Yves Tchakounte

Paul Biya : une candidature de trop pour 2018 ?

Pourquoi, depuis un certain temps, et notamment depuis la semaine dernière, des agitations autour de la candidature du président Biya pour la présidentielle de 2018 refont-elles surface ? Pourquoi maintenant plutôt qu’en 2017 ? Pourquoi l’appeler à postuler alors que les textes du parti stipulent qu’il est, en tant que président du parti, désigné a priori comme candidat ? Comme il est de coutume dans les Républiques africaines, la fin d’un mandat présidentiel a toujours été une période (trop) turbulente et tumultueuse, politiquement parlant.

Des appels à la candidature de Paul Biya

Officiellement, on dénombre de nombreuses motions de soutien venant de certains cadres du parti au pouvoir en direction de Paul Biya, l’exhortant à se représenter pour une énième fois à la présidentielle de 2018. Tout a commencé le 6 novembre 2015, quand le président de l’Assemblée Nationale, Cavayé Yéguié Djibril, appelait déjà le président de la République à briguer un autre septennat présidentiel en 2018, dans une motion de soutien au nom des « forces vives, élites intérieures et extérieures, militants et militantes du RDPC notamment les notabilités traditionnelles et religieuses du département du Mayo-Sava Sud ». À ce moment-là, personne, ni la presse ni les réseaux sociaux, n’avait fait attention à ce soutien un brin ubuesque. Pas plus tard que vendredi 29 janvier 2016, Cavayé Yéguié Djibril revient en force avec la signature, par un certaine élite, d’une motion de soutien et de déférence adressée à Paul Biya et lue au journal parlé de 20h à la CRTV. Cette fois-ci, au nom de toutes les trois régions du septentrion : Adamaoua, Nord et Extrême-Nord. Cette motion de soutien est motivée par « ses efforts constants déployés depuis son accession à la magistrature suprême, pour promouvoir la paix, la démocratie et la justice sociale au Cameroun, et singulièrement pour sa sollicitude et la haute confiance qu’il a toujours témoigné aux fils et filles du septentrion ».

C’est le 8 janvier 2016 que Martin Belinga Eboutou, directeur du cabinet civil de la présidence, a fait monter la vague de soutiens et, par la même, mis en branle une déferlante de critiques de la part des détracteurs du régime. Cette personnalité dite « forces vives » de la région du Sud a imploré, avec ses pairs du gouvernement originaire de la région du Sud, le président Biya d’accepter leur doléance. Dans un élan de campagne qui ne dit pas son nom, ces élites réaffirment leur « soutien granitique, total et exhaustif au chef de l’État pour les futures échéances électorales en même temps qu’elle supplie Dieu Tout Puissant de continuer de le combler de ses grâces en vue de la conduite toujours plus efficace des très hautes charges que le peuple camerounais lui a démocratiquement confiées ».

Le 20 janvier 2016, c’est au tour des sénateurs originaires de la région du Centre d’appeler une candidature de Paul Biya. C’est au cours de la cérémonie de présentation des vœux du Nouvel An au Président du Sénat, Marcel Niat Njifenji, que le sénateur Luc René Bell s’est fendu d’une motion de soutien en ces termes : « Nous, les sénateurs du Centre, nous pensons qu’il est très important de faire savoir au peuple les réalisations du Président Paul Biya. Il est en train de réaliser plusieurs projets dans notre pays. C’est pour cette raison que nous pensons qu’il doit continuer dans ce même sens pour atteindre son projet de l’émergence ».

Le quatrième appel vient de 36 administrateurs civils. Il s’agit des fonctionnaires issus de la prestigieuse École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) de la promotion 1997-1999. Ces fonctionnaires, dont Dieudonné Samba (nommé le 2 octobre 2015 « Conseiller spécial du Président de la République ») fait partie, ont pondu un communiqué dans le quotidien gouvernemental invitant Paul Biya « à ne pas hésiter un seul instant à répondre à l’appel grandissant du peuple camerounais auquel ils s’associent avec ferveur, de briguer un nouveau mandat présidentiel ».

La ville de Douala n’est pas en reste. Les élites RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), parti au pouvoir de la région du Littoral, se sont jointes au mouvement. Le mardi 26 janvier, lors des présentations des vœux au siège de la région, celles-ci ont remis au gouverneur, Ivaha Diboua, une motion de soutien destinée au président de la République. Le gouverneur d’une région, censée être politiquement neutre, se retrouve donc impliqué dans une affaire de soutien d’un leader de parti politique. Agit-il en tant qu’administrateur de la région ou à titre personnel ? Sera-t-il disposé à recevoir aussi les militants d’un parti de l’opposition qui souhaiteraient également le solliciter pour la candidature de leur leader ? D’ailleurs, en guise de réaction musclée, les partisans d’une retraite politique bien méritée du président Biya s’organisent déjà pour la rédaction d’une motion de « non-soutien » pour faire valoir ses droits à la retraite. Car, pensent-ils, la tension qui pollue déjà le climat politique est une belle occasion d’éviter de quitter les affaires par la petite porte.

Réactions : des appels à une alternance présidentielle

Les voix s’élèvent, comme d’habitude, pour décrier ce qu’on pourrait appeler une mascarade des militants et élites du parti au pouvoir. Ceux-ci ne cessent de multiplier des appels et des motions de soutien de la candidature de leur champion. Ces agitations, qui ont défrayé la chronique dans les médias, ont commencé à prendre de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Les internautes s’y sont mis et ont pris le relais, non pour appeler à une nouvelle candidature, mais pour justifier la nécessité d’accorder un repos mérité pour celui qui a servi l’État pendant 50 ans déjà. En effet, Paul Biya aura 85 ans en 2018. Ayant déjà occupé trois postes phares depuis sa carrière politique (ministre, Premier ministre et président de la République), certains pensent qu’après tant d’années de hautes fonctions, c’est le moment pour lui de permettre aux autres générations de gouverner.

À la suite des médias, les réseaux sociaux sont inondés de messages de colère pour s’indigner de la gourmandise des septuagénaires et « grabataires » qui « gravitent » autour du président de la République. Les internautes concluent, après avoir suivi l’actualité ponctuée par des motions de soutien, que faire valoir ses droits à la retraite n’a plus de sens et que le départ de Paul Biya du pouvoir sera considéré comme la mort politique de ses partisans. Ceux-ci veulent à tout prix, « forcer » Biya à entendre un autre « Appel du peuple », mais aussi préparer l’opinion publique à accepter une éventuelle candidature d’un homme que beaucoup croyaient en fin de carrière politique.

Ces appels et soutiens amplifient, depuis un certain temps, une tension et un climat politique déjà délétère, attribuable à une longévité qui frustre, poussant à bout ceux qui ont hâte de voir un autre visage. Une longévité qui fatigue et dont le renouvellement fera sûrement plus de déçus que d’heureux. Au pouvoir depuis 1982, presque quatre générations de Camerounais rêvent aussi d’avoir leur mot à dire. Cette frustration a déjà fait long feu et risque de devenir ingérable si l’on n’y prend garde. L’insécurité, avec les attentats suicides attribués à Boko Haram qui règne dans la région de l’Extrême-Nord depuis 2013-2014, ne serait-elle pas un signe avant-coureur ? L’occasion n’est-elle pas venue de s’inquiéter d’un éventuel embrasement en cas de statu quo politique ? Quelques intellectuels ont d’ailleurs proposé des solutions pour éviter un désordre de plus en plus certain.

Lire la suite : Paul Biya : l’incarnation du statuquo politique


Les leurres du lucre et du luxe de la brocante

Un petit tour dans les rues de Douala ne tromperait pas : la brocante rafle peut-être la vedette parmi les types de commerce qui marche le mieux. Il y a longtemps que cette activité n’était même pas connue dans nos rues. Il a suffi d’une petite évolution de la demande sur le marché pour qu’elle se développe.

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Le Cameroun connait, depuis les années 2000, un regain du commerce des biens et articles usés. En effet, la brocante est cette activité commerciale qui consiste à la vente d’objets usagers ou encore non utilisés et qui présentent déjà des défauts de non-respect des normes internationalement connues. Les articles qu’on rencontre dans le marché de la brocante sont aussi divers que variés. Tout est disponible : de l’habillement à la décoration d’intérieur, des meubles des salles de séjour aux ustensiles de cuisine. Les domaines comme l’informatique, l’électronique et l’électroménager font la pluie et le beau temps. Les articles et les appareils de sport, des jouets, des outils de métiers divers.

La brocante est une activité qui a fait son apparition au Cameroun à travers l’importation des véhicules européens et américains. Douala, étant la seule ville portuaire, en attendant l’ouverture du port de Kribi, a longtemps été considérée comme la porte d’entrée des véhicules importés d’occasion. La principale demande venait essentiellement des Camerounais eux-mêmes qui n’avaient pas les moyens de s’offrir un véhicule neuf. Évidemment, c’est comme ça qu’à la longue, les véhicules d’occasion deviendront pour les pauvres.

Le moyen le plus sûr d’avoir une voiture d’occasion était de débarquer avec une belle 4X4 à l’issu d’un voyage professionnel ou d’affaires. D’autres sollicitaient un ami ou une connaissance installée en Europe. Avec le temps, les importateurs prennent l’habitude de bourrer le véhicule d’objets précieux. Mis en cause, la limitation des bagages par vol sans oublier le coût excessivement élevé des excédents. Désormais, les voyageurs n’avaient plus le choix que de mettre les bagages dans les voitures.

Ces voyageurs revenaient au Cameroun faire de belles affaires avec les articles importés. Ces articles avaient la particularité de présenter des caractéristiques de qualité très appréciables par la clientèle. Au fait, l’insatisfaction et le regret que les Camerounais ont après l’utilisation des produits locaux les ont poussés à aller voir ailleurs. Plus encore, le phénomène de migration ou l’exil des jeunes vers les pays européens et américains n’est pas venu faciliter les choses. Face au chômage ambiant, une certaine conscience collective a le sentiment (naïf ?) que la meilleure façon d’échapper à la pauvreté c’est d’envoyer les jeunes à l’extérieur se battre. Du coup, aller chez les Blancs est devenu le rêve des jeunes qui veulent réussir.

L’opulence, l’ostentatoire et l’extravagance sont exhibées au pays par ceux qui y sont allés. L’appât du lucre a donc pris de l’ampleur et tout le monde veut vivre le luxe de l’Occident même sans avoir eu la chance et l’occasion d’y aller. Seulement, pour bénéficier de ce luxe, il faut se rendre dans les magasins et supermarchés des grandes villes comme Douala et Yaoundé. Ces commerces n’étant pas accessibles à tout le monde à cause des prix exorbitants ne seront visités que par la bureaucratie bourgeoise. Impossible donc de s’offrir un luxe à ces prix. Le recours aux voyageurs devient important. Du coup, la commercialisation des articles importés devient un business florissant à nul autre pareil. Les magasins de brocante naissent tous d’un bout à chaque coin de la rue. Un peu comme les bars.

Ce qui est cependant ennuyeux dans ce genre d’activité commerciale, c’est son côté informel. Elle reste une activité qui est encore exercée comme une débrouillardise.

En fait, la défaillance du système économique à absorber une main d’œuvre en chômage a favorisé le laxisme du corps de ce métier. Cette analyse peut aussi être valable pour les métiers issus de ce système : Ben-Skin, Call-Box, etc. Ce sont des métiers qui ne sont pas trop exigeants quant à la maîtrise d’un certain nombre de technicités particulière. Les jeunes, sous le coup de l’exode rural, arrivent en ville en masse et se surprennent en train de conduire une moto avec une journée au plus d’apprentissages sommaires de manipulation du frein et de l’accélérateur.

L’observation des activités du commerce de la brocante m’a donc conduit la dangerosité de la commercialisation d’un article particulièrement nuisible et responsable, en grande partie, des accidents répétés sur nos axes routiers quoique défectueux : les pneus d’occasion.

Le caoutchouc six ans après n’est plus de qualité

En général, les pneus ont une durée de vie maximale de 6 ans. Ça veut dire, en d’autres termes, qu’un pneu neuf de 6 ans est hors d’usage. Depuis des lustres donc, les autorités camerounaises, si promptes à interdire les meetings de partis politiques ne daignent interdire la commercialisation de ces pneus d’occasion responsables des hécatombes sur nos routes.

Voici quelques caractéristiques suffisantes et pouvant permettre à chacun de faire une opération de contrôle ou de vérification :

Sur tous les pneus du monde, il y a la taille, le nom du fabricant et d’autres détails. Mais il y a également et surtout cette référence :
<< 237 >> qui signifie que le pneu a été fabriqué à la 23ème semaine de l’an 1997
<< 463 >> qui signifie que le pneu a été fabriqué à la 46ème semaine de l’an 1993
<< 1402 >> qui signifie que le pneu a été fabriqué à la 14ème semaine de l’an 2002

Ces références permettent de savoir quand a été fabriqué un pneu. Il est scandaleux de constater qu’il y en a en Occident qui utilisent un pneu jusqu’à l’usure, c’est-à-dire 6 ans. Et patatras, ces pneus sont donc importés au Cameroun. Imaginez-vous dans une bagnole avec ce genre de pneus ?

Comment réguler cette activité de vente de pneus d’occasion

Ainsi, des voitures transportant des vies humaines, des camions, transportant des produits de nos productions agricoles ou industrielles, roulent avec des pneus usagés et hors d’usage. L’importation des pneus d’occasion devrait être purement et simplement réduite à sa plus simple expression.

Pour la mise en place d’un secteur sain de commercialisation de pneus, il faut absolument interdire l’importation de ces pneus et convertir les opérateurs du secteur à choisir désormais les pneus neufs. Vous me direz certainement que je suis trop excessif et que la solution sera inopérante à cause de la corruption. Voici comment le ministre de transport pourrait procéder si jamais il optait pour l’interdiction :

— Inutile de prendre des arrêtés d’interdiction. Un projet de loi au parlement ayant pour objectif de mettre les taxes à l’importation des pneus neufs et pneus d’occasion à un tarif identique.

— Il ne faudra pas la sorcellerie pour le contrôle. Les importateurs de pneus d’occasion seront soumis à un contrôle SGS sur la date de fabrication des pneus à l’arrivée au port autonome de Douala

Ce mécanisme fiscal va simplement rendre l’importation de pneus d’occasion inopérante. Plus encore, le mécanisme de l’offre et de la demande rendra moins cher les pneus neufs. Et, de toutes les façons, la clientèle, je veux dire le citoyen, sera finalement le principal gagnant. Il aura ainsi un pneu pour au moins 5 années au lieu d’en acheter plusieurs par an. Avec cela, on ne va pas, par extraordinaire, supprimer les accidents sur nos routes. Mais si, on ferme les trous, on refait les traits et panneaux de signalisation et que tous les pneus sont de qualité il y aura à coup sûr une incidence sur le pourcentage des accidents sur nos routes. Ce sera aller dans le bon sens… vers les autres actions à mener.

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Haro à la mort de la brocante !

Dans la même lancée, pourquoi nous habillons-nous avec des habits usés alors qu’il est possible de ressusciter ces tailleurs chez qui papa nous traînait pour prendre les mesures et qui nous produisaient des culottes et des chemises de qualité ? Regardons avec quel doigté des chemises pagnes sont produites. Cela veut simplement dire qu’en prenant des mesures d’accompagnement on pourrait créer des emplois, des entreprises de prêts-à-porter. Et par de là booster les métiers connexes.

Il n’y a aucune fierté à se coucher sur des draps usagés. Il n’y a aucune dignité à porter un caleçon déjà porté. Tout cela pour une question de pouvoir d’achat. Si nous étions gouvernés, les mécanismes existants seraient simplement utilisés pour que l’industrie textile se lève, se révèle et devient aussi exportatrice et, pourquoi pas, expansionniste. On trouve dans plusieurs capitales du monde des habits faits à base des matières locales à des prix abordables. Pourquoi chez nous les produits locaux sont-ils un luxe alors qu’ils appartenaient aux pauvres auparavant ? Que faisons-nous donc avec le coton que nous produisons ?

Même les autorités s’y mettent ! 

Le luxe de la brocante n’est pas seulement une affaire de petit peuple. Même les autorités qui ont l’habitude recevoir des dons sont inondés par des objets de seconde main. Le ministre délégué chargé de la défense, Beti Assomo, a réceptionné ce jeudi 21 janvier dernier un don composé de « 11 véhicules tactiques P4, de leurs armes collectives et de leurs postes de transmissions, de 40 gilets pare-balles et d’autant de casques » des mains de Christine Robichon dans le cadre de leur mission de défense nationale.

Beaucoup d’opinion jugeait ces types d’appareil de seconde main, donc désuets. Du coup, il se dégage comme une sorte de ras-le-bol des aides reçues par les pays dits pauvres en provenance de l’Europe. Cette tendance à la consommation des objets usagers a laissé justement penser aux autorités des pays comme la France que tout ce doit être destiné à la poubelle peut être renvoyé en Afrique et au Cameroun. Les Camerounais creusent eux-mêmes leur propre tombe en considérant la brocante comme des objet de luxe et les moins chers. Le résultat peut donc être tout simplement catastrophique comme je l’ai expliqué plus haut en prenant l’exemple sur les pneus.

Comment peut-on concevoir la dignité d’un peuple quand celui-ci utilise des petites cuillères que d’autres ont jetées ? Comment pourrais-je offrir une peluche atteinte de calvitie à mon fils ? Et comment donc utiliser des verres, des tirs bouchons jetés sous d’autres cieux ? Bref, comment dans un pays producteur de bois en vient-on à consommer du bois, des meubles d’occasion ?

Bon week-end !


« Bienvenue Maman Christine »

La dame forte du Fonds Monétaire International (FMI), Christine Lagarde, était en visite au Cameroun, du 7 au 9 janvier 2016, invitée par Paul Biya. Pour l’histoire, il y a plus de 20 ans déjà que le Cameroun n’avait plus reçu un(e) DG du FMI. Jusqu’ici, le Cameroun était habitué aux visites qui riment avec les gros et vieux concepts : les plans d’austérité et d’ajustement structurel, les plans de gestion du budget et de dévaluation de la monnaie, sans oublier les bêtes noires, comme les coupes de salaire et autres restrictions budgétaires.

christine_lagarde_orphelinat_670Christine Lagarde n’avait pas, dans sa valise, ce qui fait souvent peur aux gouvernants. Je me rappelle que c’est sous l’impulsion, voire la pression, du FMI que Paul Biya a été obligé de procéder deux fois à la coupe de salaires des fonctionnaires, en 1993, juste après la dévaluation de notre pauvre FCFA. Cette mesure avait été prise pour mettre fin à cet État-providence qui donnait à manger à tout le monde. Un État distributeur de richesses, quoi. L’État camerounais était alors détenteur de la plupart des entreprises qui constituaient un portefeuille puissant, permettant non seulement de garantir les maigres emplois, mais aussi de maintenir un tissu économique (quoique précaire). Parmi tant d’autres, il y a les exemples de la Sonel, devenue Eneo, de la Snec devenue La CDE, et de la Regifercam devenue Camrail. Ces entreprises sont entre les mains de propriétaires privés, sous la pression du FMI. C’est le FMI qui a dit aux gouvernants camerounais, « votre gestion est calamiteuse, donnez ces entreprises au privé pour booster votre économie ». Le même FMI a demandé à ces mêmes gouvernants de diminuer les charges salariales mensuelles, afin de réaliser des économies et booster ainsi les projets d’infrastructures. Paul Biya a plutôt trouvé une astuce qui, heureusement ou malheureusement, diminue de plus 70 % le salaire des hauts fonctionnaires camerounais et des élites fortunées. D’aucuns ont cru entrevoir un tsunami dans les jours à venir. Que Nenni. Il fallait être naïf pour ne pas comprendre que les Camerounais sont plus astucieux que leur président. La corruption a pris de l’ampleur à telle enseigne que même Paul Biya est lui-même dépassé par les événements.

Cette histoire rocambolesque de détournement de deniers publics, liés à l’achat de l’aéronef présidentiel, n’a pas fini de passionner les débats. Les mesures de restrictions du FMI dans les dépenses de l’État ont amené Paul Biya lui-même à solliciter le Directeur Général de la compagnie aérienne, ex-Camair (Cameroon Airlines), pour l’achat d’un avion. Ainsi, les fonctionnaires du FMI n’allaient pas vite imaginer la roublardise de Paul Biya, qui voulait leur faire croire que c’était la Camair, et non l’État, qui allait acquérir un nouvel aéronef à but commercial. Ce qui est pourtant marrant, c’est que les hauts fonctionnaires, ayant compris la manœuvre de leur chef, ont mis le pot aux roses en organisant un gigantesque détournement de fonds qui a conduit le DG de la Camair, le Secrétaire Général de la Présidence de la République, le ministre de l’Administration Territoriale, et bien d’autres encore en prison. Si cette opération avait réussi, personne n’aurait compris comment, avec une restriction budgétaire, le président de la République pouvait avoir le toupet de s’offrir un avion dans un contexte de pauvreté.

En tout cas, depuis que le Cameroun, sous l’impulsion de Paul Biya lui-même, a sollicité à faire partie des membres du FMI, les rapports restent plus ou moins tendus. Une visite de Lagarde a même fait dire à beaucoup de gens qu’elle venait faire le bilan des privatisations et des dégâts des mesures imposées par cette institution financière internationale. Non, Maman Christine sait très bien que ces mesures du FMI ont accouché d’une souris. Les entreprises de gestion de l’électricité, de l’eau et du transport ferroviaire ont été privatisées et laissées entre les mains des privés. Elle sait aussi qu’il existe une tension dans l’opinion, qui ne comprend pas qu’un autre pays, la France ou les Etats-Unis par exemple, puisse contrôler une monnaie qui n’est pas la sienne. Elle n’ignore pas que les Camerounais ont marre de se sentir sous la botte d’un pays étranger, fût-il puissant. Elle ne peut pas ne pas savoir qu’un vent teinté de panafricanisme hostile à une quelconque autorité tutélaire est en vogue au Cameroun.

Quand la patronne du FMI est au parfum de ce climat, sachez qu’elle va toujours se méfier de toutes les déclarations qui frisent l’indécence. À la question des journalistes, qui veulent savoir si elle est venue au Cameroun pour tirer les oreilles de Paul Biya (pour n’avoir pas respecté les consignes des fonctionnaires du FMI), elle s’est toujours fendue en courtoisie et crié à tue-tête qu’elle vient pour une « assistance technique ». Une assistance qui a eu les effets pervers que l’on sait, mais qui n’a pas évité de faire dire à la chère visiteuse des orphelins que le climat des affaires est morose au Cameroun.

Maman Christine a, comme il n’est pas de coutume, visité Douala, la capitale économique. Pour info, des visites de ce genre se limitent généralement à Yaoundé, capitale politique. Elle est venue à Douala rencontrer les opérateurs économiques de tout bord : une quinzaine de femmes leaders, à l’Hôtel Pullman, les représentants du secteur privé et des organisations de la Société civile, à la Direction régionale de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC).

J’ai entendu des enfants orphelins crier en cœur : « Bienvenue Maman Christine ! ». Voilà qui en dit long sur les relents d’apaisement pour une visite qui avait au départ, pour certains d’entre nous, des relents de tensions. Pour embellir sa visite, elle n’est pas venue les mains vides. Un pactole de 7 500 dollars a été offert à cet orphelinat, vieux de 25 ans, qui n’attendait que des occasions pareilles de dons pour vivre et survivre. Nous devons vivre la main dans la main, nous entraider en solidaire. Pouvait-on imaginer dans la mine qu’affichait la fondatrice de l’orphelinat « Main dans la main », Mme Marie Siste Nomo Messina, qui s’est vue obligée de mettre les petits plats dans les grands. Les chants, les pièces d’humour et les one-man-show, les poèmes et surtout les danses à n’en plus finir.

Oui, maman Christine a aussi dansé. Des pas de danse aux rythmes de chez nous. Imaginez un peu une blanche en train d’esquisser des pas de danse qu’elle n’aurait jamais imaginé exécuter. Il fallait être là pour voir. Nonchalante dans ses pas, mais magnifique tout de même. Cette curiosité pour une visite d’affaires, une visite professionnelle et purement « technique », a été une grande première. Beaucoup de questions ont donc été posées sur cette étape de sa visite : la fondatrice de l’orphelinat en avait-elle fait la demande ? Si oui, le FMI, où la tendance est plutôt capitaliste que philanthropique, en acceptant cette demande, voulait-il marquer les esprits ? Voulait-il faire dire aux Camerounais que le FMI a aussi un cœur ? Si non, quelle était le critère du choix de l’orphelinat qui, par rapport aux autres, qui manquent de dortoirs, n’est pas si mal loti que ça. Loin de moi l’intention de dire que « Main dans la main » n’a pas droit à une aide. Il est juste question ici de m’interroger sur ce choix qui, pour quelqu’un comme moi, qui côtoie les orphelinats souvent, est quand même problématique.

Maman Christine n’est donc pas venue, comme on avait coutume de le voir chez les patrons des institutions financières internationales, faire des injonctions, donner des ordres. Elle est venue pour conseiller, dit-elle, mais aussi danser avec les orphelins en leur donnant leur sourire aux dollars. Malgré tout, les Camerounais ont toujours la gorge nouée, quand ils se rappellent encore des désastres causés par ces mesures draconiennes qui frisent le Rubicon. Sa visite a-t-elle mis de l’eau dans le vin ? Je peux en douter.


« Generation Change » et la problématique du bénévolat au Cameroun

Il y a des actions dont la primeur sur l’actualité n’a plus d’importance. Des actions qui ne sont que des bribes parmi les nombreuses faites individuellement et ceci dans l’anonymat le plus total. Des actions qui sont ainsi au service de l’humanité, de l’humaine condition, du bien-être tout court et qui, de ce fait, participent au développement de la cité et de l’homme dans sa globalité et sa complexité. Il y a des actions, disais-je, qui ne doivent être considérées que pour ce qu’elles sont et non pour ce qu’elles sont censées être.

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Précisions sur les concepts

Les actions comme on aurait voulu les voir ne sont, en définitive, que celles que les uns et les autres voudraient qu’elles soient. En fait, c’est pour dire que les actions, qu’elles soient politiques, culturelles et surtout sociales, ne sont que ce que les autres pensent d’elles, malgré le sens humain que les instigateurs, ou si vous voulez les auteurs et les acteurs de la société à laquelle ils appartiennent, voudraient leur donner.

Ce qui m’amène à rédiger cette chronique, la première de l’année 2016 qui a commencée, c’est cet amer constat selon lequel la problématique du bénévolat est un débat qui ne finit pas de déchaîner des passions au Cameroun. Quoiqu’étant considéré comme une action sans but lucratif, le bénévolat ne saurait être considéré comme une action n’ayant aucun intérêt personnel. Pour faire court, je me limiterais aux auteurs comme M. Mauss et R.T. Fitch qui, dans la théorie du don pour l’un et la théorie du bénévolat pour l’autre, démontrent avec suffisance les motivations des acteurs dans un contexte humanitaire.

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Les débats créés autour des initiateurs du bénévolat tournent toujours autour des intentions supposées cachées de ceux-ci. Fondamentalement, toute action humanitaire ou bénévole, quoiqu’à but non lucratif, procure un certain intérêt ou un intérêt certain. C’est selon…. Ces deux théories nous font comprendre que les échanges, dans toutes sociétés humaines, qu’ils soient marchands ou archaïques, ont toujours été considérés comme étant des éléments de liens sociaux qui consolident le vivre ensemble. En clair, chaque être vivant appartenant au monde des humains doit se considérer comme un maillon de sa société. Il a une « obligation sociale » de se sentir concerné par les souffrances de l’autre qui a besoin de lui. Pour Fitch, se mettre à la disposition des autres en lui apportant un don (service, santé, hygiène, etc.) est non seulement une source d’expériences et d’acquisition de compétences chez le donateur, mais cela fait surtout partie de cette obligation ou solidarité sociale selon l’adage « aujourd’hui c’est toi, demain ce sera moi ou quelqu’un des miens et de ma famille ». Cette « obligation sociale » chez Fitch et que Mauss appelle « l’esprit de la chose donnée » est en quelque sorte une règle ou une loi tacite qui oblige les uns et les autres à se rendre mutuellement service. Comme une roue dans un engrenage qui doit jouer son rôle sans lequel les autres roues ne pourraient fonctionner. Il suffit que seules deux ou trois roues sur cinq fonctionnent bien pour que les deux autres tournent aussi. En fait, ces roues défaillantes sont entraînées par les deux ou trois autres pour ne pas arrêter la chaîne. C’est en réalité la théorie du fonctionnalisme de Parsons ou du structuralisme de Comte et de Durkheim qui sont mises en exergue ici pour montrer comment les maillons d’une chaîne doivent se tenir et donner à la société un espace de vie. L’holistique est le seul élément qui différencie ces approches de Mauss et Fitch d’une part et de Parsons et Comte d’autre part.

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Et « Generation Change » (GC) ?

L’année 2015 a été particulièrement riche en actions de bénévolat dont le champ de théâtre fut les réseaux sociaux. Mon champ d’intervention sociologique étant le travail social, j’ai participé, comme chaque année, à plus d’une action plus ou moins populaire et qui mérite bien une attention particulière.

« Generation Change » est donc ce « mouvement de citoyens camerounais qui œuvre pour le changement, d’abord de soi, et ensuite de son environnement » et qui a eu un écho retentissant à travers Facebook. Patrice Nganang, le géniteur de ce concept, est parti d’un constat que la mentalité des Camerounais est ce qu’il y a de plus urgent à changer. Le comportement responsable, la propreté de son corps, d’autrui et de son environnement sont des éléments qui comptent pour l’accomplissement d’un bien-être, d’un mieux-être des habitants d’une cité. Generation Change est loin d’être seulement un mouvement de pensée. Sa philosophie est plutôt basée sur la conscientisation d’un nouveau type de comportement, d’un nouveau style de vie avec pour socle le respect de soi, de l’autre et de la nature nécessaire à la vie en société. Évidemment, le concept ainsi formulé donne à voir que la société est dans un tel abîme qu’il serait malhonnête, pour Patrice Nganang, de ne pas penser à un changement radical de l’Homme en lui-même. Ce changement ne passera pas seulement par l’éducation, l’enseignement, comme il le fait si bien dans son compte facebook depuis presque six ans, mais par un appel à l’esprit de corps, de solidarité.

L’inspiration de Patrice Nganang ? Cet enseignant et écrivain de son état n’est pas allé chercher loin. C’est l’acte déclencheur de la révolution tunisienne qui a fait dire à beaucoup, et à lui en premier, qu’il faut aussi compter sur les réseaux sociaux pour espérer atteindre le cœur et la sympathie des gens. Bien que Generation Chande ait pour ambition de voir un jour les hommes libérés du joug de l’irresponsabilité citoyenne, aucune révolution, à l’instar de la « révolution orange » comme celle de l’Ukraine, et de la « révolution du jasmin » du Portugal ne doivent être considérées pour acquis sans une certaine conscientisation, une certaine éducation. Les hommes qui savent se tenir la main les uns les autres, en solidaire, qui luttent pour leur vie, leur survie, bref leur existence par la préservation de leur santé et la protection de leur environnement savent prendre leur responsabilité en main. C’est une condition siné qua non pour être la roue, celle-là qui transmet cette responsabilité aux autres. Pour Generation Change, il s’agit bien d’un nouveau type d’homme à façonner pour une révolution de la mentalité.

Convaincu par une possibilité de mettre en relation le monde réel et celui du virtuel, Patrice Nganang a été obnubilé par les effets de la « révolution facebook » en Tunisie. C’est cet acte déclencheur, l’immolation du vendeur de fruits Mohamed Bouazizi, 26 ans, qui avait fait dire à l’homme de Generation Chande qu’en cette période du 21ème siècle, l’avenir du Cameroun va sûrement se dessiner sur la Toile. Plus tard, ce constat a été confirmé avec le forum « Le balaie Citoyen » du Burkina-Faso, instigateur de la chute de Compaoré. Du coup, le choix de Patrice Nganang de faire donc de facebook le point d’ancrage de ses actions par des appels au foundraising humanitaire est loin d’être considéré comme une naïveté. La posture et le rang social de l’écrivain n’ont pas laissé indifférents les détracteurs. Las de trouver la bête noire, ceux-ci nourrissent la Toile des soupçons de paternalisme et de partisannerie ternis par les critiques pour donner à l’acte de l’écrivain des colorations inhumaines bourrées d’intérêts de recherche de crédibilité auprès d’un public médusé sur ses prises de position contre un pouvoir, un système qui a plongé et continue de plonger le Cameroun dans l’abyssale et l’abîme, dans « le cabinet » selon les propres termes de l’écrivain.

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le rappeur Hobskur en tee-shirt Generation Change

Malgré tout, avec presque 8 actions d’investissement humain et 1 de construction d’ouvrage public déjà réalisé et 1 en cours de réalisation sont mises dans l’escarcelle de Generation Change malgré les hics et les couacs. Il y a, entre autres, les investissements d’hygiène et de salubrité et la construction d’une passerelle dans les quartiers Biyem-Assi, Briqueterie et Nsimeyong qui font aujourd’hui la fierté des habitants de Yaoundé, la capitale. Ce sont des réalisations entreprises au cours de l’année 2015 et dont la mamelle nourricière est le foundraising. Basé sur une collecte de fonds où les volontaires cotisent librement à travers l’achat d’un tee-shirt estampillé Generation Change ou encore en faisant un don par l’adresse Pay Pal du mouvement. Generation Change a aussi mobilisé des bénévoles qui ont accepté de participer en apportant leurs expertises en main d’œuvre. Manœuvres, ingénieures, restauratrices ont marqué leur pierre dans l’édification, non d’une construction infrastructurelle, mais d’une construction d’un “nouveau type de Camerounais”. Celui-là qui se prend en charge lui-même, qui décide lui-même de son destin, qui n’attend pas que les autres le fassent à sa place malgré la défaillance d’un système engloutie dans les fosses septiques.

Si j’ai tenu à faire de Generation Change mon coup de cœur pour la nouvelle année 2016, c’est pour marquer mon entière adhésion à cette action ô combien noble. Depuis le début des actions, j’ai beaucoup réfléchi sur la manière dont je parlerais des actions de Generation Change sans verser dans l’apologie et d’éloge dithyrambique. Depuis quelques mois, le projet qui mobilise déjà beaucoup de donateurs et de bénévoles, la construction de quatre salles de classe d’une école primaire de Madagascar, quartier populaire de Yaoundé, attire mon attention. C’est où m’est donc venue l’idée de cette première chronique pour souhaiter la bienvenue à 2016 avec comme vœux la réalisation effective de ce projet utile pour l’éducation des enfants indigents de la capitale. Le point culminant du foundraising de 2015 a été le concert donné à Paris par le rappeur Hobskur le 20 novembre.

Generation Change est un appel à la solidarité, à la responsabilité des conséquences néfastes de nos actions sur autrui et sur la nature. Le mouvement n’a donc rien à voir avec l’activisme béant et stupide qui lui est honteusement attribué. C’est mon coup de cœur pour la portée sociale d’une action fusse-t-elle menée par celui qui se fait appelé « Concierge de la République » pour le rôle qu’il s’est lui-même donné et que tous les écrivains, comme lui, devraient avoir. 2016 sera, pour moi, une année pleine d’actions, comme l’a été 2015.

Voilà mon principal challenge et que je vous convie de partager avec moi.

Bonne et heureuse année 2016


Au Cameroun, les handicapés crient, les gouvernants s’engraissent

Les handicapés crient et continuent de crier. Le 3 décembre 2015, les personnes handicapées célébraient, comme à l’accoutumée, leur journée internationale. L’occasion était donnée à ces personnes, qui luttent incessamment pour leur dignité et leur reconnaissance, de marquer les esprits par une marche, comme elles en ont l’habitude. Mais, depuis lundi 28 décembre 2015, les images sont honteuses. Ces clichés ont fait le tour du monde. On y voit le sit-in des aveugles, vice-champions de la Coupe d’Afrique des Nations cécifoot, réclamant à cor et à cri leur prime.

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La marche du 3 décembre 2015 à Douala pour réclamer la signature du décret d’application de la loi de 2010

L’histoire des personnes à mobilité réduite, que je me propose ici d’appeler « handicapées » pour des raisons de commodité linguistique, date de la création de l’Etat. Les luttes pour la reconnaissance de leur statut et le respect de leurs droits sont malheureusement butées par les préjugés et les prénotions abjectes. Le seul problème qui demeure d’actualité aujourd’hui est celui de la reconnaissance, par l’Etat Camerounais et par toutes ses institutions, de l’existence d’une catégorie de personnes dites « handicapées ». Il serait judicieux de situer le contexte.

Le contexte

Le Cameroun a connu deux lois (en 1983 et en 2010) dont le principal défaut restait, et reste, un décret d’application sans lequel ces droits ne peuvent être accordés. En 2010 que le Parlement camerounais vote une loi sur la protection des droits des personnes handicapées qui sera, par la suite, promulguée par le président de la République en février de la même année. A la lecture de ladite loi, beaucoup d’observateurs, y compris les premiers concernés, sont surpris de découvrir que certaines dispositions requièrent la signature d’un décret d’application pour que la loi soit entièrement appliquée. A titre d’exemple, parmi tant d’autres, la mise en place des institutions socio-médicales de prise en charge des personnes handicapées est régie par voie réglementaire. Ces dispositions se trouvent dans les articles 21 et 22. Pour rappel, la première loi votée en 1983 a connu une latence de 7 ans avant d’avoir son décret d’application en 1990. A cette date, les premières réflexions sur les propositions de la prochaine loi étaient entamées. En d’autres termes, la signature du décret d’application de la loi de 1983 est tout juste signée que celle-ci était déjà désuète. Aujourd’hui, 5 ans déjà après la légalisation de la loi de 2010, nous en sommes encore à la recherche de la fameuse signature de ce décret, qui sera le levier pour une prise en charge efficace.

Malgré cette insuffisance, les bénéficiaires de cette loi ne comptent pas attendre la signature d’un quelconque décret. Conscient des intérêts d’un système nombriliste et mercantiliste, il est nécessaire de prendre les devants, se mobiliser en alertant les consciences sur la nécessité de prendre en compte les acquis de cette loi.

La mobilisation

Une mobilisation a, depuis, lieu chaque année pour garantir ne serait-ce que l’accès à l’éducation (articles 28 à 31) et à la santé (réadaptation et rééducation : articles 20 à 23) des enfants. Ceux-ci ne demandent qu’à aller à l’école comme tous les enfants de leur âge. Les campagnes sur les inscriptions dans les écoles, les collèges, les lycées et les universités publiques sont lancées dans les médias pour inciter les parents à faire le pas de la décision. Les associations, avec l’aide de quelques bonnes volontés des services sociaux du ministère des Affaires sociales, se mettent à la tâche malgré des réticences des directions de certains établissements.

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Le sit-in des footballeurs aveugles (cécifoot) réclamant leur prime

Fort opportunément, depuis 2010,  les associations de personnes handicapées, constituées en collectif, s’unissent pour crier d’une seule et même voix. La dernière manifestation a eu lieu le 3 décembre dernier. L’objectif est de mobiliser les énergies et diverses ressources pour aboutir à cette signature si précieuse. Ces cinq années ont montré que le Camerounais handicapé est plus mendiant qu’avant 2010. Cinq années pendant lesquelles aucune institution de prise en charge n’a vu le jour. Normal, puisque le décret d’application n’a pas été signé. Cinq années pendant lesquelles les enfants handicapés ont été refoulés des écoles et refusés d’accès à l’éducation, faute de frais de paiement des droits inscription. Cinq années pendant lesquelles les enfants et leurs parents ont été humiliés, chassés comme des malpropres, comme des mendiants qu’on n’accepterait même pas dans une mosquée ou dans une église. Le bilan, à mi-parcours, de l’année scolaire 2014/2015 est plutôt désastreus pour beaucoup d’enfants handicapés ou nés de parents handicapés. Des exclusions intempestives, au milieu des examens de fin de premier trimestre, ont fait des frais de ces enfants indigents. Ce bilan amer a été mis à nu le 3 décembre dernier au cours de la célébration de la journée internationale des personnes handicapées. Après une marche pacifique dans les artères de la ville de Douala, un rassemblement a eu lieu à la préfecture du Wouri avec la présence de Mme la Déléguée régionale du ministère des Affaires sociales pour le Littoral (MINAS) et du préfet du département du Wouri. Une foule déchaînée, constituée en majorité de handicapés, hurlait en chœur et de manière répétitive : « Signez le décret d’application ».

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Message sur la pancarte à méditer : « C’est parce qu’on ne voit pas qu’on n’a pas le droit d’avoir notre argent? »

Pourquoi ce décret d’application traîne à être signé par le président de la République depuis 2010, me demanderez-vous ? Il n’existe nulle autre réponse que le mépris de la personne handicapée. Une foule d’exemples ne manque pas pour illustrer cette stupeur. Le plus récent et le plus pathétique reste ce sit-in organisé à Yaoundé par les footballeurs aveugles vice-champions de la CAN cécifoot qui s’est déroulée à Douala du 16 au 26 octobre 2015. Le sens de l’humanisme n’existe-t-il pas chez nos dirigeants, grassement nourris au frais du contribuable ? Même par pitié, pourquoi n’accorderaient-ils pas une prime pour ces Lions Indomptables de cécifoot ? En cette fin d’année, il fallait le prévoir, ce sit-in de la honte. Des images de la honte faisant le tour des médias et de la Toile au Cameroun. D’une certaine manière, cela donne raison à Transparancy International, qui fait du pays de Roger Mila le deuxième pays le plus corrompu d’Afrique. Evidemment, le blogueur que je suis, et beaucoup d’autres encore, seront toujours pris pour cible comme ces 27  journalistes-citoyens tués dans le monde dans le cadre de l’exercice de leur métier.

Cette bataille rude et téméraire a valu aux associations une véritable reconnaissance par certaines ONG internationales et quelques multinationales installées au Cameroun, sans oublier les institutions diplomatiques qui n’ont jamais cessé d’apporter leur soutien indéfectible dans la scolarisation des enfants du primaire.

Vous aussi vous pouvez vous engager en vous mettant dans les rangs. Il suffit d’ouvrir le lien de cette pétition, dont l’objectif est de susciter un intérêt collectif autour du sort de ces enfants qui ne demande que d’aller à l’école. Le mémorandum qui sera adressé au président de la République sera accompagné de cette pétition. Nul doute que certains, parmi vous, n’accordent plus un grand intérêt aux pétitions qui pullulent sur le net. Pourquoi ne pas agir au lieu de ne rien faire ?

SIGNEZ LA PETITION ICI

Tchakounte Kemayou


Portrait-robot des camerounais qui écument les réseaux sociaux (2)

Pour la suite de l’affaire, j’aborde ici le cas des internautes qui n’ont rien à foutre avec la rationalité. Pour ceux-ci c’est le défoulement qui les intéresse. Ne pensez surtout pas qu’ils ne sont pas au faîte de l’actualité. Dans cette catégorie, il est quand même fort probable de trouver ceux qui ignorent ce qui se passe au pays, mais ils ne sont pas pour autant naïfs. Bons blagueurs, malheur à vous, ne les prenez surtout pas pour les enfants du Bon Dieu !1926.jpg22222Les querelleurs et querelleuses

Ils ne s’intéressent qu’à des sujets à polémique, là où il y a le kongossa, le commérage et les « on a dit que… c’est tel qui a arraché la femme de tel » ou encore « … c’est tel qui a détourné l’argent des  membres du forum qui ont cotisé pour venir en aide à tel ». Ce sont des Camerounais adeptes de la bagarre. En langage populaire, on les appelle « ceux qui aiment la tcham ». Oui, il faut le savoir, même sur la Toile, on peut bagarrer, et les Camerounais le font si bien, détrompez-vous. Une étude de ces personnalités dévoilerait sûrement des affaires personnelles de dessous de table, et surtout des règlements de comptes à boucler, ou simplement une envie de se défouler. Mais, détrompez-vous encore, ce sont des personnes à visage découvert pour la plupart. Ils n’ont pas de pseudonyme, ni de photo « photoshoppée ». Ils sont prêts à « régler votre compte » si vous piétinez leur queue. La meilleure façon de les provoquer c’est de leur faire la morale. La particularité de cette catégorie est qu’elle est plus écumée par la gent féminine : les provocatrices. Elles ont déjà jeté leur honneur et leur dignité à la poubelle. Leur secret ? Elles vont fouiner votre profil et malheur à vous si vous avez un défaut sur votre physionomie. C’est le jour là que vous saurez pourquoi la force de la femme c’est dans sa bouche, pardon, dans son clavier. Vous insultez leur famille, elles insultent la vôtre. Full stop.

Les amoureux et les dragueurs

Ils ne sont là qu’à se préoccuper des sujets qui ont trait à l’amour : comment aimer, comment dompter son mari au lit, comment réussir à séduire efficacement une belle femme dans la rue, comment faire durer une relation amoureuse. Tout y passe, sans oublier des histoires de jalousie amoureuse. Si l’on se penche sur l’étude de personnalité de ces internautes, on ne sera pas surpris qu’ils soient, pour beaucoup, à la recherche d’un partenaire, pour ceux qui n’en ont pas, ou encore ils vivent une sorte de peur et d’angoisse de perdre leur partenaire pour ceux qui en ont déjà sans oublier ceux qui doutent et ne considèrent pas leur partenaire comme leur âme sœur.

Dans cette catégorie, on découvre aussi des dragueurs. Ceux qui ne sont là qu’à lancer les graines de maïs aux poules perdues dans la nature. Le lancement des graines se manifeste par la méthode qui consiste à sortir des débats en envoyant de belles petites paroles ou alors en attaquant frontalement leurs cibles par des méchancetés. Celles qui se hasarderaient à les picorer tomberont dans les griffes de ces éperviers. Évidemment, les dragueurs ne sont pas tous, les enfants de chœur. Les déceptions ici sont même plus légion. Parfois la tcham quitte le forum et s’installent dans la messagerie privée des deux protagonistes : c’est la drague in box. Ne vous détrompez pas, ce n’est pas la tcham qui continue là-bas, c’est l’appel au calme prôné par le lanceur de maïs et qui pourra se terminer là où vous imaginez. C’est pour ça que l’adage selon lequel « l’amour commence toujours par la haine » n’est pas un vain mot.

Les sensibles

Ils ne s’intéressent qu’aux faits de société : les infos sur les accidents de la circulation, sur les braquages, les avortements, les bébés volés en plein jour dans un hôpital de référence à Douala et à Yaoundé, les assassinats et que sais-je encore ? Ils sont très sensibles et méfiez-vous de les piétiner, même par inadvertance. Ne venez surtout pas jouer aux intellos ici. Vous risquerez d’endosser la responsabilité ou d’être l’un des complices ou même les auteurs de ces crimes. Les présumés coupables présentés par la police dans les médias sont tout de suite considérés comme des condamnés à mort. Pas question de leur attribuer un quelconque bénéfice du doute. Vous comprenez donc que Facebook est venu sauver ces présumés coupables. Avant, ces présumés coupables étaient tout simplement, carrément et simplement lapidés. C’est la justice populaire devenue aujourd’hui ce que je peux appeler justice virtuelle. Aujourd’hui, bien que ce phénomène de justice populaire existe encore, il a bel et bien diminué, car les Camerounais se recroquevillent sur les réseaux sociaux pour « verser » leur colère. Mais alors, ce qui est curieux ici, c’est que les sensibles ne le sont plus lorsque les gens sont taxés d’êtres des homosexuels et menacés de mort. La sympathie qu’ils avaient pour les victimes des braquages, par exemple, devient l’antipathie lorsqu’il s’agit des homosexuels parce que pour eux, c’est plutôt les homophobes qui sont les victimes des homos. Pour cette catégorie, les homos sont considérés comme des adeptes des loges et des sectes maléfiques.

Les évangélistes

Ils aiment parler de Dieu et des croyances. Parfois ils écrivent leur prière pour suggérer au Bon Dieu d’avoir pitié de ceux qui les lisent. Tous les jours, ils ne manquent pas à dire et trouvent toujours des arguments et le temps d’inviter les autres à se repentir et à se convertir le plus vite possible, car la fin du monde est proche, disent-ils. Généralement, ce sont des adeptes de Jésus et de Mohamed. N’allez surtout pas leur dire que vous pratiquez le « culte des crânes » comme ça se passe dans la spiritualité Bamiléké. Ils vont vous tancer de sorcier envoyer au diable et vous souhaitez l’enfer et la mort éternelle, car, disent-ils, c’est à cause de vous et votre sorcellerie que le terrorisme sévit dans le monde. Malgré les recommandations divines « ne jugez point », eux ils jugent et savent eux-mêmes qu’ils sont des enfants de Dieu et les autres les enfants de Satan. Ce qui est vraiment incroyable chez ces Camerounais, contrairement à Jésus qui était venu pour les pécheurs, pour ceux qui ne croyaient pas en son Père Céleste, ces internautes envoient aux calendes grecques ceux qui ne croient pas.

Les paparazzis du net

Ils passent leur temps à fouiner les infos croustillantes sur les coulisses, les breaking-news sur des personnalités de haut vol. Ils ne publient et ne commentent que les sujets sur les stars, leur vie, l’alcool, les mœurs. Ils aiment publier ce qui a trait au sexe, les photos sexy et provocantes. Ce sont des adeptes des infos à sensations telles que « Ronaldo est l’homme qui a la plus belle poitrine du monde » ou alors « Eto’o est l’homme qui possède la Ferrari la plus coûteuse au monde ». Il n’y a pas que les stars du football qui sont cités. La vie des stars de la musique, du cinéma et du sport en général passe au peigne fin des critiques, des salmigondis de toutes sortes par ses détracteurs.

Les humoristes, les caricaturistes

C’est l’espèce la plus rare dans les réseaux sociaux. Ils rigolent de tout, de la vie, de Dieu, du président et de ses ministres, même de la mort. Ils sont doués pour lancer des pics, des roublardises, des moqueries, des trolls de temps en temps. On les appelle des « trolleurs ». Mais, attention, la zizanie des trolleurs ne doit pas être confondue avec celle des querelleurs et de bagarreurs.  Les antiféministes, par exemple, sont les plus aguerris et les plus doués dans ce style. Pour ne pas vexer les féministes, ils ridiculisent toujours les femmes en étalant leur faiblesse devant des situations simples par des grains d’humour. Une étude de leur personnalité démontrerait sûrement leur côté machiste et phallocentrique. Parfois, il ne faut pas s’y méprendre sur leur personnalité trompeuse. Ce n’est que de l’humour vrai et simple.

Les observateurs et les timides

Comme je le mentionnais au tout début de cette chronique, il faut faire attention aux gens qui sont membres des forums et qui ne disent rien. L’erreur est fatale lorsqu’on classe tous ceux qui ne disent rien et ne font rien comme les silencieux, des observateurs ou même les timides. Beaucoup parmi eux sont tout simplement limités à l’accès internet faute de moyens financiers. À défaut de pouvoir faire la distinction, je vous prie de bien vouloir les considérer comme les silencieux. Ce sont des gens qui, soit, ils « j’aime » ou commentent, soit ne font rien du tout et passent donc inaperçus. Une recherche sur ce type de personne laisse penser que ce sont juste ceux qui ne sont là que pour, soit s’amuser, soit être au courant de ce qui se trame dans les forums. C’est à eux que renvoie alors la notion d’espionnage. Il faut dire qu’ici, les personnalités de haut vol font partie de cette catégorie. Évidemment, depuis que je suis blogueur, j’ai compris qu’il y a des personnes insoupçonnées et insoupçonnables, comme vous probablement, qui me lisent et qui m’apprécient, certainement. Mais il y a aussi et surtout ceux qui m’espionnent. Beaucoup sont même payés pour ça : ils veulent savoir qui je suis réellement, quelle taupe je suis, pour qui je « roule ». On a longtemps considéré les pays de dictature comme des adeptes de cette pratique. Que nenni. Nous venons d’assister, avec les services secrets américains que cet exercice est aussi l’œuvre des grandes puissances. Malheur à celui qui l’entraverait. D’ailleurs, Snowden en a appris à ses dépens.

Vous convenez donc, avec cette analyse, que l’étude du portrait sociologique des internautes est d’un enjeu capital. Sachez tout simplement que si vous pensez que personne ne vous lit sur les réseaux sociaux parce que vous ne voyez pas de traces (le « jaime », les commentaires, etc.) vous vous trompez énormément. Même ce qu’on efface reste dans les mémoires des serveurs qui sont de gigantesques robots. Pour illustrer ce que je dis, prenons un exemple comme la télévision, la radio ou la presse papier. Le nombre de lecteurs, de téléspectateurs et d’auditeurs ne se chiffre pas en nombre de journaux, de poste de télévision ou de radio vendu. De même, le nombre de lecteurs ne se chiffre pas en nombre de commentaires ou en nombre de vue. C’est plus important que ça et les personnes qui se situent dans cette catégorie sont considérés comme des filous.

PS : Cette  a été inspiré à un billet de Christian Ntimbane Bomo publié dans un forum camerounais LCCLC. Certaines catégories et certains passages de l’article lui sont attribués. Merci de considérer cela comme une manière pour moi de simplifier le texte au lieu de l’entacher de guillemets à n’en plus finir.

Tchakounté Kemayou


Portrait-robot des camerounais qui écument les réseaux sociaux (1)

1926.jpg22222Le monde camerounais des réseaux sociaux est aussi divers que multiple. Une étude de la personnalité des Camerounais qui fréquentent régulièrement des forums montrerait, à coup sûr, des surprises à n’en plus finir. Je me suis amusé à concevoir une série de catégories à la suite d’une simple observation des fréquentations des forums camerounais Facebook, Yahoo, Linkedin, etc. Une étude sur la personnalité de ces différentes particularités, à travers un portait sociologique aurait eu le génie de faire remonter à la surface ce que cache, justement, la Toile aujourd’hui.

Ouvrons une parenthèse sur la problématique de la personnalité de ceux qui inondent internet pour dire qu’elle n’est pas une mince affaire d’autant plus que ce qui est en toile de fond reste précisément la question de la sécurité. Connaitre qui se cache derrière chaque manipulation, chaque publication est scientifiquement concevable et n’est plus considérer comme une atteinte à la personne privée du genre « fouiner dans la vie privée des gens ». Avec cette préoccupation lancinante de la lutte contre le terrorisme qui prend de plus en plus de l’ampleur, la problématique de la sécurité internet entraînera à la longue, à coup sûr, la suppression de la notion de la vie privée.

La limite scientifiquement décevante d’une telle approche est formulée sur la quasi-inaccessibilité de la grande majorité à la Toile. Comment cela peut-il se comprendre ? Si on estime que ceux qui visitent la Toile au plus une fois par semaine ou même par mois à cause des raisons financières, il serait incongru de les mettre dans la catégorie des « silencieux ». Ici, la définition du silencieux étant : « celui qui voit et ne dit rien ». Voilà justement la limite la plus dangereuse d’une telle étude.

C’est donc une analyse qui demande beaucoup plus de rigueur et de prédisposés théoriques intellectuellement coûteuse. Ce n’est donc pas l’objet de cette chronique. C’est juste une parenthèse que je referme donc après vous avoir montré les enjeux d’une telle étude du portrait sociologique des internautes.

Cette catégorisation est, pour le répéter, le fruit d’une simple observation personnelle et ça ne saurait être considéré comme une conclusion définitive. Pourquoi ne pas vous suggérer de participer, dans le commentaire, en donnant une catégorie qui vous passera par la tête.

La première partie que je vous propose ci-dessous est consacrée aux catégories des internautes caractérisés par leur propension à la rationalité. Leurs interventions et réactions sont des textes construits qui ne souffrent d’aucune ambiguïté. Ces internautes sont des Camerounais qui ont des positions claires, nettes et tranchées sur les sujets d’actualité de l’heure.

Les intellos

C’est la catégorie qui m’enchante tout de suite quand je visite un forum dans les réseaux sociaux camerounais. Ils appartiennent, généralement, au monde universitaire. Ce sont aussi des personnes de la classe des professions libérales. Facilement identifiables par leur propension à la critique conceptuelle de l’actualité. Bien que la compréhension ne soit pas à la portée de tous, leurs écrits sont beaucoup plus riches en culture générale qu’en approches théoriques, contrairement à ce que d’aucuns peuvent penser. Ils interviennent sporadiquement et ne prennent position que pour défendre leur orientation intellectuelle. Leur défaut, cependant, c’est de voir les autres de haut et ignorent vachement des réactions qui ne sont dignes d’intérêt que de leur minceur intellectuelle. Si vous dites quelque chose d’insensé, soit ils vous remettent à l’ordre à défaut de vous ignorer, soit alors ils vous excluent carrément et poliment en vous « bloquant ». Ils sont furieux et colériques face aux critiques qu’ils jugent « stériles » et « acerbes ».

Les apprentis érudits

Ils sont dans tous les sujets et pas en tant qu’experts, mais comme maîtres à penser. Au Cameroun, les mauvaises langues nomment ce genre de personnes les « sabi tout » (ceux qui savent TOUT). Ils ont l’art de s’imposer dans tous les débats, tous les sujets, même les plus philosophiquement complexes pour ne pas dire ce qu’ils ne maîtrisent pas. On a l’impression qu’ils sont à la recherche d’une quelconque reconnaissance ou renommée ou encore quelque chose de ce genre. Dans tous les cas, le seul indice pour les reconnaître est simple : on les voit apparaître sur tous les sujets, sans exception. Généralement, les maîtres dans ce jeu choisissent des pseudos ou fausses photos de profil. D’autres encore possèdent plusieurs profils. Ils interviennent dans un débat avec un profil précis, puis dans un autre avec un autre profil et ainsi de suite. Pour eux, le seul indice pour les remarquer, c’est leur mode d’écriture. Mais alors, ils sont toujours prêts à semer le désordre quand ça leur chante.

Les politiciens et les politicards

Ils sont facilement identifiables par le fait de leurs aveux. Ils clament haut et fort d’être membre de tel ou tel parti politique, qu’il soit du pouvoir ou de l’opposition. Ils sont toujours en campagne, supportant ou critiquant les leaders politiques au pouvoir ou de l’opposition. Ils rédigent leur billet en invectivant un leader ou une action commise par l’un d’eux et se revendiquent d’être la solution à tous les problèmes des Camerounais en détresse. Pour les opposants au régime, tout tourne autour de la mauvaise gestion du pays. Vous parlez défaite des lions Indomptables de football, ils vous rétorquent que c’est parce que le président de la République n’est pas allé à tel ou tel sommet de l’Union Africaine. Je ne saurais parler des opposants sans faire un clin d’œil à leurs pendants : les propagandistes du régime au pouvoir. Ils considèrent toujours leurs détracteurs comme des malfaisants, d’éternels pleureurs, les victimes et bannis du système ou encore des mendiants qui cherchent désespérément leur quote-part du gâteau national. Il vous suffit d’afficher les photos du tramway nouvellement construit à Addis-Abeba, ils prennent ça comme un affront et ils bondissent sur vous tout de suite comme un lion qui veut dévorer sa proie. En guise de réaction, ils publient les photos d’un rare échangeur de Yaoundé nouvellement construit pour le passage de leur président de la République de l’aéroport à M’voméka ou même les photos d’un bel immeuble appartenant à un riche homme d’affaires Bamiléké à Douala. Comme pour dire que Douala et Yaoundé sont aussi, sinon plus belles qu’Addis-Abeba. Ça s’appelle la « contre-publicité ».

Les traditionalistes, panafricanistes, adeptes du khémitisme

Ce sont les plus rationnellement radicaux sur la Toile. Pour eux, l’Afrique doit désormais se libérer du joug des colons. La pensée unique, le rationalisme, l’eurocentrisme, bref, la spiritualité et la civilisation occidentale est la véritable cause de la pauvreté du continent. Leur posture théorique et méthodologique est simple : si l’Afrique, avec les langues française, anglaise, arabe, espagnole et portugaise, avec les religions chrétiennes et musulmanes, avec la monnaie étrangère (le FCFA), etc. n’arrive pas à sortir de la galère, il est donc temps de tourner la page, de passer à autre chose. C’est une logique qui ne repose que sur un retour au mode de pensée, à la spiritualité ancestrale pour puiser les ressources intellectuelles dont l’Afrique a besoin pour penser son développement. Une étude de personnalité de ce type de Camerounais montre qu’ils sont hantés par la déception. La haine qui les habite est liée au fait que la contradiction entre les potentialités naturelles et humaines du continent et sa dépendance économique (en nourriture, en technologie) ne s’explique pas. Selon eux, depuis l’abolition de l’esclavage et la fin de la colonisation, les puissances occidentales tiennent encore l’arène des pouvoirs politiques en Afrique. Ils ont un seul mot dans leurs écrits : révolution. Il ne s’agit pas d’une simple révolution d’alternance, mais d’une révolution semblable à celle de 1789 en France. Il n’y a qu’à voir comment ils envahissent les réseaux sociaux en professant des jurons et des malédictions lorsqu’une armée étrangère débarque dans un pays dans le cadre d’une mission de l’ONU pour la paix. Cela ressemble, pour eux, à une annexion.

Les « conscientisateurs »

Vous vous demandez surement avec quelle gymnastique j’ai réussi à trouver ce mot. Vous venez là, d’avoir pleinement raison. Je cogitais un peu entre les termes « activistes » et « moralisateurs » et je me suis résolu à créer mon propre terme. Dans cette catégorie se trouvent des personnes dont la plus grande partie du temps sur internet est basé sur l’enseignement, la conscientisation et le foundraising. À ne pas donc confondre avec la catégorie des intellos. On retrouve les conscientisateurs aussi bien dans le monde universitaire que partout ailleurs. Les domaines du social, de la santé et de l’éducation sont les plus sollicités. La lutte contre pollution, le soutien aux orphelins, aux enfants handicapés, aux prisonniers, la prise en charge des malades et la construction des salles de classe, etc. sont autant d’actions de bénévolats qui suscitent et mobilisent un certain nombre de volontaires acquis à la cause. Cette catégorie à laquelle votre serviteur que je suis appartient est une école de véritable prise de conscience de la fragilité de l’être humain. C’est une école qui m’a beaucoup formé et m’a permis de comprendre le sens de la vie, de l’existence. Elle m’a permis de connaitre les potentialités qui sont les miennes afin d’être conscient de mes limites. Sociologue de formation, la totalité de mon expérience professionnelle est entièrement basée sur plus d’une dizaine de participations actives aux actions de bénévolats. Aujourd’hui, je n’arrive même pas à imaginer à tel point, en tant que personne handicapée, je suis capable de réaliser des choses extraordinaires dont j’étais prédisposé incapable. Ces expériences, en plus d’être professionnelles, sont devenues ma passion, le sens ma vie. C’est alors une véritable école d’existentialisme.

A suivre….

Tchakounté Kemayou


Douala et Dakar vus de près : Les paradoxes et les curiosités

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L’île de Gorée vue de la chaloupe. Crédit photo: Amalka Vrlova

Quand on débarque dans une ville pour la première fois, toutes les images, les objets, les instants magiques et les paroles qui sont singuliers sont aussi saisissants. Il existe dans chaque ville du monde des paradoxes et des curiosités qui attirent l’attention de chaque nouveau venu qu’il soit originaire du coin ou non.

Pendant 9 jours d’affilés, les blogueurs francophones réunis sous le label Mondoblog soutenu par l’atelier des médias de RFI, se sont rassemblés à Dakar pour leurs traditionnels séminaires de formation annuelle. Pour beaucoup d’entre eux, c’était leur première fois de faire la rencontre de leurs collègues venus des quatre coins de la planète. Ainsi, les Gabonais, les Togolais, les Guinéens, les Nigériens, les Malgaches, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Camerounais, les Français, etc. sont venus toucher du doigt ce que « bloguer » veut dire. Mais, ça, bien que ce soit le plus important, l’objectif de chacun était de découvrir à quoi ressemble Dakar, la ville de Léopold Sédar Senghor et de Cheikh Anta Diop.

Chacun, selon sa vision, sa personnalité et ses intérêts, peut se livrer à cet exercice aussi amusant que relaxant. Je ne suis donc pas cet érudit qui prônerait l’unicité de la pensée et faisant croire que ces choses qui ont attiré mon attention l’ont aussi été pour tous ceux avec qui j’ai séjourné dans cette belle et accueillante ville. Attention, je ne fais ni de critiques ni d’éloges. J’observe juste, quitte aux concernés d’en tenir compte. Malgré tout, c’est un trophée que je donne à Dakar qui m’a tant fasciné par son climat et ses habitants. Paraît-il, le début décembre est la meilleure période pour visiter la ville, me dit-on.

Dakar, une ville calme ?

Commençons par cette petite, mais grande, quand même, curiosité sur la route qui relie l’aéroport à l’auberge où moi et mes compères allions loger. Dakar est relativement calme à partir de 19 h ce samedi 28 novembre 2015. Du moins en passant par ce boulevard dont le nom m’échappe. C’est un constat qui reste une impression même jusqu’à mon départ, car il me semble que les dakarois adorent aussi la fête comme les doualais, quoi.

Le concept de l’auberge

L’autre curiosité, c’est l’auberge où nous logeons. Sa particularité c’est la douche et les toilettes communes. À Douala, aucune auberge, encore moins d’hôtels ne possèdent des chambres avec salles de douches et toilettes que les clients doivent partager en commun. Ces types d’aménagement, on les retrouve dans les quartiers populaires et malfamés de Douala conçus pour des logements sociaux. Dans ces logements, les locataires sont obligés de partager les cuisines, les vérandas, la cour, les toilettes ou les fosses de WC, les hangars pour se doucher.

Quant à la terminologie « auberge », au Cameroun, ce sont des lieux qui servent généralement des chambres de passe. Et chaque chambre de passe possède sa salle de douches et de WC personnelle et ne coûte que 2 000 FCFA à 5 000 FCFA l’heure selon le standing. Les tarifs de plus de 5 000 FCFA la chambre valent déjà une nuitée. L’espace où nous logions, je me refuse de révéler le nom ici, serait réservé, au Cameroun, pour des locations mensuelles de 10 000 FCFA à 20 000 FCFA maxi. Inutile donc de vous dire qu’un établissement de ce type aura difficilement la clientèle pour ne pas dire l’autorisation officielle de fonctionner en tant qu’auberge. Un chapeau bas au couple de cet espace pour la propreté et l’hygiène qui, pour moi, ont été une touche spéciale que je surnommerais de légendaire.

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Le petit déjeuner à l’auberge. Crédit photo: Amalka Vrlova

Le diner en commun

L’une des curiosités considérées aussi comme un paradoxe c’est le diner de 19 h en commun servi dans un grand plateau à l’auberge. Chacun y plonge sa cuillère et mange en fonction de la quantité servie et du nombre d’invités. C’est une pratique issue de la tradition islamique. Curiosité parce qu’il est servi dans une auberge appartenant à un couple d’origine européenne. Paradoxe parce que les repas en commun, même le riz, se mangent avec les mains et non avec les cuillères.

Pourquoi le repas en commun n’était-il réservé qu’aux mondoblogueuses et mondoblogueurs ? Est-ce les tenanciers de l’auberge ou l’équipe mondoblog qui l’ont décidé ? Je ne saurais avoir la réponse. Toujours est-il que c’était amusant et convivial à la fois de voir les toubabs se livrer à cet exercice peu confortable même pour les Africains. Je connais même certains qui faisaient exprès de venir en retard dans le but de se voir servir en solo. Mais, une question me hantait l’esprit avant de quitter Dakar. Pourquoi les mondoblogueurs ne finissaient-ils jamais leur diner ? C’est à dessein que je pose la question de l’initiateur du repas en commun. Ma petite cervelle de moineau me dit que si c’est pour un problème de budget, il n’est donc pas normal d’assister à cet abandon de nourriture encore plein de viande. Dépenser des sommes d’argent, minimes sont-elles, et voir les plateaux à moitié vides abandonnés est un véritable gâchis.

Est-ce un problème de quantité ou de qualité ? Pourquoi certains mondoblogueurs, derniers à arriver, manquaient-ils de nourriture au déjeuner à l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) alors qu’à l’auberge on ne savait pas quoi en faire ? Du coup, on peut avoir le droit de penser que si le diner avait été servi dans les plats individuel, comme cela se faisait pour le déjeuner, chacun se démerderait à vider son plat n’en déplaise à ceux qui se plaignaient de la qualité du repas. Ceux qui estimaient encore avoir la panse pleine du repas pris en déjeuner estimaient que le diner devenait trop lourd pour eux. Se poser alors le problème de la quantité et du type du diner. Ne fallait-il pas faire un diner plus léger ? En Afrique on ne jette pas la nourriture, surtout pas la viande. Mais, j’ai vu les Africains abandonner la viande à Dakar. C’est très très grave !

À propose du petit déjeuner, les Sénégalais n’ont-ils pas de spécificité ? Si vous venez à Douala, les plus nostalgiques comme moi ne peuvent vous servir qu’un plat de beignets, de haricots et de bouillie bien chaude. De la confiture à la tasse de lait Nido de Senecao et de Nescafé ne fait pas original bien qu’issue de la matière première du terroir.

Dakar, comme Douala, interdit aux handicapés

Curiosité pour curiosité, il y en a eu. Permettez-moi de revenir sur ce fameux boulevard dont le nom m’échappe énormément. Sur un tronçon d’environ 20 km, l’autoroute qui relie l’AUF et l’auberge et celle qui passe au Stade de Dakar, il existe en tout, je peux me tromper, 7 passerelles conçues en béton armé pour les piétons. Il faut le dire tout de même, c’est un boulevard de grande circulation. Évident donc pour comprendre la décision des autorités de construire ces passerelles que d’aucuns pourraient appeler de « salvatrices ». Le seul hic et pas le moindre, c’est l’accessibilité pour des personnes à mobilité réduite. Oui, vous avez bien lu : ces passerelles à escaliers interminables ne sont pas accessibles aux personnes handicapées, sauf une seule qui, semble-t-il, venait d’être construite. En observant cette autoroute, il est impossible à un dakarois de tricher. C’est-à-dire que tel que l’autoroute a été conçue, il est difficile de la traverser qu’en empruntant la passerelle. Convenez donc qu’un dakarois handicapé n’aura de choix que d’observer à défaut d’aller se faire foutre. Imaginons un peu un scénario de ce type où une personne handicapée veut traverser pour aller de l’autre côté du boulevard, il aura trois décisions à prendre : à défaut de rebrousser chemin pour celle que ça peut surprendre, soit elle doit stopper un taxi (frais supplémentaires), soit elle doit décider de se débrouiller seule, soit encore elle se fait aider par un dakarois bien gentil s’il ne lui réclame pas une récompense. Comme d’habitude, beaucoup de questions subsistent. Pourquoi dépenser autant de milliards à construire des passerelles alors que les passages cloutés auraient suffi ? Les Dakarois automobilistes et piétons sont-ils indisciplinés au point de ne pas respecter les passages cloutés ? Si tel était le cas avant la construction des passerelles, ne pouvait-on pas construire des dos-d’âne, comme il en existe sur ces autoroutes de Dakar, avant les passages cloutés pour éviter des accidents de la circulation ? On aurait pu, non seulement, limiter les dépenses, mais aussi et surtout, éviter ainsi la discrimination.

Comme les villes ne se ressemblent pas, Douala, à elle seule, ne compte que deux passerelles. La première est située à Terminus sur la route de l’aéroport (presque dégueulasse aussi) et la seconde est, quant à elle, située à Bassa et construite par le Groupe Bolloré qui gère les chemins de fer au Cameroun. La construction de cette dernière peut être compréhensible tout de même pour la simple raison que cette zone est réputée dangereuse à cause de la régularité des trains à ce passage à niveau où il y a un marché à proximité. C’est une passerelle conçue dans les règles de l’art et qui a couté, au bas mot, une bagatelle somme de 350 000 € (227M de FCFA). Sans commentaire, donc.

À l’ile de Gorée, il ne serait pas bon de conseiller aux personnes handicapées de s’y rendre si elles ne sont pas accompagnées. C’est à croire que Dakar a été pensé et bâti pour les autres. De la descente de la chaloupe jusqu’à la maison des esclaves, presque 5 à 10 km sont à parcourir. Pas un fauteuil roulant disponible pour éviter la fatigue et l’épuisement, pas un personnel spécialisé pour la prise en charge. Rien. Heureusement pour moi, les mondoblogueurs étaient là. À l’entrée de la salle d’attente où les premiers sièges sont réservés aux visiteurs handicapés, il existe pourtant deux issus, pour ne pas dire barrières : la première pour personnes valides et la seconde pour personnes handicapées qui n’a rien de spécial. De l’entrée du Port Autonome jusqu’à l’île en passant par le Guichet, l’entrée de la salle d’attente et la salle elle-même, le débarquement de la chaloupe et l’embarquement, c’est tout un bordel.

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Le cheval utile pour le porte-tout. Crédit photo: Amalka Vrlova

Il n’y a que deux bières à Dakar ?

Le transport est la plus grande curiosité de Dakar. Contrairement à la ville de Douala, il n’y a pas de moto taxi à Dakar, à ce que je sache. Les citadins se déplacent en taxi individuel, en transport en commun qu’on appelle vulgairement à Douala les clandos qui ont été interdits à cause de l’indiscipline notoire et caractérisés des engins de la mort, comme on les appelait (irrégularités fiscales, mauvais état des véhicules et accidents répétés). Ce qui frappe le plus à Dakar c’est le décor de ces clandos. Difficile de leur donner une couleur. Ils sont alors multicolores et majestueusement décorés en pour un étrangerincompréhensible. Tout y est : bleu, blanc, noir, orange, gris, vert, et que sais-je encore. Mais la couleur jaune est celle qui domine le plus. Ce qui m’a le plus intrigué c’est le drapeau français en peinture aperçu sur les deux bords avant de plus d’un clando. Ici à Douala, certains taxis arborent aussi des drapeaux en tissu de certains pays comme les USA, le Brésil, l’Italie et l’Allemagne, mais rarement la France. Sentiment anti-français oblige. Pourquoi ces couleurs de drapeaux des pays étrangers ? Quelle est la relation qui lie ces transporteurs à ces pays ? Est-ce un simple snobisme ?

Les chevaux en plein centre-ville ? Oui, il y en a à Dakar, mais pas pour des prestidigitations photographiques au court d’une ballade amoureuse à la berge du Wouri ou encore à l’occasion d’un cortège qui accompagne les mariés faisant le tour de ville après la mairie ou l’église. À Dakar, les chevaux sont utilisés pour les courses, le transport des marchandises et de quelques bagages. Pas nombreux au point d’attirer l’attention, en tout cas, mais visible sur certaines artères de la ville.

Dakar est aussi une ville pleine de centaines de monuments. C’est comme si les autorités dakaroises ont misé sur l’industrie du tourisme pour en faire le pilier de l’économie sénégalaise, contrairement à Douala où les industries inondent comme les fourmis. Seul, le domaine de la brasserie compte en tout trois industries : les Sociétés Anonymes des Brasseries du Cameroun (SABC), l’Union Camerounaise des Brasseries (UCB) et le groupe Diageo. Dans un bar ou un snack, les consommateurs ont devant eux plus de 20 marques distinctes de bière camerounaise ou d’origine étrangère. À Dakar, par contre, seuls, La Gazelle et le Flag ont fait ma fierté. Difficile d’imaginer que la Guinness est absente des comptoirs dakarois. Difficile aussi d’imaginer un nombre incalculable et inimaginable de ventes à emporter sur une rue à Douala et de ne pas voir ça à Dakar. Pauvre de moi.

Malgré cette présence d’industries, la pauvreté et la misère sont plus visibles à Douala qu’à Dakar. Les motos taxis qui se chiffrent à plus de 150 000 selon les statistiques des syndicats, les call-box qui pullulent les rues, les bars, comme je l’ai déjà dit tantôt, font même la fierté de la ville. Plus grave encore, plus de 80 % des tenanciers de ces petits métiers sont des diplômés de l’enseignement supérieur.

À bientôt peut-être, Dakar.

Tchakounté Kémayou


Journée internationale des personnes handicapées : la mort dans l’âme mais plein d’espoir

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Le jour de l’inauguration du cybercafé offert aux handicapés de Bépanda par Nous Sommes Là

Qui parmi vous aviez pris l’habitude de me lire et me voir me défouler dans mes diatribes saviez ce qui se passe dans le monde chaque 03 décembre ? Honnêtement, beaucoup ne savent pas que le monde entier, depuis 1992, est campé sur la personne handicapée que je suis, j’allais dire des personnes handicapées.

Depuis 2013 que j’anime ce blog, et même depuis 2006 ou 2007, si mes souvenirs sont bons, que je fréquente les réseaux sociaux, j’ai toujours eu à considérer qu’une journée internationale ne voulait absolument rien dire si les personnes handicapées ne voyaient pas leur sort changer d’un iota. Pour moi, cette journée, de même que beaucoup d’autres qui existent d’ailleurs, n’avait aucune importance compte tenu du fait de la non-matérialisation des promesses au fil des années. D’ailleurs, la conscience collective continue de ne même pas en douter de son importance. Pourquoi devrais-je me gêner d’y consacrer mon temps, mon argent et mon énergie pour écrire, crier et parler d’une chose que chacun est censé connaître la pertinence ?

La raison la plus fondamentale de mon aversion, à ces journées internationales, est qu’il y a une véritable cohue Bohus dans le choix des dates, des thèmes et des objectifs purement ataviques. Dans le site le plus connu dans le listing des journées internationales au monde, journee-mondiale.com, on peut répertorier au total 410 journées internationales et mondiales dans le monde. Parmi elles, nous pouvons distinguer les journées internationales qui ont été instaurées pour promouvoir la paix, le tennis, la courtoisie au volant, le scoutisme, la femme, pour lutter contre le Sida, le paludisme, le cancer, etc. En résumé, il n’existe pas d’instances reconnues compétente pour instaurer une journée internationale ou mondiale. Il n’existe donc aucune harmonie et le désordre est alors resté maître dans l’instauration de ces journées. Il faut tout de même noter que certaines journées, que je peux comptabiliser à 124, ont été l’apanage de l’ONU, gros pourvoyeur. Elle y est associée avec ses agents comme OMS, OIT, Unicef, Unesco, etc. Pour l’histoire, le 10 décembre 1948 a été considérée comme première journée mondiale et a été consacrée aux droits de l’Homme. Le record le plus spectaculaire reste la date du 21 mars qui, à elle seule, viennent se greffer huit journées internationales (la musique ancienne, le rangement de bureau, l’élimination de la discrimination raciale, la marionnette, la lutte contre le cancer, la poésie, la forêt et la trisomie 21). Au fait, toute cette petite litanie pour vous montrer comment cette cacophonie a créé l’embrouillamini dans mon esprit. Cette raison est loin d’être la seule. Elle est tout simplement celle qui a plombé mon optimisme.

Qu’est-ce qui a donc changé mon regard cette année pour que j’en parle avec autant de ferveur et vigueur ? Je dois avouer, malgré tout, que cette perception d’inutilité de cette journée continue de me hanter bien que je sois animé d’un sang froid aussi perspicace soit-il. Trois raisons fondamentales ont donc milité en faveur de la rupture de mon silence :

1- Journée internationale comme outil très puissant de la communication : Cela pourrait être une évidence, mais beaucoup parmi vous n’y pensait même pas. Au fait, les journées internationales ont toujours été pour beaucoup d’entre vous, y compris pour moi-même, des périodes festives (Journée internationale de la femme, Journée du 14 février réservée à l’amour, etc.) et des périodes réservées aux maux sociaux ou aux maladies comme le cancer, le Sida, l’excision, le handicap, etc. Il devient important de signaler que l’objectif premier de ces journées, c’est la sensibilisation et la conscientisation. La force de la communication déployée ici pour mettre en exergue la nécessité de nous pencher un temps soit peu sur les effets que peuvent causer les maux et ses maladies peuvent constituer un catalyseur. Les outils de communication du 21ème siècle (L’internet, le Smartphone, la tablette, etc.) sont suffisamment là pour nous démontrer avec quelle ampleur les buts de ces journées pourraient être atteints. Inutile donc de me pencher longuement ici dans une démonstration ennuyeuse pour vous étaler ces forces.

2- Les deux dernières raisons sont presque personnelles. A la suite des longues et sérieuses observations, ma situation de handicap face à mon silence donnait l’impression d’être suffisant, orgueilleux et méprisant. Je dis bien « donnait l’impression » parce que bien que communiquant sur toutes les conditions de vie de mes paires, je risquais de me voir attribuer ces qualificatifs qui collent bien à la peau de plusieurs de mes autres paires. Les personnes handicapées indigentes vivent des situations de répugnance et de stigmatisation donc font preuve leurs paires qui vivent dans l’opulence. Beaucoup d’entre vous auraient attendu que je m’en prenne aux autres, c’est-à-dire aux personnes valides qui se trouvent dans les positions de pouvoir et qui sont coupables, de près ou de loin, de cette souffrance atroces dont nous sommes victimes. Que non. Ce discours est déjà vieux comme le monde et il serait injuste de ma part de rester silencieux sur ce que j’appelle la complicité tacite de la souffrance. Il ne faut surtout pas croire que mes propos sont vexatoires pour la simple raison que je m’insurge contre des personnes en situation de handicap qui s’enorgueillissent avoir réussi dans la vie à travers leur parcours professionnel. Ils se prennent pour des donneurs de leçons, pour des exemples de probité et de réussite sociale. Il y a en eux une certaine condescendance et maladresse dans cette façon de voir le monde. Ce genre de comportement fausse carrément la problématique du handicap au point de penser que si quelqu’un est handicapé et ne réussi pas socialement et professionnellement c’est parce qu’il est paresseux. Depuis que je milite dans les associations de défense des droits des personnes handicapées, je n’ai jamais, je dis bien jamais vue une solidarité de la part de ces compatriotes. Ils sont postés sur leur piédestal et se refusent de se mobiliser spontanément pour cette cause noble des droits humaines que nous réclamons tous. Non. Pour eux, il ne faut surtout pas se mêler des affaires qui ne leur regardent pas. Ils ont déjà eu leur pain quotidien. A présent, ils doivent simplement mener leur vie douillette au grand soin de leur privilège. Ce qui est choquant, ce n’est pas le choix qu’ils ont fait de se mettre à l’abri des regards, mais c’est le fait pour ces derniers de se prévaloir des droits d’opinion au nom de leurs paires en leur affublant de tous les noms d’oiseaux. Ils se plaignent d’être victimes de harcèlement pour la mendicité, en se vantant sur tous les toits de leur largesse au point de susciter de la pitié et de la compassion, non pas pour les indigents, mais pour eux. Les pauvres ! Ce sont eux qu’on ne voit jamais dans les manifestations de revendications, ce sont eux qu’on ne voit jamais pendant les journées internationales des personnes handicapées, ce sont eux qui ne disent jamais rien contre la souffrance et la négligence des gouvernants sur le sort des autres personnes handicapées. Mais, ils sont prêts à se bomber le torse pour dire comment ceux qui se battent dans les couloirs des décideurs pour faire respecter la loi sont des mendiants. Vous avez compris donc à présent le sens de mon revirement ? Ce n’est donc pas sorcier.

3- La dernière raison de mon engagement pour une offensive communicationnelle conséquente, c’est de dire ma reconnaissance à tous ceux qui ont été, de près ou de loin, d’un grand apport de soutien à cette couche sociale, ô combien sensible. Je ne saurais être exhaustif ici pour des raisons évidentes de trou de mémoire dont je serais probablement pris de tort. Depuis bientôt dis ans, le GicHandyc, l’une des associations auxquelles j’appartiens et partage les convictions de lutte pour la dignité humaine, se bat pour l’égalité des droits dans l’éducation, la formation et l’insertion professionnelle des personnes handicapées au Cameroun. Nous avons mené un rude combat pour que la loi portant protection et promotion des personnes handicapées soit votée par l’assemblée nationale et promulguée par le président de la république dans une loi N° 2010/002 du 13 avril 2010. Nous avons été confronté aux difficultés liées aux objectifs que je vous ai cité plus haut pour la seule et simple raison que cette loi manque cruellement de ce que les politiques et le droit appellent le « décret d’application ». Depuis 2010 donc, nous nous battons sans ce décret et beaucoup parmi vous ont vite compris qu’il ne fallait pas attendre. Vous avez, de par vos positions sociales et professionnelles, permis que les jeunes handicapés sans moyen financier aillent à l’école comme leurs compatriotes. Vous, amis, frères, sœurs, parents, éducateurs, quelques fonctionnaires isolés des services sociaux camerounais, hommes et femmes de cœur, avez mis les mains dans la patte pour que cela soit possible jusqu’ici. Comment ne pas avoir une pensée pour l’Union Européenne qui, pour cette année scolaire (2015-2016) nous a permis, grâce à tout un arsenal financier qu’elle nous a confié pour mener à bien cette lourde et difficile mission qui est la nôtre.

Nous avons eux, de la part de Mme Diane Collignon, à travers son association de droit français Nous Sommes Là, une collaboration franche qui a permis de booster financièrement le petit commerce d’une douzaine de personnes handicapées désireuses de se prendre elles-mêmes en charge. Tant bien que mal, l’opération a réussi et un projet de cybercafé essentiellement réservé à l’apprentissage et à l’initiation aux outils informatique des personnes handicapées, a vu le jour à Bépanda. Quelle belle expérience !

Pour terminer avec ce tableau descriptif réservé à la journée internationale des personnes handicapée dont le thème de cette année est « Les sujets d’inclusion : accès et autonomisation des personnes handicapées », j’aimerai apporter ce témoignage de solidarité qui se manifestent autour de moi au fil des jours et au fil des ans. Malgré la stigmatisation vécue sporadiquement et parfois ouvertement, je suis comblé par cette sympathie des frères et des sœurs, des amis et des inconnus, mais surtout des collègues mondoblogueurs (plate-forme qui héberge le blog de votre serviteur que je suis) et des formateurs (Ziad, Simon, Manon et Mélissa) pour qui je voue beaucoup de reconnaissance et qui n’ont ménager aucun effort pour que je sois au petit soin pendant ma formation qui, malheureusement, m’éloignera, pour une première fois, de mes paires handicapés pour célébrer cette journée internationale ce 3 décembre 2015. J’avoue que j’avais des appréhensions au départ, croyant que je devais tout faire seul. Logé à la bonne enseigne, être servi le premier pendant le déjeuner et le dîner et avoir le privilège des gros morceaux de viande, de poulet et de poisson, avoir une place de choix dans la voiture et dans la salle de formation, porter mon sac comme celui d’un gamin par ses parents, etc. me laisse croire que l’espoir est permis. Et je n’oublie pas cette bière précieuse « La Gazelle » que je déguste tous les jours. Merci à la ravissante Djifa qui m’a promis le dibiterie en ce jour spécial. Merci à Ecclésiaste qui ne cesse de jouer au paparazzi tous les jours. Merci à mon bras droit, le porteur de sac de Douala jusqu’à destination. Vous voulez savoir son nom pourquoi ? Il se reconnaîtra. Et enfin, le meilleur pour la fin, mon compagnon de toujours, mon « binôme » inconditionnel Moussa.

Bof, l’objectif reste sur le viseur : les personnes handicapées au Cameroun demandent et exigent au président de la république la signature du décret d’application de la loi portant


Au Cameroun, on répond à une question par une autre

imagesLe français parlé au Cameroun a toujours été une curiosité à cause des connotations locales qu’il prend. Ces connotations proviennent des influences naturelles des langues locales ou nationales. Dans un contexte de pénétration d’une langue dite étrangère, les langues locales ont toujours eu des effets sur la façon dont la population s’exprime. Ces effets sont réciproques, c’est-à-dire qu’il n’y a pas seulement la langue étrangère qui subit, mais surtout les langues locales font aussi des frais des malformations sémantiques ou syntaxiques.

Il n’est pas question pour moi de débattre ici de la problématique des influences du parler dans un contexte de choc des langues. Les scientifiques et les linguistes ont beaucoup écrit sur cette problématique qu’il devient même très difficile d’imaginer une étude des influences autrement que le choc des langues. D’où peuvent donc provenir certaines influences sur une langue étrangère, le français en l’occurrence en dehors des chocs des langues ? Je me limiterai ici à présenter un aspect qui m’a toujours paru très particulier chez les Camerounais. Il n’existe pas une langue camerounaise où, dans le parler, on répondrait à une question en posant une autre. Il s’agit donc ici de mettre le doigt sur une habitude devenue presque normale et qui pourrait faire la particularité au Cameroun.

Sur le plan syntaxique et sémantique, poser une question pour répondre à une question est une façon d’exprimer une surprise positive. Pour le locuteur, c’est comme si la réponse paraissait une évidence et que celle-ci se trouvait dans la elle-question même. Pour mieux appréhender ce phénomène, je vous propose quelques explications contextuelles.

1—Question : Iras-tu en week-end à Kribi avec nous ? Réponse : Tu poses la réponse ?

Sur le plan sémantique, une réponse donnée ainsi ne signifie absolument rien. Cette réponse d’un allocutaire au locuteur est perçue d’abord comme une surprise, un étonnement. Cette façon de répondre signifie qu’on accepte l’invitation et que la question n’avait pas sa raison d’être. En français correct, la réponse devrait plutôt être : « Evidemment ! »

2— Question : Veux-tu venir prendre un pot ? Réponse : Est-ce que je fabrique ?

Comme pour le cas précédent, une réponse formulée ainsi n’a aucun sens. Au lieu de répondre « oui », l’allocutaire, pour marquer sa surprise demande s’il fabrique. Un étranger ne comprendrait pas qu’il s’agit de dire au locuteur qu’il accepte de venir boire parce que ce n’est pas lui qui fabrique. Comme pour dire que lorsqu’on offre une bière à un Camerounais, c’est une occasion de boire parce que ce n’est pas sûr qu’il aura encore une chance d’en boire. C’est le fabricant qui peut refuser une bière parce qu’il a la possibilité de boire tous les jours. Il faut donc en profiter au maximum. Il existe aussi une autre réponse qui est assez fréquente : « J’ai le moule ? »

3— Question : Chérie, te rends-tu seulement compte comment je t’aime ? Réponse : On mange ça ?

Pour ceux qui ont déjà vécu ce genre de relation amoureuse difficile, savent à quoi renvoie cette réponse lâchée en guise de réponse. C’est de cette façon que les relations amoureuses par intérêt sont vécues. Pour dire simple, au Cameroun, les filles ont l’habitude de considérer une relation amoureuse comme une situation de prise en charge. Une fille attend de l’homme qu’il la mette au petit soin, sinon l’amour n’aura pas sa raison d’être. Ce genre de réponse signifie que la fille s’impatiente déjà.

4— Question : As-tu faim ? Réponse : Oui non ?

Cette réponse peut paraitre bizarre et même contradictoire pour celui qui n’est pas habitué à l’entendre. Le mot « non » est ici considéré comme un adverbe, une interjection et exprime une surprise, un étonnement. Beaucoup penseront que la réponse ici est négative. Attention donc et pas penser au pire lorsqu’une pareille réponse vous a été donnée.

5— Question : S’il te plaît, peux-tu venir m’aider ? Réponse : C’est moi qui mets le pétrole dans ta lampe ?

Cette réponse est considérée comme un véritable tonnerre lancé à une locutrice. Les femmes qui ont l’habitude de décliner les invitations des dragueurs ont quelques fois reçu ce genre de bombe. Cette réponse donnée à une fille signifie tout simplement qu’elle devrait s’adresser à son copain à qui elle a ouvert grandement la porte. La métaphore « mettre le pétrole dans ta lampe » renvoie au pétrole (sperme) qu’on verse dans la lampe (vagin) pour permettre à celle-ci de continuer à briller. Quand un homme dit ça à une fille, ça veut dire que sa locutrice l’a poussé à bout.

6— Question : Tu as WhatsApp ? Réponse : Tu m’as offert l’Androïd ?

Cette réponse est généralement considérée comme une demande. Elle paraît évidente parce qu’on ne s’aurait demandé à quelqu’un ce qu’il n’a pas. Ce qui se cache derrière cette réponse c’est l’acceptation, pour une fille sollicitée, d’être courtisée par le locuteur. Cela ne signifie pas que le garçon n’achètera pas un téléphone Androïd à la fille une fois que celle-ci accepte de devenir sa copine. Certaines filles donnent cette réponse même si elles ont déjà un téléphone Androïd.

7— Question : Taxi, 200 F pour Dakar ? Réponses : Tu as le visa ?

Curieuse réponse n’est-ce pas ? En fait, dans la ville de Douala, certains quartiers portent le nom de certaines capitales africaines. C’est ainsi qu’on peut trouver les quartiers Dakar, Madagascar, Libreville, etc. Lorsque vous êtes positionné à une certaine distance qui vous amène à proposer un tarif inférieur à celui dit officiel (250 F), il vous arrivera de faire une proposition au chauffeur de taxi en lui posant la question « Stp 200 pour Dakar ? ». Au lieu de dire « dedans » ou de klaxonner en signe d’acceptation, il préfère ironiser : « Tu as le visa ? ». Quand vous entendez ça, ne perdez plus de temps, ouvrez la portière et entrez.

8— Question : Il paraît que Françoise a divorcé de Denis ? Réponse : Tu veux prendre dans ma bouche ?

Ce genre de réponse est à chaque fois mentionnée quand il s’agit de commérages. Il arrive souvent qu’une information qui n’honore pas les concernés court dans le quartier ou la ville. Si vous demandez à être informé et qu’on vous assène une réponse de ce genre, sachiez tout simplement que vous venez de cracher une vérité de polichinelle, ou alors sachez que la réponse est tout simplement affirmative. Cette façon de répondre marque la volonté de l’allocutaire de ne pas être celui par lequel l’info s’est répandue dans la rue. Vous l’avez bien compris, n’allez surtout pas dire que c’est lui qui vous a informé car sa réponse signifie « c’est vrai, mais fais comme si je ne t’avais rien dis oh ».

9— Question : Pourquoi me regardes-tu comme ça ? Réponse : Comment as-tu su que je te regardais si tu ne me regardais pas aussi ?

Généralement, ça fait partie des notes d’humour que deux personnes s’envoient réciproquement. Il est évident que si vous vous rendez compte qu’une personne est en train de vous regarder longuement, ou de vous observer, cela signifie que vous saviez qu’il vous regardait et par conséquent, vous le regardiez aussi. Si ça concerne deux personnes de même sexe, ce ne sont que des taquineries. Par contre, si les deux personnes sont de sexe opposé, alors il est fort probable que ça soit l’une ou l’un qui est en train de titiller.

10— Question : Il paraît qu’ici vous répondez par une question quand on vous pose une question ? Réponse : Qui vous a dit ça ?

Cerise sur le gâteau, j’ai prévu le meilleur pour la fin. C’est la bizarrerie la plus célèbre au Cameroun. Comme les Camerounais ont la fâcheuse habitude de répondre à une question par une autre question, une histoire rocambolesque est devenue comme un mythe. Personne ne peut démontrer la véracité de cette histoire. Il s’agit d’un journaliste étranger qui, ayant su qu’au Cameroun on répond à une question en posant une autre, veut vraiment se rassurer de l’authenticité de cette bizarrerie. Après son débarquement à l’aéroport de Douala, il croise une Camerounaise et lui pose la question suivante : « Bonjour, il paraît qu’ici au Cameroun vous répondez par une question quand on vous pose une question ? » Justement, elle répond sans pince rire : « Qui vous a dit ça ? ». Imaginez vous-même la suite.

Tchakounté Kémayou  


Bazou et la problématique du retour aux sources

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Les tables-bancs

Il est généralement convenu de faire cette remarque honteuse aux Africains, et en particulier aux Camerounais, qui pensent, à tort ou à raison, que se défouler revient à perdre son temps. Évidemment, cette culture de la détente chez nous a une signification péjorative. Elle donne à penser que sans loisirs, tout ira bien.

Le loisir : une question d’époque et de principe

Je me rappelle qu’à ma jeunesse, pour mes parents et plus particulièrement pour mon père, le loisirs étaient source d’ennuis et une conséquence d’oisiveté. Pour ces parents d’une autre époque, le principe était clair : pour réussir l’éducation des enfants, il ne devrait pas avoir de temps pour les loisirs. Cette rigueur dans l’éducation des enfants qui ne laissait aucune place à l’épanouissement, était, et je l’ai compris plus tard, une doctrine héritée des colons. Ce mode de fonctionnement colonial, qui persiste encore aujourd’hui, dans certains cas, continue de servir de cadre de référence pour l’éducation des enfants comme pour ceux qui ont déjà une vie professionnelle bien accomplie.

Je me rappelle aussi que les seules périodes des congés du premier trimestre de l’année scolaire étaient considérées comme les moments de loisirs et de jeux. Les enfants chanceux dont les parents étaient cadres ou employés d’entreprises publiques ou privées recevaient des cadeaux du père Noël en décembre. Aujourd’hui, les temps ont beaucoup changé. Les populations font, de plus en plus, face aux affres et aux effets de la crise des économies africaines. Du coup, même les arbres de Noël deviennent inexistants. Que reste-t-il à faire pour se détendre ? Si vous vivez au Cameroun, vous n’aurez aucune difficulté à répondre à cette question : les bars, les boîtes de nuit, les gargotes, les circuits (ce sont des restaurants déguisés en coins de plaisir) sont devenus des points de loisirs des plus prisés. Même si ces loisirs continuent d’occuper les moments de détente, depuis l’avènement d’internet et surtout de Facebook, la notion de détente a changé de mode opératoire.

L’avènement des réseaux sociaux, loin d’affirmer qu’il a bouleversé les comportements, a permis à beaucoup d’occuper leur week-end. Il serait prétentieux de donner un avis scientifiquement valable sur la modification de la pensée culturelle d’une population donnée. Mais, l’honnêteté intellectuelle m’oblige à avouer que notre ère nous révèle de bien curieux comportements.

Les groupes sociaux ont ceci de particulier qu’ils rassemblent des personnes localisées dans les quatre coins de la planète en temps réel. L’identité culturelle et politique suffit à faire adhérer le maximum de personnes. Au nom de cette idéologie, les groupes attisent les convoitises et nouent des enjeux qui peuvent aboutir à des explosions sociales au niveau des tribunaux classiques.

Le forum social Facebook « Le Ndé en Force, ADI » (Nefa) est donc ce groupe camerounais qui fait le beau temps du département du Ndé, province de l’Ouest. En fait, des associations de ce type, il y en a à profusion, sauf qu’ici, les choses sont devenues plus réelles que virtuelles. Les Camerounais de tous les bords, par les liens parentaux ou par filiation, ayant un profil Facebook, se retrouvent dans un forum pour discuter, échanger, partager, et surtout, rire, se chamailler, rigoler, etc. Depuis plus de cinq ans, ce forum a connu des hauts et des bas, suite à d’incompatibilité d’humeurs, aux intrigues, aux accusations proférer, à tort ou à raison, aux fondateurs.

Ce qui reste intéressant ici, c’est que le forum, depuis deux ans déjà, a eu le statut d’association légalisée camerounaise. Et ce n’est pas suffisant ! Le forum est en train d’étendre ses activités dans tout le monde entier. D’où son statut mondialement connu. Comment en est-on arrivé là ?

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Le roi

Au cours des discussions dans le forum, un double constat se dégage : 1- le manque d’un temps de loisirs chez les jeunes élèves, étudiants et travailleurs, 2- leur ignorance de la richesse de leur culture. Cette ignorance est justement la conséquence du fait que beaucoup de Camerounais pour la plupart nés et grandis dans les grandes métropoles que sont Yaoundé et Douala n’ont jamais vu leur village d’origine. Ils ne savent pas d’où sont venues leurs parentés. Plus graves encore, beaucoup ne savent pas parler correctement leur langue maternelle. D’où la nécessité de quitter le virtuel pour le réel à la rencontre de la première autorité traditionnelle pour une causerie éducative. Au moment où l’actualité est surtout dominée par les noirs américains qui cherchent, ne serait-ce que leur pays d’origine, il devenait inconcevable que les Camerounais qui n’ont jamais connu l’esclavage vivent le même calvaire que ces noirs américains. C’était un grand challenge que les fondateurs devaient tenir. Et pour que les activités ne souffrent d’aucune entorse légale, il a fallu que le forum, en plus de son existence virtuelle, ait une existence réelle par sa légalisation à la préfecture du département du Ndé.

À partir de cet instant, les enjeux deviennent importants et les secousses, au niveau du leadership, se font ressentir. Pourquoi ? Pour la simple raison que les activités du forum prenaient déjà du volume. Le leadership devenait alors inflexible et menaçant les jeunes loups. Normal ! Mais là n’est pas le hic. Rassembler les filles et les fils du département venant des quatre coins du monde dans un des treize villages au choix que compte le département, donnerait à réfléchir par deux fois avant d’oser l’aventure. Le Nefa l’a osé et a réussi tant bien que mal à maintenir le cap. Pour les Camerounais de la disapora qui n’ont pas la possibilité de se rencontrer au village, des rencontres annuelles sont aussi organisées. Belgique, Italie et France ont déjà connus cette expérience.

Bazou 2015 : une expérience qui en valait la peine

Ces rencontres des enfants du Ndé, baptisées « Retour aux sources », sont annuelles et tournent particulièrement autour des visites des sites ancestraux devenus touristiques et d’une causerie éducative. Les villages Bangoulap et Batchingou ont déjà eu à accueillir leurs enfants et l’occasion a été donnée aux Rois des deux villages d’entretenir leurs sujets sur la nécessité de conserver sa culture malgré les influences de la technologie et de l’occidentalisation des comportements.

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Quelques randonneurs

Le week-end du samedi 20 et de dimanche 21 novembre, a été au tour du village Bazou, à 22 km de Bangangté, chef-lieu du département, de faire l’expérience de la rencontre « Retour aux sources ». Comme à son habitude, le Nefa a respecté ses engagements, et malgré l’affluence un peu timide cette année, les Camerounais ont tenu à voir à quoi ressemble Bazou. Un programme alléchant pour un week-end récréatif, éducatif et humanitaire meublera la rencontre.

Ce qu’il faut savoir, le « Retour aux sources » ne se limite pas à la découverte. Le forum a mis les petits plats sur les grands en offrant des tables-bancs aux élèves de l’école publique bilingue de Nsion de Bazou. Une cérémonie sobre et modeste inaugure la rencontre internationale et qui a reçu l’onction du roi de Bazou Tchoua Kemajou. Par sa prestance et son charisme, il s’est adressé aux élèves bénéficiaires, aux encadreurs, à la directrice et à l’inspecteur pédagogique présents en les exhortant au respect et à la protection du don. Un après-midi ensoleillé et animée par Sabira dénommée « BIR » pour la circonstance par un mécène pour sa belle prestation dans la communication. Don qui a connu la participation des sponsors (Les Brasseries du Cameroun et Biopharma).

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La Miss Christelle

La suite du programme prévoyait la découverte des sites ancestraux. Le cimetière des Rois « Ko’ofi » est célèbre pour sa légende. Plusieurs versions ont, jusqu’ici, vu le jour sur l’histoire de ce cimetière. La plus récente raconte que c’est la forêt sacrée où les rois décédés se concertent pour protéger le village. C’est la raison pour laquelle tous les rois morts sont enterrés là-bas, car, en Afrique, les morts ne sont jamais morts. Le deuxième site à visiter c’était la roche qui parle. Le Toulou’ouh c’est une roche qui, auparavant donnait des conseils à tous ceux qui avaient des problèmes particuliers à résoudre. Cette roche, bien qu’elle existe ne parle plus, depuis que les ancêtres se sont fâchés contre la population Bazouaises livrée à la débauche. Pour ce deuxième site, le pari n’a pas été tenu pour des raisons de timing non respecté par le transporteur officiel. Mais, là n’est pas le plus grave.

L’apothéose de ces « Retours aux sources » se noue autour du feu de chauffage avec comme maître de céans le roi lui-même. C’est une soirée éducative où le roi est confronté aux questions des jeunes qui ont une soif de connaissance, qui ont besoin de recevoir des conseils du sage pour la vie. Je me rappelle encore des moments forts où le roi de Batchingou a tenu toute l’assemblée en haleine en pleine nuit sous un froid glacial pouvant atteindre 10 °C sans feu de chauffage. Les filles et les fils du Ndé voulaient renouveler cette expérience à Bazou. Seule fausse note : le roi Tchoua Kemajou a répondu aux abonnés absents. Les « visiteurs » n’ont pas eu droit à leur causerie pourtant promise dès le départ par le roi lui-même. De quoi être déçu. Les jeunes sont retournés convaincus que le roi Tchoua Kemajou n’est pas un vrai rassembleur, un vrai papa. Bref, que le peuple Bazou n’est pas accueillant. Quel grand défaut pour un peuple Bamiléké que l’on dit hospitalier !

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Aurevoir Bazou!

Tant s’en faut, pour agrémenter la soirée de ce samedi, le programme prévoyait aussi le couronnement de la Miss Nefa ! Effectivement, beaucoup ne savent pas qu’à Facebook, il se passe beaucoup de merveilles. Pour meubler les discussions du forum et joindre l’utile à l’agréable, une élection Miss Nefa fait chaque année une élue qui ne se limite pas seulement à la beauté virtuelle comme cela se passe dans d’autres forums. Celle qui est élue est une personne connue au-delà du virtuel et seuls les électeurs en ont le secret. Bravo à Jackson Christelle, jeune femme originaire de Bazou, justement, qui portera la couronne pour un an. Un réconfort à Stéphanie, la 2è dauphine, qui venait de perdre son paternel et actuellement résidant en Allemagne et un à Line, 1ère dauphine qui est souffrante. Elles se sont fait représenter pour un hommage du forum. Le roi a, volontairement ou non, car il n’y avait personne pour expliquer les raisons de son absence, refusé de te connaître sa fille Miss.

La soirée se termine par des tours de danses et de déhanchements des hanches qu’a offerts Neg Bello, artiste bien connu de chez nous. Une apothéose pouvant en cacher une autre, les malins garçons de la bande, Armand, Marius et Rodrigue ont vite fait de laisser leurs gentilles compagnes de voyage à l’hôtel. Ils sont ressortis en catimini pour une boîte de nuit bien mouvementée de la ville de Bangangté pour aller « coller la petite ». Le pot aux roses fut découvert par Sabira qui les a suivis manu militari. La rencontre s’est achevée le dimanche par une causerie entre « frères » et « sœurs » et Balengou a été choisi comme la rencontre internationale pour 2017, 2016 est une année sabbatique.

Voilà comment Facebook, comme tous les autres réseaux sociaux, est venu changer la notion de loisir et de détente chez les Camerounais.

Tchakounte Kemayou


Forum Facebook : Une expérience camerounaise du virtuel au réel

Le 7 novembre lors de la cérémonie de remise des dons
Le 7 novembre lors de la cérémonie de remise des dons

Un, deux, trois, quatre expériences déjà… Voici presque quatre ans que le forum Facebook Camerounais le plus populaire Le Cameroun C’est Le Cameroun (LCCLC) a vu le jour. Quatre ans de dur labeur, d’insomnies, de critiques les plus acerbes, de railleries, bref, de survie. Malgré tout, l’objectif premier, toujours de mauvais goût et paradoxalement unanimement accepté, a toujours été atteint.

Le célèbre et populaire forum s’est donné pour vocation d’être le lieu de rencontres, d’échange, de participation et, surtout, de partage. Aujourd’hui, riche de plus de 37.000 membres (Camerounais) qui ne se connaissent ni d’Adam ni d’Ève, il se positionne déjà comme une plateforme de débat et de discussion. Au départ, le promoteur, un Camerounais dont l’imagination est pleine d’ambition, était loin d’imaginer l’ampleur de la réputation.

Quelques membres forumistes: Moi (en béquilles), de gauche à droite: Dany, Jeannine, Yannik et Carine
Quelques membres forumistes: Moi (en béquilles), de gauche à droite: Dany, Jeannine, Yannik et Carine

Le forum a vite fait de se voir bourrer de spécimen de la pure crème de la matière grise que le Cameroun peut regorger. Des étudiants aux commerçants, des ingénieurs aux médecins, des sans-emplois aux débrouillards venaient et viennent toujours s’y abreuver, communiquer, causer, rigoler, voire même bavarder et se chamailler à longueur de journée. Tout le monde y trouve son compte. Du coup, le forum présente des enjeux importants tant du point de vue politique que social.

Véritable plateforme de vulgarisations, de communication voire de propagande, LCCLC se voit en train de franchir les frontières du réel. La convivialité et la fraternité tant démontrées par les Camerounais seront mises à l’épreuve des faits. Le concept de « Virtuel au réel » fut dont conçu pour rassembler les uns et les autres qui ne connaissent que de noms, ou même de pseudonymes. Cette distance du réel sera l’un des éléments catalyseur des rencontres de quelques volontaires pour des « face to face ». Évidemment, le bonheur qu’un Camerounais diplômé de l’ingénierie aura à rencontrer un autre de la diaspora  qui exerce dans la banque ou la finance internationale n’a pas de prix. Cette immensité et cette richesse des compétences n’auront de valeurs intrinsèques que s’ils sont accompagnés d’actes louables et concrets.

Les membres du forum (Josée et Yannik) remettant les dons à la fondatrice du CAJEN
Les membres du forum (Josée et Yannik, managers du projet) remettant solennellement les dons à la fondatrice du CAJEN

Des expériences vécues : le cas de l’orphelinat CAJEN

Douala, Yaoundé, Mbalmayo et Japoma (une banlieue située à peu près à 25 km de Douala) sont des localités qui ont connues la visite des Camerounais décidés à quitter le virtuel pour un moment consacré à la jovialité. La semaine du 31 octobre au 7 novembre 2015 a été un succès à nul autre pareil. L’orphelinat CAJEN a eu le bonheur de recevoir ces Camerounaises et les Camerounais mobilisés de l’Europe jusqu’en Amérique. Les internautes se sont illustrés, comme d’habitude, par le fund-Raising pour marquer d’une pierre deux coups pour leur sortie annuelle. Le bilan de la collecte fut alléchant :

— Au niveau de la collecte de fonds, la diaspora des États-Unis (1.345.281FCFA) et de l’Europe (549.692FCFA) et les internautes résidants au Cameroun (785.500FCFA) ont mobilisé au total 2.683.413FCFA.

— Les dons en nature (chaussures, habits, médicaments, etc.) estimés à 300.000FCFA

— Une dotation d’un carton de cahier offert par la chaine de télévision Française TV5 Afrique/monde.

Comme tous les orphelinats qui existent au Cameroun et qui croupissent sous le poids de la misère, CAJEN souffre de plusieurs maux. Les plus récurrents et les plus urgents sont en général l’amélioration du cadre de vie des enfants (réfection d’un nouveau dortoir), l’achat des équipements de cuisine (Moulinex, congélateurs, etc.), l’alimentation, le salaire des vacataires enseignants, le parrainage des enfants, etc. Cette collecte et celle issue des promesses permettront de résoudre ne serait-ce que la moitié de ces besoins. Nul doute que la construction du dortoir de cet orphelinat nécessitera l’intervention d’un ingénieur et des maçons. La gratuité de leur prestation est donc le fruit de ce concept du virtuel au réel. Trouver des compétences et des ressources pour donner un sens à nos actions, à l’humanité, à l’humanitude est l’objectif majeur du forum.

L'état de délabrement du dortoire et des salles de classe de CAJEN
L’état de délabrement du dortoire et des salles de classe de CAJEN

Les enjeux de l’opération de l’orphelinat CAJEN

Malgré tout, c’est un projet qui ne manque pas de susciter des controverses. Depuis son existence, les Camerounais n’avaient jamais tenté l’expérience des « fundraising » à grande échelle, à ma connaissance. Jusqu’à l’heure de la vulgarisation d’internet et des réseaux sociaux, seuls les petits regroupements sous la forme de tontine et d’associations diverses étaient des lieux privilégiés pour engager une collecte destinée aux enfants déshérités. Les cagnottes sont toujours gérées par des personnes connues par tous les contributeurs. Ici, la confiance est établie et fait donc l’ombre d’aucun doute. Dans le cadre d’un forum qui a une réputation internationale, des suspicions qui ne sont que légitimes naissent subitement. Beaucoup se posent donc des questions sur la moralité supposée des gestionnaires des fonds collectés. Cela permet aux détracteurs de jeter l’opprobre et la flétrissure sur la gestion des fonds, laissant ainsi un climat de méfiance et de peur plané sur le forum. Des débats houleux ont eu lieu dans le cadre des collectes pour sauver une jeune mère et son bébé qui avaient été prises en otage dans un hôpital pour défaut de facture, et aussi, et surtout pour le cas d’un ivoirien de nationalité et camerounais par sympathie, qui avaient eu à bénéficier d’une évacuation sanitaire. Que n’a-t-on pas dit pour crier aux gémonies des gestionnaires de ces collectes. Ponctuées de vives tensions, des démissions et des expulsions en cascades n’ont pas échappé aux plus téméraires. Même les plus habitués et inconditionnels du forum, auparavant imprégnés dans la gestion de la plateforme, avaient même fini par prendre leur distance pour éviter d’éventuelles éclaboussures. Convaincus que rien ne pourra plus être comme avant.

L’opération de CAJEN à Japoma avait donc un double enjeu pour le forum : une démonstration de force sur la témérité de sa conviction et une marque d’assurance et de confiance pour ceux dont le doute persisterait encore. La réussite fut donc au rendez-vous, car c’est la première fois que LCCLC a atteint la barre de trois millions en espèce plus des dons en nature collectés en l’espace de deux mois seulement.

Un aperçu d'une salle de classe CAJEN
Un aperçu d’une salle de classe CAJEN

La problématique de l’engagement et du volontariat

La question que beaucoup, à juste titre, pose sur la sincérité des uns à gérer la collecte, et le scepticisme des autres sur leur réserve à participer à un quelconque projet commun reste néanmoins d’actualité. C’est ainsi qu’on peut retrouver dans le forum des personnes aux comportements plus que contradictoires. Il y a d’abord ceux qui ne sont là que pour fustiger et tirer sur tout ce qui bouge. Leurs principales cibles sont généralement les autorités qui, malheureusement, s’illustrent toujours par des actes de mauvaises gouvernances dont elles font l’objet. Au lieu de quitter le virtuel où la critique est facile, d’aller toucher du doigt les réalités de la pauvreté qui serait une preuve de leur probité morale et intellectuelle, ils préfèrent se cantonner sur leur clavier. Ils préfèrent plutôt se mettre à l’abri des critiques au lieu de montrer l’exemple. Ce sont des « sceptiques-détracteurs ». Ensuite, parmi eux, il y en a qui souhaitent, au fond d’eux, l’échec des projets qui sera une preuve de leur « analyse objective ». Cet échec n’aura pour effet que de leur donner bonne conscience. Ce sont des sceptiques-sadique. Enfin, il y a des sceptiques-hâbleurs et sceptiques-silencieux, les premiers sont imbus de leurs personnes et préfèrent faire leur don en solo et venir faire la fanfaronnade sur le forum. Généralement, ils ne racontent pas leur exploit, mais ils crachent le morceau au détour d’une conversation qu’ils initient eux-mêmes ou s’incrustent dans les commentaires. Les seconds sont les sans voix. Personne ne connait leur mode de fonctionnement. Ils sont de deux ordres : il y en a qui n’agissent pas, et il y en a qui agissent en sourdine. Ni vu, ni connu.

Voilà donc un forum complet en ressources humaines et financières où la volonté de faire œuvre utile existe malgré les quolibets. Riche aussi en divers caractères de personnage du naïf au plus rusé et au plus expérimenté et plus avisé en matière de gestion des hommes et de biens. Disons qu’il ne sera jamais facile de faire l’unanimité en matière de gestion d’argent. Le souci qui est de s’entourer d’un minimum de sécurité doit être de rigueur.

Bravo LCCLC !

Tchakounté Kémayou


Quelle valeur donner au classement de Forbes dans un contexte africain ?

Le récent classement du magazine Forbes publié en fin du mois d’octobre met en exergue, pour la première fois, les hommes d’affaires des pays africains d’expression française où, sur un total de 24 promus, 9 Camerounais sont à l’honneur. Il apparaît donc que ce magazine pourrait prendre, désormais, l’habitude d’intégrer, dans ses séries de classements mondiaux, une zone considérée comme réfractaire aux fonctionnements des méthodes classiques du système économique mondial. Habitué à lire les classements des plus riches du monde, les lecteurs ont été surpris, cette semaine, de lire un classement que d’aucuns considéraient comme une blague, pour ne pas dire une hérésie.11998089_1647429322193137_2039620570_n

La première question, et la plus primordiale, qu’on pourrait adresser aux rédacteurs de l’article et notamment à Michel Ewane (Rédacteur en chef Camerounais de l’édition francophone) relatif au classement des Hommes les plus riches d’Afrique francophone serait de savoir la méthodologie utilisée pour évaluer la fortune de ces hommes d’affaires qui évoluent dans un environnement où la bourse est inexistante ? Cette posture de Forbes ne fait pas l’unanimité des uns et des autres. Beaucoup ont tôt fait de mettre ce classement en doute estimant que ce manquement dans le système économique des pays francophones d’Afrique est un très grand handicap pour avoir une idée sur la valeur réelle des biens mobiliers et immobiliers des hommes et femmes d’affaires qui exercent dans cette zone.

L’une des critiques acerbes de ce classement vient de Claude Abaté qui est le président du Mecam, l’un des groupements des patrons des petites et moyennes entreprises camerounaises. L’absence d’une bourse des valeurs crédible est le premier argument de rejet de ce classement. Ce constat alarmant est confirmé par cet homme d’affaires, par ailleurs économiste de formation. Pour lui, « il n’y a en effet pas à ce jour dans notre pays [Cameroun], tout comme dans toute l’Afrique centrale francophone, de mécanisme financier transparent et indépendant capable d’établir ou de classer objectivement les fortunes comme ça se fait dans les autres pays à l’économie mieux structurée. Déjà que même dans les pays comme les USA où on peut disposer d’indicateurs assez objectifs, ces classements de fortunes sont toujours sujets à polémique chaque année. Imaginez donc la réalité de chez nous ».

Il faut dire qu’à la suite de cette position tranchée, une fortune ne peut être évaluée dans un pays où il n’existe aucune institution qui lui attribue sa valeur réelle. Il faut remarquer qu’ici on parle de la valeur d’un bien et non de son coût. Un distinguo doit être établi entre le coût et la valeur d’un bien. Ce postulat suffit à laisser interrogateur les esprits un peu perdus ne comprenant pas très bien cette différence qui, pourtant, en finance, se conçoit très bien en ces termes : « En finance, ce n’est pas le coût des choses qui comptent, mais leur valeur. Pour dire simplement, pour les profanes de la finance, un actif ou un bien (supposons un terrain ou un tableau) peut vous couter 100 FCFA, mais les financiers peuvent estimer qu’il ne vaut que 70 FCFA ou 130 FCFA. Pour le financier c’est cette valeur à la hausse ou à la baisse qui compte. Cette valeur évolue ou fluctue avec le temps en fonction de variables ou de paramètres économiques. La valeur est le prix que le marché (les potentiels investisseurs) est prêt à accorder à votre bien, le prix traduisant ici la perception du rendement qu’ont les investisseurs dudit bien. Or cette valeur ne peut être établie que par un marché organisé de valeurs mobilières ou de produits à terme (matières premières). Seul un marché financier, par exemple, peut donner la valeur financière d’une entreprise que possède quelqu’un ou d’un champ de maïs ou de blé. Le compte en banque même n’est pas un critère déterminant pour classer les riches ou les fortunes (il est de notoriété publique, par exemple, que Bill Gates ne possède pas plus de 1000 dollars en cash dans son compte pourtant il est l’homme le plus riche du monde) ».

En plus de ces tares les plus attristantes des économies des pays pauvres, il est impératif de mettre en exergue ici un système de fraude insidieuse qui ne permettrait pas de retracer, avec exactitude, l’origine et la propriété des biens. Cette affirmation de Claude Abaté qui ne sont que des secrets de polichinelle, donne tout de même froid au dos : « Si on ajoute à tout ceci que nos hommes d’affaires ou nos riches, pour des raisons de sécurité ou fiscales, ne déclarent pas toujours tous leurs biens, on comprend toute la difficulté qu’il y ait à saisir ou à maîtriser la fortune des gens. Sans compter que beaucoup d’hommes d’affaires de chez nous ne sont souvent que des « prête-noms » de pontes du régime et autres qui souhaitent rester anonymes (sur les papiers officiels et publics la société appartient à un tel, mais chez le notaire, les papiers révèlent autre chose). On peut certes voir de visu qu’untel ou tel possède d’importants moyens financiers (entreprises, comptes en banque, train de vie, etc.), mais de là à déterminer le montant précis ou même approximatif de sa fortune, c’est un peu fort ».

Le problème de propriété que pose Claude Abaté est réel. D’aucuns diront que c’est l’un des principaux freins au développement des entreprises camerounaises, voire africaines. Et par ricochet à faire décoller l’économie. La raison simple est que, comme la bourse n’admet pas d’irrégularité, ces pseudos propriétaires ne peuvent pas y aller alors que la présence d’une bourse de valeurs est synonyme de l’existence de marché. Celui-ci présente une ou mieux, des opportunités de trouver les capitaux dont ils ont besoin pour financer l’expansion de leurs activités.

Il appert donc qu’un quelconque classement qui oserait établir l’estimation des biens des personnes résidant en Afrique centrale, par exemple, ne s’aurait être crédible sans l’existence de la bourse des valeurs. Elle reste la seule institution fiable dans l’évaluation des biens, puisque leur valeur n’est pas fixée de gré à gré entre les acteurs (le commerçant et le client), comme ça se passe au marché de Mokolo à Yaoundé ou le marché de Nkololoun à Douala, mais en fonction des informations que les acteurs possèdent sur les biens en question. À la question de savoir comment et pourquoi la bourse des valeurs est-elle si importante pour connaître la valeur des biens mobiliers et immobiliers dans une économie de marché, le président du Mecam renchérit :

« Les prix des actifs baissent ou augmentent en fonction des informations qui arrivent sur le marché. En finance, on dit que les « prix reflètent toute l’information disponible du moment ». Ce sont les informations (publication des chiffres sur la marche de l’économie, annonces sectorielles, évènements exceptionnels, accidents ou désastres, etc.) qui font fluctuer les prix à la hausse et à la baisse, parce que c’est à partir de ces informations que les acteurs décident de vendre ou d’acheter. Si les informations sont de nature à faire progresser l’entreprise, il y a beaucoup qui va vouloir l’acheter et par conséquent le prix de l’actif augmentera. Si ce sont des informations pessimistes, les détenteurs d’actifs vont vouloir s’en débarrasser au plus vite. Et comme il y a plus de vendeurs, les prix des actifs baisseront. Voilà comment ça fonctionne sans même qu’il y ait discussion entre acteurs. Le prix des actions dans une entreprise peut augmenter et même s’effondrer sans que qu’on ait causé avec quiconque. Dans le cas de Volkswagen, dès que le marché a appris la fraude et la dissimilation d’infos, les marchés ont estimé que Volkswagen devra payer de lourdes amendes et donc ne sera pas en mesure, durant plusieurs années, de verser le même niveau de dividendes attendus comme l’entreprise le faisait avant ces révélations à scandale. Beaucoup d’investisseurs ou d’actionnaires de Volkswagen ont donc estimé qu’il n’était plus intéressant de conserver leurs actions et ont décidé de les vendre. Et comme ils étaient plus nombreux à vendre qu’à acheter, le prix de l’action a baissé. Voilà en réalité ce qu’on appelle, dans un marché organisé, les stratégies de l’offre et la demande […]. ».

A en croire la position de Claude Abaté, en l’absence de cette bourse des valeurs, en plus de s’apparenter véritablement à une gangrène dans l’assainissement du système économique, il serait difficile de vendre ou d’acheter des actions en Afrique francophone. Les activités comme la vente, la liquidation ou la fusion des entreprises, bien qu’étant rares, existent quand même. Une question reste pendante tout de même : comment fait-on, en l’absence d’une bourse de valeur, pour vendre et acheter des actions ? Réponse : « Dans la réalité, les ventes d’entreprises chez nous sont d’abord confiées à de grands cabinets internationaux, preuve que ce n’est pas une mince affaire. Et même, malgré cela, de nombreux conflits surgissent toujours entre vendeurs et acheteurs. Je dénie donc à Forbes de pouvoir faire ce classement avec des indicateurs biaisés ».

Certains Camerounais, comme Carine Diane, rejettent ce dénie de Forbes en estimant qu’on ne peut pas vilipender le magazine en sous-estimant sa méthodologie. Car l’absence d’une véritable bourse de valeur en Afrique Francophone ne signifie pas, comme l’affirme Claude Abaté lui-même, qu’il est impossible d’évaluer les biens. La position de l’homme d’affaire est pourtant compréhensible : Forbes n’a ni les ressources humaines et financières de se lancer dans un exercice d’évaluation des biens en l’absence d’une bourse de valeurs. C’est une entreprise lourde que seuls les cabinets de finances internationales sont capables de réaliser.

En conclusions, « Il faut donc accorder à ce classement une valeur toute relative. Pour le scientifique ou pour le professionnel de la finance, il n’a aucune pertinence. Forbes fait du bruit simplement en voulant un peu « américaniser » son édition Afrique ».

Tchakounte Kemayou


Cameroun : les enfants handicapés ont aussi droit à la rentrée scolaire

C’est devenu une coutume au Cameroun. À l’occasion de chaque rentrée scolaire, tous les enfants de toutes les couches sociales, orphelins ou non, handicapés ou non, sont mis dans le même panier. Inutile donc de se poser la question de savoir ce que l’État et ses institutions ont prévu pour donner la chance à tous d’être scolarisé. La loi N° 2010/002 du 13 avril 2010 portant protection et promotion des personnes handicapées, stipule, pour ce cas précis, que : « (1) L’État contribue à la prise en charge des dépenses d’enseignement et de première formation professionnelle des élèves et étudiants handicapés indigents. (2) Cette prise en charge consiste en l’exemption totale ou partielle des frais scolaires et universitaires et l’octroi des bourses » (Article 29).

Que personne ne s’y méprenne sur cette loi qui démontre moins la volonté que l’acte lui-même. Elle n’a pourtant jamais fait l’objet d’une observation ou d’une prise de conscience par le ministère des Affaires sociales, l’institution chargée de veiller à la solidarité nationale. Comme entre autres missions, il aurait été intéressant de savoir, au niveau national, l’effectif total des enfants handicapés scolarisés, leur âge et leur niveau d’étude. L’objectif de ladite étude serait, non seulement, de faire une analyse comparative, mais, d’évaluer avec précision exacte ce que l’éducation des enfants handicapés coûterait à l’État camerounais. La gabegie gouvernementale est, non seulement vieille comme le monde, mais une habitude. Cette négligence de ses propres lois laisse moins la place aux analyses critiques qu’aux pamphlets.

La résultante immédiate de cette irresponsabilité est immédiate : la nature ayant horreur du vide, les associations et notamment une ONG s’en émeut, sollicite les âmes généreuses pour pallier ce manquement de la mission régalienne de l’État. Les personnes handicapées, les personnes à mobilité réduite ou des personnes en situation de handicap prennent donc le taureau par les cornes pour cacher cette face hideuse.

Le GicHandy, puisqu’il s’agit de cette association, dont l’un des objectifs est la défense des droits des personnes handicapées, s’investit dans l’accès à l’éducation de cette couche de la population. Elle a instauré, depuis quelques années déjà, une campagne de sensibilisation pour l’accès des enfants handicapés à l’éducation. L’initiative était le fruit d’un double constat alarmant : 1-la méconnaissance du public et plus généralement des principaux concernés (élèves handicapés et leurs parents, parents handicapés et leurs enfants) du contenu de cette loi ; 2-la difficulté qu’ont les élèves et étudiants handicapés à s’adapter à un environnement hostile. Évidemment, certains parents, faute d’argent, qui ne savent pas que l’éducation des enfants handicapés est gratuite choisissaient carrément de garder leurs enfants à la maison.

Durant deux mois (avril et mai 2015), l’association avait donc entrepris une étude dans les écoles, collèges et lycées de Douala pour en savoir un peu plus sur les conditions de scolarisation de ces enfants. Il en ressort que sur 262 personnes interrogées, seulement 46 élèves et étudiants, 17,55 % de personnes handicapées scolarisées bénéficient d’une exonération de la pension scolaire offerte soit par l’Université de Douala, soit par la magnanimité du fondateur de l’école ou du collège ou même soit par un ou des bienfaiteurs.

Les solutions proposées

Après avoir fait le tour du propriétaire, les stratégies de solutions sont alors envisagées sous deux prismes : les charges en matière d’éducations consacrées à la scolarité des enfants handicapés et celles que les parents handicapés consacrent à leurs enfants ; ce que les élèves eux-mêmes proposent comme solutions.

— Les charges liées à la scolarité

Dans la nomenclature des dépenses liées à la scolarisation des élèves au Cameroun, il y a entre autres la scolarité appelée encore pension, les frais de l’Association de parents d’élèves et enseignants (APEE) et les frais liés aux cours d’informatique. Tous ces frais et charges sont variables d’un établissement à l’autre. L’observation ici est faite sur deux variables à savoir les élèves handicapés et parents d’élèves handicapés ; et l’autre variable à savoir le sexe des élèves handicapés (fille et garçon). Statistiquement, les élèves sont répartis en deux sous-groupes : les élèves handicapés (139 élèves) et les élèves ayant les parents handicapés (123 élèves). Parmi les 139 élèves handicapés, 50 sont les filles et 89 sont les garçons. Chez les filles, 29 donc 58 % payent la scolarité, tandis que seules 6 filles donc 12 % seulement sont exemptes de payement de tous types de frais (la scolarité, les APEE et de l’informatique). Pour les 89 garçons, la même proportion en termes de majorité est observée. Les frais de scolarité occupent 50,56 % des charges. Par contre, il y a 20 garçons donc 22,47 % bénéficient de la gratuité des frais de scolarité.

 Tableau N° 1 : Effectif de parents handicapés et de parents d’élèves handicapés selon les charges ou les frais exigés pour la formation X sexe de l’enfant (Année scolaire 2014-2015)
PARENTS HANDICAPESTotal
FémininMasculin
ScolaritéScolaritéAPEInfoScolarité/APEInforScolaritéScolaritéAPEinfoScolarité/APEInformatique
EFF22517152024123
EXO713
%17,884,0613,8212,1916,2619,52100
%5,6910,57
Sources : Gic-Handyc

 

 Tableau N° 2 : Effectif de parents handicapés et de parents d’élèves handicapés selon les charges ou les frais exigés pour la formation X sexe de l’enfant (Année scolaire 2014-2015)
ENFANTS HANDICAPESTOTAL
FémininMasculin
ScolaritéScolaritéAPEinfoScolaritéAPEInfoScolaritéScolaritéAPEinfoScolaritéAPEInfo
EFF2911445321139
EXO620
%20,860,7210,0732,372,1615,11100
%4,3214,39

Chez les élèves de parents handicapés, sur 123 cas, il existe 51 élèves filles et 72 élèves garçons. 22 filles donc 43,14 % sont assujetties aux frais de scolarité, tandis que 7 élèves donc 13,73 % ne sont pas soumis aux payements de ces frais. Chez les garçons, par contre, sur les 72 cas, 24 cas donc 33,34 % sont soumis au paiement de tous les frais exigés. Tandis que 13 cas donc 18,05 % ont une scolarité gratuite.

Ces résultats démontrent à juste titre parmi tous les frais exigés, la scolarité reste encore le passage obligatoire pour avoir une inscription dans un établissement scolaire à Douala. Sur 262 élèves enquêtés, 46 donc 17,56 % seulement ont droit à une exonération de paiement. Cette gratuité s’observe surtout chez les étudiants qui ont, au sein de leur organisation estudiantine ont mené, comme chaque année, des revendications pour une exonération de la pension universitaire.

— Les solutions proprement dites

Au vu des problèmes soulevés au paragraphe précédent, il convient de donner la parole aux enfants handicapés eux-mêmes pour trouver une solution efficace. Cette variable a été mesurée en tenant compte de deux autres à savoir : les types d’enquêtes (élèves handicapés, parents handicapés) et le sexe des élèves (féminin, masculin).

Pour les 50 élèves handicapés filles, 23 donc 46 % souhaitent une prise en charge au niveau de la dotation en fournitures scolaires. Cette proportion est aussi observée chez les 89 élèves handicapés garçons où 54 donc 60,67 % trouvent que la gratuité en fourniture scolaire serait une solution pour eux. Chez les parents handicapés, la tendance reste inchangée pour les élèves filles comme pour les élèves garçons. Sur les 51 élèves filles, 26 cas représentant 50,98 % et sur les 72 élèves garçons, 48 cas représentant 66,66 % sont pour la gratuité en fourniture scolaire.

Tableau N° 3 : Effectif de parents handicapés et de parents d’élèves handicapés selon leurs solutions proposées X sexe de l’enfant (Année scolaire 2014-2015)
PARENTS HANDICAPESTotal
FémininMasculin
FinanceFournituresPrise en charge totaleFinanceFournituresPrise en charge totale
EFF5262074817123
SR00
%4,0621,1416,265,6939,0313,82100
%00

 

Tableau N° 4 : Effectif de parents handicapés et de parents d’élèves handicapés selon leurs solutions proposées X sexe de l’enfant (Année scolaire 2014-2015)
ENFANTS HANDICAPESTOTAL
FémininMasculin
FinanceFournituresPrise en charge totaleFinanceFournituresPrise en charge totale
EFF8232095425139
SR00
%5,7516,5514,386,4738,8517,98100
%00

Il advient donc à l’observation que le principal souci des élèves handicapés et élèves de parents handicapés reste le matériel ou fourniture scolaire. Cette hypothèse se vérifie à 57,63 % pour cet échantillon de 262 élèves au total. Cela se justifie par une réelle déficience du matériel didactique dans les établissements scolaires. La dotation et la possession des fournitures scolaires comme les ouvrages, par exemple, restent jusqu’ici le challenge pour la réussite scolaire. Ceci peut s’expliquer par l’absence des bibliothèques scolaires et municipales lieu par excellence du développement de la culture générale des élèves.

Tchakounte Kemayou 


Volkswagen et FIFA, au cœur de la problématique de l’éthique

Le monde change. En 2015, l’éthique n’est plus un luxe, c’est une nécessité. C’est par elle que les entreprises croitront ou périront. La ligne entre l’éthique et la non-éthique entre l’hubris et la phronésis n’a pourtant pas beaucoup bougé depuis une centaine d’années. Elle reste celle qui distingue le bien faire du mal faire. Ce qui est différent est la facilité de rendre publiques certaines actions, avérées ou non, d’une personne ou d’une entreprise ou, encore, de faire éclater au grand jour le fait que cette dernière n’agit pas selon les principes et les valeurs qu’elle s’est elle-même données.

ethique-moraleLe contexte
Les discours sur les manques d’éthique se font chaque jour de plus en plus nombreux. Le cas Volkswagen et le tumulte à la tête de la FIFA ne sont que deux des derniers exemples planétaires de manquement à l’éthique. L’installation de capteurs sur les automobiles Volkswagen répondait aux critères de « performance » (celle des voitures et de la rentabilité de l’entreprise) et d’« innovation » (une telle fraude est, dans les faits, une innovation). De même qu’à la FIFA, le Suisse Sepp Blatter, les Français Michel Platini et Jérôme Valck et le Sud-Coréen Chung Mong-Joon, soupçonnés de pratiques de corruption passent de très mauvais moments au sein de l’institution footballistique. Les paiements déloyaux, les droits de diffusion TV accordée au rabais, les billets du Mondial Brésil 2014 vendus illégalement, les phases finales du mondial accordées à la Russie (2018) et au Qatar (2022) par voie de corruption sont des faits de non-éthique suffisamment graves. Le « Fair-play » comme valeur inculquée au sein de la FIFA n’est donc réservé qu’aux autres, sauf aux leaderships qui s’illustrent par un enrichissement illicite au détriment des pauvres fans du football.

Demandons-nous alors ce qu’ont en commun ces deux cas ?
Selon l’éthique de l’infrastructure et l’éthique de culture, ces deux entreprises ont en commun d’avoir des codes ou des chartes éthiques. Elles ont en commun d’avoir énoncé des valeurs. Elles ont en commun l’engagement à bannir certaines pratiques de concurrence ou d’exploitation des ressources humaines et naturelles. Elles ont en commun la signature de traités qui bannissent certaines pratiques. Et, elles ont aussi, malheureusement, en commun d’avoir bafoué tous les éléments qui précèdent.

Une réponse lapidaire pour une question cruciale :
Pourquoi ces organisations ont-elles sciemment violé sans vergogne des engagements pris librement par elles-mêmes ? Plusieurs répondront en disant que « ce n’est le fait que de quelques-uns » ou encore que « ce n’est là qu’une exception ». Afin de mieux comprendre la situation, je crois important de creuser davantage du côté de la culture d’entreprise.

L’éthique n’est pas un habillage marketing…
La culture d’entreprise est le résultat d’actions ou de non-actions, d’injonctions ou de laisser-aller cumulés au fil du temps. Dans une culture, les évènements surviennent naturellement parce que les conditions et leur possibilité de réalisation sont déjà en place. À titre d’exemple, si dans une culture d’entreprise donnée, l’intégrité était réellement une valeur, les deux cas précités n’auraient pu se produire. Pourquoi ? Parce que dans une culture où l’intégrité n’est qu’un élément de langage d’une stratégie de communication, un élément de langage parmi tant d’autres, tout peut arriver. Et tout arrive.

Poussons la réflexion plus avant. Que s’est-il passé pour qu’un fleuron de l’ingénierie allemande et une organisation vénérée de par la planète foot en viennent à commettre des écarts aussi majeurs ? Est-ce le désir d’un ingénieur de faire mieux que ses compétiteurs ? Est-ce le désir d’un dirigeant d’écraser ses compétiteurs ? Ou est-ce plutôt le désir d’un PDG voire d’un PCA d’être considéré comme étant le Maître mondial incontesté des univers de l’automobile ou du sport ?

Chacun des éléments mentionnés précédemment peut être résumé par un seul mot : hubris. L’hubris, opposé au phronsis, est un concept grec, oublié de nos jours, qui peut être traduit par l’expression : « ambition démesurée ». L’hubris, qui est une passion violente susceptible d’aveugler celui qui en souffre, s’oppose à la modération ou à la tempérance qui représente l’apanage de gestionnaires prudents. Le dirigeant affecté par l’hubris croit qu’il est intouchable, que ses actions sont les seules qui valent, que personne ne peut le contester. Il croit qu’il est ou qu’il doit devenir le Maître incontesté du monde. Rien de moins.

L’hubris est arrogance, c’est une fierté démesurée que l’on impose aux autres, souvent à leur insu. Ce qui peut parfois être assimilé à une attitude décidée ou de leadership n’est souvent que manipulation, qui n’ose révéler son nom. Pour le dirigeant affecté par l’hubris, rien n’est jamais trop dans la poursuite de ses fins. Ses fins de gloire personnelle, il va sans dire. Croyant faire illusion, ce dirigeant pourra même inverser les moyens et les fins ou détourner les actions d’une entreprise, cela ne dure cependant qu’un moment. Le dirigeant-hubris n’hésite pas à prendre avantage à court terme d’une relation à long terme. Parce que, à long terme, le dirigeant-hubris aura déjà quitté le navire, souvent avec une compensation ou « pire », une prime au rendement. L’hubris est fatale pour l’entreprise ; il est un aller simple vers le désastre. Le dirigeant-hubris est un mercenaire. Il ne travaille que pour lui-même. Il est l’ennemi de la saine gouvernance et des parties prenantes. Le dirigeant-hubris ne pense qu’à sa propre personne, car il se sait supérieur.

« Pourquoi questionner ? », « Les rendements sont au rendez-vous », disent souvent les administrateurs ou les gestionnaires qui côtoient le dirigeant-hubris… C’est là une bien mince analyse qui ne repose que sur un seul critère qui expulse tous les autres : celui de la rentabilité à court terme. Pour l’actionnaire. Au détriment de la clientèle et de la société. C’est là une bien piètre analyse. Les administrateurs de Volkswagen et de la FIFA ont failli à leur tâche de protéger Volkswagen et la FIFA. L’éthique est affaire de vigilance et de vision. La gestion éthique, lorsque bien assimilée, suggère que l’on comprenne l’ensemble des enjeux reliés à une décision. Et pas seulement les enjeux à court terme ou les désirs d’une seule personne.

Devant ces explications, il apparaît que ces critères ne permettaient pas de nécessairement prendre une décision éthique, que ces critères n’étaient, de toute manière, que destinés à faire jolie. C’est ce que l’on appelle de l’éthique de vitrine, du toc, si l’on veut. L’éthique de vitrine est une non-éthique. Elle est un mensonge destiné à faire croire que l’entreprise veut le bien alors qu’elle ne désire qu’une rentabilité maximale, un enrichissement égoïste et égocentrique d’une clique à court terme, au détriment de qui que ce soit. Clients, consommateurs potentiels, employés. Bah, ce n’est pas important ce que croient ces dirigeants.
L’éthique n’était pas importante, car les dirigeants ne croyaient pas se faire prendre. Ce qui amène le questionnement suivant : Comment, en cette ère de transparence et de médias sociaux, peut-on croire qu’une telle supercherie pourrait durer ?

… mais une valeur et une culture
Sur le plan éthique, il est sage de savoir que l’on ne peut prendre avantage à court terme d’une relation à long terme, à moins de vouloir risquer de mettre celle-ci en péril. Dans le cas Volkswagen, il semblerait que la rente procurée par l’avantage à court terme était suffisante pour permettre aux administrateurs de Volkswagen de ne pas poser de questions ou, du moins, de ne pas poser les bonnes questions. Comment ne pas considérer les dirigeants de la Volkswagen et la FIFA comme des vautours qui viennent uniquement se servir du football pour se faire un nom ?

L’éthique est affaire de vigilance et de vision. La gestion éthique, lorsque bien comprise, suggère que l’on comprenne l’ensemble des enjeux reliés à une décision. L’éthique suppose que l’on appuie réellement nos décisions sur des valeurs fortes, ayant un contenu moral clair, que ces valeurs soient praticables et partagées. Sinon, c’est le mensonge et l’éthique de vitrine.

Les dirigeants d’entreprises devront, eux aussi, comprendre que le monde change. Que les consommateurs ou la société ne consentiront plus passivement à se laisser manipuler, à se faire mentir ou à se laisser exploiter collectivement au bénéfice de quelques-uns.

Au-delà des coûts de réparation, des amendes et des pénalités, la pire des sanctions pour Volkswagen et des dirigeants de la FIFA pourrait bien être d’avoir perdu la confiance de l’ensemble de l’univers simplement pour avoir eu une ambition démesurée et avoir fait fi de l’éthique la plus élémentaire. La pire sanction pour un menteur est d’être découvert et de passer pour un menteur pour le reste de ses jours.

Outre les scandales financiers passés qui, bien qu’ayant touché des milliers de personnes, demeuraient quelque peu immatériels, le cas Volkswagen est différent : il touche des millions de clients qui avaient cru en l’entreprise, qui étaient fiers de consommer ses produits, des consommateurs potentiels ou, simplement, des observateurs du monde de l’automobile. Volkswagen marquera une nouvelle ère, c’est ce qu’elle voulait, mais elle le fera pour les mauvaises raisons. Au lieu de servir d’exemple, Volkswagen servira de mauvais exemple.

L’éthique est devenue un point de bascule. L’éthique est dorénavant devenue le critère par lequel les entreprises seront jugées, le critère par lequel elles vivront, dureront ou périront. Avant la commission d’une fraude, il y a toujours un dédain et un désintérêt pour l’éthique et pour les autres. Ce dédain ne passe désormais plus inaperçu. L’éthique n’est plus un luxe, c’est une nécessité. Qu’en pensez-vous ?

Cet article est une synthèse des analyses de Basile Ngono réalisée par Tchakounté Kemayou


Afrobasket 2015 : les Camerounais braillent sur la Toile devant les images de la honte

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Les Lionnes indomptables du Basketball

Les Sénégalaises qui remportent la finale de l’Afrobasket 2015 à Yaoundé ce samedi 3 octobre 2015 sont reparties sûrement en ignorant ce que vivent leurs collègues camerounaises. Comme d’habitude, le Cameroun brille par l’amateurisme et le vandalisme dans la gestion des biens et des hommes.

Les footballeurs étaient de loin considérés comme les moutons noirs de la cour. Comme eux, les footballeuses, les volleyeuses d’hier et les basketteuses aujourd’hui vivent un calvaire des plus indescriptibles. Leur péché mignon ? Celui d’avoir revendiqué les primes. Encore cette histoire de primes qui ne finit jamais ! Décidément, le Cameroun est un pays maudit où l’argent, considéré comme le nerf de la guerre, divise, spolie, gâte, embrouille et met tout un pays en ébullition.

Des images de la honte qui circulent sur la Toile montrent à suffisance l’ampleur du mal, du mal-être même. Il s’agit des basketteuses qui ont été sevrées de nourriture de l’hôtel après avoir refusé, dit-on, de prendre 2 millions de F Cfa donné par l’État à la place de 15 millions qu’elles revendiqueraient. Assises à même le sol, elles se partagent des repas de disette comme des mendiantes en plein désert. Il faut rappeler qu’à intervalle de quelques mois, les footballeuses et les volleyeuses qui ont vécu les mêmes calvaires ont reçu, pour la Coupe d’Afrique, 21 et 11 millions respectivement. Il serait mal intentionné de penser que les basketteuses, en tant que vice-championnes d’Afrique, vont se contenter des 2 millions seulement.

Immédiatement après le match de la finale au palais des sports de Yaoundé, avant que les médias en parlent, l’information fut d’abord relayée par les internautes. Elle fait allusion aux soucis de primes dans la tanière des Lionnes indomptables du basketball. Mamoud Tawat lance l’alerte sur le forum camerounais Facebook le plus populaire « Le Cameroun, c’est Le Cameroun » en titrant justement son message par un style journalistique « Breaking News ». L’internaute semble maîtriser les tenants et les aboutissants de la crise et le ton est même formel. Il ne va pas du dos de la cuillère en pointant du doigt le régime au pouvoir pour qui la responsabilité du désordre doit incomber :

Afro-Basketball 2015 : problèmes de primes entre le gouvernement du régime RDPC et les Lionnes du basket.Ces dernières ont refusé de percevoir la prime de deux millions de francs que l’Etat leur propose et réclament la somme de 15 millions en leur rang et qualité de vice-championnes d’Afrique.

Nous devons nous mobiliser pour que ce gouvernement où l’unité de mesure de vol de chaque ministre est le milliard donne les primes exigées par ces filles qui ont donné de la joie dans nos cœurs. En dix jours de compétition grâce à ces filles, le palais polyvalent de Yaoundé a fait son plein en cash. Près d’un milliard de francs en termes de sponsoring, de tickets vendus, plus de cinq milles places remplies tous les jours, le billet le moins cher coûtait 1000 fr, faites les comptes en dix jours de compétition vous comprendrez que ce pays aux mains du régime de Yaoundé c’est une honte qui doit au karcher être balayée!

Tenez bon les filles le peuple est derrière vous!

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Au moment où les basketteuses sénégalaises sont reçues par le président Macky Sall, les Camerounaises sont privées de nourriture à l’hôtel et mangent du pain et des sardines…

Dès que la mayonnaise a pris, la fureur a envahi le forum et les messages de revendication de primes ne cessent de pleuvoir.
C’est justement le message de Kamdy Engelby qui donne la frayeur en arguant que les basketteuses sont privées de nourriture. C’est ce message qui va mettre le feu aux poudres :

Voilà à quoi sont réduites les vice-championnes d’Afrique de basketball, pour avoir revendiqué leur dû.

Je vous rappelle qu’elles ne sont plus alimentées, approvisionnées ni prises en charge depuis samedi soir. Ces repas de fortune que vous voyez sur les images sont offerts par une Camerounaise lambda, soucieuse de la situation critique de ces filles.

Dénouement tragique pour ces filles.

Voilà comment ce pays traite les jeunes.

Je tiens à préciser que l’Américaine naturalisée camerounaise et qui a été très active sur le terrain lors de cette compétition, est bel et bien présente actuellement avec les filles, les soutient et vit la même galère. Voilà un bel exemple. Dommage que nos dirigeants ne sont pas adeptes du bon exemple.

Sacré CAMEROON!!!

Ces alertes d’appel à la revendication des primes ont envahi le forum et beaucoup d’autres sur les mauvaises conditions de vie des sportifs camerounais. La situation des basketteuses réveille encore de vieux démons qui hantent les souvenirs des événements malheureux vécus jadis. Depuis le week-end du match de la finale africaine de basket dame, les internautes se sont rués sur la Toile à travers les forums pour hurler, crier et brailler. Bref, pour se plaindre comme d’habitude. Chacun s’y est mis à cœur joie et c’est Bernard Williams Banag qui se fend en lettre ouverte aux dirigeants de la fecabasket en ces termes :

Les basketteuses de notre équipe nationale ont durement défendu les couleurs du Cameroun au dernier AfroBasket et aujourd’hui on les traite dans notre pays comme des serpillières. Certaines ont payé leur billet d’avion avec leurs propres deniers pour venir se battre sous les couleurs du drapeau VRJ*

Elles sont aujourd’hui séquestrées et considérées comme des moins que rien parce qu’elles exigent simplement la totalité de leur dû.

Paul Biya doit-il aussi intervenir dans cette affaire où certains rapaces veulent se servir et s’enrichir grâce à l’effort consenti par ces patriotes souvent moins nanties que nos « élites » de pacotille qui ne pensent qu’à se servir au lieu de servir leur pays ?

Alors Messieurs et Dames de la Fédération camerounaise de Basketball et du MINJES, donnez la TOTALITÉ des primes à ces jeunes filles qui ont versé leur sueur et souvent leur sang pour que les couleurs de la Nation puissent briller très haut pendant le dernier AfroBasket féminin, compétition continentale organisée à Yaoundé où elles ont été médaillées d’argent après avoir perdu face à une équipe sénégalaise de classe mondiale.
Il est tout simplement inadmissible que ces filles soient humiliées de la sorte dans notre pays. Sortez cet argent et qu’on en finisse une fois pour toutes avec cette honteuse et rocambolesque histoire.

SHAME!!.

Pour mon compatriote général Yannick Monkam, sa plainte indexe non seulement les responsables de cette maltraitance, mais surtout d’autres compatriotes, éternels défenseurs du régime au pouvoir, qui ne manquent pas toujours d’arguments pour justifier l’incurie. Ces images qui circulent sur les réseaux sociaux sont qualifiées par général Yannick Monkam d’images de la Honte. Il achève justement son propos en Camerounais optimiste qui croit fermement que cette situation finira un jour par changer :

Pendant que les Sénégalaises ont été transportées par l’avion présidentiel et accueillies triomphalement, des rumeurs circulent à Dakar sur le fait qu’elles pourraient recevoir chacune un véhicule ou une maison. Dans mon pays les basketteuses finalistes sont chiffonnées, affamées et délaissées pour les primes qu’elles revendiquent pacifiquement.

Bizarrement, la bande des kilavistes de ce forum joue aux aveugles et certains d’entre eux n’hésitent même pas à accuser les filles de chantage, etc.

Après on va s’étonner que les jeunes athlètes une fois arrivés en compétition à l’étranger soient prêts à braver le froid et les risques pour fuir et aller offrir des médailles et distinctions à d’autres pays, c’est malheureux!

Ah si ces compatriotes avaient un Eto’o Fils parmi elles. Mais one day one day!.

12109067_1032971110068691_8611878324173951835_nQuant à Mbeuh Kouamen, sa diatribe va surtout à l’endroit de tous ses compatriotes qui ont l’art d’être apathiques. En fait, pour lui, les Camerounais doivent eux-mêmes apprendre à dire non à certains traitements inhumains sans quoi ils ne cesseront jamais d’être traités comme ces basketteuses. Cette attitude des Camerounais dépassés par les évènements s’illustre surtout par cette expression interrogative et ennuyeuse devenue populaire « On va faire comment ? » :

Nous aimons avoir honte. Nous aimons l’oppression. Nous aimons ceux qui nous oppriment. Crachez, pissez, déféquez Sur nous, rien ne se fera. Nous sommes fiers d’être ainsi. Surtout que c’est par amour pour notre pays que nous le faisons.

NB: Il est important de savoir que le Cameroun n’est pas le Burkina Faso. Donc on n’a pas besoin de faire de la mauvaise publicité pour notre pays.

Mon compatriote Onana Manga Robert Yves ne manque pas de s’offusquer devant l’horreur de ces images de la honte. Pour lui, les vice-championnes d’Afrique mériteraient aussi qu’on leur accordât  cette attention que le président Macky Salll’a fait pour ses compatriotes. Onana Manga Robert Yves s’interroge sur ce qui arrive au Cameroun où le mérite n’a jamais été reconnu. Sa question « Ça se passe à côté! qu’avons-nous fait au Bon Dieu!? ». Cela  mériterait qu’on s’arrête un tant soit peu sur ce pamphlet plein de sens :

On te nomme ministre sans même faire tes preuves c’est dejà la fête au service, on dirait un jour férié aucun travail de la journée!

Tu gagnes des médailles d’or aux jeux africains à la suite d’un travail intense un travail de dur labeur, tu reviens et direct dans l’anonymat. ou est passé le jeune qui a gagné en boxe la médaille d’or et qui en interview a dit  » je l’ai fait pour mon pays » en pleurant à chaudes larmes; pour ne citer que celui là!

Tu es finaliste, 2e au basket africain la récompense c’est la coupure des vivres et la posture de persona non grata au Mont Fébé!

Regardez l’accueil des Sénégalaises chez elles au retour!

N’ayez pas honte, regardez pas le bepbepbep!

Une d’elles offre sa médaille à MackySall!

L’amour d’un peuple est important, la mauvaise gouvernance aussi a pour conséquence l’entrée direct dans l’anonymat après son règne!
Vous n’entrerez même pas dans les archives après, dans 50 ans on ne parlera plus de vous!

Allons seulement, Un Jour Un Jour!

Apprenons à marquer positivement notre passage sur cette terre!
Vivement un Cameroun débarrassé d’étrangers aux commandes du pays!

Quoi va faire si Nkukuma prête une oreille attentive ou une minute de son temps à ces jeunes!?

Ce jeudi matin, la situation n’a guère changé pour les basketteuses camerounaises. Sauf que les négociations que certains avouent être en cours ont abouti à une modification des primes qui va de 2 millions à 7 millions de nos francs.

Hier c’étaient les footballeurs, les footballeuses, les volleyeuses, l’athlète Françoise Mbango, (championne olympique du saut en longueur qui a fini par prendre la nationalité française par désillusion), et aujourd’hui les basketteuses. A qui le tour demain ?

Tchakounté Kemayou


Le musellement de la langue anglaise dans les médias camerounais : médiocrité ou ségrégation linguistique ?

Un nouveau-né dans l’univers médiatique camerounais : Canal 2 English !

Beaucoup de téléspectateurs ne la connaissent pas encore. Soit.

Moi, je l’ai découvert cette semaine grâce à mon câbleur. Je ne sais pas exactement depuis quand cette chaîne réservée uniquement à la langue anglaise est née, mais j’avoue que ça m’a beaucoup réjoui. Savez-vous pourquoi ?

Les anglophones sont depuis longtemps restés en retrait dans nos médias. Il suffit de passer toute une journée devant votre petit écran (je sais que beaucoup d’entre vous ont même déjà de grands écrans plasma. Passons), vous constaterez que les chaînes les plus populaires comme Canal 2 International, Équinoxe TV, STV, RTM TV, et même la CRTV, et vous constaterez la rareté des émissions en anglais. Les anglophones souffrent tellement de ce que je peux appeler la ségrégation médiatique à tel point que je me demande si ce sont les francophones qui les mettent en quarantaine ou encore si nos frères anglophones sont incapables de créer eux-mêmes des émissions. Un coup d’œil des effectifs en personnel dans ces chaines montre que pour 3 ou 7 francophones il y a 1 anglophone. Là, le problème de sous-effectif peut avoir son pesant d’or. Mais alors ?

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Je me souviens encore, quand j’étais au lycée, qu’il existait STV1 et STV2. La première chaîne était consacrée à la langue anglaise et la seconde à la langue française. À cette époque-là, chaque téléspectateur choisissait la chaîne en fonction de la langue qu’il maîtrise le plus. J’avais aimé ça jusqu’à ce que le Groupe Spectrum Television, propriétaire de ces deux chaînes, décide, j’ignore pourquoi, de fermer la chaîne STV1. Aujourd’hui, les téléspectateurs n’ont droit, à la place, que d’une chaîne musicale : Boom TV. J’aimerai bien comprendre le sens de cette décision du patron de ce groupe, d’origine anglophone, de fermer la seule et unique chaîne de télévision anglophone et de privilégier la chaîne francophone en la transformant en chaîne bilingue. Actuellement, STV2 est devenue STV, chaîne bilingue, donc.

Dans le secteur de la radio, nous observons les mêmes scénarios à la seule différence qu’il existe plus de chaînes communautaires diffusant en langue locale ou nationale ou maternelle, pour ne pas dire en patois. Mais, pour ce qui concerne les chaînes de radio d’envergure nationale, il n’a jamais existé une chaîne véritablement anglophone au Cameroun.

En faisant un tour dans la presse écrite, le phénomène devient aussi différent. Elle est liée au fait que l’investissement dans la presse écrite est moins contraignant, j’ose croire. Il existe suffisamment des tabloïds d’expression anglophone au Cameroun bien qu’il soit en nombre réduit. Compréhensible, puisque démographiquement parlant, les francophones sont plus nombreux. Ici, le tableau est plus reluisant que celui de la télévision et de la radio. Mais, ce qui me choque par contre, c’est que les journaux papier qui diffusaient auparavant en deux éditions (édition francophone et édition anglophone) ont subitement supprimé l’édition anglophone pour, soit créer l’édition bilingue (Cameroon Tribune, journal à capitaux publics), soit encore la supprimer carrément (Le Messager, journal à capitaux privés appartenant au journaliste Pius Njawé, de regrette mémoire).

En bon observateur de la situation, il est sans aucun doute évident de constater que ce sont les moyens financiers qui faisaient défaut. La question qui se pose alors est la suivante : en quoi la langue anglaise est-elle improductive dans le secteur médiatique au Cameroun ? La réponse qui surgit rapidement est celle-ci : parce que les plus gros consommateurs des médias sont des francophones compte tenu de leur poids démographique. Cette réponse me semble vraiment insuffisante. Si je peux comprendre la fermeture de STV1, la suppression des journaux d’expression anglophone tels que Cameroon Tribune et Le Messager parce que les annonceurs évitaient d’y aller, je ne peux pas, par contre, comprendre la rareté des émissions de langue anglaise dans nos radios comme dans nos télévisions. C’est surprenant qu’à Équinoxe TV et Radio Équinoxe, par exemple, il n’existe aucune émission de langue anglaise sauf les journaux parlés et télévisés. C’est à se demander à quoi servent donc les journalistes anglophones qui inondent nos chaînes. Pourtant, il existait Top Story, une émission très courue et qui a subitement disparu des programmes sans qu’on ne sache les raisons. Et ce n’est qu’à partir du 1er août dernier que par surprise, j’ai regardé une émission nouvellement créée en faveur de la nouvelle grille des programmes à Équinoxe TV.

Le Groupe Télé Plus, par contre, avec ses chaînes Canal 2 International, Canal 2 Infos, Canal 2 Musique et Canal 2 Movies, s’illustre aussi par ce que j’ose appeler la ségrégation linguistique médiatique même s’il fait la différence par l’existence de quelques émissions en langue anglaise : deux, de surcroît. Mais, après combien de temps ?

Sous un autre angle, j’aimerais aborder la question de la répartition des postes entre personnel anglophone et francophone. Le tableau reste de plus encore que ce que le constat fait précédemment. En début septembre 2015, la chaîne d’État CRTV (Cameroon Radio and Television) a procédé aux nominations de son personnel. Il s’avère donc que sur une centaine de nominations, les journalistes anglophones n’occupent aucun poste dans la rédaction centrale s’ils ne sont pas des adjoints. Cette position d’éternels subalternes accordée aux anglophones est aussi observée dans les médias à capitaux privés. Il n’est jamais arrivé à un anglophone d’occuper un poste de responsabilités. Jamais. Comment peut-on expliquer le choix exclusif d’un journaliste d’expression française comme patron de la rédaction de la télévision nationale depuis sa création en 1985 ? Je veux juste comprendre le fondement rationnel de ce choix qui semble ne causer aucun problème à quiconque ? Dans toutes les entreprises de médias publics ou privés camerounais, les anglophones ont toujours été et seront encore pour longtemps des éternels seconds.

téléchargementComme je le disais au début, je me suis réjoui de constater que le groupe Télé Plus s’était enrichi d’un nouveau bébé : Canal 2 English. Voilà donc une nouvelle chaîne qui viendra changer complètement l’environnement médiatique au Cameroun. Contrairement à ce que vous pouvez imaginer, cette nouvelle m’a plutôt laissé songeur. Malgré tout, ça m’a quand même réveillé de très mauvais souvenirs. Je peux encore comprendre que le patron du Groupe Spectrum Television ferme la chaîne anglophone (STV1) par souci de rentabilité. Mais, de là à faire un dumping des émissions d’expression francophone sur la langue anglophone sont inacceptables pour un patron anglophone. C’est même une curiosité à la camerounaise. Le terme ségrégation n’est même pas assez fort pour désigner ce dumping. Sinon, comment expliquer qu’une chaîne bilingue ne diffuse, en 24 heures, aucune émission de langue anglaise. C’est toujours à cause des sponsors ?

Si vous voulez mon avis, il est tout aussi simple : les anglophones sont victimes d’un ségrégationnisme insidieux. Qu’est-ce que cela veut dire ? Les journalistes anglophones travaillant dans ces chaînes ne sont recrutés que pour faire des reportages et la présentation de journaux parlés et/ou télévisés. Ils ne sont pas recrutés pour répondre à la philosophie d’une grille de programme spécifique comme ça se fait chez les francophones. En général, les journalistes francophones, étant les plus nombreux, envahissent le contenu des programmes et le peu d’anglophones existant se voit en retrait et se contente donc uniquement à la production des journaux quotidiens.

Comme quoi, même si le poids démographique et une certaine donne économique peuvent tout expliquer, cela ne saurait tout justifier.

Qui écoute quelque part ?

Tchakounté Kemayou


Cameroun : gouvernance spectrale ou gouvernance d’un État spectacle ?

La grande muette bat le pavé, délie sa langue et exprime son ras-le-bol dans l’agora. Deux cents militaires de la Minusca, de retour de la République Centrafricaine, sont descendus, ce mercredi matin (9 septembre 2015), dans la rue de Yaoundé. Histoire de revendiquer le paiement de leurs émoluments. C’est l’objet de la marche pacifique, qui s’est déroulée pendant quelques heures, et dont l’itinéraire a eu pour point de chute le ministère délégué à la Présidence de la République chargé de la Défense (Mindef).

12002832_10207532293368190_5292597823929300255_nLes faits
« Nous avons passé 9 mois à combattre sans prime. Chaque jour, l’État nous promettait de régler nos primes. A la fin du mois d’août 2015, les instances officielles avaient dit qu’elles avaient viré notre argent. Mais, jusqu’à présent, nous n’avons rien perçu ». C’est avec un air austère et la mine patibulaire qu’un jeune soldat costaud ayant requis l’anonymat s’est exprimé pour décrier les conditions précaires et lamentables auxquelles ses congénères et lui sont en butte sur le champ d’honneur. Selon ses déclarations, l’Union Africaine (UA), qui avait passé le témoin à l’Organisation des Nations unies (ONU) relativement au traitement salarial de la soldatesque, avait viré les espèces sonnantes et trébuchantes. « Chaque soldat doit percevoir 750.000 Fcfa selon le protocole d’accord signé conjointement par le Cameroun et les Nations Unies », précise le soldat courroucé.

Ayant fait des investigations, des militaires se sont rendus compte que le montant de leurs émoluments avait été viré. A preuve, ajoute ce militaire fort renseigné, deux corps, à savoir la police et l’armée avaient été diligentés et mobilisés pour combattre l’insécurité transfrontalière et la pieuvre terroriste et islamiste Boko Haram. Mais, les frais de mission des fonctionnaires de la police ont dûment été réglés alors que ceux des militaires, jusqu’à ce matin, restent impayés. Toute chose ayant suscité le courroux de 200 militaires, qui exigent, illico presto, le règlement de 9 mois de primes non-restitués. Les Centrafricains et les Tchadiens, qui se tuent à la tâche sur le champ de bataille au même titre que les collatéraux camerounais, ont perçu leur dû.

Réaction officielle
Intervenu, cet après-midi, au sujet de la marche de protestation des militaires, Issa Tchiroma Bakary, ministre de la communication (Mincom) et porte-parole du gouvernement, parle plutôt de 8 mois d’impayés en termes de règlement salarial de cet appareil répressif de l’État. Sur instruction du Président de la République, il a été ordonné des mesures appropriées au rang desquelles figure la principale liée au déboursement de la somme de 6 milliards de Fcfa nécessaire au règlement de ces émoluments impayés jusqu’à ce jour.

Le(s) coupable(s)
Effectivement, un pays sérieux aurait sanctionné les responsables coupables d’indélicatesse. Il y a incontestablement, un gestionnaire impénitent ayant délibérément et insidieusement retardé le paiement de ce pécule des militaires. Il semble déjà sous bonne protection du gouvernement vu que le Mincom accuse sans rire, l’Union Africaine. Pourtant nous nous souvenons tous ici que ce même gouvernement avait réagi lors du premier mouvement d’humeur à Bangui pour dire qu’il venait d’effectuer les virements. Mais, il a fallu que la soldatesque batte le pavé ce jour pour faire dire au Mincom que ces émoluments ont été réglés immédiatement.

On constate bien qu’en pareille circonstance, le Mincom fait, visiblement et sournoisement, preuve de solidarité gouvernementale, en protégeant son collatéral, le Mindef et en indexant l’UA. Pourtant, des soldats rencontrés ce jour à Yaoundé font état de ce que l’UA avait viré les fonds liés à ces émoluments depuis belle lurette. Pourquoi les fonctionnaires de la police ont-ils perçu leur dû et pas les militaires ? Que monsieur le « porte-parole du gouvernement » cesse donc de duper le peuple. Des militaires savent bien que l’argent a été viré depuis, mais un carnassier a retardé le paiement. Lui seul sait pourquoi.

11986362_10207532295168235_246699152339171514_nL’injustice sociale
Une revendication, même justifiée, n’aurait jamais été tolérée par Yaoundé si elle avait pour organisateurs des enseignants, des journalistes, des pensionnaires, des étudiants, des avocats ou mêmes des médecins… Toute manifestation organisée par des citoyens sans tenue et sans fusils aurait provoquée une réponse violente du régime de Yaoundé. Pour préserver le pouvoir, le Palais d’Etoudi, l’Immeuble Étoile, le Palais de Verre et le Trésor national ont tout fait pour que le Porte-Parole Issa Tchiroma puisse annoncer la fin de la rébellion ouverte au régime de Yaoundé. Pour une fois Issa Tchiroma n’a pas parlé de grève illégale, sauvage, ou injustifiée… Si la honte pouvait tuer…

Combien de fois ce Mincom a-t-il fait une sortie pour les retraités comme c’était le cas aujourd’hui pour les soldats ? Il y a justement plusieurs catégories socioprofessionnelles qui réclament à l’État des sommes impayées. Il y a le cas de nos grands-parents et parents retraités et déflatés des sociétés d’État qui exigent, depuis des années, le paiement de leur pension et de leur dû. Mais ils sont très souvent molestés par ces mêmes éléments de la police et de l’armée qui, aujourd’hui, sont aussi en train de revendiquer. Et lorsque la soldatesque descend dans la rue, déroge-t-telle au serment de l’honneur et de la fidélité tant clamé par leur enseigne ? Le débat est, d’ores et déjà, relancé.

Au vue de cette analyse, il existe deux types de camerounais : ceux qui ont le droit de faire grève et marcher sur les artères de Yaoundé, sans crainte de perdre leur vie et ceux qui n’en ont pas.

L’embuscade
Devait-on attendre la marche pacifique à pas de géant de 200 militaires camerounais de la Minusca pour payer, ipso facto, leurs émoluments ? C’est justement l'(a)gouvernance qui fait sa perpétuation. Comme le dit le Mincom lui-même, ils ont été payés sur « très haute instruction du chef de l’État ». C’est un mode de fonctionnement qui sied bien au leader central à qui il semble plaire de ramener justement tout à lui. Pour rappel, le premier mouvement d’humeur de ces mêmes soldats a eu lieu à Bangui il y a quelques mois. Sans aucun véritable suivi, les responsables se contentent d’effets d’annonce pour taire les inquiétudes et rassurer quant à la maîtrise de la situation.

On affame sciemment jusqu’à l’agonie et ensuite on se sert de la grogne et des revendications pour jouer les bons samaritains « sous haute instruction… ». Cette façon de gouverner est caractéristique du haut degré de décadence psychopathologique institutionnelle. C’est-à-dire que même les besoins les plus fondamentaux sont instrumentalisés pour des motifs liés à la glorification du pouvoir central. Telle route est construite, tel hôpital est érigé, telle prime est payée grâce à la « magnanimité » du prince, du roi, du Nkunkuma, du Nnom Ngui, pardon, du Président de la République ou de sa femme, c’est selon. Nos impôts et nos taxes, et même l’État, tout ça n’existe pas ou plus. Seul, un suprême bienfaiteur s’occupe de ses enfants. C’est un phénomène politique assez pernicieux. Il s’agit de la personnification, de la sublimation de l’hyper puissance du Nnom Ngui qui, à tout moment, est glorifié et déifié par ses créatures, mieux par ses courtisans. « Sur hautes instructions » est d’ores et déjà la formule du gouvernement de « l’État spectacle » qui étale, au vu et au su de tous, son incurie, son inertie et ses scories structurelle, fonctionnelle et conjoncturelle. L’heure est grave !

Le système fonctionne mieux quand il fonctionne ainsi : simuler l’agonie pour se renouveler, se construire par les techniques de personnification. La preuve ? Personne ne sera puni… C’est ce qu’Achille Mbembe appelle « une gouvernance spectrale ». La prestidigitation et le tapage médiatique autour de la promptitude du chef de l’État est la caractéristique d’une gouvernance dont l’intention puérile est de susciter de l’émoi. Pour Serge Aimé Bikoï, c’est la « gouvernance spectacle ». L’embuscade ici est donc le fait que l’agonie du peuple est comme un guet-à-pend. La magnanimité du prince au secours de son peuple est saluée par des motions de soutien en guise de remerciements. C’est donc une occasion pour les laudateurs du régime de saluer et vanter l’efficacité du prince à répondre présent aux interpellations de son peuple.

Mais, il ne faut pas oublier que « quand le haut n’en peut plus, le bas n’en veut plus ». Pour qui sonnera donc le glas dans les prochaines années ? Question à un radis !

Tchakounté Kemayou
Ce texte a été rédigé avec la participation de : Serge Aimé Bikoi, Denis Patrick, Bangmo Narcis Ulrric, Jacob Serge Amvam, Georges Emmanuel Christian Tang, Ahmadou Ahidjo Ahmadou Ahidjo, Roef World’s Citizen et Joseph Olinga Ndoa