Yves Tchakounte

Coup de gueule : Cameroun, la République des ivrognes ?

11828557_10204521822558177_9002303259967423929_nLe Cameroun est un pays « for-mi-da-ble » comme aime si bien le dire mon ami Ecclésiaste Deudjui. Un pays où les grandes agglomérations comme Douala et Yaoundé, pour ne citer que ces deux-là, manquent cruellement d’espace de détente au point où ce sont des bars qui raflent la vedette en lieu et place des jardins, des plages, des espaces de jeux pour enfants, etc. En dehors du bois Anastasie de Yaoundé considéré comme un lieu de repos verdoyant et calme, les deux villes sont réputées pour leurs bars et boîtes de nuit.

La balade comme distraction : un parcours de combattant ?
A vrai dire les trottoirs n’existent même plus à Douala. Si vous voulez faire une marche seul ou en famille, vous n’y parviendrez que lorsque vous aurez décidé d’affronter cet exercice qui s’avère périlleux. Oui, difficile est la marche lorsque les trottoirs sont occupés par les petits commerçants dans un contexte de débrouillardise : maïs, plantain et prune à la braise, call-boxeurs, quincaillers ambulants qui encombrent les rues avec leur pousse-pousse, voitures garées, mécaniciens et que sais-je encore ? Quand ce ne sont pas les commerçants, ce sont plutôt des transports publics comme des bens-kineurs ou des taximen qui peuvent vous faucher. Ils sont toujours là à faire des dépassements à droite comme à gauche, soit pour éviter des nids d’éléphants en pleine chaussée, soit pour pourchasser un client qui risque de leur échapper ou encore pour fuir les contrôles de police ou du fisc. Pendant cette période de pluie, il faut être chanceux pour ne pas recevoir en pleine figure l’éclaboussement des eaux stagnantes qui puent les immondices.

Où sont les parcs et les jardins publics ?
Voulez-vous vous reposer, prendre un peu d’air naturel dans un lieu calme, tranquille  en compagnie de la famille ou d’amis ? Ici à Douala particulièrement, aller dans un parc ou jardin relève de l’utopie. Il n’en existe presque pas. La mairie de Douala IVe avait choisi d’aménager un jardin au  cœur de Bonabéri. Mais, le comble c’est qu’elle l’avait fait là où va passer la prochaine pénétrante ouest !

Voilà ce qui prouve même que le développement de la ville de Douala n’est pas coordonné, organisé encore moins pensé. Il y a seulement deux ans à peine cette infrastructure avait été inaugurée par « Son Excellence » Monsieur le gouverneur de la région du littoral. Comment comprendre donc qu’un jardin ait été conçu sur le tracé d’un ouvrage routier décidé depuis belle lurette ? Aucun arrondissement des six que compte le département du Wouri n’a de parcs, de jardins pour que la jeunesse se défoule, pour que les familles se baladent, pour que les travailleurs décompressent, pour que les amoureux s’aiment.

Le seul parc, c’est à Bonanjo, au centre administratif qui est situé à des dizaines de kilomètres des quartiers populeux et populaires. Avec ce sombre tableau, il ne reste plus qu’une chose aux pauvres populations comme distraction : lever le coude.

Les bars, la bière, l’alcool à tout bout de champ
C’est ainsi que les bars pullulent dans tous les quartiers. Toutes catégories : plein air, petite salle, salle climatisée et écran plat. On s’abreuve de foot anglais, de feuilletons brésiliens et de Nollywood à la con, ou en écoutant des musiques qui sont des véritables invites à la débauche. Et on connait la capacité des Camerounais à offrir de la bière ou alors à en demander « une ». Ajouter à ce tableau les capsules gagnantes, l’argent de la corruption. Ajoutez-y le « soa », le poisson braisé, le tiercé, le pari foot, etc. Voilà comment on se distrait dans ma ville.

Et on parle d’émergence, de performance, bien-être, paix. Ce tableau est le lot de presque toutes les villes camerounaises. Y compris le Yaoundé, véritable « zone industrielle » des bars. Des bars qui ouvrent à l’aube.

Avec ce désordre, on ne fait plus la différence entre un bar, un snack, une boîte de nuit, une vente à emporter. Partout, on boit même à 7 h du matin, on danse, on jubile, même à midi. Personnellement, des fois je regarde ma montre à deux fois pour être sûr que je suis dans le bon créneau horaire. Dans mon esprit probablement tordu on danse en soirée et généralement les week-ends et dans des endroits qu’on appelle boite de nuit, « BT » pour les habitués.

Le peuple se vautre dans la luxure, l’alcool, les musiques obscènes. Résultat, on peut voler un bébé par mégarde, négligence des parents et bizarrement très peu s’en émeuvent. C’est comme si on avait volé une baguette de pain dans une boulangerie. Vous n’entendrez jamais, eh oui, jamais des cris, des soulèvements populaires pour réclamer que justice soit faite et châtier les criminels. Pire encore, on peut être libéré faute de preuve, pour avoir été innocenté par le tribunal compétent après avoir été retenu en prison pendant plus de cinq ans.

L’autre jour, sur la route nationale N°1 appelée pompeusement « axe lourd Douala-Yaoundé » (il faut rappeler ici qu’après plus de 50 ans d’indépendance il n’existe d’autoroute nulle part au Cameroun encore moins celle qui relie les deux grandes villes), au niveau du village Matoumba, la route était entièrement bloquée. Un camion d’une société brassicole a fini sa course sur un obstacle. Les villageois se sont rués vers les casiers de bière déversés à même le sol emportant casiers et  bouteilles de bière. Les voyageurs n’étaient pas en reste. Ils sortaient de partout : des bus, des cars d’agence de voyages, des voitures, et que sais-je encore. Du plus grand au plus petit, tout le monde se servait à volonté. Ceux qui n’avaient pas la chance de se servir pouvaient en acheter au prix « spécial promo accident » comme l’a si bien dit mon frérot Romain Roland Kouotou qui a vécu la scène, hébété. L’autre curiosité est le fait que tous ces gens ne boivent pas souvent la bière king qualifiée de mauvaise qualité parce que c’est une bière camerounaise. Cette attitude ou ce comportement social me rappelle le drame de Nsam à Yaoundé survenu alors que la population accourait se servir du carburant déversé suite à un accident de véhicule qui transportait un produit dangereux. Le pire qui est arrivé arriva. Aujourd’hui, plus personne ne s’en souvient.
Est-il possible que les autorités camerounaises fassent un projet de loi sanctionnant de tels comportements irresponsables ? Non, elles sont plutôt préoccupées à terroriser les automobilistes avec leurs radars pour les soutirer 25.000F cfa pour excès de vitesse.

Tchakounte Kemayou avec Romain Roland Kouotou et Patrice Kuissu


Afrique Média et la haine anti-française : les scellés qui créent des remous

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La foule en masse devant les bureaux d’Afrique Média à Ndogbong

La pose des scellés sur les bureaux de la chaîne de télévision Afrique Média à Yaoundé le 06 août 2015 et à Douala le 12 août 2015 par décision, le 4 juillet 2015, du Conseil national de la communication (CNC) continue de déchaîner des passions. Si la fermeture des bureaux de la capitale camerounaise n’a pas connu de couacs, celle de Douala a, par contre, connu une levée de boucliers de la foule qui, le 10 août 2015, s’est opposée en prenant en otage la police venue accomplir la funeste mission.

Ce qui est intrigant dans cette fermeture, ce sont certains commentaires sur les motifs et les sources des scellés. Ça va dans tous les sens. La France est mise au-devant de la scène d’être le commanditaire de la décision du CNC. La raison ? La chaîne Afrique Média serait accusée de véhiculer la haine que beaucoup qualifierait de haine anti-française.

La population de Douala a-t-elle choisi son camp ?
La fermeture d’une chaîne de télé n’a jamais suscité autant de passions au Cameroun et plus particulièrement à Douala. Il me souvient qu’autrefois la population n’avait jamais réagi de la sorte lorsque, Equinoxe, autre chaîne privée (radio et télé) fut fermée, je ne parle même pas de Freedom FM, la mort-née du feu Pius Njawé, son fondateur et directeur de publication du célèbre quotidien Le Messager. Freedom FM, pour rappel, avait été scellée quelques heures (à moins de 24 heures) avant son lancement pour défaut d’autorisation d’ouverture et de licence. Des éléments que la plupart de chaînes fonctionnent sans avoir. Il me souvient aussi que le quotidien Le Messager a eu à subir les foudres du fisc. Tout le monde semble s’accorder sur le fait que toutes ces fermetures ne sont et n’ont été que des abus d’autorité.

La population de Douala ressemblerait étrangement à ce peuple qu’on dit amorphe, apathique. Un peuple qui ne se soulève pas contre les coupures intempestives d’électricité et d’eau, la corruption, le mauvais comportement des fonctionnaires et agents des services publics. Cette population, qui n’a rien fait lorsqu’on ferma Equinoxe et les autres chaînes de télé et de radio, mais se soulève spontanément pour empêcher la fermeture d’Afrique Média. N’aurait-elle pas choisi son camp ? Est-ce parce que la chaîne Afrique Média, dans les envolées lyriques de ses invités, se positionne comme une chaîne anti-française, anti-blanche, anti-occidentale, anti-impérialisme, anti…, anti…, et que sais-je encore ? La population camerounaise a-t-elle soif de haine contre l’Occident ? Ou alors, a-t-elle trouvé que c’est l’Occident qui est la source principale de ses maux ?

La haine anti-française comme ligne éditoriale ? (Par Serge Aimé Bikoi)
Le traitement informatif d’Afrique Média est problématique à plus d’un titre lorsque l’on se décide à tabler sur le procédé scientifique. D’abord, l’orientation des débats interactifs pose un problème au départ. A priori et sur le plan scientifique, quiconque s’attend à un débat à proprement parler, où les arguments sont systématiquement opposés, mieux contradictoires. Mais a posteriori, l’on s’est rendu compte, au fil des semaines, voire des mois, que le débat s’est mué en séries construites de tables rondes, où les consultants adoptent, savamment et soigneusement, la stature de critiques véhéments de la France et des puissances impérialistes. Ils sont, tous, imbibés de leur suc idéologique. C’est un choix ! Et comme dirait Jean-Paul Sartre, philosophe existentialiste: « Tout choix est perte ». Chacun défend, d’ailleurs, ses intérêts et son pécule.

Ensuite, au-delà de cet aspect formel, il s’agit de noter, dans le fond, que le contenu des propos des consultants est essentiellement bourré d’injures, de stéréotypes, de quolibets, bref de clichés orduriers. Pour preuve, il est reproché aux deux modérateurs suspendus pour six mois de n’avoir pas recadré certains panélistes qui se sont enlisés dans le listing des insultes à l’égard des anciens et actuels dirigeants français. En surfant donc, de façon affective et subjective, sur des insultes sans souci de démonstration plausible, un consultant pèche. D’où la sanction du CNC. En ce sens, chaque modérateur devrait être plus vigilant et plus prudent. Le modérateur n’est pas un simple « spectateur dés-engagé » qui laisse les intervenants dire tout et n’importe quoi.

Les enjeux du discours panafricaniste
J’ai toujours eu la faiblesse de penser que le panafricanisme ne peut se réduire simplement ni à un discours, ni à un curieux antagonisme anti-Français, anti-Blanc ou anti-Occidental. Si nous ne commençons pas par bâtir un projet panafricain basé sur une réelle construction stratégique endogène, les discours resteront des verbiages et du bavardage stérile. Les exemples de la Chine et de l’Asie aujourd’hui ne sont-ils pas suffisants pour nous édifier ? Nous donner des pistes pour construire une Afrique digne de ce nom au-delà des cris d’orfraie ?

Qu’on se comprenne très bien, je ne fais pas de diatribe contre Afrique Média et ses fans pour me mettre du côté des anti-Afrique Média. Ce qui arrive à cette chaîne de télé c’est ce que les autres ont connu (Royal Fm, Sky one radio) et il existe des chaînes encore plus dangereuses.Les décisions de fermeture ou de scellé ne sont pas prises de façon à rendre une justice équitable. Ce sont toujours des décisions à tête chercheuse. Malgré les insuffisances que j’ai déplorées plus haut, la meilleure solution ne consistait pas en une fermeture qui devient impopulaire. Le recadrage aurait suffi pour dire, non seulement à cette chaîne, mais à toutes les autres, que les discours de haine ne suffisent plus. Je ne suis pas un idiot non plus pour savoir qu’en Occident, il existe des médias de propagande et de désinformation. La propagande de la journaliste du Times, Judith Miller, sur les armes de destruction massive irakiennes, pivot de la propagande de guerre contre l’Irak avant l’invasion de 2003, constitue une preuve plus récente de la désinformation véhiculée par ce quotidien faisant figure d’autorité dans la sphère médiatique. La seule explication possible est qu’elles l’ont fait sciemment dans le but de tromper l’opinion publique.

D’ailleurs, pourquoi se voiler la face ? N’y a-t-il pas de médias en Occident qui produisent la haine du Noir ou de l’Africain ou alors le mépris de sa personne ? Une certaine opinion bien avisée avoue même que ces médias occidentaux sont ceux qui, continuellement, « dévalorisent le Noir et son continent de manière subtile ou à peine voilée. Si l’Afrique a aujourd’hui une triste image dans la tête de beaucoup d’Occidentaux (continent de maladies, de famines, de guerres, etc.). C’est bien en grande partie à cause de leurs médias qui ont pris le parti pris inique de toujours présenter l’Afrique sous son mauvais côté et de « taire » tout ce qui est positif ». J’avoue que cette position m’intrigue au plus haut point parce que je ne vois pas en quoi cette irresponsabilité des médias occidentaux qui font dans la haine nous concernerait. Devrons-nous répondre du berger à la bergère ? La haine occidentale doit-elle automatiquement avoir pour réponse une haine africaine ?

Tchakounté Kémayou


France-Cameroun : les frasques et les remous d’un sentiment anti-français (1)

Au terme d'une annus horribilis riche en déboires politiques et personnels, 2015 sera l'année des risques électoraux mais aussi des chances de sursaut pour François Hollande, dans l'attente de résultats économiques tangibles toujours absents à mi-mandat. /Photo prise le 18 décembre 2014/REUTERS/Charles Platiau
François Hollande. /Photo prise le 18 décembre 2014/REUTERS/Charles Platiau

La visite, ou comme aiment le dire certains Camerounais pour ironiser, l’escale du président Français à Yaoundé le 3 juillet dernier n’a pas fini de secouer les chaumières. L’arrivée d’un président de la République française en Afrique francophone et au Cameroun et en particulier a toujours été une occasion pour les leaders politiques et d’opinion de sortir de leurs gonds pour, disent-ils, alerter sur la nature des relations qui ont toujours marqué l’histoire des deux pays.

La particularité des relations que la France a avec le Cameroun demeure dans le fait que celui-ci avait un statut qui ne lui permettait pas d’être géré comme une colonie. La France, dans ses velléités d’hégémonie, bafouera plusieurs règles d’égalité et d’équité propres aux principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée le 10 décembre 1948 à Paris. Du statut de mandat à l’indépendance en passant par le statut de tutelle, les relations entre les deux pays ont toujours été perçues par l’opinion comme des relations de paternalisme, pour ne pas dire du maître et de l’élève, mieux de l’esclave. Les Camerounais ont toujours eu des remords au regard de l’histoire des relations qui lient leur pays à la France coloniale. Ces remords sont pour la plupart liés aux accords bilatéraux et multilatéraux qui, malgré l’indépendance du Cameroun, donnent à la France des pouvoirs insidieux. J’ai fait ici un effort de synthèse en relevant quatre faits historiques fondamentaux non exhaustifs qui restent, pour moi, considérés comme des points d’ombre, voire des trahisons dont la France a le devoir de se prononcer pour rester, aux yeux de tous, comme le pays des droits de l’homme.

Les quatre trahisons seront réparties sur trois billets. Il sera donc question ici d’insister sur la violation, par la France du statut que la Société des Nations et des Nations unies ont fait du Cameroun un pays entièrement à part, dont la gestion devrait être différente des colonies. Les prochains billets seront donc consacrés aux problématiques du génocide et à celle de la monnaie. Hollande a vraiment créé un « buzz ». C’est chaud devant…

Première trahison de la France : la violation du statut du Cameroun

Le 1er janvier 1960, c’est la date d’indépendance du Cameroun.

  • Une parenthèse : Certains diront que cette date ne concerne que l’indépendance du Cameroun francophone, car le pays étant sous la tutelle des Nations unies confié à la France et à l’Angleterre, les leaders de la partie anglophone n’ont jamais pris en considération cette date. Là, c’est un débat qui n’est pas encore clos. Passons.
  • Une observation : Contrairement aux principes du protectorat et de la tutelle, il est établi que, par ses pratiques d’assimilation, la France considérait alors le Cameroun comme une colonie contrairement aux accords du mandat (1914-1946) et de la tutelle (1946-1960) de la Société des Nations et des Nations unies pour des raisons, évidemment, d’intérêts machiavéliques.

Disons tout simplement que cette date est officiellement considérée comme le départ de la France coloniale du Cameroun. Comme le veut l’accord de la tutelle, la France, pays colonisateur, devrait se retirer complètement du territoire occupé pour laisser la place à la population appelée à se prendre désormais en charge elle-même. Compte tenu des intérêts que le colon devait préserver, il devenait utopique de croire à un départ complet et définitif.

Deuxième trahison de la France : l’octroi d’un pseudo indépendance

Cette trahison n’est que la conséquence de la première. La violation du statut du Cameroun était un signe qui ne trompait pas. Jusqu’aujourd’hui, c’est cette illusion du départ définitif de la France du Cameroun qui meuble les débats. Lorsqu’on sait avec quelle violence le peuple camerounais a obtenu cette indépendance, avec quelles violence la France a réprimé toutes velléités de liberté, on a de fortes et pertinentes raisons de penser qu’elle n’est pas complètement partie. Cette conviction est nourrie par les accords que ce pays colonisateur a pris soin de signer avec les gouvernants du Cameroun « indépendant ». Ces gouvernants-là étaient pourtant contre l’indépendance. Pourquoi ce sont des adversaires de l’indépendance qui sont récompensés à la place des leaders qui la revendiquaient ? Voilà l’une des questions auxquelles la France devra répondre tôt ou tard.

Certains des ces accords sont tenus secrets. Ils sont considérés a priori comme des closes devant lier un partenariat d’égal à égal entre d’une part la France et un pays comme le Cameroun et d’autre part entre la France et un ensemble de pays. Aujourd’h’ui, ils sont remis en question par l’opinion qui estime que la comédie a assez duré. Généralement, ces accords sont des partenariats économico-financiers et militaires. Pourquoi de tels types d’accords ? Parce que la richesse en ressources naturelles de l’Afrique et du Cameroun en particulier ne pouvait laisser la France indifférente. Elle a besoin des ses richesses pour son économie, son industrie notamment militaire. De plus,  la docilité et la stabilité des régimes et des systèmes gouvernants en Afrique garantiraient la « paix » nécessaire pour faire fonctionner l’exploitation des ressources, et donc, feraient l’affaire de la France.

En bref, ces accords sous le sceau du « partenariat » ressemblent fort bien à une allégorie. Le « paternalisme » est le type de relation qui sied. La France, avec ses moyens de pression de l’époque, va imposer un chef d’Etat devenu premier président du Cameroun (Amadou Ahidjo, de regretté mémoire). Evidemment, ce président, tout comme les dirigeants du pays et ce, jusqu’à nos jours, sont considérés comme des Camerounais qui ne travaillent pas pour l’intérêt de leur pays.

Disons, in fine, que, après cette date de la fameuse indépendance, la France a un pied dehors et un autre dedans, comme un bandit qui sort la nuit pour ses opérations nocturnes et entre dans sa coquille au lever du soleil pour passer inaperçu.
A la semaine prochaine pour la troisième trahison consacrée à la problématique du génocide de ce que beaucoup appellent désormais le « génocide ».

Tchakounté Kemayou


Minawao, leçons et souvenirs d’un 21 juin 2015

Voyage au cœur d’un gigantesque camp de réfugiés, au nord du Cameroun.

Le 21 juin dernier marquait la Journée Internationale des réfugiés. Moment mémorable parce qu’il symbolisera, à coup sûr, dans la mémoire de ceux qui ont pensé aux réfugiés tapis dans un camp, cette vision qu’une découverte est beaucoup plus agréable lorsqu’on Afait le choix d’apprendre comment vivent les gens différents, dont le destin vient de changer de trajectoire à cause d’une crise. Les gens qui ne sont plus maître d’eux-mêmes.

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Le centre de santé du camp de Minawao

Tout comme, dans un territoire, nous pouvons avoir des ressortissants du pays dont la nationalité est établie, des étrangers, différents de par leur statut, tous sous la tutelle de l’État qui les abrite, nous avons aussi certaines personnes étrangères d’un autre statut tout aussi différents que les autres étrangers. Ce sont des réfugiés. Pour ne pas semer la confusion ici, je m’intéresse qu’aux réfugiés de guerre. Ce sont des étrangers pas comme les autres. Ils vivent dans un territoire autre que le leur mais sous la tutelle, non de l’État qui les accueille, mais d’une institution de l’Onu appelée HCR (Haut-Commissariat pour les Réfugiés). Ils ne sont pas astreints aux visas d’usage ni à la carte de séjour.

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Le ministère de l’Education de Base Camerounais est bel et bien présent au camp

Initié par Mme Christiane Oto de l’association La Perche dont le siège est à Douala, une action humanitaire en faveur des personnes victimes de la guerre a germé comme une fleur depuis février 2015 à la suite de la marche patriotique du 28 dudit mois en faveur des forces armées en proie à la secte Boko Haram. Les critiques acerbes qui fusaient de partout pour décrédibiliser cette marche pour des raisons de bon sens politique sous-jacent a fait dire que quelque chose devrait être fait, pas seulement pour nos forces armées mais aussi et surtout pour les victimes. La Perche saisit cette occasion pour marquer son coup et ambitionne de faire ce bond à sa manière.

Une collecte de produits alimentaires et de vêtements est donc mise sur pieds et la date du 24 avril fut choisie. Puis le 29 mai. Et enfin le 19 juin a été la consécration. Une visite humanitaire devrait clôturer l’action, et le choix a été celui du camp des réfugiés de Minawao situé à 108 km de Maroua, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun.

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La remise des dons alimentaires et vestimentaire de La Perche au HCR de Douala

Faisant partie des bénévoles venants de Douala et de Yaoundé, j’ai remarqué que personne ne se fera prier pour tenter l’aventure. Plus de 1.300 Km à parcourir à la rencontre des enfants de Minawao et leur donner du sourire. Les dons de produits alimentaires et de vêtements sont remis sur place au HCR de Douala avant l’embarquement pour une destination de plusieurs heures de voyage. Presqu’un challenge, donc.

De 41 à 45.000 habitants

Laissons les péripéties du voyage pour mettre l’accent sur les curiosités du camp et les enseignements de cette aventure nécessaire pour plusieurs d’entre nous qui, comme moi avant ce voyage, ne savent pas ce que veut dire camps de réfugiés.

Le camp des réfugiés de Minawao est une zone aménagée de tentes et de bâtiments en matériaux provisoires composés de dortoirs, de toilettes, de WC, de cuisines, de salles de classes qui accueillent les élèves du primaire de la SIL au CM2 (trois groupes) et les élèves du secondaire de la 6ème en 1ère, etc., et d’un bâtiment offert par l’OMS servant de centre de santé qui enregistre 6 à 8 naissance par semaine. Le tout pour une population de 41 à 45.000 âmes composées d’enfants, de femmes et de vieillards. Le camp enregistre 10.000 élèves en âge scolaire et dont 8000 élèves scolarisés. Puisque l’école n’est pas obligatoire, les 2.000 élèves sont ceux que le personnel du HCR doit convaincre pour les amener à accepter d’aller à l’école. Cette année, 8 candidats ont été présentés au Certificat d’Étude Primaire (CEP) et tous ont réussi leur examen. La langue d’enseignement c’est le français et l’anglais. Il existe donc les deux sous-systèmes francophones et anglophones Camerounais.

Ici, seule l’eau fait problème à cause des forages qui s’assèchent. Nous sommes bien dans une région sahélienne. Il faut signaler que l’effectif de la population n’est pas très maîtrisable pour la simple raison que, en plus des naissances, le camp reçoit quotidiennement des réfugiés. Ils sont en majorité des Nigérians et des Centrafricains. C’est donc un camp créé à la suite des guerres dans ces deux pays qui sont en permanence confrontés à une instabilité politique qui peut dégénérer d’un moment à l’autre. Le système de santé et de l’éducation fonctionnent sous la tutelle du Cameroun mais géré par le HCR qui recrute le personnel venant de différente nationalité.

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Moi et mes collègue à Mokolo lors de la cérémonie de remise des produits alimentaires aux réfugiés par le PAM

Évidemment, au vu de ce qui précède, un camp de réfugiés comme celui de Minawao est un véritable mastodonte. Il y a des villes et des villages entiers au Cameroun dont la population ne saurait atteindre 2.000 ou 5.000 âmes. Lorsqu’on sait avec quelle complexité la gestion de ces villes et villages est problématique, il y a lieu de penser que Minawao est plus qu’un village. Le camp n’a donc rien de différent d’une gestion communale sauf qu’ici, il n’y a pas d’élection d’un maire ou d’un député. Le HCR est maître de tout. Il faut gérer l’éducation (Ministère de l’éducation de base et Ministère de l’enseignement secondaire Camerounais), la santé (l’OMS et le Ministère de la santé publique Camerounais), la nutrition (le PAM et quelques donateurs), l’environnement, etc.

Loisir autorisé, mais uniquement à l’intérieur du camp

Au quotidien, les réfugiés passent leur temps à déambuler, à jouer ou à dormir tout simplement pendant que les enfants sont à l’école. En période de vacances alors ? Eh ben, c’est le loisir et la débandade sauf qu’il leur est interdit de sortir du camp. Il est souvent récurrent de voir les enfants autochtones du village Minawao accéder au camp. La collaboration entre les deux s’avère difficile pour le moment à cause de la langue. La majorité des réfugiés (plus de 80 %) venant du Nigeria s’exprime paradoxalement difficilement en anglais pour la simple raison que cette catégorie de la population musulmane issue de la couche pauvre n’avait pas accès à l’éducation moderne au Nigeria. Elle parle couramment leur langue locale. C’est aussi un challenge pour le personnel enseignant qui doit réussir à trouver l’équation idoine pour l’instruction, ne serait-ce que partielle de la couche la plus fragile et importante : les enfants.

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Nous faisions partie du cortège composée d’une mission du PAM, de l’OMS, de la FAO, de l’UNICEF, etc.

C’est donc pour la cause enfantine que moi et mes collègues de La Perche sommes allés voir de plus près à quoi ressemble un camp de réfugiés, sonder les lieux et les cœurs pour apporter la pierre et faire vivre ce mastodonte à la modestie de nos moyens. Nous devons y mettre tous notre énergie. « Pour réussir le Cameroun désormais, il faut penser aux enfants et au sens aussi large que la totalité de l’étendue de notre territoire qu’il faut aller connaitre sans aucun autre programme préalable que s’en nourrir…« .

Nous quittions Minawao ce 21 juin aux environs de 16 heures, en laissant un autre lot surprise de plus de 200 ouvrages et 10 jeux pour enfants de moins de 10 ans et avec la ferme conviction de la présidente Christiane Oto d’y revenir dans les tous prochains jours sûrement pour d’autres surprises encore plus agréables. Sans oublier que pour marquer le coup, les enfants du camp bénéficieront d’autres livres pour dont le projet est encore en  gestation. La collecte des livres pour enfants à travers des bonnes volontés sera sa véritable stratégie de foundraising.

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Une vue du camp

Minawao, une leçon de paix

Au total six jours (deux jours de trajet aller et deux jours de trajet retour en train et en bus entre Douala-Yaoundé-Ngaoundéré-Maroua-Minawao) de voyage humanitaire dont l’aventure a été enrichissante sur le plan de la connaissance d’autres types de vie réservé aux personnes dont le destin vient de basculer à cause de l’incurie et de la cupidité des hommes soifs de sang et de pouvoir et qui sèment la terreur. Ce voyage m’a enfin appris, en parcourant les villes et villages comme Ngaoundéré, Garoua, Maroua, Mokolo, Minawao, etc. que le Cameroun ne s’arrête pas seulement à Douala et à Yaoundé et que « si la guerre qui lacère le septentrion ne vous a pas encore convaincus que si on perd le Nord on perd la partie la plus peuplée du pays […] vous perdrez la cognition du fait qu’environ trois générations chez nous sont en train de traverser la vie sans jouir du pouvoir et du bien-être que l’État social devraient inscrire sur les cahiers pour une traduction sur le terrain par le mal appliqué équilibre régional qui fait que nous nous connaissions encore aussi mal« (Mougoué Mathias LiønKïng) .

Voilà pour la bonne cause que beaucoup de Camerounais devraient épuiser leur économie car « lorsqu’on me demande ce que le Camerounais doit faire pour développer son pays je dis qu’il a une mission : voyager au Cameroun et à son retour il aura tellement découvert son pays qu’il développera une nouvelle façon de l’aimer en s’aimant davantage parce qu’il sait désormais quoi donner et comprend qu’il est bête de dépenser 150.000 FCFA dans une Boite de Douala en une nuit pour séduire une/e potentiel/le partenaire d’aventure sentimentale quand la même somme te fait voyager en couple jusqu’à Kousseri séjour compris en t’enrichissant plus que celui qui est resté sur place danser. » (Mougoué Mathias LiønKïng)

Plus qu’une leçon de vie, Minawao est une leçon de paix.

Tchakounté Kémayou


Que vaut un coup d’État dans « La République » platonicienne ?

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Coup d’Etat au Burundi. crédit photo :https://reiss.over-blog.com

Mon animosité pour les coups d’Etat perpétrés çà et là, et plus particulièrement en Afrique, contre les régimes, parfois constitués légalement, ne l’est plus depuis que j’ai eu la conviction que la « Citée » platonicienne n’est plus considérée comme une « Utopia » au sens de Thomas More. La métaphore « cité » utilisée ici pour désigner un pays au sens propre du terme est un prétexte pour l’actualité qui a cours en ce moment au Burundi où Pierre Nkurunziza, par la mesquinerie la plus farfelue, empêche justement aux citadins, j’allais dire citoyens Burundais, de se projeter dans l’utopia.

L’Afrique au cœur des enjeux

Les coups d’État peuvent-ils être une solution quand tout est bloqué ? Ont-ils du sens dans une « République » platonicienne ? Ce que le Niger et le Burkina-Faso ont connu récemment, ce que le Burundi connait actuellement, ce que le Congo et la RDC vont peut-être vivre un jour, ce que, par contre, le Cameroun a vécu en février 2008 ressemble étrangement à une perfidie la plus infâme qu’elle soit. Que dire du Togo ? De regrets ? Que dire du Bénin où Yayi Boni a accepté de s’éclipser après une tentative malsaine ? Et plus du Sénégal et, récemment, du Nigeria qui ont connu un dénouement heureux grâce aux médiations des anciens présidents des pays voisins alors que ce dernier est en proie au terrorisme ? Certainement que tous ne vivent pas les mêmes expériences. Mais, ce qui est intéressant ici, ce sont les cas où la population est descendue dans la rue pour manifester leur colère, contrairement au peuple togolais qui a feint d’ignorer cette maxime.

Pour situer le contexte de l’actualité, il ne s’agit ni plus ni moins qu’une volonté manifeste des chefs d’Etat, bien qu’élus démocratiquement, ce qui reste discutable se livrent à des pratiques de barbarisme d’une autre époque en voulant conserver le pouvoir à tout prix et à tous les prix au moment où la loi impose de passer le témoin. Bien que cette loi réserve des situations extraordinaires pour une quelconque modification, il y a lieu ici de le crier tout haut qu’une Constitution modifiée n’est pas mauvaise en soi lorsque la bonne foi est établie et manifeste. Ce qui n’est justement pas le cas pour le président Pierre Nkurunziza qui vient de démontrer à la face du monde la perfidie et la face hideuse de son pouvoir.

La République platonicienne : de quoi s’agit-il ?

Ce qui est en jeu ici c’est la conservation du pouvoir politique de ce que Platon appelle, dans son ouvrage La République (Ed. Garnier (1966), « l’Etat ». En fait, cet ouvrage que Levy Strauss décrit comme « le plus fameux des écrits politiques de Platon, l’œuvre politique la plus célèbre de tous les temps » est, de toutes les façons, comme bien d’autres, une description de bonne facture de ce que c’est qu’une « République » au sens athénien du terme. Et Platon décrit justement la République en des termes plus méticuleux par des concepts de cité, de pouvoir et d’Etat.La « cité » est un concept qui renvoie à un idéal. En fait, elle n’est pas seulement un espace de vie commune. Loin d’être un espace déjà défini et fini, c’est un espace imaginaire que l’on se représente comme idéal. Cet idéalisme d’une ville est bien défini par Michel Ragon pour qui :

Tout le monde rêve d’une cité idéale. Sauf ceux qui considèrent comme satisfaisante la ville qu’ils habitent. Mais ils sont rares. Aussi rares que ceux qui trouvent parfaite la société dans laquelle ils vivent. Le philosophe dans sa bibliothèque et le déraciné dans son bidonville rêvent d’une ville qui puisse satisfaire aussi bien leur quotidienneté que leurs fantasmes. (L’homme et les villes, 1995).

La ville est donc une vie à la fois faite de réel et de l’irréel. Elle représente une vie idéale symbolisée par sa situation géographique, ses couleurs, sa topologie, sa diversité humaine et naturelle, son aménagement, son histoire et plus particulièrement ses propres aspirations d’une société plus démocratique, plus juste ou plus libre. C’est donc une vision, une construction et une aspiration idéelles qui ne sont, en fait, que des besoins de bien-être des citadins à satisfaire ; une cité paradisiaque symbolisant le beau, le vrai, le bon, le juste, la liberté, le loisir, la détente, le bonheur, bref tout ce qui est de la vertu la plus absolue.

Une cité d’une telle envergure ne fonctionnera que si elle est bien organisée et bien structurée. Une telle cité, dis-je, ne peut être possiblement existante que si elle fonctionne, pas seulement avec des lois, mais avec de bonnes lois. Par conséquent, toute cité réglée par des lois requiert alors un organe appelé « État » ou « gouvernement ». Ces structures sont chargées d’assurer le respect et d’éviter que ces lois ne demeurent lettre morte. Diriger une cité dont l’objectif c’est, ce que vient d’expliquer Michel Ragon ci-dessus, gouverner. On ne peut gouverner qu’à travers un organe. C’est ce qui a fait dire à Hegel que : « Il faut gouverner dans un État ». De fait, l’Etat devient une institution établie par le peuple qui lui assigne une fonction qui est celle d’accomplir cet idéal tant recherché et tant rêvé. Et à Thomas More de dire à juste titre que :

Le but des institutions sociales en Utopie est de fournir d’abord aux besoins de la consommation publique et individuelle, puis de laisser à chacun le plus de temps possible pour s’affranchir de la servitude du corps, cultiver librement son esprit, développer ses facultés intellectuelles par l’étude des sciences et des lettres. C’est dans ce développement complet qu’ils font consister le vrai bonheur. (Utopia – livre second, 1516).

Et celui qui est à la tête, au sommet de l’Etat est le détenteur du pouvoir d’Etat ou de l’Etat, c’est selon. Le pouvoir ici représentera la somme des responsabilités qu’a un homme ou un groupe d’hommes de faire la volonté des citadins pour la réalisation de cet idéal, pour la réalisation d’un rêve. L’Etat et le pouvoir sont donc deux concepts corrélés. La signification de ce dernier est loin d’être obvie comme le dit Tolstoï, car : « Le pouvoir est un mot dont le sens nous est incompréhensible. » (Guerre et Paix, ).

La fourberie et la filouterie de Nkurunziza

Ce qui est par contre intéressant chez Platon, c’est le rôle qu’il attribue à chaque démembrement de l’Etat chargé de matérialiser les rêves, de rendre réel ce qui est considéré comme idéal. La classe supérieure, composée de philosophes et de prêtres, dont le chef est désigné comme « président de la République », « chef de l’Etat », est le détenteur de ce pouvoir capable de transformer l’irréel en réel.

Au Burundi, Pierre Nkurunziza décide, sans exagération, d’enfreindre à ce devoir fondamental de la cité platonicienne par la modification de la loi. Bien que cette modification ne soit pas une mauvaise chose en soi, celui qui la touche dans l’intention de garder le pouvoir agit, ipso facto, contre la volonté des citadins. Dix ans, c’est la durée d’un double mandat au bout duquel le président burundais en exercice doit déposer le tablier. Mais, hanté par la fourberie et le gros cœur, il profite des circonstances que lui confère la loi pour modifier cette disposition juste dans l’intention de garder le pouvoir. Que peut valoir un chef d’Etat qui va à l’encontre de la loi de la cité ? Que représentent la légitimité et la légalité d’un pouvoir issu d’une telle fourberie ?

Que vaut une révolution de palais dans « La République » dans le contexte africain ?

La classe de guerriers, de militaires que constitue l’armée n’est faite que pour la défense, dit Platon. Mais, entre les Gardiens philosophes et les citoyens ordinaires, il n’y a du reste nulle limite fixe imperméable, infranchissable, mais « un chassé-croisé » permanent, les uns prenant la place des autres, en cas de besoin et en fonction des mérites ou des démérites respectifs de chacun. A terme, tous sont appelés à devenir responsables (chefs) et sujets (citoyens) politiques à la fois. « Le temps où nous serons devenus un citoyen accompli, sachant être avec justice à la fois chef et sujet », dit Platon. Cette fonction de sauvegarde de l’intégrité de la cité contre l’ennemi devient trop désuète, car il enlève aux soldats leur fonction de rationalité qui est sollicitée justement pour freiner les ardeurs de cette classe de philosophes qui n’accepteraient, bon gré mal gré, les clauses d’alternance. La République a-t-il envisagé la destitution des philosophes qui vont à l’encontre des lois de la cité ? Oui. Et c’est Platon lui-même qui le dit en ces termes :

Suppose au contraire que doivent venir aux affaires publiques des hommes qui, dans leur dénuement, ont faim de biens qui ne soient qu’à eux, convaincus que le pouvoir est l’endroit voulu pour en arracher le bien comme un butin, cette possibilité [alternance] disparaît ; car alors le pouvoir est devenu l’enjeu d’une lutte, et, comme une semblable guerre est congénitale et intestine, elle fait leur perte et celle du reste des citoyens.

Comment comprendre alors les condamnations de la communauté internationale et des pays occidentaux chaque fois qu’un régime « légal » est renversé, par un coup d’Etat perpétré suite à un viol de la loi fondamentale constaté par tous ?

La République de Platon ne répondrait plus aux réalités que vivent nos Etats, plus particulièrement les Etats africains qui ne sont qu’à leur balbutiement de construction d’une identité républicaine longtemps ternie par l’occidentalisation des mœurs mal assumée. Que deviendra ce peuple, que vaut un peuple sans son rêve ? Sans son idéal ? Sans son « utopia » ? Un chef d’Etat qui brise cette « utopia » peut-il encore être considéré comme un philosophe ?

Ce qui est intéressant dans cette analyse, c’est l’attitude de l’armée observée dans chacun de ces pays africains où elle se voit investir une fonction de contre-pouvoir au côté du peuple. Le Niger, le Burkina Faso et le Burundi nous le démontrent. Une armée aux côtés du peuple, c’est ce qu’on n’a pas pu observer au Cameroun en février 2008 où la mort de centaines de jeunes gens, descendus dans la rue après la modification de la Constitution qui permettra à Biya d’être éligible en 2011 n’a pas permis cette alternance. Comment envisager la destitution d’un chef d’État qui s’est permis de violer son propre serment à la suite de la fin d’un double mandat ?

Un chef d’État ne peut prendre cette décision que s’il n’a pas en face, des leaders capables de mobiliser les énergies, de provoquer un mouvement social susceptible de pulvériser et d’inquiéter le système gouvernant. Du coup, compte tenu de la faiblesse des partis politiques et de la société civile à servir de contre-pouvoir et de contrepoids au régime au pouvoir, l’armée devient la solution. Car la révolution suggérée par la théorie platonicienne n’est pas envisageable dans un contexte africain. A la suite de la théorie platonicienne de la République, les théories de mouvements sociaux développées, entre autres, par Alain Touraine et Erik Neveu, posent la société civile constituée, pour la plupart des gens de la classe moyenne, comme une alternative dans une société moderne, dans une République donc. Peut-on conclure qu’en l’absence d’une société civile forte, les pays africains ne seraient donc pas des Républiques au sens platonicien du terme ?

Du coup, les profils bas contre les coups d’État distribués pêle-mêle par la communauté internationale m’émeuvent plus les plus avisés. L’armée, pourtant considérée par les despotes comme celle qui viendra à son secours, est désormais vue comme un serpent à deux têtes. Elle peut donc se retourner contre le régime, le destituer, s’installer et créer un autre régime plus pervers que le premier. C’est le premier revers de la médaille. Cette armée peut avoir des soutiens multiformes qui ne peuvent forcément pas avoir les mêmes intérêts que ceux de la cité en question. C’est le deuxième revers de la médaille.

Deux revers pour une seule médaille ! Si ça vaut le coup, le doute est donc permis.

Tchakounté Kémayou


Pourquoi la création des Etats-Unis d’Afrique fait-elle peur ? (1)

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Marcus Garvey

Depuis la vulgarisation d’Internet au Cameroun, il ne se passe plus une seconde sans que les partisans d’un mouvement kémite, ne se fassent entendre. Ce mouvement qui ne date pourtant pas d’aujourd’hui, commence à prendre de l’ampleur à travers des campagnes de vulgarisation très médiatisées dans les fora et les réseaux sociaux. Personne, à présent, ne peut nier avoir lu ou entendu un message d’un radicalisme avéré dont la teneur vise indubitablement la reconsidération et la valorisation d’une civilisation nègre authentiquement africaine longtemps bafouée pour des intérêts de l’Occident hégémonique.

Contexte

Le 26 avril 2015 s’est tenue à Paris la toute « 1ère convention européenne de la maison des Kémites Marcus Garvey ». Le thème retenu pour cette première rencontre qui était intitulée « L’Afrique est l’avenir du monde : genèse et actualité du projet des Etats-Unis d’Afrique dans la pensée visionnaire de Marcus Garvey » montre à suffisance qu’un ancien vent qui date des débuts du XXe siècle continue de souffler sur le continent. Il m’a semblé important de partager mon expérience des débats d’idées en mettant à votre disposition des problématiques de fond que soulève ce vieux nouveau mouvement philosophique afin de susciter davantage de nouvelles problématiques. Pour ce faire, ces prolégomènes sont le premier billet d’une série de débats mettant en exergues quelques-unes des positions des partisans de ce mouvement en face de ceux qui jusqu’ici les considèrent comme des extrémistes pour ne pas dire les partisans de l’extrême droite africaine, mieux, une doctrine raciste anti-Blanc. Commençons par la présentation de celui qui est considéré comme le prophète du mouvement kémite.

Qui est Marcus Garvey (1887-1940) ?

Né en 1887 dans un ghetto en Jamaïque, il est sans doute convenu de signaler que Marcus Garvey était un journaliste et activiste politique qui, de par son don oratoire, est vite devenu une voix qui compte pour le peuple noir dont il est issu. L’esclavage, l’apartheid et la colonisation sont des maux faisant partie de l’environnement de ce leader de la cause noire. Ces événements ont moulé sa personnalité. De nombreux voyages à travers le monde (Europe, Afrique et Amérique latine) lui ont permis d’avoir une idée claire des mauvaises conditions de vie des Noirs. C’est en à Londres que Garvey se frotte vraisemblablement à l’afro-centricité en rencontrant quelques intellectuels Africains avec qui il développera les fondements d’une conscience panafricaniste dont l’objectif était la création des Etats-Unis d’Afrique.

Un an après son arrivée aux Etats-Unis, en 1917 donc, il fonde l’Association universelle pour l’amélioration de la condition noire (United Negro Improvement Association, UNIA, toujours en activité). En fait, au moment où l’esclavage était aboli depuis 1848 et que les pays africains étaient encore sous le joug de la colonisation, Marcus Garvey trouvait que l’heure était venue, qu’il était légitime de rassembler tous les peuples noirs d’Afrique et les Afro-descendants éparpillés dans le monde entier sur un même territoire considéré comme la « Terre promise » : c’est le « sionisme africain ».

Cette idée a nourri d’espoir beaucoup d’anciens esclaves noirs qui, enfin, rêvaient de retrouver leur terre d’origine. Ça a été l’affluence au sein de L’Unia qui a eu, en un temps record plus de 11 millions de membres sans oublier le bras armé du mouvement qui comptait plus de 27 000 soldats pour une ambition de 500 000. En 1919, Garvey, toujours dans sa logique sioniste, crée, avec le soutien des richissimes noirs, la compagnie maritime Black Star Line dont les navires devraient accoster aux Antilles et aux États-Unis pour rapatrier des Noirs vers la Terre promise. D’ailleurs, c’est lors de la première BLACK PEOPLE’S CONVENTION tenue à NewYork, le 1er août 1920, soit le jour de la célébration du 80e anniversaire de l’abolition de l’esclavage aux Antilles britanniques, que l’Unia fera sa première démonstration de force avec à la clé plus de 4 millions de manifestants selon le FBI et 6 millions selon les leaders. C’est à travers ce gigantesque projet que Garvey s’est vu attribuer l’appellation de « The Black Moses », comme le Moïse de la Bible. D’un autre côté, les rastafaris le considère aussi comme leur prophète pour avoir prédit le couronnement d’un roi noir en Ethiopie du nom de Haïlé Sélassié Ier descendant direct du roi Salomon et de la reine de Saba.

Avant sa mort à Londres en 1940, Garvey, victime d’un complot fait de la prison après la banqueroute de la Black Star Line pour mauvaise gestion et détournement. Évidemment, sa mort ne mit pas un terme à cet ambitieux projet. Aujourd’hui, l’afrocentricité, considérée comme l’idéologie majeure de Garvey, fait l’objet d’une rude campagne du mouvement kémite pour continuer l’œuvre du prophète.

Qu’est-ce que l’afrocentricité ?

Le concept d’afro-centricité a été créé par Martin R. Delany qui pose les premiers jalons théoriques dans une revue qui n’a connu que deux numéros. Par la suite, le concept est repris par plusieurs chercheurs donc le plus célèbre est Molefi Kete Asante, actuellement Professeur au « Department of African American Studies » à Temple University, Philadelphia, Pennsylvania, USA.

Selon Molefi Kete Asante, dans son article intitulé « The Afrocentric Idea » (1987), en dehors de Martin R. Delany, ceux qui ont donné corps au concept de l’afrocentricité sont James Mona Georges, avec son ouvrage Stolen Légacy publié aux Etats-Unis en 1954 et Cheikh Anta Diop dans son ouvrage Nations nègres et culture publié la même année en France. Quelle coïncidence ! Dans ces deux ouvrages majeurs qui sont des références en matière du concept d’afrocentricité, les auteurs arrivent à la conclusion selon laquelle l’Afrique est le berceau de toutes les civilisations humaines. Les deux démontrent, avec  preuves à l’appui, que, tandis que les similitudes entre l’Egypte et les civilisations négro-africaines prouvaient que le peuple d’Egypte antique ou ancienne était noir comme tout le reste du continent africain (Cheikh Anta Diop), les similitudes entre l’Egypte et la civilisation grecque prouvaient par contre que la philosophie de l’Egypte antique ou ancienne avait été « volée » par les Grecs (James Mona Georges). Cette philosophie qu’on dit grecque et dont l’Occident se fait prévaloir la paternité a été donc « volée » à la civilisation négro-africaine.

C’est fort de ce constat que Molefi Kete Asante, dans son ouvrage Afrocentricity : The Theory of Social Change (1980) classé comme une référence en la matière, se voit investi d’une mission pour la continuité de l’œuvre de Marcus Garvey. Depuis la conceptualisation de l’afrocentricité (Martin R. Delany, James Mona Georges, Cheikh Anta Diop, Molefi Kete Asante, Ama Mazama et bien d’autres) le combat de Garvey commence à prendre un virage important pour sa matérialisation à travers des productions universitaires. La posture scientifique consiste donc ici en une rupture épistémologique radicale dans la production des savoirs tant théoriques que méthodologiques. Il s’agit de regarder, penser, analyser et d’agir en Africain, sous un autre prisme autre que celui de l’Occident considéré jadis à tort comme le chemin unique de la vérité. La pensée unique, puisque c’est d’elle qu’il s’agit ici, doit désormais être balayée d’un revers de la main pour ne considérer que des connaissances dont l’Afrique est dépositaires. Cette rupture épistémologique est justifiée pour la simple raison qu’en Afrique, les solutions proposées par les officines et les centres de recherches occidentales n’ont produit que des désastres. Sinon comment expliquer cette situation de pauvreté dans un continent pourtant riche en ressources ? Et c’est à juste titre que Raphaël Elono dans son ouvrage intitulé : La cosmogonie des beti be nanga alerte l’opinion en insistant sur cette rupture totale avec l’Occident en ces termes : « Ce n’est que dans sa propre histoire, sa propre culture, que l’on peut puiser des forces nécessaires pour affronter le monde tel qu’il est ».

En résumé, la kémitude (kamite signifie Ta Netcherou = Terre des Dieux qui fait de l’Afrique le centre du monde) est donc un mouvement philosophique, religieux et culturel ayant comme fondements idéologiques et théoriques l’afrocentricité et le panafricanisme dont les objectifs majeurs sont le retour aux sources et la création des Etats-Unis d’Afrique (EUA). Cette conceptualisation vise la réappropriation et la valorisation des richesses ancestrales négro-africaines longtemps bafouées par l’Occident hégémonique.

Toute cette abondante littérature sur la « kémitude » me rappelle celle de la négritude où l’identité littéraire négro-africaine à part entière était célébrée et revendiquée à travers des productions intellectuelles. A l’occasion, la critique la plus acerbe était résumée dans la question suivante : un tigre doit-il proclamer sa « tigritude » ? Pour les détracteurs, la réponse était évidente : Non. Car le tigre attrape tout simplement sa proie et la dévore. Voilà donc pourquoi, comme la négritude, la kémitude est considérée comme un mouvement réactionnaire doublé d’un acte de vengeance dans la mesure où les travaux des auteurs se réclamant de l’afrocentricité sont généralement considérés comme relevant d’un discours militant et d’une « réécriture engagée de l’histoire ». Sinon pourquoi les enfants africains n’iraient-ils pas investir, conquérir et voire « coloniser » les cercles de production des savoirs en Occident si tel est que la science est d’origine africaine ? C’est dans ce sens que Mary Lefkowitz s’est insurgé contre l’afrocentricité en la taxant d’afrocentrisme.

Qu’est-ce que l’afrocentrisme ?

L’afrocentrisme est un terme inventé par Mary Lefkowitz, sociologue américaine, d’origine européenne à travers un ouvrage intitulé Not out of Africa : How Afrocentrism Become an Excuse to Teach Myth as History, qui peut se traduire par : Pas hors d’Afrique : Comment l’afrocentrisme est devenu une excuse pour enseigner un mythe à la place de l’histoire. C’est une réponse au professeur Molefi Kete Asante sur sa notion d’afrocentricité.

Dans son livre, Mary Lefkowitz décrit l’afrocentrisme comme un racisme à rebours, c’est-à-dire un racisme des temps modernes des « Noirs » vis-à-vis des « Blancs », en réponse au racisme que les Africains ont subi des Européens (théories raciales européennes, esclavage, etc.). Elle prétend que l’Afrique n’a pas d’histoire et que l’afrocentricité qu’elle appelle afrocentrisme est un courant raciste inventé par les Noirs frustrés de n’avoir jamais eu d’histoire. Ils se sont inventé eux-mêmes une prétendue histoire sans preuve, sans recherche et sans fondement. Une histoire basée sur des mythes, des légendes et des faits qui n’ont jamais eu lieu, pour se donner de la consistance et se valoriser aux yeux des Blancs (qui ont tout créé) ainsi qu’aux yeux des autres peuples du monde.

Pour Mary Lefkowitz, ceux qui sont dans ce qu’elle appelle l’afrocentrisme sont des menteurs, car ils « mentent » en affirmant (sur la base des recherches et des preuves) que : 1-l’Afrique est le berceau de l’humanité et que l’homme est sorti d’Afrique pour peupler les 4 coins du monde. C’est cela d’abord le sens du titre de son livre : Not out of Africa (Pas hors d’Afrique) ; 2-les anciens Egyptiens étaient des Noirs issus des profondeurs du continent, et que la civilisation pharaonique était africaine.

Mary Lefkowitz vient ainsi d’ouvrir l’affront entre les Kémites et leurs détracteurs qui sont, de surcroît, des Africains eux-mêmes. Après avoir planté ainsi le décor, il sera question, dans le prochain billet, de situer les problématiques de l’afrocentricité et du panafricanisme dans le contexte de la mondialisation.

Idées et texte : Tchakounte Kemayou & Bonaventure Tchucham


Jeunesse camerounaise : Une solidarité agissante

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Les élèves du Collège Alfred Saker de Douala

S’il existe un mot pour qualifier la jeunesse camerounaise, à l’unanimité on parlerait de l’irresponsabilité. Cette tare si présente dans nos mœurs et qui fait de cette couche de la population des persona non grata dans une société la gérontocratie est devenue comme une règle d’or de notre administration.

La guerre déclarée par Paul Biya contre la secte islamiste Boko Haram a suscité et suscite encore cet élan de générosité et de solidarité de tout le corps social à travers le pays. Le milieu des hommes d’affaire en passant par les camerounais à revenu moyen et voire la couche la plus insoupçonnée. Depuis quelques jours déjà, le poste national de la radio diffusion (CRTV) donne les nouvelles sur l’évolution des dons en nature et en espèce déjà réceptionnés et destinés à l’armée nationale déployée dans la région de l’Extrême-Nord au front contre Boko Haram.

Beaucoup d’entre nous disent de la jeunesse qu’elle serait sacrifiée et pourtant, elle ne manque pas de séduire plus d’un par des actes élogieux. Des reportages dans le quotidien Le Messager, tours lui, du 30 mars derniers sont horribles. Loin d’être un enfer, il faut dire que la situation des réfugiés de Minawao dans le département de Mokolo à l’extrême-nord du Cameroun suscite des actions collectives de la communauté d’humains que nous sommes. C’est un camp construit de bâches sur un terrain de 150 ha et extensible sur 300 ha où 33.000 réfugiés vivent sous le contrôle du HCR qui peut être débordé par l’ampleur des besoins.

Ce qui attire tout de même ma curiosité sur les donateurs depuis le début de cette campagne lancée par le ministre du commerce, c’est la présence des élèves d’une école confessionnelle catholique à Yaoundé. le collège de la Retraite, puisqu’il s’agit de lui, a marqué sa présence en lettre d’or dans la liste des donateurs à travers une contribution remarquable des élèves de la classe 6ème B. Le journal en ligne cameroon.info.net qui l’annonce dévoile que le don en nature est composé de 301 palettes d’eau minérale d’une contenance de 1 litre par bouteille et destiné à l’armée camerounaise. Et l’estimation, en valeur monétaire est de 418.500Fcfa au total. Malgré les remous que ce geste venant des élèves, je veux dire des mômes, de 6ème B a suscité à travers les réseaux sociaux, il est à saluer. Il faut quand même dire que geste est rarement vécu ici pour des raisons simple que l’exemple ne saurait venir des enfants dès lors qu’une société comme la nôtre est gangrenée de multiples maux qui aliènent son peuple. On a tout dit sur ces gamins en les allant jusqu’à les attribuer la responsabilité de notre décadence sociale parce qu’ils seraient pour les uns, des fils de hauts gradés de l’administration publique et des fils des hommes d’affaires pour les autres. Ils n’ont donc pas d’autre choix à faire que d’aider les pauvres, disent les détracteurs. Que dire alors de l’autre geste, aussi symbolique que réel, des élèves d’un collège confessionnel, mais protestant, cette fois-ci ?

La solidarité nationale qui s’empare du peuple camerounais a aussi touché le cœur de ces jeunes élèves du Collège Alfred Saker de Douala qui ont agi en faveur des réfugiés. Ici, les collégiens de Douala ont répondu présent à l’appel de l’association La Perche qui, le 24 avril prochain, envisage, avec quelques membres et sympathisants, aller toucher du doigt les réalités du quotidien de cette population victime de la barbarie de la secte Boko Haram. L’association a déjà, de manière volontaire et participative, collecté des produits alimentaires, des vêtements, de l’eau minéral pour donner du réconfort à cette population sinistré qui attend non seulement notre soutien matériel mais aussi et surtout notre chaleur humaine afin de leur donner cette espoir de vivre qu’elle a perdu.

Les conditions de vie de ce camp sont certes difficiles mais c’est loin d’être l’apocalypse. Cela dit, la solidarité nationale et internationale doit s’exprimer avec plus de force pour les réfugiés de Minawao mais aussi et surtout pour la majorité de réfugiés et de déplacés éparpillés dans la nature et abandonnés à leur triste sort. Ces jeunes élèves du Collège Alfred Saker de Douala ont donné plus de 100 morceaux de savon, quelques habits et produits alimentaires et ont promis de récidiver la semaine prochaine pour compléter leur panier de dons.

Loin de moi la prétention de trancher sur le débat digne d’intérêt et basé sur la valeur d’un tel geste venant des enfants des collèges de Yaoundé et de Douala, il me revient de droit de saluer à sa juste valeur les gestes qui vont en faveur des victimes de la barbarie humaines, de notre société. Pourquoi « digne d’intérêt » ? Parce que les Camerounais est prêt à faire quelque chose pour rien. Il serait même prêt à mourir pour cette chose à condition qu’il soit convaincu que c’est dans son intérêt. Cette attitude est universelle, et c’est une attitude rationnelle. C’est une très bonne attitude, qui est loin de la sottise.

Idées et texte : Tchakounté Kemayou, Patrice Nganang


Cameroun : Les conséquences du déclin de l’engagement citoyen

20790_812079115535013_6124794667341583308_nLe Cameroun souffre cruellement d’une crise de la citoyenneté. Nos villes font chaque jour les frais d’un sabordage, d’une irresponsabilité criarde de ses populations du fait de son désintérêt qu’elles ont de sa préservation, de sa protection. Ce désengagement finit par être considéré comme une désinvolture qui devient à son tour assimilable à un vandalisme tout court.

Un homme bien fringué et surpris en train de jeter les peaux de banane dans la rue ou de pisser dans la broussaille sont des images banalisées et considérées désormais comme naturelle. Inutile de préciser que cet homme sort d’une maison où se trouvent une poubelle et des toilettes. Il préfère se soulager dans l’environnement puisque c’est devenu naturel de faire pipi à-tout-vent, de jeter la saleté à même le sol en présence d’un bac à ordures, de brûler vif un homme juste pour soupçon de vol, de donner un billet de banque à un agent de police pour défaut de pièces, de saborder les espaces publics comme l’éclairage et les jardins public, etc.

La population jeune, à tort ou à raison, est ici la plus concernée dans cette histoire de vandalisme qui lui est attribuée. La jeunesse, constituée à plus de 75% de la population camerounaise de moins de 30 ans, est indexée par la société pour sa désinvolture caractérisée de la chose publique. C’est elle la plus concernée puisqu’elle est la couche de la population la plus désœuvrée, la plus clochardisée et la plus malfamée. Exactement comme le fait souvent la France quand elle veut trouver un bouc émissaire sur ses maux en doigtant les banlieusards. Je m’interroge juste pour cette jeunesse un peu hagarde ; pour cette jeunesse à qui l’on fonde tout espoir et qui à leur tour ne montre aucun signe pour nous donner des raisons d’espérer. Je vais, dans ce billet, me limiter juste à trois exemples de faits pour vous montrer comment, malgré le vers qui est dans le fruit, il faut toujours se garder de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Une école qui ne rassure plus les enfants

Pulchérie Menegueu est cette camerounaise qui s’active, comme beaucoup de ses compatriote, à la formation des jeunes enfants. Cette activité d’institutrice-formatrice lui donne la possibilité de côtoyer la fine couche de cette catégorie de personnes qui représente l’avenir d’une nation. Au cours d’une curieusement conversation engagée avec une fillette de la classe du CE2 ne sachant ni lire, ni écrire, il en ressort ceci :

– Que veux-tu devenir quand tu seras grande ?
– Rien.
– Comment ? Tu ne veux pas devenir institutrice, ou médecin ?
– Non.
– Mais, que feras-tu donc, une fois grande ?
– Je ne sais pas.

Il devient évident qu’une enfant ayant atteint le niveau du Cours élémentaire, doit avoir environ 7 à 9 ans et par conséquent doit au moins savoir lire et écrire ne serait-ce que son nom. Cette enfant est-elle responsable de ce qui lui arrive ? Bien sûr que oui, elle en est responsable. Puisque lorsqu’elle sera grande et qu’elle sera confronté aux vicissitudes de la vie, la société lui reprochera toujours d’avoir négligé ou fui l’école pour se lancer dans la débauche. Les arguments de ce genre sont facilement entendus de nos jours de la bouche de ceux qui pensent que la jeunesse ne doit s’en prendre qu’à elle-même. Nous sommes dans une société où l’anormalité devient la norme, où la corruption devient un système de gouvernance, où la course effrénée à l’abondance matérielle est un signe de bien-être absolu, bref une société où la vertu a foutu le camp. Dans un contexte comme celui-là, comment alors réveiller l’imagination de ces jeunes qui manquent de tout et ne rêvent qu’au jour où ils pourront se coucher avec le ventre plein ?

Comment peut-on être au CE2 sans savoir ni lire, ni écrire ?

11143151_818956091513982_8270930712245090724_nBonne question. Ici se trouve résumer toute la peine et la douleur qui me suffoquent chaque fois que je pense à mon pays. Ici est décrit avec une truculente simplicité, le mal camerounais. Au Cameroun, le rêve est puni par la peine de prison pour les adultes, sinon par l’assassinat pour les enfants. Voilà pourquoi en 2015, une petite fille du CE2 à Yaoundé, préfère ne rien rêver, et en conséquence ne sait ni lire ni écrire. Comme la plupart des enfants de ce pays, elle est réaliste, très réaliste même, sinon elle va mourir.

Nous sommes en 2015 et voici par exemple une école maternelle à Yaoundé et située plus précisément à Ekié où fréquentent les enfants âgés entre 4 et 5 ans. Madame le maire d’Ekié à Yaoundé IV a envoyé cependant 20 millions de Fcfa à l’Extrême-Nord pour dit-on encourager le chef de l’Etat dans sa lutte brave et courageuse contre Boko Haram. Au sommet, pendant ce temps, le chef de l’Etat, selon le quotidien Le Messager du 20 avril dernier, dépense un milliard de Fcfa pour « un bref séjour à l’étranger » dans un luxueux hôtel genevois, on arrête tous ceux qui rêvent de devenir présidents de la république, et les met en prison. « Ciel de boue », disait Césaire. Dans ce pays, la petite est déjà sage de rêver de ne pas rêver ; de rêver de ne rien devenir, ce serait sans doute encore mieux si elle n’apprenait ni à lire, ni à écrire.

En conclusion, savoir lire et écrire c’est mettre le régime, le système et le pouvoir politique en danger. C’est se tirer soi-même une balle dans le crâne. Donc, en 2015 c’est le résumé parfait du rêve de la grande majorité des enfants au Cameroun. Pour le voir il suffit juste de descendre dans les chaumières qui les abritent, de s’assoir à même le sol avec eux, et de bavarder, simplement bavarder. En cessant de rêver, ils ont, malgré leur âge, tout perdu, pour la plupart. Ils veulent juste manger car les repas et ne rien faire d’autre. Juste manger, boire et dormir en toute tranquillité même sans avoir travailler.

On ne force pas la citoyenneté

Douala vit, depuis presque un an au rythme des journées de propreté instituées par les sous-préfets et les maires d’arrondissement et programmées les jeudis ou les mercredis selon les arrondissements de la ville. L’insalubrité criarde de la ville et l’incivisme de la population furent les motifs majeurs de ces journées instituées pour susciter chez tout le monde cette propension à la protection et à la préservation de l’environnement immédiat. Pendant deux ou trois heures, de 7H et 10H, chaque commerçant doit venir comme d’habitude, pas pour ouvrir, mais pour faire la propreté devant son magasin et autour de son environnement. Ces journées imposées en grande pompe de publicité n’ont eu pour seul effet que de permettre aux commerçants de se donner un congé sabbatique en prolongeant leur grâce matinale. Ils débarquent juste à 10H pour ouvrir boutiques et magasins en ignorant éperdument ces mesures instituées pour la bonne cause.

Aujourd’hui, on en est à se demander quel est même le sens de ces journées de propreté ? Peut-on imposer le service civique ou la citoyenneté à un peuple qui n’a plus confiance à ses leaders politiques, à ses autorités administratives ? Peut-on imposer la conscience civique à un peuple qui n’a seulement que trois soucis : Manger, boire et dormir ? Un peuple qui évite de penser politique, de mener des actions en faveur de la bonne gestion, la bonne gouvernance de sa cité, bref de penser à son avenir, de rêver, a-t-il conscience des enjeux de sa société ? Car dans ce pays-ci, il suffit justement d’avoir des ambitions politiques et hop, vous vous retrouver en interrogatoire serré à la gendarmerie. Et ça se passe comme un jeu d’enfant.

C’est par crainte que les camerounais évitent de se mêler de la politique, donc de se mêler des affaires de la cité à tel enseigne que la désinvolture a pris le pas sur la citoyenneté, l’engagement civique et politique. C’est comme si on avait affaire à un peuple désespéré qui a fini par avouer son incapacité à se défaire de cette vermine de la tyrannie en disant : « Si votre souci c’est de rester au pouvoir, Eh bien, faites du Cameroun ce que vous voulez. Mais laissez-nous manger, boire et dormir. Juste ça ». Même les alertes des journalistes, des syndicalistes et des défenseurs des droits de l’homme sur les risques de la dérive ne font plus frémir ce peuple si hagard qu’on aurait dit fébrile, nonchalant et inerte. Ce peuple-là oublie justement que, bien que ce soit la conservation du pouvoir qui est le but de la tyrannie, la disette en est la conséquence la plus retentissante : Remember février 2008.

Idées et texte : Tchakounté Kemayou, Patrice Nganang, Bernard Takou, Samuel Ndong


L’hypocrisie et l’orgueil démesuré des chrétiens (2)

desous… Il est courant de voir ce chrétien mener une vie au-dessus de la moyenne. Il oublie justement qu’il a une vie privée à gérer, des ressources familiales à conserver pour le bien de tous. Il est obnubilé par des promesses fallacieuses et est prêt à demander la bénédiction pour la bonne marche de son business alors que…

… Ses employés n’ont pas de salaire depuis des mois

Comme il m’arrive souvent d’assister aux cultes les dimanches quand ça me chante, je rigole toujours devant des situations de pures hérésies. Parfois c’est un jour de culte spécial fait au nom d’une élite qui demande une prière pour le succès de son business, ou alors d’un simple culte qui se termine par la remise des dons pour la rénovation, la réhabilitation ou la construction d’un édifice pour, disent-ils, « le bon fonctionnement de la paroisse ». Parfois c’est la maison du pasteur qu’il faut construire, le forage à aménager, l’électricité ou la peinture à faire ou même la voiture du pasteur à acheter. Tout un tas de trucs dont les pasteurs ont l’art d’imager pour mener une vie douillet au détriment des pauvres ouailles. Généralement se sont des jeunes désespérés à qui on promet mont et merveilles par la grâce de Dieu et non pas par le combat pour affronter les dures réalités du chômage.

Pour être plus explicite, j’ai un jour eu l’honneur de voir un patron que je connais bien déposer en don un pactole de quelques millions alors que quelques jours ou quelques heures auparavant, les employés de sa PME faisaient du sit-in devant ses bureaux pour réclamer leurs salaires non payé depuis quelques mois. Un simple coup de fil à la police ou à la gendarmerie a réglé l’affaire en dispersant les grévistes par des intimidations du type : « troubles à l’ordre public ». Parfois même, le grand boss n’a pas besoin de ces forces de l’ordre. Il suffit qu’il brandisse une probable menace de licenciement du genre : « Si vous ne voulez plus travailler, démissionnez tous, j’ai plein de demande d’emplois sur ma table ». Cela suffit aussi pour que tout le monde se jette à la besogne craignant de se retrouver dans la rue un de ces quatre matin. Il va même jusqu’à corrompre les inspecteurs du travail qui vont à leur tour tenter d’intimider aussi les grévistes en brandissant les lois que lui seul sait manier malicieusement. Que faire sinon que de cesser le sit-in ? Dans une société où la corruption est érigée en vertu et où l’emploi est une mine d’or qui ne tient que sur un fil d’Ariane, le choix est vite fait : supporter et travailler même sans salaire. La situation pourrait changer un jour. On ne sait jamais. Pendant ce temps, les pasteurs sont aux anges et ignorent souvent que les dons qu’ils reçoivent sont les fruits du travail des pauvres qu’on a exploité pour venir faire le « m’as-tu vu ? » à l’église. Le pire est qu’il y a même des pasteurs qui le savent et ne se soucient pas de ceux pour qui ils servent l’église au point d’oublier même les enfants. Alors que…

… Jésus a montré lui-même l’exemple

Raphaël est un petit garçon de six ans. Toujours jovial comme personne n’aurait imaginé. C’est le fils du voisin, Marcel, pour qui j’ai un profond respect de par sa stature de magistrat. L’assiduité aux activités paroissiales a fini par rapprocher ma famille et quelques voisins les plus proches. Rapha, de son petit nom, est un habitué des visites inopportunes. Chez nous, il est devenu presque un enfant de la famille. Même chez d’autres voisins, c’est pareil. Un jour de l’après-midi très ensoleillé, allongé à même le sol pour ressentir la fraîcheur des carreaux, je suis surpris par un cri trident provenant de chez Marcel. Ce cri ne m’était pas habituel depuis que j’habite ce quartier résidentiel de Douala. Je viens aux nouvelles et j’apprends curieusement que Rapha pleure pour un poisson braisé qui lui a été refusé. Que s’est-il passé ?

Comme d’habitude, Rapha a atterri par hasard chez un voisin, le prénommé Benoît. Celui-ci avait eu la visite surprise du curé de la paroisse du coin. Lors du déjeuner servi à son hôte, il a fait fi de remarquer la présence du petit garçon qui observait tranquillement. Nul doute qu’il espérait quelque chose. Après que le pasteur ait vidé tout le couvert, sans oublier la bouteille de vin rouge qui était bien au frais, Rapha est sorti et a donc déclenché ce cri qui m’a fait sursauter. Il hurlait et courait dans tous les sens. Dès qu’il arrive à la maison, sa pauvre maman veut s’enquérir sur ce qui arrive à son fils en vain. Olivier, le fils de Benoît, qui suivait Rapha dans sa course folle, débarque aussi et crie à tue-tête en s’adressant à son copain de voisin en disant : « Rapha, vient, papa t’appelle. Viens manger » et au pleurard de répondre avec une colère démesurée : « Laisse-moi, laisse-moi ». Sur le coup, tout le monde a compris ce qui s’était passé. Il a fallu l’intervention de Benoît qui a plutôt choisi de venir lui-même avec un plat bien garni pour calmer le petit Rapha qui, selon moi, avait raison.

Ces attitudes banales sont loin d’être anodines et cette manie de réserver les choses les plus juteux aux hommes de Dieu est récurrente chez les chrétiens. Une sœur aînée pour qui j’ai le respect pour son engagement dévoué et passionné à la religion catholique a désormais pris le plaisir de recevoir les hommes de Dieu chez elle en les mettant au petit soin. Je ne suis pas contre le fait de réserver ce qu’on a de meilleur dans son grenier aux hôtes qui vous sont chers. Il serait inutile d’attendre la bénédiction du Très Haut si vous êtes incapables d’accorder à vos proches la même attention. Le pasteur qui mange en présence des enfants et qui ne les invite pas à sa table est-il digne d’être considéré comme un homme de Dieu ? Pourquoi les chrétiens pensent-ils naïvement que Dieu bénira cet acte aussi ignoble ? Pourquoi sont-ils si aveuglés par cet homme de Dieu qui n’est d’ailleurs qu’un simple homme ? Pourquoi pensent-ils que la bénédiction du pasteur qui a bien mangé et bien bu les amènera tout droit au Paradis, s’il existe même ? La réponse à ces questions, est toute simple. Elle se trouve dans notre histoire. Oui, oui, encore l’histoire coloniale. Elle nous suit et nous suivra toujours, coûte que vaille.

Le mythe de l’homme Blanc, homme tombé du Ciel

Je me rappelle d’une histoire que nous avaient contée mes instituteurs de l’école primaire et qui faisait allusion au nom que les autochtones Douala et premiers à avoir aperçu les Blanc dans un bateau donnaient à ces étrangers. Ces paysans prirent d’abord peur et avec le temps, et par naïveté, ils se rendirent compte que ces hommes à peau blanche étaient des hommes extraordinaires, des « hommes de l’eau », après ils les appelaient des « hommes tombés du Ciel ». Cela est compréhensible surtout pour ces paysans qui n’avaient jamais imaginé qu’il existe des êtres humains de peau blanche, encore moins des êtres humains qui pourraient venir de l’autre côté du fleuve. Cette situation a heureusement été favorable à ces blancs donc l’objectif était justement de dompter ces paysans en leur donnant l’impression d’être vraiment des hommes exceptionnels. C’est de cette manière que les prêtres catholiques ont réussi à pénétrer les contrées les plus reculées pour s’implanter. Ces pasteurs n’ont donc pas fait de miracle pour extorquer, oui je pèse bien mes mots, extorquer des centaines d’hectares de terrains aux camerounais qui pensaient et pensent toujours bien faire. Pas de surprise donc à constater que, après l’État, les catholiques sont les plus grands propriétaires fonciers. Pourtant l’accès dans les écoles, les dispensaires et autres dont les capitaux viennent des dons et des dîmes des chrétiens et des des paysans, n’est pas du tout gratuit. Je vous fais fi de toutes les conséquences néfastes que cette religion a faites et continue de faire au Cameroun, et même en Afrique. Cet esprit de supériorité de l’homme en soutane demeure ancrer dans les esprits jusqu’aujourd’hui à tel enseigne que le mythe de l’homme Blanc a traversé les frontières de la race pour que même les Camerounais se confondent dans la nasse pour être considéré, à la limite, comme des demi-dieux.

Ces pasteurs et églises ont toujours bénéficié des privilèges à n’en point finir et qui s’avèrent aujourd’hui être la source des frustrations de certains fidèles qui pensent que ces pasteurs des religions chrétiennes ne sont simplement que des escrocs qui utilisent la naïveté des uns et l’hypocrisie des autres pour assoir leur hégémonie de la philosophie judéo-chrétienne.

… et le mythe de la croyance judéo-chrétienne

L’hypocrisie la plus criarde des chrétiens Camerounais demeure dans les pratiques religieuses qui veulent que le chrétien ne doit, en aucune façon, se plier aux injonctions de la coutume ancestrale qui est considérée comme des pratiques sataniques. A la lumière du billet d’un petit écolier qui emmerde les chrétiens, je me souviens avoir entendu de la bouche d’un pasteur au cours d’un culte que le bon chrétien ne doit pas se mettre au service des rituels traditionnels comme « le culte des crânes » comme le fait le peuple Bamiléké de l’Ouest du Cameroun. Pourtant, beaucoup de chrétiens le pratiquent le jour comme la nuit, au vu et au su de tout le monde. Certaines élites qui se disent chrétiens sont des notables de la cours royal de leur village d’origine. Que va-t-on alors dire du Roi qui est lui-même un chrétien alors que les lois coutumières stipulent qu’il est le gardien de la tradition ? Que vont devenir ces religions africaines qui se voient délaissées, je dirais même hantées par ceux qui sont supposés les garder, les protéger ? Hypocrisie, comme tu nous tien.

Tchakounté Kémayou


L’hypocrisie et l’orgueil démesuré des chrétiens (1)

dyn003_original_350_234_pjpeg_2623717_2ae56e93d3e67fef47120c7eae66f372Qu’il me soit ici permis, après une semaine pascale d’euphories et bien remplie et chargée de symboles bibliques, de condamner véhément ces contradictions récurrentes dans la vie quotidienne que mènent les chrétiens. Ces comportements qui ne dateraient pas d’aujourd’hui, sont malheureusement liés à cette tendance doctrinale qui inhibe toute rationalité pour laisser la place à l’émotion. Selon la Bible, Dieu -le créateur du Ciel et de la Terre et même de l’Univers- nous a créé à son image et nous a doté du libre arbitre. Quel est le sens que nous devons alors donner à nos actions ? En d’autres termes, quel doit être le mobile de nos actions, ou encore qu’est-ce qui doit commander nos actions : Dieu ou la pensée ? La réponse à ces questions paraît évidente chez les chrétiens pour qui c’est la spiritualité qui sauve l’âme. Elle est donc libératrice. Mais, paradoxalement…

…« Si vous cherchez le meilleur endroit où règne la dictature, aller dans les églises »

Il faut d’emblée signaler que le présent billet vise en général toutes les religions sans distinction même si ce sont les chrétiens et plus particulièrement les catholiques, les protestants et les nouvelles églises dites de réveil, les enfants d’un même père bien qu’ayant les mères différentes, qui vont faire l’objet de ma diatribe. Il s’agira pour moi de dénoncer avec force des attitudes quotidiennes qui ont l’air d’être banales et dont les conséquences allient, à la fois, de l’indifférence au mécontentement, de la pitié à la frustration et de la déception à la démission voire à l’athéisme total des partisans invétérés de l’esprit critique. Ne peut-on pas alors rejoindre K. Mars pour qui « la religion est l’opium du peuple » ?

Ces actes banals et quotidiens révèlent au grand jour comment la spiritualité est opposée à la rationalité. Quel est même ce Dieu des chrétiens qui interdit à ses créatures de mieux le connaître ? En d’autres termes, comment peut-on le connaître sans raisonner ? A quoi servirait la raison dont il nous a fait grâce pour affronter les défis spirituels en ces temps modernes où les dangers peuvent se retrouver même dans des endroits les plus insoupçonnés ? Pour couper court à ces lancinantes interrogations, j’ai fini par comprendre, sans être prétentieux, les raisons pour lesquelles la religion est devenue le lieu où se cachent les gens malintentionnés. C’est là tout le fondement de la religion, à mon avis. C’est aussi ici que les concepts d’extrémisme et de terrorisme, avec les dernières actualités à l’Université kényane de Garissa, trouvent toute son importance. Cette rationalité qu’on interdit en milieu religieux, est probablement, la source de l’extrémisme dont les conséquences, à la lumière de Guillaume Djondo dans un billet fort captivant intitulé « L’amour, moi et la foi », trouvent leur nid dans l’intolérance :

Aucun droit de réponse, aucun droit de critique, aucun droit de soulever le voile sur des contre-vérités, aucun droit de contester les décisions qu’on vous impose, aucun droit de se soustraire aux cotisations même si vous n’en avez pas les moyens. Bref… Il n’y a aucun droit existant. Il n’y a que des devoirs dans les ministères. Ce qui est regrettable, c’est que ces façons de museler les fidèles les abêtissent, leur ôtent tout discernement, les rendent fanatiques.

On est prêt à tout pour l’église au nom de Dieu au point, non seulement, de se donner la mort, mais pire de la donner aux seùblables au nom de celui dont on est sensé servir.

Les plaies sociales sont tellement profondes à tel enseigne que la solution la plus efficace et la plus urgente ne viendra pas seulement en amont comme l’a si bien souligné fort opportunément Jean Hubert dans « Kenya : nouvelle folie des shebabs, 147 morts », mais aussi en aval dans le changement des comportements des ouailles par l’éducation ou la formation de ce que j’appellerai « Le nouveau type de religieux ». L’objectif de ce billet n’est pas de développer toute une théorie philosophique sur cette problématique, mais de présenter, comme les sociologues savent si bien le faire, quelques exemples non exhaustifs de comportements atypiques, caractériels et contradictoires qui m’horripilent au plus haut point quand j’y pense en cogitant sur les maux de notre société. Mais, avant d’y arriver, un petit mot sur le concept du sacré.

Les ministres de cultes sont-ils des hommes ordinaires ?

Pour répondre à cette question, je vous propose une autre qui faciliterait mieux ma démarche : La religion chrétienne est-elle une institution sacrée ? Sans hésiter, la réponse est toute simple comme la question elle-même : Oui, puisqu’elle est divine, comme toutes les religions, d’ailleurs. En même temps, qu’allons-nous dire du mariage ? Qu’il n’est pas aussi sacré ? Pourtant, il l’est, justement. Pourquoi la religion chrétienne s’opposerait-elle à la rationalité alors que dans le cas du mariage, il revient à chacun de choisir librement, en toute âme et conscience, son ou sa partenaire, son régime matrimonial, son lieu de domicile, le nombre d’enfants, etc. ? Bref, sauf si je me trompe, je ne trouve pas de décisions prises dans le cadre du mariage et qui ne feraient pas appel à un jugement de valeur, petit soit-il.

En Afrique, et peut-être aussi ailleurs, la religion est donc, par excellence, un domaine sacré où ceux qui tiennent le rôle de guides des ouailles, de ministres de culte chez –peu importe le nom qu’on donnerait à ces gens que j’appelle des prédicateurs– sont considérés comme des hommes infaillibles, pour ne pas dire des hommes « parfaits ». Cette règle, ou mieux cette coutume qu’ont des églises de considérer les affaires de Dieu comme des choses taboues, des choses auxquelles aucune opinion n’est permise, me laisse toujours perplexe. Les hommes de Dieu, les ministres de cultes, les pasteurs, ou les prêtres ont toujours été ces personnes à qui une âme en peine ou un secret peuvent être confiés sans crainte et pire encore des personnes à qui tous les privilèges, du plus luxueux aux plus sacrés, sont accordés parfois au détriment de ceux pour qui leur mission pastorale doit s’exercer. Et cette question qui est toujours restée sans réponse me hante l’esprit chaque fois que je cogite : la religion confère-t-elle ses attributs de sacré aux hommes qui les dirigent ? Autrement dit, les hommes de Dieu sont-ils des personnes moins infaillibles que les hommes ordinaires ? Pour faire simple, prenons la citation célèbre d’un philosophe qui disait à juste titre : « Les hommes sont mortels, Socrate est un homme, donc Socrate est mortel » et faisons maintenant une digression et nous obtenons la citation suivante : « Les hommes sont faillibles, les pasteurs sont des hommes, donc les pasteurs sont faillibles ». Même comme cette vérité paraît évidente pour tout le commun des mortels, pour les chrétiens par contre, dans les faits, ce n’est pas du toujours le cas.Tenez par exemple : le verset biblique selon lequel…

…« Qui donne aux pauvres prête à Dieu »…

… Ne trouve pas toujours un écho favorable chez ces chrétiens qui préfèrent tout donner, même leur vie, au pasteur au nom de l’église, donc de Dieu. Pour les habitués des milieux chrétiens comme moi, il devient très courant d’être confronté aux comportements et agissements de ceux dont la prétention est d’être plus juste. Les chrétiens ont rarement cette culture de la distanciation de leurs activités religieuses avec celles liées à leur vie professionnelles et familiales ou privée. La confusion est telle que la religion devient une priorité pour eux. Loin de moi la prétention de les juger, mais juste que ce comportement donne à penser que secourir un malade, un orphelin, un handicapé ou soutenir un jeune ambitieux qui veut sortir du chômage ou je ne sais qui d’autres, est moins important que donner la dîme à l’église.

Un chrétien aisé aime se faire courtiser par ceux qui ont besoin de son coup de pouce. Cet orgueil malicieux semble faire son affaire car ça lui donne l’impression d’être un homme important voire indispensable. Au lieu de s’en tenir à ce confort psychosociologique que lui confère la théorie des besoins de Maslow, il en profite par exemple pour montrer son muscle buccal par un coup de gueule à son jeune frère cadet venu solliciter son soutien :

Tu crois que je ramassage l’argent-là ? Vous les jeunes d’aujourd’hui, vous ne voulez rien faire et vous croyez que la vie est facile ? Lorsque grand-mère était hospitalisé tu n’as pas eu le temps de lui rendre visite et comme si ça ne te suffisait pas, tu as bouffé son argent de tontine qu’elle t’avait supplié d’aller remettre à sa copine. Voilà encore sa tension qui a recommencée depuis l’autre jour, tu es même au courant ? Brice (le fils de l’homme chrétien, ndlr) a appelé hier pour dire qu’il faut renouveler sa carte de séjour en France et sa rentrée académique me coûte 2 millions de Fcfa chaque année… On ne voit ta grosse tête que quand tu as besoin de sous. Fainéant. Quitte devant moi. Ne t’hasarde même plus à m’approcher. Sorcier.

Bref, tout un tas de trucs blablablas dans le but de rabrouer le pauvre petit qui finit par comprendre qu’il a cogné à la mauvaise porte et qui, le dimanche suivant, est surpris de voir ou d’entendre les nouvelles selon lesquelles son frère aîné qui se plaignait de manquer des sous a fait un don au pasteur. On refuse le soutien à ce jeune parce qu’il a commis des fautes graves comme si le pasteur ne pourrait être coupable de rien. On ferme les yeux sur les fautes graves du pasteur qui rackette sous le couvert de l’église mais on les ouvre pour voir celles de son frère, son voisin, l’inconnu et je ne sais qui d’autres. Des comportements de ce type sont légions et je suis chaque fois amusé de voir des scènes spectaculaires où un chrétien donateur s’exalte et s’exhibe devant l’autel pour que le public sache que c’est lui qui a donné plus ou encore c’est lui qui est le préféré du pasteur. Celui-ci, à son tour, ne tarde pas à prendre le micro pour lui rendre la politesse en l’élevant par des louanges à travers un message que seul un escroc a le secret : « Chers frères et sœur en christ, voici un homme exemplaire. Faite comme lui pour mériter la grâce du Seigneur ». Et pourtant…

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Tchakounté Kémayou


Nigeria : la leçon de Jonathan à Laurent

Pour la première fois dans l’histoire, la plus grande puissance économique africaine vient de connaitre une alternance politique démocratique : un président en exerce est « chassé » du pouvoir par les urnes. Cette alternance qui est la chose la moins partagée en Afrique est saluée par beaucoup d’observateurs.Le désormais ex-président du Nigeria vient d’administrer, comme rarement savent le faire ses pairs africains, une leçon mémorable à ceux-ci qui pensent qu’une défaite est synonyme du chaos, de fin de l’existence.

Au fait, selon les décomptes officiels provisoires proclamés par la Commission électorale indépendante du Nigeria (INEC), le candidat de l’opposition coalisée, Muhammadu Buhari est élu président de la fédération dès le premier tour. Il a réalisé une confortable avance face à son principal rival, le président sortant et candidat du PDP, parti au pouvoir, Goodluck Ebéllè Jonathan qui est même déjà ridiculisé dans les réseaux sociaux par les partisans de Laurent Koudou Gbagbo pour avoir soutenu l’adversaire de celui-ci lors de la crise post-électorale ivoirienne. En effet, les partisans de l’ex-président ivoirien polluent l’air avec cette boutade selon laquelle leur leader, à la suite de son arrestation, avait prédit la chute de ses pairs détracteurs en ces termes : « Si je tombe, vous tomberez aussi ».

Depuis hier matin, des Elders (un groupe d’anciens chefs d’État africains) conduits par l’ancien président ghanéen John Kufuor, a rencontré plusieurs fois le président sortant. Objectif : lui faire admettre le verdict des urnes dont les tendances officieuses le donnaient déjà largement perdant. Les démocrates africains, en le faisant, espéraient que le président Goodluck se montrerait à la hauteur de sa responsabilité d’homme d’Etat en acceptant rapidement le verdict des urnes pour éviter à ce grand pays des violences post-électorales. Ce qu’il n’a d’ailleurs pas manqué de faire.

En reconnaissant dès le 1er tour la victoire de son adversaire, Goodluck Ebéllè Jonathan, au contraire de Laurent Koudou Gbagbo, entre positivement dans l’histoire des jeunes démocraties africaines. Nombreux sont les Camerounais qui, adeptes des leçons aux autres, sauf dans leur propre pays, essaient de racheter une bonne conduite à Laurent Koudou Gbagbo. Malheureusement, ils doivent se rappeler les similitudes des parcours présidentiels des deux dirigeants de ces deux États qui semblent mieux les intéresser que le sort du leur propre pays.

Jonathan-Buhari

Laurent Koudou Gbagbo et Goodluck Ebéllè Jonathan étaient quasiment arrivés au sommet du pouvoir d’État par défaut. L’Ivoirien, à la suite d’une élection présidentielle calamiteuse où l’essentiel de l’opposition (RDR et PDCI), exclue par un militaire félon, le feu général Robert Guei, l’avait néanmoins soutenu pour qu’il prenne le pouvoir par la rue, avec le soutien du gouvernement socialiste de Jospin. Le second, Goodluck Ebéllè Jonathan, arrivé accidentellement à la suite du décès en cours de premier mandat du déjà malade président élu Umaru Yar A Dua, installé par le général Obasanjo, le fondateur du PDP, au détriment de son propre vice Atiku Abubakar qui s’était ligué contre son projet de modifier la Constitution pour un 3e mandat, n’a jamais eu, de même que Koudou Gbagbo toute la légitimité qu’une élection propre comme celle d’aujourd’hui confère.

Ainsi l’un et l’autre se sont vus contester violemment, par des oppositions à la fois politiques et armées notamment les Forces nouvelles de Guillaume Soro et le RDPH en Côte d’Ivoire et Boko Haram de Yusuf puis Abubakar Shekau et l’APC au Nigeria. Mais à la différence du boulanger d’Abidjan, le démocrate d’Abuja ne s’est pas servi de la guerre qui lui était imposée pour tenter de renvoyer éternellement les élections et ainsi s’accrocher au pouvoir. Tandis que Goodluck Ebéllè Jonathan reconnait sa défaite après seulement six ans de pouvoir, sans alléguer de fraudes éventuelles au nord du Nigeria dont une grande partie qui lui échappait a creusé la différence, comme le nord de la Côte d’Ivoire à Koudou Gbagbo (après 10 ans de présidence soit l’équivalent de 2 mandats de 5 ans chacun), ce dernier avait préféré demander à la Cour constitutionnelle de le proclamer vainqueur puis prêté serment à la hussarde alors même que la Commission électorale indépendante avait proclamé son principal adversaire, Allassane Ouattara (allié à Henri Konan Bedié et le PDCI arrivé 3e au premier tour) vainqueur à l’issue du second tour. S’accrochant, après son coup de force politico-électoral – un coup d’Etat constitutionnel – de décembre 2010 sur une prétendue demande de recomptage, Koudou Gbagbo dont l’essentiel des observateurs, qui l’avait vu perdre toutes les élections intermédiaires depuis son arrivée au palais de Cocody en 2000, s’était vu naturellement opposer une fin de non-recevoir par son adversaire Allassane Ouattara. En fait personne de sérieux, en dehors de ses partisans, ne croyait plus à sa parole ni à sa prétendue stature d’homme d’État. Il était simplement perçu comme un piètre manœuvrier qui ne mesurait pas le risque qu’il faisait courir à son propre peuple se servant de la crise politico-militaire durable, dont il était au moins en partie responsable (reconduction de l’ivoirité; adoption de la loi sur le foncier rural qui excluait les binationaux africains de la propriété foncière). Pis, il faisait en sous-main les affaires les plus sordides avec la France (contrats de gré à gré à Bolloré, Bouygues, et valises d’argent à Chirac selon l’avocat intermédiaire) et l’Occident tout en poussant les jeunes à attaquer violemment cette puissance pourtant alliée de toujours de sa Côte d’Ivoire.

Goodluck Ebéllè Jonathan, qui vient d’infliger une leçon de grand homme d’État non seulement aux prétendus politiciens africains et, mais plus particulièrement à Laurent Koudou Gbagbo, rentre ainsi dans l’histoire et coulera des jours paisibles au Nigeria comme ses prédécesseurs. S’il le veut, il peut continuer à s’engager en politique et se présenter à nouveau en 2019. Qui sait ? Si Buhari ne répond pas de manière satisfaisante aux nombreuses attentes sociales et sécuritaires du grand peuple nigérian, mais surtout si l’économie de ce pays ne se maintient pas au moins sur la pente ascendante sur laquelle Jonathan la laisse aujourd’hui, comme tous les peuples, très amnésiques en contexte de réelle démocratie, il sera toujours le bienvenu à Asso Rock Palace d’Abuja. Ce même scénario risque se produire avec un certain Nicolas Sarkozy actuellement en route pour le palais de l’Élysée en France.

Moralité : en contexte de véritable démocratie, il n’y a pas d’homme indispensable. A moins que le peuple, par son vote large, transparent et reconnu tel par les observateurs, n’en décide ainsi.

AGA


Je mange, donc je suis

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L’autre jour, en conversation avec un diététicien-nutritionniste, j’ai appris, avec beaucoup de peine à y croire, que plus de 70% de nos maladies sont dues à notre mauvaise alimentation. Tout de suite, j’ai pensé à la boulimie qui semble être, selon l’opinion collective, la marque déposée des africains. Les pauvres ont la mauvaise habitude de considérer qu’avoir le ventre plein est synonyme de bien manger. Que nenni. Mais plus grave encore, « ceux dont la qualité de l’alimentation est irréprochable mangent aussi mal, et très mal même » s’écrit-il.

Selon cet expert, si l’obésité est une maladie qui touche aussi bien les riches que les pauvres, c’est la preuve suffisante que la mauvaise alimentation n’est pas une question de richesse ou de pauvreté. Il faudrait aller voir le mode d’alimentation des gens. Ce qui est en cause, ce n’est ni la qualité ni la quantité d’aliments que chacun de nous consommons tous les jours. Ce qui est en cause, justement, c’est notre façon de manger. Il ne suffit pas de bien manger ou de manger beaucoup. Il suffit juste de savoir manger. Manger n’est donc pas un simple et banal geste biologique, c’est un phénomène de société. C’est même un fait cultuel et culturel. En ce sens, il devient même possible de définir une personne, un peuple par sa culture de l’alimentation. Et l’Afrique, plus particulièrement subsaharienne, a justement fait l’objet d’une étude qui a défrayé la chronique et a bouleversé le monde scientifique africain en son temps. Pour moi, cette question reste d’actualité.

La « politique du ventre » comme mamelle nourricière de la gouvernance

L’anthropologue français Jean-François Bayart, connu du grand public comme un africaniste pour ses travaux consacrés à l’Afrique subsaharienne, et notamment pour son ouvrage « L’État en Afrique. La politique du ventre », publié en 1989, a été l’un des premiers penseurs, avec le politologue Camerounais Achille Mbembe, à avoir théorisé le système de gouvernance des pays d’Afrique noire en le qualifiant de « l’afropessimisme par le bas ». Pour lui, « la politique du ventre » désigne ce système politique caractérisé par des fibres entremêlées de cooptations, de clientélismes, d’alliances, d’amitiés et de parentés qui malheureusement guident le mode d’accès au pouvoir et donc, à la richesse matérielle. La corruption est donc au centre des sphères du pouvoir politique en Afrique et contrairement à Bertrand Badié qui la considère comme une pathologie, Jean-François Bayart trouve plutôt qu’elle fait partie des mœurs, donc pour lui, c’est une normalité. Depuis les indépendances africaines, les hommes du pouvoir que Bayart appelle « les gens d’en haut », sont dans une logique de conservation du pouvoir. Pour ce faire, la corruption deviendra alors l’outil central de la gouvernance. Elle devient, par l’insatiabilité des « gens d’en haut », non seulement un moyen efficace pour la conservation de ce pouvoir mais aussi et surtout un moyen de reproduction, non de la classe sociale, mais de l’ethnie et se manifeste alors par l’achat des consciences.

Beaucoup, comme moi d’ailleurs, ont métaphorisé cette théorie pour montrer l’ampleur des dégâts de la dictature en Afrique subsaharienne. En effet, la pauvreté étant considérée comme la conséquence d’une mauvaise gouvernance du politique, est d’ailleurs vue comme un système bien pensé et bien huilé dans le but de créer, à dessein, un grand fossé entre les « gens d’en haut » et les « gens d’en bas », c’est-à-dire entre les hommes de pouvoir, les riches, et le bas peuple, les pauvres. Ceux-ci sont perçus comme du bétail électoral en temps opportun. Dans certaines situations, cet achat des consciences est donc une occasion, pour ces gens d’en haut, de gaver de nourriture ceux qui ne demandent que le pain quotidien. Affamé qu’ils sont, les gens d’en bas ne se feront pas prier pour se servir en chantant les louanges dédiés au donateur qui est justement le responsable de leurs maux. Au Cameroun, la politisation de l’ethnie a aussi ceci de fâcheux que les hommes du pouvoir vont toujours dans leur village amadouer les siens avec du riz, du poisson, les boîtes de sardine, des bouteilles de bière et quelques billets de banque pour avoir le soutien du peuple. En ce sens, la clochardisation du peuple a ceci d’avantageux que les gens du pouvoir n’auront qu’un seul effort à faire pour se maintenir au pouvoir : corrompre le peuple et ses leaders en bourrant leur ventre? C’est dans la même logique l’ancien Premier Ministre Simon Achidi Ashu faisait une boutade restée célèbre aujourd’hui et qui disait en langage populaire  « Politik na ndjangui » qui signifie « la bouche qui mange ne parle pas » ?

Des faits sarcastiquement drôles qui parlent d’eux-mêmes

Ce comportement politique a toujours été considéré par beaucoup d’analystes et de théoriciens de la politique comme des pratiques primaires qui ne conduisent pas le peuple vers la modernité et la modernisation. Ce peuple-là est ici considéré comme celui dont la vie n’est limitée qu’à la nourriture, ce par quoi on corrompt. Ainsi, l’abondance et la boulimie sont devenues des maître-mots du bien-être en Afrique. Le matériel et par ricochet la nourriture est cet outil qui gouverne la politique du ventre à tel enseigne qu’elle devient comme un objet précieux que tout le monde convoite : qu’on soit parmi les gens d’en haut ou ceux d’en bas. Au Cameroun, les moments de réjouissances dans une localité villageoise sont considérés comme des festins où les tables seront garnies. C’est l’occasion, pour les gens d’en bas, de se déporter vers les lieux et de prendre part aux festivités. Ici, l’invitation n’a aucun sens, ce qui importe c’est d’être aussi là où il y a de l’ambiance. Malheur à vous si vous avez prévu un vigile à la porte pour filtrer les entrées et anéantir les récalcitrants. Les plus courageux réussiront à s’infiltrer dans la salle tandis que d’autres vous garderont dent si ce n’est la malédiction qu’ils vous prédiront. D’ailleurs, beaucoup de camerounais aujourd’hui refusent d’aller au village en période de vache maigre de peur d’être victime d’une malédiction d’un vieillard qui ne serait pas content de ne pas recevoir un paquet d’un fils du terroir en provenance de la ville ou de l’étranger. Ne pensez donc pas que ceux qui s’invitent aux manifestations, comme le mariage, viennent pour les beaux yeux du couple marié. Ils bravent parfois la pluie, le froid, le contrôle des vigiles à l’entrée juste pour la nourriture. Au moment des repas, ils se servent à n’en plus finir. Ils mangent gloutonnement à tel point que qu’on aurait même cru qu’il mourrait de disette. Sans billet d’invitation, personne ne sait comment ces personnes réussissent toujours à s’infiltrer dans la salle. Les grandes villes comme Douala et Yaoundé ont connu, et connaissent même jusqu’à présent, ces phénomènes appelés vulgairement « les-je-m’invite » : ce sont ceux qui viennent aux mariages, aux anniversaires, sans jamais avoir été invité. D’ailleurs, ils ne connaissent même pas les concernés.

Curieusement, même les gens d’en haut ne sont pas en reste. Des témoignages crédibles me révèlent même qu’à chaque cérémonie de réception au palais présidentiel (Palais de l’Unité) à Yaoundé (Quartier Etoudi), certains billets d’invitation sont vendus au marché noir. Pourquoi ? Beaucoup de camerounais, hommes politique ou hommes d’affaires ambitieux, achètent à prix d’or ces billets pour accéder à ce somptueux palais présidentiel. Certainement vous me direz que c’est dans le but de décrocher un rendez-vous avec un ministre ou un ambassadeur difficile d’accès ou mieux, d’échanger des cartes de visite. Soit. J’ai eu plusieurs témoignages dignes d’importance que je me fais le plaisir de vous conter un seul. Le Prof Nga Ndongo, chef de département de sociologie à l’université de Yaoundé 1, lors d’un séminaire doctoral qu’il nous avait dispensés, racontait d’ailleurs cette anecdote qui frise le ridicule. Invité au palais présidentiel pour assister à la réception lors de la fête nationale un soir du 20 mai, il avait été bousculé et s’est retrouvé à plat ventre à même le sol. Que s’était-il passé ? Le Prof se trouvait, malheureusement, non loin d’un des nombreux buffets bien garnis pour la circonstance lorsque le maître de cérémonie a donné l’assaut pour l’ouverture du buffet. Convaincu que les gens d’en haut devraient se comporter comme des gens civilisés, il a été surpris par la bousculade qui est survenue à la suite de l’ordre donné par le maître en chef qui a soufflé : « Mesdames, Messieurs, Chers invités, veillez-vous servir s’il vous plaît ». Vous avez dit miracle ? C’est la bousculade que vous voulez voir ? Le Prof s’est remis debout. Toute honte bue, accompagné de son épouse qui le suivait, s’est dirigé vers la sortie avec la ferme promesse de ne plus jamais y revenir. « Nos dirigeants-là sont des sauvages à col blanc », nous a-t-il révélé en substance et avec beaucoup d’amertume. Pourtant c’est ce même professeur qui, quelque temps auparavant, avait fustigé cette thèse de « La politique du ventre » de Bayart pour dénoncer cette tendance d’enfantillage que ces théoriciens occidentaux veulent coller à l’Afrique noire. Comme Dieu sait faire ses choses… Le pauvre !

Qu’est-ce que la politique du ventre a à voir avec le problème d’obésité ? Me diriez-vous. C’est une lapalissade que de dire que la culture de la bouffe de quantité est pour l’Afrique ce que la bouffe de qualité est pour l’Occident. Cette culture n’est pas seulement liée à un simple exercice d’achat de conscience, mais elle est ancrée dans nos mauvaises habitudes alimentaires. En faveur de la mondialisation des échanges, nous pensions résoudre les problèmes de mal nutrition comme l’obésité par l’importation des produits dits de qualité venue d’Occident, justement. Malheureusement, cet Occident est aussi confronté à cette maladie ravageuse qui n’est que la conséquence de nos mauvaises habitudes alimentaires.

Que peut-on alors espérer pour l’avenir de l’Afrique ?

La réponse est toute dans l’aspect physique de nos enfants, sevrés de l’immédiateté qui nous reliait avec la nature dans notre passé rural mais aussi orphelins des attentions parentales dans les jungles que nous appelons villes où nos rejetons ont pour alimentation légion les conserves, contrefaçons que d’aucun trouvent “fashion ».

Nous nous cachons les réalités de notre quotidien en nous appuyant sur les valeurs que nous avons encore certainement (Solidarité et culture gastronomique par exemple) mais celles-ci sont travesties par la vie compétitive, le progrès et la frénésie qui nous ôtent du temps. Même l’alimentation traditionnelle a capitulé devant les adjuvants venus de l’étranger et nous lui volons du temps outre que de l’espace. La caractéristique bio qui faisait le charme de notre gastronomie a perdu du terrain. C’est vrai que nos aïeux ont eu le bonheur d’être agriculteurs et personnellement je ne me souviens pas avoir fréquenté des paysans obèses pour la simple raison que l’alimentation génuine qui caractérise leur environnement épouse bien leur activité qui est plus que du simple sport. “Villageois” et “vis-la-joie” sont des homophones qui décrivent avec charge poétique le doux bonheur du mariage de l’Homme et de la Nature.

Selon un rapport proposé l’an dernier par un avocat bénévole Camerounais et partagé sur la plateforme de discussions qui réunit le plus de ses compatriotes sur Facebook, il ne fait plus de doute que dans nos tournedos (Fast-Food à la Camerounaise), devenus véritables ventes de dégustations du bonheur-horreur, nous consommons avec appétit d’authentiques poisons, moisson de notre insouciance. Nos poissons sont fumés à la toxine des poubelles transformées en combustibles. Presque tous nos aliments sont importés : riz, poisson, farine, sel, sucre, levure, etc. Et les produits que nous cultivons ne sont plus bios à cause des engrais chimiques que nos paysans utilisent maintenant. Si nous ne prenons garde, nous perdrons les enfants avant les parents. Les ordures médicales sortent clandestinement des hôpitaux pour se retrouver dans nos chambres ou nos ventres en faisant escales à la cuisine ou dans la salle de bains. Chacun de nous sait les ravages que sont en train de faire les maladies que nous ne lisions que dans les livres des autres et qui, par la suite, ne se sont pas gênés pour nous envoyer les déchets toxiques que nous employons dans tous les secteurs (alimentaire, vestimentaire, habitat, énergie, électroménagers) avec la fierté de nous être modernisés.

Les gestes qui sauvent sont pourtant restés les mêmes et sont simples. L’attention et aussi la rigueur dans l’alimentation, le mouvement, les contrôles sanitaires, l’équilibre des heures de repos, la distance ente les heures de repas, l’abolition du grignotis, la rationalisation des ressources. Les bonnes mères ne sont pas celles qui gavent les enfants de chocolats et hamburger pour les envoyer à l’école brioches et chips dans le sac pendants qu’elles vont se coiffer ou encore meublent leur temps avec les feuilletons Brésiliens, Films Nigérians ou Ivoiriens. On trouve toujours du temps pour ses priorités et au sommet de celles-ci se trouvent les enfants qui sont un investissement pour le futur qui lui, commence aujourd’hui et ne peut se défaire de la santé, elle-même sujette aux meilleurs remèdes qui sont le savoir manger et l’éducation aux soins physiques.

En attendant que le chef de l’État fasse de ses vœux un programme rigoureux où il sera imposé à chaque citoyen de distribuer les calories qu’il consomme selon ses exigences sans plus et à chaque travailleur ou entreprise d’insérer dans son programme hebdomadaire du temps d’arrêt pour le sport avec contrôle strict dans nos écoles aussi pour en vérifier le respect scrupuleux, vous pouvez déjà vous considérer vous-mêmes comme votre meilleur coéquipier car je suis ce que je suis par mon mode d’alimentation, par ma façon de manger : je mange, donc je suis.

Tchakounté Kémayou & Mougoué Mathias LiønKïng

 


Moi, je serai polygame

Il ne se passe pas un week-end sans mouvements dans les rues de la capitale économique. Il est souvent courant d’apercevoir un cortège de voitures avec en tête une luxueuse berline, Lexus, ou limousine ayant à son bord deux jeunes mariés assis derrière avec des klaxons et des cris de joie qui les accompagnent. La cote du mariage est-elle en hausse à Douala ? La réponse paraît évidente. Mais, ce que les gens ignorent parfois, c’est qu’avant d’aboutir aux festins proprement dits, il y a quelquefois eu, en coulisse, une bataille féroce autour d’une question fondamentale qui, souvent, a fini par diviser le couple et les familles avec. Cette question, digne d’intérêt et que le maire demande toujours, est liée à l’option du régime matrimonial, nœud gordien des cérémonies nuptiales.

Les jeunes garçons qui se marient adorent tellement signer l’option « Monogamie », à la mode aujourd’hui. Il paraît qu’être monogame c’est entrer dans le monde de la modernité. C’est la mondialisation, quoi. Curieusement, en observant de très près, le jeune garçon qui choisit la monogamie était pourtant un opposant farouche à cette option pendant son célibat. Il avait l’habitude de crier au quartier à qui voulait l’entendre que pour rien au monde il signera, coûte que coûte, l’option « Polygamie ». Il faut vraiment le voir gueuler partout pour prouver sa grande fierté d’être capable de pouvoir gérer deux, trois voire quatre femmes à la fois. Il est souvent intéressant d’assister aux causeries de quartier où les garçons, pour démonter leur virilité et leur pouvoir de maso, s’évertuent à faire des bruits sur leurs conquêtes féminines pour s’en vanter. L’homme le plus fort est celui qui sait séduire plus de filles, qui est passé et repassé sur toutes les filles du quartier. Bref, celui qui peut les « embastiller ». Voilà où les gars bâtissent leur réputation. Et ainsi, il est célébré et anobli. Il est donc presque un héros.

Ce qui est bizarre pourtant, c’est la société qui ne dit rien sur cet écart de comportement de ces garçons. Au contraire, le garçon fidèle sera considéré, par ses paires, comme un homme faible et pas courageux du tout. Dans les bandes de copains, lorsqu’on vous dénie des meilleurs qualificatifs propres aux hommes, cela signifie qu’on vous renie votre identité. Alors, autant faire comme tout le monde pour « mériter » une place parmi les gens de « sexe fort ». C’est ce qu’on appelle « identité masculine » : il faut faire preuve de maturité. Il faut s’arrimer à la donne : celle de montrer que vous êtes capable d’affronter les épreuves de la vie, surtout celles de la vie de couple où il faut savoir affronter les crises liées aux dures réalités de l’infidélité. C’est avant la vie de couple ou le mariage que ça s’apprend, pas après.

Ce qui m’a inspiré pour la rédaction de ce billet, c’est justement cette interrogation autour de la tendance très récurrente qu’ont les hommes en âge de se marier, à faire le choix de la monogamie qui était pourtant considérée comme leur bête noire. D’où pourrait venir cette manie qu’a un homme de changer aussi facilement d’avis en prenant une décision qui reste quand même centrale dans la vie de couples mariés ? Et pourtant, il a passé tout son temps de jeunesse et de célibat à faire du bruit, à courir dans tous les sens pour dire haut et fort comment personne ne pourra l’empêcher d’être polygame. Il le dit avec une certaine ferveur qui peut faire frémir quiconque tenterait de l’en empêcher. S’il a la chance de trouver une épouse, l’engagement reste toujours le même jusqu’au jour du mariage où vous êtes surpris d’entendre le maire dire solennellement : « Régime monogamique ». C’est à cet instant précis que vous entendez des youyous dans la salle, pas pour féliciter les mariés justement, mais plutôt pour féliciter le jeune marié pour son courage. Oui, vous avez bien lu : de nos jours, signer l’option « Régime monogamique » au Cameroun relève du courage. Que s’est-il donc passé entre-temps pour que ce jeune marié qui hier était farouchement opposé à la monogamie, fasse subitement un revirement à 360° le jour de la signature de l’acte de mariage ?

Certainement et malicieusement, il s’est passé beaucoup de choses pour qu’on en arrive là. La première chose qu’il faut signaler ici ce sont les effets du miracle qu’un amour fort peut produire. Ne dit-on pas que « le cœur a ses raisons que la raison ignore » ? L’hypothèse la plus plausible est que le jeune homme soit « aveuglé » par l’amour à telle enseigne qu’il perd sa raison. Il arrive même que le jeune homme renie ses convictions au nom de cet amour qu’il croit contrôler, voire dominer.

La deuxième hypothèse plausible viendrait du fait que la femme, comme preuve d’amour, exigerait à son homme cette option. Comme le gars, aveuglé par l’amour, tient beaucoup trop à sa fiancée, pour le lui prouver et aussi lui faire savoir qu’elle est la seule au monde, il se croit plus malin que le lièvre en signant « monogamie ». Il oublie toujours, et malheureusement, que la femme est le seul être au monde qui ne perd jamais la raison, même au plus fort de sa jouissance. Quand elle sait là où elle peut vous « coincer » et surtout pendant que vous vous emportez, elle vous « calcule » et vous dépouille. C’est surtout sur ce piège où les acteurs ont souvent l’habitude de trébucher. C’est le jour où elle sait que l’homme n’est plus en possession de sa clairvoyance habituelle, qu’elle enfonce ce clou : « chéri, jure-moi que c’est la monogamie ». Et à lui de répondre en croyant être sûr de lui : « Je te jure chérie, c’est ta volonté qui compte pour moi ». Il vient là, lui-même, de signer sa peine de mort. Cette sentence va le suivre jusqu’au mariage. Il sera coincé et sera obligé d’être honnête envers lui-même lorsqu’il entendra : « Chéri, s’il te plaît, ne me déçois pas, tu me l’as promis ».

La troisième hypothèse plausible, c’est la pression de la famille de la fille. Cette situation a souvent lieu dans des familles pieuses où les parents de la fille sont des chrétiens pratiquants. Là, la monogamie, on ne badine pas avec dèh. La famille estime que l’option de la monogamie est un signe que le garçon est « sérieux ». Ça a toujours été un élément pour « juger » et « apprécier » les hommes qui viennent « toquer » à la porte ou demander la main de la fille. Il est vrai qu’il sera difficile pour les parents de la fille de savoir le choix du jeune garçon au moment de la dot. Le climat avec lequel l’homme sera accueilli chez sa future belle-famille, les discours et les messages codés que lui enverront son futur beau-père ou sa future belle-mère seront tels que le garçon sera intimidé. C’est une pression sournoise et mesquine parfois sur la forme de blagues ou de taquineries. De toutes les façons, le garçon ne fera aucun effort pour comprendre ce genre de message. Dans ce genre de situation, quelques jours, juste avant le mariage, le beau-père ou la belle-mère entretiendra le beau-fils pour savoir la décision qu’il a prise. C’est à ce niveau que la pression devient réelle. Les blagues, c’est fini. Malheur à celui qui fera semblant de ne pas comprendre. Il apprendra à ses dépens.

En quatrième hypothèse, l’environnement aussi y est pour beaucoup. Le « qu’en-dira-t-on » est un monstre froid qui est synonyme de celui-là qui vous observe et vous juge. Ainsi, l’opinion collective donne à penser que l’option « Polygamie » c’est pour les hommes incapables de se fidéliser à une femme ; incapables de maîtriser leurs instincts, incapables de stabilité psychologique, bref, c’est pour des hommes « voyous ». La fille, de son côté, veut prouver à ses copines qui ont eu le privilège de faire partie de la liste très serrée des invités qu’elle a réussi son mariage. Car, dit-on aussi, un mariage où l’homme a accepté l’option monogamique est un mariage réussi pour deux raisons : la première raison est que la mariée ne « partagera » pas son homme avec une autre femme et la seconde est qu’un mariage monogamique donnerait droit à l’option « Communauté des biens ». Alors, lorsque l’homme lui « appartient » à elle seule, c’est une sécurité psychologique et matérielle pour elle et ses futurs enfants. On ne sait jamais, il faut toujours prévoir le pire. Voilà pourquoi il y a toujours des « youyous » dans la salle lorsque le maire dit, pendant la lecture solennelle de l’acte de mariage : « Régime monogamique ». Pour féliciter l’homme et pour dire à la femme : « Tu as gagné le jackpot ». Et le contraire, « régime polygamique » suscitera des interjections telles que : « hum ! » ; « Ah ! », etc. Il y a comme une suspicion dans l’air comme pour s’interroger sur le sérieux de ce jeune marié : « pourquoi ne choisit-il pas alors la monogamie s’il aime vraiment sa femme ? », et la réponse apparaît donc évidente : « il semblerait qu’il a d’autres femmes dehors qu’il « gère » ».

Faites cette expérience comme je le fais souvent. Si vous avez la chance d’être invité à un mariage, allez à la mairie et pendant toute la cérémonie observez bien ce que je viens de vous décrire. Si le jeune homme marié a choisi l’option monogamie sous la pression et surtout à la dernière minute : son sourire est toujours un genre, un genre pour ceux qui savent lire les expressions profondes des visages de près ou de loin. Il fait toujours semblant d’être heureux alors que… On a souvent l’habitude d’attribuer à cette expression du visage le poids des dettes contractées pour l’organisation du mariage afin de faire plaisir à sa dulcinée. On oublie malicieusement cette question du régime matrimonial discutée d’abord en coulisses et qui relève souvent d’une bataille féroce. C’est l’une des coulisses du mariage la plus mouvementée et la plus discrète. Parfois, ça rejaillit dehors quand la situation est ingérable. Auparavant, j’avais maintes fois assisté à des mariages où le maire a été obligé de mettre fin à la cérémonie en invitant les deux familles à régler d’abord ce cas litigieux. Le mariage, dans ce cas, était annulé purement et simplement et les dégâts, vous en doutez bien, étaient farouchement énormes. Aujourd’hui, pour éviter des dégâts je jour du mariage, cette option est d’abord réglée avant la cérémonie civile.

Loin de moi de justifier la gamophobie des hommes par la monogamie. Ma petite expérience d’observateur averti me montre que quand un gars signe l’option « Polygamique » il est tout heureux et ça se voit. Pourquoi cette fâcheuse habitude de considérer le mariage comme une prison pour les hommes, comme une chaîne qu’il s’est nouée lui-même au cou ? C’est justement à cause de cette option monogamie que les hommes qui ne sont pas convaincus de son importance, choisissent. Voilà pourquoi le mariage a toujours été considéré comme le jour le plus merveilleux pour la femme et non pour l’homme. Vous me voyez en train de me mettre une chaîne au coup ? Non. La solution efficace que j’ai trouvée pour éviter cette chaîne, c’est justement en signant la polygamie qui donne la trouille à beaucoup de femmes. Ça représente pour moi une épée de Damoclès dont le message à ma future femme serait : « Tu as intérêt à ne pas être possessive » ou encore : « Tu n’es pas indispensable ». En polygamie, il n’y a pas de « communauté de biens » et c’est une victoire pour l’homme, car ça limitera les ambitions démesurées de la femme. Si vous voulez, prenez ça comme un chantage, cela m’est égal.

Une femme qui connaît bien son gars et qui sait le garder n’aura aucunement peur de la polygamie. Avis donc à toutes ces femmes qui pensent que « signer l’option polygamique signifie que l’homme aura forcément une deuxième femme » ou encore que « signer l’option monogamique signifie forcément que l’homme n’aura pas d’amandes et d’enfants naturels », c’est se donner de la peine pour rien. Je n’aimerais pas que ma famille vive ce spectacle désolant que je vois chez mes voisins quand après leur décès, le partage des biens se fait au tribunal parce que les enfants naturels sont venus réclamer leur part. Vous voyez où l’hypocrisie peut mener ? Autant laisser le marié choisir, sans pression, l’option qui lui sied au lieu d’être monogame en entretenant des amandes. Autant aussi le dire pour prévenir les casse-pieds, ma décision est déjà prise : « Moi, je ne suis pas hypocrite, je serais polygame ».

Tchakounté Kémayou


Santé : Une sécurité sociale au Cameroun est-elle (encore) possible ? (2)

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Les résultats de la commission Abolo Mbendi créé par le chef de l’État pour trouver l’équation de la sécurité sociale maladie au Cameroun restent attendus. Dans l’exposé de Basile Ngono qui propose l’adoption d’une loi des finances sur les externalités négatives inspirée par Pigou en vue de financer la santé au Cameroun, beaucoup de griefs ont été soulevés quant aux compétences disponibles pour gérer ces fonds. Pour avoir une idée précise sur les fondements de la théories des externalités de Pigou, un détour sur le précédent billet est un préalable avant de lire la suite ici consacrée aux implémentation des nouvelles taxes et à leurs effets pervers.

Les mesures d’application et le système de recouvrement sur les externalités négatives

Tant qu’il y aura la vie, il y aura des produits polluants et la sécu sera financée. Il n’est point ici question de prôner l’État providence car l’État n’assume rien, sinon en partie. Ce sont les pollueurs qui prennent en charge la santé de la population. Ainsi, au bas mot, on prévoit 4 milliards de Fcfa de prélèvement pour financer la sécu et dans l’intuition fondamentale, le gouvernement devait y contribuer à hauteur de 2 milliards de Fcfa. Les taxes pigouviennes ne sont donc pas comme les autres. C’est un moyen efficace et efficient de s’attaquer à des problèmes majeurs tout en fournissant des rentrées fiscales pouvant être utilisées au choix pour baisser les impôts, équilibrer le budget, rembourser la dette ou augmenter les ressources allouées à la santé, à l’éducation ou au transport collectif ?

Que taxe-t-on réellement ? On taxe les sociétés et les produits dangereux pour financer la santé des pauvres et ceux qui sont nantis se prennent eux-mêmes en charge. L’exemple type des externalités négatives sont celui des dommages environnementaux causés par l’exploitation des ressources ou par l’activité manufacturière : les usines brassicoles et de tabac. Étant donné les diverses pathologies qu’elle génère, la mauvaise alimentation constitue aussi une externalité qui contribue au gonflement des coûts du système de santé. Ainsi, une étude fort remarquée parue récemment dans le journal JAMA Internal Medicine concluait que la surconsommation de sucre augmente sensiblement la probabilité de mourir de maladie cardiaque (« Addedsugarabundant in U.S. dietslinked to death », Reuters, 3 février 2014). Cette étude n’était que la dernière d’une longue série qui a mis en lumière les méfaits du sucre, non seulement en ce qui concerne les maladies cardiaques, mais aussi l’obésité, le diabète, les troubles de l’attention et le mauvais état des dents, entre autres. La même logique pourrait s’appliquer aussi à la consommation excessive de sel, à laquelle on associe non seulement l’hypertension artérielle, et donc les accidents vasculaires cérébraux (AVC), mais aussi l’ostéoporose, l’insuffisance rénale et des problèmes dermatologiques. Or les consommateurs désireux de limiter leur consommation de sel se trouvent devant une mission quasi impossible, tellement celui-ci fait maintenant partie intégrante de la grande majorité des aliments vendus en épicerie. Comme Dieu, le sel est partout : dans le pain, le fromage, les viandes froides, les conserves, les céréales à déjeuner et, évidemment, dans les plats préparés.

Le but recherché de ce système est clair : le résultat probable de l’imposition d’une taxe pour compenser les nuisances générées est que l’exploitant devra augmenter ses prix et réduire ses activités. Une taxe bien calibrée aura pour effet que le gain de bien-être des tiers fera plus que compenser la perte de bénéfice subie par l’exploitant. Les recommandations de Pigou permettent aux gouvernements de faire d’une pierre deux coups en instaurant des taxes qui contribuent à la fois à l’équilibre des finances publiques et à la solution des problèmes sociaux ou environnementaux préoccupants : Instaurer une taxe visant à réduire les émissions de gaz carbonique à l’origine des changements climatiques. Comme l’a rappelé récemment le Groupe intergouvernemental d’Experts sur l’Évolution du climat (GIEC), si rien n’est fait pour endiguer la progression de ces émissions de carbone dans l’atmosphère, des conséquences dramatiques risquent de survenir par suite de la rareté de l’eau potable, des rendements réduits de l’agriculture, des pêcheries et de la multiplication des événements climatiques extrêmes.

La mal gouvernance au centre de l’inefficacité d’une sécurité sociale pigouviènne

Ces nouvelles taxes inspirées par Pigou et proposées par Basile Ngono ne sont pas exemptes de limites. Elles ont fait l’objet des critiques qui soulèvent de multiples effets pervers. La première contradiction relevée dans ce système de financement de la sécurité sociale n’est pas, comme le soulignerait quelques-uns, le revirement à l’État providence, car pour Pigou l’argent ne viendra jamais de la poche de l’État. Ce sont les entreprises polluantes qui seront, par un mécanisme de taxation, soumises à financer la santé publique. La question ne se poserait donc plus sur la provenance de l’argent. Il n’en demeure pas moins vrai que, les entreprises trouveront aussi des stratégies moins contraignantes pour ne pas subir les coûts supplémentaires de la production. La nécessité, pour elles, de trouver des mécanismes d’adaptation de sa comptabilité aboutira, à coup sûr, à l’imputation de ces coûts supplémentaires sur le prix de la production. Ainsi, il faut éviter de jubiler trop tôt, car : 1-offrir les soins de santé gratuits sans faire de coupes dans les autres services publics et sans alourdir le fardeau des contribuables risquerait d’être un leurre si, 2-L’État organise lui-même les prélèvements sur des secteurs comme les brasseries, les industries de tabac, les exploitants forestiers, les vieilles voitures et les industries polluantes foncièrement capitalistes.Pour me répéter en français facile, cela veut dire que pour financer la sécurité sociale maladie, il faut prendre l’argent quelque part : les entreprises et les produits polluant. Ces entreprises polluantes imputeront ces dépenses-là à quelqu’un, et donc aux contribuables à partir des produits vendus ou en réduisant par exemple leurs charges sociales. En conclusion ces entreprises vont tout faire pour compenser ces nouvelles taxes quelque part : les consommateurs.

La deuxième limite repose inévitablement sur les questions de la bonne gouvernance. Cette limite, que semble botté en touche Basile Ngono lui-même pour la simple raison qu’il n’y a que des imbéciles qui ne changeraient pas, ne doit pas être prise à la légère. Si le gouvernement mettait en application ne serait-ce que le quart de la loi existante cadre sur l’environnement (loi N° 96/12 du 5 Août 1996) notamment le principe du pollueur-payeur qui ne sont pas trop loin des externalités pigouviennes, les fonds obtenus par les gouvernements liés a la pollution des industries et personnes physiques suffiraient en partie pour une subvention des soins de santé des citoyens. Comment feraient-on pour gérer alors les fonds issus de ces nouvelles taxes si celles qui existent déjà ne sont pas appliquées pour deux raisons : les taxes sont prélevées en aval et détournées en amont ; soit ne sont même pas prélevées pour la simple raison que les entreprises polluantes et les fonctionnaires chargés de faire respecter la loi se livrent aux pratques de la corruption.

La meilleure solution pour résoudre ce problème de corruption est de commencer par mettre l’accent sur l’exactitude des données démographiques en matière du nombre d’habitants, et donc de la population camerounaise. A combien s’élève-t-elle exactement ? Combien y a-t-il de travailleurs au Cameroun ? Quel est le nombre réel de contribuable ? Et enfin, quel le nombre de cotisants d’une part et le nombre d’assurés d’autre part ? Certains experts affirment que ces chiffres de la démographie ne reflèteraient pas la réalité pour la simple raison qu’ils sont, d’une part désuets et d’autre part subissent des modifications pour des intérêts de clientélisme politique. Pour illustration : En France, l’augmentation du prix du savoir est une donnée prévisionnelle qui entre dans le domaine bien précis de la lutte contre les maladies pulmonaires. Comment pourrait-on, par exemple, gérer efficacement la prise en charge des victimes des maladies pulmonaires si les données sont faussées dès la base ? Ce sont des préalables qu’il faut d’abord résoudre avant la mise sur pieds des recommandations de la commission Abolo Mbendi.

Une autre limite et pas la moindre, c’est l’hypothèse d’un soulèvement populaire face à la montée excessive des taxes. Les taxes sur la pollution, comme définies plus haut, obligeraient des entreprises pollueuses à imputer les surtaxes sur les prix des marchandises vendues. La population serait alors fondé de descendre dans la rue contre la vie chère comme on l’a vécu ici en février 2008. Mais, cette limite ne semble pas convaincre beaucoup qui pensent que les Camerounais n’ont pas encore une culture de la revendication. Pour preuve, la plupart d’augmentations des prix des produits de première nécessité sont passé comme une lettre à la poste sans réaction de la population comme cela se voit ailleurs, généralement au Maghreb et en Afrique de l’Ouest.

En conclusion, pourquoi les résultats de la commission Abolo Mbendi restent encore dans les tiroirs s’il reste que cela pourraient être une panacée à la sécurité sociale maladie au Cameroun ? En attendant donc, le débat reste ouvert.

Tchakounté Kémayouavec Olivier Arnaud, Basile Ngono, Jean-claude Owona Manga, Herve Arsenal Ngakeu, Jean-baptiste Bikai, et Hyacinthe N. Ntchewòngpi (Débat sur le forum Le Cameroun C’est Le Cameroun)


Santé : Une sécurité sociale au Cameroun est-elle possible ? (1)

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Immeuble siège de la CNPS à Yaoundé

Comment le gouvernement peut-il faire pour offrir les soins de santé gratuits à tous les Camerounais sans distinction, sans faire de coupes dans les autres services publics et sans alourdir le fardeau des contribuables ? Cette question, qui avait fait l’objet d’une commission depuis quelques années, présidée par le Prof Abolo Mbendi, chargée de trouver une solution afin de pallier à l’absence criarde d’une sécurité sociale au Cameroun, reste encore d’actualité. Malgré le bienfondé de ce système ô combien urgent, des interrogations subsistent toujours quant à son efficacité compte tenu des pesanteurs sociaux et moraux.

Le Cameroun a-t-il réellement connu une sécurité sociale maladie ?

S’il est vrai que c’est à partir de 1967, à travers la loi N°67/LF/07 du 12 juin 1967, que la sécurité sociale a été instituée au Cameroun, il est aussi vrai que le Cameroun, depuis 1960, n’a jamais connu un système d’assurance-maladie. Par contre, il existe un décret, comme celui du N°91-330 du 9 juillet 1991 et qui n’est réservé qu’à une minorité de privilégiés. Il fixe les conditions et les modalités de prise en charge sur le budget de l’État des dépenses liées à l’évacuation sanitaire des personnels civils de l’État et de 60% des frais de santé des fonctionnaires. Des exemples et des témoignages tirés à bonne sources affirment que dans les faits, ces textes ne sont appliqués que pour des pontes du régime politique au pouvoir.

Pour ce qui concerne l’assurance publique, la loi N°67/LF/08 du 12 juin 1967 a vu la naissance de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) et ce n’est qu’en 1999 que le gouvernement camerounais a adopté une stratégie de réforme globale de la Sécurité Sociale. Cette même stratégie de réforme, en réhabilitant la CNPS au statut d’établissement public jouissant d’une autonomie financière, lui donne aussi le statut d’un établissement au régime de prévoyance sociale. Il doit donc prendre en compte, en plus du personnel de la fonction publique, les salariés relevant du code de travail. Ce n’est qu’en 2014 qu’une autre réforme viendra élargir le champ des assurés en y introduisant le secteur informel. Cependant, parmi les trois type de de prestations sociales délivrées par la CNPS à savoir : les allocations familiales, les pensions d’assurance vieillesse (pension retraite), et le service de prévention et de réparation des accidents et maladies professionnelles, le volet maladie reste inexistant. Par contre, pour ce qui concerne l’assurance privée, les entreprises d’assurance régies par le code CIMA (Conférence Inter-africaine des Marchés d’Assurance) sont les mieux indiquées. Ceux qui sollicitent ce type d’assurance, ont la possibilité de souscrire à une assurance maladie. Mais cette population qui ne représente que moins de 20% des travailleurs du secteur formel ne comporte qu’une proportion de moins de 5% d’assurés.

A côté de ces deux types de société d’assurance, grâce à la coopération internationale, il existe également une autre forme de système de protections sociales réservées aux groupes minoritaires et marginaux. Ce sont des structures appelées « mutuelles de santé » ou « micro-assurance santé ». Parmi les expériences de mutuelles existantes, on peut citer : la mutuelle ASIPES (Association Islamique pour la Promotion de l’Éducation et de la Santé), appuyée par la Coopération Suisse ; les mutuelles d’entreprises et les organisations traditionnelles de solidarité (mutuelles de type ethnique ou clanique appelées aussi « tontines »). Le fait que ce dernier type de mutuel soit de plus en plus sollicités est un signe qu’il y a un besoin urgent. Et leur incapacité à résorber tous les besoins est aussi un signe qu’il y a un vide à combler dans ce domaine.

Une solution plus efficace au problème de santé publique : La sécurité sociale

C’est désormais devenu courant au Cameroun, la mort dans les hôpitaux fait partie des banalités les plus absurdes. Loin de moi de considérer la mort comme une surprise, il reste tout de même fonder de nous interroger sur sa régularité, sa fréquence permanente. La précarité, de prime abord, est pointée du doigt : les malades meurent dans nos hôpitaux faute d’argent ; le personnel soignant, pour arrondir leurs fins de mois, instaurent des pratiques non orthodoxes en imposant des frais supplémentaires aux malades et l’État, faute d’un budget suffisant, subventionne de moins en moins la santé publique. Selon les experts, le constat est pourtant clair : l’argent, même en étant le nerf de la guerre, est bel et bien disponible quelque part. Le seul problème cependant est qu’il faut trouver une méthode rigoureuse et objective pour l’immobiliser et le mettre à la disposition de la santé de la population.

Plusieurs méthodes, trouvées par des experts, ont déjà fait l’objet d’une étude appropriée. Parmi les nombreuses méthodes passées en revue, celle qui a particulièrement retenu mon attention est celle de la mise en place d’un système de sécurité sociale. Après la lecture de l’ouvrage La Sécurité sociale au Cameroun : Enjeux et perspectives d’Étienne Ntsama paru en 1997, l’histoire dans ce domaine nous renseigne sur la pratique de la sécurité sociale maladie qui n’était réservée qu’aux employés et cadres des entreprises parapubliques, privées et multinationales et sur des effets positifs qu’elle a eu et qu’elle pourrait avoir au sein de la population : C’est ce qu’on appelait, à l’époque, « l’État providence ». Cela signifie que l’État et les entreprises finançaient, sous fonds propre, la prise en charge à travers la N°91-330 du 9 juillet 1991. Pourquoi actuellement ce système a-t-il disparu alors dans un contexte de pauvreté ? L’une des raisons évoquée, par l’opinion et certains experts, pour expliquer cette disparition est la suivante : Dans les années 1990, après la crise socio-politique liée au vent de l’Est et la dévaluation du Fcfa, le pays a connu un délabrement de son système de santé qui persiste jusqu’aujourd’hui à tel enseigne que l’environnement ne serait pas propice à une application saine de la sécurité sociale. Par contre, des experts de la commission, présidée par le Prof Abolo Mbendi, qui se sont penchés sur la question affirment mordicus qu’il est possible de redonner le sourire aux camerounais. La solution miracle, selon eux, serait que, bien que les méthodes connues soient déjà dépassées, le système de la sécurité sociale doit être actualisé pour redonner à nos hôpitaux leur vocation d’antan. La question qui me préoccupe dans ce billet est donc celle de savoir comment une sécurité sociale serait-elle encore possible dans un contexte où l’environnement du système de santé qui l’a fait disparaitre existe encore ?

Les principes théoriques d’une sécurité sociale au Cameroun

Pour répondre à cette question « comment le gouvernement peut-il faire pour offrir les soins de santé gratuits à tous les Camerounais sans distinction, sans faire de coupes dans les autres services publics et sans alourdir le fardeau des contribuables ? », l’anthropologue Camerounais Basile Ngono, par ailleurs membre de ladite commission, nous livre ici, les principes théoriques qui devraient guider les législateurs sur le bienfondé de ce système de sécurité sociale en faisant appel à un penseur américain Arthur Cecil Pigou qui aurait su quoi proposer pour réaliser ce qui, à première vue, s’apparente à la quadrature triangulaire du cercle. Bien que moins connu que John Maynard Keynes, son élève à Cambridge, Pigou (1877-1959), a apporté des contributions majeures à l’avancement de la science économique, dont certaines conservent toute leur actualité et leur pertinence. Animé de préoccupations sociales et favorables aux transferts de richesse en faveur des plus pauvres, il rejoindrait sans doute les rangs de ceux qu’indigne la montée des inégalités économiques.

Dans son œuvre principale, The Economics of Welfare, parue en 1920, Pigou se penche sur les relations entre la production et le bien-être des sociétés. Il s’intéresse notamment aux « externalités », soit aux effets collatéraux, positifs ou négatifs, des actions des entreprises ou des individus sur les tiers. Ces externalités sont assimilables à des déficiences des marchés puisqu’elles ne comportent pas de contrepartie financière reflétant la valeur accordée à ces effets. Pigou a attiré l’attention sur le fait que les externalités peuvent faire en sorte qu’une activité, bien que générant un bénéfice ou un déficit privé pour un individu ou une entreprise, peut se solder au net par un déficit ou un bénéfice social pour la collectivité si l’on prend en compte les effets positifs ou négatifs sur les tiers. Ce rendement social net doit être pris en considération si l’on vise un maximum de bien-être pour l’ensemble de la société. Ainsi, à son avis : « Il peut arriver […] que des coûts soient imposés à des personnes non directement concernées par le fait de dommages non compensés […]. De tels effets — certains seront positifs, d’autres négatifs — doivent être inclus dans le calcul du bénéfice social net découlant de l’emploi de ressources pour quelque usage ou en quelque endroit. » (The Economics of Welfare, partie II, chapitre II, part. 5 ; traduction libre.)

Aussi, pour assurer qu’une activité privée se traduise par un bénéfice social net, le gouvernement est justifié d’agir pour faire en sorte de réduire l’écart entre les rendements privés et publics d’une activité : « Il est toutefois possible pour l’État […] d’enlever les divergences dans tout domaine par des “incitations extraordinaires” ou des “restrictions extraordinaires” aux investissements dans ce domaine. Les formes les plus évidentes que peuvent prendre ces incitations ou restrictions sont, bien sûr, les subventions et les taxes. » (The Economics of Welfare, partie II, chapitre IX, par. 13 ; traduction libre). Dans le cas des externalités positives, le gouvernement devrait donc subventionner les individus ou les entreprises s’adonnant à des activités qui, bien qu’elles leur occasionnent des frais ou d’autres inconvénients, produisent des bénéfices pour la communauté sans que celle-ci ait à débourser quoi que ce soit pour les obtenir. Par exemple, le gouvernement peut être justifié d’aider des individus à poursuivre leurs études compte tenu des services qu’ils seront en mesure de rendre à la société une fois qu’ils auront acquis des compétences utiles.

Pour passer de la théorie à la pratique, d’une manière concrète, quels sont les mécanismes qui peuvent mettre en exergue des moyens de prélèvement de ces taxes de Pigou ? Et l’une des critiques des détracteurs de ces nouvelles formes de taxes formule qu’il faut aussi prendre en compte le fait que que la surabondance des taxe n’entrainera que des effets pervers.

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Tchakounté Kémayou avec Olivier Arnaud, Basile Ngono, Jean-claude Owona Manga, Herve Arsenal Ngakeu, Jean-baptiste Bikai, et Hyacinthe N. Ntchewòngpi (Débat sur le forum Le Cameroun C’est Le Cameroun)


Pourquoi au Cameroun Internet a-t-il du mal à décoller ?

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Voici l’entreprise responsable de la décadence au Cameroun

Internet, véritable outil actuellement au centre de toutes les révolutions des nouvelles technologies dans le monde n’est malheureusement pas la chose la plus partagée au Cameroun malgré les progrès réalisés. Même les nouvelles modifications des habitudes de la population devenue de plus en plus exigeante laissent les autorités dépassées. Les consommateurs, abandonnés à eux-mêmes, épanchent quotidiennement leur bile vers les opérateurs incapables de s’arrimer à la nouvelle donne, expriment leur profonde déception aux offres apparemment alléchantes. Mais, que se passe-t-il au juste pour que le Cameroun, comparativement aux autres pays, soit si médiocre en matière de couverture et de flux en réseau Internet ?

Le marché de la téléphonie mobile en baisse

L’arrivée du nouvel opérateur vietnamien Nextel Cameroun a eu un effet positif après son acquisition de la 3G qui est sa principale priorité depuis plus d’un an.Voilà pourquoi la nouvelle bataille des opérateurs de téléphonie est pratiquement concentrée dans l’Internet. Par exemple, l’opérateur MTN Cameroon a, à lui tout seul, engrangé 25 milliards de revenus générés sur uniquement le service Internet en 2014. Par contre, Orange Cameroun, dans ce domaine vient juste de lancer une offre low-cost. Pour ce qui concerne Camtel, seul opérateur public et leader dans le domaine de l’ADSL, on espère qu’il pourra se positionner dans cette bataille des éléphants avec sa branche mobile dans de brefs délais.

Pour revenir à MTN, il faut noter que malgré une baisse de la clientèle, le marché se porte toujours bien : cette entreprise a perdu 1,6 million de clients au quatrième trimestre 2014, mais ce n’est pas grave. Il a mobilisé pendant toute cette année, 1,5 million de clients de plus comparé à l’année 2013. Et son chiffre d’affaires, en hausse de 6 %, a atteint 300 milliards de FCFA (2014). Ce n’est pas le bénéfice net il faut faire attention. Sur ce chiffre, il faut tenir compte de la marge de 42, 5 % qui est le résultat opérationnel, enlever les charges salariales et les autres notamment les investissements et enfin tenir aussi compte de 35 % de l’impôt sur les sociétés.

Qu’en est-il du marché d’Internet ?

En 15 ans, les offres de connexions Internet ont véritablement eu un impact sur les volumes et l’évolution de la clientèle. En 2014, le nombre d’internautes africains a augmenté de 9 %. Malgré la multiplication des offres et des stratégies des entreprises, le taux de pénétration d’Internet en Afrique n’est que de 26 %. Ce qui signifie qu’il y a encore un gros gap à combler. Pour ce qui est du Cameroun, il faut relever qu’en 2000, le nombre d’internautes était seulement de 20 000 et aujourd’hui ce nombre a atteint 1, 4 million (chiffre du 30 juin 2014).

La dernière actualité est celle du renouvellement, par MTN Cameroon, de sa licence d’exploitation de la téléphonie mobile. L’opérateur ISP vient de signer, mardi dernier (10 mars 2014), un nouveau contrat avec le gouvernement qui lui concède, à hauteur de 75 milliards FCFA, l’exploitation en plus de la 2G, de la 3G et la 4G. Avec un projet d’investissement de près de 4 000 milliards, l’entreprise panafricaine de la téléphonie mobile compte d’abord déployer les réseaux 3G et 4G sur plus de 700 sites dans près de 16 villes du Cameroun. L’objectif primordial est de couvrir au moins 75 % de la population.

Ce qui est par contre regrettable, ce sont les coûts d’accès à internet qui sont encore élevés. Selon le journaliste Idriss Linge, deux raisons peuvent expliquer cela : 1-au contraire des services d’appels téléphoniques qui reposent sur des infrastructures déjà amorties, les services des données (surtout les nouveaux) reposent sur des infrastructures qui, soit viennent d’être construites, soit sont encore en construction ; 2-le management de la concurrence coûte excessivement cher. Les opérateurs sont donc encore contraints de pratiquer des prix élevés parce que les volumes de données consommées ne sont pas suffisamment critiques pour couvrir pleinement les charges et les amortissements de l’infrastructure. Ces explications suffisent-elles à convaincre l’opinion sur l’incapacité technique et managériale du Cameroun à satisfaire la demande Internet ? Comment la présence de trois multinationales et d’une entreprise publique, acteurs majeurs, en forte concurrence sur le marché ne donne-t-elle pas la possibilité de faire des offres alléchantes et grand public ? Pourquoi, malgré ce boom démographique du marché, Internet est et reste toujours considéré comme un produit de luxe ? En 2009, le ministre d’Etat des Postes et Télécommunications d’alors, l’avait bien compris et avait même proposé une solution.

La nécessité de la construction et de la gestion d’une fibre optique (FO) s’impose

Le 26 janvier 2009, sous la présidence du premier ministre, Inoni Ephraim, Bello Bouba Maïgari, ministre d’État des Postes et Télécommunications, plaide pendant le Conseil de ministres pour la création d‘une structure en charge des infrastructures des télécommunications au Cameroun et plus particulièrement de la fibre optique. Le ministre avait donc saisi l’occasion pour présenter l’état des lieux du réseau des télécommunications en ces termes :

Le pays présente donc une section transport de signaux entre villes et vers l’international, appelée backbone, combine généralement trois éléments : le faisceau hertzien, le satellite et la fibre optique. Pour le moment, notre backbone national est constitué en grande partie par le faisceau hertzien qui non seulement est éclaté, chaque opérateur ayant son propre réseau, d’où le prix élevé des communications, mais en plus offre de très faibles capacités au regard des besoins nationaux. Le satellite est très coûteux pour le transport interurbain des signaux de télécommunications. […]. La fibre optique est le meilleur moyen de transport de communication en termes de qualité, de communications, de capacités offertes, de coût d’exploitation et de durée de vie. […]. Pour réaliser ce réseau de manière économique et efficace, il est nécessaire de créer une société d’infrastructure qui aura la responsabilité de construire et d’exploiter cette infrastructure. C’est pourquoi la création de Sitelcam qui assumera ce rôle revêt pour moi un caractère essentiel. Les études de faisabilité afférentes montrent la rentabilité de cette entreprise. Sitelcam donnera à l’État le moyen de contrôler les communications internationales et donc de mieux assurer sa sécurité et sa souveraineté, ce qui est observé par ailleurs dans les pays aussi libéraux que les États-Unis.

La problématique de la fibre optique (FO) au Cameroun

L’État, via Camtel, son bras séculier dans le secteur, en l’absence d’une véritable société de patrimoine (Sitelcam) a choisi de botter en touche les conseils du ministre Bello Bouba. Il faut le préciser ici : Camtel, opérateur de téléphonie au même que MTN, Orange et Nextel, est l’entreprise qui est de fait censée gérer la FO en construction. Sitelcam avait été pourtant pensé à dessein afin d’éviter une probable concurrence déloyale. L’impressionnant niveau de pénétration de la fibre optique, plus particulièrement à Douala et à Yaoundé, peut constituer actuellement un atout très positif en vue de développer une connexion internet à haut débit et de masse. Mais alors, qu’est-ce qui fait problème ?

Beaucoup d’experts en informatique et en télécommunication sont formels sur ce point : le blocage n’est pas technique, mais plutôt politique. Le politique est seul à avoir la capacité et le pouvoir de prendre la décision qui s’impose pour démocratiser l’accès à l’internet. Le salut de ce secteur va – nécessairement – passer par la levée de la mainmise de Camtel sur la FO au profit d’une entité (ad hoc) plus neutre et la refonte des tarifs d’accès à la bande passante pour les ISP. Pourquoi n’opterons-nous pas vers la création d’une coopérative ou d’une société commune chargée de gérer la FO avec présidence tournante ? Ce ne sont donc pas les idées qui manquent. Il faut le dire pour le décrier, les « gens proches du dossier », supposés être des conseillers avisés auprès de nos gouvernants, sont de véritables pêcheurs en eau trouble. Ils ont réussi à faire prospérer la thèse selon laquelle « l’ouverture » de la FO allait entraîner le chaos sur le plan sécuritaire. C’est une théorie qui prospère depuis plusieurs années, et à laquelle nos dirigeants semblent être malheureusement sensibles. La vérité est que ces « gens proches du dossier » tirent des dividendes de cette surenchère sécuritaire et ce statu quo les arrange. En conclusion, soit le politique se fiche de l’essor d’Internet au Cameroun, soit il a compris qu’Internet amplifie de trop la revendication démocratique et met en danger son pouvoir. Et pourtant…

… Quand la fibre optique passe, le développement suit

Quand la route numérique passe (la FO), le développement numérique suit. Quel développement, personne ne peut le prédire, tout comme personne ne prédisait le prépayé en Afrique, ni le mobile money, ni le SMS banking. Tous ces usages ont apparu avec la disponibilité de la bande passante.Tant qu’on aura l’Internet vendu « au kilo », au « volume », quelle qu’en soit la nature de l’offre, ça restera cher et ça ne permettra pas d’entrer dans l’ère du service, est celle qui permet de véritablement tirer profit de la technologie, et surtout, de faire éclore les talents. La disponibilité de la bande passante libère la créativité et par conséquent, crée les usages. Si le client est stressé par le « crédit » chaque fois qu’il se connecte à l’internet, alors, que peut-il y faire de bon, si ce n’est de papillonner ici et là et repartir très vite ? On a souvent parlé du génie et de l’inventivité des Camerounais et en ce domaine, leur potentiel n’est même pas encore effleuré. Avec toutes les offres que nous avons sur le marché en ce moment (excepté l’ADSL de Camtel), impossible de faire du streaming musique et vidéo (regarder la télé ou un film et écouter de la musique en ligne et en direct). Même si certains ISP le proposent, ont-ils réellement la bande passante pour cela ?En tous les cas, au Cameroun, même avec l’ADSL, il faut « saigner » vraiment financièrement pour avoir droit à une connexion de qualité.

Il faut libérer la bande passante, et permettre à la jeunesse d’exprimer sa créativité. Rien de pire que de devoir stresser par rapport à son crédit, par rapport au débit, par rapport aux coupures, etc. Pour créer, inventer, on doit avoir l’esprit libre qui est nécessaire et vital pour que la jeunesse, constituant plus de 60 % de la société, puisse donner le meilleur d’elle-même. C’est l’une des solutions majeures pour résoudre le problème de chômage, car les nouvelles technologies sont, à l’heure actuelle, considérées, comme le soulignait encore le ministre Bello Bouba, « la deuxième industrie mondiale, juste après le pétrole ».

NB : Ce billet est une synthèse des interventions des journalistes spécialisés et experts du domaine à la suite d’une discussion dans le forum camerounais 237Média entre Lydie Seuleu, Idriss Linge, Tane Rostand, Eric Dibeu, Jean-Vincent Tchienehom et Nino Njopkou.

Tchakounté Kémayou


Cameroun : Le scandale de l’IRIC ébranle la république

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Un adage populaire dit toujours« 99 jours pour le voleur et 1 seul jour pour le grand patron ». Ce qui se passe actuellement à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC)pourraient ressembler étrangement à ça : « 99 jours pour le ministre Fame Ndongo et 1 seul jour pour le peuple ». Depuis plus d’une semaine, le Cameroun est secoué par ce que d’aucun appellerait « scandale » où le ministre de l’enseignement supérieur (MINESUP) a été attrapé en flagrant délit de tripatouillage de liste d’admis dans cette prestigieuse école.

L’opinion populaire murmurait toujours, pour s’en plaindre, que l’entrée dans des grandes écoles du Cameroun comme l’ENAM, l’IRIC, les Ecoles Normales, les Facultés de médecine et de sciences pharmaceutiques, des écoles de polytechnique, etc. sont d’abord privilégiée aux enfants des « grands du pays ». Les jeunes avaient donc l’habitude de dire: « Pour passer à un concours dans ce pays, il faut avoir les réseaux, être de la famille des grands du pays ». Ces genres de discours de victimisation, tout le temps récurrents dans les quartiers et les chaumières,étaient, dit-on, réservés aux enfants qui ne voulaient pas faire des efforts, aux enfants faibles qui cherchent absolument des bouc-émissaires pour justifier leur fainéantise. C’était finalement devenu une affaire d’enfants voyous et jaloux de la réussite des autres.

Les publications de listes d’admis étaient des occasions idoines pour la presse et la société civile, de dénoncer, chaque fois, un certain laxisme au niveau des choix des admis qui, visiblement, étaient considérés comme des privilégiés. Certains leaders de la société civile prenaient même le risque de démontrer justement, à base de la consonance des patronymes des admis, faute d’éléments à conviction, cette politique de favoritisme qu’on met sur le dos de « l’équilibre régional ». En fait, de quoi s’agit-il, pour le cas précis de l’IRIC ?

Les faits ainsi relatés, par le journaliste Cabral Libii, frisent le ridicule

Le 27 février 2015, les résultats du master en diplomatie (seul master à l’IRIC dont l’accès conduit automatiquement à un recrutement dans la fonction publique) sont affichés, visés à la fois par les membres du jury des délibérations et par le Chancelier des ordres académiques (MINESUP, Prof. Fame Ndongo),où figurent 15 admis définitifs et 7 noms sur la liste d’attente. Le 28 février, le même Ministre signe et fait afficher une seconde liste de 15 noms sans liste d’attente. Constat patent :Les deux listes sont différentes. Pourquoi ? Parce que :

1. Certains noms disparaissent,d’autres apparaissent,
2. Beaucoup de noms sur la première liste (du 27 février) et surtout ceux de la deuxième liste (du 28 février)sont portés par les rejetons de quelques « grands du pays ».

La polémique qui est alimentée de façon soutenue par la presse oblige le MINESUP à sortir de sa réserve. De ses sorties médiatiques accompagnées d’un communiqué, l’on retient les justifications suivantes : La première liste (celle du 27 février) comportait des vices qu’il fallait corriger afin que les résultats soient conformes aux lois et règlements régissant les concours officiels au Cameroun. Le vice en question (puisqu’il s’agit d’un seul) c’est :

1. Le caractère pléthorique des ressortissants d’une seule région (celle du Centre) parmi les admis. Ils sont 6 sur 15 ;
2. Et, par voie de fait, l’absence des candidats originaires des régions de l’Adamaoua, de l’Est, du Nord et du Nord-Ouest.

Mais, curieusement parmi les nouveaux noms introduits dans la deuxième liste (celle du 28 février), il y a encore des ressortissants de la région du Centre en remplacement d’autres noms de la même région. A la différence que les nouveaux noms sont ceux des enfants des « grands du pays ». Plus curieux, la seconde liste n’est pas visée par les membres du jury des délibérations comme cela avait été le cas pour la première liste.

99 jours pour le voleur, 1 seul jour pour le grand patron

10388195_10204995210976758_1607649746351404129_nCe dysfonctionnement structurel de l’administration camerounais a soulevé l’opinion, les partis politiques et la presse qui ont vite fait de crier au scandale. Seulement voilà : ce que les jeunes murmuraient sous cape, ce qui était considéré jadis comme des rumeurs, des cris d’orfraies, a été mis au grand jour. Avant, tout le monde, y compris la société civile, le martelait, même sans preuve objectives, que les concours officiels au Cameroun sont truffés de tripatouillages. Et la réponse idoine que les autorités donnaient pour calmer les esprits, c’était que la réussite aux concours officiels n’étaient pas seulement basé sur la « méritocratie nationale », il y avait aussi la « méritocratie régionale »qu’il fallait prendre en compte (Dixit Fame Ndongo). C’est ce que nous appelons ici « Équilibre régionale » en vigueur depuis l’indépendance. A quoi renvois cette politique ?

Depuis les indépendances donc, et surtout suivant les textes de loi et règlements de la République, notamment la loi de 2001 organisant l’enseignement supérieur qui interdiraient toute discrimination négative à l’encontre de jeunes Camerounais, les autorités ont pris cette mauvaise habitude de justifier les discriminations jugées négatives longtemps remarquées à l’égard des candidats par le sceau de « l’équilibre régional ». Il consiste à réserver un quota précis pour chaque région afin d’éviter un déséquilibre qui pourrait faire l’objet des frustrations. C’est ce que le ministre lui-même a appelé la « méritocratie régionale » qui, sur le plan de son application, consiste à prendre « les meilleurs dans chaque région » et ainsi concevoir une liste de consensus. Bien que cette politique de l’équilibre régional soit condamnée et décriée par beaucoup d’observateurs qui estiment qu’elle ne serait pas la panacée à l’égalité d’accès à la fonction publique pour tous, elle constitue un cache-sexe de la « reproduction sociale » des élites. Depuis fort longtemps, ces pratiques malsaines faisaient l’objet des critiques qui avaient fini par rendre l’opinion pessimistes sur les compétences supposées des candidats retenus aux concours officiels. Il a fallu quelques minutes d’inattention du ministre où les consignes du clan n’ont pas été respectés dans la première liste et que les manœuvres clientélistes soient mises au grand jour après la publication de la deuxième liste: le tripatouilleur a été pris la main dans le sac.

Biya au secours de l’incurie : la bouillabaisse incarnée par Fame Ndongo (Alex G. Azebaze)

Samedi 7 février, Fame Ndongo prétendait, dans une interview à la radio nationale (CRTV) avoir privilégié la « méritocratie régionale » pour remplacer d’autorité 6 candidats – pourtant déclarés admis par un jury censé souverain et publiés la veille par lui-même – par 6 autres candidats non retenus par ledit jury.Maintenant, le 9 février, dans la même chaîne, il revient et explique, pince sans rire, en déclarant désormais admis tous les 22 de la 3ème liste qui est la combinaison des deux premières listes pour un concours ouvert légalement pour 15 places dans la filière diplomatie de l’IRIC. Respecte-t-il toujours les textes de loi et règlements de la République ? Notamment la loi de 2001 organisant l’enseignement supérieur qui interdiraient toute discrimination négative à l’encontre de jeunes Camerounais quand bien même il mélange toute cette forfaiture avec de supposées instructions présidentielles. Comme si le Président de la République pouvait être considéré par des observateurs censés comme un acteur universitaire qualifié. C’est de la basse politique tropicale. Qui ne s’appuie sur aucune valeur. Ni principe. La débrouille quoi comme à la Fecafoot qui serait passé comme lettre à la poste s’il n’y avait pas eu d’intervention internationale, notamment le Tribunal arbitral du Sport (TAS).

L’affaire IRIC, en moins d’une semaine, a fait plus de mal à l’image des produits de l’enseignement supérieur que tout rating national ou international. Et dire que tout cela s’est passé en public, de la propre initiative des responsables compétents qui ont décidé de salir le Cameroun, comme des… grands. Et ils ont le toupet de venir raconter des bobards sur la Crtv comme si cette affaire ne concernait que le gouvernement. Voici en effet ce que M. Fame Ndongo dit au présentateur Alain Belibi au journal de 17h après avoir déculotté le Cameroun : « Les produits du système universitaire camerounais sont bons.La preuve allez en Allemagne, Belgique, France, Etats-Unis, et voyez comment sont nombreux les médecins formés au Cameroun ». Il n’y a plus que le grand père président pour croire à de telles balivernes si tant qu’il s’en occupe vraiment encore.

Au Cameroun, la honte ne fait plus parti du vocabulaire.

Tchakounté Kémayou


8 mars : L’« autonomisation des femmes »à la camerounaise

8-mars-2014-ambiance-yaounde-cameroun-bambinosLe 8 mars de chaque année est célébré l’International Women’s day dans tout le monde entier. Il y a 20 ans, une Déclaration avait été signée à Beijing par 189 gouvernements. C’est une feuille de route axée sur 12 domaines où l’accent est mis sur « les droits de la femme ». Parmi ces droits donc, il y a « l’autonomie » de la femme qui est le thème central de cette année : « Autonomisation des femmes – Autonomisation de l’humanité : Imaginez ! ». Une petite observation du comportement quotidien des femmes camerounaises révèle leur limite à s’approprier ce concept compte tenu des habitudes et des mœurs qui leur collent à la peau jusqu’aujourd’hui. La mauvaise perception de ce concept les conduit donc à penser que « autonomie » signifie « absence de devoir ».

« L’autonomisation de la femme »est un concept révélateur de ce que les féministes appellent « responsabilité sociale de la femme » : c’est donc l’« autonomisation de l’humanité ». Le 21ème siècle est fondamentalement celui de l’ère moderne où chaque individu, en fonction de ses capacités, doit être capable de répondre aux défis de son environnement. Il s’agit ici de donner à tous, y compris à la femme, les moyens intellectuel et moral pour affronter le monde moderne. Ce sont donc des défis trop exigeants sur le plan du travail. Le sens premier de ce concept renvoie plus à l’économie : « l’autonomie financière ». Pour que la femme jouisse d’une « autonomisation », elle doit avoir des sources de revenus qui lui permettent d’alléger les charges liées aux besoins personnels et familiaux jusqu’ici mises sur le dos de son partenaire. Une femme autonome est un gage de la survie de la famille, de la société.

On peut débattre sur le thème de « L’autonomie de la femme » à longueur de journée, mais il est nécessaire de savoir que pour les femmes camerounaises,autonomie signifie « mon argent, c’est mon argent ». Comprenez bien qu’il ne s’agit plus ici de « responsabilité sociale », mais de « jouissance personnelle ». Il suffit juste de créer un groupe de discussion avec elles pour comprendre le scandale de leur déviation. Pour elles, il n’est pas question de prendre la « responsabilité » de la gestion de quoi que ce soit. Elle n’assume rien. Tenez : au resto, c’est l’homme qui paie la note, à la maison, le loyer, l’électricité, l’eau, la ration, le pagne du 8 mars, les cadeaux du 14 février, l’anniversaire de sa grand-mère, de sa tante, de son chien, et que sais-je encore ? C’est toujours l’homme qui doit payer. Et la femme, de quoi s’occupe-t-elle donc ? De ses bijoux, de ses cheveux, de sa garde-robe, de ses séances de gym, de ses tontines.Bref, elle ne doit s’occuper que de ce que vous savez comme gadgets personnels, de tout ce qui lui appartient à elle. Pour elle, c’est déjà une autonomie puisque sans boulot, c’est son homme qui aurait eu la charge de tout. Voilà le sens de son autonomie.

Comment comprendre alors ce concept ? Les Camerounaises ne veulent même pas s’étaler sur cette philosophie qui pourrait leur embrouiller le cerveau déjà surchargé. Le 8 mars est une journée très révélatrice pour comprendre le sens que les femmes camerounaises donnent à ce fameux concept de l’ONU. D’ailleurs, vous ne verrez jamais les femmes aussi mobilisées toute une journée durant. C’est leur journée non ? C’est le quartier libre. Elles s’en ont approprié et en ont fait une journée de réjouissance à gogo. Ne prenez jamais un rendez-vous avec la femme camerounaise le 8 mars. Pardon, elles ont leur « autonomie » le jour-là. Elles n’ont donc pas attendu les Nations Unies pour la décrété. Chaque 8 mars, leur journée commence au pas de course et non-stop. C’est sa liberté à elle : pas de cuisine, pas de ménage, rien. A la première heure, elle fonce à la douche, puis enfile son cycliste et elle porte son Kaba-Ngondo. La voilà dehors en partance pour le défilé à la place du 20 mai à Yaoundé ou au Boulevard Joss à Douala. En compagnie de ses copines, elles commencent le kongossa en route :

– Ma co’o comment tu vas ?
– Ma co’o laisse-moi comme ça. N’est-ce pas le type-là a failli me refusé le pagne !
– Ekié ma co’o, ton gars est aussi chiche comme ma part-là ?
– Aka je n’ai plus son temps. J’avais mes pauvre dix milles. Ça m’a aidé. Et toi ? Tu as fait comment ?
– Donc tu ne connais pas le secret ? Je n’ai pas libéré toutes les nuits pendant deux semaines. J’ai fait comme si j’avais le palu. Pour finir, il a mis les mains dans sa poche et m’a remis un petit 20.000F. En me donnant, il pleurait comme un gamin. Je n’avais plus son temps.
– Maaaaama ! Ma co’o, le pays-ci, c’est pour vous. Tu as le foléré à l’œil.
– Tu dors, ta vie dort ma co’o. Je ne donne pas le lait hein.

L’autonomie c’est donc ça. Avoir le pouvoir de dompter son mari par le chantage. C’est le pouvoir du « sexe faible » non ? Le kongossa était tellement intéressant que les copines ne se sont même pas rendu compte qu’elles étaient déjà en place pour le défilé en tenu d’apparat. Ici, les couleurs des pagnes et les modèles conçus par les stylistes aguerris pour les femmes de grands milieux et par les couturières de la basse classe pour les autres se rivalisent dans les rangs. C’est comme un gigantesque défilé de mode grand public. Elles sont de tous les gabarits : minces, potelées, grandes, petites, naines, handicapées, et j’en passe. En tous les cas, le public masculin, plus nombreux, n’a jamais été déçu. Suivez mon regard.

Après le passage de chaque groupe de femmes, elles prennent la direction d’un lieu de festin.Tout est prévu avant. Les gargotes, les bars, les restaurants sont les lieux privilégiés, si ce n’est le domicile bien huppé d’une d’entre elle. Généralement, l’après-midi du 8 mars, ne perdez pas votre temps à entrer dans un bar au resto occupés par ces femmes en tenue. Elles ont tout réservés : boissons, brochettes de porc, de poulet, de bœuf, de mouton. Même la musique, aux sonorités locales, est mise à contribution pour une ambiance de folie. Laissez-les se trémousser et changez tout simplement de bar, sinon vous risquez de subir la foudre d’une femme qui, dans son ivresse, viendra vous envelopper dans son grand Kaba-Ngondo. Si elle ne soulève pas carrément cette grande robe-là pour vous coincer, faites votre signe de croix et dites : « chance » en prenant immédiatement la sortie. Sinon, vous risquez donc d’étouffer à l’intérieur par asphyxie. Imaginez un peu les odeurs de toute la transpiration amassée durant tout le défilé. C’est l’autonomisation des femmes non ? Que voulez-vous encore ? Elles ont l’argent. Elles peuvent se payer ce luxe.

La journée ne s’arrête pas là. Autre lieu, autre ambiance. Les boîtes de nuit prennent donc le relais à partir de 19 ou 20 heures. Ici, pas question de VIP. Tout le monde est convié s’il veut bien entrer. Mais, ne demander pas plus que ce qu’on vous donne parce que les chères femmes ont tout commandé à l’avance. N’est-ce pas vous avez dit que « femmes capables » ? Ici, le menu du programme de la soirée est aussi alléchant : concours de chant, concours de karaoké, concours de meilleure tenue du 8 mars, etc. et surtout sans oublier le concours de danse. Ah, c’est vrai qu’en boîte de nuit on vient pour danser, mais beaucoup de chose s’y passe. Ces soirées dansantes sont des occasions de nouer les rendez-vous coquins les plus perfides. La plupart ne loupent aucunement des occasions pareilles. Le cantonnement dans le cancan familial où l’homme règne en maître ne leur permet généralement pas de s’aventurer à la découverte du monde de la nuit. Les missions effectuées hors de la ville par le mari sont, à certaines circonstances, une perche pour découcher avec des risques que vous pouvez certainement imaginer. Le 8 mars, journée sans contrôle, se révèle alors être une occasion idoine pour se la couler douce par une partie de plaisir.Elles reviennent donc à la maison, à la même heure de la veille lors de son départ, toute épuisée, éberluée. Le mari n’a pas le droit à la parole. Le 8 mars c’est leur journée consacrée à la femme, tandis que le reste des 364 jours de l’année appartient aux hommes qui se défoulent tous les jours, rentrent aussi tard et quelques jours après. Elles ont donc le droit de faire de cette journée ce qu’elles veulent : C’est l’autonomisation de la femme non ? Que voulez-vous d’autre ?

Il y a plus de trois ou quatre ans, quand ce genre de comportement était légion chez les femmes camerounaises,les maris furieux administraient une bastonnade légendaire à leur femme à défaut de balancer leurs valises dehors en criant :

– Tu sors d’où, Madame ?
– J’ai encore fais quoi ? Pardon, laisse-moi aller me reposer, je suis fatiguée.
– Sorcière. Je ne t’ai pas doté pour venir faire la loi chez moi. Rentre rapidement chez tes parents.

Vous imaginez une femme encaissée l’humiliation sans réagir ? Elle répond aussi :

– Sorcier toi aussi. C’est toi qui es venu me chercher chez mes parents. Je ne bouge pas d’ici. C’est le Caterpillar qui viendra m’enlever.
– Ah bon ? Tu veux voir ma colère ?
– …

Ce genre de scènes de ménage faisait la une des journaux le lendemain du 8 mars. Les dégâts étaient insupportables et aujourd’hui, on en entend plus parler.
Les femmes camerounaises n’ont donc pas attendu les Nations Unies pour exercer leur « autonomisation ». Elles ont leur propre définition de ce concept qui est loin de ce qu’on peut imaginer. Vous trouverez difficilement des femmes laissées leur commerce, leur ménage pour aller se cultiver dans les séminaires de sensibilisation sur la connaissance de leurs droits. Non. Que le kongossa est fini ? Elles vont vous répondre en disant qu’elles ne font pas la politique. Les hommes sont de gros menteurs, la politique c’est pour eux. D’ailleurs, elles ont mieux à faire : tourner le couscous pour leur mari au risque de recevoir de celui-ci une mémorable raclée le soir. Pour elles, les féministes sont des femmes intellectuelles et instruites qui veulent faire la révolution de foyer : concurrencer ou dominer l’homme. Pour elles, c’est l’homme qui est le chef de famille, et par conséquent la femme doit être sous son autorité. Il est donc la personne à tout faire.

Pour ce qui concerne le cas des femmes qui portent toute une famille sur leurs épaules, c’est un autre débat non moins important et digne d’intérêt.À méditer.

Bonne fêtes, Mesdames !

Tchakounté Kémayou