Andriamialy

Mazana 2, la renaissance d’une légende automobile malgache

La nouvelle Mazana II de la marque de voiture malgache Karenjy me semble une bien gentille petite voiture. Que dis-je? une robuste machine capable de faire face à toutes les exigences de la conduite à Madagascar et en Afrique.

mazana II
Photo : Karenjy

On peut parler d’une légende. Les voitures Karenjy sont nés dans les années 1980. Même si seulement une centaine est sortie de l’usine, elles ont prouvé que c’était possible de penser, de créer et de produire une voiture malgache pour les malgaches et pour les africains.

C’était prévisible d’entendre une rumeur déjà démentie selon laquelle les députés de Madagascar auraient bientôt des Karenjy comme voiture de fonction. Mais même si une telle marché n’est pas envisageable pour la nouvelle voiture, on espère qu’elle sera une réussite pour la marque.

En fait, j’ai suivi sur internet le développement de cette voiture. J’ai même participé un peu en répondant aux enquêtes de l’entreprise afin de peaufiner les caractéristiques du modèle. Remplir les formulaires de ces enquêtes me plaisait beaucoup. Une fois, ils demandaient de choisir la fiche technique et les options que je voudrais. Ah! c’était comme si j’achetais une voiture personnalisée et comme si j’étais en train de remplir ma commande.

Mazana 2, buggy pour les tests de roulage
Mazana 2, buggy pour les tests de roulage

 

Voilà donc mon idée de la voiture idéale :

– Pour le type de voiture : bien sur ce serait un 4×4 ou une familiale. Allez, pourquoi choisir? Une familiale à quatre roues motrices donc.
– Nombre de place : 7 à 9, c’est évident aussi. Il y a moi, ma femme, mes 5 enfants, mon père, ma mère, la nourrice, ce qui fait déjà qu’on serait à l’étroit dans une voiture à 7 places.
– Transmission : 4 roues motrices, je l’ai déjà dit. On veut aller loin avec. Si vous saviez l’état des routes qui mène à la campagne ou sont restés grand-père et les autres, cela vous paraîtra aussi très évident.
– Motorisation : je crois que le choix était entre plutôt puissante ou plutôt fiable? Bah…plutôt les 2 si c’est possible, non? il faudrait au moins un bon turbo pour rendre le moteur plus performant.
– Carburant : le Gasoil, c’est toujours moins cher au litre par rapport à l’essence.
– Qu’est-ce qui vous intéresse : l’aspect extérieur ou le côté pratique? Un compromis également si c’était possible. On veut de la praticité mais c’est triste de lire et d’entendre les étrangers comparer la première Mazana à une Mehari des années 1960, un tank ou une boîte à savon.

Mazana 1 , photo : Karenjy
Mazana 1 , photo : Karenjy

Et ensuite, ils demandaient d’autres trucs dont je ne me souviens plus très bien : la climatisation, la fourchette de prix, etc. J’envoyais les dernières réponses et le rêve éveillé s’achevait aussi.

Bien sûr, une voiture neuve du standing du Mazana II ça reste encore une voiture trop chère pour mon budget. Un jour peut-être quand je serai plus riche. En plus, ce premier modèle n’a que 5 places et une petite benne à l’arrière, un compromis entre la familiale et l’utilitaire

Mais au moins, rien que d’en voir circuler dans Tana sera une fierté pour moi. La marque insiste sur le fait qu’elle est 100% malgache même si le moteur et les matières premières de bases (peintures, fibres de verre, plastiques) sont, bien entendu importées.

Bref, je souhaite bonne chance à la marque Karenjy, un des très rares fabricants de voitures africaines et fierté de Madagasikara. Il ne lui reste plus qu’à séduire les malgaches eux-même et pourquoi pas le monde entier.


Antananarivo, la patiente

– Madame Antananarivo, bonjour, prenez place et dites moi tout.

– Appelez-moi Tana, c’est plus facile. D’abord, je tiens à précise que je ne suis pas…

Photo : Macro Zanferrari

– Folle? Mais non, ne vous inquiétez pas. Je n’ai aucun jugement à faire, aucun diagnostic à établir, je suis là pour vous aider. Considérez-moi comme votre ami, votre confident.

– D’accord, j’ai l’impression que rien ne va dans ma vie. Et je ne sais pas ce qui cloche ni ce que je peux faire.

– Allons-y pas à pas, parlez moi des naissances

– Ah les naissances! Il y en a beaucoup, je n’ai pas à me plaindre. Pour la plupart, c’est très douloureux. Mais quelle idée j’ai eu de construire une maternité à Befelatanana (la grosse paume)! Sinon, c’est très cher pour une césarienne et l’utilisation de la péridurale est encore marginale. Et surtout, il y en a encore qui mettent bas à la maison, parfois toutes seules. Elles disent « miankin-drindrina irery » (adossée au mur toute seule) à cause d’une technique ancestrale pour endurer le travail. Néanmoins, le taux de natalité est le plus faible dans ma région, dans les 26% comparé aux 43% au niveau national.

– D’accord, et qu’en est-il des enfants?

– Les enfants sont mieux lotis que dans le reste du pays.  Ils ont droit à l’école primaire gratuite…ou presque. Ils ont accès aux loisirs et sont protégés. Bien sûr, il y a les enfants de la rue, on les appelle les 4’mi. Il paraît que « 4 mi »  veut dire « boire, fumer, parier et se prostituer », les 4 pêchés capitaux. Malheureusement, certains d’entre eux apprennent aussi à mendier et voler. On fait des efforts pour les réinsérer mais ce n’est pas facile du tout.

– Passons à la jeunesse maintenant

– Oui, la jeunesse c’est merveilleux. Pour moi, les jeunes sont dynamiques et entreprenants. Beaucoup de mes jeunes travaillent. Beaucoup font des études. Mais quelle idée j’ai eu d’installer l’université à Ankatso (Là ou ça bloque). Très peu d’entre eux réussissent dans les études. La plupart travaille dans l’informel ou dans des emplois très mal payés. Imaginez que des bacheliers triment pendant tout le mois pour 150 000 Ariary (50 Euro). Mais encore, je préfère mieux ça que de les voir se vautrer toute la journée sur le canapé ou en train de faire des mauvais coups.

– Très très bien tout ça. Mais je vois que vous avez des problèmes avec les noms.

– Oui, chez moi, c’est très important. Mais je sais que certains ne sont pas à propos. Par exemple, à Tsimbazaza (Pas un enfant), j’ai côtes-à-côtes mon zoo et mon parlement. Souvent ça prête à confusion lorsqu’on dit : « Je vais amener les enfants voir les animaux à Tsimbazaza » ou « La nouvelle loi sur la pêche a été adopté à Tsimbazaza ».

-Donc, vous pensez qu’il faut changer les noms?

– Euh pourquoi? C’est grave?

– Non, le nominainconueniensophobie n’est pas une maladie.

– C’est quoi?

– Je viens de l’inventer pour votre cas, « la peur des noms inappropriés ».

– Ah!…oui, enfin…non! Les noms, c’est important mais les changer ne va pas tout résoudre. Je veux dire qu’il faut surtout changer la mentalité.

– Vous voyez, vous avez trouvé la solution vous même.

– Oui mais c’est vrai que vous m’avez aidé à … sortir tout ça! Je vous dois…?

– Non, non, ce sera pour la prochaine fois. Vous revenez bien sûr, je vous donne un rendez-vous. Aujourd’hui en 8?

 


Chez moi c’est…

« Chez moi, c’est… », c’est le thème du concours mondoblog 2014 qui s’est clos le 10 août 2014. Quel beau thème! J’avais les doigts qui fourmillaient à l’idée d’écrire moi-même sur ce sujet.

Mais, heureusement, j’ai déjà réussi mon concours mondoblog en 2013. J’ai, donc, attendu que le 10 août soit révolu pour me mettre à composer aussi. En écrivant, j’ai senti que ce n’est pas si facile que cela et je me délecte déjà de découvrir prochainement (octobre 2014) les futurs mondoblogueurs qui auront passé cette épreuve. En attendant, j’ai fait 3 essais que je vous rapporte ci-après.

ESSAI N°1 , Chez moi c’est … compliqué

Comment dit-on déjà de son statut quand ce n’est ni célibataire, ni en couple ? Ah oui, c’est compliqué. Moi, je vis depuis 35 ans avec mon île, Madagascar et c’est compliqué. Mais ce n’est pas vraiment sa faute, c’est surtout moi qui suis quelques fois infidèle. Quel grand mot que ce « infidèle ». Est-on infidèle à sa patrie si on voit d’autres de temps en temps ?

J’admets que parfois ce n’est pas uniquement au téléphone ou à la télé mais bien plus. Avec la télé, ça reste des images, comme avec les États-Unis par exemple.  Avec elle, c’est l’amour à distance. Enfin, moi surtout ! Il m’arrive de chanter ses chansons, de m’habiller comme elle, de manger comme elle. Quand je regarde certaines images d’elle, je me retrouve, comme si j’ai toujours été là.

Je disais, donc, qu’il m’arrive de passer à l’acte. Je profite qu’on m’envoie en mission ou bien de quelques supposées vacances pour faire des escapades. C’est comme ça que j’ai connu la France par exemple. Ah la France ! Avec elle, c’est une longue histoire… Je la connais tellement que parfois je me demande si j’ai fait le bon choix. Combien de fois on a voulu emménager ensemble. Enfin, moi surtout ! Mais c’était toujours trop compliqué, on n’a jamais été en phase. Je n’avais pas assez d’argent, pas une bonne situation,  pas de chance ou pas le courage. Mais je sais que cette attirance est dictée par mon sang. Alors, un de ces jours, qui sait ?

Donc, je peux dire que je suis avec Madagascar et elle seule, malgré tout. Je sais qu’on s’aime mais qu’il y a souvent de l’incompréhension et de l’ingratitude. Elle tarde à accomplir ses promesses et moi je ne fais pas assez pour l’encourager. Je crois que c’est de là que viennent cette envie de partir et ce besoin de rester. Mais on rêve toujours d’un avenir meilleur. Enfin, moi surtout ! Je rêve de pouvoir lui offrir tout ce qu’elle désire et de la rendre heureuse. Et elle le sait, et moi aussi, que même si je ne suis pas là, mon cœur demeure chez elle. Et c’est justement cette joie, cette sérénité qui m’envahit lors de mes retours qui me font comprendre que quoi qu’il arrive, le vrai chez moi c’est … Madagascar.

 

ESSAI N° 2 Chez moi c’est … selon

Chez moi c’est Antananarivo. Certains s’obstinent à l’appeler Tananarive, d’autres préfèrent l’abrégé « Tana » alors que le nom n’a plus aucun sens avec ces dernières orthographes. Mais ce n’est pas difficile à prononcer, il ne faut pas marquer le « An » comme dans le mot « Antan » mais plutôt lire comme « à Tananariv ». Ce nom signifie « la ville des mille ». Et c’est bien le cas.

Mille comme les dernières nuits accordées à Shéhérazade, Antananarivo possède mille lieux, mille visages, mille histoires. Elle abrite des princes et des princesses, des pauvres et des voleurs.

Du temps des royaumes, quand le roi Andrianampoinimerina a mis en place ses mille soldats pour garder la ville, il y avait des soi-disant princes et princesses, les andriana, qui régnaient ici. Mais aujourd’hui, le roi s’appelle l’argent. Ainsi, les princes et les princesses sont ceux qui en possèdent le plus. Il ne faut pas s’étonner de les entendre parler de leur vie à Tana comme d’un conte de fées. Ils vivent dans une bulle increvable. Leurs palaces gardés par les agences de sécurités sont truffés de meubles dorés et de gadgets de haute technologie. Ils sortent de là en 4×4 pour aller dans ces lieux qui leur sont réservés : écoles américaines ou françaises, restaurants, piscines, spa,  centres commerciaux. Ils vivent comme s’il étaient des riches en Europe ou aux States avec le climat tropical en prime. Et la nuit, ils rentrent dans leur château pour regarder la télé satellitaire, surfer avec la fibre optique,  et préparer le prochain week-end au bord de la mer.

A quelques mètres de là, dans Antananarivo, l’enfer, c’est ce que vit la famille d’Ernestine. Cette femme se lève très tôt le matin afin de préparer ses enfants pour l’école : se laver à l’eau froide du bidon, manger la soupe de riz avec le bout de viande fumée et partir à pied. L’école, c’est le rêve auquel elle s’accroche. Elle croit que si ses enfants parviennent à décrocher un diplôme, n’importe lequel, ils pourront s’en sortir plus tard et ils n’auront pas à vivre un calvaire quotidien comme elle. Elle va chez les patrons, elle peut tout faire : lessive, vaisselle, ménage, porteuse d’eau, garde d’enfant, tout. Et le soir, elle revient exténuée, ses enfants dorment déjà. Elle veille sur leur sommeil à cause des rats qui peuvent attaquer. Et puis, comment avoir un bon sommeil lorsqu’on est à 4, 5 ou 6 à dormir dans une seule pièce de 2 m de largeur ?

Ernestine, ou les femmes comme elle ont de la chance de ne pas être trop malade pour travailler, ni d’être en ménage avec un ivrogne qui la battra tous les soirs, ni de devoir dormir sous les ponts ou au bord des routes, ni de devoir se prostituer pour moins d’un dollar par jour, comme une pute pauvre selon les critères de l’ONU. Elle ne voit pas les princes d’Antananarivo. Pour elle, ces gens-là n’existent pas et cette indifférence est réciproque.

Et le reste :  des gens en lévitation. En effet, les Malgaches disent des gens qui sont dans la moyenne qu’ils ne dorment ni sur le lit, ni par terre. Sur la roue de la Fortune, ils seraient à 3 ou à 9 heures, et leur rêve de monter équivaut à leur peur de descendre. Ils sont adeptes du métro-boulot-dodo. Mais leur métro c’est des taxibé toujours bondés derrière lesquels il faut courir avant d’y entrer en faisant la mêlée. Leur boulot n’est jamais très formel ou n’est jamais bien payé. Et leur dodo, comme je le disais déjà, c’est le rêve de monter et le cauchemar de descendre, du soir au matin.

Mais ce ne sont que des généralités,  je dirais que chacun à son Antananarivo. Et chacun écrit son histoire, un peu comme dans les contes de fées ou les telenovelas qu’on affectionne ici. Tout le monde rêve, tout le monde cherche sa place dans ce monde. Rien n’est jamais définitivement acquis et tout reste possible. C’est cet espoir qui fait vivre car sans elle, mieux vaut ne plus exister. Que tu sois un prince ou un esclave, l’essentiel c’est de continuer à rêver.

 

ESSAI N°3 : Chez moi c’est … plusieurs

Le psychiatre me qualifierait de schizophrène. Mais non, je ne suis pas malade ! Si quand même, un peu, on est tous malades sinon qui oserait dire qu’il est 100 % en bonne santé ? Mais je ne suis pas schizophrène, c’est juste que je n’ai jamais voulu choisir. Quand on a des passions aussi nombreuses qu’importantes et quand on est bien conscient qu’on n’ a qu’une seule vie à passer sur cette Terre, comment fait-on pour choisir? Comment peut-on laisser, abandonner une activité que l’on affectionne sans éprouver des regrets ? Alors, je ne veux pas choisir, moi !

Il y a juste des inconvénients. D’abord, lorsque je rencontre dans la rue une personne et qu’elle commence à parler en continuant une conversation d’il y a 3 ans, par exemple. Là, il faut que je me remémore le lieu, l’endroit et les circonstances afin de pouvoir comprendre ce qu’on me dit. Est-ce que ce monsieur me connaît en tant que banquier, musicien ou blogueur ? Car selon le cas, le document qu’il me demande peut désigner des trucs très différents. Où bien, est-ce qu’il me connaît uniquement en tant que traducteur ou prof de musique ? Il m’appelle Chef,  chef de chœur, chef scout? Il n’est pas de la famille de mon père ? de ma mère ? de ma femme peut-être ? « En fait, Monsieur, je ne crois pas vous connaître en fin de compte« . C’est une histoire vraie, mais je ne lui ai pas dit la dernière phrase… je l’ai dite à moi-même après avoir pris congé. Car peut-être que le monsieur me connaît mais moi je me suis un peu perdu de vue.

Ensuite, avoir plusieurs vies c’est bien sauf qu’en termes de temps, on n’en a qu’une seule : on naît une fois et on meurt une fois. Einstein a dit que le temps est flexible, mais je sais bien que pour le ralentir, il faut aller très très vite. Et ça, c’est extrêmement fatigant.

Alors, si tu me demandes comment c’est chez moi… à l’intérieur, je ne saurais pas vraiment te dire car moi aussi je me cherche. Je pourrais répondre n’importe quoi mais ça ne sera qu’un reflet plus ou moins fidèle. Par exemple, je dirais que chez moi c’est… un feu d’artifice ! C’est à toi d’en découvrir les formes et les couleurs.

 


Où sont les internautes gasy ? – Conseils de navigation

 » L’incroyable succès de mon dernier papier m’a pris au dépourvu. Il s’agit sans doute du billet que j’ai écrit le plus rapidement ces derniers mois. Un coup de sang. Assez peu travaillé, finalement. « 
Je m’excuse de reprendre cette introduction du Causeur.fr. Et pourtant, c’est exactement la même histoire que j’ai vécue avec le guide humoristique pour les cybernautes malgaches. Mais là où le Causeur parle de 45 000 lectures pour son article, je ne peux malheureusement avancer que quelques centaines de clics.Vous allez dire que je radote, mais pourquoi écrire si on n’est pas lu ? Pourquoi crier lorsqu’on n’est pas entendu ? Où sont les internautes gasy?

Les statistiques officielles parlent de 15 utilisateurs Internet pour 1000 habitants en 2008 à Madagascar. Donc, en étant pessimiste, si je considère que ce chiffre n’a pas bougé et qu’il y a 20 millions de Malgaches, potentiellement, il y a 300 000 internautes dans l’île. Et si l’article a eu 300 lecteurs malgaches les premiers jours, ça représente bien un taux de 0, 1 % de lecteurs atteints par un article qui les intéresse en premier.

Encore une fois, je ne remets pas en cause le succès de ce guide. Pas moins de 1000 lecteurs d’un coup c’est comme si tu étais prof dans un collège public malgache, c’est-à- dire que tu n’a d’habitude « que » 60 élèves et puis tu te lèves pour écrire un petit truc au tableau, tu te retournes et tu te retrouves par magie dans un des grands amphis de l’université d’Antananarivo et ses 200 étudiants qui essaient de déchiffrer ce que tu as écrit depuis le premier banc jusqu’au fond situé à 30 ou 40 mètres. Le vertige !

Ces internautes bornés

Mais aujourd’hui, je vais dénoncer où vous êtes tous, internautes gasy, histoire de vous titiller un peu de là où vous êtes et pour vous dire que peut-être, il y a des choses intéressantes ailleurs.

Les facebookeurs (les) exclusifs

Ce sont les plus nombreux. Lorsqu’on entre dans ses cybercafés qui disposent leurs PC afin que tout le monde voie ce que fait l’autre, on peut vite s’apercevoir que 9 surfeurs sur 10 ont les yeux rivés sur le grand bleu du thème de Facebook. Alors, on détourne les yeux pour ne pas avoir à regarder les filles qui posent, les messages privés et les autres idioties qu’on aime bien y faire… c’est la vie sociale moderne. Même dans le bus, à l’heure de rentrer, chacun sort son smartphone et consulte sa page, répond à ses messages. Souvent, je me demande si je dois d’abord lever ma tête de mon écran pour vérifier si le mec à qui je chat n’est pas dans le même bus.

Mais les facebookeurs exclusifs le revendiquent :

– Salutfacebook
– Salut
– Cava?
– wi et tw
– cava
newz?
– bof bof, au boulot, et tw
– fb
– fb et?
– non, juste fb

Voilà, c’est le (la) facebookeur (se) exclusif. Les fournisseurs d’accès les ont déjà ciblés avec les offres de « forfait Facebook« , c’est-à-dire, des mégaoctets à bas prix valables uniquement sur ce réseau social.

Les porn addicts

Ils sont pires en termes d’addiction. Ils ont toujours besoin de leur dose quotidienne. Ils sont aussi parfois au cyber, mais seulement dans les établissements qui fournissent des box plus ou moins discrets. Malgré tout, dès qu’on entre, ils te lancent un regard de surprise accompagné d’un mouvement du dos visant à mieux cacher l’écran. C’est une manne, si je peux me permettre déjà exploité par des gestionnaires de sites ou de blogs. C’est ainsi que des contenus malgaches pullulent. Ce sont des sites et des blogs où y il a des filles et des bouts de garçons malgaches ou de gens pouvant passer pour des Malgaches plus ou moins consentants (… oui, j’ai déjà vu). Je ne vais, bien sûr, pas mettre un seul lien ici sachant que le peu que j’ai dit incitera déjà quelques-un (e) s d’entre vous à googler « filles malgaches« . Les résultats sont étonnants. Je vous assure, même en recherchant « blog gasy« , les blogs d’actualité ou d’humour ne font pas le poids.

Maintenant, rien qu’avec du bon sens, on imagine mal l’un d’entre eux, perdu dans ces images tellement répréhensibles se dire : « Tiens, et si je lisais Lay Corbeille après ça pour me détendre un peu ». À la limite, je ne préfère pas.

Les forumistes

Ces gens-là passent leur temps dans les forums. Ils peuvent être aussi facebookeurs et /ou porn addicts ou bien passionnés cyberpar leur truc à eux. Les forums ont plusieurs thèmes et donc, ils peuvent toujours y trouver leur compte : fitiavana (amour), fiara sy moto (véhicules), resa-behivavy (entre filles), fitaizana (éducation des enfants), etc.

Là, la seule différence est qu’ils peuvent poster anonymement. De ce fait, on y trouve parfois des histoires et des récits rocambolesques. Je soupçonne même certains  » malades  » de créer tout seuls des conversations entières. Alors, les forums malgaches ont aussi des modérateurs qui suppriment des messages à bout de bras et à longueur de journée. Mais un vrai forumiste, c’est celui qui va écrire  » pourquoi on a supprimé le sujet, qui veut raconter son expérience ? S’il vous plaît ? «  Ou bien il s’adresse au modérateur :  » Attention, ce mec est un troll, car il a déjà raconté ce truc qu’il aurait fait ici et aussi ici « .

Arcade_gamerLes nouvelles tendances

Si vous avez bien compris, ce que je considère comme dommage, c’est de ne pas diversifier sa navigation sur le net.

Avec l’accélération de la vitesse de connexion à Madagascar, il y a de nouvelles tendances. Il y a ceux qui aiment les images : la mode, l’esthétique en général. Il y a aussi ceux qui préfèrent la vidéo : les films et surtout les clips. Il y a, bien sûr, les gamers cloués malgré eux devant une partie interminable comme l’a souhaité le développeur. Et puis, il y a ceux qui downloadent (font du téléchargement) du matin au soir et du soir au matin, etc.

 

Mes conseils

Pour mieux profiter du web, il faut le considérer comme une grande ville, un grand continent inconnu, une jungle immense. C’est bien d’y avoir ses repères, mais il faut aussi progresser à l’intérieur pour conquérir et s’approprier de nouveaux territoires, poser ses marques et avancer encore. Et plus on avance, plus on découvre aussi.

Faites des recherches.

Vous faites des recherches pour trouver quelque chose dont vous avez besoin, c’est vrai. Donc, si vous n’avez pas de besoin particulier, googl1créez-vous-en au lieu d’abandonner Google et consorts. A propos de recherches, je sais bien que  » photos Cristiano Ronaldo  » ou   » Miley Cyrus nue  » sautent aux yeux comme des évidences, mais savez-vous qu’il y a aussi  » propulsion magnétohydrodynamique, crop circles saison 2014 ,  recette mousse au chocolat, accidents en wingsuit vidéo,  chercher Chuck Norris « , etc. Osez n’importe quoi, comme on dit en malgache   »  rien n’est amer avant qu’on y goûte « .

 

Cliquez, Cliquez, Cliquez

C’est bien pour cela que ça s’appelle  » la Toile « , tout est interconnecté. Donc, il ne faut pas hésiter de cliquer sur les liens proposés. Au début, on tombe une fois sur deux sur du contenu publicitaire ou périmé, mais avec l’habitude, on arrive à chaque fois à se créer un parcours, une aventure qui nous amène quelque part où l’on se perd parfois, mais d’une enivrante perdition. Après, lorsqu’on a fini d’admirer une page incroyable, on ne se souvient plus comment on est arrivé là, mais on veut refaire cette expérience de découverte encore et encore.

Revenez

Enfin, comme je l’ai dit, il faut marquer son territoire. On peut ajouter une page qu’on aime en  » favori  » ou si besoin, s’inscrire dans une discussion intéressante, souscrire aux flux RSS et pourquoi pas noter ses adresses préférées quelque part afin de pouvoir y revenir plus facilement la prochaine fois. Le web est si grand que c’est parfois frustrant de ne plus retrouver une page qui vous a déjà séduite. Imaginez que vous ne vous souveniez plus que ce blog s’appelle Lay Corbeille par exemple, une horreur!

PARTAGEZ

partageEt ainsi de suite, une fois revenu dans une page familière, cliquez pour aller ailleurs ou faites une nouvelle recherche. Et même si vous n’êtes pas obligé de le faire, vous pouvez  » partager  » un contenu qui vous a plu, c’est-à-dire le diffuser par mail, par Facebook, Twitter ou autre à vos amis et contacts. A cet exercice, il y a de véritables accrocs. Moi, je suis partisan du fait que c’est mieux  « partager » en accord avec ses principes et ses valeurs.

Voilà, donc, si cet article vous a plu, les liens de sorties vers les autres articles de ce blog sont en haut, au milieu et en bas de cette page. Les boutons de partage sont en dessous de chaque article et un ensemble de boutons flottent à votre gauche en cas de besoin. Je vous souhaite un bon voyage en notre compagnie.

 

 


Entretien avec Randy Donny

A l’occasion du mondoactivism, quelques blogueurs se sont penchés pendant le mois de Juin 2014 sur les médias dans leurs pays respectifs. Pour ma part, je me suis entretenu avec un journaliste bien connu à Madagascar, Randy Donny, pour évoquer ce métier dans notre pays.

Bonjour Randy Donny, vous êtes actuellement un journaliste « freelance » mais dans votre parcours vous avez déjà travaillé avec des quotidiens malgaches, à la radio et à la télévision aussi. Vous avez même été un temps Rédacteur en Chef. C’est pour dire que vous connaissez bien le monde du journalisme à Madagascar. En plus de cela, vous êtes aussi un blogueur  .

Mais tout d’abord, c’est quoi un journaliste freelance ?

Un freelance est celui qui n’appartient pas à un organe de presse spécifique, mais qui travaille pour différents organes suivant un système de piges (indemnité suivant le travail accompli). Un freelance peut être un journaliste, mais aussi un photographe. D’ailleurs, pour ce dernier, on parle plutôt maintenant de journaliste reporter d’images (JRI).

Et que pensez-vous du métier de journaliste à Madagascar ?

Qu’est-ce que j’en pense ? Bonne question. Je dirais simplement que le journalisme est un métier passionnant, mais que cette passion tend à manquer aux jeunes. Je ne vois plus la course aux infos, au scoop que l’on tend maintenant à confondre avec information à scandale, pour se contenter d’une promenade dans les conf’ presse. Ceci a des répercussions sur la qualité des des articles.

Alors, quelle est, selon vous, la place des médias à Madagascar ?

Les médias ont leur place à Madagascar. Ou du moins, ils doivent avoir leur place car comme dans toute démocratie digne de ce nom, il est nécessaire d’avoir un 4è pouvoir pour contrebalancer les 3 autres pouvoirs classiques qui, on le sait, sont complaisants et dominés par l’Exécutif à Madagascar.

Merci pour ces réponses franches, sans détour sur la situation de la presse à Madagascar. Cette fois-ci, parlons de blogging car vous êtes aussi blogueur. A quoi vous sert ce blog? Et que pensez-vous des blogueurs non journalistes qui relatent, traitent et analysent l’actualité, un peu comme les journalistes?

En fait, auparavant, en 1998, j’ai commencé par sortir les articles que j’écrivais dans la presse écrite sur le site web d’un ami pour leur donner une envergue internationale. A l’époque, même les journaux n’avaient pas de site web. Puis, plus tard, avec l’apparition des blogs, je me suis mis à en ouvrir un car c’est plus pratique et je gère moi-même le contenu et la fréquence des publications. D’autre part, dans mon blog, je publie aussi d’autres choses que les articles que j’ai écrit. Je peux y publier des coups de cœur perso, voire reprendre des articles écrits ailleurs. Il faut savoir qu’actuellement, un peu partout dans le monde, des journalistes ont leur propre blogs où ils parlent des coulisses de l’info.

Maintenant, qu’est-ce que je pense des blogueurs non journalistes? Et bien c’est une bonne chose. Avec les nouvelles technologies, l’accès aux infos n’est plus l’apanage des seuls journalistes. Chaque témoin d’un événement peut le rapporter en public et chaque citoyen peut exprimer ses opinions librement dans les nouveaux médias. Parfois même, ils deviennent des sources pour le journalisme classique. Mais il ne faut pas oublier le fait que ce ne sont pas des journalistes et que leurs publications doivent donc toujours être recoupés et mis dans leur contexte. les blogueurs non journalistes ne s’embarrassent pas des sources et peuvent devenir des caisses de résonances à des informations erronées. il est vrai qu’un journaliste peut aussi faire les mêmes aberrations. Dans ce cas, il sera sanctionné, d’une façon ou une autre. Tandis qu’un blogueur restera tranquille dans son coin et peut même brandir son statut de non journaliste en guise d’excuse. Ceci dit, un blogueur peut devenir un bon freelance après une formation de journalisme.

Autre chose : un blog est souvent un espace pour exprimer un opinion tandis qu’un média classique sert surtout à publier des informations qui, comme on le sait, sont sacrées tandis que les commentaires sont libres.

En fait, nous mondoblogueurs, recevons des formations en ligne et aussi lors des séances de formations annuelles où nous sommes sensibilisés sur les méthodes journalistiques : vérification des informations et des sources, recoupement, interprétation des données, etc. Je suis totalement d’accord que même un blogueur peut se discréditer en diffusant des contenus non vérifiés.

Justement, par rapport à la mutation technologique que connaît le monde actuel, comment voyez-vous votre métier dans le futur proche ?

L’avenir du journalisme est dans la nouvelle technologie. La tendance mondiale va vers un déclin de la presse écrite. C’est valable aussi bien à l’étranger, où des médias classiques ont décidé de n’exister que sur la toile, qu’à Madagascar avec la multiplication des abonnés à internet.

Un dernier message?

Soyez toujours connectés, ,ne lâchez jamais l’affaire ! Mais sachez aussi que le respect de l’éthique et de la déontologie n’est pas pour les seuls journalistes. Il y en a aussi sur le net.

Merci Randy Donny, et bonne continuation.

Je profites pour inciter mes lecteurs et mes lecteurs malgaches à Madagascar et ailleurs dans le monde, journaliste ou non, à participer au concours Mondoblog 2014 avant le 10 Août 2014 car c’est une bonne expérience pour allier blogging, journalisme et les autres passions.


Nouveau guide humoristique pour les cybernautes malgaches non cybercriminels

Tous les Malgaches, en particulier les cybernautes malgaches, se sentent menacés par cette nouvelle loi dite : Article 20 de la loi 2014-006 du 25 mai 2014 sur la cybercriminalité à Madagascar.

L’homme est toujours effrayé par l’inconnu. Et la majorité des Malgaches redoute la prison. Madagascar n’a pas de centre pénitencier à étoiles, au contraire. Alors que le web gasy s’affole, je me permets de rassurer tout le monde en proposant ce nouveau guide pour éviter, justement, de devenir la cible de cette nouvelle loi.
Crédit photo : Jinthai

 

Voici d’abord le texte polémique : « L’injure ou la diffamation commise envers les corps constitués, les cours, les tribunaux, les forces armées nationales ou d’un État, les administrations publiques, les membres du gouvernement ou de l’Assemblée parlementaire, les fonctionnaires publics, les dépositaires ou agents de l’autorité publique, les citoyens chargés d’un service ou d’un mandat public, temporaire ou permanent, les assesseurs ou les témoins en raison de leurs dépositions, par les moyens de discours, cris ou menaces proférés dans les lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans les lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par le biais d’un support informatique ou électronique, sera punie d’un emprisonnement de deux ans à cinq ans et d’une amende de 2 millions à 100 millions ar ou l’une de ces peines seulement ».

Et depuis, on devient tous paranos. Chaque article, chaque publication, chaque tweet est lu et relu avant envoi. Et les questions dans les groupes et les forums sont pléthore.

Donc, ce guide s’adresse au cybernaute gasy lambda qui n’a jamais eu de mauvaises intentions, mais qui a l’habitude de naviguer en toute liberté et sans souci. Il peut intéresser aussi le monde entier car le web est mondial. Désormais, pour éviter la prison ou l’amende de 20 à 1 000 fois votre petit SMIC à cause d’un clic malheureux, adoptez les nouvelles attitudes suivantes :

1- Changer votre mode d’expression.

Un discours trop cru ou trop direct, même s’il reflète le fond de vos pensées peut être nuisible. Adoptez la diplomatie en usant d’euphémismes et de litotes à gogo.

Exemple :

Ne dites pas : « Cette élue est une pute » mais plutôt « C’est une femme libérée ».
Ne dites pas : « C’est un gros con » mais plutôt « Il n’est pas très avisé ».

2- Adoptez l’autocensure

En effet, vous ne choquerez plus personne si vous prenez le temps de vous relire et de vous corriger vous même.

Exemples dans les textes ci-dessous :

Le gouvernement d’incapables qui est en place depuis belle lurette depuis une année déjà n’a rien foutu pas encore fait ses preuves dans le domaine économique et social. Au contraire, le fascisme les mesures de répression contre la liberté d’expression la cybercriminalité semblent aujourd’hui plus importantes dans son calendrier.

– Qu’est-ce que tu penses de la nouvelle loi sur la cybercriminalité?
– Bah, que c’est une grosse fout****!

Vous voyez, ça passe très très très bien.

3- Utilisez des codes

Pas besoin d’élaborer des algorithmes hyper compliqués ou de hacker des codes sources gouvernementaux, il suffit de se faire comprendre par son interlocuteur sans nommer quelqu’un en particulier et risquer des poursuites de sa part.

Exemple

– Tu crois que c’est une idée de Beloha? (Grosse tête)
– Je ne sais pas mais on n’aurait pas vu ça du temps de l’autre là!

4- Revoyez vos listes de contacts et ceux qui peuvent vous lire

En effet, nombreux sont ceux qui créent, transfèrent et répondent à des messages sur les réseaux sociaux pensant qu’ils sont en privé alors qu’ils sont lus et suivis par des dizaines « d’ami(e)s ». Ensuite, à coup de « j’aime » et de « partage » ils deviennent lisibles par les amis des amis et les amis des amis des amis et les amis des amis des amis des amis, soit tout le pays.

Ceci est encore excusable, mais les fautes bêtes aussi existent. Donc, si vraiment dans votre tweet vous éprouvez le besoin impérial de traiter un membre du gouvernement de noms d’animaux puants, évitez de le citer ou de mettre des hashtags évocateurs comme ça : « vous êtes des putois atteints de gastro cc @rakoto , @rasoa, #gouv #unedesministere »

5-  Apprenez le mandarin

L’avantage avec le mandarin c’est qu’il n’est compris que par quelques Malgaches.

你是真正的卑鄙。

Problème : Si vous avez, comme moi utilisé Google translate pour écrire ce presque outrage afin de frimer un peu, car en fait vous n’y comprenez rien du tout en chinois, sachez que l’opération inverse est tout aussi facile pour traduire ce que vous avez proféré. Et puis c’est une langue à la mode et avec l’immigration massive chinoise actuelle, il se peut que bientôt, il soit une langue courante à Madagascar. Dans ce cas, il reste le swahili, le wolof, le otjihimba ou à l’instar des GI du débarquement, le navajo qui n’est pas encore dans Google translate.

6- Déguisez-vous

Vous n’êtes pas armé de mauvaises intentions, mais vous n’êtes pas trop sûr que ce que vous écrivez et ce que vous faites est légal ou non, déguisez-vous! Je ne veux pas dire que vous devez surfer sur le web avec un grand manteau, un chapeau et des lunettes noires. Je veux dire que vous devez cacher votre I.P. et votre identité. Si ce n’est pas possible avec votre matériel ou votre compétence, allez dans les cybercafés hors de votre quartier et utilisez des comptes anonymes. Mais attention, les gérants de cybercafés sont des espions potentiels pouvant vous dénoncer. Combien de fois j’ai été interpellé à la sortie de ces établissements par des : « Monsieur, ne fouillez plus dans les dossiers de nos PC s’il vous plaît ». Et avec cette rumeur qui dit qu’on va les faire payer les droits d’auteurs si leurs clients visitent Youtube, ça ne va pas s’arranger.

7- Expatriez-vous

C’est facile, Madagascar est une île, donc, si vous avez fait quelque chose de répréhensible et que vous êtes poursuivi, vous pouvez difficilement vous enfuir. Les frontières aériennes sont surveillées. Celles marines sont plus permissives, mais vous ne pouvez pas facilement nager ou ramer 400 km pour atteindre l’Afrique. Alors, préparez votre coup. Expatriez-vous ou mieux, expatriez-vous et changez de nationalité. Après quand vous serez tranquillement à Blagovechtchensk en train de siroter de la  vodka, le passeport américain dans votre poche, ouvrez votre navigateur et injuriez-les comme bon vous semble. Voyez quand même un peu les accords en matière d’extradition entre Madagascar et votre pays d’adoption car on ne sait jamais, l’autre pays ne va peut-être pas rire de vos petites bêtises comme on le penserait.

8- Combinez les techniques

N’hésitez pas à combiner les différentes astuces ci-dessus et pensez à en créer de nouvelles. On compte sur vous!

Voilà, j’espère que ce guide vous sera utile. Bien entendu, je tiens à rappeler aux lecteurs, surtout s’ils sont des policiers du net, des espions du gouvernement…sans oublier la NSA bien sûr, que ceci est simplement un guide. Ne tenez pas en compte les exemples qui ne sont là que pour illustrer. Mais enfin, puisque vous êtes là, j’ai quand même un message de paix à vous transmettre : je suis contre les crimes et les délits, mais pour la liberté et l’échange entre les peuples et Internet en fait ça sert à ça.

 


Madagascar : Andrebabe, le village invisible et autres Mikea

En l’an 2014 après Jésus-Christ, toute l’île de Madagascar est occupée par les Malagasy. Toute? Non! Car un village peuplé d’irréductibles vazimba résiste encore et toujours à l’envahisseur
Ce village, Andrebabe, résiste à l’envahisseur grâce à l’invisibilité.

Et arrêtons là l’analogie avec le village d’Astérix dont vous avez peut-être reconnu les phrases d’introduction. En effet, l’ambiance qui doit prévaloir dans votre tête en lisant cette article n’est pas la joie de vivre et l’humour des gaulois du village d’Armorique. Au contraire, pensez à un village où les malgaches ne voudrons jamais vous emmener en visite car rien qu’en évoquant le nom, ils seront terrifiés.. Pensez aux histoires effrayantes dans lesquelles tous sont partis … et aucun n’est revenu.

Entre légendes…

Andrebabe, c’est d’abord un montagne couverte de forêt dans l’Est de Madagascar. C’est aussi un village qui est censé exister dans cette montagne mais que personne ne peut voir car il est invisible. Beaucoup de témoignages anciens ou nouveaux alimentent cette légende. Certains parlent d’expéditions pendant lesquelles on entend de voix, de bruits, de plus en plus près sans jamais atteindre l’endroit d’où ça provient. Je me souviens aussi de notre prof qui racontait qu’ils sont montés dans la forêt par un chemin et que le guide leur a dit de retourner sur leurs pas. Soudain, au retour, le même chemin avait un autre aspect et ils virent à gauche et à droite des bornes bien rangées comme s’ils venaient de quitter une ville civilisée. On leur aurait expliqué alors que ce n’était qu’un aperçu; qu’une village existe vraiment mais n’est pas visible à tout le monde. Et puis, il y a les disparus, beaucoup de disparus qui auraient suivi des sentiers, ou des voix ou une jolie fille et ne sont plus revenus. Parfois aussi, on dit que les moteurs des camions s’arrêtent aux abords de cet endroit, que les instruments de bord des avions s’affolent.

Quant à l’origine de l’invisibilité de ce village, on parle d’un puissant sort qu’un magicien aurait prononcé. D’autres supposent aussi que ce sont les vazimba qui se réfugient là-bas. D’autres encore rapprochent cette légende avec celle du peuple de l’eau.

La première histoire (lien en français, voir la partie Analogie entre le Christ et Olivier) relate  l’histoire d’un chef de village Ratanibe qui aurait caché son village entier des colons en utilisant la magie. Il faut savoir que cette partie de Madagascar, l’Antsihanaka c’est à dire le pays des Sihanaka est réputée pour l’utilisation de la magie. Cette réputation est parfois préjudiciable pour les sihanaka car on les accuse souvent de sorcellerie. Pourtant, nombre d’entre eux revendiquent leur savoir faire dans les sorts et les potions : philtre d’amour, ambalavelona, etc.

Quand aux vazimba ou les sirènes, c’est à peu près la même histoire. C’est toujours dans le but de se cacher de la civilisation. Pourquoi les sirènes d’abord? Parce que la région est lacustre. Les hommes ont toujours été fasciné par l’eau et ses profondeurs et le malgache l’est encore plus. De ce fait, les légendes malgaches sur le peuple de l’eau ou d’autres créatures foisonnent. Donc, ce peuple de vazimba ou sirènes se cache dans ces montagnes pour fuir et se protéger des humains. Pourtant, certains interagissent avec nous de temps en temps. Dans cet article de presse( lien en malgache), par exemple, une femme se serait fait enlevée par un homme du peuple de l’eau et séquestrée à Andrebabe pendant des années. La femme raconte qu’au moment où un magicien, payé par son mari faisait son œuvre, elle a entendu un voix. Elle aurait suivi la voix et elle serait passé à travers un miroir ou une brume avant de se retrouver sur une route qu’elle connaissait pour rentrer chez elle.

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pochette du film Andrebabe III

…et réalité, il y a …

Mais voilà, personne ne l’a jamais vu, ce village. Vous me direz que c’est parce qu’il est invisible. Mais le concept d’invisibilité est d’exister sans être vu. Donc, pour moi, il faut d’abord que ça existe vraiment.
Moi, je rapprocherais cette histoire à celle des peuples invisibles de l’Amazonie. Ce sont des gens qui se cachent, qui se camouflent et qui fuient devant la civilisation et ses contraintes. Andrebabe abrite peut-être tout un village ou même une ville entière mais pas au sens de village et de ville que nous connaissons. Au pied de cette montagne il y a le village au nom similaire Andrebakely (petit Andreba, contrairement an Anrebabe, grand Andreba). Des personnes de ce village se disent en contact avec ceux d’Andrebabe, D’autres personnes témoignent qu’ils sont eux même des habitants du village invisible et qu’ils sont des être humains normaux sauf qu’ils ne doivent rien dire de leur demeure.

Je me souviens des premiers documentaires sur les Mikea dans le Sud aride de Madagascar. Les groupes, puisqu’on peut pas dire tribu ou peuple,  Mikea ont fasciné les malgaches et les étrangers. Inconnus, insaisissables…invisibles  eux aussi, ils hantent depuis toujours les forêts du Sud et se rassemblent de temps à autres pour des rites mystérieux. Moi, qui croyait que Madagascar était totalement « conquis », étais bien étonné de l’existence de ces êtres.

foret d'epinesOn les a pressenti, eux aussi,  pour être des vazimba, des pygmées, des sauvages. Et pourtant, au milieu du désert, on a vu des nomades qui utilisent des seaux, des marmites et d’autres ustensiles achetés à nous autres civilisés et qui sont habillés de nos t-shirts et nos shorts. Dans les documentaires, ils expliquent le concept de Mikea comme une rébellion contre la civilisation, une fuite devant la modernité et ses contraintes, un retour aux sources. C’est à dire que c’est plutôt une mode de vie.

…d’autres mystères….

C’est peut-être un pêché de rapprocher les Mikea et Andrebabe. Mais si je devais donner une explication rationnelle, j’irai dans ce sens que : ce sont des gens à l’écart, de gré ou par la force des choses, de notre civilisation parce ce qu’ils ont une mode de vie incompatible avec le nôtre. Les Mikea existent…enfin des mikea existent et leur existence n’est plus un mystère et peut-être que le village d’Andrebabe aussi de la même manière est réel mais qu’on attend de découvrir ce qu’il en est.

Sauf que,  les Mikea, dans leur culture ont peur du Koko, le petit nain noir poilu. Et on dit que les mikea qui sillonnent les forêts d’épines ne sont pas les vrais « mikea » et qu’ils craignent ces derniers. De la même manière, même si les reporters, les évangélistes, les étudiants et les téméraires sont déjà allés à Andrebabe sans avoir rencontrés de vrais dangers, la peur de cet endroit est toujours présente et bien forte dans l’esprit des malgaches.

Et si on s’est trompé de Mikea et d’Andrebabe?

 


Top 11 : les pires rumeurs du Mondial 2014

Le Mondial est un évènement planétaire. Mais la Terre n’est plus qu’un petit village. Au même moment, à défaut d’être à la même heure, des centaines de millions d’êtres humains de tous les pays vibrent ensemble pour le même match. Grâce à la télé, la radio, internet et les réseaux sociaux, on aurait dit qu’on était tous dans le même salon, en train de blaguer, se chambrer, parier, gagner et jubiler, perdre et se réconforter. Il suffit alors d’une plaisanterie, d’une mauvaise blague, ou d’une mauvaise intention de désinformer et tout le monde ou presque tombe dans le panneau. (Crédit photo : Marcello Casal Jr, Wikimedia Commons)

1- L’OVNI au-dessus du stade

Cette rumeur, déjà présentée sur ce site par le blogueur italien Jean Bruschini, a fait le tour du web. Il s’agit d’un objet extraterrestre qui aurait été aperçu et filmé au-dessus d’un stade.  E.T. a-t-il installé un relais de nouvelle génération qui permettrait téléporter les images du Mondial vers sa planète ? En effet, limitation de la vitesse des ondes oblige, il suffirait qu’ils habitent à une année-lumière de la Terre pour qu’ils ne reçoivent les images des matchs qu’en juillet… 2015.

2- Le genou de Ronaldo

Rumeur ou pas, ce feuilleton a été tué dans l’œuf. En effet, il était question que le genou gauche du ballon d’Or soit en compote et qu’il ne puisse pas aller jusqu’au bout de ce Mondial. Le Real Madrid aurait même voulu le rapatrier avant l’heure pour éviter une retraite anticipée à sa pièce maîtresse valant plus de 100 millions d’euros.  Mais voilà, le Portugal ne s’est pas qualifié pour les huitièmes de finale et Ronaldo n’aura joué que trois matchs. On ne saura donc jamais s’il avait la capacité d’aller au bout…

3- Le Ghana en mode révolte

Il faut croire que les équipes africaines sont plus enclines à se rebeller. Trop indisciplinées, trop pauvres ? On a parlé des problèmes des primes chez les Camerounais. Les Nigérians ont eu leur petit moment de buzz pour les mêmes raisons. Donc, si on dit que les Ghanéens se sont disputés dans les vestiaires, ça n’étonnerait personne. Alors, vérité, rumeurs ou préjugés?

4- Le père de Serey Die

Parce qu’il a pleuré avant le match et qu’il a fait une erreur sur le terrain, amenant le but de leur adversaire et contribuant ainsi à l’élimination de la Côte d’Ivoire, Serey Die a été la victime d’une rumeur infondée. On a dit que son père, déjà disparu des années auparavant serait mort deux heures avant le match et que cela explique son manque d’attention. Relayée surtout par Twitter, cette fausse mauvaise nouvelle a parcouru le monde entier en quelques minutes. On ne sait pas si c’est la déformation d’une vraie disparition, celle du frère cadet de Yaya et Kolo Touré.  Dans tous les cas, cela montre qu’il est très facile de faire croire une chose fausse est vraie tant que cela permet d’expliquer l’inexplicable.

5- Une église incendiée

C’est une rumeur, fausse,  parmi tant d’autres après chaque victoire de l’Algérie. Cette fois-ci, on a dit, faussement,  qu’une église a été brûlée à Lyon après le match gagné par l’Algérie sur la Corée du Sud. C’est vrai que les Algériens sont nombreux en France. C’est vrai que les Français d’origine algérienne sont nombreux. C’est vrai que les Tunisiens et les autres pays arabes ont soutenu l’Algérie par fraternité. Et c’est vrai que l’Afrique a été fière de cette nation pour ce qu’elle a fait pendant le Mondial. Et qui, en France,  n’aime pas les Algériens, les Arabes et les Africains? Ce sont les racistes.

Les scènes de joies après un bon match, c’est normal. Les casseurs et les profiteurs et peut-être même les comploteurs, c’est l’affaire de la police. Ah, que j’aurais aimé que l’Algérie et la France se qualifient ensemble et qu’ils aient pu montrer sur le terrain que le foot est l’amour entre les peuples,  pas la guerre.

6- L’autre Benzema

Celle-ci est plus drôle. On a dit que ce n’est pas Karim, mais son frère qui aurait joué en huitième de finale contre l’Allemagne. Ceci expliquerait le manque d’efficacité de l’attaquant. Aziz Benzema aurait toujours émis son souhait ultime de jouer un match de Mondial et son frère aurait exaucé ce rêve. Ce sujet, lancé par l’excellent imposteur Football France, a connu un certain succès sur le web même si les deux frères ne se ressemblent pas tant que ça.

7- Ochoa contre ma maison et ma femme

Autre best-seller de Football France, l’intox insolite sur un supporter d’Ajaccio, a tellement obnubilé par la performance d’Ochoa contre le Brésil en match de groupe qu’il a décidé de vendre sa maison avec femme et enfants encore dedans afin d’assurer un contrat d’un an de plus pour le gardien à l’ACA. Malheureusement pour lui, Ochoa ira sûrement à l’Atletico Madrid, si cette dernière info est vérifiée. Mais existe-t-il un gars assez fou pour faire ça ? Oui sûrement. Qu’est-ce qu’on n’a pas encore vu dans les sites de ventes en ligne ? Un bébé, des Noirs,  une virginité, tout est à vendre aujourd’hui, plus ou moins sérieusement. C’est pour cela que cette intox a fonctionné sur plus d’un.

8- Les miracles dans les places pour handicapés

Des images et des vidéos montrant des handicapés se levant de leurs chaises pour célébrer des buts parcourent le web. La police brésilienne enquêterait sur de possibles tricheurs qui se font passer pour des handicapés moteurs pour accéder aux stades. D’un côté, tricher n’est pas bien. Et puis, il y a trop de combines et de trafic autour des billets dans ce Mondial et ça ternit un peu l’image de l’universalité et du fair-play de ce sport roi. De l’autre côté, beaucoup de personnes en fauteuil roulant peuvent se lever ou même marcher et les fauteuils roulants ne sont pas réservés aux handicapés moteurs. Et si cet acharnement était juste de la jalousie?

9- La plus belle des stades

La Belge Axelle Despiegelaere a bien été contactée par L’Oréal pour faire une vidéo. Et non, elle n’est pas devenue une égérie de cette marque. Car si cette histoire était vraie, elle va attirer plus de  jolies filles dans les stades. Ça, ce ne serait pas une mauvaise chose. Et merci aux caméramans qui passent leur temps à chercher les plus jolis minois dans les tribunes. Merci aux réalisateurs qui nous font alors rater de jolis passements de jambes, des tirs en puissance ou même des buts.  Mais attention, c’est vrai que les agences de mannequins recrutent partout même pendant vos vacances. Seulement, il ne faut pas oublier que le plus important est avant tout le match. Sinon, dans pas longtemps, il y aura des videurs à la porte des stades pour recaler les supportrices moches.

10- Neymar le cyborg

Cette histoire fait froid dans le dos. Elle dit que si le Brésil avait pu accéder à la finale, Neymar aurait joué avec sa colonne fracturée retenue par du métal et des vis. Rien qu’à entendre cette idée, ça me révulse. Mais Neymar a été tellement mis en avant et il incarnait tout l’espoir de tout le Brésil que sa blessure a plongé tout le peuple dans le noir. Proportionnellement, la moindre étincelle d’espoir a brillé dans leurs têtes comme un soleil levant. Mais le miracle n’a pas eu lieu. Le Brésil a sombré en demi-finale et Neymar expliquera plus tard qu’il a frôlé la chaise roulante… Alors, disputer la finale…

11- Le parieur fou

Un Allemand, un Américain, ou on sait plus quelle nationalité, ivre, aurait parié 600 $ sur le score de 7-1 en faveur de l’Allemagne contre le Brésil en demi-finale du Mondial 2014 et serait devenu millionnaire. La rumeur a été démentie, mais il y a beaucoup de vérités dans l’histoire et il faut en garder les leçons.  Le ballon est rond, il est difficile de faire son pronostic. Si tu parviens à parier sur le bon résultat, tu peux avoir le gros lot. Mais, enfin, si tu bois trop, tu peux faire n’importe quoi !

►►► Pour retrouver tous les articles de Andriamialy Ranaivoson, Mondoblogueur malgache, cliquez ici.


Contes de Madagascar, le petit d’Antsaly

A Madagascar, un vieux troubadour, qui n’avait plus toute sa tête est là. On entend le bruit de la mer et il nous raconte ses voyages avec mélancolie. C’était au siècle dernier et je m’en souviens très bien ; de mon frère qui était fasciné en lui demandant : c’est vous qui avez composé telle et telle chanson?
Les gens comme lui tombent dans l’oubli même si ses chansons se font découvrir par les plus jeunes, encore et toujours.
Peut-être, savait-il que sa fin était proche mais il nous a raconté cette histoire.
Dans la province d’Odag, il y avait un oiseau chanteur nommé Antsaly. Il demanda une progéniture aux dieux parce qu’il devenait vieux et les dieux lui accordèrent un petit d’Antsaly.

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Contes et légendes de Madagascar : les personnages

Dans les contes de Madagascar, il y a de nombreux personnages. Il y a les Rakoto, les Rasoa, les Rabe quelque chose (les noms les plus communs à Madagascar) et les autres mais il y en a qui sont de véritables stars dans le pays, à l’instar du Chaperon Rouge, de Pinocchio ou des 7 nains en France. Je vais vous les présenter dans cet article.

Trimobe l’ogre mangeur d’enfant

Trimobe est riche et a beaucoup de vivres dans sa grande maison au milieu de la forêt. « Trimo » est le vrai nom et « be » est un qualificatif qui signifie « gros » ou « grand ». Il a justement un gros voix qui s’entend de loin. Il a un très bon flair et sa phrase culte est « maimbo olombelona » (ça sent l’être humain).

Les chercheurs disent que Trimobe représente en fait le Tigre (wikipédia)  et que le personnage a été importé d’Asie par  les  austronésiens (Trimo : T-rimu : tigre). Il tient le rôle du grand méchant qui dissuade les enfants à s’aventurer tout seul dans la forêt à l’instar du grand méchant loup ou l’ogre européen. Pourtant, il n’est pas dit qu’il préfère les enfants aux plus grands. Il a logiquement évolué pour devenir le pendant malgache de cet ogre européen dans des adaptations malgaches du « Petit Poucet » par exemple. D’un autre côté, le fait que les enfants osent ou doivent parfois affronter et tuer Itrimobe pour lui voler toutes ses richesses indique qu’il peut représenter les difficultés de la vie auxquelles les enfants doivent faire face pour réussir dans la vie, une sorte d’initiation.

Ifaramalemy sy Ikotobekibo

Ils sont des inséparables sœur et frère. Ils sont souvent confrontés à Trimobe et parfois à certaines sorcières ou un monstre. Ils doivent affronter cet ennemi car ils sont pauvres, perdus, affamés, abandonnées à eux-mêmes.

Ikotobekibo, dont le nom signifie « Koto au gros ventre » est le frère ainé. Il est costaud et gourmand mais un peu niais et peureux. Sa force lui permet de prendre soin de sa sœur Ifaramalemy qu’il porte souvent sur son dos et à détaler devant le danger mais il ne se bat pas. Toutefois, dans plusieurs contes, c’est lui qui tient le rôle du grand frère et qui dirige la fratrie.

En effet, Ifaramalemy est comme son nom l’indique, est « la cadette qui est paralytique ». Mais elle n’est pas forcément handicapée, parfois elle est représentée comme jolie mais maigre et fragile. Elle est souvent la plus intelligente mais dans d’autres contes elle est aussi faible d’esprit. Voilà un bon exemple de la polysémie dans la langue malgache car « malemy » selon le contexte peut vouloir dire : paralytique, fragile, faible, molle, douce, etc.

Les deux ensembles représentent la complémentarité entre la force et l’intelligence, le courage et la peur, entre la femme et l’homme. Les récits anciens qui mettaient Faramalemy dans le rôle de leader sont plus proche de la réalité matriarcale de la société malgache.

Ce sont ces deux là qui remplacent le Petit Poucet et ses frères et sœurs dans la version malgache (lien en malgache). Ils triomphent de Trimobe, l’ogre, et ramène la richesse à leurs parents qui les ont abandonnés dans la forêt à cause de la pauvreté.

Ifaramalemy et Trimobe

Dans certains contes récents, Trimobe garde Faramalemy en otage pour la manger plus tard. Trimobe ne veut pas déguster la fillette maigrichonne et veut qu’elle soit plus dodue avant de la manger . Cette évolution de  Faramalemy n’est plus seulement une enfant du genre « le Petit Poucet » mais se rapproche plutôt du « Chaperon Rouge » (lien en français)… enfin pour ceux qui comprennent. Trimobe dans ce cas n’est plus avide de chair et de sang mais de bien plus encore. Certaines interprétations sont plus explicites en parlant de mariage entre Trimobe et Faramalemy.

Voici un autre conte (en français) sur Trimobe qui le présente en un seigneur très laid qui s’en prend aux enfants (lien en français).  Même si dans ce récit il garde son flair et son intelligence, on est loin de l’image originelle du tigre mangeur d’homme…ou plus près? je me perds…

Rapeto le géant et sa femme Rasoalao
Rapeto et sa femme Rasoalao sont des vazimba, dans le sens où les vazimba ne sont pas des êtres mystiques mais seulement ceux qui ont précédés les malgaches actuels dans le peuplement de Madagascar. Ils sont les seigneurs d’un comté près d’Antananarivo. Les vazimba sont réputés être de petite taille, pourtant, Rapeto est un géant très fort. Sa tête toucherai le ciel et chacun de ses pas l’emportait à des dizaines de lieues. C’est simple, il cuisine sur une colline, se retourne et mange sur une autre.
Si l’existence historique de Rapeto est très plausible, les exagérations sur sa taille et sa force sont assez amusantes. Un gros trou dans une roche et c’est la trace du pied de Rapeto. Tout ce qui ressemble à un outil, un meuble, une ustensile géante, par paréidolie, et c’est la chaise  de Rapeto,
Cela me fait penser à l’histoire du Goliath de la Bible ou à Heraclès. Ils ont existé, peut-être mais leurs exploits sont sujets à controverse. Les vazimba étaient  un peuple de petite taille. Rapeto, le plus grand d’entre eux, devait être une curiosité ou même une légende vivante. C’était le moyen-âge malgache et beaucoup de choses circulaient de bouche à oreille. C’est si facile par ce biais d’amplifier l’information, la déontologie du journaliste n’était pas applicable.
Ibotity
C’est le philosophe de la liste. C’est un jeune homme qui se dit le plus fort parmi tous. Un jour, il était sur un arbre que le vent a fait pencher. Il en est tombé et s’est brisé la jambe (lien en malgache, lien en anglais). Il dit alors que seul  l’arbre est plus fort car l’arbre a brisé la jambe d’Ibotity. Mais c’est le vent dit qu’il a fait penché l’arbre, donc, il est le plus fort. Et ainsi de suite pour la montagne qui a dévié le vent, la souris qui a creusé dans la montagne, le chat qui mange la souris jusqu’à Dieu créateur.
Le monothéisme des malgaches date de longtemps. Les arabes ont d’abord apporté Allah mais on croît que les juifs ont aussi prêché Yaweh avant que les premiers missionnaires chrétiens ne viennent. Pour ces derniers, l’histoire d’Ibotity si elle a existé avant a dû être une aubaine pour expliquer que ce Dieu si fort est le Dieu chrétien lui-même.
Imbahitrila, Silakolona, Iboniamasoboniamanoro
Imbahitrila et Silakolona sont deux personnages qui ne font qu’un. En effet, ils sont tous les deux  à moité homme, à moitié arbre comme leurs noms l’indique. Ce personnage montre que l’intelligence permet de surmonter le handicap physique. Ils parviennent à battre leurs grands frères dans un tournoi, ou bien un ennemi ou une sorcière selon le conte en usant de magie et d’intelligence et héritent ainsi du royaume ou du bien de leurs parents.
Ibonia-quelque-chose (lien en français) que l’on contracte en Ibonia (c’est déjà assez dur pour les francophones) est juste un simple prince mais qui a à peu près la même histoire que Imbahitrila et Silakolona, le handicap en moins. Au contraire, il est vif, intelligent et très fort.
Le prince Imbahitrila (ou Isilakolona ou Ibonia) utilise la magie.Toujours, c’ést pour semer ses ennemis. Et comme dans tous les contes malgaches, il transforme une tige de bois en forêt, un œuf en lac et une pierre en montagne. Je ne vais pas chercher la signification de ces sorts mais la formule magique utilisée est « raha andriandray aho, raha andrian-dreny » – Si je suis fils de andriana (prince) et fils de andriana (princesse). Ce qui signifie que le fait d’être andriana de sang pur lui conférait tout son pouvoir.
Ces contes datent de la période des royaumes à Madagascar. Il y avait la caste des andriana (prince) qui régnait sur le reste. Comme souvent, les contes et légendes ont été un moyen de véhiculer des propagandes afin de mieux déifier les dirigeants. Jusqu’à aujourd’hui, beaucoup de malgaches vénèrent les anciens andriana comme des saints, leur demandant aide et protection et en leur offrant des sacrifices. Beaucoup craignent encore les andriana, enfin … leurs descendants, du fait qu’ils soient « masina » (sacrés) et de ce fait tout mal fait sur eux n’est jamais impuni, dans cette vie et dans l’au-delà.
Tsingory le danseur
Tsingory est un jeune homme qui danse tout le temps(lien en français) et il est très bon danseur. Mais en malgache on dit « qu’un chant sans accompagnement n’est pas beau et une danse sans musique n’est pas bon ». Quand il a su que le roi avait un oiseau chanteur des plus talentueux, il n’a pas résisté à la tentation de le voler en pleine nuit. Malheureusement, dans sa précipitation, il tue l’oiseau. Le roi l’a découvert au matin. les gardes lui ont rapporté que c’est Tsingory le coupable et ce dernier s’est enfui. Le roi envoya son armée pour arrêter Tsingory alors que ce dernier a été caché par sa mère dans une natte. Le roi fit alors jouer son orchestre sachant que Tsingory n’allait pas résisté à son envie de danser. Et il avait raison car après s’être retenu du mieux qu’il pouvait, Tsingory bondit hors de sa cachette pour executer le plus beau solo de danse qu’on ait jamais vu.

 Ikotofetsy et Imahakà

Je vous ai réservé le meilleur pour la fin. Ce sont les mystérieux Ikotofetsy (Ikoto le rusé) et Imahakà (Celui qui rend hagard). Ce sont les héros d’une série d’aventures et de mésaventures (lien en français) durant lesquelles les deux compères usent et abusent de leur intelligence ou plutôt ruse, leur mesquinerie et leur fourberie pour tromper, voler, dévaliser les gens. Plus c’est injuste, mieux ça marche.

Cela commence avec la rencontre entre les deux personnages. L’un attrape un corbeau, le met dans un panier et va au marché pour le vendre en tant que poulet bien gras. L’autre de son côté façonne une bêche en terre cuite qu’il peint en couleur métallique. Se croisant sur la route, les deux décident de faire du troc, ce qui était la transaction la plus courante en ce temps là. En découvrant, chacun chez soi, qu’il s’est fait roulé, les deux se sont cherché pour se féliciter l’un l’autre et s’associer. Et c’est ainsi que commença toute l’histoire.

Ce sont les personnages préférés des malgaches. On en fait des livres, des bandes dessinées, des séries dessins animés, des chansons, à quand le film?

Le succès de ces deux personnages m’intrigue toujours. La cruauté de leurs actes ainsi que l’impunité dont ils bénéficient jusqu’à la fin indique que les valeurs malgaches sont loin des « bien mal acquis ne profite jamais », « qui sème le vent récolte la tempête » des français ou des valeurs bibliques apportées par les chrétiens. Est-ce qu’au fond, cela signifie que les malgaches ont réussi à garder de leurs propres valeurs malgré la colonisation et l’évangélisation?

Cette valeur dont je parle c’est dans l’adage « ny hery tsy mahaleo ny fanahy » – la force ne l’emporte pas sur l’esprit. Le malgache est intelligent, enfin … il le croit. Il est surtout rusé. il suffit de compter les mot « intelligence » de cet article pour comprendre que c’est ce qui est inculqué aux petits enfants malgaches.

Ce que je déplore c’est que malheureusement, l’intelligence des malgaches est égoïste. Faites attention si vous êtes étrangers dans ce pays ou si même si vous changez de région, il y a plein de Ikotofetsy. Le prix affiché de 1 000 Franc Malgache deviendra 1 000 Ariary (5 fois) pour le vazaha (étranger);  le smartphone que tu achète dans la rue se transformera en savon taillé sous la housse de téléphone; 5 kilos de riz sur la balance sera 4,5 kilos à la maison.

Heureusement, il n’y a pas que le fanahy -esprit. Il y a aussi le fihavanana – les relations ; le tsiny  – les fautes etc… car ne croyez pas qu’il n’y a que des Ikotofetsy chez nous.

Trimobe, Ikotobekibo, Ifaramalemy, Isilakolona, Ibahitrila, Ibonia, Ibotity, Rapeto, Ikotofetsy, Imahakà, et les autres ne se sont battus que pour eux-même ou au plus pour leurs familles. On manque d’un héros national.

Voilà, ce sont les personnages les plus célèbres que je connaisse. Je n’ai pas encore parlé des animaux. Peut-être une prochaine fois. Mais il y en a d’autres qui sont moins connus par tout le monde et surtout par moi-même et c’est à vous de les découvrir.


Légendes de Madagascar : les monstres

Dans les contes et légendes de Madagascar, il y a plein de monstres. Comme les animaux et les plantes de cette ile continent, la plupart de ces êtres sont endémiques mais certains sont des espèces importés d’Afrique, d’Asie et d’Europe.  Bon, après le fanany et le tanalasosa de mes articles précédents, j’ai décidé de ne plus les citer un par un mais de faire ce long dossier pour en dire le plus possible de ce que je connais sur les créatures qui peuplent nos cauchemars les plus fous.

Juste le pauvre fosa

Madagascar n’a pas la réputation de paradis terrestre uniquement à cause des belles  plages, des sites touristiques époustouflants, de la végétation hors du commun et des filles angéliques. C’est aussi une île continent où il n’y a presque pas d’animaux dangereux.

Le seul animal potentiellement mortel qui se trouve en nombre actuellement dans beaucoup de régions de l’île est le crocodile malgache. Ce cousin éloigné du Crocodile du Nil pullule dans certaines rivières et fait aussi l’objet d’élevages intensifs pour son célèbre cuir. Mais dans ce cas précis, l’adage malgache s’applique très bien : « Izay milomano ihany no maty an-drano » (Seuls les baigneurs se noient).

fosa
photo : wikipedia

Si on reste sur la terre ferme, on ne risque pas grand chose. Le plus gros prédateur est le timide fosa. Ce carnivore, ni félin ni canin aurait évolué du tenrec comme beaucoup de petits mammifères malgaches. Mais il est presque impossible de l’apercevoir dans la nature tellement il est craintif. Il y avait autrefois des lémuriens carnivores mais ils n’ont pas survécu à l’arrivée des humains, tout comme l’hippopotame nain de Madagascar et l’oiseau géant Æpyornis. Ces animaux, survivants ou éteints et peut-être aussi un hominidé de type Homme de Florès dont certains chercheurs supposent l’existence mais que personne  n’arrive à en découvrir les preuves peuvent expliquer les monstres de nos légendes, nos fantasmes et de nos mystères irrésolus. Enfin, si vous êtes chercheur, étudiant ou seulement passionné par la découverte de nouvelles espèces, sachez que des parties de la Grande Ile sont encore « vierges » et les missions d’exploration de ces régions immaculées apportent annuellement une dizaine de nouveautés par an à la diversité biologique de Madagascar.

Animaux et Cryptozoologie

Imaginez-vous prendre part au premier débarquement des premiers malagasy venant d’Asie. Imaginez-vous découvrir un pays abritant l’oiseau le plus massif ayant jamais existé, des lémuriens aussi petits que des souris qui dorment dans les feuilles et d’autres atteignant 200 kg. Des trucs que tu crois que c’est de gros insectes alors que c’est des mini caméléons. Cinq siècles plus tard, faut-il en pleurer? 90% de tout ce qu’il y avait a disparu, et il ne reste que les légendes.

photo wikipedia

Lalomena

Ce serait un grand animal, robuste, qui vit dans l’eau. Il est de couleur rouge (mena) et pourvu de deux grandes cornes. Il parle et il chante. S’il sort de l’eau, chacun de ses pas est un tremblement de terre et s’il siffle ça fait un nuage. On le chasserait pour ses cornes qui sont de très beau matériaux pour faire des bijoux.

Ici, un conte en malgache sur le lalomena.

C’est ce lalomena que les chercheurs rapprochent de l’hippopotame nain. Les fouilles archéologiques ont confirmé l’existence de l’hippopotame nain à Madagascar cohabitant avec les premiers malgaches jusqu’à leur extinction. Dans les autres légendes, on lui attribue le nom de soavalindrano (cheval d’eau).

omby
photo : Ladiras81

 

Le songomby

Il s’agirait d’un bœuf (omby=zébu), d’un cheval ou d’un mulet agressif et mangeur d’hommes qui vit dans les grottes et dans les forêts. D’autres textes le rapprochent du dragon. D’autres encore le confondent avec le lalomena. L’hippopotame étant assez dépendant de l’eau, cette dernière théorie est très discutable. Je pense plutôt au zébu qui revient très vite à l’état sauvage lorsqu’il se perd en forêt. Sauf que s’il est vraiment carnivore, c’est peut-être autre chose. Un lion naufragé? Enfin, certains le comparent aussi au centaure qui fait partie des bibiolona (mi-homme mi-animaux) que je vais aussi développer plus tard.

 

fanany
photo : wikipedia

 

Le Fanany

Le fanany, dont je vous ai déjà parlé c’est le grand serpent à 7 têtes. Cette légende est surement importé d’Asie et elle est liée à la croyance de la réincarnation. En effet, on pense que lorsqu’une personne meurt elle peut se réincarner en cet animal. Un petit fanany n’a qu’une seule tête et les 6 autres poussent avec l’age. Lorsqu’un fanany arrive près d’un village. Il faut lui demander son nom et il répondra par des hochements de têtes. Ceci fait, on l’enduit d’huile, on tue un bœuf en son honneur et on lui offre du miel. Il portera bonheur à celui qui le découvre.

Ici, un conte en malgache sur le fanany.

Dans les légendes urbaines actuelles, on attribue aux fanany des missions à l’instar des fantômes des séries modernes. On dit que ce sont des personnes ayant eu une mort subite qui reviennent achever une tâche ou se venger de leur meurtrier. Ces histoires fabuleuses sont périodiquement relayés par les grands quotidiens malgaches. Il s’agit par exemple d’un bébé qui serait constamment suivi par un gros serpent et que ce serpent serait la mère morte à l’accouchement et qui veille sur son enfant. D’autres fois c’est la famille d’un jeune homme dans un village reculé qui voit tout le temps un gros serpent menaçant roder autour de la maison. Après avoir interrogé tout le monde, il s’avère qu’un jeune homme aurait tué quelqu’un par accident et se serait enfui. Il aurait fallu demander pardon au fanany pour qu’il arrête de menacer les gens ou plus dramatiquement on aurait offert le fautif pour que le fanany le mange afin de lever la malédiction sur la famille.

bibilava
photo : jerryoldnettel

 Maroandavaka

C’est un petit serpent malgache dont le nom signifie « beaucoup dans le même terrier ». Surement à cause de l’hiver rude dans certaines régions de l’île, les serpents de cet espèce se regroupent parfois mais les malgaches leur confère de ce fait une vie sociale comme celle des abeilles.

La légende dit que la personne qui tue un maroandavaka ne doit pas être vue par un autre de ses congénères ou bien il doit demander pardon à toute la famille de maroandavaka en offrant un sacrifice. Sinon, en effet, le maroandavaka témoin irait ameuter ses colocataires et tous vont pourchasser le meurtrier. Ce dernier verrait alors des petits serpents partout et, pour se défendre, va en tuer de plus en plus. Mais plus il en tue, plus il y en a d’autres jusqu’à ce que qu’il se fasse dévorer par des milliers de maroandavaka en mission de vendetta. Les cadavres qu’on retrouve désossés dans la forêt alimentent cette légende proche de celle du fanany.

photo : wikipedia
photo : wikipedia

Les autres serpents

Parmi les autres serpents, il y a le manditra, un boa qui est réputé venimeux même si les boas ne le sont jamais. Les légendes parlent d’un gros serpent, qui serait ce manditra, qui viendrait la nuit dans le lit d’une femme qui allaite. Il écarterait doucement le bébé de sa mère et téterait le sein de celle-ci qui ne se doutera de rien, croyant que c’est son bébé. Ce n’est qu’au matin que l’horreur et l’effroi vont envahir le mari en voyant ce gros serpent repus de lait maternel gisant dans le lit et sa femme inerte à côté. Mais bon, c’est peut-être juste un reptile attiré par la chaleur humaine puisque lui, il a du sang froid. La femme est juste tombée dans les pommes. Ou c’est juste un parabole?

Le  fandrefiala est un petit serpent inoffensif mais quand on était petit, les plus grands nous racontait ça : dans la forêt, le promeneur non averti se repose sous un arbre. Une feuille tombe sur sa tête, puis une deuxième, puis une troisième. Soudain, le fandrefiala, « raide comme une saillie » comme J. Brel dirait tombe sur lui, tête la première et le transperce de part en part. Donc, méfiez-vous car les feuilles qui tombent sont des avertissements du fandrefiala et si vous ne bronchez pas, il vous prendra comme une menace. Aujourd’hui je me dis que le fandrefiala de cette légende est peut-être un serpent planeur méconnu. Mais de l’autre côté, il doit être très intelligent pour savoir compter jusqu’à 3 et puis s’il est aussi une Épée de Damoclès, il est redoutable, tellement que ce n’est pas plausible. Mais dans cette histoire, si le fandrefiala est juste au mauvais endroit au mauvais moment, qu’est-ce qui a transpercé le monsieur de part en part?

Les bibiolona (Humanoïdes, et mi-homme mi animal)

Ne croyez pas que l’Homme a découvert Madagascar quand les européens sont venus pour la première fois. Ne croyez pas non plus que les asiatiques situés à des milliers de kilomètres auraient pu devancer les africains à juste 400 km. Et peut-être que les premiers africains qui sont venus ont été reçus par des gondwanais qui sont restés là depuis que l’Afrique a laissé Madagascar voyager seul il y a des millions d’années…qui sait. Du moins, il y a des légendes qui font réfléchir.

sirène
photo : Azumi79 sur pixabay

 

Zazavavin-drano (sirène)

Malgré cette image libre de droit que j’ai utilisé pour illustrer, la sirène malgache n’est pas mi-humain, mi-poisson. On dit que sous l’eau vivent des gens comme nous, hommes, femmes et enfants. Ils travaillent parmi nous, ils boivent, ils mangent et le soir ils rentrent chez eux … sous l’eau.

Un jour, mon grand père aurait pêché au bord d’une rivière accessible par un chemin qui se termine justement au bord de la rivière. Il était caché derrière un bosquet, donc, on ne le voyait pas. Lui, il a vu quelqu’un descendre sur le chemin. Un monsieur, normal, bien habillé approchait derrière lui mais il était distrait quelques secondes par une prise. Il s’est ensuite retourné pour saluer le nouveau venu mais ce dernier a disparu.

Ce genre de récit est commun surtout chez ceux qui font de la  pêche. Les coups de soleil peut-être.  La légende « officiel » dit que le peuple de l’eau est très riche, les femmes sont très belles, très aimantes, dévoués et elles acceptent de se marier avec les humains. Les hommes de l’eau seraient très méchants et très jaloux aussi. Si quelqu’un se marie avec une femme de l’eau, elle lui apportera tout ce qu’il voudra mais il doit juste respecter un interdit. Selon les contes, l’interdit serait pour le mari de manger du sel ou de dire un mot bien précis sous peine de perdre sa femme sirène et toute la richesse qu’il en a obtenu. Quelquefois, des témoignages de personnes se disant appartenant au peuple de l’eau ou ayant eu comme conjoint l’un d’eux alimentent notre presse à sensations.

 

photo : wikipedia

 

Bobel le centaure

Le centaure Bobel est une créature récente dans le folklore malgache. Il a été l’un des héros des séries de bandes dessinés KODITRA dans les années 80 dans lesquelles il dévorait les méchants. Aujourd’hui, c’est la description typique du bibiolona (mi-homme, mi-animal). Un blogueur malgache fait remarquer qu’il remplace à merveille le vazaha (étranger) qu’étaient les français de la colonisation. En effet, on attribuait à ces européens des pouvoirs magiques, des humeurs sanguinaires et des mœurs de cannibales voleurs de cœurs.

On dit que parfois la nuit, vers minuit ou 1 heure du matin, on entend dans les rues de certains quartiers de Tana des bruits de sabots accompagné de râlements et suivis de cris d’horreur. Le lendemain, on découvre le corps éviscéré d’un malheureux. Car, tout le monde le sait, les bibiolona sont des voleurs de cœurs, eux aussi.

Ces histoires ou des variantes sont aussi relayés par la presse avec cet article en malgache par exemple où un monstre mi-homme mi-cheval avec les yeux qui brillent d’une lumière bleue violeraient des femmes du côté de Mananjary.

 

Wikipédia Commons
Wikipédia Commons

Vazimba

Le Vazimba est masina (sacré) et je ne suis pas prudent de le qualifier de « monstre », c’est peut-être fady (interdit). Le vazimba est un humanoïde de petite taille. Les descriptions sont pléthores mais jamais consensuelles. Voici justes quelques exemples : grand yeux, grosse tête, longs bras,  longs doigts, longues ongles, etc. Beaucoup s’accordent à dire actuellement que les vazimba sont les premiers habitants de l’île. Ils ont été soit chassés et exterminés soit incorporés par les nouveaux arrivants (des malgaches actuels se disent descendants de vazimba) et de ce fait n’existent plus en tant que groupe à part. Les différentes descriptions font penser à des pygmées ou à des hominidés atteints de nanisme insulaire à l’instar de l’Homme de Florès.  Leur disparition, l’absence de documents ni même de tradition orale assez fiable à leur sujet ainsi que l’imagination débordante des malgaches ont fait de ce « peuple » de véritables divinités olympiennes anonymes.

Ainsi, actuellement, les endroits dites « où il y a un vazimba » sont sacrés : les rivières, les lacs, les bois, les tumulus, les grottes, des régions entières, etc. Ces places sont réputés interdit de porc, mort ou vivant, d’oignon, d’alcool, et de gros mots. Et surtout il est interdit d’avoir un acte sexuel complet dans ces endroits aux risques de subir un penis captivus garanti.

Et voilà que les légendes contemporaines en rajoutent. Quelqu’un a pissé sur la tombe d’un vazimba, son sexe a grossi à l’extrême amenant l’opprobre sur sa tête – Des jeunes ont pique-niqué avec de la mortadelle de porc au bord d’un lac de vazimba et ont bu de l’alcool avant de faire une balade en pirogue (le porc et l’alcool ainsi que l’ail sont fady aux vazimba); bilan 4 morts – Un couple adultère a fait l’amour derrière un tombeau de vazimba (c’est un tumulus et on suppose que c’est un tombeau de vazimba) et vous connaissez la suite (coïtus captivus) – un homme a violenté un passant, c’était un vazimba déguisé et l’homme a eu le cou qui s’est tordu tout seul.

Les sceptiques vont me dire que le sexe qui enfle c’est éléphantiasis, le naufrage des jeunes ivres c’est un accident, le cas de « captivus » c’est à cause du stress et du sentiment de culpabilité et le cou qui se tord est une crampe. Vous avez peut-être raison mais si vous passez des vacances chez nous et que vous visitez un endroit à vazimba, n’essayez pas de faire le malin.

Lémurien aye aye - photo : wikipedia
Lémurien aye aye – photo : wikipedia

 

Kalanoro

Etymologiquement, Kalanoro c’est « la fille qui s’appelle Noro » et Noro qui se lit comme Nour est peut-être lié à ce prénom arabe masculin qui veut dire « lumière »; le Kalanoro étant un mâle et il a des pouvoirs de divinations et de magie. Ceci dit, c’est juste une opinion personnelle.

Le kalanoro est un humanoïde, de très petite taille, le corps recouvert par sa chevelure (ou par des poils?), il a de longs doigts et de longs ongles très durs. Il a une voix de petite vieille au nez bouché. Certains le confondent avec le vazimba lui même. D’autres le présentent comme un hominidé, une espèce humaine qui a peuplé la région du Betsileo avant l’arrivé des sapiens sapiens (la page de ce lien est en français 🙂 ). Enfin, certains croient que Kalanoro est un lémurien nocturne proche de l’Aye Aye (photo) ou l’Aye Aye lui-même dont la morphologie est tellement horripilante qu’il doit faire très peur la nuit.

Si on arrive à en attraper un, le Kalanoro est un génie malin, un croisement entre le génie de la lampe et un gremlin. Il exauce tous les vœux de son propriétaire ou bien il lui ramène  de l’or, des pierres précieuses ou du mercure comme dans ce lien d’un site d’informations sérieux de Madagascar. Par contre, il ne doit jamais être vu par une autre personne que son propriétaire. Il dictera aussi les autres fady (interdits) à son propriétaire ainsi que ses désidératas qui, dit-on,  irait du miel jusqu’au sacrifice humain. Aujourd’hui, dès qu’un malgache réussit, très vite, la rumeur va dire qu’il élève un Kalanoro chez lui.

Bon, on dira que ces histoires ne sont que des affabulations. Tant de fois, des escrocs ont filoutés de pauvres gens en se cachant derrière un lambahoany (tissu) et en dictant des idioties et des demandes de paiement d’argent en se pinçant le nez. Toutefois, si la croyance du Kalanoro a émergé et a subsisté jusqu’à nos jours, ce n’est peut-être pas un hasard.

Ci-dessous un vidéo d’imitation de Kalanoro

 

image cliparteles
image cliparteles

Tanalasosa

C’est le mort vivant. dont je vous ai déjà parlé aussi. Il a 7 vies. Dans ma région, on l’appelle « lolo vokatra », c’est à dire à peu près « le fantôme qui sort de terre ». Chaque « ethnie » malgache possède ses propres relations avec la mort. Pourtant, toutes les régions vénèrent les mêmes ancêtres (razana). Le coin nord-est de la maison malgache est appelé « zoro firarazana » (coin pour honorer ancêtres) peut-être à cause de l’origine asiatique commune à tous les malgaches. Et globalement, on suit les même rituels pour l’enterrement avec des variantes selon les régions. Partout, on fait, entre autres, une veillée funèbre pour permettre aux familles et aux amis de venir présenter leurs condoléances. Mais aussi, la veillée funèbre permet de s’assurer que le mort ne se relèvera pas. Dans le sud, pays d’où vient la légende du tanalasosa et dont les habitants sont de grands éleveurs de zébu, cette veillée dure jusqu’à ce que le dernier zébu du défunt soit tué et mangé par les « convives »; car c’est comme une grande fête. C’est à dire que s’il était riche, ça peut durer en semaines ou en mois. Ceux qui y ont déjà assisté disent que le mort commence à pourrir sur place. On a à ce sujet un proverbe qui dit « ny anongotsongoina ny maty hono dia tahotra ny handevim-belona » (On pince les morts pour éviter d’enterrer un vivant).

On sait que le vaudou vient d’Afrique et si les haïtiens savent fabriquer des zombies, qui dit que les malgaches, tristement célèbres pour l’utilisation de la sorcellerie à tous les étages, n’ont pas aussi hérités de cette technique de leurs ancêtres africains? Je rappelle que le zombie en Haïti est une personne qui a été endormi profondément grâce à un produit chimique maintenant identifié (la totrodotoxine) qui simule la mort. Elle est enterrée par ses proches qui la croient décédée et c’est après que l’enchanteur la récupère dans la tombe en lui administrant l’antidote et un autre drogue de soumission la rendant apathique et obéissante. Aujourd’hui, les rumeurs qui circulent à Madagascar racontent qu’on aurait ouvert un caveau pour inhumer un mort et qu’à la stupeur général, les restes de celui qu’on a enterré en dernier se trouvaient derrière la porte. C’est parmi les pires morts, si c’est vrai. D’autres fois ce sont des résurrections miraculeuses qui sont relayés par la presse. Il s’agit de personnes déclarées mortes par le médecin qui reviennent à la vie pendant la veillée funèbre.

S’il y a des morts vivants à Madagascar, on pourrait peut-être l’expliquer par la science mais je pense que certains mythes ne doivent pas être brisés de peur de briser la société qui les a créé.

 

photo : OpenClips sur pixabay
photo : OpenClips sur pixabay

 

Les fantômes

Le tanalasosa ou lolo vokatra n’est donc pas un fantôme puisqu’il est fait de chair et d’os … enfin ce qu’il en reste. Est-ce que les fantômes existent? je ne le crois pas mais je sais que les gens ont vu, entendu, senti des choses…

Ambiroa (double)

Les malgaches considèrent le dédoublement comme une chose normale et non comme un pouvoir spécial. Lorsque quelqu’un pense à un endroit ou à une personne, qu’il est dans la lune, c’est à dire qu’il se perd dans ses pensées, qu’il est dans cet état que les connaisseurs appellent auto-hypnose, on dit  en malgache que son ambiroa (double) est parti (lasalasa ambiroa). Son esprit voyage alors à l’endroit ou près de la personne de son rêve éveillé sous la forme de … lui même. C’est à dire qu’il est en deux endroits en même temps. Grâce au téléphone ou à internet, le transport de son double est parfois vérifié lorsque la personne qu’il a visité dans son rêve appelle dans la foulée pour dire : « J’ai cru t’apercevoir dans la rue tout à l’heure, alors je t’appelle pour avoir de tes nouvelles » – « Ah oui, je pensais justement à toi » – « Ah, c’était ton ambiroa que j’ai vu alors »

Juste pour le fun, une chanson jazzy titré « lasalasa ambiroa » de Lalatiana

https://www.youtube.com/watch?v=82KcC5j4z8c

 Angatra, lolo, matoatoa, avelo

Ce sont les fantômes de gens morts. Il y a peut-être des nuances entre ces trois désignations. Les occidentaux eux ont « fantôme, revenants, esprits frappeurs, etc ». Je dirais que dans les expressions on dit d’une maison hanté que c’est « une maison abritant un lolo ». Lorsqu’on menace quelqu’un que « si je meurs je reviens te hanter », on dit « hanangatra aho ». Si on voit un fantôme on dit souvent qu’on a vu un « matoatoa » ou un « avelo ».

Pour finir, une note d’humour pour vous éviter de faire de mauvais rêves après avoir lu cet article. Figurez-vous les improbables homonymes malgaches lorsque « lolo » veut dire à la fois fantôme et papillon. Pire, angatra signifie à la fois fantôme et blennorragie. Alors, précisez bien le contexte lorsque vous dites « J’ai un fantôme chez moi », de peur que l’on ne comprenne pas quelque chose d’autre…un papillon par exemple 🙂 .

 


Contes et légendes : le Tanalasosa

Je vais vous parler du tanalasosa, l’équivalent du vampire ou du zombie ou encore du mort vivant dans certaines régions d’Odag. J’ai découvert ce mot de la bouche de notre prof de malagasy, une grande dame, qui agrémentait souvent ses cours d’histoires fabuleuses qu’elle « aurait personnellement » vécue.

Elle disait que dans un village, lorsqu’un homme mourait, on l’enterrait (c’est à dire qu’on ne l’incinérait pas ou qu’on l’envoyait pas suivre la rivière jusqu’à l’océan sinon la suite de l’histoire ne collerait pas). Au bout d’un certain temps…

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Contes : Fanany, le roi des animaux

Dans tous les continents, les animaux ont leurs rois ou prince qui les régit : le lion dans la savane, le tigre dans la jungle, le grand cerf dans la forêt. C’est ainsi, que dans le pays d’Odag, il y a très longtemps, les animaux ont tenu cette réunion pour élire leur nouveau roi des animaux. Il y avait bien sûr Railovy*, le roi des oiseaux, Maki**, le roi des lémuriens, ainsi que tous les animaux qui existent sur ce pays, continent.

-Mais avant toutes choses, dit Railovy*, quel régime voulons-nous? Car sous un seul roi, on sera sous un même commandement et nous avancerons comme un seul animal : « ny biby tsy manan-doha, hono, tsy mandeha » (un animal sans tête n’avance pas)

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Dago saigne

Dago gît au bord du Canal et ses yeux hagards regardent l’eau rougir, rougir de son sang. Mais puisqu’il faut tout raconter depuis le début, quittons d’abord cette scène et revenons au commencement de l’histoire.

Enfance difficile

Dago était une petite fille malheureuse. Séparée très tôt de sa mère Gondwana, elle a appris toute seule à être indépendante. Il faut dire qu’elle avait du potentiel : une beauté parfaite, un cœur d’or et beaucoup de volonté. Mais un jour, des vazaha (étrangers) sont venus. C’était des femmes en manque d’enfants venus pour « adopter » un petit africain. Malheureusement,  des adoptions par les étrangers, certaines se passent bien et ce n’était pas le cas pour Dago.

Voilà donc la pauvre Dago devenue officiellement la fille de Mme Marianne mais dans la réalité, elle était son esclave. Comble de la cruauté, Marianne l’exploitait, la maltraitait, la battait souvent mais exigeait toujours qu’elle l’appelle « Reny malala » (Mère chérie).

Dago souffrait, mais dans son cœur il y avait toujours ce courage, cette joie de vivre qui ressortait sur son visage avec ce sourire éternel. C’est aussi une vraie battante est c’est en se rebellant pour la énième fois qu’elle a obtenu son indépendance. Car oui, son indépendance, c’est bien Dame Marianne qui la lui a offerte. Cette dernière, voyant sa « fille » devenue une grande personne ne voulait plus être vue comme une mère acariâtre et dominatrice. Néanmoins, elle n’a rien voulu lâcher des avantages qu’elle pouvait tirer de la gosse. C’est ainsi qu’elle lui donne un peu d’argent de poche, quelques beaux vêtements déjà utilisés, des petits voyages contre l’assurance qu’elle reste, toujours, à son entier service.

Une, ou plutôt plusieurs fois, Dago s’est faite courtisée. Quelle joie pour cette pauvre petite de se sentir comme une princesse emprisonnée dans une tour par sa marraine, voyant des princes charmants se battre pour la libérer. La pauvre, ces soi-disant princes n’avaient rien de charmant mais étaient des profiteurs qui ne faisaient que prendre ce qu’elle avait de plus précieux et la laissait dans sa pauvreté et son dénuement.

Aujourd’hui

Revenons à notre scène du début. C’est donc une jeune fille, belle mais en haillons et toute sale qui gît, sanguinolente. Dago saigne et fait rougir le Canal. Les badauds se réunissent mais regardent de loin, de l’autre côté du canal ou de plus loin encore.

Les médecins qui sont en train de la tâter, la consulter avec les protections de la tête au pied sont formels. L’un dit : « C’est une fièvre hémorragique ». L’autre lui répond : » Je suis d’accord…mais de là à dire que c’est Ebola, Chikungunya,   Marbourg, ou je ne sais quoi! Tu sais, on dirait que la forêt alentour est maudite ». « Mais, aidez-là, elle souffre! » s’écrie une voisine qui est aussi empathique que apeurée… »Est-ce contagieux? ».

Le médecin, bizarrement, s’est mis à faire un cours de médecine en expliquant que ce genre de maladies vient très vite sans que l’on s’y attende. En quelques temps, le corps est attaqué de l’intérieur. La belle chevelure tombe et il n’y a plus qu’une tête dégarnie et déserte. La peau décrépit. Les organes se corrompent et ne fonctionnent plus très bien et la phase mortelle de la maladie est l’hémorragie, tout s’en va : le sang, la force, la matière grise.

– « Mais, aidez-là, elle souffre! »

–  » Non, elle ne souffre plus. » dit le médecin

– « Est-elle…??? »

– « Non, rassurez-vous ».

Il continua alors son cours. « Voyez-vous? cette maladie, on ne sait pas de quoi il s’agit. C’est simple, il n’y a que Dame Marianne qui le sait ». « Non! pas Mère chérie, elle ne m’a pas aidé, elle m’a laissé mourir ici.  » chuchote Dago. Mais a-t-elle chuchoté ou bien a-t-elle uniquement parlé dans sa tête?

Le médecin continuait: « Mais ce n’est plus nécessaire de le savoir. C’est très fulgurant, certes, mais au bout de quelques temps, ça guérit tout seul si par chance ça n’a pas tué. »

Les yeux de Dago ont bougé, ils ne sont plus seulement fixés dans le vide mais semblent attendre la suite de ce que le médecin va dire. « Dago a beaucoup souffert, elle est déshydratée, elle est exsangue, elle est fatiguée mais, heureusement, elle a tenu le coup ». « C’est vrai, c’est une courageuse », dit un des voisins. C’est une courageuse, elle est forte et elle est surtout très joyeuse.

Dago, entrainée par tant de bonnes nouvelles veut déjà bouger! Elle n’y arrive pas encore mais ça vient, ça se voit que c’est pour bientôt. C’est comme lorsqu’on va chez le médecin pour une bonne grippe et qu’en sortant du cabinet, on se sent guérir sans avoir encore pris un seul médicament. C’est ça l’espoir, c’est ça l’envie, c’est ça la survie.

Alors, lèves-toi et marche. Ce qui ne te tue pas te rend plus forte.

Mais ton histoire, Dago, Madagascar, mon île, n’aura pas un happy end. Enfin, j’espère plutôt que tu deviennes éternelle. Mais as-tu compris? Ton sang, c’est ton peuple. Ta force, ce sont tes jeunes. Ton cerveau, ce sont tes intellectuels. Ta beauté c’est la nature et tu es riche; si tu savais comme tu es riche!

English version here.

Amin’ny teny malagasy ato.

betsiboka
« Dago saigne et fait rougir le canal » , image du fleuve Betsiboka se déversant dans le Canal du Mozambique



TOP 10 : les meilleurs jeux de mots sur la Coupe du Monde

Dans ce Mondial 2014, les journalistes et les sites internet rivalisent d’ingéniosité pour rendre les titres plus attrayants. Les jeux de mots sont florilèges et les références souvent bien vues. En voici un top 10 comme moyen plaisant de passer en revue ces premiers jours de la compétition. (Crédit photo : Fanny Schertzer, Wikimedia Commons)

1. Un nul très nul

A propos du premier match nul de l’édition 2014 entre le Nigeria et l’Iran (0-0). En football, un match nul est une rencontre qui se solde avec deux équipes ayant le même nombre de buts, donc, sans vainqueur ni perdant. Le second nul du titre fait référence au manque d’intérêt du match, qui n’a pas offert beaucoup de spectacle…

2. Messi crucifie l’Iran

A propos de la victoire de l’Argentine acquise dans les temps additionnels avec un but « spécial »de Lionel Messi : dribble depuis l’aile droite vers l’axe, crochet, intérieur du pied gauche à l’entrée de la surface, petit filet opposé. Un titre qui fait référence au Messie chrétien, qui lui a été bel et bien crucifié.

3. Le lion camerounais  est mort

A propos de l’élimination des Lions Indomptables camerounais après leur deuxième défaite consécutive. Une référence à la célèbre chanson du groupe français Pow Wow. Cette fois-ci c’est dans la jungle brésilienne que les Lions ont trépassé.

4. Les rois Espagnols abdiquent

A propos de l’élimination de l’Espagne, championne du monde et double championne d’Europe en titre, battue par le Chili (0-2) le même jour que l’annonce de l’abdication du roi d’Espagne Juan Carlos en faveur de son fils Felipe VI.

5 . Le Chili était trop fort

A propos de la victoire du Chili face aux espagnol et relatif au chili, la célèbre épice sud-américaine.

6. Dempsey, « Captain America« 

A propos du capitaine de l’équipe des États-Unis. Il revêt à la fois le brassard de capitaine et le costume de héros en marquant le premier but pour son pays lors de ce mondial. Facile !

7. La France règle son compte à la Suisse

A propos de la large victoire de la France 5-2 sur la Suisse. Ce jeu de mot fait bien sûr référence aux célèbres comptes suisses, le pays des banques.

8. Les Bleus n’ont pas de coiffeur et Fellaini ne l’est pas

Certains joueurs de l’Équipe de France surprennent par leurs coiffures. De même, Fellaini, le jeune joueur belge, est facilement reconnaissable avec sa coupe afro volumineuse. Mais dans le jargon du foot, le coiffeur désigne le remplaçant.

D’où ce rapprochement facile lorsque le sélectionneur des Bleus annonce qu’il ne fera pas beaucoup tourner son effectif lors du dernier match contre l’Equateur et Fellaini, qui se comporte mieux qu’un simple remplaçant.

9 . Ochoa

La performance exceptionnelle du gardien mexicain face au Brésil -match nul 0-0 – a entraîné tellement de détournements sur le web et de jeux de mots que vous l’avez, le choix !

10. Groupe G, le point

Ah oui, mon préféré, discret mais très efficace, c’est ce petit titre pour faire le point dans le groupe G. Subtil.


Top 05 des accents malgaches dans la langue française

Cet article va parler des accents que les malgaches ont quand ils parlent le français. Et puis, je dis bien « les accents » car il n’y a pas qu’un seul accent malgache. Enfin, je précises que je ne suis pas linguiste, ni orthophoniste …

N°1 L’accent « officiel »

Cet accent, que j’appellerais « officiel » c’est celui qui serait l’accent naturel des malgaches. Notre langue contient beaucoup de lettre « a ». Presque tous les mots se terminent par cette voyelle et toutes ces terminaisons sont des voyelles muettes. Donc, lorsque les français ont le « e » muet, nous on a le « a » muet à la fin des mots. Si les français ont l’interjection d’attente « euh… » entre les mots, nous on a le « aaa… ». D’autre part, notre « r » se roule avec la langue comme en espagnol. Ainsi, chez nous, c’est celui qui crache son « r » en raclant le fond de la gorge comme un français qui est taxés péjorativement d’un « m-roulé r ».

Donc, théoriquement, l’accent  malgache s’obtient en ajoutant un « a » à la fin des mots et en remplaçant les euh… par des aaahh…et en roulant les « r » avec la langue.

« Il y a assez à faire de regarder ce qui cuit dans sa marmite sans aller regarder ce qui cuit dans celle du voisin » devient ( lire doucement) :

Il y a-aah assez à fairrre-aaahh de rregarrder-aaahhh ce qui cuit-aaahh dans sa marrrrmite sans aller-aaahhh rregarrder ce qui cuit-aaahhh dans celle du voisin.

Mais, rassurez-vous, vous ne rencontrerez généralement cet accent que chez les humoristes.

 

N°2 Turlututu

Allez un peu de dénonciation.

Turlututu est un mot qui ne contient que des « u », une lettre qui n’existe pas dans la langue malgache, eh oui! Imaginez, alors, une jeune personne, une fille car bizarrement cet accent est majoritairement féminine. On lui dit que le « u » en français, la « voyelle fermée (ou haute) postérieure arrondie »,  se prononce en arrondissant ses lèvres (grosses lèvres, parfois) et en reculant la langue dans sa bouche comme ça : « uuuh ». La personne, la jeune fille en l’occurrence, sera obnubilée par ce « u » qu’elle voit pour la première fois de sa vie et pour bien faire, se préparera en tout temps à le prononcer, même à tort.

D’où, ces malgaches qui parlent français avec la bouche en cœur. Exercice de phrases avec des u :

– Tu n’es pas tout nu. Tu n’eu pas tout nu
– Il dénoue ses souliers. Ul deunoue seu soulieu
– Lucie a mal au pouce. Luçue a mal au pouce
– C’est le début de l’opus douze. C’eu le deubut de l’opus douze

 

N° 3 Je m’en moque

Et en N° 3 de notre classement, il y a celui qui, comme précédemment est confronté au bizarroïde, incompréhensible « u » de ces français et qui décide que « votre u, je m’en … fiche ». Donc, votre phrase là, voilà ce que j’en fais :

Tu n’es pas tout nu. Ti n’es pas ti ni
Lucie a mal au pouce. Licie a mal au pouce
C’est le début de l’opus douze. C’est le débit de l’opis douze

Donc, pour ce N°3, bon malgache, le u n’existe toujours pas, il n’y a que le  « i » qui compte.

 

 N° 4 Expert

A part le u, d’autre sonorités mettent à mal la volonté de nos élèves. La consonne « C » que l’on n’a pas, avec le ch qui en découle par exemple. Ce qui fait que beaucoup d’entre nous zézayent. Mais attention, ce n’est pas un zézaiement classique, ce n’est même pas un vrai zézaiement…en fait c’est difficile à dire mais c’est intervertir tous les sons de cette manière : les s en ch et inversement, les z en j et inversement. Et vous pensez déjà aux « virelangues » c’est à dire aux « phrases difficiles à prononcer » :

Un chasseur, sachant chasser sans son chien, sait chasser devient

Un sacheur, chassant sachet chant chon sien, chez sachet

Les chaussettes de l’archi-duchesse, sont-elles sèches ou archi-sèches ? devient

Les sauchettes de l’arsi-dusèche, chont-elle chèsses ou arsi-chèsses?

Je vous assure, nous avons de véritables champions dans cette catégorie. Même si vous leur dites de parler aussi vite qu’ils le peuvent, ils parviendront à intervertir ces sons, de toute manière.

Et dans l’intimité, ça donne  :

Ze t’aime ma Chujeanne série, auzourd’hui et pour touzours!

(Je t’aime ma Suzanne chérie, aujourd’hui et pour toujours)

 

N°5 Trop fier de mon accent, essayez de me comprendre

Oui, l’important c’est de s’exprimer et de se faire comprendre.Et dans ce cas, il faut juste parler sans se soucier de l’accent, sans exagération non plus et sans avoir peur du ridicule.

Donc, si vous avez souri après ce top 05 ne croyez pas que je me moque de mes compatriotes mais au contraire j’en suis très fier.


Top 10 des « sauvageries » malgaches

Nous les Malgaches, nous avons déjà une civilisation plusieurs fois centenaire, peut-être même millénaire selon la définition de « civilisé ». Malheureusement, dans les films, et la trilogie Madagascar n’a pas aidé du tout. Il suffit de dire Madagascar pour remplacer « le bout du monde », « le monde sauvage ». Alors, jouons à ce jeu et découvrons ensemble nos sauvageries qui perdurent en ce XXIème siècle. Car oui, vous êtes peut-être très loin de tout savoir.

école1- La langue
Commençons en douceur. Même si Madagascar est membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), et malgré le rapprochement avec l’anglais qui est de plus en plus présent, les malgaches continuent encore d’utiliser quotidiennement le malgache. Oui, c’est ce malgache incompréhensible à l’oral et illisible à l’écrit, que 99,9% d’entre nous parle tous les jours tandis que seulement 20% de la population est vraiment francophone.

 

Voanjobory_Bambara_Groundnut_Madagascar2- La nourriture

Oui, le Malgache mange de tout avec du riz.: du riz avec de la viande, du riz avec des brèdes ou du riz avec des féculents (comme sur la photo : riz avec du voanjobory, un gros pois malgache) Mais le saviez-vous ? L’un des plats nationaux est le riz, bien sûr, accompagné par du ravitoto, des feuilles de manioc pillées. C’est notre apport en cyanure, heureusement en très petite dose. Et si le plat est trop sec, il peut être accompagné de bouillon clair d’anamamy, plante de la famille de la belladone, oui, le poison, mais en moins dangereux. Aujourd’hui, quand-même, les malgaches hypertendus évitent d’en prendre. Et dans certaines régions, on en mange d’autres produits plus dangereux encore.

NDLR: Si vous entendez parler de Malgaches qui consomment de la viande de brousse  (chauve-souris, reptiles, lémuriens), c’est surtout à cause de la pauvreté, sinon, c’est une pratique marginale dans le pays.

 

640px-Antandroy_traditional_dancing3- La musique et la danse

Il y aurait plusieurs ethnies malgaches mais la génétique a démontré qu’il n’y aurait qu’une seule « origine » malgache. Et c’est aussi pareil pour la musique. Le rythme malgache fondamental est, à mon avis, le salegy. Aux oreilles de profanes, c’est juste un son rythmé et répétitifs comme partout en Afrique et c’est une musique à classer parmi toutes les autres dites « exotiques », mais nous, on l’entend. Donc, du lent Ba-gasy au très rapide kilalaky, en passant par le tsapiky, le basesa ou même le Sega des Mascaraignes (La Réunion et Maurice), il y a toujours cette syncope et cette répétition envoutante, hallucinante caractéristiques.

 

4- Le Tromba (possession)

Et justement, c’est avec cette musique qu’on invoque les tromba. Ce sont des rituels de possessions par des soit-disant ancêtres (razana) et surtout d’anciens rois que les Malgaches consultent en cas de conflits ou de projets de vie. Ce sont des rites impressionnants ou amusants pour les touristes mais, aujourd’hui encore, les plus grandes décisions sont prises par certains patrons et certains politiciens d’après les recommandations des Razana (ancêtres) élevés au rang de dieu.

 

fanasinana5- Le polythéisme

En effet, dans la mythologie malgache, le dieu Zanahary est le seul dieu créateur. Il y a aussi d’autres dieux sous forme d’idoles qui sont plutôt des dieux importés comme Ikelimalaza, par exemple. Mais le plus intéressant lorsqu’on est Malgache, c’est que lors de la mort, on pourrait, dit-on, choisir de bénir les vivants en tant que « razana », équivalent d’un petit dieu. D’où l’adage « Raha razana tsy hitahy, fohazy hiady vomanga » (Si le razana ne veut pas bénir, réveillez-le pour qu’il travaille à récolter les patates douces). Vous comprendrez alors pourquoi le catholicisme avec son culte des saints a tellement de succès dans ce pays.

 

Photo :Hery Zo Rakotondramanana
Photo :Hery Zo Rakotondramanana

6- Le famadihana (Retournement des morts)

Et donc, un razana peut se manifester à un de ses descendants dans son rêve ou dans un tromba en lui disant qu’il a froid. Il promet en contrepartie de bénir ses descendants dans leur vie quotidienne. C’est ainsi que les Malgaches rouvrent les tombeaux et remplacent les tissus qui recouvrent les restes de leurs morts. C’est l’occasion de fêtes monumentales, de danses et de beuveries. Pourtant, le fait de vouloir toucher les reliques comme porte bonheur (encore comme les catholiques) augment les risques de transmission de maladies.

 

Wikipédia Commons
Wikipédia Commons

7- La tradithérapie

Passons à une autre série de sauvageries, celle des remèdes traditionnels. A part les amulettes et les incantations, il y a surtout les plantes par milliers que tout le monde, ou presque utilise pour soigner du petit bobo au pire cancer. Régulièrement, un tradipraticien a son heure de gloire après avoir soigné, selon les rumeurs, un cancéreux ou un sidéen. Je ne mets aucun lien à cette section car je ne veux pas faire de publicité à un potentiel charlatant. Pourtant, je connais deux ou trois guérisseurs qui ont réussi à curer de vraies maladies graves parmi mes proches. Et ce n’est pas un secret, les clients de ces guérisseurs viennent des quatre coins du monde.

Poison ivy, www.public-domain-image.com
Poison ivy, www.public-domain-image.com

8- Sorcellerie

Mais les plantes ne servent pas qu’ à guérir. A Madagascar, l’ensorcellement est d’abord synonyme d’empoisonnement. Les malgaches connaissent tous au moins une plante mortelle. Et tout le monde connaît une personne de la famille ou des amis ou une connaissance qui est mort subitement après avoir obtenu un diplôme, un poste haut placé, un voyage à l’étranger ou la main d’un belle femme.

Sinon, plus communément, les sorciers malgaches sortiraient la nuit, tous nus, recouverts d’huiles pour faire peur au couche-tard et pour se réunir quelque part dans leur Sabbat rituel.

9- Le Hasoavana (circoncision)

Voilà les deux dernières sauvageries. Pourquoi les Malgaches se font circoncire? Personne ne peut vraiment répondre. Cette pratique, les détracteurs l’apparentent à de la mutilation génitale malgré les avantages cités en nombre par les organismes de santé : hygiène, protection partielle contre les IST et le Sida, etc.. Elle ne se fait ni à la naissance comme les juifs ni à adolescence comme chez les arabes, ni lorsque le médecin le décide comme en France. En fait, c’est un rituel de passage pour le garçon afin de quitter l’enfance. C’est aussi un rite d’intégration tant que la majorité ou presque la totalité des mâles de toute l’île est circoncis.

Poucet10 cannibalisme10- Cannibalisme

Et donc, Madagascar est un des seuls pays où l’on pratique encore le cannibalisme sans se cacher et sans utiliser le congélateur. Mais rassurez-vous et enlevez de votre tête toutes ces images sortant de Cannibal Holocaust ou du Petit Poucet qui hantent vos esprits. En effet, il ne s’agit « que » du rituel qui consiste au grand-père ou au père d’avaler le prépuce enlevé lors de l’hasoavana (circoncision) expliqué ci-dessus. Question de cannibalisme, certaines personnes en avalent plus que cela en d’autres occasions.

 

Alors, sauvageries ou non, c’est selon le point de vue de chacun. En effet, si certaines de ces pratiques peuvent être choquantes pour un étranger, de Madagascar, on aurait la même réaction vis-à-vis des rites, us et coutumes des autres pays. Le plus important est de se connaitre, se comprendre et d’être tolérants les uns envers les autres.


Top 5 : comment suivre le Mondial à Madagascar

Tu connais sans doute Madagascar, l’île sauvage où d’après un film d’animation célèbre, Alex le lion, Marty le zèbre et leurs compères auraient échoué. Cette île serait verte, belle et peuplée de lémuriens et de fosa. Et si toi aussi tu te retrouvais aujourd’hui sur ce territoire indompté,  comment ferais-tu pour suivre le Mondial 2014 au Brésil ? (Crédit photo : Evelyn Lim, Wikimedia Commons)

1. Eh bien, grâce au satellite pardi !

En Lémurie, ou du moins ce qui en reste, il y a 3 fournisseurs de chaines satellitaires. Il suffit d’acheter une parabole et le décodeur, ou seulement le décodeur parfois et on reçoit le monde entier, ou presque.

Votre dévoué blogueur fait partie des privilégiés qui possèdent un « bouquet« . Je dis « privilégié » car même si les antennes satellites fleurissent à Madagascar, cela reste un service cherb voire inaccessible pour la majorité des ménages. L’avantage, probant, c’est quand même la qualité numérique des images.

sattélite

2. Et la TVM ?

La Télévision Malagasy, chaîne publique et nationale de la Malgachie, va transmettre toutes les rencontres. La qualité de l’image ne rivalise pas avec les chaines numériques mais c’est largement suffisant pour suivre les matchs. Et en plus, les commentaires sont, quelquefois, en malgache. Encore faut-il avoir une télé !

télé

3. Chez Tonton

Si tu n’a pas de poste de télévision, pas de raison de t’inquiéter : il y a toujours quelqu’un dans la famille qui en possède une. Le Mondial permet ainsi de rapprocher la famille des Madagascariens.

En effet, regarder les matchs ensemble met de l’ambiance et crée de bon moments jusqu’à ce que les équipes qui s’affrontent créent la division et que la victoire de l’une ou l’autre des deux adversaires va créer deux camps « ennemis » dans la fratrie.

famille

4. Les « vidéos« 

Autre lieu, autre ambiance avec la salle de cinéma qu’on appelle « vidéo« . Comme sur cette image, la salle sera petite, sombre et on sera assis sur des planches de bois avec des gens du quartier. Ils rentrent du boulot alors sois indulgent au niveau du confort nasal. En guise d’écran géant, il y  aura une télévision grand écran qui diffusera la TVM ou Foot+ si on a de la chance.

vidéo

5. La radio

Enfin, si jamais aucun des choix ci-dessus n’est disponible – c’est à dire si tu vis à 20 km d’une ville, sans eau courante ni électricité dans le fin fond du monde sauvage – il te faudra acheter un poste de radio et des piles. Là, tu suivras le Mondial 2014 à la Radio Nationale Malagasy et, je te promets, avec nos commentateurs radio, c’est comme si tu étais au Brésil!

radio

Andry ANDRIAMIALY, Mondoblogueur à Madagascar