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Les étapes de la vie chez les peuhls : De la naissance à la sortie du parc (retraite)

sage enseignant le Coran
Amadou Hampaté Bâ est considéré par le commun des mortels, comme le plus grand expert de la culture peuhle et à ce titre, ces travaux sont école pour tous ceux qui éprouvent de l’intérêt pour le mode de vie, les croyances, les us et traditions peuhles.
L’auteur de la célébrissime maxime : « En Afrique quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », a dans ses archives abordé la question des classes d’âge (guirè pluriel de guiraal) dont ce qu’il suit est l’essentiel que l’on puisse retenir.
Pour le peuhl le chiffre 7 est plein de sens puisqu’il considère qu’il y a 7 cieux et terres et pas que.
Pour le sage de Bandiagara, l’Homme est un être qui est à la fois tout et rien. Une explication dont il a partagé le sens enfoui.
L’homme est tout parce qu’il porte une parcelle de la puissance créatrice et il n’est rien parce qu’un simple rhume peut le paralyser.
Les divers étapes du cycle de vie chez les peuhls
Chaque cycle complet de vie chez les peuhls, comporte 9 degrés et chaque degré se subdivise en trois étages à trois paliers de 7 ans.
De 0 à 7 ans : A l’école de maman
L’enfant est à l’école de sa mère, il est fragile et voit tout sous l’angle du regard de la mère, tout ce que cette dernière dit est une vérité absolue à l’aune son regard.
De 7 à 14 ans : A la découverte du monde extérieur
L’enfant sort du giron maternel pour découvrir l’extérieur, il découvre la nature et toutes sortes d’initiations, il apprend des choses et vient demander la médiation ou la confirmation de la mère dont il se détache de plus en plus.
De 14 à 21 ans : L’âge de raison

Dans cette fourchette d’âge, l’enfant apprend à raisonner, à relier de façon logique des évènements, il les comprend dans leur enchainement et cette étape marque la fin du petit cycle qui est celui du prime apprentissage.
La phase de maturité
De 21 à 42 ans : L’entrée dans le vestibule des hommes
Dans cet intervalle, l’homme est désormais un adulte et fait son entrée dans le cercle des hommes (vieux), sans toutefois être autorisé à prendre la parole. Il observe, prend le temps de mûrir en se soumettant aux instructions des ainés.
De 42 à 63 ans : le temps de la maturité

Le cycle est achevé et l’occasion est opportune pour que l’homme accompli qui est passé par toutes les étapes de la procédure puisse inculquer à son tour la connaissance acquise à d(autres classes d’âge et il a l’obligation jusqu’à 63 ans d’été disponible pour sa communauté.
63 ans : l’âge de la retraite ou la sortie du parc
La mise à la retraite en occident peut équivaloir chez les peuhls à une expression moins agressive et plus humaine ‘’yaaltingool kaa wuuro’’ qui peut signifier que l’homme est désormais hors du parc bovin.
A ce niveau plus aucune exigence ne pèse désormais sur l’aïeul qu’il est devenu, mais de son propre chef, il peut décider d’apporter son expérience au groupe, à la mesure de sa volonté ou de ses convenances.


Radioscopie d’une pratique traditionnelle des plus meurtrières : l’excision

A 450 km de la capitale guinéenne, Conakry, se dresse la ville de Labé, actuelle capitale du Fouta Djallon. Depuis le 16 ème siècle, l’importance de la ville sur les plans économique, militaire et cultuel est sans faille. De sorte que Labé est aujourd’hui érigée en région administrative. Dans cette zone, plus de 98% de la population est de culte musulman et le passé pastoral y a de forts stigmates. L’excision apparaît comme un phénomène normal, c’est une tradition multiséculaire obligatoire et chaque femme / chaque fille rencontrée a certainement connu l’épreuve du couteau.

De l’origine antéislamique de l’excision
Bien des défenseurs de la ‘’tradition’’ passent à la trappe la question de l’origine de l’excision. D’où vient donc cette pratique ?
Il ne fait nul doute que le Coran est antéislamique et remonte au prophète Abraham dont la première épouse aurait, par jalousie, ‘’excisé’’ sa servante qui avait convolé en secondes noces avec son époux, dans le but de lui assurer une descendance. Sans autoriser expressément la pratique, le prophète de l’Islam ne l’avait pas pour autant condamné.  S’adressant à une exciseuse de son temps, il lui aurait dit : « Si tu dois le faire, fais en sorte que la souffrance soit réduite… »

La grande question de l’origine de l’excision
Les hommes seraient-ils si stupides qu’ils ignoreraient le mal qu’ils infligent à leur sœurs et filles ? Impossible ! Derrière l’excision, fut-ce un mal, se cachent des intentions et un argumentaire reposant sur certaines inquiétudes liées à l’honneur des familles. L’une des premières causes de l’excision serait la volonté de respecter la tradition à tout prix et sans exception, à cela on peut ajouter la volonté de ‘’purifier’’ les filles avant le mariage, car, chez les peuls de Guinée, épouser une fille non excisée est la pire injure qu’un homme peut faire à sa propre famille . Bien que les familles soient conscientes des dangers qui guettent la fille excisée, la peur du qu’en dira-t-on fait que les familles mettent leur honneur devant le bien-être de leurs filles, dont le sort est intimement lié à la logique du groupe.

Des témoignages qui font froid dans le dos
Ramatoulaye Diallo est allée chez l’exciseuse alors qu’elle avait 6 ans, elle n’était pas seule, une cousine devait vivre le rituel avec elle. Elles y avaient été conduites par leur tante, la sœur aînée de leurs pères. « Pour cicatriser rapidement la plaie, on nous donne à manger des œufs crus, j’ai eu la chance de ne pas trop souffrir mais ma cousine avait beaucoup saigné et traîne le pied depuis… »
Sous le sceau de l’anonymat, une autre jeune femme a expliqué n’avoir pas souffert lors de l’opération mais elle a été rattrapé des années après son mariage, précisément à son premier accouchement, elle a failli se vider de son sang. On ne compte plus les témoignages de femmes qui ont atrocement souffert lors de l’excision, et qui en souffrent ensuite tout au long de leur vie…

L’excision : Période de réclusion et d’apprentissage
Une période de convalescence suit l’excision, elle dure un mois. Les jeunes filles excisées vivent recluses chez une tante qui en a souvent la responsabilité.  Souvent cette dernière est même l’une des instigatrices de l’opération. Les filles ne doivent pas rester chez leurs mères pour éviter le trop-plein d’émotion, car l’excision est aussi considéré comme une période de formation, où on informe la future femme des devoirs qui l’attendent.
Parfois, le père des fillettes ne comprend le manège qu’après le rituel de purification, ce temps où la guérison est constatée et pendant lequel les filles excisées sont accompagnées au marigot pour un bain leur permettant d’intégrer le monde des adultes. Elles sortent alors de la réclusion circonstancielle où elles se trouvaient (« diawtungaal » en pular peut se traduire par « la remontée »)
A l’occasion de cette « remontée », sur le chemin du retour, le service d’un joueur de tamtam est requis et des femmes, toutes des initiées (ayant déjà traversé l’épreuve) entonnent des chansons populaires comme :
« Bety iwtii koriko, korile ? (chœur : « Koriko yoo » cette chanson peut se traduire par : « les initiées sont rentrées de Koriko, n’est ce pas ? » ( chœur de Koriko) ; « no nene bety wanno ? » qu’était-il advenu de la mère des initiées ?
Point important à signaler : les filles qui traversent ensemble l’épreuve, même s’il y a un certain écart d’âge, sont considérés comme des amies, sœurs ou complices à vie.

L’excision pointée du doigt dans la littérature
Hadja Koumanthio Zeinab Diallo, célèbre romancière guinéenne, a abordé le sujet l’excision dans son roman intitulé, « les fous du 7ème ciel », roman paru en 2014 et qui lui a valu le prix de l’écriture féminine d’Afrique noire. Dans cet ouvrage, elle raconte le malheur d’une jeune fille peule donnée de force en mariage avant sa majorité à un cousin lointain, alors qu’elle avait été excisée et infibulée. Pour la nuit de noces, cette plaie cicatrisée devait être rouverte au couteau chauffé à blanc pour qu’elle puisse avoir des relations sexuelles avec son mari. Sur les mots utilisés pour dépeindre la chose, l’auteur n’a pas lésiné ,cette auteure est connue pour être une défenseuse des droits des femmes et une pionnière dans la lutte contre les violences faites aux femmes, dont elle est l’un des fers de lance dans le pays.

De la difficulté de faire changer les mentalités
Le district sanitaire régional est désemparé. Après des décennies de lutte contre l’excision, le résultat et presque au point mort. Le Dr Houdy Bah, Directeur régional de la santé, cite l’enquête EDS réalisée en 2014  : « Le Fouta Djallon est la zone la plus touchée par le phénomène et 100% des femmes ont été excisées… »
Il semble que des professionnels de santé soient complices et permettent le perpétuation de l’excision.
De nos jours, faire savoir qu’on va exciser une fille peut attirer l’attention des ONG qui luttent contre le phénomène. Du coup, certains professionnels de santé féminines (j’insiste sur le genre) se rendent discrètement complices de ces opérations sous prétexte qu’elles font juste une incision bénigne et sans conséquences. Elles sacrifient les fillettes à la tradition et dans les familles. Et, pour remplacer la bruyante remontée d’antan, on déguise leur sortie d’excision en célébration d’anniversaire. Les cadeaux à remettre aux filles sont accueillis sans que cela n’éveille de soupçons.

Des conséquences qui oscillent entre le pire et l’irréversible
Si on fait la liste les conséquences de l’excision, on tremblerait devant tous les risques auxquels on expose les filles dans nos communautés d’essence traditionnelle. Pour éclairer la lanterne des uns et des autres on peut citer : La douleur et le traumatisme vécu à un si  jeune âge, le terrible sentiment de trahison puisque jamais on ne leur dit la vérité sur ce que l’on va faire à leur corps, le saignement important, la perte de tout plaisir sexuel qui implique une inégalité dans le couple, l’infertilité, et parfois la mort prématurée. Mais n’oublions pas non plus d’évoquer les fistules obstétricales, causées par l’excision et qui créent une incontinence urinaire. Le dispositif physiologique est détruit n’arrive plus à se réguler correctement. C’est une souffrance terrible pour les femmes, les odeurs d’urine mêlée à la matière fécale qu’elle dégage créent une gêne immense. De très nombreuses femmes en souffrent,  physiquement mais aussi psychiquement. Ces femmes sont stigmatisées, elles souffrent d’isolement, elles sont rejetées par leur famille et par toute la société. Alors, celles qui devraient être considérées comme des victimes sont au contraire montrées du doigt. Elles sont mises en quarantaine pour ne pas incommoder les autres de leurs odeurs. Personne ne les soutient, pas même leurs maris qui, très souvent, ne leur apporte ni aide ni chaleur ni un quelconque signe de soutien…

A regard de la nonchalance dans les études statistiques et dans la tenue des chiffres dans notre pays, nul ne sait le nombre exact de femmes qui ont payé de leur vie la survivance de certains aspects sombres de nos traditions comme l’excision. En attendant une hypothétique victoire sur la plus vieille et pernicieuse forme de violences faites aux femmes, l’excision, les femmes s’enferment dans le mutisme que leur impose la société et subissent son diktat avec la complicité des conjoints, frères ou pères, emmurés dans l’idéale position d’une phallocratie arrogante.


A la découverte de Gorée, théâtre historique d’une atrocité sans nom

le début de l’aventure
10h et des poussières, nous venons de pénétrer dans le quai de Dakar, toute l’équipe est là , trois reporters et autant de cadreurs /producteurs.
Du groupe un seul avait fait le voyage de Gorée, une fois.
Nous prenons nos tickets valable pour l’aller et le retour au tarif de 2700, l’unique.
Le Ferry n’est pas encore là et pour gagner du temps , on se propose de faire des images du départ ‘’Idy’’ sort son matériel et s’installe mais n’a pas le temps de filmer, un homme sort d’un des bâtiments et nous apprends qu’ici filmer n’est pas permis sauf en montrant patte blnche de l’administration portuaire, on s’excuse et le matériel est remballé.
L’équipe rejoint la salle d’attente. Presque 5 mn après , la sirène retentit, c’est l’heure d’embarquer pour Gorée.
Pour la liaison, c’est un ferry blanc dénommé ‘’Mame Carmel’’ qui jouera le coup.
Les passagers se pressent, nous avec eux. Pour la circonstance, je choisis de m’installer en hauteur sur le premier niveau du bâtiment et en première place, désireux de savourer chaque instant de ce ‘’pèlerinage’’.
Entre nous, j’ai une petite phobie des vastes étendues d’eau, quand je dois m’y aventurer mais pour ce coup ci malgré quelques appréhensions, l’excitation et le gout de l’aventure font de l’ombre à ma peur intérieure.
Le bâtiment se met en marche, tangue un peu et prend sereinement l’eau, c’est parti pour la terre de l’histoire.
Gorée : premier contact visuel
Depuis 10 mn déjà que naviguait le ‘’Mame Castel’’, le spectacle était surréaliste, de mes lunettes, deux où trois hardies pirogues de pêche, et rien qu’une eau verdâtre à perte de vue, concentré sur une chanson que j’écoutais via mon casque, je vois trois personnes se lever et se rapprocher du bord, je sens qu’il y a du spectacle, je me lève et Waaw !!!! je ne sais pas comment j’ai pu canaliser la joie et ma belle surprise, Gorée venait de se livrer à nos regards.
J’exulte, dans quelques minutes je verrai ces bâtiments qui illustraient mes livres d’histoire, la porte du ‘’non-retour’’ et tout le reste, je pourrai confronter mes lectures, mes imaginations à la réalité enseignée sur le théâtre du malheur de générations entières de noirs.
Pour ce premier contact la couleur, l’architecture des bâtiments et le calme apparent, une magie…
Gorée : La mercantile touristique
A nos premiers pas sur le sable insulaire de Gorée, la première chose qui frappe n’est pas historique mais mercantile. Ce qui à mon avis vole la vedette à l’histoire.
Des baraques de vente d’articles divers, puis les restaurants et des hommes qui racolent tout le monde. Ici tout le monde est ‘’guide’’, tout le monde est historien, géographe, incroyable !
Un homme se présente à nous et nous demande si on veut filmer, on répond qu’on voudrait bien, nous voulons faire des reportages ici. Impossible sauf avis favorable du maire nous dit-il.
On demande où trouver le maire, il sort son téléphone et lance un appel, mais il tombe sur un homme qu’il présente comme ‘’attaché’’ de cabinet du maire, on insiste peut-on avoir le numéro du maire, « je n’ai pas le droit de donner son numéro et en plus, il était en voyage, il est rentré fatigué, sans compter que l’administration ne travaille pas samedi … »
Ce mec, de l’avis du groupe est louche, mais on attend, son interlocuteur qui vient nous faire tout une littérature avant de dire que pour filmer nous devons payer un quota à la commune, on décide d’y aller mais avant je tente de déstabiliser celui que je trouve louche, et lui lance :
« je croyais que l’administration était fermée », il bredouille et on s’éloigne.
Nous arrivons à la commune pas âme qui vive, puis une minute après un homme en boubou nous salue et se présente comme le ‘’trésorier ‘’ de la commune, celui à qui nous sommes censés verser notre argent, il nous dit que pour filmer , c’est 100000 CFA et commet l’erreur de dire qu’il avait reçu l’appel du prétendu ‘’attaché ‘’ de cabinet du maire. Nous renonçons et décidons de faire du tourisme. Simplement.
Une maison des esclaves défigurée sans Joseph Ndiaye
On paye le ticket d’entrée, une broutille, 250 francs CFA et nous voici dans la maison des esclaves, la chasse gardée alors du maestro Joseph Ndiaye.
Trois guides font faire le tour en expliquant .Trois hommes, dont un qui parlait anglais.
Je suis les explications et remarque qu’aux noirs africains, l’histoire servie n’était pas la même qu’aux blancs et je remarque parfois beaucoup d’exagérations qui font que des choses communes à l’Afrique parfois sont attribuées au Sénégal seul, un peu de chauvinisme ne tue pas. je suis déçu !
Je visite les cales, ces anciennes cellules exiguës où étaient entassés les esclaves. Elles étaient nombreuses. Il y en avait pour les mineurs, les femmes, les inaptes temporaires, ceux qui n’avaient pas 63 kg et les récalcitrants, je termine par la porte du non-retour, cette porte, où bien de liens se sont rompus par le départ où la mort. Cette porte, où des personnalités célèbres se sont faites photographiées, Mandela, Clinton, Obama et, et….
En foulant Gorée, ce deux mars2019, j’ai ressenti de la joie, la chance d’avoir vu de mes yeux cette ile légendaire où une part d’histoire s’est écrite mais je ne sais pas pourquoi mais je m’attendais à une émotion particulière, que la maison des esclaves n’a su me procurer, je m’attendais à une charge émotionnelle aussi intense que celle que j’ai ressentie à Ouidah, l’autre porte du non retour, il y a 8 ans, mais elle n’est pas venue.
Tout de même on visite l’ile dans ses multiples coins et recoins, jusqu’à son pic, où se trouve un canon géant sans doute les armes lourdes de pointe de cette époque, figé dans l’éternité de l’histoire, on y pose pour immortaliser notre passage.
« venez manger chez moi, c’est gratuit, c’est l’anniversaire de ma femme. »

Au restaurant chez Thio
Dernier acte de notre visite insulaire, chez Thio, c’est un restaurant sur la plage très fréquenté, Thio est en face de sa baraque et racole les clients, pour accrocher, il vous invite à venir manger chez lui, c’est gratuit car c’est l’anniversaire de sa femme.
Ne vous fiez pas à cette technique d’approche, si vous mangez vous payez (ça vous le savez).
On s’y installe, mange un morceau, entre temps le ‘’mame Castel’’ revient, on n’a pas finit de manger, encore moins de rentrer on le laisse partir sans nous, son prochain passage ce sera dans une heure à15 h, on attend, il est pile au rendez-vous, du quai d’embarquement je caresse une dernière fois, Gorée de mon regard insatiable et file reprendre ma place du matin, la tête pleine d’histoire…..


Le « tuupal », une cérémonie pastorale à l’épreuve du temps

Chez les peuls du Fouta Djallon, en Guinée, l’élevage a été pendant de longues années la raison de vivre de la communauté. L’essentiel de la vie sociale était axé sur trois grands piliers : la femme, la vache et la foi.

Le tuupal, qu’est-ce que c’est ?

Le tuupal était une cérémonie au cours de laquelle chaque berger préparait une nourriture spéciale appelée « mondè » qu’il administrait à son cheptel. Cette nourriture était un mélange de terre issue d’une termitière active, d’une plante gluante locale appelée « laaka » dont le nom scientifique est cissus aralioides, de lait de vache fraichement tiré et de sel. Le breuvage était mélangé jusqu’à homogénéisation, avant d’être remis aux animaux.

Avant que le « mondè » ne soit préparé, il y avait un autre travail : la fabrication du contenant. Un panier géant était fabriqué à partir de tiges de bois de « kaansi » (anisophyllea laurina) retenu par des fibres végétales d’autres plantes locales. Puis le panier était consolidé dans de la terre pour garantir son étanchéité. Autour du panier, trois ou quatre baguettes garantissaient l’équilibre de l’ustensile.

La mesure du sel

Le tiers, la moitié voire un sac de sel entier était nécessaire selon la quantité de « mondè » à préparer. Pour jauger de la quantité à mettre, un jeune ou un adulte plongeait sa main dans le mélange en préparation. Si le niveau du breuvage touchait ou excédait le poignet, un sac de sel était nécessaire ; s’il arrêtait au niveau de la ligne palmaire centrale, la moitié du sec, et si le « mondè » atteignait seulement le niveau des tarses, le tiers du sac. Celui qui devait saupoudrer le mélange de sel devait faire un trou dans le sac et faire le tour du récipient géant.

Une fois le travail de malaxage terminé, les animaux étaient emmenés par catégorie pour le breuvage. Le berger lui-même pouvait gouter le premier, puis les animaux les plus forts du cheptel, les moins forts ensuite et les veaux à la fin.

Les vertus du tuupal

Ce rite pastoral avait trois vertus principales :

  • La fidélisation du troupeau par l’administration du sel marin,
  • Le déparasitage des bœufs,
  • L’inventaire du cheptel, ce moment permettait aux bergers de faire l’état des lieux de leur élevage.

Par le passé, c’était aussi l’occasion de beaucoup de mariages dans la communauté.


Alfa Yaya Diallo : L’extrême générosité comme rançon de l’immortalité


C’était à l’époque où, les hommes n’avaient qu’une seule parole, l’époque des chefferies, des complots et des intrigues de palais, l’Almamy Bokar Biro, officiait alors comme 14 ème souverain du Fouta Théocratique.
A cette époque, Alfa Yaya Diallo avait pris les rênes du pouvoir, succédant à l’homme de Kansala, son père, Alfa Ibrahima à la tête du diwaal de Labé comme 26 ème roi de cette province. Son père portait ce nom pour avoir joué un rôle moteur dans la prise de la capitale du Ngabou, royaume manding fétichiste aujourd’hui partie intégrante de la Guinée Bissau.
Les hommes avaient repris goût aux douceurs de la vie, il n’y avait pas de campagnes martiales majeures et Alfa Yaya faisait la navette entre ses palais de Labé et de Foulamory aujourd’hui dans la préfecture de Gaoual.
De Alfa Yaya, les griots disaient qu’il était ouvert et que toutes les races se donnaient rendez-vous sous son toit, de Alfa Yaya, on disait qu’il était d’une générosité et d’une prodigalité sans bornes, on disait aussi de lui qu’il pouvait rester du matin au soir sans bouger pour ne pas qu’un esprit malin puisse croire qu’il craignait une désagréable surprise. Alfa Yaya ne mangeait jamais un plat cuisiné par une femme, son cuisinier personnel s’appelait Kaba Mané et lui seul avait sa confiance.
Ailleurs à Kaasso, un griot grattait son instrument pour tuer le temps et la solitude, dehors, une femme s’efforçait de lui préparer un coupe-faim.
Après un rude combat, le plat fumant fut servi et Djeliba se dessaisit de son instrument, le rangea soigneusement, trempa ses mains dans une calebasse d’eau et honora le plat préparé certes avec cœur mais loin d’être copieux.
En s’empiffrant, une idée germa dans la tête de Djeliba, il allait partir à la cour de Alfa Yaya, décidé de rompre avec cette nourriture sans goût et pour témoigner par lui-même de la prodigalité du ‘’kelemansa dein’’, le fils du chef de guerre, en référence à son père qui était le commandant des troupes du Fouta lors de la conquête du Ngabou.
(…) Djeliba fit sa route à pieds, armé de son éternelle instrument de musique, il alla de village en village, jusqu’à Labé, aux portes du palais du Alfa.
Sur place, la sentinelle veillait au grain. Sa garde prétorienne était constituée pour la plupart d’étrangers bambaras ou cebhes, groupe social manding rescapés de l’armée du Ngabou défait par son père qui en épousa en dernières noces la princesse Koumanthio, mère de Alfa Yaya. Les plus irréductibles de cette garde prétorienne avait pour nom : Pathé Dara, Koula Dara, Yero Foula Dara , Manga Madi Kambata, Mangadouba Sougué, Manga Terrena Kankelefa, Maandi Gnampaye, Kekouta Bambara, Fally Biyaye, Koumoutha Dara, Aliou Ceddho, Harouna Ceddho.
Chacun des hommes de Alfa Yaya, d’un revers de main pouvait ventiler une personne normale et ils dirent à Djeliba : « gardes tes distances de nous, car l’air que nous dégageons ferait mal à une personne ordinaire » allusion faite aux bains occultes.
Djeliba fit des jours à l’entrée du palais, jouant de son instrument et partageant le repas des soldats, il ne perdit jamais patience.
Au bout de 9 jours d’attente, il accéda à la salle d’audience, Alfa Yaya était là entouré de sa cour et en maitre de la parole Djeliba partit en louanges au premier contact, enchaina les superlatifs, les paraboles flattant l’égo du noble peuhl.
Djeliba avait atteint le souverain, touché ses fibres sensibles au point de jeter un silence de plomb dans le vestibule, pas un n’osait rompre le charme et la magie de l’instant. Même Farba, le griot du roi était presque devenu aphone.
Après un bon moment Djeliba sachant qu’il avait désormais l’attention du monarque fit taire son instrument et s’adressa à lui :
« noble Alfa Yaya, fils du vénérable Alfa Ibrahim, descendant de Karamoko Alfa, père fondateur de Labé, cœur et esprit du Fouta Djallon, si une vipère reconnaissait la plante de tes pieds, elle se refuserait de te mordre, tu es clair de peau et ton cœur l’est davantage…Noble Alfa, ton griot que je suis est venu chercher hospitalité chez toi, je suis venu de très loin te demander ce qu’aucun griot n’a jamais obtenu d’un roi, en échange, je te donnerai ce que peu de griots ont pu donné à leurs souverains, l’immortalité, je te hisserai à un niveau qu’aucun de tes pères et aucun de tes successeurs n’osera revendiquer, ni maintenant, ni jamais »
Peu bavard, Alfa Yaya laissa peser le suspens, l’entourage savait que le marché était judicieux, même si personne ne savait comment le griot étranger allait s’y prendre. Le silence était si puissant que Djeliba craignait d’avoir offensé le maître de Labé et c’est à cet instant précis que Alfa Yaya parla doucement, faisant se dresser son griot qui repris à haute voix ses paroles, pas sans les enjoliver du mieux qu’il put.
« Le roi Alfa Yaya t’as écouté et entendu, maitre de la parole originaire du Mandé, comme à ses habitudes, il nourrit gueux et passants, nourrit orphelins et nécessiteux et protège avec la dernière énergie cette terre acquise au prix du sang de ses aïeux, mon roi te donne l’hospitalité et te souhaite un bon séjour sur la terre de ses pères »
Quand le conseil fut suspendu et que ses membres se retirèrent, Alfa Yaya resta et fit venir un de ses hommes de confiance, alors, il ne restait dans le vestibule que Djeliba, le griot du roi et Alfa Yaya lui-même, alors il enjoignit à son homme de confiance :
« Cet homme est mon hôte, je le place sous ta responsabilité ,fais en sorte qu’il ne manque de rien et ne me fait pas honte »
Le ton était implacable certes, comme d’habitude, mais ce n’était ni ordre, ni une supplication.
Le lendemain, Djeliba avait déjà un abri cossu, rien à voir avec son paillasson de Kaasso, et vers l’aile du palais qu’il occupait, on avait acheminé sous la diligence de l’homme de confiance du roi une cargaison des meilleures variétés de riz, de fonio et d’arachides grillées, des animaux de boucherie pour agrémenter les plat de l’invité, du tabac et des fraiches colas de quoi adoucir le séjour de Djeliba.
Des mois s’écoulèrent, Djeliba était dans la luxure et sous la protection du maitre de Labé mais un jour à l’aube de l’hivernage, nostalgique de son village, il demanda au roi la permission de retourner chez lui, c’était un jeudi soir, Alfa Yaya opina et lui dit :
« demain, après la grande prière hebdomadaire, je réunirai le conseil et je te répondrai, Djeliba »
Le lendemain, après la prière, le gouvernement de Alfa Yaya se réunit au palais, étaient présents :
Modii Yaya Waalan, Thierno Mbindirin de Niagantou, Thierno Mamoudou de Labe depphere,Thierno Mamoudou Djoungool Satina,Farba Pathé Bendjou, Farba Amadou Kalidou de Niakaya, Farba Siré Daka Dian Wely, Manga Madi Kambala, Manga Douba Sougue, Manga Lamina Balandou Dombiyadji, Manga Terrenna Kankelefa, Fally Biyaye,Kekouta Bambara. Comme d’habitude, on partagea le repas royal et chacun reprit sa place habituelle dans le vestibule royal.
Alfa Yaya s’installa, son visage détendu de la minute d’avant avait repris son masque de cire et il prit ses aises.
Alors, son griot briefa l’assistance et expliqua que ce n’est pas un conseil de guerre, mais une réunion qui concerne les préparatifs du retour de Djeliba qui est aussi l’invité personnel du roi.
Le griot s’assit, Alfa Yaya prit la parole après un long blanc et dit s’adressant à Djeliba :
« Je te donne 10 poules… le suspens se fit encore plus grand, Alfa Yaya prenait son temps et tout le monde commençait à penser que c’était tout le cadeau, le prix de l’immortalité, alors il enchaina … et 10 coqs des plus gros, je te donne 10 chèvres et 10 boucs gras, je te donne 10 brebis et 10 béliers des plus hauts encornés, je te donne 10 génisses et 10 taureaux, je te donne 10 sacs de chaque type de céréales cultivées au Fouta, je te donne 1000 talents d’argent, je te donne 10 corbeilles d’habits riches cousus et 10 autres de tissus non cousus, je te donne un cheval et un fusil, je te donne un baril de poudre, tu m’avais demandé une femme, je te donne 15 jeunes filles nubiles du clan des Mané et des Sané et leur dot je… »
Le griot coupa le souverain et entonna « Alfa Yaya Mansalou Gbemankaan… » Ce qui signifie que tous les chefs n’ont pas la même grandeur.
Alpha Yaya désigna aussi des hommes pour porter les cadeaux jusqu’au village de Djeliba à Kaasso. Ainsi avait parlé le ‘’kelemansa dein’’.
Djeliba encensa Alfa Yaya, le couvrit de louanges et d’éloges. Comme convenu Alfa Yaya avait remplit sa part du contrat, il avait versé le ‘’prix de l’immortalité’’ et il attendait la contrepartie, Djeliba devait remplir sa part du contrat, il s’apprêtait à ouvrir les portes de l’immortalité à un homme qui ne demandait pas moins, Alfa Yaya, le fils dont la prophétie avait annoncé l’avènement, le fils issu de Alfa Ibrahim et de la princesse du Ngabou, la Nanthio Koumanthio Waly Sané, princesse de sang et fille du redoutable Dianke Wally, le roi à la lance ignée .Volontairement, Djeliba prenait son temps comme il sied à quelqu’un dont dépend l’immortalité.
En ce moment, n’importe quel autre homme se serait demandé en quoi les louanges de Djeliba différaient de celles des autres maitres de la parole ? Mais prononcer les mots justes qui allaient changer le destin d’un homme et le faire survivre aux rides du temps, à ses griffes, c’était magique !
« Alfa Yaya mansalou gbemankaan, toono le kaa gnadjiboo » cette louange vue de la superficie pouvait paraitre anodine mais elle ne l’était en rien car elle inspirera 46 ans plus tard, liberté, l’hymne de la Guinée libre de l’asservissement. Pour une immortalité, on n’aurait pu mieux rêver.
… Deux ans s’écoulèrent, devenu notable influent, Djeliba décida de revenir renouveler sa reconnaissance à son bienfaiteur, quelque part au cours d’une halte, un homme reconnut Djeliba et lui demanda l’objet de sa nouvelle visite sur les terres de Labé, il répondit :
« Je viens renouveler mon amitié, ma gratitude et mes respects au maitre de Labé »
L’homme reprit :
« Donc ! Tu ne sais pas ce qu’il s’est passé ? Alfa Yaya a été mis aux arrêts la semaine dernière et a été acheminé à Boké par les blancs, mais il a un successeur tu peux toujours allé le rencontrer »
Djeliba reprit son air « Alfa Yaya Mansalou Gbemankaan, tonoo le kaa gnadji boo… » il rajouta qu’à la chute de tout baobab, des champignons poussaient en lieu et place sans compter que tous les oiseaux qui y nichaient s’en allaient à jamais, la parabole épousait la situation et l’allusion était claire Alfa Yaya était un baobab et pas le successeur et jetant son instrument par terre , il le brisa et jura de ne plus chanter les louanges d’un souverain quel qu’il soit, en souvenir de la générosité du roi Alfa Yaya, générosité, dont il est lui Djeliba désormais le témoin éternel.


Que veut Daddy à la fin, troisième mandat ou glissement ?

La Guinée jusque là ne trahit pas sa réputation de pays tumultueux. Après 26 ans de révolution, 24 ans de poigne militaire, 2 accidents ayant porté Dadis et El Tigre au pouvoir, Alpha Condé est arrivé pour boucler la boucle d’un cycle aux conséquences déjà fâcheuses.
Après plus d’un demi-siècle dans l’opposition, qui lui ont laissé un goût particulièrement amer, il rêve, au pire, d’un troisième mandat, au mieux, d’un glissement. Daddy a vite annihilé les espoirs des Guinéens d’avoir enfin un président intellectuel.

Après un premier quinquennat raté comment Alpha Condé a- t-il pu se maintenir ?

Sans doute la question à un dollar… En 5 ans, Alpha Condé s’est illustré par ses voyages infructueux, ses promesses sans lendemain, ses pieds de nez à l’opposition… Comme la fois où il ne s’est pas gêné pour dire dans une assemblée de son parti, en parlant des opposants :

« Laissez-les aboyer, ils n’ont qu’à marcher, marcher, rien n’empêchera le train du changement… »

Le locataire de Sékhoutouréya* a conservé sa rudesse de ton et de propos, mais la vraie question est celle de savoir : par quelle alchimie s’est-il maintenu ?

N’importe quel esprit lumineux peut comprendre que rien ne pourrait entraver ses projets. Alors qu’il était à la quête du Graal [la présidence], Alpha a pu inverser un score qui lui était défavorable aux lendemains du premier tour de la présidentielle de 2010… Quoi, ou qui, pourrait arrêter un tel homme ?

Entre doutes et certitudes d’un ‘’autre’’ mandat

Alpha Condé est un chef d’État qui a donné un coup de pied dans un nid de frelons… et tous les problèmes lui ont pété à la gueule au même moment ! Avec, bien entendu, une patate chaude qui s’ancre dans la durée : les huit millions du SLECG*.
Dans ce capharnaüm, Alpha ne cherche pas à régler les problèmes, mais simplement à les déplacer, à gagner du temps… En font foi les perpétuels jeux de cache-cache avec l’opposition, les syndicats, les forces vives sans qu’il ne soit égratigné une seule fois.
Ses adversaires ont toujours eu de l’élan mais ont tremblé quand il ne fallait pas, et se sont fait duper.

Une seule obsession : Briser les voix discordantes à tout prix

En deux mandats, Alpha Condé se sera frotté à tous les fondements de la démocratie, tentant de les affaiblir ou de les phagocyter.
Dans ses réflexes, on sent que l’opposition pour lui n’est pas que cette poignée de partis politiques faisant front sous la conduite de Cellou Dalein, c’est toute voix qui veut et peut se lever pour contrecarrer ses plans.
Les médias ont eu droit à leur part d’intimidation et le feuilleton Espace est encore dans les esprits*, l’Assemblé nationale a une majorité arc-en-ciel à ce jour et la cour constitutionnelle est tombée dans les travers avec l’éviction de  son président, Kelefa Sall, qui s’opposait aux ambitions d’Alpha Condé.
Nous pouvons alors dire que le pari de rempiler est en bonne voie, tout ceci ajouté au silence de l’homme sur la question ou ses colères noires quand le sujet est évoqué. Voilà des signes qui ne trompent pas.

Troisième mandat ou glissement ?

Si la peur de voir Alpha Condé s’éterniser au pouvoir est réel chez le guinéen lambda, pour son image à l’extérieur il est peu probable qu’il tente de tordre le cou à la constitution. Mais rien n’est moins sûr pour ce qui est du glissement. Et pour cause, le précédant congolais avec Kabila junior fera des émules et Alpha Condé fera tout pour chambouler les institutions, les monter les unes contre les autres, créer des vides juridiques et autres excuses astucieuses… Tout pour créer une exception pour inspirer une situation exceptionnelle. Ensuite, l’hypocrite opinion internationale ‘’décrétera’’ le laisser agir le temps d’organiser des élections. Pendant ce temps, lui est peinard et prépare un ‘’dauphin’’ tout en piégeant la Commission électorale nationale indépendante (CENI)… Et sans faire un troisième mandat, il en aura fait un… Surtout que la préparation matérielle peut prendre deux ans et plus!

 

*Le palais Sékhoutouréya est la résidence officielle et le bureau du président de la Guinée. Il est situé à Conakry. Son nom fait référence au premier président de la République, Ahmed Sékou Touré.

*Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée

*Le ministre de l’information de l’époque, Cesaire Togba a refusé au groupe Hadafo media la licence lui permettant d’ouvrir sa télé. La radio du groupe constituait déjà une arête à la gorge du régime. Devant ce refus le groupe va s’allier le soutien populaire nécessaire à l’obtention de la licence. 

*Cette flopée de partis qui gravitent autour du Rassemblement du Peuple de Gunée (RPG), parti qui a porté Alpha Condé au pouvoir.

*Kelef Sall était le président de la cour constitutionnelle de Guinée, mais, depuis la deuxième investiture d’Alpha Condé, les relations entre les deux hommes sont grippées… Et pour cause, Kelefa Sall ne s’est pas gêné de mettre en garde le professeur Alpha Condé de pas succomber aux chants des sirènes révisionnistes. Voir cet homme se faire évincer comme un malpropre par ses pairs avait des airs de vengeance de la part d’Alpha Condé, qui a vite acté cette éviction.

 


le cousinage à plaisanterie et la force du serment en Afrique traditionnelle

Le cousinage à plaisanterie : Une réalité africaine
Pratique née sous le mandé médiéval, le cousinage à plaisanterie permet aux cousins de dire des vérités qui en autre temps auraient soit blessé soit suscité une réaction négative et celui qui reçoit la plaisanterie doit l’accepter et se plier aux exigences du sanakouya.
Ainsi, par ce biais, on peut attirer l’attention d’un chef sur sa façon de gérer, à une personne de renom on peut toucher ses défauts sans qu’elle ne se sente rabaissée ou offensée.
Au Fouta Djallon, par exemple en guise d’illustration, les Diallo sont les cousins à plaisanterie des Bah, les Barry ceux des Sow et de la même façon les Tounkara, Garankés sont les cousins des Diakankés quel que soit le nom qu’ils arborent. (Conté, Diaby, Diakaby etc.)
Dans ce billet, c’est justement, l’imbrication entre ces deux entités sociales qui nous intéresse.
Garankés et Diakankés : Une amitié multiséculaire
Ces deux entités sociales, sont amies depuis des lustres, impossible à camper cette amitié dans le temps mais au Fouta Djallon, le hasard s’est chargé du rapprochement.
A la fondation de la grande mosquée par Karamoko Alfa, chaque fois que le mur était bâti le jour, des forces venaient le détruire de nuit et le lendemain, il fallait tout recommencer.
Déterminé à finir son œuvre, Karamoko Alfa ne se découragea pas et fit appel à l’ancêtre des Garankés Balla Tounkara , ce dernier répondit mais posa comme condition que le maitre de Labé, le laisse associer son expertise à celle de l’aïeul des Dikankés, Souman Fodé Diackaby et à deux, ils exorcisèrent le lieu permettant au pieux Karamoko, de finir tranquillement son chantier.
En guise de récompense, aux deux consultants, il fut donné es terres que l’on peut localiser de nos jours à Paraya et Konkola où vit une forte concentration des descendants de ces deux patriarches.
Pourquoi le mariage est-il interdit entre Garankés et Diakankés
Deux femmes vivaient ensemble avec leur époux, le premier couple était Diakanké et le second Garanké, les deux femmes étaient toutes nourrices et un jour alors que les époux étaient au champ et que les deux femmes étaient aux tâches du ménage, un feu se déclara dans la case, où dormaient les deux nourrissons. Prises de panique les deux dames se précipitèrent dans le brasier, chacune ramassant l’enfant sur lequel elle était tombé en premier sans savoir si c’était le sien ou non.
Dans la débandade, chacune s’en alla de son côté, sans revenir sur ses pas et depuis lors comme nul n’a pu savoir qu’est qu’il en était, il a été décidé que ces familles ne se marieraient jamais pour éloigner tout ‘’inceste’’ car devant le doute, la prudence veut qu’il n’y ait aucune prise risque.
Aujourd’hui encore, les sages de ces familles, en gardiens du temple veille au grain pour ne pas qu’un des leurs ne brisent cet interdit multiséculaire.


Le turban chez les peuhls de Guinée : signe de pouvoir et de connaissance

Dans l’histoire du Fouta Djallon, le turban, appelé metelool, est présent à un certain niveau de stratification de la société. Le turban est à la fois un insigne de pouvoir et un symbole de connaissance.
Le Fouta Djallon: Aperçu historique
c’est l’une des 4 régions naturelles de la Guinée liberée de la colonisation française, encore appelé Moyenne Guinée, au 18ème siècle, cette partie montagneuse et point de départ de nombreux fleuves régionaux comme la Gambie, le Niger ou le Sénégal a vu se développer un état fédéral appelé royaume théocratique du Fouta Djallon et composé de 9 provinces. .
En un peu plus d’un siècle et demi d’existence, le Fouta Théocratique a fait montre d’une grande organisation et expérimentera des techniques démocratiques en cours dans les démocraties actuelles comme: L’alternance, le droit de grâce notamment.
De 1725 à 1896, le royaume qui s’est étendu vers Boké s’agrandira aussi vers la Guinée Bissau actuelle appelée Ngabou.

 
Le turban est une bande d’étoffe de trois à 4 coudées que l’on utilise pour ceindre la tête d’une certaine catégorie de personnes, notamment les chefs religieux, les chefs politiques et les maîtres de la parole. A chacune de ses trois catégories sociales, correspond un type de turban.

 
Le turban religieux ‘’metelool dinah ‘’

C’est un turban qui s’acquiert au mérite et est l’équivalent d’un diplôme qu’on obtient en achevant le cycle des études coraniques.
On dit alors que le préposé à atteint le « tafsir », c’est à dire la clôture du livre saint. L’aspirant Thierno devra lire de la sourate Nassroulaye à celle d’introduction la Fatiha ou de Qoreich à la Fatiha avant d’en faire la traduction et l’exégèse.
Une cérémonie est alors organisée pour permettre au requérant de s’illustrer devant un collège de personnes choisies pour superviser l’épreuve et devant le formateur.
A cette occasion un bovin est sacrifié et du pain blanc est distribué à l’assistance.Ce pain blanc est appelé en pular ‘’thiobbal alluwaal’’et était fait à bas de pate de riz dilué dans du miel.
A l’issue de l’épreuve, un turban est placé sur la tête du requérant par son maitre et dès lors son nom est précédé du titre de Thierno.
Ce couronnement n’a lieu que les vendredis et des candidats du même village peuvent être emmenés à franchir ensemble l’étape.


Le turban de la chefferie ‘’metlool laamu’’


C’est un insigne du pouvoir et l’équivalent de la couronne dans d’autres monarchies.
Son port est exclusivement réservé à ceux qui doivent exercer le pouvoir politique dans les provinces ou au sommet de l’Etat fédéral du Fouta théocratique d’avant.
Cette tradition est née sous la régence de l’Almamy Ibrahima Sory Maoudho, deuxième souverain de l’Etat du Fouta Théocratique qui s’était fait introniser à Fougoumba, capitale religieuse.(Almamy désignait celui qui exerçait le pouvoir politique et désigne celui qui dirige la prière dans une mosquée aujourd’hui, le terme est une déformation du mot arabe Al Imam)
Le rituel se répétait chaque fois qu’il y avait un nouveau chef ou qu’un dauphin succédait au roi.
Chaque chef était désigné alors sous l’appellation d’Alpha qui précédait désormais son nom comme dans le premier cas.


Le turban des maitres de la parole ’’Metelool Farba’’


Contrairement aux deux premiers qui sont blancs, le turban du Farba était rouge. Le Farba aussi était soumis à la même rigueur que les Thierno ou presque car il devait maîtriser le coran comme le premier et en plus connaitre l’histoire, les liens sociaux, avoir une dextérité orale sans faille.
Etre Farba nécessitait aussi, de postuler à la cour du chef qu’on voulait servir et de fournir un cadeau digne d’un roi pour être retenu.


Autre catégorie de turban ‘’metelool hadjou’’


Cette dernière catégorie peut être portée par n’importe quel homme ou femme qui fait le voyage pour les lieux saints en pèlerinage tel que voulu par l’islam. Il ne nécessite ni un rang social spécial, ni un savoir spécifique hormis celui d’accomplir convenablement les rites du pèlerinage. Et mieux, ce turban est commercialisé et serait acheté par le pèlerin.


Bon à savoir :
– Dans l’histoire du Fouta sur les 14 Almamys qui se sont succédés au trône, un seul n’a pas été couronné à Fougoumba. Il s’agit du rival et frère de Boka Biro (héros national pour avoir résister à la pénétration coloniale française) Alpha Mamadou Pathé Barry.
– Chaque chef du Fouta théocratique était un Thierno avant d’être Alpha, donc avait la maitrise des saintes paroles (le Coran).
– A la mort du titulaire d’un turban religieux, hormis le linceul, sa couronne (

credit photo: Foutaweb
le turban) qu’il portait est la seule chose qui pouvait être mise en terre avec lui.


Top 10 des axes routiers les plus dangereux de la ville de Labé

De loin le plus grand parc moto du pays, Labé est aussi un lieu où les accidents sont légions.
Dans cette peinture peu élogieuse de la cité de Karamoko Alfa, 10 endroits sont réputés être les plus dangereux. Un petit sondage réalisé sur des usagers de la route, en majorité des conducteurs de taxis motos, a permis d’aboutir à ce billet.
De l’avis général, la palme revient à, dans l’ordre :
1- Le Virage ‘’S’’ :
Situé dans le quartier Safatou sur la nationale 1, à 6 km du centre ville, il porte ce nom parce qu’il est en fait une succession de virages.
Pendant de longues années, l’endroit a été le théâtre de chutes mortelles. La présence d’un club de nuit, installé dans le parages et en bordure de route au début des années 2000, a longteps expliqué la fréquence des accidents.
2- Le carrefour Radar :
Situé sur la même nationale, trois km plus loin que le virage ‘’S’’, ce lieu est ainsi nommé parce qu’il permet d’aller vers l’ancienne installation du radar. Associée au flux de la nationale, sa proximité avec plusieurs complexes hôteliers et clubs de nuit en font un endroit dangereux. Il ne se passe presque pas de jours sans qu’un accident n’ait lieu à cet endroit.
3- Le carrefour Bilal
Grande intersection reliant le centre ville au vieux quartier Daka et le quartier Mosquée à la banlieue Est. La route prend naissance au niveau du portail Est de la mosquée de Karamoko Alfa et se poursuit sur une pente abrupte d’environ 3%. L’endroit idéal pour permettre à des conducteurs peu prudents de s’encastrer.
4- Le rond point du Tinkisso
Sans doute le coin le plus animé de la ville de Labé. Vivant d’une aube à la suivante, le sens giratoire au niveau de ce grand carrefour est particulièrement problématique. Et c’est sans compter la présence insolite de bœufs en tout temps sur les lieux.
5- La sassée :
Qui n’a jamais entendu parler du mythe de la dame-génie de la sassée ? Cette femme, disait-on, occasionnait les accidents au gré de ses humeurs fluctuantes. Le lieu était aussi connu pour être un endroit qu’aucun chef ne doit traverser au risque de se voir évincer. Vrai ou faux, quelques mois avant sa tragique descente aux enfers, Dadis Camara – qui s’était emparée du pouvoir en 2008 pour devenir président de la junte – avait bravé l’interdit. Le résultat se passe de commentaires.
6- Carrefour Thyndel :
Situé sur la corniche de Konkola en direction du stade régional, ce carrefour est rendu dangereux par la proximité du marché et du stade, sans oublier que l’une des plus grandes écoles de la vile, le lycée Wouro est domicilié dans les parages. Il y a trois ans un des accidents les plus traumatisants de ces dernières années s’y est tenu : un camion de sable a écrasé un vieil homme.
7- Le pont Alhamdou :
Situé à la lisière des quartiers Daka et Mairie et coupé par l’axe Hoggo Mbouro et carrefour Bilal, la pente dangereuse de 4% est un vrai guêpier que le manque de courtoisie dans la circulation transforme en carrefour de la mort.
8- Carrefour Enco 5 :
Ce carrefour est situé entre les quartiers Tata I et Tata II et se situe sur la route du camp militaire, le carrefour ainsi appelé à cause de sa proximité de l’ancienne base de cette entreprise qui évolue dans les travaux publics. La route est une transnationale qui mène vers le Sénégal et ces derniers temps surtout, les accidents y sont innombrables.
9- Le carrefour Hoggo Mbouro :
Situé en plein centre ville, il marque une limite entre Kouroula, Mairie et Daka, trois des plus vieux quartiers de la ville. Une pente abrupte située au niveau du complexe Hoggo Mbouro empêche les usagers venant de Tata ou Daka de voir leur vis-à-vis à temps et cette absence de visibilité temporaire s’avère souvent fatale.
10- Le rond point de l’hôpital régional :
Plus vieille intersection de la ville et la plus usitée de nos jours encore, ce rond-point est au cœur du centre urbain et se situe à la façade d’entrée de l’hôpital régional. Sa situation un peu inclinée constitue un danger permanent, à toute heure de la journée.

Toutefois, hormis ces endroits, si vous restez ‘’fair play’’ dans votre conduite, vous avez le temps de vous délecter du charme hospitalier de la cité de Karamoko Alfa.
De passage à Labé, prenez soin de vous et tuez la vitesse pour épargner des vies humaines.


Le Fouta Djallon, ce vaste cimetière de mangues

Le Fouta Djallon, ce vaste cimetière à ciel ouvert de mangues.
La Guinée est un pays que la nature a nantie d’une forte et belle chevelure de verdure, en plus de l’avoir bénie des arbres fruitiers des plus savoureux qui se retrouvent aux 4 coins du pays. Riche de ses régions naturelles, avec chacune son type de sol et son climat, cette pluralité donne une saveur particulière aux fruits qui y sont produits. Parmi eux, les mangues occupent une place de choix. Malheureusement, chaque année, c’est environ 70% de leur production qui est perdue, sans aucun espoir d’exploitation rationnelle. Car jusque-là, ni l’Etat, ni les gros commerçants n’ont osé prendre l’initiative de mettre fin à ce gaspillage de mangues.

La mangue : Une alliée de taille pour les étudiants lors des mois ‘’rouges’’

Le mois de mars est surnommé ‘’mois rouge’’ par les étudiants. Quelquefois, ce fameux mois de la lunaison estudiantine se prolonge, notamment quand le pécule tarde à tomber et que les étudiants affichent un solde nettement débiteur.Dans ces cas-là, si la saison des mangues se dessine, elle est vécue comme une véritable manne céleste.
Vous voulez connaître les petits noms qu’on donne à la mangue sur les campus guinéens ? Et bien ‘’à bas les tuteurs aigris’’, ‘’Dieu merci’’ ou la ‘’viande verte’’, en référence à la fibre qui reste coincée entre les dents et qu’on ne peut dénicher qu’avec un cure dent.

Une palette culinaire des plus larges :

Les mangues peuvent se consommer crues, bouillies simplement à l’eau ou cuites avec de l’huile rouge et saupoudrées de poudre de poisson. On peut en extraire du jus ou en utiliser pour une salade de fruits. Quelle que soit la présentation, c’est toujours un délice de savourer une mangue mûre.

 

Les mangues, une richesse inexploitée en Guinée :

La Guinée perd chaque année plus de 50% de ses mangues, environ, et ce taux peut monter à 70% au Fouta Djallon, si on s’intéresse à la quantité de fruit qui pourrit faute d’une gestion efficiente. D’autre part, les guinéens s’éternisent dans l’utilisation de techniques traditionnelles de gestion, et refusent de s’ouvrir à l’air du temps. Des techniques plus rationnelles comme le séchage (chips de mangues) ou la fabrication de la confiture pourraient pourtant aider à rationaliser les stocks.

Une exportation sauvage et anarchique :

Depuis qu’ils ont découvert l’intérêt de certains pays frontaliers, comme le Sénégal, pour la mangue guinéenne, les commerçant se sont lancés dans une sorte d’OPA des mangues encore en floraison dans les villages. Ils versent entre 50 et 500 000 francs aux propriétaires, avant de revenir cueillir les fruits pour les envoyer dans les pays de la zone CFA, empêchant quelquefois les propriétaires de goûter à un seul fruit de leurs plantes.
A destination, ces mangues sont vendues à prix d’or ou transformées en jus et manufacturées. Dans ces cas-là, elles peuvent même être ramenées dans notre pays par le biais d’une importation dont les naïfs opérateurs économiques sont les promoteurs.

Des opérateurs économiques en panne d’inspiration :

Les opérateurs économiques guinéens manquent de vision ou du moins d’initiatives, les plus riches d’entre eux se cantonnent à monter une unité de production d’eau minérale alors qu’avec une telle faveur de la nature , ils auraient pu viser plus grand et hisser leur concurrence à un niveau plus honorable.

S’inspirer de modèles à succès expérimentés ailleurs :

A l’occasion de mes études au Bénin, j’ai eu l’opportunité de visiter les propriétés de l’entreprise Songhay, une entreprise Béninoise. Son propriétaire, un pasteur, a totalement misé sur l’agroindustriel, produisant et transformant toute sa production sur place. Sirop de gingembre, sirop d’oseille de Guinée ou encore sirop d’ail pour de multiples traitements, le résultat est probant.

La Guinée est forte de produits agricoles de haute qualité, enviés partout dans le monde et pourrait en tirer profit comme tout pays normal. Je ne jette pas la pierre, ni ne crie haro sur le baudet, je veux juste dire que cet emploi que les jeunes réclament et ne trouvent jamais, cet espoir déçu qui les jette dans les bras de la Méditerranée, le retour organisé et raisonné à la terre peut nous l’offrir.

En conclusion je m’en vais citer un anonyme qui, si j’ai l’honneur d’être lu par lui un jour, saura se reconnaître et faire ma fierté :
« Tout savoir qui n’est pas convertible en potentialités de développement est une culture générale. »


Le bonheur se trouve au bout de la patience

Les cauris avaient livré leur verdict et les sages avaient consulté les astres, tout semblait normal et les deux tourtereaux pouvaient convoler.
A la fin de ses études, un piston avait permis à Habib de se mettre au service de Elhadj  »Guelloun », cossu commerçant connu de tout le monde à des milliers de kilomètres à la ronde.
Tafsa, elle était belle comme une de ces orchidées sauvages, elle alimentait déjà les débats chez les hommes dans toute la ville.
Le mariage se fit en alliant tradition et modernité selon la mode du moment. Et pour le début le foyer fut un havre que pas l’ombre d’un malentendu ne vit troubler.
Puis, l’année passa sans que Tafsa n’ait pris de rondeurs, les tracas virent jour et vinrent jeter la discorde sur le couple.
La mère d’Habib se chargea d’ouvrir les hostilité. La vieille connue pour sa hargne, son embêtement et sa volonté de tout contrôler commença par échouer au domicile du couple à intervalle régulier, puis ne se gêna pas de s’enquérir du calendrier menstruel de sa bru. Puis, avec une feinte hypocrisie, elle fit mine de conseiller la jeune dame tout en menaçant d’un séjour infernal, la femme qui refuserait de porter la semence de son mari.
Voyant que toutes ces démarches ne portaient pas fruit, la vieille Ramata engagea la vitesse supérieure, celle où il faut vider la bru et la remplacer par une nouvelle et pour cela i allait jour sur les nerfs de Tafsa.
Tafsa était préoccupée, elle en perdait même l’appétit et le goût de vivre.
Son corps ne cessait de maigrir et les cernes ornaient désormais ses yeux de biche.
Ce qu’elle n’arrivait pas à comprendre, c’est la volte face d’Habib, l’homme à qui elle avait donné sa fleur et son charme. Habib avait succombé à la volonté de sa mère et était partant pour convoler une nouvelle fois.
Le second mariage se préparait en sourdine et Tafsa comprit. On ne peut point cacher ces choses au flair féminin. La nouvelle femme de Habib était de quelques années l’ainée de Tafsa et était à son deuxième mariage, belle, elle avait connu l’enfer des violences conjugales et d divorce avant de se reprendre en main . Le petit bout de chou né de a première union avait juste 4 printemps
La belle mère pour achever Tafsa ne cessait de vanter les qualités de sa conquête, car c’était bien la sienne, elle l’avait choisie, conduit les démarches nuptiales. Donc c’était son choix, sa conquête et pourquoi pas son combat?
Malgré toute cette énergie, c’est aussi Ramata qui avait eu les  »gentils » mots que chez les peuls on tient à une personne dans la difficulté :
<< Ko mougnaal dey>>. Tafsa n’était pas dupe. Elle ne craignait pas de partager son mari, même si c’était loin d’être plaisant.
Pourtant, dans la famille d’ Habib on n’entendait pas lui faire de quartier, il fallait qu’elle s’efface, qu’elle parte. Elle qui avait à leurs yeux ‘’envouté’’ Habib pour qu’il n’ait de regard qu pour elle.
Alors, Habib entouré de sa famille avait signifié la volonté de la voir quitter la maison, elle n’avait ni crié, ni insulté juste demandé à son homme de lui accorder une faveur, celle de la ramener dans les règles de l’art.
Habib fit un paquet de colas et réuni une délégation et fit ramener Tafsa.
Pour tout parent, cet instant est dur, voire même insoutenable mais les propos du griot avaient apaisé le père de Tafsa, désormais convaincu que sa fille n’était en rien fautive.
Alors, il décida de mettre Tafsa en  »Edda », cette retraite purificatrice qui permet à une femme mariée de s’affranchir des liens de son précédent mariage.
7 mois plus tard, un jeune homme à qui l’aventure suisse avait réussi lui mit, la bague au doigt. Il avait de l’argent et cherchait une compagne, c’était chose faite. Il aima la jeune dame à la limite du possible. Au mariage, il lui accorda les faveurs d’une vierge et lui offrit un commerce et une luxueuse voiture neuve en guise de cadeau de noces. Et comme une réparation que Dieu lui accordait, 6 mois après, Tafsa avait pris des rondeurs, un bébé s’était réfugié dans ses entrailles. Elle avait chanceler de joie à l’annonce du gynéco et Ousmane son nouveau mari ne manquait pas de la mettre en confiance à propos de cet enfant qu’elle désirait tant.
<> disait il et cette fois, il était vraiment là car Dieu est du camp des justes, celui des patients.
Pendant ce temps, Habib souffrait le martyr et l’enfer que sa mère promettait alors à la douce Tafsa. Il avait épousé la bouteille et buvait désormais comme un polonais, son travail lui avait échappé et il n’était plus que l’ombre de lui même.
Sa femme, la nouvelle n’ayant pas supporté la déchéance de son homme était partie avec un nigérian, bien entendu après avoir siroté le nectar, elle laissait Habib dans le pire en lutte avec ses démons…
Cet après midi, la rue la plus fréquentée de la ville était noire de monde, la vieille Ramata attendait un taxi, il fallait jouer des coudes pour se frayer une place, son âge ne lui permettait pas de se livrer à ce jeu, alors elle attendait. Une grosse cylindrée s’arrêta à son niveau, elle était belle et la personne qui la conduisait encore plus, elle fit la flexion et salua:
<<néné on jaarama>>, la vieille paniqua, non ça ne pouvait pas être, Tafsa mais la voix, la vieille Ramata se crut la victime d’un djinn, si la voix était familière, la personne en face l’était moins ou pas du tout. Elle sentit ses jambes perdre appui et souriante, la jeune dame lui serra la main et l’entraina vers le bolide, elle l’ouvrit et aida la vieille à monter. Tafsa conduisit son ancienne belle mère qui ne se risqua pas à la conversations contentant par moment de satisfaire son incrédulité en jetant des regards circulaires.
La vieille Ramata, malgré tout les efforts maugréa : « Adouna no hewii bimbidje nani »,oui la vie était plein de surprises, elle se ravisa et sourit machinalement. Le reste du voyage se fit en silence…


Et si c’est mon mari qui n’avait pas la bonne semence ?

Aicha s’était mariée en grandes pompes. Elle était alors, la fleur qui perturbait le sommeil des jeunes célibataires de Labé. Sa couleur café au lait que rendait spéciale une longue chevelure et ses dents nacrées faisaient d’elle une légende.
Son mari Ali revenait de 10 ans d’aventure aux USA et il y avait fait fortune. Il différait d‘ailleurs de tous les ‘’diaspos’’ qui rentraient au pays car nul jamais ne l’avait vu flirter avec la moindre fille.
Ce pseudo modestie donnait une aura de mystère à Ali. En tout cas pour tous, c’était l’homme idéal.
« L’Amérique ne l’a pas changé » disait-on dans les commérages .
Deux ans s’étaient écoulés depuis le mariage de Ali et Aicha. Leur union était enviée et enviable sauf que l’essentiel tardait à venir, un enfant. Sur ce point la mère de Ali commençait à se faire menaçante et ses sœurs lançaient les plus vilaines des insanités sur elles.
« Si tu n’arrives pas à pondre, c’est de ta faute, tes ovaires sont arides à force d’avorter… ». Sans gêne aucune, les sœurs persiflaient. Au mariage de Aicha, elles savent que le couvre lit était taché du sang virginal. Simplement, la plus petite des sœurs n’a jamais pardonné à Aicha de lui avoir fait de l’ombre de longues années durant. Tous les hommes étaient aux pieds de Aicha, alors, condamnant toutes les autres filles au menu fretin.
Aicha souffrait en silence. Elle ne manquait de rien certes, mais les insinuations de la famille de son mari avait la douleur d’une dague dans son cœur.
Aicha, d’habitude si pieuse était si désespérée qu’il lui arrivait parfois de consulter des marabouts et autres diseurs de bonnes aventures. Malgré la prison dorée qu’était sa maison, elle fondait comme beurre au soleil.
La rencontre de l’espoir
C’est dans ce climat délétère que Aicha fit une rencontre, celle de Dialy Dia, jeune dame au physique imposant et au visage rassuré. Elle était avocate et les droits féminins étaient son cheval de bataille. Thierno, l’ami et cousin de Aicha présenta les deux femmes et elles s’isolèrent. C’était dans une soirée de gala. Aicha narra son malheur et Djaly promit de l’aider « mais j’ai besoin de savoir que tu ne vas céder à aucune pression avant de m’engager » , la femme opina et comme une flèche la panthère des prétoires s’en alla.
La bataille judiciaire :
Deux jours après cette rencontre déterminante, Djaly exigea une plainte de sa cliente et la déposa au tribunal. Une première audience fut tenue et la brave femme en profita pour réclamer que le couple se soumette à un examen de fertilité. Ali était abasourdi, sa famille encore plus. Le secret jusque là bien gardé était menacé. Le juge autorisa.
L’heure de la vérité
Depuis cette audience introductive, la pression avait changé de camp. Comme par magie, les sœurs se faisaient plus câlines, la mère de Ali elle même voulait établir une sorte de complicité entre elle et Aicha, mais elle n’était pas dupe.
Comme elle l’avait promis à Djaly, Aicha tint bon.
Quand Dieu veut aider une de ses créatures, il transforme pour elle les obstacles en avantages. C’est ce que s’apprêtait à vivre Aicha. L’expert choisi pour faire le test était le prétendant de Djaly et son cousin, lui savait sur quel dossier sa dulcinée travaillait. A l’implication de la dame ,il savait qu’elle y tenait , voilà pourquoi, il refusa les millions proposés par la famille de Ali qui tenait à noyer le poisson.
La victoire de la justice sur la violence morale
Les résultats une fois prêts, le juge convoqua une autre audience. Les parties vinrent répondre à l’appel . Ali était sur ses nerfs, il savait qu’il était incapable de procréer et cette triste réalité allait sans doute refaire surface dans un instant. Sa famille, sur ce coup était restée au domicile sans doute pour ne pas assister au verdict . Elle en avait fait baver Aicha mais Djaly avait ravivé son espoir.
Le juge tira tout le monde du silence en déclarant :
« nous avons reçu les résultats et les examens révèle que dame Aicha est apte à la procréation, ce qui n’et pas le cas du mari … »
Le reste des mots se perdit dans l’écho et Aicha sanglota puis s’effondra dans les bras de Djaly.
Le regard baissé, Ali était tendu comme un arc et son avocat avait aussi perdu son latin. Le juge continua :
« Madame ! vous pouvez obtenir le divorce si vous le souhaitez ou rester près de Mr Ali ,il n’en tient qu’à vous et votre mari est condamné à vous verser la somme de 100 millions pour préjudice moral. »
Djaly remercia la cour et tira sa cliente par la main, Ali se laissa choir . L’audience était finie et la victoire était totale…


Quand la jalousie et la naïveté vous coûtent l’être aimé

En Afrique noire, la science occulte peine à sortir des mœurs tant les gens l’ont, chevillée au corps. Les forces mystiques sont utilisées pour annihiler une attaque, pour se défendre ou même parfois s’attirer une faveur ou un bienfait.
L’ancrage de l’islam en bien de parties du continent n’aura pas pu empêcher certaines survivances animistes traditionnelles.
Seulement , beaucoup d’africains accordent tellement de foi aux consultations occultes et leurs bienfaits qu’ils se retrouvent dans un schéma vicieux ou commettent parfois l’irréparable. Plus par naïveté que par méchanceté. C’est le cas de Mariam dont je m’en vais vous conter l’histoire.
Au Fouta Djallon un proverbe enseigne : « que celui qui ne croit pas en sa chance est tenté de voler » . Cette sagesse, juste pour signifier que l’ambition démesurée peut briser un élan prometteur.
Mariam, la vingtaine était mariée et mère d’un bout de chou lumineux, elle était belle. Son mari Ousmane, était de cette espèce qui faisait chavirer le cœur de toutes les femmes. Bel homme, attentionné, amoureux et père prêt à tout pour ses enfants. Son foyer était un havre de paix que les autres enviaient.
Comme on dit souvent l’Homme est insatiable. Poussée par ses copines dont une moitié cherchait encore ‘’ l’oiseau rare’’ et l’autre moitié était divorcée. Mariam se fit conseiller par elles, d’aller envouter Ousmane. Elle ne voulait pas mais à l‘évocation d’une éventuelle ‘’rivale’’par l’une des megères d’amie elle céda sans autre forme de réflexion et promit d’aller en consultation. Il n’était pas question qu’elle partage son mari…
Le jour j Mariam se fit accompagner par Billy, une de ses amies habituées à ce genre de démarches. Le voyant choisi était ‘’zéro faute’’.
‘’zero faute’’ était un de ses hommes qui avaient le don naturel de jouer avec le sens des autres. Il habitait un masure sombre ornée de cornes et de peaux de bêtes . Dans un coin nichaient des bouteilles d’alcool et de liquide de freins recyclées en emballage pour talisman ‘’made in zéro faute’’.
Les visiteuses saluèrent en chœur mais poliment et un ahanement leur fit comprendre que le devin était bel et bien là, alors elles entrèrent. Le parfum hors de prix de Mariam flotta indiquant au maitre de céans le rang social de sa ‘’patiente’’. Mariam était belle et ses formes généreuses ne laissait aucun homme indifférent, serait-il ‘’zéro faute’’ en personne. Au delà des artifices et du piédestal sur lequel il surfait ‘’zéro faute’’ était un homme.
Ses yeux avaient élu domicile sur les rondeurs de sa cliente. Il était là aux antipodes des fois où le client n’avait pas l’opportunité de voir son visage. Se ressaisissant d’un coup, il demanda à Billy de l’excuser, elle obtempéra.
‘’Zero faute’’ entreprit de dessiner des arabesques sur le sol, le front plissé. Mariam, le cœur sur les lèvres le suivait des yeux. Puis le devin partit d’un rire sonore, effrayant. Il voulait impressionner. Il était impressionnant. Alors ‘’zero faute’’ farfouilla dans sa réserve et en sortit un produit qu’il remis à sa cliente. Il lui indiqua la posologie. Ce sera trois gouttes seulement avait-il dit et machinalement. Mariam répétait pour se convaincre des propos du devin. Elle ouvrit son sac sortit une poignée de ‘’tais-toi’’, ces billets de 10000 francs rouges, l’homme déclina l’offre…
Le jour d’après, Mariam fit la cuisine déchargeant sa bonne qu’elle laissa au repos .Ses enfants étaient à l’école. Heureuse et satisfaite elle chantait les airs de son enfance.
Après la cuisson, elle glissa la dose prescrite dans le plat de son homme, loin de se douter que loin de ‘envouter, elle lui administrait du poison. Le produit de ‘’Zéro faute’’ était du cyanure.
Ousmane revint, l’estomac au talon il se fit servir, invita sa femme elle déclina au motif qu’elle avait mangé. Il entama son repas et n’eut pas le temps de finir que déjà pris de convulsions ,il fut projeté au sol. Son pouls était saccadé puis fini par s’arrêter nettement sous l’œil de sa femme ahurie.
Par jalousie et stupidité elle venait de tuer son époux, le père de ses enfants…


Vivre ou mourir avec l’Europe dans un coin de la tête

Depuis des jours déjà Lamine songeait à partir. Vivre ou mourir certes, mais l’Europe lui vivait dans un coin de la tête. Il fallait qu’il brave la mer.
Lamine avait nuitamment préparé son baluchon. Il n’attendait plus que l’aube pour se faufiler.
Sortir à cette heure du jour n’était pas fortuit, c’était les recommandations du devin Kekouta.
Ayant pris ses cours auprès de son défunt père, Kekouta était devenu le gardien du temple.
Les colas du sacrifice, Lamine les avait partagées selon les instructions du devin. Il ne restait plus qu’à casser les œufs à l’intersection de deux voies, sans se retourner.
Au premier chant du coq, il avait pris la route sans réveiller ses frères encore moins sa mère. La séparation était inéluctable mais chagrinante.
C’est par le premier taxi brousse que Lamine sortit de son cocon, cet espace qui l’avait vu naître et dont il divorçait à présent.
Il visait le Maroc mais avant il faudrait traverser le Mali, atteindre la frontière Algérienne et franchir le pas jusqu’au royaume chérifien.
Lamine était anxieux, il retournait sans cesse le nom de tous ses camarades qui avaient déjà tenté le voyage. Que ces derniers l’aient réussi ou ont fini la traversée dans le ventre de quelque poisson, il n’en savait rien.
Il en avait pour deux semaines avec les multiples haltes.
Deux semaines, pour caresser des yeux ‘’l’eldorado’,  c’était jouable…
Lamine était au Maroc maintenant et pour l’heure un de ses amis d’enfance venu pour ses études lui prêtait logis.
Et pendant que son ami allait à la fac, il déambulait en quête des réseaux de voyage clandestins.
On était mercredi, et ce jour la chance lui fit signe. Il tomba nez à nez avec un des passeurs.
L’homme était un gros arabe barbu à la toilette très détendue. Un blouson de cuir noir sur un jean bleu.
Dan un français au fort accent arabe, l’inconnu l’apostropha : « tu veux partir en Espagne, c’est ton jour de chance, mon bateau a deux places de libre mais c’est 1500. »
Ici les transactions étaient en euros. Lamine pouvait payer la traversée et conserver un peu de monnaie.
Il expliqua qu’il devait aller chercher l’argent avant d’embarquer. L’inconnu acquiesça de la tête. Lamine fila en flèche, l’Europe en image dans la tête.
A son retour, l’homme n’était plus là, le radeau non plus. Il chercha du regard : rien. Alors des larmes perlèrent son visage.
Tout ce trajet pour rien ! Habituellement, il tient le coup dans ce genre de circonstances, mais pour une fois, son intime espoir était mis à rude épreuve.
Combien de temps depuis qu’ils sont partis ? Lamine ne le savait. Il avait fait un sprint en vain.
Il s’effondra sur un rocher. Le prix de la traversée dans les poches de sa culotte sécurisé par un jean bleu de seconde main. Son regard, au loin perdu dans l’immensité de la Méditerranée.
Depuis combien de temps était-il là ? Lui même ne le savait plus. En sortant de sa rêverie, il eut juste le temps de voir la croix rouge s’affairer et descendre des corps, des corps qu’il avait probablement vus sans savoir que c’était un premier et un dernier contact. Des corps parmi lesquels le sien aurait pu figurer, s’il n’avait pas été retardé. Et le doigt sur la bouche, Lamine prononça la profession de foi et répéta machinalement « Allahou Akbar ».
Dieu venait juste de l’épargner d’une mort certaine. Lamine en était conscient.
Maintenant qu’allait-il faire ? Partir ou rester ? L’émotion de ces dernières heures lui embrumait l’esprit…


Les ‘’gnamakalas’’ du Fouta Djallon vrais dépositaires de l’art de parler

Aux alentours du 16 ème siècle, les peuhls nomades en quête de vastes prairies ont posé leurs baluchons sur le Fouta Djallon. Cette arrivée marquera profondément la naissance et la pratique de l’art de parler.
Contrairement à une idée reçue, les ’’Nyamakalas’’ du Fouta Djallon ne sont pas de nos jours les ultimes représentants des formes expressives anciennes . Cette tâche sied mieux aux awluubhes.
Et depuis, l’histoire des awluubhes et autres nyamakalas est tributaire aux cours royales. Les premiers sont considérés comme historiens, chroniqueurs au service des monarques . Les seconds n’étaient que des semeurs de joie.
Le raffinement du Gaoulo contraste avec l’excentricité des nyamakalas. Aussi, autant le Gaoulo avait l’obligation de préparer sa descendance à reprendre le flambeau , autant le fils du nyamakala avait le choix d’hériter du métier paternel ou non.
L’origine des Awluubhes est souvent assimilée au passage de Elhadj Omar Tall au Fouta sous le règne de l’Almamy Oumar Barry au XIX siècle.
Réunir tous les instruments du folklore : un pari osé
Réunir les instruments de toutes les aires culturelles de la Guinée a germé à la fin des années 50. En exemple, les sistres, la flute pastorale, la calebasse ou le violoncelle qui sont des instruments du folklore peuhl ont été associés à la Kora, instrument à corde d’origine mandingue ou au balafon .
Une stratification entre les maitres de la parole traditionnels
Aussi dans la pratique musicale, une certaine stratification sociale se démarquait. Aux captifs revenaient les percussions et les instruments à vent et aux hommes libres les instruments à corde.
Percussions et instruments à vent se jouaient debout et incitait à l’effort tandis que ceux à corde ne nécessitait aucun emballement du corps.
Dans les mentalités primitives ,ces deux niveau disjoints renvoyaient surtout à ce qui était conforme à la dignité de chacun . D’un côté le bruit et le rythme et de l’autre le raffinement et la retenue.
Survivance des pratiques musicales et festives des périodes ante islamiques
Sous la théocratie au Fouta, les efforts de destruction des tambours païens ‘’dunduudji’’ ont occasionné l’intérêt des Djallonkés pour le tamtam ‘’djembé ’’ souvenir des orgies lors adoratives . Loin des vainqueurs, la nuit, ils maintinrent la tradition du jeu avec des instruments sauvegardés ou reconstitués.
Simultanément l’arrivée de captifs saisis lors de razzias dans les campements Kouranko , Toma, Kissi et Malinké, enrichit d’instruments nouveaux, une musique devenue impossible à étouffer.
Lors de la période coloniale, les ‘’Nyamakalas’’ sont carrément sorti du cadre des veillées traditionnelles pour devenir des troubadours au service tour à tour de l’administration. D’abord les chefs de canton et enfin du parti Etat à l’indépendance.
L’âge d’or des Nyamakalas du Fouta Djallon
L’âge d’or des ‘’Nyamakalas’’ en Guinée reste confondu au nom de Yacine Diallo, premier député guinéen à l’Assemblée constituante, mais c’est Ahmed Sékou Touré qui réunira dans un ensemble les virtuoses d’instruments qui se jouent aussi bien debout qu’assis .
Ce dessein politique appliqué à la culture marquera à jamais une rupture avec ‘’l’aristocratie traditionnelle’’ et conduira le profane vers la sublimation artistique.


Le lévirat : Une tradition qui jette des familles entières dans les griffes de la mort

L’astre sélène avait décidé de se montrer dans toute sa splendeur. La nature exhalait son parfum de verdure et le silence n’était déchiré que par le concert des grillons.
Chez les Diallo, l’ambiance était à la joie .On y célébrait le mariage d’un des cadets de Gassim disparu il y a 5 mois avec sa veuve.
Tout le monde considérait Bella comme un exemple de droiture à conserver dans la famille.
Tous ces 7 frères étaient candidats mais Bouba a eu les faveurs.
Etait ce un mariage de cœur ? de raison ?avait-elle le choix ?alors que la tradition qui l’a bercée la faisait figurer dans l’héritage ?
…le couple vivait ensemble depuis trois mois t la virilité de Bouba s’était exprimé.
Depuis qu’il avait su l’état de sa femme, Bouba avait raréfié ses sorties. A femme avait été en consultation la veille et depuis ne montrait pas le nez.
Les rides qui barraient le visage de Bella n’échappèrent pas Bouba qui lui demanda pourquoi ?
« rien de grave, la femme qui me suit souhaite que je m’y rende avec mon mari »
Alors le malaise migra vers chez Bouba.
Le lendemain le couple prit la route et rapidement la moto du mari dévora les kilomètres.
Par chance, la queue n’était pas longue et le couple s’installa.
Puis, Belle s’entendit héler, la voix était celle de ‘’sa’’ sage femme, elle entra suivi de son mari.
Subtilement l’agent de santé leur souhaita la bienvenue et plaisanta sur l’état de la route pour briser la glace.
Bouba joua le jeu , bien que peu rassuré. Elle demanda au mari de se prêter à un petit examen sanguin de routine, il acquiesça de la tête. Il souleva les manches de son boubou et siphonna quelques millilitres de sang. Revenez demain pour les résultats fit une nouvelle fois la bonne dame.
Le chemin du retour fut silencieux et Bouba comprenait mieux le silence de Bella des jours d’avant.
Sans le dire Bouba était appréhensif au vu de cet examen,il en perdait l’appétit.
Le lendemain Bouba qui n’avait dormi que peu exempta sa femme du voyage .Il avait décidé d’aller seul au rendez vous. II priait en silence.
A son arrivée, comme la veille ,il y avait peu de monde et on le reçut avec la même gentillesse.
Un bref regard circulaire permit à l’homme d’identifier une enveloppe blanche scellée à portée de main de l’agent de santé.
Comme la veille, elle fit un speech avant de pousser l’enveloppe scellée vers Bouba.
« quelque soit le résultat revenez nous voir »
C’était là l’instant de vérité. Ce moment ou de la vie à la mort il n’y a qu’un mince pas. Cet instant où, le temps d’un clignement d’yeux ta vie entière reviens à la surface.
Bouba décida d’emporter l’enveloppe mais son interlocutrice aurait pu parier qu’il l’ouvrirait avant la maison.
Il prit congé, glissa l’enveloppe scellée dans la poche ventrale de son boubou et sortit.
Sur le chemin du retour, dubitatif et inquiet il fit halte sous un manguier, décacheta fiévreusement l’enveloppe en retira un papier blanc avec des entrées qu’il ne lut pas, posant son regard furtif sur l’inscription en rouge au feutre « positif ».
Ce mot venait de le condamner à mort. Le papier lui glissa des doigts, ses pieds lâchèrent, des larmes perlèrent son visage.
Il en voulut alors à son défunt frère qui venait de le condamner ,sa famille et la tradition eurent leur dose de malédiction ,il s’en prit à lui même et regretta de ne pas avoir céder Bella à l’un de ses 6 autres frères.
Il maudit le lévirat qui sur le coup le poussait à une mort certaine, le sororat et tous ces coutumes qui pouvaient exposer à une mort certaine…


Des secrets sur les bovidés connus seulement des vrais pasteurs peuhls

A travers son œuvre intitulée « la femme, la vache , la foi » Alfa Ibrahim Sow a magnifié la fusion du peuhl / vache.
Pour le peuhl, la vache est l’Alpha et l’Oméga, le prestige et la raison de vivre. Si vous pensiez tout connaitre de la vache la suite vous surprendra.
Les anciens peuhls étaient animistes et adoraient les éléments de la nature. Trois éléments en particulier avaient leur préférence. Il s’agit du soleil, de la vache et du feu en pular ‘’naangue’’ ‘’naggue’’ et ‘’hiite ‘’.
Quand une vache vêle hors de la concession de son maitre, le veau est difficile à retrouver. Chez les peuhls, on pense qu’elle l’a confié aux esprits. Il faut alors observer l’animal dans ses déplacements pour récupérer le petit.
Chez les peuhls, la vache est comme un membre de la famille et comme tel, il lui est souvent attribué un nom affectueux. Ce nom peut dépendre de la couleur de sa robe ou de l’espoir qu’on place en elle. Des noms ‘’laheguen ‘’ la noire ou ‘’dioma wouro’’ le maitre du cheptel peuplent les troupeaux.
La chair des bœufs n’étaient consommée qu’une fois savamment séchée. Une telle mesure visait à faire oublier la perte de l’animal chéri.
A la prime enfance des bœufs, les bergers leurs murmuraient des incantations à l’oreille. Ces mots les empêchaient de suivre les voleurs de bétail. Parfois même après avoir vendu un bœuf ,le berger devait rompre la protection pour que l’animal suive l’acheteur.
Un bœuf dont la robe est tachetée n’était pas immolée par n’importe quel homme. Il fallait avoir un certain niveau de connaissances pour le mériter.
Dans leur divagation, si les bœufs tombent sur un espace servant habituellement à une immolation bovine, ils reniflent le sol et meuglent.Ce meuglement est plaintif et est different des habituels cris qu’ils poussent


Hier encore j’étais une fille

Lui, on l’appelait E… et il venait d’un cocon familial très ancré dans la hiérarchie sociale. La vingtaine et en deuxième année de fac. Brillant, sans vices, il collectionnait et brisait les cœurs.
Elle, avait 4 ans de moins et venait d’entrer au lycée. Jeune fille bien éduquée, jusque là sans problème et sans le moindre copain. Chose plutôt rare à son âge.
Les deux s’étaient rencontrés au hasard d’un bal nocturne. E…avait pris les devant et avait dragué J…, poliment mais fermement elle l’avait éconduit.
E… était drôle, cultivé, charmeur et faisait chavirer le cœur de toutes les filles, y compris dans l’entourage de la fille. Ce dernier détail avait pesé dans la balance, le vent avait tourné et les deux tourtereaux s’étaient mis ensemble.
De J…tout le monde avait jusque là l’image d’une fille modèle. Comme l’amour sait faire des miracles ,un jour elle décida de l’inviter en famille.
Ce soir presque tout le monde avait un rencart. J… voulait marquer son territoire alors elle sortit le grand jeu. Une tranche de bœuf savamment cuisinée accompagnée de frites et un jus au gingembre était au menu. Une soirée en tête à tête avec celui qui venait de dompter son cœur .Vu tout le mal qu’elle se donnait, elle était amoureuse. Ça crevait les yeux.
C’était les vacances et E… et J… mirent du cœur dans leur relation au point de la rendre fusionnelle, nécessaire . Elle était aveuglée par ses sentiments, tandis que pour lui, il y avait le contraste. Aimant un jour, détestant l’autre jour, frivole un jour et fidèle le jour d’après.
Cette inconstance rongeait J mais elle s’en accommodait par amour. Dans ses bras, elle oubliait tout.
Un jour une dispute éclata entre les amoureux et ils boudèrent pendant une semaine. Est ce sur demande de J… ou non, Med se proposa de jouer les médiateurs. Med était le cousin de E… et le voisin de J…
Pour la seule fois de l’histoire J… était ‘’coupable’’. Son crime, avoir donné son numéro à un autre jeune homme. Simple orgueil de mâle et J… en avait bavé.
Med avait averti de son passage. Il frappa à la porte ,et E… répondit l’invitant à entrer, derrière il y avait J, maladroite et hésitante . ça, son cousin ne lui en avait pas parlé.
Ils prirent place et Med regretta le coup de froid au sein du couple avant de demander pardon au nom de J… Fini promit E… qui pour convaincre le médiateur, enlaça longuement la jeune fille .Rien à dire elle était sexy. Med n’avait plus rien à faire là, ses bons auspices avaient abouti. Il s’en alla.
Cette nuit, il y eut peu de mots, un lecteur crachait des salves de slow. Les amoureux ne se firent pas prier pour jouer aux jeux interdits et bientôt de se découvrir dans leur tenue d’Eve. Ils étaient en osmose. Seconde après seconde, ils touchèrent le 7ème ciel, ensemble.
L’instant était si magique qu’elle sentit à peine l’irréparable se produire. J… en fut triste, sanglota se reprit avant de lâcher : « j’espère que je n’aurai jamais à regretter cet acte ».
La nuit se poursuivit toujours en silence. A l’aube, c’est elle qui le réveilla pour qu’il la raccompagne. A pied c’était l’histoire de 10 minutes. Elle renfila ses habits, il fit de même, bras dessus dessous, ils prirent le chemin empruntant le bus 11. Le trajet aussi se fit en silence.
Derrière la concession familiale de la jeune fille , ils s’étreignirent une nouvelle fois avec fougue. Elle se dégagea subtilement, il le fallait, l’appel du muezzin déchirait l’aube.
Au moment pile d’ouvrir le portail de son domicile, elle fixa le jeune homme droit dans les yeux et lui dit : « ce soir en venant chez toi j’étais une fille, en y revenant je suis une femme… »
A ces mots, elle disparut dans la nuit laissant son amant médusé. Les mots fille et femme s’entrechoquaient dans la tête du garçon et leur poids était insupportable. La terre s’effondra sous ses pas…