir.

Du coup, c’est le début d’une série noire marquée par des répressions policières proprement dite. A défaut de traquer la population dans les rues désertes, il fallait, à tout prix, trouver un bouc-émissaire. Ce bouc-émissaire, c’est le SCNC. De quoi s’agit-il ? Le Southern Cameroon National Council (SCNC) est un parti politique créé en 1995 dans la partie anglophone. Son programme est axé sur la sécession du Cameroun anglophone pour la création d’un autre Etat indépendant appelé Ambazonie.

Les avocats venus soutenir les organisateurs du ghost tonwn
Une foule d’avocats réunis pour la défense des leaders du Consortium, organisateurs du ghost town

La répression commence d’abord par une première phase : l’interdiction, à travers un arrêté du ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, du SCNC et du Consortium le 17 janvier 2017. Le ministre René Emmanuel Sadi considère que l’existence de ces organisations est illégale : « Sont nulles et de nul effet, pour activités contraires à la Constitution et de nature à porter atteinte à la sécurité de l’Etat, à l’intégrité du territoire, à l’unité nationale et à l’intégration nationale, les groupements dénommés Southern Cameroon national council et Cameroon anglophone civile consortium». Ce décret unique interdisant deux organisations distinctes par leur objectif, crée donc la confusion dans les esprits des Camerounais en donnant l’impression que le Consortium est l’œuvre des sécessionnistes.

Ensuite, la deuxième phase a pour actes majeurs l’arrestation des leaders du Consortium, quelques heures après la publication de l’arrêté d’interdiction, entre les 17 et 18 janvier 2017. Aujourd’hui, les leaders principaux du Consortium dont l’enseignant d’université Dr Fontem Neba et l’avocat Me Agboh Balla, sans oublier le magistrat Anglophone hors hiérarchie Ayah Abine en service à la cour suprême, sont actuellement détenus à la prison centrale de Yaoundé. Enfin, la troisième phase concerne le procès proprement dit au tribunal militaire à Yaoundé. Initialement prévu pour le 1er janvier 2017, il a été reporté au 13 février prochain.

Au total, huit chefs d’accusation pèsent sur eux, à savoir : hostilité contre la patrie, sécession, guerre civile, révolution, bande armée, propagation de fausses nouvelles, atteinte aux agents publics de l’État et résistance collective. Ils risquent la peine de mort en vertu de la loi du 23 décembre 2014 sur le terrorisme qui stipule à son article 2 ce qui suit : « Est puni de la peine de mort, celui qui, à titre personnel, en complicité ou en coaction, commet tout acte ou menace susceptibles de causer la mort, de mettre en danger l’intégrité physique, d’occasionner des dommages corporels ou matériels, des dommages des ressources naturelles, à l’environnement ». Malgré tout, la situation reste un peu tendue selon le journaliste Boris Berthold qui s’exprime en ces termes :

Sur le terrain la grève se poursuit malgré le fait que l’internet reste coupé. Jacques Famé Ndongo (ministre de l’Enseignement supérieur, ndlr) demande aux recteurs de l’université de Buea et de Bamenda de contraindre les étudiants à reprendre les cours. D’après plusieurs sources certains étudiants majoritairement francophones ont commencé à rejoindre le campus. Les nouveaux leaders du Consortium leur demandent ainsi qu’aux parents de ne pas mettre leur sécurité en danger. À Buea, le maire de la ville menace de sceller les commerces qui n’ouvrent pas. Internet reste toujours coupé dans les régions du Sud-ouest et du Nord-ouest. Yaoundé qui a rompu la négociation refuse de faire la moindre concession. Entre temps les marches des camerounais de la diaspora se poursuivent dans les grandes capitales occidentales.

Pendant que les mobilisations pour la défense des leaders Anglophones se préparent, les Camerounais s’activent à travers les médias et les réseaux sociaux. Les condamnations du mouvement « ghost town » fusent de toute part. Pendant que les uns s’opposent au fédéralisme, les autres accusent les leaders Anglophones d’être à la solde des mouvements de déstabilisation dont l’idéologie est fondamentalement séparatiste et indépendantiste.

Les premiers stipulent que, demander le retour à la forme fédéraliste de l’Etat (1961-1972), serait une entrave à l’unité nationale du pays, et ceci, quel que soit le nombre des Etats fédérés.

Au prochain billet, un bref condensé sur les auteurs et leur thèse sur l’anti-fédéralisme.