Yves Tchakounte

21 août 1986 : je me souviens de la catastrophe du lac Nyos

C’était un jour pas comme les autres. Les Camerounais s’étaient réveillés de bonne heure ce jour-là et, stupéfaits, avaient constatés qu’à Wum plus de 1800 de ses enfants, parents, frères, sœurs et compatriotes, avaient disparu dans la nuit. Personne ne sait ce qu’il s’était passé. La source officielle révéla quelques jour après que le lac Nyos avait littéralement explosé. Ce lac était en fait un ancien cratère d’une montagne volcanique de plus de 1100 m d’altitude. Le volcan inactif depuis des années a développé une nappe de CO2 en profondeur qui a laissé échapper son gaz (du dioxyde de carbone).

Je me souviens de ce 21 août 1986 : 5H30 du matin, mon père m’a réveillé brutalement. ce réveil était tellement brutal et inattendu que j’ai eu peur pour la première fois de ma vie. Pas une simple peur hein. Ce genre de peur qui brutalise au point de vous arracher le cœur. La première idée qui m’est venue en tête, c’est que la maison était en train de prendre feu. Nous habitons un quartier populaire et populeux où la promiscuité était la règle. Les incendies de maisons étaient légions et le manque de voies de circulation ne donnait pas la possibilité aux véhicules des sapeurs pompiers de pénétrer dans le coin. Le camp des sapeurs pompiers situé à Ngodi Akwa est pourtant à 10 minutes max de chez nous. La brutalité dont mon père avait fait preuve pour me réveiller, m’avait donc donné l’impression que la maison prenait feu.

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Image : Wikipedia

Je me suis d’abord posé la question de savoir pourquoi c’est lui qui était venu me réveiller alors que je partageais la chambre et même le lit avec mes sœurs aînées. Où étaient-elles passées ? Pourquoi étais-je seul dans la chambre ? Peut-être n’avaient-elles pas eu le temps de me réveiller et ne pouvaient donc pas s’aventurer dans une maison enflammée. J’était tout petit à l’époque et je fréquentait l’école primaire de la mission catholique du coin, à quelque mètres de la maison familiale. Le mois d’août étant une période de vacances au Cameroun, les jeunes s’exerçaient aux petits commerces pour préparer la rentrée scolaire. Chaque matin, très tôt, mes soeurs allaient à la débrouillardise. J’étais donc seul dans la chambre où mon père avait foncé en courant et je l’ai entendu crier à tue-tête : « Oh dormeur! Vient-là! Vient, vient, quelque chose de grave se passe-là ». « C’est quoi papa, qu’y a-t-il à cette heure?, encore le feu? ». « Non! », s’écria-t-il pour me rassurer. Dès que j’ai entendu le « non » de mon père, j’ai ressenti une décrispation et un soulagement de ne pas voir toute ma famille en détresse en se lamentant d’avoir tout perdu dans la fumée. J’avais juste horreur de cette situation que vivaient ces voisins qui perdaient tous leurs biens en fumée. C’était choquant et désespérant. Cette situation me hantait chaque jour. Je me regardais en train de pleurer si cela nous arrivait un jour.

Dieu merci, le « non » me réconforta, mais mon père s’était aperçu que sa réponse ne n’avait pas ému et il ajouta « vient voir la tété, beaucoup de gens sont morts ». J’ai juste eu le temps de me débarrasser de mon oreiller, et hop, mon géniteur de père n’a même pas attendu que je prenne mes béquilles. Je me suis retrouvé dans ses bras et l’époque où j’avais deux ou trois ans m’est tout à coup revenue à l’esprit. Qu’est-ce que je me sentais bien dans les bras de mon père!

Ce 21 août 1986, le salon était plein de monde. Les voisins étaient déjà là comme s’il y avait eu un deuil dans la maison. Tout le monde avait les yeux fixés au petit écran où des corps inertes défilaient. Je me suis retrouvé affalé dans un fauteuil sans avoir eu le temps de savoir qui était là, sans avoir eu le temps de dire « bonjour » à mes voisins comme je le faisais d’habitude. La maison familiale était devenue, depuis le lancement de la télévision nationale camerounaise (CTV), une salle de visionnage, pour ne pas dire une salle de cinéma. En 1986, cela faisait un an que la CTV avait vu le jour. Le poste de TV était, à cette époque, un appareil de luxe. C’était l’époque où être fonctionnaire n’était pas donné au premier venu. La fonction publique pouvait encore se targuer d’avoir une grille de salaires digne de ce nom. Nous appartenions donc à une classe de privilégiés.

Le geste de mon père pourrait surprendre certains, on peu en effet se demander « mais pourquoi un père réveille-t-il brutalement un gamin de l’école primaire juste pour lui faire suivre une actualité qui était loin d’être une de ses préoccupations? ». Cette question est bien sensée dans la mesure où l’actualité n’est pas l’affaire des enfants, surtout les jeunes enfants ayant le niveau du primaire. Heureusement, oui je dis bien « heureusement » que mon père a eu le réflexe de faire ce geste, parce que ce geste-là a eu un impact sur ma personnalité. Un impact qui a amené certains à dire que j’étais trop pédant et que je devais m’occuper des choses de mon âge. Papa avait cette habitude, qui reste encore gravée dans ma mémoire : il se réveillait chaque matin et dès 5H30 il allumait sa mini chaîne Hi-Fi en haussant le volume au maximum pour suivre son journal. Pour nous, cela faisait office de réveil. Personne ne pouvait plus dormir à cette heure-là. Même les voisins s’y étaient habitués. C’était devenu le rituel de mon père chaque jour avant son départ pour le bureau.

Papa avait l’habitude d’acheter les tabloïds qui paraissaient à l’époque. Je me souviens des quotidiens comme Cameroon Tribune, la presse gouvernementale, ou même des hebdomadaires comme Le Combattant, Le Messager et beaucoup d’autres titres que j’oublie maintenant. Papa avait cette discipline, d’ailleurs il l’a gardé jusqu’aujourd’hui, de se mettre à l’écoute de la radio à chaque fois que l’heure des informations sonnait. C’est d’ailleurs une habitude propre aux personnes de sa génération. Issues d’une éducation coloniale, cette génération avait appris une certaine manière de se cultiver. Etre à la page de l’actualité était devenu sa seconde nature. Je disais donc que papa a cette habitude d’allumer son poste radio aux heures des journaux parlés du poste national, d’Africa N°1, de RFI et de BBC. C’est un fervent auditeur des différents journaux. D’un caractère craint pour sa forte personnalité, il n’était pas un papa disposé au dialogue, même amical. J’ai donc pris mon courage à deux mains pour venir lui demande tout gentiment un jour : « Papa, l’actualité-là te sert à quoi? ». Cette question était juste le fruit d’une réflexion d’enfant naïf. Cette naïveté était compréhensive pour la simple raison que je m’étais un jour rendu compte que papa dépensait énormément d’argent simplement pour lire et écouter les journalistes. Comme réponse, mon père me lança laconiquement: « Où est ton problème? ». Médusé, je me retirais en me promettant d’en savoir plus… Par curiosité, je m’étais penché un jour sur la paperasse posée dans un petit coin du salon où personne n’avait accès. Ma curiosité était osée, à telle enseigne que ma mère eut le temps de m’attraper par la taille de ma culotte kaki en criant : « Sorcier, passe ici, tu connais lire? ». Face à cette violence inouïe, je ne désespérais pas pour autant.

Si ce n’était pas ma mère qui venait me chasser, c’étaient mes sœurs aînées qui ne supportaient pas de me voir en train de toucher aux affaires de papa. Chez nous, toucher à un objet appartenant au père était un manque de respect criant. Je méritais à chaque fois des punitions qui me coûtaient même des bastonnades légendaires. Puis, je me souviens avoir regardé longtemps papa en train de lire un journal. Il s’en était rendu compte. Curieusement, papa m’a souri. C’était la première fois que mon père me souriait. Les papas Africains ont l’art d’être nerveux avec les enfants. C’étaient même des papas fouettards, des papas écervelés. C’était l’éducation qu’ils avaient reçue des colons. Que c’est dingue! Papa ne m’avait jamais fait venir pour contrôler mes cahiers le soir. C’était l’affaire de mes sœurs aînées. J’étais donc surpris qu’il fit un geste en me tendant une page de Cameroon Tribune en disant à haute voie : « Lis cette partie et tu m’expliques ». Une de mes sœurs aînées, nous ayant observé, se mis à crier en s’adressant à papa (et en m’humiliant par la même occasion) : « Tu lui donnes le journal alors qu’il devrait d’abord lire son cahier! ». Je sentais déjà le coup de gifles qui allait venir de papa. Je me suis donc tenu à distance raisonnable. Mon père a juste répondu à ma soeur, avec une sorte de défi : « Ne t’en fait pas je lui donne juste un paragraphe. S’il ne réussit pas à me le lire, il sait lui-même ce qui l’attend ». Voilà, le défi était lancé et je n’avais donc pas droit à l’erreur.

Je savais intérieurement que je n’allais pas réussir. Mais, au lieu d’abandonner, j’avais pris le risque de m’aventurer. Il fallait juste lire un paragraphe et celui-ci était lié aux effets du coup d’Etat manqué que le Cameroun avait connu en 1984. Ce coup d’Etat manqué avait alors obligé l’ancien président démissionnaire Amadou Ahidjo, accusé d’en être l’auteur, de s’exiler au Sénégal. A la fin de cette lecture fastidieuse, mon père me posa la question suivante : « Sais-tu où se trouvait l’ancien président Camerounais avant que tu ne lises ce journal? ». Ma réponse fut immédiate : « Non ». Il renchérit alors en disant : « Répond maintenant à ta question de savoir pourquoi je lis les journaux et pourquoi j’écoute la radio tout le temps ». Son geste du 21 août 1986 allait donc dans le même sens : me faire découvrir, par moi-même, le rôle des médias.

Il était rare qu’un enfant s’intéresse un peu à l’actualité à l’âge de l’école primaire . Ma passion pour le monde médiatique est donc venue de mon père et de cette fameuse catastrophe du lac Nyos. A un moment donné, je me suis posé la question de savoir comment mes compatriotes Camerounais et moi même aurions nous été informés de cette hécatombe à quelques centaines de kilomètres de Douala (ma ville de résidence) si la télévision nationale n’avait pas encore commencé à émettre cette année ?
Je me souviens que ce jour-là j’avais vu le pays s’arrêter le temps d’une prière pour que l’âme des morts repose en paix. Je me souviens que ce jour-là, et ce pendant plusieurs jours d’ailleurs, je passais toute la journée devant le petit écran au point que ma mère donna des avertissements à son mari en ces termes : « la boîte à image que tu as mise dans la maison risque de rendre mon fils fou. Il ne mange même plus hein ». Je me souviens avoir appris qu’un bébé avait été le seul survivant et que, depuis ce jour-là, les informations sur la vie de cet enfant étaient presque introuvables dans la presse. Je me souviens aussi que, pour la première fois depuis la démission du président Amadou Ahidjo, un débat enfumait l’opinion : au sujet du lac Nyos, pendant que les uns se posaient des questions sur les causes de la catastrophe, les autres avaient déjà trouvé la réponse, c’étaient les Israéliens ou les américains qui venaient tester leur bombe et le président Paul Biya avait reçu beaucoup d’argent pour ça. Je me souviens que ce lac avait été visité par tous les scientifiques du monde pour nous dire exactement ce qu’il s’était passé. Jusqu’aujourd’hui, aucun d’eux n’a donné la véritable cause de la mort de ces milliers de Camerounais. Pendant que les uns parlent de dioxyde de carbone, les autres évoquent plutôt le CO2, et les autres encore un poison toxique. Quant à la population, elle criait à la manipulation en disant que les autorités étaient impliquées.

J’ai parcouru l’actualité à cet âge où les enfants ont habituellement comme activité des jeux et rien que des jeux. Je pouvais, grâce à la permission de papa, fouiller dans tous ses journaux. Je passais la journée entière à lire, j’étais devant l’écran de TV comme si je ne voulais pas louper une seule seconde d’infos. Cette habitude m’est restée collée à la peau comme ma doublure. Quand j’observe mes cadets lycéens ou étudiants qui peuvent passer une journée sans lire un journal, sans regarder le journal télévision le soir, je me demande bien comment c’est possible. Je me rappelle, pour finir, qu’un jeune avait passé son examen de BTS en s’inscrivant directement en 2ème année. A ma question de savoir comment pouvait-il aller en 2ème année sans passer par la 1ère année et décrocher son BTS en 1 an, là où beaucoup d’étudiant en font deux, il m’a juste répondu : « Grand frère, j’ai juste suivi tes conseils : il faut lire les journaux. En lisant Cameroon Tribune et Le Quotidien de l’économie chaque jour, l’actualité économique m’a suffit pour décrocher mon BTS en Commerce International ».

Voilà qui est bien dit!

A bon entendeur, salut!


Qui a peur de la diaspora camerounaise ? (2/2)

A la question de savoir si la peur de la diaspora est un fait, on peut répondre, à la suite du premier billet de cette série : « oui, la peur de la diaspora camerounaise est un fait ». Mais, au Cameroun, cette peur est construite à partir des sphères du pouvoir politique. L’objectif premier, après l’indépendance du Cameroun francophone en 1960, était d’anéantir toute velléité de contestation, car dans l’imaginaire, la diaspora est considérée comme une partie du peuple qui, frustrée par la mal gouvernance, a choisi d’aller chercher le mieux-vivre ailleurs. Cette idée s’est donc répandue dans l’opinion et tout le monde en est convaincu au point de considérer les Camerounais de la diaspora comme des « rebelles », des « subversifs », des « opposants » au régime de dictature de Yaoundé.

Manifestation du CODE (Collectif des démocratiques et patriotiques de la diaspora camerounaise) à Paris le 06 novembre 2011. Crédit photo: CODE
Manifestation du CODE (Collectif des démocratiques et patriotiques de la diaspora camerounaise) à Paris le 06 novembre 2011. Crédit photo: CODE

La construction de la haine et du mépris contre les Camerounais diasporiens ayant une double nationalité

Ce construit a, malheureusement, été possible à travers des imaginaires injectés et véhiculés par les médias traditionnels. Ces imaginaires sont surtout des contes de fée, des infos triées à la volée pour mettre à nue les comportements de mauvaises mœurs. Pire encore, ces gens de la diaspora font souvent l’objet d’accusations pour atteinte à la sécurité du chef de l’Etat et de sa garde rapprochée en visite à l’étranger.

En plus de ces imaginaires, quelques-uns, par fanfaronnade et même par mimétisme, s’illustrent à des comportements d’une ostentation d’opulence évidente. Cette abondance matérielle peut être considérée, sans aucun doute, comme l’une des preuves palpables de la réussite personnelle et professionnelle. À titre d’exemple, tous ceux qui jouent au football ont en projet le décrochage d’un contrat dans un grand club européen. Cette mise en évidence de la réussite à l’extérieur a un effet dévastateur dans la mesure où elle tend à décrédibiliser les compétences internes. On va donc considérer les footballeurs professionnels comme les meilleurs joueurs. Pour sélectionner les joueurs de l’équipe nationales des Lions Indomptables de foot, par exemple, la priorité sera donnée aux professionnels. Cela est visible dans tous les corps de métiers. Evidemment, c’est une situation très mal vécue au Cameroun où les jeunes bien que compétents et restés au pays se sentent toujours lésés dans l’accès à l’emploi et la considération dont ils ils méritent. C’est aussi une situation très par ces jeunes qui pensent tout naïvement que la meilleure solution de réussite dans la vie, c’est d’émigrer.

Les Camerounais ayant émigrer ont fini par s’établir à l’étranger au point d’y faire leur vie. L’obtention de la nationalité du pays d’adoption devenant une nécessité pour une intégration réussie, a fini par servir de prétexte aux pouvoirs publics pour insinuer que les détenteurs de la double nationalité ne sont plus Camerounais. Le sabortage de la diaspora commence donc à prendre de l’ampleur. De plus, l’imaginaire construite autours de cette catégorie de Camerounais suscite et favorise, au finish, cette haine de la population camerounaise en les mbenguistes qui deviennent aussi arrogants et imbus de leur personnes. Cet imaginaire construit et nourri par le politique s’est déjà retrouvé au sein des familles et de la population camerounaise où les opinions sont maintenant tranchées. De fil en aiguille, l’opinion commence à prendre fait et cause pour une politique d’exclusion de la diaspora des affaires du pays.

Le débat sur les enjeux de la double nationalité : les positions tranchées sur la déchéance de nationalité

Ce débat de la double nationalité, impulsé par le SDF à l’Assemblée nationale en 2014, avait été au centre de discussion au Pavillon Dauphine à Paris lors de la rencontre entre le président Paul Biya, en visite officielle en France, et les Camerounais de la diaspora le 24 juillet 2009. A cette occasion, intervenant sur trois préoccupations majeures, Paul Biya a eu trois attitudes bien perceptibles. D’abord, pour le processus démocratique, le président a reconnu, à juste titre, que « tout n’est pas parfait…, il faut corriger les insuffisances ». Ensuite, quant au vote des Camerounais résidant à l’étranger, la promesse de « prendre part aux prochains scrutins électoraux » a été émise. Enfin, pour boucler la boucle, Paul Biya ne va pas du dos de la cuillère pour enfoncer le clou sur la question de la double nationalité. Il a ainsi qualifié les Camerounais de double nationalité de « concitoyens qui ternissent l’image de notre pays sous divers prétexte… ». Ici, la sentence est claire, bien que le vote des Camerounais à l’étrangers sera probablement validé pour la première fois de l’histoire, les détenteurs de la double nationalité ne sont pas les bienvenus.

Le SDF, a fait déposer, par ses parlementaires conduits par le vice-président du parti l’Honorable Joshua Osih, une proposition de loi modifiant et complétant la loi n° 1968-LF-3 du 11 juin 1968. Elle avait été déposée au bureau de l’Assemblée nationale, plus précisément le 12 mars 2014 en session plénière de la chambre. Depuis cette date, elle reste dans le tiroir du président de ladite chambre Cavaye Yéguié Djibril qui, par ce fait, a déjà violé le règlement intérieur qui stipule que « lorsque, à l’issu de deux sessions ordinaires, une proposition de loi n’a pu être examinée, celle-ci est, de plein droit examinée au cours de la session ordinaire suivante ». Cette proposition de loi du SDF amendait, justement, l’article 28 en réhabilitant les Camerounais de double nationalité dans leur droit de jouissance de leur nationalité d’origine

La question qui persiste est alors celle de savoir pourquoi cette frilosité de Yaoundé devenue finalement une obsession, depuis 1966, envers la diaspora ? Est-ce vraiment pour des raisons de vandalisme par le fait qu’ils « ternissent l’image » du Cameroun ? Trois thèses s’opposent en guise d’éclairage pour comprendre les raisons de cette manifestation de haine.

Première thèse : la double nationalité comme une arme de protection du potentat et ses sbires

Cette thèse est centrale pour des analystes qui considèrent la chute du pouvoir de Yaoundé, à la suite de la mort ou de la vacance du président, comme le début d’une bataille. Pour eux, la fin du régime augure des lendemains incertains qui amènent les différentes factions du contrôle du pouvoir à se préparer pour une lutte de succession. Cette incertitude est donc fondée ici par un fait : plusieurs membres du gouvernement, toutes les élites politico-administratives et même économique sont détenteurs d’une double nationalité. La possession d’une nationalité étrangère est une garantie, en cas de troubles socio-politiques, pour échapper à toute poursuite judiciaire du pays d’origine. Ainsi, une éventuelle crise les amènera à prendre la poudre d’escampette en direction du pays d’adoption. Selon la loi de 1966, ils seront alors exempts de poursuites judiciaires du fait de leur double nationalité qui les considère plus comme des Camerounais. D’ailleurs, les libérations de Thierry Michel Atangana le 24 février 2014 en prison depuis 1997 et de Maître Lydienne Yen Eyoum le 4 juillet 2016 en prison depuis 2010, tous détenteurs de la nationalité française, sont des exemples légendaires.

Pour le moment, ils dissimulent cette nationalité étrangère et organisent la prévarication sous l’identité camerounaise. Pour les tenants de cette thèse, la logique de cette dégringolade des mœurs et la résurgences exubérantes des malaises sociales (éducation, santé, transport, sport et infrastructures sociales) vient donc du fait que ce sont les étrangers qui gouvernent le Cameroun. La presse avait fait échos de cette sortie du célèbre footballeur Camerounais Roger Mila qu’on avait surpris en train d’accomplir son devoir de vote à l’ambassade de France lors du scrutin présidentiel du 6 mai 2012. Le footballeur Africain du siècle n’était pourtant pas le seul à être aperçu à l’ambassade pour voter. Mais, à la question de savoir pourquoi un Roger Mila, ayant perdu sa nationalité Camerounaise est nommé « Ambassadeur itinérant » et jouit, par conséquent, du droit camerounais ?

Deuxième thèse : la double nationalité comme épée de Damoclès à tête chercheuse et infligée aux emmerdeurs

Cette deuxième thèse est la plus répandue. La loi sur la double nationalité est faite pour écarter les éventuels « suspects » de la mangeoire. Il suffit tout simplement qu’une situation se présente pour qu’on évince quelqu’un sous le prétexte qu’il a une double nationalité. Cette loi, en plus d’être un instrument de protection des membres des différents clans du pouvoir, est en même temps un outil d’anéantissement pour toutes ces têtes qui ne plaisent pas. Ici, la presse, encore elle, avait fait écho de ce que l’artiste Ndedi Eyango, vainqueur à l’élection de la présidence du conseil d’administration (Pca) de la société civile camerounaise de l’art musical (Socam) spécialisée en droits d’auteurs, avait été évincé juste après sa victoire le 2 novembre 2013 du fait de sa double nationalité par le ministre des arts et de la culture. Même le recours gracieux introduit à la chambre administrative de la Cour suprême avait été rejeté le 12 mars 2014. Cette jurisprudence, démontre, à juste titre, l’attention à apporter à cette loi qui, vraisemblablement, ne semble pas être prise au sérieux. Beaucoup interprètent diversement cette loi sur la déchéance de la nationalité camerounaise. Pour les uns, cette déchéance ne peut être effective qu’à la suite d’un décret du président de la République, précédé par une demande de l’intéressé. Tandis que d’autres estiment que la déchéance a lieu immédiatement après avoir obtenu la nationalité étrangère.

Troisième thèse : la double nationalité comme, à la fois, un instrument de régulation et de sécurisation de l’identité camerounaise, mais aussi comme un instrument d’expression du nationalisme, de la purification

Cette thèse fait appel à une idéologie conservatrice dont le versant est la sécurité de l’identité et le revers représente la face cachée de l’anti-diaspora. Celle-ci prend ses sèves dans l’idéologie droitiste. Autrement dit, les tenants de cette thèse estiment, à juste titre, que ceux qui optent pour une nationalité étrangère doivent assumer leur décision jusqu’au bout. Il n’est plus question de revenir revendiquer une quelconque identité sous le prétexte qu’on est Camerounais d’origine. Ils sont déjà considérés comme des étrangers et doivent le demeurer sans autre forme de procès.
Cette posture de victimisation décriée par la diaspora est une forme de politique de ségrégation qui est perçue ici, d’abord comme une sanction. Les Camerounais de la diaspora sont considérés comme des gens qui ont fui la misère du pays natal en refusant de participer à l’effort collectif pour aller s’engouffrer dans un eldorado où les conditions de vie sont nettement supérieures à celles du pays d’origine. Cette thèse stipule que : du fait de leur double nationalité, les Camerounais de la diaspora ne doivent jouir des droits et des avantages de deux pays à la fois. Il leur est reproché de jouer au double jeu que confère cette double nationalité : « manger chez les Blancs et venir profiter des miettes qui restent pour les compatriotes restés au pays ».

Politiquement, ce comportement se traduit par le fait que ces Camerounais refusent de rentrer au bercail et attend les fruits de la lutte pour s’accaparer des miettes qui restent. Le bon sens voudrait qu »ils reviennent au pays se battre pour la libération tant recherchée. On fait le reproche à cette diaspora de rester hors des frontières en incitant les jeunes restés au pays à organiser une révolte, un mouvement social qui peut avoir comme conséquence un affrontement avec l’armée. Les tenants de cette thèse sont formels et arguent que c’est la diaspora qui est l’instigatrice de certaines violences et soulèvements qui se soldent par des centaines de morts : « C’est très facile de rester à l’Etranger et d’encourager les jeunes d’aller dans la rue se battre avec le BIR ». Pendant que les jeunes se battent sur place au pays contre la vie chère, ceux de la diaspora mènent une vie douillette. L’incitation à la révolte ici ne serait qu’une poudre aux yeux, car une fois la « révolution » terminée, du fait de leur capital culturel envieux, ils reviendront en triomphe pour occuper les postes et jouir des droits qui ne leurs reviennent pas.

Ensuite, cette politique de ségrégation est perçue comme une forme de récompense pour la simple raison que l’obtention d’un visa étudiant est considérée comme une forme d’emploi qu’on a décroché. Ici, le départ pour un pays comme la France, par exemple, est un signe de garantie d’un SMIG à défaut d’avoir trouvé un emploi décent. C’est ici qu’on comprend mieux la nécessité de l’obtention d’une nationalité du pays d’accueil. La facilitation de l’intégration socio-économique en dépend. Les tenants de cette thèse considèrent que ce statut de la diaspora confère aussi à l’individu un capital économique important. Le jeune migrant bénéficie souvent d’un financement provenant soit des contributions des membres de la famille, soit d’une tontine ou d’un emprunt. C’est donc un investissement que lui-même ou la famille est appelée à rembourser dans un délai raisonnable. Ce statut de diaspora ne lui donne plus le droit de revenir disputer du peu de privilèges qui restent au pays natal.

Une politique de ségrégation considérée, enfin, comme une forme d’acculturation. Ici, le reproche qu’on fait à la diaspora c’est simplement d’être coupé de son milieu naturel. Une fois qu’ils arrivent de l’autre côté de l’océan, ils perdent quelques habitus et réflexes naturels. Ils ne savent plus rien du train-train quotidien qui évolue aussi vite que comme le temps qui passe. Même la présence des Nouvelles Technologies de l’Information dont ils se vantent d’avoir dompter la maîtrise est bien loin de leur faire vivre l’atmosphère tenaillé par un soleil de plomb en plein Douala, par exemple. Contrairement aux deux autres reproches qui mettaient l’accent sur le potentiel dont ils jouissent, ici, il y a plutôt un déficit de capital, en l’occurrence, le capital social. Le nivellement par le bas est perçu à travers le déracinement. Ils sont, dès lors, considérés comme les étrangers car ils ne sont plus au courant de rien.

Leur recours n’est que financier malgré les informations dont ils peuvent disposer. Par contre, le capital social, au niveau du pays d’accueil est valorisant grâce au capital culturel, mais aussi économique. En d’autres termes, plus le capital culturel et le capital économique sont forts, plus l’ancrage dans un système de réseaux sociaux ne sera que puissant et valorisant. Si les tentacules de ses réseaux arrivent au niveau des clans du ou proche du pouvoir de Yaoundé, alors, le système devient de plus en plus puissant. Mais, cette puissance n’est pas une garantie du fait de la complexité et l’hermétisme des réseaux claniques.


Afrique du Sud : sanctionné dans les urnes, l’ANC devient un parti des ruraux

Là où il y a la démocratie, le parti au pouvoir cristallise l’expression de toutes les déceptions et mécontentements à l’occasion des élections. Et le peuple mobilisé fait le job.

Comme le Nigeria hier, avec la chute de la maison PDP et son porte-étendard Goodluck Ebele Jonathan, qui furent renvoyés du pouvoir par le peuple malgré une opposition pas porteuse d’alternative et incarnée par un ancien leader putschiste, le général Buhari reconverti à la démocratie à la tête de l’APC, l’Afrique du Sud vient de nous donner l’exemple de ce que le peuple doit toujours avoir le dernier mot au travers des urnes. A l’issue des élections municipales de mercredi dernier, le quasi parti unique de feu Nelson Mandela a vu ses suffrages baisser de près de 10% sur l’ensemble du territoire. Il passe des 63% des voix rassemblées lors du dernier scrutin législatif, à quelque 54% sur l’ensemble du pays. Un recul historique !

Jacob Zuma, symbole de la déliquescence de la gouvernance ANC

Significatif de l’étiolement manifestement irréversible de l’African National Congress (ANC) dirigé par un Jacob Zuma dont les scandales personnels, ceux de son gouvernement et de son entourage proche, qui ont traversé les frontières sud-africaines, le parti historique perd la capitale Pretoria.  Comment ne pas aussi mentionné les autres villes comme Port Elizabzeth et la symbolique ville ex bastion anti-apartheid de Mandela Bay, la 6e ville au profit de l’Alliance démocratique qui, arrivant en tête chaque fois, conserve Cap Town la 3e vile sud-africaine et à dominance blanche avec une majorité absolue de 66%. L’ANC n’arrive en tête dans la capitale économique Johannesburg, qu’avec moins de 46% et ne devra son maintien à la mairie que grâce à une coalition municipale. Plus significatif encore : l’ANC qui se maintient bien dans les zones rurales perd néanmoins à Nkandla, localité d’origine de Jacob Zuma où s’est noué le scandale de la réfection contestée de sa résidence de campagne avec des fonds publics.

Au final, l’ANC se recroqueville pratiquement dans les zones rurales. De fait, 22 ans après les premières élections multipartites et multiraciales, le parti anti-apartheid paie le prix d’une gouvernance insouciante de son élite. Elle fait ainsi le lit d’un prochain retour au gouvernement des libéraux de l’Alliance démocratique (AD), héritière des anciens tenants du pouvoir blanc qui ont stratégiquement porté à leur tête un cadre noir: Mmusi Maimane. Avec les coups de boutoir du parti radical de gauche formé par Julius Malema, l’ex leader des jeunes de l’ANC, arrivé en 3e position, sera le faiseur des rois dans les grandes municipalités. Poussé à l’extérieur du fait de ses critiques contre l’élite prébendiers post-apartheid, EFP de Julius Malema avait toujours juré la perte de Zuma. Aujourd’hui, l’avenir s’annonce incertain pour le plus vieux parti politique africain en activité.

Quel recours pour succéder à ce Jacob Zuma, cramé ?

Les résultats de ce scrutin local qui pourraient accélérer l’alerte de la perte durable de la suprématie de l’ANC devraient aussi accélérer les luttes internes au sein de ce parti dans l’optique d’assurer sa survie. En mars dernier, lorsque Mme Nkozasana Dlamini Zuma annonçait sa décision de ne pas solliciter un nouveau mandat à la tète de la commission dé l’Union Africaine où elle avait été ‘exilée » par son ex mari, qui redoutait sa crédibilité interne, nombre d’analystes subodhoraient un désir de sa part de retourner jouer un rôle de premier plan dans la politique interne sud-africaine. Le report en juillet dernier des élections de son successeur et la prorogation pour 6 mois de son mandat jusqu’en janvier 2017 laisse totalement ouverte cette hypothèse de son retour comme recours. Cyril Ramaphosa, actuel 2eme vice président amené lors du dernier congrès et pressenti comme le dauphin du Président Jacob Zuma peine à faire l’unanimité tant la base populaire le considère comme l’exemple achevé de cette élite noire post apartheid qui s’est enrichie au détriment de la construction des équilibres économiques, sociaux voire culturels en faveur de tous. L’éloignement de l’ex épouse de M. Zuma, qui garde pourtant une image de réformatrice après ses passages assez réussis aux ministères de la santé, des affaires étrangères et de l’intérieur dans les gouvernements Thabo Mbeki et Jacob Zuma, aurait alors fort à faire. Le prochain congrès de l’ANC attendu au second semestre 2017 ne sera pas un long fleuve tranquille pour l’élite du parti. Bien au contraire.

Alex Gustave Azebaze


CAMER-CO : ultime sauvetage

« L’ultime tentative ». Ainsi pourrait être le titre de la prochaine mais probable dernière perfusion à administrer au grand malade chronique nommé CAMAIR-CO. Nous avons en effet appris que le Président de la République Paul BIYA a approuvé le plan élaboré par le constructeur BOEING en vue du redressement de ladite compagnie. En gros, l’on croit savoir qu’il s’agit de l’aboutissement du « bon diagnostic » élaboré par Boeing Consulting qui projette de doter « l’étoile du Cameroun » de 09 avions nouveaux, soit 14 au total d’ici 2020. Ce plan de relance prevoit ainsi de densifier le champ opérationnel de l’entreprise nationale pour un objectif espéré de 27 destinations desormais; correspondant à 09 domestiques, 13 régionales et 05 intercontinentales. Pour ce faire, l’audit révèle la nécessité pour l’État d’injecter encore 60 milliards (excusez du peu). Sans oublier qu’en l’état, les dettes cumulées s’élèvent à environ 35 milliards de nos francs mais surtout que les recettes d’exploitation accusent un déficit d’environ 1.5 milliards de CFA mensuellement, c’est à dire en français facile que chaque mois, « ce machin » non seulement est à zéro rond dans la balance entre recettes et dépenses, mais qu’en plus il dilapide en 30 jours l’équivalent des frais universitaires annuels de 30 milles étudiants Camerounais. Pour implémenter ce nouveau plan, Boeing Consulting se propose d’accompagner Camair-co pendant une durée de 18mois. Une sorte de médecin traitant à domicile quoi!

SAUVONS CAMER-CO

Pour le citoyen que je suis, le coeur bat naturellement pour que, comme il y’a 30-40 ans, le pays se dote à nouveau de sa compagnie aérienne nationale à lui. Ce qui en soit constituerait une fierté patriotique. Seulement, il se trouve que la plupart sinon toutes les histoires ayant trait aux avions dans mon pays semblent laisser un arrière goût d’inachevé et d’amertume dans leurs fins. Tenez: défunte Camair, COMBI, DJA, ALBATROS, ou encore « Mbanga Pongo ». Lorsqu’il ne s’agit pas de détournements de fonds, il est question d’immobilisations d’avions, d’interpellations et d’arrestations de gestionnaires ou de crash même si pour ce dernier aspect, c’est tout simplement un mauvais coup du destin qui est venu se greffer à ce tableau déjà assez sombre. Du coup, parler de cet environnement complexe de l’aérien chez nous revient tout délibérément à prendre la décision radicale de se ronger soi-même les neurones. Mais sincèrement, comment garder le silence lorsqu’on est face à un mammouth nommé Camair-co et dont l’unique particularité semble avaler continuellement de colossales sommes d’argent un peu comme ces machines à sous qui encaissent plus qu’elles ne decaissent? Est ce donc une malédiction que nous soyons passé de pays unique détenteur d’une compagnie aérienne de notre sous région dans les années 80-90 à cette situation de nos jours où nous sommes à la traîne? Des pays comme l’Éthiopie ou le Kenya pour ne citer que ceux-là font ils la magie pour dompter les airs? N’était ce pas assez prétentieux et une bonne manière de mettre la charrue avant les boeufs finalement cette idée de démarrer une compagnie aérienne sérieuse avec 3 maigres avions? Notre fameuse compagnie ne mérite t’elle pas fatalement nos « maquettes-d’aéroports » en comparaison aux mastodondes qui se dressent majestueusement à Nairobi ou Addis-Abeba?

À toutes ces questions il semble se dégager une constante dans l’esquisse de réponse: autant nous semblons avoir le potentiel nécessaire; autant hélas aussi l’ambition, le rêve, la détermination et surtout la prospective nous font défaut. De même, la kleptomanie chronique de nos gestionnaires aidés en celà par la désignation très souvent fantaisiste de ces derniers mais surtout le laxisme qui berce leurs sales besognes vient couronner le marquage du pas sur place lorsque nous ne régressons carrément pas. Dès lors et en toute lucidité, au lieu de demeurer dans un optimisme béat à souhaiter que mon pays par mimétisme ait sa compagnie aérienne à tout prix et à tous les prix, un citoyen de bas étage comme moi en vient souvent à souhaiter qu’on arrête le massacre. Car de perfusion en perfusion, du 28 Mars 2011 jour du vol inaugural à cette date ci, une énorme fortune a cramé dans ce fantôme de Camair-co. Et sachant que passé le « date line » de 18 mois que se projette Boeing Consulting dans son accompagnement, puis son départ qui va marquer la fin de la peur du gendarme chèrement payé, ce vide pouvant favoriser une situation des mêmes causes d’hier pouvant produire les mêmes effets de demain, il est urgent de mesurer le risque comme dans toute action d’investissement d’ailleurs. Car en vérité le « JUSQU’AUBOUTISME » est suicidaire.

Par : Armand Okol, journaliste


Non, Monsieur le Président, les laptops, les Camerounais n’en veulent pas, ils veulent le job

Le président de la République, Paul Biya, pour ceux qui le connaissent pas, a, comme un fin stratège politique, pris tout le monde dans son jeu. Une nouvelle, et pas la moindre, vient de sortir l’opinion de leur torpeur : Paul Biya offre les ordinateurs porteurs portables à chaque étudiant de tous les établissements supérieurs publics ou privés. Généralement obnubilé par les promesses de campagne électorale ou de fêtes de fin d’année, les Camerounais apprennent la nouvelle par voie radio. Qu’est-ce qui a motivé ce geste dit de magnanimité vis-à-vis de la population estudiantine ? Beaucoup d’analystes se sont mis à questionner le geste en lui-même pour comprendre l’opportunité et le sens. Pour avoir une idée précise sur la quintessence de ce cadeau présidentiel, je vous propose ici deux position d’internautes bien suivis des abonnés de Facebook. Tous deux ont mis en exergue la duplicité de ce geste plein de calcul politique et politiciens.

L'échantillon du laptop en question présenté par le ministre de l'enseignement supérieur
L’échantillon du laptop en question présenté par le ministre de l’enseignement supérieur
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Roland Romain Kouotou, activiste politique

Une fois de plus Mr Biya vient de démontrer a la face de la nation, son mépris pour les enfants du pays. Alors que le pays compte plusieurs millions de jeunes désœuvrés, qui tout au plus savent lire, écrire et compter, alors que l’on attends que le père de la nation apporte des solution a l’oisiveté qui caractérise la vie quotidienne des jeunes camerounais, comme il est de coutume, le président national du parti de la flamme a choisi la fuite en avant.

Son annonce par son média fait part de ce que il organise une donation aux étudiants camerounais d’un ordinateur portable communément appelé Laptop. Ses griots pour assaisonner l’annonce laissent entendre qu’il s’agit la d’un booster de l’économie numérique. Comment la détention d’un ordinateur peut elle favoriser l’émergence d’une économie numérique dans un pays ou l’accès a internet est pratiquement interdit, pour des raison de coût prohibitif.

Ces ordinateurs selon le journaliste présidentiel coûteraient la modique somme de 150.000 Fcfa, une vraie maudite somme qui compromettrait davantage l’avenir des enfants.

Mr Biya pour faire bénéficier les enfants de sa magnanimité, solliciterait un crédit auprès de la banque chinoise EximBank, ce bras séculier de la colonisation de l’Empire du milieu. Comment peut-il être aussi inconséquent, en empruntant l’argent au nom de la jeunesse pour faire un don a cette jeunesse ? L’achat par lui de 500 mille portables auprès des chinois a plusieurs impacts défavorables pour notre pays.
1 – Mr Biya crée de l’emploi pour chinois
2 – Mr Biya favorise une fuite des capitaux
3 – Mr Biya joue a la mégalomanie en organisant une vie au dessus des moyens.

Non, Mr Biya est hors jeu pour apporter des solutions aux problèmes de développement du Cameroun, puisqu’il en ait incapable d’identifier les besoins.

Non Mr Biya, nous voulons des emplois et non des ordinateurs. 75 milliards a gaspiller, c’est pas responsable. Avec 75 milliards, l’on peut créer 15 entreprises comme MTN, comme Orange, comme camtel, NON, NON et NON, MERCI. NOUS, ON VEUT PAS

 

Armand Okol, Journaliste
Armand Okol, Journaliste

Le cadeau spécial du Président de la République: 500 milles ordinateurs portables à la jeunesse universitaire. Soit un étudiant pour un ordinateur. C’est ce qu’on a voulu nous faire avaler comme information majeure de la journée d’hier au Cameroun. Ces spécialistes des annonces parlent de la signature d’un accord cadre d’un prêt entre le pouvoir de Yaoundé et Exin Bank of China pour le financement du « faramineux » projet. Mais pour le Camerounais lamda que je suis, mille et une questions taraudent l’esprit. Notamment: quand est que ce fameux projet va t’il effectivement démarrer, comment l’opération va t’elle concrètement être menée, qu’elles vont être les critères d’octroi, quel montant précis devront débourser les générations actuelles et futures pour le remboursement? Curieux silence radio!

Dès lors, pour le citoyen ordinaire que je suis, j’ai juste envie de croire qu’il ne s’agit ni plus ni moins là que du pipo, et n’eut été la modeste éducation que j’ai reçu de mes parents, j’aurais tout simplement conclu à un grossier mensonge, du bluff tout simplement. Et ce pour trois raisons au moins :

_ Primo, parce que l’intitulé  » cadeau spécial » ne sied pas à cette opération. Car qui dit prêt dit endettement et donc remboursement ultérieur. Mais encore, l’accord de prêt étant signé avec la banque Chinoise par le gouvernement de la République, l’on ne saurait dans ce cas parler d’une quelconque magnanimité d’un individu quelconque fût il Président de la République du moment où il appartiendra au contribuable, donc à monsieur tout le monde de restituer les sommes colossales empruntées.

_ Secundo, ces optimistes du dimanche feignent d’oublier qu’il projettent leur expérimentation à problèmes dans un pays autrefois classé deux fois consécutivement pays le plus corrompu au monde et où la gangraine sévit encore avec violence 10 ans après ce hit parade de la honte.

_ Tercio, qu’aucun projet marqué du sceau de la gratuité n’a jamais prospéré dans ce pays dit Afrique en miniature pour ne prendre que le seul cas de l’annonce pompeuse de la gratuité de l’école primaire publique. Et que dire du slogan « Santé pour tous en l’an 2000 »? Mort-né.

Pourquoi nous bourrer alors les oreilles avec un disque aussi rayé et grippé sachant d’emblée que les sonorités et les décibels issus de ce ronronnement seront à n’en point douter de piètre qualité? Et puis même, qui a bien pu laissé entendre aux nôtres que lorsque le nerf de la guerre provient des caisses de l’État c’est aux patrons de nos exécutifs que reviennent louanges et mérites des actions qui en découlent? Dans ce cas, pourquoi refusons nous alors de leur imputer et leur attribuer aussi la paternité des échecs des sempiternelles questions que sont: misère, pauvreté, sous emploi, chômage, insécurité galopante, etc qui sévissent dans notre Afrique au sud du Sahara? Une logique plutôt illogique.

Enfin, en faisant même par extraordinaire confiance au succès de cette opération « cadeau spécial » du Président de la République et en raisonnant pourquoi pas par l’absurde, quelle efficacité et quel rendement peut-on bien attendre d’un étudiant à qui on aura certes offert un ordinateur mais qui n’aura pas les moyens de s’offrir une parfaite connexion internet? À quoi lui servirait donc cet outil s’il sera en permance victime de délestage dans l’offre de l’énergie électrique? Vous avez parlé de génération androïde comme nouvelle mine d’or à exploiter pour le développement économique de la jeunesse? JE SUIS THOMAS.

 


Qui a peur de la diaspora camerounaise ? (1/2)

Il est 22 h ce mardi 19 juillet 2016 lorsque je m’installe pour suivre, en direct de Stv – l’une des chaînes de télévision en vue – mon émission phare : « Carte sur Table ». Comme d’habitude, j’ai été bluffé, non seulement par la qualité du panel, mais surtout par les deux thèmes abordés. Quatre invités sont donc appelés à débattre sur deux sujets qui font l’objet de vives tensions au sein de l’opinion camerounaise :
1. Une (probable) succession de Paul Biya par son fils Franc Biya, comme ça a été le cas au Togo, au Gabon ou en République Démocratique du Congo, est-elle possible ?
2. Peut-on compter sur la diaspora pour sortir de l’impasse politique ? Ces sujets, à vue d’œil, semblent très anodins et pourtant…

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La réponse à la question – qui a peur de la diaspora camerounaise ? – découlera d’une approche ancrée sur la reproduction des classes politiques, ou pour parler simplement, de la circulation de l’élite politico-administrative. Il s’agira ici, dans cette première partie que je vous propose, de présenter les origines et les objectifs de cette fameuse loi sur le code de la nationalité qui, en tant qu’instrument juridique, est considéré ici comme le nœud gordien de notre approche. Il va sans dire que cette loi est l’un des nombreux instruments officiels juridiques, administratifs et politiques que le pouvoir politique a mis en place pour la gestion et le contrôle d’un système de la circulation de l’élite politico-administrative. Pour ce faire, les réseaux claniques se créent, se constituent et se consolident au sein des cercles du pouvoir politique pour assurer, non seulement une circulation intragénérationnelle (gérontocratie), mais surtout une reproduction de la classe politico-administrative (élitisme). Les tenants de cette thèse ne vont pas du dos de la cuillère pour valider l’hypothèse d’une succession familiale à la tête de l’État camerounais. La perpétuation de ce système a contribué à la construction, dans l’opinion publique, de l’imaginaire selon lequel la diaspora n’est constituée que des personnes dangereuses pour la sécurité du Cameroun. Les arguments divers ont été distillés et répandus pour disqualifier cette catégorie sociale du champ politique, et même socio-économique. C’est ce qui fera l’objet de la deuxième partie de mon analyse.

Le spectre de la succession de père en fils : scénario possible d’une transition politique à la camerounaise

L’actualité politique étant dominée par les problématiques de succession au sein de la magistrature suprême, le prétexte est donné pour que les langues se délient et révèlent des scénarios possibles d’une transition politique. Malgré toutes les précautions prévues par la constitution de 1996 en cas de vacances, d’empêchement ou de décès du président de la République, il y en a qui pensent pourtant que ces mécanismes de la transition manquent cruellement de transparence et de lisibilité. Leur analyse est d’autant plus fondée que la capacité d’un régime de tyrannie vieille de presque 60 ans à changer le cours de l’histoire n’est plus à démontrer. En d’autres termes, la longévité d’un régime de dictature dont les origines remontent à partir de 1957, fait naître des lobbies ou des clans qui se structurent et se consolident au sein de l’appareil de l’État au fil du temps dans l’objectif de garder le pouvoir et ainsi conserver leurs privilèges après le départ du président de la République qui pourrait, subitement, être emporté par la mort, par exemple. Dans cette logique, il serait vain de penser que la transition se fera en douceur dans le strict respect des mécanismes prévus par la constitution. Il faut, bien entendu, retenir qu’ici, la préservation des intérêts et la conservation du pouvoir sont les priorités des groupes claniques. Les mécanismes de la transition sont ménagés pour éviter d’être en contradiction avec ces intérêts. D’ailleurs, comme il est impossible de tout prévoir, une disposition constitutionnelle (article 67, alinéa 1) prévoit une mise en place progressive des nouvelles institutions créées en 1996. Si, depuis cette date, certaines institutions tardent encore de voir le jour, notamment la Cour des comptes et la Cour constitutionnelle, cela démontre à suffisance l’esprit malsain de l’appropriation des institutions de la République par des affidés de la confiscation du pouvoir.

L’un des scénarios possibles pourrait donc prévoir une transition de succession de père en fils même si, objectivement, rien ne le présage. Cette hypothèse m’a toujours semblé possible, car la surprise a toujours surgi là où on ne l’attendait pas. L’impasse du climat sociopolitique se dessine donc pour laisser la place au doute, à l’incertitude du lendemain qui peut être compréhensible ou non par les uns et les autres selon le bord politique et idéologique de chacun. S’il y a des gens qui pensent, malgré cette incertitude évidente, qu’il n’y a rien à craindre pour l’avenir du Cameroun, je me permets ici, comme le font les leaders des partis politiques de l’opposition et une certaine opinion, de douter de leur sincérité. Comme un adage le dit si bien : « Qui veut la paix prépare la guerre », n’est-on pas aussi en droit de penser qu’il vaut mieux douter pour ne pas être surpris par la guerre au lieu d’attendre une paix qui risque de céder la place au chao ? Voilà pourquoi toutes les hypothèses de scénarios d’une transition paisible font l’objet des batailles rangées avec les hypothèses d’une possible guerre civile certaine, voire une guerre civile programmée que prépareraient ces lobbies.

Cette transition fait d’ailleurs l’actualité depuis le retour du multipartisme en février 1991, et même depuis 1992 lors des premières élections municipales (mars), législatives (mars) et présidentielles (octobre) après le retour du multipartisme qui avait été suspendu depuis 1966 par le feu président du Cameroun indépendant, Amadou Ahidjo. Ces élections ont donc eu lieu un an après le retour de ce multipartisme revendiqué quoiqu’à hue et à dia depuis belle lurette. Aujourd’hui, presque deux décennies et demie après, les espoirs pour une transition se sont envolés pour des raisons évidentes : les mêmes acteurs de l’opposition camerounaise, sur qui le peuple comptait, et qui sont aux commandes depuis cette ouverture du jeu politique il y a 25 ans, n’ont pas encore réussi à mettre sur le tatami cette satrapie de Yaoundé qui continue de sévir. L’opposition, toutes tendances confondues, et son leadership déjà vieillissants et incapables de démêler l’écheveau semblent au bout du rouleau. Avec le développement des Nouvelles Technologies de l’Information, une catégorie de Camerounais qui était jusque-là considérée comme persona non grata, fait déjà beaucoup parlé d’elle.

Quelles étaient la nécessité et l’urgence d’une loi sur le « Code de la Nationalité Camerounaise » du 11 juin 1968 ?

La spéculation sur les acteurs aptes, non pas à conduire une transition politique, mais ne serait-ce qu’à donner un coup de force à l’opposition, met au grand jour cette boîte de pandore qui, depuis 1968, fait jacasser plus d’un : la problématique de la double nationalité ou, en d’autres termes, la nationalité des Camerounais de la diaspora. Pour avoir été très longtemps écartée du jeu politique par les pouvoirs publics qui souhaitaient ne pas les impliquer dans les micmacs de bas étage, la question de la nationalité des Camerounais de la diaspora revient toujours en surface même lorsqu’il faut simplement débattre de son apport au développement.

Pour comprendre l’esprit de cette loi, faudrait-il que je situe ici son contexte qui nous mènera inévitablement à comprendre les raisons pour lesquelles elle n’est pas seulement un simple strapontin, mais un puissant instrument de contrôle et de régulation de la classe politique.

En plein multipartisme après l’accession à l’indépendance en 1960, le régime de dictature de feu Amadou Ahidjo avait comme principal mode de gestion du pouvoir : la répression. Et la chasse aux sorciers dont sont victimes les membres de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), l’un des premiers partis politiques, au Cameroun et Afrique noire franco,phone créés en avril 1948, devient monnaie courante. Des upécistes deviennent donc des hommes à abattre par le régime de Yaoundé. Tous les membres de ce parti sont alors poussés, à défaut de se réfugier dans le pays, de s’exiler au point où leurs activités étaient confinées soit au maquis, soit à l’étranger. Il devenait donc évident, pour ce régime, de considérer les Camerounais en exil comme des ennemis, ceux qui veulent déstabiliser le pouvoir. Pour Amadou Ahidjo, en plus des militants de l’UPC, même tous ceux qui étaient proches de ce parti, de près ou de loin, étaient tout autant plus dangereux que leurs camarades de lutte pour la pérennité de son pouvoir.

Cette mauvaise gouvernance avait alors comme corollaire le mécontentement des jeunes qui, après l’obtention de leur Baccalauréat et la bénédiction de leur famille, profitaient pour émigrer. Beaucoup d’entre eux sont même des boursiers de l’État camerounais. Dans un contexte pareil, l’état d’esprit des jeunes émigrés était évident : fuir la dictature. Comme les militants upécistes étaient disséminés un peu partout dans le monde, certains étaient encartés dans les cercles du militantisme upéciste dont l’un des objectifs majeurs était et reste encore, jusqu’aujourd’hui, l’indépendance totale et complète du Cameroun. Pour eux, Amadou Ahidjo n’était pas l’homme choisi par le peuple, mais par le colon français qui tirait toujours la ficelle et tenait le Cameroun sous son joug colonial ou son pré-carré.

Plus le temps passe, plus nous vivons des situations socio-économiques et politiques qui font que certains, et même la majorité, prennent une seconde nationalité. Pour les leaders politiques, cette double nationalité leur permettait d’être à l’abri du régime qui les traquait à tout moment. Tandis que pour les autres, la double nationalité avait un objectif purement économique : celle de profiter des avantages accordés par les États des pays d’accueil aux nationaux dans les cadres académiques et professionnels. Yaoundé ne percevait pas cette différence et considérait ces Camerounais comme des rancuniers du régime. S’exiler, pour quelque raison que ce soit, c’était pactiser avec le Diable. Il devenait urgent de se débarrasser de ces frustrés de la République. C’est donc dans ce contexte de stigmatisation des Camerounais vivant à l’étranger que la loi sur le code de la nationalité de 1968 verra le jour. Elle a pour objectif premier d’exclure cette catégorie de personnes du fichier national. Ainsi, est déchu de la nationalité camerounaise, tous ceux qui acquièrent une autre. Conséquence : les Camerounais ayant acquis une seconde nationalité perdent automatiquement leur nationalité d’origine (camerounaise).

Après le départ de l’ancien président, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. L’arrivée de Paul Biya en 1982 n’a pas du tout changé grand-chose sur cette conception de la diaspora camerounaise. Le pouvoir de Yaoundé considère toujours la diaspora, surtout celle qui se trouve principalement en Europe et en Amérique du Nord comme des ennemis de la République, car, dit-on, elles sont en majorité composée des frustrés du régime qui se sont exilé pour aller exprimer leurs compétences ailleurs où on pouvait mieux les valoriser.

La peur de cette diaspora perdure jusqu’aujourd’hui à tel point que l’opposition camerounaise, à la quête d’un électorat acquis en sa faveur, trouve là une aubaine. L’occasion était donc venue de faire la cour à ces Camerounais dont on pensait qu’ils pouvaient faire changer la donne. La loi sur la nationalité a refait surface en 2014 lorsque le parti politique de l’opposition, le SDF, a fait déposer, par ses parlementaires conduits par le vice-président du parti l’Honorable Joshua Osih, une proposition de loi modifiant et complétant la loi n° 1968-LF-3 du 11 juin 1968. Elle avait été déposée au bureau de l’Assemblée nationale, plus précisément le 12 mars 2014 en session plénière de la chambre. Depuis cette date, elle reste dans le tiroir du président de ladite chambre Cavaye Yéguié Djibril qui, par ce fait, a déjà violé le règlement intérieur qui stipule que « lorsque, à l’issu de deux sessions ordinaires, une proposition de loi n’a pu être examinée, celle-ci est, de plein droit examinée au cours de la session ordinaire suivante ». Cette proposition de loi du SDF amendait, justement, l’article 28 en réhabilitant les Camerounais de double nationalité dans leur droit de jouissance de leur nationalité d’origine.

Mais, contre toute attente, il y a des Camerounais qui, bien qu’un sondage ne soit pas une habitude dans ce pays, estiment que cette loi ne doit nullement faire l’objet d’un amendement. Ce sondage, il me semble, pourrait révéler de grosses surprises qui montreraient le degré d’estime que les Camerounais de l’intérieur ont pour ceux qui sont partis en aventure. À défaut d’avoir ces statistiques qui, même s’ils ne révélaient pas une majorité de cette tendance, donneraient au moins à réfléchir quant à la poussée d’une opinion haineuse envers la diaspora. Cette réflexion fera l’objet de ma prochaine chronique.

Bon début de semaine !


L’Afrique et l’Euro 2016 : les Bleus de toutes les controverses

L’heure du bilan a sonné. Il a fallu attendre que les esprits se calment avant de parler de ce qui a été au centre des polémiques sur toutes les lèvres au Cameroun durant l’Euro 2016. Comme tout événement sportif, cette compétition a nourri les débats qui ont, plus ou moins, failli tourner au vinaigre lors de vives discussions. La passion ayant dominé tous les sujets, seuls les arguments purement sportifs ont cédé le flanc à l’émotion. Le sujet à polémique de cette Euro 2016 tournait autour de la « multiracialité ».

La curiosité des uns et des autres était fixée sur les footballeurs Africains qui avaient décidé de « boycotter » l’équipe nationale de leur pays d’origine pour le pays d’adoption. Les langues se sont délier et à l’occasion, on n’avait plus besoin de sonder les cœurs pour savoir le pays le plus haï par les supporters camerounais.

Le ton a d’abord été donné par des médias en ligne qui faisaient la polémique sur le décompte (Jeune Afrique, La Gazette du Fennec, Rfi Sport, Football 365) des joueurs d’origines africaines qui ont choisi de jouer dans l’équipe du pays d’accueil. Tantôt 35, tantôt 40, tantôt 43 joueurs africains retenus dans les équipes nationales des pays européens. Mais prenons 43, l’effectif le plus élevé et qui est publié par le site Rfi : la France rafle le plus gros lot avec 10 joueurs africains, suivi de la Belgique avec 9 joueurs. Par contre, le pays africain qui fournit le plus gros contingent est la RDC avec 9 joueurs, suivi du Cap Vert avec 5 joueurs. Au-delà de la différence des effectifs, ces informations peuvent avoir un sens bien spécifique et qui, certainement, a un objectif précis. Mais, lequel alors ? Les Africains ne savaient-ils pas que certaines équipes nationales européennes avaient, en son sein, des footballeurs d’origine africaine ? L’information ainsi diffusée avait-elle pour objectif de donner le chiffre (exact ?) des footballeurs africains qui jouent pour les pays européens ? Quel effet les journalistes attendaient-ils de ces révélations ?

Lors du match France-Allemagne
Lors du match France-Allemagne

Ma curiosité ici a été celle de savoir ce que pensent les supporters camerounais de cette « multi-racialité » ? Il m’a suffi tout simplement d’observer où vont les faveurs de ces supporters pendant la compétition. Et rassurez-vous, cette observation a été aussi enrichissante que surprenante.

A priori, en dehors du fait que tel ou tel pays était le super favori, le pays qui avait les joueurs d’origine africaine avaient le soutien des Camerounais, aussi bien des supporters s’exprimant sur la Toile que dans la rue. Mathématiquement donc, c’est la France qui devrait être l’équipe qui remporterait plus d’estime, comme je l’ai constaté pour la Belgique, l’Allemagne ou l’Angleterre. Mais, contrairement aux attentes, la France, qui compte le plus gros lot d’immigrés, aura été au centre des polémiques. Elle a fait l’objet de beaucoup d’attention de la part des Camerounais dont les motivations de leurs invectives contre les Bleus sont diverses et multiformes. Observons un peu leur comportement à chaque action du match France-Allemagne.

Le pénalty  

Pour cette demie finale disputée le jeudi 07 juillet 2016, les langues se sont déliées et à l’occasion, on a vu les Camerounais se déchaîner contre un pays pour des raisons diverses et les réseaux sociaux ont particulièrement été le théâtre de toutes ces manifestations de la colère. Ce qui est de plus en plus intriguant, c’est ce moment fort palpitant de la main du défenseur Allemand Bastian Schweinsteiger en pleine surface de réparation qui a fait jaser la Toile. Ce penalty accordé par l’arbitre Italien est diversement apprécié.

Quelques malins, niant le fait (intervention de la main du défenseur allemand) au début, se sont rebiffés par la suite après avoir été convaincus par des ralentis et des captures d’écran de prises de vue diffusées dans les réseaux sociaux. Mais cela n’a pas empêché la fourbe des téméraires. Du coup, l’argument selon lequel l’arbitre aurait refusé un penalty à l’Allemagne à quelques 21ème minutes de la première mi-temps à la suite d’une faute de Pogba sur Kroos leur est revenu subitement à l’esprit. Les Bleus, étant dominé sous tous les plans avec, à la clé, une possession de balle de plus de 70% pour la Mannschaft, ont eu besoin d’un secours pour les galvaniser et les sortir de leur camp, où ils s’étaient retranchés pour la défense collective. « L’arbitre a sauvé la France » hurlent et scandent ces supporters dont l’objectif dans cet Euro 2016 est et reste l’humiliation de la France. Ils le hurlent d’un air moqueur, comme pour dire que les Bleus ne pouvaient espérer mieux qu’une faveur de l’arbitrage.

L’arbitrage

Parlons donc de cet arbitrage qui a fait aussi beaucoup de remous. L’argument pour justifier la défaite allemande est cette décision d’octroyer l’arbitrage de ce match fatidique à un Italien. Ce qui fait problème ici, c’est l’état psychologique d’un Nicola Rizzoli encore affecté par l’élimination de la Squadre Azzurra par la Mannschaft au quart de finale aux tirs aux buts après prolongation. Et je me suis dit, comment ne pas imaginer, en ce moment précis de la compétition, le parti pris de Rizzoli ? Je ne sais pas comment les arbitres sont choisis pour diriger les matchs à ce niveau de la compétition. Mais, quand même ! Pour éviter des critiques, toutes les confédérations confondues – l’Uefa n’est pas ici la seule interpellée – devraient éliminer a priori, les arbitres ayant la nationalité des équipes encore en lice au niveau des huitièmes ou au pire des quarts de finale. Cela éviterait des invectives à connotation corruptive qui ont déjà assez ébranlé le monde footballistique et l’instance faîtière (Fifa) ces derniers temps. Ce petit détail n’a pas échappé aux ennemis des Bleus. Ils ont juré, après le penalty à la 45ème +2 minute de la première mi-temps, finalement transformés par le jeune « immigré devenu roi », Griezmann (de mère Portugaise), de voir la France crucifiée par les Champions du monde.

L’absence des blessés

A côté de ces arguments, il y a surtout ceux qui arguent que l’Allemagne a manqué ses joueurs les plus féroces pour avoir signé forfait à cause des blessures. On peut citer ici le défenseur Mats Hummels, considéré comme le bourreau des Bleus lors du Mondial 2014, l’attaquant Mario Gomez, sans oublier Sami Khedira. Pour les ennemis, la France a tout simplement été chanceuse. Nulle était leur absence, ces Bleus auraient, narguent-ils, eu simplement chaud. A côté de ces absences, il y a le fait que la France joue à domicile, donc qu’elle soit pays organisateur. Cet argument n’est pas brandi au hasard. Beaucoup imaginent que les pays organisateurs ont toujours eu les faveurs des confédérations sur certains aspects de la compétition. Je ne peux pas dire grand-chose ici du fait de n’avoir jamais été dans les secrets des couloirs. Mais, tout porte à croire que, pour ne pas sortir le pays organisateur en début de la compétition, on a souvent eu l’impression, oui je dis bien l’impression, que le tirage au sort donne une large possibilité à ces pays organisateurs de bien se situer pour remporter le trophée final.

La malchance

Comment ne pas aussi mentionner ces tirs non cadrés par les Allemands qui ont failli faire mouche ? Ils ont manqué de peu de créer, à sept ou six reprises, la surprise avec ces tirs cadrés dont 2 ont été rejetés par la barre transversale. Cet argument m’a fait le plus marrer parce que ces 7 tirs ratés ont justement eu lieu le 7 juillet que certains considéraient comme une coïncidence malheureusement orchestrée par les marabouts des joueurs Africains. La légende dit qu’en Afrique, lorsque vous entreprenez quelque chose sans succès, surtout si vous avez eu à faire plusieurs tentatives, alors, c’est comme si un oncle ou une tante qui ne souhaite pas votre bonheur est en train de vous « attacher » au village. Cet argument m’a complètement mis au sol, à tel point que je me suis même demandé à quoi sert une compétition si on ne peut pas profiter des faiblesses de son adversaire ? Si les Allemands ne se sont pas rendus compte qu’on les a attachés au village, ce n’est pas la faute à la France, voyons ! Celle-ci ne pourra que profiter de cet « attachement » pour mieux dévorer la proie non ? Voilà !

La « multiracialité »

Ce match de la demi-finale, plus que la finale, a été le plus illustratif de la manifestation d’un comportement anti-Français. Depuis le 10 juin que cette compétition d’Euro 2016 a commencé, on pourrait imaginer la haine anti-française se dessiner dans les choix des favoris. Pour ceux qui considèrent que ce pays des Gaulois n’a pas encore fini de « payer » pour les affres de la colonisation, c’était le moment idoine pour se déchaîner contre un pays ayant encore « des relents colonialistes », disent-ils. Cette position transparaît dans presque toutes les opinions ici et là, donnant parfois l’impression évidente d’une haine viscérale. Pendant un mois durant lequel l’Euro 2016 était d’actualité, la France était vouée aux gémonies : vilipendée, décriée, humiliée et que sais-je encore ?

A chaque rencontre des Bleus, les Camerounais affichaient déjà leur position qui, au départ, pouvait être perçue comme une blague. Ce match contre l’Allemagne était tellement attendu par ces supporters qui avaient juré une sortie humiliante face au champion du monde, super favori. La désillusion était totale chez les anti-Français à la fin du match à tel point que pour la finale contre le Portugal de Ronaldo, personne ne pouvait prendre le risque de vilipender ouvertement la France.

Les Camerounais contre la France et non contre les Bleus

Les critiques des supporters camerounais étaient donc guidées par l’héritage historique donc la France fut et continue d’être le maître du jeu politique. Pour ceux qui ne me comprendraient pas, il faut aller chercher dans l’histoire pour, justement, comprendre les péripéties du vocable de « tirailleurs Sénégalais ». Je n’entrerai pas trop dans les détails puisque cette histoire est déjà vieille comme le monde. C’est que cette « multi-racialité », dont la France se vante d’être un exemple en Europe, en dehors du football en particulier et du sport en général, n’est qu’une illusion. La plupart estime encore que la France garde et a toujours gardé ses relents coloniaux et colonialistes d’antan. Considérant que le sport et la musique fait partie de « l’émotion nègre » – dixit Senghor – pour qui ces ennemis de la France n’ont aucun estime, la France est toujours responsable de pratiques de discriminations raciales qui ne dit pas son nom. Je tiens ces propos de certains universitaires de culture francophone qui ont fini par quitter la France, pour ceux qui y étaient, ou d’immigrer dans les pays anglo-saxons comme les Etats-Unis où leur compétence est plus que respectée. Pour cette raison et bien d’autres que je ne citerais pas ici, il serait dangereux, voire illogique de soutenir une équipe pompeusement dite « multi-raciale » qui fait pourtant le bonheur de plus d’une dizaine de footballeurs immigrés Africains.

Ce type d’argument « multi-racial » est le plus véhément et plus récurrent. Mais, surtout le plus contradictoire de ces ennemis de la France. Un coup, ils estiment que la France a triché pour arriver en finale parce qu’elle a corrompu l’arbitre qui a octroyé un « faux penalty », corrompu l’Uefa pour avoir manigancé un tirage de poule qui donnerait plus de chance à la France. Par conséquent, la France n’a réussi que par la complicité de l’Uefa. D’un autre coup, ces ennemis arguent que c’est grâce aux immigrés que la France gagne. Alors, je veux bien comprendre : si la France gagne parce qu’elle triche, cela veut tout simplement dire que les immigrés africains sont des « mouilleurs », comme on dit chez moi au Cameroun pour parler d’un sportif incompétent. De qui se moque-t-on finalement ?

Les Camerounais contre les Bleus mais pas contre la France

Bien sûr qu’il y avait aussi des Camerounais de l’autre bord qui ne supportaient pas l’équipe française comme l’autre camp, mais leur émotion était d’origine différente. Les Camerounais ici ont tout simplement mal au cœur, oui, mal au cœur de voir ces jeunes talents ressortissants de leur pays respectif offrir leurs compétences ailleurs. Mal au cœur de voir les Matuidi, Pogba, Umtiti, Sissoko, Mangala, Evra et j’en passe, cracher sur les propositions de leur pays respectif pour se donner à la France et à tous les autres pays Européens. Ici, on pense plutôt à un manque de patriotisme de ceux-là qui devraient, grâce à leur compétence, apporter leur soutien à leur pays d’origine, pays africains qui souffre d’un déficit, qui ressemble, comme le Bénin, à un « désert de compétences ».

C’est une hypocrisie bien démesurée pour la simple raison que beaucoup d’Africains rêvent d’aller en Occident. Ceux qui y sont déjà, rêvent d’une double nationalité pour des raisons plus ou moins personnelles. Et ainsi, beaucoup y travaillent en offrant leurs compétences (scientifique, technologique, littéraire, artistique) à leur pays d’accueil, où ils paient des impôts. Pourquoi refuser cette opportunité aux autres, les footballeurs ? Ce comportement des Africains ne reflète pas seulement de la pure hypocrisie, mais de la jalousie la plus abjecte. Mais, ne faut-il pas, finalement, reprocher à ceux qui sont chargés de gérer les affaires en Afrique de toujours pousser nos talents dans les bras des autres ?


Voici pourquoi les Camerounais ont déserté les salles de cinéma (2/2)

L’inauguration, le 14 juin dernier, de la première salle de cinéma du Groupe Bolloré à Yaoundé a été saluée par certaines personnes, surtout les étudiants. Cet événement a fait courir la presse qui voyait en Canal Olympia une aubaine pour le public cinéphile. C’est depuis 2009 que les Camerounais sont sevrés de projection de film en étant confortablement assis dans une salle. Depuis 7 ans que le ministère de la Culture cherche en vain le Messie pour sortir le Cameroun de la honte en vain. La négligence de ce secteur culturel appelé communément 7ème art est une preuve suffisante de la légèreté voire de l’obsolescence d’une vision bien pensée.

Un spectacle offert pendant l'inauguration
Un spectacle offert pendant l’inauguration

L’arrivée de Bolloré pour combler cette défaillance signifie-t-elle que les Camerounais vont désormais avoir droit aux projections ? Ou mieux, Canal Olympia est-il le signe qu’un nouvel environnement cinématographique commence déjà à s’implanter au Cameroun ? La réponse claire à cette question m’invite à poser un regard critique sur l’histoire de l’économie ou de l’industrie cinématographique camerounaise. Elle va justement nous révéler que les cinéastes camerounais et africains connus beaucoup de déboire à cause de la précarité de leur secteur d’activité.

La dépendance économique

Comme je venais de le dire dans la première partie de ce billet, le premier film tourné sur le sol camerounais qui date de 1919, n’est pas camerounais. Il a fallu attendre les périodes de l’après-indépendance pour que les cinéastes camerounais Jean Pierre Dikonguè Pipa, Alphonse Béni et Daniel Kamwa émergent et occupent la scène camerounaise. À cette époque, le métier de cinéaste, bien que coûtant de l’or pour une formation de professionnel, n’était pas une sinécure. Les récits de Dikongué Pipa relatant les péripéties qu’il avait traversées pour réaliser son film Muna Moto en 1975 donnent froid au dos. On pourra dire de même pour le film Pousse Pousse de Daniel Kamwa. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la majeure partie, pour ne pas dire tous les films camerounais étaient, à partir de cette époque, produits par La Coopération Française (CF) et les Centres Culturels Français de Yaoundé et de Douala (CCF) aujourd’hui connu sur le nom d’Institut Français (IF). Du coup, la France devient finalement un bailleur de fonds pour la réalisation des films camerounais et africains.

La France s’engageait à financer la postproduction, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’après-tournage sur le terrain. Les professionnels appellent ça « la finition ». Du coup, les cinéastes africains, après avoir tourné le film dans leur pays respectif, n’avaient d’autres choix que d’aller faire des finitions en France. Ainsi, les aides françaises n’étaient alors destinées qu’aux frais de techniciens et de laboratoire. Évidemment, seuls les laboratoires français étaient les plus sollicités pour la double raison suivante : elles étaient les plus équipées et les plus accessibles aux cinéastes africains francophones d’une part, d’autre part, les aides octroyées venaient des institutions françaises qui déposaient les factures dans les laboratoires français. Les cinéastes Africains étaient donc obligés d’y aller pour faute de mieux. Cette façon de fonctionner fera dire à beaucoup de cinéastes africains que la France est et reste doué d’un cynisme qui ne favorisera pas l’émergence d’une industrie du cinéma camerounais, encore moins africain. Même l’avènement des chaînes de télévision comme Canal Plus, Arte France Cinéma, Channel 4, BBC, etc. où il existait une sorte de coproduction sud-nord, n’a pas arraché des cinéastes Africains des griffes des laboratoires français. À l’époque, dans ces conditions, il devenait difficile de trouver les films typiquement camerounais et africains malgré l’existence des salles de cinéma. Celles-ci, pour exister, seront alors obligées d’importer des films.

Depuis 1960, les sociétés de droit Monégasque,  la Compagnie marocaine du cinéma commercial (Comacico) et la Société d’exploitation cinématographique africaine (Secma) ont eu le privilège de la gestion de la distribution et de l’exploitation des films sur tout le territoire des 14 pays de l’Afrique francophones : soit en tout 150 salles de cinéma ! Ce monopole sera rompu plus tard par l’American Motion Pictures Export Company of Africa. C’est ainsi que le couple Comacico- Secma  sera brisé pour être racheté par le Français Union générale cinématographique (UGC). Évidemment, dans un tel contexte, les cinéphiles camerounais et africains ne seront appelés qu’à voir les films américains, européens et asiatiques. En termes de chiffres d’affaires, cela représente entre 40 et 50 % des recettes rapatriées en devises. On avait même, à un moment, cru que l’apparition de Consortium interafricain de distribution cinématographique (CIDC) créé par les cinéastes africains allait casser ce monopole. Mais, le CIDC est mort de sa propre mort à cause des 14 pays africains membres qui n’étaient plus en règle au niveau de ses cotisations.

Scène de spectacle sur le podium externe
Scène de spectacle sur le podium externe

L’avènement des télévisions nationales

Comme je l’ai dit dans la première partie de ce billet, l’arrivée de la télévision nationale (CRTV) a fait dire à beaucoup d’observateurs qu’elle est probablement la cause de la désertion de nos salles de cinéma. Ce qui n’est pas faux du tout. Sauf que, affirmer ça de cette manière biaise la vérité qui, semble-t-il, est difficile à accepter au Cameroun : c’est l’État camerounais qui a tué les salles de cinéma. Voici pourquoi.

Les salles de cinéma résistaient jusqu’alors malgré cette dépendance au niveau du développement du secteur de la cinématographie. Je ne dis pas que les promoteurs et les propriétaires de ces salles de cinéma n’y étaient pour rien. Examinons un peu la gestion financière des entrées de ces salles pour mieux comprendre.

En 1973, l’État camerounais crée le Fodic, exigé par les cinéastes camerounais, est l’un des débuts du commencement de ces déboires. Cette institution mise en place par le gouvernement avait pour rôle d’organiser la filière afin de donner une lettre de noblesse au cinéma camerounais. Concrètement, il s’agissait d’encadrer, de former, et de mettre en place un système d’accès au mode de soutien financier et logistique visant à permettre aux cinéastes de mieux faire leur travail. Curieusement, les cinéastes apprendront à leurs dépens que le Fodic n’a pas pour rôle de mettre sur pieds une « banque de financement d’une industrie » cinématographique comme cela était prévu. On découvre, malheureusement et sur le tard, qu’il est plutôt une structure de collecte des taxes auprès des distributeurs et exploitants de films au Cameroun.

Malgré tout, le Fodic parvient quand même, avec ces recouvrements, à financer la production de plus de 20 longs métrages camerounais parmi lesquels Pousse Pousse de Daniel Kamwa connu par la plupart des cinéphiles camerounais. Cela avait été possible grâce aux billets d’entrées dans les salles. C’est  ainsi que 5 à 17 % de surtaxes seront appliqués sur ces billets d’entrées dans les salles de cinéma jusqu’à leur fermeture définitive. Ce décret du premier ministre créant le Fodic a fait dire à plusieurs analystes que l’État, depuis longtemps, a refusé d’assumer ses responsabilités en faisant payer le financement du cinéma camerounais par les consommateurs cinéphiles. Mais, ce n’est pas ça le plus grave. Le Fodic, devenant financièrement lourd, traverse alors les moments difficiles de son fonctionnement liés aux accusations de détournement des fonctionnaires qui géraient cette affaire. Pire encore, lorsque le Fodic finançait la production d’un film, il exigeait au réalisateur 40 % et 30 % des recettes d’entrés dans les salles. C’est la part octroyée respectivement à l’État et au distributeur. Je rappelle que la distribution est assurée par les entreprises étrangères. Beaucoup de cinéastes ont pris la poudre d’escampette pour ne n’avoir pas été capable d’honorer à cet engagement trop exigeant.

Cette situation d’augmentation des prix d’entrée dans les salles persiste jusqu’à ce que la télévision nationale fasse son apparition en 1985. Les camerounais, pour ceux qui ont la possibilité d’avoir un petit écran, car à cette époque avoir la télé était un luxe, pouvaient donc se délecter de ces films et documentaires gratuits de CFI Tv diffusés par la CTV, l’actuel CRTV. C’est ainsi que, petit à petit, au bout de deux décennies, les exploitants des salles de cinéma, ne tenant plus financièrement, tombent dans l’informel. À défaut de louer leurs salles ou de les vendre carrément, certains s’exercent au piratage à travers le copiage des DVD et des VCD qu’on pouvait même retrouver sur les trottoirs. Pour mémoire, la salle de cinéma qui était la plus célèbre dans ce domaine le Cinéma ABC de Nkululoun, en plein cœur de New-Bell, quartier populeux et populaire de Douala. Toutes les autres salles étaient devenues tantôt des magasins, tantôt des chapelles des églises réveillées. Les salles qui résistaient au marasme sont celles qui étaient sous la gestion des grands groupes financiers importants comme Fotso. Ces salles tenaient le coup malgré tout et les cinéphiles avaient encore de quoi se distraire. Ces exploitants faisant maintenant face aux nouveaux défis (rénovation technologique du matériel de projection et confort des salles) avaient alors du mal à tenir la barque haute. Elles n’échapperont, malheureusement, pas à la bourrasque qui va finalement les conduire à la mort définitive.

Canal Olympia : mi-figue, mi-raisin

Les cris d’orfraie du gouvernement camerounais auprès des hommes d’affaires fortunés ont fini par payer, ne serait-ce que pour un début. Puisque Bolloré, par pitié, oui, je dis bien par pitié pour les pauvres cinéphiles camerounais, s’est résolu à construire une modeste salle de 300 places assises à l’intérieur et de 3000 places debout à l’extérieur. Bolloré l’a offert par pitié parce qu’il en avait marre des pleurs d’un gouvernement incapable donc le chef, Philémon Yang, est lui-même venu inauguré la salle. Par pitié parce que Bolloré a fini par donné la gestion de cette salle à l’Université de Yaoundé 1 pour le bonheur des étudiants de la filière « Art théâtral et cinématographique ». Voilà pourquoi je peux comprendre l’enthousiasme de ma voisine Russine qui a eu l’indécence de me perturber ma journée. Ce qui m’a donc obligé de retourner faire un tour dans mes archives d’histoire.  Cette salle, ou alors cet espace est appelé « polyvalente » parce qu’elle pourra servir à la fois à la projection de films et à l’organisation d’un concert spectacle géant. Une salle, bien que plus luxueux et comportant une projection 3D, n’est pas mieux que celles que Douala, Yaoundé et Bafoussam ont connues à l’époque de la gloire. Il était aisé de se retrouver avec 1000 à 2000 personnes dans des salles de cinéma lors des avant-premières. Mais, cette époque, de la toute-puissance du cinéma dans les habitudes de vie des Camerounais, est révolue.

Canal Olympia est-elle une salle qui vient combler ce vide sidéral et inquiétant pour l’avenir du cinéma camerounais ? La réponse se dégage d’elle-même après que vous ayez parcouru les lignes précédentes. Les Camerounais ne sont pas encore sortis de l’auberge de la dépendance de l’industrie cinématographique. Après les autres, c’est au tour de Bolloré d’occuper le terrain.


Ce que bloguer nous apprend sur la vie #FlorianKaptue

Après mille et un rendez-vous manqué, trois mondoblogueurs de Douala se rendent, enfin, chez Florian. En ce mois de juin où dame pluie dicte sa loi, ce vendredi 24, était, sans nul doute, presque béni. Un climat clément et envieux, une journée ni pluvieuse ni ensoleillée. Il ne restait plus qu’à nous mobiliser pour profiter de ce temps si charmant. Une visite de lamentation dans la maison familiale de Florian, qui était prévu depuis plus d’un mois déjà, devait avoir lieu ipso facto, qu’il pleuve ou qu’il neige.

Voilà presque trois mois que le mondoblogueur Florian Kaptué nous a quitté. Les témoignages les plus sensationnels aux plus émotifs ont été dites par les mondoblogueuses et mondoblogueurs. Chaque témoignage révélait la simplicité qui caractérisait l’homme. Ce chapitre de témoignages (Eric, Roger, Jeff, Bouba, Fanchon et Dieretou) étant clos, il ne restait plus qu’à essuyer les larmes de la famille du défunt. Comme il est de coutume chez les Bamilékés, à la mort d’un être qui vous est cher, les témoignages et les lamentations ne suffisent pas. Il faut, et c’est le plus important, offrir un présent à la famille, aussi symbolique soit-il. Les mondoblogueurs, grâce aux réflexes de Dieretou Diallo, n’ont pas failli à la règle. Le temps de mettre tout en ordre, deux mois ont suffi pour venir à bout du souffle d’une attente d’un rendez-vous qui causait déjà beaucoup d’anxiété.

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Sur cette photo à gauche, maman Elisabeth, Emmanuel (chemise bleue), Olivier (chemise orange), Didier (polo blanc, moi-même (tête corbeau) et un membre de la famille. Crédit photo : Ecclésiaste

Ce 24 juin était le jour fatidique où le temps devait s’arrêter. Mes prières pour la clémence du climat après les ravages d’une pluie diluvienne qui ne finissaient pas de meubler l’actualité ont finalement marché. Un détour chez la « secrétaire » à Ange Raphaël était nécessaire pour imprimer quelques billets de Florian. C’était la meilleure manière, au nom de Mondoblog, de montrer à la famille, concrètement, ce que faisait Florian. Au Cameroun, le blog n’est pas encore quelque chose de très connu, même chez les habitués de la Toile.

Il est 18h et à cette heure de pointe, quinze à vingt minutes ont suffi, Ecclésiaste et moi, pour faire le trajet d’Ange Raphaël pour le Lycée de Nylon-Brazzaville. Attention à la confusion ! Certains quartiers de la capitale économique portent les noms des capitales des pays Africains (Brazzaville, Dakar, Johannesburg, etc.) et même des pays (Afrique du Sud, Madagascar, etc.). C’est donc à Brazzaville le lieu de chute. Et l’hostilité a été ouverte dans un bar-bistrot non loin du lycée où, pour la première fois, je fais la connaissance d’Olivier, le frère aîné de Florian bien connu d’Ecclésiaste. Ils se sont rencontrés dès la publication de l’hommage au défunt. Emmanuel, ami d’enfance d’Olivier, est notre convive surprise. À quatre, nous nous échangeons quelques confidences sur certains secrets de Florian qui était, comme nous l’a confirmé Emmanuel, un homme discret. Curieusement, il ne l’a pas hérité de ses parents, mais de son frère aîné Olivier, l’homme qui m’a particulièrement séduit par son franc-parler.

Il est presque 19h30, las d’attendre les autres potentiels mondoblogueurs qui devaient nous rejoindre, nous prenons la route pour la case familiale sise à quelques mètres de là. Brazzaville est un quartier populaire de la capitale économique. Il est généralement confondu avec Dakar et Madagascar confinés dans un espace restreint comme retranchés à la périphérie de la ville. J’avais, un instant, imaginé que j’aurais à traverser les obstacles, comme dans toutes les bidonvilles de Douala. La famille nous attendais de pieds ferme depuis l’après-midi. Elle avait justement entendu parler de Mondoblog et l’anxiété habitait déjà les uns et les autres au point où notre arrivée devait décanter l’atmosphère terne qui y régnait. Le départ de Florian pesait encore lourd. Le portait du défunt, visible à l’entrée principale, trônait encore sur le mur. Les choses sérieuses ne devraient pas tarder à commencer.

La princesse Laure à l'oeuvre. Ne regardez pas ailleurs, regardez ma p'tite Guigui. Crédit photo : Ecclésiaste
La princesse Laure à l’oeuvre. Ne regardez pas ailleurs, regardez ma p’tite Guigui. Crédit photo : Ecclésiaste

Nous avons eu juste quelques secondes pour nous installer, Ecclésiaste, Olivier, Emmanuel et moi, avant d’être rejoint par Élisabeth, la maman encore éplorée, appelée affectueusement « Maman Eli », et quelques membres de la fratrie. C’est en ce moment que le mondoblogueur Didier Ndengué se signale et nous rejoint quelques minutes plus tard. Il est presque 20h plus quelques minutes et Olivier, visiblement considéré comme le « moteur » de la famille après le décès de Papa Mathieu, le géniteur, a la responsabilité d’ouvrier la séance, pour ainsi dire. Après une courte prière (je précise ici que c’est une famille foncièrement catholique), Olivier nous introduit en ces termes : « Voici donc les amis de Florian dont je vous avez parlé. Ils vont prendre la parole tout à l’heure pour expliquer ce qu’ils font exactement ». C’est en ce moment que je réalise que tout le monde était curieux de savoir ce que Florian faisait exactement sur le net au point où ça lui a permis d’aller à Dakar. Visiblement, personne ne s’était intéressé concrètement aux activités de Florian. Qui sont donc ces amis mystérieux qui ne vivent que sur le net, qui n’écrivent que des choses qui ne rapportent pas d’argent ? Cette question se lisait sur tous les visages.

Évidemment, Mondoblog, pour ne pas dire tout simplement le blog, reste encore un concept méconnu de la grande majorité. Même Olivier qui, apparemment, semblait plus instruit que toute l’assemblée, n’y comprenait que dalle. Ecclésiaste ne s’est donc pas fait prié pour donner son témoignage non sans avoir expliquer le mode de fonctionnement d’un blog à un auditoire qui, médusé, semblait découvrir les merveilles du monde d’internet. Mon témoignage et celui de Didier ont suivis. Une constance s’en est révélée : nous nous sommes connus, les quatre mondoblogueurs de Douala invités à la formation de Dakar, pour la première fois qu’à partir de l’aéroport, à l’exception d’Ecclésiaste et moi. C’est cette particularité d’internet qui a un peu intrigué Olivier : Internet a cet avantage de mettre en contact des personnes de plus en plus éloignées. Par contre, ceux qui vivent dans la même ville ont-ils besoin d’internet pour communiquer ? Plus vous êtes plus proche géographiquement, plus Internet vous éloigne si vous compter toujours sur lui. C’est après ce constat d’Olivier que nous pouvons désormais comprendre les raisons du grand retard subi par la famille Mondoblog à avoir l’information du décès de Florian. Il suffit qu’un mondoblogueur soit discret pour que personne ne soit au courant de ce qui lui arrive. Ce débat meublera la conversation que j’ai eu avec Olivier durant toute la soirée jusqu’au quatrième chant du coq.

13552514_10209610391360141_177231435_nLes témoignages terminés, place maintenant au choses sérieuses : la bouffe et la boisson. Pour éviter de susciter la curiosité des regards (vous connaissez les Camerounais avec ces histoires d’argent ?), Ecclésiaste s’est retiré avec Maman Eli pour la remise du nécessaire pour essuyer les larmes. Par contre, le recueil de billets de Florian dûment imprimé, a été remis solennellement à la maman qui, comme tout le monde, a eu l’occasion de découvrir le billet prémonitoire qui a secoué la plate-forme au lendemain de la nouvelle du décès. Avant d’ouvrir le buffet, Olivier profite pour présenter la « princesse » de la famille, la cadette de Florian : Laure. C’est grâce à elle que le repas a été concocté : riz (pas les petits riz boueux de l’Espace Thialy là hein), sauce tomate, poissons bar, Kondrè à la viande de porc (pour ce met, Lucrèce en sait sûrement quelque chose). Les Guigui n’ont évidemment pas manqué à l’appel, sauf Didier qui ne s’est contenté que d’eau colorée qu’on appelle vulgairement jus d’ananas.

Les mets de la princesse étaient succulents, délicieux et bien aromatisés et nous avons bien mangé et bien bu à l’honneur de plus de 700 mondoblogueuses et mondoblogueurs. La panse étant bien pleine, le moment était venu de nous retirer. À ma montre, les aiguilles pointaient presque 23h et demi. N’allez pas pensé que la soirée est terminée hein. Les quatre mousquetaires, Ecclésiaste, Olivier, Emmanuel et moi embarquons pour une prolongation dans un espace chic à la cité Sic : Connexion. C’est un bar dancing comme en trouve ici à Douala. Didier a profité de mon ivresse pour m’embrouiller en me confiant qu’il doit nous quitter parce qu’il est en période de jeun du Ramadan. C’est après ma lucidité que je me suis rendu compte qu’il est plutôt chrétien. Hé ! Dieu !

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Ecclésiaste et Maman Elisabeth. Crédit photo : Ecclésiaste

À peine installés dans un salon VIP, Olivier revient sur le débat dont j’ai fais allusion plus haut. Il insiste pour mettre l’accent sur la nécessité des mondoblogueurs vivant dans un même pays ou dans une même ville, de se confronter au réel de temps en temps. Il n’a sûrement pas digéré le fait de faire connaissance seulement à l’occasion de la formation. Il serait donc important de préciser ici que les blogueurs camerounais ont créé plusieurs plate-formes de rencontres qui existent. Je pense notamment à l’association Blogueurs Camerounais dont Florian Guimbis et René Jakson en sont, respectivement, président et secrétaire général. Elle a eu à faire des sorties historiques où les blogueurs camerounais se sont retrouvés pour se recueillir sur la tombe du nationaliste camerounais le plus célèbre : Um Nyobè. Dans l’incapacité d’avoir des informations sur ce que cette association est devenue, j’ai évité d’en faire allusion avec Olivier. Mais, en dehors de cette association, les blogueurs camerounais sont actifs et se retrouvent généralement à l’occasion de « Bloggers Forum« .

Il est 3h30 du matin, la fatigue et l’épuisement nous dominent déjà et nous nous séparons avec ce vœux d’Olivier de voir les mondoblogueuses et mondoblogueurs quitter leur claviers, le temps de découvrir qui se cache derrière les mots et les billets publiés chaque jour. Être informé du décès d’un membre de la famille un ou deux mois après, pour Olivier, ça manque du sérieux : si le blogging est un instrument de propagande pour plus d’humanité dans le monde, les citoyens du monde que sont les blogueurs doivent se connaître. C’est une logique qui peut, certainement, être partagée par beaucoup. Mais, ce défaut laisse apparaître l’absence d’une solidarité de corps entre des personnes qui se battent pour la même cause : la justice. Ce vœux d’Olivier de briser le mythe du virtuel a été accompagné d’une promesse : il s’engage à mettre les mains dans la poche au cas où les mondoblogueurs du Cameroun s’engageraient à franchir le pas.

Didier remettant le recueil de billets de Florian à Maman Elisabeth. Crédit photo : Ecclésiaste
Didier remettant le recueil de billets de Florian à Maman Elisabeth. Crédit photo : Ecclésiaste

Pour dire vrai, cette promesse d’Olivier n’est pas anodine. Je me rappelle de la première question qu’il me posa à 18h après m’avoir tendu la main en me proposant de m’asseoir près de lui : qu’est-ce qu’on gagne en écrivant à Mondoblog ? En français facile pour ceux qui ne comprennent pas très bien le sens caché de cette question à la camerounaise : est-ce que ça donne l’argent ? Rien, lui ai-je répondu spontanément. Cette réponse lui a semblé bizarre. En tant qu’homme d’affaire bien avisé, cela relèverait d’un miracle de voir des gens de nationalité et d’âge confondus s’adonner à une activité pour ne rien gagner. Comment faites-vous pour vous prendre en charge ? Renchérit-il. Il existe des blogueurs qui ne vivent que de cette activité. Mais, pour arriver à ce stade, il faut le faire par passion. Lui ai-je dis en souriant. C’est la passion de l’écriture qui fais donc la particularité de la plate-forme où les blogging reste une activité secondaire et non une activité principale comme c’est le cas de ceux dont c’est devenu un business.

Ces vœux d’Olivier ne sont pas ses derniers mots. Il a été subjugué par cette passion qui anime les gens à écrire pour partager, simplement pour partager, au point où il m’a proposé un billet pour exprimer cette joie débordante. Je lisais dans les yeux d’Olivier, malgré cette méchante obscurité, l’envie de tenter l’expérience au point de me proposer un billet pour dire de sa propre plume, deux petits mots, mais d’une grandeur fascinante : « Merci Mondoblog ».


Douala sous les eaux : un éternel recommencement

Dans la nuit du 22 au 23 juin 2016, toute la capitale économique a connu une forte pluie d’une ampleur particulièrement ravageuse. Une pluie qui a contraint quelques citadins à passer une nuit blanche à observer, médusés, époustouflés, les eaux qui ont subitement décidé de quitter leur lit de drainage. Des maisons, des véhicules, des animaux, des ustensiles, des mobiliers, et sans oublier des enfants et des personnes âgées ont connu un sort pathétique qui donnait l’image d’une zone en perdition. Aucun quartier ou presque n’a été épargné. Ce sinistre spectacle fait revenir en mémoire la dure épreuve d’inondation qu’a connue la capitale économique l’année dernière dans la nuit du 19 au 20 juin. Nous sommes-là, à quelques jours près, à un an exactement que dame pluie avait donné l’alerte. Curieusement, nous en sommes encore là, à tourner en rond, pensant que Dieu viendra faire le miracle.

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Pourquoi personne, ni les autorités, ni les populations, encore moins la société civile n’ont-elles pas tirées des leçons de cette catastrophe naturelles depuis le 20 juin 2015 ? Pourquoi les autorités officielles restent-elles toujours dans le mutisme et l’indifférence face aux cris d’alarme des personnes avisées ? Malgré la deuxième alerte, la ville de Douala est-elle toujours prête à affronter les prochains débordements des drains qui n’arrivent plus à supporter la quantité d’eau de pluie qui tombe sur la ville ? Pour répondre à ces questions lancinantes, je vous propose ici une analyse du sociologue camerounais Serge Aimé Bikoi qui avait justement démontré que les autorités urbaines, en plus de leur incompétence, manquaient d’humilité dans la sollicitation de l’expertise disponible et disposée pour sortir Douala, la belle, de l’eau.

La problématique de l’urbanisation au Cameroun: entre construction, dé-construction et re-construction

Les inondations survenues à Douala dans la nuit du 19 au 20 juin 2015, lesquelles ont causé trois morts et 1500 familles sinistrées, posent le problème crucial de la crise des grandes métropoles. Aujourd’hui, c’est la capitale économique, dont les populations locales sont meurtries à cause des dégâts humain, financier et matériel suite à cette fièvre des inondations née de la forte pluviométrie. Demain, Yaoundé, capitale politique et siège des institutions, pourrait être victime de ces déconvenues saisonnières si tant est que chaque fois qu’il y a une pluie torrentielle, la poste centrale, l’Avenue Kennedy, le supermarché Casino sont, entre autres, des sites inondés. Indéniablement, le jour où le niveau d’eau inhabituel affectera aussi le centre ville et les zones marécageuses des quartiers populaires, les inondations entraîneront, ce n’est guère un souhait, le même drame que celui ayant sévi, ces derniers jours, à Douala. Aujourd’hui, les populations des quartiers Ngangue, Bonapriso, Makepe Missokè, Bonamoussadi, Newtown aéroport, Mbanya sable Akwa Nord, Mboppi, New bell, etc ont gravé, dans leur esprit, l’austère histoire de la survenue des inondations. Demain, si l’on n’y prend garde, les catégories sociales vulnérables des quartiers Mvog Ada, Melen, Tsinga Elobi, Mokolo Elobi, Mfoundi, Madagascar, Etoug Ebe, Ekounou, Mvog Atangana Mballa, etc pourraient, à court, à moyen et à long terme, vivre le martyr de la production des intempéries urbaines. Généralement, les cibles de ces contingences pluviales sont les quartiers populaires, voire populeux, où il règne des zones marécageuses, des constructions anarchiques et des habitats spontanés, dont la singularité est marquée par la contiguïté et la promiscuité des toilettes, des bâtiments, des chambres, des puits et d’autres constructions précaires diverses.

Approche causale du phénomène des inondations dans les grandes villes camerounaises

13528798_1057255730976573_2883567817122803849_nSans fioriture, l’agent causal majeur de la survenue des inondations dans les grandes métropoles est l’absence d’un plan d’urbanisation permettant de stratifier différents investissements dans l’espace urbain. Un plan d’urbanisation souscrit, en effet, à une logique formelle de construction des grandes villes et des villes secondaires ou périphériques. A la base, Yaoundé, Douala, etc sont des créations coloniales. C’est pourquoi certains bâtiments administratifs présentent une façade et une architecture typiquement coloniales à travers les formes anciennes de construction, lesquelles remontent à plusieurs décennies. Mais au fur et à mesure que les années se sont écoulées, l’État n’a pas planifié, organisé, structuré, hiérarchisé et construit les villes suivant un modèle urbain fiable, viable et durable. A preuve, un regard holistique sur les grandes villes incline à repérer une jonction, dans le même espace, des écoles, des industries, des entreprises, des hôpitaux, centres de santé, des églises, des administrations, des logements, des activités informelles, des terrains de jeux, des bars, des bars-dancings, des marchés, des garages, etc. Rien n’est structuré formellement de manière à opérer un distinguo, mieux une dissociation distincte entre ces différents investissements dans les espaces urbains. En réalité, les grandes villes sont devenues, depuis le début des années 90, des grands marchés où se côtoient les activités de l’économie populaire urbaine, les constructions anarchiques, les structures informelles et une dynamique circulatoire d’une démographie galopante, dont la population est, foncièrement, cosmopolite.

A cette cause efficiente des inondations, laquelle est imputable à l’État régulateur, dont la forfaiture est constatée en amont, se juxtapose une litanie de déterminants non-négligeables, dont les populations locales sont, dans la même veine, responsables en aval. Ces invariants se déclinent en une nomenclature de points suivants: l’incivisme des populations, dont l’habitude routinière est de jeter les ordures dans les caniveaux; l’absence de curage des drains emplis de détritus et de déchets divers; les constructions anarchiques; l’érection des logements précaires dans les zones marécageuses; l’absence de canalisation des eaux du Mfoundi toute chose permettant le ruissellement des matières hétérogènes, à l’instar des bouteilles au centre ville; etc.

Relativement à l’absence de curage des drains, il apparaît que la ville de Douala présente les drains qui ne sont plus entretenus depuis des années. A l’époque antérieure, il y avait un tracé de la ville de la capitale économique. Auparavant, le quartier Ngangue s’appelait Buéa. Avant la création des mairies et de la communauté urbaine de Douala, la ville frondeuse ne fut pas autant peuplée qu’aujourd’hui. Si antérieurement, il y avait un suivi des travaux d’urbanisation à Douala, aujourd’hui, un plan d’urbanisation est inexistant. D’où le boom des constructions anarchiques et périlleuses, dont les répercussions sont incommensurables ces derniers jours. Visiblement, au regard de la gravité de la crise urbaine à Douala, le premier magistrat de Douala est excédé par les événements.

13528923_1057257057643107_887244941885322308_nL’incivisme des populations est né des dynamiques d’insertion des populations rurales dans les grandes villes. En effet, la crise économique, née en 1985, et dont les facteurs structurel et conjoncturel sont la détérioration des termes de l’échange, l’augmentation de la dette extérieure et la baisse du Produit intérieur brut (Pib), a occasionné l’exode massif des populations rurales en ville. C’est dans cette mouvance que des vagues de migrants ont ciblé Douala et Yaoundé comme aires d’implantation, où les catégories sociales sont en quête d’un meilleur avenir et d’un mieux-être. Massés dans ces deux grandes métropoles, d’aucuns ont opté pour les stratégies génératrices de revenus alors que d’autres ont pu, contre vents et marées, intégré différents secteurs d’activités donnés. Ayant émigré en ville, certains individus ont transplanté, dans les espaces urbains, ce que Jean-Marc Ela appelle « l’âme indigène », dont le référentiel emblématique est le jet d’ordures à tous les endroits possibles. Ce qui y crée la pollution environnementale.Pourtant, la ville est, à l’opposé du village, d’où la plupart provient, régi par un code juridique de l’occupation de l’espace. S’il est tolérable de disséminer les déchets dans les aires rurales, phénomène consécutif à l’étroitesse de l’espace similaire aux champs virtuels et réels, en ville, le caractère vaste de l’agglomération contraint quiconque au respect scrupuleux des usages et des normes établis.

Parvenues donc en ville, les populations inadaptées aux nouvelles « manières d’agir, de penser, de sentir et de faire » sont confrontées, toutes ou presque, à une dé-socialisation urbaine ou, du moins, à un phénomène d’acculturation urbaine. Le non-respect des « ways of life » en ville impose, impérativement, une re-socialisation des « citadins-ruraux » à l’apprentissage, à l’acquisition et à l’intégration des principes de fonctionnement de la ville. Histoire de se conformer aux nouveaux modèles de pensée urbains et à l’éducation à l’environnement. Toute chose qui pourrait éviter le phénomène de la « villagisation des villes », c’est-à-dire la mutation systématique des villes en villages. Théorie conceptualisée par Jean-Marc Ela autant dans « l’Afrique des villages » que dans « La ville en Afrique noire ».

Serge Aimé Bikoi, Sociologue


Voici pourquoi les Camerounais ont déserté les salles de cinéma (1/2)

Dans la matinée du mardi 14 juin 2016, tranquillement assis sous ma véranda pour un petit déjeuner composé de beignets-bouillie-haricots, ma voisine de quartier, Russine, jeune étudiante à l’Institut des Beaux-arts (IBA) de Nkongsamba m’interrompe et lance subitement un cri strident semblable au son suraigu propre aux femmes au risque de me faire avaler de travers : « Bolloré est au Cameroun Wéééééé !!! ». J’ai d’abord cru à un recrutement qu’elle a réussi à décrocher dans l’un des studios de la multinationale Vivendi. Que Nenni. La pauvre était juste excitée de voir enfin une salle de cinéma digne de ce nom au Cameroun à l’initiative de l’homme d’affaires français le plus puissant au Cameroun et en Afrique : Vincent Bolloré. Il fallait être là pour voir comment la joie envahissait cette jeune demoiselle dont le cinéma est devenu une passion. À la question de savoir si Vincent Bolloré est son nouveau prince charmant, j’ai juste eu le temps de constater, en me retournant pour bien écouter sa réponse, qu’elle me toisait.

Cérémonie d'inauguration le mardi 14 juin 2016/Image : CanalOlympia
Cérémonie d’inauguration le mardi 14 juin 2016/Image : CanalOlympia

Comme si elle n’avait pas fini de me de me gâcher la journée, Russine revient une fois de plus à la charge, pendant que j’étais en train de siroter mon feuillons télévisé « La Reine Blanche » diffusé tous les mardis sur la chaîne privée Canal 2 Internationale,  troubler ma tranquillité et me tourmenter encore avec cette histoire de Bolloré : « Waouh ! Une salle de cinéma 3D ! Merci Bolloré. Merci papa. Honte au gouvernement camerounais qui ne veut rien faire pour nous ». Moi qui croyais avoir imagé ce pour quoi elle jubilait, je retins mon souffle. Elle était loin d’imaginer cette réaction de ma part. Russie, surprise que je sois si indifférent à cette « merveilleuse nouvelle », a vite compris qu’elle avait raté un épisode et qu’elle a manqué là, une occasion de se taire. En tant que nouvelle étudiante, Russie se méfie trop de quelques petits détails qui viendraient à échapper à sa petite cervelle. Elle a tout de suite compris que son enthousiasme n’était juste qu’éphémère. Intelligente qu’elle est, elle commença à déchanter et l’heure était arrivée, pour moi, de lui donner quelques leçons magistrales sur la situation cinéma camerounais depuis l’indépendance en 1960.

Comme un cours magistral ne ressemble à rien sans un support, je me limiterais ici aux résultats d’un mémoire de recherche publié en 2006 intitulé « Les écrans noirs du cinéma africain. Enjeux de la coopération culturelle ». C’est un mémoire qui, après qu’on l’ai lu minutieusement, donne, sans prétention aucune, la réelle situation de l’industrie cinématographique, si elle existe, au Cameroun. Évidemment, je ne pouvais être que perplexe devant l’extase de Russine, devant cette ignorance qui ne m’a pas surpris, mais, qui me donne l’occasion, à travers cette série de deux articles, de dire que CanalOlympia, nouvelle et seule salle de cinéma construit par le Groupe Bolloré, ne comblera malheureusement pas des attentes. J’ai donc profité de cette actualité pour vous présenter l’économie de ce mémoire qui n’est pas disponible sur internet, mais qu’on peut avoir quelques grandes lignes à travers l’article de Florent Coulon intitulé « Une histoire du cinéma camerounais. Cheminement vers l’indépendance de la production ». Mais, avant d’y arriver, quelques souvenirs de cinéphile que je garde toujours dans ma mémoire me viennent.

Salle de cinéma : un souvenir d’enfance

En matière de salle de cinéma, le pays est pratiquement à construire. Pour l’histoire, le Cameroun disposait déjà de 32, je dis bien 32 salles de cinéma au cours des années 1970-1980. Pendant ma jeunesse, j’ai connu des salles mythiques de Douala comme Le Wouri, Le Grand Canyon, Cinéma ABC, Cinéma Omnisport, Le Concorde, Le Paradis, Le Berlyse, etc., dont la capacité moyenne, était de 1000 places, pour ne citer que les salles les plus populaires de la capitale économique. Nul doute que ces salles ont marqué un pan important dans l’histoire du Cameroun. Elles ont aussi et surtout été des lieux de prédilection où beaucoup de citadins ont passé des moments forts inoubliables d’émotions. L’un des premiers films que j’ai vus à l’âge de 10 ans est : « Haut-Commissariat de la République française au Cameroun » diffusé par ce qu’on appelait « Le Centre Culturel Français » (CCF) de Douala. C’est plus tard que j’ai appris qu’il est le premier film à être tourné sur le sol camerounais. C’était en 1919, au lendemain de la Première Guerre mondiale. Le cinéma et les salles de ciné du Cameroun font partie de mon histoire.

Entre le 12 et le 19 janvier 2009, les dernières salles qui résistaient encore à la dégringolade finissent par céder à la mort définitive. La dernière salle de ciné à avoir fermé définitivement ses portes à Douala fut la célèbre Le Wouri, du nom du fleuve qui traverse la ville. La dégringolade, ce virus malveillant, a aussi attaqué les redoutables Abbia et L’Empire à Yaoundé et à Bafoussam respectivement. Depuis cette année-là, on ne parle plus de cinéma au Cameroun. Et j’avais vécu cet épisode comme un arrêt cardiaque de la culture cinématographique.

Le mauvais alibi : l’apparition de la télévision

Un tour dans les rues de Douala à travers un vox pop, c’est la même ritournelle : la télé est venue gâter le business des hommes d’affaires qui avaient lourdement investi dans la construction des salles de cinéma. En effet, oui, pourrait-on conclure avec plus d’emphase comme pour se convaincre après avoir trouvé un alibi. Vraisemblablement, l’avènement de la télé camerounaise qui a fait son apparition en 1985 est venu troubler les habitudes des fans de cinéma. Cet alibi de l’apparition de la télévision nationale a pour précepte de donner comme argument que les salles se désemplissaient parce que les Camerounais avaient trouvé une belle occasion de regarder les films (feuilleton, téléfilm, etc.) à la maison ou chez le voisin qui avait la chance de posséder un petit écran. Cet argument est risible pour deux raisons au moins :

— il n’y a qu’à observer comment les salles de spectacles, faisant office de salles de cinéma, remplissent lorsque les réalisateurs camerounais projettent leur avant-première sur vidéoprojecteurs ;

— les jeunes de Douala manquent de plus en plus de loisirs pour se détendre lorsqu’ils font des sorties galantes en amoureux, par exemple. Car, il faut aussi le préciser, les salles de ciné étaient l’un des lieux de prédilection pour la détente.

Le premier feuilleton camerounais qui a connu beaucoup de succès, L’Orphelin, sans oublier les feuilletons brésiliens, se voit porter la responsabilité de la mort des salles de cinéma. C’est vrai que les salles ne faisaient plus leur plein d’œuf d’antan, mais le problème est ailleurs. Avant d’y arriver, faisons un tour dans le fonctionnement de la production, qui permettra à beaucoup d’entre vous comme à Russine, de mieux établir les responsabilités. Ce développement fera l’objet de mon prochain cours magistral.

Tchakounté Kémayou


Brenda, ma chère compatriote

Les frasques de Brenda Biya ne finissent pas d’émousser certains Camerounais qui reçoivent, malgré eux, des nouvelles, et de bien mauvaises, d’ailleurs, qui mettent la fille du président de mauvaises postures. Beaucoup de langues se délient en qualifiant d’hérésie ou de folie les comportements de l’adolescence qui ne cesse de prendre au dépourvu l’opinion avide de sensationnel. Je vous livre ici une lettre d’un chroniqueur camerounais qui essaie, depuis sa première lettre, de mettre un peu de bémol aux invectives adressée à la « princesse » appelée vulgairement, « première fille du Cameroun », un peu semblable à « première dame du Cameroun ». Lisez plutôt.brenda-biya-instagram-jewanda

Brenda ma chère compatriote,

Tu es la première fille du Cameroun. Tu ne perdras cette place qu’au jour où tu te marieras, car alors devenue dame, tu seras classée deuxième après ta génitrice. Tu te souviens certainement de la lettre de soutien sincère que je t’ai écrite le 8 février 2016 lorsque tu avais contre toute attente, décidé de prendre publiquement la parole, pour dénoncer le racisme dont tu avais affreusement fait l’objet là-bas au loin, aux Etats Unis où ton papa notre Président depuis plus de trente ans, t’a expatrié pour tes études. Je dois d’entame au moment où je décide de t’apporter à nouveau mon soutien qui, tu peux me croire demeurera indéfectible, je dois disais-je te réitérer tout de même que ton quotidien et celui de tes frères, demeure encore le cadet des soucis des camerounais qui ont mieux à faire, en attendant l’achèvement des grandes réalisations de ton papa et probablement les grandes finitions du prochain mandat. Il se trouve néanmoins que quelques compatriotes pour tuer l’ennui s’épanchent régulièrement sur ton sort dans les réseaux sociaux, laissant au passage l’horripilante impression de se délecter de tes mésaventures. Les facétieux !

Justement s’agissant de ces mésaventures, tout porte à croire que 2016 ne t’a pas porté que du bonheur. Mais je crains que tu y sois aussi pour beaucoup. Après tout, pour être aussi sage que papa, il faut du temps et peut-être même du temps au pouvoir… Tu croyais naïvement bien faire en sortant de ton lointain anonymat en révélant au monde en début d’année ton histoire de racisme à laquelle tu as greffé inopportunément des informations indélicates du genre, tu résidais à une centaine de kilomètres de ton université et que ton taxi te coûtait 200 000 FCFA par jour. Voilà que maintenant on voit circuler sur internet des photos qui sont prétendument celle de ton domicile princier. Je doute moi, que ton papa dont on dit qu’il a toujours été sobre, rigoureux et épris d’éthique, lui présenté comme celui qui, détestant au plus haut point la beuverie et l’extravagance s’acharne sur ses ministres prédateurs en les jetant en prison, je doute je te le dis sincèrement, que cet homme là puisse donner une telle éducation à son unique fille. Mon Paul BIYA que je connais ne peut avoir d’enfants gâtés. Non !

Rassures-toi, si au début j’acceptais mal que lui, Président depuis à peu près ma naissance, fasse scolariser ses enfants à lui dans des systèmes éducatifs étrangers, j’ai fini par comprendre que c’était encore par sagesse. Il a voulu t’éloigner de ce pays gangrené par ses collaborateurs inertes, immoraux, égoïstes, incapables de tenir des feuilles de route. Il a bien fait. Il fallait bien qu’il y ait au moins un enfant du renouveau encore normal, au matin de la fin de l’histoire.

Mais soeurette comment lui reviendras-tu ? Je n’en sais plus rien. Car de méchants internautes disent de toi des choses qui me désespèrent. Heureusement que l’histoire de drogue a été démentie par d’autres que toi. Dieu merci. Je n’ose même pas donner du crédit aux balivernes te faisant passer pour une farouche maniaque du couteau. Tu vois, de mauvaises langues disent même que c’est la malédiction de la souffrance des camerounais qui s’abat sur toi. Pauvre de toi ma sœurette. Heureusement maman est très croyante, un tonton à la présidence a même ouvert à Yaoundé la chapelle pentecôtiste de la gloire de Christ. Suis seulement leurs traces. Et tu verras la Gloire de Dieu.

Saches que tu n’as rien fait de mal au Cameroun. Et l’avenir t’y réserve ta place aussi. Mais dans l’hypothèse où papa n’est pas Président jusqu’à la fin du monde, tu devras mériter cette place. Alors profite sagement et intelligemment de ta situation sociale. Fais mentir ceux qui t’accablent de sornettes. Et n’oublies pas à l’âge de papa des comportements indignes d’une enfant peuvent entrainer le pire sur sa santé. Alors, sois sage comme papa et tu vivras longtemps comme lui. Avec un peu chance même tu finiras Présidente de quelque chose.

Courage à toi.

Par Cabral Libii


Le bac et les jeunes : « Si tu passes ton Bac, tu iras à mbeng »

Nous sommes mardi 31 mai à 6 heures précises, c’est le jour du bac au Cameroun. Comme tous les jeunes de son âge, Passy 16 ans, était au lycée d’Akwa-Nord à Bonamoussadi pour passer les épreuves écrites du baccalauréat de l’enseignement général. Ils étaient 287 295 candidats pour l’enseignement général et 73 387 pour l’enseignement technique que l’Office du Baccalauréat qui organise les examens officiels du secondaire du sous-système francophone au Cameroun a enregistré pour cette année.

Office-du-Bac-du-Cameroun
Office du Bac au Cameroun

De manière générale, le baccalauréat dans le système éducatif au Cameroun, et même dans la plupart des pays africains (contrairement à ce qui est admis) ne joue pas seulement le rôle d’un simple diplôme ou parchemin. Plus encore, il n’est pas seulement un sésame qui ouvrirait des portes vers une carrière académique ou professionnel. Il représente véritablement une porte d’accès pour l’accomplissement d’un rêve, d’une ambition démesurée qui va au-delà de la dimension institutionnelle qu’on lui confère. En plus d’être un moyen pour atteindre une fin, il est devenu, psychologiquement, une obsession pour finalement être une fin en soi.

A la fin des épreuves, Passy est presque comblée comme une ado qui venait d’avoir le plus beau cadeau de sa vie : « Tonton, je vais décrocher l’affaire là ! », scande-t-elle laconiquement par un cri de victoire envers son oncle qui n’est vraisemblablement pas surpris, lui aussi, de cet enthousiasme débordant. Le bac est-il devenu si important au point d’en faire une nécessité ? L’analyse de l’environnement socio-économique de la jeune Passy permettra de comprendre comment et pourquoi les jeunes camerounais sont enracinés dans un système qui veut faire d’eux des esclaves du bac.

L’infiltration dans le jeu du pouvoir politique

Comment ce fameux diplôme a transformé l’imaginaire d’une jeunesse qui se cherche ? Et qui continue de transformer une jeunesse qui se bat pour trouver sa propre voie à défaut d’avoir un modèle ? Cet imaginaire fait partie d’un environnement. Et par conséquent, fait du bac un élément très important dans l’intégration et l’ascension sociale. Il est l’élément qui donne accès à un statut social plus ou moins respectable pour ne pas dire honorable. Cela représente un outil pour entrer dans le jeu d’accès à une classe d’élite politico-administrative. Une classe très importante dans le système du pouvoir politique du pays.

Nous n’avons qu’à voir comment les jeunes affluent vers les concours donnant accès à la fonction publique : corps diplomatique, enseignement secondaire, magistrature, douane, administration civile, inspection d’impôt, etc. La fonction publique étant une garantie d’une sécurité de l’emploi, elle devient la cible. Les jeunes évoluent donc dans un environnement conçu avec cette logique de fonctionnariat. Après l’accès, le succès n’est pas possible sans bac. Mais, le phénomène qui nous intéresse ici est moins l’accès à la fonction publique que celui du pouvoir socio-économique.

Suivre les pas de ses aînés avec son bac

Passy est la benjamine d’une fratrie de 5 enfants. Ses aînés ont connu cet enfer du baccalauréat. Ils ont déjà eu le bonheur de s’inscrire dans des universités occidentales en France, en Allemagne et en Angleterre. Du coup, Passy rêvent de connaitre ce bonheur d’être inscrite dans l’une de ces grandes universités. Elle en rêve à tel point que c’est devenu une obsession.

Elle ne comprendra jamais pourquoi tous ses frères et sœurs y sont allés et pas elle. Cette logique lui semble tellement évidente qu’il lui arrive parfois de se croire déjà en Europe sur la terre ferme. Passy s’est même prise à rêver. Elle rêve parfois que sa sœur aînée, Sadio,lui tendait la main de l’autre côté de la Méditerranée. Les échos de Sadio retentissent dans ses oreilles : « passe vite ton bac-là dit donc. Tu fais même encore quoi dans ce pays de merdes ? ». Mais, ce qui séduit le plus la jeune ado, c’est la posture ostentatoire de ses aînés qui mènent parfois une vie de prince lorsqu’ils sont en vacances au pays.

La frime aussi fait pâlir d’envie la jeune ado

Vouloir s’identifier aux autres, être aussi comme eux pour montrer à leurs yeux qu’on peut aussi devenir comme eux. Psychologiquement, Passy ne supporte pas d’être en marge de son temps. Un probable échec au bac ressemblerait, suppose-t-elle, à quelqu’un qui est au creux de la vague. Un échec serait synonyme de refus de vivre sa jeunesse. Elle se dit qu’il lui est nécessaire d’avoir accès à ce statut d’étudiant. Statut qui donne droit à certains avantages matériels qu’un étudiant en doctorat au Cameroun n’a même pas.

Elle est obnubilée par le train de vie de ses compatriotes qui viennent au Cameroun. beaucoup viennent donc passer les vacances en familles alors qu’ils ne sont que de « simples étudiants » dit-elle. Ils ont des téléphones androïdes, des tablettes et de lap top de dernière génération, des vêtements stylés et à la mode, des produits de toilettes, des parfums et des crèmes de beauté qui font pâlir d’envie toute jeune fille ambitieuse. Lorsque Passy écoute les autres lui raconter comment ils ont accès aux bibliothèques, à internet haut débit, aux petits jobs pour combler des fins de mois, aux matériels didactiques, elle est convaincue que le Cameroun n’est pas fait pour elle.

Le snobisme après le bac : « Je suis diplômée de la Sorbonne »

Ce discours a la réputation de donner des palpitations aux néophytes. Beaucoup, comme moi, qui n’ont jamais connu les amphithéâtres des universités occidentales, en rêve. Non pas parce que j’ai une envie folle d’y être, mais juste par le fait que les recruteurs en ont fait un élément de valorisation et de compétence. Avoir un CV où une université occidentale y est mentionnée est un point, petit soit-il, que les candidats à un recrutement peuvent engranger concurremment aux autres.

C’est une évidence qui ne fait l’ombre d’aucun doute. Les multinationales installées au Cameroun donnent accès à un statut social très valorisant et enviable à ses employés. Elles considèrent, elles-mêmes, que les universités locales ne sont pas mondialement compétitives. La jeune Passy est loin de l’ignorer puisque ses parents, diplômés des universités américaines, sont eux-mêmes cadres dans deux multinationales. La décision des parents d’envoyer la progéniture en Europe n’est donc pas le fait du hasard. Pour donner aux enfants les mêmes chances de réussite, seuls les CV du genre « Diplômé de l’Université de Lille II » ont du vent en poupe. Ces titres sont plus valorisants que ceux du genre « Diplômé de l’Université de Douala ».

Quelques rares cas font exception. Mais, à compétences égales, les diplômés des universités européennes et américaines sont les plus privilégiés. D’ailleurs, ces recruteurs des multinationales, d’origines américaines ou européennes, pensent, à raison, que les difficiles conditions de travail des étudiants des universités locales ne rendent pas les étudiants camerounais compétitifs sur le marché du travail. Ceux qui parviennent à émerger doivent se surpasser. Ils doivent développer des stratégies de survie en domptant toutes les barrières administratives et financières. Ce sont des obstacles qu’on dresse parfois volontairement contre lui.

Passer le bac et être baptisée par l’air

Ulrich Tadajeu, dans un billet, avoue avoir été « baptisé par l’air » lors de son voyage pour la formation mondoblog à Abidjan en mai 2014. En fait, pour avoir pris l’avion pour la première fois de sa vie, mon compatriote s’est cru aux anges. Tout comme Ulrich, tous les jeunes rêvent d’entrer dans le ventre du gros oiseau volant. Avoir donc le bac, c’est aussi avoir la possibilité de demander le visa étudiant pour un pays européen ou américain.  Voyager en avion est presque devenu un mode de changement de statut. C’est devenu un honneur et un privilège pour celui que l’on appelle ici « le voyageur ». Ne voyage pas en avion qui veut, mais qui peut.

Il est donc courant de constater que ceux qui ont cette habitude du voyage développent une certaine condescendance vis-à-vis de ceux qui n’ont jamais emprunté la route qui mène à l’aéroport.  A la limite, les non voyageurs sont considérés comme des non civilisés pour n’avoir pas encore reçu leur baptême. L’avion, l’une des technologies les plus pointues et sophistiquées, l’une des inventions les plus merveilleuses du monde moderne, donne accès à un statut de « voyageur » ou de « mbenguiste ». Ce sont des termes du langage populaire. Lorsqu’ils sont attribués à quelqu’un, cela lui confère un statut social d’homme privilégié.

Quel adolescent ambitieux, plein de force et pétillant de forme ne rêverait pas aussi « goûter » cette merveille ? C’est cela, l’un des plus bel avantage que pourrait procurer le bac. Comme Ulrich, avant de faire le concours mondoblog, les uns et les autres ont été fascinés par le voyage. Voyage qu’ils effectueront pour leur formation dans un pays différent à la rencontre des collègues aussi atypiques qu’eux-mêmes.

Un prétendant mbenguiste ? Génial !

Avec le bac, les portes de mbeng s’ouvrent et le statut change. On devient d’abord étudiants avec tous les avantages que cela peut conférer. Qu’on soit boursier ou pas. On décroche ensuite un master, pour ceux qui peuvent aller jusqu’à ce niveau. Sinon un doctorat, pourquoi pas, pour les plus courageux. On décroche enfin un emploi qui donne aussi accès à un changement de statut : cadre ou cadre supérieur. L’autre statut qui commence à faire trop de bruit, mais qu’on ne fait pas beaucoup attention, c’est celui de marié.

C’est surtout chez les femmes que cette observation est plus risible. Elles sont prêtes à accepter un prétendant mbenguiste plutôt qu’un gars qui roule sa bosse au marché central sous le soleil accablant et violent de Douala. Etre courtisées par un mbenguiste est l’un des rêves de ces jeunes filles donc l’une des ambitions est de fonder une famille. L’un des secrets pour avoir le cœur d’une dulcinée au Cameroun, c’est donc simple : prendre l’avion pour mbeng. Une fille camerounaise, malgré l’insistance du débrouillard du marché central, préfère attendre son mbenguiste, même jusqu’à la ménopause. Prendre l’avion suffit pour devenir le prince charmant de tout un village, même si vous êtes le plus parvenu du monde.

Obtenir la double nationalité ou le « kaolo »

Pourquoi la majorité de jeunes qui finissent pourtant leurs études ne veulent-ils pas rentrer au bercail ? Les raisons qu’ils avancent sont essentiellement politiques. Exactement pour les mêmes raisons que les immigrés qui meurent naufragés en Méditerranée. Ils accusent le système politique et économique de mauvaise gouvernance. Avec comme conséquence le chômage et le sous-emploi qui sont beaucoup plus criards en Afrique. Malgré la crise de l’emploi qui sévit en ce moment en Occident, il faut immigrer. Ils trouvent normal d’offrir leur force de travail aux entreprises du pays hôte. Il faut surtout faire tout pour bénéficier des avantages sociaux. C’est l’occasion de jouir du luxe que le Cameroun n’offre pas.

A défaut d’attendre le moment propice pour remplir les conditions qui confère l’obtention d’une deuxième nationalité, il faut se marier avec celle ou celui qui est déjà nationalisé. Par cette preuve d’intégration, il est donc possible d’obtenir les « papiers » populairement appelé « kaolo ». Cela permet de vivre légalement en attendant d’obtenir aussi la nationalité. Ainsi, en devenant citoyen à part entière du pays d’adoption, on jouit de tous les droits y afférent. C’est aussi ça, avoir la chance de changer de statut grâce au bac. Ainsi, être citoyen français est plus valorisant en termes de droits sociaux qu’être citoyen camerounais, d’une tyrannie. Ça va de soi.

Faire beaucoup d’économie et aller investir au pays d’origine

Devenir mbenguiste donne-t-il accès au monde du travail ? Oui, du moins, c’est ce que l’opinion camerounaise pense de ceux qui ont pris l’avion. Contrairement à ceux qui veulent y rester à long terme, il y en a qui font un séjour à long ou moyen terme avec la ferme volonté de retourner au bercail. Le changement de statut que confère l’obtention du bac et par ricochet l’obtention d’un visa pour un pays européen ou américain est un signe d’accès au pouvoir, notamment le pouvoir financier. Celui qui est capable de financer un voyage par avion en venant au pays natal de temps en temps a au moins l’avantage de jouir d’une indépendance financière et de vivre au-dessus de la moyenne.

Ce qui n’est pas évident pour la majorité des jeunes résidents au pays. Les jeunes mbenguistes n’ont qu’un seul objectif : économiser plus pour investir au pays où ils finiront leurs jours en retraite. D’où l’expression « Aller au front à mbeng » du langage populaire. C’est une image pour désigner les soldats qui sont au front avec les armes en mains. Aller faire beaucoup d’économie aux prix des sacrifices énormes, dans l’objectif de s’occuper de la famille devenue trop exigeante. Mais aussi aller investir au pays afin de créer une activité économique. Egalement aussi, pour jouir, plus tard, d’une retraite douillet.

Mais, depuis fort longtemps, il devient de plus en plus difficile aux mbenguistes, malgré la force et la puissance de leur épargne, d’investir au Cameroun pour des raisons de mal-gouvernance. Ils préfèrent donc prolonger leur séjour en attendant que cette situation politique s’améliore.

L’exemple vient d’en haut

Cette hantise d’aller à mbeng n’est pas un fait de hasard. Elle est le produit d’un environnement pollué par cette envie de réussir ailleurs que chez soi. Comme l’exemple vient toujours d’en haut, les autorités camerounaises sont des champions mbenguistes. Pour faire leurs courses et pour se soigner, elles choisissent d’aller à mbeng. Ils n’ont pas intérêt, comme dans toute tyrannie, de permettre l’éclosion de la jeunesse. Celle-ci ne crachera donc pas sur la première occasion de prendre un vol pour profiter de meilleures conditions d’épanouissement qu’offrent les pays développés.

Je sais que beaucoup d’entre vous, en lisant ce billet, concluront subitement qu’il n’y a pas que le bac qui donne accès au visa pour mbeng. Soit. Beaucoup ont cependant compris que le bac est et reste, jusqu’à preuve de contraire, la meilleure voie pour entrer légalement dans les grands pays en Europe et en Amérique. D’ailleurs, l’actualité de ces derniers temps avec des naufrages qualifiés comme l’une des plus grandes crises mondiale de notre ère, me conforte dans cette assertion. Cela pousse les jeunes à se mettre au travail afin d’obtenir leur bac qui est un atout pour facilement avoir un visa étudiant.

Le statut d’étudiant donne accès à un séjour à moyen ou à long terme. In fine, ce statut donnera le droit d’accéder à un emploi stable. Celui-ci donne encore droit au statut de résident. C’est plus facile de demander un visa étudiant pour la France à l’âge de 16 ans comme Passy. Les grandes puissances adorent sauter sur de belles occasions comme celle de Passy. L’ambassade française au Cameroun, pour des visas étudiants, privilégie les bacheliers âgés de moins de 18 ans !

Les titulaires du bac font le bonheur des grandes puissances

En fait, un pays comme la France, par exemple, en acceptant Passy, jeune bachelière de 16 ans, formera l’adolescente aux frais des parents Camerounais. C’est donc l’argent qui provient de la production économique camerounaise. Au bout de quelques années de formation, les entreprises françaises convoiteront la jeune fille pour un emploi. C’est la France qui profitera, pour son économie, de la matière grise dont elle n’a nullement contribué pour son éducation et sa formation à la base.

Les études économiques ont montré comment le Cameroun et les pays africains perdent en termes de ressources humaines et financières. C’est une catastrophe économique dont les gouvernements de dictature feignent de mesurer l’ampleur. Ils sont d’ailleurs conscients de cette catastrophe puisque leur jouissance est beaucoup plus importante que l’épanouissement de la jeunesse. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le discours du président Béninois Talon en France.

Nouvelle forme de rébellion : quitter le pays et offrir ses compétences ailleurs

Des mécanismes d’identification et de stigmatisation veulent que tout ce qui est d’origine d’Europe ou d’Amérique soit plus valorisant que ce qui vient du terroir. Cette stigmatisation est frustrante et voyager, aller offrir ses compétences ailleurs que chez soi est une autre façon de se rebeller. On peut ici trouver la réponse à la question : pourquoi cette apathie du peuple camerounais ? On a l’impression que la jeunesse ne fait rien et ne dit rien malgré sa souffrance. La raison c’est qu’elle a enfin trouvé une solution : immigrer et vendre leurs compétences aux juste prix. Mais, est-ce la solution ?

Cette diaspora, de par sa force financière très redoutable, que les autorités camerounaises considèrent comme une bande de frustrés, fait craindre le régime de Yaoundé depuis 1968. C’est l’année où le feu président Ahidjo signait une loi, encore en vigueur, qui ne reconnait pas la double nationalité. Autrement dit, ceux qui détiennent une deuxième nationalité ne sont plus, d’office, considérés comme des citoyens camerounais. Ce qui, pour beaucoup, est une grosse escroquerie d’Etat.

Les parents qui n’ont pour seul souci de permettre aux enfants d’échapper à la misère, n’ont alors qu’une seule promesse qu’ils leur donnent : « Si tu passe le bac, tu iras à mbeng ».

Tchakounte Kemayou


Difficile marche vers l’alternance politique : l’âge finira-t-il par dicter sa loi à Biya (2)

Depuis  que le multipartisme est de retour au Cameroun, c’est-à-dire depuis 1990, les débats politiques sur la consolidation de la liberté et la démocratie font l’objet des jougs interminables. Les périodes électorales sont alors des occasions idoines de mettre sur la place publique des griefs portés contre les institutions qui foulent aux pieds l’assainissement du processus électoral. Ainsi, l’élection pour la désignation d’un président de la République issu du consensus collectif a toujours été décriée à cause des irrégularités permanentes. Du coup, après 25 ans de luttes acharnées, l’opposition en est encore à dénicher l’oiseau rare capable de mobiliser la masse critique de l’électorat susceptible de renverser la tendance. Nous poursuivons ici notre interrogation entamée deux semaines avant sur les raisons de cette démission de l’engagement politique du peuple camerounais.

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Les mois de mars, d’avril et de mai représentent, pour la plupart des partis politiques, une période commémorative d’anniversaire de leur création. Ces périodes rappellent, à la mémoire collective, des souvenirs plus ou moins violents symbolisés par des acquis de luttes pour l’avènement d’une démocratie. Il s’agit notamment des partis les plus populaires, ou du moins, de ceux qui ont eu pignon sur rue dès l’ouverture ou la réouverture démocratique des années 1990. Cette période représente l’époque charnière de lutte pour le retour du multipartisme sur fond de crise sociale. Il s’agit tour à tour du parti au pouvoir, Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) anciennement dénommé UNC créé par feu président Amadou Ahidjo, du Social Democratic Front (SDF), de l’Union Démocratique du Cameroun (UDC), pour ne citer que ces trois-là. Il faut préciser ici qu’au Cameroun grouillent un peu plus de 300 partis politiques tout aussi importants, représentatifs et populaires les uns que les autres.

Précipitation doublée d’un tantinet d’illusionnisme 

Contrairement à ce qu’on aurait dû penser, ni la multitude, ni la popularité de ces partis politiques n’ont eu un effet remarquable sur l’évolution de l’engagement de la population dans le processus démocratique. Cette démographie exponentielle des partis politiques en peu de temps avait, en son temps, été perçue comme une volonté du peuple à prendre en main son destin par un engagement tout aussi pacifique que vindicatif. Contre toute attente, l’observation sur l’évolution de ces partis, notamment les partis de l’opposition, montre que l’adhésion populaire est et reste encore loin du compte. Pourquoi cet engouement populaire tant remarqué pendant les années 1990 à 1996 s’est-il estompé subitement au point de laisser penser, avec raison, que la population a déserté le champ politique ?

Beaucoup d’observateurs et analystes se sont penchés sur cette problématique pour essayer de donner une réponse définitive à ce qu’il est convenu d’appeler l’apathie du peuple camerounais. Le bain de foule engrangé par le leader du SDF pendant les années de braise ne reste qu’un lointain souvenir. Il est si lointain qu’au fur et à mesure que le temps passe, la nostalgie s’installe chez ceux qui ont été, plus ou moins, participé à ces soulèvements populaires soit en tant qu’acteur, soit en tant que simple témoin, des scènes de révoltes teintées de violences parfois démesurées.

Une jeunesse démissionnaire…  

Il est donc certain que tous ceux-là étaient, à cette période charnière de la crise, des jeunes. C’étaient des élèves, des étudiants et des chômeurs, âgés de moins de 30 ans. Aujourd’hui, la majorité, sinon tous, ont atteint la quarantaine; pour ne pas dire qu’ils sont proches de la cinquantaine au minimum. Dès lors, envisager un engagement politique dans la même lancée et avec les mêmes acteurs et témoins serait absurde aujourd’hui. Cette génération très politiquement dynamique se faisait d’ailleurs appeler « Le Parlement », du nom d’une fameuse association estudiantine des années 1992 qui a fait parler d’elle dans le campus de l’Université de Yaoundé situé à Ngoa-Ekelé. Aujourd’hui, les leaders, pour la plupart, font désormais partie de la diaspora pour avoir fui des persécutions orchestrées par les lobbies du régime. Il est convenu que ceux qui doivent prendre la relève aujourd’hui, âgés de moins de 30 ans, n’ont pas connu ces années fastes du déploiement de toute l’intelligentsia camerounais pour libérer le Cameroun du joug de la dictature régnante depuis 1956, date du départ définitif (?) de la colonisation française.

Cette répression qui visait des leaders estudiantins et certains partis politiques finira par convaincre beaucoup de Camerounais sur l’intention des gouvernants de museler les têtes pensantes et encore habitées par une conscience coloniale et une velléité du progrès. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que cette technique de musellement s’observe encore aujourd’hui, lorsqu’il devient presque impossible aux partis politiques de l’opposition de se déployer sur le terrain. Depuis janvier 2016, les voix dissonantes des « motions de soutien » au président Paul Biya, pour sa candidature à la présidence de la République, sont étouffées. Le principal motif reste, comme de coutume lorsque l’administration veut réprimer, la préservation de l’ordre public. Elle juge en effet cet ordre public susceptible d’être perturbé par l’opposition et estime qu’il regorge de vandales en son sein.

Pourquoi les jeunes, ceux qui ont pratiquement l’âge de ces partis politiques, qui n’ont connu qu’un seul président, qui n’ont connu que les mêmes candidats de ces partis politiques cités ci-dessus et qui en ont ras-le-bol, ne peuvent-ils pas s’engager contre l’imposture politique ? La génération de l’époque du « Parlement » n’a-t-elle pas assumé son rôle d’encadrement politique de ces cadets ? Ou alors sont-ils déçus par cette classe politique truffée du fameux « apprentis sorciers » selon les termes de Paul Biya lui-même ? Sont-ils obnubilés par « Paris à tout prix » comme solution de consolation face à ce chômage tout aussi galopant que le non-respect de l’éthique publique ? Les cadets sociaux, tout comme leurs aînés, ont décidé de se mettre à l’écart. Ils se contentent d’observer, en se demandant comment faire.

Une opposition meurtrie par le camouflet électoral…

Une dégringolade des chiffres généralement observés aux présidentielles et législatives organisée depuis 1992 fait dégager une constance : la popularité de l’opposition camerounaise s’effrite vertigineusement. Elle est malade de ses dirigeants, malade de son image et malade de sa vision politique. Bref, elle est atteinte d’une maladie dont les symptômes sont la démission de la population, du peuple, des électeurs, des Camerounais des luttes politiques. Si certains observateurs pensent qu’aucune analyse électorale ne peut être crédible avec les résultats obtenus pour ces élections, la problématique sur la démobilisation de la population camerounaise ne fait l’ombre d’aucun doute. En d’autres termes, les leaders des partis de l’opposition se défendent des résultats médiocres qu’ils ont obtenus en relevant des irrégularités tant en aval qu’en amont du processus électoral. Il n’en demeure pas moins qu’ils restent boudés par le peuple. C’est la raison pour laquelle d’aucuns estiment même qu’une inscription massive dans la liste électorale afin de mobiliser une masse critique du nombre de personnes inscrites fera l’affaire de l’opposition. Avec un potentiel de presque 12 millions de Camerounais en âge de voter, le fichier électoral ne comptabilise que 5 millions de votants actuellement, malgré des campagnes de sensibilisation assidues. Il faut, par ailleurs, préciser que le nombre d’électeurs ayant participé aux votes n’excède pas 3 millions ! Cette situation expliquerait, en partie, les défaites répétitives de ces partis politiques qui, jusqu’ici, n’arrivent pas à retrouver ses marques.

Pourtant, plusieurs stratégies ont été, à maintes reprises, mises en place pour tenter de reconquérir les électeurs déçus et mal en point. Ces stratégies visaient principalement à trouver une issue pour affronter la machine RDPC qui ne cesse de monter en puissance et rafle la mise dans toutes les localités de la République. Le parti au pouvoir, avec l’aide de l’administration, se positionnait et continue de se positionner comme le parti le plus représentatif sur tout le territoire national. La loi, le code électoral et l’institution ELECAM sont considérés comme des outils favorables au parti au pouvoir, notamment par l’élection à un tour. Dès lors, l’opposition n’avait pas d’autres choix que de s’unir pour affronter le RDPC. Mathématiquement, en l’absence d’un second tour qui a pour rôle de tisser des alliances, un score enviable peut être possible avec un seul candidat en face du candidat Paul Biya. C’est ce qu’elle a fait en 1996 dans le cadre de l’élection présidentielle de 1997. Cette candidature unique a été un fiasco total alors qu’elle avait commencé à nourrir beaucoup d’espoir. Beaucoup d’eau a coulé sous le pont et aujourd’hui, l’opposition en est encore à rechercher sa marque, son identité.

Ou un peuple aux aguets ?

Ce comportement un peu étrange de la population camerounaise a même fait dire à beaucoup d’observateurs qu’elle reste un peuple atypique et apathique. Face à la montée en puissance de la société civile au Burkina Faso, au Bénin, au Sénégal, etc. où l’alternance politique est désormais un fait, les analystes envisageaient même déjà miser sur un probable changement au Cameroun. À deux ans de la fin du mandat du président Paul Biya, tous les pronostics sont favorables pour sa candidature en octobre 2018. Les motions de soutien des militants de son parti depuis janvier 2016 évoquent leur souhait d’avoir une élection anticipée au plus tard en 2017. Et pour ce faire, il faut, nécessairement, convoquer une session extraordinaire de l’Assemblée nationale au plus tard en juin 2016. Toutes les options sont permises et l’opposition sera encore, comme d’habitude, confrontée  à cette apathie.

Seulement, le contexte actuel est si différent des autres dans la mesure où la scène politique camerounaise est marquée, depuis le début de cette année 2016, par un climat d’incertitude sur une succession probable à la tête de l’État. Cette incertitude est fondée par l’âge avancé (83 ans) du président de la République Paul Biya qui est au pouvoir depuis 1982. Ce constat fait dire aux observateurs qu’à cet âge, le président Paul Biya est presque à la fin de son « règne ». Après avoir longuement combattu pour conserver le pouvoir avec succès devant une opposition en mal de repère, la nature aura forcément raison sur lui et dictera sa loi. Du coup, le climat politique devient délétère et le vide constitutionnel longtemps décrié par les opposants se fait sentir : l’absence de la cour constitutionnelle habileté à constater la vacance du président en cas d’empêchement, de démission ou de décès du président de la République est décriée. Même si la constitution prévoit un mécanisme de substitution avec la cour suprême en lieu et place de la cour constitutionnelle pas encore opérationnelle, d’aucuns pensent que ce vide pourrait entraîner un chaos juridique susceptible de déboucher sur une crise sociale irréversible. Sans oublier que le pays qui traverse des moments difficiles avec une guerre déclarée contre le groupe islamique Boko Haram qui a déjà fait des milliers de victimes, et une opération d’assainissement des mœurs publiques appelées « opération Epervier » qui s’apparente, pour l’opinion nationale, à un règlement de compte politique, ne tient qu’à un fil. L’opposition pourra-t-elle en profiter pour se faire une place au soleil ? De l’autre côté, le peuple bondira-t-il sur l’occasion pour faire ce que les opposants ont été incapables de faire depuis 1992 ? Même s’il est trop tôt pour le dire, il reste, du moins, des hypothèses non négligeables.

Tchakounte Kemayou  


18 mai 2013 : souvenir du plus beau bijou de ma vie

Il ne m’arrive jamais de parler de moi. Bien qu’une autobiographie soit un récit enrichissant, je l’évite toujours pour échapper à cette auto-glorification d’un genre un peu singulier. Mais, dans les circonstances, somme toute particulières, je dois m’exercer, pour une première fois à cet exercice un peu ennuyeux, mais nécessaire pour témoigner ma reconnaissance à ce qu’on pourrait appeler « amis », selon les terminologies du réseaux social Facebook qui ne fait pas seulement des malheureux, heureusement.

Ma présence sur le réseau social de Zuckerberg remonte en 2007, trois ans après la création de Facebook. Les années d’avant représentent cette époque où, je me souviens bien, la Toile était, pour moi, un passe temps. En fait, Internet était moins répandu dans les habitudes au Cameroun. A défaut de faire partie de la classe sociale des privilégiés pour avoir une connexion chez soi, les cybercafés étaient les lieux les plus privilégiés pour avoir un accès à Internet. Difficile donc, pour une personne à mobilité réduite et à revenu presqu’inexistant que je suis, d’être ponctuel sur la Toile.

A la remise solennelle
A la remise solennelle

Par un concours de circonstance, je trouve une occasion d’être connecté 24/24, de papoter, de discuter, de tchater, de cliquer à tout vent, bref de fouiller et de fouiner dans tous les coins et des recoins d’internet. Puis, je découvre subitement Facebook, le premier réseau social qui est devenu plus populaire qu’on n’eut jamais pu l’imaginer. C’était en octobre 2007. Aujourd’hui, voici presque 9 ans que je suis régulier sur la Toile, sans interruption. 9 ans pendant lesquels j’ai appris à découvrir les visages d’autres personnes, Camerounais ou non, résidant au Cameroun et surtout éparpillées à l’étranger, partout dans le monde. Un handicapé qui n’a pas de possibilités pour se déplacer, sortir et aller rencontrer des gens, faire des rencontres, se faire plaisir, trouvait alors une occasion de rencontrer des gens, discuter avec eux sans se déplacer. Parler d’autres choses totalement différentes des sites de rencontres matrimoniaux en vogue en ce moment, était quelque chose d’extraordinaire. C’était, pour moi, la meilleur découverte, la meilleure création ou encore la meilleure innovation technologique que l’Humanité ait connu.

Jean-Jacques Njoh Mbappé, le premier à s'installer dans ce magnifique fauteuil du scooter
Jean-Jacques Njoh Mbappé, le premier à s’installer dans ce magnifique fauteuil du scooter

Il y a eu, en 2010-2011, cette fameuse révolution Jasmine que la Tunisie traversait à la suite de l’immolation de Mohamed Bouazizi. J’ai vécu ce pan de l’histoire de la Tunisie comme si j’étais là, grâce à Facebook qui, d’ailleurs, est présenté comme l’outil qui a fait le malheur de Ben Ali. Du coup, j’ai compris que ce réseau était une puissance. Un moyen par lequel une action pouvait être impulsée. Donc, au-delà de la discussion et des partages, une communauté, malgré la distance de dispersion géographique de ses membres, pouvait agir sur la société, la changer. Que ça soit positivement ou négativement, mais la changer quand même. Facebook devient donc mon arme de combat, un outil comme beaucoup d’autres au service d’un idéal commun. D’où l’importance des groupes de discussions qui se créent et dont les noms à eux seuls donnent une idée exacte des objectifs visés par les uns et les autres.

Évidemment, en bon blagueur et « titilleur » que je suis, je me fais donc beaucoup d’amis sur le réseau social le plus populaire et certainement le plus puissant du monde. Le premier groupe Facebook qui m’a fasciné, c’est bien celui d’un ami qui est, par la suite, devenu un frère pour moi : Severino. « Culture et Traditions Bamiléké » (CTB) est ce forum dans lequel les Camerounais, originaires de la région de l’Ouest ou non, venaient partager leurs expériences sur les connaissances ancestrales du peuple Bamiléké. Le but de ce groupe est essentiellement éducatif. Du fait de la modernisation, présentée comme la source de la perte de la civilisation africaine, les pratiques héritées de la tradition tendaient à disparaître à cause du manque d’un vecteur de transmission. Les parents et les aînés qui devraient jouer ce rôle manquaient d’innovation face au développement des nouveaux outils de communication.

Un bijou encore authentique aujourd'hui
Un bijou encore authentique aujourd’hui

« Le Cameroun c’est le Cameroun » (LCCLC) de Mathieu Youbi fait son apparition en 2010-2011. Ce groupe, considéré comme le plus populaire, le plus référencé et le plus dynamique, fait déjà parler de lui. Sa force ? Il a réussi à aller au-delà de sa mission de discussion et de partages sur l’actualité politique, économique, sociale, culturelle et sportive du Cameroun et du monde. Il devient, au fur et à mesure, la plate-forme de rencontre, de discussion et de loisir, pour peu qu’on prenne la peine de regrouper des gens venus de tous les horizons. Cette communauté devient, pour moi, une autre façon d’exister. J’ai une de ces soifs de donner le sourire aux autres, de donner de l’espoir à ceux qui l’avaient perdu, bref, de partager la bonne humeur. Mon investissement dans les associations des personnes handicapées et celles des enfants orphelins et démunis trouve alors un prolongement dans une communauté issue de la Toile. Des sorties ont été initiées dans des orphelinats, des centres d’accueil pour enfants abandonnés et bien d’autres. Au-delà de ces événements, des occasions de retrouvailles fortuites, spontanées et organisées se présentaient toujours pour passer du réel au virtuel, du bon temps, quoi. Tant bien que mal, le forum a connu des expériences malheureuses aussi au fur et à mesure de l’évolution du temps, de la popularité du groupe. Grâce à la poigne de sont initiateur, il reste debout jusqu’à nos jour.

Beaucoup de groupes ont alors vu le jour à la suite de ces expériences. Le forum de Jeanne Nsoga, « On est ensemble », groupe secret, est probablement celui qui m’a le plus séduit. Ulrich Sas, un ami qui m’appelle toujours « Grand frère » sans que je ne sache pourquoi (pourtant, je suis visiblement son cadet), prend le taureau par les cornes et me dit un jour : « Grand frère, je souhaiterais engager une action en ta faveur. Tu as toujours eu le plaisir d’assister les autres. Qu’il pleuve ou qu’il neige, tu t’es toujours sacrifié, tant financièrement qu’humainement, pour donner le sourire aux autres. Je pense, faisant partie des nôtres, que tu dois aussi bénéficier de notre solidarité. Il en va de notre honneur car il faut être logique envers soi-même« . Quelle ne fut pas ma surprise ! J’étais donc surpris de savoir que que je pense plus aux autres qu’à moi-même. Pour Ulrich, ce n’était pas un défaut. Pour lui, il était tout simplement logique dans sa philosophie selon laquelle l’entraide commence par soi-même. Pour moi, la seule façon de vivre, c’est de donner la joie de vivre au autres et c’était ma satisfaction. Je n’hésitais pas répondre présent à tous les groupes de la Toile qui organisaient ces types de sorties.

« On est ensemble » a eu l’occasion d’accueillir cette proposition d’Ulrich pour l’achat d’un scooter électrique pour personnes à mobilité réduite avec beaucoup de gaieté et d’enthousiasme. Pour moi, ce projet me semblait trop osé par le coût et les tracasseries douanières auxquelles on ferait face. J’en doutais même, à la limite. J’étais loin de connaître la pugnacité et la détermination des dames de fer de ce forum : Jeanne Nsoga, Nicole Um, et bien d’autres que j’oublie, qui en avaient, malgré tout, fait un signe d’honneur. Ce projet, à travers cet engagement, était-il un défi par rapport aux autres fora concurrents, comme l’ont laissé entendre certains ? Aucunement. Ma longue amitié avec plusieurs Camerounais sur Facebook a sûrement été un déclic, un facteur de motivation pour un ami, un frère qu’ils côtoient virtuellement tous les jours pendant plusieurs années. Je n’avais jamais rencontré de près la plupart de ces « amis ». D’ailleurs, beaucoup d’autres fora m’ont interpellé pour avoir été silencieux sur mon état de besoin. C’est chacun qui voulait mettre la main à la pâte.

Quel plaisir!
Quel plaisir!

Un fundraising très actif, comme d’habitude, s’organise dès décembre 2012. Et comme je l’avais présagé depuis le début, dès l’arrivée du conteneur en provenance de la Chine, pays d’origine du scooter, les tracasseries administratives et douanières n’ont pas permis une exonération des frais de dédouanement. C’est finalement en mai que tout a été fait pour que je rentre finalement en possession de ce prestigieux bijou, certainement le plus précieux de ma vie, jusqu’aujourd’hui. La séparation avec ce bijou peut représenter un poignard dans mon cœur. Il est devenu mon pied pour de courtes distances dans les environs de Kotto et de Bonamoussadi. Les batteries, devenant de plus en plus faibles, ne résistent plus aux longues distances.

Bref, ce qui est important ici, c’est de vous dire que le 18 mai 2013 reste et restera encore comme le jour de mon premier et du plus beau souvenir de ma vie. Jusqu’à ce que je vois ce fameux scooter, je n’en croyais toujours pas malgré les assurances de Pa’a Bernard Williams Banag et de Nicole Um, que j’appelle affectueusement « maman » et avec qui j’ai gardé une familiarité presqu’indélébile. Sans oublier les actions incontournables de Valérie Saminou et de Jean Calvin Boumsong pour la logistique. C’était un samedi après-midi très pluvieux. Je ne pouvais pas louper cette occasion, malgré le mauvais temps. J’ai pris un taxi pour Bonantonné, un village en pleine centre de Deido. Tout le monde ou presque était déjà là et n’attendais que moi, l’heureux élu, en fait, la vedette, la star du jour. Après un cocktail bien aromatisé et accompagné de ma p’tite Guigui, le moment fatidique arrive, sous une pluie qui ne cessait de tomber. Dans l’empressement, la soif me vient de m’y installer. Je suis subitement pressé de déplacer ce joli scooter bordeau tant il est confortable. L’incontournable Jean-Jacques Njoh-Mbappé, le dernier à débarquer, fait des jaloux et s’y installe avant tout le monde, même avant moi. C’était le comble du bonheur. Après un signe d’au revoir et de remerciements, c’est le départ en trombe en direction de la maison, non sans faire des escales pour la bénédiction reçue de quelques amis.

Le tour de ville attire la curiosité des Camerounais de Douala, convaincus avoir vu une découverte. Il m’a donc semblé que j’étais la première et la seule personne handicapée à avoir un engin tout terrain, de ce type (scooter électrique) pourtant très économique et très pratique. Mais, le coût, très au-dessus du handicapé moyen, mettait hors-jeu tous mes pairs qui m’approchaient pour en avoir une idée. Ce n’est qu’à ce moment que j’ai constaté que c’était là une bénédiction. Elle ne pouvait pas se réaliser sans cette solidarité agissante des dizaines de personnes qu’il est impossible de les citer toutes ici. Le souvenir de quelques uns me vient néanmoins à l’esprit en plus de ceux que j’ai cités plus haut : Nader Tchapda, Charly Noah, Jean Calvin Boumsong, Tiani Franc, Marielle Patricia Nkendjuo, Prince Francis Yappi, Neh Poupina Lagrande, Pat Momo, sans oublier le plus camerounais des Ivoiriens Armand Iré, etc. Qu’il me soit permis ici de leur témoigner, une fois de plus, ma gratitude et ma reconnaissance pour cette solidarité aussi agissante que jamais.

Vivement, un autre projet !

Merci et « On est ensemble » !


Mythes sur les habitudes alimentaires, source de l’obésité en Afrique

Michel, le fils d’une amie, est obèse. Âgé de 15 ans seulement, l’adolescent de 3ème dans un collège de Bonamoussadi n’arrête pas d’impressionner ses copains du haut de ses 60 Kilos. Il impressionne surtout par sa taille et sa robustesse. Beaucoup avaient même pensé que Michelin, comme on aime si bien l’appeler, avait un corps de sportif jusqu’à ce qu’ils comprennent que le vaillant garçon était victime d’une maladie jusque-là peu répandue en Afrique. Car en Afrique, un homme qui a un gros ventre, j’allais dire, un gros corps, est signe de beauté, de bonne vie, bref, de bien-être. Les obèses sont donc des personnes issues de familles aisées. Elles étaient, auparavant, des personnes enviées et convoitées. Chez la gente masculine, le gros corps, confondu à la robustesse, faisait partie de la séduction. Cette conception culturellement admise en Afrique a considérablement changé depuis que les pathologies comme les maladies cardiovasculaires, les cancers et l’arthrose sont devenues un problème de santé publique.

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« Un cauchemar explosif », c’est en ces termes que l’Organisation mondiale de la santé qualifie l’obésité infantile dans les pays en développement. Crédit photo OMS

Michelin n’est donc pas un fils d’une famille de la haute classe, encore moins une famille de classe moyenne. Il a des habitudes de  vie comme tous les ados de son âge. A cet âge, évidemment, l’hygiène de vie, surtout alimentaire, est un domaine très important et malheureusement prise à la légère. Il suffit d’observer les dépenses budgétaires de la famille accordées à ces jeunes sous la forme d’argent de poche par leurs parents pour comprendre la place qu’occupe la nutrition dans leur quotidien. On estime que 95% des causes de l’obésité sont liées à l’alimentation. Il n’est donc pas surprenant de constater, aujourd’hui, que les jeunes soient plus touchés en Afrique particulièrement. Il est question ici de décrier, non seulement, les mauvaises habitudes alimentaires des adultes et surtout des jeunes, mais, surtout, de dénoncer les mythes sur ces habitudes véhiculées au sein de l’opinion par les voix les plus autorisées, malheureusement.

Le mythe de la graisse comme source de l’obésité

Dans l’opinion collective, des informations selon lesquelles les aliments contenant plus de matières grasses sont sources d’obésité sont peut-être vraies mais elles manquent pourtant d’objectivité. Ces informations sont véhiculées par les voix les plus autorisées. C’est pourquoi les enfants et les jeunes comme Michelin, ses parents et beaucoup d’autres, pensent que manger gras entraînerait inévitablement un surpoids. Malgré la prolifération de plusieurs études qui démontrent le contraire, le mythe de la graisse fait toujours son bonhomme de chemin.

Ces études, jusqu’ici non contestées, montrent que c’est plutôt l’excès des aliments comme le sucre et les féculents, qui contiennent plus de glucides et qui provoquent donc la prise de poids. En d’autres termes, si un aliment ne contient pas ou rarement le sucre, il est jugé bon pour la santé. Si les aliments trop graisseux contiennent de moins en moins du sucre, d’où vient l’idée qu’ils sont la source de l’obésité ?

Ce mythe est entretenu par l’apport en graisse. L’obésité étant considérée comme un excès de la graisse dans l’organisme représenté par un indice de masse corporelle (IMC, qui correspond au rapport entre poids et taille) supérieur à 30 kg/m², les consommer reviendrait à ajouter encore plus de graisse à son corps. Or, l’explication scientifique montre que les aliments sucrés sont les principaux perturbateurs du métabolisme et de l’appétit. Autrement dit, les aliments sucrés, considérés à tort comme les produits de bonne qualité parce qu’ils ne contiennent pas de graisse, entraînent en réalité une sensation de frustration. Ils contraignent alors les gens comme Michelin à avoir toujours envie d’avaler quelque chose. La hausse du chiffre de l’obésité infantile dans le monde, et particulèrement en Afrique, peut donc aussi s’expliquer à travers ce mythe qui rend les jeunes accro aux biscuits, aux bonbons et divers goûters réputés pour leur absence de graisse.

Le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publié en janvier 2016 est alarmant. Selon l’organisation, plus du tiers de la population mondiale est obèse. Cela représente, en pourcentage absolu, 13% des adultes. Ces statistiques qui datent de 2014 prévoient déjà, en termes de projection, 20% de la population mondiale obèse dans 10 ans. L’alarme, encore au plus haut et qualifié par l’OMS de « cauchemar explosif », donne à réfléchir lorsqu’on aborde la question de l’obésité infantile. Avec 41 millions d’enfants obèses dans le monde, l’Afrique se taille la part du lion avec 31 millions ! Avec ces chiffres qui ne cessent de doubler depuis 1990, il faut désormais considérer que le continent doit être en alerte maximal. Si nous poussons le regard encore plus loin, certains pays sont durement touchés à tel point qu’ils frôlent même la barre de 50% d’enfants obèses.

Le travail des médecins ne servira à rien si les idées fausses continuent d’être véhiculées et entretenues par les consommateurs. Voici quelques-unes tirées de l’article « Eat This, Not That, The No-Diet Diet »[1]

Ces fausses idées sur l’obésité en Afrique entraînent de mauvaises habitudes qui favorisent la prise de poids. Voici dix bonnes habitudes à prendre.

Premièrement : Éviter les aliments sucrés 

Nous avons précédemment vu que l’une des causes de l’obésité infantile, c’est l’idée farfelue, tant reçue à la maison qu’à l’école, selon laquelle ce sont les aliments gras qui font grossir. Cette idée est tellement répandue qu’on commence à inculquer aux jeunes scolarisés que la graisse est dangereuse pour la santé en démontrant faussement que : 1 gramme de lipide contient 2 fois plus de calories que 1 gramme de glucide. Conclusion : Michelin et tout son entourage (la famille, l’école, la télévision, les voisins, etc.), pensent que, pour réduire la quantité de calories dans le corps, il faut absolument éviter de manger « trop gras, trop salé, trop sucré ». On accorde peu d’attention aux aliments avec une étiquette précisant la mention « Moins de matières grasses » pourtant contenant trop de glucides. Ceux-ci se présentent alors sous deux formes : farines et épaississants. Ils sont réputés pour provoquer des pics de sucre sanguin et d’insuline. D’où la brutale et dangereuse envie de manger qui s’installe quotidiennement chez Michelin.

Deuxièmement : Éviter de bouleverser son sommeil (chercheurs de l’École de Médecine de Wake Forest)

Michelin ne dors presque pas. Il passe toute la journée à travailler, à l’école comme à la maison. Après avoir effectué tous les travaux ménagers, il révise ses leçons pour ne dormir qu’un peu plus tard dans la nuit. Fils aîné d’une famille monoparentale, il doit jouer, en quelque sorte, le rôle de protecteur de ses cadets, aider maman à faire le repas en allant chercher de l’eau au forage du quartier, par exemple. Cette tâche est d’autant pénible que son endurance est considérée, par beaucoup, comme une résistance. Même si l’effort physique est un prétexte pour brûler le trop plein de graisse, il n’en demeure pas moins vrai que l’idée de réduire les heures de sommeil, pour les consacrer aux efforts physiques et intellectuels, n’est pas du tout bonne. Il ne faut pas du tout penser que l’objectif ici est de dire qu’il faut trop dormir. Au contraire, il ne faut ni trop dormir ni moins dormir car dormir 5 heures de plus ou de moins entraîne 2,5 fois une accumulation de graisse pondérale [2]. Une durée de 6 à 8 heures de sommeil est alors plus conseillée.

Troisièmement : Manger plus lentement permet d’absorber moins de calories (Une étude du Journal of the American Dietetic Association)

Ce qui m’impressionne encore plus chez Michelin, c’est qu’il a l’habitude de manger trop vite. En fait, sa rapidité est trompeuse parce qu’elle donne l’impression qu’il mange moins voire mieux, que son repas était plus petit que celui de ses cadets. Mon ado préféré est capable, en quelques secondes, de vider un bol de couscous de manioc accompagné de la sauce gombo. Une rapidité à vous couper le souffle. A peine ses frères sont encore à leur première boule, le gros et vaillant Michelin a fini la sienne au point d’en réclamer encore une deuxième. Puis une troisième et ainsi de suite. Au final, on a l’impression que le gars aurait mangé comme les autres pour avoir fini au même moment.  Pourquoi l’attitude de Michelin est dangereuse pour sa santé ? Parce que, selon les résultats d’une étude, ceux qui mangent lentement absorbent 66 calories en moins [3]. Cela veut dire que si Michelin finit son bol de couscous en 5 secondes (je n’exagère pas hein), son cerveau, qui a besoin de 20 secondes pour envoyer l’information de satiété au corps, fournira plus d’effort en produisant ainsi des calories supplémentaires.

Quatrièmement : Éviter de se servir avec un gros plats

À la maison comme lors des cérémonies festives où Michelin allait avec ses frères, il avait aussi cette sale habitude de choisir le plat le plus large possible. Certainement, vous avez devinez la raison : le fait de choisir le gros plat lui donnera aussi l’occasion de se servir en choisissant les morceaux les plus volumineux. En fait, plus son plat est large, plus il a l’impression que son contenu n’est pas suffisant. Mais, après avoir longuement observé cette attitude de Michelin, j’ai eu la parfaite impression qu’il pense qu’un petit plat le rendrait tout petit, le diminuerait. Ce n’est donc qu’un problème psychologique. Pour se distinguer de ses cadets, il voulait toujours faire la différence. Du coup, malgré ses efforts pour ne pas paraitre ridicule avec un plat montagneux, il réussissait, malgré tout, à faire la différence, dans la quantité.

Cinquièmement : Éviter de s’installer près du buffet (Une étude dans la revue Obesity )

Le plus terrifiant dans ce manège de Michelin, c’est qu’il n’allait pas s’installer loin du buffet. Il prend toujours la précaution de se régaler en s’asseyant tout près de la table où sont rangés tous les menus de la cérémonie. Pourquoi est-ce que cette attitude de l’ado est dangereuse ? Parce qu’il va toujours lui arriver des occasions de repartir se servir. Une étude a donc montré que les gens assis non loin d’un buffet bien achalandé, se servent 35% de plus que les autres [4]. C’est la raison pour laquelle, dans des cérémonies bien organisées, le protocole privilégie toujours les invités du fond de la salle au moment de passer au service.

Sixièmement : Manger de moins grosses bouchées permet d’emmagasiner moins de calories (La revue American Journal of Clinical Nutrition )

La revue américaine donne une information importante qui semble être aussi banale que toutes les autres ci-dessus : couper de gros morceaux est nocif. Michelin mange gloutonnement comme si la nourriture pouvait disparaître. Pour lui, c’est un signe de bien-être. En fait, je n’ai jamais compris pourquoi beaucoup de personnes, comme Michelin, adorent ingurgiter de gros morceaux à la va-vite. Les études montrent que les grosse bouchées donne plus de travail au cerveau. Ainsi, ceux qui mangent en coupant de gros morceaux emmagasinent 52% de calories de plus que les autres, car qui dit gros morceaux dit aussi rapidité. La question de savoir comment Michelin réussissait-il à mettre de grosses bouchées dans sa petite bouche, reste vaine jusqu’ici.

Septièmement : Ne pas hésiter à boire de d’eau avant chaque repas (une étude de l’Université d’Utah)

C’est une astuce qui reste peu suivi jusqu’ici par des personnes désirant perdre un peu de kilos. En buvant un ou deux verres d’eau avant chaque repas, on a cette impression de satiété et cela entraîne une perte de 30% de ses kilos [5]. Évidemment, Michelin n’est pas prêt à suivre ce maudit conseil, qui pourrait l’empêcher de profiter de bonnes choses.

Huitièmement : Privilégier les fruits au jus de fruits (Une récente enquête publique de l’Ecole de santé publique de Harvard, publiée en ligne dans le British Medical Journal)

La mère de Michelin, après avoir reçu les conseils de nutrition selon lequel il faut que Michelin consomme plus de fruits qui pourrait accélérer sa perte de poids, trouve l’astuce de faire des jus de fruits. Cette décision est motivée par la paresse de son fils qui trouve pénible d’éplucher les oranges, les papayes, les mangues, les pamplemousses, etc. avant de les consommer. Pour contraindre Michelin à la consommation des fruits, elle s’est vu obliger de les transformer en jus qui est plus convoité par son obèse de fils. Cette solution n’est malheureusement pas la bonne. Pourquoi ?

Le résultat de cette enquête de Harvard est sûrement la plus surprenante de toutes les astuces à éviter : « boire un jus de pomme ne revient pas à manger une pomme, ni un jus d’orange une orange ». Autrement dit, la consommation de jus de fruits est plus dangereuse que la consommation du fruits. Cette enquête démontre que boire 3 jus de fruits par semaine expose, à 8%, les sujets aux risques de diabète. Par contre, consommer 3 fruits diminue ce risque à 7%. Pour certains fruits, ce pourcentage est même plus élevé : 19% pour les raisins, 14% pour les pommes et les poires et 12% pour les pamplemousses [6]. Comment peut-on expliquer cette différence entre les jus de fruits et les fruits ?

Les jus de fruit ont cette capacité d’être digéré rapidement : la circulation et la métabolisation du sucre contenu dans le fruit, appelé fructose, est tellement rapide que le foie finit par le « transformer en graisse au lieu d’être utilisé progressivement pour fournir de l’énergie ». Ce qui n’est pas le cas pour le fruit lui-même dont la digestion est moins rapide.

Neuvièmement : Éviter de grignoter sous le coup des émotions (Une étude de l’Université d’Alabama)

Cette vilaine habitude de grignoter lorsqu’on est dans tous ses états ne semble pas être une solution idoine pour perdre ou éviter les kilos. Il est constaté que pour se défaire de la nervosité et la colère, certaines personnes se retirent pour prendre un verre d’alcool et fumer un bâton de cigarette. Il en est de même pour des obèses. Ils ne peuvent se calmer qu’après avoir pris un paquet de pop-corn bien agrémenté, par exemple. Michelin en est un accro au point où il ne s’en passe même plus. Une étude démontre bien que consommer sous le coup d’une émotion augmente le poids de quelques centimes seulement. Même si ça paraît négligeable, ça devient dangereux de se retrouver avec 12 à 15 kilos de plus au bout d’une décennie.

Dixièmement : Ne pas avoir peur de la balance (Une étude de de l’Université du Minnesota)

Pour terminer avec cette longue liste de ce qui est interdit et de ce qui ne l’est pas, observons que certaines personnes déjà obèses, comme Michelin, pensent, faussement d’ailleurs, qu’il serait maladroit d’aller quotidiennement et régulièrement se peser. Cela risque, disent-elles, de donner l’impression de n’avoir pas changé si effectivement rien ne change. Pire encore,  cela augmentera la pression et finira par décourager les candidats à la diminution de poids. Mais, il ne faut pas aussi oublier que les résultats positifs (les kilos en moins) représentent un élément motivateur qui influence une perte de kilos deux fois plus importantes, pour ceux qui n’ont la phobie de la balance.

Tchakounté Kémayou

[1] « Eat This, Not That, The No-Diet Diet », https://www.eatthisnotthatdiet.com,
[2] Wake Forest University Baptist Medical Center (2010, March 5). Extremes of sleep related to increased fat around organs. ScienceDaily . Retrieved November 25, 2013, from https://www.sciencedaily.com­ /releases/2010/03/100301091302.htm
[3] Andrade A, Greene GW, Melanson KJ. Eating slowly led to decreases in energy intake within meals in healthy women. Journal of the American Dietetic Association, 2008; 108 (7): 1186-1191.
[4] Obesity (Silver Spring). 2008 Aug;16(8):1957-60. doi: 10.1038/oby.2008.286. Epub 2008 Jun 5.
[5] https://healthcare.utah.edu/publicaffairs/news/archive/2003/news_74.html
[6] Muraki I, Imamura F, Manson JE, Hu FB, Willett WC, van Dam RM, Sun Q. Fruit consumption and

Sources : SANTE-NATURE-INNOVATION.FR


Cameroun : pourquoi l’opposition est-elle « abandonnée » par le peuple ? (1)

Depuis l’avènement du retour du multipartisme en 1990, le Cameroun en est encore à frayer une voix dans le cercle serré des pays francophones qui ont déjà amorcé l’étape de l’alternance à la magistrature suprême. 26 ans que les Camerounais sont à la recherche d’une clé pour dénouer l’écheveau de cette emprise de la tyrannie vielle de 1956. Cet avènement a fait reconnaître, chez les Camerounais, cette âme et cet esprit de combattant mené jadis par le parti historique Union des Populations du Cameroun (UPC). Les débats se structurent et prennent corps dans un environnement déjà perverti par l’obscurantisme machiavélique d’André-Marie Mbida à Paul Biya en passant par Amadou Ahidjo. Qu’est-ce cette réouverture politique a apporté dans l’environnement des luttes pour la conquête du pouvoir ?

Lors d'un rendez-vous avec la presse et qui a été interdit, les leaders de certains partis politiques ont été aspergé d'eau du véhicule anti-émeute de la policie
Lors d’un rendez-vous avec la presse et qui a été interdit, les leaders de certains partis politiques ont été aspergé d’eau du véhicule anti-émeute de la policie

Pour cette année, 2016, les dernières sorties des parties politiques de l’opposition camerounaise ouvre à nouveau le débat sur le sempiternel problème de leur supposé poids électoral réel. Il se passe que depuis les événements qui ont secoué le pays, à savoir les crises socio-politiques des années 1990 et celles de 2008, avec de forts risques de se transformer en guerre civile, un désamour s’est installé entre les leaders des partis de l’opposition et la population elle-même. Ces crises étaient, bien entendu, la manifestation d’une volonté populaire de rompre avec un système de dictature vieillissante et incapable de répondre aux exigences des valeurs de bien-être et de probité dans la gestion des biens publics. Les leaders des partis de l’opposition représentaient donc une alternance et une alternative capable de changer la donne. Aujourd’hui, le constat est claire que les Camerounais ont décidé de se mettre en marge de la politique, donc de tourner le dos à ces leaders au point où ils ne répondent qu’aux abonnés absents lors des rendez-vous populaires et pire encore font la fine bouche pour aller s’inscrire sur la liste électorale malgré les appels incessants et persistants. Comment en est-on arrivé là ? Comment peut-on expliquer ce malaise ?

Dès la promulgation de la loi n°1990/055 du 19 décembre 1990 portant régime des réunions et des manifestations publiques et celle n°1990/O56 du 19 décembre 1990 portant création des partis politiques, le pays devrait connaître un tournant décisif de son histoire. C’est en 1966 que fut instauré le parti unique (Union Nationale Camerounaise-UNC) par le feu Amadou Ahidjo pour contrer les velléités du Parti des Démocrates Camerounais (PDC) d’André-Marie Mbida et de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) de Um Nyobe. Ces lois étaient le résultat, non seulement d’un souci de liberté, mais aussi et surtout d’un rapport de force où les partis d’opposition donnaient le ton d’une autre façon de voir le monde inspiré par le vent de l’Est. C’était donc évident que la population, jusque-là assoiffé d’un changement réel sur les questions relatives à l’alternance à la magistrature suprême, était prête à propulser, au devant de la scène publique, un leaders qui se démarquerait par son courage.

En effet, c’est le 26 mai 1990 qu’un, jusque-là, inconnu libraire de Bamenda, Ni John Fru Ndi, déchu des primaires du parti au pouvoir, Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), lance, avec ses proches, le parti Social Democratic Front (SDF). Ce jour-là, marqué dorénavant comme la journée des martyrs du désormais principal parti de l’opposition, verront tombés 6 manifestants sous le coup des balles réelles. C’était donc le déclic d’une avalanche de surprises marquées principalement par des meetings du leaders, et de bien d’autres, qui faisaient courir tout une foule en liesse. En ce moment-là, et pendant quelques années encore, les leaders des partis de l’opposition camerounaise avaient encore le dernier mot. Il suffisait juste d’un clin d’œil pour voir comment toute une population se dressait derrière son leaders. La soif d’un changement se faisait ressentir de plus en plus. Le Cameroun qui est sous l’emprise de la tyrannie depuis 1956 avait besoin d’un nouveau souffle, d’un vent frais, d’un sang neuf.

Les mandats présidentiels et législatifs qui tendaient déjà à leur fin devraient donner à voir, à l’horizon, des premières élections multipartites sous l’ère Biya après 10 ans de pouvoir du monopartisme sans partage. Le SDF, parti politique plus radical que jamais, décide de boycotter l’élection législative pour cause de non consensus sur le code électoral, de tricherie et de « vol » des résultats de l’élection présidentielle où le leaders Ni John Fru Ndi estimait avoir été victime des tripatouillages en faveur du président sortant Paul Biya, candidat du RDPC. Malgré cette absence, l’opposition a raflé finalement 92 sièges sur 180. Une majorité suffisante et susceptible de renverser la donne. Avec ce score extraordinaire de l’opposition, sous l’ère d’une dictature, l’heure des réformes institutionnelles avait donc sonné et l’espoir était alors permis.

Tableaux statistiques des résultats électoraux au Cameroun (2007 – 2011)

Résultats des élections législatives pluralistes

Années

Parties

1992

1997

2002

2007

2013

RDPC

88

116

149

153

148

SDF

Boycott

43

22

16

18

UNDP

68

13

1

6

5

MDR

18

1

1

UPC

6

1

3

3

UDC

Boycott

5

5

4

4

MLJC

1

MP

1

MRC

1

//////////////////////////////////////////////////////////

Résultats des élections présidentielles pluralistes

Années

Candidats

1992

1997

2004

2011

Paul BIYA

(RDPC)

39,98%

92,57%

75,23%

77,99%

Ni John FRU NDI

(SDF)

35,97%

Boycott

17,12%

10,72%

Bello BOUBA

(UNDP)

19,22%

Boycott

Adamou NDAM  NJOYA

(UDC)

3,62%

Boycott

4,71%

1,74%

Henri HOGBE NLEND

(UPC H.)

2,50%

Samuel EBOUA

(MDP)

2,44%

Edith KAH’ WALLA

(CPP)

0,72%

Autres candidats

2,49%

2,94%

2,82%

Source: La pratique des élections au Cameroun: 1992 – 2007, Régards sur un système électoral en mutation

Le renversement de la situation :

Les partis politique vainqueurs des législatives de 1992, l’Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP), le Mouvement pour la Défense de la République (MDR) et l’Union des Populations du Cameroun (UPC) totalisaient à eux-seuls 92 sièges. Il n’était donc plus question de douter sur l’effectivité des réformes. Le pouvoir de Yaoundé tremblait à grosses gouttes et cherchait inlassablement à casser la solidarité qui existait au sein des désormais députés des partis de l’opposition déterminée à mener la vie dure au RDPC. Mais, le triomphe ne sera que d’une courte durée. Le hic ? Dakolé Daïssala, leader du MDR, du haut de ses 18 sièges, choisit plutôt de s’associer au parti au pouvoir. Par quelle alchimie ? L’histoire nous le révélera un jour. Ce qui aura pour conséquence de diminuer le pouvoir de l’opposition. Celle-ci passe donc de 92 à 74 sur 180 sièges. L’opposition venait donc de louper une occasion idoine de changer le rapport de force.

Depuis cette épisode politique qui est certainement entrée dans l’histoire, le président Biya a bien compris que son pouvoir ne tiendra qu’à un fil s’il ne double pas sa vigilance. De l’autre côté, le SDF ne cesse de se mordre les doigts à cause de ce boycott historique qui a fini par devenir une nostalgie. C’est au cours d’un congrès que les militants ont exprimé le vœux de ne plus louper le coach. Du coup, d’aucun spéculent que si le SDF avaient participé à cette élection législative, le Cameroun aurait certainement connu un sort meilleur que celui qui est le sien aujourd’hui. Depuis que les deux camps, le parti au pouvoir et les partis de l’opposition, ont fait ce constat, les leaders des partis de l’opposition optent pour les urnes avec l’estime conviction que le miracle de 1992 peut se reproduire. Une bataille féroce de communication politique s’est alors engagé pour un toilettage complet de la loi électorale et des conditions liées au déroulement des processus post et pré-électorales.

C’est ainsi que l’on assiste donc, petit à petit, au retrait du ministère de l’administration territorial de l’organisation des élections présidentielles, législatives et municipales. Mais, avant la mise en place d’Elections Cameroon (ELECAM) créé par la loi N°2006/011 du 29 décembre 2006, le Cameroun a connu l’Observatoire National des Élections (ONEL) créé par la loi n°2000/016 du 19 décembre 2000, modifiée et complétée par la loi n°2003/015 du 22 décembre 2003. De l’observatoire pur et simple, le pays est déjà passé à un organisme dit indépendant chargé d’organiser, en amont et en aval, les scrutins nationaux et régionaux. Ce combat interminable participe, depuis belle lurette, d’un jeu de rapport de force politique entre les deux camps et qui, malheureusement, est loin d’aboutir à un consensus réel. Malgré le retrait de l’administration du processus électoral, l’opposition porte toujours un doigt accusateur sur une main mise certaine du parti au pouvoir sur ELECAM. Raison pour laquelle beaucoup d’observateurs et d’analystes estiment encore que cette institution est loin de garantir un jeu électoral équitable. À présent, la bataille qui avait pour revendication la création d’un organisme indépendant continue toujours à meubler les débats et les jougs politiques.

En effet, après 2000 sous l’ONEL et 2006 sous ELECAM jusqu’à ce jour, les résultats aux élections présidentielles et législatives, comme l’illustrent les statistiques des tableaux ci-dessus, mettent voire enfoncent l’opposition en position de faiblesse. La dégringolade des chiffres depuis 1996 démontrent-elles que les leaders des partis d’opposition n’inspireraient-ils plus ? Beaucoup d’observateurs répondraient par l’affirmative, car les leaders de ces partis qui suscitaient beaucoup d’admiration dans les années 1990, ne sont plus capables de mobiliser la population pour des causes tout aussi nobles que celles de l’amélioration des conditions de vie au point d’être traité par Achille Mbembe d' »imbécile ».

Il revient ici de scruter de fond en comble cet état de malaise au sein de l’opposition camerounaise pour comprendre la genèse du désamour. C’est ce qui fera l’objet de notre prochaine chronique.

Tchakounté Kémayou


Ô Maître Shungu Wembadio !

On dit que tu t’es couché à Abidjan
Et que ta voix suave est allée au couchant !
On dit que tu es raide mort à Anoumabo
Et que désormais, tu nous lègues le Beau !

Arrachement…douleur, Papa Wemba
Serment Ya Hippocrate ba médecins ba kosalaka !
C’est ainsi que tu chantais la vie et la mort
C’est ainsi que tu hantais joie et remords

Maintenant, c’est fini, maître des Arts
Maintenant, à nos mémoires de jouer
Maintenant à la Rumba de rythmer
La nostalgie de tous nos bazars…

Par ta musique, Papa Wemba, merveille,
L’Afrique était sans ses vieilles frontières
Par ton art, nos sens étaient en grand éveil
Par ta mort, en croix, tu défieras le cimetière !

Franklin Nyamsi

papa-wemba-18656Poème écrit par le Pr Franklin Nyamsi