Fotso Fonkam


Blogging : 5 raisons pour lesquelles vous devez vous lancer

Aujourd’hui, 31 août 2019, se célèbre la journée mondiale du blog. Au Cameroun, l’activité est en plein essor avec la création de nouveaux blogs, et surtout la spécialisation des blogueurs. Il existe également quelques initiatives dont le but est d’encourager le plus grand nombre à ouvrir des blogs parmi lesquelles le BlogCamp, qui se tient une fois par an depuis 2017 et qui propose des ateliers, keynotes et partages d’expérience, et le BlogHub qui se tient mensuellement à Yaoundé et à Douala, et donc le but est d’accompagner les blogueurs et aspirants blogueurs dans la création et la prise en main de leurs plateformes. Si malgré ces initiatives vous hésitez encore à vous lancer dans le blogging, je vais dans cet article citer 5 raisons pour lesquelles vous devez créer votre blog dès aujourd’hui.

1. C’est gratuit !

Vous l’ignoriez peut-être, mais créer un blog ne coûte rien. Il existe un certain nombre de plateformes qui vous permettent de créer gratuitement un ou plusieurs blogs. Ces sites, qu’on appelle plateformes de blogging, en plus de l’espace qu’ils offrent, vous facilitent la tâche en vous proposant un éditeur de texte (pour la saisie et la mise en forme des articles) et un espace de stockage pour vos images, vidéo, audio ou tout autre contenu que vous utiliserez pour illustrer vos articles.

Au nombre de ces plateformes qu’il m’est impossible de citer de façon exhaustive, nous avons WordPress (www.wordpress.com) qui est sans conteste la plus utilisée au monde, Jimdo (www.jimdo.com) dont la particularité réside dans la facilité de prise en main, blogger (www.blogger.com) avec ses designs épurés, Medium (www.medium.com) qui a le mérite de rassembler même les personnalités les plus célèbres de la planète, etc.

2. Ça cultive

De manière générale, bloguer c’est produire du contenu. Et le contenu, ça peut être du texte, des images, des vidéos, des audios, etc. Mais l’un des aspects qui ne saute pas directement aux yeux, c’est que le blogueur, pour rester pertinent, doit beaucoup lire. Pour donner son opinion sur certains sujets, ou seulement pour donner certaines informations à ses lecteurs, il faut lire, lire et lire.

Certains blogueurs l’ont confessé : parfois, pour rédiger un seul article, ils se retrouvent à lire 2, 3, 4 livres. Convenez avec moi que si ce blogueur a seulement 20 articles publiés, il aura lu au moins 20 bouquins – c’est beaucoup plus que ce que certains lisent en une vie.

3. Ça rend méticuleux

Quand on est blogueur, on est exposé. Oui, parce que le contenu qu’on produit, on le publie sur internet, c’est-à-dire qu’on le met à la disposition de tout ceux qui sont intéressés par le(s) sujet(s) qu’on traite. Si parmi les lecteurs il y a ceux qui viennent apprendre, s’informer ou se divertir, il y en a également qui viendront avec des intentions moins innocentes. Les fautes, la cohérence, la force des arguments, la véracité de l’information donnée, tout sera scruté de près.

En conséquence, le blogueur fera automatiquement attention à tout contenu qu’il met en ligne. Il relira plusieurs fois les articles qu’il rédige avant de cliquer le bouton « publier ». Il vérifiera l’information plusieurs fois avant de la partager – bon, j’avoue que sur ce point plusieurs d’entre nous ont encore des efforts à faire.

4. Ça ouvre des portes

J’ai dit plus haut que le blogueur se devait d’être cultivé. Cette culture lui donne également accès à un certain nombre d’informations qui sont rarement accessibles aux autres. Il est donc facile pour le blogueur de tomber sur des opportunités et d’en profiter avant les autres. C’est peut-être ce qui explique que plusieurs blogueurs participent à des ateliers ou à des formations offertes par différentes organisations aux quatre coins du monde.

L’autre aspect qui cette fois-ci découle de l’exposition dont j’ai parlé plus haut, c’est que le blogueur a la possibilité, via son blog, de démontrer son expertise dans son domaine de prédilection. Un blogueur qui écrit sur la politique peut se démarquer par ses analyses pointues, et peut-être être sollicité pour rédiger des chroniques dans un journal. Un blogueur qui écrit sur la programmation a des chances d’être sollicité par des entreprises ou centres de formation seulement sur la base de la pertinence du contenu qu’il produit.

5. Ça rapporte

C’est la conséquence presque logique du point précédent. Écrire des chroniques, donner des formations, bosser en entreprise, ça rapporte. Mais ce n’est pas le seul point intéressant. Il faut savoir que le blogueur est parfois obligé d’acquérir des compétences ou aptitudes dans plusieurs autres domaines : ça peut aller du journalisme web ou du data journalisme au développement web en passant par le community management ou la gestion des projets. Les possibilités sont énormes.

Ensuite, le constat qu’on fait ces derniers temps, c’est que les blogueurs sont de plus en plus sollicités par les entreprises pour couvrir des événements ou pour des insertions publicitaires. Enfin, on voit de plus en plus des formations dans divers domaines offertes par des blogueurs, qui au fil de la pratique, ont accumulé une expérience non négligeable qu’ils peuvent déjà capitaliser.


Ces [pré]noms qui pèsent trop lourd

La semaine dernière, je regardais pour la deuxième fois cet excellent film intitulé Le Prénom dans lequel des amis se disputent parce que l’un d’eux prétend vouloir, appeler son fils « Adolf », comme Hitler. Les autres ne conçoivent pas qu’on puisse donner à un enfant le prénom d’un tel personnage, à cause des crimes qu’il a commis. Le problème soulevé dans le film, s’il peut apparaître banal à certains, est pourtant d’une importance capitale. Et ça, nos parents, même les jeunes parents, ne semblent pas encore l’avoir compris ici en Afrique.

Observez autour de vous, vous vous en rendrez compte : les prénoms que porte la grande majorité d’entre nous n’ont aucun lien avec le continent. La plupart du temps, on se base sur les personnages de séries télévisées, quelquefois sur les personnages de romans, mais beaucoup plus sur les livres saints, pour attribuer des prénoms à notre progéniture.

L’autre constat que vous pouvez faire, c’est que les prénoms sont plus utilisés que les noms. D’ailleurs, certaines personnes mettent tout en œuvre pour que personne ne sache jamais leurs noms « africains ».

Il y a plusieurs années, j’étais encore très jeune, il suffisait d’appeler un aîné par son « nom du village » pour recevoir de lui une correction à la hauteur de l’offense. Et quand c’était un grand frère qui insultait sont petit frère en l’appelant par son nom, la plainte était vite portée au niveau des parents qui interdisaient immédiatement que l’injure fût répétée.

De plus en plus, on voit des Africains changer l’ordre de leurs noms. C’est désormais le prénom qui vient en premier – contrairement à ce qui est inscrit dans les actes de naissance. Juste pour imiter le modèle européen. Dans les émissions à la télévision, sur les mémoires et les thèses, dans les journaux, ce ne sera jamais écrit Biya Paul, Fame Ndongo Jacques, mais toujours Paul Biya ou Jacques Fame Ndongo…

Crédit photo: natureetsaveurs.blog50.com
Donner un prénom étranger à un enfant africain, c’est comme essayer de cacher sa peau noire en lui mettant de la peinture blanche sur le visage – Crédit photo: natureetsaveurs.blog50.com

On ne s’en rend parfois pas compte, mais l’aliénation culturelle passe également par les noms qu’on donne à nos enfants. A cause de la tendance que nous avons à leur donner toujours des prénoms étrangers, lesquels prénoms sont plus utilisés que les noms, les enfants finissent par détester leurs noms qu’ils cachent soigneusement. En le faisant, c’est leur identité, leur culture qu’ils rejettent au profit de celle des autres. Dans certains cas, la tentative de dissimulation de cette identité désormais considérée comme une insulte ou un boulet, passe par le rejet de la langue maternelle et l’adoption de la langue officielle pour tous les échanges.

Pourquoi faut-il toujours emprunter aux autres cultures ce que nous avons en abondance chez nous ? Nous avons suffisamment de noms, de beaux noms, des noms pleins de signification chez nous. Nous avons plein de héros, de grands hommes, de reines illustres, de guerriers invincibles. Nous avons tout cela en Afrique.

Crédit photo: lapresse.ca
Ni chrétien, ni musulman, ni européen. Juste africain… – Crédit photo: lapresse.ca

Pourquoi donc délaisser ces noms-là, pour affubler nos enfants de noms bibliques, eux qui ne seront peut-être jamais chrétiens ? Pourquoi choisir pour nos enfants des noms étrangers alors qu’ils – nos enfants – sont Africains ? Qui portera nos noms si nous ne le faisons pas déjà nous-mêmes ?

Si nous, Africains, tenons à développer notre identité culturelle et encourager les enfants d’Afrique à être fiers de ce qu’ils sont – de ce qu’ils devraient être -, il est impératif que les noms et prénoms que ces derniers portent, eux aussi, soient des manifestations de cette identité, comme c’est le cas dans la plupart des cultures.


Le marketing de réseau : bonne ou mauvaise idée ?

Une ancienne voisine m’a récemment contacté. Elle voulait me voir parce qu’elle avait « une excellente opportunité » à me présenter. Sceptique, mais curieux (et surtout poli), j’ai accepté de la rencontrer pour qu’on en parle. Le jour du rendez-vous elle n’était pas seule. C’est le monsieur qu’elle m’a présenté comme son partenaire qui était chargé de m’expliquer dans les détails en quoi consiste « l’activité ». Je l’ai écouté et compris un certain nombre de choses au sujet du marketing de réseau.

Marketing de réseau ou pyramide de Ponzi ?

Comme beaucoup de personnes, j’ai d’abord fait l’amalgame entre les deux concepts, notamment à cause de la récente actualité concernant l’entreprise MIDA qui a défrayé la chronique au Cameroun. Pourtant en discutant avec des amis, j’ai compris qu’il s’agissait en réalité de deux choses bien différentes.

La pyramide de Ponzi est un ingénieux système mis en place pour la première fois en 1920 par un certain Charles Ponzi pour arnaquer des investisseurs. C’est « un montage financier frauduleux qui consiste à rémunérer les investissements des clients essentiellement par les fonds procurés par les nouveaux entrants ». Le système chancelle au fur et à mesure que la pyramide grandit et finit par s’écrouler « quand les sommes procurées par les nouveaux entrants ne suffisent plus à couvrir les rémunérations des clients ».

Le marketing de réseau c’est tout autre chose. Il s’agit d’un système de vente dans lequel « les revendeurs (ou distributeurs) peuvent parrainer de nouveaux vendeurs, et être alors en partie rémunérés par une commission évaluée en pourcentage sur les ventes des recrues ». Il ne s’agit pas d’une arnaque comme dans le cas du système de Ponzi, mais plutôt d’un système qui permet à chaque client de devenir distributeur à son tour et donc de trouver d’autres clients qui deviendront des distributeurs et sur les ventes desquels il recevra des commissions.

« Un à gauche, un à droite »

D’après ce qu’ils m’ont expliqué chaque élément du réseau doit créer son propre réseau constitué de deux personnes, pas plus. Chacune de ces personnes a également pour mission de construire un réseau en recrutant deux personnes, une « à gauche » et une « à droite ».

L’intégration au réseau est conditionnée par l’achat d’un ou de plusieurs produits dont le coût varie en fonction des entreprises. L’argument marketing avancé c’est que non seulement on achète un produit qui nous est utile, mais en plus on a la possibilité de se faire de l’argent en ramenant des gens dans le business. Chaque personne recrutée est placée soit à gauche soit à droite de son recruteur, de façon à former une pyramide (ou un triangle) dont le sommet est le recruteur et la base les deux personnes recrutées (une à gauche, une à droite).

Pour le cas qui me concernait, le montant total des produits achetés devait être supérieur ou égal à 1.000 BV (Business Value), 1.000 BV correspondant à environ 400.000 FCFA. Le système commence à être rentable au moment où le recruteur a fait acheter pour une valeur de 3.000 BV à gauche ET 3.000 BV à droite. Il commence donc à recevoir une commission sur les achats de ses recrues et de tous ceux que ces derniers vont recruter par la suite.

Ça peut marcher, mais Il y a un « mais »…

En écoutant le partenaire de ma voisine dérouler les avantages de leur système, j’ai compris une chose : le marketing de réseau tel qu’il me l’expliquait peut effectivement produire de l’argent. C’est un système très bien pensé et je ne doute pas qu’ils y a des personnes qui sont aujourd’hui à l’abri du besoin grâce à ce système.

Mais — évidemment, il y a toujours un mais — quand on observe de près, le système n’est pas sans désagréments. En fait je pense qu’il y a en arrière-plan de ce système, une volonté de jouer sur les sentiments des uns et des autres pour les « entraîner » dans le réseau.

Tout commence avec le choix des personnes à recruter. Généralement elles se comptent parmi les amis ou les membres de la famille. Ce sont des gens qui ont une totale confiance en ceux qui veulent les recruter et qui, à cause des liens qui existent entre les deux, sont prêts à courir le risque de mettre leur argent dans l’activité. Ça peut rapidement devenir sujet de querelle si la richesse tant promise ne suit pas.

L’autre élément suspect dans ce business concerne les produits mis en vente. Le catalogue des produits qu’on m’a présenté était pour le moins inhabituel : des pendentifs qui repoussent les mauvaises ondes et purifient le sang, des filtres à eau qui chargent l’eau en énergie, des bracelets qui font ci ou ça, etc. On se croirait dans une boutique de farces et attrapes. Le seul produit qui m’avait l’air intéressant, c’était des formations à distance dans certains domaines comme la gestion des projets et le marketing.

Bien évidemment, le prix de ces produits m’a fait sursauter. Parce que, acheter un filtre à eau dont on ignore les effets réels (puisqu’ils ne sont vendus nulle part ailleurs) à 400.000 ou plus, c’est plutôt risqué comme investissement. Et ça pose un autre problème : beaucoup de personnes se retrouvent en train de s’endetter pour intégrer le réseau, espérant récupérer en peu de temps. 400.000 FCFA c’est beaucoup plus que mon salaire mensuel malgré les presque 10 années de service que j’ai déjà dans la fonction publique.

Le marketing de réseau ou l’esclavage

C’est à cette conclusion que je suis finalement arrivé : le marketing de réseau transforme les gens en esclaves. Quand un individu s’est endetté à hauteur de 400.000 FCFA pour acquérir un produit aux propriétés non prouvées, il se retrouve dans une situation délicate : il faut rembourser l’argent prêté, et pour cela il faut recruter des gens. À tout prix. C’est ainsi que les amis, collègues, anciens voisins, membres de la famille sont harcelés au quotidien parce qu’on leur met la pression pour qu’ils intègrent le réseau au plus vite.

Après la première rencontre entre les recruteurs et moi, je n’ai pratiquement plus eu la paix : appels téléphoniques et visites inopinées étaient récurrents. Ils voulaient savoir où j’étais dans la recherche de l’argent pour acheter un produit et démarrer l’activité. C’était agaçant mais je les comprenais. Et je compatissais.

Ensuite, il y a un élément très important à ne pas oublier : il fallait avoir fait acheter 3.000 BV à gauche ET 3.000 BV à droite pour commencer à monétiser. Ça voulait dire que si l’un des « enfants » n’était pas assez offensif pour recruter deux personnes, son parent ne bénéficiait pas encore des commissions, et ce même si le réseau du deuxième était très étendu. Dans ce cas, le parent se retrouvait obligé de chercher d’autres recrues lui-même, afin de les placer dans le réseau d’un de ses enfants pour enfin commencer à « manger l’argent ». En fin de compte, on n’a presque jamais la paix quand on s’engage dans le marketing de réseau.

La prudence devrait être de mise

Personnellement je recommanderais aux personnes autour de moi d’être prudentes quand on leur propose d’intégrer ce genre de réseau, où on leur promet des gains avoisinant la centaine de millions après quelques années d’activité seulement. Surtout, ne pas s’endetter si on n’est pas certain de trouver des personnes qui vont intégrer le réseau sans se retrouver criblés de dettes. Et, éviter de s’y engager si on compte sur les revenus liés au réseau pour rembourser cette dette. Mais plus important encore, éviter d’entrer dans ce genre de business si on n’a pas le temps pour aller prospecter.

Enfin, il faut être très attentif pour ne pas se laisser embarquer dans une arnaque : il est très facile de confondre le marketing de réseau et la vente pyramidale qui est « une forme d’escroquerie dans laquelle le profit ne provient pas vraiment d’une activité de vente comme annoncé, mais surtout du recrutement de nouveaux membres ».


CAN 2019 : le Cameroun respecte la tradition des primes

La Coupe d’Afrique des Nations qui débute le 21 juin prochain verra-t-elle la participation des Lions Indomptables du Cameroun, les tenants du titre ? Rien n’est sûr. En effet, le climat n’est pas au beau fixe dans la tanière où les félins du pays de Roger Milla exigent le payement de leur prime de participation avant de prendre la route pour le pays des pharaons où la compétition se déroule.

Crise de confiance

Si l’attitude de l’équipe nationale camerounaise peut surprendre, il faut avouer que la réaction des joueurs était prévisible : en effet, les problèmes de primes se posent systématiquement quand des athlètes camerounais vont en compétition. On a vu des cas où, longtemps après la compétition, les joueurs sont encore en train de réclamer leurs primes. Comment s’étonner donc, que la confiance ait cédé sa place à la méfiance et à la suspicion qui existe désormais entre les joueurs et le staff de la fédération Camerounaise de Football ?

Les désaccords entre les instances dirigeantes du football camerounais et les membres des équipes nationales, quand ils ne portent pas sur les délais de payement des primes, portent sur les montants alloués. Concernant la CAN 2019, certaines informations font état de ce que les lions bouderaient le montant des primes qui leur sont allouées, et en réclament le double, soit 40 millions au lieu des 20 qui leur sont promis. Le même problème s’est posé avec les lionnes qui exigeaient 50 millions de francs CFA comme prime de participation à la Coupe du Monde qui se joue actuellement en France, tandis qu’en face on leur en proposait seulement 15…

Eto’o à la rescousse

D’après plusieurs sources, la fédération a fait appel à l’ancien capitaine des lions indomptables du Cameroun, Samuel Eto’o Fils, pour qu’il négocie avec les joueurs qui refusent de prendre l’avion tant que le problème de primes n’a pas été réglé. Parviendra-t-il à les faire céder ? Difficile à dire, mais Eto’o, qui a lui-même mené plusieurs mouvements de contestation pendant son séjour dans la tanière, sait très bien de quoi sont capables les responsables de la Fédération Camerounaise de Football.

Lors de la CAN féminine « Ghana 2018 », l’équipe nationale du Cameroun préparait son match de demi-finale sans avoir reçu de primes. C’est dire si on peut avoir confiance en ceux qui dirigent le football camerounais. D’ailleurs, il y a quelques années, Eto’o fils déclarait sur une chaîne de télévision n’avoir « JAMAIS perçu aucune prime depuis trois ans ».

Péril sur la participation des Lions

Le départ des Lions Indomptables du Cameroun pour l’Égypte est prévu pour le jeudi 21 juin 2019. Selon le règlement de la CAF, les équipes doivent arriver dans le pays hôte au moins 5 jours avant leur premier match, sous peine de disqualification (si j’en crois cet article publié sur journalducameroun.com, et celui-ci publié sur afrik-foot.com). Le premier match de l’équipe nationale Camerounaise étant prévu pour le 25 juin, un seul jour de retard entrainera la disqualification pure et simple des tenants du titre.

Au terme de négociations entre le ministre des sports, le staff de la fédération Camerounaise de football et joueurs de l’équipe nationale, l’équipe nationale du Cameroun a finalement quitté Yaoundé pour l’Egypte ce 21 juin 2019 en fin d’après midi. D’après certaines informations, les propositions faites par les instances dirigeantes du football camerounais ont toutes été rejetées par l’équipe, qui a préféré mettre un terme aux négociations avant de se décider à rejoindre le pays qui abrite la compétition.

Les Camerounais échappent ainsi à une seconde humiliation après celle qu’ils ont subie suite au retrait de la CAN 2019 initialement prévue au Cameroun et finalement organisée en Egypte. En tout état de cause, de tels tiraillements à la veille d’une compétition de ce niveau n’augure rien de bon pour la suite des événements, car les lions pourront-ils rugir de toutes leurs forces si la question de leurs primes est toujours pendante ?


Les régions francophones seront-elles « contaminées » par la crise anglophone ?

Après plus d’un an de combats dans les régions anglophones, les incursions répétées de combattants sécessionnistes dans les villages francophones limitrophes aux régions du Nord-ouest et du Sud-ouest semblent indiquer que le conflit pourrait s’étendre à d’autres régions.

Lorsque la crise anglophone a commencé en octobre 2016 par la grève des avocats, personne n’avait imaginé qu’elle prendrait les proportions qu’elle a aujourd’hui. À cette l’époque-là, les habitants et ressortissants des régions anglophones du Cameroun exprimaient leur mécontentement en organisant simplement des marches de protestation. Deux ans après, le bilan est effrayant : les morts se comptent par milliers, des villages sont rayés de la carte et le nombre de réfugiés et de déplacés internes ne fait qu’augmenter.

Depuis 2016, le gouvernement camerounais se veut rassurant face aux inquiétudes des populations et de la communauté internationale. Pourtant, la situation que le gouvernement dit sous contrôle est en train de lui échapper. Depuis l’année passée, il n’est plus seulement question des deux régions anglophones : on observe de plus en plus des incursions de présumés séparatistes dans les régions limitrophes aux deux régions anglophones, à savoir la région de l’Ouest et celle du Littoral.

Des attaques enregistrées à l’Ouest et au Littoral

La première incursion attribuée aux séparatistes ambazoniens en zone francophone remonte au moins de juin 2018. Selon plusieurs sources concordantes, des échanges de tirs ont lieu le 13 juin 2018 entre les forces armées camerounaises et de présumés sécessionnistes à Kotto, une localité située dans la ville de Mbanga, région du littoral. Le bilan de cette attaque fait état d’un blessé du côté des forces de défense camerounaises.

Quelques jours après cette attaque, c’est au tour de la région de l’Ouest d’être la cible des séparatistes. Dans la nuit du 26 juin 2018 aux alentours de 21 heures, la brigade de gendarmerie de la ville de Babadjou dans le département des Bamboutos, région de l’Ouest, est attaquée par un trio individus non identifiés. L’alerte donnée par le gendarme de garde, des renforts arrivent et les assaillants prennent la fuite.

Le 1er juillet 2018, une autre gendarmerie est attaquée à Penda Mboko une localité de la ville de Mbanga, région du Littoral. La gendarmerie est incendiée, et des coups de feu sont échangés entre les forces de l’ordre et les présumés sécessionnistes, avant que ces derniers ne s’évaporent dans la nature.

Retour à l’Ouest 10 jours plus tard, le 11 juillet 2018, dans le village de Fongo Tongo, département de la Menoua. 8 personnes sont enlevées par des assaillants non identifiés. Le 10 septembre, une école primaire située dans l’arrondissement de Dschang est attaquée. Les salles de classe et le bureau du directeur sont incendiés.

Vers la fin d’année, c’est le village de Bangourain, dans le département du Noun, région de l’Ouest qui est pris pour cible, précisément le 23 décembre 2018. Le bilan de l’attaque, dressé par le gouverneur de la région de l’Ouest, fait état de « 86 maisons incendiées, des dizaines de voitures brûlées », ainsi que des motos et denrées emportées.

Le 19 mars 2019, certaines informations annoncent l’enlèvement de 3 hommes et l’incendie d’une usine dans la ville de Mbanga, département du Moungo, région du littoral. Enfin, le 1er avril 2019, 3 gendarmes sont blessés au cours d’une attaque menée dans la localité de Penda Mboko.

L’inévitable débordement du conflit

Quand les populations des régions anglophones commencent la lutte armée, personne ne donne cher de leur peau. Pourtant, plus de deux ans après, la résistance ambazonienne tient bon. En revanche, l’armée camerounaise donne l’impression d’être débordée, dépassée sur le terrain, malgré toute la logistique qu’elle déploie. La mauvaise connaissance du terrain et la multiplication des groupuscules sécessionnistes indépendants – c’est-à-dire qui n’obéissent pas forcément à une quelconque autorité en dehors de leur cercle restreint – jouent certainement en sa défaveur.

Il est donc de plus en plus difficile pour l’armée de contenir le conflit dans les régions anglophones qui sont devenues totalement ingouvernables, à l’exception de quelques grandes villes qui tiennent encore. Si les grandes villes sont relativement sécurisées, les frontières, elles, restent poreuses, permettant ainsi aux combattants anglophones d’étendre leur champ d’action.

Vers une guerre civile ?

L’armée étant limitée notamment à cause de la multiplication des zones de conflit, les populations se retrouvent dans l’obligation d’assurer elles-mêmes leur défense pour repousser les éventuelles attaques des insurgés.

C’est ce qui s’est passé à Bangourain dans le Noun, région de l’Ouest, où après des attaques attribuées à des séparatistes, deux hommes soupçonnés d’être des combattants anglophones ont été sauvagement battus et traînés dans les rues du petit village.

La suite, c’est que certaines populations ont commencé à quitter le village, de peur de représailles de la part des séparatistes. C’est en effet une éventualité à prendre en considération, quand on sait que depuis le début de la crise anglophone la haine entre les populations anglophones et francophones est exacerbée.

Si, comme il est facile de le constater, l’armée a montré ses limites, et que les populations des régions limitrophes à celles en conflit se retrouvent entraînées de force dans cette guerre qui au départ se passait entre l’armée régulière et les groupes armés séparatistes, quelles en seront les conséquences sur les plans sécuritaire et humanitaire, quand on sait que le bilan jusqu’ici est déjà trop lourd ?

Calme précaire

Le dernier fait d’armes des combattants sécessionnistes en zone francophone remonte à quelques semaines (avril 2019). La situation est-elle pour autant sous-contrôle ? Pas le moins du monde. Si aujourd’hui des personnes sont enlevées en plein Bamenda, si des tirs sont encore entendus à Buea malgré tout le dispositif sécuritaire déployé, il est plus qu’évident que ce ne sont pas les soldats de l’armée camerounaise qui pourront sécuriser les frontières. Si la question anglophone n’est pas réglée dans les plus brefs délais, il y a fort à parier que dans quelques mois ou années, on ne parle plus seulement de la crise anglophone, mais plutôt de la guerre au Cameroun.


Le matricule ou la vie : le choix difficile des enseignants affectés en zone anglophone

Cela fera bientôt 3 ans que deux régions du Cameroun sont touchées par une crise qui a évolué des revendications corporatistes des syndicats d’avocats et d’enseignants à une guerre de sécession en passant par des actions de désobéissance civile et par des manifestations plus ou moins pacifiques. En trois ans, la violence a lentement évolué, et parmi les victimes qui se comptent par milliers, figurent en bonne place les enseignants. Ces derniers affectés dans des zones de conflit parfois désertées même par les autorités administratives bénéficiant pourtant de la protection de l’armée, font face à un difficile dilemme : faut-il sauver sa vie ou son matricule ?

Depuis le début des troubles en zone anglophone, les enseignants sont particulièrement visés, vu qu’au départ, la résistance consistait à empêcher les cours de se tenir normalement pour protester contre la « francophonisation » de l’éducation anglophone. Les enseignants ou élèves qui, téméraires, essayaient de braver les interdits subissaient des menaces de la part des grévistes ou de leurs supporters.

Quand les attaques commencent, les cibles sont bien entendu les établissements scolaires, les enseignants et les élèves. Des « commandos » sont constitués, et font des incursions dans les établissements scolaires qui refusent de se conformer aux différents mots d’ordre. Ce qui au départ ressemblait à de l’intimidation prend des proportions inquiétantes. Les « commandos » commencent à faire des victimes, terrorisant et blessant les élèves, incendiant écoles et véhicules appartenant aux enseignants.

Ainsi, le lycée de Wum, le lycée bilingue de Nitob, le lycée de Bayele, le lycée bilingue de Ndop, l’école publique de Kikai, l’école publique de Babessi, l’école bilingue de Jakiri, entre autres, sont totalement ou partiellement consumées par le feu. Des véhicules d’enseignants sont incendiés au lycée d’Atiela, au lycée de Nkambe, au lycée de Nkwen, au lycée technique « canadien », et au lycée bilingue de Bamenda.

Mais ça ne suffit pas. Des enseignants sont tués ou enlevés à Kosala, à Batibo, à Muyuka, à Buea, à Kumba, etc. Le cas le plus récent, c’est celui du professeur d’histoire-géographie en service au lycée bilingue de Nitob, qui a été enlevé puis décapité, et dont la tête a été jetée à Nkwen, en plein Bamenda.

La question qu’on peut légitimement se poser, c’est « que font les enseignants dans ces zones hautement à risques ? » Hé bien, la réponse est simple : ils n’ont pas le choix. Ou alors, ils en ont un, mais très difficile à faire.

En effet, quand la crise a commencé à prendre de l’ampleur, plusieurs enseignants ont préféré déserter les zones de guerre pour préserver leur vie. Les autorités, dans le souci de donner l’illusion de normalité et pour soutenir la thèse que tout la bien et que la côte d’alerte n’est pas atteinte, a multiplié des mesures pour contraindre ces derniers à rester en poste. Des recensements du personnel, menaces de suspension de solde pour les agents absents du service, et création de conseils de discipline régionaux par le ministre des enseignements secondaires ont fini de convaincre les collègues à rester en poste au péril de leur vie.

Pourtant, aucune mesure n’est prise pour assurer la sécurité des agents de l’état en service dans ces zones. Les enseignants doivent donc faire face à deux menaces : d’un côté, les groupes armés qui peuvent fondre sur n’importe quel établissement et causer des dégâts irréversibles, et de l’autre les autorités qui font peser la menace de la suspension de solde sur leurs agents.

Ce que le gouvernement semble oublier, c’est que la sécurité de ses agents, et précisément la protection des enseignants est sa responsabilité, conformément à l’article 37 alinéa 2 de la loi d’orientation de l’éducation au Cameroun qui stipule clairement que « l’État assure la protection de l’enseignant et garantit sa dignité dans l’exercice de ses fonctions ».

Que faire donc, puisque l’État se montre incapable de protéger les enseignants ? Dans ce cas, la décision revient aux enseignants eux-mêmes, mais s’il faut choisir entre son matricule et sa vie, avouons que le choix est vite fait.

Photo : M. E. Kindzeka / VOA



Drame du lycée bilingue de Deido : la faute aux parents ?

Le 29 mars dernier, un élève du lycée bilingue de Deido, situé dans la ville de Douala au Cameroun, a été poignardé à mort par un de ses camarades pour une histoire floue de téléphone portable. Transporté aux urgences de l’hôpital de district de Deido, l’infortuné a rendu l’âme quelques instants après. L’indignation qui a suivi ce drame a peu à peu laissé place à des analyses plus ou moins tordues dans lesquelles on a vu certains enseignants rejeter le tort sur les parents et sur les autorités gouvernementales, oubliant les premiers concernés : le personnel administratif du lycée en question.

Le laxisme inquiétant

C’est vrai, les parents ont leur part de responsabilité dans l’éducation de leurs enfants, et je suis d’avis qu’ils négligent de plus en plus ce rôle pour diverses raisons – dont aucune n’est convaincante selon moi – mais cela n’empêche en rien les professionnels de l’éducation que sont les enseignants de bien jouer le rôle qui est le leur.

Dans les établissements scolaires, ce qu’on observe a de quoi inquiéter : la discipline n’est plus l’affaire de personne. Les personnels en charge, quand ils ne sont pas indifférents à tout ce qui se passe dans l’établissement, se rangent du côté des élèves au mépris du règlement intérieur. Aujourd’hui, le copinage entre élèves et enseignants est devenu la règle, et bien sur la discipline en prend un coup.

L’élève, en fin de compte, devient de plus en plus audacieux et finit par être celui qui fixe les règles dans l’établissement. Les cas d’insolence, ces dernières années, se sont tellement multipliés qu’il n’est même plus choquant de voir un élève insulter ou même porter la main sur son enseignant.

Il y a quelques jours encore, les élèves du lycée bilingue de Ngalbidje, dans la région du Nord Cameroun, décidaient d’en découdre avec madame la proviseure de l’établissement, qui s’est cassé une jambe en essayant de s’enfuir. Plus récemment encore, c’est un élève qui est venu à l’école avec une machette avec pour objectif de régler son compte à un enseignant. Il y a également le cas de cet élève qui a eu le courage d’afficher un communiqué dans son établissement dans lequel il promettait la bastonnade à son surveillant général.

La faute des parents ?

Je l’ai dit plus haut, les parents ne sont pas totalement innocents dans ce qui se passe dans nos écoles. Ils ont leur part de responsabilité dans le sentiment de toute-puissance qui anime leurs enfants, car dans certains cas, ils cautionnent les frasques de leurs rejetons sans jamais les en blâmer.

Un exemple récent, c’est celui du commandant de brigade de Mayo-Oulo dans la région du Nord Cameroun qui, accompagné de sa femme, s’est rendu au lycée où sa fille était élève pour molester le surveillant général qui avait, paraît-il, puni cette dernière. Une telle attitude, que beaucoup de parents ont adoptée, n’est pas de nature à montrer à l’élève qu’il doit se plier au règlement intérieur et à l’autorité du personnel enseignant.

La plupart des parents pensent, à tort, que le fait de payer la pension à leurs enfants leur donne tous les droits. C’est la raison pour laquelle, même quand un enfant est renvoyé, les parents se contentent de chercher à le réinscrire, dans le même établissement ou dans un autre, et laissent le reste du travail aux enseignants tout en ne leur permettant pas d’user de tous les moyens pédagogiques dont ils disposent pour éduquer ces enfants.

L’action des parents est toutefois limitée. En effet, ils n’ont vraiment de l’emprise sur leurs enfants que dans le cercle familial – sauf pour ceux qui sont enseignants, bien entendu. C’est pour cela que leur responsabilité dans les drames comme celui du lycée bilingue de Deido est très limitée.

Le corps enseignant fautif

Pour rester sur le cas de l’assassinat de ce jeune garçon au sein de son établissement, accuser les parents c’est essayer de rejeter ses propres fautes sur l’autre. Ce qui se passe dans l’enceinte d’un établissement scolaire est de la responsabilité du chef d’établissement. D’après ce qui se dit, c’est une affaire de téléphone portable qui a conduit au drame. Or, les téléphones portables sont interdits dans l’enceinte des établissements scolaires au Cameroun. Qui a donc permis à un élève d’entrer au lycée avec un objet interdit ? Certainement pas son parent.

Ensuite, les trois élèves impliqués dans l’assassinat auraient déjà été renvoyés de l’établissement. Comment ont-ils fait pour y revenir ce jour-là ?

Autant de manquements à la discipline et à la sécurité à l’intérieur de l’établissement qu’on ne saurait imputer aux parents, car même si ces derniers avaient donné une éducation approximative à leurs rejetons, cela n’aurait pas justifié que l’établissement manque à ses obligations, et le cas échéant, ce serait de la mauvaise foi d’aller accuser les parents de ce qui se passe à l’intérieur de l’établissement.

C’est comme ce cas dont j’ai eu vent dans un établissement de la ville de Mbalmayo, où des voyous ont pris l’habitude d’escalader les murs de l’établissement pour aller racketter les élèves du lycée en pleine journée et aux heures de cours. Est-ce également la faute des parents ? Non, l’établissement scolaire DOIT assurer la sécurité des élèves pendant les heures et jours de cours tant qu’ils sont dans l’enceinte de l’établissement.

Restaurer l’autorité de l’enseignant

Il est nécessaire, pour réduire au maximum les incidents qui surviennent de plus en plus dans les établissements scolaires au Cameroun, de restaurer l’autorité de l’enseignant.

Les parents peuvent donner à leurs enfants l’éducation qui leur convient, bonne ou mauvaise, ça ne change en rien la mission de l’école qui est de former un certain type de citoyen, tel que défini dans la politique éducative. Pour que cette mission soit menée à bien, il est impératif que les établissements scolaires redeviennent ce qu’ils n’auraient dû jamais cessé d’être : les lieux de formation où les uns guident les autres vers les savoirs tout en étant respectés pour ce qu’ils sont, des enseignants.

Un parent ne viendra vociférer sur un surveillant général que si on lui en donne l’occasion. Un élève insolent qu’on renvoie d’un établissement scolaire deviendra encore plus insolent s’il est accepté dans un autre lycée en échange de quelques billets de banque. Les drogues et autres substances illicites qui pullulent désormais dans nos lycées ne s’y faufilent qu’à cause du laxisme et parfois avec la complicité active ou passive de l’administration scolaire. La détention et l’usage d’objets interdits au sein de l’établissement se fait au vu et au su de tous, sans que personne ne songe à remettre les choses en ordre.

Ce sont autant de points à régler pour que discipline et sécurité soient restaurées dans les établissements, afin que l’apprentissage se passe dans de meilleures conditions, et que les incidents soient l’exception et non la règle comme c’est le cas depuis plusieurs années.

Photo d’illustration : lyceebilinguedeido.cm


Ceux qui planifient l’insurrection au Cameroun…

Le 26 janvier dernier plusieurs marches, organisées par le Mouvement de la Renaissance du Cameroun (MRC) et ses sympathisants, ont eu lieu dans plusieurs villes du Cameroun. Le but de ces manifestations, c’était de dénoncer le hold-up électoral qui a eu lieu pendant la récente élection présidentielle, mais aussi de demander des comptes au sujet du retrait de l’organisation de la CAN au Cameroun malgré plus de 1.000 milliards alloués à l’organisation de ladite compétition. Enfin, la marche avait pour but d’exiger l’arrêt des tueries dans les régions anglophones du pays et la résolution pacifique du conflit.

Comme il fallait s’y attendre, les marches ont été violemment réprimées, avec en bonus plusieurs personnes atteintes par des tirs à balles réelles (malgré ce que soutiennent nos ministres qui n’ont plus, à vrai dire, aucune crédibilité). Dans une conférence de presse organisée suite aux événements relatés plus haut, le ministre de l’Administration Territoriale (MINAT) Paul Atanga Nji a accusé le MRC de planifier l’insurrection au Cameroun.

Une petite observation de la façon dont le Cameroun évolue depuis plusieurs années laisse cependant croire qu’en réalité, ce n’est pas le MRC qui planifie l’insurrection au Cameroun, mais plutôt le régime en place.

Si on s’en tient seulement aux événements de samedi dernier, on constate aisément que l’usage de la force par les forces de l’ordre était disproportionné. Une vidéo prise à Douala montre des manifestant calmes, s’asseyant volontairement à même le sol pour éviter que leurs gestes soient considérés comme de la provocation. Mais, bien qu’étant assis, non armés et donc inoffensifs, on a quand même vu les forces de l’ordre les asperger d’eau avant de balancer quelques grenades lacrymogènes au milieu de la foule, les forçant à se disperser.

Des manifestants assis et bras levés, se font quand même gazer au lacrymogène après avoir été aspergés d’eau – Photo : un utilisateur de Facebook

Une autre vidéo, toujours à Douala, montre un homme – visiblement un manifestant – en train de marcher devant un homme en tenue qui l’invective. On voit ensuite le policier lever son arme et tirer à bout portant sur la jambe de l’homme qui s’effondre avant d’être obligé de se relever pour avancer clopin-clopant, sous les menaces et insultes du tireur.

Autant de cas d’abus qui s’ajoutent à ceux de Me Michèle Ndoki et de Célestin Djamen, tous deux membres du MRC qui ont reçu des balles, pourtant tous étaient désarmés et participaient à une marche pacifique – ce qui est leur droit le plus absolu.

Autant d’abus qui se multiplient depuis quelques mois, voire quelques années au Cameroun, où les libertés citoyennes sont bafouées par les autorités, où les manifestations publiques sont systématiquement interdites lorsqu’elles ne sont pas organisées pour remercier le président ou pour le soutenir.

S’il y a insurrection au Cameroun, ce ne sera pas à cause du MRC ou de l’opposition, ce sera bel et bien à cause des autorités qui abusent de leurs prérogatives, oppriment le peuple trop souvent docile et œuvrent pour l’intérêt individuel au lieu de travailler pour l’intérêt commun.

Faut-il rappeler qu’au Cameroun les hôpitaux sont devenus des lieux craints par les populations parce qu’elles y sont rackettées ?

Faut-il préciser qu’au Cameroun, l’éducation de qualité est réservée aux riches parce que trop chère pour que les pauvres se permettent le luxe d’y envoyer leurs enfants ?

Faut-il évoquer les milliers de mort enregistrés sur nos routes chaque année à cause du mauvais état de celles-ci, et ce malgré les milliards décaissés pour leur construction/réhabilitation ?

Faut-il revenir sur le Cameroun anglophone, déchiré depuis plus de deux ans par une guerre inutile qui met le pays à genoux et engloutit l’argent qui aurait servi à relever l’économie nationale, créer de l’emploi, moderniser l’éducation, construire routes, ponts, hôpitaux, etc. ?

Faut-il revenir sur le scandale de la CAN, dont le budget n’a servi qu’à enrichir les amis des pontes du régimes, qui malgré les marchés passés de gré à gré, et la surfacturation des infrastructures, n’ont pas pu livrer à temps ?

Voilà ce qui va nous conduire vers l’insurrection. Le MRC n’y est absolument pour rien. Au Cameroun, les jeunes n’ont pas d’emploi, même quand ils ont des diplômes. L’entrée dans les grandes écoles est conditionnée, non pas par le mérite, mais par l’appartenance à tel ou tel cercle d’influence. À la longue, l’espoir de voir un jour les choses s’améliorer meurt, et là on est prêt à descendre dans la rue, n’ayant plus rien à perdre.

Donc, au lieu de pointer un doigt accusateur vers le MRC, il serait plus bénéfique de régler les questions qui conduisent au mécontentement populaire. Ces questions sont nombreuses et connues de tous. Ne pas le faire reviendrait à planifier l’insurrection au Cameroun.


La CAN, les CANards et les CAFards

Certains camerounais ont entrepris de mesurer le patriotisme ou l’antipatriotisme de leurs compatriotes à la quantité de larmes versées suite au récent, mais très prévisible retrait de l’organisation de la CAN dont le Cameroun a écopé. En d’autres termes, les patriotes seraient ceux qui feignent la surprise, ressentent douleur et honte, et défendent le pays bec et ongles, face à cette énième humiliation que le pays subit à l’échelle internationale. Les autres sont anti-patriotes indignes de la nationalité camerounaise.

La théorie du complot

Honnêtement, je doute de la sincérité de ceux de mes compatriotes qui affichent une quelconque surprise face à cette décision de la CAF. C’était prévisible, et d’ailleurs plusieurs avaient tiré la sonnette d’alarme il y a de cela plusieurs années, indiquant qu’au vu de l’avancement des travaux le Cameroun risquait de ne pas être prêt le jour dit. Pourquoi être surpris aujourd’hui ?

Dans les chaumières et sur les réseaux sociaux, l’actuel président de la CAF est pointé du doigt : pour la plupart des CANards (néologisme qui désigne ceux des camerounais qui sont opposés au retrait de l’organisation de la CAN), Ahmad Ahmad est arrivé au sommet de l’instance faîtière du football Africain avec l’intention manifeste, dans un esprit de revanche, de mettre le Cameroun en difficulté par tous les moyens.

Cette théorie se justifie par les déclarations jugées déplacées faites par lui il y a quelques temps, affirmant que le Cameroun n’était même pas capable d’organiser une CAN à 4 équipes. La modification unilatérale du cahier de charges qui a fait passer la compétition d’une CAN à 16 à une CAN à 24 est également évoqué comme preuve à charge contre l’accusé.

Les CANards, au lieu de chercher les vrais responsables de cette déconvenue, préfèrent se limiter à ce qui les arrange. D’ailleurs, il se dit que c’est le Maroc qui tire les ficelles dans l’ombre, et qui complote pour le retrait de la compétition au Cameroun. Les vraies questions sont pourtant occultées et je m’en vais les poser :

Les stades prévus pour accueillir la compétition sont-ils prêts ? On sait que ce n’est pas le cas. Mais alors, quel est leur pourcentage de complétion ? Et qu’en est-il des autres infrastructures : routes, hôtels, etc ? La situation sécuritaire est-elle satisfaisante ? On parle quand même d’un pays où le ministre de la défense himself s’est fait canarder par les sécessionnistes lors d’une visite en zone anglophone !

Pour justifier ces nombreuses insuffisances, les CANards citent des exemples de pays qui ont organisé des compétitions dans des contextes d’insécurité ou bien avec des infrastructures pas entièrement achevées. Bien sûr c’est un argument qui ne tient pas, parce qu’on ne saurait écarter la norme pour ériger ce qui est mal fait en loi.

La CAF aurait pu fermer l’oeil sur les nombreuses insuffisances que chacun d’entre nous a relevées, mais elle n’y était pas obligée. Que l’équipe du Togo ait subi une attaque lors de la CAN 2010 en Angola ne justifie pas qu’on remette la sécurité d’autres équipes en jeu. Que certains pays aient organisé la CAN dans des stades inachevés n’oblige pas le bureau actuel de la CAF à faire la même faveur au Cameroun.

Sachant que le nouveau président de la CAF avait une dent contre nous (en supposant que cette théorie est vraie), on aurait dû prendre toutes les dispositions pour ne pas nous retrouver dans la posture où il peut décider de notre sort – déjà qu’il n’a pas décidé seul. Autrement dit, on aurait dû tout mettre en œuvre pour respecter notre cahier des charges, livrer nos stades à temps et régler les soucis de sécurité.

Les CAFards sont les vrais patriotes

Lors d’une visite effectuée récemment au pays des crevettes, le président de la CAF a indiqué que ce sont les Camerounais qui lui disent que les constructions n’avancent pas à un rythme satisfaisant. “L’ennemi, a-t-il conclu, est à l’intérieur.” Et pourtant…

Ceux qui sont aujourd’hui appelés CAFards (autre néologisme qui désigne les Camerounais qui soutiennent la décision de la CAF) et qu’on considère comme l’ennemi, sont ceux-là qui ont passé le temps à interpeller les autorités sur l’éventualité qu’on ne serait pas prêts à temps pour organiser la compétition à la hauteur de nos ambitions. Si certains d’entre eux ont réussi à attirer l’attention du président de la CAF, c’est une bonne chose, parce que ses sorties et mises en garde ont contribué à mettre la pression au gouvernement. Même si au final cette pression n’était pas suffisante, elle a sans doute permis qu’on ait ce qu’on a aujourd’hui en terme d’avancée des travaux.

Certains CANards semblent tellement aveuglés par le désir de défendre ce qu’ils estiment être un complot bien huilé ourdi contre le pays de Roger Milla et de Samuel Eto’o qu’ils perdent de vue qu’il y a une différence entre aimer son pays et justifier la médiocrité et l’incompétence. Car en réalité, les CAFards ne sont pas contre le Cameroun. Au contraire, ils sont contre les dirigeants irresponsables et incapables qui en quatre ans ont été incapables de terminer la construction de stades et d’autres infrastructures même après en avoir multiplié les coûts de construction.

Depuis quand le patriotisme se limite à la défense d’individus qui ont donné toutes les assurances et qui malgré les mises en gardes n’ont rien fait pour respecter leurs engagements ? Accuser Ahmad Ahmad, la CAF, le Maroc est tout simplement ridicule, sauf si ce sont ces derniers qui nous ont demandé de ne pas commencer à construire les infrastructures devant abriter la compétition à temps.

Et 2021 dans tout ça ?

Il paraît que la CAF – le président en réalité – a décidé de retirer l’organisation de la CAN 2021 à la Côte d’Ivoire pour l’attribuer au Cameroun – si je raisonnais comme les CANards, je dirais que le Cameroun est en train de tirer les ficelles dans l’ombre pour que la CAN soit retirée à la Côte d’Ivoire. C’est une information que je prends avec des pincettes, bien qu’elle vienne du président de la CAF qui, devenu devin, prédit que le pays des éléphants ne sera pas prêt dans deux ans. Mais le Cameroun sera-t-il prêt en 2021 ? Les infrastructures seront-elles achevées ? La situation sécuritaire se sera-t-elle améliorée ? Ce sont autant de questions qu’il faudra d’abord régler pour éviter une deuxième humiliation.

Photo : Stade Ahmadou Ahidjo 2014, Bdx via Wikimedia Commons


5 conseils pour devenir un blogueur crédible

Quand on se lance dans le blogging, un des éléments sur lesquels repose toute notre activité, c’est la crédibilité que nous accordent nos lecteurs. La crédibilité d’un blogueur repose sur la confiance que les lecteurs mettent en lui, et, de même que la confiance ne se donne pas facilement, la crédibilité s’acquiert lentement, et se perd en un claquement de doigts. Voici cinq conseils pour devenir un blogueur crédible et le rester.

Conseil 1 – Vérifier les informations qu’on publie

Comme je l’ai dit plus haut, la crédibilité repose sur la confiance. Cela signifie que la relation entre le blogueur et son lectorat est telle que l’information qu’il donne dans ses billets n’est remise en question par personne. C’est précisément pour cette raison que, pour bâtir sa crédibilité et la conserver, il est est impératif que le blogueur vérifie une information avant de la publier sur son blog ; parce qu’au premier faux pas il perdra peut-être définitivement la confiance de ses lecteurs, et par la même occasion sa crédibilité.

Conseil 2 – Citer ses sources

La vérification d’une information implique le plus souvent la confrontation de plusieurs sources. Il est donc logique, quand le blogueur donne une information dont il n’est pas la source, d’en indiquer la source. Indiquer la source d’une information renforce la confiance des lecteurs envers le blogueur car non seulement il fait preuve d’honnêteté mais en plus il donne aux lecteurs la possibilité de vérifier par eux-mêmes ce qu’il publie. Aussi, indiquer la source d’une information dégage la responsabilité du blogueur au cas où l’information serait erronée. C’est valable pour les images utilisées pour illustrer les articles qui doivent toujours être créditées.

Conseil 3 – Préférer la qualité à la quantité

Idéalement, un blogueur doit publier de façon régulière selon un calendrier bien défini (le calendrier éditorial). Cependant, il peut arriver des moments où il n’est pas particulièrement inspiré, des moments où il manque de temps pour produire un article, ou encore, le blogueur pense à des sujets sur lesquels il peine à trouver le bon angle. Dans ces moments-là, il est parfois préférable de s’abstenir d’écrire. La crédibilité d’un blogueur repose aussi sur la qualité et la pertinence de son contenu. Se forcer à écrire alors qu’on n’est pas « en forme » peut avoir un effets négatif sur la qualité de notre contenu, et donc sur la crédibilité dont on jouit jusqu’ici.

Conseil 4 – Éviter au maximum les fautes

Ce point est très important : un texte truffé de fautes donne une impression négative de son auteur. C’est la raison pour laquelle il est conseillé aux blogueurs de relire leur texte (de préférence quelques jours/heures après l’avoir rédigé). Pour ceux qui ont déjà oublié les règles de grammaire et d’orthographe, il reste encore l’option de se faire relire par d’autres personnes. Il existe également des plateformes qui aident à corriger la grammaire et l’orthographe d’un texte, par exemple scribens.fr et bonpatron.com.

Conseil 5 – Définir une ligne éditoriale et la respecter

La crédibilité d’un blogueur est renforcée si le lecteur considère qu’il a une certaine expertise dans le domaine sur lequel il écrit (sa niche). C’est pour cela qu’il est important de définir une ligne éditoriale et de la respecter. Par exemple, un blogueur qui écrit sur le sport, et qui a une certaine crédibilité dans ce domaine-là, pourrait perdre sa crédibilité si un matin il publie, sur le même blog, un article qui traite de physique quantique (pire encore si l’article est truffé de fautes et ne cite aucune source).


Comment devenir blogueur

Quelques publications faites sur Facebook à l’occasion de la journée internationale du blog – célébrée ce 31 août – ont suscité un certain nombre d’interrogations de la part de plusieurs personnes de ma liste d’amis ou non, sur ce que c’est que le blogging, qui est le blogueur, et finalement, comment devenir blogueur. Au lieu de donner des réponses individuelles, j’ai préféré rédiger rapidement cet article pour répondre de façon brève aux différentes questions.

Qu’est-ce qu’un blog ?

Un blog (qui vient de la combinaison de weB et de LOG), est un espace sur internet sur lequel celui ou celle qu’on appelle le blogueur ou la blogueuse publie plus ou moins régulièrement du contenu. Le contenu publié sur un blog peut prendre différentes formes : du texte, des images, des vidéos, et même tout ça en même temps. Les possibilités sont vastes.

Pour devenir blogueur, il faut donc créer et animer un blog. C’est aussi simple que ça. Ou pas, en fin de compte. S’il est relativement aisé de créer un blog, l’animer s’avère un peu moins évident.

Comment créer un blog ?

Pour créer un blog, on a le choix entre plusieurs possibilités. On peut soit créer un compte sur une plateforme de blogging. Ce sont des plateformes sur lesquelles sont hébergés des blogs et qui offrent aux utilisateurs un espace pour stocker leurs fichiers, une base de données et une interface pour rédiger et publier les articles, personnaliser le blog, gérer les commentaires, etc.

Il existe un certain nombre de plateformes qui permettent de créer des blogs gratuitement. Quelques unes de ces plateformes sont WordPress, Jimdo, Blogger, Medium etc. Chacune de ces plateformes a ses spécificités, notamment au niveau de la personnalisation du blog.

L’autre option consiste à acheter son propre hébergement et son nom de domaine, et à gérer soi-même les fichiers du blog. Inutile de dire que cette solution est plus coûteuse et requiert certaines compétences techniques, ou, à défaut, l’assistance d’un développeur web.

Comment animer son blog ?

L’animation d’un blog implique la rédaction et la publication d’articles, la gestion des commentaires et, dans une certaine mesure, la distribution de son contenu sur les réseaux sociaux.

La meilleure façon de faire vivre son blog, c’est de clairement définir sa cible (ceux à qui on destine nos articles) et une ligne éditoriale (les thématiques que l’on compte aborder sur le blog, le ton à adopter, le vocabulaire à utiliser). On peut également définir un calendrier éditorial, qui nous permettra de choisir les jours de publication et les articles à publier sur une certaine durée. Après c’est un peu plus aisé d’écrire, pour peu qu’on ait de la volonté et du temps à consacrer à l’activité qui, disons-le, est plutôt chronophage.

Comment distribuer son contenu ?

Une fois qu’un article est publié, il faut encore le partager, pour que le maximum de personnes y aient accès. Pour cela, la meilleur façon de faire c’est de se servir des réseaux sociaux dont les plus utilisés à mon avis sont facebook et twitter.

Sur twitter, on peut facilement se servir de son compte personnel si on en a un, mais sur facebook, on a parfois besoin de créer une page (différente du compte personnel). L’avantage de la page c’est qu’il n’y a pas de limite quand au nombre d’abonnés, tandis que sur un compte personnel le nombre d’amis est limité à 5.000 et parfois des problèmes d’intrusion dans l’intimité du blogueur se posent.

Comment se faire connaître ?

Au début, ce n’est pas toujours évident de sortir du lot, de se faire connaître comme blogueur hors de son cercle d’amis. Pour résoudre ce problème, il faut être interactif, consacrer du temps à lire, commenter et partager les articles d’autres blogueurs. Ça attirera l’attention sur vous, ils vous liront et partageront vos articles en retour.

L’autre possibilité c’est de rejoindre une communauté de blogueurs. Au Cameroun, il y en quelques unes, notamment l’Association des blogueurs du Cameroun (ABC), ou encore le BlogHub, qui est une communauté de blogueurs qui organise tous les mois à Yaoundé des séances de partage d’expérience et d’accompagnement pour les anciens et nouveaux (c’est tout pour la pub).


L’« opposition » camerounaise forme enfin une coalition

Tout camerounais qui a suivi avec un minimum d’attention les élections présidentielles ces dernières années peut le dire : l’opposition camerounaise nous en a déjà fait voir de toutes les couleurs. Et juste au moment où on pensait avoir tout vu et tout entendu venant de ceux qu’il m’est de plus en plus difficile de qualifier de leaders de l’opposition, voilà qu’ils viennent de frapper où on ne s’y attendait pas.

La coalition qu’on n’attendait plus

Ces derniers jours sur internet, notamment sur certains blogs et sur les réseaux sociaux, nombre de camerounais ont exprimé leur déception face à ces leaders de l’opposition. Après avoir feint de vouloir s’unir, ils ont fini par déposer leurs dossiers de candidature séparément, réduisant à néant l’espoir d’assister enfin à un changement dans notre pays.

Mais, l’« opposition » a fait mieux : on apprend ce jour, preuve à l’appui, qu’une coalition de 20 partis dits de l’opposition a été créée. Et le plus inattendu, c’est que cette coalition a été mise sur pied pour soutenir la candidature du président Paul Biya à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018.

Candidats malheureux, membres dissidents, etc.

En parcourant la liste des membres de la fameuse coalition, on retrouve, en plus des noms d’anciens candidats à l’élection présidentielle, les noms de certaines personnes qui ont été exclues de leurs formations politiques. Quelques jours avant la naissance de cette fameuse coalition, le Ministre de l’Administration Territoriale publiait un texte dans lequel, outrepassant ses droits, il désignait les représentants légaux de certains partis politiques. C’est donc sans surprise qu’on a retrouvé certaines de ces personnes parmi les membres de la coalition.

Dans la liste figurent également quelques noms de candidats qui venaient de déposer leurs dossiers de candidature pour l’élection, plus d’autres qui s’étaient déjà déclarés en faveur du candidat du parti au pouvoir et n’avaient pas jugé nécessaire de déposer une candidature. Avouons tout de même qu’une ou deux personnes, enfin, en ont surpris plus d’un à cause de la verve avec laquelle ces leaders politiques critiquaient le président actuel.

Au delà de la déception, rien de nouveau sous le soleil

Quand on y pense, la création de cette coalition, bien qu’elle soit aussi inattendue que décevante venant d’une « opposition » qui a passé le temps à critiquer le pouvoir et qui a même promis de chasser le président actuel et son régime, ne devrait pas être un événement. Comme nous l’avons dit plus haut, parmi les leaders de partis politique, plusieurs sont ouvertement alliés au RDPC (le parti au pouvoir). Alors qu’ils prêtent allégeance au président sortant individuellement ou bien en bande organisée ne change rien.

Je pense également que cette coalition, si elle a l’avantage de nous conforter dans l’idée que l’opposition est constituée de personnes qui se préoccupent plus de leur ventre que de l’avenir du pays, ne devrait pas constituer un problème : ceux qui la forment n’ont aucun poids politique, aucune influence. Leur présence ou non ne saurait constituer un avantage ni pour le pouvoir ni pour l’opposition.

La « vraie » opposition toujours divisée

En attendant le 7 octobre, la vraie opposition, celle qui a un peu d’influence et qui jouit d’une certaine réputation, se prépare. Elle compte affronter le parti au pouvoir et ses alliés en rangs dispersés, convaincue que la victoire est possible de cette façon. Tout en étant sceptique et inquiet, je reste curieux de voir comment le scrutin se déroulera dans quelques mois, parce qu’à vrai dire, la coalition des opposants affamés, c’est bien le dernier de mes soucis.

Image : Facebook


Présidentielle 2018 : l’opposition camerounaise ne s’unira pas !

Selon une certaine opinion, la seule possibilité qu’a l’opposition camerounaise de multiplier ses chances lors de la prochaine élection présidentielle, c’est de s’unir, former une coalition qui affrontera le candidat sortant qui, sans surprise, a annoncé qu’il serait candidat à sa propre succession. Mais si l’attitude des différents candidats laissait déjà présager qu’ils se jetteraient dans la bataille en rangs dispersés, les événements depuis la convocation du corps électoral montrent qu’il n’y a aucun espoir de voir l’opposition combattre sous la même bannière.

Les avantages d’une coalition

L’opposition au Cameroun a perdu toute crédibilité aux yeux des électeurs, et ce pour plusieurs raisons. Alliances nouées par certains leaders de l’opposition avec le parti au pouvoir, meetings organisés par d’autres pour collecter des fonds destinés à la campagne du candidat sortant, appels à candidature lancés au candidat du parti au pouvoir… On comprend que le peuple mette toute l’opposition dans le même bateau : celui des arrivistes plus inquiets pour leur ventre que pour l’avenir du pays.

Le fait de s’unir aurait permis de restaurer un peu de cette crédibilité qui s’est dangereusement effilochée au fil des scrutins, car ce serait la preuve que l’opposition est prête à faire des concessions et faire passer les intérêts individuels après l’intérêt commun.

Une union aurait également un avantage pratique, celui de la représentativité : lors des scrutins il arrive que certains partis n’aient pas de représentants dans certains bureaux de vote, peut-être faute de moyens, ou encore faute d’effectifs. Cette absence permet que d’éventuelles irrégularités passent sans être mentionnées, alors que chaque voix compte.

Pourquoi il n’y aura pas coalition

Ces derniers mois, la question d’un rassemblement a été abordée plusieurs fois par certains candidats déclarés à la présidentielle. Si, en général, ils n’écartaient pas l’éventualité d’une coalition, la vérité c’est qu’ils n’ont rien fait non plus pour en former une. Visiblement, chacun d’eux avait sa propre conception de l’union. Du moins, les conditions dans lesquelles aurait pu se réaliser l’union différaient-elles d’un candidat à l’autre.

L’un des problèmes de l’opposition camerounaise, c’est l’égo des candidats. On en a entendu plusieurs déclarer à la télévision que seuls ils pouvaient venir à bout du parti au pouvoir. C’est ce genre de posture qui rend toute coalition difficile, quand chacun pense qu’il est l’élément central. Dans la même lancée, lors d’un meeting, le candidat du principal parti de l’opposition, le SDF, a  déclaré que pour gagner l’élection, point n’était besoin d’un candidat unique de l’opposition.

Depuis la convocation du corps électoral, les faits tendent à donner raison aux sceptiques : parmi les candidatures enregistrées par Elections Cameroon (ELECAM), l’organe en charge de l’organisation des élections, on en note plusieurs déposées par les candidats de l’opposition qui s’étaient pourtant déclarés favorables à un éventuel rassemblement.

Instructions de vote ?

Il y a encore peut-être une possibilité d’union. Au cas où certaines candidatures sont rejetées par ELECAM, peut-être ces candidats consentiront-ils enfin à rejoindre ceux qu’ils trouvent crédibles, ou peut-être à donner des instructions de vote à leurs militants. Avouons tout de même ce sera une tentative désespérée et que cette manœuvre pourrait s’avérer insuffisante pour convaincre certains électeurs.

Photo: REUTERS/Noel Kokou Tadegnon


« Open Defecation », la campagne qui s’est arrêtée trop vite…

Tout à l’heure en cherchant des informations pour un article, je suis tombé sur une campagne baptisée #OpenDefecation initiée par l’ONU en 2014 pour sensibiliser sur la réalité de la défécation en plein air. J’ai essayé d’en savoir plus, et les quelques données publiées dans l’article étaient effrayantes : un enfant meurt toutes les deux minutes et demie d’une maladie liée à la défécation en plein air ; 1 milliard de personnes n’ont pas d’autre choix que de déféquer en plein air, à la vue d’autres personnes. Plutôt alarmant comme données.

La première fois que j’ai été confronté au phénomène de défécation en plein air, c’était en 2010 alors que j’allais prendre service à Maroua où je venais d’être affecté. La première escale du voyage était à Ngaoundéré, dans la région de l’Adamaoua. Tandis que j’attendais le départ pour Maroua et que je cherchais un truc à manger après le long voyage que je venais de faire, je suis passé près d’un endroit où des jeunes hommes étaient accroupis, sereinement, en train de déféquer – je ne l’ai réalisé que lorsque l’un d’entre eux s’est levé.

Arrivé à Maroua, ce n’était pas différent, au contraire. On voyait régulièrement enfants et adultes (surtout les hommes), sortir de chez eux et venir tranquillement s’accroupir sous un arbre en plein air pour se soulager, sans se préoccuper des regards. Un collègue m’a raconté qu’un jour alors qu’il était en cours, un homme est venu s’accroupir juste derrière sa classe. Le collègue a alors rameuté toute la classe qui a hué le monsieur jusqu’à ce qu’il décide de s’éloigner, honteux.

Avec le temps, et peut-être à cause de la présence de plus en plus importante de « sudistes », il est devenu beaucoup plus rare de voir des gens déféquer en plein air – même s’il n’était pas rare de trouver les « traces » de leur passage ici et là, sous un arbre ou bien dans la broussaille.

Je n’avais plus été confronté à ce phénomène jusqu’à il y a peu. Mais cette fois, c’était pire. Depuis quelques mois, j’habite à quelques mètres d’un établissement primaire public. Tout près de l’établissement, deux amas d’immondices où les populations, faute de mieux, viennent déverser leurs ordures ménagères. C’est aussi sur ces ordures que viennent se soulager écoliers et écolières de l’école primaire, l’école manquant de toilettes pour les élèves.

Le plus étonnant dans tout ceci, c’est que la délégation départementale de l’éducation de base du Nyong et So’o est située juste à côté de l’école, et elle possède des toilettes qui sont toujours fermées à clé ! Ces toilettes sont donc inaccessibles aux élèves qui sont obligés de se soulager sur les détritus, avec tous les risques potentiels que cela peut avoir sur leur santé.

Le problème de non disponibilité de toilettes pour les élèves dans les établissements scolaires est crucial. Cette infrastructure, malgré son importance, semble être facultative dans la conception de beaucoup de d’établissement. Pourtant, de études montrent que l’absence de toilettes a un impact négatif sur l’éducation en général, et sur l’éducation des jeunes filles en particulier.

L’absence de toilettes ou de latrines a des conséquences inimaginables. En plus des nombreux décès (près de 2.000 enfants par jour selon les chiffres de 2014) dus aux maladies liées à la défécation en plein air, il y a les cas décrochage scolaire. « L’UNICEF estime même que 272 millions de journées d’école sont perdues à cause de la diarrhée », lit-on dans un article publié en 2014 sur le site reliefweb.int.

Les jeunes filles souffrent encore plus de cette absence de latrines dans les établissements scolaires : « le manque de toilettes privées dans les écoles est l’une des principales raisons pour lesquelles les filles abandonnent leurs études une fois la puberté atteinte ».

L’absence de toilettes aurait également des effets sur la croissance des enfants. En Inde (le pays où la défécation en plein air est le plus pratiquée), 2 enfants sur 5 de moins de 5 ans souffrent d’un retard de croissance. La cause, selon un article publié en 2016 sur le site Thomson Reuters Foundation News, c’est que la défécation en plein air augmente les risques de contamination de l’eau, dont la consommation cause les diarrhées qui elles-mêmes entraînent le retard de croissance, tout en perturbant les études des enfants qui en souffrent.

Des enfants de 8 et 9 ans en Inde dont la taille est clairement en dessous de la normale – Photo : WaterAid/Ronny Sen

En Afrique aussi, les retards de croissance sont nombreux et le phénomène de défécation en plein air récurrent, 60% de la population n’ayant pas accès à des toilettes décentes. Au Nigeria par exemple, plus de 10 millions d’enfants en souffrent. Et, bien évidemment, la défécation en plein air y est pratiquée.

Selon les informations glanées sur internet, dans le cadre de la campagne #OpenDefecation, plusieurs actions ont été menées dans différents parties du monde pour doter des villages en toilettes et ainsi contribuer à réduire les effets négatifs dûs à leur absence. Malheureusement, la campagne semble aujourd’hui arrêtée : le site internet de la campagne est inaccessible, et le compte twitter dédié semble inactif depuis 2016. Une campagne que l’on gagnerait à relancer, vu les conditions d’insalubrité dans lesquelles une grande partie de la population mondiale vit.


Accès à l’emploi : les jeunes peuvent tout faire, et c’est ça le problème

Comme chaque année, la fête du travail s’est célébrée cette année le 1er mai, quasiment partout dans le monde. Au Cameroun, la fête n’a pas eu l’envergure qu’on aurait pu imaginer, et pour cause : le travail est une denrée rare, et ceux qui parviennent à en avoir un ne l’exercent pas toujours dans les meilleurs conditions. L’un des principaux problèmes auquel les jeunes sont confrontés au Cameroun, c’est l’absence de qualification.

« Je peux tout faire »

En général, les jeunes camerounais sont de vrais débrouillards. Ils vous le diront eux-mêmes, ils peuvent tout faire – c’est-à-dire qu’ils n’ont pas de préférence en termes d’emploi. Le problème, c’est que pour trouver un emploi il ne faut pas « pouvoir » tout faire, il faut au contraire « savoir » faire, bien, une seule chose. En un mot, il faut avoir une formation, être qualifié, dans un domaine bien précis. C’est ça qui a de la valeur sur le marché de l’emploi.

La formation que les jeunes camerounais reçoivent à l’école – précisément dans l’enseignement général – ne les aide malheureusement pas à acquérir des compétences précises, et donc à se trouver un emploi qualifié, sans être prêt à tout faire justement. Mais, malgré les promesses de professionnalisation des enseignements et l’introduction de l’approche par les compétences, il n’y a presque pas eu de changement dans les contenus, ce qui fait que le problème reste entier.

Les formations inaccessibles

À cause de l’inadéquation de la formation que les jeunes reçoivent du primaire au secondaire (et, le comble,  parfois même au supérieur) vis à vis du marché de l’emploi, le seul moyen de se former pour un jeune c’est d’intégrer une « école de formation », ce qui n’est pas aisé : non seulement ces grandes écoles sont concentrées dans les centres urbains, mais en plus elles coûtent très cher.

L’autre aspect à prendre en compte, c’est le fait que beaucoup d’élèves sont contraints de quitter les bancs de l’école avant d’avoir fini leur cursus au secondaire. Cela réduit fortement leurs chances d’entrer dans les écoles de formation (quand bien même ils pourraient payer les frais y afférents) dont l’accès est parfois conditionné à la possession de certains diplômes.

Plusieurs initiatives sans impact réel

En plus du Fonds National de l’Emploi (FNE) qui essaie d’insérer les jeunes dans le monde de l’emploi, il existe d’autres initiatives telles que le Programme Intégré d’Appui aux Acteurs du Secteur Informel (PIAASI) ou le Programme d’Appui à la Jeunesse Rurale et Urbaine (PAJER-U) lancées par le gouvernement Camerounais, en plus du très récent Plan Triennal Spécial Jeunes (PTS-Jeunes) dont nous avons déjà parlé.

À l’exception du FNE, les trois autres programmes ont pour but principal d’accompagner les jeunes en finançant leurs projets. Mais, monter un projet, cela s’apprend. Et, malheureusement, c’est  une compétence qui, elle aussi, n’a pas été enseignée à nos jeunes. En conséquence, les projets financés sont mal pensés et mal ficelés. Ces programmes n’aident donc pas les jeunes à émerger.

Former les jeunes dans les lycées

En révisant les programmes et surtout les contenus, il est tout à fait possible de donner une formation professionnelle aux jeunes dès le secondaire. Cette formation peut concerner un seul aspect, par exemple, la gestion des projets, ou alors le développement web, et pourquoi pas des domaines plus pointus comme l’agriculture, l’élevage. Cela permettrait non seulement que les jeunes puissent plus facilement s’auto-employer en cas de décrochage scolaire, mais aussi qu’ils soient capables de profiter pleinement des programmes mis sur pied pour faciliter leur insertion, en attendant que des lycées professionnels, comme le lycée technique et professionnel de Yabassi, se multiplient sur toute l’étendue du territoire.

Photo d’illustration : Les Eco


Comment faire de la politique sans se mettre en « danger »

Au Cameroun, la politique est un domaine qui n’attire pas (plus ?) les foules, et ce pour diverses raisons. Certains trouvent que le jeu politique est un jeu de dupes où chacun ne roule que pour son ventre, sacrifiant de facto l’intérêt commun, tandis que pour d’autres, faire  de la politique c’est s’attirer des ennuis avec le pouvoir en place. Pourtant, faire de la politique devrait être un réflexe pour tout citoyen qui désire contribuer au développement du pays. En fait, qu’on le veuille ou non, on fait tous la politique, juste que certains la font de façon active tandis que d’autres la subissent passivement. Pour la plupart des Camerounais, la politique est une activité dangereuse dont il faut s’éloigner le plus possible. Il existe cependant plusieurs façons de faire de la politique, plus ou moins activement, sans chercher d’ennuis et sans prendre aucun risque.

Voici quelques suggestions pour y parvenir :

S’informer

Il fut une époque où j’estimais que c’était aux politiciens de venir vers moi pour me parler de leurs programmes, ambitions et réalisations politiques. J’avais tort.

L’information c’est le pouvoir. Et quand on n’est pas informé on est impuissant car on ne peut pas vraiment réagir de façon objective et judicieuse à certaines situations – par exemple au moment de choisir le prochain président de la république. La plupart des compatriotes pensent que le seul programme politique de l’opposition camerounaise c’est « Biya must go » (Biya doit partir). C’est faux.

Je ne dis pas que ces formations ont des programmes plus intéressants ou mieux élaborés que celui du parti au pouvoir (chacun se fera son avis), mais le fait est qu’ils ont des programmes et que ces programmes-là sont pour la plupart accessibles en ligne.

Le premier pas en politique comme dans presque tous les domaines, c’est l’information.

Et ça ne se limite pas seulement aux informations relatives aux leaders de l’opposition – on ne fait pas la politique seulement en période électorale. S’informer sur les actions gouvernementales en cours, recueillir des informations sur les projets initiés dans la commune où on vit, chercher les noms des députés, des conseillers municipaux, les maires etc., c’est déjà faire de la politique !

Savoir quel est le taux d’endettement du pays, le taux de chômage et de sous-emploi, c’est également faire de la politique. L’information est d’ailleurs ce qui manque le plus aux Camerounais qui, pour certains, se contentent de vivre leur vie sans se soucier du reste, comme s’ils étaient des étrangers dans leur propre pays.

Informer

Parler de politique fait peur quand on ne sait pas qui on a en face de soi. Ça peut bien être un indic qui nous fera mettre dans la liste des personnes à surveiller si on parle mal du régime ou du président. Soit…

Mais, on peut bien parler de politique sans mentionner le nom du chef de l’État, ou bien de ses ministres.

Personne ne vous emprisonnera si vous informez votre entourage sur les articles du Code Pénal. Personne ne portera plainte contre vous si vous parlez de la répartition du budget 2018. C’est une information qui est disponible un peu partout, notamment sur les sites gouvernementaux, et en parler autour de vous n’est pas un crime. Idem pour le taux d’endettement du Cameroun, pour les dates des prochaines échéances électorales ou pour le rôle de l’assemblée nationale.

Faire de la politique c’est se sentir concerné par la vie de la cité, c’est se positionner comme citoyen parmi d’autres citoyens. On peut participer à la vie politique du pays en relayant ou en commentant l’information à caractère politique. Bien sûr, le préalable pour pouvoir informer, c’est d’être soi-même bien informé.

Demander des comptes

C’est le droit de chaque citoyen de demander des comptes à ceux qui ont la charge de gérer les affaires du pays, de la région, de la commune.

Il y a un aspect qui semble échapper à certains compatriotes : le Cameroun n’est pas la propriété de certaines personnes, encore moins les caisses publiques ou bien les ressources et richesses naturelles du pays. Il est du devoir de chacun d’entre nous de savoir comment tout cela est géré. Et c’est impossible de le faire si on n’est pas informé au préalable.

Plusieurs projets ont été lancé récemment au Cameroun, à quel niveau d’exécution sont-ils aujourd’hui ? Quel est leur impact réel, quelles sont les retombées sur les populations cibles ? C’est l’évaluation de ces projets et la reddition des comptes qui permettent l’avancée réelle des choses dans un pays.

On a vu plusieurs projets lancés, mais jamais terminés ou alors terminés mais sans l’impact escompté, le tout sous l’indifférence totale des populations qui vaquent paisiblement à leurs occupations (quand elles en ont).

La politique c’est la gestion de la cité, et les populations sont (censées être) les bénéficiaires de cette gestion. C’est pour cela qu’il est de leur devoir de s’assurer que la gestion soit faite de façon à améliorer leur quotidien et leurs conditions de vie.

Voter

Le vote est, selon moi, le moyen ultime d’expression politique. Il permet au citoyen d’approuver ou de sanctionner. Il permet de répondre à ceux à qui le citoyen a accordé sa confiance, en leur renouvelant ou en leur retirant cette confiance.

Les Camerounais s’inscrivent de moins en moins sur les listes électorales et participent encore moins aux scrutins. Les chiffres le démontrent. Lors du dernier scrutin présidentiel qui s’est tenu il y a sept ans (soit en 2011), le nombre d’inscrits tournait autour de 7,1 millions. Sept ans plus tard, ce chiffre est loin d’être atteint. Les chiffres au 31 août 2017 (date de clôture des inscriptions pour l’année 2017), annonçaient environ 6,5 millions d’inscrits. Quand on sait que la moyenne d’inscriptions annuelles est de 400.000 (déjà 169.015 inscrits entre le 2 janvier et le 23 mars) et que, après la période des inscriptions on procèdera au toilettage des listes, il y a fort à parier qu’on se retrouvera loin en dessous de 7 millions d’inscrits.

Les raisons de la nonchalance à s’inscrire sur les listes électorales et la réticence à voter sont multiples et variées, mais il n’en demeure pas moins vrai que ne pas s’inscrire sur les listes et/ou ne pas voter n’aide pas. Voter c’est faire la politique, et personne n’a jamais été inquiété pour avoir participé à un vote. En plus, il existe le vote blanc pour ceux qui n’ont aucune préférence. Le vote blanc reste et demeure une façon valable et valide de se faire entendre.

Rappelons que pour voter utile, il faut évidemment être informé sur les activités et le projet de société des différents candidats au scrutin, ainsi que sur leur parcours, car l’information est primordiale à toutes les étapes.

La politique omniprésente

La politique est présente dans les activités quotidiennes des citoyens, et prétendre ne pas s’en mêler c’est simplement se tromper. Faire de la politique c’est tout simplement participer à la gestion de la chose publique. Et il n’existe aucun moyen d’y échapper. Le simple fait de payer ses impôts, d’acheter des timbres, de se faire établir une carte d’identité, etc. est déjà une façon de participer à la gestion du pays en pourvoyant les fonds nécessaires à la réalisation de différents projets. Alors, pourquoi faire les choses à moitié ?