Florian Ngimbis

Fornication, concubinage, chaussures: une histoire de camerounais

Les traditions et pseudo coutumes camerounaises me dépassent. La semaine dernière je vais à une veillée mortuaire. Je ne connais pas le mort, mais il s’agit du presque beau père d’un ami. « Presque beau-père » signifie que mon ami a failli épouser sa fille. Bon! Pour parler simplement, ils ont vécu ensemble (euphémisme pour dire forniquer) de longues années, eu un enfant, avant de se rendre compte qu’ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre. En réalité c’est mon ami qui a décrété cet état de choses, mais là n’est pas le sujet.

Nous nous rendons donc à la veillée. Il a plu ce soir là. Patinage artistique dans la boue du chemin. Arrivée dans la cour du deuil. Nous sommes quatre. L’ex qui ne semble pas éplorée tant que ça nous montre des sièges. La cour est bondée. Soudain, deux gaillards se dirigent vers notre petit groupe.

Bonsoir mon beau !

Mon ami répond poliment. Une conversation bizarre s’engage. Les types prétendent être les cousins de la fille. Ils demandent à mon ami pourquoi il ne vient jamais les saluer, pourquoi on ne le voit jamais, pourquoi il a perdu tout ce temps à leur « sœur » avant de lui signifier son refus de l’épouser. A ce stade de la discussion, je commence à sentir une légère gêne. Comme celle qu’on éprouve à Mokolo quand les sauveteurs vous observent vous faire soutirer votre portefeuille sans rien dire.

Mon ami répond effrontément que la perte de temps est réciproque. A peine formule-t-il cette réponse que les deux gaillards se jettent sur lui. Quatre autre gaillards se sont matérialisés derrière nous.

Enlevez-lui ses chaussures!

En un tour de main, le type est déchaussé. Je fais mine d’ouvrir la bouche, d’un regard il me fait signe de me taire. Je la boucle. Il se retrouve pieds nus dans la boue, subissant les quolibets de la foule qui se régale. Je n’y comprends rien !

Soudain, quelqu’un hurle : déchaussez ses frères !

C’est nous les frères !

Les « cousins » fondent sur nous tels des vautours. Deux membres de la bande parviennent à s’enfuir. D’habitude, je suis rapide sur le plat, mais là il s’agit d’une course d’obstacles. Je ne suis pas Liu Xiang, je ne suis pas chinois. Je butte sur une chaise, parvient à me relever, zigzague autour du feu de bois allumé au centre de la cour, manque de m’étaler dans une flaque avant de me faire ceinturer par un malabar qui me soulève du sol tandis que les autres me retirent mes boueuses mais précieuses italiennes.

J’ai envie de leur crier que ce n’est pas mon frère, que c’est un ami qui m’a laissé tomber bien des fois, que mes chaussures n’ont rien à voir avec ses vieilles espadrilles, que je ne sais même pas ce que je fais à la veillée d’un inconnu. Pour ne pas paraître plus ridicule que je ne le suis déjà, je me tais.

J’ai passé plus d’une heure, les pieds dans la boue, à attendre que l’ex fiancée négocie auprès de ses frères le retour de nos chaussures. Finalement il a fallu que nous les rachetions au prix d’un casier de Castel qu’il burent arrogamment devant nous.

Quand j’ai enfin desserré les dents au retour, ce fut pour demander à mon « ami » la signification de tout ce manège.

C’est la tradition Beti. Jai vécu pendant de longues années avec leur sœur et fille. Je lui ai fais un enfant et puis je me suis barré. Ils sont en droit de me demander des comptes. L’enlèvement des chaussures est symbolique. Je paie juste un tribut à la famille.

Tradition ? Escroquerie oui ! Va parler de symbolique à mes vêtements boueux, à mes genoux écorchés et mon nez qui suinte. Je t’en foutrai moi du symbolique !

Je me souvins que c’était la deuxième fois que je me faisais avoir pour une histoire de coutume et de tradition qui ne me concernait pas et, ce soir là , tout en faisant une lessive improvisée, honteux, confus et enragé, je jurai, mais un peu tard qu’on ne m’y prendrais plus.

Peace mes frères !

 

 

 


Les camerounaises ont-elles honte de leurs cheveux

Pot pourri sino-brésilien

Dernièrement c’était le 14 février, vous savez la fête du saint qui n’avait rien d’autre à faire que marier des trouillards en mal de fornication. Pour faire comme tout le monde, je sors avec une fille. La gourgandine est magnifique : une liane tropicale qui fait se retourner les malheureux célibataires sur notre passage.
Carrefour Mvog Mbi. La pluie. Vous savez, ces feintes de pluie de fin de saison sèche. Des gouttes, chaudes, grasses, lourdes. N’importe quel yaoundéen sait que la pluie la vraie, tombera plus tard donc personne ne court, sauf… ma liane. Je la vois qui traverse la chaussée, esquivant voitures et gouttes d’eau, pour se réfugier sous un porche. Je l’ai suivie en courant hein ? Considérant la cure d’amaigrissement qu’elle venait d’infliger à mon portefeuille, je l’aurais suivie au bout du monde.
Mais je dis hein ? Tu cours à cause de trois gouttes de pluie ?
Comment ça trois gouttes ? Tu n’as pas vu ma coiffure ? Je crus à une blague, mais elle semblait vraiment en colère.
Qui n’aurait pas vu sa coiffure ? Une espère de pot pourri de mèches, une conjugaison de couleurs les unes plus voyantes que les autres, une association de mauvais goût et de m’as-tu vu. Si tu n’as pas aidé à tendre la peau du tambour, ne dis pas qu’il résonne mal. Je me suis tu.
Les premiers signes ont commencé dans le taxi. Des petites tapes du plat de la main sur le cuir chevelu. Je me suis tu.
Arrivée dans mon quartier. Le temps d’arriver devant la porte, encore des gouttes de pluies, plus serrées. C’est à peine si elle ne m’a pas arraché les clés des mains, maudissant le temps, les éléments et les saisons.
Tu n’as pas de sèche-cheveux ?
Hein ?
Ce n’est que lorsque le festival de grattouillement a commencé que j’ai compris : Un cuir chevelu trop longtemps caché sous une couche de cheveux synthétiques. Ajoutez-y des pellicules, un peu de poussière de saison sèche, portez le tout à la température d’une serre tropicale. Arrosez d’un peu d’eau ou de sueur et vous obtenez des démangeaisons frénétiques accompagnées d’une légère odeur de chien mouillé. J’ai dormi dans un fauteuil (je n’ai ni canapé, ni masque à gaz).
Dès le lendemain de cette mésaventure, je me suis intéressé aux cheveux des yaoundéennes. Aussi incroyable que cela puisse paraître, trouver une femme de plus de 20 arborant des tresses naturelles est vraiment rare dans nos rues.

Coiffures Tikar (1911-1939)

On dirait qu’après leur virginité, la première chose dont les jeunes filles rêvent de se débarrasser ce sont leur cheveux qu’elles cachent sous des extensions artificielles, les fameuses « greffes ». Même celles qui ont le cheveu naturellement long se croient obligées de rajouter des extensions pour les avoir encore plus longs !
Un gros business par ailleurs. Les chinois détenaient le monopole du marché quand soudain on a commencé à parler de mèches naturelles, les brésiliennes, les indiennes, toutes hyper chères. Malgré les prix, nos sœurs en mal d’extraversion ont sauté dessus pour le bonheur des voleurs qui désormais n’hésitent pas à les raser en pleine rue.
Dans le fameux choc des civilisations dont on n’arrête de parler, le cheveu africain semble avoir perdu la guerre. Comment comprendre le spectacle d’une africaine arborant des cheveux chinois, brésiliens ou indiens pour avoir l’air d’une européenne ?
Cet engouement pour les extensions va de pair avec une propension à utiliser des tonnes de produits chimiques. Résultat : même les adolescentes souffrent de « mon vieux » vous savez, ces chutes précoces des cheveux des tempes et du front qui leur donne un air de vieux pépés dégarnis. Dire que jadis, je voyais mes cousines s’enduire les cheveux uniquement d’huile de palmiste et ce pour le plus beau des résultats. Aujourd’hui, surprendre une jeune fille sans sa greffe ou sa perruque, équivaut à la voir toute nue. Croyez-moi, les réactions sont pareilles.

Pose d’extensions, défrisage (Salut Drogba !), blanchiment de la peau ! Houlà ! Certaines personnes devraient se taire quand on fait le procès de Michael Jackson.

Peace Angela Davis

Peace Aline B.


Les camerounaises ont-elles honte de leurs cheveux

Dernièrement c’était le 14 février, vous savez la fête du saint qui n’avait rien d’autre à faire que marier des trouillards en mal de fornication. Pour faire comme tout le monde, je sors avec une fille. La gourgandine est magnifique : une liane tropicale qui fait se retourner les malheureux célibataires sur notre passage.

Carrefour Mvog Mbi. La pluie. Vous savez, ces feintes de pluie de fin de saison sèche. Des gouttes, chaudes, grasses, lourdes. N’importe quel yaoundéen sait que la pluie la vraie, tombera plus tard donc personne ne court, sauf… ma liane. Je la vois qui traverse la chaussée, esquivant voitures et gouttes d’eau, pour se réfugier sous un porche. Je l’ai suivie en courant hein ? Considérant la cure d’amaigrissement qu’elle venait d’infliger à mon portefeuille, je l’aurais suivie au bout du monde.
Mais je dis hein ? Tu cours à cause de trois gouttes de pluie ?
Comment ça trois gouttes ? Tu n’as pas vu ma coiffure ? Je crus à une blague, mais elle semblait vraiment en colère.

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Le kongosseur chez les danseurs

Le kongosseur. Seul, ou presque… 

Dernièrement, je m’ennuyais. C’est rare, mais ça peut arriver. Je récupère une donzelle, vous savez du genre qui vous répète tous les jours : « on sort quand ? »  Je lui  dis « Today na today, choisis l’endroit, moi je fais le reste ! ».

Une boite de nuit quelque part en centre ville. C’est écrit jeudi des filles. Excellent !

Sitôt entré, je la laisse se débattre avec une bouteille de whisky – du moins, c’est ce qu’il ya écrit dessus- et moi j’avale coup sur coup deux castel congelées et infalsifiables.

Vous savez, j’appartiens à la catégorie d’individus qui s’amuse avec son cerveau. Je regarde, je sens, j’analyse, mais je participe très peu à l’action. Donc je regarde la minette se trémousser sur la piste, trop content d’évaluer sa cambrure, de jauger ses coups de reins, d’admirer son galbe. Bon ! Je vous arrête, ça n’a rien à voir avec du voyeurisme.

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Maître! Maître! Ô mon maître

J’ai appris il ya quelques jours le décès d’un homme admirable. Ce billet relate des fait réels et est la seule manière dont je puisse lui rendre hommage.

Je suis un fruit de l’école publique hein ? Ecole publique du Plateau, Groupe II, Nanga-Eboko. Michael Jackson était mon dieu et mon refrain préféré était celui de 100% zoblazo de Meiway. Je portais des « Tigana » pour jouer au foot et le mot détergent pour moi renvoyait à la lessive en poudre Elephant. Je ne connaissais pas le PMUC on parlait de loto (grattez ! grattez !). Je risquais la mort par bastonnade si je fredonnais un air de Petit Pays et je croyais dur comme fer que ma main se tordrait si je ne partageais pas mon pain avec les autres.

Le jour où Monsieur N. vint dans notre établissement, ce fut comme remplaçant de mon maître de CE1, le vénérable Mr T. A l’époque maître d’école rimait avec cheveux blancs. Mr N. nous surprit tous : il était jeune et fringant. Je me souviens de sa collection de jeans multicolores- à l’époque, on pouvait porter un jean vert ou rouge sans passer pour un plouc. Ce type était un infatigable bastonneur. Que ce soit la dictée (autant de faute, autant de coups), le calcul, les récitations, toute occasion était un prétexte pour qu’il caresse (nullement au sens ecclésiastique hein ?) les jeunes derrières.

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Affaire du bébé de Vanessa Tchatchou : la république « sans caleçon »

Historique des faits, pour les rares personnes qui n’ont pas entendu parler de ce tragique fait divers. Il y a six mois, une jeune fille, la dénommée Vanessa Tchatchou se retrouve enceinte. Non adepte du sport national des jeunes camerounaises qui consiste à abandonner les nouveau-nés dans les bacs à ordures (elle a dix sept ans et est élève), la jeune fille se dirige vers un hôpital dans lequel est accouche. Le bébé prématuré est mis dans une couveuse tandis que la mère reçoit des soins. Couchée dans le lit 12 de la salle 2 de l’hôpital gynéco obstétrique de Ngousso, don chinois – après les écoles japonaises, voici hôpitaux chinois-, la jeune maman ne sait pas qu’elle vient d’avoir le dernier contact avec son bébé, car, peu de temps après son admission sous couveuse, l’enfant disparaît. Le mur de silence voire de haine qui se dresse devant la jeune fille et sa famille qui réclament en vain la vérité sur cette disparition est glacial. La presse se fait l’écho de cette détresse, mais il s’agit hélas d’un fait divers qui pèse peu en face de l’actualité électorale qui prend corps à ce moment là. Silence !

Six mois plus tard, Vanessa campe toujours dans les locaux de l’hôpital. Les élections sont passées, le Roi Lion ayant tout dévoré sur son passage, la presse en manque de scoop ressuscite l’affaire. Des vérités et contre vérités fusent : le bébé aurait été volé, une magistrate serait la « nouvelle mère ». Les réseaux sociaux s’en emparent, des pétitions circulent, des rassemblements vite dispersés sont organisés, des « leaders d’opinion » autoproclamés crient au scandale, les acteurs de se drame se murent dans le silence, la police patine comme toujours lorsqu’il n’y a pas de chauffeurs de taxi à interpeller. L’affaire du bébé volé de Vanessa vient de naître.

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Le kongosseur chez les danseurs

Le kongosseur. Seul, ou presque...

Dernièrement, je m’ennuyais. C’est rare, mais ça peut arriver. Je récupère une donzelle, vous savez du genre qui vous répète tous les jours : « on sort quand ? »  Je lui  dis « Today na today, choisis l’endroit, moi je fais le reste ! ».

Une boite de nuit quelque part en centre ville. C’est écrit jeudi des filles. Excellent !

Sitôt entré, je la laisse se débattre avec une bouteille de whisky – du moins, c’est ce qu’il ya écrit dessus- et moi j’avale coup sur coup deux castel congelées et infalsifiables.

Vous savez, j’appartiens à la catégorie d’individus qui s’amuse avec son cerveau. Je regarde, je sens, j’analyse, mais je participe très peu à l’action. Donc je regarde la minette se trémousser sur la piste, trop content d’évaluer sa cambrure, de jauger ses coups de reins, d’admirer son galbe. Bon ! Je vous arrête, ça n’a rien à voir avec du voyeurisme.

Après quatre castels, mon sang se met à bouillonner. Surtout que la minette n’arrête pas de me demander de la rejoindre sur la piste. Mais voilà, je ne me reconnais pas dans la musique. On passe Arafat, vous savez, le Yorobo 12500 volts. Je me demande comment je vais me débrouiller pour suivre une cadence aussi infernale, surtout qu’autour de moi, ça danse dur et bien.

Je me suis toujours extasié devant cette capacité des camerounais à récupérer les choses des autres et à se les réapproprier au point de faire corps avec. Vous auriez dû voir les jeunes gens danser sur la piste. Contorsions rythmiques, tremblements syncopés, glissements contrôlés, jeux de jambes saccadés. Tchaï !!! C’est une boite d’ivoiriens ou bien ?

Je commence à prier. Ce d’autant plus que je remarque deux éphèbes qui semblent à voir confisqué mon dossier et enchaînent avec elle danse sur danse. Je prie le dieu des DJ pour qu’il touche le cœur de son disciple qui officie aux platines. Je veux un petit pays, je me contenterais de Douleur, je prendrais même Keng Godefroy, mais par pitié enlève-moi cette musique d’experts. Cette musique qui me fera passer pour le con de service.

Rien.

A un moment, je décide de me lancer, mais là, les gars sortent leur bombe atomique : un cercle. Le cercle de danseurs est la plus grosse escroquerie qui existe. Tu as des gars qui sont d’excellents danseurs. Désireux de se faire voir, ils te forment un cercle au milieu de la piste et se mettent à exécuter les figures les plus extraordinaires qui soient. Toi le mec ordinaire, tu es dans un coin, profitant de la pénombre pour cacher ta maladresse à ta cavalière quand soudain le mec au milieu de son cercle exécute une aile de pigeon, déhanché, double zigzag avec réception sur le petit orteil. La foule en délire hurle et, instinct grégaire, ta donzelle te crie dans l’oreille « allons là bas ! ». Voilà comment tu te retrouves à faire partie du cercle où tu n’entreras jamais, à taper des mains comme un idiot, tandis qu’un crétin désarticulé récolte les fruits d’une gloire imméritée avec la complicité d’une musique inaccessible.

Je me suis rassis.

J’ai espéré que le DJ change de musique, mais sa compilation semblait programmée pour toute la nuit.

J’ai espéré qu’AES SONEL coupe le courant, mais apparemment ils attendent les jours de match.

J’ai espéré qu’Al Qaida fasse tout sauter, mais je me suis souvenu que j’y passerais aussi.

J’ai espéré que Jésus revienne ; je n’ai pas espéré pendant longtemps…

Las de voir la gourgandine et ses deux danseurs ne revenir à ma table que pour s’abreuver de mon whisky et me sortir des phrases du genre « trop top ! »  « Mortelle l’ambiance ! » etc., j’ai vidé ma castel, resserré mon nœud de cravate (j’en avais une, j’avoue) et je suis sorti le plus dignement possible.

J’ai fini la soirée (seul) dans un snack tranquille à me consoler avec des phrases savantes du type : Je préfère être le premier dans ce village que le second à Rome (Jules César).

J’accuse un an de plus au compteur en ce jour, je me fais vieux.

Peace mes frères !


Maître! Maître! Ô mon maître

J’ai appris il ya quelques jours le décès d’un homme admirable. Ce billet relate des fait réels et est la seule manière dont je puisse lui rendre hommage.

Je suis un fruit de l’école publique hein ? Ecole publique du Plateau, Groupe II, Nanga-Eboko. Michael Jackson était mon dieu et mon refrain préféré était celui de 100% zoblazo de Meiway. Je portais des « Tigana » pour jouer au foot et le mot détergent pour moi renvoyait à la lessive en poudre Elephant. Je ne connaissais pas le PMUC on parlait de loto (grattez ! grattez !). Je risquais la mort par bastonnade si je fredonnais un air de Petit Pays et je croyais dur comme fer que ma main se tordrait si je ne partageais pas mon pain avec les autres.

Le jour où Monsieur N. vint dans notre établissement, ce fut comme remplaçant de mon maître de CE1, le vénérable Mr T. A l’époque maître d’école rimait avec cheveux blancs. Mr N. nous surprit tous : il était jeune et fringant. Je me souviens de sa collection de jeans multicolores- à l’époque, on pouvait porter un jean vert ou rouge sans passer pour un plouc. Ce type était un infatigable bastonneur. Que ce soit la dictée (autant de faute, autant de coups), le calcul, les récitations, toute occasion était un prétexte pour qu’il caresse (nullement au sens ecclésiastique hein ?) les jeunes derrières.

Tous les derrières, sauf le mien. J’étais sa merveille. Les seuls sourires qu’on lui connaissait étaient ceux qui ornaient son visage lorsque j’égrenais sans hésitations les tables de multiplication de 1 à 9. Il souriait béatement lorsque je récitais musicalement « beau lutteur noir », il souriait lors que j’épelais les mots sans jamais me tromper. J’étais son exemple, son héros, sa pupille. Jusqu’au jour où l’affable Mr T. revint. Mr N. reprit alors une classe de CM2. Je crois bien que son départ fut mon premier chagrin d’amour…

Mais le jeune enseignant ne m’avait pas pour autant oublié. Un jour que je rêvassais en écoutant Mr T. nous dicter  une leçon de « sciences par l’observation », un gringalet de Cm2 se pointe : « Mr N. demande l’élève Ngimbis ».

J’ai traversé en tremblant le seuil interdit de la classe des grands, le CM2. les élèves me fixaient méchamment et je me demande toujours comment mes genoux ont pu me porter sur le court intervalle me séparant du Maître. Il était debout devant le tableau, en compagnie d’un élève, je vais donner son nom : Otabela. Une légende de l’idiotie, le roi des cancres, l’empereur des redoublements et hélas, la terreur des cours de recréation. Mr N. m’a souri, tendu un morceau de craie et désigné le tableau.

« Résous ce problème petit Ngimbis. Tu réussis tu es sauvé et je bastonne ce cancre d’Otabela, tu te loupes, je vous bastonne tous les deux, tous les jours pendant une semaine ».

Makchance ! A l’époque je ne connaissais pas le camerounisme qui dit « quelqu’un reste sa part vient ! ».

Je récupère la craie. Otabela me fixe. Je lis dans son regard tout ce qu’il va me faire subir si je trouve la solution. Je me tourne vers le maître. Je sens que si je lui fais perdre la face, il serait bien capable de me briser les jambes à coup de barre de fer. Les mains moites, la chemise trempée, je tourne ma grosse tête vers le tableau. Je me souviens qu’il s’agissait d’un de ces problèmes complexes dont la première réponse conditionne la suite. On la manque et tout le reste est faussé.

Un jeu d’enfant pour moi. Je n’étais pas spécialement bon en calcul, mais je damais le pion aux autres parce que je comprenais les mots difficiles et ma logique était infaillible. J’ai donc en 5 minutes trouvé la quantité d’eau qui s’échappait d’un robinet fuyant au rythme d’une goutte toutes les huit secondes, j’ai même déterminé le temps qu’il faudrait pour qu’un seau de 15 litres placé sous celui-ci remplisse et par ricochet j’ai déterminé la facture à payer par l’imprudent parti en vacances.

La suite est floue. Je me souviens des élèves forcés de se lever pour m’applaudir, je me souviens de ma course folle dans le couloir, poursuivi par les cris d’Otabela dont le derrière fut mis à rude épreuve par la courroie de moteur qui servait de chicotte au maître.

Je crus échapper à Otabela en effectuant le trajet retour vers ma maison au pas de course. Mais le bonhomme m’a rattrapé à 500 mètres du domicile de mes parents et ce qu’il me fit subir sous le couvert des sissongos est tout simplement digne d’un crime contre l’humanité.

La cerise sur le gâteau, c’est la bastonnade que mon père m’administra  à la maison, au motif que mes vêtements et mes écorchures étaient le résultat d’une partie de football, sport hautement prohibé chez les Ngimbis à l’époque.

Peace mes frères !

Peace Mr N. , que la terre des ancêtres vous soit légère.


Affaire du bébé de Vanessa Tchatchou : la république « sans caleçon »

Vanessa Tchatchou dans sa chambre d'hôpital

Historique des faits, pour les rares personnes qui n’ont pas entendu parler de ce tragique fait divers. Il y a six mois, une jeune fille, la dénommée Vanessa Tchatchou se retrouve enceinte. Non adepte du sport national des jeunes camerounaises qui consiste à abandonner les nouveau-nés dans les bacs à ordures (elle a dix sept ans et est élève), la jeune fille se dirige vers un hôpital dans lequel est accouche. Le bébé prématuré est mis dans une couveuse tandis que la mère reçoit des soins. Couchée dans le lit 12 de la salle 2 de l’hôpital gynéco obstétrique de Ngousso, don chinois – après les écoles japonaises, voici hôpitaux chinois-, la jeune maman ne sait pas qu’elle vient d’avoir le dernier contact avec son bébé, car, peu de temps après son admission sous couveuse, l’enfant disparaît. Le mur de silence voire de haine qui se dresse devant la jeune fille et sa famille qui réclament en vain la vérité sur cette disparition est glacial. La presse se fait l’écho de cette détresse, mais il s’agit hélas d’un fait divers qui pèse peu en face de l’actualité électorale qui prend corps à ce moment là. Silence !

Six mois plus tard, Vanessa campe toujours dans les locaux de l’hôpital. Les élections sont passées, le Roi Lion ayant tout dévoré sur son passage, la presse en manque de scoop ressuscite l’affaire. Des vérités et contre vérités fusent : le bébé aurait été volé, une magistrate serait la « nouvelle mère ». Les réseaux sociaux s’en emparent, des pétitions circulent, des rassemblements vite dispersés sont organisés, des « leaders d’opinion » autoproclamés crient au scandale, les acteurs de se drame se murent dans le silence, la police patine comme toujours lorsqu’il n’y a pas de chauffeurs de taxi à interpeller. L’affaire du bébé volé de Vanessa vient de naître.

J’ai observé la progression de cette affaire jusqu’au point de presse organisé par le Ministre de la communication, porte parole du gouvernement léonin qui nous dirige. Je croyais qu’elle avait atteint son paroxysme, jusqu’à ce que j’apprenne, que le Roi-Lion, le Sphynx lui-même, a pris des mesures spéciales pour que la vérité éclate.

Dès ce moment, mes amis, je n’ai pas reconnu mon pays. Fin de la rigolade !

Balle au centre. On évacue la police judiciaire, désormais confinée dans les seconds rôles. On fait entrer l’équivalent de notre CIA+FBI réunis : la DGRE ! zambe wam !!! Nos barbouzes sautent sur l’hôpital Gynéco obstétrique de Ngousso. On interpelle à tous bras, on prend des dépositions.

La magistrature qu’on croyait endormie prend le relais, le procureur de la République entre en jeu. On apprend que deux gendarmes sont sous les verrous. Les deux bonshommes auraient relâché la présumé voleuse dans la nature, contre quelques billets de banque. Je vous ai toujours dit que le tiercé d’un gendarme est sacré…

Le gouvernement, resté étonnamment muet sur l’affaire pour ce qui concerne les responsables concernés, s’ébroue et on nous sort le Joker des Grandes Ambitions, pardon, Réalisations (j’ai du mal à m’y faire) : le Ministre de la Communication, porte parole du gouvernement. Long point de presse, qui ne nous apprend rien, sinon que personne n’est au dessus de la loi, quand celle-ci veut bien se réveiller.

On apprend tout aussi subitement que le bébé volé serait mort et enterré ! On n’a pas le temps de crier au menteur qu’une autre surprise jaillit du chapeau : des tests ADN pour permettre la manifestation de la vérité !!!

A ce niveau, j’ai su que je rêvais. Des tests ADN ? Dans une affaire criminelle ? Au Cameroun ? Et ça court, ça court, on nous annonce la vérité dans moins de dix jours. Hein ?

Je ne sais pas pour vous, mai moi je dis bravo. Bravo à la République, bravo au Roi-Lion, aux politiciens et à ce qui s’appelle société civile part ici. Vous nous démontrez que le Cameroun n’est pas à genoux par sa propre volonté. Vous nous démontrez qu’en fait, ce pays a été transformé en une machine à fabriquer des Vanessa Tchatchou.

La chanson dit : « c’est un tout petit piston qui fait tourner la machine », chez nous apparemment c’est un vieux piston de 80 ans qui fait avancer le train. Un mot, un seul et la mécanique grippée se met en branle ?

Vous qui avez la chance de le voir ce piston, dites lui que dans ce pays, nous sommes tous des Vanessa Tchatchou. Dites lui que depuis quelques semaines, on est asphyxiés dans nos grandes villes car les stations services distribuent du carburant frelaté. Dites lui que chez nous à Yaoundé en saison sèche, on crève comme des mouches à cause des maladies respiratoires : les seules routes bitumées sont celles qu’il emprunte pour aller à l’aéroport. Criez-lui qu’il n’y a pas d’eau courante dans la capitale et que parfois ce manque d’eau fait suite au manque d’électricité. Dites lui que chez nous au Royaume des Crevettes, la corruption est la règle, la justice l’exception. Dites lui qu’on ne gouverne pas un pays par décrets spéciaux.

Vous les politiciens et autres récupérateurs transformés subitement en enquêteurs du dimanche, organisez nous la marche de l’eau, la grève de l’électricité, le sit-in du choléra. De grâce arrêtez de faire croire que vous découvrez le Cameroun, arrêtez de croire que nous voterons pour vous parce que vos bulletins de campagne sont à l’effigie de Vanessa Tchatchou !

J’espère que la petite Vanessa reverra son bébé. J’espère que son calvaire prendra fin et que ses yeux gonflés par les larmes retrouveront leur éclat d’antan. Je lui souhaite tout le bonheur du monde, mais je n’oublie pas d’être pessimiste. Si ! si ! Je n’oublie pas que neuf jeunes gens ont disparu en plein Douala et jusqu’aujourd’hui, personne n’a rien fait pour qu’ils cessent de porter ce qualificatif sinistre : « les neuf disparus de Bepanda ! ». Mais j’ai surtout peur du futur, peur que la cendre de cette affaire tassée, les choses ne continuent comme avant dans le silence le plus coupable.

Peace mes frères ! Peace Vanessa !


Pourquoi le Cameroun brûlera demain

Dans un article récent, je présentais la jeunesse camerounaise comme une bombe à retardement. Comme toujours je me suis fait taper sur les doigts. Ceux d’entre vous qui observent l’actualité camerounaise de ces derniers jours ont sans doute été les témoins des émeutes de Deïdo. Ces émeutes qui opposent les Deïdo Boys aux moto-taxis du coin sous le prétexte que les seconds auraient agressé et tué un membre des premiers.

Tout ceci pourrait prêter à rire, sauf qu’on enregistre officiellement quatre morts suite aux violences qui ont émaillé la semaine. Présentation des forces en présence:

D’un côté nous avons les Deïdo boys, les gars de Deïdo, majoritairement de l’ethnie Sawa. Des enfants élevés dans la mentalité dite de « ici c’est chez nous ».

De l’autre côté les conducteurs de moto, majoritairement Bamiléké, dont le crédo pourrait être « nous on chasse que l’argent ».

Les deux camps se livrent une véritable vendetta, un mort pour un mort, détruisant tout sur leur passage, saccageant les biens et propriétés d’honnêtes citoyens.

Depuis le début de ces tristes évènements, chacun y va du sien et l’affaire est majoritairement présentée sous l’angle tribal, les enfants Sawa qui se battent contre l’envahisseur Bamiléké!

Il n’est pas exclu qu’un tel mobile attise la haine des uns envers les autres, mais il ne s’agit là que de causes de surface, les vraies raisons, sont plus profondément enracinées dans notre conjoncture sociopolitique.

Le régime du Renouveau, celui qui nous dirige depuis une trentaine d’années a réussi à provoquer une paupérisation de la société telle que, la jeunesse camerounaise, celle que l’on a pompeusement baptisé « Fer de lance de la nation » se revèle être un fer rouillé et émoussé par plusieurs tares, héritées de la conjoncture sociopolitique actuelle: analphabétisme galopant, sous-scolarisation, absence de culture politique, aculturation, alcoolisme, culte de l’argent, perte des valeurs traditionnelles, et j’en passe des meilleures.

Après les fey-men, devenus les modèles en termes de réussite sociale dans les années 90, on est passé à l’idôlatrie des footballeurs, et des grands détourneurs de fonds publics. Partir, voler, mentir, tricher, se prostituer, tous les moyens sont bons pour réussir.

Mais tout le monde ne peut se payer un billet d’avion pour l’europe, encore moins décrocher un visa Schengen, tout le monde ne peut se payer une place dans la Fonction Publique pour devenir un éperviable à col blanc. Alors, le gros du troupeau s’est engouffré dans la brèche la plus accessible: le secteur informel. Le Renouveau venait de créer une autre caste de camerounais: les débrouillards. Un secteur dangereusement précaire, mais qui semble faire partie de ce Grand-Oeuvre que l’on nomme par ici Grandes Ambitions (Réalisations).

Les jeunes camerounais, selon leur éducation et leur atavisme, ont différemment compris le discours des grandes ambitions. Nos aînés, ceux dits de la génération sacrifiée sont restés assis chez eux (ou chez les parents), buvant les guinness grattées à leurs amis « voyageurs » et attendant un hypothétique coup du sort: le recrutement des 25.000 fonctionnaires est venu les trouver, ou devrais-je dire, les distraire…

les plus jeunes et moins diplômés ont attendu et attendu, les chinois ont débarqué avec leurs conteneurs pleins de motos bon marché: les moto-taxis sont nés.

D’autres attendent toujours, et croyez moi, ils sont les plus nombreux.

Comme toujours, les journalistes camerounais m’ont un peu surpris. La majorité d’entre eux ce sont intéressé à l’écume de l’affaire. Qui a commencé? Qui a agressé qui? Les Deido Boys sont comme-ci, les moto-taximen sont comme-ça, et patati et patata.

On passe à côté du noeud du problème. Les relents tribalistes qui caractérisent désormais cette affaire, la haine viscérale qui semble animer les deux bords l’un vis-à-vis de l’autre ne sont que des détails. Curieusement, personne ne s’étonne du nombre hallucinant de motos-taxis dans ce secteur, personne ne s’offusque de voir tant de jeunes camerounais pratiquer un métier parmi les plus durs et des plus dangereux de ce pays.

Personne ne s’est interrogé sur le taux de chômage impressionant au sein de la population jeune de Deido. Des jeunes qui passent leurs journées assis sur les fameux « bancs de touche » à regarder la vie passer sans avoir aucune prise où s’accrocher.

Personne ne relève ces autres « Deïdo » en puissance que sont les quartiers de nos grandes métropoles, des ghettos majoritairement peuplés de jeunes gens, oisifs, démunis, mais, assoiffés de vie. Ces jeunes qui n’attendent que l’étincelle qui les amènera à égorger les premiers boucs émissaires servis par les manipulateurs qui foisonnent.

La crise de Deïdo passera, du moins on l’espère, mais j’ai peur qu’une fois de plus, personne n’en retienne les leçons. Et un jour, ce sera la crise de trop, celle dont tout le monde se souviendra, celle qui balaiera tout, dans des torrents de sang et de larmes. Voilà pourquoi le Cameroun risque de brûler un de ces quatre à cause d’une querelle de bayam-sellam, parce que les Grands Manitous qui nous dirigent sont plus occupés à jouer les équilibristes pour se maintenir au pouvoir, qu’à faire ce pour quoi ils se sont, pardon, ont été élus: résoudre les problèmes de ce pays.

Peace les moto-taxis! Peace les Deïdo boys!

 


Pourquoi le Cameroun brûlera demain

Dans un article récent, je présentais la jeunesse camerounaise comme une bombe à retardement. Comme toujours je me suis fait taper sur les doigts. Ceux d’entre vous qui observent l’actualité camerounaise de ces derniers jours ont sans doute été les témoins des émeutes de Deïdo. Ces émeutes qui opposent les Deïdo Boys aux moto-taxis du coin sous le prétexte que les seconds auraient agressé et tué un membre des premiers.

Tout ceci pourrait prêter à rire, sauf qu’on enregistre officiellement quatre morts suite aux violences qui ont émaillé la semaine. Présentation des forces en présence:

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Ô Cameroun, berceau de la tricherie

Les étudiants camerounais sont des génies. Des génies du mal, qui préfigurent le futur Cameroun en termes de moralité.

J’ai été en fac et vraiment je n’en garde pas un souvenir heureux. Ce pays tue les jeunes. Surtout ceux qui sont intelligents. Et si l’homme est un loup pour l’homme, l’étudiant est un tyrannosaure pour l’étudiant.
Beaucoup de gens se demandent les raisons qui justifient la dépréciation des produits de nos universités sur le marché de l’emploi. Sans vouloir être catégorique, je peux apporter un élément de réponse : la tricherie.
La tricherie est une tare que les étudiants des universités camerounaises et ceux de Yaoundé I en particulier ont quantifié, analysé et formalisé. Il existe plusieurs techniques en la matière, les unes plus pernicieuses que les autres.

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Africain, qu’as-tu fait de 2011? Qui es-tu en 2012?

Tandis que je me creusais la tête pour vous offrir un texte digne de vous en cette fin d’année, je suis tombé sur cet article-bilan de mon amie Juliette Abandokwe. Humilité oblige, j’ai reposé ma plume devant tant de pertinence et décidé de partager avec vous ce texte qui reflète mon état d’esprit en ce début d’année.

 

 

 

 

Les mascarades socio-dramatiques se sont succédées les unes après les autres, presque autant de fois qu’il y a eu d’élections, soit 17 fois en Afrique subsaharienne, avec le même scénario à chaque fois:

Préparation du terrain de la fraude par les amendements de la Constitution par des moyens subrepticement frauduleux, jusqu’à deux ans avant les élections, à l’instar du Cameroun.

Nomination par décret d’une Commission électorale, dite « indépendante », composée en majorité d’acolytes du pouvoir « sortant ».

Collecte des données et fabrication frauduleuse des listes électorales. Distribution du droit de vote de façon à la tête du client, à travers une distribution ubuesque des cartes de vote, allant jusqu’à accorder le droit de vote aux morts et aux disparus.

Barrage et violation systématique du droit à l’expression publique des oppositions, ou de ce qui en reste.  Arrestations et persécution de citoyens qui œuvrent pour la promotion d’un scrutin libre et transparent.

Manipulations et violences diverses le jour même de l’élection (bourrages d’urnes, intimidations et violences autour des bureaux de vote sur les électeurs et les observateurs de la société civile).

Fraudes dans la dépouille des bulletins, destruction et disparition d’urnes dont les contenu est suspecté au désavantage du régime « sortant »,  et acheminement accidenté et suspect jusqu’aux locaux de la commission électorale d’où continue la suite de la prédation des droits populaires et soi-disant démocratiques.

Annonce par la commission électorale de résultats bidouillés et donc faux, en faveur du pouvoir sortant, et suivi quelques jours après par la confirmation de la Cour suprême et la prestation de serment. Tout ça avec l’accord implicite de la communauté internationale, qui proteste mollement sur la table, mais qui soutient et encourage le régime « sortant » dans les coulisses, puisqu’il reste le meilleur garant du fruit du pillage et du recel des ressources de la terre des ancêtres d’indigènes superflus.

Révoltes populaires plus ou moins retenues, avec un engagement aléatoire des diasporas.  Communauté internationale molle sur la scène, mais très actives dans les services secrets et le système de défense d’un régime devenu clairement illégitime et impopulaire, enjolivé par des médias occidentaux complaisant. La résistance populaire est diabolisée, assimilée à du désordre post-électoral inévitable dans ces pays de nègres indisciplinés qui se révoltent tout le temps pour un rien. Tension extrême pendant quelques jours à quelques semaines. Menaces de sanctions militaires, onusiennes, CPièsques, et autres associations de malfaiteurs.

Puis tout retombe comme avant, et la vie continue comme depuis 50 ans.

Désespérant, frigorifiant, et paralysant ! Des populations entières dans le désarroi, sans repères, sans encadrement politique, avec une irrépressible volonté non canalisée de libération.

Et la répression qui balaie et qui coupe tout ce qui dépasse…

L’année 2011 se termine donc  dans de grandes interrogations existentielles sur la capacité du peuple africain de se défaire réellement de ses chaînes, malgré une timide sortie de narcose. La première année du 2ème cinquantenaire des indépendances fraudées, volées et assassinées, malgré l’immobilisme environnant, laisse malgré tout transparaitre des espoirs naissant et concrets,  même si les tentatives de balayage par les stratagèmes habituels de la connivence internationale, des retournements de vestes en tout genre, d’opposition insuffisamment solidifiées ou inexistantes restent les prédateurs les plus omniprésents de ces tendances émancipatrices qu’aucun pouvoir ne peut tuer.

Une terrible nostalgie des martyrs tombés depuis les guerres d’indépendance nous habite. Nous nous noyons dans les constats et dans l’indignation. La révolte gronde. Le printemps arabe va-t-il traverser le Sahara…. ? Eh non, apparemment pas, en tout cas pas dans l’immédiat.

Mais pourquoi donc se demandent beaucoup, qu’est-ce qu’on a de différent…. ?

On se casse la tête contre les murs, car on en a marre de l’esclavage. Marre d’être humilié et laissés pour mort. Marre d’être ignorés et pillé.

Le pire, c’est la nature de nos dirigeants et les ramasseurs de miettes qui virevoltent tout autour. Ce qui est vraiment désespérant, c’est que ce sont  nos semblables, nos frères, nos compatriotes. La classe dirigeante dirige son clan, sa tribu, ses attributs attribués par l’ancien colon devenu néo-colon. Mais ils sont des nôtres malgré tout.

Et que dire alors de ceux qui nous entourent au quotidien, nos parents, nos voisins, le petit peuple que nous sommes. L’indifférence, la soumission, le « on va faire comment », et le « nous on veut juste la paix ».

L’esprit du colonisé nous paralyse, et perpétue nos chaines.

On se traite entre nous d’incapables, de « sans-couilles », ou d’«opposition la plus bête du monde ». On s’insulte, on se tire dessus, on se casse les lunettes à coup de poing dans les meetings, on manipule et on manigance. L’étalage de la médiocrité la plus abyssale du monde en vérité.

Alors que les bonnes volontés coulent au fond du plat c’est la mousse de l’incompétence qui flotte sur le dessus, légère, vide de substance, irresponsable, avide d’autoglorification, en gardant toujours au coin de l’œil l’opportunité qui fera le larron, la petite place à la mangeoire, ou au mieux, une réplique de mangeoire à côté, tout ça dans un esprit de vengeance historique, de vieux contentieux qu’on modernise et qu’on instrumentalise. Voilà donc le grand cirque de l’émancipation, où il faut de tout pour faire un monde.

Pendant que les petits se crêpent le chignon, dansent et se saoulent, les vrais méchants en profitent pour s’imposer. Le vieux stratagème colonial habituel.  Alors que nous pensons que nous allons fêter un peu, comptant les francs pour péniblement faire plaisir à nos familles, et qu’on nous laisse à la digestion de nos frustrations postélectorales, voilà qu’on nous frotte les yeux avec du piment avec un complot politique, mélangé avec des nouveaux contrats de ventes de concession aux Chinois, aux Indiens, ou que sais-je encore. La machine à casser est toujours là, à l’affût de la moindre tête qui dépasse.

Enfin bref, je m’arrête là au risque de dépasser minuit, et bien qu’on dise qu’on ne festoie pas quand sa maison est en feu, je vous souhaite une nouvelle année 2012 où règnera l’espoir d’une Afrique meilleure, où nous serons de plus en plus à garder les deux bras vissés au ciel sans pouvoir les baisser même si on veut, où nous serons chacun des vecteurs et des multiplicateurs d’une nouvelle conscience, davantage préoccupés par le bien commun que par le bien individuel.

Même si nous sommes quelques-uns à nous faire traiter d’irréaliste ou d’idéalistes, ce n’est jamais mauvais de rêver, de chercher dans le fin fond de son imagination débordante des idées, des comparaisons, des paradigmes et autre sources d’espoir et de force pour une vie meilleure sur la terre de nos ancêtres.

Donc, à tous ceux qui me lisent de temps en temps, souvent ou toujours, je souhaite une bonne année 2012, et que la lutte continue. Que vos cœurs s’illuminent de gaité et de bonheur le temps d’un instant, le temps d’un sourire, le temps d’un arrêt sur image, car le combat à besoin de soldats dont les batteries sont rechargées.

Bonnes fêtes donc, bon repos, et à tout bientôt !

 

Juliette


Africain, qu’as-tu fait de 2011? Qui es-tu en 2012?

Tandis que je me creusais la tête pour vous offrir un texte digne de vous en cette fin d’année, je suis tombé sur cet article-bilan de mon amie Juliette Abandokwe. Humilité oblige, j’ai reposé ma plume devant tant de pertinence et décidé de partager avec vous ce texte qui reflète mon état d’esprit en ce début d’année.

Les mascarades socio-dramatiques se sont succédées les unes après les autres, presque autant de fois qu’il y a eu d’élections, soit 17 fois en Afrique subsaharienne, avec le même scénario à chaque fois:

Préparation du terrain de la fraude par les amendements de la Constitution par des moyens subrepticement frauduleux, jusqu’à deux ans avant les élections, à l’instar du Cameroun. Lire la suite…


Ô Cameroun, berceau de la tricherie

Crédit photo: lejournalducameroun.com

Les étudiants camerounais sont des génies. Des génies du mal, qui préfigurent le futur Cameroun en termes de moralité.
J’ai été en fac et vraiment je n’en garde pas un souvenir heureux. Ce pays tue les jeunes. Surtout ceux qui sont intelligents. Et si l’homme est un loup pour l’homme, l’étudiant est un tyrannosaure pour l’étudiant.
Beaucoup de gens se demandent les raisons qui justifient la dépréciation des produits de nos universités sur le marché de l’emploi. Sans vouloir être catégorique, je peux apporter un élément de réponse : la tricherie.
La tricherie est une tare que les étudiants des universités camerounaises et ceux de Yaoundé I en particulier ont quantifié, analysé et formalisé. Il existe plusieurs techniques en la matière, les unes plus pernicieuses que les autres.

 

Le fax
Il s’agit d’une technique aussi vieille que le monde. Le fax consiste à sortir son « bord » – entendez le cours- et à faxer intégralement le contenu de ce dernier en réponse aux questions. Le « faxeur » ne se pose pas de questions, il ne sait pas grand chose sur ce qu’il écrit, mais se contente comme la machine dont sa technique porte le nom, de reproduire intégralement ce qu’il croit être les bonnes réponses.
En plus de son caractère périlleux, car manipuler un cours en pleine salle de composition se révèle très souvent dangereux, le fax comporte d’autres inconvénients liés à sa pratique. La propagation de l’information est difficile. Le « faxeur » éprouve des difficultés à partager son savoir avec ses complices. Détenir le « bord » ne garantit pas une bonne note, encore faut-il savoir reconnaître les bonnes réponses. Aussi, pour résoudre les problèmes liés à la sécurité, à la diffusion et à la fiabilité de l’information, les étudiants ont mis sur pied une nouvelle formule de tricherie : le serveur.

Le serveur
A la différence du fax qui est mécanique, Le serveur est une méthode de tricherie dite intelligente. En début d’année, les tricheurs repèrent un mougou sur la base de ses notes lors des premiers contrôles. Il s’agit dans la plupart des cas d’un jeune provincial bamiléké brillamment reçu à son baccalauréat avec une mention autre que « passable » et qui se voit déjà porté au panthéon de son village à cette occasion.
Ce sera lui le serveur.
La collaboration est son meilleur choix. Le clan des tricheurs en fera l’objet de soins attentifs. Il n’aura plus jamais les problèmes de survie qui sont le lot quotidien des étudiants. Un budget spécial, assurera son entretien et sa nutrition, aux seules fins de lui permettre de lire ses cours et de les assimiler au maximum. S’il est puceau et boutonneux, il se peut même qu’il divorce dans les plus brefs délais d’avec sa virginité, ouf!
Le jour du contrôle venu, le serveur est mis en place. A ses côtés, les membres de son réseau. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’ils ne sont pas seuls. Sur deux trois voire quatre rangées sont assis d’autres complices. Des étudiants ayant payé pour faire partie du réseau, remboursant ainsi les frais d’entretien du serveur et  générant même des bénéfices pour les organisateurs du réseau.

A la droite du serveur se trouve le dispatcheur, un serveur d’appoint qui a pour charge de distribuer les paquets d’information aux clients suite aux requêtes formulées. C’est un expert en tricherie, un gars qui peut faire pivoter son cou à 380 degrés et murmurer une réponse à sept mètres sans bouger les lèvres. il décharge le serveur du volet diffusion pour que ce dernier s’occupe exclusivement de la production d’information fiable.

Derrière le serveur, se trouve le sacrifié. Il contrôle les surveillants. en effet, il arrive parfois que le serveur, fébrile, se mette en surchauffe suite au stress ou à la peur. Un surveillant zélé peut subitement s’intéresser à lui ou alors vouloir le faire changer de place (catastrophe inenvisageable). Le sacrifié fait immédiatement diversion et attire sur lui la foudre. Ne me demandez pas ce qu’il y gagne, mes investigations ne l’ont pas découvert.
Le serveur, dont les connaissances ne souffrent d’aucun doute, va ainsi traiter l’épreuve et formuler des réponses, dispatchées, via des techniques rodées, aux différents membres du réseau assis côte à côte sur toute une rangée de l’amphi, au nez et à la barbe des surveillants qui n’imaginent même pas une complicité à si grande échelle. Résultat des courses : 75% de taux de réussite et une foule de diplômés au crâne vide de tout savoir faire. Qui a dit que notre jeunesse n’était pas douée?

Vous comprenez pourquoi malgré le manque de volonté politique observé en haut lieu, des pratiques pernicieuses telles que la corruption ou la fraude électorale ont encore de beaux jours devant elles. Nous on les apprend dès le berceau.

Vive le Cameroun ! Vive la science!


Mes nuits avec Mami Wata

Scott Edmonson: Actrice dans le rôle de Mami Wata

Durant mes lointaines années de fac, j’ai fait la connaissance d’une jeune femme de la tribu Batanga. Une tribu de la côte, dont les membres passent pour des experts dans le dialogue avec les génies de l’eau, notamment la fameuse Mami Wata, Mère des Océans, que certains appellent également Yémanja. Hier 26 décembre, lendemain de Noël, alors que je me baladais dans les rues d’Edéa, aussi désertes d’humanité que le crâne de Manu Dibango l’est de cheveux, je suis tombé sur la Belle, que je n’avais pas revu depuis de longues années. Cette rencontre a provoqué un afflux de souvenirs que je partage avec vous.

Selon la croyance populaire, le culte de Mami Wata serait tellement ancré dans le quotidien du peuple Batanga que la quasi-totalité des jeunes filles issues de cette tribu se voient accorder à leur naissance un esprit de l’eau émanation de la Déesse. Elles deviennent des hôtes de Mami Wata.
Dès que mes copains de l’époque, une bande d’ados post-pubères, amateurs (frustrés) de chair fraîche eurent vent de ma nouvelle conquête, je dus affronter tous les préjugés que la société avait conçu à l’égard des Batanga:
Elle va te tuer, te livrer à Mamiwata
Tu vas mourir après votre premier rapport sexuel
Ne laisse jamais trace de ta semence dans sa chambre
Elle va s’arranger pour concevoir un enfant unique qu’elle va sacrifier pour devenir riche
Après avoir couché avec elle tu ne pourras plus te marier

Moi j’ai rigolé hein ?
J’ai rigolé parce que les commentaires de ce type glissaient sur ma conscience comme les gouttes d’eau de pluie sur les plumes d’un canard sauvage. Laisser tomber ? Ils ne savaient rien de la douceur sucrée des lèvres de la fille, ils n’avaient jamais posé leurs mains xénophobes sur la cambrure extraordinaire de ses reins, ils ne s’étaient jamais noyé dans la volupté de son regard.
J’ai « validé » ma conquête, et j’ai même découvert quelque chose que les mauvaises langues avaient omis de me dire : les filles Batanga sont… OK ! Je m’arrête là.

Voyant que leurs efforts n’aboutissaient pas, les jaloux et autres petits cons qui formaient le groupe peu épanoui de mes amis ont usé d’une autre tactique. Ils m’ont affirmé que je j’étais assis sur une mine d’or. En effet, Mamiwata, d’habitude jalouse, semblait m’avoir toléré, donc, j’avais « un bon sang ». Elle pouvait si je me donnais la peine de la convoquer, faire mon bonheur. J’ai appris à cette occasion que le fond de l’océan serait un vrai paradis, rempli des choses les plus convoitées par l’humanité : argent, or, bijoux dans des proportions inimaginables. Un trésor appartenant à la déesse qui, sur simple demande pouvait m’en accorder une part, à la seule condition que je réussisse à la faire apparaître, à l’insu de son hôte, ma copine. Vous vous dites peut-être que j’ai éclaté de rire et les ai envoyé balader… euh, non. Je les ai crus.
Il y avait divers façons de faire apparaître la déesse :
Tapoter le dos de la jeune fille durant l’acte sexuel.
M’attacher la langue avec du fil à tresser noir et prononcer le nom de la déesse, à minuit exactement en ayant soin d’être dans le même lit que l’hôte.
Faire l’amour avec l’hôte sur une plage à minuit en ayant soin d’avoir préalablement enterré un œuf sur la plage.
Attacher un fil noir au chambranle et dormir la porte entrouverte avec l’hôte à ses côtés.

Je ne vous citerai pas toutes les techniques qui m’ont été conseillées, ce qu’il faut savoir, c’est qu’après une semaine de tentatives, ma belle a commencé à me regarder avec des yeux un peu bizarres. De fait c’est moi qui étais bizarre.
Combien de fois ai-je martyrisé le dos de la pauvre fille tandis que nous jouions à la la bête à deux dos?
Combien de fois avons-nous échappé aux bandits de Yaoundé qui heureusement ne s’étaient pas rendu compte que j’avais pris l’habitude bizarre de dormir la porte ouverte ?
Imaginez-moi dans mon lit, la langue attachée jusqu’au sang, essayant de dire « mamiwata » et ne réussissant qu’à produire une suite de sons inaudibles.
J’ai même sacrifié mes économies et improvisé un voyage à Kribi sur la côte. Si les œufs donnaient des arbres, une certaine plage serait aujourd’hui une vraie forêt…

Bref, après une semaine de joutes sexuelles ininterrompues, la fille effrayée par cet amant transformé en acteur porno doublé d’un alchimiste, me plaqua pour aller proclamer dans tout l’amphi que quelque chose ne tournait pas rond chez moi.
Les bassa’a sont tous des sorciers, dirent les gens bien-pensants
Une phrase qui servit d’oraison funèbre à notre idylle.

Je n’ai toujours pas rencontré Mamiwata et pire, je suis toujours aussi pauvre. Ne vous moquez pas de moi hein ? Les camerounais de ma génération croyaient dur comme fer que si l’Inde ne joue pas la coupe du Monde de foot, c’est pour avoir vaincu le Brésil 1000 buts à zéro lors d’un match d’anthologie (nulle part homologué) où les joueurs se dédoublaient, où les ballons se dirigeaient tout seuls etc. Match à l’issue duquel ils furent rayés des tablettes du foot par la FIFA. Si ! Si ! Ne le niez pas !
Alors je ne suis pas seul hein ? Nous sommes ainsi, nous sommes camerounais

Peace mes frères ! Peace Mami Wata !


Mes nuits avec Mami Wata

Durant mes lointaines années de fac, j’ai fait la connaissance d’une jeune femme de la tribu Batanga. Une tribu de la côte, dont les membres passent pour des experts dans le dialogue avec les génies de l’eau, notamment la fameuse Mami Wata, Mère des Océans, que certains appellent également Yémanja. Hier 26 décembre, lendemain de Noël, alors que je me baladais dans les rues d’Edéa, aussi désertes d’humanité que le crâne de Manu Dibango l’est de cheveux, je suis tombé sur la Belle, que je n’avais pas revu depuis de longues années. Cette rencontre a provoqué un afflux de souvenirs que je partage avec vous.

Selon la croyance populaire, le culte de Mami Wata serait tellement ancré dans le quotidien du peuple Batanga que la quasi-totalité des jeunes filles issues de cette tribu se voient accorder à leur naissance un esprit de l’eau émanation de la Déesse. Elles deviennent des hôtes de Mami Wata.

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Les « admins » des groupes Facebook : régulateurs ou tontons macoutes ?

Vous vous souvenez sans doute de mon billet parlant des groupes Facebook regroupant les camerounais. Je vous ai à l’occasion parlé de certains groupes dont je suis membre, qui avaient mis en place des garde-fous sécuritaires pour éviter les égarements et débordements de tous genres. Aujourd’hui, je vais vous parler des entités sensées appliquer cette politique. Les gardiens du temple, la garde prétorienne, le dernier bastion de la raison et de la pondération : les administrateurs. Bon ! Nous on fait le kongossa hein ? Donc, on va les nommer par leur petit nom : les admins.

A la base (et ce fut mon cas), l’admin est un ami (version Facebook), un compagnon virtuel de la première heure avec lequel vous vous défoulez sur le mur du groupe, pondant des insanités à longueur de posts, discourant à n’en plus finir sur le sexe des anges. Puis survient un évènement rare : le Très Haut, créateur invisible du groupe décide de le coopter dans la société secrète des admins. Dans la plupart des cas, votre ami ne vous informera pas. Il est prudent comme un blédard qui a enfin eu son visa Schengen. Ce n’est qu’au fil du temps et à certains détails que vous remarquerez le changement.

Caractéristiques de l’admin camerounais d’un groupe Facebook de camerounais (Very Important Precision !) :

Il est hyper connecté

Ça, normalement c’est son problème avec ses patrons s’il en a…

Il est courtois

Il ne pond pas de commentaires vulgaires et dignes du troll le plus méprisable. Vous avez beau le tagger, le provoquer, il ne répond pas.

Il écrit désormais une langue correcte

L’admin se manifeste de temps à autre sous forme de commentaires destinés à remettre les brebis égarées sur le droit chemin. A ces occasions, sa plume se fait raide, précise et correcte, ce qui ma foi est une véritable performance sur ce Facebook qui n’a toujours pas de vérificateur d’orthographe.

Il est l’objet d’un culte

Devenu homme important, car trainant dans les basques du très haut, l’admin prend lui aussi du galon auprès des simples mortels. Il yen a qui ne peuvent envoyer un commentaire sans l’y avoir préalablement taggé. Il yen a aussi qui lui disent bonjour en l’identifiant dans leurs posts plus ou moins farfelus, il yen a même qui ont créé un poste d’aide-admin… la majorité néanmoins se délecte de ses trop rares « j’aime » appliqués parcimonieusement sur des commentaires qui dès lors auront valeur de vérité scientifique pour ses adeptes.

Il est invisible mais pas absent (ça ne vous rappelle personne ?)

On ne voit presque jamais l’admin. Comme dit plus haut il ne commente plus à tort et à travers, mais loin de s’en contenter, il traque désormais ses anciens congénères, ceux qui se sont mis en idée de violer son livre de chevet, la Sainte Charte du groupe. Il fait le ménage, et il n’est pas rare de voir des commentaires disparaître dans son sillage.

Il a la nostalgie de l’inquisition

Ce sont les mauvaises langues qui le disent car dit-on il n’est pas rare qu’il poursuive les fauteurs de trouble jusque sur leurs murs et boites privées pour leur demander de renier leur hérésie. Et pourtant elle tourne…

Il aurait pu être ministre au Cameroun

Si ! Si ! Il  a le sens du devoir, de la hiérarchie, il maîtrise la censure, la godasse ; il a sa cour et ses courtisans (évidemment !), ses détracteurs et ses affidés. Il ne critique jamais le Grand Boss, père fondateur du Groupe, il ne le voit jamais, mais lui rend compte quand même. Quand il n’a rien à dire il vous pond la charte du parti, pardon, du groupe, il a des talents de griots… Bon, j’arrête.

Il appartient à une société secrète

La société secrète des admins. Une société dans laquelle on se file des tuyaux façon berets rouges de la 10ème DP en Algérie : « voici comment casser du fauteur de trouble » ; « trucs et astuces pour museler une rebellion».

Il verse parfois dans la folie

Il y a de quoi le comprendre. Tous les jours il doit se taper des centaines de commentaires parfois aussi décousus les uns que les autres. Or le moyen de partager la folie de quelqu’un est à coup sûr de la lire.

Il est bénévole

Son seul salaire est le sentiment du devoir accompli, le même sentiment qu’on éprouve après avoir mené à bien une mission dans le jeu vidéo GTA (je recommande la version Vice City).

Il est Dieu

Beaucoup en doutent, mais le découvrent à leurs dépens le jour où ils constatent qu’ils ont été éjectés du groupe.

Peace mes frères ! Peace les admins !