Yves Tchakounte

Cameroun : pourquoi les Francophones ont-ils peur du fédéralisme ?

Le fédéralisme, bien qu’étant un vieux débat qui date de 1961, revient en force aujourd’hui. Au fait, de quoi s’agit-il? Des revendications des avocats, puis des enseignants, corporatistes au départ, donnent aujourd’hui des allures de revendications politiques. Ces revendications ont pour point de mire la modification de la forme de l’Etat pour passer de la « République du Cameroun » à la « République Fédérale ». C’est donc une sorte de révolution que les constitutionnalistes appellerait l’avènement de la deuxième république. Pourquoi ce vieux débat à l’ordre du jour à la conférence de Foumban en 1961 et qui a connu la signature d’un accord instituant le fédéralisme (annulé par référendum en 1972) revient sur la scène publique depuis octobre 2016? Pourquoi le réveil du vieux démon fait-il peur aux Francophones?

Wirba porté en triomphe. Le fédéralisme en action
L’honorable Joseph Wirba, député SDF porté en triomphe après un meeting dans un marché à Bamenda pour expliquer le bien fondé du fédéralisme

Parce que le fédéralisme de 1961 représente une phobie de l’histoire basée sur une division linguistique étrangère

Il faut d’ailleurs rappeler qu’à l’indépendance, le Cameroun Francophone était désigné « République du Cameroun ». Cette appellation a été abandonnée après la conférence de Foumban du 17 au 21 juillet 1961 où les deux Cameroun (Francophone et Anglophone) ont décidé de se réunir : c’est la réunification qui a accouché la fédération à deux Etats fédérés (Cameroun occidental chez les Anglophones et Cameroun oriental chez les Francophones). C’est la « République Fédérale du Cameroun ». Cette fédération a été dissoute le 20 mai 1972 à la suite d’un plébiscite. D’où le changement du statut de « République Fédérale du Cameroun » à « République Unie du Cameroun ». En 1984, la « République Unis du Cameroun » devient « République du Cameroun » par une adoption à travers le vote des député à l’assemblée nationale composée uniquement du parti unique au pouvoir. Ainsi, cette marginalisation vécue par les Anglophones est décriée depuis le plébiscite de 1972 considéré comme la manigance d’un complot des Francophones conduits par le feu président Ahidjo contre les Anglophones. De quoi parle de la thèse du complot?

Aujourd’hui, la thèse du complot consiste à dire que les différents changement du statut de l’Etat du Cameroun n’était pas le fruit d’une volonté populaire. Du président Ahidjo à Biya, chacun a été mû par cette volonté de consolidation du pouvoir central. La fédération n’était plus au goût d’un système dictatorial secoué par des nationalistes qui donnaient des sueurs froides au régime. La centralisation du pouvoir politique devient nécessaire pour assurer le contrôle du système. D’où le fondement même du système jacobin à l’image de la colonie. C’est la raison pour laquelle les constitutionnalistes qualifient le système camerounais de présidentialisme absolu. Le président de la république est l’Alpha et l’Oméga, le maître à jouer. Le prétexte pris par le pouvoir de Yaoundé se trouve dans le fameux slogan devenu le leitmotiv : « Etat unitaire » donc la célébration a lieu tous les 20 mai, jour du référendum qui a connu la victoire du « Oui » pour la suppression du fédéralisme.

Seul la « République Fédérale du Cameroun » peut être considérée comme légitime pour la simple raison qu’elle a été impulsée à la suite du premier plébiscite de l’histoire du Cameroun qui a eu lieu les 11 et 12 février 1961. Ces jours-là, une partie de la population Anglophone du Norderns Cameroon décide de se rallier au Nigéria, contrairement au Southerns Cameroon qui opte pour un ralliement avec la République du Cameroun indépendante depuis le 1er janvier 1960 et dirigée par Amadou Ahidjo. Donc, la conférence de Foumban de juillet 1961 qui a vu la naissance d’un Etat fédéral n’était pas un fait de hasard. C’était le fruit d’un consensus à la suite d’un référendum dont la victoire du « Oui » pour la réunification avec la « République du Cameroun » témoigne de la volonté des Anglophones de se rallier avec les Francophones. Donc, ce retour au fédéralisme sous le modèle de la constitution de 1961 avec deux Etats fédérés sous la base linguistique (un Etat pour las Anglophones et un autre Etat pour les Francophones) ne semble pas être du goût des détracteurs du fédéralisme que sont les Francophones. Ceux-ci estiment que Ahidjo et Foncha qui conduisaient les délégations respectives des Francophones et des Anglophones n’étaient pas crédibles. Avec ces deux griefs de la langues et de la crédibilité des leaders, les conclusions de la conférence de Foumban qui a abouti à la constitution de 1961 étaient non fondées parce que conçues sur des bases biaisées. Il a fallu attendre 1990 pour voir émerger un parti politique qui met la question du fédéralisme sur la table.

Parce que, des revendications corporatistes, on est passé aux revendications politiques sous l’impulsion du SDF considéré à tort ou à raison comme le seul leader de l’opposition

Le Cameroun, et plus précisément les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, regroupant une population parlant anglais, connait de vives perturbations. Tout a commencé le 11 octobre 2016 à Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest, où les avocats on décidé de descendre dans la rue. Les avocats d’origine de ces deux régions revendiquent, entre autre, la version anglaise des textes suivants : les Actes uniformes de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA), du Code CIMA (Conférence Internationale des Marchés d’Assurance) et de la réglementation de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). Les enseignants, à leur tour, ont commencé la grève le 11 novembre à la suite des préavis . Leurs revendications corporatistes portent sur, entre autre : l’uniformisation de la loi sur l’orientation scolaire de 1998, l’application des décisions consensuelles adoptées en 2012, la convocation d’un forum national de l’éducation prévu par le cahier de charge arrêté d’accord partie en 2014, etc.

Ces revendications, qui datent de bien longtemps, témoignent de ce que la grève qui est déclenchée jusque-là, est l’aboutissement d’un statu-quo des autorités compétentes pour répondre à la résolution des problèmes du secteur concerné. En fin de compte, ces revendications, qui sont pour la plupart spécifiques aux deux régions d’expression anglophone, entraînent aujourd’hui non seulement la colères des avocats et des enseignants, mais surtout celle de toute une population qui a fini par penser qu’elle est considéré comme des parias de la bourgeoisie régnante de Yaoundé. C’est donc la résultante d’un malaise que cette catégorie de population dite Anglophone appelle « marginalisation ». Ce passage des revendications corporatistes aux revendications politiques ressemble, pour ainsi dire, à un coup monté, selon les autorités. Il n’en demeure pas moins vrai que le politique s’est saisi de l’affaire pour en faire un caillou dans la chaussure du pouvoir avec à la clé une immixtion du Social Democratic Front (SDF). C’est le 28 novembre 2016 que le SDF, principal parti de l’opposition avec son siège à Bamenda est entré dans la danse. Le discours de son président John Fru Ndi devant une foule de militants et sympathisants marque le début d’un long processus de négociation avec comme point d’achoppement le fédéralisme qui est formulé dans le programme politique du SDF. Ce glissement facile vers le politique donne la sueur froide surtout aux autres partis politiques dirigés par les Francophones. Ceux-ci ne voient pas d’un bon œil la nouvelle percée du SDF, parti politique d’origine Anglophone, spécialisé, avant, dans le radicalisme et que les détracteurs taxent aujourd’hui son président d’ami intime de Paul Biya.

Parce que les autorités, en majorité Francophones, sont moulées au système jacobin et réfractaires à la décentralisation, gage de l’autonomie des communautés

La crise socio-politique dans ces deux régions qui connaissent depuis le 11 octobre une instabilité, s’apparente, malheureusement aujourd’hui, à une guerre froide entre les deux communautés linguistiques, Francophones et Anglophones. C’est un conflit dont les enjeux, basés sur la forme de l’Etat Camerounais, sont, pour ainsi dire, une suite logique de l’éducation héritée de la colonisation. Ainsi, le Cameroun oriental (Francophone) sous la tutelle de la France, a été calqué et moulé sur le système éducatif français comme l’est le Cameroun occidental (Anglophone) sous le système éducatif anglais. D’où la tendance des Camerounais Francophones au système jacobin. Tandis que que les Camerounais Anglophone ne s’accommodent pas d’un système de centralisation du pouvoir politique à outrance contraire à une autonomie des communautés distinctes. D’où leur aversion au jacobinisme. C’est tout le contraire du fédéralisme connu dans presque tous les pays d’expression anglaise dans le monde ont où la garantie d’une autonomie de gestions des ressources locales est considérée comme une tradition.

La centralisation du pouvoir appelée pompeusement « Etat unitaire » adopté en 1972 comme si l’union faisait problème au Cameroun, a commencé à faire des émules à partir de 1990, années marquées par des mouvements populaires de revendication pour plus de liberté. Les « villes mortes » qui ont suivi mettent le pouvoir de Yaoundé en position de faiblesse face à la poussée du vent de l’Est. Après avoir refusé une « conférence nationale souveraine » exigée par les partis politiques de l’opposition, Paul Biya cède enfin à l’organisation d’une « conférence tripartite » réunissant à la fois le parti au pourvoir (RDPC), les partis d’opposition et la société civile. Ainsi, du 30 octobre au 15 novembre 1991 au palais des congrès de Yaoundé, une résolution avait été prise visant à amender la constitution qui a été adoptée en 1996. celle-ci, en vigueur actuellement, prévoit, heureusement, la mise en place de la décentralisation. Malheureusement, pourtant, après l’adoption de cette constitution le 18 janvier 1996, 21 ans après, cette décentralisation n’est pas encore effective.

L’argument avancé par les autorités pour justifier le retard du processus de décentralisation est qu’il est très long. Que faut-il de spécial pour mettre en place une décentralisation qui date de 1996? 21 c’est un peu trop long et suffisant pour démontrer la mauvaise foi du pouvoir. Celle-ci découle du fait que les pontes du pouvoir, en majorité Francophones, ont peur de se départir d’une partie de leur pouvoir administratifs et financiers au profit des communautés locales de gestion. Ce qui a pour conséquence une décongestion des pouvoirs à Yaoundé vers les régions. Ce qui va permettre la suppression de la corruptions et des enchères, socles du pouvoir dictatorial.

Cet argument est loin d’arranger les partis politiques Francophones qui ont opté pour la décentralisation. Ils continuent de croire à une manœuvre pour contourner cette disposition constitutionnelle. Pour les Francophones, c’est le non respect des deux clauses principales de la tripartite, à savoir la limitation du mandat à deux ans dont le verrou a été levé en 2008 d’une part et d’autre part et de la décentralisation qui a entraîné les mouvements populaires qu’a connu le Cameroun : celui de février 2008 qualifié d’émeute de la faim et celui que connaissent les régions Anglophones aujourd’hui.

Parce que le fédéralisme représente la dictature de la minorité Anglophone sur la majorité Francophone

Le fédéralisme est aujourd’hui présenté comme la solution idoine à la crise socio-politique qui perdure déjà depuis plusieurs semaines dans ces deux régions Anglophones. Mais, la question sur la méthode de son institutionnalisation pose problème. Tandis que les uns évoquent la convocation de l’assemblée nationale, d’autres estiment que le référendum feraient l’affaire. L’option de la convocation des députés de la nation est déjà considérée comme une filouterie dans la mesure où le parti politique au pouvoir occupe la majorité des sièges. Reste donc l’option du référendum. A ce niveau encore, la question posée est le choix des électeurs sur un référendum sur la forme de l’Etat.

Qui seront appelés à voter? Les Anglophones ou les Francophones? Les Anglophones estiment qu’ils doivent être les seuls à être convoqués au référendum sur l’adoption ou non du fédéralisme. C’est une décision importante dans la mesure où ce sont eux, territoire sous mandat des Anglais (Nordherns Cameroon et Southerns Cameroon), qui étaient appelés les 11 et 12 février 1961 au référendum organisé par l’ONU pour le « Oui » ou le « Non » au ralliement avec le Cameroun d’une part et le Nigéria d’autre part. Le Nordherns Cameroon choisit le ralliement à la « République Fédérale du Nigéria », tandis que le Southerns Cameroon choisit le ralliement à la « République du Cameroun ». Ce qui a conduit Ahidjo et Foncha à la conférence de Foumban où le fédéralisme a été adopté pour préserver l’autonomie dont les Anglophones du Southerns Cameroon disposaient déjà grâce à l’administration coloniale britannique. Logiquement, le référendum décidé par Ahidjo en 1972 ne devrait concerné que les Anglophones pour savoir si « Oui » ou « Non » ils accepteraient de vivre dans un Etat unitaire avec les Francophones. Mais, ça n’a pas été le cas. En associant les Francophones majoritaires à presque 75%, on a contribué à biaiser le vote tout en sachant que ceux-ci allaient voter en majorité pour le « Oui » à la suppression du fédéralisme.

Aujourd’hui, le même débat se pose et on en est déjà à spéculer sur un probable référendum sur le retour du fédéralisme au cas où les revendications des Anglophones aboutiraient à cette révolution constitutionnelle. Les Francophones n’entendent pas être à l’écart parce que c’est une question qui concerne la forme de l’Etat qui les abrite aussi. S’il arrive que le référendum inclut aussi les électeurs Francophones, peut-on prévoir la mort du fédéralisme parce que la majorité Francophone a peur de ce système? Je doute fort. En plus l’échec du fédéralisme dans un référendum ne résoudra pas pour autant le problème Anglophone. Donc, à défaut d’organiser un référendum réservé uniquement aux Anglophones, une conférence dite nationale serait indiquée.

Envisageons même le cas où ce référendum concernerait tous les Camerounais. La culture politique des jeunes d’aujourd’hui n’est plus la même que celle de 1972. Le développement des moyens de communication permettant à la masse d’avoir accès à l’information est un atout favorable à l’émancipation de la jeunesse Francophones capables de dépasser ces clivages de la diabolisation. Une campagne s’imposera pour sensibiliser les plus sceptiques afin de les amener à comprendre les fondements d’un système fédéral. D’ailleurs, rien ne prouve aujourd’hui que les Francophones voteront contre le fédéralisme compte tenu du fait de la montée, à une certaine époque, des mémorandums qui sont une autre forme de revendications des communautés locales des régions Francophones du septentrion victimes aussi de la marginalisation. Il serait difficile de convaincre ces communautés que les opportunités qu’offre le fédéralisme ne serait pas un début de solution à leurs problèmes. Le plus grand souci, c’est la persistance de cette campagne de diabolisation du fédéralisme entretenue par les pontes du RDPC, parti au pouvoir, et certains partis politiques Francophones qui ont fait le choix de la décentralisation à la place du fédéralisme. Le débat restera pollué aussi longtemps que les Anglophones eux-mêmes continueront d’entretenir le flou sur un fédéralisme à deux Etats calqué sur le modèle de 1961 alors qu’il est temps de passer à un fédéralisme plus moderne.

Tchakounte Kemayou


Bien mal acquis : procès politique ?

Le procès d’accusation de bien mal acquis contre Teodoro Nguema Obiang Mangue dit Teodorín s’est ouvert à Paris le 02 janvier 2016 au moment où justement la question bonne gouvernance fait défaut en Afrique. La lutte contre la corruption étant devenu la plaie inguérissable des systèmes de dictature des pays de l’Afrique centrale, il devient urgent d’y mettre un point d’honneur. Mais, toujours est-il existe un grand fossé entre l’éthique et le droit. Ce procès ouvert contre un cacique du régime de l’Equato-Guinéen Obiang qui est engagé contre le vice-président qui n’est autre que le fils du président a l’avantage d’avoir un double enjeu : éthique et juridique. Mais, beaucoup d’observateurs, à l’instar du juriste Camerounais Charly Noah, considère que ce procès contre le bien mal acquis n’a rien de juridique. A défaut, peut-on conclure qu’on a affaire à un procès politique? Après une démonstration minutieuse du juriste que je partage ci-dessous, la réponse à cette question est évidemment positive.

Teodoro Obiang, poursuivit en France pour "Bien mal acquis"
Teodoro Nguema Obiang Mangue Inauguration de l’aéroport de pointe à Annobon, en Guinée équatoriale le 11 octobre 2010. Poursuivit en France pour « Bien mal acquis ». Crédit Photo : Flickr

Pr Kamto le défenseur des causes désespérées ?

Le procès visant personnellement Téodorin Obiang, vice-président de la République de la Guinée équatoriale, relativement aux supposés bien mal acquis, s’est ouvert ce 2 janvier 2017 au Tribunal correctionnel de Paris et, la question que tout juriste sérieux peut se poser est de savoir, comment un vice-président, en exercice, d’un état souverain, peut-il être jugé par une juridiction de droit commun d’un état tiers.

Les juridictions françaises se déclarent compétentes pour juger des actes entrepris sur le sol français par un agent d’un état souverain, voilà qui est une violation grave non seulement des dispositions internes, notamment des articles 80-1,174, 206 et 593 du code de procédure pénale français et surtout, plus grave encore, brime de façon grave et irréparable les dispositions conventionnelles relatives à l’immunité et à l’inviolabilité du chef et des hauts représentants d’un Etat étranger. Que dès lors, je dis que ceux qui pensent que cette affaire est plus politique (cathodique ?) ne sont pas forcément dans l’abus du langage, au regard de la genèse de cette affaire.

Bien mal acquis ou procès politique?*

Il faut rappeler que :

2007, alors Pr Kamto était encore membre du gouvernement camerounais, l’association de droit français CCFD-Terre Solidaire produit un document dans lequel certains dirigeants des pays de la zone franc CFA sont soupçonnés de détourner les avoirs de leurs pays respectifs pour les cacher en France. Le pays du Président Paul Biya et de Pr Kamto, alors vice-ministre en charge de la justice, n’est pas cité dans ledit document et est même présenté comme le seul pays d’Afrique qui se prive de financer l’économie française par des mécanismes frauduleux (je cite).

À la suite de ces pseudos révélations, une association congolaise, la Fédération des Congolais de la diaspora, entreprend de former une action en justice par devant les tribunaux français à l’effet de prononcer que les biens querellés ont été acquis de manières frauduleuses, que partant, l’état congolais doit être condamné. Cette association congolaise, à l’appui de sa plainte, lie la compétence territoriale des tribunaux français en la matière querellée en raison notamment du fait que lesdits biens, donc, sont sur sol français. Mais Cette plainte sera classée et déclarée « sans objet » par le procureur qui oppose son refus d’informer.

2008, quelque chose d’incroyable va se produire sur le plan de la procédure pénal. En effet, Transparency International qui est connu pour être financé par un certain Georges Soros, lui-même connu pour être spécialiste dans la déstabilisation, va former une plainte par devant les juridictions françaises et dit qu’elle est civilement victime des détournements de biens querellés. Que dès l’instant où elle estime subir un préjudice grave et irréparable dans le fait qu’un dignitaire équato-guinéen s’achète un costume à Paris, elle a qualité pour saisir les juridictions françaises à l’effet de dire que Transparency International est victime d’abus.

2010, du jamais vu se produit. La chambre criminel de la Cour de Cassation française casse et annule la décision la chambre de l’instruction et prend un arrêt de principe fondé sur une petite phrase : « que si la coutume internationale, en l’absence de dispositions internationales contraires, s’oppose à la poursuite des Etats devant les juridictions pénales d’un Etat étranger, et que cette coutume s’étend aux organes et entités que constituent l’émanation de cet Etat, ainsi qu’à leurs agents en raison d’actes qui relèvent de la souveraineté de l’Etat concerné, ce principe trouve ses limites dans l’exercice de fonctions étatiques » et dit que Transparency International a qualité pour demander à ce qu’un vice-président africain soit/doit être jugé par les juridictions françaises aux fins de répondre des actes qu’il a entrepris dans sa qualité d’agent d’un état souverain.

En clair, cet arrêt de la Cour de Cassation qui crée alors nouvelle forme de compétence, vu de plus près, ne déploie ses effets que faute par la CIJ (cour internationale de justice) de clarifier, au cas concret, le préambule de la Convention de Vienne du 18 avril 1961 et son article, en son article 3.

Décembre 2016, à la suite de la saisine de la CIJ (Cour internationale de justice) par Me Kamto, mandaté par la République de la Guinée Equatoriale, ordonne, dans une décision avant dire droit, à la France de mettre fin à toute poursuite par ses tribunaux de l’objet querellé…

La démarche de la Guinée, bien conseillée qu’elle est par Me Kamto, l’un des experts en la matière, rend le dossier de la cause très complexe et pose, au demeurant, la question sur l’ooportunité d’informer sur des actes d’un agent d’un état. Que, si sur le plan du droit commun et des usages français en cette matière l’actuel vice-président doit faire l’objet des poursuites, la République de Guinée équatoriale contrattaque sur le plan du droit international et déploie des arguments qui ont un sens, relativement aux immunités garanties par les conventions internationales auxquelles l’état français est parti.

Que vous sous l’angle ce qui précède, le procès qui a débuté ce jour par devant une juridiction française est illégal sur le plan de la norme internationale et viole de ce fait la décision pertinente du 7 décembre 2016.

Charly Noah

*Ce sous titre est de moi (ndlr)


Cemac : le sommet des marionnettes

Quel bal de faux courageux qui manifestement se détestent bien cordialement en Afrique Centrale (Cemac) mais s’entendent seulement chaque fois quand il faut faire dur aux pauvres populations comme leur décision commune (du 23 décembre 2016, ndlr) à l’issue de ce sommet extraordinaire que leur ont imposé leurs tuteurs occidentaux, (FMI et surtout France), faute pour eux-mêmes d’avoir été conséquents en prenant des initiatives individuelles ou collectives que requerrait leur prétendue appartenance à une même communauté économique et monétaire. Quelques éléments dans l’actualité internationale et régionale des six derniers mois étaient prémonitoires de cette fuite en avant qui vient d’être stoppée de l’extérieur malgré les apparences.

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Le banquet au palais de l’Unité à Yaoundé au sommet extraordinaire de la Cemac

Une cadidature de la Cemac, représentée par la Guinée Equatoriale sommet de l’UA

Acte 1 :

Juillet 2016. Kigali, capitale du Rwanda. Il se tient le 27ème sommet de l’Union Africaine. Qui doit élire le nouvel Exécutif (Commission) de l’Union africaine. Dont un ou une présidente pour succéder à la sud-africain Nkosazana Dlamina Zuma, qui a depuis 6 mois annoncé sa décision de ne pas briguer de second mandat. Il y a 3 candidats. Dont le ministre Equato-guineen des affaires étrangères. Il est officiellement le candidat de la zone CEEAC composée des 9 Etats dont tous les 6 de la fameuse Cemac. Malgré la campagne que son pays mène, avant et pendant le sommet, il n’arrive pas à franchir le 3e tour laissant la ministre botswanaise seule en liste jusqu’au 7e tour. L’élection sera reportée faute pour cette dernière, même restée seule, de rassembler la majorité qualifiée statutaire. Soit 36 voix sur les 53 possible. Le Burundi, toujours de l’Afrique Centrale, ayant boycotté l’Assemblée des Chefs d’États en raison de ses divergences avec le Rwanda, pays hôte. Le mauvais score du candidat Equato-guinéen fait siffler les oreilles du président Obiang Nguema qui croyait avoir l’affaire dans la poche avant l’ouverture dudit sommet. Selon des indiscrétions, le candidat de la Guinée équatoriale n’aurait même pas obtenu les voix de tous les pays de l’Afrique Centrale.

Deux candidatures de la Cemac au prochain sommet de l’UA en janvier 2017

Acte 2 :

Comme pour accréditer la thèse de la défiance/méfiance au sein du groupe de l’Afrique Centrale, c’est le Tchad, dont le président assure pourtant la présidence annuelle tournante de l’UA jusqu’en janvier 2017, qui lance son candidat lors de la réouverture en septembre 2016 du processus électoral pour la présidence de la commission de l’UA. Sans au préalable avoir obtenu le retrait du candidat Equato-guinéen ! Voilà l’Afrique Centrale qui ira en morceaux à cette compétition prévue en janvier 2017 lors du 28e sommet de l’UA. Avec deux candidats concurrents, elle affrontera, divisée, chaque candidat de l’Afrique de l’Ouest (Sénégalais), une autre de l’Afrique de l’Est (Kényane) et naturellement l’Afrique Australe (la ministre botswanaise qui était arrivée en tête en juillet dernier! Ainsi est enclenchée la machine à perdre.

De sorte que lorsque M. Deby vient à Yaoundé au lendemain de la catastrophe ferroviaire d’Eseka en fin octobre 2016, où il déclare, entre autres, être là pour obtenir le soutien du Cameroun, pour son candidat, ceux qui analysent les non dits diplomatiques comprennent que la véritable raison de ce déplacement est ailleurs.

La Cemac spuffre d’une absence de leadership politique visionnaire

Acte 3 :

Le Sommet de la francophonie se tient à Madagascar en fin novembre 2016. Paul Biya qui a pourtant signé et mis en oeuvre les APE, contre l’avis unanime des autres pays de la Cemac + la Rd Congo, ne s’y rend pas. Sur son chemin retour, Macky Sall, le chef de l’État Sénégalais qui y a certainement rencontré le chef de l’État Français et d’autres chefs d’État de la Cemac, toujours très étonnés de la pusillanimité de leur homologue Camerounais, fait une escale de moins de 24 heures à Yaoundé. Officiellement pour faire campagne auprès du Cameroun en faveur de son candidat, Abdoulaye Bathily, à la présidence de la commission de l’UA. N’y croient que les analystes des apparences. Car, le ministre des relations extérieures du Cameroun ayant été à Antannanarivo, l’on voit mal comment pour si peu, le chef de l’Etat Sénégalais, plutôt que d’envoyer un émissaire, comme d’ailleurs il le ferait pour la trentaine d’autres pays africains non CEDEAO, effectue ce déplacement nocturne du palais d e l’Unité d’Étoudi à Yaoundé.

Quels lien entre la visite de Sall à Yaoundé et à Paris?

Sauf qu’au sortir de Yaoundé, il se rend à Paris où il rencontre les principales autorités décisionnelles françaises. Comme un compte rendu de mission, il réaffirme la solidité du mécanisme de la zone Franc qui rassemble, sous la tutelle monétaire française, 14 pays de l’ancienne Afrique française et les Comores. Au même moment, est annoncé un sommet extraordinaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (Cemac), ce ventre mou de la zone Franc dont les pays sont dans une situation économique, financière et budgétaire désastreuse. Des rumeurs les plus folles sur une nouvelle dévaluation du FCFA circulent dans les milieux propagandistes. Tandis que d’autres groupes radotent sur l’incertitude même de l’avenir du FCFA à la suite d’une vieille déclaration sans lendemain du président Tchadien Idriss Deby présenté comme le Chérif de la Françafrique en Afrique subsaharienne.

Un sommet extraordinaire de la Cemac qui fait couler beaucoup d’ancre et de salive

Acte 4 :

Il est convoqué et tenu à Yaoundé le 23 décembre 2016, un sommet extraordinaire de la Cemac, avec la présence notable de la directrice générale du FMI ainsi que du ministre français de l’économie et des finances. Chacun des deux, rapportent nos sources, fait une déclaration pendant le huis clos des Chef d’États. Rien ne filtre du contenu exact, notamment en terme de prescription ou de recommandation. Mais, de mémoire, on n’oublie pas que la directrice générale du FMI qui avait séjourné au Cameroun au premier semestre 2016, avait fermement mis en garde les autorités sur les déséquilibres budgétaires liés au recours massif à un endettement public non rentable. Elle avait en effet prévenu qu’avec à situation financière particulière du Cameroun, principale économie de la zone Cemac, et celle des autres pays, tous frappés par la chute des cours du pétrole, principal produit d’exportation et donc producteur de devises, la dette du Cameroun deviendrait rapidement insoutenable. La propagande officielle a martelé jusqu’à très récemment que, représentant moins de 35% du PIB, elle était dans les clous des Critères de convergence de la fameuse zone Cemac qui l’établirait à …75% du PIB. Sauf que les observateurs notaient qu’il s’agissait d’un mauvais endettement. Car fait pour mener des projets de prestige ayant peu d’impact sur l’économie réelle. La réalité actée le 23 décembre par cette sorte de reddition complète est terrible. Retour au FMI et Bonjour l’austérité budgétaire.

Qui assumera cette fois-ci ? Toujours personne ?

Alex Gustave Azebaze


Problème anglophone : le fédéralisme comme sortie de crise

Le fédéralisme est au centre des débats depuis le déclenchement de la crise liée à ce qu’il est maintenant convenu d’appeler « problème anglophone ». Dans mes précédents billets, il m’a été donné de montrer que les accords de Foumban est le point de mire de toutes les galères que subissent cette partie de la population Camerounaise qui avait accepté, au nom des intérêts qui leur sont propres, d’abandonner leur « Southerns Cameroons » pas encore indépendant pour s’aoccier à la « République du Cameroun » déjà indépendant depuis le 1er janvier 1960. Cette « union » scelée en 1061 a fait naître la république fédérale avec deux Etats : le Cameroun Oriental (Francophone) et le Cameroun Occidental (Anglophone) qui a été aboli pour revenir à l’ancienne « Républque du Cameroun ». D’où la question : fau-il revenir au fédéralisme ?

Les manifestations des anglophones à Bamenda, à Buéa et plus récemment à Kumba témoignent à suffire qu’une malaise existe au Cameroun concernant la forme de l’Etat actuel qui n’est pas du goût de cette partie de la population dite « anglophone ». Celle-ci estime que l’accord de Foumban qui instituait le fédéralisme a été violé. Cette violation a laissé éclore un présidentialisme où règne une personnalisation du pouvoir accompagnée d’un centralisme et d’une concentration à outrance qui caractérisent les tyrannies. C’est donc la mauvaise gouvernance qui est l’origine des mouvements de révoltes donc la particularité est que ceux-ci se déroulent seulement dans les régions « anglophones ». Cette mal-gouvernance a donc exacerbé les vieux démons tant redoutés par le tyran : le fédéralisme. A la question de savoir si la mort de la dictature passe par le retour au fédéralisme, la réponse est « Oui » selon Célestin Bedziguile vice président de l’un des partis appartenant à la majorité présidentielle : UNDP. Voici en substance ses arguments qui fondent le retour à l’Etat fédéral dans un texte qu’il a intitulé « Pourquoi je supporte le fédéralisme ».

POURQUOI JE SUPPORTE LE FÉDÉRALISME 

Il est des lieux où l’Histoire s’emmêle les pédales et toussote… Bamenda l’est assurément. Ville de la naissance du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), elle pourrait entrer dans l’histoire comme la ville d’où est partie la vague qui pourrait mettre fin au régime ou ce parti a exercé sa domination sans partage sur le pays. Ce sera le cas si l’arrogance et le déni de la demande politique des épigones de ce parti persistent dans l’ erreur de penser qu’ils ont le privilège de la lucidité patriotique et pire la licence de tuer dans la rue des jeunes camerounais.

La terreur comme instrument de gouvernance

Dans tous les pays du monde, les manifestations publiques se contrôlent avec des moyens appropriés : grenades lacrymogènes ou assourdissantes, canons a eau, matraques électriques, balles en caoutchouc. Utiliser comme cela s’est vu a Bamenda des fusils de guerre et tirer a balles réelles contre des manifestants aux mains nues est un crime contre l’humanité prémédité et délibéré pour lequel ceux qui en sont les donneurs d’ordre et les perpétrateurs doivent être poursuivis devant les instances internationales appropriées.

Si nous reprouvons sans réserve et avec autant de vigueur les casses, les violences et voies de fait exercés sur « les Francophones » et les militants du RDPC à Bamenda, il convient de pointer du doigt la véritable politique de « terreur d’Etat » mise en œuvre par le gouvernement pour soutenir un régime dont nous dénonçons la dérive totalitaire depuis plus d’une vingtaine d’années. Fait plus grave, il s’agit d’une récidive car, a l’aube de la démocratie, une manifestation similaire avait coûté au peuple six morts, « piétinés par balles » selon le formule du « Ministre de la propagande » de l’époque.

C’est peut être le lieu de rappeler que nous avons en 2010, saisi les Nations Unies pour une Commission Internationale d’Enquête sur les responsabilités des massacres de 2008. La matière relevant d’une présomption de crimes contre l’humanité qui sont non- prescriptibles, ce dossier reste pendant devant les instances onusiennes. Les événements du 8 Décembre à Bamenda pourraient enrichir ce dossier comme une preuve supplémentaire d’un penchant de ce régime pour les crimes contre l’humanité…

Les raisons du « struggle »

Pourtant ces incidents pouvaient être évités si ce régime se donnait un tant soit peu la peine de percer la vraie raison des manifestations dans l’ex Southern Cameroon . Les populations de cette partie du Cameroun en ont marre du régime jacobin hyper centralisé qui leur a été imposé par une manœuvre politique dolosive et léonine couverte par le « référendum de 1972 » en violation de l’Accord de Foumban entre MM. Foncha et Ahidjo en 1961 instaurant le fédéralisme. D’ailleurs, en écoutant les Camerounais, on se rend compte de ce qu’une majorité d’entre eux et de toutes les régions étouffent et rejettent ce centralisme de la gouvernance dont les limites et l’échec sont flagrants au quotidien.

La demande du retour au fédéralisme qui était le mantra des Accords de Foumban de 1961 et qui sous-tend aujourd’hui le « struggle » de nos compatriotes de l’ancien Southern Cameroon, est fondée en droit et légitime d’un point de vue politique. Une certaine opinion veut pourtant faire croire que cette crise est un antagonisme « anglophones versus francophones ». Rien plus simple pour ne pas dire plus faux.

Le problème est en réalité le refus du régime jacobin de Yaoundé d’ accepter la coexistence de deux ou plusieurs systèmes de gouvernance adossés sur des Etats fédérés dont les contours seraient déterminés par l’homogénéité culturelle, historique ou géographique. En rapprochant la décision de la gestion de l’espace publique du citoyen, cette organisation institutionnelle fédéralisée porterait une marque de modernité et d’efficacité incontestable. Elle a été pratiqué pendant les années au Cameroun du temps de l’ Etat fédéral, de 1961 a 1972, elles existent en toute satisfaction au Nigeria, au Canada, en Allemagne, aux USA, en Suisse, sans la moindre incidence fragilisante sur l’unité nationale comme en brandissent l’épouvantail les conservateurs camerounais.

De fait, il s’agit là du nouveau clivage de la société camerounaise qui sépare désormais les modernes, ceux là qui aspirent a un Etat fédéral efficace, et les conservateurs, adeptes d’un Gouvernement jacobin centralisé qui privilégie la satisfaction de la « libido dominandi » – la soif de pouvoir absolu- de son Chef.

J’ai été en Avril 1999 dans le dernier carré de personnes admises autour de la tombe au moment où John Ngu Foncha était conduit en terre, derrière la nef d’une Eglise catholique à Bamenda, en ma qualité de Vice-président de l’UNDP. J’accompagnais à ces obsèques le Président du Parti Maigari Bello Bouba. Autour de la tombe, il y avait là S.T. Muna, son ancien partenaire au KNDP que soutenait par le bras sa fille Tutu Muna.

Il planait une atmosphère de profonde tristesse au moment de cet ultime hommage, comme une préfiguration du « struggle » que nos compatriotes de l’ex Southern Cameroon vivent aujourd’hui dans leur combat pour rétablir ce que fut la volonté de Foncha lorsqu’ il signa en 1961 la Convention de Foumban établissant un Etat Fédéral comme mode d’association des deux entités territoriales dans une volonté de reconstituer de manière incomplète d’ailleurs, le Kamerun créé en 1884 à Berlin lors du « Scramble of Africa » par les Européens.

La revendication actuelle porte en réalité sur le rétablissement de l’esprit et de la lettre de Foumban par la reconnaissance de deux Etats Fédérés ou coexistent deux systèmes de gouvernance. Cet esprit a été sciemment violé par la marche forcée vers l’instauration d’un Etat Unitaire en lieu et place de l’Etat Fédéral. La bien- fondé de la revendication d’un retour au fédéralisme par nos compatriotes de l’ex Southern Cameroon se doit donc d’être examiné d’un point de vue juridique et d’un point de vue politique pour juger de sa pertinence et de sa légitimité.

Sur le plan juridique, la Convention de Foumban de 1961 entre MM. Foncha et Ahidjo avait été obtenue par un accord entre les deux parties qui est réputée en droit être la loi des partis. L’évolution autant de son esprit que de sa lettre, aurait strictement dû respecter le principe de droit du parallélisme des formes. Tel n’a pas été le cas. Plutôt, le recours au « référendum de 1972 » qui exploitait le déséquilibre démographique entre les populations du Cameroun Oriental qu’on savait naturellement être portées à voter « OUI » et celle du Cameroun Occidental dont certaines composantes auraient pu voter ‘’ NON’’ a violé ce principe.

Sur le plan politique, l’Accord de Foumban, en tant que Pacte Républicain, était inviolable. Les manœuvres politiciennes ayant abouti à l’affaiblissement de Foncha ne saurait avoir altérer cette exigence principielle du respect de l’intangibilité de ce Pacte Républicain.

Sous ce double éclairage, la revendication d’un retour au fédéralisme formulée par nos compatriotes de l’ex Southern Cameroon dont l’essence est masquée par des revendications corporatiste est fondée en droit et en saine politique. La classe politique devrait la soutenir sans réserve.

Profitant de la dynamique créée par un tel mouvement, la classe politique devrait soutenir l’extension du fédéralisme à l’ensemble du pays a qui serait ainsi offert une opportunité de démanteler le régime jacobin ultra centralisé actuel qui est le véritable frein à la modernisation et à la démocratisation du Cameroun.

La fédéralisation du Cameroun : une opportunité d’amélioration de la gouvernance

Par l’hégémonie culturelle qu’il cultive, le régime actuel et ses laudateurs font croire à un rapport négatif ou inverse entre le fédéralisme et l’unité nationale. Il s’agit d’une construction idéologique qui est démentie par l’analyse. En vérité, la fédéralisation permettra d’établir un équilibre entre la démocratisation de la gestion de l’Etat et le respect des traditions de chaque région.

Le processus de l’établissement extensif du fédéralisme au Cameroun commencera au préalable a une répartition des domaines de compétence l’Etat Fédéral au dessus d’Etats fédérés qui seraient à titre strict d’exemple, un Sawaland state, un Rainforestland state, un Saheland state, un Grassfieldlang state, et deux District Autonomes à Yaoundé et à Douala.

Au niveau des Etats fédérés, la représentation des populations sera assurée par une un système bicaméral avec l’Assemblée de l’Etat seront élus au suffrage universel direct, et une Chambre de chefs traditionnelles gardienne des traditions et coutumes de l’Etat. Les Gouverneurs des Etats seront élus par les deux Chambres élus réunis en congrès qui pourront le « impeach » en cas de faute grave. Les gestionnaires des organes de gestion des services publics dans l’Etat seront soumis à la confirmation devant l’Assemblée de l’Etat.

L’éligibilité et le droit de vote de tous les citoyens seront attachés au seul critère de la résidence principale. Quant à la gestion des collectivités locales, elle sera assurée strictement par les maires élus. Quant au pouvoir fédéral, il sera assuré par un Président et une quinzaine de Ministres ayant en charge outre les domaines de souveraineté que sont la monnaie, les relations extérieures, la défense nationale, mais aussi la gestion de la péréquation des revenus tirées des richesses nationales, le développement des infrastructures stratégiques, l’ établissement des normes d’éducation.

Fédéralisme : travailler à l’avènement de la Deuxième République pour sauver la paix

Reste le problème lancinant du cadre et des modalités de mise en œuvre de cette mutation. Tout le monde parle de négociations. En réalité, des trois modes de régulation politique que sont les élections, les négociations et la violence, le régime de Yaoundé a réussi l’exploit de rendre les deux premiers inopérant, en manipulant les élections et par le non respect des accords politiques, référence faite aux accords non respectés par le Gouvernement à savoir la Tripartite, la Plateforme UNDP, et en remontant l’Histoire, l’Accord de Foumban.

La troisième voie, celle d’un embrasement populaire pourrait donc de jour en jour attirer plus d’esprits. Elle ne peut être évité que par un leadership éclairé et transformationnel.

Nous allons pour notre part engager dans les prochains jours un « Mouvement pour la deuxième république », ouvert à toutes les intelligences et les énergies positives, sans distinction de partis politiques, pour proposer une stratégie de sortie de crise et travailler au réarmement civique qui devra éviter au Cameroun de sombrer dans l’enfer de la guerre civile qui certains voit déjà se profiler à l’horizon.

Que Dieu protège le Cameroun.

Célestin Bedzigui,

Vice-président de l’UNDP


Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun (suite et fin)

Le problème anglophone ne s’exprime que par des ressentiments. Avec tout ce que les délégués anglophones ont subi d’humiliations à Foumban, il ne saurait avoir la paix dans le coeur. A la suite de cette conférence, beaucoup d’actes politiques ont suivi comme des référendum et des décrets, mettant ainsi en cause des acquis, quoique médiocres, obtenus par Foncha et sa suite, à Foumban. Quels sont les éléments, en particulier, des symboles qui ont, jusqu’aujourd’hui, iritent les anglophones au point d’aller jusqu’aux idées extrèmistes de séparatisme ?

Problème anglophone : la renonciation au fédéralisme pour incompatibilité avec la centralisation

Selon Fernand Dehousse (1906-1976), professeur de droit international, la nature du régime dictatorial du président Ahidjo fondée sur la centralisation et la concentration du pouvoir politique d’une part et le fédéralisme décidé à Foumban d’autre part, bien que celui-ci soit biaisé, ne font pas bon ménage. Il fallait à tous les prix s’en débarrasser pour consolider le pouvoir politique. Le professeur de droit international définit d’ailleurs le fédéralisme de la manière suivante :

Il y a pour ainsi dire autant de fédéralismes que d’États qui vivent sous des régimes fédéraux. C’est un régime qui naît de l’histoire, approprié aux besoins de chaque peuple et qui, par conséquent, présente un grand nombre de variantes. Mais il y a toujours dans tous les systèmes de fédéralisme un fond commun. Ce fond consiste à enlever au pouvoir central un certain nombre d’attributions.

Cette conception du fédéralisme démontre à souhait les raisons de la suppression de l’Etat fédéral par Ahidjo. C’est ainsi qu’en 1972, le feu président Amadou Ahidjo décide, unilatéralement, de changer la forme de l’Etat en passant de la « République fédérale du Cameroun » à la « République unie du Cameroun« .

Problème anglophone : la renonciation au fédéralisme sur ordre de Paris

Selon l’écrivain Enoh Meyonmesse, c’est la France qui est derrière cette histoire de suppression du fédéralisme. Après la découverte d’une nappe de pétrole au Cameroun Occidental, la seule solution pour l’exploiter paisiblement, c’était d’abolir le fédéralisme. La France craignait justement les troubles dans cette zone qui n’est pas bien éloignée de celle de la guerre de sécession du Biafra. Sur ordre de Paris, Ahidjo organisa un référendum le 20 mai 1972 dont les deux options étaient « Oui » et « Yes » (bulletin blanc) et « No » et « Non » (bulletin gris foncé) pour l’abolition du fédéralisme. Aucun bulletin avec les mentions « No » et « Non » n’étaient visible dans certains bureaux de vote. C’est le « Yes » qui l’emporta finalement.

Ce coup de force constitue un hold-up électoral, un coup d’Etat, une source du problème anglophone. Paul Biya, le président actuel, au pouvoir depuis 1982, vient parachever l’oeuvre ubuesque de son prédécesseur en ôtant carrément le terme « Unie » en janvier 1984. D’où la « République du Cameroun » actuelle, synonyme de la situation du Cameroun d’avant le 1er octobre 1972, date de la réunification. Les anglophones considèrent cette appellation de « République du Cameroun », identique à celle du Cameroun oriental, comme absorption, voire comme une annexion du Cameroun Occidental (anglophone) par le Cameroun Oriental (francophone).

Problème anglophone : le banditisme politique des symboles

L’abandon du fédéralisme est considéré, par les anglophones, comme une trahison. Pourquoi ? Pour la simple raison qu’il est manifestement un banditisme politique que Enoh Meyonmesse a pris le soin de démontrer dans son ouvrage cité plus haut, sans oublier l’hypothèse de la concentration du pouvoir évoquée par Fernand Dehousse. Du coup, l’Etat central et centralisé de Yaoundé va adopter des politiques d’austérité qui vont mettre à l’écart les citoyens Camerounais d’origine anglophone. En d’autres termes, ils perdaient, petit à petit, les avantages, les faveurs et les privilèges qui leur étaient accordé au temps du fédéralisme. Ce sentiment de marginalisation les confortent dans la postures des faire-valoir qu’ils décrivent comme la conséquence de la violation des accords de Foumban.

En plus des référendums et des décrets sur la modification du statut de l’Etat Camerounais, il y a aussi des symboles comme le drapeau qui va changer au gré des convenance de Ahidjo et de Biya. A l’ouverture de la conférence de Foumban, il n’existait que le Cameroun occidental (francophone) qui avait son hymne national (la version actuelle) et son drapeau (le vert rouge, le rouge et le jaune en bande verticale de part égal) sans étoile. C’est l’hymne national des francophone qui sera alors exécuté. Seul, le délégué anglophone Bernad Fonlon, maîtrisait cette version. Cet hymne qui sera traduit plus tard en anglais a été maintenu et le même drapeau plus deux étailes dorés seront ajouté en vertical au dessus de la bande verte, seront adoptés à la fin de la conférence. A la fin du fédéralisme, un seule étoile doré sera maintenu, mais, cette fois-ci, il sera positionné au centre de la bande rouge.

Les deux actes posés par Ahidjo (la suppression de la « République Fédérale du Cameroun » pour la « République Unie du Cameroun » à travers un référendum bidon) et par Biya (la suppression de la « République Unie du Cameroun » pour la « République du Cameroun » par un décret) constituent les germes de la naissance, d’une part des idéologies du fédéralisme dans certains partis politique comme le SDF et et d’autre part des mouvements de sécession, notamment celui du SCNC.

Tchakounte Kemayou


Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun (suite)

Le point d’orgue du problème anglophone, c’est bel et bien la conférence de Foumban. Elle marque le tournant décisif d’un mariage que les anglophones appellent « mariage de dupe » pour la simple raison qu’ils estiment avoir été pris au piège par Ahidjo. Pour cela, tout doit être repris à zéro dans la garantie du respect de l’égalité des forces. Les anglophones estiment-ils avoir été en position de faiblesse ? Quels sont les éléments pour démontrer ce qu’on pourrait appeler le banditisme politique des francophones ?

Lycée de Foumban : lieu de naissance du problème anglophone au Cameroun
Le Cours complémentaire de Njinka (où les accords de Foumban ont été signés) est devenu le lycée de Foumban.

Problème anglophone : le fédéralisme comme un accord consensuel (?)

Le « Oui » ayant remporté la majorité à ce référendum sur l’acceptation (Oui) ou le refus (Non) pour un rattachement au Nigéria, tout était fin prêt pour un « mariage » avec le Cameroun occidental pour deux raisons : premièrement, le Southern Cameroons est géographiquement très petit pour former un Etat, deuxièmement le reéférendum du 11 février 1961 avait connu la victoire du « Oui » pour une réunification avec le Cameroun occidental. Il ne restait plus qu’à organiser une sorte de « conférence nationale » ou encore « table ronde » comme on l’appelait à l’époque, pour rassembler les deux pays. L’opinion sera donc surprise qu’à la place de cette table ronde, on organisa plutôt une conférence dite constitutionnelle (« conférence constitutionnelle ») à Foumban du 17 au 21 juillet 1961. Cette conférence est aujourd’hui considérée, par certains observateurs avertis comme celle qui a vu naître le problème anglophone. Que s’est-il donc passé à cette conférence ?

Elle réunissait, autour d’une même table, des délégués du Southern Cameroons conduits par leur Premier ministre John Ngu Foncha et les délégués du Cameroun francophone conduits par leur Président Amadou Ahidjo. Sur la table, le Président Ahidjo, à la surprise générale des délégués anglophones, déposa le projet de Constitution d’une république fédérale. Avec le concours des juristes Français, Ahidjo avait pris le soin de se rendre à Foumban avec une constitution déjà élaborée avec le concours de Paris. Les délégués anglophones qui s’attendaient sûrement à concevoir ensemble la forme de l’Etat avec une constitution rénovée, étaient pris au piège. D’autres sources indiquent d’ailleurs que Foncha était au courant de cette manœuvre. Ce que certains historiens anglophones nient. Comment Foncha et ses paires, qui n’avaient apporté aucun contre-projet, ont-ils géré cette situation ?

Les amendements apportés par les délégués anglophones

Les délégués anglophones décident néanmoins de consulter le projet de Constitution proposé par Ahidjo afin d’y apporter des amendements. Ceux-ci portaient notamment sur :

  • Le drapeau, l’hymne national et la devise du pays,
  • le transfert du siège du gouvernement fédéral à Douala,
  • Buea et Yaoundé capitales des deux Etats fédérés,
  • le bulletin secret et le droit de vote à 21 ans,
  • les attributions et les pouvoirs du président de la République,
  • le mandat présidentiel réduit à deux,
  • une assemblée fédérale constituée d’une assemblée nationale et d’un sénat,
  • la double nationalité,
  • le système scolaire et universitaire,
  • Le retour à l’orthographe Kamerun,
  • la suppression du mot « indivisible » de la Constitution…

La décision du Président Ahidjo aux amendements des délégués anglophones

A la suite de ces amendements présentés par les délégués anglophones, à sa prise de parole, le président Ahidjo clôture les travaux de Foumban le 21 juillet 1961 par une réponse à ces amendements comme suit :

  • le mot « indivisible » disparaîtra du projet,
  • une clause garantissant l’intégrité de la fédération et empêchant toute possibilité de sécession sera introduite,
  • faute de ressources financières importantes, il ne saurait être question de parlement bicaméral,
  • la « House of Chiefs » sera maintenue,
  • Yaoundé demeurera la capitale fédérale,
  • il n’y aura pas de double nationalité,
  • le Président et le Vice-Président seront élus au suffrage universel,
  • en attendant la mise sur pieds des nouvelles institutions, les fonctions de président et de vice-président seront assurées respectivement par le Président de la République du Cameroun et le Premier ministre du Southern Cameroons…

Bienvenue à la réunification, bienvenue au problème anglophone

Le fédéralisme est donc décidé et adopté (en consensus ?) lors d’une conférence à Foumban entre les leaders anglophones et francophones. Les accords consensuels signés à Foumban le 21 juillet 1961 étaient considérés comme un élément fondateur d’une gestion séparée et rigoureuse des deux Etats fédérés. Plusieurs historiens ne sont pas unanimes sur le caractère consensuel de la Constitution adoptée à Foumban. Pourquoi ? Premièrement, parce que, selon Pierre Messmer, Haut-commissaire de la République française au Cameroun, le président Ahidjo était en position de force. Celle-ci venait du fait que son projet de constitution avait été préparé plusieurs mois à l’avance avec l’aide des juristes français.

Les délégués anglophones, venus bras ballants, malgré leurs connaissances acquises après une participation à trois conférences constitutionnelles à Londres et à Lagos, n’avaient que trois jours pour étudier de fond en comble le projet qui leur était proposé par Ahidjo. Et deuxièmement, la population du Cameroun francophone était quatre fois plus grande que celle du Cameroun anglophone. Ahidjo était convaincu d’être le porte-parole de la majorité. Ce qui conférait d’avoir le droit d’être au-dessus de ses adversaires. Mais pour l’écrivain Enoh Meyomesse, dans son ouvrage intitulé La rencontre de la roublardise, de Foumban ou la conférence constitutionnelle de 1961, Ahidjo était en position de faiblesse parce qu’il était, en réalité, sous les ordres de Paris, car ce projet, selon les dires de Pierre Messmer lui-même, n’était pas de lui.

Ahidjo savait qu’il venait de faire un coup de force et que ses compatriotes du Cameroun Occidental (Southern Cameroons) n’étaient pas entièrement satisfaits de la manière dont les travaux se sont déroulés. Pour les apaiser, il n’avait jamais cesser de se plier aux moindres caprices de Foncha qui se plaignait de la marginalisation des anglophones dans le recrutement à la fonction publique. Les anglophones se sentaient donc à l’aise dans le fédéralisme qui les consacrait des sortes de prébendes au détriment de leurs compatriotes francophones.

A SUIVRE : Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun (suite)

Tchakounte Kemayou


Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun

Le problème anglophone a ceci de particulier et d’objectif qu’il n’est pas ethnique. Il a l’avantage de dépasser les clivages du tribalisme, fléau en pleine expansion. Ce dépassement de clivage lui donne un enjeu universel par sa spécificité de rassembler tous les particularismes culturels et anthropologiques. Sur cet aspect précis, tout le monde semble unanime. Son inconvénient, par contre, qui suscite encore beaucoup de débat au sein de l’opinion, est qu’il prend son fondement dans la distinction linguistique de nature coloniale (anglophone et francophone).

En ce sens, le problème posé sous ce prisme linguistique étranger est biaisé pour la simple raison qu’il n’est pas fondé sur l’identité culturelle du peuple en question. Malgré le crédit qu’on peut accorder à cette théorie, il est tout de même à noter que la prégnance, la permanence, la persistance et la résistance de ce peuple anglophone dans la lutte pour la revendication de sa différence avec les francophones, donne à penser qu’il y a quelque chose qui les distingue effectivement de ces derniers et qui échappe aux analyses lorsqu’il arrive d’aborder le questionnement sur l’existence ou non d’un problème anglophone. Commençons par situer le débat avec l’arrivée de la France et de la Grande Bretagne au Cameroun.

Le monument de la réunification du Cameroun et persistance du problème anglophone
Le monument de la réunification du Cameroun : Symbole de l’amplification du problème anglophone ?

Douala comme point d’ancrage et fondement de la naissance de l’Etat (?)

C’est en 1884 que le premier texte juridique reconnu sur le plan du droit international sera signé entre l’Allemagne et le Cameroun. C’est cette année-là que le gouvernement Allemand avait dépêché Gustav Nachtigal pour rencontrer les chefs Dualas qui occupaient l’estuaire du fleuve Wouri à Douala. Sa mission ? Négocier la mise sous tutelle allemande du Cameroun. Ce navigateur allemand avait donc réussi à obtenir la signature de deux traités dont le premier avait été visé le 12 juillet de la même année. Dans ce traité qui est le premier texte juridique de droit international, le nom du territoire s’écrivait « Kamerun » et non « Rio dos Camaroes » comme l’appelaient les Portugais ou « Cameroon River » comme l’appelaient les Britanniques ou même « Cameroun », pour les Français.

Au cours de la première guerre mondiale, ce sont les troupes Françaises, Britanniques et Belges qui étaient au Cameroun. A la fin de cette guerre qui avait connu la défaite cuisante des troupes d’Hitler , il convenait donc à la SDN de mandater ces puissances coloniales pour la gestion des anciens « colonies » allemandes, notamment le Cameroun. C’est ainsi que le Cameroun Oriental a été confié à la France depuis 1916 et de jure depuis 1919, et le Cameroun Occidental (Northern Cameroons et le Southern Cameroons) à la Grande Bretagne en 1022. La tutelle n’a été exercée, par les deux colonies, qu’en 1945, après la signature d’un accord avec l’ONU. Ces précisions sur les tutelles allemandes, françaises et britanniques valent la peine si l’on veut bien comprendre les tenants et les aboutissants du problème anglophone afin de cerner ce qui fait la spécificité de ce peuple.

Qu’est-ce qui fait la spécificité du peuple anglophone ?

Cette spécificité vient particulièrement du mode de gestion des ces anciennes colonies ou territoires arrachés aux Allemands. En fait, les administrations françaises et britanniques se distinguaient par leur modes de gestion de ces colonies. Il faut d’ailleurs signaler que ces puissances coloniales, malgré le statut particulier du Cameroun, géraient le Cameroun comme les autres colonies mises sous leur responsabilité. C’est ainsi que les systèmes de direct rule et d’indirect rule furent appliqués respectivement par les Français et les Anglais dans leurs territoires respectifs.

En bref, la particularité de ces deux systèmes se situait sur le mode de responsabilité que l’administration coloniale confiait au peuple dit indigène (native-authorities). Chez les Français, l’administration est directe parce que chaque colonie avait, à sa tête, un gouverneur Français : c’est le direct rule. Par contre, chez les britanniques, ce sont les chefs indigènes qui assuraient l’administration de leur territoire. Ils étaient donc chargés de gérer ces territoires eux-mêmes et rendaient simplement compte au colonial office (ministère des Colonies). Ils étaient donc fonctionnaires britanniques à part entière : c’est l’indirect rule.

Les autorités britanniques déterminent les grandes orientations et en laissent la mise en œuvre aux autorités indigènes. Par ailleurs, les autorités britanniques gardent la mainmise sur le commerce, l’exploitation des ressources économiques et minières et l’administration des Européens » (Wikipedia).

Ce qui fonde donc la spécificité des anglophones, pas seulement au Cameroun, mais en Afrique toute entière, c’est justement, cette capacité que ce peuple a à se prendre en charge lui-même et ne pas se laisser dicter son administration par une métropole. Cette gestion appliquée par les Britanniques est d’ailleurs présentée comme la meilleure pour la simple raison qu’elle a permis aux peuples, contrairement aux francophones, d’asseoir une autonomie, forme de développement auto-centré, tant social, économique que politique. En terme de comparaison, en mettant sur la balance les pays francophones et anglophones d’Afrique, la différence est nettement perceptible en faveur des pays d’expression anglaise. Cette tutelle, avec ce mode de gestion, persistera jusqu’à l’obtention de l’indépendance de ces deux territoires Camerounais.

En dehors des luttes de libération pour l’indépendance totale du Cameroun menées par l’UP, tout allaient très bien jusqu’à ce que les deux Cameroun obtiennent leur indépendance. Le 1er janvier 1960, indépendance de la partie francophone avec comme Président, feu Amadou Ahidjo, et le 1er octobre 1961 pour la partie anglophone avec comme Premier ministre du Southern Cameroons, feu John Ngu Foncha. Le Northern Cameroons avait choisi, à travers un référendum (60% contre 40%), de rallier le Nigéria (11 juin 1961), indépendant depuis 1960. D’où est donc venue cette fameuse idée de rapprocher les deux Cameroun ?

A SUIVRE : Accords de Foumban : aux origines du problème anglophone au Cameroun (suite)

Tchakounte Kemayou


Ville morte : les anglophones manifestent à Bamenda

La ville de Bamenda, capitale régionale du Nord-Ouest du Cameroun, traverse des moments assez tumultueux depuis quelques jours. Tout à commencé le 10 novembre 2016 lorsque les avocats exerçant dans les deux régions anglophones (Nord-Ouest et Sud-Ouest) ont annoncé une grève générale pour protester contre ce qu’ils ont appelé la « marginalisation du Cameroun anglophone » par l’Etat Camerounais depuis 1972. Que se passe-t-il à Bamenda ?

Selon des informations puisées à bonne source, la situation à Bamenda est entrain de passer hors de contrôle des canaux usuels de gestion de l’ordre public. Même le leader de l’opposition souvent écouté dans cette ville par toutes sortes de mécontents semble être débordé. Des groupes de manifestants non reliés formellement à une organisation connue et visiblement déterminés, tiendraient tête aux forces de l’ordre déployées depuis hier, et qui ont fait usage de leurs armes, tirant à balles réelles. Même le domicile du parti politique SDF a été assailli.

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La question anglophone : Les populations prises en tenaille entre des groupes de manifestants très déterminés et les forces de l’ordre très nerveuses.

Selon le 1er vice président national du SDF, le député Joshua Osih, il y aurait au moins eu 1 mort, blessé par balle hier (21 novembre 2016) qui a succombé à ses blessures aujourd’hui (22 novembre 2016) à l’hôpital de Mbingo. Selon la même source, la police aurait tiré sur la résidence du Président national du SDF, John Fru Ndi qui vit au quartier Ntarinkon, réputé être l’un des plus chauds de chef lieu de la région du Nord-ouest.

Ville morte et tendue

Cette information sur le domicile du Chairman du SDF comme éventuelle cible de la police vient en rajouter à la confusion qui entoure les événements des deux régions anglophones.

Partis au départ comme une revendication corporatiste des avocats anglophones exigeant la prise en compte urgente de leur spécificité juridique et linguistique dans l’administration de la justice et la production des lois et textes, bases de leur exercice professionnel, elle a commencé à déborder la semaine dernière avec la répression opposée aux avocats descendus pacifiquement dans la rue pour exprimer leur mécontentement à l’endroit des autorités qui semblaient jusque-là faire la sourde oreille. Elles estimaient que leur seul interlocuteur pour tout qui concerne la profession d’avocat est le barreau national, qui à sa tête un bâtonnier.

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Bamenda dégénère et s’embrase peu à peu. La question anglophone en cause. Crédit photo : Facebook

Les 4 associations des avocats anglophones, considérées par le pouvoir politique plutôt comme des organisations civiles – et non professionnelles – ont alors décidé de durcir leur mouvement en annonçant d’une part leur projet de création d’un barreau anglophone et d’autre part, en appelant les autres composantes de la communauté anglophone à les rejoindre dans la rue. En particulier les enseignants, parents, étudiants et élèves afin de sauver la spécificité culturelle et linguistique de cette partie du Cameroun.

Le CATTU, principal syndicat des enseignants anglophones du Cameroun ne s’est pas fait prier pour annoncer son engagement dans ce combat et appelé ses membres à observer dès ce lundi 21 novembre 2016 un arrêt des cours. Des groupes d’activistes anglophones, faisant désormais leurs les revendications de ces corps de métiers, multiplient les déclarations et annonces appelant au respect des accords de Foumban. Autrement dit, au retour du Cameroun à la forme fédérale de l’État garant du respect de la spécificité juridico-culturelle de l’ancien Cameroun occidental.

Depuis hier, alors que dans une déclaration, le leader du CATTU avait demandé à ses membres de rester chez eux ainsi que les élèves afin d’éviter toute provocation qui pourrait affecter leur sécurité, des manifestants mobilisés par un animateur radio local ont tenu une manifestation de rue, défilant sur les artères de Bamenda, la principale ville anglophone du Cameroun avec un cercueil.

Radicalisation des positions

En fin de journée, des échauffourées ont opposé les forces de l’ordre aux groupes isolés dans certains quartiers de Bamenda où la circulation avait été carrément bloqué. Depuis ce matin ce sont les principales artères de cette ville traditionnellement rebelle qui ont été prises d’assaut de part en part par les forces de l’ordre et les bandes de manifestants.

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La population dans la rue à Bamenda. Revendications sur les problèmes anglophone. Crédit photo : Facebook

Pendant ce temps, différents ministres des secteurs de la justice, de l’éducation décident enfin de discuter avec les leaders des organisations professionnelles de l’enseignement et de l’avocature. Ce que rejettent les leaders du mouvement de protestation anglophone qui disent vouloir discuter avec une seule autorité – le Premier ministre- et hors de Yaoundé, précisément dans les localités des régions anglophones.

A l’heure où est rapportée cette situation, des témoins en déplacement professionnel dans cette ville nous disent être cloîtrés dans les domiciles et les hôtels qui les accueillaient, incapables ni de sortir pour leurs travaux sur le terrain ni quitter cette ville pour se mettre en sécurité.

Alex Gustave Azebaze


L’odontol : le nouveau « poison » des pauvres Camerounais férus et mordus de l’alcool?

Au moins 21 personnes sont mortes ces derniers jours dans les régions de l’Est du Cameroun après avoir ingéré l’odontol, un alcool fort produit localement et dont les conséquences sont dévastatrices pour ceux qui en consomment.

Selon la radio d’État « Cameroon Radio and Television », les arrondissements de Mindourou et d’Abong Bang ont été les deux localités ayant enregistré, jusqu’à présent, des morts subites causées par l’odontol. Des sources concordantes ont, par ailleurs, confirmé que plusieurs femmes figurent parmi les victimes.

La préparation d'odontole
La préparation d’odontole

L’odontol est une boisson artisanale produite dans certaines régions d’Afrique Subsaharienne. Fortement alcoolisée, elle est réputée dangereuse pour la santé humaine à cause notamment de son procédé de fabrication. En effet, la matière première utilisée pour l’élaboration de cet alcool est un mélange de vin de Palme, d’écorce d’arbre et de sucre. Un reliquat qui, s’il n’est pas savamment dosé, peut produire des matières toxiques mortelles.

Or c’est justement ce qui s’est passé cette semaine dans l’Est du Cameroun. Des dizaines d’individus ont été hospitalisés après avoir bu ce breuvage mortel. Une enquête a, de surcroît, été diligentée par les autorités locales pour remonter la piste jusqu’aux producteurs d’odontol.

Cette démarche a été accompagnée d’une interdiction de vente de cet alcool sur tout le territoire camerounais et ce pour une durée indéterminée. Ce type d’incidents n’est pas rare au Cameroun. Plusieurs dizaines de personnes ont succombé, durant ces dernières années, après avoir bu de l’Odontol.

Prisé par les couches sociales les plus pauvres à cause de son bas prix, l’odontol est vendu uniquement sur le marché informel. De ce fait, malgré les appels répétés du gouvernement à limiter sa consommation, l’Odontol reste hors de contrôle des autorités sanitaires. A défaut d’éradiquer le mal à la base, les autorités publiques ne peuvent, par conséquent, que fournir des aides médicales pour les consommateurs.

De l’origine d’un « poison » qui fait des ravages

Son nom vient d’une marque de dentifrice vendu au Cameroun sous le nom d’odontol. Le spot publicitaire de ce dentifrice montrait des gens souriant et riant aux éclats, état psychique qui est prêté à cet alcool.

Fabrication : les deux étapes de la fabrication de l’odontol sont :

  • la distillation
  • la rectification : séparation de l’alcool éthylique de l’alcool méthylique (toxique)

Consommation : l’odontol est habituellement vendu servi dans un gobelet en plastique

Il survient régulièrement des décès, car l’odontol de fabrication « artisanale » (donc non rectifié) contient un dérivé de méthanol, produit extrêmement toxique entraînant une intoxication méthylique.

Aspect législatif

L’odontol fut prohibé au Cameroun dans les années 1970. De nos jours, sa consommation est tolérée, bien que la loi camerounaise ne le permette pas.

Questionnement épistémique autour d’un drame collectif

Sous réserve des résultats des enquêtes que produiront, à coup sûr, les équipes de santé du département du Haut-Nyong, quelques questions méritent d’être posées :

  • Puisque tout serait parti d’une consommation de ce breuvage dans le village Nkouak et ses environs, où les populations locales célébraient diverses occasions festives, dans quelles conditions plusieurs personnes ont-elles bu l’odontol au point d’être victimes, quelques heures après, des troubles de vue et des pertes de conscience ?
  • Comment comprendre que des férus et mordus de cette boisson artisanale puissent mourir collectivement et sur le champ alors que c’est leur besogne quotidienne ?
  • Le récipient contenant de l’odontol du livreur habituel était-il bien nettoyé ?
  • Avait-il(le livreur habituel), par mégarde, enfoui des produits toxiques dans ce récipient au point de créer, incognito, des déterminants d’un empoisonnement collectif ?
  • Dans un contexte camerounais, où l’imaginaire populaire pense, culturellement, que la saleté ne tue pas l’Homme noir, le récipient détenant l’odontol n’était-il pas insalubre toute chose mélangée à la toxicité de cette boisson a débouché sur le pire ?

Des équipes du ministère de la Santé publique de ce département doivent impérativement s’atteler à répondre à ces questions en vue de décrypter la causalité efficace et efficiente du drame collectif, dont le nouveau « poison » des pauvres est à l’origine.

Serge Aimé Bikoi


Pratique du bénévolat : principe fondateur du changement en Afrique ?*

L’Afrique est mue aujourd’hui par des luttes politiques de libération qui ne laissent personne indifférent. Les théories foisonnent et se dissipent finalement pour laisser place à l’action. Car c’est elle qui est le socle du changement. C’est une évidence, d’ailleurs, pour l’écrivain Patrice Nganang qui donne à l’action une existence d’origine sociale, ou mieux du socialisme pour ne pas de la Gauche. Pour lui, il n’en demeure pas moins vrai que, depuis la nuit des temps, l’histoire du monde a toujours montré que c’est l’action sociale qui fille de la libération ou mieux fille de la révolution. Comment se manifeste donc cette l’action sociale en Afrique ? Je vous livre ses réflexions en quelques lignes ci-dessous.

Les travaux lors de la construction du pont par les bénévoles de Generation Change à Yaoundé

Il ne faut pas seulement penser l’action, il faut penser le changement. Voila la tâche de notre génération, et donc de la pensée active. Grâce a celle-ci, je peux dire ceci sans peur de me tromper : le bénévolat n’est pas seulement possible dans notre pays, il est aussi la seule politique vraiment viable qui terrassera le clientélisme. C’est que, et cela je l’ai toujours dit, le clientélisme est le squelette de la tyrannie qui nous a pris en otage. Le clientélisme dans ses multiples formes – cronysme, patrimonialisme, prébendisme. Il sera toujours impossible de penser le changement sans l’installer d’abord dans un principe radicalement opposé à ce qui est vécu chez nous par la tyrannie. Voila pourquoi les premières tentatives de remise en cause du bénévolat ont questionné déjà la possibilité pour moi de le rendre possible au pays : « le Camerounais ne le peut pas ». Or cela est faux, plusieurs chantiers faits par des Camerounais, à Yaoundé, à Douala, ont démontré devant tout le monde, et je parle ici de milliers de Camerounais mis en branle, ont démontré que quand, mis sur la tâche et quand convaincu du bien-fondé de celle-ci, le Camerounais s’y met volontairement. Les secondes tentatives auront été de démontrer que parmi ceux qui sont mis en branle autour de moi, il y’en a qui sont payés, et donc, le principe même ne marche pas du tout. Ce serait croire que tout principe qui met en branle des êtres humains doit être aussi parfait dans sa formulation que dans sa manifestation. La navigation pragmatique du bénévolat est la condition même de sa faisabilité, cela est une évidence politique.

Les jeunes d’aujourd’hui veulent l’action. Rien de moins. Le point est cependant celui-ci – une ligne de démarcation est tracée, doit être tracée entre d’une part le clientélisme, ses exégètes et ceux qui chez nous en font un système, qui veulent lui bâtir des institutions légitimantes, et c’est ce que j’appellerai la Droite; et d’autre part ceux qui fondent notre vécu libéré dans le bénévolat comme pratique politique, et qui dans ses manifestations multiples, bénévolat, semi-bénévolat, volontariat, trouvent la pratique d’une nouvelle politique. Ceux-la, il est facile, il sera toujours facile de les mettre a Gauche. La Droite et la Gauche se sont toujours, historiquement disputés le champ social, le champ de l’action sociale et donc humanitaire, et ici il s’agit moins d’étiquette que de pratique politique des plus anciennes, et de combat politique des plus anciens. Le clientélisme en fait nous remonte a l’ancienne Rome, tandis que le volontariat nous plonge dans les batailles de la Révolution française – les sans-culotte. Pour ce qui est de l’Afrique, de nos traditions, il s’agit tout simplement de puiser dans le substrat culturel qui a produit des joyaux comme le palais de Njoya a Foumban pour se rendre compte combien le bénévolat est inscrit dans notre culture – le shuutu en est le principe. Politiquement, la pratique du bénévolat nous retrouve dans les actes publics des leaders révolutionnaires comme Che Guevara, Thomas Sankara, Jerry Rawlings, mais aussi dans ceux de leaders de la Nouvelle Gauche Africaine.

C’est qu’il y a une Gauche qui se structure pas a pas a travers l’Afrique – et les mouvements Y’en a Marre au Sénégal, le Balai citoyen au Burkina Faso, Filimbi en RDC, et bien sur en Tunisie et partout ailleurs, nous ont montre combien le bénévolat est un acte politique inscrit dans une nouvelle forme de politique. Cette politique est sociale autant que populaire. Elle est humanitaire, et de ce fait, elle est révolutionnaire. Il sera toujours impossible de trouver du novateur dans la corruption, parce que c’est justement de son système qu’il faut se séparer. Mais la cuisse du peuple est fertile, l’histoire éternelle des batailles étant le testament de son potentiel, et je le dis toujours : on ne pourra jamais payer un peuple pour le libérer. Mieux : un citoyen ne pourra jamais attendre d’être payé, afin d’œuvrer à sa libération. Parole bien simple qui, me disait-on il y a deux ans, ne trouverait pas de raisonnante au Cameroun. Et pourtant, et pourtant notre pays est bien fertile, est totalement fertile pour telle communion, a d’ailleurs par Mboua Masson, déjà une théorie écrite du bénévolat (1994). Le champ social est le paradis de notre libération, et mes compatriotes n’ont aucune limite a s’y investir. Il suffit de leur demander de se mettre à la tâche, de s’y mettre pour qu’ils se donnent totalement, je dis bien totalement, afin que le bien commun, afin que le bien-être soit réalisé. Le potentiel citoyen de chacun de nous, la force révolutionnaire de chacun de nous est une évidence indiscutable qui, elle, se trouvera toujours à Gauche, comme le clientélisme se trouvera à Droite. L’Histoire est et demeure mon seul témoin.

Par Patrice Nganang

*Le titre est de moi


« Vendredi noir » au Cameroun : quand les réseaux sociaux prennent le pouvoir

Les Camerounais ont passé une journée assez particulière le vendredi 21 octobre 2016. Deux événements majeurs ont même fait dire à certains que le pays était en train de traverser des moments fatidiques de son histoire. D’où le baptême de « vendredi noir ». Tout observateur sérieux serait tenté de se demander de quoi s’agit-il exactement ? Pour une fois les réseaux sociaux ont joué le rôle qu’on savait d’eux. A la place des médias conventionnels, les internautes en avaient plein la vue. Des photos pèle-mêle circulaient et chacun se faisait une idée plus ou moins précise de la situation. Pour ce qui me concerne, voici la mienne.

Une buse cède dans le nuit du jeudi 20 à vendredi 21 octobre

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Vendredi noir : une scission de l’axe RN3 au niveau de Matomb. Crédit photo : Facebook

Il est environ 8h du matin quand je décide de me connecter sur internet après avoir respecté ce que j’appellerai « rituel matinal » : prière, douche, petit-déjeuner, journal parlé et télévisé. La première information que je trouve dans ma page d’actualité de mon profil facebook, ce sont des photos montrant un cours d’eau qui divise la chaussée en deux. Mais alors, il ne s’agit pas de n’importe quelle chaussée ! Il s’agit justement de l’axe baptisé Route National N°3 (RN3) reliant les deux grandes villes du pays : Yaoundé, la capitale politique et administrative et la ville de Douala dite capitale économique, villes de plus de 2 millions d’habitants chacune. Cette nuit-là, une pluie diluvienne s’est abattue dans la ville de Matomb, 68 km de Yaoundé. Une buse, ayant déjà un diamètre insuffisant pour canaliser les eaux de pluie devenues de plus en plus violentes, cède à 3h du matin à force de l’érosion qui l’avait affaibli avec l’usure du temps. Les voyageurs se trouvant de part et d’autre de ce qu’on pourrait appeler « tranchée », n’ayant plus la possibilité de continuer, rebroussent chemin. De loin, l’alerte leur était d’ailleurs signaler par un camion fourgon que l’affaissement du terrain a coincé sur sa course. La nouvelle a ainsi fait le tour des réseaux sociaux sans que les médias ne s’en émeuvent. La capitale Yaoundé étant donc coupée de Douala. Les voyageurs désespérés n’avaient (heureusement?) qu’une alternative : soit contourner par un embranchement sur l’axe Otélé-Mom-Maka-Eséka, soit prendre le train. L’embranchement étant plus compliqué car moins connu, le train restait donc la seule solution. Il faut tout de même signaler que les vols de la compagnie aérienne Camair-co qui dessert les deux ville ne sont pas à la portée de toutes les bourses.

Camrail fait face à l’affluence malgré son impuissance

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Vendredi noir : la gare voyageur de Yaoundé bondé de monde. Crédit photo : facebook

L’entreprise des chemins de fer camerounais Camrail dont le groupe Français Bolloré détient 77,40% des actions sera alors confronté à une affluence de la clientèle. La demande est de plus en plus forte. Coincée, l’entrepris doit réagir au plus vite pour limiter l’affluence. Il lui faut absolument un nombre supplémentaire de wagon pour remplir cette fâcheuse mission.

Selon le programme des départs de trains Inter-City Douala-Yaoundé-Douala, il est prévu 4 voyages par jours, soit 2 départs (de 6h et de 14h45) de Douala pour Yaoundé et également 2 départs (de 10h25 et de 19h25) de Yaoundé pour Douala. A 6h, heure de départ du premier train de la journée (Douala-Yaoundé), le drame de la RN3 n’avait pas encore connu de buzz.

Ce train Inter-City parti de Douala arrivera donc à Yaoundé à 10h sans anicroche. Un autre départ pour Douala est prévu à 10h25 selon le programme de la compagnie de transport ferroviaire. Seulement, les voyageurs désabusés qui s’étaient agglutinés à la gare ferroviaire de Yaoundé voulaient absolument faire partir du voyage. Une solution à la va-vite sera trouvée : le train Couchette reliant Yaoundé et Ngaoundéré doit partir de Yaoundé à 19h10 et il est décidé que quelques wagons de ce train pouvaient servir à transporter les passagers pour Douala. Toujours conformément au programme de la compagnie, ce même train devrait quitter Douala pour le départ de 14h45 non sans avoir embarqué les passagers de Douala qui avaient également envahi la gare voyageurs de Bessenguè.

La stratégie de Camrail prévoyait que les wagons destinés pour le voyage de Ngaoundéré devait revenir sur Yaoundé autour de 20h au plus tard pour permettre aux voyageurs de Ngaoundé d’embarquer dans les minutes qui suivent. Malheureusement, au lieu de 10h25 comme le prévoyait le programme, le train quitta finalement Yaoundé autour de 11h15. Inutile de mentionner ici les raisons de ce retard peu habituel : il fallait trouver une solution rapide pour désengorger les halls des gares voyageurs de Yaoundé et de Douala. Cette foule immense inhabituel faisait craindre le pire. Selon certaine témoignages, le conducteur du train avait même requis de sa hiérarchie une autorisation de voyager dans de « mauvaises conditions ». Mais, de quelles conditions s’agit-il ?

Le déraillement qui donna le nom de « vendredi noir »

Vendredi noir : il y avait même les enfants
Vendredi noir : il y avait même les enfants

Le train Inter-city qui quitta Yaoundé à 11h15 n’arrivera pas à destination à cause d’un déraillement dans la ville d’Eséka sise à 200 km de Yaoundé. Pour que le train puisse quitter la gare de Yaoundé, certains décisions ont été prises.

La première décision est de doubler la capacité du train. L’autorisation requise par le conducteur du train visait justement à le protéger dans la mesure où :

  • l’ajout des wagons supplémentaires était préjudiciable compte tenu du fait que le nombre de wagons (20 au total) était supérieur à la capacité requise de la locomotive ;
  • certains wagons avaient un défaut de freinage ;
  • pour 656 places assises, la compagnie a embarqué 1306 passagers environ dont quelques uns seulement étaient enregistrés.

Pendant ce temps, les internautes se défoulaient sur les forums de réseaux sociaux en ridiculisant les autorités Camerounais pour avoir été incapables de doter les deux plus importantes villes du pays d’une autoroute digne des grandes capitales Africaines. Ils ridiculisaient les autorités pour avoir été incapables de résoudre un problème ponctuel. Le ridicule va jusqu’à prophétiser sur les heures sombres que va traverser le Cameroun dans les heures qui suivent. En fait, en plus de la voie routière impraticable désormais, certains avaient déjà construits dans leur subconscient la coupure de la voie ferrée. Ainsi, ils iront même jusqu’à distiller l’informations (vraie ou fausse ?) selon laquelle le train Inter-City bondé de monde ayant à son bord plus de 1300 passagers avait déraillé. L’information était distillée sur la Toile alors le train n’avait pas encore quitté la gare.

Le ministre des transport Edgar Alain Mébé Ngo’o à vite fait de démentir l’info au journal parlé de 13h de l’Office National de Radio et Télévision (CRTV). Il venait juste confirmer l’info que la compagnie ferroviaire avait déjà diffusée sur sa page Facebook :

Je profite de votre antenne pour apporter un démenti formel et solennel à une information qui circule sur les réseaux sociaux. Il n’y a pas eu déraillement de train aujourd’hui entre Yaoundé et Douala. Je vous invite à nous aider à combattre la désinformation à travers les réseaux sociaux.

Mais, cela n’a pas empêché l’info ou si vous voulez, la rumeur, de circuler. Curieusement, à ce moment précis, les photos du supposé drame n’était pas encore disponibles. Ce sont donc des photos du déraillement qui avait eu lieu en août 2009 qui circulaient sur la Toile. On peut penser deux choses : soit les internautes fantasmaient, soit alors ils prophétisaient ?

Il n’a donc pas fallu longtemps pour que le fantasme ou la prophétie des internautes devienne réalité et le pire arriva entre 13h et 13h30 après le démenti du ministre. Tout va dans tous les sens, personne ne maîtrise plus rien, puis l’info se confirme au fur et à mesure que les minutes s’égrènent et que les vraies photos du drames soient visibles, enfin. Du coup, les premières question jaillissent : qui a donné l’alerte de l’accident avant le démenti du ministre des transport ? Dans quels buts ces auteurs des alertes l’ont-ils fait ? Les réponses sont diverses. Par contre, il y en qui sont formels : l’alerte, déclenché avant que le déraillement n’ait lieu, est l’oeuvre de certains ennemis de la république bien identifiés.

La thèse du complot, du sabotage ou du coup d’Etat ?

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Vendredi noir : quelques voyageurs réussissent à s’échapper sans l’aide du secours qui n’est pas encore arrivé. Crédit photo : facebook

Aujourd’hui, les débats sont dominés par des conjectures sur l’heure de la publication de l’alerte, sur le lieu où se trouve le président de la république et sur la prise en charge des accidentés et des familles des passagers décédés.

D’aucun estiment que l’heure du départ de l’alerte du déraillement permettra de voir plus claire sur les intentions des auteurs. En fait, l’actualité au Cameroun étant dominé par l’absence du président de la république depuis l’assemblée générale de l’ONU tenu à New-York, Paul Biya ne fait plus signe de vie et son absence du pays se dénombre déjà à 38 jours.

Une organisation de la diaspora Camerounaise (CODE) avait même diffusé une vidéo sur internet et qui continue d’ailleurs de faire le buzz depuis quelques jours. Sur cette vidéo, on peut voir un Camerounais, habillé en commando, en train de crier à tue-tête devant le luxueux hôtel genevois Intercontinental où, semble-t-il, le président Paul Biya serait réfugié. Vexés par ses vacances douillets, quelques membres du CODE se sont donné rendez-vous sur l’esplanade de l’hôtel dans le but, disent-ils, de le déloger. « Un président de la république ne doit pas abandonner son peuple pour venir en villégiature en Occident gaspiller les deniers publics », disent-ils.

Cette vidéo avait fait rougir certains Camerounais qui considèrent les actions du CODE comme de l’agitation. Les plus radicaux les considèrent comme des rebelles du régime de Yaoundé au sens propre du terme. Conséquence, tout mouvement bizarres qui susciterait des interrogations sur la logique de l’action est suspicieuse. En attendant une enquête éventuelle, certains internautes ont déjà une idée des auteurs de ces messages d’alertes et même de leurs intentions. La première cause de l’accident serait donc liée à un coup bien prémédité orchestré par une « groupuscule de Camerounais qui déstabiliser le pays ».

L’irresponsabilité de la Camrail dans la gestion de cette affluence est établie, surcharge et l’état vétuste du matériel roulant dont l’origine remonte aux année de la colonisation Allemande, sont des hypothèses passées au peigne fin par des critiques acerbes. D’autres sources révèlent aussi la responsabilité du ministre des transport qui, craignant un mouvement d’humeur, a imposé aux responsables de la Camrail un ajout supplémentaire de wagon. D’autres source encore évoquent l’hypothèse de la défaillance du système de freinage des wagons. Selon les témoignages de nombreux passagers, le train dont la vitesse était réduite au départ de Yaoundé allait subitement de plus en plus vite au niveau de l’entrée de la gare d’Eséka. C’est alors qu’une odeur de brûlure se dégageait des wagons. D’où l’hypothèse de la défaillance des sabots de frein dont ne disposent pas certains wagons du contingent.

L’hypothèse qui continue de retenir l’attention de l’opinion est certainement celle qui relève de la para-psychologie. La légende en pays Bassa’a, zone où s’est produit la scission de la chaussée en deux, dit que lorsqu’un quelconque objet se brise en deux, cela pourrait présager un malheur dans la communauté ou le village. Les internautes les plus avisés n’ont pas l’économie de cette doctrine ancestrale. Ils en ont fait une boutade au point même d’envisager une autre scission qui proviendrait des rail. Un peu pour dire que les ancêtres Bassa’a se sont fâchés et ont décidé de couper les voies de communication entre les deux principales villes du pays. D’où le fantasme sur un éventuel accident ferroviaire. Même un accident d’avion de la compagnie nationale Camair-co avait aussi été annoncé entre Douala et Yaoundé. L’annulation des vols de la journée entre Yaoundé et Bafoussam pour cause de mauvais climat a alors suscité des remous.

Un « vendredi noir » avec une mobilisation éparse

Vendredi noir : les accidentés abandonnés dans un hôpital public à Eséka. Crédit photo : facebook
Vendredi noir : les accidentés abandonnés dans un hôpital public à Eséka. Crédit photo : facebook

Une chaussée de la RN3 de l’axe routier Yaoundé-Douala qui s’affaisse à 3h du matin, il a fallu attendre 9h pour voir les ingénieurs débarquer. Un déraillement de train 152 Inter-City qui a eu lieu au environ de 13h, mais il a fallu attendre 3 à 6 heures de temps pour voir les premiers secours débarquer. Les wagons couchés qui ont engloutis les voyageurs n’ont été soulevés que le lendemain samedi 22 octobre. Comme d’habitude, le Cameroun est victime d’une mauvaise gouvernance des services d’urgence.

La communication de crise à Camrail a été absente durant les 48 heures après, laissant ainsi les réseaux sociaux prendre le dessus. La précipitation du ministre des transport Edgar Alain Mébé Ngo’o relève d’un amateurisme criard. Comment un ministre ne sait pas qu’un drame se déroulait au moment où il parlait ? Certainement que s’il avait décidé d’investir lui-même la Toile, il aurait annuler cette communication. Pourquoi nos dirigeants sont-ils réfractaires au développement des Nouvelles Technologies ?

Au delà de ces insuffisance, les internautes n’ont pas servi que de relais. Beaucoup, heureusement, se sont illustrés par des geste salutaires de solidarité dans la diffusion et le relais des informations mises à la disposition du public par les services appropriés. Il y a par exemple la publication instantanée et régulière des photos des victimes, la publication des noms des accidentés disponibles au babillard des hôpitaux de Douala où certains accidentés avaient été transférés. Les collectes de fonds destinés à la prise en charge des victimes s’organisent spontanément, sans oublier le soutien des populations, des autorités locales et quelques survivants.

Un « Vendredi noir » baptisé par les internautes et repris par les médias démontre à suffisance comment le Cameroun a du chemin à faire dans la gestion des catastrophes. Les autorités Camerounaises ne semblent pas encore prendre au sérieux l’impact d’internet dans la gouvernance. Les médias pratiquement absents et incapables de servir des émissions en live pour couper cour à certaines désinformations provenant des internautes ; des hôpitaux qui ne disposent pas de site internet pour permettre à tous les Camerounais de vérifier la présence ou non d’une membre de sa famille ou une connaissance ; l’absence très critiquée d’un numéro vert, etc. A ce rythme de décrépitude, Facebook et Twitter ont encore de beaux jours devant eux.

Bilan provisoire : 75 mort et 600 blessés


Pourquoi l’argent est-il la priorité dans les hôpitaux au Cameroun ?

S’il y a une année qui a connu beaucoup de turbulences en scandales sanitaires au Cameroun, 2016 serait probablement celle qui, à coup sûr, raflerait la palme d’or. Pour nous limiter à trois cas les plus médiatisés des hôpitaux du pays, citons celui du médecin Hélène Ngo Kana à l’hôpital général de Douala en janvier, de Monique Koumatekel à l’hôpital Laquintinie de Douala en mars et de celui de la famille Nkimih à l’hôpital central de Yaoundé en mars également. Inutile de rappeler ici que chacun de ces cas avait un dénominateur commun : l’absence de liquidité au moment où les hôpitaux qui accueillent exigent ce qu’ils appellent dans leur jargon interne « la caution ».

Depuis la nuit des temps, pour dire simplement depuis la crise économique des année 1980, année de déliquescence de l’état de santé des hôpitaux, l’actualité camerounaise est de plus en plus dominée par des histoire sordides de décès mystérieux des compatriotes dont le pêché a été de venir à l’hôpital sans le moindre centime en poche. C’est à se demander ce que sont devenus ces centres de santé et hôpitaux si ce ne sont pas des lieux de commerce. Comme dans une boutique, un supermarché, le plan architectural des hôpitaux a été conçu pour accueillir les malades comme les commerçants accueillent leurs clients. Tenez par exemple : à chaque entrée d’un hôpital, qu’il soit public ou privé, après avoir traversé la loge du vigile qui vous remet un ticket d’entrée payant de 100Fcfa, il faut passer directement à la caisse pour payer les frais de consultation obligatoire. Contrairement aux centres commerciaux où le client prend un article avant de se diriger vers la caisse, ici c’est « payer avant d’être servi », sinon vous n’aurez pas accès au médecin pour une consultation, même si vous agonisez. Dans ce domaine, les hôpitaux ont donc damé le pion aux  centres commerciaux. Même les banques n’y voient que du feu.

L'entrée principal de l'hôpital général de Douala où se trouve le caissier
L’entrée principal de l’hôpital général de Douala où se trouve le caissier

Il existe pourtant des témoignages qui font état de ce que ces hôpitaux ne fonctionnaient pas comme ça à l’époque où feu le Président Ahidjo était au pouvoir. Même si les hôpitaux étaient payants, la priorité était réservée à la santé avant de réclamer l’argent. Pourquoi l’argent est-il devenu la priorité dans les hôpitaux pourtant considérés comme des lieux est où la logique du Serment d’Hippocrate doit primer ? Pourquoi le nerf de la guerre qu’est l’argent est-il plus important que la santé de la population que le médecin est sensé servir ? On peut même encore prolonger le questionnement pour aller plus loin : quel est ou quels sont les objectifs de l’Etat en laissant l’argent prendre le dessus sur les priorités que constitue le social ?

Les Camerounais disparaissent après avoir recouvré la guérison

Voilà la première réponse qu’on pourrait donner à ces interrogations. Une fois la guérison recouvrée, les malades trompent la vigilance des personnels et prennent la poudre d’escampette. Un malade, sachant qu’on ne va rien lui exiger à l’entrée de l’hospitalisation, donnera l’impression d’être crédible. C’est une situation difficile à vivre chez le personnel qui était débordé par des cas de fuites des malades au jour le jour. Des mesures draconiennes ont commencé a être prises pour limiter des dégâts des pertes subies par les hôpitaux. D’où l’instauration d’une caution avant toute prise en charge. Cette mesure est généralement prise et rigoureusement respectée pour les cas d’hospitalisation. La rigueur du respect de cette mesure est telle qu’il devient difficile aux personnels d’accorder, ne serait-ce qu’une dérogation pour des cas exceptionnels. Prenons l’exemple du cas patent d’Hélène Ngo Kana qui a eu la malchance de débarquer un week-end dans un hôpital public sans liquidité d’assurer sa caution malgré la garantie d’une carte d’assurance présentée par son époux. Le refus du personnel de l’accueillir immédiatement était dû au fait que l’assureur en question avait des démêlés financières avec l’institution hospitalière. Le temps de vérifier que les choses soient clarifiées, la malade agonisait et mort s’en suivait. Imaginons un peu le cas des personnes qui n’ont même pas la chance d’avoir une assurance maladie…

La rigueur dans l’application stricte du paiement de la caution avant toute prise en charge est de mise. Le non respect de cette règle entraînerait l’imputation de la facture au personnel en service au moment des faits si ce n’est un licenciement pur et simple. Qui du médecin ou de l’infirmier fera l’erreur de recevoir même un collègue, ami ou un membre de sa famille sans lui réclamer la caution exigible ? La preuve ? Hélène Ngo Kana était bel et bien médecin en service, elle aussi, dans un hôpital public où elle officiait juste quelque mois après sa sortie récente de la faculté de médecine. Elle a tout simplement été victime du système dont elle avait été le maillon de la courroie. Voyez-vous ? Même les médecins qui appliquent la règle en sont victimes eux aussi.

L’Etat ne subventionne plus suffisamment les hôpitaux

C’est une vérité de Lapalissade, les hôpitaux doivent vivre de leur propre fond. Il appartient donc à chaque hôpital d’organiser sa propre comptabilité et de se doter en matériel et surtout en consommables médicaux les plus élémentaires. Les experts en gouvernance ont l’habitude de dire que l’Etat est lent dans la réaction pour doter des hôpitaux d’un budget conséquent pourtant validé à l’assemblée nationale chaque fin d’année budgétaire. Comment peut-on expliquer le manque de réaction de l’Etat face à cette déliquescence de la santé de la population ? La réponse à cette question ne semble pas préoccuper les administrateurs des hôpitaux publics dont la priorité reste le fonctionnement de l’hôpital. Il ne faut pas attendre l’Etat, on ne va pas laisser les Camerounais mourir parce qu’il faut que l’Etat intervienne, nous allons faire comme on peut avec ce que nous avons, disent-ils. Très bon raisonnement, si l’on peut dire. Par contre, le hic c’est que, au lieu que l’Etat paie, c’est le malade qui doit payer. La preuve ? Le simple carnet de 500 ou de 1000Fcfa, c’est selon, le thermomètre de 500Fcfa, pour ne parler que de ces deux-là, auparavant gratuits, sont désormais payants avant toutes consultation. La paludisme dont le traitement est gratuit pour les enfants de moins de 5 ans ne l’est pas pour certains centres de santé où on demande aux pauvres parents un franc symbolique. Les équipements hospitaliers sont rarement dépannés pour ne pas dire jamais, quand ils sont en panne. La souffrance des personnes dialysées, pour ne citer que ce cas précis, est l’exemple le plus parlant des négligences, par l’Etat, de la santé des populations dont il a la charge. Preuve que cette santé n’est pas et n’a d’ailleurs jamais été sa priorité. C’est par exemple le même phénomène qui se passe dans nos écoles primaires pourtant gratuites. Les directeurs d’école encaisse l’argent des parents qui ne reçoivent pas en retour le reçu de paiement. Rien ne se cache plus. Tout se passe au nez et à la barbe des autorités pourtant sensées faire appliquer les prescriptions du président de la République. Elles seraient alors promptes à réagir si la population venait à se révolter.

Un salaire de catéchiste pour le personnel sanitaire

C’est un débat qui n’est plus considéré comme un tabou : un médecin mal payé, développera des stratégies de survie. Depuis les années 1990, années auxquelles le Cameroun a connu deux événements majeurs à savoir : la dévaluation du franc cfa en 1994 et la diminution à 67% les salaires à la fonction publique en 1993. Cela avait pour conséquence de réduire le train de vie des fonctionnaires habitués à un certain coût de la vie en fonction de leur statut social. Par exemple, comment expliquer qu’un médecin, après avoir passé un minimum de 5 ans (les généralistes) et 8 ans (les spécialistes) pour leur formation, se retrouvent en train de percevoir des salaire débrouillards ? Ces deux événements ont même amener certains experts à envisager une probable décadence des comportements plus particulièrement de la morale et de l’éthique dans les services publiques. Cela signifie que tout cela était donc prévisible.

L’une des stratégies mises en place par le personnel hospitalier est évidemment ce que j’ai relevé plus haut : payer avant d’être servi. Bien évidemment, étant donné que les médecins de service public sont des fonctionnaires, comment comprendre qu’ils exigent le respect de cette règle ? La réponse évidente ici serait que l’hôpital a besoin des fond pour son fonctionnement : administration, matériels, consommables, etc. Mais, ce que beaucoup semble oublier, et c’est le plus intéressant ici, c’est la perception des primes de travail. En fait, chaque médecin et infirmier perçoit une prime en complément de leur salaire. Je n’insinue pas qu’il est interdit aux médecins, en tant que travailleurs, de percevoir des primes. C’est un droit. Mais, ce qui est cynique, c’est que ces primes ne sont pas versé par leur employeurs qui est l’Etat. Ce sont des recettes des hôpitaux qui servent à verser les primes aux personnels sanitaires. Je tiens cette information d’une amie fraîchement sortie de la faculté de médecine et affecté dans un hôpital à Edéa qui m’avait révélé que le montant de sa prime avoinait presque son salaire. Ces primes sont finalement considérées comme un deuxième salaire pour combler compléter le salaire de misérable payé par l’Etat. C’est dire que les recettes réalisées par les hôpitaux publics représentent de véritables pactoles.

En conclusion, la malhonnêteté des malades, la démission de l’Etat et le salaire de catéchiste du personnel sanitaire représentent des maux, j’allais dire, des maladies dont souffrent nos hôpitaux. Même si tout le monde, le malade, l’Etat et les médecins, sont coupables de cette déliquescence, mais tous ne sont pas responsables pour autant. Sinon, comment expliquer l’absence criarde d’une assurance maladie universelle sensé résoudre, ne serait-ce que, les cas de prise en charge urgent ? Comment comprendre que certains pays Africains comme le Bénin, la Côte d’Ivoire ou le Ghana ont réussi à résoudre ce genre de problème de « caution » à travers l’assurance maladie universelle et pas le Cameroun qui ne manque pourtant ni de ressources humaines, ni de ressources financières ? On peut penser que l’Etat se complaît dans ce système qui, même s’il le sauve en complétant le salaire des médecins sous forme de primes, risque de devenir une bombe sociale s’il ne l’est pas encore. Le soulèvement de la population lors du décès de Monique Koumatekel est encore frais dans la mémoire. Le système est tellement ancré dans les habitudes à tel point qu’il devient même dangereux, pour les chercheurs et les journalistes, de faire des descentes dans les hôpitaux pour mener des enquêtes sur un abus que pourrait avoir subi un malade au risque de subir les foudre du personnel hospitalier.

Cet article a été rédigé dans de la campagne #SantéPourTous lancée par un groupe de blogueurs et blogueuses Camerounais(es) sur les problèmes de santé et du système sanitaire au Cameroun.

Vous pouvez consulter d’autres articles déjà publiés comme : « VIH SIDA : comment vivre longtemps avec le virus ? » de Thierry Didier Kuicheu, « Des hôpitaux camerounais sont des malades très mal soignés » de Fabrice Nouanga et le « VIH-SIDA : la nécessaire éducation » de Christian Cédric.

Ou encore, si vous voulez continuer à suivre la campagne pour les articles à venir, vous pouvez aller sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter et tapez le #SantéPourTous.

 


Pourquoi les jeunes étudiants désertent-ils les universités camerounaises ?

Les étudiants de l’Université de Douala ont repris le chemin des amphis ce jeudi 13 octobre 2016 après une période assez longue de vacances annuelle. Le campus de l’Université était bouillant de monde et les étudiants nouvellement admis inscrits en première année faisaient donc leur premiers pas. Ceux-là, sont les nouveaux bacheliers. Chaque année, ils représentent presque 10.000 bleus qui viennent frapper aux portes des universités camerounaises. Mais, ce qui reste certain, beaucoup d’entre eux décident d’opter pour des Universités étrangères et par conséquent, s’exilent.

La pauvreté des étudiants peut-elle être mise ?

Ils sont nombreux, ces jeunes bacheliers qui choisissent d’aller s’inscrire pour des universités occidentales. On serait tenté ici de dire que c’est la pauvreté qui amène les jeunes à s’exiler. Si l’on s’en tient aux raisons économiques de l’immigration, celle-ci est particulièrement le fait de la misère qui sévit plus particulièrement dans les pays du sud. Le mouvement d’immigration du Sud vers le Nord a pour principal cause, la pauvreté. Comment donc comprendre cette frénésie des jeunes Camerounais immigrent à immigrer à tout prix ? Pour des raisons de pauvreté ? Certes ! Un petit calcul rapide illustrera bien la nécessité d’aller chercher ailleurs les raisons de cette exil. Quand on sait qu’un voyage pour l’Occident coûterait au minimum 1 million de nos Fcfa rien que pour le bien d’avion, on est juste tenté de dire : ne prend pas l’avion qui veut, mais prend l’avion qui peut. Comment comprendre que pour une raison économique, j’allais dire de pauvreté, la famille en vient à dépenser des sommes faramineuses pour payer des formations académiques et professionnelles à leurs progénitures ? Les économistes auront vite fait de trouver la réponse : c’est un investissement que chaque famille pour ses enfants. Cet investissement a comme retombée à long terme, un emploi assuré. Les mentalités selon lesquelles les diplômes et la formation obtenus dans de prestigieuses universités occidentales sont meilleures que ce que obtient au Cameroun, sont difficiles à abandonner. Cette interrogation, ossature de la présente démonstration axée sur les causes de l’immigration estudiantine, donne à voir à souhait que c’est la pauvreté ou mieux l’absence d’argent qui empêche les jeunes étudiants de quitter le Cameroun.

Pour réussir à décrocher un visa étudiant pour un pays européen, plusieurs étapes doivent être franchies, notamment pour l’acquisition d’un certains nombre de documentations obligatoires : le passeport, l’inscription à l’université, le logement, la caution, l’assurance etc. Ces conditions, malgré leur sévérité, ne découragent pas les jeunes. Beaucoup vont d’abord s’inscrire dans une université camerounaise et après se prépare lentement pour afin voyager sans quiétude. Pour éviter de squatter au quartier, ils ont choisi de commencer leur cursus dans une université au Cameroun. C’est ainsi qu’au bout de deux ou trois ans après un BTS ou une Licence, ils sont en général prêts. D’autres, par contre, renouvelle leur dossier de demande de visa chaque année après chaque échec.

Ce qui est intéressant ici c’est le cas de ces jeunes qui, pour des raisons financières, ont décidé de continuer leurs études aux pays après l’obtention du Bac. Il ne serait pas oser de dire que la majorité des bacheliers rêvent de poursuivre leurs études dans une université étrangère pour des raisons évidentes. Outre le souhait d’avoir un diplôme et une formation de renommée, ces raisons sont surtout le fait d’un certains nombre de pratiques douteuses et anti-académiques que vivent les jeunes étudiants Camerounais. Ces pratiques sont liées au fonctionnement, à l’infrastructure, à l’assistance, notamment. En général, ce sont des pratiques qui, pour la plupart, sont déjà dépassée à l’ère de la modernité. Les universités camerounaises ont l’art du laxisme malgré le potentiel de ressources humaines et financières, minimum soit-il, dont elles disposent.

Les inscriptions des étudiants se font encore à la queue leu-leu

S’inscrire à l’une des universités d’Etat au Cameroun reste toujours un parcours de combattant. Je me souviens encore des modalités d’inscription pratiquées en 1998 quand j’entrais à l’Université de Douala. Il existait, à cette époque, une liste des éléments à rassembler pour une inscription. Dans le jargon universitaire, cette première étape s’appelle « pré-inscription ». Le nouveau bachelier devait d’abord se rendre au centre de santé de l’université appelé « Centre Médico-social » pour se faire consulter afin d’obtenir une sorte de certificat d’aptitude à poursuivre les études universitaires. Ici, les rangs, pour accéder au bureau du médecin, se forme très tôt à la première heure de la matinée. Difficile d’imaginer, pour un étudiant, à quelle heure il sera reçu.

Ensuite, il faut affronter le deuxième challenge des inscriptions. Il faut se rendre dans sa faculté pour déposer ses dossiers au service de la scolarité où un rang se formait également dans les mêmes conditions que celles du Centre Médico-social. Il fallait parfois se lever à 4h du matin pour avoir une chance de trouver un bon emplacement dans le rang déjà formé dont les limites pouvait aller au-delà de 500 étudiants.

La dernière étape de la pré-inscription, celle la plus compliquée, est celle du paiement des droits d’inscription (droits universitaires) après la publication des noms des étudiants qui avaient réussi à franchir l’étape de la pré-inscription. Il faut préciser que les frais de pré-inscription se faisaient directement au moment du dépôt des dossiers. Les frais de droits universitaires, par contre, qui s’élèvent à 50.000 Fcfa pour les universités d’Etat doivent être versés dans une banque où l’université en question est cliente. Lorsque les étudiants arrivent à la banque, c’est encore le même scénario.

Aujourd’hui, ces procédés de pré-inscription et d’inscription ont véritablement changé, mai… L’université de Douala, par exemple, a innové en procédant à une pré-inscription à travers son site internet. Son expérimentation à la première année de son lancement fut une catastrophe avec la lenteur d’internet au moment où il était trop sollicité. Sauf l’étape de la banque reste le seul challenge actuellement. Il existe pourtant des solutions de SMS-Banking proposées par des opérateurs de la téléphonie mobile qui peuvent pourtant résoudre le problème de paiement par Mobile Monney.

Toute une gymnastique pour accéder au gymnase

L’autre challenge, pour passer un cursus en toute tranquillité, est celui dont la solution demeure qu’un énigme. Ceux qui pensent que l’étape des inscriptions est la seule pour tester sa persévérance, se trompe amèrement. Ce challenge est le plus difficile d’ailleurs, et cela est valable pour toutes les universités en effectif pléthorique : c’est la participation effective au cours magistraux. Pour une population estudiantine de près de 500.000 étudiants, celle de Douala peut dénombrer 50 à 60.000. Au niveau des infrastructures d’accueil, le constat est amère. L’exemple le plus significatif reste la Faculté des Sciences Juridiques et Politique (FSJP) et la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion Appliquée (FSEGA) qui comptent le plus gros effectif. Avant la création de l’Université de Douala en 1993 suite à la réforme universitaire, le site actuel servait de cadre pour le Centre Universitaire de Douala (CUD) qui était un annexe de l’Université de Yaoundé (actuellement Université de Yaoundé 1). Le CUD était nanti d’un gymnase qui est devenu, par la force des choses. Pour cause, la création de l’Université de Douala n’a pas été suivie par la construction du site pouvant accueillir la marmaille à venir. La suppression du gymnase a permis de doter la FSJP d’une sorte d’amphi de 600 places maxi. Il est depuis lors réservé aux 3000 ou 4000 étudiants de la première année de la FSJP. Il devient donc évident que tout ce beau monde ne pourra pas suivre à la régulière les cours magistraux. Chaque étudiant doit donc se battre comme un beau diable pour se trouver une place assise. C’est un challenge perpétuel à respecter durant toute l’année académique. Plusieurs étudiants passent alors toute une année sans avoir suivi le coures. Il en est de même des étudiants handicapés qui ont intérêt à s’abstenir de venir au cours au risque de se voir bousculer et piétiner par la foule de camarades visiblement nerveux. Il m’arrive souvent d’y faire un tour à 5h du matin pour constater que le gymnase est déjà plein à craquer pour un cours qui a lieu à 8h. Certains étudiants qui tiennent à suivre leurs cours y passent même la nuit. Terrible.

L’insuffisance d’amphis n’est pas le seul problème

Tous les visiteurs qui font le tour du propriétaire finissent par se demander « mais, comment les étudiants font-ils pour réussir dans un tel environnement ? ». L’effectif des étudiants de chaque université n’est toujours jamais proportionnel au nombre d’infrastructures aménagées. Chaque année qui passent, l’université se trouve toujours dépassée, le recteur est toujours surpris par l’effectif et au final incapable de satisfaire tout le monde. Par contre, pour les filières où l’effectif n’est pas pléthorique, il arrive de constater que des étudiants de certaines grandes écoles et facultés, comme la faculté de médecine et celle du génie industriel, soient au petit soin. Curieusement, même s’ils sont assis agréablement et confortablement dans une salle de classe bien climatisée, ils manquent malheureusement et cruellement de toilettes. Inutile de dire ici que les toilettes dans nos universités sont des denrées rares. Celles qui existent sont sauvagement endommagées et hygiéniquement inutilisables par négligence, manque d’entretien ou même par sabotage. La broussaille qui se trouve au alentour des bâtiments sont alors transformées en espace de dépotoir et de poubelles. Dans ces conditions, les étudiantes enceintes, les handicapés, etc. sont alors priés d’aller voir ailleurs chez les voisins, certaines logements ou cités universitaires où les toilettes sont bien aménagées.

Pour un effectif aussi grand, l’Université de Douala ne dispose que de 600 logements universitaires. Le reste doit se débrouiller aux alentours chez les propriétaires immobiliers qui mettent malheureusement à la disposition des étudiants des chambres aux prix assez élevés. Peu importe, certains arrivent à payer , malgré tout. Le reste des infrastructures comme la bibliothèque centrale et le restaurant universitaires sont de véritables curiosités. La bibliothèque ressemble plus à un musée qu’à une bibliothèque. De mémoire d’étudiant, la première fois que j’avais franchi la porte d’entrée de cette grande salle, je suis ressorti sur la pointe des pieds. Ça ne donne pas envie d’y séjourner même pour quelques minutes.

Quant au restaurant, les étudiants sont encore confrontés au challenge de rang. A la simple vue de ce rang, les plus affamés peuvent crever de faim. Une fois que les étudiants aient réussi l’exploit d’être à l’intérieur, ils n’ont droit ni aux cuillères, ni aux fourchettes qui sont pourtant élémentaires comme couvert. « Les étudiants Camerounais sont des malhonnêtes, des voleurs. Nous n’avons plus des cuillères pour la restauration », s’écrie le restaurateur prestataire. Au fait, les étudiants étant responsables de la disparition du couvert sont condamnés à se servir de leurs doigts à défaut d’avoir eux-mêmes leurs propres cuillère. Au cas contraire, chacun doit laisser sa carte d’identité ou carte d’étudiant à la caisse et revenir la chercher en cas de restitution du couvert. Il y a même pire que la disparition du couvert : la qualité des repas servis. La plupart n’y vient plus pour les repas faits à la désinvolture. Le challenge ici est, pour le restaurateur, de servir 1000 à 5000 plats en moins de 2 heures par jour. Ici, la rapidité est privilégiée à la place de l’efficacité, car le gain en dépend.

Quelle est la qualité de la formation de ces étudiants ?

Peut-on dire, à la suite de ce tableau descriptif non exhaustif, que cet environnement n’est pas propice à l’épanouissement des étudiants Camerounais. La réponse s’avère évidente : non. Et pourtant… Ce qui révolte les étudiants au point de les entendre dire qu’ils iront continuer leurs études en Occident c’est surtout la considération que les personnels enseignants et administratifs ont vis-à-vis d’eux. Beaucoup d’étudiants ont abandonné les études pour la seule raison qu’ils ne retrouvaient pas leurs noms sur la listes des admis en classe supérieure alors qu’ils avaient au préalable obtenu la moyenne pour chaque matière dont les résultats sont connus. Tantôt c’est l’erreur qui a été commis sur son nom et il devient difficile de corriger. Tantôt c’est un cas de harcèlement où l’étudiante refuse de céder. Les erreurs de négligences sont multiples et diverses selon chaque étudiant avec sa particularité.

Généralement, cela arrive en 3ème année ou en 4ème année à la veille de la Licence ou du Master. L’abandon a lieu juste au moment où il faut finir pour obtenir son diplôme de fin du cycle. Mais, le nombre d’étudiant est considérablement réduit dès la 2ème année académique. La foule qu’on voyait au gymnase en 1ère année diminuait presque de moitié en 2ème. Car pour continuer à l’université de Douala, il faut être fort, endurant et persévérant. Les plus faibles craquent et lâchent aussi tôt qu’ils sont venus. Ceux-là, pour la plupart, continuent dans un institut universitaire privé ou choisissent d’immigrer, pour ceux qui en ont la possibilité.

Et les les étudiants handicapés alors ?

Tshuip… C’est la catastrophe. Le silence est mieux.


Pourquoi le plan Marshall pour l’Afrique de Nicolas Sarkozy est-il un leurre ?

La France vit, en ce moment, au rythme de la primaire au parti Les Républicains. Ce qui est intéressant, c’est justement le fait que que cette primaire se déroule dans un contexte où les populations Africaines et Camerounaises en particulier sont vertement remontées contre la politique africaine de la France.

Beaucoup d’intellectuels, sous le prisme du panafricanisme, estiment d’ailleurs que l’intervention de la France dans les affaires intérieures des pays Africains est très et même trop paternaliste. Cela donne alors l’impression de penser que ces pays, malgré qu’ils soient indépendants ne le sont pas pour la simple raison que la France, ancienne colonie, n’est pas prête à lâcher du lest. Ces situations de paternalisme sont généralement visibles lors des élections locales, particulièrement celles des présidentielles. Les exemples les plus fragrants sont les cas de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Burkina Faso, le Congo-Brazzaville, le Tchad, le Cameroun, le Gabon, etc. Même les pays ne faisant pas partie de la horde des colonies Françaises n’échappent pas à cette fougue de la puissance coloniale : la Libye.

DAVOS/SWITZERLAND, 27JAN11 - Nicolas Sarkozy, President of France, gestures during the session 'Vision for the G20' at the Annual Meeting 2011 of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, January 27, 2011. Copyright by World Economic Forum swiss-image.ch/Photo by Moritz Hager
DAVOS/SWITZERLAND, 27JAN11 – Nicolas Sarkozy, President of France, gestures during the session ‘Vision for the G20’ at the Annual Meeting 2011 of the World Economic Forum in Davos, Switzerland, January 27, 2011.
Copyright by World Economic Forum
swiss-image.ch/Photo by Moritz Hager

Les positions des leaders de la droite Française sur l’Afrique

Les périodes électorales sont de plus en plus secouées et finissent par des contestations si ce n’est pas une crise socio-économique. Cette période post-électorale marquée par des crises sont la conséquence des lois non consensuelles que les populations attribuent à tort ou à raison à la communauté internationale dont la chute du régime ne garantirait pas son intérêt. C’est particulièrement le cas d’un certain nombre de régime comme du Cameroun où le président Biya règne en maître depuis 35 ans nonobstant la contestation des résultats des présidentielles. C’est l’une des raisons du sentiment anti-Français qui a cours en ce moment.

Le contexte a été saisi par RFI pour inviter les candidats à la primaire de donner leur avis sur la politique Africaine de la France qu’ils vont appliquer au cas où ils deviendraient président de la République. Les avis sont alors partagés entre un François Fillon qui pense que les Occidentaux ne doivent plus « s’ingérer dans la politique Africaine » et un Bruno Le Maire qui postule que France doit cesser cette « relation parfois incestueuse, parfois compliquée ». Tandis que Jean-Frédéric Poisson par de limiter la migration Africaine à travers un investissement accru des industrie françaises en Afrique, Nathalie Kosciusko-Morizet va dans le même sens en insistant sur le constat selon lequel « l’Afrique est une maison en construction ». Jean-François Copé, comme Alain Juppé, parle s’accordent, selon eux, sur la nécessité qu’a la France, de construire un nouveau partenariat avec les pays Africains qui se démarqueraient par leur dynamisme.

C’est la position de Nicolas Sarkozy qui a le plus soulevé des polémiques comme son discours de Dakar le 26 juillet 2007. Pour cet ancien président de la République, l’Afrique n’est pas à sa place dans « l’organisation internationale du monde » d’aujourd’hui. Si « l’Afrique n’est pas encore entrée dans l’histoire », c’est parce qu’on lui dénie toutes les mérites qui sont les siennes, notamment : une réforme du Conseil de sécurité de l’ONU avec comme innovation l’introduction de deux membres permanents réservés à l’Afrique, l’Afrique doit avoir son mot à dire dans la gestion des grands dossiers du monde, ce qui représente l’entrée de l’Afrique du Sud dans le G20 :

Qu’est-ce que je dis aux Africains ? Qu’ils n’ont pas la place qu’ils méritent dans l’organisation internationale du monde. Je n’accepte pas qu’il n’y ait pas un seul pays africain membre du Conseil de sécurité. Membre permanent, pas membre élu. Dans mon esprit, il en faudrait au moins deux. J’ai parlé de la nécessité pour l’Europe de construire un grand plan Marshall. Je veux le conditionner à un accord sur la lutte contre l’immigration clandestine et l’obtention des visas. Et notamment des visas de retour. L’Afrique doit prendre toute sa place dans la gestion des grands dossiers du monde. C’est pourquoi j’ai voulu que l’Afrique du Sud soit membre du G20, et que je veux la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies avec deux postes pour l’Afrique.

Cette position de Nicolas Sarkozy qui affronte Alain Juppé, les deux favoris de la primaire de la droite, a provoqué des réactions mitigées. Beaucoup dont la plupart des adversaires de Sarkozy, ont admis un retour au réalisme après le discours de Dakar. Cette position, par contre, a provoque l’ire de certains Africains qui la considère comme de la roublardise politique. Ces critiques acerbes contre Sarkozy ne sont pas seulement restées au niveau des réseaux sociaux où la contestation est plus vives. Elles se trouvent aussi dans le site de campagne et la page facebook du parti Les Républicains où le citoyen Camerounais Daniel Claude Abate, se réclamant du parti au pouvoir (RDPC) avec une tendance droitiste, a déposé une lettre adressée à Nicolas Sarkozy. Je vous livre ici l’intégralité de la teneur de cette missive.

L’intégralité de la lettre adressée à Nicolas Sarkozy

Cher monsieur Sarkozy,

 

Sans que l’on sache si vous êtes sincère (ce n’est pas la qualité première qu’on vous reconnaît le plus mais qui sait seuls les imbéciles ne changent) ou si c’est encore une espièglerie ou manœuvre de communication politique de votre part afin de faire remonter votre campagne pour les primaires de la droite qui bat de l’aile en ce moment, vous venez de promettre que si vous êtes élu à la tête de la France en 2017, vous proposerez « un grand plan Marshall de développement pour l’Afrique ». Sachant ce que le plan Marshall a fait pour l’Europe de l’ouest après la 2nde guerre mondiale, mon cœur veut bien vous croire mais ma petite tête d’Africain « qui n’est pas assez entré dans l’histoire (…) et qui vit dans un éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles » (dixit votre discours à Dakar le 26 juillet 2007), refuse de vous croire. Non je ne vous crois pas et pour cause…

 

Dois je déjà vous rappeler que le Plan Marshall initial auquel vous faites référence (baptisé officiellement après son élaboration « Programme de rétablissement européen », ou « European Recovery Program » en anglais) était un programme américain de prêts accordés aux différents États de l’Europe pour aider à la reconstruction des villes et des installations bombardées lors de la Seconde Guerre mondiale. En 5 ans seulement, de 1947 à 1951, les USA injectèrent plus de 230 milliards de dollars US (soit plus de 138.000 milliards de FCFA = 35 fois le budget national annuel de mon pays le Cameroun )! Sans cette injection massive d’argent, l’Europe ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui et personne ne se souviendrait de ce plan. Alors je vous pose ces 2 questions :

 

1. Sur quoi comptez vous, vous, pour financer un plan d’une telle envergure pour l’Afrique alors même que nous savons tous que votre pays est économiquement en déclin avec partout des comptes publics en déficit ? Ou comptez vous « voler » l’argent qu’il faut pour réaliser un tel plan ? Allez vous puiser dans votre cagnotte personnelle où se trouvent certainement une bonne partie des 50 millions d’euros que Kadhafi donna pour financer votre campagne en 2012 ? Ou dans les recettes de la revente du pétrole Libyen sur lequel vos amis ont fait main basse dès la chute de Kadhafi ? Oui je suis très curieux de savoir où vous trouverez de l’argent pour lancer votre fameux plan Marshall de développement de l’Afrique mon continent. Les américains ont pu faire leur plan Marshall car ils avaient l’argent et beaucoup d’argent même. Vous, votre plan Marshall, vous allez le faire avec des cailloux ou des cacahuètes ?

 

2. Ici au Cameroun que vous n’avez pas daigné visiter durant tout votre mandat à l’Elysée, le citoyen lambda ou l’homme de la rue, quand il est dépassé par les événements a l’habitude de commencer ces questions par : « Je dis hein…?? » Alors permettez moi, cher Monsieur, de commencer ma 2ème question par cette formule et dans un style propre à nous car je suis moi aussi dépassé : Je dis hein, vous les (hommes) politiques français là, vous ne pouvez jamais faire vos choses la-bas sans nous mêler ? C’est même comment avec vous ? Laissez un peu l’Afrique et les africains tranquilles. On ne veut plus rien de vous qui ressemble à la pitié ou la compassion et on n’attend plus rien de vous. Excusez un peu nos vies et occupez vous de vos compatriotes dont près de 5 millions sont au chômage ainsi que de votre colossale dette estimée aujourd’hui à plus de 2000 milliards d’euros (près de 10 fois le coût du plan Marshall). Vous avez vous même récemment demandé aux Gabonais d’aller revendiquer et contester les résultats de leur élection présidentielle au Gabon et non pas en France. Vous aussi oubliez nous donc un peu.

 

Depuis la campagne des primaires aux USA jusqu’au 1er débat télévisé entre Mme Hillary Clinton et M. Donald Trump, les avez vous entendu parler de l’Afrique ou lui faire des promesses à dormir debout ? Non. Les chinois parlent-ils de nous dans leur campagne alors qu’ils sont de plus en plus présents en Afrique et construisent des infrastructures ? Non plus. Vous vous en êtes encore qu’au stade des primaires de votre parti, dont vous n’êtes même pas déjà sûr de gagner au vu des sondages qui vous donnent perdant, et que de toutes les façons n’auront pour votants que les citoyens français, que déjà vous brandissez des grands plans pour nous. Non merci. Imitez les américains et les Chinois et coller nous un peu la paix. Oui la paix, la vraie paix que vous avez mis en péril dans toute la zone sahélienne, en Afrique de l’ouest et à l’extrême Nord de mon pays en permettant à des groupes terroristes, rebelles et extrémistes d’avoir accès à tout l’arsenal moderne de guerre que vous avez déversé en Libye.

 

Je vous invite donc à vous concentrer aux réalités franco-françaises pour votre campagne et à nous laisser tranquilles. Ce n’est pas avec des plans de fumisterie pareille que vous allez réussir à vous réconcilier avec les Africains. Votre promesse de plan est de la poudre aux yeux. Et c’est un africain de droite comme vous qui vous le dit. VOTRE PLAN NOUS N’EN VOULONS PAS et même si nous le voulions vous n’auriez pas les moyens de votre politique. Les électeurs d’extrême droite que vous draguez comme un lycéen ne vous laisseront pas le faire de toutes les façons.

 

Veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

 

Daniel Claude ABATE
Citoyen Camerounais


Ce que font les automobilistes camerounais quand ils sont au volant

Les statistiques sont effroyables. Les Nations Unies classent les accidents de la route comme deuxième cause de décès en Afrique. Les dernières statistiques les plus récentes en la matière sont contenues dans le quotidien Mutations et ont été rendues publiques le 10 novembre 2015 à Douala à l’occasion de la première journée de communication sur l’engagement du secteur privé dans l’amélioration de la sécurité routière. En fait, l’État a décidé d’associer la société civile à cause de la montée exponentielle des chiffres. Cette société civile a donc fait sa première sortie pour rendre public ses chiffres qui font état de 12 morts chaque jour par accidents routiers. Cela fait donc en moyenne presque 4700 personnes décédées chaque année au Cameroun. La grande tueuse, qu’on appelle vulgairement « l’axe de la mort » ou encore « le triangle de la mort » est constituée des routes qui rallient les trois plus importantes villes du sud : Douala, Yaoundé et Bafoussam. Ce triangle de la mort avale plus de 60 % de personnes à lui seul. Pour ce qui concerne les pertes financières alors, n’en parlons plus : les documents de stratégie nationale de sécurité routière (2009-20014) révèlent que le Cameroun perd plus de 100 milliards de FCFA par an.

Conducteur distrait
Conducteur distrait

La question lancinante cependant est celle de savoir la ou les causes de tous ces accidents routiers qui coûtent tant de vie, d’argent et de matériels au Cameroun. Pourquoi tant de carnages, tant d’ hécatombes qui sont pourtant évitables. Oui, ces catastrophes sont évitables parce qu’elles sont l’œuvre des hommes, des comportements des uns et des autres qui sont le fait des négligences assez criardes. Tenez, par exemple, plusieurs études en sciences sociales ont démontré que les accidents routiers sont à 80-95 % dus aux comportements des automobilistes. Cela, bien entendu, n’exclut pas les facteurs exogènes comme le mauvais état des routes, la piètre qualité des véhicules importé et le climat. Ce sont ces trois facteurs qui doivent déterminer le comportement d’un automobiliste au volant. Il faut tout de même signaler ici que malgré la présence des nids de poule, c’est la vigilance qui est seule capable de sauver des vie. Mais, que remarque-t-on pourtant ? Une sorte d’irresponsabilité doublée d’un état d’inconscience délibéré et avéré. Voici quelques portraits d’automobilistes qui foutent le bordel sur nos routes.

Les automobilistes sont fiers de faire le rallye sur des pistes aux nids de poule

On constate souvent que, sur la route qu’on appelle pompeusement « axe-lourd » (Douala-Yaoundé-Douala), les conducteurs roulent à plus de 120 voire à 160 km/h. Cet axe a la réputation d’être dépassé aujourd’hui pour une route qui doit desservir deux grandes capitales du pays (l’une politique et l’autre économique) de plus de 3 millions d’habitants chacune. Le trafic sur cet axe est tel que si on le ferme, c’est comme si on coupait le pays en deux. Bien qu’il n’y ait pas de chiffre disponible sur la circulation sur cet axe, on estime la fréquentation à plus de 1000 véhicules  par jour, excusez du peu ! Tous, des petits aux gros calibres, se font le plaisir de montrer leur robustesse et leur puissance à la manière de K 2000 de Michael Knight. Qu’importe la qualité de la route et la puissance de la voiture, chacun roule comme s’il faisait concurrence à l’autre pour gagner une médaille olympique. La passion de la vitesse gagne tout conducteur qui ne supporte pas de se voir doubler par une Toyota Yaris alors qu’il a une Mercedes. Lorsqu’une idée pareille se loge dans la ciboule, on oublie l’objectif principal pour se focaliser sur le dépassement, dans la concurrence en superman : « il veut même montrer quoi ? ». Voilà ! C’est le début de la folie et la suite, vous pouvez l’imaginer vous-même.

Les automobilistes boivent et mangent beaucoup parce que, demain, on ne sait jamais…

Ne soyez pas surpris si vous voyez un Camerounais se rendre à une cérémonie festive sans son véhicule. Beaucoup ont déjà compris la leçon pour avoir vécu des expériences épouvantables. Les automobilistes ont ceci de pathétique qu’ils se sont habitués à ne pas seulement ingurgiter beaucoup d’alcool, mais à remplir aussi la panse comme s’ils avalaient les aliments pour les conserver dans la panse afin de ruminer après le voyage ! Oubliant qu’un ventre qui reçoit ce genre de mélange réagit aussitôt. Du coup, ils se retrouvent au volant étant pressé d’arriver à destination. Il y en a qui ont le courage de s’arrêter pendant le parcours et de s’excuser pour aller déféquer en brousse. Oui, il faut avoir du courage, parce que les moqueries venant des passagers les insupportent : « mon frère, le mélange n’est pas bien hein ». Ce genre de situation arrive généralement sur la route de l’Ouest vers Douala ou vers Yaoundé de retour des funérailles et des obsèques où les occasions de grandes bouffes ne manquent pas. Quand la bière commence à faire ses effets sur le cerveau, là c’est le sommeil et la fatigue qui sont au volant. Les automobilistes les plus expérimentés savent camoufler cet état de fatigue à tel point que les passagers ne s’en rendent compte que lorsque le pire survient. Trop tard pour faire quoi que ce soit !

Le téléphone et les femmes : s’ils n’existaient pas, on les aurait créés

Parfois vous apercevez un automobiliste au téléphone alors qu’il est en plein axe-lourd, vous penserez qu’il est en train de résoudre un problème important, soit problème familial soit un business qu’il a lui même lancé… C’est lorsque vous constatez qu’il devient de plus en plus nerveux que vous vous ravisez sur vos illusions. Les automobilistes ont l’habitude de ne pas traiter des choses sérieuses au téléphone. Ces conducteurs prennent bien soin de laisser leur famille et leur business au chaud avant de prendre le volant d’une voiture, hein. Je disais donc, quand un conducteur décroche le téléphone à plusieurs reprises, jetez juste un coup d’œil sur sa figure, il devient de plus en plus nerveux. Ne cherchez pas loin : ces gars ont l’habitude de prendre la poudre d’escampette après avoir nourri leur amante de promesses pompeuses. Lorsqu’elle se rend compte de la duperie, elle menace son cher amant au téléphone en l’accusant de tous les noms d’oiseaux au point de faire un AVC. La nervosité d’un « deuxième bureau » c’est quelque chose hein. C’est ça qui rend nos pauvres chauffeurs tendus, à tel point qu’on se demande comment ils peuvent oser faire un dépassement monstrueux comme ça là ? N’essayez même pas d’aller plus loin dans les recherches pour savoir ce qui leur arrive, sinon ce sera à votre tour d’avoir des migraines.

Les automobilistes adorent le pointages : surcharge de passagers et de marchandises

Il existe, chez tous les automobilistes transporteurs, un phénomène pour le moins bizarre : c’est le bâchage. Que ça soit dans un taxi, une moto ou un car de transport, c’est devenu une habitude voire une règle incontournable. Pour les transports urbains comme les taxis et moto-taxis (ben-skin), les études montrent bien que les usagers sont parfois les principaux demandeurs à cause de la rareté des transport aux heures de pointe. En cas de bâchage, les femmes sont toujours assises au milieu entre le ben-skineur et le deuxième passager. Pour l’élégance, on dit que c’est pour la sécurité de la femme. Mais, sérieusement, les seins qui égratignent le dos du ben-skineur peuvent le distraire, hein.

Pour un taxi de cinq places, dont trois derrière et deux devant (y compris celle du taximan), un sixième passager peut venir se faufiler devant et s’asseoir entre le conducteur et le cinquième passager. Cela n’est pas sans conséquence sur le confort du taximan qui est obligé de manipuler le frein à main et sa vitesse en frôlant les cuisses de la cinquième passagère. Ne soyez pas naïf, je vous prie, les taximans adorent avoir une belle femme assise là. C’est une belle occasion de manipuler et changer la vitesse à temps et à contre-temps. Quel homme normal peut être insensible à une sublime beauté ? Seulement, le pire est vite arrivé lorsque le gars perd la tête et ne loupe pas une occasion d’égratigner sa voiture dans l’un des carrefours embouteillés de Douala. Si un taximan a la malchance de froler un ben-skineur, vous entendrez alors des échanges d’injures, des plus sophistiquées.

En ce qui concerne les cars de transport, le vrai pointage du conducteur, ce sont les bâchages de passagers en cours de route, des surcharges de marchandises au point d’embourber le car sur des routes non praticables. Ne me demandez pas s’il y a  des contrôles en route. Vous ne savez pas que les policiers et les gendarmes n’attendent que ça pour arrondir leur fin de mois ? Du coup, les surcharges sont alors permises. Ça devient un cafouillage total et bonjour les accidents. Qui vous a même dit que les assureurs ne sont pas contents lorsqu’ils constatent que le véhicules accidenté était en surcharge ?

Le défaut de casques tue, mais ça fait quoi à qui même si on ne l’a pas ?

Le phénomène de défaut de casque est devenu comme une gangrène qui tue à petit feu. Il a fini par ne plus être considéré comme une habitude : c’est désormais la règle absolue. Porter un casque lorsqu’on est sur une moto est désormais perçu comme une curiosité. Sur tout le territoire camerounais, le constat est le même. Il ne faudrait surtout pas penser que Douala et Yaoundé sont des villes récalcitrantes. Qu’on soit en pleine circulation urbaine, en campagne ou sur l’axe appelé « triangle de la mort », il est courant de voir un conducteur de moto, avec un passager derrière lui, rouler à 70 ou 100 km/h sans avoir mis de casque. J’en ai fais la douloureuse expérience en prenant une moto pour la ville d’Edéa situé à plus de 40 km à partir de la sortie Est de Douala. Le gars roulait à 85 km/h sans casque, ni lui ni moi d’ailleurs. Ça ressemblait un peu à un film de science fiction en pleine réalité.

Je me souviens avoir vécu une scène qui a failli devenir une émeute. Les autorités de la ville de Douala tentaient de convaincre les moto-taximans (ben-skineurs) d’adopter le port de casque, en vain. Pour être sérieux, cette histoire de refus de port de casque avait été l’œuvre des femmes qui tentent de se justifier en prétextant la santé de leur cheveux. Elles disent que les casques que les ben-skineurs réservent aux clients sont pleins de saletés et pas adaptés pour leur brésilienne achetée à prix d’or. En fait, disent-elles, lorsque ces casques vont de tête en tête, ils sont susceptibles de transporter des microbes dangereux pour leurs cheveux et leur peaux. Mais, la vérité est que les femmes n’aiment pas détériorer leur belle et délicate brésilienne avec le port du casque. Leur cause a fini par devenir celle des hommes qui, par mimétisme et par paresse, ont tout de suite estimé que le casque est dangereux pour la santé. Il fallait donc faire le choix : entre mourir en plein choc du crâne sur le bitume et mourir de chiques et de teignes. De toutes les façons, la mort c’est la mort, il y a quoi même ?

Pourquoi les ceintures de sécurité et les siège pour enfants sont-ils négligés ?

Contrairement aux casques pour les conducteurs de moto, qui refusent systématiquement de les acheter quand ils achètent leur moto, la ceinture de sécurité ne s’achète pas. Elle fait partie des équipements de sécurité du véhicule. Le défaut de ceinture de sécurité est une petite négligence qui a pourtant des conséquence incommensurables. Au départ du véhicule, les automobilistes prennent bien le soin de mettre leur ceinture. Ils sont même à féliciter pour cela. Mais, le hic, c’est que lorsque le véhicule arrive à destination, il est difficile de trouver la ceinture bien attachée. Que s’est-il passé entre-temps pour que cette ceinture ne soit pas à sa place ? Ce sont les multiples arrêts, obligatoires ou volontaires. Le temps d’obtempérer aux multiples interpellations policières, le gars s’empresse de mettre le pieds sur l’accélérateur en oubliant sa ceinture. C’est juste une question de temps. Les conducteurs qui ne sortent pas de leur véhicule arrivent à destination sans souci, mais qu’en est-il des passagers ? C’est sans commentaires ! En faisant un petit tour dans les gars routières ou en visitant quelques agences de voyages, les sièges pour passagers n’ont pas de ceinture de sécurité, sauf les cars appelés dans leur langage « cars VIP ». Dieu seul sait combien de vie on peut sauver si tous les passagers mettaient systématiquement leur ceinture de sécurité. En ce qui concerne les siège pour bébé, je ne sais même pas si les automobilistes camerounais savent que cette affaire-là existe. Par curiosité, j’ai interrogé un syndicaliste qui m’a révélé que sur dix véhicules qui conduisent avec un enfants à bord, un seulement possède un siège pour bébé qui est pourtant obligatoire sous d’autres cieux. Il poursuivit en disant que tous les véhicules ayant un enfants de moins de 10 ans à bord doivent être dotés d’un siège pour bébé. Allez donc voir ce qui se passe sur nos routes où les voitures et les cars de transport en commun ayant des enfants de moins de 5 ans sont calmement assis sans ceinture, roulent tranquillement ! Les chocs frontaux sont alors inévitables.

Les jeunes de plus en plus nombreux au volant des voitures de luxe

Plusieurs fois de suite, oui, je dis bien plusieurs fois, il m’est arrivé de constater, au réveil, qu’une voiture avait fini sa course en échouant devant le portail de la maison familiale. Ce sont des cas d’accidents récurrents, la cause n’est pas à chercher très loin : l’excès d’alcool. Le conducteur a donc passé toute sa soirée à boire et a pris le risque de conduire. Lorsque le propriétaire, généralement âgé, arrive pour dégager sa bagnole, nous en profitons pour nous enquérir sur ce qui s’est réellement passé. C’est donc son fils qui a eu le toupet d’aller à une surprise-partie accompagné de ses copains. Si on peut s’interroger sur le taux d’alcool ingurgité par les conducteurs, il ne faut pas cependant oublier que l’âge est un facteur très important. Autant il ne faut pas confier le volant à une personne trop jeune, autant les personnes de troisième âge conduisent de moins en moins.

Les injures crasses pour vilipender les manœuvres maladroites et gauches

Automobiliste vexé. Crédit photo Le Point.fr

Je m’en voudrais de ne pas mettre en exergue ici des comportements vils d’un autre genre : celui des insultes qui sont même devenues le sport le plus pratiqué des automobilistes. Comment ces insultes influencent-elles les accidents de la route, se demandent certains ? Le lien entre les insultes et les accidents est loin d’être direct, mais c’est surtout son aspect hystérique qu’il convient de souligner ici si on prend en compte l’état d’esprit des automobilistes au volant. En ce sens, l’état colérique peut avoir une influence sur la conduite. Les études formelles qui le démontrent sont vraiment rares, mais ce qui est par contre intéressant c’est la revue, non exhaustive, des formules verbales explosives et des moyens d’expression des conducteurs. Ces injures sont proférées dans des situations d’attentes doublé d’impatience lorsqu’on est engouffré dans l’un des nombreux embouteillages des grandes villes. La richesse du vocabulaire est immense dans ce domaine. Ainsi, il suffit d’un énervement pour s’entendre dire qu’on n’a pas de « couilles » en lançant tout de go « tes noyaux ». Les plus courageux vont même jusqu’à proférer des injures en s’attaquant à votre mère : « le Q de ta mère ». Il faut le préciser tout de même, les ben-skineurs sont des champions de ces invectives de bassesse les plus loufoques. Peu importe le coupable. Ces ben-skineurs ont toujours raison. Ils ont la priorité. Même au feu rouge, où l’arrêt est interdit, ils ne se gênent pas et passent sans inquiétude. Malheur à celui qui s’évertuera à leur donner des leçons de conduite. D’ailleurs, un usager à bord d’un Land Cruiser 4X4 conduit par une femme a été traité de « gigolo » par ces maître de la route. Il existe même une liste d’injures des automobilistes Français qui pourra vous donner une idée de l’état d’esprit des conducteurs.

Puis-je continuer ? Non, je m’arrête-là. La liste des types de comportements des automobilistes camerounais est très longue, trop longue même. Ce qu’il faut retenir ici, c’est que l’état psychologique et physique des automobilistes est l’un des facteurs, sinon, le facteur important dans la cause des accidents routiers. Un conducteur occupé à regarder une belle femme sur le trottoir, à toucher les cuisses d’une passagère, à causer au téléphone, est plus dangereux que son collègue qui ne respecte pas le code de la route. Ce genre de comportement est le fait que ces conducteurs vivent un fantasme qui les place au dessus des autres. Ils se vantent en se croyant permis de tout faire. Il y a même un courageux qui s’est permis de draguer ma copine en ma présence. Tout ça, à cause du carburant ! Malchance !

Je m’arrête-là, sinon…

« Ce billet est ma contribution dans le cadre de la campagne #StopAuxAccidentsRoutiers » . Retrouvez  le prochain billet de la campagne rédigé par Elsy Elsa dans son blog

Pour suivre la compagne, vous pouvez suivre le hashtag #StopAuxAccidentsRoutiers sur les réseaux sociaux.

Retrouvez également les articles publiés les jours précédents :

Cameroun : comment on obtient le permis de conduire ? (Ecclésiaste Deudjui)

Stop aux accidents routiers – Le jour où tout a basculé ! (Carole Leuwé)

Accident de la circulation : A cause de la route, « tu nous manquerons » (Thierry DidierKuicheu)

Et si ces routes avaient existé ? (Wiliam Tchango)

C’est elle la tueuse ! (Frank William Batchou)

Circulation : Ces pollueurs qui menacent nos vies (Mathias Mouendé Ngamo)

#StopAuxAccidentsRoutiers, Douala à l’ère du numérique (Danielle Ibohn)

La route tue, et nous aussi… (Fotso Fonkam)

Nos routes, ces caisses à sous mal entretenues (Armelle Sitchoma)


Voici pourquoi les Camerounais détestent Jean Ping

L’élection présidentielle gabonaise s’est achevée le 27 août 2016 mais elle déchaîne encore et toujours les passions au Cameroun. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les Camerounais s’adonnent ainsi à cœur joie au débat lié à l’actualité politique d’un pays voisin.
Pourquoi les Camerounais s’intéressent-ils, se déchaînent-ils, se passionnent-ils, voire se tuent-ils tant à s’occuper des problèmes des autres ?

Ce constat quasi général est unanimement et diversement apprécié par bon nombre de Camerounais. Ils trouvent que cette situation devient exaspérante, c’est effectivement exaspérant de constater que les Camerounais sont toujours prompts à s’offusquer des problèmes d’un autre pays, à juger le comportement d’un leader, pour ne pas dire d’un peuple. C’est malheureusement ce qui est arrivé au peuple gabonais, comme il en avait été pour le peuple ivoirien, béninois ou burkinabé. Cette année, les Gabonais en ont donc eu pour leur compte.

Les résultats provisoires de la commission électorale annoncés par le ministre de l’Intérieur gabonais n’ont pas atténué la ferveur et la fureur des Camerounais  pour le camp du président Ali Bongo comme pour celui de Jean Ping. Ce sont les détracteurs de l’opposant qui se sont le plus illustrés par des arguments aussi farfelus les uns des autres. Il ne me reste donc qu’à mettre en exergue ici ces différentes tendances de l’opinion anti-Ping.

Les Camerounais détestent Jean Ping parce qu’il est le « pion » des Français

C’est l’argument le plus répandu dans l’opinion. Pour avoir déjà rédigé des billets pour démontrer que les Camerounais, pour leur majorité en tout cas, sont des anti-Français, il serait donc évident et pas surprenant de l’observer au cours de cette élection. Deux éléments majeurs ont contribué à la construction, je veux dire, à la confirmation de cette opinion anti-française. Le premier c’est justement cet ouvrage de Pierre Péan intitulé « Nouvelles affaires africaines : mensonges et pillages au Gabon » publié en 2014. Cet ouvrage n’a donc pas un seul objectif qui est celui de contester la nationalité d’Ali Bongo. L’autre objectif de Péan est celui de mettre à nu le pillage des ressources gabonaises par la seule famille Bongo. Le second élément à mettre en exergue ici c’est la publication en avril 2015 des chiffres de la filiale gabonaise de la multinationale Total. En effet, les résultats des chiffres d’affaires de cette filiale de la multinationale française montraient une baisse de l’exercice 2015 de l’ordre de 45% par rapport à l’exercice de 2014.

Ces deux éléments sont des arguments brandis par les Camerounais pour démontrer la disgrâce du président Ali Bongo des cercles de la Françafrique. Ali Bongo était et est devenu comme une paria au sein des cercles français pour la simple raison que le fils d’Omar Bongo se désolidarisait peu à peu de ces cercles entretenus et laissés par son feu président de père donc il tien l’héritage. D’ailleurs, Ali Bongo était déjà devenu un partenaire qui ne comptait plus pour la France et dont qu’il fallait se débarrasser à tous les prix. Le livre de Péan et les résultats désastreux de Total sont là pour mettre le pauvre Ali Bongo Ondimba dos au mur. Le journal Français Libération, rapportant les propos d’Antoine Glaser, l’un des meilleurs connaisseurs des arcanes et des coulisses de la Françafrique, publie ceci :

Ali n’est pas très francophile. Il est fasciné par les Etats-Unis, a invité Michael Jackson à Libreville. Ses copains se trouvent bien plus dans le monde anglo-saxon, au Moyen-Orient ou au Maroc : il est très proche de Mohammed VI. […] Du vivant d’Omar, Ali faisait figure de mal-aimé. C’est sa sœur Pascaline qui régnait au côté du père, c’est elle qui avait les réseaux. A Paris, à l’hôtel Crillon, elle choisissait qui avait le droit de voir Omar, alors qu’Ali végétait au bout du couloir.

C’est donc cette disgrâce qui va mettre Jean Ping dans les orbites et le propulser comme le poids lourd de l’opposition. Le soutien des Camerounais à Ali Bongo vient donc du fait de sa rupture d’avec les principaux acteurs du pillages des ressources de l’Afrique comme Glaser tente de le démontrer dans cet ouvrage.

Les Camerounais détestent Jean Ping parce qu’il est lui-même « noyé » dans le camp Bongo

Ce Gabonais de père Chinois ne retourne dans son pays maternelle qu’en 1984 après avoir exercé des fonctions internationales au sein, notamment, de l’Unesco comme représentant du gouvernement gabonais. C’est donc le 26 février 1990 qu’il fut nommé par Omar Bongo comme ministre de l’Information, des Postes et des Télécommunications, du Tourisme et des Loisirs, de la Réforme du secteur parapublic, également en charge des Relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement. Le fait d’avoir appartenu, d’avoir pactisé avec le camp Bongo considéré comme des soutiens de la Françafrique, fait déjà de lui un dictateur déguisé en opposant. Pire encore, les candidats qui choisissent de former une coalition avec lui sont également des anciens du régime Bongo. C’est en quelques sorte des frustrés du régime ayant choisi la rébellion contre la mamelle qui les a nourri pendant des années. 

Comment donc comprendre et considéré que Jean Ping soit un opposant pur, dur et mur? D’ailleurs, son ralliement à l’opposition est tombé à pic juste au moment où la France mettait déjà Ali Bongo à l’écart. Quelle coïncidence?! La propulsion de Jean Ping dans l’opposition ne date donc pas de très longtemps. Il est juste le fruit d’une fabrication des cercles du père dAli Bongo. Jean Ping est donc resté fidèle à ce cercle qu’il a embrassé depuis fort longtemps et c’est ce qui lui vaut le soutien de la communauté internationale tirée par la France. Élire Jean Ping comme président du Gabon c’est toujours élire un autre Bongo qui ne dit pas son nom : entre Ali et Jean c’est bonnet blanc, blanc bonnet.

Ce qui est plus fragrant ici c’est le fait que Jean Ping ne soit pas seulement « noyé » dans le camp politique des Bongo, mais il est également filialement « noyé ». Certains observateurs et journalistes, à l’instar de l’écrivaine Calixte Beyala, ont d’ailleurs démontré la très grande imbrication de la famille Bongo dans la sphère politique gabonaise. Comment échapper à cette famille dans un petit pays de presque 1 million d’habitants, l’équivalent du tiers voire du quart de la population de la capitale économique Camerounaise, Douala? Pour illustrer ce détail très important sur l’imbrication de la filiation des Bongo dans les cercles du pouvoir politique gabonaise, voici ce qu’elle en dit :

Jean Ping, candidat face à Ali Bongo aux élections Présidentielles du Gabon est l’ex compagnon de Pascaline Bongo, fille de Omar Bongo et soeur de Ali Bongo, ils ont eu deux enfants. Donc Jean Ping est l’ex beau-frère de Ali Bongo. Ali Bongo est l’oncle des enfants de Jean Ping. Chantale Myboto qui soutient Jean Ping a eu une fille avec Omar Bongo, père de Ali Bongo. Son époux Paul Marie Ngondjout est le frère de Olga Laure Ngondjout, médiatrice de la République gabonaise et ex membre du Conseil National de la Démocratie incendié par la population dans les récents événements post électoraux; elle est par ailleurs une proche de longue date de Ali Bongo. L’actuelle présidente du Sénat Mme Boussougou est la mère de l’épouse de Franck Ping, fils de Jean Ping et de Pascaline Bongo. Afriquita Agondjo, membre de la cour constitutionnelle est la nièce de Jean Ping (fille de son défunt frère, Me Ogondjo Okawe). La juge Augue de la cour constitutionnelle est la proche parente de Demezo’o Obiang (Proche de Ping). Et au Gabon, on peut continuer ainsi, sans fin.

Difficile donc de se retrouver dans cet embrouillamini politique où la famille Bongo est presque omniprésente dans toutes les sphères politiques au Gabon. Pourra-t-on s’en passer finalement? « Wait and see! » comme le disent certains.

Les Camerounais détestent Jean Ping parce qu’il a fait ce qu’aucun Camerounais n’a réussi à faire jusqu’ici

Aucun candidat de l’opposition au Cameroun n’a encore atteint le score que Jean Ping a eu au cours d’une élection présidentielle : 48,23%. C’est le chiffre communiqué par la commission électorale (CENAP) en attendant la fin de l’examen du recours d’invalidation des résultats de la province du Haut-Ogoué introduit par le camp de Jean Ping. Pour mémoire, depuis le retour du multipartisme en 1990 au Cameroun, le pays a renoué avec les élections multipartistes où aucun candidat n’a jusqu’ici franchi le cap de 20% sauf l’opposant Fru Ndi qui n’a obtenu son meilleure score aux élection présidentielle qu’en 1992. Cette année-là, Fru Ndi avait eu 35,97% suivi de Bello Bouba qui n’avait obtenu que 19,22%. C’était l’élection présidentielle la plus transparente que le Cameroun a eu à organiser. Election finalement contestée suite à « la victoire volée » de Fru Ndi qui estimait l’avoir remporté haut la main face à Paul Biya. Depuis cette date, toute l’opposition réunie n’a jamais atteint le score de 30%.

Ce score obtenu par Jean Ping et sa coalition est justement le résultat d’un travail de lobbying qui a conduit à sa désignation comme candidat d’une coalition de trois partis politiques. En si peu de temps, réussir à faire une coalition avec deux poids lourds de l’opposition est ce qui manque de mieux aux opposants Camerounais. Depuis la première élection présidentielle de 1992, l’opposition camerounaise n’a jamais, au grand jamais fait l’unanimité autour d’un candidat unique. Et pourtant, toutes les études et des exemples comme au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Benin, etc. ont jusqu’ici montré que les alliances ou les coalitions sont non seulement importantes mais nécessaires. Pourquoi ? Parce que dans les dictatures qui règnent en Afrique depuis les indépendances où des régimes régnants sont des héritiers de la colonie, seul les batailles rangées et communes peuvent venir à bout des despotes et des tyrans. C’est le seul rapport de force qui puisse exister si le code électoral venait à ne pas subir de modification en faveur des élections libres et transparentes. Comment donc expliquer la réticence des opposants Camerounais face à un régime qui refuse une élection présidentielle à deux tours tant réclamée à cor et à cri ? In fine, s’arc-bouter sur l’absence des scrutins à deux deux tours aux élections présidentielles au Cameroun pour justifier l’absence d’une coalition c’est faire preuve de mauvaise foi.  

Jean Ping a fait ce qu’aucun candidat de l’opposition Camerounaise n’a encore osé faire : annoncer sa victoire avant la proclamation officielle. Dans une dictature, une tyrannie, les autorités sont prêtes à violer les lois en faveur du président, du chef du parti au pouvoir. C’est une situation récurrente au Cameroun où les partis politiques de l’opposition ont toujours eu maille à partir avec les sous-préfets prompts à interdire des manifestations voire de simples rassemblements dans un siège de parti politique. Une sorte de frilosité qui est propre aux régimes où il n’existe qu’une démocratie de façade. Les périodes électorales sont réputées être très tendues. Il suffit d’une petite erreur de comportement d’un opposant pour qu’il tombe dans les guet-appends tendus par les sbires du pouvoir pour le mettre dans de sales draps de violation de la loi. Jean Ping a donc franchi la ligne rouge en devançant le CENAP, en proclamant ses résultats à l’avance. Donc, un candidat de l’opposition qui sait qu’il a gagné ne doit pas attendre que le candidat sortant et président de la République l’appelle pour le féliciter comme l’ont fait Abdoulaye Wade au Sénégal, Goodlove Jonathan au Nigéria et tout récemment Boni Yayi au Bénin. Il doit faire comme Jean Ping : violer la loi et annoncer ses résultats avant que le CENAP ne mette son nez dehors. S’il fallait vraiment respecter la loi pourquoi cette commission a elle-même violer cette loi en accusant un retard de 24 heures dans la proclamation officielle des résultats ? Pourquoi le gouverneur de Haut-Ogoué, province d’origine du président candidat sortant Ali Bongo, a-t-il attendu la proclamation des résultats des 8 autres provinces avant de proclamer les siens ? Probablement c’était dans le but de voir les tendances et apprécier si elles étaient favorables ou pas au candidat Ali Bongo Ondimba afin de « fabriquer un score » en sa faveur au cas ou…. Ce gars malin que les Camerounais appellent « le plus Chinois des Gabonais » a vu juste et c’est ce qui a manqué à Fru Ndi en 1992 : prendre de l’avance sur le ministère de l’administration territorial, organisateur des élections à l’époque. Certainement que la donne devait changé. Bon, disons que l’opposant historique ne pouvait pas encore imaginé la fourberie et la mesquinerie de Pau Biya qui a déjà compris la leçon de sa déculottée. Aujourd’hui, tout est verrouillé à tel point que même Fru Ndi n’arrive à franchir la barre de plus de 10% que la commission électorale (ELECAM) lui attribue que pour faire plaisir aux observateurs internationaux. 

Les Camerounais détestent Jean Ping parce qu’il est tout simplement métis

En conclusion, ce qui est le plus récurrent dans les discours des pourfendeurs de Jean Ping va au-delà de la xénophobie, de la haine de la politique africaine de l’Elysée, bref de l’opinion anti-française. Le sang chinois qui coule dans ses veines de Jean Ping y est pour beaucoup dans cette violence verbale que les Camerounais lui adressent. Même le Béninois Lionel Zinsou, lors de l’élection présidentielle au Bénin où il a perdu (heureusement?) face à Patrice Talon, n’a pas échappé aux détracteurs venimeux d’un autre genre. Les mauvaises langues disent que Zinsou avait été victime de son métissage, de sa double nationalité, donc. Il n’y a pas que ses accointances avec la France qui lui ont valu de l’antipathies des Camerounais. Seule la couleur de la peau du candidat qu’il est, pour une raison ou une autre, suffit à le disqualifier. Que peut-on alors dire du sort qui sera réservé au Congolais Moïse Katumbi? Ce milliardaire de père Grec, ancien gouverneur de la province du Katanga et ancien président du puissant club TP Mazembe, subit des foudres du régime Joseph Kabila. Pour quelle raison? Déjà désigné comme le candidat à la fois de deux groupes de coalitions politiques à savoir le G7 (mars 2016) et l’Alternance pour la République (mai 2016), est considéré comme le candidat qui va faire parler de lui d’ici avant la fin d’année si la date de la présidentielle en RDC ne change pas. Moïse Katumbi sera alors le véritable Papa Noël offert aux bavards Camerounais. Malgré ce parcours élogieux, on trouvera toujours à dire puisqu’il est métis et par conséquent, c’est un traître.

Ce comportement est révélateur de ce que les Camerounais vivent comme une vengeance des pires atrocités de la colonisation qu’ils ont subies. La pauvreté persistante est vécue et perçue comme la conséquence de cette politique d’ingérence de la France et de la communauté internationale dans les affaires intérieures des Etats Africains qui ne cessent d’être pillés et dépouillés de ses ressources au détriment des intérêts de la population. Dans ce contexte, une sordide amitié d’un candidat avec une personnalité des milieux politiques français ou pire la couleur de sa peau, sera considérée comme une trahison. Du coup, un glissement vers le racisme, la xénophobie identiques au tribalisme primaire se fait jour. Ce type d’idéologie défendue par les pourfendeurs du colonialisme est le fait des leaders d’opinion d’un autre genre et qui se font même appelés « panafricanistes ». Comment ne pas identifier ce type d’idéologie à celle du Front National en France ? Um Nyobe, le leader Camerounais le plus célèbre, le visionnaire, avait d’ailleurs tiré une sonnette d’alarme sur ce type de comportement depuis 1951 au cours d‘une conférence de son parti (Union des Populations du Cameroun) tenue dans la ville de Kumba, un an avant le congrès à Eséka, en ces termes :

Nous ne confondons pas le peuple anglais avec l’impérialisme anglais qui maintient les peuples sous sa domination, ni le peuple de France avec le colonialisme français qui pille et opprime les peuples de notre pays. Nous devons mettre nos frères en garde contre le danger de la politique du racisme antiraciste. On ne peut, sous le prétexte de la libération des Noirs, mener une politique de haine contre les Blancs. La haine raciale est incompatible avec toute idée de progrè.

Comme si les Camerounais n’avaient pas compris cette leçon du regretté nationaliste, l’écrivain Camerounais Enoh Meyomesse revient à la charge pour s’inquiéter dans une tribune à travers une série de questions sur cette dérive comportementale permanente de son peuple :

Suffit-il de se proclamer anti-français pour devenir un « panafricaniste » vénéré de tous ou un « patriote » africain ? Suffit-il de prétendre œuvrer pour la baisse de l’influence française dans un pays pour devenir un « grand patriote » sur qui on ferme les yeux sur la fraude électorale et la misère su peuple ? Suffit-il de prétendre incarner de bouche le changement simplement parce qu’on est en compétition avec un plus âgé que soi avec qui on a cependant servi dans un même gouvernement antipopulaire pendant plus d’une décennie, pour devenir un « héros » ? Telles sont les grosses questions qui se posent au vu de la manière dont les Camerounais soutiennent actuellement la singulière « victoire » de Bongo aujourd’hui à la récente élection présidentielle au Gabon.

Et de conclure finalement en ces termes :

L’opposition camerounaise est tellement anti-française qu’elle est prête à anoblir le premier des individus qui va claironner que la France en a après lui, y compris Paul Biya demain

A bon entendeur, salut!


Lettre au président Jean Ping

Nous sommes le 29 août 2016 et voilà déjà presque 48 heures que les bureaux de vote ont fermés après le scrutin présidentiel du samedi 27 août. Ce qui est intéressant dans cet épisode des élections que l’Afrique connait depuis l’avènement de la démocratie, c’est le fait que, Jean Ping, le candidat de l’opposition le plus favori face au président sortant, Ali Bongo, prenne la parole et s’auto-proclame président de la République du Gabon avant les résultats officiels. Beaucoup de leaders de l’opposition en Afrique, et plus particulièrement au Cameroun voisin, n’ont jamais eu cette audace, ce courage. L’attitude de Jean Ping doit devenir un cas d’école pour deux raisons au moins : d’un, il a posé un acte dont aucun Camerounais n’a jamais été capable jusqu’ici, de deux, son geste démontre à suffisance qu’il est possible, à l’institution chargée d’organiser les élections, de proclamer les résultats immédiatement après le vote.

Cette habitude qu’ont eu les régimes politiques et les systèmes politiques en Afrique de traîner avec les résultats pour des raisons inavouées, doit être décriée fermement. C’est de cette manière que ces systèmes procèdent pour tripatouiller les résultats non sans avoir préparer les esprits de l’opinion nationale et internationale à une défaite de l’opposition. C’est cette colère qui a poussé le journaliste Camerounais Boris Bertolt à prendre les devants pour s’adresser à Jean Ping qui, pour lui, est déjà considéré comme président de la République du Gabon.

 

Jean Ping
Jean Ping

Monsieur le président,

Je tiens déjà à vous féliciter pour votre brillante victoire à l’issue de l’élection présidentielle du 27 août dernier au Gabon. Votre victoire ouvre la porte à la fin de près de 50 ans de règne de la famille Bongo à la tête de l’Etat du Gabon. 50 ans où ils ont pillé le pays, confisqué la liberté des gabonais, paupérisé les masses et même renversé des chefs d’Etats en Afrique. Votre victoire peut augurer d’une nouvelle ère à la fois pour le peuple gabonais, mais également pour l’Afrique et particulièrement l’Afrique centrale qui est aujourd’hui le cimetière des dictatures de la planète dans le monde. Paul Biya, Sassou, Idriss Déby, Obiang Nguéma, des chefs d’Etat qui n’envisagent à aucun moment une succession démocratique à la tête des Etats et qui feront tout pour se maintenir le plus longtemps possible et même assurer comme ce fût le cas au Gabon une succession dynastique. D’ailleurs, le « grand panafricaniste » Obiang Nguéma a déjà fait de son fils théodoro, son successeur en Guinée Equatoriale. Dire que les Equato guinéens sont sur les traces du Gabon. Au Cameroun après 34 ans de règne sans partage, dans les couloirs, le nom de Franck Biya circule déjà comme potentielle alternative à la succession de son père : Paul Biya.

Monsieur le président, vous devez mesurer la responsabilité qui est la votre dès ce lundi, celle de conduire par tous les moyens une alternance démocratique au Gabon. Je vous dirais ici que jusqu’à hier Dimanche 28 août, je ne croyais pas en votre triomphe, mais les résultats issus des observateurs indépendants, de la société civile, des discussions avec des diplomates, avec des journalistes qui ont été au Gabon m’ont permis de comprendre que vous étiez effectivement le vrai vainqueur de l’élection présidentielle. Lorsque samedi soir, aux alentours de 23h soit quelques après la fermeture des bureaux de vote, le porte – parole de Ali Bongo s’est permis de déclarer le président sortant vainqueur, en violation des lois électorales, j’ai commencé à comprendre qu’il s’agissait d’une préparation psychologique d’un hold-up électoral qui était en cours de planification. C’est la raison pour laquelle je partage entièrement votre décision de vous déclarer effectivement vainqueur de cette élection présidentielle afin d’empêcher la manipulation d’un clan de voyous qui a pris en otage le Gabon depuis 50 ans.

Je ne crois pas en la CENAP, car dans les dictatures, les institutions sont essentiellement à la solde des tyrans. Ils nomment qui y veulent afin d’assurer leur réélection. Au Burundi, au Congo, au Tchad ils n’ont surpris personne. Ali Bongo le sait raison pour laquelle des militaires hautement armés encadrent les bureaux de la CENAP ce afin de garantir une proclamation des résultats en faveur du candidat Ali Bongo. A cet instant seul les résultats des observateurs indépendants, de la société civile peut permettre de construire un rapport de force. Le peuple gabonais est fatigué de 50 ans de règne sans partage du clan Bongo. C’est la raison pour laquelle il vous a choisi et vous devez saisir le bâton du changement.

Pardonnez à mes compatriotes camerounais qui critiquent l’annoncent de votre victoire ce sont des êtres bipolaires. Ils vous demandent d’attendre la CENAP, mais ferment les yeux sur le camp Ali Bongo et viendront par la suite critiquer ELECAM, l’organisme en charge des élections dans leur propre pays. Ils disent que vous êtes le pion de la France, mais restent ignorants sur le fait que depuis 50 ans la famille Bongo règne sans partage sur le Gabon avec le soutien indéfectible de l’Elysée. D’ailleurs Ali Bongo a été installé en 2009 au pouvoir avec l’appui diplomatique français et des parachutistes chinois. Ils disent que vous êtes chinois mais sont incapables de demander à leurs dirigeants qui ont les nationalités françaises, suisses, américaines et autres de quitter le pouvoir. Ils disent qu’à l’Union Africaine vous avez tué Khaddafi, mais ils ont une telle méconnaissance du fonctionnement de l’institution panafricaine, pourtant se réclament panafricanistes qu’ils ne savent pas que vous êtes en fait un « grand secrétaire » des chefs d’Etat et vous n’avez par-là aucun pouvoir. Ils vous comparent à Alassane Ouattara mais ne disent pas qu’il n’y a pas de rébellion au Gabon, que le pays n’est pas coupé en deux et que la fracture identitaire (musulman-chrétien ; Nord-Sud) est à son comble. L’ignorance est le ferment de la survie des dictatures.

Croyez- moi, je sais que vous n’êtes pas forcément le meilleur profil que nous aurions voulu à la tête de Gabon, mais pour l’instant vous êtes celui qui pouvez permettre à un pays, à un continent de tourner la page, au moins symboliquement d’une période. Vous pouvez ouvrir la voie à une nouvelle. Ali Bongo et vous êtes issus d’un même clan, mais Ping ne s’appelle pas Bongo.

Boris Bertolt, Journaliste


Jeux Olympiques de Rio : 27 records mondiaux et 91 records olympiques ont été battus en 2016

La cité des dieux, favella de l’éponyme film, bénéficiera des installations sportives ultramodernes comme legs d’une revue internationale des nations sous fond de sport et jeux. Les Jeux Olympiques au Brésil n’ont peut-être pas été tributaires du Mondial de football de 2014 autant qu’on le pensait, mais le Brésil a sommes toutes gagné des paris qui lui rendront d’énormes bénéfices qui ne font que commencer.

RIO et encore…

Après toutes les peurs concernant la sécurité, le terrorisme, la Zika, les transports et les infrastructures jamais terminées (c’est le cas à chaque fois sauf quand ce fut au tour de la Chine en 2008), le Brésil a tenu et s’est raconté dans son entièreté non sans quelques couacs retentissants. L’image de l’eau de la piscine de plongeon devenue verte à cause d’une prolifération d’algues et un manque de produits chimiques a fait le tour du monde… Néanmoins, Rio De Janeiro s’est modernisé : nouveau métro, nouveaux quartiers, nouvelles infrastructures, villages olympique à transformer en logements sociaux…

Parmi les mauvaises notes, Patrick Hickey, 71 ans et chef des comités olympiques européens, a été arrêté par la police pour avoir revendu illégalement des tickets. Il a également démissionné de ses fonctions officielles.

Surmontant la concurrence d’entreprises américaines et allemandes plus robustes mais aussi plus chères et moins douées de fantaisie, deux entreprises italiennes ont assuré les cérémonies d’ouverture et fermeture, avec un rendu très brésilien : LA FÊTE!

Cet alibi a suffi au Cameroun pour travailler pendant 4 ans à un seul objectif, amplement atteint le soir de la cérémonie d’ouverture (avec sa pléthore de touristes comme d’habitude). Nous n’étions en effet pas là pour une médaille mais pour un titre : la délégation la mieux habillée à l’inauguration.

Cela fait, rien d’autre ne nous intéressait et ça s’est vu

La magie des jeux ? Un infantilisme contagieux. Certaines légendes ne perdent pas les vieilles habitudes. Des athlètes dans la légende. Grâce à leurs magnifiques performances sportives, certains athlètes sont rentrés définitivement dans l’histoire et d’autres ont commencé ou continué d’écrire la leur.

Si la gymnastique artistique est un spectacle… Simone Biles est un SHOW ! Cette gamine de 145 centimètres, américaine, est l’une des raisons pour lesquelles je pense humblement que les parents riches du sport ne doivent pas faire partie des disciplines olympiques. Les gymnastes et tous ceux qui écrivent l’athlétisme avec la force de leur corps et le dynamisme de leur cerveau sont des exemples de persévérance extraordinaire. Ils s’entraînent durement nuit et jour pendant 4 ans pour une médaille qui peut ne pas arriver. L’Américaine Simone Biles a dominé les épreuves de gymnastique artistique en remportant 4 titres olympiques et une médaille de bronze. Avec ce quadruplé en or lors des mêmes JO, elle rejoint quatre autres gymnastes dans la légende et souhaite maintenant réaliser ce quintuplé inédit à Tokyo en 2020.

Michael Phelps et Usain Bolt raflent des Médailles comme si c’était leur dû et promettent de se retirer, sans qu’on y croit vraiment.

On savait que le jeune sprinter canadien André De Grasse débordait de talent. On ne s’attendait pas à ce qu’il reparte de Rio avec trois médailles au cou, même si un podium au 100 m ou au 200 m n’était pas hors de portée pour lui.

Par contre, l’athlète qui a profité de ces jeux pour se faire découvrir est Penny Oleksiak. La jeune nageuse de 16 ans a remporté quatre médailles à la piscine et recevra plusieurs appels d’universités américaines de renom sous peu.

Le Canadien Derek Drouin a peut-être mis la main sur l’or au saut en hauteur, mais la finale du saut à la perche a été des plus spectaculaires. Le Brésilien Thiago Braz Da Silva et le Français Renaud Lavillenie ont enflammé le Stade olympique.

L’évolution de l’espèce…

Ces jeux olympiques de Rio ont vu de nombreux records mondiaux, olympiques et nationaux être battus par les athlètes. Un record mythique est tombé à Rio : celui de l’Américain Michael Johnson sur 400 m, qui était de 43 secondes 18. Le record du monde du 400 m avait déjà été hissé à des niveaux presque inhumains il y a 20 ans à Atlanta par l’inimitable Michael Johnson et amélioré ensuite.

Alors, 17 ans après, voir l’incroyable Sud-Africain Wayde Van Niekerk le battre comme s’il était seul dans la course laisse bouche bée et fait penser que les limites humaines sont plus loin qu’on ne croyait même si en même temps on n’imagine pas quel humain pourrait faire mieux.

Quand le Kenya est dans la place, les autres pays comptent sur la chance en athlétisme. Julius Yego est tombé mais n’a pas perdu… Ce Kényan atypique ne court pas. Avant de s’éloigner sur fauteuil roulant, le géant Kényan (Proportion musculaire énorme pour 1,75 m) était en tête et avait encore des lancers à exécuter… Son sport c’est le javelot et à cause de sa blessure il ne remportera que la médaille d’argent, pourtant il partait favori dans un sport où c’est lui le champion du monde. Sa particularité ? Un champion qui s’est surtout entraîné en regardant des vidéos sur YouTube.

Dur pour la Sud-Africaine Kaster Semenya, indiscutable championne des 1500 mètres. Continuer à gagner haut la main et voir ses concurrentes refuser de lui serrer la main… Son tort ? Elle est née dans un corps d’homme et est donc femme, comme l’ont prouvé tous les examens médicaux. Déjà pas sympathique dans la société puisque “intergender”, même le sport devient pour elle un problème : conditionnée par le jugement des autres et ses résultats époustouflants. Pourtant, dans le passé, on a accepté des hommes devenus femmes et maintenu des médailles de femmes devenues par la suite hommes. Alors pourquoi lui imposer l’humiliation d’une cure hormonale ?

Ce qui arrive à Rio en pleine mondovision au marcheur français Yohann Diniz alors qu’il devançait le deuxième de 42 secondes et avait pris une option sérieuse pour gagner l’épreuve des 10.000 m est loin de faire rire mais il a eu ses besoins qui pressaient, et a dû réfléchir pour choisir entre quitter la course et chercher des toilettes ou continuer. Il s’est soulagé en courant et il a finalement abandonné, mais pendant de nombreux kilomètres il a continué avec tout son paquet qui coulait de son froc.

Les États-Unis n’ont pas dominé autant qu’à l’habitude au basket-ball masculin, mais ils sont parvenus quand même à gagner, pareil pour les filles.

Un esprit olympique à géométrie variable

Selon la définition du Comité international olympique (CIO), l’esprit olympique « exige la compréhension mutuelle, l’esprit d’amitié, de solidarité et de fair-play ». Malheureusement cette philosophie n’a pas toujours été présente au Brésil que ce soit au niveau des athlètes, des institutions ou du public. On pense notamment au judoka égyptien Islam El Shehaby qui a refusé de serrer la main de son adversaire israélien Or Sasson ou encore au public brésilien qui a souvent sifflé les adversaires de ses propres sportifs. Que dire de la décision de la Fédération internationale d’athlétisme d’autoriser le relais 4×100 m américain dames à recourir seul alors que les Américaines avaient été éliminées lors des séries ?

Des athlètes brésiliennes des jeux Olympiques de Rio ont exprimé leur ras-le-bol d’être victimes d’agressions racistes ou autres sur les réseaux sociaux et sont passées à la contre-attaque. « Cette médaille est pour tous ceux qui ont dit que je devrais être dans une cage », a lancé la judoka noire Rafaela Silva, les larmes aux yeux, après avoir remporté l’or dans la catégorie des 57 kg.

Les JO de Rio sont ceux qui ont battu jusqu’ici le record de la vente et de la distribution des préservatifs.

Dans la catégorie des poids lourds à 91 kg, il a suffit de 23 secondes et un seul coup de poing au Nigérian Efe Ajagba pour venir à bout de Nigel Paul de Trinidad & Tobago. Le pugiliste a dit : « j’ai pensé à toute la rage que j’ai envers le gouvernement nigérian, j’ai renfermé ça dans un seul poing, je le l’ai allumé, je l’ai étendu et je me suis libéré ! »

La nouvelle la plus absurde

L’absurde ici est certainement l’histoire du faux vol à main armée impliquant la vedette américaine de la natation Ryan Lochte et trois de ses coéquipiers. Il sera intéressant de voir de quelle façon réagiront ses commanditaires.

Ces Jeux olympiques de Rio ont été marqués par l’arrivée de nouveaux pays sur la scène olympique et d’anciens pays qui ont enfin goûté aux joies du titre olympique. Parmi les pays faisant leur entrée aux JO le Kosovo, qui a tout de suite été sacré grâce à Majlinda Kelmendi en judo. Dès sa première participation, le Kosovo a remporté sa première médaille, la première en or. Les Îles Fiji aussi ont assuré, dès leur première apparition elles ont remporté le premier tournoi de rugby des jeux, qui se joue ici à 7 et non à 15.

Les JO à Rio ont trouvé leur reine pour les communicateurs brésiliens. Il s’agit de l’impressionnante éthiopienne Almaz Ayana, son nom est partout. Battre le record de 5000 m de 12 secondes… il faut le faire !

On observe un phénomène pour le moins troublant à la natation, mais nos médias semblent juger qu’il s’agit d’un sujet tabou…

Cela a été dit clairement, les Noirs peuvent aussi gagner dans la natation

Depuis que Simone Manuel est devenue la toute première femme Noire à remporter l’or olympique en natation, le débat est ouvert sur une discipline où, jusqu’ici, pour plusieurs raisons les Noirs n’ont pas brillé. Pourtant, on devrait se réjouir du fait que ceux qui, historiquement, dominent dans ces disciplines reconnaissent le potentiel de ces athlètes. N’empêche que le débat autour de la domination de plus en plus nette des athlètes Noirs, qu’ils soient d’Afrique, d’Europe, d’Océanie, ou des Amériques est un des plus farfelus de toujours.

Certaines revue scientifiques n’ont rien trouvé de moins que de parler “d’avantage génétique”. Loin de faire plaisir, c’est une nouvelle tentative de diminuer ce qui est le résultat de beaucoup de travail et d’abnégation. On insinue même que c’est injuste de faire courir ensemble un guépard et une tortue. Comme si le monde n’était pas déjà assez cruel envers une communauté raciale qui pousse chaque jour ses capacités physiques aux limites pour prouver qu’elle mérite d’exister.

Ce sont eux qu’on voit aux abords des routes comme éboueurs, dans la mer en train de nager vers l’espoir, dans nos villes, campagnes et brousses en train de courir pour la survie ou encore dans les ports comme dockers, dans les aéroports comme bagagistes, dans les champs et les mines des entrailles de la terre comme ouvriers dès qu’ils sont gamins ou sur les chantiers comme manœuvres. La relégation des Noirs aux tâches manuelles, physiques et musculaires est notoire, c’est une vieille histoire dans un monde hyper-technologique. Ce sont ces efforts corporels qu’ils répètent et étendent au sport. C’est pareil dans une équipe de foot. Avant de gagner autant et désormais plus que les autres, ce sont eux les tâcherons, ceux qui doivent courir jusqu’à se damner la langue au genou. Empaquetez tout ça et retrouvez-le aux Jeux Olympiques comme décharge de frustration et vous n’aurez pas envie de manquer de respect à ces athlètes en les minimisant comme “racialement prédisposés”.

C’est pour ça que l’olympisme est la plus grande vitrine humaine

Depuis que Tommie Smith et John Carlos ont levé le poing à Mexico en 1968 pour attirer l’attention sur le sort des Noirs aux USA, le monde a assisté à des choses telles que l’attentat activiste des palestiniens en 1972 à Munich, la volonté de boycott des Fédérations Africaines en 1976 pour attirer l’opinion sur le sort des Noirs en Afrique du Sud (alors que l’Afrique du sud blanche et raciste était admise), ou encore au choix cette année à Rio de faire participer, aux frais du CONI, comme 207ième délégation, des athlètes apatrides, inexistants dans leurs propres pays, parce que sans droits. Ça fonctionne mieux que l’ONU où ne triomphe que la supercherie et la brutalité.

Curieusement, le souvenir d’une photo de Mexico en 1968 hante encore les esprits. Cette année-là, un Américain Blanc reste impassible sur le podium pendant que les Noirs qui sont avec lui lèvent le poing. Cela n’a pas fait l’objet d’un tollé contre l’athlète Blanc qui ne lève pas le bras. En revanche, cette année, il y a eu une réaction quand l’américaine Gabby Douglas n’a pas posé la main sur sa poitrine au moment de l’exécution de l’hymne national américain. Tandis que chez Gabby Douglas ça n’a eu aucune incidence, l’américain Blanc, à l’époque comme aujourd’hui savait, très bien que soutenir le combat pour la dignité des Noirs signifiait bien plus que “Black Lives Matter », car ça voulait dire améliorer sont pays en donnant des chances à tous de le servir avec conviction.

Cette responsabilité, L’Éthiopien Feyisa Lilesa l’a prise sur lui. Au terme du marathon, dans la dernière épreuve, il a mis en évidence le problème des arrestations abusives d’activistes dans son pays. Il a traversé la ligne d’arrivée les bras croisés, geste qu’il a expliqué au moment de la remise de sa médaille d’argent. À cause de son geste, il risque désormais la mort. Il a jeté un pavé dans la mare, sans vouloir gâter la fête de clôture à personne.

Fête mouillée, fête fortunée… L’interminable dernière nuit de Rio est revenue sur le peuplement du Brésil, les autochtones Guaranì et leurs souvenirs endeuillés par des génocides, nostalgie de ce que nous avons été, européens conquérants, africains déportés régénérés par des religions comme le Candomblé…

La tribune a revu le président du Comité Olympique International, Bach. Précédé par un discours charmeur vis à vis du Brésil, l’Hymne Olympique, sous la pluie autant réelle qu’artificielle, le président a remis les honneurs au Premier Ministre Japonais venu en personne recevoir la torche. Il a signifié ce que veut dire pour son pays reprendre l’organisation du plus grand rassemblement humain après l’expérience de 1964. Il a dit merci pour 3 motifs : le soutien des populations japonaises, leur courage après le désastre de Fukushima en 2011, et merci aussi de vouloir encore organiser ces JO après 1964…. Et merci pour les Jeux fantastiques de Rio.

Le président intérimaire du Brésil a refait son show trilingue. Selon ses mots, l’autoestime d’être Brésilien s’est accrue. Les Brésiliens ont la médaille d’or en tant que public de tous.

27 records mondiaux et 91 records olympiques ont été battus. Une fois de plus la grande joie de vivre a célébré la diversité qui est notre plus bel enrichissement.

Les jeux sont terminés ?

Non! Les Jeux Paralympiques Rio ont commencé. Ne leur faisons pas manquer notre attention.

On est à Rio…

Alors CARNAVAL!

Mathias Mougoué Lionking