Mireille Flore Chandeup

Le 4ème homme de ma vie : l’histoire de mon infidélité 1/2

Je m’appelle Mireille Flore Chandeup. Je suis mariée et mère de 2 enfants. Je m’en vais vous parler de cet homme avec qui j’ai fait l’une des choses  les plus difficiles de toute ma vie : tromper mon mari. Il est le 4ème homme avec qui j’ai couché, même si je suis mariée au 3ème. L’histoire de mon infidélité se déroule entre 2011 et 2012 à Yaoundé.

Je plante le décor pour vous

Mon mari et moi nous sommes rencontrés en 2003 en classe de Terminale. 5 ans plus tard, en 2008, j’avais déjà commencé à caresser le rêve de nous faire de formidables bébés lorsque je me suis rendue compte que j’avais des difficultés à tomber enceinte. En 2009, nous nous sommes mariés. Une année s’était écoulée depuis que j’essayais et je n’étais toujours pas enceinte. Cette année 2009, je me suis rappelée ces paroles d’un gynécologue que je consultais régulièrement : « Mireille, tu ne peux t’inquiéter véritablement que si pendant un an, tu as eu des rapports sexuels réguliers sans protection et tu n’es pas tombée enceinte ». Eh bien ça faisait donc un an. J’ai alors commencé à angoisser à l’idée de perdre mon mari. Quand tu ne fais pas d’enfant chez nous, on te trouve rapidement une coépouse qui va en faire. Et surtout, mon mari m’avait épousée contre l’avis de sa sœur aînée qui estimait qu’on ne peut pas faire confiance à une fille qui est allée à l’université. Elle était persuadée que j’avais déjà avorté et que c’était la raison de mon infertilité. C’est vrai que j’avais déjà avorté. Il n’était nullement question que j’aie un bébé avant d’obtenir un Master au moins. Mais, était-ce la raison de mon infertilité ?

2009-2011 : deux années de lutte acharnée contre l’infertilité

Pendant 1 an, je me suis faite consultée par 4 gynécologues différents. Je me suis pliée à toutes leurs recommandations. J’ai fait tous les examens prescrits. Les verdicts étaient les mêmes à chaque fois : rien ne m’empêche de procréer. Les trompes ne sont ni retournées ni bouchées. Mon vagin n’est pas trop acide. Mes ovaires pondent effectivement tous les mois. Pas de syphilis. Zéro chlamydia. Mon utérus est propre à la nidation. Il y avait suffisamment de quoi me redonner confiance en moi. Je n’avais pas de problème.

En 2010, j’ai décidé d’arrêter tout rendez-vous chez le gynécologue et de motiver mon mari à aller à son tour se faire examiner.  Je me suis amèrement confrontée à son refus catégorique d’aller à l’hôpital. « Je n’ai aucun problème. » : m’a-t-il dit d’un ton sec. Je n’y ai rien compris. Il n’a jamais eu d’enfant à ce que je sache. Comment pouvait-il être certain de n’être pas à l’origine de notre difficulté d’enfanter ? Je l’ai supplié pendant un an sans succès.

En 2011, j’ai pris la difficile décision de ne plus le supplier d’aller voir un gynécologue. J’ai décidé de me faire un bébé, avec ou sans lui. J’ai repensé aux histoires, dont j’entendais parler autour de moi et que je condamnais, de ces dames qui se faisaient engrosser par d’autres hommes que leurs maris, de ces maris qui découvrant le pot aux roses ne pouvaient rien dire sans avouer qu’ils avaient été incapables de procréer. J’allais devenir une de ces femmes dont je critiquais le comportement. Comme je les comprenais tout à coup ! Il n’était surtout pas question que je meurs sans enfanter. Je me suis assignée la tâche de me trouver un faiseur de bébés avant la fin de l’année 2011. Pas n’importe qui, bien entendu. Un homme qui me plaise au moins et qui soit agréable à regarder, au cas où on venait à découvrir ce que j’ai fait. Un bodybuilder de la trentaine allait alors captiver toute mon attention.

Le 6 août 2011, j’ai couvert la finale nationale de bodybuilding et fitness pour le compte d’une presse cybernétique

Je n’avais aucune envie d’aller à cette compétition. Je rédigeais des articles sur le Droit camerounais et on m’envoie couvrir un événement sportif. Humm !!!! « Quoi de difficile, Mireille ? Juste dire qui a remporté la finale dans les différentes catégories ? » : avait martelé le patron de notre presse.

Ce samedi là, je me suis vêtue de ma plus belle robe mini et moulante, rose pointillée de noirs (oui, en 2011, je pouvais me le permettre). Appareil photo en mains lors de la compétition, j’ai capturé les merveilleux corps huilés des bodybuilders que je ne voyais auparavant qu’à la télévision. L’un d’eux a commencé à me sourire bizarrement. J’ai fait mon geste qui consiste à m’essuyer le visage de la main gauche pour dévoiler mon alliance à toute personne qui me regarde dangereusement. Il a continué de me sourire. A la fin du tournoi, il est venu à moi, curieux de savoir quel organe de presse je représentais. On a bavardé pendant trente minutes. Il m’a fait rire en me disant que c’est à cause de moi qu’il n’a pas remporté la compétition dans sa catégorie des 85 à 100 kg. 1- Beau corps merveilleusement sculpté par le bodybuilding. 2- Sens de l’humour, il sait détendre l’atmosphère. J’ai gardé le contact.

Un homme agréable, poli, romantique, doux et gentil… bref la totale

Pendant les semaines qui ont suivi notre rencontre, nous avons longuement échangé. Je lui ai posé des questions aussi personnelles que générales. Je voulais tester l’intelligence de l’homme. Il a vite compris que je l’étudiais de façon accélérée et s’est volontairement prêté au jeu. Nous nous sommes baladés dans la ville pendant de longs magnifiques moments. Un jour, il est venu me chercher à la sortie du boulot, en tenue militaire. J’étais abasourdie. J’avais obtenu de lui toutes les réponses ; sauf qu’il était militaire. Les militaires ont la triste réputation d’être des hommes violents. Et je n’avais aucune intention de me faire tuer si jeune. Je cherchais un faiseur de bébés. J’allais lui briser le cœur si jamais il s’attachait à moi. J’ai voulu arrêter cette histoire qui n’avait même pas commencé. Cependant, je m’étais laissé prendre au piège de sa douceur. Il était différent des militaires que je connaissais.

Le moment de lui demander s’il voulait bien me faire des enfants est arrivé plus vite que je ne l’imaginais. C’était un sportif de haut niveau. J’ai supposé qu’il était en parfaite santé parce qu’ils ont l’obligation de passer régulièrement des tests. M’entendre lui faire la demande et lui donner des consignes a été aussi marquant que quand je vois dans un film un criminel planifier un assassinat. « S’il te plait, tu n’as pas besoin de me faire plaisir. Il faut juste que tu jouisses dans moi. Ce sera ni vu ni connu. Si tu me vois enceinte par la suite, ne cherche pas à savoir si le bébé est de toi. Après, je te reverrai pour le deuxième bébé. » A ce moment, j’étais persuadée de tomber enceinte d’un coup, étant donné que mes analyses avaient révélé que je n’avais aucun problème. Et 6 mois seulement après notre rencontre, nous sommes passés à l’acte.

Nous avons couché ensemble en Février 2012

Pire qu’une criminelle, j’avais tout planifié. On s’est pris une chambre d’hôtel non loin de chez moi. Je ne craignais pas d’être vue en sa compagnie. J’avais confiance, comme toujours, en la capacité que j’ai à te raconter des sornettes en te regardant droit dans les yeux, sans sourciller. J’étais motivée et très sûre de moi, de ce que je vais faire.

Une fois dans la chambre, il a voulu bavarder pour emmener le sujet. Je l’ai stoppé net. Je n’avais pas le temps de bavarder. Je devais retourner chez moi à une heure raisonnable, afin que mon mari ne soupçonne rien, lui qui rentrait de bonne heure. Il m’a embrassée. Je lui ai rendu son baiser. Ce ne fût pas agréable. Son baiser n’a pas eu le goût des baisers langoureux que j’échange avec mon mari tous les jours. Mais bon, on dit de ne jamais comparer deux êtres humains et de prendre chacun comme il vient. Et puis même, qu’avais-je à faire du goût de son baiser ? Je recherchais juste du sperme fertile. Quand il m’a pénétrée…     À suivre 😂😂


Visite de Nestlé-Cameroun : son bouillon culinaire MAGGI est-il une nécessité?

Ce billet a failli ne jamais voir le jour, pour plusieurs raisons que je m’empresse aujourd’hui de présenter. Je m’étais fait mon idée sur Nestlé : ce géant de l’agro-alimentaire qui utilise des conservateurs artificiels pour faire durer ses produits et satisfaire sa clientèle sur le long terme. Un produit en particulier avait fini par me convaincre que cette société ne vaut pas la peine : le bouillon culinaire MAGGI. Depuis 3 ans, je travaille dans le secteur de l’agro-alimentaire et ma rencontre avec de nombreux producteurs agro-alimentaires m’a fait réaliser que tous ne disent pas la vérité sur leurs produits, comme Nestlé. Puis, est venue l’occasion de visiter l’usine de Nestlé de Douala, en compagnie de plusieurs autres blogueurs de l’Association des Blogueurs du Cameroun (ABC).  Et je me suis dit « Bof, allons-y! Je n’ai rien à perdre. »  Je ne vais pas parler de l’historique de cette société, ni des personnes qui sont à l’origine de sa grandeur, encore moins de ses multiples turpitudes. C’est disponible en un clic partout. Dans ce billet, je vais décrire les ingrédients qui entrent dans la composition de MAGGI, en particulier l’un d’eux, le glutamate.

le glutamate : un ingrédient dérangeant du MAGGI

Nestlé nous a gentiment indiqué que son bouillon culinaire MAGGI est fait de sel, de sucre, d’oignon, de piment, d’huile de palme raffinée, de poivre noir et de GLUTAMATE. Jamais auparavant je n’avais entendu parler de ce dernier élément. J’étais sûre de tenir là la preuve irréfutable que la société utilise des conservateurs nocifs à la santé des consommateurs. Petit tour rapide sur Internet et j’ai pu lire déjà ce qui suit.

Glutamate de Sodium en cristaux

« Le glutamate monosodique, également connu sous le nom de glutamate de sodium, monosodium glutamate, GMS ou MSG, est le sel sodique de l’acide glutamique, l’un des acides aminés non essentiels les plus abondants dans la nature. La FDA (organisme américain de surveillance des aliments et des médicaments) a classé le GMS comme « GRAS », généralement reconnu inoffensif, et l’Union européenne l’a classé comme additif alimentaire mais l’ajout de glutamates n’y est pas autorisé dans le lait, les huiles et les émulsions de graisse, les pâtes, le cacao et les produits chocolatés, les jus de fruits. Le GMS possède le numéro E621. Le glutamate du GMS confère le même goût umami que le glutamate issu d’autres aliments. Les fabricants de produits alimentaires commercialisent et utilisent le GMS comme exhausteur de goût car il équilibre, mélange et arrondit la perception globale des autres goûts. Les dénominations commerciales du glutamate monosodique comprennent AJI-NO-MOTO, Vetsin et Ac’cent. »

Il y a justement plusieurs années au Cameroun, un « bouillon culinaire » du nom de Aji-No-Moto (« essence du goût » en Japonais) a été commercialisé. il avait justement la couleur blanche du glutamate qui donnait l’impression aux consommateurs qu’ils ajoutaient juste du sel dans leurs repas. C’était juste du glutamate, mais il n’a pas fait long feu parce qu’il était tout blanc comme le sel. C’était juste un « exhausteur de goût » « reconnu inoffensif » et « classé comme additif »… Soit! Mais, revenons à MAGGI!

Le glutamate est-il différent des conservateurs?

Nestlé certifie ne pas utiliser de conservateurs dans son bouillon. Mais si le glutamate n’est pas un conservateur, qu’est-ce que c’est?

Une autre recherche sur Internet m’emmène à lire cette définition du glutamate moins complexe pour les profanes : « Le glutamate est un acide aminé naturellement présent dans le corps. Sa « version chimique » a été découverte en 1907, pour en faire un additif alimentaire. Le glutamate se cache sous le nom de code E621 et est un exhausteur de goût qui est très largement utilisé dans l’industrie agro-alimentaire. »

« C’est en 1908 que le professeur Kikunae Ikeda isola dans l’algue laminaire japonaise, kombu, l’acide glutamique par extraction aqueuse et cristallisation, et appela ce goût « umami ». Il avait remarqué que le bouillon japonais de katsuobushi et de kombu avait un goût particulier qui n’avait pas encore été décrit scientifiquement et qui n’était ni sucré, ni salé, ni acide, ni amer. Pour vérifier que l’acide glutamique ionisé était responsable du goût umami, le professeur Ikeda étudia les propriétés gustatives de plusieurs sels de glutamate tels que le calcium, le potassium, l’ammonium et le glutamate de magnésium. Tous les sels ont engendré l’umami, en plus d’un certain goût métallique dû aux autres minéraux. Parmi ces sels, le glutamate de sodium était le plus soluble et le plus savoureux, et se cristallisait facilement. Le professeur Ikeda a appelé ce produit glutamate monosodique et a soumis un brevet pour produire le GMS. Les frères Suzuki lancèrent la production commerciale de GMS en 1909 sous le nom d’ AJI-NO-MOTO, qui signifie « Essence du goût » en japonais ; c’était la première fois que du glutamate monosodique était produit dans le monde. »

Pourquoi ai-je l’impression que ces articles sur le glutamate ont été écrits par Nestlé?

Le glutamate est classé parmi les additifs alimentaires par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO). Tout comme les conservateurs. Les additifs alimentaires sont des produits ajoutés aux denrées alimentaires dans le but d’en améliorer la conservation, le goût et l’aspect. Le glutamate n’est pas un conservateur. Mais, toutes ces lectures vous laissent-elles indifférents? Vous mettent-elles en confiance? Etes-vous convaincu qu’on peut utiliser le bouillon culinaire MAGGI sans courir de risque?

Pourquoi donc utiliser un exhausteur de goût?

Depuis que je suis une productrice agro-alimentaire, je rencontre de nombreux producteurs qui essaient tant bien que mal de faire du Naturel fait mains. ils sont confrontés à un souci : celui du goût pas toujours attractif de leurs produits. A chaque fois, ils se demandent ce que l’agro-alimentaire leur cache. Lorsque la question m’est posée, je réponds toujours que les personnes auxquelles s’adressent les produits naturels veulent tout simplement consommer naturel et encourager des petits producteurs étouffés par les géants de l’agro-alimentaire tels que Nestlé.

Utiliser un exhausteur de goût c’est tromper les papilles gustatives. C’est développer chez le consommateur une dépendance à son produit. On finit par croire que sans bouillon culinaire, le repas n’est pas bon. Mais alors, que font certains hôtels, qui certifient ne pas utiliser de bouillon culinaire, pour nous proposer des repas succulents? Ils mettent dans les repas servis d’infimes quantités maîtrisées de chacun des ingrédients du bouillon culinaire. Si nous aimons, nous sommes aussi capables de cuisiner sans ces bouillons, en maîtrisant les quantités au fil des années et des essais. Surtout, si le glutamate est NATURELLEMENT présent dans les aliments, pourquoi l’extraire et l’ajouter dans un repas tout cuit et prêt à la consommation? Ne dit-on pas que tout excès nuit?

 

 


Rentrée scolaire : je refais le chemin de l’école avec le même plaisir

Cet article a été écrit en septembre 2017.

Lundi 4 septembre dernier, c’était jour de rentrée scolaire au Cameroun. L’école reprend timidement après plusieurs mois de vacances passés pour beaucoup loin de la résidence habituelle. Le matin, à nouveau, je revois des parents et des enfants  se presser, harceler le vendeur de beignets ou de pain pour ne pas arriver en retard. J’étais sans doute plus excitée que ma fille, du fait de retrouver ces moments de complicité avec mon enfant. Assurément aussi très excitée à l’idée de revivre certaines scènes du matin qui me faisaient marrer l’année dernière. Le fou rire est au rendez-vous lorsque je revois des tous petits pleurer. La réaction d’un enfant le 1er jour d’école est si jouissive à regarder.

Les vacances furent longues comme d’habitude. On en a très vite oublié l’ordre et le rangement de nos affaires. Il est alors difficile de se ressaisir lorsque la rentrée pointe son nez à l’horizon.

Un lundi de rentrée scolaire : 30 minutes à rechercher le sac à dos de ma fille

La veille de la rentrée, dimanche, je me suis souvenue vers 10 heures que l’uniforme scolaire de ma fille n’était pas propre. Pendant que je le lavais, j’ai pensé à ses chaussures, celles de l’année dernière, dans un sale état et qui ne lui vont plus de toute façon. C’est alors que j’ai compris que j’ai été très laxiste pendant les vacances. J’aurais du lui acheter de nouvelles chaussures car les pieds des enfants poussent très vite. Les chaussures ne leur vont bien qu’environ 6 mois. Trop tard cependant ! Elle devra commencer l’année avec des chaussures ouvertes !

Je croyais que j’avais tout préparé la veille, jusqu’à ce qu’arrive l’heure de partir à l’école. Le sac de classe est introuvable. Je l’avais complètement zappé, celui-là. Je me suis mise à fouiller partout. L’ironie de l’histoire c’est que je ne suis pas en train de chercher le sac de l’année dernière, mais celui que j’ai acheté il y a juste 2 semaines et que j’ai caché exprès loin du regard curieux de ma fille. Après avoir abandonné les recherches au bout de 30 minutes, je le retrouve par hasard en prenant les chaussures dans un sac sous le lit. Terrible!

Des enfants qui pleurent pour leur 2ème rentrée scolaire

Quelques jours avant la rentrée, j’avais commencé à préparer ma fille au fait que l’école allait recommencer bientôt. Je l’avais préparée au fait qu’elle ne mangerait plus beaucoup. Elle savait que c’était fini les gros plats de macabo toutes les heures. Je me plaisais d’ailleurs à l’écouter dire à ses copines du quartier qu’elles ne pourront plus rester jouer au quartier toute la journée… tout en espérant que sa rentrée scolaire se passerait mieux que celle de l’an dernier.

Cependant, lorsque nous sommes arrivées dans son établissement le jour de la rentrée, elle m’a regardée profondément et m’a demandé si j’allais la laisser rentrer à la maison seule. Je lui ai dit « oui » et son visage s’est marqué d’une profonde tristesse. Plus rien à faire à partir de cet instant ! Ni les discours galvanisants, ni les chansons d’amour ne pouvaient lui redonner le sourire. Elle refusa d’entrer dans sa nouvelle salle de classe, elle ne comprenait pas encore qu’on change de salle chaque année. Elle se mit à réclamer son enseignante de l’année dernière et éclata alors en sanglots.

La voir pleurer m’a bizarrement fait du bien, je me suis dit que ma fille voulait rester avec sa maman chérie, plutôt que d’être avec des inconnus. J’ai du lui réexpliquer le principe de l’école et la regalvaniser pour les jours suivants. Ensemble, nous nous sommes moquées des enfants qui pleuraient et qui refusaient de laisser partir leurs parents les jours d’après.

Revoir ces personnes, hommes et femmes, qui faisaient mes journées

Pendant toute la semaine qui a suivi, j’ai eu l’occasion de revoir des gens avec qui j’avais sympathisé l’année dernière. Quelques échanges rapides à la sortie des classes. Nos enfants continuent dans la même classe. Nous en avons encore pour un an, je l’espère.

Les femmes ont beaucoup changé physiquement. Celles qui étaient enceintes l’année dernière ont désormais une silhouette amincie qui révèle un autre visage d’elles. J’entends même une dame dire à une autre : « je ne te voyais pas aussi jolie l’année dernière hein!« , elle n’a pu taire son étonnement comme moi. Dans un autre sens, plusieurs autres femmes sont enceintes et ont l’air plus fatiguées que l’an dernier. Même là, beaucoup ne cachent pas leur surprise : « donc, tu étais encore sur ça ?« , entendez : « je croyais que tu ne comptais plus accoucher hein! », mais chacune fixe sa limite où elle veut.

Les hommes, quant à eux, sont restés les mêmes. J’ai revu ce militaire qui accompagne son fils avant de se rendre à son lieu de service.Un homme aux jambes légèrement arquées, un vrai régal pour les yeux. J’ai aussi revu cet autre parent d’élève qui venait toujours en culotte dévoilant ses jambes velues juste comme il faut. L’homme qui portait sa fille sur les épaules la porte toujours ainsi. Pour lui, elle n’a pas encore grandi.  Mon plus grand plaisir c’est de revoir le journaliste dont le regard me faisait frémir l’année dernière. Ses enfants vont cette année dans le même établissement que ma fille, sa fille cadette est d’ailleurs dans la classe de ma fille. Peut-être vais-je enfin tenter une approche. Non?


Visite du site des réfugiés de Gado-Badzere, à l’Est-Cameroun

Tous les 19 août, la communauté internationale  célèbre la journée de l’aide humanitaire qui est le moyen de rappeler aux acteurs de guerres et conflits que les acteurs humanitaires et les civils ne sont pas une cible. Pour marquer le coup au Cameroun, des volontaires du haut commissariat des nations unies pour les réfugiés, accompagnés de plusieurs associations de relais communautaire et des blogueurs de l’association des blogueurs du Cameroun, dont Thierry Didier Kuicheu et moi, ont visité le site des réfugiés centrafricains de Gado-Badzere à l’Est-Cameroun, à environ 800 km de Bangui, capitale centrafricaine. Question de rappeler à tous la situation dans la quelle ils se trouvent parce qu’ils ont été pris pour cible dans leur pays.

C’est un site accueillant près de 25000 âmes qui ont fui la guerre et rêvent pour la plupart de rentrer chez eux. Sauf qu’on ne peut dire si le retour est possible.Les acteurs humanitaires et l’Etat du Cameroun (qui a donné les terres qui accueillent ces personnes meurtries), se déploient sur le terrain avec les moyens à leur disposition.

Les donateurs se font moins nombreux. D’autres régions du pays ont besoin de secours (extrême-nord, nord-ouest, sud-ouest…) Après avoir discuté avec quelques réfugiés, je suis ravie de constater que le fait d’être assistés ne les réjouit pas. Les hommes, chefs de famille, ont perdu leur autorité devant leurs familles. Ils reconnaissent qu’il est préférable qu’on leur apprenne aussi à pêcher, afin que leur autonomisation leur permette enfin de subvenir eux-mêmes aux besoins de leurs familles.

Les plus à remercier ce sont les populations hôtes. Accepter de céder des parcelles de leurs terres, se manager pour faire de la place à ceux qui sont dans le besoin, sont des actes louables.

Je vous raconte cette visite en photos dont voici des morceaux choisis pour vous.

Je suis très vite marquée par la capacité de déploiement des volontaires pour venir en aide à ces personnes désœuvrées. Leur force inspire en action. Crédit photo : Mireille flore Chandeup

 

Ces volontaires qui font parler leur slogan : « Nous sommes l’inspiration en action ». Crédit photo : Mireille Flore Chandeup

 

Cette volontaire se prénomme Cécile. Elle a créé une association dénommée « JADD (jeunes en action pour le développement durable) ». Elle est sur tous les fronts. Elle explique les 17 Objectifs de développement Durable » mieux que quiconque, de façon terre à terre. Crédit photo : Mireille Flore Chandeup

 

Fadimata, cette volontaire assez proche des réfugiés centrafricains (culture, religion) pour les mettre en confiance. Crédit photo : Mireille Flore Chandeup

 

Berthe Biloa, cette volontaire qui a tout quitté à Yaoundé où elle a fait des études, pour aller s’installer à Batouri, dans l’Est-Cameroun, afin d’être plus proche du terrain. Crédit photo : Mireille Flore Chandeup

 

Des agents de relais communautaire. ils permettent de toucher le plus grand nombre de réfugiés. Crédit photo : Mireille Flore Chandeup

 

Des acteurs humanitaires. Ils donnent de leur temps pour venir en aide aux réfugiés. Crédit photo : Mireille Flore Chandeup

 

Ce sourire, celui du service rendu aux populations en situation de crise. Crédit photo : Mireille Flore Chandeup

 

Cet acteur humanitaire qui a répondu à la campagne #NotATarget de la journée de l’aide humanitaire du 19 août . Crédit photo : Mireille Flore Chandeup

 

La jeunesse de cette actrice humanitaire m’a marquée. Je me suis demandée si elle avait une vie, sa vie. Elle m’a dit qu’aider les populations dans le besoin était sa vie. Crédit photo : Mireille Flore Chandeup

 

Il y a eu cette Dame, Ouba, et deux de ses filles. Son histoire de battante est une inspiration pour toute personne dans la même situation, ou pas. Crédit photo :  Mireille Flore Chandeup

 

Il y a eu cette autre dame. Je n’ai pas pu échanger avec elle, car elle ne s’exprimait qu’en Sango, sa langue. Elle m’a juste permis de la prendre en photo, dans toute sa timidité et la souffrance qu’on pouvait lire dans son regard. Elle tenait dans sa main droite son document d’enregistrement. C’est ce document que les réfugiés doivent présenter pour se faire attribuer un numéro sur ticket. Ce ticket leur permet de retirer des kits de survie auprès de la croix-rouge Cameroun qui s’occupe de la distribution. Crédit photo :  Mireille Flore Chandeup

 

J’y ai rencontré Félix Aimé Joky. Il supervisait les distributions de kits de survie. Je ne l’ai pas reconnu sur le coup, mais nous avons tous les 2 étudié le droit à l’université de Douala, Promotion 2004. Crédit photo :  Mireille Flore Chandeup

 

Un lot de nattes qui allaient être distribuées le jour même par l’équipe de Félix. Crédit photo :  Mireille Flore Chandeup

 

Des nattes, moustiquaires, savons et jerrycans étalés pour la distribution. Crédit photo :  Mireille Flore Chandeup

 

Les réfugiés se font enregistrer pour recevoir des kits de survie. Crédit photo :  Mireille Flore Chandeup

 

En rang pour recevoir des kits de survie. Crédit photo :  Mireille Flore Chandeup

 

Ces dames sont des réfugiés centrafricaines qui travaillent avec la croix-rouge Cameroun lors des distributions de vivres et non vivres aux leurs. Elles sont un excellent moyen de communication entre les réfugiés et les agents communautaires. Crédit photo :  Mireille Flore Chandeup

 

J’ai été interpellée par une Dame centrafricaine qui me présente à celle-ci (en foulard), en me disant que nous nous ressemblons. Un beau moment de fou rire. Crédit photo :  Thierry Didier Kuicheu

 

J’ai été saisie par le sourire de ces enfants innocents , qui n’ont pas demandé à devenir des cibles dans des conflits armés et autre revendications de toutes natures. Crédit photo :  Mireille Flore Chandeup

 

Mon moment préféré de la visite : lorsque j’ai enfin pu prendre cette petite en photos. Elle s’appelle Nora, elle a 8 ans et est en cours préparatoires. Sa mine m’a rendue folle d’elle et je l’ai suppliée jusqu’à ce qu’elle accepte que je la photographie. Pour elle, je retournerai dans ce site. Je m’en fais la promesse. Crédit photo :  Mireille Flore Chandeup

 


Lorsque la mort du voisin nous interpelle

La mort est une chose qui nous interpelle au plus haut point. On se sent toujours meurtri après la mort d’un proche, quelqu’un qui partageait notre vie, nos moments privilégiés. Cependant, on peut se surprendre à pleurer la mort d’une personne qu’on ne portait pas spécialement dans son cœur.

Récemment, alors que je m’apprêtais à faire une lessive vieille de plusieurs jours, Nadège, ma voisine et amie,  m’annonce la mort de notre voisin Yves dit « Tintin ». Une mort qui m’aurait normalement laissée indifférente, au regard du comportement social de cet homme.

Tintin, un homme lamentablement exécrable

Yves avait été surnommé « tintin » à cause de son hyperactivité lorsqu’il était enfant, en référence au célèbre dessin animé. En grandissant, il s’est intéressé aux arts martiaux et au culturisme. Son corps sculpté par la pratique sportive lui a permis de travailler pour la mairie où il était chargé de faire déguerpir les populations installées dans des zones à risque.

Personne n’osait lui tenir tête au quartier. Il s’est alors vu surnommer le « démonteur » un jour où il avait copieusement tabassé un homme qui tournait autour de sa femme. Tout le monde l’avait mis en quarantaine, tel un malade contagieux. Une situation qui le laissait de marbre. Il traversait les rues du quartier de son enfance sans dire le moindre « bonjour » à personne.

Lorsque la mort interpelle son sujet avant de frapper

Yves a été malade pendant près de deux mois. Le premier mois, son attitude changeait et nous nous interrogions. Il s’arrêtait en passant, faisait un signe de la main, demandait des nouvelles de ceux qu’il n’avait pas vus depuis. Il parlait désormais avec une douceur surprenante et conseillait les enfants du quartier. Nous avions compris que quelque chose ne tournait pas rond chez lui. Nous voyions qu’il cherchait délibérément à renouer avec toutes les personnes qu’il avait blessées par le passé.

Durant le deuxième mois de maladie, il était devenu généreux. Il offrait systématiquement à boire (oui, chez nous, si tu veux rendre quelqu’un heureux, donne-lui des bières à boire !) dès qu’il voyait regroupés plusieurs voisins du quartier. Comme qui dirait, il essayait d’arranger son deuil. Vous avez bien lu. Il avait pris conscience du fait que la mort rôdait et voulait s’assurer qu’il sera pleuré de la plus belle des manières. Et il a réussi son coup. Nous l’avons pleuré.

La mort ne se soucie point des cœurs meurtris et des vies brisées

A l’annonce de la mort de Tintin, je me suis sentie irrésistiblement attirée vers son domicile. J’ai abandonné lessive et vaisselle pour aller consoler sa veuve, une dame gentille qui est tombée amoureuse d’un homme … (mon clavier a planté. Bon, je continue de rédiger mon article.) Je ne cessais de me demander : « et si c’était moi ? », « et si ça m’arrivait à moi ? »

Yves est décédé à 40 ans, en laissant cinq enfants, dont les 2 derniers ont 21 mois et 6 mois. La nouvelle Madame Tintin, arrivée il y a juste 3 ans le sauver de la solitude de son divorce, se retrouve veuve. Une femme dynamique qui a laissé tomber son boulot pour donner naissance à leurs deux enfants de 21 et 6 mois aujourd’hui.

Il y a 3 ans, nous avions eu du mal à nous habituer à elle, nous rappelant tout le temps la manière brute avec laquelle Yves avait fait partir son ancienne épouse, celle avec qui nous papotions à nos heures libres. Peu à peu, nous avions découvert une femme douce, jusqu’à reconnaître qu’elle avait amélioré la vie de son mari et des enfants de celui-ci.

Aujourd’hui meurtrie par la disparition de son mari, elle me raconte d’un ton désespéré ses dernières heures. La savoir brisée me fait mal. Je ne peux m’empêcher de me mettre à sa place.

J’ai pleuré Tintin, malgré moi. Mais, j’ai beaucoup pleuré.

Et si ça m’arrivait à moi ?

Un bébé et …à peine on s’est remise, un 2ème bébé… Pendant qu’on échange sur les derniers jours de Tintin, je constate que le bébé de 6 mois cherche de sa main le visage de sa mère. Je ne réalise pas tout de suite. Je n’ose surtout pas demander. Elle me le dit gentiment. Son bébé est aveugle depuis la naissance. Elle avait justement besoin d’argent pour le faire opérer. « C’est la maladie de Yves qui a fini l’argent que je comptais utiliser pour opérer l’enfant » : me dit-elle, en laissant couler une larme supplémentaire. En ce moment, je ne peux m’empêcher de me demander comment il a pu mourir en laissant son fils ainsi. Quel égoïsme de sa part d’avoir choisi de fuir ses problèmes au lieu de les résoudre !!! Sérieux, ce type a abandonné son épouse et ses enfants.

Je le détestais, mais il n’aurait pas du mourir

Tintin ne m’avait jamais dit le moindre mot, en 6 ans de voisinage. Mais il était un bon père, qui faisait des envieux. Il choyait tellement son unique fille de 5 ans que je me demande si elle va lui survivre. Je contiens à peine mes larmes devant les « papa est vraiment mort ? » de son fils aîné de 15 ans, s’adressant à leur oncle. Les « je veux voir papa » du cadet de 10 ans, m’obligent à me refugier derrière un des nombreux bâtiments de la demeure familiale, afin de laisser s’écraser sur ma joue une larme aussi grosse que la douleur que je ressens.

Notre voisin Bernard a aussi pleuré, lui qui est le plus pragmatique d’entre nous, toujours à nous rappeler que la mort existe et que nous devons apprendre à l’accepter. (Je vous parlerai de lui en détails un jour). Nous avons tous crié sur notre voisin Joseph qui a osé emmener le petit de 10 ans voir le cadavre de son père. Il s’est excusé en pleurant : « il ne m’a pas laissé le choix. Je n’ai pas pu le lui refuser. »

Au final, pourquoi ai-je si mal pour cet homme qui détestait tout le monde ?

Veuve Tintin a 33 ans. Elle a eu 2 enfants en 3 ans. J’ai 33 ans. J’ai eu 2 enfants en 3 ans. Tintin avait 40 ans et était robuste. Mon mari a 40 ans et est robuste. Comment puis-je ne pas m’identifier à cette femme que je ne côtoyais que depuis 3 ans ? Comment m’empêcher de penser que … NON ! Que ferais-je à sa place ? Survivrais-je à une mort prématurée de mon conjoint tant aimé ?

Finalement, j’ai arrêté d’y penser et de profiter des bons moments en famille. Cependant, mes émotions resurgissent de temps en temps car j’assiste, impuissante, à la souffrance de Veuve Tintin. Oui, je vous l’avoue, je préfère ne plus chercher à connaître son prénom. Je retiens qu’elle a vu sa vie gâchée par Tintin, cet homme que personne n’affectionnait.


Mère au foyer et veuvage : savoir choisir son « laveur » du vivant de son mari

Le lévirat, cette  pratique ancestrale aussi vieille que le monde – qui avait été pensée pour assurer la continuité du nom du défunt et le cas échéant, assurer aussi un avenir à la descendance du membre de la famille décédé – continue d’avoir droit de cité autour de nous. Avant, il s’agissait surtout pour la famille du défunt d’imposer à la veuve une ligne de conduite à suivre scrupuleusement, sous peine d’être abandonnée. Pour la femme ayant perdu son mari, le lévirat consistait à continuer simplement à vivre mais avec le frère du défunt, afin de s’assurer que ses enfants orphelins seront bien pris en charge. Il ne s’agissait pas d’un nouveau mariage, mais juste de la continuité de la vie du défunt. La veuve était alors parfois contrainte de faire des enfants avec son nouveau mari si elle ne voulait pas être laissée pour compte.

Au Cameroun, on appelle ça le « lavage » 

Au Cameroun, on parle de « lavage » pour nommer le premier acte sexuel avec le frère du défunt. Le « lavage » est sensé purifier la veuve et rompre le lien avec son époux décédé. Cette pratique a souvent dégoûté les femmes, mais les hommes, eux, préfèrent que la femme « reste dans la famille » après leur mort : vaut mieux la savoir avec le frère qu’avec des inconnus. On ne l’a quand-même pas doté pour rien.

Aujourd’hui, après tous les discours et les combats autour de l’égalité entre les genres, du travail de la femme et de son indépendance financière, les femmes refusent de plus en plus de subir le lévirat. Elles sont désormais à même d’assurer l’avenir de leur progéniture après la mort de leur époux. Néanmoins, une catégorie de femmes restent dans l’expectative : les mères au foyer.

Les mères au foyer acceptent d’être « lavées »

Nous sommes bien d’accord sur le fait que le travail de la femme implique des charges que leur salaire ne peut bien souvent pas supporter : nounous, répétiteurs, ménagères, etc. (Cela pose d’ailleurs la question de l’éducation des femmes et des postes à responsabilité – et donc à haut salaire- qu’elles pourraient occuper en travaillant, mais bon, ceci est encore un autre affaire…). Le coût des charges, c’est donc la raison pour laquelle de nombreuses femmes sont contraintes de rester à la maison pour garder leurs enfants et gérer l’entretien de la maison. Par conséquent, financièrement, elles sont totalement dépendantes et ne peuvent compter que sur leur mari. Mais alors, dans ce cas, qu’advient-il de la famille lorsque le mari décède à la fleur de l’âge ? La mère au foyer a-t-elle le pouvoir de refuser de coucher avec son beau-frère, en échange d’obtenir de l’argent pour l’entretien de ses enfants ? La plupart des mères au foyer pensent que NON. Pour beaucoup, elles ne se disent pas qu’elles doivent désormais chercher un travail pour subvenir aux charges de leurs progénitures. Elles pensent simplement que coucher et épouser le beau-frère sera le meilleur moyen de s’en sortir. Elles développent même des stratégies du vivant du mari pour s’assurer les faveurs du beau-frère préféré parmi tous les beaux-frères ; quitte à subir, autant subir le moins possible !

de l’idée de voir en un beau-frère un super héros qui va sauver la veuve d’une souffrance certaine

 

Commencer par cibler son futur « laveur » parmi les beaux-frères

Même si la belle-famille donne du fil à retordre, on ne déteste jamais tout le monde. Il y a des préférés. La jeune mère au foyer prend toujours le temps d’étudier les comportements de ses beaux-frères afin de trouver celui qui sera le plus à même de la « laver » à la mort de son mari. On va alors l’entendre critiquer tel beau-frère parce qu’il boit beaucoup et valoriser tel autre parce qu’il est respectueux. En temps normal, elle n’en aurait rien à foutre… Mais là, l’œil averti comprend qu’elle tombe peu à peu amoureuse de son futur « laveur ». Il va peu à peu devenir son confident. C’est vers lui qu’elle se tournera pour se plaindre des mauvais agissements de son mari. Elle le défendra, y compris dans les conflits avec son épouse à lui. Elle le respectera plus que tous les autres beaux-frères réunis. Il sera désormais le seul à pouvoir la calmer quand elle se mettra en colère.

Chouchouter son futur « laveur » au maximum pour lui plaire

La mère au foyer est forcément très tendre avec celui qui deviendra son homme après la mort de son mari. Elle lui prépare régulièrement des mets succulents, au point de rendre jalouse son épouse à lui ! Elle se souvient des anniversaires et de tous les événements marquants de la vie de son futur « laveur » : naissances, mariage, avancements professionnels… Elle le visite souvent mais l’époux encore vivant n’a rien à dire. Il a déjà compris que sa femme est amoureuse de son frère, mais il vaut mieux qu’elle « reste dans la famille ». Toujours pareil : vaut mieux la savoir avec le frère qu’avec des inconnus.

Le beau-frère le plus aimé et chouchouté sera du coup le plus présent lors des obsèques du mari. Il se couchera le dernier et se réveillera le premier, afin de s’assurer que tout le monde est à son aise. Il installera les tentes, attachera les bâches pour mettre les gens à l’abri des intempéries… C’est tout naturellement que la première relation sexuelle avec la veuve aura lieu pendant les obsèques du mari.

deux êtres proches finissent par être fusionnels
crédit photo : senenews.com

 

Le kongossa sur l’après-mort du mari

Pour connaître les petites histoires, il suffit de tendre l’oreille et d’écouter les mères au foyer faire des supputations sur ce qui se passera après la mort de leurs maris :

« Ma sœur, je vais refuser que mon beau-frère me lave, que je compte sur quoi ? »

« Mon beau-frère ci est très gentil. Il est très différent de son frère. C’est lui qui va me laver à la mort de mon mari ! »

Certaines mères au foyer vont bien plus loin en entretenant déjà une relation extraconjugale avec le beau-frère. Je ne parle pas, bien sûr, de la possibilité qu’il y a de tomber amoureuse du simple fait du rapprochement. Je parle de lui donner simplement ce qui lui reviendra de toute façon. Pourquoi résister même ? C’est aussi sa part !

Vous vous demandez, je le sais, « et si elle meurt avant son mari ? ». Eh bien, le mari la pleurera tout en sachant qu’il n’est pas le seul à souffrir de sa disparition. Son frère et lui se regarderont en se disant qu’ils ont tous les deux perdu un être cher.

 


Le jour où j’ai décidé de donner du sang

Le don du sang a toujours été pour moi une des meilleures actions qui soient. C’est vrai qu’on est loin du don d’organes, mais on s’en rapproche par l’intention.

Qu’on ait l’habitude d’être taxé de con, d’hypocrite ou d’égoïste, il arrive des fois qu’on ressente un fort besoin de faire une bonne action. Dans la vie, je l’avoue, je suis plus « argent », « argent » et « argent ». Tout ce qui ne fait pas entrer de l’argent me laisse généralement indifférente. Cependant, il y a quelque temps, j’ai été frappée par l’appel à l’aide d’un ami sur les réseaux sociaux. Sa nièce de 4 ans est atteinte d’un cancer du sang.  On a besoin de donneurs du groupe 0+ pour la traiter. Je me suis tout de suite dit que c’était l’occasion de faire une bonne action.

J’ai passé l’une des journées les plus mémorables de ma vie

J’ai fait la connaissance  d’Olivier, dont la nièce est malade. A son regard, il s’est sûrement demandé : « la mère-ci est sortie de l’Internet pour venir donner du sang pour ma nièce ? ». Il avait rendez-vous avec quatre donneurs ce matin-là et avait pris la peine d’acheter 4 boites de 350 ml de lait concentré sucré, pour l’après don de sang.

J’ai fait la connaissance de la tante d’Olivier, une femme raffinée, d’un français limpide (bah, ce n’est pas de ma faute si  j’ai été subjuguée par son parler). Dans ses yeux sous ses lunettes claires, on pouvait lire la tristesse de savoir sa petite fille malade. Elle m’a expliqué avec une aisance déconcertante la forme de cancer dont il s’agit. Elle se demandait surtout ce qu’elle fera lorsqu’elle aura épuisé son capital « amis et connaissances », et qu’il faudra payer les donneurs pour continuer de traiter la pauvre enfant.

J’ai rencontré Armel, jeune homme excentrique, pédant, si sûr de lui que je n’ai fait l’effort de retenir son prénom que pour écrire ce billet (oui, c’est vrai que je pouvais en changer, mais je vous aime trop pour vous tromper). C’était un autre donneur 0+ qui a répondu à l’appel  de la famille via les réseaux sociaux, comme moi. Il a brillamment donné son sang et s’apprêtait à filmer sa poche de 450 ml de sang lorsque l’infirmière lui a dit qu’il ne devait pas faire l’amour pendant 3 jours. Les 5 minutes qui ont suivi m’ont paru 5 heures.  Le jeune est entré dans une colère bizarre en disant au personnel de l’hôpital que sa vie venait d’être gâchée avec ce don de sang. Il est finalement parti sans boire le lait prévu pour lui. J’ai juste souri et pensé « pas grave, mon chou ! Je vais boire ta boite de lait, en plus de la mienne. »

J’ai rencontré Ulrich, cousin de la fillette malade, venu donner son sang. Un garçon des plus adorables. Très calme. Beaucoup trop calme. Pendant que son sang était prélevé, il a un coup de chaud du à une salle étroite et la chemise jeans qu’il portait. L’infirmière l’a interprété comme un malaise et s’est mise à lui poser mille et une questions : « comment te sens-tu ? Pourquoi tu paniques ? C’est ton 1er don de sang ?… ». Ulrich à son tour a interprété la réaction de l’infirmière comme la preuve que quelque chose n’allait vraiment pas et que c’était visible juste à le regarder. Il s’est retrouvé en état de choc dès la fin du prélèvement et on a du le soutenir pour l’allonger et poser les  pieds sur le mûr. Le gars a eu droit au lait, plus un litre de jus pour reprendre des forces.

Quelque chose me dit que vous êtes pressés de savoir si j’ai bu ma boite de lait. Patience, mes choux !

Un moment spécial de cette journée, l’entretien avant le don de sang.

On est soumis à un entretien  avant d’être déclaré apte à donner de son sang.

 

Avant le don de sang, on doit remplir un formulaire (ce qui est logique). Ce que j’ai trouvé bizarre ce sont les questions auxquelles on est appelé à répondre : « durant les 12 derniers mois, avez-vous eu un rapport sexuel anal ou oral ? » Je ne comprends toujours pas ce que cette question faisait là. « Quelle est votre religion ? » On a le choix entre les lettres C pour catholique, P pour protestant, M pour musulman, A pour animiste. J’ai gentiment répondu « aucune religion ». A la question de savoir pourquoi je dis que je n’ai aucune religion, alors qu’il suffisait d’entourer l’une des lettres proposées, j’ai répondu que je ne voyais pas de lettres pour les religions juive et bouddhiste, et que ma religion se trouvait parmi ces deux là.

« je vois que vous êtes une rebelle », m’a-t-elle lancé.

La dame m’a posé des tas d’autres questions sur mon état de santé et a marqué mon formulaire d’un OK. J’ai été déclarée apte à donner du sang. Imaginez ma joie à ce moment là ! J’ai de suite été invitée à rejoindre la salle de prélèvement, à m’asseoir convenablement et à me détendre au maximum.

Le moment le plus bizarre de la journée : la tentative de prélèvement du sang

La dame qui devait effectuer le prélèvement s’est assise en face de moi. Elle observe mes bras d’un air étonné. Elle m’a fait un garrot dans l’avant-bras gauche, a observé mon bras, a défait le garrot. Elle s’est mise à marmonner des choses. J’ai pressenti alors qu’il y avait un souci. La dame répond alors à mon regard interrogatif : « la mère-ci, tu as laissé tes veines à la maison ou quoi ? Je ne les vois pas là. »

Je suis venue donner du sang. Je ne dois pas rentrer avec ce sang. Non.

La dame a utilisé donc  la bonne vieille technique pour faire apparaître des veines, ou une seule veine : taper le bras avec la paume de la main. Sauf qu’elle s’est enragée sur mon bras à force de le taper et de ne malheureusement pas  voir apparaître des veines. Et soudain, une veine. Elle a tenté une piqure. Cependant, la coulée sanguine était si lente que le prélèvement a été interrompu. Après quoi, aucune autre veine n’a osé se montrer

Qui saurait dire qui de l’infirmière et de moi était la plus déçue ?

Je me suis sentie nulle de ne pas pouvoir donner du sang à la petite. A ma grande surprise, Olivier, dont la nièce est malade, a essayé de me remonter le moral. Il a même tenu à m’offrir la boite de lait qui m’était destinée. Ce que j’ai refusé. Je suis indigne de boire ce lait, lui ai-je répondu.

Maintenant que j’y repense, mon égo a pris un si gros coup parce que depuis des années je n’ai cessé de rappeler à qui voulait l’entendre que j’étais du groupe sanguin 0+ et que je pouvais donner du sang à toutes les personnes de rhésus positif.  Je n’imagine même plus la taille de mon égo si j’étais donneur universel.

Je suis 0+, mais je ne peux aider personne. Qui m’aiderait donc en cas de besoin ? Aurai-je ne serait-ce le courage de solliciter de l’aide le moment venu ?


Vaincre la peur de mourir pendant une césarienne

Lorsque l’envie de donner naissance se mute en appréhensions et peur de mourir, on ne sait plus à quel saint se vouer. S’outiller sur le sujet est le meilleur moyen de vaincre sa peur et de mieux vivre ces moments lorsqu’ils frappent à votre porte.

Après avoir vécu subi deux césariennes, j’ai appris beaucoup de choses que je partage volontiers avec des femmes et futurs parents autour de moi. Beaucoup d’émotions à l’entame de ce billet. Des expériences chargées de conséquences et qui nous changent définitivement. Ce billet a failli ne pas voir le jour. Je me suis finalement décidée en lisant le billet de Fabrice Nouanga, Voici pourquoi j’admire les femmes qui accouchent par césarienne.

Beaucoup d’émotions, je vous dis.

Tout d’abord, plus jamais de « j’accouche toujours normalement »

Dans tous les domaines, les idées reçues sont plus dangereuses que les vérités. Les conditions et les contours de la césarienne sont si peu connues que, de mère en fille, on entretient l’idée selon laquelle la césarienne est une affaire de famille. Plusieurs femmes refusent de se faire opérer parce que leurs mères n’ont jamais été opérées, leurs grands-mères non plus. Certaines femmes à qui on en parle au troisième accouchement refuse parce qu’elles « accouchent toujours normalement ». Ma mère a été opérée 2 fois sur 9 accouchements. Ma sœur aînée a déjà été opérée 3 fois pour ses 3 accouchements. Ma cadette directe a accouché 4 fois SANS césarienne. Mon autre cadette a subi une césarienne.

La césarienne est pratiquée pour des raisons précises. Chaque femme porte en elle et à ce moment précis la cause de l’opération. Plusieurs fois, il est nécessaire de pratiquer une césarienne pour sauver les vies du bébé et/ou de la mère. Souvent, il s’agit d’écourter une douleur inutile et traumatisante. La mauvaise présentation du fœtus, la disproportion céphalo-pelvienne (bassin bas ou rétréci), un col fermé ferme (qui se dilate hyper lentement, d’environs 1 « doigt » par jour), un risque d’éclampsie (tension artérielle très élevée), le fait d’avoir déjà été opérée 2 fois (on dit dans ce cas qu’on est de nouveau opérée pour utérus cicatriciel), le cordon ombilical qui entoure le cou du fœtus et l’étouffe lorsqu’on essaie de l’expulser normalement, un paludisme sévère en fin de grossesse sont les raisons les plus avancées pour pratiquer une césarienne. Des raisons que j’ai évoquées dans 2 précédents articles : mon témoignage d’un séjour à l’hôpital et ce pourquoi des femmes meurent en donnant la vie.

On peut connaître et comprendre la nécessité d’une césarienne et réfuter quand-même l’idée de sa laisser ouvrir et refermer. Il est beaucoup plus question de connaître le déroulement de cette opération pour se préparer à l’affronter au cas où on serait obligée de passer par là.

Etre capable d’influencer le choix du type d’anesthésie

Pendant la préparation de l’opération, l’anesthésiste vous pose des questions un peu farfelues, sans rapport aucun avec l’acte que vous allez subir. Son objectif est d’évaluer votre état d’esprit et votre capacité à faciliter le travail de l’obstétricien. Votre façon de répondre lui indique si vous êtes capable d’accepter de garder les yeux ouverts et l’esprit en alerte pendant votre opération. Si vous paniquez, il choisit de vous faire une anesthésie générale, en vous administrant un produit par voie de perfusion, pour que vous vous endormiez. Dans ce cas, il est difficile pour l’obstétricien de savoir comment vous vous sentez pendant qu’ils vous opèrent. Le risque d’arrêt cardiaque est plus élevé.

Par contre, si vous appréhendez bien la situation, il vous est fait une anesthésie locale, avec injection du produit anesthésiant dans le bas du dos. Votre abdomen est « mort » pour le temps que durera l’intervention, environs 1 heure.  Vous restez éveillée tout au long de votre accouchement. Vous échangez avec l’anesthésiste et l’obstétricien. Il vous demande constamment comment vous vous sentez, si vous ressentez une quelconque douleur. Ils vous présentent votre bébé dès qu’il vient au monde, vous demande le prénom que vous avez choisi pour lui. Ils vous félicitent pour votre courage. Je vous assure que ça fait du bien. C’est aussi agréable que lorsqu’on vous rase gentiment les poils du pubis avant d’insérer la sonde urinaire.

Bien entendu, influencer le choix du type d’anesthésie n’est possible que si vous êtes éveillée et capable de répondre aux questions de l’anesthésiste. Par chance, pour les 2 césariennes, j’étais en santé et j’ai eu droit à des anesthésies locales. Pendant la 1ère césarienne, j’avais brusquement connu une forte sensation de froid. J’ai expliqué ce que je ressens  et on m’a injecté un anti-paludique pour faire baisser ma température. Je grelottais tellement que j’ai fait passer un message à ma tante qui attendait dehors, selon lequel elle devait apporter une couverture de la maison.

La médecine évolue, on se remet sur pieds assez rapidement

Si vous avez la possibilité de donner votre accord pour être opérée, cela signifie que vous êtes consciente. Par conséquent, il n’y a pas de raison que vous ne vous remettiez pas assez vite par la suite. Le suivi des conseils et des prescriptions de l’obstétricien  permet de récupérer agréablement et parfois de façon spectaculaire.

A la sortie du bloc et dès que les effets de l’anesthésie s’estompent, on vous injecte de la morphine pour atténuer la douleur de la plaie. une infirmière vérifie régulièrement votre serviette hygiénique pour s’assurer que vous ne perdez pas trop de sang.  On vérifie aussi votre pansement. On explique à votre garde-malade comment vous laver et changer vos draps sans vous faire quitter le lit, ni lever la tête. Des tonnes de médicaments (c’est vraiment l’impression que l’on a) vous sont administrez par voie de perfusion. Vous passez 24 heures allongée pendant lesquelles il est déconseillé de lever la tête, afin d’éviter des migraines.

Passé les 24 heures, un infirmier vous retire la sonde urinaire placée au début de l’opération. Il vous aide à vous lever, à retrouver votre équilibre et à marquer vos premiers pas. Il vous encourage à faire des cent pas dans le couloir. Vous pouvez dès lors manger quelque chose et prendre des médicaments par voie orale. Puis, la perfusion est retirée. On vous fait passer plusieurs examens afin de vérifier des probables infections. Votre pansement est inspecté constamment. Il ne doit surtout pas être mouillé, ce serait le signe d’une plaie qui suinte. On vous demande si vous avez déjà pissé depuis le retrait de la sonde. Si non, on vous injecte un produit pour résoudre le problème. Tout est vraiment mis en œuvre pour que vous vous remettiez rapidement et sûrement.

Respecter à la lettre la prescription de médicaments et les conseils nutritionnels

Ma petite sœur qui avait été opérée avant moi avait eu beaucoup de mal à se remettre, puis, moins de mal à m’avouer qu’elle était jalouse de mon prompt rétablissement. Elle n’a pas hésité à conclure que j’avais été « mieux » opérée qu’elle. Je ne cesse de lui répéter qu’elle n’avait pas respecté scrupuleusement les consignes du gynéco-obstétricien.

  • la prise scrupuleuse de médicaments

C’est vrai que ça devient vite soulant de prendre autant de médicaments, mais ça vaut la peine. On doit avaler des médicaments pour faciliter la cicatrisation, contre le paludisme, pour la régénération sanguine, pour la vitalité, contre des infections si les examens en ont révélées. On doit aussi retourner à l’hôpital deux ou trois fois pour refaire son pansement et se faire consulter par le gynécologue. Il est crucial de faire les examens prescrits, peu importe que l’on se sente bien. Dans le meilleur des cas, on doit continuer la prise de médicaments jusqu’à un mois après l’opération.

  • le respect des conseils nutritionnels

Se rétablir rapidement après avoir subi une césarienne passe aussi par le respect des recommandations en matière d’alimentation. On est autorisé à manger 24 heures après l’opération. On doit commencer par de l’eau pour ouvrir la voie. On enchaîne avec de la bouillie, aussi légère que possible. On recommande fortement le bouillon de pommes de terre parce qu’il est très digeste. Consommer des aliments durs tout de suite peut causer des douleurs atroces au niveau de la plaie chirurgicale au moment d’aller aux selles. Les produits laitiers sont déconseillés sur le moment à cause de l’intolérance de certains organismes au lactose et de la constipation qui peut s’en suivre. Le but recherché est d’avoir des selles les plus molles possibles pour les évacuer facilement. Les aliments les plus durs doivent être introduits au moins 1 mois et demi après l’opération.

Pendant ce mois et demi, pour une meilleure et rapide cicatrisation, les épices  (piment, poivre, poivron…bref, tout ce qui pique) sont déconseillés. C’est ici alors que le chef bandit meurt à chaque fois! La plupart des femmes que j’ai rencontrées ont grogné en écoutant cette recommandation. « On demande à qui de ne plus manger le piment? » Même la famille venue s’occuper d’elles ne comprend pas très bien cette recommandation. Les gens aiment tellement le piment qu’ils pensent ne pas pouvoir s’en passer. Croyez-moi, il est tout à fait possible de limiter la consommation de piment. Si votre guérison en dépend, il vaut mieux vous faire violence.

La finesse des cicatrices visibles sur le ventre

Plusieurs femmes redoutent la longue cicatrice laissée par la césarienne sur le ventre. Le temps où on incisait le ventre sur la verticale est heureusement dépassé. On pratique de plus en plus l’incision dite du BIKINI qui ne laisse qu’une fine cicatrice que les poils du pubis vont rapidement cacher en repoussant.

Après ma première césarienne et pendant mon hospitalisation, l’infirmier de garde me surprenait la nuit en train de caresser le sparadrap qui recouvrait ma plaie et s’en étonnait à chaque fois. Il ne cessait alors de me rappeler qu’une fois le sparadrap retiré définitivement (environ 2 semaines après l’opération selon l’allure de la cicatrisation),  je ne devrais pas toucher ma plaie de la sorte, au risque de l’infecter. Je lui répondais à chaque fois que ça me démange et que c’est tout. Aujourd’hui je vous l’avoue, j’avais hâte de toucher la cicatrice. Cette même cicatrice que je voyais sur les ventres de ma mère et de mes sœurs.

C’était en 2013 et au final, j’ai eu droit à une cicatrice bien visible sur le bas du ventre. Je la caressais à chaque fois que je me morfondais dans mon coin. Cependant et heureusement, lors de ma deuxième césarienne, l’obstétricienne m’a ouvert le ventre au même endroit, sur la cicatrice.  En me refermant, elle l’a fait disparaître, comme par magie. Des fois, ça me manque de caresser mon bas ventre en cogitant sur l’avenir de mes enfants. J’en ai totalement perdu l’habitude, puisqu’il n’y a plus de cicatrice à cajoler.

Quid des cicatrices morales?

Ces 4 dernières années, j’ai vécu plus d’émotions que je ne l’avais imaginé en décidant de devenir mère. Je fus choquée en 2013 d’apprendre que j’allais être opérée. J’ai du aller puiser au plus profond de moi pour accepter d’être obligée de passer par la césarienne pour donner naissance. Une fois qu’on a accepté dans sa tête, le corps réagit positivement et se remet rapidement. Au bout de 6 à 8 semaines, on peut retrouver une vie sexuelle normale.

Du coup, en 2015 , lorsque le gynécologue m’annonce que je vais devoir subir à nouveau une césarienne, il est lui-même surpris de ne lire aucune gêne sur mon visage et de m’entendre juste lui répondre : « ok, allons-y! »

Courage, Mesdames!

 


Ma 1ere fois, j’ai piloté l’avion jusqu’au 7eme ciel

Vous avez dit « 7ème ciel » ?

Comme cette expression sonne bien dans les oreilles de la fille pucelle ! Moi en tout cas, cette expression me faisait si frémir que je décide de rompre mon pacte de virginité, après que j’ai échoué au Baccalauréat en 2002.

Fillette, j’adulais les couples sérieux de mon quartier et je voulais leur ressembler. Bien plus, je me disais que je ne ferai l’amour qu’avec un seul homme qui deviendra mon époux. Pas facile hein ! Une chose était surtout bien claire dans ma tête : je ne sauterai le pas qu’après avoir obtenu mon Baccalauréat. Les fameux résultats tombent en juillet 2002. Je ne suis pas admise. Puis je me dis : « noooooon, qui va encore attendre 1 an pour toucher aussi le 7ème ciel ? » Je suis obligée de trouver quelqu’un qui m’y emmènera. Je n’ai pourtant pas de petit ami. Que faire ? Se vendre. Pas se livrer à la prostitution hein !!!! Juste se faire belle pour être remarquée par les garçons. Mireille d’autrui change du tout au tout. Je me maquille désormais. J’arbore des jupes courtes. Je laisse pousser mes cheveux. Je fais du régime. Et ça marche ! Un jeune animateur de mon quartier s’intéresse à moi.

La peur de ne pas être à la hauteur de ses attentes

Je viens d’échouer brillamment au Bacc parce que je pensais plus au 7ème ciel qui m’attendait après la réussite qu’aux études. Je n’ai jamais embrassé un garçon de toute ma vie. Et je me retrouve avec cet animateur, jeune mais expérimenté, aimé des filles pour sa voix suave au micro. « Mon frère, que ce n’est pas toi Jason Black, Ampis Atango ou Francis la plage ? Toi c’est donc qui, avec une voix de stars de la radio comme ça ? » Mireille avait gagné le jackpot. Allais-je alors m’en sortir ? Je demande conseil à mes aînées. Chacune m’aide comme elle peut. Je grave tous les conseils quelque part en sécurité dans ma tête, et me voilà lancée dans une relation avec la star du coin.

Trois mois plus tard, après moultes jongleries (il ne fallait pas qu’il croit que je suis une fille légère), j’allais enfin vivre mon 1er baiser. Seigneur, aide-moi ! Ses lèvres touchent les miennes délicatement. Comment réagir ? Que faire ? Pour lui rendre son baiser, dois-je remuer les lèvres comme si je mâchais des aliments ? Ne vais-je pas inonder sa bouche de salives ? Faut sûrement que je ferme les yeux. Il paraît que ça signifie qu’on est amoureuse. Dès que je sors de mes pensées, il arrête de m’embrasser. Est-ce moi qui l’ai déçu ? Non, quelqu’un arrive. Non, nous ne sommes pas dans une chambre. Oui, nous sommes en plein air, cachés parmi des bananiers derrière la maison du voisin. Aller chez lui allait signifier pour moi que je suis prête à faire l’amour.

J’allais finalement passer à l’acte

Vînt alors le 14 février 2003 ! Ce matin-là, je me dis que trop c’est trop et qu’aujourd’hui c’est aujourd’hui. C’est la fête des amoureux. Nous nous verrons forcément. J’ai cotisé grave pour lui préparer un cadeau digne de ce nom. J’ai acheté un micro afin qu’il n’ait plus besoin d’en emprunter aux amis pour ses présentations.

Vers 20 heures, nous nous retrouvons dans sa chambre. Si je suis dans sa chambre c’est que je veux faire l’amour. Il l’a compris rapidement et ne veut pas perdre de temps.

Etape 1 : les préliminaires

Je suis la 1ère à toucher les objets (Montre, boucles d’oreille, chaîne) que je porte sur moi, tout en le regardant langoureusement. Il me les enlève délicatement en baisant chacune des parties qu’il frôlait en passant. Puis, il se saisit de mes lèvres. Il m’embrasse en s’appuyant contre moi pour m’indiquer que je dois m’allonger sur le lit.  De mes 2 mains et pendant qu’on s’embrasse chaleureusement, je déboutonne la chemise de soie qui dessinait si bien ses tablettes de chocolat. Ses mains à lui descendent le long de mes cuisses, passent sous ma robe, remontent tendrement et dégrafent mon soutien-gorge. Je sens mes seins respirer et se hisser. Ces mêmes mains redescendent et se saisissent de ma petite culotte. En même temps, je défais la braguette de son pantalon. Ma main gauche sent sa verge qui se met en position de commandement, paré au combat. Alors là, nous nous levons du lit comme après avoir subi des électrochocs. Chacun retire d’un coup sec ce qui lui reste de vêtement.

Pour faire durer la chose, je décide de lui faire une fellation digne d’un film porno. Tout çà pour une 1ère fois ? Oui, tout çà pour une 1ère fois. Je l’avais souhaité et pensé du début à la fin. Et je m’étais renseignée, croyez-moi. Je m’agenouille alors pour être à la hauteur de ses bijoux de famille que je saisis délicatement avec ma bouche. Je reproduis à la lettre ce mouvement de vas et vient que j’ai observé dans un film porno. De la base à la tête de sa verge, de la tête à la base, j’humecte au passage, en évitant soigneusement de ne pas le pincer avec mes dents. Je n’hésite pas à recracher dessus le trop plein de salive buccale que je répands à l’aide ma main, en caressant les poils de la base. Mon animateur me saisit alors de ses 2 mains et m’amène à me lever. Je comprends qu’il n’en peut plus et que l’heure de l’accomplissement est arrivée.

Etape 2 : la pénétration proprement dite

Lorsque je comprends qu’il fallait à présent recevoir l’homme au plus profond de moi, je m’allonge sur le lit, écarte les jambes et pose un pied sur le mur de la chambre pour pouvoir supporter cette position que je découvrais ce jour-là. Il pose les genoux sur le lit, vient à moi et me caresse la joue de sa main droite comme pour me dire de ne pas m’inquiéter et qu’il allait me ménager. Il pose le coude gauche près de ma tempe droite. De sa main droite, il utilise sa verge pour me caresser le pubis qui réagit en se dilatant savoureusement. Il y va vraiment tout doucement, pour me laisser le temps de m’humidifier avant de me pénétrer complètement. La tête de sa verge franchit la porte. Je suis submergé de sensations. Entre saveur et douleur due à la rupture de l’hymen. Je me retiens de lui montrer que j’ai mal, mais il le perçoit. Il me rassure avec le regard et continue de me pénétrer. Des vas et vient répétitifs, mais plus doux que je ne m’imaginais. Puis, je sens qu’il accélère le mouvement comme piqué par un moustique. Je ne comprends pas. C’est lui, tout gentil qu’il l’était ce jour-là, qui m’explique que c’est parce qu’il va jouir.

Une 1ère fois, zéro préservatif

Je ne saurai expliquer aujourd’hui pourquoi j’avais fait l’amour pour la toute 1ère fois sans me protéger des maladies et d’une grossesse indésirable. Je voulais juste le faire, pour rattraper enfin mon retard. J’étais véritablement persuadée d’être en retard. Je ne connaissais aucune élève de Terminale encore vierge. Pendant que nous faisons donc l’amour, il doit jouir. Vais-je alors permettre qu’il déverse sa semence dans mes entrailles ? Tout se défile dans ma tête. Je pense à la méthode du coït interrompu. Il faut qu’il se retire ! Puis, je me souviens que l’enseignante de puériculture disait que ce n’est pas une méthode fiable, que des spermatozoïdes sont déjà libérés avant l’éjaculation. Alors là, je me dis que ce n’est plus la peine qu’il se retire. Comme on dit chez nous : mouillé c’est mouillé, il n’y a pas de mouillé sec ! Nous savourons alors tous les deux les bienfaits d’une éjaculation interne, avec tous ses risques. Insoucieuse, je le regarde s’endormir dans mes bras jusqu’à ce qu’une sonnerie vienne nous perturber. Nous avions programmé un réveil pour ne pas nous laisser emporter et oublier  de retourner à nos vies, surtout moi de retourner chez mes parents.

C’était donc ça le 7ème ciel dont mes aînées parlaient avec autant d’extase.

Ma 1ère fois m’a tellement fait vibrer que nous avons passé plusieurs mois à faire l’amour, au point où j’ai échoué à nouveau  au Baccalauréat en juillet 2003. J’ai dû me « revirginiser » jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat en 2004.


Valérie face à la pression de l’enfantement

Lorsque donner naissance est une « obligation morale » pour toutes les femmes, que ne feraient-elles pas pour avoir un bébé ?

Une société focus sur l’accouchement

Dans les sociétés africaines, la femme est considérée comme une « donneuse de naissance » automatique, à un tel point que celle qui n’a pas d’enfant est vue comme une moins que femme. Mariée, la femme doit enfanter ; sinon elle est répudiée par son époux. Une femme chanceuse devra juste supporter d’avoir une coépouse qui fera des bébés à sa place, pour le grand bonheur de leur époux commun. Célibataire, on vous juge sur la base de votre âge apparent. « Elle est déjà quand-même vieille hein ! Il faut qu’elle accouche, même si elle n’est pas mariée ! »

Une grosse pression psychologique

Selon le moral de chaque femme, la pression sociale est ressentie et vécue différemment. Les plus fortes se disent : « je me fous de ce que les gens peuvent penser. Ca ne regarde que moi de toutes les façons. » Les moins fortes ont de la peine à lever la tête lorsqu’elles sortent de leurs maisons. Elles se demandent constamment comment faire pour enfin faire plaisir à la société. Elles s’inventent régulièrement des fausses couches ou des maladies incurables qui les empêcheraient de tomber enceintes. Les femmes faibles sont plus affectées. Elles développent des grossesses nerveuses et perturbent leur système hormonal de façon assez spectaculaire. Les plus faibles finissent par craquer et  avoir un comportement démoniaque. Elles feignent une grossesse jusqu’au bout et sont prises au piège à la fin. C’est le cas de Valérie, la trentaine.

La réaction de Valérie face à la pression sociale

Valérie (j’ai gardé son prénom pour compatir à sa situation) est une femme de 34 ans que je connais depuis 2 ans. Elle aménage près de chez moi en 2015 avec son époux et leurs deux enfants de 14 et 12 ans. Elle était enceinte et brillait des milles feux. Je me souviens que nous autres voisines commères nous demandâmes comment on pouvait être aussi jolie avec une grossesse. Elle était forte, marchait très vite et ne transpirait jamais. Quelques mois plus tard, en 2016, son ventre avait disparu et elle nous a dit qu’elle avait donné naissance à un mort-né. Nous fumes tristes pour elle, mais très vite rassurées car elle ne tarda pas à tomber enceinte à nouveau. En dehors du ventre qui grossissait au fil des mois, elle ne présentait toujours aucun autre symptôme fréquent de grossesse : fatigue, chaleur intense. « C’est ma troisième grossesse et c’est toujours pareil. Je me sens toujours en pleine forme jusqu’à la fin. J’ai juste la malchance. J’accouche, l’enfant meurt à chaque fois », m’avait-elle confié un jour.

Vînt alors le moment de l’accouchement. Plusieurs mois se sont écoulés depuis qu’elle feint la grossesse. Elle décide d’aller chez sa sœur ainée pour le reste de la grossesse et l’accouchement. Son époux acquiesce, sans se douter une seule seconde de ce qu’elle avait planifié. Une fois chez la sœur, celle-ci découvre qu’il n’ya pas de grossesse et qu’à la place, sa sœur cadette porte une prothèse tous les jours. Elle la menace de tout révéler à son époux si elle ne le fait pas elle-même.

L’heure des révélations

Prise au piège, elle doit tout révéler à sa famille. Ce qu’elle déclare est à peine imaginable pour un esprit normal. Seuls les esprits tordus comme le mien avaient compris depuis belle lurette que Valérie était devenue psychologiquement instable à cause de la pression de la société.

« Je suis désolée, chéri. J’avais peur que tu me quittes pour une autre femme qui te fera des enfants. Je n’ai jamais été enceinte. A chaque fois, je faisais semblant afin que tu crois que j’ai quand-même des chances de devenir maman. Je faisais tout pour que mes accouchements coïncident avec tes déplacements d’affaires pour pouvoir  me débarrasser aisément de mon faux ventre et préparer mes larmes pour t’annoncer que notre bébé est mort. Je jouais à la fatiguée tous les soirs pour refuser de faire l’amour. Je ne me déshabillais et ne m’habillais qu’à la douche pour que tu ne me vois pas nue et ne comprennes tout de suite que je ne suis pas enceinte. »

Une interrogation subsiste : quel était le but final de toutes ces manigances ?

Valérie avait véritablement l’intention de ramener un bébé à la maison. A la fin de ses grossesses, elle rodait autour des maternités dans l’objectif de voler un nouveau-né qu’elle allait faire passer pour le sien. Ce n’est pas si compliqué, pensait-elle. On voit souvent des bébés laissés seuls sur les lits, tandis que les mamans prennent leur douche ou raccompagnent des visiteurs. Par chance, elle n’avait jamais réussi à voler un bébé et déclarait donc que le sien est décédé.

Le véritable fautif : l’époux de Valérie

Comment peut-on feindre 3 grossesses jusqu’au bout ? Comment peut-on ne pas voir la souffrance psychologique de son épouse ? Je découvre en même temps que les deux enfants du couple sont ceux de l’époux nés d’une précédente relation. Valérie voulait lui donner aussi des enfants pour avoir dans son cœur la même place que la mère de ses enfants. Oui, plusieurs hommes accordent tellement d’importance à la mère de leurs enfants qu’il peut arriver que leurs épouses se sentent rabaissées et menacées, pire si elles n’ont pas d’enfants elles-mêmes. La faiblesse pousse alors des épouses à éliminer les enfants de l’époux pour rompre le lien avec la mère de ses enfants. Nul ne peut deviner qu’elle aurait été l’étape suivante si Valérie n’avait pas été démasquée ?

Pardonner ou pas à Valérie ?

Elle a besoin de soutien plus qu’autre chose. Au lieu de se mettre dans une colère noire, son époux doit lui faire comprendre qu’il est heureux avec elle, si c’est le cas. Donner naissance n’est pas une nécessité vitale. On doit se battre pour y parvenir, mais être capable d’accepter de ne pas y parvenir en fin de compte. Le soutien moral de l’époux compte pour beaucoup dans la façon de ressentir et de vivre la pression que la société met aux femmes. Des Valérie, il en existe partout, peut-être près de chacun de nous et qui élèvent des enfants qu’on croit être les leurs.

 


Moi, Présidente, j’accorderais un salaire aux mères au foyer

Moi, Présidente ? Moi, Présidente…….

Evident d’imaginer ce que je ferais si j’étais élue Présidente. Une  chose est très claire dans ma tête, c’est que je serais rapidement désavouée pour dérive autoritaire. Oui, je serais une présidente dictatrice parce que la dictature marcherait mieux pour faire valider les décisions que je prendrais et accepter que je ne prenne aucune décision, au besoin.

Soit ce qui suit ne saurait se réaliser parce que relevant plus du rêve que de la réalité, soit, Présidente, je subirais un coup d’Etat au bout de quelques mois.

Moi, Présidente, j’accorderais un salaire aux mères au foyer

Bah oui, je suis une mère au foyer. Vous attendiez-vous à autre chose de la part d’une femme qui loue les mérites de celles qui choisissent de s’occuper elles-mêmes de leur progéniture ? Si on demandait à une vendeuse de tomates ce qu’elle ferait, millionnaire, et qu’elle répondait qu’elle ouvrirait une parfumerie, là, ce serait inquiétant.

Pour les mères au foyer, je ferais les choses bien, de quoi leur mettre un peu de baume sur le cœur. La fragilité de leur situation auprès de leurs conjoints est des plus inquiétantes. Refus des responsabilités des pères, abandon des foyers, manque d’informations relatives au droit successoral, la précarité des relations de père-fils résultant du non établissement des actes de naissance, plusieurs conflits familiaux et la fragilité des relations conjugales résultant des « mariages non officiels » m’obligent à penser à améliorer en premier leur statut.

Et je ferais çà… légalement

Au Cameroun, Un projet de code des personnes et de la famille est sur la table des députés depuis plusieurs années. Pendant que certains trouvent que nous avons déjà fait un grand pas en remplaçant, dans le code civil napoléonien de 1804 qui nous est toujours applicable, les mots « français » par « camerounais » , d’autres pensent que, et c’est ce qui freinerait son adoption, que le projet ne colle pas suffisamment aux réalités camerounaises. La polygamie y est érigée en norme, mais ça ne suffit apparemment pas. Cependant, personne n’a pensé à codifier et encadrer la situation de « mère au foyer ».

Moi, Président, j’utiliserais les pouvoirs de la dictatrice que je serais pour insérer dans ce projet de code des personnes et de la famille un paragraphe qui traiterait de la protection civile de la mère au foyer. Ce serait finit les « tu fais quoi avec l’argent alors que tu es seulement à la maison ? » ou les « c’est ton devoir de rester t’occuper des enfants. Tu n’as pas besoin d’argent. Je t’en donne assez pour mes enfants ». Ce paragraphe du code serait ainsi articulé :

« De statut particulier de la mère au foyer

Article 62 : Bénéficie du statut particulier de la mère au foyer toute femme qui ne travaille pas hors du domicile conjugal, soit parce qu’elle n’a pas les qualifications nécessaires pour trouver un travail hors de la maison et est par conséquent résolue à s’occuper de son foyer ; soit parce que, malgré des qualifications nécessaires, elle a choisi de plutôt s’occuper de son foyer.

Article 63 : 1- Un salaire mensuel minimum de 50 000 fcfa est accordé à toute femme qui choisit d’être une mère au foyer.

2- Ce salaire minimum est censé couvrir les frais d’entretien de la maison et des enfants, peu importe que la femme ait ou non des enfants.

3- Ce salaire sera complété d’une prime dépendant du nombre d’enfants auxquels elle donnera naissance,  de 10 000 fcfa par enfant par mois.

Article 64 : 1- Le salaire de la mère au foyer sera payé par son mari ou fiancé, étant donné que les hommes préfèrent très souvent vivre « le viens on reste ! » 

2-  Elle dispose d’un recours auprès de l’employeur de son époux récalcitrant pour se voir attribuer son salaire par une procédure simplifiée de retenue à la source.

3-  En ce qui concerne le mari débrouillard, une action pourra être menée contre lui devant le juge des référés, juge de l’urgence, pour l’obliger à payer le salaire de son épouse ou concubine.

Article 65 : Le refus pour une femme d’aller chercher de l’argent, bien qu’étant qualifiée, ne saurait justifier de la part de son mari (au sens large du terme) un refus de lui verser son salaire mensuel de mère au foyer. »

Et, vraiment, en tant que Présidente dictatrice, je me réserverais le droit d’y ajouter des choses à tout moment. Avec la majorité parlementaire à mon avantage, ce texte passerait comme une lettre à la poste.

Si ce qui précède était un programme politique, je sais que je serais élue, parce que les mères au foyer sont les plus nombreuses. Resterait alors les convaincre d’aller aux urnes. Là, ce serait un tout autre combat!

 

 

 


Ebéni ou l’histoire extraordinaire d’un « père au foyer » dévoué

Contrairement à la norme en Afrique, de nombreux pères restent au foyer pour s’occuper des enfants lorsque la sécurité et la santé de ceux-ci en dépendent.

La plupart de nos sociétés sont machistes. C’est la mère qui reste au foyer pour tenir la maison et s’occuper des enfants. C’est une logique chez nous. Et la femme le sait aussi. A un point tel que, même si le travail de la femme est mieux rémunéré que celui de son mari (ce qui est d’abord difficilement acceptable), c’est elle qui arrêtera de travailler pour s’occuper des enfants. La question ne se pose même pas, pour des couples qui ont une nounou et le jour où celle-ci s’absente, de savoir qui du mari ou de la femme reste s’occuper des enfants. Cependant, on observe de plus en plus des cas où le mari se porte volontaire pour rester s’occuper de ses enfants, surtout lorsqu’il comprend qu’il y va de leur intérêt. C’est l’histoire de mon voisin Ebéni, chauffeur de taxi, qui ne cesse de m’émouvoir.

Ebénézer  a choisi de s’occuper lui-même de ses enfants

Ebéni est un homme qui a la trentaine, s’est marié assez jeune et est père de quatre enfants de 1 à 10 ans. Au début de leur histoire, m’a-t-il confié, son épouse était d’accord pour être une mère au foyer. Ils avaient estimé qu’elle n’avait pas besoin de rapporter de l’argent au couple, car le gagne pain d’Ebeni lui permettait de prendre tout en charge. Tout s’est bien passé pendant 2 ans. Puis un jour, son épouse, qui occupait son temps libre sur internet et dans les forums de discussions sur les droits de la femme, a déclaré qu’elle en avait assez d’être toujours enfermée, comme un « animal en cage ». Avec de l’argent donné par son père, elle acheta un fonds de commerce et se mit à vendre des vêtements pour femmes. Ebéni est sommé par son épouse de trouver une nounou pour ses enfants. Incapable de raisonner son épouse, il emploie une nounou.

Tous les jours à son retour du travail, il était interpellé par ses voisins sur les mauvais traitements que la nounou infligeait à son enfant. Il décida alors de la renvoyer. Au même moment, son épouse attendait leur 2ème enfant. Il cru alors que cette naissance là allait adoucir sa femme. Mais, rien à faire ! Elle retourne à son commerce 2 semaines seulement après la naissance du bébé. Puisque Ebéni refusait d’engager une autre nounou, il nous arrivait d’entendre son bébé pleurer dans la maison fermée pendant plusieurs heures avant de s’endormir de fatigue et de faim. Les 2 parents vaquaient à leurs occupations hors du domicile. Le bras de fer qui s’était installé dans le couple faillit coûter la vie du bébé. Devant les remontrances des voisins, le mari prit alors une décision des plus étonnantes dans notre contexte africain : il s’occupera désormais lui-même de ses enfants.

Pour un Africain, rester au foyer est un aveu de faiblesse… pas pour Ebéni !

Lorsque Ebéni décide de s’occuper lui-même de ses enfants, le couple en a 2 et la dernière de 6 mois est diagnostiquée mal nourrie. Elle est pâle, a un poids en-dessous de la moyenne, son ventre est ballonné, ses cheveux rougissent et tombent. Il devient pour son bébé un infirmier à domicile et s’efforce de la faire reprendre des forces. Bientôt autour de lui, les questions commencent à fuser et des voix de désapprobation s’élèvent.

« Pourquoi permets-tu à ta femme de travailler (la question naturelle posée au mari d’une femme qui a un boulot chez nous) ? Pourquoi tu ne divorces pas et ne te remaries pas avec une femme qui te respectera ? Tu n’es pas un homme. »

Ebéni est fier de sa décision et le fait savoir à tous. Curieuse, je lui ai posé ces mêmes questions. Sa réponse a été à la hauteur de la grandeur de l’homme. Ayant constaté qu’il ne pouvait plus rien pour son couple, il ne se soucie désormais plus que de ses enfants. Son épouse et lui continuent de vivre ensemble. Leur relation se limite au sexe, comme c’est le cas dans de nombreux couples africains. On ne divorce pas aussi facilement chez nous hein. Un jour, alors que son épouse avait quitté la maison en guise de protestation aux brimades de son mari, sa fille aînée lui posa des questions étranges, comme : « papa, maman est morte ? ». C’est ce qui le décida à rester avec sa femme et continuer d’agrandir sa famille. Aujourd’hui, ils ont 4 enfants, tous nés dans des tensions incessantes, mais au moins nés de la même mère, selon le souhait d’Ebéni.

Ebéni a fini par avoir des habitudes de femme

 

Son quotidien ressemble au mien, à la seule différence que sa conjointe ne le réveille pas à 5 heures du matin pour faire l’amour. Il organise ses travaux ménagers au gré des humeurs de ses enfants. Il les réveille tôt, les prépare pour l’école, prépare leur petit-déjeuner, les accompagne à l’école. Revenu de l’établissement scolaire de ses enfants, il fait la lessive, la cuisine, le ménage, la vaisselle. Il va chercher ses enfants à l’école à 13 heures et vient leur donner à manger. Il les fait siester, fait avec eux leurs exercices à domicile. Son temps libre, il le passe à se distraire au carrefour du coin avec sa dernière fille d’1 an dans les bras. Il prend une bière à l’échoppe du coin, en évitant les taquineries des voisins qui l’accusent de souiller la gent masculine.

Le plus drôle c’est lorsque nous, les femmes, nous nous retrouvons à discuter avec lui les prix de vivres frais au marché. Il a tellement acheté d’ingrédients pour qu’il a appris à ne plus se faire avoir par les vendeuses qui ont l’habitude de donner un prix plus élevé aux hommes qui viennent effectuer des achats. « Ne vois pas comme je suis un homme pour augmenter le prix hein ! Le macabo là mérite 500 francs ». Certaines vendeuses en viennent à lui demander quel genre d’homme il est, tellement elles savent que c’est un rôle de femme.

Avec quel argent nourrit-il ses enfants, s’il a choisi de ne pas travailler ?

Ebéni dit lui-même qu’il a la chance d’être encore jeune et d’être déjà papa des quatre enfants qu’il a toujours souhaité avoir. Il a pu s’acheter deux voitures mutées en taxis de ville du temps où il travaillait. Il conduisait l’une d’elles et avait confié la 2ème à son frère cadet. Depuis sa douloureuse décision de devenir « père au foyer », il a confié le taxi qu’il conduisait à un ami. De ses 2 voitures, il perçoit une recette de 20 000 francs cfa tous les jours. Il a choisi de se contenter de ce montant jusqu’à ce qu’il ressente au plus profond de lui qu’il peut les confier à une nounou.

Et au cas où vous vous demandez à quoi sert l’argent de son épouse, ce pour quoi elle s’est battue bec et ongles, eh bien il lui sert à se faire belle et désirable, à entretenir sa féminité, sa jeunesse et son charisme. Elle devient peu à peu une femme d’affaires respectée des autres femmes de l’association. Peu importe le prix à payer pour rester au top, elle aime être le centre de l’attention. C’est son choix et elle y tient

A la place d’Ebéni, quelles décisions prendriez-vous? Quels seraient vos choix de vie?

 


Mesdames, le crâne rasé, c’est mieux pour les petites filles

Raser les cheveux de sa fille relève d’un vrai casse-tête chinois pour la femme. Seulement 3 ou 4 mois après sa naissance, la fille doit déjà supporter de se faire tirer les cheveux avec des chichis pour être « belle » ou pour « ne pas ressembler à un garçon ». Ce sont les raisons principales que les femmes autour de moi avancent pour justifier cet état de choses. Je m’entends d’ailleurs constamment dire que je suis un « tyran » ou que je mets ma fille « mal à l’aise » parce que j’ai décidé de lui raser les cheveux.

Les cheveux longs et les tresses sont  le fruit des stéréotypes

Depuis des siècles, les Hommes ont toujours attaché une signification précise à la chevelure de la femme. Ils sont parvenus à construire autour de la chevelure et des tresses une idée de féminité. Une femme qui a les cheveux courts n’est pas féminine, et par conséquent n’est pas désirable. La société a ainsi réussi à voir dans les cheveux des femmes un signe de sexualité. Relâcher des cheveux longtemps attachés envoie un signal aux hommes pour leur dire qu’on est  désormais libre. Passer ses droits dans ses cheveux pendant qu’on s’adresse à un homme est perçu comme un geste de parade nuptiale. Je comprends que la femme veuille avoir de longs cheveux pour être désirable. Cependant, je ne comprends pas pourquoi elle souhaite la même chose pour sa petite fille. A cette inquiétude, une mère que j’ai interrogée m’a rassurée que c’était simplement pour que sa fille soit belle.

Que signifie le mot « beauté » pour un bébé de quelques mois ?

Si les femmes tressent leurs filles pour qu’elles soient belles, les fillettes ont-elles la capacité de voir la différence? Pour qui est cette soi-disant beauté? Quid du souhait de la différencier du garçon? Les mamans sont particulièrement obnubilées par le souci de différencier la fille du garçon, ceci dès la naissance. La société l’a très bien compris et les aide dans ce sens. En plus du style vestimentaire censé établir la différence, il a été décidé que les cheveux des filles seraient tressés. Ce qui me gène c’est l’âge auquel la fille commence à subir cette douleur car, il faut le dire, les tresses font mal. Moi même j’ai jamais réussi à transcender cette douleur.

Lorsqu’on regarde ces tresses réalisées avec du fil noir et rouge, on imagine bien toute la douleur que cette fillette peut ressentir. Je n’ose pas imaginer le temps que la réalisation d’une telle coiffure peut nécessiter. Crédit photo : moi-même

Tresser un bébé de 4 mois comme je vois ici au Cameroun doit être traumatisant pour l’enfant. C’est la raison pour laquelle elle pleure de toutes ses forces, à défaut de s’exprimer par des mots. La maman fait très souvent la sourde oreille et fouette l’enfant, l’accusant de ne pas vouloir être « belle ». C’est insensé dans la mesure où une fillette ne connait pas la mesure de la beauté. Elle a tout juste l’âge de manger, boire, dormir, se faire changer ses couches et soigner. En réalité, les femmes refusent juste de reconnaître qu’elles recherchent la beauté en leurs filles pour réaliser leur rêve de rester belles malgré des années de mariage et les multiples maternités. « Je sais que je ne suis plus belle. Ma fille le sera pour moi ».

Que faut-il associer au mot « beauté »?

Avant leur scolarisation vers l’âge de trois ans, les enfants reçoivent toute leur éducation des parents à la maison. C’est donc à ces derniers que revient en premier la tâche de leur expliquer ce qu’est la beauté. Si après l’avoir tressé, on répète à la fille qu’elle est belle, elle grandira en pensant qu’on n’est belle qu’avec les cheveux tressés. Par conséquent, elle ne supportera plus par la suite d’avoir les cheveux rasés. C’est ce qui explique le comportement de certaines élèves dans des établissements bilingues où il faut se raser. Elles jouent au jeu du chat et de la souris, jonglant avec les surveillants et les enseignants. Ces filles ne supportent pas de se voir sans les cheveux et préfèrent être mises à la porte de l’établissement tous les jours, plutôt que de se raser convenablement.

La plupart des femmes donnent l’impression que tresser les cheveux de la petite fille est un impératif catégorique, au même titre que lui percer les oreilles. Alors que lenfant doit savoir qu’elle est belle, que tout le monde autour d’elle est beau, sans condition. Elle doit grandir dans l’amour de son image, du reflet que le miroir lui renvoie. La fille doit grandir avec l’amour de l’autre, peu important son aspect. Elle se sentira d’autant plus à l’aise avec son crâne rasé au milieu de ses copines tressées. C’est la promesse que je me suis faite avec ma fille. Je continue de tenir bon devant les accusations de mes voisines d’être un tyran.

Non, une mère qui rase sa fille n’est pas un tyran

Le fait pour une femme de se raser a souvent été considéré comme un sacrifice. Au Cameroun, comme ailleurs en Afrique, les femmes se rasent pour marquer la souffrance causée par la mort d’un proche. En outre, lorsqu’un parent veut punir sa fille trop entreprenante avec les garçons, il lui rase de force les cheveux. Par ce geste, il lui enlève sa féminité, et par ricochet, son charme sexuel. Aucun garçon n’osera plus la contempler, en est-il convaincu. C’est en cela que je suis vue comme une mère trop sévère. On me demande tout le temps pourquoi je punie ainsi ma fille.

J’apprends à ma fille à appréhender son look avec humour. Lorsqu’elle me demande pourquoi je la rase, alors que moi-même j’ai des tresses, je lui explique que les petites filles ne se tressent pas. Je la rassure en lui disant que quand elle sera grande comme moi, elle pourra se faire toutes les coiffures qu’elle voudra. Lorsqu’elle me demande pourquoi certaines élèves de sa classe ont des tresses, je lui réponds que leurs mamans sont têtues et que la maîtresse va les fouetter (chez nous, on fait tout entrer dans le cerveau de nos enfants par la promesse du fouet).

Je trouve ces cheveux sales et préfère du coup qu’elle soit rasée. Crédit photo : moi-même

Avec le crâne rasé, on gagne en temps et en propreté

Les mères se plaignent régulièrement de ne pas avoir assez de temps pour tout gérer. Paradoxalement, elles passent plusieurs heures du week-end à faire à leurs fillettes des tresses aussi compliquées qu’inimaginables, parfois collées au crâne. Ces heures peuvent pourtant être mises à profit pour des activités ludiques. L’enfant pourrait découvrir de nouveaux animaux chaque week-end dans un zoo. Elle pourrait déjà terminer ses exercices à domicile. Ce qui n’est pas le cas dans environ 80 % des cas. Autrement dit, prenez une école quelconque à Yaoundé, sélectionnez 100 filles qui ont des tresses, feuilletez leurs cahiers d’exercices à domicile et vous verrez que 80 d’entre elles ne les ont pas terminé.

Certaines mères ne parviennent carrément pas à tresser leurs filles en tout un week-end. Le lundi sur le chemin de l’école, on voit des fillettes avec des cheveux si sales que j’en ai la chair de poule. Pour toutes ces raisons, je préfère le crâne rasé. Au moins c’est propre. Le cuir chevelu est mieux entretenu. La fillette est à l’abri de nombreuses maladies du cuir chevelu telles que les pellicules et la teigne.

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Rencontres sur le chemin de l’école au Cameroun

Accompagner son enfant à pieds et jusqu’à sa salle de classe fait partie du quotidien de la mère au foyer, près de 7 mois sur 12. Ce qui au départ est une corvée devient peu à peu une joie grâce aux sourires et aux larmes qu’on rencontre sur le chemin de l’école. Ça devient finalement un moyen parmi plusieurs autres de s’aérer les idées avant de rentrer dans ses casseroles et ses couches.

Au Cameroun, le chemin qui sépare ma résidence de l’établissement scolaire où ma fille de 4 ans est inscrite est long d’à peu près 2 km de bitume délabrée. Afin que le chemin lui paraisse plus court, nous l’abordons en chansons parmi lesquelles le célèbre refrain : « L’école maternelle est une école comme ça. Avant 8 heures, tout le monde est déjà là. Vive l’école maternelle! C’est une école comme ça!« ….. jusqu’à ce que j’arrête subitement de chanter. Un motocycliste, « benskineur » comme on le dit au Cameroun, vient de renverser un jeune écolier et est parti sans se retourner.

Laisser son enfant aller seul à l’école au Cameroun

La première chose que je me demande à l’instant T est : comment peut-on laisser un enfant de 4 ans aller tout seul à l’école ? Puis, je me souviens de ma voisine qui a un enfant de 3 ans en maternelle, un autre de 18 mois qui nécessite toute son attention et, comme si ça ne suffisait pas, un bébé de 2 mois. Où peut-elle dans ces conditions trouver le temps d’accompagner l’enfant jusqu’à l’école à 2 km et à pieds ? Heureusement pour l’enfant accidenté : plus de peur que de mal.

Il poursuit en pleurant le chemin de l’école. Il n’a pas le choix. Retourner à la maison est suicidaire car il est certain d’essuyer une sévère bastonnade et une remontrance à la hauteur de la colère de sa mère. Celle-ci est généralement plus animée par le souci de faire de son fils un homme capable de supporter des douleurs, y compris celle d’un « petit » accident, plutôt que de le protéger en l’accompagnant à l’école.

Des enfants de la maternelle attendent tous seuls l’arrivée de leurs institutrices devant des salles de classe fermées.

Une fillette coincée dans une rigole

Ma fille et moi continuons d’arpenter la route en chantant lorsque nous sommes à nouveau interrompues par les cris d’une écolière qui vient de coincer le pied entre 2 dalles d’une rigole, de quoi mobiliser plusieurs passants. C’est la fille de 7 ans de ma voisine; je suis moralement obligée d’attendre de l’aider. On tente tout, absolument tout. Jusqu’à ce qu’un passant émette l’idée de verser de l’huile d’arachide sur le pied en question, afin de le permettre de glisser et de sortir du trou. L’astuce réussit et par chance, la petite a juste quelques égratignures. Toujours rien de grave.

Nous continuons notre marche jusqu’à commencer à hâter le pas. Nous sommes désormais en retard. Nous rencontrons désormais des personnes qui sont plus pressées les unes que les autres. Une dame attire particulièrement mon attention, et ce, plusieurs fois par semaine. Elle a un nourrisson attaché au dos, monte difficilement la colline qui mène à l’établissement scolaire. Elle traîne littéralement son fils de 4 ans par la peau des fesses pour l’emmener à l’école. Pour satisfaire ma curiosité, elle m’a confié un jour que son fils est très capricieux et cherche toujours une raison pour ne pas aller passer quelques heures loin de sa mère. Lorsqu’il n’est pas malade en simulant une fièvre, il ne veut pas des beignets de farine qu’on lui met dans le sac, ou alors il préfère le biscuit et le bonbon en lieu et place du pain.

Tout le monde est en retard

Lorsqu’on est en retard justement, tout le monde est en retard. La vendeuse de pain accompagné de haricot frit en guise de tartine est aussi en retard dans le service. Elle doit désormais se diviser pour pouvoir servir tous ces parents et élèves qui s’agglutinent devant elle. Un clash éclate alors presque tous les matins devant elle. Entre cette dernière et un élève qui jure lui avoir remis de l’argent et n’avoir pas encore été servi, on ne parvient jamais à connaître le fin mot de l’histoire.

Des enfants déjà en retard pour l’école achètent eux-mêmes leur petit déjeuner chez une vendeuse de pain tartiné de haricot.

Dans cet empressement des dernières minutes avant le début des cours, plusieurs hommes camerounais m’arrachent à coup sûr le sourire. Les hommes qui accompagnent leurs enfants à l’école à pieds ne les laissent pas marcher sur la boue des saisons de pluie ou la poussière des saisons sèches. Ils portent leurs enfants sur leurs cous et bavardent tout au long du chemin. L’enfant ne touche le sol que lorsque l’envie de pisser que l’homme traîne depuis sa maison parce qu’il est déjà en retard le dépasse finalement et le pousse à diriger ses bijoux de famille vers un caniveau et à se soulager fièrement.

Bien que tout le monde se presse, on rencontre aussi des personnes qui n’ont pas l’air d’en avoir conscience, comme cette dame que je trouve pratiquement tous les jours entrain de doucher sa petite fille dans la cour de sa maison. Elle vit à 50 mètres de l’établissement et estime par conséquent ne pas avoir besoin de se presser plus que çà.

Dès que je laisse ma fille sous la surveillance de son institutrice et que je dois retourner m’occuper de ses frères cadets, j’ai plus intérêt à me dépêcher. Cependant, je suis souvent perturbée par ces jeunes hommes aux volants de leurs voitures (on dit chez nous que les femmes sont attirées par l’odeur du carburant). Très perturbée par un journaliste résident dans le coin (il se reconnaîtra à la lecture de ce billet), toujours sapé comme jamais, à qui je jette un regard coupable,qui semble lui dire : « viens et enlève-moi! ». Un regard qu’il me rend volontiers, avec un large sourire. Cet homme que je prie à chaque fois de rencontrer  sur le chemin de l’école.

 

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J’ai un incroyable talent, j’en suis convaincue

« L’Afrique a un incroyable talent » a mis la clé sous le paillasson, et c’est à ce moment que je me souviens que je devais postuler. Pourquoi je n’ai pas postulé en fait? Quel est mon talent?

Une mère au foyer est une adepte de la procrastination. Tous les jours, elle veut faire des choses qu’elle ne fait finalement pas. L’oubli, la fatigue, la paresse, le découragement, ou plutôt le « non encouragement ». Oui, une mère au foyer a besoin qu’on lui rappelle qu’elle a des talents à faire valoir.

Je regarde les talents se dévoiler à la télé depuis quelques années. Je m’étais toujours dit que si jamais une telle aventure arrivait au Cameroun, je serai la 1ère à faire découvrir le talent de chant que je possède.

Depuis petite, mon père m’a toujours dit que je chante bien. A la maison, je cassais les oreilles à tout le monde avec des interprétations personnalisées de mes chansons préférés. Mon père me répétait à chaque fois : « Mireille, c’est que nous sommes en Afrique. Il faut d’abord que je vous trouve de quoi manger. Mais, je te le promets, je t’achèterai une guitare, tôt ou tard. Je te ferai prendre des cours de musique. » Je n’ai jamais eu ma guitare. J’ai continué à fredonner des airs bien connus jusqu’à ce que mon mari repère mon talent : « mais, ma chérie, tu chantes plutôt bien hein. Sais-tu que les gars vont faire l’Afrique a un incroyable talent? Ils vont faire une audition au Cameroun. Il faut qu tu y ailles! Je crois en toi. »

l’équipe de stars du jury de l’Afrique a un incroyable talent, saison 1

Me voilà lancée dans des répétitions solo tard le soir, abandonnant mon mari seul sur notre lit conjugal et coupant le sommeil à mon bailleur qui ne manque pas de me le faire savoir le matin. Me voilà déjà à m’imaginer que j’ai remporté l’Afrique a un incroyable talent. D’ailleurs, dans un de mes rêves à propos, je me vois en Côte d’Ivoire. J’ai rencontré un Ivoirien qui a chamboulé mon cœur. J’ai pris la décision de quitter le Cameroun pour m’installer avec mon nouveau mari… Bref, j’ai pris la grosse tête.

Arrive le jour de l’audition au Cameroun, le trac me submerge complètement. J’ai des idées noires. Je me demande depuis quand chez nous on réussit de telles auditions. Je suis certaine qu’ils vont sélectionner des connaissances à qui ils vont offrir ce voyage en Côte d’Ivoire. Ils connaissent à coup sûr des commerçants qui vont profiter de cette aventure pour aller gratuitement faire des emplettes. Je suis convaincue que les vrais talents seront laissés de côté au profit des personnes cooptées parmi les amis des amis et connaissances camerounais. Finalement, je ne suis pas allée aux auditions.

Pourtant, j’ai un incroyable talent

Je me suis résolue à regarder les prestations à la télé, en compagnie de mon mari. Le soir de la finale de l’émission, je me suis surprise entrain de faire des supputations sur ma non participation à l’aventure.

Moi : « chéri, tu crois que j’aurai pu remporter ce concours de talents et devancer ces acrobates? »

Lui : « oui, mon cœur, je crois vraiment que tu aurais pu gagner et rempoter les 10 millions de FCFA. Nous aurions changé de vie radicalement, tu sais. Ouvrir cette entreprise de prestation de biens et de services qui nous tient tant à cœur aurait désormais été à notre portée ».

Dans ma tête, je me dis : « il pense sereinement que je serais revenue de la Côte d’Ivoire comme j’y suis entrée, c’est-à-dire toujours amoureuse de lui? Avec accent ivoirien là? Nooooon, j’en doute »

Depuis le temps que je lui dis qu’une mère au foyer a besoin d’être galvanisée sans cesse, voire accompagnée. Si elle se sent seule, ne serait-ce une seconde, elle peut passer à côté d’une opportunité.

PS : je n’ai pas participé à « The voice Afrique francophone » non plus.

Je suis certaine d’avoir loupé ma chance. Jugez par vous-même!

 

 

 

 

 

 

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J’ai rencontré des mamans extraordinaires à Madagascar

J’ai récemment eu l’occasion de participer à la formation Mondoblog, du 20 au 25 novembre à Madagascar. Des blogueurs de 16 pays et aux caractères plus tremplés les uns que les autres se sont retrouvés et ont eu la chance de se découvrir. Des rencontres formidables. Au fil des échanges, j’ai fait la connaissance de mères formidables, plus amoureuses de leurs familles que moi. Je ne savais pas qu’il était possible d’être encore plus amoureuse de sa famille.

La mère protectrice Bodo Andriamialison


Malgache, résident entre la France et Madagascar, Bodo est une femme forte qui donne l’impression d’avoir besoin de repos, après s’être tant battue pour élever sa progéniture. « C’est mon fils » : m’a-t’elle dit lors de notre tout tout tout tout tout premier échange, pointant du doigt Andriamialy Ranaivoson, mondoblogueur de la 4ème saison. Je me souviens avoir froncé le sourcil en me demandant si c’était possible qu’elle soit la mère de ce bel homme malgache. Eh oui, c’était bien vrai. Elle le faisait savoir haut et fort. Elle le défendait et surtout le protégeait. (c’est à cause de telles mamans que les belles filles ne font jamais le poids). Elle commandait pour deux tous les matins lors du petit déjeuner jusqu’au jour où la directrice du café lui fit savoir qu’elle « commandait plus de choses qu’autorisé par Mondoblog ». Alors là, Bodo lui répondit assez fermement, en malagasy, ce qu’elle a bien voulu me traduire par la suite : « madame, je commande pour mon fils et moi tous les matins. Vous avez intérêt à vous y faire, et Mondoblog aussi d’ailleurs. » J’ai souri et me suis dit que voilà la première candidate pour ce billet.

J’ai beaucoup parlé de la famille avec Amélie Jacques

blogueuse française résident en Afrique du Sud

Amélie, la pétillante Amélie. Française résident en Afrique du Sud, elle est pleine de vie. Au premier regard, elle m’a dit qu’elle était amoureuse de son fils de 10 mois. Elle m’a confié que lorsqu’elle a appris qu’elle irait à Madagascar pour la mondoformation, elle a demandé si elle pouvait venir avec son fils. Là, je me suis demandé si c’est moi qui n’aime finalement plus autant mes enfants que je ne me le dis. Lorsque j’ai appris que je devrais laisser mes enfants seuls pendant 10 jours, j’ai lâché un gros gros gros gros ouf de soulagement. Je me suis dit qu’enfin, après 4 années sans un seul petit moment pour moi, je vais me retrouver seule à réfléchir sur ma vie et mon avenir. Partir loin de mes enfants m’a fait le plus grand bien et je les ai retrouvés avec beaucoup d’entrain pour la suite. Amélie, par contre, a souhaité venir avec son fils pour ne pas être loin de lui, ne fût-ce pour 10 jours. Alors chapeau, Amélie!

L’adorable Fatim Touré

Burbinabée résidant à Madagascar, Fatim n’a pu nous rejoindre qu’à la fin de la formation. Mais le temps passé avec elle m’a fait découvrir une mère fière de l’être. Mère au foyer, elle est ravie d’élever ses enfants en bas âge. J’avais déjà l’impression de la connaître avant de la rencontrer. Dès que j’ai posé les pieds à Madagascar, j’ai commencé à chercher l’auteur de ce billet que j’ai tant aimé, Maman, maman tu sais…? en me demandant comment je n’y avais pas pensé avant. Fatim a compté pour nous toutes les fois qu’un enfant dit le mot maman en une journée. Etre une mère se vit et se ressent au plus profond de l’être. Cette sensation l’a poussée à nous faire déguster des succulents jus d’oseille et de gingembre comme elle sait les faire.

Le plus triste c’est que je n’aurai jamais assez de mots pour dire toute mon admiration devant ces mères.

Que dire de Aminata Thior?

blogueuse sénégalaise résident en France

 

Discuter avec elle vous amène à comprendre qu’être maman est surtout une force qu’il suffit d’utiliser à bon escient. Elle est pleine de joie de vivre et d’entrain. Ça change de l’image de la mère triste et frustrée.

Chapeau, les mamans!

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Cameroun : voici pourquoi des femmes meurent en donnant la vie

Parmi les genres de mort hein, il y a un qui fait particulièrement mal. Mourir en donnant la vie n’est pas acceptable. C’est pourquoi au fil des années on multiplie les stratégies pour diminuer la mortalité maternelle, ou tout au moins les causes de ces décès.
La mortalité maternelle se définit comme tout décès de la femme qui survient pendant la grossesse, pendant l’accouchement ou les 42 jours qui suivent l’accouchement.
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), Chaque jour dans le monde, 830 femmes meurent de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement. Chaque année, ce sont donc près de 303.000 décès maternels qui surviennent en majorité dans les pays en développement.
Au Cameroun, on estime à 800 le nombre de femmes qui meurent en donnant la vie tous les jours.
Il faut comprendre pourquoi ce chiffre est aussi élevé. On en parle constamment, mais qu’en est-il? peut-on y apporter des solutions? C’est la problématique des causes de décès évitables et de celles non évitables. Il s’agit surtout à mon avis de nous assurer que les femmes, premières concernées, comprennent ces causes de décès.
Pourquoi des femmes meurent-elles en donnant la vie?

L’ hémorragie de la délivrance

C’est la 1ère cause de décès maternel. Il arrive très souvent que pendant la poussée du bébé, l’utérus se disloque et cause une hémorragie à laquelle on ne peut malheureusement pas remédier. La patiente parait en bon état. L’instant d’après, elle pâlit et s’évanouit. Il est trop tard. Il n’est pas évident pour une dame qui vient de donner naissance de constater qu’elle saigne plus qu’il ne faut, surtout ci c’est la première fois. Les sages femmes sont censées contrôler le saignement des patientes par une observation régulière des serviettes hygiéniques. Dans notre contexte sociétal où l’argent prime sur la santé des patients, il m’est arrivé d’entendre une sage-femme dire à une patiente qu’elle n’avait pas à lui dire de venir voir si elle saigne trop. Les femmes sont là pour accoucher et non pour leur apprendre leur métier. Et lorsque l’irréparable se produit, elles prennent la clé des champs ou appellent la sécurité de l’hôpital pour tenter de museler la famille éplorée.

La grossesse extra utérine

C’est une cause de décès évitable si c’est dépisté à temps. La plupart des grossesses sont intra utérines et le bébé peut arriver à terme. Une grossesse est dite extra utérine lorsque l’œuf fécondé n’est pas allé se nider sur la paroi utérine et est resté se développer dans les trompes. Selon les organismes, le fœtus peut atteindre 8 semaines et plus avant de s’éclater et causer la mort de la patiente. Il est recommandé de se rendre immédiatement à l’hôpital lorsqu’on constate le retard dans l’apparition des règles. Dès la toute première consultation, le gynécologue ou la sage femme prescrit une échographie pour dater la grossesse et localiser l’embryon. Lorsque ce conseil est suivi à la lettre, une femme peut se rendre compte que la grossesse est extra utérine dès la 4ème semaine de grossesse. Dans ce cas, l’opération est le seul moyen de la tirer d’affaire.
Chez nous, plusieurs femmes se rendent à l’hôpital vers la 20 ème semaine et n’acceptent de passer une échographie que si elles sont certaines que le sexe du bébé peut être vu.
Certaines femmes quant à elles, même si elles voulaient passer cette écohgraphie des 1ères semaines de grossesse, elles ne pourraient pas à cause du coup élevé de cet examen qui est en moyenne de 7000 fcfa. C’est-à-dire que hein, on verse le gel de 50 fcfa sur le bas du ventre, on pose un truc dessus qui filme le bébé. Du coup, ça te coûte 7000 fcfa.

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L’infection généralisée, surtout suite à une césarienne

Les entrailles de la femme, après expulsion du bébé, représentent un champ fertile pour les bactéries et autres microbes. Il peut arriver que le corps s’infecte et s’infeste rapidement au point de causer la mort de la patiente. L’infection généralisée survient le plus après une césarienne. Les bactéries s’invitent dans l’organisme par la plaie cicatricielle. Lorsqu’on se rend compte que le corps est infesté, il est déjà trop tard.
Il est recommandé de faire attention à sa toilette intime après un accouchement par voie basse et de changer son pansement à temps après une césarienne. Parlant justement du pansement de la plaie cicatricielle, j’ai vu des femmes garder un pansement plusieurs jours de plus, faute de moyens pour se le faire faire à nouveau.
Il est dommage que des vies soient risquées à cause du coup jugé élevé des pansements

Hypertension gravidique + protéinurie = éclampsie

C’est une cause de décès considérée chez nous comme des plus mystiques. Ici c’est la combinaison de plusieurs facteurs qui est fatale pour la patiente. L’éclampsie est une crise convulsive généralisée qui survient chez la femme enceinte de 20 semaines et plus, ou chez la femme qui a donné naissance il y a maximum 6 semaines. Elle survient uniquement en cas d’hypertension gravidique, c’est-à-dire liée à la grossesse, et de protéinurie qui signifie présence excessive de protéines (surtout l’albumine) dans l’urine.
L’éclampsie est une cause de décès évitable à 100 pourcents. Cependant, plusieurs femmes font, et même de façon répétée, des crises avant l’accouchement. Ce qui met les vies de la mère et du bébé en danger.
Lors des visites prénatales, les femmes doivent, moyennant des frais variant entre 0 et 1000 fcfa, faire tester leurs urines pour jauger le taux d’albumine présent. Lorsqu’il dépasse le taux acceptable, la femme est prévenue sur le risque qu’elle court et est invitée à ne plus consommer des aliments qui en contiennent tel que le lait ou l’œuf.

L’embolie pulmonaire placentaire

Après un accouchement par voie basse ou par voie haute, ou après une interruption volontaire ou involontaire de grossesse, il peut arriver que des caillots de sang se forment et migrent vers les poumons, causant une détresse respiratoire appelée embolie pulmonaire. La formation des caillots de sang est inévitable, mais la patiente peut être mise à temps sous assistance respiratoire. Dans tous les cas, la mort n’est pas bien loin.

Le refus systématique de la césarienne

Chez nous, certaines femmes meurent aussi parce qu’elles refusent systématiquement d’être opérées. La césarienne est encore considérée par beaucoup comme un piège que nous tend la sorcellerie. Sachons Mesdames que la césarienne est pratiquée pour plusieurs raisons :

1 : la femme présente une DCP (Disproportion Céphalo Pelvienne) communément appelée bassin bas ou rétréci : la femme a des contractions, le col de l’utérus se dilate, mais le bébé ne peut pas passer sans que la femme ne subisse une déchirure d’une dizaine de centimètres.

2 : le bébé se présente mal : il est sur le siège (on voit ses fesses à travers le col dilaté), il présente un seul pied ou un seul bras…

3 : la mère présente une hypertension gravidique, elle court le risque de faire une crise d’éclampsie ou est déjà en pleine crise.

4 : Utérus cicatriciel : la mère a déjà été opérée 2 fois.

5 : le cordon du bébé est enroulé autour de son cou et l’étouffe lorsque la mère tente de l’expulser normalement.

6 : la mère est à quelques semaines de l’accouchement et présente un accès palustre tel que la poursuite de la grossesse pourrait lui être fatale.

Bref, pour une raison ou une autre, et même si on a déjà accouché par voie basse, on peut avoir besoin d’une césarienne. La refuser est alors fatal. Laisser le médecin nous conseiller est le meilleur réflexe qu’on peut avoir devant des situations similaires.

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Le paludisme

Le paludisme chez une femme enceinte est très dangereux. C’est la raison pour laquelle des moustiquaires imprégnées sont distribuées gratuitement, bien que plusieurs estiment se sentir étouffées de dormir sous une moustiquaire. On  administre  également à la femme un TPI (Traitement Préventif Intermittent). Dans tous les hôpitaux, elle reçoit une prise de médicaments contre le palu par trimestre de grossesse, soit 3 prises au cours de la grossesse. C’est un traitement qui est censé être donné gratuitement aux femmes. Cependant, les sages femmes leur demandent parfois la somme de 500 fcfa pour une prise.
L’importance de ce traitement n’est donc plus à relever. Néanmoins, certaines femmes ne le prennent sous le prétexte qu’elles ne supportent pas les comprimés pendant la grossesse. ça les ferait vomir.

A toutes ces causes de décès maternel, on peut ajouter le coût élevé des examens prénataux (7000 fcfa pour une échographie, 5000 fcfa pour la Numération Formule Sanguine qui permet entre autres de savoir si le sang est de nature à se coaguler lentement et de prévoir directement du sang lors de l’accouchement…)

La culture et les superstitions représentent une cause non négligeable de décès maternel. Par exemple, plusieurs femmes se purgeront toujours avec des herbes macérées malgré le contre avis du médecin et sans en maîtriser le dosage. A ce sujet, les leçons prénatales dispensées aux femmes venues se faire consulter sont inefficaces. La plupart des femmes préfèrent les bonnes vieilles méthodes de grand-mère.

En outre, il y a des facteurs qui lorsqu’ils sont à l’origine d’un décès révoltent encore plus. La prise en
charge tardive d’une patiente en besoin urgent de césarienne pour cause d’éclampsie par exemple peut être due à la distance qui sépare les services de maternité et de chirurgie du même hôpital. J’ai pu constater par moi-même dans un de nos hôpitaux que le service de maternité est situé au rez de chaussée et celui de chirurgie au 1er étage. Lorsque des femmes choquent en salle d’accouchement, on perd des minutes précieuses en les emmenant au bloc opératoire située plutôt au-dessus.

Enfin, il y a un facteur non négligeable de décès dont nos sages femmes sont adeptes. Il regroupe amateurisme, paresse, corruption, sadisme et j’en passe. C’est le mauvais relais entre les équipes de sages-femmes ou d’infirmiers. Imaginez-vous un peu être arrivée à la maternité à 6 heures du matin! l’équipe que vous avez trouvée sur place vous a enregistrée. un infirmière vous a fait le toucher, ce fameux toucher que nous détestons tant. Estimant que le travail avance trop lentement, elle a placé un quart de comprimé de Cytotec dans le col de l’utérus pour accélérer le travail. Entretemps, il est 7 h 30, son service de garde est terminé et elle s’en va. Dès que vous sentez enfin que la douleur des contractions vous transpercent le cœur, une autre infirmière se point devant vous et vous pose mille et une questions : « Madame, où est votre carnet? Vous êtes là depuis quelle heure? On vous a fait le toucher? C’est un travail normal ou on a accéléré avec le cytotec? Le gynécologue lui-même vous a vue? Votre tension est même à combien éhhhh? »
Entre temps, votre tension augmente à une vitesse grand V et vous tombez dans les vapes. Elle se met à appeler son prédécesseur pour lui demander où elle a posé votre carnet en partant. Elle lui répond qu’elle a du l’oublier dans la salle de repos où elle rattrapait le sommeil perdu dans la nuit.

La suite de l’histoire, chacun de nous peut l’écrire.

Ce que je retiens :
Il y a des causes de décès maternel liées à la structure hospitalière et à son personnel.
Il y a des causes liées à la femme elle-même et à sa mentalité et ses croyances.
Certaines causes sont évitables, tandis que d’autres ne le sont pas.
Il est nécessaire et vital de conjuguer les efforts pour améliorer les conditions de prise en charge des femmes enceintes et limiter du coup les cas de décès.

Cet article a été rédigé dans le cadre de la campagne #SantePourTous initiée par les blogueurs camerounais.

Découvrez ici les billets des participants à la campagne ayant publié sur le sujet :

VIH SIDA : Comment vivre longtemps avec le virus ?  par Thierry Didier KUICHEU

Les hôpitaux camerounais sont des malades très mal soignés par Fabrice NOUANGA

VIH- SIDA : La nécessaire éducation. par Christian Cédric MBOU

Pourquoi l’argent est-il la priorité dans les hôpitaux au Cameroun ?  par TCHAKOUNTE KEMAYOU

Le médecin n’est pas un faiseur de miracles par FOTSO FONKAM

Pourquoi faut-il intégrer les guérisseurs traditionnels dans le système de santé national ?  par NGNAOUSSI ELONGUE Christianovich

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Comment reconnaître une vraie veuve ?

Dans plusieurs pays du monde, le veuvage est un état que l’on aime (ou que l’on veut) marquer par de nombreux signes. Il est fréquent d’apercevoir dans nos rues des femmes vêtues de couleurs particulières. Au Cameroun, les couleurs bleu et blanc sont celles que les veuves arborent souvent fièrement, souvent par peur du « qu’en dira-t-on ». Eh oui ! « Que va dire ma belle-famille si je ne porte pas le blanc de mon mari ? », me demandait encore une amie dont le mari est décédé à l’âge de 34 ans. Une jeune femme de 31 ans, pleine de vie et obligée d’arborer que du blanc pendant un temps relativement long qui est censé représenter le temps de faire le deuil de l’être cher.

On a d’un côté les femmes dites évoluées, qui suivent l’exemple des femmes occidentales (c’est elles qui le disent). Elles disent aussi qu’elles n’ont besoin de personne à qui dire qu’elles souffrent autant que les autres. Elles disent surtout qu’elles sont des veuves libérées, car elles ne font pas semblant. Elles vivent leur chagrin comme ça vient. On a d’un autre côté les femmes qui respectent les lois sociales et s’habillent fièrement de bleu ou de blanc (c’est au choix) pour crier à tout le monde qu’elles viennent de perdre l’homme aimé. Ce sont des vraies veuves, celles qui, selon nos appréhensions, ont encore la force de respecter la dépouille de leurs maris.

Une vraie veuve  pleure en se roulant par terre

A la mort du mari, la veuve se doit d’offrir en spectacle dans la démonstration de son chagrin. C’est elle qui donne le pouls du deuil. Elle rythme les pleurs de toutes les personnes touchées de très près par la mort du mari. Elle doit pleurer à chaudes larmes et se rouler par terre. Elle doit pleurer de plus belle chaque fois qu’elle voit se pointer des personnes très proches, surtout sa belle-famille. Ainsi, elle envoie la preuve qu’elle aimait sincèrement son époux. On peut le vérifier lors des levées de corps, des veuves qui veulent se jeter sur le corps de leurs maris et le déchiqueter de colère, au sens littéral hein. De plus, et c’est crucial pour faire passer le message, la veuve doit s’asseoir à même le sol jusqu’à l’enterrement de son mari, et souvent plus. Elle ne doit pas changer de vêtement pendant la même période. Elle ne doit pas se laver, ni se déplacer à souhait. Elle s’assied sagement dans un coin du salon et rythme les pleurs. Bon, il faut reconnaître que ces rituels sont moins difficiles à respecter que ceux d’ailleurs. C’est pas comme le Sati pratiqué autrefois chez les hindous de l’Inde. Bref, il faut les respecter si on ne veut pas être taxée de fausse veuve.

Une vraie veuve ne s’occupe pas du sort des biens du couple

La veuve ne doit pas se soucier du sort des biens de son défunt mari. Polygamie ou monogamie, communauté ou séparation des biens, à la mort du mari, tout cela ne doit plus avoir d’importance. La veuve doit restée concentrée sur les pleurs et laisser les questions d’héritage entre les mains de sa belle-famille. Cette dernière décide pour elle comme elle le fait pour les enfants du défunt. La vraie veuve n’aura jamais le courage de solliciter la dissolution de la communauté l’ayant lié à son mari pendant leur mariage. Le sort de tous les biens du couple est remis entre les mains de la belle-famille. Celle-ci se réunit en conseil de famille et désigne les héritiers du défunt, en l’absence de la (des) veuve(s). Dans la plupart des cas donc, le procès-verbal de conseil de famille est soumis au tribunal pour homologation, comme étant la volonté de toute la famille, y compris la veuve car on lui fait apposer sa signature sur le document. C’est ainsi que mon amie de 31 ans s’était retrouvée à la mort de son mari entrain de signer un procès verbal de conseil de famille où il était mentionné que son époux a laissé 2 veuves et 10 enfants, que ceux-ci sont tous cohéritiers de leur père, et que les veuves sont usufruitières de la succession. Ce qui signifie en français d’une mère au foyer que les veuves perçoivent les loyers des maisons laissées par leur mari…..

Mon amie était en réalité la seule épouse de son mari et ils ont eu 4 enfants. Ce qui s’est passé, et ça se passe ainsi lors de ces conseils de famille, c’est que sa belle-famille savait que son défunt mari avait une résidence secondaire et une seconde femme avec qui il a eu 6 enfants.

La vraie veuve accepte les choses telles qu’on les lui présente et ne saisit pas la justice pour réclamer ses droits. D’ailleurs, mon amie était mère au foyer. Allait-elle scier une branche à laquelle elle était suspendue?

Une vraie veuve se soumet volontiers aux rites de veuvage

La femme mariée est considérée comme la propriété de la belle-famille.  A la mort du mari, elle doit subir des rites pour lui permettre de demeurer l’épouse de sa belle-famille. Dans le village Bamena dont je suis originaire, dans l’Ouest Cameroun, elle doit subir le rite du lavage. Amenée dans une rivière dans le village, debout les jambes écartées, elle doit tenir une poule qu’elle jette dans l’eau devant elle, dans l’espoir que la bête nage et vienne passer entre ses jambes. Si c’est le cas, on conclut que la veuve est lavée de tout soupçon et qu’elle peut avoir un autre mari parmi les frères du défunt. On dit alors que son beau frère l’a « lavée ». Dans le cas contraire, elle est répudiée, à défaut d’être lapidée comme c’était le cas auparavant. Une femme qui veut refaire sa vie ailleurs peut très bien se dire qu’elle n’a pas besoin d’un tel rite et qu’elle n’a rien à prouver. Cependant, je suis toujours ébahie par le nombre de femmes qui demandent elles-même à prouver leur innocence dans la mort de leurs maris. Je parle ici de mort mystique bien sûr, parce qu’on meurt toujours pour une raison surnaturelle.

Les mères au foyer acceptent volontiers cette façon de pratiquer le lévirat car c’est un moyen sûr de continuer  d’élever leurs enfants. Certaines ont même déjà, du vivant de leurs maris, leur préférence parmi les frères de celui-ci. Je les entends dire souvent dans leurs kongossas : «ma copine, mon beau-frère ci est gentil jusqu’àààààà. Au nom de Dieu, à la mort de mon mari, c’est lui qui va me « laver »».

Une vraie veuve  porte du bleu ou du blanc

Le jour de la levée de corps du mari, la veuve est vêtue de blanc par la belle-famille. Il faut absolument qu’elle soit reconnaissable parmi toutes les conquêtes de l’homme d’autrui. «Voilà la veuve», dit-on dès qu’on l’aperçoit. «Elle ne pleure même pas hein», disent certains. Pourquoi en fait le choix du blanc?  Primo, il faut marquer le choc émotionnel par cette couleur vive. Secundo, il faut qu’on voit que le vêtement se salit car la vraie veuve va forcément se rouler par terre. Elle arbore cette couleur jusqu’à l’enterrement. Après, elle continue de se vêtir de cette couleur spécifique pendant une période déterminée par la belle-famille, période jugée suffisante pour faire le deuil de son mari. Cependant, la veuve qui ne se sent pas capable d’entretenir une couleur aussi difficile peut se vêtir de bleu. A la fin de cette période de deuil qui peut dépasser un an, on organise une cérémonie pour annoncer à toutes les connaissances qu’on cesse de porter du bleu ou du blanc.

Par ailleurs, une veuve ne doit surtout pas se vêtir de pantalons. C’est un affront à la mémoire de son mari. C’est dire : «je suis libre et à nouveau sur le marché». Pas la peine d’ailleurs. La vraie veuve est déjà l’épouse du frère choisi pour elle. Attention, il ne s’agit pas de célébrer une autre union civile avec le beau-frère hein. On considère seulement que c’est une suite, relativement à la dot versée par le mari défunt lors du mariage. Autrement dit, doter une femme équivaut pour sa belle-famille à l’avoir pour toujours.

Une vraie veuve ne sera jamais suspectée d’avoir « tué » son mari pour devenir une veuve joyeuse

Etant donné qu’on meurt généralement pour une raison mystique, la veuve est toujours la première  suspecte de la mort de son mari. En fonction de son comportement du vivant de celui-ci et après sa mort, la belle-famille peut la « récompenser » par un « lavage » par un frère du défunt. Une amie dès la mort de son mari s’était précipitée dans leur demeure de Kye-Ossi, dans le Sud Cameroun, pour récupérer les titres fonciers de tous les immeubles du couple. Du coup, sa belle-famille a tenté de la forcer à manger le corps de son mari, au sens littéral. Il a fallu une intervention de la police pour la sécuriser pendant toute la cérémonie d’enterrement. Elle a fait le choix de vivre avec l’étiquette de « veuve joyeuse ». Des cas comme celui-ci sont très nombreux.

Pour une mère au foyer par contre, il est crucial de toujours respecter la belle-famille. Dans ses calculs, elle se demande toujours : «qui d’autre va accepter de s’occuper de mes enfants?».

Ahhhh, nos chers veuves, on a fini par leur consacrer une journée internationale (le 23 juin), sans doute pour magnifier tous ces calculs qui filent la migraine.